# Recy.net - Full Content > Tout sur le recyclage et l'économie circulaire : guides pratiques, actualités filières, consignes de tri et ressources, que vous soyez particulier, élu ou professionnel. This file contains the full text of all 273 published articles for LLM indexing. For a lightweight index, see [llms.txt](https://www.recy.net/llms.txt). --- ## Casque de vélo usagé : pourquoi il n'a pas de seconde main - URL: https://www.recy.net/casque-velo-usage-seconde-main-recyclage-ecologic/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-09-04T06:00:00 - Categories: recyclage Sur les groupes de revente locaux, tout le matériel de vélo circule d'occasion. Pédalier, selle, cuissard, tout y passe. Le casque, jamais. La raison tient en une phrase de l'ADEME qui tranche le débat sans détour, sur une page que quasiment personne ne cite. Un casque de vélo est un équipement de protection individuelle (EPI). L'ADEME l'écrit sans détour : « pour des raisons de sécurité, les équipements de protection individuelles ne peuvent pas être revendus d'occasion ou donnés ». Ce n'est pas une recommandation de prudence, c'est la règle du service public de tri. Le casque a même son propre code dans le barème Ecologic 2026. **Réponse directe : un casque de vélo usagé ne se revend pas et ne se donne pas, l'ADEME l'interdit pour raisons de sécurité, car un choc peut l'endommager sans trace visible. Il se dépose gratuitement chez un distributeur ou en déchèterie, dans la zone articles de sport et de loisirs, pour un traitement en recyclage matière puis valorisation énergétique.** ## Ce que dit vraiment l'ADEME sur le casque d'occasion La page officielle « Casque de vélo » de quefairedemesdechets.ademe.fr ne laisse pas de place à l'interprétation : les EPI « ne peuvent pas être revendus d'occasion ou donnés ». Aucun des blogs marchands qui trustent les premiers résultats de recherche sur « quand changer son casque de vélo » ne cite cette page ni cette phrase. Ils répètent tous la même consigne, « un choc, un casque », sans jamais dire ce que le casque devient une fois écarté. La réponse existe, et elle est documentée par l'ADEME elle-même : un casque usagé se dépose gratuitement chez le distributeur ou en déchèterie, dans la zone dédiée aux articles de sport et de loisirs. Il y est ensuite traité par récupération et recyclage des matières premières recyclables, puis valorisation énergétique, avant élimination des déchets ultimes pour ce qui ne peut ni se recycler ni se valoriser. ## Pourquoi un casque ne se revend pas, alors qu'un vélo entier se remet en circulation C'est la partie qui surprend le plus, y compris moi la première fois que je l'ai lue en entier. Le livret publié par Ecologic et ESS France sur la filière des articles de sport et de loisirs (ASL) exclut explicitement les EPI des déclarations de réemploi. Noir sur blanc : « exclus des déclarations de réemploi : les équipements de protection individuels (EPI) et les produits neufs invendus ». Autrement dit, un casque qui entre dans la filière ASL y entre pour être collecté et traité, jamais pour être remis en vente. C'est l'inverse de ce qui se passe pour un [vélo entier, dont le réemploi reste la voie privilégiée avant le recyclage](/recyclage-velos-usages-cycles-reemploi-reparation-2026). Le cadre est le même, la finalité est opposée, et c'est justement ce paradoxe que le SERP dominant ne relève jamais. ## Pourquoi un choc, même invisible, condamne le casque La raison technique tient en une phrase du Bicycle Helmet Safety Institute (BHSI) : la mousse d'un casque est conçue pour un usage unique, et après un écrasement, elle n'offre plus la même protection, même si le casque paraît intact. Le BHSI va plus loin : les coques fines des casques actuels masquent souvent les enfoncements de la mousse, si bien que beaucoup de cyclistes croient sincèrement ne pas s'être cognés alors que la protection a déjà travaillé. Ce mécanisme n'est pas un résultat d'étude scientifique publiée. C'est ce que rapportent trois acteurs qui vivent de la sécurité cycliste au quotidien : le BHSI, la marque Lazer et la marque Decathlon. - Lazer : « un impact compresse souvent la couche de mousse interne de façon imperceptible. Aucun dommage ni déformation visible, mais la structure du casque est désormais compromise. » - Decathlon : « une fois que le casque a été endommagé, il a fait son office, même si ce n'est pas toujours visible. » - Consigne du BHSI après une chute : remplacement immédiat. Sur la durée de vie hors accident, les avis divergent, et je préfère le dire avec la fourchette plutôt qu'avec un chiffre unique qui ferait illusion. Lazer recommande un remplacement tous les un à trois ans. Le BHSI relève que la plupart des fabricants annoncent cinq ans, certains trois, avec une réserve explicite : une partie de cette recommandation relève du marketing plus que d'une nécessité technique démontrée. Ce sont des préconisations de fabricants, pas des obligations réglementaires. ## Que dit la norme du casque, et depuis quand Un casque de vélo vendu en France répond à la norme NF EN 1078+A1, « Casques pour cyclistes et pour utilisateurs de planches à roulettes et de patins à roulettes », publiée par l'AFNOR le 9 février 2013. Cette norme française reprend la norme européenne EN 1078:2012+A1:2012, listée comme norme harmonisée au Journal officiel de l'Union européenne (JOUE C 113 du 27 mars 2018, référence publiée le 21 avril 2018), sous le règlement (UE) 2016/425 relatif aux équipements de protection individuelle. Un casque conforme à cette norme harmonisée bénéficie d'une présomption de conformité aux exigences essentielles de santé et de sécurité du règlement. Une révision est en cours : un projet de norme, PR NF EN 1078, a fait l'objet d'une enquête publique close le 15 mars 2023, non publiée à ce jour. Côté réglementation sportive, le casque de vélo figure parmi les EPI listés à l'annexe III-3 du code du sport, sous l'intitulé « articles de protection de la tête tels que les casques, couvre-chefs légers ». Ce texte encadre surtout la location et la mise à disposition réitérée d'un EPI-SL d'occasion par un professionnel : celui qui la propose doit s'assurer que l'équipement respecte les conditions fixées par le fabricant dans sa notice, sous peine d'une amende contraventionnelle de cinquième classe. Cette disposition vise le loueur professionnel, pas la vente entre particuliers, c'est l'ADEME qui pose l'interdiction générale de revente pour raisons de sécurité. ## La filière ASL en chiffres Le casque porte sa propre ligne dans le barème d'éco-contribution Ecologic. Le casque de vélo relève de la filière REP des articles de sport et de loisirs (ASL), confiée à Ecologic, seul éco-organisme agréé pour cette filière depuis le 31 janvier 2022 et jusqu'au 31 décembre 2027. Le barème d'éco-contributions applicable à partir du 1er janvier 2026 porte une ligne nommée « Casque de vélo », code ASLSMA16, facturée 0,087 € HT par unité mise sur le marché. | Donnée | Valeur | Source | Année | | --------------------------------------------------------------- | -------------------------- | ---------------------------------- | ----- | | Éco-contribution du casque de vélo (ASLSMA16) | 0,087 € HT | Barème Ecologic ASL | 2026 | | Tonnage ASL mis sur le marché | 115 000 t | ADEME, portail filières REP | 2024 | | Tonnage ASL collecté | 15 000 t | ADEME, portail filières REP | 2024 | | Tonnage ASL réemployé | 3 700 t | ADEME, portail filières REP | 2024 | | Objectif de recyclage, catégorie cycles et EDPM non motorisés | 59 % en 2024, 62 % en 2027 | Cahier des charges ASL, Legifrance | 2021 | | Objectif de recyclage, catégorie pratique sportive et plein air | 35 % en 2024, 50 % en 2027 | Cahier des charges ASL, Legifrance | 2021 | Ces objectifs de recyclage, calculés sur les quantités collectées non réemployées, comme les objectifs de réemploi qui les accompagnent dans le cahier des charges (9 % en 2024 puis 14 % en 2027 pour les cycles, 4 % puis 5 % pour la pratique sportive), s'appliquent aux catégories ASL dans leur ensemble. Le casque, exclu du réemploi par construction, pèse sur le volet recyclage de ces objectifs, jamais sur le volet réemploi. Le rattachement du casque à cette filière n'est pas une déduction de ma part : il découle de l'article R543-330 du code de l'environnement, qui range les cycles et les engins de déplacement personnel non motorisés dans la famille 1° des articles ASL, la pratique sportive et les activités de plein air dans la famille 2°, et précise que « les accessoires sont rattachés aux familles des produits qu'ils complètent ». Le barème 2026 nomme ensuite le casque en toutes lettres, dans l'univers Mobilité active. C'est le même principe qui structure la [filière DEEE pour les appareils électriques et électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) : un éco-organisme agréé, un barème par produit, des objectifs chiffrés par catégorie. ## Ce que devient concrètement un casque une fois déposé L'ADEME décrit une chaîne de traitement en trois temps : récupération et recyclage des matières premières recyclables, puis valorisation énergétique par incinération avec récupération de chaleur, puis élimination des déchets ultimes pour ce qui ne rentre dans aucune des deux étapes précédentes. Un casque combine plusieurs matériaux, une coque en plastique (PET, polycarbonate, fibre de verre ou ABS selon les modèles), une doublure en mousse EPS, des sangles en nylon ou en polyéthylène, ce qui explique qu'il faille le désassembler plutôt que le recycler d'un seul bloc. Aux États-Unis, le BHSI est catégorique sur ce point : il ne connaît aucun programme de recyclage dédié aux casques de vélo. En France, la situation diffère un peu : l'ADEME décrit un traitement organisé avec une étape de récupération matière avant valorisation énergétique, ce qui n'équivaut pas à un recyclage intégral du casque, mais reste un traitement structuré, très loin du sac poubelle. La filière est jeune, opérationnelle depuis le 31 janvier 2022 seulement, ce qui explique en partie pourquoi la granularité publique s'arrête, à ce jour, aux catégories ASL et ne descend pas jusqu'au tonnage de casques traités individuellement. Sur ce point, j'hésite encore à trancher si cette REP, si récente, ira au bout de sa promesse de traitement matière ou si elle finira comme d'autres filières jeunes, à privilégier la valorisation énergétique parce que c'est la voie la plus simple à massifier. Ce n'est pas propre au casque : la [filière REP textile connaît le même genre de tensions entre ambition affichée et réalité des tonnages traités](/filiere-rep-textile-2025-vetements). ## Le casque n'est pas le seul EPI sportif concerné Cette logique dépasse largement le vélo. D'autres équipements de sport et de loisirs suivent le même sort : conçus pour protéger une seule fois, exclus du réemploi, orientés vers le recyclage matière. C'est le cas des [skis et des raquettes en fin de vie, où la REP existe mais où le recyclage matière coince encore](/recyclage-equipements-sportifs-skis-raquettes-fin-vie). Et hors du sport, la même logique de sécurité prime sur le réemploi pour les [vêtements de travail et les EPI professionnels](/vetements-professionnels-epi-recyclage-rep-agec), où la protection individuelle prime toujours sur la seconde main. Ce que je retiens de ce dossier : la France a mis en place un cadre réglementaire précis, une norme harmonisée européenne, une filière REP dédiée, un barème qui nomme le produit ligne par ligne, pour un objet que la plupart des cyclistes jettent encore avec leurs ordures ménagères faute de savoir qu'une déchèterie a une zone dédiée. Le problème n'est pas l'absence de règles, c'est leur invisibilité. ## FAQ ### Peut-on vendre un casque de vélo d'occasion ? Non. L'ADEME l'indique explicitement sur sa page officielle : les équipements de protection individuelle, dont le casque de vélo, ne peuvent pas être revendus d'occasion ni donnés, pour des raisons de sécurité. Un choc antérieur, même invisible, peut avoir compromis la protection. ### Où déposer un casque de vélo usagé ? Gratuitement chez un distributeur ou en déchèterie, dans la zone dédiée aux articles de sport et de loisirs. Il y est ensuite traité par récupération des matières recyclables, puis valorisation énergétique, avant élimination des déchets ultimes pour le reste. ### Un casque de vélo se recycle-t-il vraiment ? En France, l'ADEME décrit un traitement avec récupération des matières premières recyclables suivie d'une valorisation énergétique, un processus structuré même s'il n'équivaut pas à un recyclage intégral du casque. Aux États-Unis, le BHSI affirme ne connaître aucun programme de recyclage dédié aux casques de vélo. ### Pourquoi un casque de vélo ne dure-t-il qu'un seul choc ? Selon le BHSI, la mousse d'un casque est conçue pour un usage unique : après un écrasement, elle n'offre plus la même protection, même si le casque semble intact. Lazer et Decathlon confirment ce principe : un choc peut compresser la mousse sans laisser de trace visible. ### Le casque de vélo est-il concerné par une filière REP ? Oui. Il relève de la filière REP des articles de sport et de loisirs, confiée à Ecologic depuis le 31 janvier 2022. Le barème 2026 de l'éco-organisme porte une ligne nommée « Casque de vélo », code ASLSMA16, à 0,087 € HT par unité. ## Sources - [Casque de vélo](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/casque-de-velo/), consulté le 3 septembre 2026 - [Arrêté du 31 janvier 2022 portant agrément d'Ecologic pour la filière REP ASL](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045159347), consulté le 3 septembre 2026 - [Article R543-330 du code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044095936), consulté le 3 septembre 2026 - [Section R322-27 à R322-38 du code du sport](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006071318/LEGISCTA000006167093/), consulté le 3 septembre 2026 - [Cahier des charges de la filière REP ASL](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044273042), consulté le 3 septembre 2026 - [Barème éco-contributions Articles de Sport et de Loisirs, applicable au 1er janvier 2026](https://www.ecologic-france.com/storage/uploads/699da6de1011e/Ecologic-Bareme-ASL-au-1er-janvier-2026-FR.pdf), consulté le 3 septembre 2026 - [Livret Ecologic / ESS France sur la filière ASL](https://www.ess-france.org/system/files/inline-files/Livret%20REP%20et%20ESS_Ecologic_ASL_VF.pdf), consulté le 3 septembre 2026 - [Liste des normes harmonisées sous le règlement (UE) 2016/425, JOUE C 113](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52018XC0327%2802%29), consulté le 3 septembre 2026 - [Fiche AFNOR NF EN 1078+A1](https://norminfo.afnor.org/norme/nf-en-1078a1/casques-pour-cyclistes-et-pour-utilisateurs-de-planches-a-roulettes-et-de-patins-a-roulettes/104488), consulté le 3 septembre 2026 - [Fiche filière ASL, données ADEME 2024](https://filieres-rep.ademe.fr/en/filieres-REP/filiere-ASL), consulté le 3 septembre 2026 - [BHSI, quand remplacer son casque de vélo](https://helmets.org/replace/), consulté le 3 septembre 2026 - [BHSI, recyclage et conception durable des casques de vélo](https://helmets.org/recycling-bicycle-helmets-and-sustainable-design/), consulté le 3 septembre 2026 - [Lazer Sport, quand remplacer son casque de vélo](https://lazersport.us/blogs/news/when-to-replace-your-bike-helmet), consulté le 3 septembre 2026 - [Decathlon Conseilsport, durée de vie d'un casque de vélo](https://conseilsport.decathlon.fr/duree-de-vie-dun-casque-de-velo), consulté le 3 septembre 2026 --- ## Combinaisons de surf : le néoprène qui ne se recycle pas - URL: https://www.recy.net/combinaisons-surf-neoprene-recyclage-marques/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-09-04T06:00:00 - Categories: recyclage **Une combinaison de surf en fin de vie ne redevient jamais de la mousse neuve.** Point. Les marques communiquent sur des dizaines de milliers de combinaisons collectées, et c'est vrai. Elles communiquent beaucoup moins sur ce qui se passe une fois la combinaison ramassée, et c'est là que se joue le vrai sujet du recyclage du néoprène. En clair : la mousse de néoprène est un thermodurcissable, elle ne se refond jamais une fois polymérisée. Les programmes de collecte des marques existent et fonctionnent, mais ils broient, décomposent ou détournent la matière, ils ne la recyclent pas au sens propre. En France, la combinaison relève bien de la REP Ecologic, via des codes éco-contribution dédiés au néoprène. ## Le néoprène est un thermodurcissable, et ça change tout Voilà le point que la plupart des pages de collecte des marques n'expliquent jamais. Le néoprène, qu'il vienne du pétrole ou du calcaire, est un matériau thermodurcissable. Sa définition technique le dit noir sur blanc : « un matériau polymère ne pouvant être mis en œuvre qu'une seule fois et qui devient infusible et insoluble après polymérisation », selon Futura Sciences. Une fois la mousse durcie en usine, elle ne redevient jamais liquide, même chauffée. La comparaison avec un œuf cuit est la meilleure image du principe : « une fois dur, aucune action ne pourra permettre de lui faire retrouver sa forme liquide ». Concrètement, une combinaison n'est pas un bloc de mousse tout court. C'est un empilement : la mousse néoprène au centre, un tissu tricoté laminé dessus, sur l'extérieur, l'intérieur, ou les deux côtés, collé au rouleau lors de la lamination. Trois matières différentes assemblées par une couche de colle. Séparer proprement ces couches à l'échelle industrielle, sans les dégrader, n'a rien d'un tri de bac jaune. Le [panorama des filières de recyclage françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026) le montre bien : la plupart des matières thermoplastiques (PET, PEHD) se refondent et repartent en boucle. Un thermodurcissable, lui, ne suit jamais ce chemin. C'est un mur physico-chimique, pas une question de volonté industrielle ou de bonne foi des marques. ## La combinaison de surf est-elle vraiment dans une filière REP ? Oui, et c'est un point que quasiment personne ne sourcait avec le texte réglementaire lui-même. Le barème officiel d'Ecologic applicable au 1er janvier 2026, l'éco-organisme agréé pour la filière Articles de Sport et de Loisirs, comporte une sous-famille dédiée : « Combinaisons et autres accessoires en néoprène ». Cinq codes tarifaires, selon l'épaisseur et le type de produit. | Code éco-contribution | Produit | Tarif HT | | --------------------- | -------------------------------------------------------- | -------- | | ASLNEP1 | Chaussons, gants, cagoule, mitaines, surchausses | 0,290 € | | ASLNEP2 | Shorty, veste de combinaison, combinaison enfant | 0,580 € | | ASLNEP3 | Combinaison adulte, épaisseur inférieure ou égale à 3 mm | 0,754 € | | ASLNEP4 | Combinaison adulte, de 3 à 4 mm | 1,320 € | | ASLNEP5 | Combinaison adulte, plus de 4 mm | 1,726 € | Barème applicable au 1er janvier 2026, source Ecologic, univers Nautique et aquatique, catégorie 2. L'ADEME confirme ce périmètre sur sa fiche « Que faire de mes déchets » dédiée à la combinaison de triathlon, nage en eau libre, plongée et surf : Ecologic y est décrit comme « organisme agréé pour la collecte, le réemploi, la réparation et le recyclage des équipements électriques et électroniques, des équipements de sports et de loisirs et des équipements de bricolage et de jardinage ». La combinaison de surf a donc un cadre réglementaire, au même titre que les [vêtements de travail et EPI](/vetements-professionnels-epi-recyclage-rep-agec) relèvent de leur propre volet de la loi AGEC, ou que la [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements) encadre les vêtements grand public. Ce que ce cadre ne garantit pas, en revanche, c'est un débouché matière. Une éco-contribution finance de la collecte, pas une transformation chimique impossible, et ça vaut la peine de se demander plus largement [ce que devient un matériau une fois collecté](/que-devient-plastique-recycle) avant de croire une promesse de marque sur parole. ## Ce que les marques annoncent, et ce qu'elles font vraiment Distinction essentielle, et c'est elle qui fait tout l'intérêt du sujet : une marque qui « recycle votre combinaison » recycle rarement la mousse. Elle recycle ce qu'elle peut en tirer autour. Même logique du côté du [plastique océanique récupéré par les marques](/plastique-oceanique-recycle-marques-dechets-marins) : la communication et le devenir matière réel racontent rarement la même histoire. Rip Curl annonce avoir recyclé plus de 64 000 combinaisons dans le monde depuis le lancement de son programme en 2020, dont plus de 60 000 aux États-Unis, en Australie et en Europe. | Pays | Combinaisons recyclées (annoncées par Rip Curl) | | ---------- | ----------------------------------------------- | | France | 12 356 | | États-Unis | 11 383 | | Australie | 9 020 | La marque précise elle-même le devenir de la matière : le néoprène est broyé en granulat, une nouvelle matière première utilisée notamment pour des revêtements de sol amortissants dans des aires de jeux. C'est du broyage suivi d'un usage détourné, pas une refonte de mousse en mousse. En France, Rip Curl s'appuie aussi sur TerraCycle, avec neuf points de collecte entre le Pays basque et les Landes et un bon d'achat de 25 € par article déposé, selon la presse locale. Patagonia va plus loin dans la transparence technique. Avec Bolder Industries, la marque décompose la combinaison Yulex usagée « au niveau moléculaire » pour en extraire du noir de carbone, réutilisé dans la teinture de nouvelles combinaisons sous le nom BolderBlack. Selon Bolder Industries, repris par Patagonia, ce noir de carbone recyclé consomme et émet plus de 90 % de moins, en eau et en gaz à effet de serre, que le noir de carbone classique. Le procédé est entré en production au printemps 2025, après un partenariat Yulex amorcé en 2008 et l'ouverture du Wetsuit Forge en 2020. Ici encore : ce n'est pas la mousse qui repart en mousse, c'est un sous-produit chimique récupéré. **Rip Curl annonce que** ses combinaisons sont recyclées. **Patagonia annonce que** son procédé récupère du noir de carbone. Aucune des deux ne dit qu'elle referme la boucle mousse-à-mousse, et c'est précisément parce que la chimie du thermodurcissable ne le permet pas. Un chiffre revient très souvent sur les blogs et pages de marques : 32 tonnes de combinaisons jetées chaque année en France. Il circule à l'identique sur plusieurs sites, sans qu'aucun d'entre eux ne cite l'étude ou l'organisme qui l'aurait produit. C'est une donnée qui tourne, pas une donnée établie, du même genre que ce que [le chiffre trompeur du recyclage textile](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur) illustre déjà sur un autre pan de la filière. ## Calcaire ou pétrole : est-ce que ça change la fin de vie ? Non. Et c'est le point que personne ne pose franchement. Le néoprène Yamamoto, par exemple, est fabriqué à partir de calcaire à 99,7 % de carbonate de calcium, extrait du mont Kurohime au Japon, avec des grades de mousse à cellules fermées indépendantes conçus pour la flottabilité et l'isolation. C'est un argument marketing réel, moins d'extraction pétrolière directe. Mais la molécule finale subit la même réticulation chimique que le néoprène issu du pétrole. Une fois polymérisée, elle est tout aussi infusible. Même logique côté caoutchouc naturel. Yulex, sur sa propre page marketing, affirme que le néoprène classique « n'est ni biodégradable, ni compostable, ni recyclable » et met des siècles à se dégrader en décharge. La marque ne dit en revanche rien sur le devenir de son propre caoutchouc naturel une fois transformé en combinaison complète, coutures, colles et doublures comprises. Ce silence est constaté, pas accusateur : une combinaison Yulex reste un objet composite collé et cousu, pas une simple feuille de latex brute. Les pages de programmes de collecte des marques se ressemblent toutes sur ce point : beaucoup de storytelling sur la collecte, presque rien sur la chimie derrière. Est-ce que ce silence de Yulex relève d'un aveu implicite ou d'une prudence marketing classique, qui évite de s'engager sur un terrain technique glissant ? Je penche pour la seconde option, mais l'hypothèse inverse ne se laisse pas complètement écarter. ## Questions fréquentes ### Le néoprène issu de calcaire est-il plus recyclable que le néoprène classique ? Non. Le calcaire change l'origine de la matière première, pas la réaction de polymérisation. Une mousse néoprène reste un thermodurcissable, qu'elle soit issue de pétrole ou de calcaire à 99,7 % de carbonate de calcium comme chez Yamamoto : une fois durcie, elle ne se refond jamais. ### La combinaison de surf est-elle vraiment couverte par une REP en France ? Oui. Le barème officiel d'Ecologic applicable au 1er janvier 2026 comporte une sous-famille « Combinaisons et autres accessoires en néoprène », avec cinq codes tarifaires allant de 0,290 € à 1,726 €. L'ADEME confirme ce périmètre sur sa fiche dédiée à la combinaison de surf, plongée et triathlon. ### Combien de combinaisons Rip Curl affirme-t-il avoir recyclées ? Plus de 64 000 dans le monde depuis 2020, selon la marque elle-même, dont 12 356 en France, 11 383 aux États-Unis et 9 020 en Australie. ### Une combinaison collectée par une marque redevient-elle une combinaison neuve ? Non, jamais directement. Rip Curl broie le néoprène en granulat pour des revêtements de sol de jeux d'enfants. Patagonia, avec Bolder Industries, décompose la combinaison au niveau moléculaire pour en extraire du noir de carbone réutilisé en teinture. Dans les deux cas, c'est un sous-produit qui est valorisé, pas une refonte de mousse en mousse. ### Existe-t-il un chiffre officiel de combinaisons jetées chaque année en France ? Un chiffre de 32 tonnes par an circule sur plusieurs sites et pages de marques, toujours identique, mais aucun d'entre eux ne cite d'étude ni d'organisme officiel à son origine. La fiche ADEME dédiée à la combinaison, elle, ne donne aucun tonnage. ### Le caoutchouc naturel Yulex est-il biodégradable une fois transformé en combinaison ? Yulex affirme, sur sa propre page marketing, que le néoprène classique n'est pas biodégradable. La marque ne prend en revanche aucune position publique sur le devenir de son propre caoutchouc naturel une fois cousu et collé en combinaison complète. ## Sources - [Définition thermodurcissable](https://www.futura-sciences.com/maison/definitions/maison-thermodurcissable-2017/), consulté le 3 septembre 2026 - [Wetsuit Fabric](https://srface.com/pages/wetsuit-fabric), consulté le 3 septembre 2026 - [Sustainable materials, Yamamoto](https://yamamoto-bio.com/material-e/sus2.html), consulté le 3 septembre 2026 - [Barème éco-contributions Articles de Sport et de Loisirs, applicable au 1er janvier 2026](https://www.ecologic-france.com/storage/uploads/699da6de1011e/Ecologic-Bareme-ASL-au-1er-janvier-2026-FR.pdf), consulté le 3 septembre 2026 - [Que faire de mes déchets, combinaison de triathlon, nage en eau libre, plongée et surf, ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/combinaison-triathlon-nage-eau-libre-plongee-surf/), consulté le 3 septembre 2026 - [Recycle your wetsuit, Rip Curl](https://www.ripcurl.com/pages/recycle-your-wetsuit), consulté le 3 septembre 2026 - [Patagonia develops first end-of-life solution for wetsuits](https://www.patagoniaworks.com/press/2024/6/13/patagonia-develops-first-end-of-life-solution-for-wetsuits), consulté le 3 septembre 2026 - [Say goodbye to neoprene, Patagonia](https://www.patagoniaworks.com/press/2016/8/2/say-goodbye-to-neoprene-patagonia-introduces-worlds-first-wetsuits-made-with-fsc-certified-natural-rubber), consulté le 3 septembre 2026 - [Usine TerraCycle Rip Curl, PresseLib](https://presselib.com/article/rse-terracycle-ripcurl-usine-ecologie-nature-recyclage-combinaisons-surf-accessoires-landes-pays-basque-ocean-constance-cesareo), consulté le 3 septembre 2026 - [Why the buzz about neoprene-free wetsuits, Yulex](https://www.yulex.com/post/why-the-buzz-about-neoprene-free-wetsuits), consulté le 3 septembre 2026 --- ## Peluches, doudous : pourquoi la REP jouets bloque encore - URL: https://www.recy.net/peluches-doudous-rep-jouets-ecomaison-recyclage/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-09-04T06:00:00 - Categories: dechets Une peluche, vue de l'intérieur, c'est un petit système mal fichu : une enveloppe textile, une bourre qui n'a rien à voir avec elle, et deux ou trois pièces dures plantées au milieu qui n'ont pas leur place dans aucune des deux. Ce n'est pas un objet, c'est un assemblage de trois problèmes de tri empilés dans une seule peau. Et quand on va chercher ce que devient ce système une fois jeté, on tombe sur un aveu rare pour une filière REP : la solution industrielle n'est pas encore écrite. **Une peluche en fin de vie est composée de peaux, de bourres en polyester et de points durs (yeux, fermetures) selon Ecomaison, l'éco-organisme de la REP jouets. Le tri sépare la matière, la peluche est ensuite conditionnée en balles de 300 kg, mais le schéma de traitement lui-même reste en cours de définition, via des expérimentations. Aucune filière de recyclage matière stabilisée n'existe à ce jour pour ce flux précis.** C'est là tout l'intérêt du sujet. Donner sa peluche est simple et bien balisé. Ce qui lui arrive après, quand elle a dépassé le stade du don, l'est beaucoup moins. Ecomaison, elle, documente sa propre matière première, et ce qu'elle documente ne ressemble à aucun guide pratique. ## De quoi est faite une peluche, en pièces détachées Ecomaison décrit le flux ainsi : « Les peluches sont majoritairement composées de peaux et de bourres en polyester, et de quelques points durs (yeux, fermetures…) ». Trois familles de matière, trois comportements différents face au recyclage. La peau, c'est l'enveloppe textile visible, celle qu'on caresse. La bourre en polyester, c'est le remplissage invisible, une fibre synthétique homogène quand elle est seule mais indissociable de l'enveloppe une fois cousue dedans. Les points durs, eux, sont minoritaires en poids mais maximaux en nuisance : un œil en plastique ou une fermeture Éclair suffit à gripper une chaîne de tri pensée pour du textile pur. Ce n'est pas une spécificité de la peluche. Ecomaison traite trois autres flux rembourrés avec la même logique de démantèlement : les [couettes et oreillers](/oreillers-couettes-ecomaison-refashion-frontiere-rep), classés côté Ecomaison et non Refashion malgré leur apparence textile, et les [sacs de couchage](/sac-couchage-fin-de-vie-recyclage-ecomaison). Dans tous les cas, l'opération de base consiste à séparer l'enveloppe de la bourre. C'est un principe simple sur le papier. En pratique, c'est le point de friction qui revient sur chaque objet de cette famille. ## Le passage en centre de tri : ce qui est déjà en place Sur ce point-là, il y a un système qui fonctionne. Les jouets non électriques passent en centre de tri, où ils sont « séparés selon leur composition : plastique, bois, métal, tissu », d'après la page filière jouets d'Ecomaison. La peluche entre dans la case tissu. Une fois isolé, ce flux textile peluches est conditionné en balles de 300 kg, une unité logistique classique pour du textile compressé en attente de traitement. Ce chiffre, à lui seul, dit quelque chose : Ecomaison a déjà industrialisé la collecte et le conditionnement de la peluche. Le tri fonctionne. C'est l'étape d'après qui coince. | Étape du flux peluche | État selon Ecomaison | | ---------------------------------------- | -------------------------------------------------------------- | | Collecte et tri par composition | Opérationnel (jouets séparés plastique / bois / métal / tissu) | | Conditionnement du flux textile peluches | Opérationnel (balles de 300 kg) | | Schéma de traitement matière (recyclage) | En cours de définition, via expérimentations | | Débouché de recyclage matière identifié | Non identifié à ce jour | ## Pourquoi la peluche n'a pas encore de filière de recyclage matière C'est le cœur du problème, et Ecomaison le dit sans détour : « le schéma opérationnel est en cours de définition au travers de multiples expérimentations ». Traduit en langage système : la peluche est un objet dont l'entrée (collecte, tri, conditionnement) est câblée, mais dont la sortie (que fait-on de la balle de 300 kg ?) ne l'est pas encore. Ce n'est pas un détail administratif. Une filière REP qui gère un flux sans débouché matière stabilisé, c'est une filière qui accumule de la matière triée sans savoir, à l'échelle industrielle, où l'envoyer. Le mélange peau-bourre-points durs explique en grande partie le blocage : chaque famille de matière demande un traitement différent, et les séparer proprement à l'échelle d'une balle de 300 kg est justement ce que les expérimentations cherchent à résoudre. Ce blocage n'est pas isolé à la peluche. La filière REP textile affiche des taux de recyclage fibre-à-fibre qui restent [modestes une fois qu'on regarde le détail](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur), et un objet composite et rembourré comme la peluche cumule les difficultés d'un textile classique avec celles, propres, d'un mélange de matières hétérogènes. ## Réemploi, recyclage matière, valorisation énergétique : où va réellement une peluche ? L'ADEME pose trois débouchés génériques pour un jouet en fin de vie, peluche comprise : le réemploi si l'objet est peu abîmé, sinon le recyclage matière par récupération des composants, sinon la valorisation énergétique. Sa formule est nette : « les jouets qui ne sont pas réutilisés ou recyclés sont valorisés en énergie ». Pour la peluche, cette hiérarchie se lit autrement : le maillon du milieu, le recyclage matière, n'a pas encore de schéma stable. Ce qui n'est ni réemployé ni recyclé matière part donc en valorisation énergétique, une filière qui, elle, [existe déjà et absorbe une bonne partie des déchets non recyclables](/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france) à l'échelle nationale. Un jouet sur deux collecté par une association repart en réemploi, selon Ecomaison. Un chiffre encourageant, mais qui porte sur l'ensemble des jouets, pas sur la peluche isolée : Ecomaison ne publie pas de chiffre équivalent pour la peluche seule. ## Donner sa peluche : ce que les associations pratiquent, sans y voir une règle Le réflexe le plus courant reste le don. Sur ce point, plusieurs guides pratiques et associations de collecte évoquent des refus fréquents de peluches d'occasion, pour des raisons d'état ou de propreté. Ce refus relève d'une pratique de terrain, décidée structure par structure, pas de l'application d'une règle d'hygiène publique. Autrement dit, une peluche en bon état a de bonnes chances d'être acceptée, une peluche abîmée ou tachée risque le refus, et ce tri se fait au cas par cas selon l'association ou la structure qui la reçoit. Ce n'est pas un système, c'est une somme de décisions locales. Contactez la structure avant de déposer, ça évite l'aller-retour inutile. Je dois avouer une hésitation ici : je ne sais toujours pas si ce flou sur le réemploi (chacun sa politique, aucune norme commune) est un problème à corriger ou une souplesse nécessaire vu la diversité des structures caritatives. Les deux lectures se défendent. ## Questions fréquentes ### Une peluche se recycle-t-elle comme un jouet en plastique ? Non, pas de la même façon. Un [jouet en plastique rigide](/recyclage-jouets-plastique-filieres-alternatives) part vers des filières de recyclage matière par type de résine. La peluche, elle, mélange textile, bourre polyester et points durs dans un seul objet, et son schéma de recyclage matière reste, selon Ecomaison, en cours de définition. ### Où déposer une peluche en fin de vie ? Les points de collecte Ecomaison pour les jouets (associations, structures de collecte partenaires) sont la voie identifiée par l'éco-organisme. La peluche y est ensuite triée par composition avec les autres jouets non électriques, puis conditionnée en balles avec les autres peluches collectées. ### Peut-on donner une peluche usagée à une association ? C'est possible, et c'est la pratique courante en cas d'état correct. Plusieurs associations refusent en revanche les peluches tachées ou abîmées : la décision se prend structure par structure, pas en application d'une règle nationale. ### Pourquoi la REP jouets n'a-t-elle pas encore de solution pour les peluches ? Parce que le mélange de matières (peaux, bourre polyester, points durs) rend la séparation industrielle complexe à l'échelle d'une balle de 300 kg. Ecomaison qualifie elle-même le schéma opérationnel d'expérimental, sans débouché de recyclage matière stabilisé à ce jour. ### Une peluche non recyclée finit-elle à l'incinération ? Selon la hiérarchie générique posée par l'ADEME pour les jouets, ce qui n'est ni réemployé ni recyclé matière part en valorisation énergétique. Tant que le recyclage matière de la peluche reste expérimental, cette voie absorbe mécaniquement une part significative du flux. ## Sources - [Le flux de matières Ecomaison, Ecomaison Espace Innovation](https://espace-innovation.ecomaison.com/fr/challenges/plateforme-de-presentation-des-matieres-recyclees-ecomaison/pages/le-flux-de-matieres-ecomaison?lang=fr), consulté le 3 septembre 2026 - [Filière Jouets, Ecomaison](https://ecomaison.com/en/professionnels/nos-filieres/jouets/), consulté le 3 septembre 2026 - [Peluche, Que faire de mes déchets, ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/peluche/), consulté le 3 septembre 2026 --- ## LED contre fluocompacte : la durée de vie sous le capot - URL: https://www.recy.net/ampoule-led-vs-fluocompacte-duree-vie-energie-recyclage/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-09-02T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Une fiche produit LED affiche 15 000 heures comme si ce chiffre sortait d'un chronomètre qui aurait tourné quinze mille heures d'affilée. Ça n'existe pas. Ce que j'ai trouvé en ouvrant le règlement européen qui encadre cette valeur, c'est un protocole d'essai de 3 000 heures, dix ampoules sur le banc, et une extrapolation statistique derrière le chiffre marketing. Une fois qu'on a lu ça, plus aucun comparatif LED contre fluocompacte ne se lit pareil. **Une LED annoncée à 15 000 heures n'a pas tourné 15 000 heures en laboratoire : le règlement (UE) 2019/2020 impose un essai de 3 000 heures de fonctionnement sur un lot de 10 unités, dont au moins 9 doivent survivre, et extrapole la valeur L70B50, le moment où la moitié du lot descend sous 70 % de son flux lumineux initial. La fluocompacte, elle, n'est plus commercialisable à l'état neuf depuis le 25 février 2023 : seuls les stocks antérieurs restent en vente.