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Aujourd'hui comme hier, un aphorisme fort à propos de
Confucius rappelle que "l'homme supérieur est celui qui met
d'abord ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément
à ses actions". En matière de gestion optimisée
de l'excrémentiel justement, Victor Hugo, en 1862 dans "Les
Misérables" , soulignait que les Chinois pouvaient donner
des leçons en matière d'évaluation de la valeur de
l'or marron. Aujourd'hui, alors que notre monde est suspendu à
l'évolution accélérée des règlements
de toutes sortes dont ceux qui s'appliquent à nos chères
immondices , il est salutaire de questionner nos écrits et les
acquis historiques pour "mettre en perspective" ce champ et
créer les conditions d'une analyse dynamique. Elément fondamental
et pluridisciplinaire des enjeux liés à la protection de
la santé (humaine, animale et végétale) et de l'environnement,
la notion "d'innocuité" mérite l'attention. C'est
pourquoi elle fait ici l'objet d'une réflexion dans cette studieuse
chronique de la nouvelle année 2004 au côté des échos
d'un récent colloque INRA-ADEME sur les risques liés à
l'épandage des déchets organiques et des brèves.
| La véritable
intox de la nocuité |
"Peut-on les épandre, les incinérer ou les
mettre en décharge?" s'interroge avec angoisse le gestionnaire
en prenant connaissance des résultats "limites" des analyses
de ses boues d'épuration. Dans la pratique contemporaine en effet,
les procédures produisent des valeurs, qui, par comparaison aux
références réglementaires imposent des contraintes
de gestion. Si ces valeurs sont supérieures, le fonctionnement
du système est modifié par la mise en place d'actions spécifiques
nécessairement plus lourdes et pas toujours cohérentes avec
l'existant. Dans le domaine de la gestion agronomique des résidus
organiques, 3 principaux types de contraintes sont à considérer,
soit la voie réglementaire sur l'épandage des déchets,
soit la normalisation ou enfin l'homologation des amendements et matières
fertilisantes. Or, ce corpus hétérogène est en évolution
permanente avec une flopée d'acteurs investis d'une parcelle d'autorité
qui intervient pour définir des règles qui s'imposent, l'abondance
de textes étant souvent au détriment des contrôles
et du suivi. Par rapport au propos qui est d'étudier le principe
fondamental déterminant l'établissement des curseurs de
ces règles, à savoir le caractère d'innocuité,
il peut être souligné que la preuve de l'efficacité,
absente de la logique anglo-saxonne confiante dans la jugement du marché,
semble avoir trouvé ses limites dans le domaine des matières
fertilisantes. Ce qui importe est de bien s'assurer que les indésirables
sont en deçà des limites afin de pouvoir correctement gérer
ses résidus organiques, ainsi aptes à la filière.
Et pourtant, comment comprendre que les limites reculent sans cesse ?
Qui les fixe et comment ? Comment sont-elles évaluées ?
Quels rapports entre hygiénisation, innocuité et précaution
?
| L'innocuité,
un thème médiatisé |
Actualité oblige, la toute récente Commission
d’orientation du Plan national santé environnement constituée
le 17.9.2003 par les ministres en charge du travail, de l’environnement
et de la santé a rendu le 13.01.04 dernier son rapport diagnostic
préliminaire sur la santé environnementale en France (travail
de synthèse effectué avec l’Agence française
de sécurité sanitaire environnementale). Les 22 experts
ont ainsi constaté que "l’organisation de l’espace
urbain, la conception des logements et leurs conditions d’occupation
ont, dans le passé, favorisé le développement de
nombreuses maladies, telles la tuberculose ou les intoxications au monoxyde
de carbone; ces fléaux, sans avoir disparu, sont aujourd’hui
mieux maîtrisés. Les conditions de travail se sont profondément
transformées, et les menaces liées à la présence
d’agents microbiens ou de substances chimiques nocives sont aujourd’hui
d’une ampleur sans commune mesure avec la situation qui prévalait
encore il y a 30 ou 40 ans, fruit de réglementations plus strictes
et d’un appareil de prévention mieux organisé. L’espérance
de vie a considérablement progressé au cours du 20ème
siècle, et continue de croître à un rythme élevé.
