Les causes des incendies de forêt en Algérie

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Les causes des incendies de forêt en Algérie


Date de publication : 15 juin 2008


Résumé


Le bassin méditerranéen est marqué par la prédominance des feux d’origine humaine, Selon la FAO (2007), au moins 80 % des incendies sont provoqués par l’homme, et dans certaines régions cette proportion atteint 99 % !
La connaissance des causes de feux est une tâche délicate et de trop nombreux incendies restent inexpliqués ; aussi nous allons retracer l’historique des causes des incendies de forêt en Algérie pour une meilleure compréhension du problème.
Les résultats obtenus permettent une meilleure connaissance de ce facteur écologique naturel et peuvent servir à l’adoption de solution adéquate à chaque type de cause d’ou des stratégies de prévention plus précise.


Mots clés


Historique, causes des incendies de forêt, évolution temporelle, Algérie.


Introduction



A la différence des autres régions du Monde, le feu se déclare rarement de façon naturelle dans la région méditerranéenne. En outre, l’unique cause naturelle des incendies de forêt, la foudre, y est peu fréquente 1 à 5 % des cas, selon LE HOUEROU (1987), voire 4 à 7 % (PEYRE, 2001). L'absence de phénomène climatique comme les orages secs ou « lightnings » en est probablement la cause (ALEXANDRIAN & ESNAULT, 1998). Par contre, les causes d’incendies révèlent un fort impact des actions anthropiques, tant par négligence qu’intentionnellement.


Malgré les enquêtes de terrain, la connaissance des causes de feux est une tâche délicate et de trop nombreux incendies restent inexpliqués (VELEZ, 1999 ; LAFARGE, 2006).

ANKOUZ (1992) indique qu’il est souvent très difficile de déterminer l’origine (auteur) d’un incendie de forêts pour deux raisons essentielles : le caractère pénal de l’acte d’incendie (poursuite judiciaire, fortes amendes et même emprisonnement), qui rend les enquêtes peu concluantes et la multiplicité des acteurs en forêts (apiculteurs, bergers, entreprises de travaux forestiers, etc.).
D’une manière générale, les statistiques sur les causes des incendies de forêts dans la région méditerranéenne sont loin d’être complètes (VELEZ, 1999). Les qualificatifs utilisés dans le renseignement des causes restent subjectifs et donnent l’ampleur du manque de connaissance sur les origines exactes des feux de forêt (LAFARGE, 2006). D’ailleurs, LEONE (1990) indique que sur plus de 1 100 publications consacrées aux incendies de forêts, 0,03 % seulement de l’ensemble concerne les causes des incendies.

Les causes d’incendies à travers les données historiques



On doit à MARC (1916), dans ses « Notes sur les forêts de l’Algérie », les premières données chiffrées sur les causes des feux de forêts en Algérie. En effet, il remarque d’après les rapports officiels de l’administration des Eaux et Forêts qui, la plupart du temps (4 cas sur 5) ne reposent que sur des probabilités, que les incendies constatés de 1866 à 1915 (période de 40 ans), sont attribuables à des causes les plus diverses. Quant aux causes réelles des mises à feu, malgré les investigations les plus minutieuses, elles restent, dans la majorité des cas, inconnues. En tout cas, ces enquêtes montrent que les causes se répartissent de la façon suivante :


· Inconnues : 37 %
· Imprudences : 32 %
· Malveillance : 23 %
· Accidents : 8 %


Parmi les imprudences, on citait : fumeurs, chasseurs, ouvriers, insouciance des bergers et des charbonniers, chercheurs de miel, etc. La majorité des incendies, hormis ceux qui sont dus aux malveillances, a pour origine :


· Les incinérations des chaumes en vue d’amender les terres,
· La mise à feu des broussailles ou des sous-bois, afin d’améliorer et d’augmenter le pâturage des troupeaux des riverains.

D’autre part, 60 % des feux ont pris naissance à l’intérieur même des forêts, les autres ayant été allumés dans la zone voisine des périmètres des boisements (MARC, 1916).