** ## Que veut vraiment dire une durée de vie LED de 15 000 heures ? Le règlement (UE) 2019/2020, celui qui fixe les règles d'écoconception des sources lumineuses vendues dans l'Union, définit la durée de vie d'une LED comme « le nombre d'heures entre le début de leur utilisation et le moment où, pour 50 % d'un groupe de sources lumineuses, la lumière émise a progressivement diminué jusqu'à une valeur inférieure à 70 % du flux lumineux initial ». C'est la fameuse notation L70B50 : L70 pour le seuil de 70 % du flux, B50 pour la moitié du lot qui l'a franchi. Le texte ne demande pas de faire tourner l'échantillon 15 000 heures pour vérifier ce chiffre. Il fixe un essai de 3 000 heures de fonctionnement, pour une durée totale de manipulation de 3 600 heures, sur dix sources lumineuses. Au moins neuf doivent encore fonctionner à l'issue de l'essai. La valeur affichée sur l'emballage est une extrapolation à partir de cette fenêtre de 3 000 heures, pas une mesure directe des 15 000 heures annoncées. Sous le capot, c'est exactement le genre de raccourci qui me fait tiquer quand je relis un rapport de test avant un ship : quand je debug un shader, j'attends le pire cas mesuré, pas la moyenne extrapolée sur un échantillon réduit. Une spec de fabricant fonctionne pareil : elle décrit un modèle statistique, pas un relevé de terrain. Un exemple concret : une LED E27 équivalent 60 W vendue chez un marchand français affiche 15 000 heures en fiche produit. C'est une valeur annoncée par le fabricant, jamais une mesure indépendante en conditions réelles. ## LED, fluocompacte, halogène : que dit le tableau des seuils du règlement ? Voici la matière qu'aucun comparatif en ligne ne réunit : les seuils d'efficacité fixés par le règlement (UE) 2019/2020 pour chaque famille de sources lumineuses, dans son tableau des critères de calcul. | Technologie | Seuil de calcul (η, en lm/W) | | --------------------------------------------------- | ---------------------------- | | Autres sources lumineuses, dont LED | 120,0 | | Fluocompacte sans culot intégré (CFLni) | 70,2 | | Halogène R7s, flux inférieur ou égal à 2 700 lumens | 26,0 | | Halogène G9, G4, GY6.35 | 19,5 | Le règlement le dit lui-même dans son annexe II : « le seuil d'efficacité n'est pas l'efficacité minimale requise ; celle-ci peut être calculée en divisant le flux lumineux utile par la puissance maximale autorisée calculée ». Ce tableau n'est pas un classement des performances réelles des technologies. Ce sont des constantes utilisées dans un calcul réglementaire, pas des mesures de terrain. Un comparatif commercial qui présente ces chiffres comme « la LED consomme 120 lm/W contre 70 pour la fluocompacte » fait dire au texte l'inverse de ce qu'il dit. Le règlement va plus loin sur un point que la plupart des fiches produit passent sous silence : sa définition de la « meilleure technique disponible » pour l'éclairage domestique se situe entre 120 et 140 lm/W, et cette technique de référence est explicitement exempte de mercure. Ce n'est pas un hasard de calendrier réglementaire, c'est l'écoconception qui pousse dans une seule direction depuis plusieurs textes, celle que documente notre article sur l'[écoconception des produits en entreprise](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source). ## La fluocompacte est-elle encore une option d'achat en 2026 ? Non, plus à l'état neuf. La directive déléguée (UE) 2022/276 a fait expirer, au 24 février 2023, l'exemption qui autorisait le mercure dans les lampes fluocompactes à simple culot. Concrètement : plus de mise sur le marché de fluocompactes neuves à simple culot depuis le 25 février 2023. Les lampes déjà mises sur le marché avant cette date restent vendables et utilisables, ce qui explique pourquoi certains rayons en proposent encore. Mais un comparatif d'achat qui présente la fluocompacte au même titre que la LED comme deux options neuves équivalentes compare un produit disponible à un produit qui ne l'est plus. Avant la fluocompacte, il y avait l'halogène. Selon le Syndicat de l'éclairage, la fin de la mise sur le marché des halogènes non dirigées à tension de secteur remonte au 1er septembre 2018, date d'entrée en vigueur de l'étape 6 du règlement européen 244/2009, tel que modifié par les règlements 859/2009 et 2015/1428. Les lampes linéaires halogènes R7s et les capsules G9 en ont été exemptées : les exigences de la phase 5 du même règlement ont continué de s'y appliquer, et les produits conformes sont restés disponibles sur le marché européen. ## Combien coûte une LED sur sa durée d'usage ? Le calcul, hypothèses posées Aucune source ne publie de coût d'usage total consolidé pour une LED, ni pour une fluocompacte. Voici donc un calcul, pas un chiffre relevé quelque part, avec ses hypothèses posées noir sur blanc. Une LED E27 équivalent 60 W relevée chez un marchand français coûte 1,93 € TTC au 1er septembre 2026, consomme 8 W selon sa fiche constructeur, et le kWh au tarif réglementé Option Base coûte 0,2001 € TTC, tarif EDF applicable au 1er août 2026. Sur une hypothèse d'usage de 1 000 heures par an, un chiffre rond que je pose ici pour le calcul et qui n'est pas une donnée mesurée par une source, la consommation annuelle atteint 8 kWh, soit environ 1,60 € d'électricité par an. Sur les 15 ans que représentent les 15 000 heures annoncées, réparties à ce rythme, l'électricité pèse environ 24 €, largement devant le prix d'achat de 1,93 €. Une éco-participation de 0,12 € HT par lampe à LED, contre 0,15 € HT pour une fluocompacte, s'ajoute en amont dans le prix de vente au titre du barème 2026 de l'éco-organisme Ecosystem. Aucun prix de vente ne peut être relevé pour une fluocompacte neuve en France en 2026, pour une raison simple : elle n'est plus commercialisée à l'état neuf depuis 2023. Le calcul n'est donc pas reproductible en miroir pour l'ancienne technologie. Entre garder une fluocompacte de stock déjà achetée et basculer tout de suite sur une LED, mon avis penche pour la garder jusqu'au bout de sa vie utile plutôt que jeter un produit qui fonctionne encore, mais l'argument inverse, celui de l'écart de consommation qui se creuse dès la première heure d'usage, ne s'écarte pas si facilement. ## Que devient une ampoule usagée : reprise, collecte, mercure Le code de l'environnement encadre la reprise d'une lampe usagée : l'article L541-10-8 impose aux distributeurs de reprendre sans frais le produit usagé, dans la limite de la quantité et du type de produit vendu. L'article R541-160 précise le régime pour les équipements électriques et électroniques : la reprise s'applique sans seuil de surface (le « 1 pour 1 »), et les distributeurs disposant d'au moins 400 m² de surface de vente doivent aussi reprendre sans obligation d'achat (le « 1 pour 0 »). Notre article sur la [reprise des appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) détaille ce mécanisme pour l'ensemble des DEEE, dont les lampes font partie. En 2025, l'éco-organisme Ecosystem a collecté 52 788 985 ampoules et tubes en France. Ce chiffre s'inscrit dans une dynamique plus large que nous suivons régulièrement, [détaillée dans notre bilan de collecte DEEE](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026), et complétée par [l'évolution récente de la collecte en magasin](/deee-1-octobre-2026-collecte-magasin-petits-equipements). Le sujet du devenir matière d'une lampe usagée, verre, mercure, poudres fluorescentes, mérite son propre article : nous l'avons traité en détail dans [notre analyse du système de recyclage des lampes](/recyclage-lampes-tubes-fluorescents-led-deee-france), qui couvre la filière de collecte que cet article ne reprend pas ici. Sur le mercure justement : le comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux de la Commission européenne a publié en 2010 un avis qui reste la référence citée sur le sujet. Il constate que le bris d'une lampe fluorescente peut brièvement faire grimper la concentration de vapeurs de mercure dans l'air de la pièce, mais conclut qu'un risque sanitaire est peu probable pour un adulte. Pour un fœtus, le risque est jugé négligeable. Pour un enfant, en revanche, le comité écrit qu'il est impossible à évaluer en l'état des connaissances de 2010. Ce n'est ni un feu vert ni un signal d'alerte, c'est un avis daté qui pose une limite claire à ce qu'on peut affirmer. C'est le même écart qu'on retrouve avec un objet classé déchet dangereux au sens strict, comme un [extincteur usagé](/extincteurs-usages-poudre-abc-dechet-dangereux) : plus un produit porte un risque documenté, plus son parcours réglementaire est précis, et une lampe usagée reste, elle, un DEEE ordinaire soumis à la reprise 1 pour 1, pas à un régime de déchet dangereux. ## Questions fréquentes ### Une ampoule LED dure-t-elle vraiment 15 000 heures ? Ce chiffre est une valeur L70B50 annoncée par le fabricant, pas une mesure directe de 15 000 heures de fonctionnement. Le règlement européen impose un essai de 3 000 heures sur un lot de 10 unités, dont au moins 9 doivent survivre, et la valeur affichée est extrapolée à partir de ce résultat. ### Peut-on encore acheter une ampoule fluocompacte neuve en 2026 ? Non. L'exemption qui autorisait le mercure dans les fluocompactes à simple culot a expiré le 24 février 2023, ce qui a fermé leur mise sur le marché à l'état neuf depuis le 25 février 2023. Les lampes déjà mises sur le marché avant cette date restent vendables et utilisables. ### Une LED coûte-t-elle moins cher qu'une fluocompacte à l'usage ? Impossible à chiffrer en miroir : plus aucune fluocompacte neuve n'est commercialisée, donc plus aucun prix de vente à relever. Pour une LED, un calcul avec des hypothèses posées (8 W, 1 000 heures d'usage par an, kWh à 0,2001 €) donne environ 24 € d'électricité sur 15 ans, pour un achat de 1,93 € TTC relevé en septembre 2026. ### Une lampe fluocompacte cassée est-elle dangereuse ? Selon l'avis de 2010 du comité scientifique européen sur le mercure des lampes basse consommation, le risque sanitaire est jugé peu probable pour un adulte et négligeable pour un fœtus. Pour un enfant, le comité indique que ce risque est impossible à évaluer en l'état des connaissances de l'époque. ### Où déposer une ampoule usagée ? Le distributeur qui l'a vendue doit la reprendre sans frais, sans seuil de surface pour l'échange 1 pour 1. En France, l'éco-organisme Ecosystem a collecté plus de 52,7 millions d'ampoules et de tubes en 2025 via ce circuit et les points de collecte dédiés. ## Sources - [Règlement (UE) 2019/2020 de la Commission, texte du JOUE](http://publications.europa.eu/resource/cellar/33be9f4b-1729-11ea-8c1f-01aa75ed71a1.0009.01/DOC_1), consulté le 1 septembre 2026 - [Directive déléguée (UE) 2022/276, base AIDA du ministère](https://aida.ineris.fr/node/39950/printable/print), consulté le 1 septembre 2026 - [Code de l'environnement, article L541-10-8](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041599051), consulté le 1 septembre 2026 - [Code de l'environnement, article R541-160](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000042584201/), consulté le 1 septembre 2026 - [Ecosystem, barème lampes 2026](https://pro.ecosystem.eco/document/448), consulté le 1 septembre 2026 - [EDF, grille de prix Tarif Bleu](https://particulier.edf.fr/content/dam/2-Actifs/Documents/Offres/Grille_prix_Tarif_Bleu.pdf), consulté le 1 septembre 2026 - [Ecosystem, chiffres clés de la collecte](https://www.ecosystem.eco/), consulté le 1 septembre 2026 - [Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux, avis sur le mercure des lampes](https://ec.europa.eu/health/scientific_committees/opinions_layman/mercury-in-cfl/fr/mercure-lampes-basse-consommation/index.htm), consulté le 1 septembre 2026 - [LampesDirect, fiche produit Philips CorePro LEDbulb](https://www.lampesdirect.fr/philips-corepro-led-ampoule-e27-poire-depolie-8w-806lm-827-blanc-tres-chaud-equivalent-60w-8718696577554), consulté le 1 septembre 2026 - [Syndicat de l'éclairage, communiqué sur la suppression des lampes halogènes](https://www.syndicat-eclairage.com/wp-content/uploads/2018/01/20180125-SyndEclairage-Communique-Suppression-progressive-des-lampes-halog%C3%A8nes.pdf), consulté le 1 septembre 2026 --- ## Gourde isotherme usagée : quelle filière, en vrai ? - URL: https://www.recy.net/gourde-bouteille-isotherme-recyclage-filiere/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-28T06:00:00 - Categories: dechets Votre gourde isotherme n'a pas de filière à elle. Pas de REP, pas d'éco-organisme, pas de logo Triman qui pointe vers un dispositif de collecte réel. Les guides d'achat vous expliquent comment la choisir, les fiches d'entretien comment la laver. Sur la fin de vie, la plupart se contentent d'un « renseignez-vous auprès de votre collectivité ». J'ai passé au crible les dispositifs de reprise de quatre marques et croisé deux textes de loi. La réponse tient en deux points, et elle contredit un peu le sentiment général sur les gourdes recyclables. **En bon état, une gourde part au réemploi. Hors d'usage, elle va aux ordures ménagères, ou en benne métaux à la déchèterie si elle est métallique, selon l'ADEME. Aucune filière REP française ne couvre l'objet : ni celle des articles de sport, ni celle des emballages. Les programmes de reprise Thermos et Hydro Flask existent, mais seulement aux États-Unis.** ## Le geste de tri, sans détour Le problème : les fiches génériques renvoient vers « votre centre de tri local » sans jamais donner le geste. L'ADEME, elle, le donne noir sur blanc sur sa page dédiée à la gourde. Bon état : direction une structure de réemploi, sur le modèle de ce que pratiquent déjà les [ressourceries municipales](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france) pour d'autres objets du quotidien. L'ADEME est explicite, on remet l'objet à une structure de réemploi plutôt qu'on ne le jette. Hors d'usage, deux cas distincts : - **Gourde métallique** (inox, alu) : benne métaux en déchèterie. C'est là, et nulle part ailleurs, que le circuit industriel prend le relais. - **Gourde non métallique**, ou en mauvais état sans tri possible : poubelle des ordures ménagères. La solution est courte, et c'est justement ce qui manque partout ailleurs : une procédure en trois lignes, sourcée, plutôt qu'un renvoi vague à la collectivité. ## Ce que devient l'acier ou l'aluminium en benne métaux Le problème suivant, personne ne le détaille non plus : qu'est-ce qui se passe une fois la gourde dans la benne ? L'ADEME décrit deux chaînes distinctes selon le métal. L'acier part en aciérie, où il est lavé, broyé et fondu pour être réintégré à la chaîne de production. L'aluminium suit un circuit voisin mais pas identique : lavage, broyage, fusion, puis purification et coulée en lingots dans des centres d'affinage. Deux métaux, deux itinéraires, un même point d'entrée : la benne métaux de la [déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide), à ne pas confondre avec la benne D3E où finit une [perceuse ou une tondeuse hors d'usage](/outillage-electroportatif-bricolage-jardinage-recyclage). C'est le genre de détail qui distingue une matière recyclée d'une matière juste jetée au bon endroit par réflexe. ## Pourquoi aucune REP ne couvre la gourde Ici, la nuance que personne ne pose vraiment : une gourde isotherme n'entre dans aucune des deux filières REP où on la chercherait spontanément. La filière articles de sport et de loisirs (ASL) semble la candidate naturelle : une gourde accompagne le sport, non ? Le décret fondateur, le n° 2021-1213 du 22 septembre 2021, définit pourtant son périmètre en deux catégories précises, à l'article R. 543-330, II : les cycles et engins de déplacement personnel non motorisés d'un côté, les produits destinés à la pratique sportive et aux activités de plein air de l'autre. Aucune mention de contenant pour boisson. L'éco-organisme agréé de cette filière, Ecologic France, confirme en listant ses « univers » officiels : mobilité active, ballons et raquettes, chasse et tir sportif. Toujours rien qui ressemble à une gourde. Deuxième piste, la REP emballages. Là aussi, le texte tranche net. L'article R. 543-43 du code de l'environnement définit l'emballage comme un objet destiné à contenir et protéger une marchandise pour permettre son acheminement du producteur au consommateur, et à assurer sa présentation. Une gourde achetée vide, que vous remplissez et réutilisez pendant des années, ne correspond à aucun mot de cette définition. Une marque de gourde plastique, Gobi, le reconnaît elle-même sur sa page officielle : son produit n'est pas considéré comme un emballage, donc il n'est reconnu par aucune filière de tri classique. Verdict : deux textes de loi, deux exclusions nettes. La gourde isotherme flotte entre les filières, littéralement, un peu comme [le CD et le DVD](/que-faire-cd-dvd-usages-recyclage), un autre objet du quotidien qu'aucune REP ne réclame vraiment. ## Deux objets, deux devenirs qu'on confond trop souvent La solution passe par une distinction que les guides d'achat n'établissent jamais clairement, alors qu'elle change tout au moment de jeter l'objet. La gourde inox à double paroi est un objet métallique simple : elle relève de la benne métaux en déchèterie, elle suit le circuit acier ou aluminium décrit plus haut. La gourde plastique multi-matériaux, avec sa mousse isolante entre deux parois, est un objet composite. Non reconnue comme emballage, elle n'a pas sa place dans le bac de tri sélectif : si elle y atterrit quand même, elle finit dans le flux des non recyclés, direction incinération, comme le confirme l'aveu de transparence de Gobi sur son propre produit. Les confondre, c'est l'erreur la plus fréquente. Une gourde en plastique posée sur le tri sélectif par réflexe « c'est du plastique, ça se recycle » n'a jamais eu la moindre chance d'y être triée correctement, exactement comme [une bombe aérosol vide](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds) qui finit au mauvais endroit faute d'avoir vérifié la case qui correspond vraiment. | Type de gourde | Filière REP applicable | Geste en bon état | Geste hors d'usage | | ---------------------------------------------- | ---------------------- | ----------------- | -------------------------- | | Inox à double paroi | Aucune | Réemploi | Benne métaux en déchèterie | | Plastique multi-matériaux avec mousse isolante | Aucune | Réemploi | Ordures ménagères | ## Les programmes de marque, vérifiés un par un Le problème avec les guides d'achat : ils citent des « programmes de reprise fabricant » sans les avoir vérifiés. J'ai repris les quatre marques les plus citées, une par une. Le résultat casse pas mal d'idées reçues. **Thermos** propose bel et bien un programme de reprise pour son inox : bouteilles, boîtes repas, carafes, isolateurs de canettes, dans n'importe quel état. Le hic, et il est écrit noir sur blanc sur la page officielle : le programme est réservé aux envois depuis les États-Unis continentaux. Un lecteur français n'y a pas accès. **Hydro Flask** a lancé en mars 2023 un programme équivalent, un « Trade-In » couvrant ses produits inox, qui rend du crédit d'achat contre chaque article renvoyé. Même limitation géographique : le communiqué de lancement de la marque le réserve aux États-Unis, et la presse spécialisée américaine, concordante, le restreint aux 48 États contigus, Alaska, Hawaï et territoires insulaires exclus. **Klean Kanteen** est le cas le plus ambigu du lot. Sa page officielle de recyclage s'intitule « Recycling - Triman Logo and Meaning » : elle porte sur le logo Triman, une obligation française d'affichage de tri, pas sur un dispositif de collecte. Le seul mécanisme de reprise documenté pour la marque est un « trade-in » en boutique relancé en mars 2026 aux Philippines, jusqu'à trois bouteilles usagées échangées contre des bons d'achat, les objets partant à l'association Waves For Water. Rien d'équivalent en France, ni en Europe. **Qwetch**, marque française, ne propose aucun programme de reprise ou de recyclage de ses bouteilles en fin de vie, vérifié sur trois pages officielles distinctes (circularité, pièces détachées, garantie). Ce que la marque propose réellement : des pièces détachées pour prolonger la durée de vie du produit, et une collection « Re-Love » faite de produits neufs à défauts esthétiques, ce qui n'a rien à voir avec de la reprise d'objets usagés. Le résumé tient en une phrase : sur les quatre marques, aucune n'offre de reprise accessible depuis la France, les deux dispositifs américains s'arrêtant à leur propre frontière et le troisième à celle des Philippines. Ce n'est pas la promesse que laissent entendre les fiches produit. Faut-il en vouloir à Thermos et Hydro Flask de s'arrêter à la frontière américaine ? Je n'ai pas de réponse tranchée. Organiser un retour logistique transatlantique pour récupérer de l'inox qui vaut, une fois fondu, une fraction du prix du transport, ça ne tient probablement pas debout d'un point de vue industriel. Mais un site qui affiche fièrement son programme de reprise sans préciser qu'il s'arrête à la douane, ça reste une omission qui arrange tout le monde sauf le lecteur français. ## FAQ ### Peut-on mettre une gourde dans le bac de tri sélectif ? Non, sauf exception locale précisée par votre collectivité. Une gourde plastique multi-matériaux n'est pas reconnue comme un emballage au sens du code de l'environnement : posée dans le tri sélectif, elle rejoint le flux des non recyclés. Une gourde métallique se dépose en benne métaux à la déchèterie, pas dans le tri sélectif. ### Existe-t-il une filière REP dédiée à la gourde isotherme ? Non. Ni la filière articles de sport et de loisirs, dont le périmètre réglementaire ne mentionne aucun contenant pour boisson, ni la filière emballages, dont la définition légale ne s'applique pas à un contenant réutilisable vendu vide, ne couvrent cet objet. ### Thermos ou Hydro Flask reprennent-ils les gourdes en France ? Non. Les deux marques ont un programme de reprise réel pour leurs produits inox, mais réservé aux envois depuis les États-Unis. Un acheteur français ne peut pas y accéder pour une gourde achetée ou utilisée en France. ### Que devient une gourde en inox déposée en déchèterie ? Elle part en benne métaux. Selon la matière, l'acier est envoyé en aciérie pour y être lavé, broyé et fondu avant réintégration en chaîne de production ; l'aluminium est envoyé vers des centres d'affinage pour y être lavé, broyé, fondu, purifié puis coulé en lingots. ### Klean Kanteen a-t-il un programme de recyclage de ses gourdes ? Pas en France. Sa page de recyclage porte sur le logo Triman, une obligation française de signalétique de tri, pas sur un dispositif de reprise. Le seul « trade-in » documenté pour la marque se tient en boutique aux Philippines, où trois bouteilles usagées au maximum s'échangent contre des bons d'achat. ## Sources - [Que faire de ma gourde](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/gourde/), ADEME, consulté le 28 août 2026 - [Programme de reprise Thermos Brand](https://thermos.com/pages/recycling), Thermos, consulté le 28 août 2026 - [Hydro Flask lance son programme de reprise de bouteilles aux États-Unis](https://www.prnewswire.com/news-releases/hydro-flask-launches-category-first-water-bottle-trade-in-program-in-the-us-301766091.html), communiqué Hydro Flask, consulté le 28 août 2026 - [Le programme de reprise Klean Kanteen aux Philippines](https://philstarlife.com/living/743882-klean-kanteen-trade-in-program-2026), PhilSTAR Life, consulté le 28 août 2026 - [Décret n° 2021-1213 du 22 septembre 2021](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044087571), Légifrance, consulté le 28 août 2026 - [Article R. 543-43 du code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000006176996/2020-07-31/), Légifrance, consulté le 28 août 2026 - [La filière des articles de sport et de loisirs et ses univers](https://www.ecologic-france.com/pages/la-filiere-des-articles-de-sport-et-de-loisirs-et-ses-univers), Ecologic France, consulté le 28 août 2026 - [Circularité](https://www.qwetch.com/en/pages/circularite), Qwetch, consulté le 28 août 2026 - [Être une gourde recyclée, tu sais, c'est pas si facile](https://www.gobilab.com/blogs/blog/etre-une-gourde-recyclee-tu-sais-cest-pas-si-facile), Gobi Lab, consulté le 28 août 2026 --- ## Oreillers et couettes usagées : Ecomaison, pas Refashion - URL: https://www.recy.net/oreillers-couettes-ecomaison-refashion-frontiere-rep/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-27T06:00:00 - Categories: dechets Votre oreiller usagé n'est pas du textile. C'est de l'ameublement, aux yeux de la loi. C'est ce qui sépare Ecomaison de Refashion dans votre chambre, et c'est ce que personne ne vous dit. Les fiches courtes s'arrêtent à « éco-organisme » et ne donnent jamais le texte qui tranche. J'ai lu le code de l'environnement sur Légifrance. La frontière tient en un article, et elle est nette une fois lue. **Votre oreiller et votre couette usagés relèvent de la filière ameublement, pas de la filière textile. L'article L. 541-10-1 du code de l'environnement range les « produits rembourrés d'assise ou de couchage » dans l'ameublement, et exclut du textile « ceux qui sont des éléments d'ameublement ». C'est Ecomaison qui reprend, gratuitement, en magasin ou en point de collecte. Pas la borne Refashion.** ## Quel texte tranche ? Le problème : on croit que c'est du textile, parce qu'un oreiller c'est du tissu et de la garniture. La loi ne raisonne pas comme ça. L'article L. 541-10-1 du code de l'environnement, version en vigueur depuis le 24/04/2024, met dans la filière ameublement, au 10°, « les éléments d'ameublement ainsi que les produits rembourrés d'assise ou de couchage et, à compter du 1er janvier 2022, les éléments de décoration textile ». Trois périmètres, un même article. Le 11° du même texte est la vraie frontière. Il définit la filière textile et y exclut « ceux qui sont des éléments d'ameublement ou destinés à protéger ou à décorer des éléments d'ameublement ». Je l'ai lu sur Légifrance : l'exclusion est dans la même phrase que le périmètre. Pas en note, pas dans une FAQ. Dans la loi. C'est ce qui sort votre couette du périmètre Refashion. Pour la version détaillée, l'article R. 543-240 liste douze catégories d'éléments d'ameublement, dont le 4° « Literie » et le 11° « Produits rembourrés d'assise ou de couchage ». Le règlement définit l'élément d'ameublement comme un bien meuble dont la fonction principale est de contribuer à l'aménagement d'un lieu en offrant une assise, un couchage, du rangement, un plan de pose ou de travail. Un oreiller, sa fonction c'est de dormir. Une chose sur laquelle je m'attarde, parce qu'on voit le contraire écrit sur des sites publics : les mots oreiller et couette ne figurent pas dans la loi. Une seule fois, même pas. La loi vise des catégories, « Literie » et « produits rembourrés d'assise ou de couchage ». C'est Ecomaison qui nomme les produits, dans sa famille « La literie et le couchage » : « cadre à lattes, lit parapluie, berceau, sommier, matelas… surmatelas, couette, oreiller, duvet, sac de couchage ». Le [sac de couchage](/sac-couchage-fin-de-vie-recyclage-ecomaison) y est listé à côté de la couette, et sa fin de vie suit le même circuit. Méfiez-vous donc de « la loi cite les oreillers ». La loi cite une catégorie. Ecomaison cite le produit. C'est cohérent, ce n'est pas la même chose. Le périmètre a grandi par étapes. En 2018, les produits rembourrés d'assise et de couchage sont entrés dans la filière ameublement, Ecomaison et l'ADEME s'accordent sur la date. Au 1er janvier 2022, les éléments de décoration textile sont entrés au 10° ; Ecomaison les a déployés depuis 2023. La filière elle-même est sous REP depuis décembre 2012, selon l'ADEME. Et selon Ecomaison, elle a été instituée par la loi Grenelle II, désormais régie par la loi AGEC. Verdict : la frontière n'est pas une interprétation. C'est le texte, l'article L. 541-10-1, 11°. Les fiches courtes sur le sujet ne le citent pas. C'est l'information que personne ne donne. ## Pourquoi tout le monde croit que c'est du textile ? Sur l'origine de la confusion, j'ai ma théorie, pas une preuve. Personne n'a écrit noir sur blanc pourquoi on range spontanément une vieille couette avec les textiles. Ma lecture : l'oreiller ressemble au linge de maison, et le linge de maison, lui, appartient bel et bien au périmètre Refashion. Le regard confond les deux parce que la texture est la même. C'est une hypothèse, je la pose comme telle, pas comme un fait établi. Ce qui est documenté, c'est le périmètre. L'ADEME le donne : « l'ensemble des textiles d'habillement, linges de maison et chaussures des ménages ». L'oreiller et la couette n'y figurent pas. La [filière textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements) a été introduite en 2007, selon l'ADEME, et Refashion en est l'éco-organisme agréé, anciennement ECO-TLC, pour la période du 01/01/2023 au 31/12/2028. Selon le rapport d'activité 2025 de Refashion, 272 479 tonnes de textiles et chaussures ont été collectées cette année-là, en recul de 6 % sur 2024. Un volume énorme, mais zéro oreiller dedans. C'est comme une limite de propriété que personne n'a jamais portée au sol tant que le voisin n'a pas planté de clôture. La clôture, c'est le 11°. Le voisin, c'est la borne textile devant le supermarché. [Le fonctionnement des bornes](/bornes-textiles-refashion-57-millions-2026-objectif-60-pourcent-2028) est limpide pour les vêtements. Pour l'oreiller, c'est une mauvaise porte. Point. ## Les deux filières, côte à côte | | Ameublement (Ecomaison) | Textile (Refashion) | | --------- | ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ | ------------------------------------------------------ | | Périmètre | Éléments d'ameublement, produits rembourrés d'assise ou de couchage, décoration textile depuis le 01/01/2022 | Textiles d'habillement, linges de maison et chaussures | | Opérateur | Ecomaison, avec Valdelia et Valobat selon l'ADEME | Refashion, anciennement ECO-TLC | | Agrément | 01/01/2024-31/12/2029 | 01/01/2023-31/12/2028 | | Origine | Décembre 2012, selon l'ADEME | 2007, selon l'ADEME | | Chiffres | 2,8 Mt mises sur le marché en 2024, 40 000 t réemployées, selon l'ADEME | 272 479 t collectées en 2025, selon Refashion | | Objectifs | Collecte 45 % en 2024, 51 % en 2028, selon l'ADEME | Collecte 60 % en 2028, selon l'ADEME | Deux filières, deux opérateurs, deux chronologies. L'ameublement est plus jeune qu'on ne le croit (2012), le textile plus vieux (2007). La confusion vient peut-être de ce renversement : la borne qui semble naturelle pour un oreiller appartient à la filière la plus ancienne, qui est précisément la mauvaise pour lui. ## Que faire d'un oreiller ou d'une couette usagés ? La solution, dans l'ordre : 1. **Bon état ?** Réemploi, don à une association. Ecomaison le dit sans détour : ne donnez matelas, couettes et oreillers à des associations que s'ils sont en bon état. 2. **Reprise en magasin.** Gratuite, et sans obligation d'achat dans certains cas, dans une enseigne qui vend des produits équivalents. 3. **Point de collecte Ecomaison.** Selon Ecomaison, 6 700 points, un à moins de 15 km de chez vous. Le [matelas](/recyclage-matelas-filiere-collecte-france) suit la même logique, avec sa logistique à lui. 4. **Déchèterie, en dernier recours.** Ecomaison la met elle-même en fin de liste : « En dernier recours, déposez-les à la déchèterie ». Mieux vaut vérifier ce que [votre déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide) accepte avant de charger la voiture. 5. **La borne textile : non.** L'exclusion légale est là, on l'a lue. Verdict : gratuit, local, quatre gestes. La seule mauvaise case, c'est celle que vous connaissez déjà. ## FAQ ### Où déposer un oreiller usagé ? Si c'est en bon état, don à une association. Sinon, reprise en magasin gratuite, même sans obligation d'achat dans certains cas, ou point de collecte Ecomaison. La déchèterie reste en dernier recours. La borne textile, non : l'article L. 541-10-1, 11°, exclut les éléments d'ameublement de la filière textile. ### Peut-on mettre une couette dans la borne textile ? Non. La filière textile couvre « l'ensemble des textiles d'habillement, linges de maison et chaussures des ménages », selon l'ADEME. Le code de l'environnement y exclut « ceux qui sont des éléments d'ameublement ou destinés à protéger ou à décorer des éléments d'ameublement ». La couette relève de la filière ameublement, Ecomaison. ### La loi cite-t-elle les oreillers et les couettes ? Non. Le texte vise les catégories « produits rembourrés d'assise ou de couchage » (L. 541-10-1, 10°) et « Literie » (R. 543-240, 4°). C'est Ecomaison, l'éco-organisme, qui liste « couettes et oreillers » nommément dans son champ de filière. La loi et l'opérateur sont cohérents, mais la loi n'emploie pas ces mots. ### La reprise en magasin est-elle vraiment gratuite ? Oui. Selon Ecomaison, vous pouvez déposer un produit équivalent dans une boutique, sans frais, et sans obligation d'achat dans certains cas. Le même organisme conseille de ne donner matelas, couettes et oreillers à des associations que s'ils sont en bon état. ### Depuis quand la filière ameublement couvre-t-elle les couettes et les oreillers ? Depuis 2018, date à laquelle les produits rembourrés d'assise et de couchage sont entrés dans le périmètre, Ecomaison et l'ADEME s'accordent. Les éléments de décoration textile (tapis, rideaux) sont entrés au 1er janvier 2022, et Ecomaison les a déployés depuis 2023. ## Sources - [Article L. 541-10-1 du code de l'environnement, Légifrance, version en vigueur depuis le 24 avril 2024](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049464324/) - [Article R. 543-240 du code de l'environnement, Légifrance, consulté le 27 août 2026](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000046011598) - [Filière Ameublement, Ecomaison, consulté le 27 août 2026](https://ecomaison.com/decouvrir-ecomaison/nos-filieres/ameublement/) - [Filière Éléments d'ameublement (EA), ADEME, consulté le 27 août 2026](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EA) - [Filière Textiles d'habillement, linges de maison et chaussures (TLC), ADEME, consulté le 27 août 2026](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [Rapport d'activité 2025, section « Collecter », Refashion, 2026](https://rapport-activite.refashion.fr/collecter) - [Focus matelas, Ecomaison, consulté le 27 août 2026](https://ecomaison.com/particuliers/donner-ou-recycler/focus-matelas/) - [Reprise mode d'emploi, Ecomaison, consulté le 27 août 2026](https://ecomaison.com/particuliers/donner-ou-recycler/reprise-mode-demploi/) - [Ecomaison, éco-organisme de la maison, Ecomaison, consulté le 27 août 2026](https://ecomaison.com/decouvrir-ecomaison/ecomaison-eco-organisme-maison/) --- ## Boîte jaune DASTRI : où vont vos aiguilles usagées - URL: https://www.recy.net/dastri-seringues-aiguilles-domicile-collecte-traitement/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-26T06:00:00 - Categories: dechets Tapez "recyclage seringues usagées" et Google vous sert des fiches qui répètent toutes le même mot : recyclage. C'est faux. Le document de référence 2025 de DASTRI, l'éco-organisme qui gère la filière, l'écrit noir sur blanc : les déchets piquants collectés en boîte jaune "sont destinés à être éliminés (et non pas recyclés)". Le contenu part très majoritairement à l'incinération. Personne ne recycle une aiguille usagée. On l'élimine. **La boîte jaune DASTRI est gratuite en pharmacie, sans obligation d'achat, et le pharmacien doit la remettre sous peine d'amende. Une fois pleine, elle se rapporte au même endroit, en déchèterie ou via certaines collectivités. Son contenu n'est pas recyclé : il est éliminé, essentiellement par incinération avec valorisation énergétique, selon le rapport DASTRI 2025.