Et pourtant…Et pourtant la population, en France comme dans tous
les pays industrialisés, manifeste une préoccupation croissante
à l’égard de la qualité de l’environnement
physique, avec le sentiment que les dangers demeurent, voire se sont accrus.
Initiées par des préoccupations sanitaires liées
à l’environnement général et professionnel,
des crises médiatiques et sociales parfois aiguës ont fait
irruption au cours de la période récente (explosion annoncée
du nombre de victimes de l’amiante; farines animales et maladie
de la vache folle; mortalité précipitée et pollution
atmosphérique; dioxine et incinération des déchets
ménagers, rayonnements électromagnétiques émis
par les antennes de la téléphonie mobile...). Or le débat
public ne fait pas toujours la distinction entre les faits et les hypothèses,
plus ou moins fondées scientifiquement. Ces accès de fièvre
exercent une pression très forte sur les acteurs économiques
et politiques, mais également sur la communauté scientifique
et, en son sein, sur ceux qui contribuent au transfert des connaissances
vers les instances en charge de la gestion des risques, activité
qu’il est convenu d’appeler l’expertise. De craintes
diffuses, on passe de plus en plus vite à la suspicion de négligence
voire à l’accusation de faute. Le champ de la santé
environnementale serait-il donc celui d’un formidable paradoxe pourquoi
avoir si peur, si tout va aujourd’hui mieux qu’avant ? Une
conséquence inattendue des progrès extraordinaires de nos
connaissances scientifiques pourrait justifier ce point de vue. Est en
cause l’effet d’optique produit par l’amélioration
continuelle de notre capacité à analyser la qualité
de notre milieu de vie : on mesure de plus en plus de paramètres
physico-chimiques et microbiologiques, à des quantités devenues
infinitésimales, dans l’air, l’eau, les sols, nos aliments...
Ce biais du lampadaire (lorsque j’étais dans l’ignorance,
je vivais heureux, maintenant que je sais qu’il y a cette substance
nocive, je crains que le ciel ne me tombe sur la tête) pourrait
en effet conduire à dilapider les rares ressources disponibles
dans le vain espoir de faire disparaître cette menace nouvellement
révélée. Pourtant, pour le toxicologue, depuis Paracelse,
médecin suisse de la Renaissance, le poison, c’est la dose;
n’empêche, pour l’homo mediaticus contemporain, le danger,
c’est la mesure".
| L'innocuité
des boues, un mirage ? |
Est-il possible de faire du propre avec du sale ? En matière
de résidus de l'assainissement et sans commentaire car la conférence
du 23.11.03 sur le devenir des boues domestiques a déjà
été commentée dans ces colonnes, la Charte des recommandations
rédigée par ces 15 citoyens a essentiellement considéré
que les politiques devaient prendre en considération les 3 points
suivants :
- Dans l’état actuel des connaissances, on
ne peut privilégier un mode d’évacuation plutôt
qu’un autre. Tout dépend des situations locales (géographie,
acteurs, installations, contraintes financières, etc.). Toutefois,
à long terme, il convient de développer un épandage
hygiénisé (en intégrant les techniques de séchage,
chaulage ou compostage) quand cela est possible, afin de faire des boues
d’épandage les plus fertilisantes, les plus efficaces et
acceptables possibles, tout en privilégiant dans les grandes
agglomérations le recours à l’incinération.
- L’incinération est en effet une filière
incontournable, notamment parce que les grandes villes doivent prendre
en charge la plus grande partie des boues qu’elles produisent
; la solution de la co-incinération, parce qu’elle entraîne
moins d’investissements, semble intéressante.