Selon BOUDY (1952), c’est en Algérie que l’étude des causes d’incendies a été entreprise en détail et c’est le facteur humain qui joue un rôle prépondérant dans leurs causes originelles et leurs fréquences. Etonnamment, il donne des chiffres approximatifs par rapport à ceux de MARC (1916), pour une période pourtant plus récente (1886-1945, 60 ans) :


· 40 à 50 % des incendies peuvent être attribués à l’imprudence (fumeurs, chasseurs, ouvriers, bergers, charbonniers, chercheurs de miel) ou aux accidents.
· 20 à 25 % à des faits intentionnels provenant de l’intérêt ou de la malveillance.
· 30 à 35 % à des causes indéterminées.


D’autre part, cet auteur (1952) a constaté, à l’inverse de MARC (1916), que plus de la moitié des incendies a pris naissance à l’extérieur de la forêt, dans la zone voisine du périmètre des boisements. Cette constatation est très importante et mérite d’être retenue (BOUDY, 1952).


Les statistiques sur les incendies de forêts en Algérie montrent que le problème est ainsi essentiellement d’ordre socio-économique.
Dès 1900, LEFEBVRE souligne que les riverains ont toujours incendié les forêts pour se procurer des terres de culture et des pâturages. L’imprudence a aussi sa part dans la propagation de l’incendie (feu allumé pour cuire des aliments, charbonnier négligeant, passant jetant une allumette, etc.). Mais, les incendies dus à des causes accidentelles prennent rarement une grande extension ; ils sont le plus souvent promptement éteints. Les incendies par malveillance sont les plus catastrophiques, par un jour de grand vent, l’incendiaire attend la nuit ou l’heure la plus chaude du jour (après-midi), pour allumer le feu en vue d’une propagation rapide.


Pour ce qui concerne toujours la part de l’homme dans les causes d’incendie, BOUDY (1948) souligne que l’ampleur des incendies s’est accrue, avec le refoulement de nombreuses populations autochtones vers les zones de montagnes, boisées en général, suite à l’implantation de la colonisation. L’administration française imputait les incendies d’origine humaine, principalement aux usages agricoles et pastorales des populations, mais d’autres raisons, telles la quasi-absence d’une compensation économique, notamment en matière d’emploi en forêt, l’hostilité aux dispositions à caractère répressif édictée par l’administration forestière n’est certainement pas étrangère aux mises à feu périodiques (GRIM, 1989).

 

Enfin, durant la guerre de libération, les forêts payèrent, un tribut considérable, car l’occupant opta pour une politique de la terre brûlée et certains massifs forestiers servant de refuge aux « maquisards » étaient incendiés au napalm.

Les causes d’incendies de la période actuelle



Selon REBAI (1982), les causes d’incendies en Algérie pour la courte période 1979-1982 (4 ans) sont réparties comme suit : inconnues, 56,7 % ; volontaires, 16,3 % et involontaires, 27 %. On remarque, d’une part, l’imprécision des catégories de causes qui sont plus que vagues (volontaires, involontaires), d’autre part, le taux très élevé des causes inconnues par rapport aux données historiques, près de 57 % contre seulement 30-35 %.

 

Pour la période plus récente de 1986-2002 (17 ans), les données disponibles qui portent sur un nombre total de 21 578 feux, montrent que la part des incendies d’origine inconnue est en progression exponentielle et regrettable, elle est comme on l’a vu plus haut de 75,8 %, sur le total des incendies déclarés. De plus, ces feux ont parcouru en tout 68,5 % de la surface incendiée durant cette période (tableau suivant). Tout d’abord, on constate que l’on est loin de la précision de la base de données Prométhée, en ce qui concerne les diverses catégories. D’autre part, étonnamment, le même degré de proportionnalité existe entre les surfaces brûlées et les nombres de feux en Algérie, puisque leur coefficient de corrélation linéaire est de 0,989 !

Importance des incendies de forêts par catégories de causes en Algérie (Période 1986-2002)

Catégories de causes
Nombre de feux
%
Superficie incendiée (ha)
%
Inconnues
16 364
75,8
408 310
68,45
Intentionnelles
4 479
20,7
166 072
27,84
Accidentelles
232
1,07
12 527
2,10
Imprudences
503
2,33
9 475
1,59
Total
21 578
100
59 6384
100

(Source : DGF, 2002)

Il ressort à la lecture de ce tableau que les incendies intentionnels (ou volontaires), difficilement identifiables, représentent un taux important (20,7 %) pour le nombre de feux, bien que ce chiffre soit loin de la réalité, toutes les causes de cette nature n’étant pas déclarées (feux sécuritaires). Dans le cas qui nous intéresse, ils ont détruit à en croire les données disponibles 27,84 % des superficies brûlées au total.