** ## Où déposer sa boîte, concrètement Deux gestes, dans les deux sens. Vous récupérez une boîte jaune vide dans n'importe quelle officine, sans acheter quoi que ce soit : c'est la règle posée par le code de la santé publique, article R. 1335-8-2, qui impose aux producteurs ou à l'éco-organisme dont ils relèvent de mettre l'emballage à disposition sans frais. Vous la rapportez pleine au même réseau une fois qu'elle l'est. Au 31 décembre 2025, ce réseau comptait 20 165 points de collecte : 19 297 pharmacies, 822 déchèteries, et 46 points annexes (camions itinérants, pharmacies à usage intérieur). Une [déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide) inscrite à ce réseau reçoit donc la boîte jaune au même titre qu'une pharmacie, ce que peu de guides précisent. Toutes ne le sont pas, loin de là : mieux vaut vérifier avant de se déplacer. En 2025, les opérateurs de DASTRI ont réalisé 71 306 enlèvements sur ce réseau. Environ la moitié des points de collecte sont ramassés à fréquence semestrielle, la réglementation prévoyant ce rythme en dessous de 180 kg par an, un seuil qui rendrait 85 % des points éligibles selon le rapport. Concrètement : votre pharmacie ne fait pas forcément le plein tous les mois, ce n'est pas un signe de négligence. ## Que risque une pharmacie qui refuse ? Deux situations, deux textes, deux montants. Si le pharmacien refuse de vous remettre une boîte vide, c'est une contravention de troisième classe (code de la santé publique, art. R. 1337-16), punie de l'amende prévue par l'article 131-13 du code pénal : 450 euros maximum. Si le pharmacien refuse de reprendre votre boîte pleine, ou vous fait payer pour ça, c'est une contravention de cinquième classe (art. R. 1337-17) : 1 500 euros maximum, portés à 3 000 euros en récidive quand le règlement le prévoit. C'est une contravention, pas un délit. J'insiste, parce que le raccourci "c'est illégal" n'aide personne à faire valoir son droit. Ce que vous pouvez dire au comptoir, textes à l'appui, c'est que l'obligation est ferme et sans condition : le pharmacien ne peut ni la conditionner à un achat, ni la facturer. Aucune statistique de sanctions effectivement prononcées n'est publiée. Le rapport DASTRI signale seulement que 98 % des pharmacies ont commandé des boîtes jaunes en 2025, ce qui mesure l'approvisionnement, pas le comportement au comptoir. ## Ce que devient réellement le contenu Voici le fait que les fiches pratiques ne donnent jamais. Sur les 2 192 tonnes de DASRI sans électronique traitées en 2025, poids brut, contenants inclus (+5,8 % vs 2024), le rapport DASTRI chiffre à 97,7 % la part partie en valorisation énergétique, directement ou après un prétraitement par broyage et désinfection. Le solde finit en enfouissement. Zéro recyclage matière sur ce circuit. | Indicateur | Valeur 2025 | Évolution | | ---------------------------------------------- | -------------- | ---------------------------------- | | Tonnage traité (poids brut, contenants inclus) | 2 192 t | + 5,8 % vs 2024 | | Tonnage collecté (net, hors contenants) | 1 275,5 t | + 6 % vs 2024 | | Part des contenants dans le brut | 891 t (40,7 %) | - | | Taux de collecte Hexagone | 85,37 % | objectif réglementaire 2025 : 85 % | | Boîtes jaunes distribuées | 4 774 470 | + 10 %, record depuis la création | Le tonnage brut, c'est le carton, le plastique et les aiguilles ensemble. Le tonnage net, celui des déchets perforants seuls, pèse presque deux fois moins. Confondre les deux double artificiellement le poids réel de déchets de soins. À côté, les objectifs opposables du cahier des charges ministériel montent crescendo : 82 % de collecte à partir de 2023, 85 % à partir de 2025, une étude en cours pour viser 90 % en 2028. DASTRI a tenu l'objectif 2025, avec 0,37 point de marge. L'agrément court jusqu'au 31 décembre 2028. ## Et si votre traitement a un dispositif électronique ? Une partie des patients utilise des dispositifs de soin qui embarquent de l'électronique. Ceux-là génèrent des déchets dits e-DASRI, qui suivent un circuit à part, la boîte violette. Le résultat n'a rien à voir avec celui de la boîte jaune : le rapport DASTRI donne un taux de recyclage de 57,8 % en 2025 (contre 43 % en 2024), pour un objectif du cahier des charges fixé à 60 %. Là, on recycle vraiment une partie de la matière, notamment les cartons d'emballage, valorisés en papier recyclé, et les composants des piles. Trois opérations de collecte de boîtes violettes ont eu lieu en 2025 (avril, septembre, décembre), pour 13 890 demandes d'enlèvement. Contrairement à la boîte jaune, la pharmacie doit s'inscrire elle-même sur le site de DASTRI : ce n'est pas un dépôt spontané au comptoir. Si vous utilisez ce type de matériel, mieux vaut demander directement à votre officine si elle participe. ## Combien de temps peut-on garder sa boîte à la maison ? La réglementation (arrêté du 7 septembre 1999, art. 3) fixe un délai de trois mois entre la production effective des déchets et leur enlèvement, pour toute production inférieure ou égale à 5 kg par mois en un même lieu, ce qui couvre le cas d'un patient en autotraitement. La FAQ de DASTRI présente les choses autrement : elle fait courir le délai "après fermeture de la BAA" (boîte à aiguilles). Ce n'est pas ce que dit le texte, qui part de la production du déchet, pas de la fermeture du contenant. Dans le doute, mieux vaut se caler sur la version la plus stricte, celle du texte réglementaire. Ce délai n'a rien d'intuitif, et rien n'indique qu'il soit largement connu des patients. Le geste réel, c'est "je rapporte quand c'est plein", ce qui tombe le plus souvent dans les clous. ## Ce qui ne va pas dans la boîte jaune La filière ne couvre que les déchets piquants, coupants et tranchants issus de l'autotraitement ou de l'autotest, chez des patients relevant de l'une des 36 pathologies listées par arrêté. Les déchets mous (pansements, compresses) vont aux ordures ménagères classiques. Les médicaments non utilisés, eux, ne passent jamais par DASTRI : c'est le circuit [Cyclamed](/cyclamed-medicaments-collecte-bilan-2025), en pharmacie également, mais une filière distincte avec sa propre logistique. Sur qui est concerné, les sources publiques ne s'accordent pas. Le ministère de la Transition écologique parle de "plus de 2 millions" de personnes en auto-traitement. L'ARS Bourgogne-Franche-Comté avance "plus de 1,8 million". Le rapport DASTRI lui-même ne publie aucun chiffre de population bénéficiaire. Les deux chiffres circulent, aucun n'est tranché à ma connaissance : je préfère le dire plutôt que choisir arbitrairement celui qui sonne le mieux. Un mot sur le risque, sans le chiffrer : l'INRS documente qualitativement que les salariés des chaînes de tri des ordures ménagères peuvent être piqués par des seringues mal jetées, sans publier de statistique annuelle exploitable sur ce point précis. C'est justement pour éviter ce risque que la filière boîte jaune existe : jeter un perforant dans le bac classique n'est jamais la bonne réponse, même par flemme un soir de fatigue. Un dernier point de contexte, pour ceux que le sujet des contenants réemployables intéresse : DASTRI expérimente aussi un [dispositif de boîtes réutilisables](/dasri-reemployables-decret-mars-2026-experimentation) plutôt qu'à usage unique, un chantier séparé de tout ce qui précède. Et si vous vous demandez comment se débarrasser d'un autre déchet médical courant à la maison, le cas des [radiographies dentaires et médicales](/recyclage-radiographies-dentaires-medicales-ou-deposer) suit une logique tout aussi mal expliquée par les guides habituels. Pour les autres déchets ménagers considérés dangereux, comme un [extincteur usagé](/extincteurs-usages-poudre-abc-dechet-dangereux), le réflexe déchèterie reste la bonne porte d'entrée par défaut. ## FAQ ### La boîte jaune DASTRI est-elle vraiment gratuite ? Oui, sans condition d'achat. Le code de la santé publique impose aux producteurs, ou à l'éco-organisme dont ils relèvent, de la mettre à disposition sans frais en officine, et d'en reprendre le contenu sans frais également. ### Que devient le contenu de ma boîte jaune une fois collecté ? Il n'est pas recyclé. Selon le rapport DASTRI 2025, 97,7 % du tonnage traité part en valorisation énergétique (incinération directe ou après prétraitement), le solde en enfouissement. Seul le circuit distinct des boîtes violettes, réservé aux dispositifs avec électronique, comporte du recyclage matière, à 57,8 % en 2025. ### Ma pharmacie peut-elle refuser de reprendre ma boîte pleine ? Non, pas légalement. Le refus de reprise ou la facturation de la reprise est une contravention de cinquième classe, punie jusqu'à 1 500 euros d'amende (3 000 euros en récidive selon le règlement). Le refus de vous remettre une boîte vide est une contravention de troisième classe, jusqu'à 450 euros. ### Combien de temps puis-je garder ma boîte avant de la rapporter ? Le texte réglementaire fixe trois mois à partir de la production effective des déchets, pour une production inférieure ou égale à 5 kg par mois. DASTRI communique une version différente, faisant courir le délai après la fermeture de la boîte : les deux formulations ne se recoupent pas exactement. ### Puis-je mettre des médicaments non utilisés dans ma boîte jaune ? Non. La boîte jaune ne prend que les objets piquants, coupants et tranchants. Les médicaments périmés ou non utilisés relèvent d'une filière distincte, Cyclamed, disponible dans la même pharmacie mais avec sa propre collecte. ## Sources - Document de référence DASTRI 2025 (rapport d'activité de l'éco-organisme) : [https://www.dastri.fr/catalogue/common/data/catalogue.pdf](https://www.dastri.fr/catalogue/common/data/catalogue.pdf) - Code de la santé publique, art. R. 1335-8-5 (obligation de collecte gratuite des officines) : [https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044038618](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044038618) - Code de la santé publique, art. R. 1337-17 (sanction du refus de reprise) : [https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044038685](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044038685) - Ministère de la Transition écologique, dispositifs médicaux perforants : [https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/dispositifs-medicaux-perforants-utilises-patients-auto-traitement-utilisateurs](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/dispositifs-medicaux-perforants-utilises-patients-auto-traitement-utilisateurs) - Arrêté du 7 septembre 1999 relatif aux modalités d'entreposage des DASRI : [https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000213467](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000213467) - DASTRI, FAQ patients : [https://www.dastri.fr/faq/](https://www.dastri.fr/faq/) --- ## Codes RESIN 1 à 7 : le triangle ne dit pas le tri - URL: https://www.recy.net/symboles-plastique-codes-resin-1-7-recyclabilite/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-25T07:00:00 - Categories: tri Vous retournez un pot de yaourt, vous cherchez le petit triangle avec un chiffre dedans, et vous vous demandez si ce chiffre vous autorise à le mettre dans le bac jaune. C'est la mauvaise question. Ce chiffre n'a jamais été conçu pour y répondre : c'est un identifiant de matière, pas un feu vert de recyclage, contrairement à ce que [certains logos de recyclage](/signification-logos-recyclage-emballages) laissent croire. Et depuis l'extension des consignes de tri, la réponse à "où le mettre" ne dépend même plus de lui. **Le chiffre de 1 à 7 dans le triangle identifie le type de résine plastique (PET, PEHD, PVC, PEBD, PP, PS ou autre), un système créé en 1988 par l'industrie américaine. En France, depuis l'extension des consignes de tri, tous les emballages plastiques vont au bac jaune quel que soit ce chiffre. Ce qu'il ne dit pas : si l'emballage sera réellement recyclé, une fois trié.** ## La thèse pour : le code reste un identifiant utile Sous le capot, un code résine, c'est un tag de métadonnée posé sur un objet, rien de plus. Le système a été créé en 1988 par la Society of the Plastics Industry sous le nom de "Voluntary Plastic Container Coding System", avant que l'ASTM ne reprenne la main sur la norme en 2008 avec la référence D7611. Sept chiffres, sept familles : PET (polyéthylène téréphtalate) pour les bouteilles d'eau, sodas, huile et barquettes de fruits ; PEHD (polyéthylène haute densité) pour les flacons de lait, de shampooing et de produits ménagers ; PVC (polychlorure de vinyle) pour les films alimentaires, tubes et fenêtres ; PEBD (polyéthylène basse densité) pour les sacs et films ; PP (polypropylène) pour les pots de yaourt et les boîtes ; PS (polystyrène) pour les barquettes et emballages jetables ; et le code 7 "autres", fourre-tout qui regroupe polycarbonate, ABS et compagnie. Ce tag sert. Pas à vous, citoyen devant votre bac, mais aux centres de tri et aux recycleurs qui doivent séparer les flux avant de les retraiter : impossible de mélanger du PET et du PVC dans la même chaîne de transformation sans dégrader le résultat. C'est de la donnée technique, exactement comme un identifiant d'objet dans un moteur de jeu : indispensable au système, invisible pour le joueur qui n'a besoin que de savoir où poser sa manette. ## L'antithèse : en France, il ne change plus votre geste Voilà l'os. Historiquement, seules les bouteilles et flacons en PET et PEHD (codes 1 et 2) allaient dans le bac jaune ; le reste finissait à la poubelle ordinaire, code résine ou pas. Depuis l'extension des consignes de [tri](/extension-consignes-tri-simplification-2026), 63,4 millions de Français, soit 98 % de la population métropolitaine selon Citeo, peuvent désormais trier tous leurs emballages plastiques : pots, barquettes, films, tubes, sachets, plus seulement les bouteilles. L'ADEME l'écrit noir sur blanc sur sa fiche mise à jour en mars 2026 : tous les emballages plastiques vont dans le bac de tri, et "ce n'est pas le type de plastique qui compte mais le fait qu'il s'agisse d'un emballage". Même le [PET des bouteilles](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet), pourtant le mieux loti du lot, ne doit sa place au bac jaune qu'à cette règle générale, pas à son chiffre. Le chiffre dans le triangle, pour le geste au quotidien, est devenu une information morte. Ce n'est pas un bug de conception, c'est le résultat voulu d'une simplification : moins de règles à retenir, moins d'erreurs de tri. Honnêtement, je ne sais pas s'il faut applaudir ou s'inquiéter. Simplifier le geste, c'est bien. Mais ça déplace le vrai problème un cran plus loin, du bac de tri vers le centre de traitement, sans que ça se voie depuis chez vous. ## Le tableau qui tranche : théorie vs collecte réelle C'est là que la plupart des explications s'arrêtent, en répétant simplement "1 = PET, 2 = PEHD" sans jamais dire ce que devient l'emballage une fois qu'il a quitté votre bac. Voici ce que les sources disponibles permettent de dire, poste par poste, entre le geste accepté et la réalité mesurée. | Code | Résine | Exemples d'emballages | Geste de tri en France | Ce que dit la donnée disponible | | ---- | ------ | ---------------------------------------------------- | ------------------------- | ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- | | 1 | PET | Bouteilles d'eau, sodas, huile, barquettes de fruits | Bac jaune | Bouteilles et flacons (PET + PEHD réunis) : 54,5 % recyclés selon les chiffres clés Citeo 2020 | | 2 | PEHD | Flacons de lait, shampooing, produits ménagers | Bac jaune | Même statistique agrégée "bouteilles et flacons" que le PET | | 3 | PVC | Films alimentaires, tubes, fenêtres | Bac jaune (dépôt accepté) | Aucune filière de collecte ménagère dédiée identifiée dans nos sources ; le PVC est recyclé côté bâtiment (réseau SNEP, 200 points de collecte du PVC rigide) et côté industrie en Europe (RECOVINYL, plus de 150 recycleurs) | | 4 | PEBD | Sacs plastiques, films, sachets | Bac jaune | Comptabilisé, avec le PP et le PS, sous "autres emballages" : 7,5 % recyclés selon les chiffres clés Citeo 2020, sans détail par résine | | 5 | PP | Pots de yaourt, boîtes, emballages micro-ondables | Bac jaune | Même agrégat "autres emballages" (7,5 %, 2020) ; aucun chiffre isolé pour le PP seul dans nos sources | | 6 | PS | Barquettes, plateaux, emballages jetables | Bac jaune (dépôt accepté) | Moins de 5 % réellement recyclés, en grande partie hors de France, selon un rapport cité par Elise | | 7 | Autres | Polycarbonate, ABS, mélanges | Bac jaune | Aucune donnée agrégée trouvée pour cette catégorie dans nos sources | Deux lignes sautent aux yeux : le PET et le PEHD tirent la moyenne vers le haut, tout le reste se retrouve noyé dans un agrégat "autres emballages" qui ne dit rien résine par résine. La question utile porte moins sur la signification du chiffre que sur ce qu'on sait réellement de ce qui arrive à l'emballage qui le porte. Pour quatre codes sur sept, la réponse honnête est : pas grand-chose de précisément mesuré et publié. Un mot sur un chiffre qui circule beaucoup : 73 % de recyclage pour les emballages en France, selon Citeo. C'est un total tous matériaux confondus, verre, acier, aluminium, papier-carton et plastique réunis. Le plastique seul se situe entre 26 et 29 %, sur les données 2024 publiées par Citeo début 2026. Confondre les deux, c'est le genre d'erreur qui fait passer une bonne nouvelle générale pour une bonne nouvelle spécifique au plastique, alors que ce n'en est pas une. ## PVC et polystyrène, les deux mauvais élèves du triangle Le PVC et le PS méritent un paragraphe à part, parce qu'ils illustrent le mieux l'écart entre "accepté dans le bac" et "vraiment retraité". Le PVC, techniquement recyclable, a de vraies filières, mais pas là où vous l'imaginez. Côté bâtiment, le réseau SNEP compte 200 points de collecte pour le PVC rigide en fin de vie, et la filière REP PMCB, en place depuis 2023, organise la gestion des déchets du bâtiment via des éco-organismes agréés. Côté industriel, le réseau européen RECOVINYL fédère plus de 150 recycleurs, et environ 730 000 tonnes de déchets PVC ont été recyclées en Europe en 2024. Mais ces chiffres parlent de tuyaux, de profilés de fenêtres, de déchets de production, pas du pot de crème fraîche que vous déposez dans votre bac jaune. Pour ce dernier cas précis, aucune de nos sources ne documente de filière de collecte ménagère dédiée. Le PS, lui, cumule deux mauvaises nouvelles. D'abord la réalité du recyclage : moins de 5 % des déchets en polystyrène sont réellement recyclés, et l'essentiel de ce recyclage a lieu hors de France, en Belgique et en Espagne, selon un rapport cité par Elise. Citeo a bien sélectionné deux projets de recyclage mécanique à l'étranger, capables de traiter 10 000 tonnes au total, contre environ 300 000 tonnes de PS mises sur le marché chaque année en France : l'écart de volume se voit tout seul. Trois projets industriels lancés en 2021 par Michelin, Ineos et TotalEnergies pour bâtir une filière française ont par ailleurs échoué pour des raisons techniques. Ensuite, la réglementation a fait marche arrière. La loi Climat et Résilience prévoyait d'interdire, à partir du 1er janvier 2025, les emballages en polystyrène non recyclable. Une loi promulguée le 30 avril 2025 a repoussé cette interdiction à 2030, pour s'aligner sur le règlement européen sur les emballages (PPWR). Les pages qui expliquent les codes résine ne signalent quasiment jamais ce report, alors qu'il change directement le calendrier de ce qui va rester dans vos bacs. ## Le verdict Le code résine n'a jamais menti, on l'a juste mal lu. Il identifie une matière, pas une promesse de recyclage, et une révision de la norme ASTM D7611 en 2013 aurait justement remplacé les flèches d'origine par un triangle plein pour couper court à cette confusion (le fait ne repose que sur une source secondaire, faute d'accès direct au texte de l'ASTM, donc à prendre avec cette réserve). Pour un développeur, c'est un classique : un identifiant technique mal exposé à l'utilisateur finit toujours par être interprété comme une fonctionnalité qu'il n'est pas. Le vrai correctif n'était pas de changer le pictogramme, c'était de changer la règle en amont : tout accepter au tri, et laisser les centres de traitement gérer la complexité derrière. C'est exactement ce que la France a fait. ## FAQ ### Le chiffre dans le triangle veut-il dire que l'emballage est recyclable ? Non. Il identifie le type de résine plastique (PET, PEHD, PVC, PEBD, PP, PS ou autre), un système créé par l'industrie américaine en 1988. Une révision de la norme ASTM en 2013 aurait remplacé les flèches par un triangle plein en partie pour lever cette confusion, mais l'information ne repose que sur une source secondaire. ### Dois-je encore trier différemment selon le code résine ? Non, plus en France. Depuis l'extension des consignes de tri, tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune, quel que soit le chiffre affiché. L'ADEME le précise explicitement sur sa fiche dédiée : ce n'est plus le type de plastique qui compte pour le geste, mais le fait qu'il s'agisse d'un emballage. ### Pourquoi le polystyrène (code 6) est-il presque jamais recyclé ? Moins de 5 % des déchets en polystyrène sont réellement recyclés, et l'essentiel se fait hors de France, selon un rapport cité par Elise. Trois projets industriels français lancés en 2021 ont échoué pour des raisons techniques, et l'interdiction des emballages en PS non recyclable, prévue en 2025, a été repoussée à 2030 par une loi du 30 avril 2025. ### Le PVC (code 3) est-il recyclable ? Techniquement oui, et à grande échelle côté bâtiment (réseau SNEP) et industrie (RECOVINYL en Europe). Mais aucune filière de collecte ménagère dédiée au PVC n'a été identifiée dans nos sources : le pot ou le tube en PVC que vous déposez au tri suit un circuit qui reste flou une fois hors de votre bac. ### Que devient un emballage plastique une fois trié ? Une partie est nettoyée, triée par résine puis transformée en nouveaux objets ou emballages : c'est le recyclage matière, décrit par l'ADEME. Le reste sert de test grandeur nature pour de [nouvelles filières de traitement](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) ou part en incinération avec valorisation énergétique. Voir aussi ce qui se passe concrètement une fois qu'un plastique est [effectivement recyclé](/que-devient-plastique-recycle). ## Sources - Wikipedia (EN), "Resin identification code" : [https://en.wikipedia.org/wiki/Resin_identification_code](https://en.wikipedia.org/wiki/Resin_identification_code) - Wikipedia (FR), ["Code d'identification des résines"](https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_d%27identification_des_r%C3%A9sines) - Citeo, "Simplification du tri en France : on fait le point !" : [https://www.citeo.com/le-mag/simplification-du-tri-en-france-fait-le-point/](https://www.citeo.com/le-mag/simplification-du-tri-en-france-fait-le-point/) - ADEME, quefairedemesdechets.ademe.fr, "Emballages en plastique" : [https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/emballages/emballages-en-plastique/](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/emballages/emballages-en-plastique/) - Sénat, base des questions écrites, réponse ministérielle qSEQ240900169 : [https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ240900169.html](https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ240900169.html) - Elise, "Recyclage du polystyrène en 2025 : ce qu'on sait" : [https://www.elise.com.fr/dechets-recycles/recyclage-du-polystyrene/](https://www.elise.com.fr/dechets-recycles/recyclage-du-polystyrene/) - VinylPlus France, "Collecte et recyclage du PVC" : [https://decouvrirlepvc.org/developpement-durable-pvc/collecte-et-recyclage-pvc/](https://decouvrirlepvc.org/developpement-durable-pvc/collecte-et-recyclage-pvc/) - Citeo, "Chiffres du recyclage en France : emballages et papiers" : [https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - Citeo, infographie "Taux de recyclage des emballages en France : chiffres 2024" : [https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024/](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024/) - Natural Development, citant Citeo "Chiffres clés 2020" : [https://naturaldevelopment.fr/recyclage-emballages-plastiques-des-bilans-encore-decevants/](https://naturaldevelopment.fr/recyclage-emballages-plastiques-des-bilans-encore-decevants/) --- ## Perceuse, tondeuse en panne : où les déposer, vraiment - URL: https://www.recy.net/outillage-electroportatif-bricolage-jardinage-recyclage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-21T06:00:00 - Categories: recyclage Tapez "où recycler ma perceuse" et vous tombez sur une fiche produit par appareil : une pour la tondeuse, une pour la perceuse, une pour le taille-haie. Chacune répète le même principe en variant l'exemple. Aucune ne vous donne la règle transversale qui marche pour tout l'outillage électroportatif d'un coup. Le problème, c'est que cette règle existe, elle est écrite noir sur blanc dans un article de loi que personne ne cite. **Votre outillage électroportatif (perceuse, taille-haie, tondeuse électrique) relève de la filière DEEE. À l'achat d'un équipement neuf : reprise gratuite de l'ancien, sans condition de surface du magasin. Sans achat : bac libre-accès en magasin ou en déchèterie si l'appareil fait moins de 25 cm de diagonale ; au-delà, déchèterie, ou reprise en magasin seulement si celui-ci dépasse 400 m2 de surface de vente dédiée.** ## La grille de décision, en clair Trois questions à se poser, dans l'ordre. Ça évite l'aller-retour inutile en magasin. **Vous achetez un équipement neuf ?** Reprise "1 pour 1" obligatoire, sans seuil de surface. Le distributeur reprend l'ancien, peu importe la taille de son magasin. C'est l'article R541-160 du code de l'environnement qui le dit, texte en vigueur : les obligations de reprise "s'appliquent sans seuil" dès qu'il y a achat d'un équivalent. **Vous ne rachetez rien, et l'appareil fait moins de 25 cm de diagonale ?** Bac libre-accès, en déchèterie ou dans certains magasins. Le seuil vient d'ecosystem, l'éco-organisme agréé sur la filière : "moins de 25 cm de diagonale" pour ce format de dépôt sans ticket de caisse à présenter. **Vous ne rachetez rien, et l'appareil est plus gros ?** Là, le magasin doit peser au moins 400 m2 de surface de vente dédiée aux équipements électriques et électroniques pour être obligé de reprendre gratuitement, sans achat. En dessous de ce seuil, direction la [déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide). C'est la même distinction que pose R541-160, entre les obligations qui "s'appliquent sans seuil" et celles qui "s'appliquent aux distributeurs disposant […] d'une surface de vente […] d'au moins 400 m2". ## Le point que personne ne signale : trois filières, pas une Voilà où la plupart des guides s'emmêlent, et où je vous arrête tout de suite. "Outillage et jardinage", ce n'est pas une filière, ce sont trois. La filière DEEE, celle de cet article, couvre l'outillage **électroportatif** : perceuse, visseuse, taille-haie, tondeuse électrique, nettoyeur haute pression, robot de piscine. Tout ce qui se branche ou fonctionne sur batterie. La REP "articles de bricolage et de jardin" (ABJ) couvre le matériel **non électrique** : sécateur et autres outils à main, mobilier de jardin. Une autre filière, un autre circuit. La [filière batteries](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres) récupère uniquement l'**accumulateur amovible** de votre outil sans fil. Vous sortez la batterie de la perceuse avant de la déposer, et elle part de son côté. Mélanger les trois, c'est le genre d'erreur qui vous fait déposer le bon objet au mauvais endroit. Un point de vigilance à part entière, pas un détail. ## Ce que couvre concrètement la filière DEEE ici Ecosystem, l'éco-organisme, liste explicitement "du taille haie à la perceuse en passant par le robot de piscine, le nettoyeur haute pression, le robot tondeuse" sous cette catégorie. Prenons l'exemple le plus documenté, la tondeuse électrique : selon l'ADEME, elle "suit la filière des Déchets d'Équipements Électriques et Électroniques (DEEE)", direction un centre de traitement où elle est "démantelée, dépolluée si nécessaire". Concrètement, à l'achat d'une neuve : "rapportez l'ancienne à votre revendeur ou remettez-la au livreur. Sinon, apportez-la en déchèterie." | Cas | Où déposer | Condition | | --------------------------------------- | --------------------------------------- | ---------------------------------------------------------- | | Achat d'un équipement neuf équivalent | Revendeur ou livreur | Reprise "1 pour 1", sans seuil de surface | | Pas d'achat, appareil de moins de 25 cm | Bac libre-accès (déchèterie ou magasin) | Bacs proposés par certains magasins, sans ticket de caisse | | Pas d'achat, appareil de plus de 25 cm | Magasin ou déchèterie | Reprise "1 pour 0" en magasin à partir de 400 m2 seulement | ## Et la batterie, dans tout ça ? Vous voyez le trou dans la table ci-dessus. C'est volontaire : la batterie amovible d'un outil sans fil ne suit pas ce circuit, elle relève de la filière batteries. Sur ce point précis, les sources publiques donnent le principe, pas de chiffre. Un mot sur le Bonus Réparation : ecosystem propose une remise sur facture chez un réparateur labellisé QualiRepar pour l'outillage électrique, avant de passer par la case recyclage. Un [repair café](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi) fait parfois l'affaire aussi, pour peu que le modèle soit simple. Prolonger la durée de vie plutôt que jeter, ça reste l'option qui coûte le moins cher, matériellement parlant. Deux éco-organismes se partagent la [filière DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) en France, ecosystem et Ecologic, mais c'est un détail d'organisation qui ne change rien à la démarche du déposant. ## Le chiffre qu'on vous sert, et celui qui manque Ecosystem [a collecté 876 000 tonnes de DEEE en 2025](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026), tous produits confondus, soit 65 % du gisement estimé. C'est le chiffre qui circule dans la presse spécialisée. Mais il ne dit rien sur l'outillage électroportatif spécifiquement : aucune ventilation de ce total par catégorie de produit n'est accessible publiquement. Alors soyons honnêtes : aucun chiffre public ne dit, à ce jour, combien de tonnes de perceuses et de tondeuses ce total représente. Le chiffre global existe, la ventilation non. ## FAQ ### Ma perceuse électroportative relève-t-elle de la même filière que ma tondeuse ? Oui, si les deux sont électriques ou fonctionnent sur batterie : les deux relèvent de la filière DEEE. Un outil non électrique (sécateur manuel, brouette) relève d'une autre filière, la REP articles de bricolage et de jardin. ### Puis-je rapporter un vieil outil sans en racheter un neuf ? Oui, deux options selon la taille. En dessous de 25 cm de diagonale : bac libre-accès en déchèterie ou dans certains magasins. Au-dessus : déchèterie systématiquement, sauf si le magasin dépasse 400 m2 de surface dédiée aux équipements électriques. ### Le magasin est-il obligé de reprendre mon ancien outil gratuitement ? Ça dépend si vous achetez un équivalent neuf. Avec achat : oui, sans condition de surface, c'est la reprise "1 pour 1". Sans achat : seulement si le magasin fait au moins 400 m2 de surface de vente dédiée à ces équipements. ### Que faire de la batterie de ma perceuse sans fil ? Elle ne suit pas le même circuit que l'appareil. La batterie amovible relève de la filière batteries, à déposer séparément, pas dans le bac DEEE avec l'outil. ## Sources - Légifrance, code de l'environnement, article R541-160 : [https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042584348/2021-01-01](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042584348/2021-01-01) - ecosystem.eco, "Reprise sans achat" : [https://www.ecosystem.eco/comprendre/reprise-sans-achat](https://www.ecosystem.eco/comprendre/reprise-sans-achat) - ecosystem.eco, "Reprise à l'achat" : [https://www.ecosystem.eco/comprendre/reprise-a-lachat](https://www.ecosystem.eco/comprendre/reprise-a-lachat) - ecosystem.eco, "Recycler son matériel de bricolage et jardinage" : [https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/outillage-bricolage-jardinage](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/outillage-bricolage-jardinage) - ADEME, quefairedemesdechets.ademe.fr, fiche "Tondeuse à gazon électrique" : [https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/tondeuse-a-gazon-electrique/](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/tondeuse-a-gazon-electrique/) - Actu-environnement, collecte ecosystem 2025 : [https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-ecosystem-2025-47706.php4](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-ecosystem-2025-47706.php4) --- ## Composteur de jardin : bien démarrer son bac - URL: https://www.recy.net/composteur-jardin-demarrer-guide-debutant/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-20T06:00:00 - Categories: dechets Un composteur de jardin, c'est un système avec des entrées, une boucle de traitement et une sortie. Vous mettez des déchets d'un côté, des micro-organismes font le travail au milieu, et vous récupérez du compost de l'autre. Le problème, c'est que la plupart des guides de démarrage vous donnent la théorie sans le détail qui fait planter le système au premier mois : le bon ratio de matières, et la bonne hauteur de première couche. **Pour démarrer un composteur de jardin : installez-le à même la terre, à mi-ombrage, de préférence au printemps ou à l'automne. Posez 5 cm de branches broyées au fond, puis alternez 50 % de déchets humides et 50 % de déchets secs. Brassez au moins une fois par mois. Comptez 4 à 6 mois pour un compost mûr utilisable au jardin.** ## Sous le capot : où et quand poser le bac La source de référence sur le sujet reste le guide de l'ADEME, "Comment réussir son compost ?" (mars 2022). Tout ce qui suit en vient, sauf mention contraire explicite. Deux paramètres de départ conditionnent tout le reste : l'emplacement et la saison. L'ADEME recommande un endroit mi-ombragé, en contact direct avec la terre, jamais sur une dalle ou du béton. C'est logique du point de vue du système : les micro-organismes et la faune du sol doivent pouvoir coloniser le tas depuis le dessous, sinon le processus démarre en solo, sans le renfort du sol. Pour la saison, l'ADEME conseille de débuter de préférence au printemps ou à l'automne, deux périodes où la température et l'humidité ambiantes facilitent l'installation des premières colonies de décomposeurs. Première couche, avant tout déchet : des branches et brindilles broyées, sur 5 cm de haut pour un bac (contre 10 cm pour un tas à l'air libre, la différence de hauteur compense l'absence de parois). Cette couche assure le drainage et l'aération, un peu comme un système de ventilation qu'on installerait avant de brancher le reste des composants. ## Le ratio qui fait tout foirer, et le mythe qu'il faut abandonner C'est le point où la majorité des guides de démarrage racontent n'importe quoi, et où j'ai fini par arrêter de faire confiance aux blogs de jardinage tant que je n'ai pas vérifié la source primaire. Vous avez sûrement déjà lu la règle des "deux tiers de matières brunes pour un tiers de matières vertes", présentée comme un standard ADEME. Je l'ai cherchée dans le PDF officiel : elle n'y est pas. Ce ratio 2/3-1/3 circule sur des blogs de jardinage non officiels, pas dans le document source. Ce que dit réellement le guide ADEME, c'est une règle d'or bien plus simple à retenir : 50 % de déchets humides (essentiellement des déchets de cuisine) pour 50 % de déchets secs (plutôt des déchets de jardin et autres déchets de la maison). Un équilibre en volume, pas une proportion brun-vert calquée sur une autre échelle. Ce n'est pas un détail cosmétique : suivre le mauvais ratio, c'est comme régler mal le spawn rate d'un système de particules, ça produit un résultat qui a l'air correct de loin et qui coince dès qu'on regarde de près. Pour le rapport carbone/azote au sens biochimique, la fourchette généralement retenue se situe entre 20 et 30, selon Compostage.info (Réseau Compost Citoyen), une source secondaire non datée sur sa page. C'est une donnée d'appoint, pas la règle à suivre au quotidien : le ratio 50/50 en volume reste le repère opérationnel de l'ADEME pour un bac de jardin. ## Combien de temps, combien de matière : les chiffres du bac | Méthode | Durée jusqu'à un compost mûr | | ------------------------------------- | ---------------------------- | | Compostage en bac | 4 à 6 mois minimum | | Compostage en tas | 6 à 12 mois | | Compost prêt comme support de culture | Au moins 18 mois | Ces durées ne sont pas des promesses, ce sont des minimums donnés par l'ADEME pour un compostage correctement conduit. Le guide ne détaille pas pourquoi le bac va plus vite que le tas, et je ne trouve pas de courbe de température publiée pour un bac de jardin peu brassé : les valeurs qui circulent sur ce point décrivent du compostage à chaud, pas notre cas d'usage. Côté quantités, l'ADEME chiffre la production moyenne à l'échelle d'un foyer : | Donnée | Valeur | | -------------------------------------------- | ---------------------------------------------------------------------- | | Déchets compostables produits par personne | 70 kg/an, soit 8 kg de compost | | Seuil à partir duquel doubler le bac | Besoins supérieurs à 1 000 litres | | Capacité de traitement d'un bac d'1 à 1,5 m³ | 1 à 2 tonnes de déchets organiques/an, selon le Réseau Compost Citoyen | Un bac de taille standard suffit largement pour un foyer classique. Le doublement du dispositif (un bac pour les apports frais, un pour la maturation) ne devient pertinent qu'au-delà de 1 000 litres de besoin annuel, c'est-à-dire pour un jardin bien plus grand qu'un lot pavillonnaire moyen. Honnêtement, je ne sais pas si ce seuil de 1 000 litres vient d'une mesure ou d'un arrondi pratique, l'ADEME ne le détaille pas dans le guide. ## Le test de la poignée : diagnostiquer sans capteur Pas besoin d'instrument pour savoir si le système tourne bien. L'ADEME décrit un test simple : pressez une poignée de compost dans votre main. Si quelques gouttes perlent, tout va bien. Si ça coule beaucoup, c'est trop humide. Si rien ne s'échappe, c'est trop sec. Deux corrections, selon le diagnostic. Compost trop sec : arrosez-le, ou laissez la trappe ouverte si vous avez un bac. Compost trop humide : ajoutez des déchets secs ou étalez-le quelques heures au soleil. C'est une boucle de feedback classique, comme un playtest : vous observez un symptôme, vous ajustez une variable, vous re-testez. Le brassage entretient cet équilibre : l'ADEME recommande un brassage régulier, au moins une fois par mois, à l'aide d'un aérateur ou d'un ressort. C'est la maintenance minimale du système, celle qui évite qu'un déséquilibre localisé (une poche trop humide, un tassement) se transforme en panne générale. ## Debug : mouches, fourmis, rongeurs La FAQ du guide ADEME traite trois nuisibles, chacun avec sa correction dédiée. Ce n'est pas une liste officielle des erreurs de débutant, aucun organisme n'en publie sous ce nom : c'est la rubrique dépannage du guide, telle qu'elle est écrite. Pour les mouchettes : enfouissez les matières fraîches et déposez-les au-dessus des déchets secs, plutôt qu'en surface exposée. Pour les fourmis : brassez, vérifiez l'humidité et arrosez si besoin, un compost trop sec les attire. Pour les rongeurs, la prévention prime : privilégier un compostage en bac plutôt qu'un tas ouvert, limiter l'apport de viande, de poisson, de produits laitiers et de litière de chat, et pour les déchets qui restent tolérés en petites quantités, les enfouir en petits morceaux au centre du volume plutôt qu'en surface. Ce ne sont pas des bugs au sens strict, plutôt des comportements attendus du système quand une des règles de base (ratio, brassage, matières interdites) n'est pas respectée. Un développeur dirait que c'est un edge case documenté, pas un crash imprévisible. ## Quels déchets ne jamais mettre dans le bac À exclure sans exception, selon l'ADEME : les produits synthétiques non biodégradables, les couches-culottes et sacs plastiques, et les produits chimiques comme l'huile de vidange ou le bois verni ou peint, qui doivent partir en déchèterie. Ces trois catégories ne se dégradent pas ou contaminent le compost final, un problème qui rejoint celui des [microplastiques retrouvés dans certains biodéchets](/microplastiques-compost-biodechets-contamines) quand la filière n'est pas assez regardante sur les intrants. À n'apporter qu'avec modération : les déchets très ligneux ou durs (tailles, branches, os, noyaux, trognons de chou) à moins d'être broyés, les mauvaises herbes montées en graines, les coquillages et coquilles d'œufs, la viande en petits morceaux, et les végétaux malades. Pour les épluchures et restes de cuisine qui alimentent la moitié "humide" du ratio, la logique rejoint celle du [tri des déchets en cuisine](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) : moins on jette, mieux le système tourne. Et pour la moitié "sèche", les [déchets de tonte et de taille du jardin](/dechets-verts-jardinage-valorisation-france-guide) constituent souvent la ressource la plus facile à mobiliser sans rien acheter. ## Récolter un compost mûr Un compost mûr se reconnaît à quatre signes cumulés, selon l'ADEME : une couleur sombre, une bonne odeur de forêt, une texture fine et friable, et l'impossibilité de distinguer les déchets d'origine (sauf ceux qui se décomposent lentement). En bac, la récolte se fait tout en bas, par le panneau ou la trappe : c'est la partie la plus ancienne, donc la plus avancée, qui s'y trouve. Si votre copropriété envisage plutôt un dispositif partagé, la logique de démarrage change peu mais l'organisation change tout : voyez notre [guide du compostage collectif en pied d'immeuble](/compostage-collectif-demarrer-guide) pour la partie mobilisation des voisins et accord du syndic. À l'inverse, sans jardin du tout, le [lombricomposteur d'appartement](/lombricomposteur-appartement-guide-complet) applique une mécanique différente, avec des vers plutôt qu'un simple brassage. Et pour la question de savoir si composter est une obligation ou un choix, notre [guide sur le compostage obligatoire](/compostage-obligatoire-guide-pratique) détaille le cadre légal, hors périmètre de cet article. ## FAQ ### Combien de temps faut-il pour avoir du compost mûr dans un bac de jardin ? Comptez 4 à 6 mois minimum selon l'ADEME, contre 6 à 12 mois pour un compostage en tas à l'air libre. Si vous visez un compost utilisable comme support de culture pour favoriser la croissance des plantes, prévoyez