- Renforcer les contrôles inopinés sur
l’innocuité des émanations des stations d’incinération.
| Du poison au bout
de la flèche |
Après ce long préambule, mettant en pratique
l'expérience du sage, il convient de reconnaître le sens
des mots. Ainsi, l'excellent Dictionnaire Historique de la langue française
Robert précise : "Innocuité (mot précédent
: innocent, ente et mot suivant innover) n.f. : a été dérivé
savamment (1806, 1783, d'après Bloch et Wartburg) par suffixation
du latin innocuus "qui n'est pas nuisible", "qui ne fait
pas mal", formé de in- (préfixe négatif latin)
et de nocere, d'abord "causer la mort de" puis dans la langue
courante "causer du tort" (à nuire). Innocuité,
reprenant le sens de l'étymon, désigne la qualité
de ce qui n'est pas nuisible, notamment en médecine. On relève
chez Claude Bernard (1878) l'emploi rare pour "qualité (d'un
être) qui se défend parfaitement contre (des choses nuisibles)";
cet emploi est peut-être issu d'un autre sens du latin innocuus
"qui n'a subi aucun dommage" (relevé chez Virgile). Le
mot véhicule déjà la notion de réflexe immunitaire.
Le mot nocuité n. f. est formé savamment (1823) sur le latin
nocuus "nuisible". Nocif, adj. est emprunté (début
16è s. sous la forme noxif) au latin nicivus "nuisible, dangereux",
dérivé de nocere. Voir innocent, nuire. Innocent, innocente
: adj. et n. : est emprunté (1080) au latin innocens, -entis "qui
ne fait pas de mal, inoffensif", en parlant des choses, et à
propos des personnes "qui ne nuit pas, irréprochable",
"qui n'est pas coupable"; le mot est formé de in- et
de nocens, -entis, participe présent de nocere "faire du mal,
causer du tort" (à nuire), lui-même de nex, necis "mort
(violente)", qui se rattache à une racine indo-européenne
nok- comme le grec nekros (à nécrose). Innocence est emprunté
au dérivé latin innocentia "mœurs irréprochables,
vertu", "non-culpabilité". Dans la religion chrétienne,
le mot désigne l'état de l'homme purifié par un baptême
(1656, Pascal). Dans l'usage courant, innocence désigne l'état
de quelqu'un qui ignore le mal (1546, Rabelais) et de quelqu'un qui ne
nie pas. Innocence signifie aussi "naïveté excessive"
et "ignorance des chose sexuelles" mais innocence pour virginité
est sorti d'usage.
De son côté, Nuire : v. intr. Est issu (1160) du latin populaire
nocere "causer du mal, faire du tort", qui a lui-même
donné l'ancien français nuisir (1119). Le radical a servi
à former nuisance, n. f. (1120) "tort, dommage, préjudice",
plus rare à partir du 17ème siècle. L'usage actuel
du mot au sens "facteur de gêne ou d'insalubrité dans
une zone donnée" (1863 en Angleterre) est repris dans l'anglais
nuisance, lui-même emprunté au français (15è
s.) et employé depuis le 17è s. pour une cause de gêne
dans l'environnement".
Mais la leçon de français ne serait pas achevée sans
questionner le mot toxique. En effet, en application du Guide 2003 d'élaboration
du dossier technique relatif aux matières fertilisantes et supports
de culture (art. L.255-1 à L.255-11 du Code Rural) réalisé
par la Commission des Matières Fertilisantes et des Supports de
Culture du Ministère de l’Agriculture (CMFSC), "toute
inscription dans une norme française existante ou à créer
doit recevoir un avis favorable de la Commission d’Etude de la Toxicité
et du Comité d’Homologation". Ainsi, "Toxique n.
m. et adj., réfection savante (1213) de formes altérées
toxiche (v. 1155) et toscique est emprunté au latin toxicum "poison
à l'usage des flèches", dit de tout poison en général
et en particulier du laudanum (teinture d'opium safranée utilisée
comme analgésique cutané, sédatif et antidysentrique).