Quant aux incendies « involontaires », c’est à dire accidentels et par imprudence, regroupent en Algérie diverses causes (régénération des parcours, incinérations des chaumes, chercheurs de miel sauvage, bergers, échappement de véhicules, fumeurs, etc.), sont peu nombreux et ne représentent que 3,4 % de l’ensemble des feux identifiés, pour une surface brûlée cumulée de 3,69 %. Il convient de souligner, en particulier, que les chercheurs de miel sauvage peuvent mettre en péril les massifs forestiers, car la méthode traditionnelle et artisanale, qu’ils utilisent, consiste en la fumigation de l’essaim d’abeilles découvert dans un arbre, à l’aide de bouse de vache séchée, mettant ainsi en flammes la base du tronc de l’arbre (DELACRE & TARRIER, 2000). Un tel feu dégénère assez souvent en incendie de forêt plus ou moins incontrôlable.


Enfin, l’unique cause naturelle des incendies de forêt, la foudre, reste une cause très rare et occulte en Algérie, elle n’apparaît même pas dans les statistiques précitées (17 ans), même dans les régions montagneuses, à cause sans doute de la rareté des orages d’été. Ce qui est également le cas au Maroc, mais pas en Tunisie.


D’une façon générale, les causes avancées par les services des forêts en Algérie, et même ailleurs, sont spécialement les conditions climatiques, à savoir une faible hygrométrie et une sécheresse persistante, qui ont marqué ces dernières années (MEDDOUR-SAHAR, 2008).

 

L’explication de l’origine du feu de forêt par le seul fait climatique ne doit, néanmoins, pas être le seul argument à invoquer. D’autant que, comme le signale FAVRE (1992), il faut répéter avec force que, quel que soit l’intensité de la sécheresse ou la force du vent, la combustibilité des essences ou l’état d’embroussaillement d’un peuplement, il n’y a pas d’incendie s’il n’y a pas de mise à feu par accident, négligence ou volonté criminelle. Il ne faut pas confondre la cause d’ignition (mise à feu), avec les facteurs aggravants, sécheresse, sirocco, embroussaillement, qui sont dits « causes structurelles ». C’est pourquoi l’analyse doit s’atteler à cerner les différentes causes et à les hiérarchiser afin d’orienter efficacement les moyens de prévention, sinon de lutte.

Conclusion



Compte tenu de l’importance de la connaissance des causes pour la définition des politiques adéquates de prévention, les résultats obtenus, sont loin d’être satisfaisants. On voit bien que les efforts consentis pour la détermination des véritables origines restent insignifiants devant l’importance des dégâts occasionnés.

 

Pour LEONE (1990), la sous-évaluation des causes peut aboutir à un diagnostic incomplet du phénomène, surtout lors du choix des mesures préventives et disciplinaires qui peuvent s’avérer inadéquates, sinon néfastes à la réalité du terrain. Il est de ce fait primordial d’accorder dorénavant une attention toute particulière aux mesures de prévention, car décider du choix de ces mesures sans élucider les causes est un non-sens. VELEZ (2001) souligne, d’ailleurs, que l’orientation de la politique de prévention d’une manière efficace passe inéluctablement par une meilleure connaissance des causes de feu. Cette recherche des causes des incendies doit être systématisée et scientifiquement étayée.


En effet, la résorption de certaines causes d’incendie passe par une identification et une appréciation précise des situations, des personnes et des groupes d’activités générateurs de risque. Il est ainsi plus facile de cibler les personnes et de faire passer un message d’information ou de responsabilisation.


L’analyse des causes d’incendies et de leur importance relative, en Algérie (période 1986-2002), met en évidence l’insuffisance des résultats acquis en matière d’identification des sources de départs de feux. Ceci montre les efforts qui doivent être entrepris pour cerner au mieux les causes des incendies de forêts et réduire au minimum leurs effets. Une recherche plus active des causes aurait certainement un effet de prévention marqué.