au moins 18 mois. ### Faut-il vraiment respecter deux tiers de matières brunes pour un tiers de vert ? Non, ce ratio circule sur des blogs de jardinage non officiels mais n'apparaît pas dans le guide ADEME. La règle d'or vérifiée dans la source primaire est un équilibre en volume : 50 % de déchets humides pour 50 % de déchets secs. ### Que faire si mon compost sent mauvais ou attire les mouchettes ? Contre les mouchettes, l'ADEME indique d'enfouir les matières fraîches et de déposer des déchets secs au-dessus. Contre les fourmis, elle recommande de brasser, de vérifier le taux d'humidité (test de la poignée) et d'arroser si besoin. ### Comment savoir si mon compost est prêt à récolter ? Quatre signes cumulés d'après l'ADEME : couleur sombre, odeur de forêt, texture fine et friable, et déchets d'origine devenus indistincts. En bac, récoltez tout en bas par le panneau ou la trappe : c'est la matière la plus ancienne. ### Quels déchets ne dois-je jamais mettre dans un composteur de jardin ? Les produits synthétiques non biodégradables, les couches-culottes et sacs plastiques, ainsi que les produits chimiques comme l'huile de vidange ou le bois verni ou peint. Ces déchets doivent partir en déchèterie, jamais dans le bac. ## Sources - ADEME, guide "Comment réussir son compost ?" (mars 2022) : [https://www.saint-lo-agglo.fr/sites/default/files/media/downloads/guide_reussir_son_compost_ademe_2022.pdf](https://www.saint-lo-agglo.fr/sites/default/files/media/downloads/guide_reussir_son_compost_ademe_2022.pdf) - Compostage.info (Réseau Compost Citoyen), rapport carbone/azote : [https://www.compostage.info/le-rapport-c-n/](https://www.compostage.info/le-rapport-c-n/) --- ## Le bac d'ordures ménagères : ce qui doit y aller en 2026 - URL: https://www.recy.net/poubelle-noire-ordures-menageres-que-mettre-dedans-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-19T06:00:00 - Categories: tri Sous le capot d'un système de tri bien conçu, chaque flux qui sort du bac résiduel devrait le faire disparaître un peu plus. Depuis 2022, quatre patches sont sortis pour vider ce bac-là : deux nouvelles filières REP, une extension du tri des emballages, une obligation nationale sur les biodéchets. Sur le papier, la poubelle résiduelle devrait fondre. Sauf que la dernière campagne de caractérisation de l'ADEME nuance le tableau : la quantité d'ordures ménagères résiduelles baisse bien, mais ce qui reste dedans n'a toujours pas grand-chose à y faire. En 2026, le bac résiduel (noir, gris ou marron selon votre collectivité, aucune couleur n'est imposée au niveau national) ne devrait plus recevoir ni DEEE, ni piles, ni jouets, ni matériel de bricolage-jardin, ni biodéchets, ni emballages recyclables. Sur le terrain, l'ADEME mesure pourtant que près de 7 déchets sur 10 retrouvés dedans auraient pu être triés ou valorisés autrement. ## Le patch 2022 : deux filières REP sortent le bricolage et les jouets Première extraction du système : la filière REP des articles de bricolage et de jardin (ABJ), opérationnelle depuis le 24 février 2022 d'après le registre des filières REP. Objectif affiché : réduire ce que ces objets pesaient dans les ordures ménagères résiduelles en leur donnant un circuit de collecte et de recyclage dédié. Deux mois plus tard, même mécanique côté jouets : la [filière REP jouets](/recyclage-jouets-plastique-filieres-alternatives) devient opérationnelle le 21 avril 2022. Un jouet en fin de vie n'a donc plus, en théorie, de raison de finir dans le bac résiduel : il existe un point de collecte dédié. Sous le capot, c'est la même logique à chaque fois : on prend une catégorie de déchets qui traînait dans le flux générique, on lui construit une filière avec ses propres objectifs, et on retire mécaniquement ce poids du bac résiduel. Ce n'est pas un hasard de calendrier si les deux patches sortent la même année. ## 2023 : le bac jaune absorbe (presque) tous les emballages Le patch suivant touche directement ce que la poubelle résiduelle recevait par défaut : les emballages plastiques que personne ne savait où trier. Depuis le 1er janvier 2023, l'extension des consignes de tri fait que tous les emballages plastiques, films, pots, barquettes, tubes, sachets, vont dans le bac jaune, alors qu'avant seuls les bouteilles et flacons en PET ou PEHD étaient acceptés. Le détail technique compte : avant cette date, un pot de yaourt ou un film plastique n'avait légitimement qu'une destination, le bac résiduel, faute de consigne de tri pour ce type d'emballage. Depuis 2023, ce n'est plus vrai nulle part en France métropolitaine où [le tri des emballages a été simplifié](/extension-consignes-tri-simplification-2026). Si vous hésitez encore sur ce qui va dans [le bac jaune, vert ou bleu](/poubelle-jaune-verte-bleue-que-mettre-2026), la règle s'est justement simplifiée à ce moment-là. ## 2024 : la dernière sortie, les biodéchets Le patch le plus récent, et probablement le plus lourd en tonnage, date du 1er janvier 2024 : l'obligation de tri à la source des biodéchets s'applique à tous les particuliers et tous les professionnels, sans seuil, en vertu de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement issu de la loi anti-gaspillage de 2020. Avant cette date, l'obligation ne concernait que les gros producteurs, au-delà de 10 tonnes par an. Épluchures, restes de repas, marc de café : tout ça devrait avoir, depuis cette date, une destination autre que le bac résiduel. Je dis « devrait », pas « a ». [Le bilan de cette obligation](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025) montre un écart entre la règle et l'infrastructure réellement déployée pour l'appliquer. Une règle sans collecte en face, c'est un peu comme un patch qui corrige le code source mais qu'on n'a jamais déployé en prod : sur le papier, le bug est réglé. ## Ce qui n'a jamais eu le droit d'y être Deux catégories n'ont jamais été autorisées dans le bac résiduel, avec ou sans filière REP dédiée : les déchets d'équipements électriques et électroniques et les piles. Pour les [DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones), l'interdiction est totale, quelle que soit la taille de l'appareil. Pour les [piles et petites batteries](/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte), l'interdiction est également totale, y compris dans le bac de tri des papiers et emballages : elles ont leur propre point de collecte, jamais un bac classique. Ce sont les deux règles les plus anciennes et les plus stables de tout ce système. Contrairement aux patches 2022-2024, elles ne datent pas d'un décret récent : c'est la base du jeu, pas une extension. ## Ce qu'il reste vraiment dans le bac résiduel Voilà où le système montre ses limites. Selon l'étude MODECOM 2025 de l'ADEME (données 2024), près de 7 déchets sur 10 retrouvés dans la poubelle résiduelle auraient pu être triés ou valorisés autrement. Le détail de cette composition, relayé par la presse spécialisée, donne une photographie plus fine : | Type de contenu | Part du bac résiduel | Ce qu'il aurait dû devenir | | ---------------------------------------- | -------------------- | ---------------------------------------------------- | | Biodéchets | environ 32 % | compost ou méthanisation, via la collecte biodéchets | | Recyclables papier/emballages hors verre | environ 27 % | bac jaune | | Verre | environ 5 % | bac vert | _Répartition en masse selon les données ADEME MODECOM 2025 (année de référence 2024), relayées par Environnement Magazine, source secondaire non recoupée directement par l'ADEME sur ce détail. Ces trois postes ne couvrent pas tout ce qui est mal orienté, et ils ne se comparent pas terme à terme au décompte de l'ADEME, qui porte sur le nombre de déchets et non sur leur masse._ Sous le capot, ce tableau est l'aveu du système : les quatre patches sortis depuis 2022 ciblent chacun un flux précis, mais aucun ne touche au biodéchet mal orienté ni à l'emballage qui finit quand même au mauvais endroit. Ce n'est pas un bug d'un seul patch, c'est un problème d'adoption sur l'ensemble de la chaîne. ## Et ce qui reste dans le bac, il devient quoi ? Une fois collecté, le contenu du bac résiduel suit un traitement précis. D'après l'Insee, en 2021, 67,9 % des ordures ménagères résiduelles partaient en incinération avec récupération d'énergie, 23,1 % en stockage, et 7,2 % en valorisation organique. C'est le dernier millésime pour lequel une répartition nationale consolidée est publiée : le chiffre décrit 2021, pas 2026. ## Ce que je retiens Le bac résiduel n'est pas un vide-tout : c'est ce qui reste quand toutes les autres filières ont fait leur travail. Depuis 2022, quatre patches successifs ont chacun retiré un flux précis, bricolage-jardin, jouets, emballages plastiques, biodéchets, sans jamais toucher au bac lui-même. Résultat mesuré par l'ADEME : près de 7 déchets sur 10 qui y atterrissent encore auraient eu leur place ailleurs. Le système de filières fonctionne. C'est l'adoption qui traîne. ## Questions fréquentes ### Qu'est-ce qui ne doit vraiment plus aller dans le bac résiduel en 2026 ? Depuis les différents patches sortis entre 2022 et 2024, le bac résiduel ne devrait plus recevoir : le matériel de bricolage et de jardin (filière REP depuis février 2022), les jouets (filière REP depuis avril 2022), les emballages plastiques (bac jaune depuis janvier 2023) et les biodéchets (obligation de tri depuis janvier 2024). Les DEEE et les piles n'y ont jamais eu leur place. ### Pourquoi le bac résiduel n'est-il pas toujours noir ? Aucune couleur n'est imposée au niveau national pour ce bac : elle dépend de votre collectivité, qui peut choisir le noir, le gris ou une autre teinte. Seule la fonction est standardisée, pas la couleur. ### Que deviennent les déchets une fois dans le bac résiduel ? D'après l'Insee, en 2021, 67,9 % des ordures ménagères résiduelles étaient incinérées avec récupération d'énergie, 23,1 % étaient stockées et 7,2 % valorisées organiquement. Aucune donnée nationale consolidée équivalente n'a été trouvée pour une année postérieure à 2021. ### Pourquoi reste-t-il autant de biodéchets et d'emballages dans le bac résiduel malgré les nouvelles règles ? Parce que la règle et l'infrastructure de collecte n'avancent pas au même rythme. L'obligation de tri des biodéchets existe depuis janvier 2024, mais la collecte séparée n'a pas été déployée partout en même temps. Les campagnes de caractérisation mesurent le bac tel qu'il est rempli, pas tel que la règle le prévoit. ## Sources - [ADEME, filière REP articles de bricolage et de jardin](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-ABJ) - [ADEME, filière REP jouets](https://filieres-rep.ademe.fr/en/filieres-REP/filiere-JOUET) - [Citeo, simplification du tri en France](https://www.citeo.com/le-mag/simplification-du-tri-en-france-fait-le-point/) - [Ministère de la Transition écologique, tri des biodéchets](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets) - [Service-public.fr, interdiction des DEEE dans les ordures ménagères](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F35212/0_1?idFicheParent=F31955) - [ADEME, piles et petites batteries](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/piles-petites-batteries/) - [Notre Environnement (gouv.fr), étude MODECOM 2025](https://www.notre-environnement.gouv.fr/donnees-et-ressources/ressources/publications/article/poubelles-des-francais-des-progres-sur-le-tri-des-dechets-mais-encore-des) - [Insee, répartition du traitement des ordures ménagères résiduelles](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8574484) --- ## Fauteuil roulant, déambulateur : le don avant le recyclage - URL: https://www.recy.net/materiel-medical-fauteuil-roulant-deambulateur-don/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-18T06:00:00 - Categories: recyclage Dans un système de jeu bien conçu, chaque objet a un cycle de fin de vie prévu : on le drop, on le recycle en ressource, on le revend au marché. Le fauteuil roulant qui traîne dans un garage après une convalescence, une hospitalisation ou un décès n'a pas cette chance. Personne n'a écrit son tuto de fin d'usage, et le moteur de recherche répond avec des pages de collecte commerciale qui ne disent jamais dans quelle filière ce matériel tombe réellement. Aucune filière REP (responsabilité élargie du producteur) ne couvre aujourd'hui le fauteuil roulant ni le déambulateur : ils forment une catégorie à part, encore en préfiguration. Le lit médicalisé électrique, lui, relève des déchets électriques (DEEE). Faute de filière organisée pour la mobilité, le don via un réseau associatif reste la voie la mieux structurée, largement devant la déchèterie. ## Pourquoi ce matériel n'a pas de filière de recyclage Sous le capot, c'est un problème de classification. L'étude de préfiguration de l'ADEME sur la future filière REP des aides techniques, publiée en février 2024, a dessiné une carte précise de qui va où. Le lit médicalisé électrique et le fauteuil releveur électrique tombent dans la catégorie « Équipements Électriques et Électroniques » (EEE), au même titre qu'un grille-pain. Le lit médical non électrique et la barrière de lit, eux, relèvent des « Éléments d'Ameublement » (EA), la filière gérée par l'éco-organisme [Valdelia](/recyclage-meubles-dea-ecomaison-valdelia-2026) pour l'ameublement professionnel. Le fauteuil roulant et le déambulateur, en revanche, n'apparaissent dans aucune des six filières REP existantes représentées par l'étude. Ils forment, avec le reste des aides à la mobilité et à la marche, une catégorie centrale à part : « Aides Techniques », qui n'a pas encore de filière REP dédiée. C'est le trou dans le système que le SERP ne signale jamais. | Catégorie de matériel | Filière REP actuelle | | ------------------------------------------- | ----------------------------------------------------------------------------- | | Lit médicalisé électrique | DEEE (EEE) | | Lit médical non électrique, barrière de lit | Ameublement professionnel (Valdelia, EA) | | Fauteuil roulant | Aucune filière REP existante, catégorie « Aides Techniques » en préfiguration | | Déambulateur | Aucune filière REP existante, catégorie « Aides Techniques » en préfiguration | _Source : ADEME, étude de préfiguration de la filière REP des aides techniques (février 2024)._ Une future filière REP « Aides Techniques » a été annoncée en 2022 pour une mise en application au 1er janvier 2025. Elle n'est toujours pas confirmée à ce jour : l'étude de préfiguration elle-même précise que ses éléments de cadrage ne sont pas définitifs. Je ne vais pas vous dire qu'elle existe, ni qu'elle a été abandonnée. L'état exact, c'est : annoncée, non confirmée. ## L'ordre de décision : don d'abord, déchèterie en dernier recours ### Le don via un réseau associatif, la voie la mieux organisée C'est la partie du système qui fonctionne vraiment. Le réseau Envie Autonomie accepte en don le fauteuil roulant électrique, le fauteuil roulant manuel, le déambulateur, la canne, le lit médicalisé et une longue liste d'aides à la mobilité et au confort, pour les reconditionner et les redistribuer à prix solidaire. Il refuse en revanche le matelas, les attelles, le corset, les prothèses orthopédiques, l'appareil auditif, le monte-escalier et l'oxygénothérapie : du matériel trop spécifique ou trop réglementé pour un reconditionnement associatif. En 2022, ce réseau a collecté 28 000 aides techniques, dont 7 500 ont pu être redistribuées, soit un taux de réemploi de 26 %. À côté d'Envie Autonomie, un réseau national d'une cinquantaine d'associations, le Réseau Français du Fauteuil Roulant, collecte des fauteuils auprès de particuliers et d'institutions pour les redonner à des personnes en situation de handicap dans des pays défavorisés. Ce point vient de la présentation du réseau lui-même, que nous n'avons pas pu recouper avec une source indépendante. Le don n'est pas qu'une option morale, c'est aussi une obligation encadrée dans certains cas. Un décret du 8 mars 2024 organise les conventions de cession gratuite de matériel médical par un établissement de santé, un établissement médico-social, un prestataire de matériel ou une officine de pharmacie vers une structure de l'économie sociale et solidaire. Sont exclus de ce don encadré le matériel retiré du marché, celui dont la certification a été suspendue ou dont le marquage CE a été indûment apposé, ainsi que tout matériel gagé ou immobilisé par une procédure administrative ou judiciaire. Et côté patient : quand l'assurance maladie prend en charge l'achat d'un fauteuil roulant, l'assuré signe un engagement à participer au processus de réutilisation du matériel lorsqu'il n'en aura plus l'usage. ### La revente entre particuliers, une pratique réelle mais marginale Le don ou la revente entre particuliers, sur des plateformes généralistes type Leboncoin, existe aussi. Il représenterait, selon l'estimation de l'ADEME, entre 10 000 et 40 000 aides techniques par an, dont environ 40 % de fauteuils roulants essentiellement manuels. C'est un canal réel, mais qui reste secondaire par rapport aux [plateformes de seconde main](/seconde-main-france-chiffres-plateformes-2026) et au don associatif structuré, et qui ne garantit ni contrôle qualité ni traçabilité. ### La déchèterie, en dernier recours seulement Quand le matériel est hors d'usage, le circuit de fin de vie dépend de sa composition. L'ADEME distingue quatre bennes en [déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide) : la benne DEA pour les aides techniques volumineuses type literie, les contenants DEEE pour les équipements électriques et électroniques, la benne ferraille pour le matériel principalement métallique (fauteuils roulants, béquilles), et la benne tout-venant pour les aides techniques multi-matériaux. Le fauteuil roulant manuel, à dominante métal, part typiquement en benne ferraille, ce qui garantit une valorisation matière, mais efface tout potentiel de réemploi que le don aurait préservé. Sur le gisement global, ça pèse lourd : un fauteuil roulant manuel pèse en moyenne 20 kilogrammes, un modèle électrique 90 kilogrammes, un déambulateur ou une canne 2,6 kilogrammes. Le tableau ci-dessous donne les volumes annuels mis sur le marché par grande catégorie. | Catégorie | Unités par an | Tonnage par an | | --------------------------------------------------- | ------------- | -------------- | | Fauteuils roulants manuels | 140 000 | 2 794 t | | Fauteuils roulants motorisés | 18 000 | 1 610 t | | Aides à la marche (déambulateurs, cadres de marche) | 3 696 000 | 6 371 t | | Literie et assises adaptées (lits médicalisés) | 1 548 000 | 8 821 t | _Source : ADEME, étude de préfiguration de la filière REP des aides techniques, tableau 6 (février 2024)._ Le gisement total d'aides techniques mises sur le marché chaque année est estimé à environ 540 000 tonnes, toutes filières REP confondues. Sur ce total, environ 37 000 tonnes échappent à toute filière REP existante et seraient éligibles à la future filière dédiée. Face à ça, entre 700 et 1 000 tonnes par an sont aujourd'hui captées par les structures de réemploi, soit environ 2 % de ces 37 000 tonnes. Honnêtement, ce chiffre de 2 % m'a arrêté net en le lisant : dans n'importe quel système de jeu, un taux de recyclage de ressources à 2 % serait considéré comme un bug de boucle de feedback, pas comme un fonctionnement normal. ## Cas particuliers : matériel loué, dispositifs à usage unique Sur le matériel loué (le cas le plus fréquent pour un fauteuil roulant prescrit), je ne peux pas vous dire avec certitude à qui il appartient une fois que vous n'en avez plus l'usage. Ni la documentation de l'assurance maladie, ni celle de l'ordre des pharmaciens, ni les pages officielles dédiées ne tranchent explicitement la question entre prestataire et patient. La règle publique n'est pas explicite, ce n'est pas à moi de l'inventer : la bonne pratique reste de contacter directement le prestataire qui a fourni le matériel. Deux points supplémentaires méritent une réserve. La réutilisation des dispositifs médicaux à usage unique est présentée comme interdite en France depuis les années 1980-1990, une règle qui remonterait à deux circulaires anciennes et deux décrets ultérieurs, mais je n'ai pas retrouvé le texte de code lui-même en lecture directe pour ce point précis : à prendre avec cette réserve. Même chose pour le matelas anti-escarres en mousse, souvent présenté comme un dispositif à usage unique par patient : cette règle circule sur des sites marchands, sans que j'aie trouvé de confirmation par la HAS ou l'ANSM. Je préfère l'écrire comme une pratique du secteur, pas comme une règle sanitaire établie. À l'inverse, la revente d'occasion d'un dispositif médical, elle, est déjà autorisée par le code de la santé publique. C'est un point distinct de la future « remise en bon état d'usage » (RBEU), une procédure encore en construction : à ce stade, seul le fauteuil roulant est identifié avec certitude comme concerné par cette future RBEU, le reste de la liste n'étant pas encore arrêté. ## Ce que je retiens Le fauteuil roulant, le déambulateur et le lit médicalisé n'ont pas encore de filière de recyclage dédiée, et le patch qui doit corriger ça traîne depuis 2022 sans date confirmée. En attendant, le système qui fonctionne déjà, c'est le don : un réseau associatif structuré redistribue le matériel à ceux qui en ont besoin, avec un taux de réemploi mesuré et un cadre juridique qui encadre même le don institutionnel. La déchèterie reste utile, mais seulement pour ce que plus personne ne peut réutiliser. ## Questions fréquentes ### Le don d'un fauteuil roulant est-il vraiment prioritaire par rapport au recyclage ? Oui. Aucune filière REP n'existe encore pour le fauteuil roulant, le réemploi actuel via les structures associatives ne capte qu'environ 2 % des 37 000 tonnes qui relèveraient de cette future filière, et un décret de mars 2024 encadre déjà le don institutionnel de matériel médical vers l'économie sociale et solidaire. ### Où donner un fauteuil roulant, un déambulateur ou un lit médicalisé ? Le réseau Envie Autonomie accepte fauteuils roulants, déambulateurs, cannes, lits médicalisés et une longue liste d'aides techniques pour reconditionnement et redistribution à prix solidaire. Le Réseau Français du Fauteuil Roulant collecte spécifiquement des fauteuils, d'après sa propre présentation, que nous n'avons pas pu recouper. ### Le déambulateur ou le fauteuil roulant peuvent-ils être recyclés en déchèterie ? Oui, en dernier recours. Le matériel principalement métallique comme le fauteuil roulant manuel part en benne ferraille pour valorisation matière ; les aides techniques multi-matériaux vont en benne tout-venant. Mais la déchèterie efface toute chance de réemploi du matériel. ### Existe-t-il une obligation légale de donner son matériel médical à un établissement de santé ? Un décret du 8 mars 2024 encadre les conventions de cession gratuite de matériel médical par les établissements de santé, établissements médico-sociaux, prestataires ou pharmacies vers des structures de l'économie sociale et solidaire, avec des exclusions précises (matériel retiré du marché, certification suspendue, matériel gagé ou immobilisé). ### Que devient un lit médicalisé électrique en fin de vie ? Il relève de la filière DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques), au même titre que le [petit électroménager](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones). Le lit médical non électrique, lui, relève de la filière ameublement professionnel gérée par Valdelia. Pour une vue d'ensemble des filières françaises de recyclage, notre [panorama complet 2026](/filieres-recyclage-france-panorama-2026) resitue ce vide réglementaire dans le paysage général. Et sur le fonctionnement des [ressourceries](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france), le même principe de priorité au réemploi s'applique bien au-delà du seul matériel médical. ## Sources - [ADEME, étude de préfiguration de la filière REP des aides techniques (février 2024)](https://anfe.fr/wp-content/uploads/2024/03/Prefiguration-Filiere-REP-Aides-Techniques-Synthese-2024.pdf) - [Légifrance, décret n° 2024-205 du 8 mars 2024](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049253259) - [ameli.fr, prise en charge des fauteuils roulants](https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/medicaments-vaccins-dispositifs-medicaux/prise-en-charge-des-fauteuils-roulants-ou-vehicules-pour-personnes-en-situation-de-handicap-vph) - [Envie Autonomie, donnez votre matériel médical](https://envieautonomie.org/pages/14-sengager-en-donnant) - [ADEME Infos, du matériel médical reconditionné et à prix solidaire (mars 2023)](https://infos.ademe.fr/magazine-mars-2023/terrain/du-materiel-medical-reconditionne-et-a-prix-solidaire/) --- ## Gommes à mâcher : la REP fantôme que le Sénat veut effacer - URL: https://www.recy.net/ademe-gommes-macher-rep-enterre-prevention-priorite-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-17T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Depuis le 1er janvier 2024, une loi française oblige les fabricants de gommes à mâcher synthétiques à financer une filière de recyclage. Deux ans et demi plus tard, aucun décret n'a jamais été pris, aucun cahier des charges n'existe, et le Sénat vient de voter la suppression pure et simple de cette obligation. Entre les deux, une étude de l'ADEME a tranché : la collecte sélective du chewing-gum n'est pas faisable. ## Une obligation qui existe sur le papier depuis 2024 Le 20° de l'article L541-10-1 du code de l'environnement est clair : les gommes à mâcher synthétiques non biodégradables relèvent de la responsabilité élargie du producteur, à compter du 1er janvier 2024. C'est écrit noir sur blanc, toujours en vigueur au moment où j'écris ces lignes. En clair : les fabricants devraient déjà cotiser à un éco-organisme pour financer la collecte et le traitement de leurs produits en fin de vie, exactement comme pour les emballages ou les textiles. Sauf que rien de tout ça n'existe. Pas de décret d'application, pas de cahier des charges, pas d'éco-organisme agréé sur ce flux précis. La ligne est dans le code, et elle y reste inactive depuis plus de deux ans. J'ai vu passer pas mal de REP fantômes sur ce blog, celle-là bat un record de discrétion : personne n'en parle, même pas les fabricants qu'elle est censée contraindre. Pour situer : la filière voisine des filtres de cigarettes, créée par le même article (19°) à peu près à la même époque, est elle bien lancée depuis le 1er janvier 2021. Ce n'est donc pas un problème de principe. Les gommes à mâcher, elles, sont restées au milieu du gué. ## L'ADEME a fait le travail, et sa réponse est un non Entre août 2023 et juillet 2024, l'ADEME a mené une étude de préfiguration pour cette filière, publiée le 29 août 2025. Le document complet reste derrière un formulaire, je n'ai eu accès qu'à sa présentation publique, donc je reste prudent sur ce point précis. Mais la présentation suffit à comprendre la conclusion. L'ADEME identifie trois freins. D'abord, le nettoiement des chewing-gums au sol est jugé secondaire par les collectivités elles-mêmes. Ensuite, la collecte sélective présente, selon les mots de l'étude, « une très faible faisabilité », logique pour un déchet aussi diffus qu'un chewing-gum recraché sur un trottoir. Enfin, les technologies de nettoyage disponibles restent limitées. Sa recommandation : prioriser la prévention et la sensibilisation plutôt qu'une REP classique. Pas une filière de collecte et de recyclage, donc, mais une campagne pour éviter que le chewing-gum finisse par terre en premier lieu. C'est un choix pragmatique, et je peux difficilement lui donner tort sur le papier : construire une infrastructure de collecte pour un déchet qui se disperse en millions de points microscopiques, ça n'a jamais eu de sens industriel. ### Le marché s'effondre depuis quinze ans Ce qui rend la question presque secondaire, c'est que le marché lui-même rétrécit. Le ministère de la Transition écologique, dans une réponse à une question sénatoriale, chiffre les ventes françaises à 11 000 tonnes en 2018, avec une baisse régulière constatée chaque année. La veille réglementaire de l'Institut national de l'économie circulaire remonte plus loin : 37 000 tonnes en 2008. L'ADEME évalue le marché actuel à environ 10 000 tonnes par an, pour un peu plus de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires, une activité en forte baisse selon ses propres termes. | Année | Tonnage | Source | | -------------- | --------------------------------- | ---------------------------------------------- | | 2008 | 37 000 tonnes | Institut National de l'Économie Circulaire | | 2018 | 11 000 tonnes (données ministère) | Réponse ministérielle, question Sénat n° 04430 | | Aujourd'hui | environ 10 000 tonnes/an | ADEME, étude de préfiguration | | Gommes usagées | 4 000 tonnes | Exposé des motifs, amendement Sénat COM-146 | Je ne réconcilie pas ces quatre chiffres, ils ne mesurent d'ailleurs pas exactement la même chose (ventes, marché, déchet), et les dates diffèrent. Mais la tendance de fond, elle, est nette : un marché qui a été divisé par plus de trois en une quinzaine d'années. ## Ce que pensent les collectivités, sondées par l'ADEME Un sondage de l'ADEME auprès des collectivités, cité par le ministère, donne une image assez nette du désintérêt du terrain. 71 % des collectivités interrogées jugent les gommes à mâcher jetées au sol comme non prioritaires. Et 57 % ne réalisent tout simplement aucune opération de nettoiement dédiée à ce déchet précis. Le vrai sujet, c'est là : une collectivité qui ne nettoie déjà pas le chewing-gum au sol n'a aucune raison de s'investir dans une filière de collecte sélective qui viendrait s'ajouter à sa charge. La REP, dans ce cas, ressemblerait à une usine à gaz financée pour un problème que personne sur le terrain ne traite en priorité. ## Le Sénat, lui, veut simplement supprimer la ligne Pendant que l'ADEME recommandait la prévention, le projet de loi DDADUE (Diverses Dispositions d'Adaptation au Droit de l'Union Européenne) avançait de son côté au Parlement. Son article 47 prévoit, à son alinéa 15, de supprimer purement et simplement le 20° de l'article L541-10-1, donc la REP gommes à mâcher elle-même. Ici, l'histoire se complique un peu. En commission, deux amendements identiques (COM-146 des sénateurs Fernique et Dantec, COM-206 de la rapporteure de Cidrac) ont été adoptés pour maintenir la filière. L'un des sénateurs a justifié ce maintien par le coût de nettoiement supporté par les collectivités, avant de conclure : « il est donc normal qu'une REP existe et écocontribue à la propreté ». L'exposé des motifs de l'amendement va jusqu'à qualifier le chewing-gum de deuxième déchet le plus produit dans le monde après les mégots de cigarettes, et le décrit comme essentiellement constitué de résines plastiques aujourd'hui. Je nuance sur ce dernier point : c'est la formulation des auteurs de l'amendement, pas une donnée validée par l'ADEME. Mais en séance publique, le 18 février 2026, la suppression a été rétablie. Le Sénat a donc voté deux fois sur le même sujet, dans le même texte, avec deux résultats opposés selon l'étape. Le projet de loi n'est à ma connaissance pas promulgué à ce stade : la navette parlementaire continue, et le 20° de L541-10-1 reste, pour l'instant, dans le code. ## Ce que je ne peux pas vous dire Il y a des chiffres qui circulent sur ce sujet et que je n'écris pas ici, faute de source fiable. Le coût de nettoyage au mètre carré pour les collectivités, par exemple : je l'ai vu passer sur des sites qui vendent justement des solutions anti-chewing-gum, jamais dans une étude publique. Même chose pour les taux de collecte des dispositifs privés existants (bornes Freegum, Gum'Box) : aucun tonnage collecté n'a été publié à ma connaissance. Honnêtement, ça m'agace de voir ces chiffres invérifiables circuler d'un article à l'autre comme s'ils étaient établis. Je préfère écrire moins et rester exact. Je ne peux pas non plus vous dire pourquoi le gouvernement soutient cette suppression : aucun document officiel accessible ne porte de motivation en propres termes. Ce que je sais, c'est que le ministère écrivait en juin 2025 que « les réflexions se poursuivent donc au sein du gouvernement sur les suites à donner à cette disposition législative ». Rien de plus précis. ## En clair Un texte de loi peut très bien exister, être toujours en vigueur, et ne jamais produire le moindre effet concret. C'est exactement la situation des gommes à mâcher depuis janvier 2024 : une obligation sur le papier, zéro décret, un rapport d'expertise qui recommande autre chose, et un Parlement qui hésite entre maintenir la ligne et l'effacer. Le résultat pratique, pour le consommateur comme pour le trottoir, reste identique dans tous les cas : rien ne change. À l'échelle du réseau REP français, ce genre de flou n'est pas isolé. Le [bilan de la loi AGEC cinq ans après](/bilan-loi-agec-cinq-ans-senat-rapport-2026-redonner-confiance) pointe déjà des filières qui peinent à tenir leurs promesses initiales. Et la trajectoire des gommes à mâcher ressemble, sur la forme, à celle des [lingettes humides](/lingettes-humides-microplastiques-rep-france-2026) : une obligation créée par la loi AGEC, une mise en œuvre qui traîne, et un texte européen ultérieur qui vient réviser le périmètre. Pour prendre du recul sur l'ensemble des filières françaises, notre [panorama des filières de recyclage 2026](/filieres-recyclage-france-panorama-2026) donne une vue d'ensemble utile. La REP bâtiment, elle, a au moins été lancée, avec ses éco-organismes agréés et ses points de reprise, même si le [bilan sur le terrain reste mitigé](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france). Les gommes à mâcher n'en sont même pas là : la ligne existe, personne ne l'a jamais actionnée, et le débat parlementaire de 2026 tourne autour d'une seule question, celle de savoir s'il faut l'effacer purement et simplement. ## Sources - [ADEME, étude de préfiguration de la filière REP des gommes à mâcher](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8533-etude-de-prefiguration-de-la-filiere-rep-des-gommes-a-macher.html) - [Légifrance, article L541-10-1 du code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049464324) - [Sénat, question écrite n° 04430 et réponse ministérielle](https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250504430.html) - [Sénat, rapport pour avis n° a25-346 sur le projet de loi DDADUE](https://www.senat.fr/rap/a25-346/a25-3464.html) - [Sénat, amendement COM-146](https://www.senat.fr/amendements/commissions/2025-2026/118/Amdt_COM-146.html) --- ## Bateaux hors d'usage : l'APER tient-elle ses objectifs ? - URL: https://www.recy.net/bateaux-plaisance-hors-usage-aper-deconstruction-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-14T06:00:00 - Categories: valorisation La déconstruction d'un bateau de plaisance hors d'usage ne vous coûte rien. Ça, tous les guides le répètent. Ce qu'ils ne font pas, c'est ouvrir le cahier des charges de l'APER et poser les objectifs annuels de collecte à côté des volumes réellement publiés. Aucun des guides qui remontent en tête sur cette requête ne fait cette confrontation. Je la fais. ## Ce que l'arrêté impose, en une phrase L'arrêté du 6 décembre 2023 fixe à l'APER une obligation de résultat : atteindre chaque année un nombre minimal de bateaux collectés pour traitement, de 3 500 en 2024 à 5 000 en 2029. En face, l'ADEME et l'APER publient des volumes réels qui ne racontent pas tout à fait la même histoire selon la source qu'on regarde. ## Un éco-organisme, un cahier des charges, une obligation de résultat La filière REP bateaux de plaisance est entrée en vigueur le 1er janvier 2019, sur la base des articles L. 541-10 et R. 543-297 et suivants du code de l'environnement (loi du 17 août 2015). L'APER a été agréée le 2 mars 2019, pour tous les bateaux immatriculables de 2,5 à 24 mètres, en mer comme en eaux intérieures. Son agrément actuel court du 1er juillet 2024 au 31 décembre 2029, une borne haute confirmée par la Fédération des industries nautiques. Le problème : un agrément de cinq ans, ça ne dit rien de la trajectoire année par année. C'est là qu'intervient le cahier des charges. L'arrêté du 6 décembre 2023, au paragraphe 3.2.1, impose à l'APER de mettre en œuvre les actions nécessaires pour au moins atteindre des objectifs annuels de collecte pour traitement, listés dans un tableau. Ce tableau, aucun de ces guides ne le confronte aux chiffres réels de la filière. Je le fais ici. | Année | Objectif minimal de collecte pour traitement | Dont bateaux de plus de 6 m | | ----- | -------------------------------------------- | --------------------------- | | 2024 | 3 500 bateaux | 870 | | 2025 | 3 700 bateaux | 920 | | 2026 | 3 950 bateaux | 1 000 | | 2027 | 4 250 bateaux | 1 060 | | 2028 | 4 600 bateaux | 1 150 | | 2029 | 5 000 bateaux | 1 250 | Ces valeurs viennent du tableau annexé à l'arrêté du 6 décembre 2023, pas d'une phrase citable telle quelle. Je les attribue à leur document source, sans les habiller d'un « environ » qu'elles ne demandent pas : ce sont des chiffres réglementaires, pas des estimations. ## Ce que les volumes réels donnent en face Voici où ça se complique, et où je vais être précis sur ce que chaque chiffre mesure réellement. Le tableau de bord ADEME des filières REP indique 3 175 bateaux collectés en 2024, face aux 3 500 fixés pour cette année-là par l'arrêté du 6 décembre 2023. De son côté, l'APER communique un bilan 2025 de 3 079 unités démantelées et recyclées, un chiffre en légère baisse par rapport au chiffre ADEME de l'année précédente. Honnêtement, je m'arrête un instant ici parce que la tentation est grande de faire une soustraction et de titrer sur un échec. Je ne le fais pas, et voici pourquoi. Ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose. L'ADEME parle de bateaux « collectés » au sens du cahier des charges. L'APER parle d'unités « démantelées et recyclées », une étape différente du processus. Les deux émetteurs sont différents, les deux années sont différentes, et aucun document lu ne permet de les mettre bout à bout comme une série continue. Je vous donne les deux nombres, attribués chacun à sa source, et vous en tirez ce que vous voulez. Ce que je ne fais pas : dire que l'objectif 2025 de 3 700 bateaux a été « raté ». Aucun document officiel lu ne porte ce jugement, et ce n'est pas à moi de l'inventer à sa place. Le bilan 2025 de l'APER, repris par Boat Industry, donne un peu plus de détail : 1 223 bateaux à moteur monocoques traités, 961 voiliers monocoques, 463 dériveurs, et un cumul de 16 183 bateaux traités depuis 2019. Le réseau comptait 37 centres de traitement agréés en 2025, contre 35 au 1er janvier 2024 selon la Fédération des industries nautiques. Sur ce dernier point, une précision qui compte : la page actuelle de l'APER annonce toujours « 35 centres, 33 en métropole et 2 dans les DROM-COM », soit exactement la formulation utilisée pour janvier 2024. Le bilan 2025 parle de 37. Je donne les deux, sans trancher lequel est le plus à jour. ## Ce qui se joue vraiment d'ici le 21 août 2026 Le SERP vous dira que c'est gratuit et qu'il faut remplir un formulaire. Ce qu'il ne vous dira pas, c'est que le marché des prestataires qui déconstruisent physiquement vos bateaux se rejoue en ce moment même. L'APER a ouvert une consultation nationale pour sélectionner ses prestataires 2027-2029, du 15 juin 2026 au 21 août 2026, clôture des candidatures fixée à 18 h. Les entreprises retenues seront annoncées le 30 novembre 2026, pour assurer leurs missions sur la période 2027-2029. Une chose à corriger tout de suite, parce que c'est le genre de confusion qui circule facilement : il ne s'agit pas d'un nouveau cahier des charges. Le cadre réglementaire en vigueur, celui du tableau plus haut, court jusqu'au 31 décembre 2029 sans changement annoncé. Ce qui se rejoue en 2026, c'est uniquement le marché : quelles entreprises seront habilitées à recevoir les bateaux, les dépolluer, les démanteler et tracer les déchets vers leurs exutoires. Le précédent appel d'offres, lancé début juillet 2023, avait couvert la période 2024-2026. Celui-ci prend le relais. Sur les délais de prise en charge pendant une transition entre deux marchés de prestataires, je n'ai trouvé aucune donnée publiée. Impossible d'affirmer quoi que ce soit, dans un sens ou dans l'autre. Mais si vous avez un bateau à déconstruire d'ici la fin de l'année, gardez en tête que le réseau qui vous prend en charge aujourd'hui n'est pas garanti d'être le même en 2027. ## La gratuité, oui, mais pas encore tout Sur le fond, l'APER prend en charge la totalité des coûts de déconstruction du bateau. Ça, c'est confirmé et sans ambiguïté. Ce qui a changé plus récemment, c'est le transport : depuis septembre 2025, l'APER a mis en place une aide financière pour le transport du bateau jusqu'au centre (hors déchargement), sur les demandes validées. Avant cette date, le transport restait à la charge du propriétaire. L'APER ne publie pas le barème de cette aide sur sa page destinée aux particuliers, donc je ne l'invente pas : contactez l'APER directement si vous voulez le chiffre précis avant de vous engager. Sur le fond du problème environnemental que cette filière essaie de résoudre : les composites représentent près de 70 % du poids d'un bateau de plaisance hors d'usage, selon Polyvia. C'est une matière difficile à recycler, comparable à ce qu'on rencontre sur d'autres filières composites lourdes, voir notre article sur le [recyclage des pales d'éoliennes et le défi composite](/recyclage-pales-eoliennes-defi-composite-transition-energetique). La logique de bilan matière ressemble d'ailleurs à ce qu'on observe sur la [filière VHU et son objectif de 95 % de recyclage](/filiere-vhu-france-2026-recyclage-vehicules-hors-usage) : un objectif chiffré, un cahier des charges, et un écart entre la théorie et le terrain qu'il faut aller chercher soi-même dans les tableaux de bord. ## Le contexte, pour resituer l'échelle Presque 1,1 million de bateaux de plaisance et de sport étaient immatriculés en France en 2021, selon le SDES. Environ 10 000 bateaux sont mis en service chaque année. Sur la période septembre 2019 à avril 2023, toujours selon le SDES, plus de 7 800 bateaux avaient été déconstruits sous l'égide de l'APER, avec un taux de valorisation des tonnages de 74 %. L'APER a perçu près de 2,1 millions d'euros de recettes en 2022, une filière financée par une éco-contribution obligatoire sur chaque vente de bateau neuf. Les objectifs de l'APER sont revus chaque année avec les services de l'État, sur la base de la réalité des demandes et du marché des bateaux neufs. C'est une mécanique qu'on retrouve sur d'autres filières REP en phase de montée en puissance : un flux qui grossit lentement, un cadre réglementaire qui pousse, et un décalage persistant entre ce que le texte impose et ce que le terrain absorbe. La [consultation en cours sur la refondation de la REP PMCB](/rep-pmcb-refondation-consultation-mai-2026-batiment) suit la même logique de calendrier. Pour une vue d'ensemble des filières françaises, notre [panorama complet des filières de recyclage 2026](/filieres-recyclage-france-panorama-2026) permet de resituer la filière bateaux dans le paysage plus large, aux côtés d'autres filières émergentes comme celle décrite dans notre suivi du [premier site français dédié aux matériaux critiques](/materiaux-critiques-premier-site-recyclage-france-2026). ## Ce que je retiens La filière n'est ni un échec ni un succès annoncé : elle est un cahier des charges avec des chiffres publics qu'à peu près personne ne va lire jusqu'au bout. Les objectifs annuels existent, les volumes réels existent, et les deux séries ne se recoupent pas encore sur les mêmes bases de mesure. Le vrai rendez-vous tient en deux dates : la clôture de la consultation prestataires le 21 août 2026, et l'annonce du 30 novembre qui suivra. C'est là que se joue qui déconstruira vos bateaux à partir de 2027. ## Questions fréquentes ### La déconstruction de mon bateau de plaisance est-elle vraiment gratuite ? Oui, l'APER prend en charge la totalité des coûts de déconstruction. Depuis septembre 2025, une aide financière couvre aussi une partie du transport jusqu'au centre (hors déchargement), pour les demandes validées. Avant cette date, le transport restait à la charge du propriétaire. ### Combien de bateaux l'APER doit-elle collecter chaque année selon la réglementation ? Le cahier des charges de l'arrêté du 6 décembre 2023 fixe un objectif minimal de 3 500 bateaux en 2024, montant progressivement jusqu'à 5 000 bateaux en 2029. Ces objectifs sont revus chaque année avec les services de l'État. ### Un nouveau cahier des charges va-t-il s'appliquer en 2027 ? Non. L'agrément et le cahier des charges actuels de l'APER courent jusqu'au 31 décembre 2029, sans changement annoncé. Ce qui se rejoue en 2026, c'est uniquement le marché des prestataires qui déconstruisent physiquement les bateaux pour la période 2027-2029. ### Combien de centres de traitement l'APER agrée-t-elle aujourd'hui ? Le bilan 2025 repris par Boat Industry évoque 37 centres. La page actuelle de l'APER annonce 35 centres, 33 en métropole et 2 dans les DROM-COM, soit la même formulation que celle utilisée pour janvier 2024. Les deux chiffres coexistent selon la source consultée. ### Quels types de bateaux la filière REP couvre-t-elle ? Tous les bateaux et navires de plaisance immatriculables de 2,5 à 24 mètres, en eaux intérieures comme en mer, entrent dans le périmètre de la filière entrée en vigueur le 1er janvier 2019. ## Sources - [Arrêté du 6 décembre 2023 portant cahier des charges de la filière REP des bateaux de plaisance et de sport, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048519609) - [Arrêté du 28 juin 2024 portant agrément de l'éco-organisme APER, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049889950) - [Tableau de bord des filières REP, filière bateaux de plaisance et de sport, ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-BPS) - [La déconstruction et le recyclage des bateaux de plaisance, ministère chargé de la mer](https://www.mer.gouv.fr/la-deconstruction-et-le-recyclage-des-bateaux-de-plaisance) - [Chiffres clés de la mer et du littoral, édition 2024, SDES](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-mer-littoral/19-deconstruction-des-bateaux-de-plaisance) - [Déconstruction des bateaux de plaisance : l'APER prépare le marché 2027-2029, Boat Industry](https://www.boatindustry.fr/article/52176/deconstruction-des-bateaux-de-plaisance-l-aper-prepare-le-marche-2027-a-2029) - [Recyclage des bateaux en 2025 : que révèle le bilan APER pour la plaisance, Boat Industry](https://www.boatindustry.fr/article/51290/recyclage-des-bateaux-en-2025-que-revele-le-bilan-aper-pour-la-plaisance) - [Communiqué : l'éco-organisme APER en charge des bateaux de plaisance en fin de vie, Fédération des industries nautiques](https://www.fin.fr/actus/communique-leco-organisme-aper-en-charge-des-bateaux-de-plaisance-en-fin-de-vie) - [Nautisme durable : 35 centres de traitement pour l'APER en 2024, Fédération des industries nautiques](https://www.fin.fr/actus/nautisme-durable-35-centres-de-traitement-pour-laper-en-2024) - [Déconstruction des bateaux de plaisance : l'APER rempile pour 5 ans, ActuNautique](https://www.actunautique.com/2024/07/deconstruction-des-bateaux-de-plaisance-l-aper-rempile-pour-5-ans.html) - [L'APER n'y va pas deux fois pour déconstruire les bateaux de plaisance, Polyvia](https://www.polyvia.fr/fr/economie-circulaire/laper-yen-pas-deux-pour-deconstruire-les-bateaux-de-plaisance) --- ## Palette bois : sous le capot du système de réemploi - URL: https://www.recy.net/palette-bois-reemploi-recyclage-filiere-logistique/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-14T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Pourquoi une palette EPAL ne meurt jamais d'un coup, mais par petites pannes successives, planche cassée après planche cassée, jusqu'à ce que plus personne ne veuille la réparer ? Cette usure lente est le résultat d'un système entier, pensé pour faire tourner la même caisse en bois des dizaines de fois avant de la laisser sortir de la boucle. Et ce système, personne ne le documente vraiment, sauf une étude que le grand public n'a jamais lue. **Réponse directe** : en France, sur les 68,2 millions de palettes bois qui arrivent en fin de vie chaque année chez les détenteurs-producteurs, 65 % (44,4 millions) sont collectées et gérées de manière tracée par des reconditionneurs ou des gestionnaires de déchets, et 35 % (23,8 millions) échappent à ce circuit tracé. C'est l'étude VALOPAL (FCBA, ADEME, SYPAL-FNB, 2020) qui a mesuré ce flux, planche par planche. ## Sous le capot : ce que VALOPAL a vraiment mesuré La plupart des pages qu'on trouve en cherchant "palette bois" sont des fiches produit : dimensions EPAL, prix, tarif de location. Aucune ne montre le flux complet. VALOPAL, oui. C'est une étude commanditée par la filière elle-même (FCBA, ADEME, SYPAL-FNB), publiée en janvier 2020 et révisée en juin de la même année, à partir d'une enquête menée en 2018. Le chiffre de départ : 68,2 millions de palettes bois en fin de vie chez les détenteurs-producteurs, en France, sur cette année d'enquête. Sous le capot, ce gisement se scinde en deux branches bien identifiées, comme un pipeline qui se sépare en deux workers. La première, tracée : 44,4 millions d'unités, 65 % du total, prises en charge par des reconditionneurs ou des gestionnaires de déchets. La seconde, non tracée : 23,8 millions d'unités, 35 %, qui passent par une collecte ou une valorisation non tracée, ou une élimination. Je ne vais pas vous mentir : la première fois que j'ai vu ce ratio 65/35, j'ai pensé à un taux de complétion de quête secondaire dans un jeu mal équilibré. Deux joueurs sur trois finissent le tutoriel, un sur trois disparaît sans qu'on sache pourquoi. ## Deux gestionnaires, deux mécaniques de traitement Sur la part tracée, VALOPAL détaille encore la répartition entre les deux types d'acteurs qui traitent les palettes en fin de vie : 34 % passent chez des reconditionneurs, 66 % chez des centres de tri de déchets de bois. Deux mécaniques très différentes, un peu comme deux systèmes de crafting dans le même jeu. | Indicateur | Reconditionneurs | Centres de tri de déchets de bois | | ------------------------ | -------------------------------- | --------------------------------- | | Part du traitement tracé | 34 % | 66 % | | Broyat produit | 68 900 tonnes | 544 000 tonnes | | Logique dominante | Réparation, réemploi en planches | Broyage en masse | Chez les reconditionneurs, une partie du gisement repart carrément en pièces détachées : 4,3 millions de palettes de fin de vie sont réutilisées sous forme de planches pour réparer d'autres palettes. C'est le vrai réemploi, celui qui prolonge l'objet plutôt que de le transformer en autre chose. Le reste finit en broyat, et c'est là que les volumes changent d'échelle : 68 900 tonnes de broyat chez les reconditionneurs, contre 544 000 tonnes dans les centres de tri. Les centres de tri jouent un tout autre jeu : ils absorbent le gros du flux et le réduisent en matière première secondaire. ## Le broyat, la vraie sortie du système Au total, la production nationale de broyat de palettes atteint 613 000 tonnes de broyat pur, plus 1,2 million de palettes en fin de vie mélangées à d'autres déchets bois, soit 24 000 tonnes supplémentaires en mélange. Une fois ce broyat produit, où va-t-il ? Le premier consommateur, et de loin, c'est le secteur de l'énergie : chaufferies biomasse et installations de cogénération absorbent plus de 560 000 tonnes par an. Sous le capot, 93 % du broyat de palettes valorisé part vers ce débouché énergie. Le broyat de palettes valorisé finit donc à 93 % en combustible, loin devant ses usages matière. Le game design derrière tout ça est cohérent avec ce qu'on observe ailleurs dans la filière bois. [Notre bilan de la filière bois française](/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020) montre le même écart entre volumes collectés et volumes réellement recyclés en matière : la palette n'échappe pas à la règle, elle est juste mieux structurée que la moyenne du gisement bois. C'est aussi une bonne illustration de ce que [l'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) veut dire concrètement : un système de flux avec des règles de sortie précises. ## La part non tracée, le bug qu'on ne debug jamais Voilà la partie du système que personne n'arrive à instrumenter correctement. Ces 23,8 millions de palettes (35 % du gisement) en collecte ou valorisation non tracée, ou en élimination, VALOPAL ne les décompose pas en sous-catégories chiffrées. L'étude mélange, sans les isoler, la cession à des particuliers, la collecte non tracée et l'élimination pure. Je serais tenté d'écrire qu'une part de ce flux part en incinération, parce que ça semble logique pour du bois traité. Mais aucune donnée de VALOPAL ne permet de sortir un pourcentage isolé d'incinération : ce serait inventer une stat qui n'existe pas dans le jeu de données. Aucun patch possible avec les chiffres disponibles : c'est un angle mort assumé de la méthodologie. Ce que cette partie non tracée dit surtout, c'est qu'un tiers du gisement échappe à toute mesure fine. Pour un système censé nourrir une filière de réemploi entière, c'est un sacré pourcentage de logs manquants. Le même flou existe côté [chantiers de construction](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction), où le bois de coffrage et de palette de chantier se mélange trop souvent à d'autres flux avant même d'arriver en tri. ## Combien de fois une palette rejoue avant de sortir de la boucle ? C'est la question qui revient le plus souvent sur le sujet, et c'est là que ça se complique. Deux sources donnent deux réponses qui ne se recoupent pas. Le réseau EPAL France avance environ 28 rotations sur une durée de vie de 8 ans pour une palette EUR/EPAL. La FAQ de palettes-europe.com, elle, parle d'une réutilisation possible jusqu'à 10 à 15 fois si la palette est bien entretenue et réparée. Aucune des deux n'est le site institutionnel EPAL lui-même, qui ne publie pas ce chiffre sur sa page officielle. Sous le capot, cette divergence n'est pas anodine : selon les réseaux de reconditionneurs, une palette EPAL effectue de l'ordre de 10 à 15 rotations, certains réseaux avançant jusqu'à une trentaine sur sa durée de vie. Ce n'est pas un bug, c'est une feature de la filière : chaque acteur mesure sa propre boucle, avec sa propre définition de "rotation", et personne n'a de compteur central. Pour les devs dans la salle : c'est exactement le genre de métrique qu'on ne peut pas comparer entre deux versions d'un même jeu si le patch note ne précise pas la méthode de calcul. Ce flou n'empêche pas d'avoir une vision macro du système. Selon des données de 2015, plus de 140 millions de palettes étaient injectées chaque année dans l'économie française, et la Fédération Nationale du Bois évoque, pour la même année, plus de 47 millions de palettes neuves produites et 106 millions de palettes récupérées, dont 45,6 millions revendues en l'état et près de 49 millions réparées. En 2018, l'enquête VALOPAL mesure de son côté environ 100 millions de palettes réemployées après passage chez un reconditionneur, près de 70 millions devenues déchets, 4,3 millions réutilisées en planches et 33,8 millions transformées en broyat, pour un gisement résiduel non tracé ou éliminé de plus de 27 millions d'unités. Attention, deux systèmes de mesure différents : le chiffre de 2015 est une estimation macro de l'état de l'art, celui de 2018 vient d'une enquête terrain chez les détenteurs-producteurs. Je ne les fais pas jouer dans le même tableau de score, parce que leurs périmètres ne se recouvrent pas exactement, et additionner des chiffres qui ne mesurent pas la même chose, c'est le meilleur moyen de sortir un total faux. Ce système de réemploi de la palette a d'ailleurs de quoi inspirer d'autres filières. Le principe de base, faire tourner un même objet plutôt que le remplacer, c'est celui qu'on retrouve dans la [construction circulaire](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) ou dans une [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere) bien pensée : un déchet d'un acteur devient la matière première d'un autre, sans repasser par la case incinération. ## FAQ ### Combien de palettes bois finissent leur vie en France chaque année ? L'étude VALOPAL (FCBA, ADEME, SYPAL-FNB) mesure un gisement de 68,2 millions de palettes bois en fin de vie chez les détenteurs-producteurs français, sur la base d'une enquête menée en 2018. ### Quelle part de ce gisement est réellement recyclée ou réemployée ? 65 % du gisement (44,4 millions d'unités) est collecté et géré de manière tracée par des reconditionneurs ou des gestionnaires de déchets. Le reste, 35 % (23,8 millions), échappe à un circuit tracé, sans que VALOPAL détaille ce que cette part recouvre exactement. ### Où va le broyat de palettes une fois produit ? Le secteur de l'énergie (chaufferies biomasse, cogénération) est le premier débouché, avec plus de 560 000 tonnes consommées par an, soit 93 % du broyat de palettes valorisé. ### Une palette EPAL, ça se réutilise combien de fois ? Les sources divergent : un réseau de reconditionneurs annonce environ 28 rotations sur 8 ans, un autre entre 10 et 15 réutilisations. Le site officiel EPAL ne publie pas ce chiffre, donc aucun nombre unique ne peut être présenté comme la vérité. ### La part non tracée de 35 % correspond-elle à de l'incinération ? Non, pas isolément. VALOPAL mélange dans cette part la cession à des particuliers, la collecte non tracée et l'élimination, sans donner de pourcentage d'incinération à part. ## Sources - [VALOPAL, Valorisation des palettes bois en fin de vie, synthèse](https://www.fcba.fr/wp-content/uploads/2020/11/VALOPAL_Synth%C3%A8se.pdf), FCBA / ADEME / SYPAL-FNB, janvier 2020 (révisée juin 2020) - [Production et reconditionnement des palettes](https://www.fnbois.com/palettes-palox-et-caisses-palettes/production-et-reconditionnement/), Fédération Nationale du Bois - [Quelle durée de vie pour la palette bois](https://www.epal-france.fr/blog/post/quelle-duree-de-vie-pour-la-palette-bois), EPAL France - [FAQ EPAL](https://www.palettes-europe.com/en/faq-epal.html), palettes-europe.com --- ## Chaussures usagées : pourquoi le recyclage bloque encore - URL: https://www.recy.net/chaussures-usagees-filiere-recyclage-refashion-blocage/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-12T06:00:00 - Categories: recyclage Pourquoi un tee-shirt se déchiquette en quelques secondes dans une ligne de tri textile, alors qu'une basket, elle, résiste et finit trop souvent écartée du process ? Ce n'est pas un problème de volume. C'est un problème de conception : la chaussure n'a jamais été pensée pour être démontée, elle est construite pour ne jamais se séparer d'elle-même. Une chaussure assemble une tige textile ou cuir, une semelle en caoutchouc ou EVA, et une colle qui tient les deux ensemble pour des années d'usage. Séparer ces couches sans les détruire demande un outil dédié, pas un broyeur généraliste. C'est précisément ce verrou que deux projets industriels, Zapateko II puis Re_SHOES, tentent de lever depuis 2020, avec des résultats encore partiels. ## Ce qui se passe vraiment quand vous déposez une paire en borne En 2025, la filière TLC (textiles, linge de maison, chaussures) pilotée par Refashion a collecté 272 479 tonnes via 47 227 points d'apport volontaire, soit 3,96 kg par habitant. Rapportée aux 917 604 tonnes mises en marché la même année, ça donne un taux de collecte d'environ 29,7 % (un calcul fait à partir des deux tonnages officiels, pas un chiffre publié tel quel par Refashion). Sur ce collecté, 216 264 tonnes ont été triées, dont 84 % en France, via un réseau de 56 centres de tri sur 74 déclarants. Sous le capot, ce tri ne dit rien de spécifique aux chaussures : les 54,47 % de réutilisation, 25,31 % de matières recyclées et le reste en combustibles ou incinération concernent la filière TLC dans son ensemble, textiles, linge de maison et chaussures confondus. Aucun de ces pourcentages n'isole ce qui arrive à une paire de baskets une fois qu'elle atteint le centre de tri. Et c'est précisément là que le bât blesse : la donnée la plus fine disponible sur les chaussures seules date de 2021, pas de 2025. ## Pourquoi la chaussure casse le pipeline de tri En 2021, Refashion notait que les chaussures représentaient 18 % du gisement CHF (vêtements, linge de maison, chaussures) mis sur le marché, mais seulement 7 % de ce qui était réellement collecté et trié. Un écart de 11 points qui trahit un problème de collecte, pas seulement de recyclage. Et parmi les chaussures qui arrivaient jusqu'au centre de tri, 90 % repartaient en réemploi : la matière première secondaire, elle, restait résiduelle. Ces trois chiffres datent de 2021, quatre ans avant les KPI filière 2025 cités plus haut, et je les garde volontairement séparés : les mélanger dans une même phrase donnerait l'illusion d'un état des lieux 2025 qui n'existe pas. La vraie question technique ici : pourquoi ce goulot d'étranglement au tri, précisément ? Parce qu'une chaussure, contrairement à un tee-shirt, n'a pas de fibre homogène à identifier et déchiqueter. Elle empile des matériaux collés à chaud, conçus pour résister à l'usure, donc pour résister aussi au démontage. C'est un design contraire à l'objectif de fin de vie, un peu comme un moteur de jeu qui hardcode ses assets au lieu de les charger en modules : ça marche très bien tant qu'on ne cherche pas à en extraire une pièce isolément. ## Zapateko II et Re_SHOES : deux tentatives de patcher le même bug | Projet | Porteurs | Calendrier | Procédé | Statut | | ----------- | ------------------------------------------------------------------------------------------------------------- | --------------------------------------------------------------- | ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- | ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ | | Zapateko II | Groupe ERAM, avec le CETIA (partenariat ESTIA/CETI) | Lauréat Challenge Innovation 2020, rapport de clôture mars 2023 | Tri optique assisté par IA, puis arrachage assisté de la tige et de la semelle | Clos. Freins identifiés : massification de la collecte, identification du produit, orientation vers le bon procédé, recherche de débouchés | | Re_SHOES | CETIA, avec Decathlon, Groupe ERAM, Salomon et 5 autres partenaires, soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine | Lancé le 20 mai 2024, 1 M€ investis | Ligne pilote à 3 cellules : arrachage assisté par robot après chauffage des colles, découpe des semelles au jet d'eau haute pression, tri par capteurs infrarouge (NIR) | Ligne pilote en fonctionnement | Zapateko II a posé le diagnostic : une chaussure ne se trie pas comme un textile, il faut d'abord l'identifier, puis la désassembler mécaniquement. Re_SHOES en tire la ligne de production : arrachage robotisé (environ 4 chaussures par minute), découpe au jet d'eau (environ 2 chaussures par minute), puis tri des semelles par infrarouge selon la composition matière. Trois étapes, trois cadences différentes, exactement le genre de pipeline qu'on optimise étape par étape en repérant le maillon le plus lent. Salomon apporte même une reconnaissance produit, IDSHOES, pensée comme un passeport numérique pour identifier le modèle avant démontage : sans savoir ce qu'on a en main, impossible d'orienter la pièce vers le bon traitement. Honnêtement, je ne sais pas encore si cette ligne pilote passera à l'échelle industrielle. Les pages techniques du CETIA donnent des cadences à la minute, pas de projection en volume journalier ou annuel : c'est un signal que le passage à l'échelle reste à documenter, pas encore acquis. Un aparté qui n'a rien d'anodin : Refashion s'appelait Eco-TLC jusqu'à son changement de nom en 2020, l'année même où Zapateko II a été lauréat. Un peu comme un studio qui se rebaptise après un rachat, l'organisme change d'identité pile au moment où il lance ses premiers projets structurants sur la chaussure. ## Ce que le calendrier réglementaire pousse à changer La filière REP TLC, encadrée par le cahier des charges de l'arrêté du 23 novembre 2022, fixe des objectifs qui touchent toute la filière, chaussures incluses : au moins 60 % de collecte annuelle en 2028, un objectif de recyclage de 70 % en 2024 puis 80 % en 2027 portant sur les déchets TLC qui entrent dans une installation de recyclage, et au plus 0,5 % des tonnages orientés vers l'élimination pure. S'y ajoute un objectif de réemploi de 120 000 tonnes en 2024, avec une part traitée à moins de 1 500 km qui doit passer de 8 % à 15 % entre 2024 et 2027. Le système sous-jacent est sous tension financière. Le ministère de la Transition écologique a validé un relèvement du soutien aux opérateurs de tri à 49 M€ pour 2025 (soit 223 €/tonne sur une base de 220 000 tonnes triées), puis à 57 M€ pour 2026 (228 €/tonne sur 250 000 tonnes). Une refonte de la filière a par ailleurs été annoncée en mai 2025. Ces objectifs de collecte et de recyclage matière ne distinguent pas les chaussures des textiles : ils s'appliquent au flux TLC entier, ce qui laisse ouverte la question de savoir si le segment chaussure, plus lent à trier, tient vraiment le rythme fixé pour l'ensemble. ## Ce que ça coûte de mettre une paire sur le marché en 2026 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Combinaisons de surf : le néoprène qui ne se recycle pas](/combinaisons-surf-neoprene-recyclage-marques). Le financement de cette filière passe aussi par l'éco-contribution payée à la mise en marché. Pour 2026, le barème Refashion distingue le type de chaussure et la tranche d'âge : | Type de chaussure | Enfant | Femme | Homme | | ----------------- | -------- | -------- | -------- | | Chaussures basses | 0,0626 € | 0,1086 € | 0,1570 € | | Baskets | 0,0880 € | 0,1134 € | 0,1243 € | | Bottines | 0,1073 € | 0,1473 € | 0,1787 € | | Bottes | 0,1182 € | 0,1908 € | 0,2138 € | Des montants qui restent faibles à l'unité, mais qui financent justement les lignes comme Re_SHOES et le tri en centre. Comparé au [bilan des bornes textiles de Refashion](/bornes-textiles-refashion-57-millions-2026-objectif-60-pourcent-2028), ce barème confirme un système où le geste de tri du consommateur dépend d'une mécanique de financement en amont, pas seulement de la bonne volonté du dépositaire. ## Réparer avant de recycler : le circuit qui fonctionne déjà En 2025, 500 907 chaussures ont bénéficié du Bonus Réparation, sur un total de 628 268 produits réparés toutes catégories, avec les réparateurs chaussures représentant 30 % des points labellisés. C'est un circuit qui contourne totalement le problème du démontage : une chaussure réparée n'a jamais besoin d'être désassemblée. Sur ce terrain-là, la [filière REP textile plus large](/filiere-rep-textile-2025-vetements) affiche des résultats plus lisibles que sur le recyclage matière proprement dit, exactement comme le [recyclage fibre-à-fibre](/recyclage-fibre-a-fibre-textile-technologie-refashion) reste, lui aussi, une technologie en construction plutôt qu'un circuit établi. Ce qui me frappe, en creusant ce dossier, c'est le décalage entre l'ambition réglementaire, chiffrée et datée, et l'état de l'art industriel, qui tourne encore à l'échelle du pilote. C'est un pattern qu'on retrouve ailleurs dans le secteur : voir la [crise de financement du tri textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026) ou le débat sur les [chiffres trompeurs du recyclage textile](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur). Le patch existe, il tourne en environnement de test, mais le déploiement en production, à l'échelle du gisement français, n'est pas encore là. ## Questions fréquentes ### Pourquoi les chaussures sont-elles plus difficiles à recycler que les vêtements ? Une chaussure assemble plusieurs matériaux (tige textile ou cuir, semelle en caoutchouc ou EVA) collés entre eux, contre une fibre homogène pour la plupart des textiles. Séparer ces couches sans les détruire demande un désassemblage mécanique dédié, comme le démontrent les projets Zapateko II puis Re_SHOES du CETIA. ### Que devient une paire de chaussures déposée en borne aujourd'hui ? En 2025, la filière TLC a collecté 272 479 tonnes, dont 216 264 triées (84 % en France). Pour les chaussures spécifiquement, les dernières données disponibles, datées de 2021, montrent que celles qui arrivent triées sont majoritairement réemployées (90 %), le recyclage matière restant marginal. ### Qu'est-ce que le projet Zapateko II de Refashion ? Porté par le groupe ERAM avec le CETIA, lauréat du Challenge Innovation 2020, ce projet a développé un démonstrateur combinant tri optique par IA et arrachage assisté de la tige et de la semelle. Son rapport de clôture, publié en mars 2023, identifie la massification de la collecte comme premier frein. ### La ligne pilote du CETIA recycle-t-elle déjà des chaussures à grande échelle ? Non. Re_SHOES, lancé le 20 mai 2024 avec Decathlon et Salomon, fonctionne comme une ligne pilote à trois cellules, avec des cadences documentées à la minute (environ 4 arrachages et 2 découpes par minute). Aucune projection de volume industriel journalier n'a été publiée sur les pages techniques du CETIA. ### Quels objectifs la réglementation REP TLC impose-t-elle pour 2027-2028 ? Le cahier des charges de la filière fixe 60 % de collecte annuelle en 2028, 80 % de recyclage en 2027 (contre 70 % en 2024) sur les déchets entrant dans une installation de recyclage, et une part de traitement à moins de 1 500 km qui doit passer de 8 % à 15 % entre 2024 et 2027. Ces objectifs portent sur toute la filière TLC, chaussures incluses. ### Combien coûte l'éco-contribution sur une paire de baskets en 2026 ? Le barème Refashion 2026 fixe 0,0880 € pour une paire enfant, 0,1134 € pour une paire femme et 0,1243 € pour une paire homme, dans la catégorie baskets. ## Sources - [Refashion : étude de cas Zapateko II](https://pro.refashion.fr/fr/cas-d%C3%A9tude-acc%C3%A9l%C3%A9rer-le-recyclage-des-chaussures-usag%C3%A9es-non-r%C3%A9utilisables) - [CETIA : équipements et ligne pilote Re_SHOES](https://cetia.tech/nos-equipements-chaussure/) - [Techtera : lancement de la ligne pilote Re_SHOES](https://www.techtera.org/en/news/cetia-re_shoes-project-launch-of-a-pilot-line-for-the-recyclability-of-shoe-soles/) - [Refashion : barème d'éco-contribution 2026 (PDF)](https://media-pro.refashion.fr/2025/11/refashion_baremes_eco-contribution_2026_vdef.pdf) - [Refashion : rapport d'activité, KPI 2025 (PDF)](https://rapport-activite.refashion.fr/static/fr-kpi-s-2025.pdf) - [Légifrance : cahier des charges REP TLC, version consolidée](https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000046600083/2026-02-18) - [Assemblée nationale : question écrite n° 9011 sur le financement du tri textile](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE9011.pdf) --- ## Bouteille de gaz butane propane : où la reprendre - URL: https://www.recy.net/bouteilles-gaz-butane-propane-ou-recycler-reprise/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-11T06:00:00 - Categories: valorisation Une bouteille de gaz butane ou propane vide, ce n'est pas une cartouche de camping. [Les cartouches jetables ont leur propre circuit](/recyclage-cartouches-gaz-camping-butane-propane) : bac de reprise en magasin, aucun centime à récupérer. La bouteille rechargeable de 13 kg ou de 35 kg qui traîne dans votre garage, elle, appartient toujours à un fournisseur, et ce fournisseur vous doit une reprise gratuite, souvent une consigne. Confondre les deux circuits, c'est perdre de l'argent, ou prendre un risque avec un objet qui n'est pas fait pour être bricolé. En clair : une bouteille de gaz inutilisée se rapporte gratuitement chez un revendeur de la même marque, avec ou sans bulletin de consignation. Sans bulletin, le remboursement forfaitaire va de 1 euro à 15 euros selon la marque et le format. La déchèterie n'est pas illégale, mais la quasi-totalité la refuse : ce n'est pas la loi, c'est son règlement intérieur. ## Récupérer sa consigne, marque par marque Le code de l'environnement est net sur ce point : la reprise est « gratuite et sans condition », et le réseau de reprise obligatoire d'une marque couvre tous les points de vente qui vendent ses propres bouteilles, pas celles du voisin (article D543-260 IV). Avec le bulletin, le remboursement est intégral. Sans bulletin, le texte autorise expressément un remboursement partiel, à condition que le barème soit affiché en magasin. Relevé du 7 août 2026, marque par marque : | Marque | Consigne relevée | Remboursement sans bulletin | Source du relevé | | ---------------------------------- | ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ | ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- | ------------------------------------------------ | | **Antargaz** | 35 EUR formats courants (butane 5,5/10/13 kg, propane 13 kg), 50 EUR carburation 13 kg, 90 EUR propane 35 kg | 4 EUR | antargaz.fr, page officielle Consigne | | **Primagaz** | 29 EUR Twiny, 35 EUR 13 kg, 90 EUR 35 kg | 3 EUR, par virement sous 8 semaines | primagaz.fr, page officielle | | **Butagaz** | 35 EUR pour la 13 kg | Barème par format : 5 EUR (13 kg), 15 EUR (Viseo 10 kg), 10 EUR (35 kg propane), 5 EUR (Cube), 1 EUR au-delà de 5 bouteilles, offre bornée au 31/12/2026 et aux 10 000 premières bouteilles | fiche produit Castorama, butagaz.fr inaccessible | | **Vitogaz** | Non publié en texte (tableau en image) | 1 EUR (B13/P13), 3 EUR (P35) | vitogaz.com, page officielle | | Clairgaz (E.Leclerc) | 5 EUR pour la 13 kg, selon Selectra | Remboursement intégral annoncé, avec ou sans bulletin, selon Selectra | selectra.info, source secondaire | | Carrefour | 35 EUR pour la 13 kg, selon Selectra et lepropane.com | Par virement sous 45 jours via Antargaz, selon Selectra | selectra.info, source secondaire | | Auchan | 35 EUR pour la 13 kg, selon Selectra | Non documenté sur une page officielle | selectra.info, source secondaire | | U énergie (Super U) | 30 EUR pour la 13 kg, selon lepropane.com | Non documenté sur une page officielle | lepropane.com, source secondaire | | TotalEnergies / Totalgaz / Finagaz | Sans objet, la marque ne commercialise plus de bouteilles | Reprise par le réseau Antargaz | Fiche de marquage France Gaz Liquides | Trois marques seulement affichent un montant de consigne vérifiable à la source ou en point de vente : Antargaz, Primagaz, et Butagaz via l'étiquette Castorama, puisque butagaz.fr renvoie une erreur 403 à toute lecture automatisée. Vitogaz publie bien son forfait de remboursement, mais pas sa consigne, enfermée dans une image de tableau. Les quatre lignes de la grande distribution ne reposent que sur des comparateurs commerciaux, Selectra et lepropane.com. Aucune de ces quatre enseignes ne publie elle-même sa politique de reprise. Ces quatre lignes me gênent, et autant le dire : je les garde parce qu'elles répondent à une vraie question, mais ne les traitez pas comme une info vérifiée à la source, contrairement aux trois premières. Petite anecdote de recherche, tant qu'on y est. Le site d'Antargaz affiche trois montants différents pour le même geste, sans bulletin, selon la page consultée : 4 euros sur la page Consigne, 1 euro sur la page Bouteilles vides, et un vague « perte du dépôt de garantie » sur la page Rendre sa bouteille. J'ai retenu celui de la page dédiée à la consigne, la plus récente en apparence, mais l'incohérence en dit long sur le sérieux du barème affiché. ## Bouteille sans marque reconnaissable : qui la reprend ? Un cas qu'aucun comparateur ne traite : une bouteille ancienne, marquage effacé ou marque inconnue. C'est exactement pour ça que la fédération France Gaz Liquides publie une fiche de correspondance qui rattache plus de cent marquages historiques à quatre exploitants repreneurs, pour les capacités de 3 à 35 kg. TOTALGAZ, ELF, AIR LIQUIDE, PETROGAZ, VULCAGAZ, MIDIGAZ, REPSOL : toutes ces anciennes marques ont un repreneur identifié dans ce document, même si elles n'existent plus. Vous avez une bouteille TOTALGAZ ou FINAGAZ ? Rapportez-la chez un revendeur Antargaz. Totalgaz a été cédé à UGI en juin 2015, rebaptisé Finagaz, marque elle-même arrêtée en octobre 2019 au profit d'Antargaz, qui reprend aujourd'hui ces anciennes bouteilles. Bientôt sept ans que la marque a disparu. La bouteille, elle, est toujours là, planquée dans un garage, prête à repartir dans le circuit. L'objet survit à l'entreprise qui l'a mise sur le marché. Avant de jeter l'éponge devant une bouteille non identifiée, un dernier réflexe utile : la fédération confirme elle-même que la reprise se fait sans frais, sur présentation ou non du bulletin de consignation, sur un point de vente de la marque de la bouteille. Le marquage compte plus que le souvenir que vous en avez. ## Le dépôt en déchèterie est-il vraiment interdit par la loi ? Vitogaz l'écrit noir sur blanc sur son site : « c'est interdit par la loi ». Un syndicat intercommunal reprend la même formule. Je n'ai trouvé aucun texte qui porte cette interdiction. Le code de l'environnement dit même l'inverse à l'article D543-262 : quand une collectivité a collecté des bouteilles hors des circuits de consigne, c'est le metteur sur le marché qui doit les reprendre gratuitement, sur demande de l'exploitant qui les a collectées. Ce qui existe réellement : chaque déchèterie est une installation classée, soumise à la rubrique ICPE 2710, et son règlement intérieur fixe la liste des déchets acceptés. Les bouteilles de gaz, classées explosives, en sont exclues dans la quasi-totalité des cas. Ce n'est pas la loi qui vous ferme la porte, c'est le règlement de l'établissement, et la nuance compte : un règlement peut changer d'une collectivité à l'autre, une interdiction légale non. Un vrai risque légal existe, ailleurs. Abandonner sa bouteille dans la rue ou au pied d'un conteneur plutôt que de la rapporter, ça, c'est sanctionné. Depuis le 5 juin 