Le mot latin est emprunté au grec toxikon (sous-entendu pharmakon)
"poison dont on imprègne une flèche", substantivation
au neutre de l'adjectif toxikos qualifiant les flèches, dérivé
de toxon "arc". Il est vraisemblable que toxon (qui, dés
Homère, concurrence bios, le vieux nom indoeuropéen) soit
un emprunt à l'iranien, peut-être aux Scythes, les Iraniens
et les Scythes étant réputés pour leur pratique de
l'arc. On peut évoquer les anthroponymes scythes toxaris, taxakis
et le persan littéraire takhs "arc". Le mot, emprunté
au sens général de "poison" est rare avant le
16è s. quant à son emploi adjectivité au sens de
vénéneux" (1584), il est peu attesté avant 1845,
puis devient usuel. Les dérivés et composés du mot
sont postérieurs à 1800. Toxicologie n. f. (1803) "étude
des substances toxiques", nom d'une branche importante de la pharmacologie,
a pour dérivés toxicologique adj. (1832) et toxicologue
n. (1842). Toxicomane adj. Et n. (1913) désigne toute personne
qui use régulièrement de stupéfiants. Toxicomanie
n. f. (fin 19è s.) semble un peu antérieur à toxicomane.
Cette série est formée avec l'élément toxico-
pris au latin toxicum. Cet élément est très productif
dans la seconde moitié du 19è s. et au 20è s.. Toxicité
n. f. nom didactique exprimant le caractère toxique d'une substance,
est attesté depuis 1865; il a servi à produire l'antonyme
atoxicité (20é s.) qui répond à l'adjectif
atoxique (1838)".
| Innocuité
ou précaution ? |
Après cette leçon de français forcément
imparfaite (à défaut de leçons sur l'anglais et l'allemand
qui exercent une grande influence sur l'Hexagone), il convient d'examiner
la face contemporaine de l'innocuité. Explorant au travers du principe
de précaution les limites de l'innocuité, cette "relative
innocence", le sociologue Olivier Godard, directeur de recherche
au CNRS, précise que "la règle d'abstention c'est le
fait d'obtenir la preuve de l'innocuité avant que quelque chose
(un produit, une technique, une activité) soit autorisée.
En l'absence de preuve d'innocuité, il faudrait s'abstenir, c'est-à-dire
interdire ou empêcher. Une société avec le degré
0 de risque, ça n'existe pas et la référence à
l'innocuité peut avoir un sens légitime dans des contextes
particuliers très précis, mais ailleurs il s'agit d'une
rhétorique qui ne peut être prise à la lettre. Chaque
option d'action est donc de l'ordre de l'action et non pas de l'abstention,
et d'une action que j'appelle raisonnée autant que possible; ce
qui nous amène à l'idée de proportionnalité
qui est une des figures vers lesquelles s'exprime cet attachement à
la raison".
Du point de vue de l'hygiéniste, pour Jean Lesne de l'ENSP (Ecole
Nale de la Santé Publique, Rennes), "la formalisation de cette
démarche d’évaluation des risques liés aux
expositions environnementales a été proposée par
plusieurs agences américaines responsables de la santé publique,
il y a une quinzaine d’années. La transparence qu’implique
ce processus est très bénéfique à la gestion
des risques, dans l’action préventive de fond, comme en temps
de crise. En effet, à partir du moment où l’on est
capable de définir l’objectif de qualité du produit
fini en termes de risque acceptable, il devient possible d’optimiser
avec rigueur l’adéquation entre le traitement et la qualité
de l’eau brute. Par contre, pour une ressource de qualité
donnée, l’objectif de qualité du produit fini peut
se traduire par un objectif d’efficacité de traitement. Ou
bien, les performances d’efficacité de traitement étant
connues, il devient possible de définir des objectifs précis
de qualité des ressources. Dans ce schéma rigoureux, malgré
toutes les incertitudes autour de la relation dose-réponse utilisée
(et elles sont nombreuses), il est clair que l’absence de détection
(de pathogène) dans le produit fini ne peut être un critère
fiable ni pour l’innocuité du produit, ni pour la validation
sanitaire de l’efficacité d’un traitement, comme pouvaient
le prétendre à tort les tenants de la démarche classique
de l’hygiène publique. La stratégie de contrôle
du produit fini doit donc être revue. Elle pourrait être organisée
de la façon suivante : validation initiale solide de l’efficacité
du traitement pour prouver que la solution technique permanente qui a
été choisie est bien appropriée au contexte, suivi
microbiologique allégé et automatisé pour la détection
d’une recontamination ou d’un accident de fabrication, contrôle
microbiologique renforcé après un dépassement persistant,
jusqu’au retour à la normale". Avec l'eau potable, l'analyse
s'étend au-delà du champ des déchets organiques et
de l'environnement pour considérer la santé humaine, item
qui rapproche de l'essentiel, à savoir, "la peur de la mort,
élément commun à tous les hommes".
