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| Gérer de
boues d'épuration : une activité qui vaut de l'or |
Pour cette chronique hivernale, saison des réveillons
copieux et donc de foisons de déjections et à l'occasion
du salon Pollutec, il fallait faire bref et concentré, la siccité
étant un paramètre essentiel de la qualité des boues,
objet de notre fétichisme, révélé, entre autres,
par Sainte Thérèse d’Avila qui déclara, à
une époque déjà ancienne que "l’argent,
excrément du diable, mais pour cette terre, quel bon engrais !
". Le ton est donc donné et il s'agira dans un premier temps
de faire la lumière sur une opération publique dédiée
à la gestion de l'excrémentiel, objet de pouvoir et de communication.
Le second temps de cette chronique, en compagnie d'un théologien
car c'est aussi Noël, abordera les liens entre argent et excreta
du point de vue psychanalytique. Et enfin, le troisième accord
de cette partition portera sur l'errance des dirigeants de nos grands
groupes de l'eau et déchets qui, aux Etats-Unis, cèdent
des entreprises acquises (à prix d'or) très peu d'années
après leur acquisition. Le mot de la faim (fin ?) reviendra sur
l'histoire d'un projet de compostage de boues qui n'en finit pas de rebondir
dans le département de la Loire…

no comment |

Canard de Vaucanson, 1738-1739 |
| Une conférence
mascarade des citoyens sur la gestion des boues |
L'information est passée inaperçue mais cet été,
le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable (MEDD)
a lancé un appel d'offres pour la réalisation d'une conférence
de citoyens sur le thème "quel devenir pour les boues domestiques
issues des stations d'épuration ?" dont le point final est
fixé au dimanche 23.11 prochain avec la rédaction d'une
"charte des citoyens". Remporté par l'Institut de sondage
Ifop, qui disposait d'une première expérience dans le domaine
des OGM , ce projet a été initié en l'absence totale
de concertation avec associations et professionnels concernés par
le devenir des boues . Ainsi, a priori dans une louable démarche
d'ouverture et de débat rompant avec l'encéphalogramme plat
depuis le colloque du 5.07.2000 sur l'épandage des boues de station
d'épuration qui avait vu 3 ministres prendre la parole , les Autorités
se lançaient dans une opération ambitieuse. Mais hélas,
patatras, voici un exercice au rabais mené en catimini avec quelques
industriels et administrations mais dont sont absents de nombreux acteurs.
Bémol positif cependant concernant le MEDD, la communication sur
les déchets ménagers et assimilés du 4.06.2003 de
Roselyne Bachelot-Narquin présentée au Conseil des Ministres
dans laquelle il est (encore !) clairement admis que "les prévisions
laissent entrevoir pour les prochaines années une situation critique
et peu prise en compte jusqu’à présent en matière
de capacité d’élimination de déchets, avec
des effets écologiques très négatifs. Cette situation
appelle une action rapide. Un constat préoccupant : 75 départements
menacés de pénurie à moyen terme. Dans le cadre de
ses travaux sur le service public des déchets, l’instance
d’évaluation mise en place par le commissariat général
au plan a été amenée à dresser très
récemment un bilan de la situation du traitement dans les différents
départements. Même si ces travaux ne seront rendus publics
qu’en septembre 2003 , les conclusions partielles sont préoccupantes.
Il apparaît que 26 départements sont actuellement en situation
de pénurie et ne trouvent de solution à leur situation qu’en
exportant leurs déchets ménagers dans un autre département,
limitrophe, ou plus éloigné. En considérant le délai
nécessaire à l’ouverture d’une nouvelle décharge
ou d’un incinérateur, 30 départements supplémentaires
devraient s’ajouter à cette liste à court terme (d’ici
2 à 4 ans), et dans 5 à 8 ans, 19 autres départements
devraient se trouver dans cette situation. Aux dires de l’instance,
plus de 75 départements se trouveraient donc en situation de pénurie
potentielle".
| L'or, l'excrément,
la psyché et le sacré |
Un récent article de la Revue catholique de formation
permanente, Esprit & Vie fait le point sur la question. "Les
moralistes du Moyen Âge l'avaient déjà bien perçu.
Parce qu'elle est sans limite, la passion de l'argent est dévorante.
Elle peut séparer de Dieu. Avoir de l'argent, c'est, en effet,
"posséder la possession" (E. Levinas). L'argent est ainsi
disposé à être investi psychiquement comme un instrument
apte à acquérir une toute-puissance fantasmatique. Il n'y
a donc rien d'étonnant à observer l'intérêt
que la théorie psychanalytique a accordé à l'argent.
Depuis ses origines, la psychanalyse a tenté de rendre compte de
l'importance que revêt le phénomène de l'argent dans
ses rapports avec l'économie du désir. Partant de l'hypothèse
que la pathologie est comme un grossissement de ce qui est en œuvre
dans la normalité, la théorie freudienne, sur base d'observations
cliniques, a établi une équivalence : "argent égale
excrément". Cette équivalence traverse d'ailleurs le
langage courant. La défécation est exprimée en des
termes financiers. Celui qui défèque fait son affaire. C'est
la grosse commission. Inversement, la langue de la banque et de la bourse
contient d'innombrables tournures qui font s'équivaloir l'argent
et l'excrément. On dit des cours monétaires qu'ils sont
"fermes" ou qu'ils sont "mous", comme s'il s'agissait
de matières fécales. Celui qui marchande "pousse",
comme le constipé. Celui qui dispose à nouveau de liquidités
est "déconstipé". Le millionnaire "en a plein
les mains", comme l'enfant qui malaxe. Si quelqu'un n'arrive plus
à se dépêtrer de ses dettes, "il est dans la
merde jusqu'au cou". La théorie anale de l'argent tente de
rendre compte de cette équivalence que l'on retrouve également
dans les contes populaires (la poule aux œufs d'or, le chieur de
ducats, etc.). Les matières fécales sont vues comme les
premiers produits autonomes de l'enfant, sa première "possession",
ses premières économies. Elles sont pour lui l'occasion
de découvrir la puissance qu'il a sur le monde extérieur,
à commencer sur ses parents. Il peut les satisfaire en déféquant
quand et où ils veulent, dans son pot plutôt que dans ses
couches, ou au contraire provoquer leur colère en retenant le contenu
de ses intestins. Il fait ainsi l'expérience d'un pouvoir sur ceux
dont il était jusqu'à présent totalement dépendant.