2026, déposer un déchet dans un conteneur ou à son pied sans respecter les conditions fixées par la collectivité, à commencer par les flux qu'elle accepte, est puni d'une contravention de 3e classe, article R633-6 du code pénal rétabli par le décret n° 2026-433 du 2 juin 2026 : amende forfaitaire de 68 euros, 45 euros si vous payez rapidement, jusqu'à 180 euros passé le délai, et jusqu'à 450 euros en cas de jugement. L'abandon plus large, transporté avec un véhicule, reste puni en 5e classe, jusqu'à 1 500 euros (article R635-8). Un dernier point, tant qu'on parle sécurité plutôt que règlement. Sur le fait de percer, vider ou découper une bouteille vous-même, je n'ai trouvé aucun texte qui l'interdise formellement pour un particulier. Ça ne veut pas dire que c'est une bonne idée : c'est un contenant sous pression classé explosif, pas un bidon vide. Recharger soi-même une bouteille, ça, Antargaz le précise clairement sur son site : strictement interdit en France, même si je n'ai pas trouvé le texte de loi qui le porte spécifiquement. Le bon réflexe reste celui qu'on applique déjà aux [cartouches de camping](/recyclage-cartouches-gaz-camping-butane-propane) et aux [bombes aérosol](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds) : rien de bricolé, direct au point de reprise. ## Ce que ça dit du système, plus largement La bouteille de gaz appartient à la même famille que les [extincteurs usagés](/extincteurs-usages-poudre-abc-dechet-dangereux) : un contenant sous pression que personne n'a envie de manipuler soi-même, et dont la filière repose entièrement sur le circuit du fournisseur d'origine. C'est aussi une consigne, au sens propre, avec le même principe que la [consigne du verre qui revient en France](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france) : un dépôt de garantie, un objet qui reste techniquement la propriété du metteur sur le marché, et un remboursement qui dépend d'un papier qu'on égare facilement. Ce système par marque a un défaut structurel : il vous oblige à connaître l'origine de votre propre bouteille. Les [piles et accumulateurs se déposent dans n'importe quel point de collecte](/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte), peu importe la marque. La bouteille de gaz, non : chaque metteur sur le marché ne reprend que les siennes, ou celles qu'il a rachetées. Et là où il y a de l'argent en jeu sans preuve d'achat, il y a des dérives : les automates de [déconsigne sauvage attirent déjà leur lot d'arnaques](/deconsigne-sauvage-arnaques-automates-2026) sur d'autres filières de consigne, un rappel utile avant de faire confiance au premier point de collecte venu. ## Questions fréquentes ### Puis-je jeter une bouteille de gaz vide à la poubelle ou au tri sélectif ? Non, jamais. Une bouteille de gaz, même vide en apparence, reste classée déchet explosif et sort totalement du circuit des emballages ménagers. Elle se rapporte à un point de vente de sa marque, avec ou sans bulletin de consignation, ou à la déchèterie si elle est acceptée localement. La sanction ne vise pas ce geste précis, mais l'abandon pur et simple dans la rue ou au pied d'un conteneur. ### Je n'ai plus mon bulletin de consignation, puis-je récupérer de l'argent ? Oui, le code de l'environnement l'autorise expressément, même si le remboursement peut être partiel. Chaque marque fixe son propre forfait, relevé le 7 août 2026 : 4 euros chez Antargaz selon sa page Consigne, montant que deux autres pages du même site contredisent, 3 euros chez Primagaz, 1 à 3 euros chez Vitogaz selon le modèle, un barème par format chez Butagaz. Les modalités doivent être affichées en magasin ou disponibles auprès du fournisseur. ### Ma bouteille porte une marque disparue, Totalgaz ou Finagaz, que faire ? Rapportez-la chez un revendeur Antargaz. Totalgaz a été cédé à UGI en juin 2015 et rebaptisé Finagaz, marque elle-même arrêtée en octobre 2019 au profit d'Antargaz, qui reprend aujourd'hui ces anciennes bouteilles. Pour toute autre marque disparue, la fiche de marquage de France Gaz Liquides rattache plus de cent anciens noms à leur repreneur actuel. ### Une déchèterie peut-elle refuser ma bouteille de gaz ? Oui, et c'est même le cas le plus fréquent, mais ce n'est pas une interdiction légale : c'est son règlement intérieur, fondé sur le classement explosif du déchet. La solution qui fonctionne presque toujours reste le point de vente de la marque, où la reprise est gratuite, avec ou sans bulletin. ### Puis-je vider ou percer ma bouteille moi-même avant de la rapporter ? Ne le faites pas. Aucun texte ne l'interdit formellement à un particulier, mais une bouteille de gaz reste un contenant sous pression classé explosif, jamais un bidon vide : elle se rapporte telle quelle au point de reprise, sans être ouverte ni vidée. Rechargez encore moins vous-même une bouteille vide, Antargaz le rappelle, c'est strictement interdit en France. ## Sources - [Code de l'environnement, article D543-260](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032775736) - [Code de l'environnement, article D543-262 et R543-265](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000026889589/2022-07-26) - [Code pénal, article R635-8](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000022375979) - [Décret n° 2026-433 du 2 juin 2026](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054190097) - [Service-public.fr : barèmes des amendes forfaitaires](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18955) - [France Gaz Liquides : fiche de marquage des bouteilles](https://www.francegazliquides.fr/wp-content/uploads/2020/11/FICHE-MARQUAGE-DES-BOUTEILLES.pdf) - [France Gaz Liquides : où ramener une bouteille de gaz](https://www.francegazliquides.fr/ou-ramener-une-bouteille-de-gaz/) - [Antargaz : consigne des bouteilles de gaz](https://www.antargaz.fr/bouteilles-de-gaz/consigne) - [Antargaz : date de péremption et rechargement](https://www.antargaz.fr/guide-pratique/bouteilles-de-gaz/date-peremption) - [Primagaz : déconsignation sans bulletin](https://www.primagaz.fr/bouteilles-gaz/rapporter-bouteille-gaz/deconsignation) - [Vitogaz : que faire d'une bouteille de gaz usagée](https://www.vitogaz.com/que-faire-bouteille-de-gaz-usagee/) - [Castorama : consigne bouteille 13 kg Butagaz](https://www.castorama.fr/consigne-bouteille-gaz-13-kg-butane-butagaz/3464491014002_CAFR.prd) - [Anti-crise.fr : offre La Collecte Butagaz](https://anti-crise.fr/les-offres-de-remboursement/offre-de-remboursement-butagaz-10e-rembourses-sur-chaque-bouteille-rapportee/) - [Selectra : consignation des bouteilles de propane](https://selectra.info/energie/propane/bouteilles/consignation) - [Selectra : bouteilles Carrefour](https://selectra.info/energie/propane/fournisseurs/carrefour/bouteilles) - [Selectra : bouteilles Auchan](https://selectra.info/energie/propane/fournisseurs/auchan/bouteilles/butane-13kg) - [lepropane.com : bouteilles en grande surface](https://lepropane.com/bouteilles/grandes-surfaces/super-u) --- ## Billets hors circulation : la mécanique du recyclage - URL: https://www.recy.net/recyclage-billets-banque-hors-circulation-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-08-11T06:00:00 - Categories: recyclage Un billet de 20 euros n'a pas de date de péremption imprimée dessus, mais sa sortie du système est programmée comme n'importe quel cycle avec ses propres règles. En France, la Banque de France trie les billets versés par les transporteurs de fonds : en moyenne 12 % sont jugés usés et détruits, le reste repart en circulation. Un billet abîmé suit un autre circuit, remboursé via un automate, un buraliste partenaire depuis juin 2026 ou un guichet, selon son état et son montant. ## À quelle échelle regarder les chiffres du recyclage des billets ? Le premier problème qu'on croise en cherchant des chiffres sur les billets, c'est qu'ils ne parlent presque jamais de la même chose. Zone euro, Banque de France seule, filière fiduciaire française au sens large (BdF, banques, transporteurs de fonds, commerçants) ne couvrent pas les mêmes flux, et les mélanger donne des ratios qui n'existent nulle part. La vraie question technique ici : à quelle échelle regarde-t-on ? | Périmètre | Ce qu'il couvre | Ordre de grandeur, dernier exercice publié | | ---------------------------------- | -------------------------------------------------- | --------------------------------------------------------------------------------------------------------- | | Eurosystème (zone euro) | 20 pays, toutes les banques centrales nationales | 31,3 milliards de billets en circulation, 24,5 milliards rendus aux banques centrales | | France, Banque de France seule | guichets, caisses et centres fiduciaires de la BdF | 3 milliards de billets versés aux guichets en 2024, en moyenne 12 % des billets triés détruits | | France, filière fiduciaire entière | BdF, banques, transporteurs de fonds, commerçants | 5,9 milliards de billets en entrées en 2024, taux de recyclage externe de 56,7 % au premier semestre 2025 | Un exemple concret de ce que cette distinction évite : la BCE publie une série statistique mensuelle, Sorted to unfit, qui compte les billets triés jugés impropres à la circulation pour toute la zone euro. En cumulant les douze mois de 2025, on arrive à environ 2,84 milliards de coupures, un total que la BCE ne publie pas tel quel et que je n'ai vu recopié dans aucun résultat de recherche. Rapporté aux 24,5 milliards de billets rendus aux banques centrales nationales la même année, ça fait 11,6 %, cohérent avec les 12 % annoncés par la Banque de France pour son propre périmètre : deux sous-systèmes indépendants qui tombent d'accord sans s'être concertés, c'est le seul contrôle croisé disponible ici. Mais ce 2,84 milliards reste un chiffre zone euro, pas France seule, et je ne vais pas le recalculer juste pour obtenir un chiffre rond. ## Qu'est-ce qui rend un billet impropre à la circulation ? Avant d'être trié, un billet est fabriqué. Sa matière première, c'est du coton, pas de la cellulose de bois : un billet usé ne relève donc jamais de la [filière du papier-carton](/recyclage-papier-carton-france-filiere), même si le réflexe est de le classer avec le reste du papier au moment de le jeter. La Banque de France produit ses billets à l'imprimerie de Chamalières, à raison d'1 à 1,5 milliard de billets par an, avec un papier fiduciaire fourni par sa filiale EuropaFi, à Vic-le-Comte. Les petites coupures, 5, 10 et 20 euros, reçoivent en plus un vernis de protection pensé pour prolonger leur durée de vie en circulation. Ado, sur mes premiers mods, j'ai perdu des soirées sur un système de durabilité qui traitait différemment chaque objet. Le vernis posé sur les billets de 5, 10 et 20 euros m'y a fait penser : un composant reçoit un traitement dédié, pas parce que la règle globale change. Une fois en circulation, chaque billet repasse par les caisses des transporteurs de fonds, qui trient pour détecter les faux et les billets usés. En moyenne, 12 % des billets triés sont jugés usés et détruits, les autres repartent en circulation, selon l'infographie de la Banque de France sur le cycle de vie du billet. Une seconde publication, plus pédagogique, donne un chiffre voisin : environ 12 % des billets reçus sont remplacés à l'issue de ce tri, toutes coupures confondues. Les deux formulations ne portent pas sur la même étape, triés ou reçus, mais convergent sur le même ordre de grandeur, sans année précise : une moyenne structurelle, pas un instantané. ## Le broyat de billets, où finit-il vraiment ? C'est là que la plupart des résultats de recherche s'arrêtent, sur une formule vague du genre « les billets usagés sont détruits ». La Banque de France, elle, documente sa méthodologie de calcul du poste Déchets, publiée en complément de son rapport de durabilité 2025, avec une ligne dédiée : « Billets broyés ». Le facteur d'émission appliqué est celui de l'incinération de déchets textiles, 396 166 geqCO2 par tonne, base Impacts de l'Ademe, et la table des facteurs classe ce flux en « Déchets textile, incinérés avec valorisation ». C'est la Banque de France elle-même qui documente cette filière, pas une source de presse qui recopie une rumeur. Ce choix n'a rien d'accidentel. La BCE a mené une analyse de cycle de vie en 2004, et a introduit à la suite de cette étude plusieurs mesures, dont l'interdiction de mise en décharge des billets usagés et un objectif de coton exclusivement durable. Aucune des deux publications de la BCE que j'ai lues ne date précisément l'entrée en vigueur de cette interdiction : elle se rattache à l'analyse de 2004, sans millésime plus précis. Reste la question qui décide de tout : le broyat repart-il en matière, ou sort-il du système par la chaleur ? Contrairement au [cuivre des câbles](/recyclage-cuivre-cables-metaux-strategiques-2026), que la filière refond en boucle fermée, le coton du billet quitte le système par une sortie thermique, en valorisation énergétique. Il ne sort jamais du statut de déchet vers une matière recyclée, contrairement à ce que permet désormais le [décret 2026-435](/decret-2026-435-sortie-statut-dechet-recycleurs) pour d'autres filières. Aucune source lue ne mentionne d'isolant, de terreau ou d'objet fabriqué à partir de broyat de billets en France : une piste évoquée par la presse, jamais une filière en service. Ce poste Déchets pèse 1 709 tonnes équivalent CO2 dans l'empreinte carbone suivie par la Banque de France en 2025, soit 7 % de cette empreinte, contre 2 578 tonnes en 2019. La baisse est réelle, mais je n'ai trouvé nulle part la part attribuable aux billets seuls dans ce total. ## Pourquoi personne ne publie la durée de vie d'un billet ? Tapez « durée de vie d'un billet de 5 euros » dans un moteur de recherche, et vous tomberez sur les mêmes chiffres partout, un nombre d'années par coupure, toujours les mêmes d'un site à l'autre. Aucun ne se retrouve sur les pages de la Banque centrale européenne, de la Banque de France ou de la Bundesbank. Ce n'est pas un trou dans la recherche, c'est un vide réel : ces valeurs circulent de site en site sans jamais remonter à une source institutionnelle, et les recopier ici reviendrait à allonger la chaîne. Un document de travail de la Banque centrale européenne, signé par deux chercheurs, Harald Deinhammer et Anna Ladi, explique pourquoi. La durée de vie d'un billet se définit habituellement comme le nombre total de billets en circulation divisé par le nombre de billets détruits chaque année. Mais cette formule ignore les billets thésaurisés, perdus, ou sortis de la zone euro, qui restent comptés au numérateur sans jamais repasser par le tri. C'est un ratio, pas une mesure directe de longévité, et les auteurs le précisent eux-mêmes, dans un document qui porte la mention explicite qu'il n'engage pas la position de la BCE en tant qu'institution. Ce vide ne me satisfait pas complètement, et je n'ai pas de meilleure réponse à proposer. Mais publier une moyenne qui ne capture pas la thésaurisation reviendrait à mesurer le temps de session moyen d'un joueur en divisant les comptes créés par les comptes supprimés : le chiffre existe, il a l'air propre, et il ne mesure presque rien. Le vide vaut mieux que le chiffre faux. ## Comment échanger un billet endommagé, étape par étape ? Le seuil technique, valable pour toutes les voies : la surface restante du billet doit être supérieure à 50 % de sa surface d'origine pour être remboursée. En dessous, ni la banque, ni le buraliste, ni la Caisse de Paris ne peuvent rien pour vous. Premier cas, dégradation légère : le billet reste intact sur plus de la moitié de sa surface. Déposez-le dans un automate recyclant, un distributeur à double fonction dépôt et retrait, du réseau de votre banque ou d'un partenaire. Crédit immédiat. Deuxième cas, billet très endommagé, montant de 500 euros ou moins, hors Paris : depuis le 8 juin 2026, vous pouvez le déposer chez un buraliste partenaire de la Banque de France, avec au moins un point par région et une montée en puissance départementale prévue pendant l'été 2026. Le détail à ne pas rater : le buraliste ne fournit ni le formulaire ni les photocopies. Préparez vous-même le formulaire signé, une copie de pièce d'identité et un RIB, dans l'enveloppe sécurisée fournie sur place, dans la limite de 500 euros par pli et par personne. Un dossier incomplet n'est pas traité. Troisième cas, montant supérieur à 500 euros ou résident parisien : la Caisse de Paris, 39 rue Croix-des-Petits-Champs, premier arrondissement, sans limite de montant. Quatrième cas, une option distincte du réseau Banque de France : un guichet de La Poste, accessible dans chaque département, échange les billets mutilés contre un virement bancaire, dans la limite de 5 000 euros par dossier. Dans tous les cas, le déposant doit être une personne physique majeure, qui peut agir pour son propre compte ou celui d'un tiers. Après expertise, le remboursement se fait par échange immédiat contre des billets neufs si les billets restent dénombrables au guichet, ou par virement bancaire différé si une expertise est nécessaire ou si le dépôt s'est fait chez un buraliste. Et une règle absolue, répétée sans nuance par la Banque de France : n'envoyez jamais de billets endommagés par courrier postal, c'est strictement interdit et vous prenez le risque de perdre leur valeur. | Cas | Interlocuteur | Plafond | Depuis quand | | ------------------------------------------ | ------------------------------------------- | ------------------------------- | --------------------- | | Dégradation légère | Automate recyclant de votre banque | non précisé | en continu | | Très endommagé, hors Paris | Buraliste partenaire de la Banque de France | jusqu'à 500 euros | depuis le 8 juin 2026 | | Très endommagé, Paris ou plus de 500 euros | Caisse de Paris (Banque de France) | sans limite | en continu | | Billet mutilé, voie alternative | Guichet La Poste, chaque département | jusqu'à 5 000 euros par dossier | en continu | ## Le recyclage des billets, un système sous tension ? Le taux de recyclage externe des billets, à l'échelle de toute la filière fiduciaire française, banques, transporteurs de fonds et commerçants compris, est passé de 52 % en 2024 à 56,7 % au premier semestre 2025, hors IEDOM, selon la Banque de France. C'est un chiffre distinct des 12 % détruits côté Banque de France seule : il s'agit ici de billets remis en circulation après un tri par un opérateur privé, pas par la BdF. Deux périmètres, deux métriques. Le réseau physique qui porte ce système se resserre. La Banque de France est passée de 37 caisses avant 2022 à 23, puis a fermé 9 caisses de plus en 2025, principe une caisse par région sauf la Corse qui en garde deux. Pour compenser, 42 stocks auxiliaires de billets ont été créés entre 2022 et 2025 : moins de nœuds, plus de redondance ailleurs. Le principe rappelle la [consigne numérique par QR code](/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne) que j'avais regardée ailleurs : une boucle de retour qui se réorganise sans changer sa logique de fond. Ce resserrement suit une tendance plus large : la part des espèces en point de vente en France est passée de 68 % en 2019 à 43 % en 2024, selon l'enquête SPACE de la BCE citée par le ministère de l'Économie. Moins de cash actif, mécaniquement moins de flux à trier. Ça n'empêche pas la Banque de France de surveiller la qualité du tri effectué par les opérateurs privés : 700 missions de contrôle sur place en 2025, 3 % des machines contrôlées déclarées non conformes et 24 suspensions provisoires de matériel. On ne fait pas confiance au déclaratif, on audite. Le principe, refermer la boucle uniquement sur ce qui a une valeur suffisante pour justifier le coût du tri, rappelle celui de l'[urban mining sur les équipements électroniques](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie) : on ne récupère pas tout, on récupère ce qui a un rendement positif. ## Questions fréquentes sur le recyclage des billets ### Que devient un billet jugé impropre à la circulation ? Il est détruit par la Banque de France, broyé, puis pris en charge par une filière d'incinération de déchets textiles avec valorisation énergétique, documentée par la méthodologie du poste Déchets de la Banque de France. La mise en décharge est interdite par l'Eurosystème depuis les mesures issues de l'analyse de cycle de vie de 2004. ### Quelle part des billets la Banque de France détruit-elle ? En moyenne 12 % des billets triés par la Banque de France, toutes coupures confondues, selon son infographie sur le cycle de vie du billet. C'est une moyenne structurelle, pas un chiffre rattaché à une année précise, et elle concerne le périmètre France, pas la zone euro entière. ### Combien de temps dure un billet en euros ? Aucune institution de l'Eurosystème, ni la BCE, ni la Banque de France, ni la Bundesbank, ne publie de durée de vie par coupure. Un document de travail de la BCE la définit comme un ratio, circulation divisée par destructions annuelles, qui ignore les billets thésaurisés ou perdus. ### Comment échanger un billet abîmé sans se déplacer à Paris ? Pour 500 euros ou moins, depuis le 8 juin 2026, un buraliste partenaire de la Banque de France peut recevoir votre dossier, avec au moins un point par région. Au-delà, seule la Caisse de Paris ou un guichet de La Poste, dans la limite de 5 000 euros par dossier, restent disponibles. ### Peut-on envoyer un billet endommagé par courrier pour le faire rembourser ? Non. La Banque de France est explicite : transmettre des billets endommagés par courrier postal est strictement interdit, avec un risque réel de perte de leur valeur. Le dépôt doit se faire en main propre, chez un buraliste partenaire, à la Caisse de Paris ou dans un guichet La Poste. ## Sources - [Banque de France : infographie, cycle de vie du billet](https://www.banque-france.fr/system/files/2024-02/Infog-Circulation-Billets_2024_FR.pdf) - [Banque de France : fiche, les billets en euros](https://www.banque-france.fr/system/files/2024-08/billets-euros.pdf) - [Banque de France : méthodologie de calcul du poste Déchets](https://www.banque-france.fr/system/files/2026-07/Methodologie_dechets.pdf) - [Banque de France : complément Rapport durabilité 2025, illustrations](https://www.banque-france.fr/system/files/2026-06/Durabilite-2025_Compl-RSE_Illustrations.pdf) - [Banque de France : Rapport annuel 2025](https://www.banque-france.fr/system/files/2026-03/Rapport-annuel_2025.pdf) - [Banque de France : Bulletin 259/5, Parlons cash !](https://www.banque-france.fr/system/files/2025-07/BDF259-5_Parlons-cash_web2.pdf) - [Banque de France : FAQ, pièces et billets en euro](https://www.banque-france.fr/fr/a-votre-service/particuliers/mieux-connaitre-moyens-paiement/pieces-billets-en-euro) - [Banque de France : un billet abîmé, déchiré, partiellement brûlé ?](https://www.banque-france.fr/fr/actualites/un-billet-abime-dechire-partiellement-brule-plusieurs-solutions-pour-le-remplacer) - [BCE : environnement, santé publique et sécurité](https://www.ecb.europa.eu/euro/banknotes/environmental/html/index.fr.html) - [BCE : étude sur l'empreinte environnementale des billets en euros](https://www.ecb.europa.eu/press/pubbydate/2023/html/ecb.pefreport202312~81e945e7aa.fr.html) - [BCE : Rapport annuel 2025](https://www.ecb.europa.eu/press/annual-reports-financial-statements/annual/html/ecb.ar2025~b7f898b33d.en.html) - [BCE : Occasional Paper n° 204, Modelling euro banknote quality in circulation](https://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/scpops/ecb.op204.en.pdf) - [BCE : ECB Data Portal, série BKN, Sorted to unfit](https://data-api.ecb.europa.eu/service/data/BKN/M.U2.SR11.B.ALLD.AS.F.Q?startPeriod=2025-01) - [Sénat : réponse du ministère de l'Économie, question écrite n° 04318](https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250404318.html) --- ## Parapluie cassé : pourquoi aucune filière ne le recycle - URL: https://www.recy.net/parapluie-casse-aucune-filiere-recyclage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-06T06:00:00 - Categories: dechets Un parapluie cassé n'a nulle part où aller. Pas de bac dédié, pas d'éco-organisme qui le réclame, pas de sigle sur l'emballage pour vous orienter. En clair : à ce jour, aucune filière à responsabilité élargie du producteur ne couvre cet objet, et j'ai vérifié périmètre par périmètre avant de l'écrire noir sur blanc. **Un parapluie cassé n'entre dans aucune filière REP existante. Ni la filière textile (vêtements, chaussures, linge de maison), ni la filière articles de sport et de loisirs ne le mentionnent dans leur périmètre officiel. Le guide de l'ADEME le route directement vers la poubelle des ordures ménagères, sauf réparation ou upcycling avant d'en arriver là.** ## Textile, sport : les deux filières les plus proches, et pourquoi aucune ne prend le parapluie Un parapluie, ça a une toile en tissu. Ça ressemble à un objet textile, ça se range avec les vêtements de pluie dans la tête de la plupart des gens. Sauf que la filière REP textile, pilotée par Refashion, ne fonctionne pas par ressemblance matière. Le code de l'environnement (articles R543-214 et suivants) définit son périmètre par fonction : produits textiles d'habillement, chaussures, linge de maison neuf destiné aux particuliers. La page officielle des champs d'action de Refashion liste vêtements, chaussures, linge de maison. Pas de parapluie, même pas dans une case « accessoires ». Deuxième candidat naturel : la filière articles de sport et de loisirs, gérée par l'éco-organisme Ecologic. Le décret n°2021-1213 du 22 septembre 2021 découpe son périmètre en deux grandes familles : les cycles et engins de déplacement non motorisés, et les produits destinés à la pratique sportive ou aux activités de plein air. Sur le terrain, Ecologic publie trois univers concrets : mobilité active (vélos, skis, trottinettes), balles-ballons-raquettes, chasse et tir sportif. J'ai passé les trois au crible. Le parapluie n'apparaît dans aucun. | Filière REP | Périmètre officiel | Le parapluie est-il couvert ? | | -------------------------------- | -------------------------------------------------------------------- | ------------------------------------- | | Textile (Refashion, TLC) | Vêtements, chaussures, linge de maison neuf destiné aux particuliers | Non | | Sport et loisirs (Ecologic, ASL) | Mobilité active, balles/ballons/raquettes, chasse et tir sportif | Non | | Ordures ménagères (défaut) | Incinération avec récupération de chaleur ou enfouissement | Oui, c'est la seule option qui existe | Même chose du côté du Bonus Réparation. Celui de Refashion couvre les vêtements (hors cuir et fourrure véritable), les chaussures, les sous-vêtements et le linge de maison. Le parapluie n'y figure pas non plus. Il n'existe pas de dispositif de bonus réparation qui le vise spécifiquement. ## Alors, l'exclusion est-elle écrite quelque part ? Non. Autant l'écrire franchement plutôt que le résumer en raccourci. Aucun texte officiel ne dit « le parapluie est exclu de toute REP » en une phrase. Ce que j'ai fait, c'est vérifier les deux filières les plus proches et constater qu'aucune ne le mentionne. C'est une déduction par l'absence, pas une citation réglementaire. Elle tient parce qu'elle est croisée sur deux textes distincts, mais elle reste une déduction. Je m'attendais à trouver au moins une case administrative pour ce cas. Il n'y en a pas. ## Où va vraiment un parapluie cassé, alors ? La fiche officielle de l'ADEME sur le sujet est nette. S'il est encore en bon état, direction une structure de réemploi ou une vente d'occasion. Sinon, la consigne est explicite : dans la poubelle des ordures ménagères. Une fois collecté avec les ordures classiques, il suit la filière d'élimination générale, incinération avec récupération de chaleur le plus souvent, ou enfouissement en installation de stockage. C'est là que le SERP habituel s'arrête, avec sa liste de cinq idées de récup'. Ce qu'il ne dit jamais, c'est que ce trajet vers l'incinérateur n'est pas un accident de circuit, c'est la conséquence directe d'un vide réglementaire vérifié. Un parapluie, matériellement, c'est une toile en polyester, nylon ou polyamide, des baleines en acier, aluminium ou fibre de verre, un manche en bois, aluminium ou plastique. Rien qui empêcherait techniquement un tri matière. Le problème n'est pas la matière, c'est l'absence de filière organisée pour la collecter. ## Ce qui a un vrai impact avant la poubelle Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Casque de vélo usagé : pourquoi il n'a pas de seconde main](/casque-velo-usage-seconde-main-recyclage-ecologic). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Gourde isotherme usagée : quelle filière, en vrai ?](/gourde-bouteille-isotherme-recyclage-filiere). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Chaussures usagées : pourquoi le recyclage bloque encore](/chaussures-usagees-filiere-recyclage-refashion-blocage). La fiche de l'ADEME signale une possibilité que peu de gens connaissent : déposer les baleines métalliques en déchèterie pour un recyclage matière, plutôt que de laisser l'ensemble partir à l'incinération. Un tri qui prend deux minutes et sort au moins l'acier ou l'aluminium du flux général. Deux structures méritent d'être connues avant de jeter, parce qu'elles ne remontent presque jamais dans les résultats classiques. Reparapluie, basée à Mordelles en Ille-et-Vilaine et affiliée au réseau Repar'Acteurs, répare les parapluies par courrier depuis toute la France. Tarifs indicatifs relevés le 31 juillet 2026 : une baleine à 15 euros, deux baleines à 20 euros, un mât ou une tringle à 22 euros, un ré-entoilage complet à 140 euros, plus des frais administratifs de 3,50 à 12 euros. Ça dépasse vite le prix d'un parapluie neuf d'entrée de gamme, mais pour un modèle qu'on aime, ça reste une option. Deuxième structure, plus radicale : Pluie et Toiles, artisanat basé à Saint-Brieuc, qui récupère les toiles de parapluies cassés pour en faire des sacs banane, des besaces, des bobs, des pochettes de téléphone. La matière est sauvée, même sans passer par une filière officielle. C'est le même principe que ce que j'ai vu ailleurs sur des niches du réseau, comme la collecte des bouchons de liège : quand la réglementation ne suit pas, ce sont des structures dédiées, petites mais réelles, qui prennent le relais. Un parapluie cassé part rarement à la poubelle le jour même. Il finit dans un coin de garage ou au fond d'un placard, en attendant une décision qui traîne. ## Ce que ça change concrètement Si votre parapluie casse, ne le mettez pas au bac textile : ce n'est pas sa filière, et ce geste n'orientera rien de mieux. Les [applications de tri des déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026/) peuvent vous confirmer les points de collecte disponibles près de chez vous, mais pour le parapluie, ne vous attendez pas à trouver une filière REP dédiée dessus, il n'y en a pas. Dans l'ordre : réemploi ou vente s'il est en bon état, réparation via Reparapluie s'il en vaut la peine, upcycling de la toile via Pluie et Toiles s'il est fichu. Sinon, baleines métalliques en déchèterie et le reste à la poubelle. C'est moins glamour qu'une filière REP en bonne et due forme, mais c'est la réalité du terrain aujourd'hui. Cette absence de filière dédiée n'est pas propre au parapluie. D'autres objets du quotidien, du matériel de camping aux équipements sportifs en fin de vie, naviguent entre plusieurs filières voisines sans qu'aucune ne les couvre parfaitement. À l'inverse, un objet classé déchet dangereux, comme un extincteur usagé, a un parcours réglementaire précis et obligatoire. Le contraste dit quelque chose du système : plus un déchet est jugé risqué, plus il a de chances d'avoir sa filière ; plus il est jugé anodin, plus il finit par défaut à l'incinérateur. ## Questions fréquentes ### Où jeter un parapluie cassé ? S'il est encore en bon état, remettez-le à une structure de réemploi ou vendez-le. Sinon, direction la poubelle des ordures ménagères, selon la consigne officielle de l'ADEME. Avant d'en arriver là, pensez à déposer les baleines métalliques en déchèterie pour un recyclage matière séparé. ### Le parapluie va-t-il au bac textile ? Non. La filière REP textile pilotée par Refashion couvre les vêtements, les chaussures et le linge de maison neuf destiné aux particuliers. Le parapluie n'apparaît dans aucune de ces catégories, même pas parmi les accessoires listés sur la page officielle des champs d'action de Refashion. ### Existe-t-il un bonus réparation pour un parapluie ? Non, selon la FAQ de Refashion. Le Bonus Réparation se limite aux vêtements (hors cuir et fourrure véritable), aux chaussures, aux sous-vêtements et au linge de maison. Le parapluie n'y figure ni comme éligible, ni comme exclu nommément, il est simplement hors périmètre. ### Peut-on faire réparer un parapluie plutôt que le jeter ? Oui. Reparapluie, atelier affilié au réseau Repar'Acteurs basé à Mordelles, répare par courrier depuis toute la France. Tarifs indicatifs relevés le 31 juillet 2026 : à partir de 15 euros pour une baleine, jusqu'à 140 euros pour un ré-entoilage complet, plus des frais administratifs. ### Que faire de la toile d'un parapluie irréparable ? La structure artisanale Pluie et Toiles, basée à Saint-Brieuc, récupère les toiles de parapluies cassés pour fabriquer des sacs banane, des besaces, des bobs et des pochettes de téléphone. Une manière de sauver la matière sans passer par une filière REP. ### Pourquoi le parapluie n'a-t-il pas sa propre filière REP ? Aucun texte officiel ne le dit explicitement. C'est une déduction par l'absence : les deux filières voisines les plus plausibles, textile et sport-loisirs, ne le mentionnent ni l'une ni l'autre dans leur périmètre officiel, et l'ADEME le route par défaut vers les ordures ménagères. ## Sources - [ADEME - Que faire de mes objets et déchets : parapluie](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/parapluie/) - [Refashion - Nos champs d'action](https://refashion.fr/nos-champs-daction) - [Légifrance - Code de l'environnement, section REP textile (R543-214 et suivants)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000019075881/) - [Légifrance - Décret n°2021-1213 du 22 septembre 2021](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044087571) - [Ecologic France - La filière des Articles de Sport et de Loisirs et ses univers](https://www.ecologic-france.com/pages/la-filiere-des-articles-de-sport-et-de-loisirs-et-ses-univers) - [Reparapluie - Réparation de parapluies par courrier](https://reparapluie.com/) - [Pluie et Toiles - Upcycling de toiles de parapluies](https://pluietoiles.fr/) --- ## Sac de couchage en fin de vie : quelle filière ? - URL: https://www.recy.net/sac-couchage-fin-de-vie-recyclage-ecomaison/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-05T06:00:00 - Categories: recyclage Tapez « recyclage sac de couchage » et vous obtiendrez à peu près toujours la même réponse : donnez-le, ou mettez-le au bac textile. Aucun résultat ne va plus loin. Aucun ne dit dans quelle filière réglementaire ce produit atterrit réellement, ni ce qui se passe une fois qu'il a quitté votre placard. Ce vide a pourtant une réponse réglementaire précise. Un sac de couchage n'est pas un vêtement au sens de la filière de tri des textiles. C'est un produit rembourré, et cette distinction change tout : elle détermine où le déposer, qui le collecte, et ce qu'il devient. Un sac de couchage usagé relève de la catégorie PRAC (produits rembourrés d'assise et de couchage) de la filière REP Éléments d'Ameublement, gérée par Ecomaison pour le périmètre ménager depuis le 1er octobre 2018. Il se dépose sec, avec les couettes, oreillers, traversins et coussins, dans un point de collecte Ecomaison, pas dans un bac textile Refashion. ## Pourquoi le sac de couchage n'est pas un déchet textile comme un autre ? C'est là que la confusion s'installe, et elle est compréhensible : un sac de couchage a l'apparence d'un textile, avec une enveloppe en tissu et parfois du polyester recyclé dans le garnissage. Sauf que la nomenclature réglementaire ne classe pas les objets selon leur matière apparente, mais selon leur fonction. Un sac de couchage sert à coucher et à isoler du froid, exactement comme une couette. C'est ce critère fonctionnel qui le fait basculer dans la catégorie PRAC. Cette catégorie a rejoint le périmètre de la filière Éléments d'Ameublement le 1er octobre 2018, selon la fiche filière de l'ADEME. Elle n'a jamais relevé de la [filière REP textile pilotée par Refashion](/filiere-rep-textile-2025-vetements/), celle qui gère vêtements, linge de maison et chaussures, ni des points de [dépôt textile classiques](/recyclage-textile-vetements-depots/). Ecomaison le confirme d'ailleurs explicitement sur sa page dédiée à ses filières, où les « sleeping bags » figurent nommément dans le périmètre du mobilier de literie. La conséquence pratique est simple : le geste « au bac textile » que répètent les résultats de recherche est un mauvais geste. Pas dangereux, juste inefficace, puisqu'il n'oriente pas le produit vers la bonne filière de traitement. ## Quelle filière collecte vraiment un sac de couchage ? Depuis l'agrément 2024-2029, [trois éco-organismes se partagent la filière Éléments d'Ameublement](/recyclage-meubles-dea-ecomaison-valdelia-2026/), coordonnés par l'organisme OCABJ : Ecomaison pour le mobilier ménager, Valdelia pour le mobilier professionnel, et Valobat. Pour un particulier qui veut se débarrasser d'un sac de couchage, c'est donc Ecomaison qui est concerné. Le réseau s'est considérablement étoffé ces dernières années. Selon le bilan 2024 d'Ecomaison, relayé par Meuble Info, l'éco-organisme comptait près de 12 000 points de collecte, soit un doublement en deux ans, toutes filières confondues (ameublement, bâtiment, bricolage-jardin, jouets). C'est un maillage qui a de bonnes chances de compter un point à proximité de chez vous, même si aucune source ne détaille la répartition exacte par catégorie de produit. ## Chiffres clés de la filière | Indicateur | Valeur | | ------------------------------------------------------------ | ----------------------------- | | Objectif de collecte filière EA (2026) | 48 % | | Objectif de valorisation filière EA (2026) | 92 % | | Objectif de recyclage filière EA (2026) | 53 % | | Tonnage collecté par Ecomaison (bilan 2024, toutes filières) | plus de 1,7 million de tonnes | | Points de collecte Ecomaison (bilan 2024) | près de 12 000 | | Taux de valorisation constaté (bilan 2024) | 97 % | | Tonnage réemployé (bilan 2024) | plus de 65 000 tonnes | | Éco-participation sac de couchage (base 2018) | 0,18 euro par unité | | Éco-participation oreiller ou coussin (base 2018) | 0,06 euro par unité | Ce dernier écart mérite un mot d'explication. Le barème d'éco-participation, celui que le fabricant ou le distributeur verse pour financer la filière et qui se répercute en général sur le prix de vente, fixe le sac de couchage à 0,18 euro l'unité contre 0,06 euro pour un oreiller ou un coussin, sur la base tarifaire de 2018. Je n'ai pas trouvé le montant actualisé pour 2026, donc je m'arrête