Dans un article intitulé "innocuité des
aliments : protection ou protectionnisme ?" de 1999 et écrit
par la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et des pêcheries
de l'OCDE avec l'INRA, les auteurs soulignent que "les consommateurs
souhaitent que leur gouvernement contrôlent davantage l’innocuité
et la qualité des aliments. Des réglementations trop floues
ou en excès peuvent constituer des obstacles aux échanges.
Évaluer les coûts et les avantages plutôt que de se
limiter aux risques permet d’améliorer la sécurité
des aliments tout en évitant de tomber dans le protectionnisme….".
A propos de la vache folle, Jean-François Mattei, rapporteur de
la mission d'information commune sur l'ensemble des problèmes posés
par le développement de l'épidémie d'encéphalopathie
spongiforme bovine déclare "j'émettrai une opinion
personnelle, qui n'est pas celle de la commission dont j'ai été
le rapporteur : si ces farines animales présentent toutes les garanties
d'innocuité, c'est-à-dire l'absence totale de contaminant,
prion ou autre, ce sont des nutriments tout à fait consommables
par les animaux et qui ne posent aucun problème en terme d'alimentation.
Le principe de précaution est, en l'espèce très recommandé
et très utilisé; il le sera sans doute aussi pour les boues
des stations d'épuration et les OGM. Lorsque nous n'avons pas la
preuve, scientifiquement établie, de l'innocuité ou de la
dangerosité d'un produit, le principe de précaution consiste
à se mettre en position d'attente et à développer
des moyens de recherche pour essayer d'y voir clair". Dans la rubrique
débats et opinions (Le Figaro, 31.01 et 1.02.04), Jean Carlet,
ex président du Comité de lutte contre les maladies nosocomiales
et chef du service réanimation polyvalente de l'Hôpital St
Joseph à Paris établit un parallèle avec un article
intitulé "les maladies nosocomiales à l'hôpital,
des microbes et des hommes" dans lequel il précise que "l'homme
sain vit en cohabitation avec des milliards de bactéries, sur la
peau (staphylocoques non pathogènes, staphylocoques dorés
pathogènes en transit), dans le nez (staphylocoques dorés
chez 20 à 30%) ou dans l'intestin, en particulier le colon, véritable
"bombe bactériologique "interne. Cette cohabitation fonctionne
habituellement très bien. Mais surtout certains de ces microbes
sont essentiels à la protection de l'homme contre d'autres microbes
envahisseurs. Les microbes sont nos ennemis et nos amis. Une meilleure
prévention passe par une meilleure connaissance, et, j'ose à
peine le dire, dans un certain respect de l'ennemi…"
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| L'innocuité
à toutes les sauces |
La consultation sur le mot innocuité à l'aide
du moteur de rechercher Google news dans l'actualité du 6.2.04
a fait remonter quelques brèves. Ainsi, à propos de l'innocuité
des pesticides (Terre-net, 3.02.04), BASF, cite pour preuve le délibéré
du 17.12.03 de la Commission d'étude de la toxicité (Comtox),
autorité consultative compétente en terme d'homologation
des produits phytosanitaires, dans lequel celle-ci aurait confirmé
sans aucune ambiguïté l'innocuité du Régent
TS pour la santé humaine, en réaffirmant que l'utilisation
du produit est conforme aux exigences européennes pour la santé
des applicateurs et que l'usage du Fipronil ne présente pas de
risque d'effets nocifs pour le consommateur. Aussi, BASF estime-t-il que
les accusations portées contre le Régent TS sont sans fondement
de risque pour la santé humaine". Sur l'alimentation, la controverse
autour de l'innocuité du saumon d'élevage (Le Monde, 22.01.04)
relate une étude américano-canadienne qui fait état
du caractère potentiellement cancérigène de ce poisson
issu de l'aquaculture, de nombreux scientifiques, européens et
américains, contestant vivement les conclusions de ces travaux.