 

Par ailleurs, il y a lieu de signaler la marginalisation dont fait l’objet la population riveraine, qui se manifeste et répond souvent à cette exclusion et à l’application d’une législation répressive, par des mises à feu des forêts. Cet état de conflit permanent entre le forestier et le riverain a rendu celui-ci indifférent à la forêt et à sa protection contre les incendies, et, a contribué aussi à l’augmentation du nombre d’incendies volontaires, allumés généralement par ces mêmes riverains en signe de vengeance contre les pouvoirs publics que symbolise cette forêt, dont les droits de jouissance leur sont interdits. Une politique de conciliation serait probablement une autre mesure à prendre plus payante ; il suffit pour s’en convaincre de regarder l’exemple du Maroc, ou même de la Tunisie.

Bibliographie

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  • ALEXANDRIAN D. & ESNAULT F., 1998 - Politiques nationales ayant une incidence sur les incendies de forêt dans le Bassin Méditerranéen. Réunion FAO, 28 au 30 octobre 1998, Rome, 15 p.
  • CHONEZ C., 1992 - Les causes d’incendies, entre mythe et réalité. In : Dossier « les causes d’incendies ». Fondation pour la forêt méditerranéenne, 3, 13-18.
  • DELACRE J. & TARRIER M., 2000 – Le Maroc, un royaume de biodiversité. Ed. Ibis Press, Paris.
  • DE MONTGOLFIER J., 1989 - Protection des forêts contre les incendies. Guide technique du forestier méditerranéen français. Ed. CEMAGREF, Division des techniques forestières méditerranéennes, Aix-en-Provence, fiches 1 à 16.
  • FAO, 2007 - Situation des forêts du monde (synthèse mondiale). Partie 1 : progrès vers la gestion durable des forêts. pp. 4-13 & 64-72. www.fao.org
  • FAVRE P., 1992 - Feux et forêts. Dossier « Les feux de forêt et la sécheresse en 1990 ». Forêt méditerranéenne, XIII, 1, 31-40.
  • GRIM S., 1989 – Préaménagement et protection des forêts contre l’incendie. In : Le préaménagement forestier. Ministère de l’Hydraulique d’Algérie & Unité des Eaux et Forêts de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, Belgique, vol. 1, pp. 271-289.
  • LAFARGE E., 2006 - Evaluation des dispositifs de détection des feux de forêt en France. Mémoire de fin d’études de la formation des Ingénieurs forestiers. Agence MTDA-ENGREF. 91 p+ annexes.
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  • MARC H., 1916 - Notes sur les forêts de l’Algérie. Ed. Larose, 331 p.
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    REBAI A., 1982 – Les incendies de forêts dans la wilaya de Mostaganem (Algérie) : étude écologique et propositions
  • d’aménagement. Thèse de doctorat de spécialité en écologie méditerranéenne. Faculté des Sciences et techniques de St.-Jérôme, Université d’Aix-Marseille III, 130 p.
  • VELEZ R., 1999 - Protection contre les incendies de forêt : principes et méthodes d'action. CIHEAM, Zaragoza. Options Méditerranéennes, Série B : Études et Recherches No. 26, 118 p.
  • VELEZ R., 2001 - Fire Situation in Spain. In: Global forest fire assessment 1990-2000. FAO, forestry department, Rome, 2001, working paper 55

Auteurs : Ouahiba MEDDOUR-SAHAR 1, Rachid MEDDOUR 2 & Arezki DERRIDJ 3


1-Magister, Laboratoire de gestion des écosystèmes forestiers, Institut national Agronomique El Harrach, 16 200 Alger, Chef de bureau protection à la conservation des forêts de Tizi Ouzou, 15 000. o.sahar@yahoo.fr
2-Enseignant, Chargé de cours, Faculté des Sciences Biologiques et des Sciences Agronomiques, Université Mouloud. rachid_meddour@caramail.com/
3-Professeur, doyen de la faculté des Sciences Biologiques et des Sciences Agronomiques, Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. aderridj @yahoo. fr

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