là : le chiffre 2018 donne l'ordre de grandeur, pas le tarif en vigueur aujourd'hui. ## Comment déposer son sac de couchage correctement ? La procédure tient en une règle simple, confirmée par un guide grand public consacré aux produits de literie : le sac de couchage se dépose sec, dans le même contenant que les couettes, oreillers, traversins, surmatelas et coussins. L'humidité est la condition à éviter avant le dépôt. C'est d'ailleurs la même logique de tri qu'on retrouve pour le [recyclage des matelas](/recyclage-matelas-filiere-collecte-france/), une autre catégorie de la même filière ameublement. Ce que je n'ai pas pu détailler, faute de source technique, c'est le protocole exact de préparation avant collecte : faut-il retirer la fermeture éclair ou le cordon de serrage avant de déposer le sac ? Aucune des sources consultées ne le précise pour ce produit en particulier. Par prudence, je ne vous donnerai pas de consigne que je ne peux pas sourcer. Le point de collecte local reste le meilleur interlocuteur sur ce genre de détail. J'ai eu le cas récemment avec un client qui gérait un gîte de randonnée et qui renouvelait chaque année une dizaine de sacs de couchage loués aux clients de passage. Sa question était directe : bac textile ou déchèterie ? Aucune des deux réponses n'était la bonne, et c'est précisément ce type de situation qui montre à quel point l'information manque sur ce produit précis. Le [guide des déchets acceptés et refusés en déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide/) reste utile pour savoir ce qu'une déchèterie prend ou refuse en général, mais pour un sac de couchage, c'est bien vers un point Ecomaison qu'il faut se tourner en priorité. ## Avant le recyclage, pensez au réemploi Un sac de couchage encore fonctionnel n'a pas vocation à finir directement dans la filière matière. Plusieurs associations organisent une collecte pour redistribution aux personnes sans-abri, avec une fiabilité de source que je qualifie de moyenne : Robins des Rues à Paris, le réseau étudiant Une Couverture Pour l'Hiver, ou encore Logement Fraternité, qui a distribué plusieurs centaines de sacs de couchage via des associations partenaires lors d'une opération ponctuelle en 2017. Je n'ai pas de vision claire de l'ampleur actuelle de ces réseaux ni de leur couverture géographique, les sources disponibles étant surtout locales ou datées. Ce qui est certain, c'est que le réflexe à avoir avant tout dépôt en filière recyclage, c'est de se demander si le sac peut encore servir tel quel. ## Que devient le sac de couchage après collecte ? Une fois collecté sec avec les autres produits rembourrés de literie, le sac de couchage entre dans un processus d'effilochage. Les fibres textiles récupérées sont ensuite transformées en isolation thermique ou acoustique, en rembourrage industriel, ou valorisées énergétiquement lorsque le recyclage matière n'est pas possible. Selon Ecomaison, plus de 93 % des produits collectés dans cette catégorie connaissent une seconde vie plutôt que l'enfouissement. Je n'ai pas trouvé de détail technique sur la séparation entre l'enveloppe et le garnissage au moment de l'effilochage, ni sur la part respective de chaque débouché selon que le sac est garni de polyester ou de duvet. La filière Éléments d'Ameublement ne publie pas, à ma connaissance, de ventilation aussi fine par sous-catégorie de produit. ## Questions fréquentes ### Où jeter un sac de couchage usé ? Dans un point de collecte Ecomaison, avec les autres produits rembourrés de literie (couettes, oreillers, traversins, coussins). Le sac doit être sec avant le dépôt. Ce n'est pas un vêtement au sens de la filière textile Refashion. ### Le sac de couchage va-t-il dans le bac textile Refashion ? Non. Le sac de couchage relève de la catégorie PRAC de la filière Éléments d'Ameublement, gérée par Ecomaison, et non de la filière REP textile pilotée par Refashion. Ecomaison cite explicitement les sacs de couchage dans son périmètre officiel. ### Quelle est l'éco-participation d'un sac de couchage neuf ? Sur la base tarifaire de 2018, l'éco-participation d'un sac de couchage s'élevait à 0,18 euro par unité, contre 0,06 euro pour un oreiller ou un coussin. Le montant en vigueur pour 2026 n'a pas pu être confirmé. ### Un sac de couchage encore utilisable peut-il être donné plutôt que recyclé ? Oui, et c'est même la première option à envisager. Des associations comme Robins des Rues ou Une Couverture Pour l'Hiver collectent des sacs de couchage encore fonctionnels pour les redistribuer aux personnes sans-abri, en particulier avant l'hiver. ### Que devient un sac de couchage une fois recyclé ? Après effilochage, les fibres textiles récupérées servent à fabriquer de l'isolation thermique ou acoustique, ou du rembourrage industriel. Selon Ecomaison, plus de 93 % des produits rembourrés de literie collectés évitent l'enfouissement et connaissent une seconde vie. ### Qui d'autre gère la filière Éléments d'Ameublement à part Ecomaison ? Depuis l'agrément 2024-2029, trois éco-organismes coordonnés par l'organisme OCABJ se partagent la filière : Ecomaison pour le mobilier ménager, Valdelia pour le mobilier professionnel, et Valobat. Pour un particulier, c'est Ecomaison qui est concerné pour un sac de couchage. ## Sources - ADEME, fiche filières REP Éléments d'Ameublement (EA) : [filieres-rep.ademe.fr](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EA) - Ecomaison, page « Découvrir Ecomaison / Nos filières » : [ecomaison.com](https://ecomaison.com/en/decouvrir-ecomaison/nos-filieres/) - Ecomaison, bilan 2024, relayé par Meuble Info : [meuble-info.fr](https://meuble-info.fr/en-2024-ecomaison-a-obtenu-des-resultats-plus-que-concrets-en-matiere-de-collecte-et-de-volumes-de-matieres-recyclees/) - Monlitparfait.com, guide « Où jeter oreiller / couette » : [monlitparfait.com](https://monlitparfait.com/ou-jeter-oreiller-couette/) - Robins des Rues, collecte de sacs de couchage et couvertures : [robinsdesrues.org](https://www.robinsdesrues.org/Wanted-duvets-et-couvertures) --- ## Radiographies : où les déposer, personne n'est d'accord - URL: https://www.recy.net/recyclage-radiographies-dentaires-medicales-ou-deposer/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-04T06:00:00 - Categories: recyclage Tapez « où jeter mes radios » et vous tomberez partout sur la même phrase : en pharmacie ou en déchèterie. Deux mots, aucune procédure. Rien sur ce que devient le film, rien sur la différence entre le particulier qui a quelques clichés dans un tiroir et le cabinet dentaire qui en a des cartons entiers. Et surtout, rien sur la raison pour laquelle deux sources institutionnelles ne donnent pas le même statut à ce déchet. En clair : un particulier avec quelques clichés passe par sa déchèterie ou par un repreneur qui accepte les petits volumes. Un cabinet dentaire ou un établissement de santé passe par un opérateur spécialisé qui vient collecter sur site. La pharmacie, elle, n'est pas un point de dépôt garanti : sa participation dépend d'initiatives locales, pas d'une filière nationale. ## Le film est-il un déchet dangereux ? Ça dépend qui répond C'est là que le sujet devient intéressant, et c'est le point que le SERP escamote systématiquement. La nomenclature des déchets française, celle de l'annexe II de l'article R.541-8 du code de l'environnement, range le film argentique au chapitre 09, l'industrie photographique. Le code est 09 01 07 : « Pellicules et papiers photographiques contenant de l'argent ou des composés de l'argent ». Dans cette liste, les déchets dangereux portent un astérisque. Le 09 01 07 n'en a pas. Ce qui porte l'astérisque dans ce chapitre, ce sont les liquides : bains de développement, bains de fixation, solutions de récupération d'argent. Pas le support. | Code | Libellé de la nomenclature | Statut | | ---------- | ----------------------------------------------------------------------------------------- | ------------- | | 09 01 07 | Pellicules et papiers photographiques contenant de l'argent ou des composés de l'argent | Non dangereux | | 09 01 08 | Même type de support, sans argent | Non dangereux | | 09 01 06\* | Déchets contenant de l'argent provenant du traitement in situ des déchets photographiques | Dangereux | | 18 01 06\* | Produits chimiques à base de ou contenant des substances dangereuses, soins humains | Dangereux | | 18 02 05\* | Même libellé, volet vétérinaire | Dangereux | Sauf que l'ORDECO, l'observatoire régional des déchets d'Occitanie, écrit exactement l'inverse : les « films radiologiques usagés sont classés comme déchets dangereux car ils présentent un risque toxique pour le milieu naturel, dû à la présence notamment de sels d'argent ». Et il les rattache aux codes 18 01 06\* et 18 02 05\*, ceux du chapitre des soins médicaux et vétérinaires. Les deux positions se défendent. La nomenclature précise que le chapitre à retenir se détermine par la source du déchet, et un cliché sorti d'un cabinet dentaire vient bien d'un établissement de soins, pas d'un labo photo. Mais le libellé de ces codes 18 vise littéralement des « produits chimiques ». Ça colle sans discussion aux bains de développement du cabinet. Beaucoup moins au support film lui-même. Sur ce point précis, je ne tranche pas. Je n'ai trouvé aucun texte qui dise noir sur blanc lequel des deux chapitres l'emporte pour un cliché. Ce que je constate, c'est que ce flou explique à lui seul pourquoi vous lirez une consigne différente sur chaque page. Ce n'est pas de la négligence rédactionnelle, c'est un désaccord réel. ## Où déposer, selon qui vous êtes Le conseil « rapportez vos radios » ne veut rien dire tant qu'on ne précise pas de quel volume on parle. Les opérateurs de la filière, eux, le précisent très bien. ### Le particulier avec quelques clichés Vous avez une enveloppe de radios dentaires ou deux clichés thoraciques dans un placard. Vous n'êtes le client de personne, et il faut l'assumer tout de suite. Valorema, opérateur français spécialisé sur ce flux, l'écrit sans détour sur son propre site : « nous n'avons malheureusement pas la possibilité de récupérer les radiographies des particuliers ayant un stock inférieur à 100 kg de radios ». Cent kilos de film. Personne n'a cent kilos de film chez soi. Et il n'y a pas de filet de sécurité derrière. Je n'ai identifié aucun éco-organisme ni aucune filière à responsabilité élargie du producteur dédiée à ce flux, rien qui ressemble à ce qui existe pour les [appareils électroniques et les DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones). Tout repose apparemment sur des opérateurs privés spécialisés, ce qui change complètement la donne : ils prennent ce qui les intéresse économiquement, et rien d'autre. Restent deux voies praticables. La déchèterie de votre collectivité d'abord, en sachant que les flux acceptés varient d'une commune à l'autre : le [guide des déchets acceptés et refusés en déchèterie](/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide) vaut le coup d'œil avant de charger le coffre. Et le rachat par un repreneur ensuite. Metalcash, société active depuis 2012 et présente en France, en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, affiche 2,00 euros le kilo pour les radiographies argentiques antérieures à 2000, et environ la moitié pour les clichés numériques ou récents. Condition posée par l'opérateur : des « radiographies sèches, sans feuilles, enveloppes, cartons ni papiers, sans mélange avec d'autres déchets ». Autrement dit, vous sortez le film de sa pochette avant l'envoi. Un détail de calendrier à vérifier avant de vous lancer : fin juillet 2026, l'opérateur indiquait des bureaux fermés jusqu'au 9 août, avec un contact par WhatsApp uniquement. ### Le cabinet dentaire C'est le cas le plus mal servi par l'information disponible, et de loin. Ce cas de figure est fréquent : un cabinet garde ses clichés empilés dans une réserve depuis des années. La question tourne en boucle entre le secrétariat et le prestataire DASRI, et personne ne sait la trancher. Normal : le film n'est pas un DASRI. Il n'est pas infectieux, il ne suit pas le bordereau Cerfa 11351 ou 11352 réservé aux déchets d'activités de soins à risques infectieux. C'est un flux à part, avec son propre circuit, et il n'a rien à voir avec les [emballages DASRI réemployables](/dasri-reemployables-decret-mars-2026-experimentation) dont on parle beaucoup en ce moment. Valorema présente son service comme réservé aux professionnels et aux grandes quantités. Un cabinet a donc le statut, sans forcément avoir le volume, et il est de toute façon trop professionnel pour se contenter de la déchèterie municipale. Les sorties qui restent : appeler l'opérateur pour savoir à partir de quel stock il se déplace, stocker au sec en attendant, ou se regrouper avec d'autres praticiens du secteur. À défaut, l'envoi à un repreneur qui accepte les petits lots. Sur la traçabilité, autant le dire tout de suite : je n'ai pas trouvé de texte imposant un bordereau de suivi spécifique au film radiographique argentique hors circuit DASRI. Ce qui est certain, c'est que Trackdechets, la plateforme d'État, trace les déchets dangereux, l'amiante, les fluides frigorigènes, les DASRI et les véhicules hors d'usage. Ce qui ne l'est pas, c'est le périmètre exact d'applicabilité à ce flux, qui dépend directement du désaccord de classification exposé plus haut. Si vous êtes praticien, posez la question à votre prestataire et gardez sa réponse écrite. ### L'établissement de santé Là, tout devient simple, parce que le volume fait exister le marché. Valorema propose une collecte sous 48 heures et des conventions de partenariat pluriannuelles aux établissements de santé. Un hôpital qui vide ses archives ne cherche pas où déposer, il se fait collecter. Le sujet n'existe que pour les petits détenteurs. ## Et la pharmacie ? La réponse honnête, c'est qu'on ne sait pas C'est le conseil le plus répété du web, et le moins étayé de tout ce dossier. Une source secondaire décrit une démarche « de plus en plus encouragée », mais « soumise à certaines conditions », et précise que « certaines pharmacies participent à des campagnes ou partenariats organisés ». Participation variable, ponctuelle, locale. Pas une filière réglementaire. J'ai cherché une confirmation officielle. Sur le site de l'Ordre national des pharmaciens, aucune page dédiée. Sur celui de l'ARS, rien non plus par le chemin que j'ai suivi. Le portail du ministère de la Santé, lui, m'a renvoyé un écran de vérification et je n'ai rien pu y lire du tout, donc je ne peux même pas dire ce qu'il contient. Ce qui ne prouve pas qu'un dispositif n'existe pas. Ça prouve qu'il n'est pas documenté là où un particulier irait naturellement le chercher. Conséquence pratique, la seule qui compte : appelez votre pharmacie avant d'y aller. Si elle participe, tant mieux. Si elle ne participe pas, vous ne lui reprochez rien, elle n'a aucune obligation de le faire. ## Ce que devient le film après la collecte L'argent du film part à l'affinage. Selon Valorema, « après affinage les sels d'argent sont réutilisés dans l'industrie en tant que matière première secondaire », avec deux débouchés cités : les alliages métalliques étain-argent pour la soudure électronique, et la bijouterie. La boucle est amusante quand on y pense. L'argent qui a servi à photographier une molaire en 1997 finit peut-être dans une brasure de carte électronique, laquelle repartira un jour vers une filière de [récupération des métaux précieux de l'électronique](/metaux-precieux-recyclage-or-argent-electronique). Le même métal, deux vies, deux industries qui s'ignorent poliment. C'est exactement la logique de l'[urban mining](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie) : les gisements ne sont plus sous terre, ils sont dans nos tiroirs et nos réserves d'archives. Une nuance technique, en confiance moyenne celle-là. Metalcash rachète aussi des radiographies dites numériques, à un tarif moitié moindre. Ce qui laisse penser qu'il existe des films imprimés à partir d'images numériques, à faible teneur en argent, distincts à la fois du film argentique développé chimiquement et du capteur numérique sans aucun support physique. Je n'ai pas trouvé de source technique indépendante confirmant cette distinction, donc prenez-la comme une hypothèse cohérente avec la grille tarifaire, pas comme un fait établi. ## Questions fréquentes ### Une radiographie est-elle un déchet dangereux ? Ça dépend de la source consultée. La nomenclature de l'annexe II de l'article R.541-8 classe le film argentique en 09 01 07, sans astérisque, donc non dangereux dans cette rubrique. L'observatoire régional ORDECO le classe à l'inverse comme dangereux, via les codes 18 01 06\* et 18 02 05\*. Les deux lectures coexistent. ### Puis-je déposer mes radiographies en pharmacie ? Peut-être, et seulement peut-être. Certaines officines participent à des campagnes ou à des partenariats organisés, mais aucun organisme officiel n'a confirmé de dispositif national. Aucune pharmacie n'est tenue de les reprendre. Appelez avant de vous déplacer, c'est le seul conseil solide. ### Combien vaut un kilo de radiographies ? Metalcash affiche 2,00 euros le kilo pour les radiographies argentiques antérieures à 2000, et environ la moitié pour les clichés numériques ou récents. Le film doit être sec, sorti de ses enveloppes et cartons, et non mélangé à d'autres déchets. Valorema, lui, ne reprend pas les stocks de particuliers en dessous de 100 kg. ### Une radiographie est-elle un DASRI ? Non. Le film n'est pas infectieux et ne relève pas du circuit des déchets d'activités de soins à risques infectieux, ni de ses bordereaux Cerfa 11351 et 11352. C'est un flux distinct, à ne pas confier au prestataire DASRI par défaut sans lui poser la question. ### Un cabinet dentaire doit-il un bordereau de suivi pour ses films ? Aucun texte imposant un bordereau de suivi spécifique au film radiographique argentique n'a pu être identifié. Trackdechets, la plateforme d'État, trace bien les déchets dangereux, mais son applicabilité à ce flux dépend de la classification retenue, qui reste discutée. Faites confirmer par votre prestataire. ## Sources - Nomenclature des déchets, annexe II de l'article R.541-8 du code de l'environnement, texte officiel en PDF : [plateformepemd.developpement-durable.gouv.fr](https://plateformepemd.developpement-durable.gouv.fr/download/codes-dechets-annexe-article-r541-8.pdf) - AIDA, portail réglementaire de l'INERIS, liste de codification des déchets, annexe II de l'article R.541-8 : [aida.ineris.fr](https://aida.ineris.fr/reglementation/liste-codification-dechets-annexe-ii-larticle-r-541-8) - Légifrance, code de l'environnement, sous-section « Classification des déchets », articles R.541-7 à R.541-11-1 : [legifrance.gouv.fr](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000006188955/) - ORDECO, observatoire régional des déchets d'Occitanie, fiche films radiographiques : [ordeco.org](https://www.ordeco.org/dechets/films-radiographiques) - Valorema, conditions de reprise des radiographies argentiques : [radiographies.valorema.com](https://radiographies.valorema.com/) - Valorema, devenir de l'argent après affinage : [radiographies.valorema.com](https://radiographies.valorema.com/recycler-radiographies-argentiques/) - Metalcash, rachat de radiographies médicales, prix et conditions : [metalcash.fr](https://www.metalcash.fr/achat/radio-medicale) - Ecolo-Econom, le rôle réel des pharmacies dans la collecte : [ecolo-econom.fr](https://www.ecolo-econom.fr/recycler-radiographies-pharmacie/) - Trackdechets, plateforme d'État de traçabilité des déchets : [trackdechets.beta.gouv.fr](https://trackdechets.beta.gouv.fr/) - Notice du Cerfa 11351, bordereau de suivi des DASRI : [formulaires.service-public.gouv.fr](https://www.formulaires.service-public.gouv.fr/gf/getNotice.do?cerfaNotice=51814&cerfaFormulaire=11351) --- ## Déchèterie : déchets acceptés, refusés, où les porter - URL: https://www.recy.net/decheterie-dechets-acceptes-refuses-guide/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-08-03T06:00:00 - Categories: dechets « Ça se recycle, je le mets à la déchèterie. » Sauf que la déchèterie refuse plus de choses qu'on ne le croit. Et surtout : la liste des déchets acceptés ou refusés change d'une commune à l'autre. Une bouteille de gaz passe dans les Alpes-Maritimes, elle est recalée dans les Landes. Personne ne vous prévient à l'entrée. En déchèterie, les gros volumes et les déchets spéciaux passent : gravats propres, appareils électriques, batteries, encombrants. Sont refusés partout l'amiante non conditionné, les explosifs, les déchets radioactifs et les médicaments. Entre les deux, une zone grise (bouteilles de gaz, extincteurs, pneus) dépend de votre collectivité. Vérifiez avant de charger le coffre. ## Ce qui passe presque partout La déchèterie existe d'abord pour les flux que la collecte en porte-à-porte ne prend pas. Sur ces catégories, les collectivités sont largement alignées. Les gravats propres d'abord : terre, cailloux, pierres, béton, mortier, ciment, briques, tuiles, céramique. « Propres » veut dire non mélangés. Un tas de gravats souillé d'emballages ou de plâtre bascule en filière « gravats sales », plus chère, ou se fait refuser. Pour le reste des déchets de chantier, la [filière BTP](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction) a ses propres règles. Les déchets d'équipements électriques et électroniques ensuite : gros électroménager, écrans, informatique, petit électroménager, outillage électroportatif. C'est la catégorie [DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones), acceptée dans la quasi-totalité des déchèteries. Les batteries et piles passent aussi, aux côtés des vélos à assistance électrique. Si vous avez surtout des piles à évacuer, les [points de collecte en magasin](/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte) sont souvent plus pratiques qu'un aller-retour à la déchèterie. ## Ce qui est refusé partout, sans exception Quatre familles ne franchissent jamais le portail, quelle que soit la commune. Autant les connaître avant de perdre un trajet. Les explosifs et les munitions : on ne les jette nulle part. On contacte la police, le 17. Les matériaux radioactifs relèvent de l'ANDRA, l'agence nationale des déchets radioactifs. Ce sont des procédures d'urgence, pas des flux de tri. Les médicaments non utilisés ne vont ni en déchèterie ni à la poubelle : uniquement en pharmacie, via la filière [Cyclamed](/cyclamed-medicaments-collecte-bilan-2025). Ça marche plutôt bien, d'ailleurs. En 2025, Cyclamed annonçait 8 289 tonnes rapportées sur un gisement estimé à 9 960 tonnes, soit un taux de collecte de 83 %, contre 77 % en 2024 et 71 % en 2023. Même logique pour les déchets de soins piquants ou coupants issus de l'automédication (les DASRI) : ils se rapportent en pharmacie via le réseau DASTRI, jamais en déchèterie. L'amiante, enfin, est refusée dans les déchèteries ordinaires. Elle part vers des prestataires spécialisés ou des déchèteries amiante dédiées. J'y reviens plus bas, parce que c'est le point le plus mal compris. ## Où porter les déchets que la déchèterie refuse ? Le vrai problème des listes « accepté / refusé » que publient les collectivités, c'est qu'elles s'arrêtent au « refusé ». Elles ne disent pas où aller à la place. Voilà le tableau qui manque, avec sa base réglementaire quand elle existe. | Déchet souvent refusé | Où le déposer à la place | Base | | ---------------------------------------- | ------------------------------------------------------ | -------------------------- | | Bouteilles de gaz | Revendeur : reprise gratuite garantie | Décret n°2016-836 | | Pneus usagés | Distributeur, jusqu'à 8 par an sans obligation d'achat | Décret n°2023-152 | | Petits extincteurs (jusqu'à 2 kg ou 2 L) | Magasin de bricolage ou auto, à l'achat d'un neuf | Min. Transition écologique | | Médicaments | Pharmacie | Filière Cyclamed | | Amiante | Déchèterie amiante dédiée ou entreprise agréée | Réglementation amiante | | Panneaux solaires | Éco-organisme Soren | Filière REP | Sur les bouteilles de gaz, retenez surtout ça : le Décret n°2016-836 du 24 juin 2016 impose que « le metteur sur le marché prend en charge la reprise à titre gratuit des déchets de ses propres bouteilles de gaz ». Autrement dit, votre revendeur la reprend, gratuitement, même sans consigne. J'ai vu un voisin repartir avec sa bouteille sur le siège passager parce que la déchèterie l'avait recalée. Il ignorait qu'il pouvait la rendre à son magasin sans débourser un centime. Les pneus, c'est une nouveauté qui date du 1er janvier 2024 : les distributeurs doivent reprendre vos pneus usagés dans la limite de 8 par an et par personne, sans obligation d'acheter du neuf. C'est le régime national, en plus de la [filière de valorisation classique](/recyclage-pneus-usages-filiere-valorisation). Certaines déchèteries en prennent aussi, mais avec leurs propres quotas. Pour les panneaux photovoltaïques en fin de vie, la collecte passe par l'éco-organisme [Soren](/recyclage-panneaux-solaires-soren-bilan-vague-demantelement-2030), pas par le bac tout-venant. ## La zone grise : pourquoi votre voisin trie différemment C'est le cœur du sujet, et personne ne le dit clairement. Pour toute une série de déchets, la réponse n'est pas « accepté » ou « refusé » : c'est « ça dépend de votre collectivité ». Croiser plusieurs déchèteries le rend flagrant. Prenez les bouteilles de gaz. Le syndicat des Alpes-Maritimes (SMED06) les accepte, à raison d'une par an. Le SICTOM du Marsan, dans les Landes, les refuse et vous renvoie au revendeur. Même déchet, deux réponses opposées, à quelques centaines de kilomètres d'écart. Les petits extincteurs suivent la même logique : acceptés à raison d'un par an dans certaines déchèteries, refusés dans d'autres qui renvoient vers un contrat de maintenance ou un professionnel. Le ministère de la Transition écologique le confirme pour les extincteurs jusqu'à 2 kg ou 2 L : on peut « le déposer en déchèterie, si votre collectivité l'accepte », sinon direction le magasin de bricolage ou d'auto à l'achat d'un neuf. Les pneus, encore : au-delà de la reprise distributeur nationale (8 par an), une déchèterie peut fixer son propre plafond local, par exemple 4 pneus par an, démontés et non souillés. Rien d'harmonisé là-dedans. La conclusion pratique tient en une phrase : ne présumez jamais qu'un déchet spécial passe. Vérifiez pour votre commune. Le tri des emballages du quotidien, lui, est bien plus stable : c'est l'objet de mon [guide du tri sélectif](/guide-tri-selectif-france-2026). ## L'amiante : le cas où l'improvisation coûte cher L'amiante mérite son paragraphe parce que c'est là que les gens se plantent le plus. Première règle : seul l'amiante lié est concerné, celui pris dans un matériau dense (ardoises, dalles de sol vinyle, fibrociment). L'amiante floqué ou friable est refusé, y compris en filière dédiée pour les particuliers. Deuxième règle, le conditionnement. Pour un dépôt en déchèterie amiante dédiée, les déchets doivent être en double ensachage étanche, avec l'étiquetage « amiante » visible. Selon Clikeco, « les déchets de petite dimension peuvent être enfermés dans un sac plastique étanche avec la mention amiante ». Pas d'ensachage conforme, pas de dépôt. Troisième point, la variabilité encore. La Métropole de Lille l'accepte « sous conditions ». Le SIREDOM en Essonne et le SICTOM du Marsan la refusent en déchèterie standard et orientent vers des prestataires spécialisés. Honnêtement, c'est le seul flux où je refuse de vous donner un seuil chiffré : les quantités admises et les modalités varient trop d'un site à l'autre. Renseignez-vous localement, chez votre collectivité, avant de démonter quoi que ce soit. ## Comment connaître les règles de votre déchèterie Puisque tout se joue au niveau local, autant partir de la bonne source. L'ADEME propose un outil officiel, « Que faire de mes déchets », qui localise votre déchèterie et remonte ses consignes. C'est le premier réflexe. Ensuite, le site de votre collectivité ou de votre syndicat de traitement donne la liste à jour des déchets acceptés et refusés, avec les horaires. Et pour les objets encore en état, pensez au réemploi avant la benne : don, ressourcerie, zone de réemploi de la déchèterie quand elle existe. Un objet qui repart n'est plus un déchet. Si vous hésitez sur un emballage courant plutôt que sur un déchet spécial, c'est une autre question : [quelle poubelle pour quoi](/poubelle-jaune-verte-bleue-que-mettre-2026) répond à celle-là. ## FAQ ### Peut-on jeter une bouteille de gaz à la déchèterie ? Ça dépend de votre collectivité. Certaines déchèteries l'acceptent, souvent une par an ; d'autres la refusent. Dans tous les cas, votre revendeur est tenu de la reprendre gratuitement, sans obligation d'achat, en vertu du Décret n°2016-836. C'est la solution la plus sûre. ### Où déposer ses médicaments périmés ou non utilisés ? En pharmacie, uniquement. Les médicaments non utilisés ne se jettent ni en déchèterie ni à la poubelle ordinaire. La filière Cyclamed les collecte via les officines : en 2025, elle affichait un taux de collecte de 83 %, sur un gisement estimé à 9 960 tonnes. ### Combien de pneus peut-on rapporter par an ? Depuis le 1er janvier 2024, les distributeurs reprennent jusqu'à 8 pneus usagés par an et par personne, sans obligation d'acheter du neuf, au titre du Décret n°2023-152. Une déchèterie peut appliquer son propre plafond local, parfois plus bas, en complément de ce régime national. ### L'amiante est-elle acceptée en déchèterie ? Pas en déchèterie ordinaire. Seules des déchèteries amiante dédiées ou des prestataires spécialisés la prennent, et uniquement l'amiante lié, en double ensachage étanche étiqueté « amiante ». L'amiante floqué est refusé. Les conditions varient selon les territoires : vérifiez auprès de votre collectivité. ### Que faire d'explosifs, de munitions ou de matériaux radioactifs trouvés chez soi ? Rien ne se dépose en déchèterie. Pour des explosifs ou des munitions, contactez la police au 17. Pour des matériaux radioactifs, l'ANDRA, l'agence nationale des déchets radioactifs, est l'interlocuteur. Ce sont des procédures d'urgence. ## Sources - [Déchèterie autour de moi - ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/decheterie-autour-de-moi/) - [Décret n°2016-836 du 24 juin 2016 - Legifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032770063) - [Reprise des pneumatiques usagés - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/pneumatiques) - [Petits extincteurs, que faire - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/je-veux-savoir-faire-mes-petits-extincteurs) - [83 % des MNU rapportés, record pour Cyclamed - Le Moniteur des Pharmacies](https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/profession/socio-professionnel/83-des-mnu-rapportes-un-record-historique-pour-cyclamed) - [Déchets acceptés et refusés - SMED06](https://www.smed06.fr/nos-decheteries/dechets-acceptes-et-refuses/) - [Déchets acceptés et refusés - SIREDOM](https://www.siredom.com/decheteries/dechets-acceptes-refuses/) - [Les déchets refusés - SICTOM du Marsan](https://sictomdumarsan.fr/les-decheteries/les-dechets-refuses/) - [Amiante en déchèterie, solutions pour les particuliers - Clikeco](https://clikeco.com/amiante-en-dechetterie-quelles-solutions-pour-les-particuliers/) --- ## CD et DVD usagés : que faire sans filière de recyclage - URL: https://www.recy.net/que-faire-cd-dvd-usages-recyclage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-31T06:00:00 - Categories: recyclage Vous videz un placard et vous tombez sur la pile. Vieux albums gravés, jeux PC oubliés, sauvegardes de photos de 2006. La question arrive vite : que faire de ces CD et DVD usagés ? La mauvaise nouvelle d'abord. En France, ces supports n'ont aucune filière de recyclage dédiée. Ni bac jaune, ni point de reprise magique. La bonne nouvelle : vous avez quand même quatre options propres, et une étape que presque personne ne mentionne quand il s'agit de disques qui contiennent vos données. En clair : vos CD et DVD n'ont pas de filière de recyclage dédiée en France. En bon état, donnez-les (Emmaüs, ressourceries, médiathèques, rachat via Momox ou Gibert). Abîmés, direction la déchèterie ou les ordures ménagères. Un disque qui contient des données sensibles se détruit physiquement avant de partir. ## Pourquoi vos CD/DVD n'ont-ils aucune filière de recyclage ? Ce n'est pas un oubli. C'est un choix assumé, et vieux. Position du ministère de l'Écologie publiée au Journal officiel du 31 octobre 2006, citée par plusieurs sources : les déchets issus des CD et DVD ne sont pas dangereux, leur traitement en mélange avec les ordures ménagères ne pose pas de problème particulier, donc pas de filière spécifique prévue. Vingt ans plus tard, rien n'a bougé. L'ADEME liste 19 filières REP (responsabilité élargie du producteur) en vigueur en France : meubles, jouets, textiles, équipements électriques, pneus, médicaments… Les supports optiques n'y figurent pas. Une question parlementaire (n°13024, déposée par le député Michel Sala) a bien relancé le sujet, mais elle a été close le 11 juin 2024 pour fin de mandat, sans réponse ministérielle. Aucune suite depuis. Le problème, c'est qu'un CD n'est pas rien. Selon cette même question parlementaire, un CD, DVD ou Blu-ray est composé à environ 90 % de polycarbonate, plus de l'aluminium, des vernis et des pigments. Du plastique technique de bonne qualité, jeté avec le tout-venant. C'est exactement le genre d'incohérence qu'on retrouve sur d'autres objets [sans filière malgré une matière récupérable, comme les cartes en PVC](/recyclage-cartes-pvc-fidelite-puce-filiere-france). Résultat concret quand vous les déposez en déchèterie ou aux ordures ménagères : ils sont incinérés, parfois avec récupération de chaleur pour produire de l'énergie, ou enfouis en installation de stockage. Pas recyclés. Brûlés ou enterrés. ## Faut-il donner ou jeter vos CD/DVD ? Règle simple. Un disque lisible et en bon état ne se jette pas, il se donne. L'ADEME recommande le réemploi en priorité : association, structure de réemploi, bibliothèque ou médiathèque si elles acceptent la reprise. Sur le terrain, ça veut dire quoi ? Ressourceries, Emmaüs, magasins solidaires pour le don. Momox ou Gibert pour le rachat si vos titres ont une valeur de revente. Les [ressourceries municipales font vivre ce circuit du réemploi](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france) au quotidien, autant s'en servir. Le disque est rayé, illisible, cassé ? Là, direction la poubelle des ordures ménagères ou la déchèterie. Un détail que tout le monde rate : le boîtier plastique n'a pas non plus de filière nationale, il suit le disque. Mais la pochette ou le livret en papier, eux, vont dans le bac de tri des emballages et papiers. Séparez-les. Un annuaire communautaire (OuRecycler) recense environ 1 550 points de collecte pour CD/DVD en France, mais méfiance : ce sont des dépôts déclarés par les internautes, pas des points de reprise officiels d'une filière. Vérifiez avant de vous déplacer. Voici les quatre options réelles, avec leurs conditions : | Option | Pour quoi | Conditions | | ------------------------------ | --------------------------------------- | ----------------------------------------------------------------------------------- | | Don / réemploi | Disques lisibles, en bon état | Emmaüs, ressourceries, médiathèques ; Momox ou Gibert pour le rachat | | Déchèterie / ordures ménagères | Disques abîmés, illisibles | Bac plastique dur ou tout-venant selon la collectivité ; séparer la pochette papier | | TerraCycle Zero Waste Box | Démarche zéro déchet à domicile | Boîte payante (prix non communiqué publiquement), plusieurs tailles | | Prestataire pro (type Confia) | Disques contenant des données sensibles | Destruction certifiée, bordereau de suivi, conformité RGPD | Petite parenthèse honnête : la boîte TerraCycle existe, je l'ai cherchée, mais impossible de vous donner un prix fiable. La page française était morte au moment de la vérification et la version anglaise ne l'affichait pas. Donc oui, ça existe, mais je ne vous vends pas un chiffre que je n'ai pas. ## Comment effacer vos données avant de vous en séparer ? C'est le vrai angle mort. La [CNIL détaille comment effacer un ordinateur, un téléphone ou une tablette](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) avant de s'en séparer. Sa page dédiée ne dit pas un mot des supports optiques. Or un CD gravé de vos relevés bancaires, ça reste des données personnelles bien réelles. Et là, tout dépend d'une lettre. | Support | Effacement logiciel | Ce que ça implique | | ------- | ------------------- | ----------------------------------------------------------------------------------------- | | CD-R | Impossible | Gravure définitive de type WORM. Seule la destruction physique garantit l'irréversibilité | | CD-RW | Possible | Réinscriptible jusqu'à 1 000 à 2 000 cycles selon les fabricants, réécriture possible | Un CD-R, c'est une gravure sans retour. Structure en cinq couches (polycarbonate, couche chimique, couche métallique, couche protectrice, face supérieure), et une écriture qu'on ne peut pas réellement défaire par logiciel. Vous voulez être tranquille ? Vous le cassez. Physiquement. Pas de demi-mesure. Le CD-RW, lui, se réécrit. Technologie à changement de phase, réinscriptible plusieurs milliers de fois. Un effacement logiciel est possible. Reste que pour du vraiment sensible, je casserais quand même. Pour un volume important de disques confidentiels (une entreprise qui archivait ses données sur CD-ROM, par exemple), il existe des prestataires spécialisés. Confia, entre autres, propose une destruction par broyeurs industriels sur site ou hors site, avec bordereau de suivi des déchets, certificat de destruction, norme DIN 66399, intervention sous 72 heures et conformité RGPD. C'est le même réflexe que pour [les serveurs et data centers en fin de vie](/recyclage-serveurs-data-centers-2026) : on ne fait pas confiance, on trace. Anecdote de terrain : j'ai vu un cabinet garder des cartons de CD-R d'archives « au cas où », sans jamais réaliser que chaque disque était une fuite de données potentielle en accès libre. Le disque optique a ce défaut de paraître inoffensif. Il ne l'est pas. ## Peut-on vraiment recycler la matière d'un CD ? Techniquement, oui. Le polycarbonate est un plastique qui se refond quasiment à l'infini. Un recycleur français comme Hubency décrit le process : tri manuel pour retirer les plastiques qui ne sont pas du polycarbonate, broyage, lavage et séchage, fonte des granulés, thermoformage. Le polycarbonate porte le code plastique 7. Débouchés : pièces automobiles, boîtiers d'appareils électroniques, verres de lunettes. Côté recherche, une étude de l'université de Palerme (La Mantia et al., revue Polymers, janvier 2023) décrit un procédé plus fin : un traitement par ultrasons dans une solution d'ammoniaque diluée (0 à 0,75 % en poids), entre 20 et 50 °C, qui retire complètement les couches d'aluminium, de vernis et d'étiquettes en 15 à 