Côté business toujours, l'entreprise de produits pharmaceutiques
(Webfin – 5.02.04) rapporte que Axcan Pharma accroît son bénéfice
de 59 % après avoir fait part de données d'efficacité
et d'innocuité positives pour ITAX, un médicament acquis
des Laboratoires Abbott. Enfin, alarmiste (Bluewin – 5.02.04), un
article s'interrogeait sur la relation entre cancers du sein et déodorants
sur la base des travaux d'une équipe de chercheurs britanniques
(université de Reading) qui a mis en évidence, dans des
tumeurs du sein, des teneurs très élevées de composés
chimiques utilisés dans la fabrication de déodorants, les
parabens et leurs dérivés couramment utilisés comme
conservateurs dans l'industrie alimentaire. A des doses d'environ 0,1%,
ils servent à conserver les œufs et préparation de
poisson mais aussi les produits à base de fruits (jus, compotes)
et les viandes séchées (activité anti-listeria).
Très solubles et peu sensibles au pH, ils sont donc aussi utilisés
comme agents anti-microbiens dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique.
Mais les mécanismes d'action de ces composés sont encore
mal connus et leur innocuité n'est pas parfaite selon les chercheurs
qui précisent qu'à dose élevée, ils présentent
une certaine toxicité qui justifie de ne les utiliser qu'à
dose faible et de les réserver à la conservation d'aliments
consommés en petite quantité".
Il semble bien qu'une définition précise de
l'innocuité soit pour le moins délicate mais que de nombreux
tests permettent d'en évaluer les enjeux analytiques. Sur le plan
agronomique, Corinne Bitaud, directrice du CRITT RITTMO (Recherche Innovation
Technologie Transfert pour les Matières fertilisantes Organiques)
souligne que "la position adoptée par son équipe, en
attendant des directives plus précises, est d'apporter des réponses
à 3 niveaux : la plante (si ça ne pousse pas le paysan est
fâché et il a raison), l'environnement (si le fonctionnement
du sol est perturbé ou si les poissons nagent sur le dos, on n'a
pas l'air malin) et la chaîne alimentaire (si le consommateur bouffe
des polluants accumulés dans ses légumes il râle et
il a raison). Pour évaluer la toxicité pour la plante, il
faut faire un test de phytotoxicité le plus proche possible des
conditions normales d'utilisation du produit en termes de substrat (sol)
et de doses étudiées. Pour évaluer l'impact sur l'environnement,
il faut choisir parmi une batterie de tests et notre stratégie
consiste à combiner les types de toxicité (aiguë, chronique)
avec les types d'organismes (animaux, végétaux, bactéries)
et avec les types d'écosystèmes (eau, sol). Actuellement
nous proposons de faire un test Lemna ou un test Algues (toxicité
chronique, sur plante), un test Daphnies (toxicité aiguë,
sur animal aquatique), un test vers de terre (idem mais organisme du sol)
et un test de génotoxicité (divers organismes possibles,
dont bactéries). Pour ce qui est de la chaîne alimentaire,
on ne fait en routine que les analyses de micropolluants, mais dans le
cadre d'études plus lourdes on travaille sur la bioaccumulation,
notamment des ETM. Enfin, ma philosophie sur ces tests d'innocuité
est qu'il est bien entendu qu'ils ne permettent pas de tout voir, qu'il
est bon qu'il en existe un assez grand nombre pour pouvoir cibler les
situations particulières (c'est pourquoi nous en développons
actuellement de nouveaux), qu'il serait bon qu'on travaille aussi à
des tests explicatifs et pas seulement descriptifs et enfin que ne pas
tout savoir est toujours mieux que de ne rien savoir !".