Fondamentalement, l'argent ne serait rien d'autre que de "l'excrément
désodorisé, desséché et rendu brillant"
(Sandor Ferenczi). L'argent n'a pas d'odeur, et pourtant "ça
pue le fric". Ayant subi un refoulement, l'investissement des fèces
se transforme en un investissement de l'argent, ce symbole fourni par
la culture et socialement valorisé. Les objections à l'encontre
de l'approche freudienne ne manquent pas. Mais elle suggère, à
tout le moins, que la compréhension du phénomène
de l'argent requiert un savoir sur l'homme, sur son psychisme. Elle met
aussi en évidence la dimension archaïque, inconsciente du
rapport que chacun peut entretenir avec l'argent. De sorte que l'on peut
affirmer que personne n'est parfaitement au clair dans son rapport à
l'argent. Elle manifeste également la dimension sociale de l'argent,
comme un élément de la culture dont l'appréciation
peut évoluer dans le temps et qui rejaillit sur la valorisation
des usages qui peuvent en être faits. Si l'argent en soi n'est pas
une mauvaise chose, c'est bien l'usage qui en est fait qui soulève
le questionnement moral."
| Groupes de services
publics environnementaux : à la recherche d'une stratégie
perdue |
Les 3 majors françaises pataugeraient-elles dans la
boue ?
Hier encore, elles chantaient les louanges de l'international et du "big
is beautiful" et aujourd'hui elles se replient sur elles, au détriment
des engagements humains, au niveau des salariés d'une part, mais
aussi des clients qu'il fallait séduire. Tiercé dans le
désordre. Pour SUEZ d'abord, Gérard Mestrallet, après
avoir cédé 75 % du Groupe Northumbrian le 16.5.03 pour réduire
sa dette de 3,1 milliards d’Euros et diviser par 20 les capitaux
engagés dans l’eau en Grande-Bretagne, le groupe a également
réalisé la cession de Nalco pour 4,350 milliards de dollars,
pourtant acquis fin juin 1999 dans le cadre d'une OPA de 4,1 milliards
de dollars. Quand de son côté, Henri Proglio redéfinit
la politique de recentrage de VEOLIA , conduisant le groupe aux Etats-Unis
à céder les activités US Filter (acquis en mars 1999
pour un montant d'environ 6,2 milliards de USD) et entraînant une
dépréciation de 2,2 milliards d'Euros. Enfin, last but not
least, Martin Bouygues, avec sa filiale SAUR , détenue à
100% par le groupe familial du même nom, a récemment annoncé
avoir vendu sa filiale britannique de distribution d'eau, South East Water
(acquise en 1989) pour 426 millions de livres (607 millions d'Euros).
| Centre de compostage
des boues de La Séauve-sur-Semène, suite |
Suite aux récentes élections municipales provoquées
par "le scandale", l'histoire déjà reportée
dans ces colonnes a connu un rebondissement avec le refus de délivrance
du permis de construire par le nouveau maire de La Séauve-sur-Semène.
Par ailleurs, le préfet de Haute-Loire, après étude
des motivations, pourrait déposer un recours devant le tribunal
administratif comme la Compagnie Générale de Eaux, à
l'origine du projet. "Nouvel épisode dans le feuilleton à
multiples rebondissements de l'implantation d'un centre de compostage
de boues sur la zone d'activités des portes du Velay : le nouveau
maire refuse le permis de construire à la CGE, instigateur du projet
et actuellement titulaire d'un compromis de vente du terrain concerné.
Ce projet de traitement de boues a soulevé une vive polémique
sur le département depuis fin 2001. La décision préfectorale,
délivrée le 15.07.2003, d'autoriser la CGE à exploiter
un centre de compost, a entraîné la démission de 2
conseillers de la majorité et 6 membres de l'opposition et de élections
en septembre. Le nouveau maire s'est contenté de préciser
à Laurence Perbey, journaliste du Progrès, que le "dossier
avait été instruit, dans les règles, comme n'importe
quel autre, que le refus était motivé, la décision
affichée et consultable en mairie". Un refus en partie motivé
"par une atteinte à la salubrité publique sur un site
proche de bâtiments occupés par des industries le non respect
d'une convention qui prévoit que les effluents provenant d'établissements
classés doivent faire l'objet d'un prétraitement avant de
pénétrer le réseau public ainsi que le non respect
de l'environnement paysager". De son côté, la CGE déclare
: "Il s'agit d'un gage politique donné par le nouveau maire
à l'association Préservons l'avenir, précise M. Certain,
directeur de centre à la CGE. Dans la mesure où la demande
de permis de construire a été jugée conforme par
la direction départementale de l'Équipement, ce rejet donnera
lieu à un recours pour excès de pouvoir auprès du
tribunal administratif. Je tiens à rappeler que jusqu'en 1998,
les boues de la Séauve-sur-Semène étaient épandues
sur les parcelles agricoles de M. Grange, nouveau maire. Si ce dernier
n'avait pas décidé d'en interdire l'épandage, nous
n'en serions pas là aujourd'hui". |