| Un colloque pour
inoculer une culture de risques |
Intitulé "Nouveaux outils d'évaluation
agronomique et de prévention des risques pour les écosystèmes",
ces 2 journées organisées par l'ADEME et l'INRA, avec le
soutien des Ministères (Agriculture et Ecologie) les 20 et 21.01.04
ont rassemblé plus de 300 personnes autour des enjeux liés
au recyclage des produits résiduaires. Afin de préciser
les conditions d'évaluation de l'efficacité agronomique
de ces amendements, de leur impact sur les produits agricoles et les milieux,
mais aussi de développer les connaissances sur les enjeux et les
stratégies, le programme Agrede a été réalisé
avec 13 projets pour un montant total de l'ordre de 1 M€. Au terme
des travaux engagés, une restitution des résultats a été
réalisée en une quinzaine d'exposés sur divers points
(méthodes d'analyse, modèles d'interprétation, tests
d'écotoxicité, valeur fertilisante, évaluation des
risques de diffusion de polluants dans l'agrosystème et de contamination
des produits et des impacts sur les écosystèmes). L'excellent
n°25 des Dossiers de l'environnement de l'INRA constitue une synthèse
très complète de l'ensemble de ces travaux. Il est intéressant
de souligner que seul 1/4 du colloque a été consacré
aux impacts positifs du recyclage, les aspects négatifs étant
longuement développés avec le programme de recherche Vadetox
de l’ADEME présenté par Isabelle Feix et Antonio Bispo.
Ce programme de recherche, lancé en 1996, a rassemblé 18
laboratoires français qui ont évalué l’impact
de 8 matrices variées valorisées en agriculture. Différentes
méthodes physico-chimiques et biologiques ont été
utilisées au laboratoire mais également sur un dispositif
expérimental de plein champ afin de relier les impacts potentiels
(constatés au laboratoire) et les impacts réels (mesurés
sur le terrain).
Un récent document de la commission européenne
sur la stratégie en matière de directive boues et compost
a été diffusé avant une réunion de réflexion
à Bruxelles à la mi-janvier qui a rassemblé environ
100 personnes. Si certains participants ont plaidé en faveur de
la collecte sélective et du compostage, d'autres, dont Tim Ewans,
président du TC 223, ont souhaité que la Commission se focalise
sur la qualité des matières recyclées et laisse aux
professionnels la tâche d'atteindre les objectifs de qualité,
l'approche HACCP étant considérée avec bienveillance.
Enfin, de brillants spécialistes ont demandé qu'une seule
directive s'applique à tous les résidus épandus.
Par ailleurs le 8.01.04, le Comité Scientifique pour la toxicité,
l'écotoxicité et l'environnement (CSTEE) a publié
un avis extrêmement critique sur une étude réalisée
pour la Commission et intitulée "métaux lourds et composés
organiques des déchets recyclés en matières fertilisantes",
soulignant la grande difficulté à dire des vérités
en matière de faibles doses…
Enfin, il faut signaler la parution d'un ouvrage intitulé "risques
parasitaires liés aux déjections d’origine humaine
et animale manipulées ou épandues, le péril fécal
et le problème de l’eau" écrit par Jacques Euzéby,
membre de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie
vétérinaire de France et diffusé par la librairie
Lavoisier. Cet ouvrage scientifique de 300 pages, avec 99 figures complémentaires
et plus de 800 références bibliographiques, fait un point
dense sur la biologie des parasites et sur la situation actuelle du problème
de santé publique lié aux matières fécales.
A signaler enfin, la publication par le CERTU d'un ouvrage intitulé
"évaluation des impacts des stations d'épuration et
de leur réseau de collecte, éléments techniques".
En effet, les STEP et leur réseau de collecte visent à améliorer
l’environnement mais ces ouvrages peuvent aussi avoir des effets
négatifs, par le bruit et les odeurs qu’ils génèrent,
par le rejet d’effluents traités dans les eaux, ou encore
par leur impact sur le paysage. Plus de 20 ans après la parution
du premier guide sur les études d’impact de STEP, ce nouveau
guide de 130 p actualise en fonction des nouvelles techniques et réglementations
en 15 fiches thématiques la nature des impacts, le contenu d’une
étude d’impact, les outils et méthodes d’investigation.
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