200 minutes. Le polycarbonate récupéré reste réutilisable après deux cycles d'extrusion, à condition d'être séché au préalable. Alors pourquoi ça n'arrive pas dans votre bac ? Parce que sans filière, sans collecte organisée, sans flux régulier, ces procédés n'ont pas de gisement à traiter. La technique existe. La logistique, non. C'est là que j'ai le moins de certitudes sur la suite : tant qu'aucun éco-organisme n'est mandaté, ça restera de la R&D et des initiatives isolées, pas une [filière de recyclage à l'échelle nationale](/filieres-recyclage-france-panorama-2026). Le vrai sujet reste en amont. Le meilleur CD, c'est celui qu'on ne rachète pas. Dématérialisation, streaming, disque dur : la vraie réduction se joue avant l'achat, comme pour [tout ce qui finit incinéré faute de mieux](/que-devient-plastique-recycle). ## FAQ ### Peut-on mettre les CD et DVD dans la poubelle jaune ? Non. Les CD et DVD n'ont pas de filière de recyclage dédiée en France et ne se trient pas dans le bac jaune. Déposez-les en déchèterie ou avec les ordures ménagères s'ils sont inutilisables. La pochette en papier, elle, peut aller au tri. ### Où donner ses vieux CD et DVD en bon état ? À une association, une structure de réemploi, une bibliothèque ou une médiathèque qui accepte la reprise. En pratique : ressourceries, Emmaüs, magasins solidaires. Pour les revendre, Momox et Gibert rachètent les titres qui ont une valeur marchande. ### Comment détruire un CD contenant des données personnelles ? Un CD-R se grave définitivement (type WORM) : l'effacement logiciel est impossible, seule la destruction physique garantit l'irréversibilité. Cassez-le. Un CD-RW est réinscriptible, donc effaçable, mais pour des données sensibles la destruction physique reste plus sûre. ### Le boîtier plastique du CD se recycle-t-il ? Non plus. Le boîtier plastique n'a pas de filière de recyclage nationale : il part avec les ordures ménagères ou en déchèterie. Seule la pochette ou le livret en papier se jette dans le bac de tri des emballages et papiers. ## Sources - [ADEME - Que faire de mes CD-ROM ?](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/cd-rom/) - [ADEME - CD, DVD, cassette avec ou sans boîtier](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/cddvd-cassette-avec-ou-sans-boitier/) - [ADEME - Liste des filières REP en vigueur](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-rep) - [Assemblée nationale - Question écrite n°13024 (Michel Sala)](https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-13024QE.htm) - [Consommer Durable - Où jeter ses vieux CD et DVD (citation JO 31 octobre 2006)](https://www.consommerdurable.com/2010/01/ou-jeter-des-vieux-cd-dvd-comment-recycler-des-vieux-cd-dvd/) - [La Mantia et al. - A Green Approach for Recycling Compact Discs, Polymers 2023](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9921742/) - [Hubency - Recyclage du polycarbonate](https://www.hubency.com/dechets-valorises/plastiques/polycarbonate/) - [Confia - Destruction de CD-ROM, DVD et clés USB](https://www.confia.fr/dechets-deee/destruction-cd-rom-dvd-cle-usb/) - [CNIL - Effacer ses données avant de se séparer d'un appareil](https://www.cnil.fr/fr/effacer-ses-donnees-dun-ordinateur-dun-telephone-ou-dune-tablette-avant-de-sen-separer) - [Chiche (makesense) - Que faire de ses vieux CD, DVD et cassettes](https://chiche.makesense.org/media/environnement/titre-que-faire-de-ses-vieux-cd-dvd-cassettes-et-autres-antiquites) - [Wikipédia - Disque compact enregistrable](https://fr.wikipedia.org/wiki/Disque_compact_enregistrable) --- ## Recycler sa carte de fidélité en PVC : ça marche ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-cartes-pvc-fidelite-puce-filiere-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-30T06:00:00 - Categories: dechets Votre portefeuille déborde de cartes en plastique, et un jour vous en jetez une. Où va-t-elle ? Aux ordures ménagères. Point. Le recyclage des cartes de fidélité en PVC n'a pas de filière grand public en France. Pas de bac dédié ni de point de collecte en magasin, aucune consigne officielle. L'ADEME est claire : une carte à puce sans données personnelles part avec vos déchets classiques, direction incinération ou enfouissement. Je suis parti chercher la filière propre qui recycle ces cartes. Je ne l'ai pas trouvée. Ce que j'ai trouvé, c'est un malentendu qui arrange à peu près tout le monde. ## La réponse courte, avant tout le reste Une carte de fidélité classique, c'est du PVC. Ce plastique représente environ 98 % du poids du corps d'une carte, selon ADIMAS, un recycleur français spécialisé. Sur le principe, le PVC se recycle bien : il peut repasser en boucle jusqu'à huit fois sans perdre ses qualités. Donc côté matière, tout va bien. Sauf que le PVC rigide n'entre pas dans votre bac de tri. L'ADEME le rappelle : ce n'est pas un emballage, il n'a rien à y faire. Une carte dans le bac jaune, c'est une erreur de tri, pas un geste écolo. Et il n'existe aucune fiche « carte de fidélité » sur le site officiel de l'ADEME. Deux fiches seulement : « carte à puce » et « carte RFID ». La fidélité, elle, tombe dans un trou. ## Pas de filière, et ce n'est pas un hasard Le problème est économique. Séparer la piste magnétique, l'antenne RFID et la puce d'un corps en PVC, c'est compliqué et coûteux. Les volumes français restent faibles. Résultat : les grands émetteurs de cartes n'ont jamais envisagé le recyclage généralisé, et personne ne s'est battu pour monter une filière que rien n'oblige à créer. Aucune REP dédiée aux cartes plastiques non plus. La loi Lagarde parle bien de « cartes de fidélité plus responsables », mais elle encadre le crédit à la consommation associé, pas l'environnement. Rien à voir avec le recyclage. Le genre de raccourci qu'on lit souvent et qui envoie sur une fausse piste. Pour comparer, le smartphone, lui, a sa filière organisée : voir comment [recycler ses appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) via le circuit DEEE. La carte de fidélité, non. ## La puce change tout (ou rien) Ici, une nuance que la plupart des articles oublient. Toutes les cartes de fidélité ne se valent pas. - Carte à puce ou RFID : elle contient un composant électronique. Elle est classée déchet DEEE, catégorie 6, et suit en théorie la filière DEEE (démantèlement, dépollution si besoin, tri des composants). - Carte à code-barres ou bande magnétique : pas d'électronique. Du plastique pur. Aucune filière DEEE ne s'applique, retour aux ordures ménagères. Or une grande partie des cartes de fidélité de la grande distribution et des petits commerces sont dans le second cas : du PVC simple, un code-barres imprimé, rien d'autre. C'est justement cette absence de puce qui les exclut de tout circuit et les renvoie à la poubelle. Donc quand on vous dit « les cartes se recyclent via la filière DEEE », c'est vrai pour une minorité de cartes à puce, faux pour la carte de supermarché lambda. ## Les seuls qui recyclent vraiment ces cartes Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cartouches d'encre : le vrai taux de collecte reste flou](/recyclage-cartouches-encre-toner-france). Des acteurs traitent bien les cartes à puce. ADIMAS, fondée en 1994, s'est spécialisée sur ce déchet depuis 2017-2018. Sa méthode : du mécanique bas carbone, détection et séparation des métaux et du plastique, broyage, tri en flux distincts, à la cadence d'une carte par seconde. ADIMAS accepte cartes bancaires, SIM, transport, Vitale, cadeaux, fidélité, carburant, badges d'accès. Elise, acteur de l'économie sociale et solidaire, fait un travail proche : 50 sites en France, plus de 20 000 entreprises clientes, des machines qui séparent automatiquement plastiques, métaux et puces. Elise chiffre à environ 10 milliards le nombre de cartes à puce livrées chaque année dans le monde. Le mot qui compte : entreprises. Ces solutions sont B2B. Elles collectent auprès de banques et d'émetteurs, pas auprès de vous avec votre tiroir de vieilles cartes de supermarché. Aucun point de collecte grand public équivalent aux bornes à piles n'existe pour la fidélité. Sur le gain, ADIMAS annonce 94 % d'émissions de CO2 évitées avec son PVC recyclé face au PVC vierge (168 contre 2 820 gCO2eq/kg, calcul propre à ADIMAS, à prendre comme tel). Elise, de son côté, avance que 2 millions de cartes bancaires recyclées, c'est 500 kg de métaux récupérés. Un chiffre traîne partout : 400 tonnes de déchets plastiques par an. Attention, il concerne les cartes bancaires françaises, pas les cartes de fidélité. Personne n'a de tonnage fiable pour la fidélité seule. Ne mélangez pas les deux. ## Le vrai geste est en amont Recycler une carte qui n'a pas de filière, c'est courir après le problème. Le bon geste se situe avant : changer de matériau, ou ne pas produire la carte du tout. Quelques commerçants passent au bois. WoodFid, produite par Gifts for Change, mise sur du bouleau finlandais certifié FSC, sans plastique, à partir d'environ 0,38 € l'unité. D'autres proposent du PLA mêlé de fibres de bois : Edikio annonce un impact inférieur de 42 % à une carte PVC (source commerciale, à vérifier avant d'y croire). Et il existe du PVC recyclé pour ceux qui ne veulent pas quitter le plastique. Attention quand même au réflexe « bioplastique = propre ». Le sujet est plus tordu que ça, j'en ai parlé à propos des [bioplastiques, cette fausse bonne idée](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage/). Un matériau compostable mal orienté ne vaut pas mieux qu'un PVC bien géré. Le fond du problème reste la dématérialisation. La carte la plus écolo, c'est celle qu'on n'imprime pas : une appli, un QR code, un numéro de téléphone donné en caisse. Et pour le reste de vos déchets, savoir où les mettre au bon endroit, les [applis de tri](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026/) font le job mieux que la mémoire. ## Mon verdict Pour une carte de fidélité en PVC aujourd'hui en France : pas de filière grand public ni de bac magique, aucune consigne. La poubelle classique pour la carte simple, le retour à l'agence pour la carte bancaire périmée, et c'est à peu près tout. Le reste est du marketing. La seule vraie avancée ne viendra pas du recyclage. Elle viendra des enseignes qui arrêtent d'imprimer du plastique pour un programme de points. En attendant, [ce que devient le plastique recyclé](/que-devient-plastique-recycle/) reste une meilleure question que « où je recycle ma carte », parce que la réponse à celle-là, c'est : nulle part. ## Sources - [ADIMAS : Les enjeux du recyclage des cartes à puce](https://adimas.paris/les-enjeux-du-recyclage-des-cartes-a-puce/) - [ADIMAS : Émissions de CO2 évitées du PVC recyclé](https://adimas.paris/emissions-de-co2-evitees-du-pvc-recycle-des-cartes-a-puce/) - [ADEME : Carte à puce (bancaire, téléphone, identité)](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/carte-a-puce-bancaire-de-telephone-didentite/) - [ADEME : Carte RFID](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/carte-rfid/) - [ADEME : Emballages en plastique](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/emballages/emballages-en-plastique/) - [Elise : Recycler les cartes à puce](https://www.elise.com.fr/recycler-cartes-a-puces/) - [Fédération nationale des Caisses d'Épargne : Seconde vie des cartes bancaires](https://www.federation.caisse-epargne.fr/actualites/seconde-vie-cb/) - [Gifts for Change : WoodFid, carte de fidélité écologique](https://www.giftsforchange.fr/woodfid-carte-de-fidelite-ecologique/) - [Edikio : Carte PLA/bois](https://fr.edikio.com/carte-pla-bois-optez-pour-une-alternative-durable/) - [VinylPlus : Progress Report 2025](https://www.vinylplus.eu/our-achievements/progress-report-2025/pathway-1/) --- ## Cheveux de coiffeur : le déchet qui éponge le pétrole - URL: https://www.recy.net/recyclage-cheveux-coiffure-depollution-hydrocarbures/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-29T06:00:00 - Categories: valorisation Chez le coiffeur, vos cheveux coupés tombent par terre, on les balaie, ils partent à l'incinérateur avec le reste. Fin de l'histoire pour presque tout le monde. Sauf qu'une petite filière a décidé que ce déchet-là valait mieux que la benne. Le recyclage des cheveux existe en France, il est structuré, et il sert à éponger des hydrocarbures dans les ports. Je suis tombé sur le sujet en croyant à un gadget vert de plus. J'en suis ressorti moins sûr de moi. ## Pourquoi une fibre morte boit le gasoil Commençons par le seul point qui ne se discute pas : la physique du cheveu. Un cheveu est oléophile, lipophile si on veut faire savant. Sa cuticule, la couche externe de la fibre, fixe les corps gras : huiles, graisses, hydrocarbures. Elle repousse l'eau et retient le gras. Une éponge à pétrole naturelle, et là-dessus, aucune étude ne le conteste. Ce n'est même pas une idée neuve. Lors de la marée noire de l'Amoco Cadiz, sur les côtes bretonnes en 1978, des cheveux avaient déjà servi à récupérer du pétrole, selon plusieurs articles de presse qui rappellent l'épisode. La propriété est la même que celle qu'on exploite pour piéger les [huiles usagées](/recyclage-huiles-usagees-collecte-valorisation/) : le gras appelle le gras. L'idée a dormi quarante ans. Une poignée de gens l'a réveillée. ## Le circuit, de la nuque au boudin Tout part d'un homme, Thierry Gras, coiffeur dans le Var, qui fonde l'association Coiffeurs Justes en 2015, à Brignoles. Le principe est bête comme chou : le salon partenaire remplit un sac avec les cheveux coupés et le renvoie. Un euro le sac de 40 litres, l'équivalent d'environ 300 coupes. Des marques comme Wella, Revlon, Gaia ou Jacques Seban financent une partie des sacs de collecte. Début 2024, dernière donnée publique fiable, plus de 5 500 salons jouaient le jeu, en France, en Allemagne, au Portugal et en Italie. De quoi accumuler 350 tonnes de cheveux en stock. Puis vient la deuxième moitié de la chaîne. En 2021, la société Ecofhair reprend la matière pour la transformer. Pas une start-up de garage : c'est une société à mission, filiale de Serpol, elle-même dans le groupe Serfim, qui dépollue des sols depuis 1983. Ces gens connaissent les hydrocarbures. Ils fabriquent les boudins Capisorb, à base de cheveux recyclés et de bas de contention et collants récupérés dans les hôpitaux. La fabrication tourne à Draguignan, avec quatre salariés en insertion professionnelle, cinq emplois nés du partenariat. Une [filière courte et traçable](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/), du salon au port, sans détour par l'autre bout du monde. Ça, c'est rare, et ça mérite d'être noté. ## Le chiffre que tout le monde répète sans jamais le vérifier Voilà où je tique. Partout, le même chiffre revient : un kilo de cheveux absorberait 8 litres d'hydrocarbures. Joli, rond, viral. Sauf que personne ne remonte à la source. On l'attribue à une étude de la NASA de 1998, qui parlait en réalité d'un gramme de cheveu pour environ cinq grammes d'huile, un ratio poids pour poids, pas des litres par kilo. Le glissement de « 1 pour 5 » à « 8 litres le kilo » s'est fait en salle de rédaction, jamais dans un labo qu'on puisse retrouver. Je ne dis pas que c'est faux. Je dis que personne ne peut le prouver, et qu'un chiffre recopié en boucle sans qu'aucun journaliste ne mette la main sur l'étude, ça sent le storytelling. J'ai vu passer trop de promesses écolo bâties sur un nombre orphelin pour gober celui-là les yeux fermés. Le seul chiffre que je veux bien garder est daté et signé. Thierry Gras l'a dit pour son propre produit : un boudin d'un mètre absorbe jusqu'à cinq litres de carburant. C'est une donnée commerciale, sur un objet fini, pas une loi de la nature. Mais au moins, elle a un auteur, un contexte et une date. Le reste, méfiance. ## Marseille, le test grandeur nature Le déploiement le plus visible, c'est au Vieux-Port de Marseille. Le 28 mars 2023, une ligne flottante de 30 mètres de boudins Capisorb a été posée à la station-service Nouvelle Aire, avec une installation jumelle au port de la Pointe-Rouge. Avant ça, le port de Cavalaire était équipé depuis juillet 2021, le port Heraclea depuis 2020. La cible affichée par Ecofhair, ce sont les 13 millions de plaisanciers français et les fonds de cale gras qu'ils traînent. Est-ce que le cheveu bat tout le reste ? Non, et il faut le dire. Une étude comparative de 2018 conclut que les barrages à base de cheveux adsorbent mieux le pétrole brut que ceux en sous-produits du coton, mais moins bien que les barrages en polypropylène synthétique. Le cheveu n'est pas le meilleur absorbant du marché. Son intérêt, c'est d'être un déchet local, gratuit à la source, réemployable, là où le polypropylène est un plastique neuf de plus dans la mer. Pour lutter contre la [pollution des océans par les hydrocarbures](/plastique-oceanique-recycle-marques-dechets-marins/), un absorbant qu'on n'a pas eu à fabriquer, ça compte. Est-ce que ça change l'échelle du problème des marées noires ? Honnêtement, je n'en sais rien. On parle de fuites de port et de cales de bateau, pas de superpétroliers éventrés. C'est une brique, pas une solution miracle. À ce stade, c'est déjà pas mal. ## Le cheveu ne sert pas qu'à ça Le boudin dépolluant, c'est la partie spectaculaire, celle qui fait les articles. Mais la fibre a d'autres débouchés, et certains sont plus discrets. Au jardin d'abord. Un cheveu contient 15 à 20 % d'azote, contre 1,5 à 3 % pour un déchet vert classique, d'après les spécialistes du compost. Il se décompose en 6 à 12 mois selon les conditions. Bref, une réserve d'azote à libération lente qu'on peut glisser dans un [compost ou un paillage de déchets verts](/dechets-verts-jardinage-valorisation-france-guide/) au lieu de l'incinérer. Le bâtiment ensuite : Coiffeurs Justes travaille sur des panneaux isolants avec une conductivité thermique annoncée à 38 mW/m.K, sous le nom Sol-Hair Insulation. L'association évoque aussi une extraction de kératine pour des cosmétiques, un usage que je prends avec des pincettes tant qu'il n'y a pas de produit sur les rayons. Un déchet qui pue le cliché du gadget vert, et qui pourtant coche plusieurs cases : dépollution, isolation, amendement. Rare pour une matière qu'on jetait sans y penser. ## Ce qui coince encore Reste le vrai sujet, celui qu'on oublie derrière les jolis boudins. Le gisement national de cheveux coupés tournerait entre 3 000 et 4 000 tonnes par an selon les estimations de la filière, sans chiffre officiel de l'ADEME pour trancher. Et l'essentiel part toujours à l'incinérateur. Collecter 350 tonnes en cumul face à ce volume annuel, ça reste une goutte. Mon avis, sans détour : la filière est propre et courte, portée par des gens sérieux. Le procédé tient debout. Ce qui manque, ce n'est pas la technique, c'est le volume et une obligation qui pousserait les salons à collecter par défaut plutôt que par conviction. Tant que ça repose sur la bonne volonté d'un coiffeur du Var, ça restera beau et minuscule. Une dernière chose, pour vous : si votre coiffeur ne collecte pas, posez-lui la question. Un sac à un euro, ce n'est pas la ruine, et vos cheveux valent mieux que la poubelle grise. ## Sources - [Coiffeurs Justes, site officiel](https://coiffeurs-justes.com/) - [Ecofhair, site officiel](https://ecofhair.com/) - [Coiffeurs Justes structure une filière de recyclage des cheveux, Biblond](https://www.biblond.com/environnement-coiffeurs-justes-la-premiere-filiere-de-recyclage-du-cheveu/) - [Des boudins de cheveux pour dépolluer le Vieux-Port de Marseille, Made in Marseille](https://madeinmarseille.net/134857-boudins-de-cheveux-depolluer-vieux-port-de-marseille/) - [Des cheveux pour lutter contre les déversements de pétrole ?, Agence Science-Presse](https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/detecteur-rumeurs/2020/08/24/cheveux-pour-lutter-contre-deversements-petrole-vrai) - [Ecofhair, entreprise du groupe Serfim](https://www.serfim.com/en/les-entreprises-serfim/ecofhair/) - [Ecofhair, des tonnes de cheveux pour dépolluer la mer, Expressions Vénissieux](https://www.expressions-venissieux.fr/2023-06-19-ecofhair-des-tonnes-de-cheveux-pour-depolluer-la-mer/) - [Le cheveu, un déchet à composter, Les Compostiers](https://lescompostiers.org/compost-cheveux-dechet/) --- ## SERD 2026 : recycler ne nous sauvera pas de l'ultra-conso - URL: https://www.recy.net/serd-2026-ultra-consommation-fast-tech-fast-fashion/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-28T06:00:00 - Categories: dechets Sept millions de vêtements neufs mis sur le marché chaque jour en France. Ce seul chiffre, avancé par l'éco-organisme Refashion, résume ce que la SERD 2026 va tenter d'attaquer de front. La Semaine européenne de la réduction des déchets se tiendra du 21 au 29 novembre 2026, et pour une fois l'ADEME ne tourne pas autour du pot : le thème français, c'est l'ultra-consommation. Fast-tech, fast-fashion, fast-déco. Les trois moteurs qui remplissent nos poubelles plus vite qu'on ne les vide. Je vais être direct. Ça fait des années qu'on nous vend le recyclage comme la solution. Ce n'est pas faux, c'est secondaire. Le vrai moyen d'agir est ailleurs, et la SERD 2026 a le mérite de le nommer noir sur blanc. ## La loi qui tombe au bon moment Commençons par l'actualité qui donne du poids au thème de cette année. Le 29 juin 2026, le Parlement a adopté définitivement la loi contre l'ultra fast-fashion. Un malus financier progressif, jusqu'à 20 euros par pièce en 2030, plafonné à 50 % du prix du produit. Cible nommée : Shein, Temu, AliExpress. À noter, le volet interdiction de publicité a été suspendu, jugé incompatible avec le droit européen. Le texte est adopté, pas encore promulgué au Journal officiel. Pourquoi cette loi maintenant ? Regardez la cadence de ces enseignes. Une plateforme d'ultra fast-fashion sort plus de 7 200 nouveaux modèles de vêtements par jour et propose plus de 470 000 références, soit environ 900 fois plus qu'une enseigne française classique. Aucune filière de tri n'absorbe ça. La [circularité de façade de la fast-fashion](/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade/), on la connaît : elle sert surtout à verdir une machine à produire du jetable. ## Ultra-conso, c'est le thème français, pas européen Petite précision qui compte, parce que beaucoup vont confondre. « Ultra-consommation », c'est la déclinaison française portée par l'ADEME. À l'échelle européenne, la SERD est coordonnée par l'EWWR, et son thème-cadre pour 2026 s'intitule autrement : « Material Sufficiency », la sobriété matérielle. Repenser combien on consomme et ce dont on a vraiment besoin. Les deux ne se contredisent pas. La sobriété matérielle, c'est le concept générique ; l'ultra-conso à la française en est l'illustration concrète. Mais si vous lisez « ultra-consommation » présenté comme le thème officiel européen quelque part, c'est faux. C'est la version ADEME. ## Recycler arrive en troisième position Voilà le cœur du sujet. La hiérarchie des déchets, fixée par la directive européenne de 2008, est limpide : prévention d'abord, puis préparation au réemploi, puis recyclage, puis valorisation énergétique, et l'élimination en dernier. Le recyclage arrive en troisième. Troisième. On l'oublie tout le temps. Prenez le numérique. Selon la page thématique de la SERD 2026, 60 % de l'impact environnemental du numérique provient de la fabrication des appareils. L'étude ADEME-Arcep, elle, mesure un indicateur différent : près de 80 % de l'empreinte carbone des terminaux se joue à la fabrication. Deux chiffres, deux méthodes, une même conclusion. Le mal est fait avant même que vous ayez déballé le téléphone. Et 63 % des smartphones utilisés en France ont moins de deux ans, selon l'ARCEP. Le recyclage d'un appareil qu'on aurait pu garder trois ans de plus, c'est déjà un demi-échec. Avant de [recycler vos appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/), gardez-les. Côté textile, même logique implacable. Le textile est le 4e poste d'impact environnemental dans l'UE, derrière l'alimentation, le logement et les transports. Et le recyclage ne rattrape presque rien : seulement 1 % des fibres textiles servent à fabriquer de nouveaux vêtements, selon la Commission européenne. Le reste ? Il faut 7 000 litres d'eau pour produire un jean bas de gamme à 20 euros, d'après l'ADEME. Et une partie de nos habits usagés finit à l'autre bout du monde : plus de 15 millions de vêtements arrivent chaque semaine en Afrique de l'Ouest, le Ghana en reçoit environ 160 tonnes par jour, dont près de 40 % partent en décharge à ciel ouvert. Voilà à quoi ressemble le « recyclage » de la fast-fashion vu de près. La [réforme de la REP textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/) essaie de reprendre la main, mais elle court derrière un robinet ouvert en grand. L'ADEME avance aussi, à l'occasion de la SERD 2026, que 81 % de l'empreinte carbone des Français serait liée aux biens et services qu'ils consomment. Le chiffre est affiché par l'agence sur sa page thématique. Il dit une chose simple : ce qu'on achète pèse bien plus que ce qu'on trie. Est-ce que taper sur la production suffira ? J'ai un doute honnête. Tant que la demande est là, l'offre trouve un chemin. Mais s'attaquer d'abord à la source, c'est au moins viser le bon bout du problème. ## Ce que la SERD attend sur le terrain La SERD, c'est d'abord un label. Dès septembre, associations, collectivités, entreprises et écoles déposent leurs actions, réparties en six catégories : prévention, prévention des déchets dangereux, gaspillage alimentaire, compostage, réemploi et réparation, nettoyage. Des ateliers de réparation, des ressourceries, des repair cafés, des donneries. Ça marche, quand c'est bien fait. L'édition 2025, centrée sur les déchets électroniques, avait rassemblé 13 107 actions dans 33 pays, dont 44 % en France, et sensibilisé environ 2,3 millions de personnes dans le pays. Un outil concret existe déjà toute l'année pour prolonger la durée de vie des objets : l'indice de réparabilité, noté sur 10 et obligatoire depuis 2021 sur les smartphones et plusieurs appareils. Le regarder avant d'acheter, c'est de la [prévention au sens de l'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/), pas du tri. ## En pratique, pour vous Sur le terrain, j'ai vu des collectivités monter d'excellents ateliers réparation pendant la SERD, pleins à craquer, puis plus rien les cinquante et une autres semaines. Une semaine de sobriété ne compense pas onze mois d'ultra-conso. C'est le piège de ces opérations : elles soignent la conscience une fois par an. Le vrai message de la SERD 2026, si vous ne retenez qu'une chose : la meilleure poubelle jaune, c'est celle que vous ne remplissez pas. Réparez avant de jeter. Achetez d'occasion avant d'acheter neuf. Gardez votre téléphone au-delà de deux ans. Le recyclage viendra après, quand il n'y aura vraiment plus le choix. C'est l'ordre des priorités, il est écrit dans la loi européenne depuis 2008, et la SERD ne fait que nous le rappeler une fois de plus. ## Sources - [Thématique SERD 2026 : de l'ultra-conso à la consommation responsable, ADEME](https://serd.ademe.fr/a-propos/thematique-serd-2026/) - [Qu'est-ce que la SERD, coordination EWWR/ADEME, ADEME](https://serd.ademe.fr/a-propos/la-serd/) - [Material Sufficiency at the heart of EWWR 2026, EWWR](https://ewwr.eu/material-sufficiency-at-the-heart-of-ewwr-2026) - [Les chiffres clés de la SERD 2025, ADEME](https://serd.ademe.fr/actualites/decouvrez-les-chiffres-cles-de-la-serd-2025-et-preparez-des-maintenant-ledition-2026/) - [Ultra fast-fashion : les chiffres, Épargnons nos ressources](https://epargnonsnosressources.gouv.fr/actualites/ultra-fast-fashion/) - [Le Sénat adopte définitivement la loi anti fast-fashion, Public Sénat](https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/loi-anti-fast-fashion-le-senat-adopte-definitivement-le-texte-penalisant-les-produits-shein-et-temu) - [Directive 2008/98/CE, article 4, hiérarchie des déchets, Cercle national du recyclage](https://www.cercle-recyclage.asso.fr/actualites/61-cercle-national/biblio/texteslegislatifs/235-dir-2008-98-ce-cercle-national-du-recyclage.html) - [Prolonger la vie de son téléphone portable, ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/mieux-consommer/numerique/prolonger-vie-telephone-portable) - [Prendre en compte l'indice de réparabilité, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/dossiers/comment-reduire-nos-dechets/prendre-compte-lindice-reparabilite) --- ## Bouchons de liège : championne du monde, vraiment ? - URL: https://www.recy.net/bouchons-liege-recyclage-collecte-planete-liege/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-27T06:00:00 - Categories: recyclage La France est championne du monde du recyclage des bouchons de liège. C'est vrai, et c'est trompeur. Le recyclage des bouchons de liège traîne cette étiquette flatteuse dans à peu près tous les articles qui traitent du sujet, sauf qu'elle cache un trou béant. Championne, oui, mais d'un match auquel presque personne ne joue. Reprenons dans l'ordre, parce que le liège mérite mieux que ce raccourci. C'est l'écorce du chêne-liège, le Quercus suber, une matière à faible densité, bon isolant thermique et acoustique, imperméable grâce à la subérine qui imprègne ses cellules. Un arbre qu'on ne coupe pas : on prélève l'écorce, elle repousse. Un matériau qui coche toutes les cases de l'économie circulaire, sur le papier. ## Le titre de championne, il est mérité Commençons par ce qui est exact. Selon la Fédération française du liège, la France a collecté et recyclé environ 380 tonnes de bouchons de liège en 2023, dont 204 tonnes via le seul programme Eco Bouchon d'Amorim. Sur la même année, l'Italie plafonne à 100 tonnes, le Portugal à 70, les États-Unis à 45. Additionnez ces trois-là : la France les dépasse à elle seule. En cumul, ça donne 517 millions de bouchons collectés depuis le lancement d'Eco Bouchon en 2010, l'équivalent de plus de 2000 tonnes de liège. Le maillage suit : 2 610 points de collecte recensés dans le pays, dont 910 gérés par le réseau Planète Liège. Magasins, cavistes, mairies, écoles. Le réseau Nicolas récupère aussi les bouchons usagés dans ses boutiques. Bref, en volume brut, la France est bien première. Ce titre-là, personne ne le lui conteste. ## Le chiffre qu'on oublie de citer Maintenant, la réalité du terrain. Ce taux de collecte, rapporté à ce qui se consomme réellement, tombe entre 12 et 15 % du gisement annuel français. La Fédération française du liège vise 50 % d'ici 2030, ce qui revient à admettre qu'on en est très loin. En clair : 85 à 88 % des bouchons de liège finissent en ordures ménagères. Le gisement total tournerait autour de 15 000 tonnes par an selon les estimations reprises par la presse spécialisée. On en récupère un huitième. Le reste part à l'incinérateur ou en décharge, avec le tout-venant. Alors « championne du monde », d'accord, mais championne d'un peloton qui avance au pas. Être premier quand tout le monde échoue, ça reste un échec, juste un peu moins pire que celui du voisin. C'est le genre de nuance que je regarde d'abord quand on me sert un [taux de recyclage flatteur](/taux-recyclage-materiaux-france-2026/) : la question n'est jamais le volume collecté, c'est la part du gisement qui passe à travers. Un détail qui dit tout : à défaut de point de collecte à proximité, la consigne officielle de l'ADEME est de jeter le bouchon dans le conteneur à verre. Pas dans une filière dédiée. Dans le verre, faute de mieux. Ce n'est pas un hasard si le [circuit du verre](/recyclage-verre-france-circuit-chiffres/) sert de voiture-balai. ## Pas de REP, que du bénévolat Voilà le vrai point de blocage. Le bouchon de liège n'a aucune filière à responsabilité élargie du producteur. Aucun éco-organisme financé par une écocontribution, aucune obligation légale, rien. Là où les pneus, les meubles ou les textiles s'appuient sur une [filière REP structurée](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/), le liège repose sur du volontariat associatif pur. Ce sont des associations qui posent les bacs, qui vident, qui trient, qui expédient. Beaucoup le font pour une cause : plus de 600 000 euros ont été reversés à la recherche médicale depuis 2010 par une cinquantaine d'associations partenaires. C'est beau, c'est utile, et c'est fragile. Un dispositif sans obligation tient tant qu'il reste des bénévoles motivés et un industriel qui joue le jeu. Le jour où l'un des deux lâche, aucune loi ne prend le relais. J'ai vu ce modèle craquer sur d'autres matières. Tant que ça repose sur la bonne volonté, ça monte doucement puis ça stagne. Pour passer de 15 à 50 %, honnêtement, je ne vois pas comment on y arrive sans contrainte réglementaire. Mais je peux me tromper : le liège a une image sympathique qui pourrait suffire à mobiliser là où d'autres déchets échouent. ## Ce que devient le liège collecté Deuxième malentendu à casser. Le bouchon recyclé ne redevient jamais un bouchon. Jamais. Le contact alimentaire avec le vin interdit de réutiliser du liège collecté pour reboucher une bouteille. Les bouchons neufs, eux, sortent de liège vierge prélevé sur l'arbre au moment du démasclage. Ce qu'on collecte part au broyage. On en tire des granulés valorisés en isolants thermiques et acoustiques, en panneaux, en objets, en semelles de chaussures. C'est du downcycling assumé, pas de l'upcycling. Le granulé Solidaliège, fabriqué en France depuis 2013 à partir de bouchons recyclés, alimente ainsi l'[isolation biosourcée du bâtiment](/habitat-circulaire-re2020-reemploi-materiaux-construction/). Reste la question du où. Les bouchons Eco Bouchon partent au Portugal, plaque tournante mondiale du liège, faute de volumes suffisants pour rentabiliser une transformation ici. Logique quand on sait que le Portugal pèse à lui seul plus de la moitié des 340 000 tonnes produites chaque année dans le monde. Une exception française tient bon à Soustons, dans les Landes : Agglolux-CBL, entreprise familiale fondée en 1929 et reprise en 2021, trie et broie sur place les bouchons collectés par les associations. Le seul transformateur national. ## Mon verdict Le recyclage du liège fonctionne, techniquement. On sait collecter, broyer, valoriser. Le procédé n'est pas le problème. Le problème, c'est qu'on célèbre un titre mondial obtenu avec 15 % de collecte, pendant que les 85 % restants filent à la poubelle sans que personne ne s'en émeuve. Pas de REP, pas d'obligation, un modèle porté à bout de bras par des bénévoles et un industriel portugais. Concrètement, pour vous : ne jetez pas vos bouchons de liège avec les déchets ménagers. Cherchez un point de collecte, un caviste, une mairie qui en récupère. Et si vraiment il n'y a rien à proximité, le conteneur à verre plutôt que la poubelle grise. C'est peu, mais sur un gisement dont on rate les sept huitièmes, chaque bouchon compte. ## Sources - [Bouchons en liège, que faire de mes déchets, ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/bouchons-en-liege/) - [La France recycle plus de bouchons en liège que l'Italie, le Portugal et les USA cumulés, Vitisphere](https://www.vitisphere.com/actualite-101224-la-france-recycle-plus-de-bouchons-en-liege-de-vins-que-litalie-le-portugal-et-les-usa-cumules.html) - [La Fédération française du liège vise 50 % de recyclage d'ici 2030, Réussir Vigne](https://www.reussir.fr/vigne/la-federation-francaise-du-liege-vise-un-taux-de-recyclage-des-bouchons-de-liege-de-50-dici-2030) - [Points de collecte des bouchons en liège, OuRecycler](https://ourecycler.fr/materiaux/bouchons-liege) - [Où déposer les bouchons de liège usagés, Les Buvologues](https://www.lesbuvologues.com/2025/12/18/ou-deposer-les-bouchons-de-liege-usages-a-recycler/) - [Agglolux-CBL donne une seconde vie aux bouchons de liège, PresseLib](https://presselib.com/article/agglolux-cbl-donne-seconde-vie-bouchons-liege) - [Granulat de liège issu de bouchons recyclés Solidaliège, Nature Liège](https://www.natureliege.fr/granulat-de-liege-naturel-en-vrac/549-granulat-de-liege-issu-de-bouchons-de-liege-0-5mm-solidaliege.html) - [Une seconde vie pour les bouchons, Eco Bouchon Amorim](https://www.ecobouchon.fr/une-seconde-vie/) - [Chêne-liège, Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%AAne-li%C3%A8ge) --- ## Recycler les balles de padel et de tennis, vraiment ? - URL: https://www.recy.net/balles-padel-tennis-recyclage-valorisation-clubs/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-24T06:00:00 - Categories: valorisation Une balle usée ne finit quasiment jamais recyclée. Le recyclage des balles de padel et de tennis bute sur un problème tout bête : la balle est conçue pour tenir sur le court, pas pour se démonter en fin de vie. Un noyau de caoutchouc, un feutre collé par-dessus, une pression interne qui la rend increvable au sens propre. Elle traverse un centre de tri classique sans que personne sache quoi en faire. Direction incinération ou décharge, la plupart du temps. Pourtant, techniquement, on sait la recycler. Le blocage n'est pas là où on croit. ## Une balle, deux matières soudées à vie Le noyau, c'est du caoutchouc naturel et synthétique. Deux demi-coques moulées, assemblées puis vulcanisées, selon les fabricants comme Extreme Tennis. Par-dessus vient le feutre : un mélange de laine et de fibres de nylon, collé au noyau. En padel, ce noyau est en plus pressurisé à l'aide d'un gaz inerte, de l'azote d'après les fabricants, autour de 11 psi tube fermé. Dès que le tube s'ouvre, la pression baisse et la balle perd en vivacité. C'est pour ça qu'on en change vite, et donc qu'on en jette beaucoup. Le vrai point de blocage : cette colle spéciale rend le feutre et le caoutchouc quasi indissociables. Pas de séparation manuelle viable, pas de tri automatique classique qui tienne la route. Selon Badventure, arracher le feutre du noyau relève du bricolage, pas de l'industrie. Alors on ne sépare pas d'abord, on broie. Le seul procédé qui marche à l'échelle : broyer la balle entière, puis isoler les granulats de caoutchouc des résidus de feutrine par soufflage et aspiration. Ecoco2 donne le rendement : environ 50 000 balles pour une tonne de granulat, de quoi couvrir 100 m² de sol sportif. La balle redevient le sol sur lequel on joue. C'est exactement la logique du granulat issu du [recyclage des pneus usagés](/recyclage-pneus-usages-filiere-valorisation/), transposée au caoutchouc des balles. Dans le club où je tape le padel deux fois par semaine, le bac à balles mortes déborde en permanence. Quand je demande où elles partent, personne ne sait répondre. C'est ça, le vrai sujet : pas la technique, la collecte. ## L'Opération Balle Jaune, du recyclage sans loi Voilà le détail qui change tout. Les pneus ont leur [filière REP obligatoire](/rep-pneumatiques-rechape-6-euros-arrete-2026/), les articles de sport aussi. Les balles, non. Aucune source ne les place dans un périmètre réglementaire contraignant. Leur collecte repose sur un dispositif fédéral volontaire : l'Opération Balle Jaune, portée par la Fédération française de tennis. La FFT a lancé la démarche en 2008, après une réflexion engagée dès 2007 avec le spécialiste des déchets COVED, pour un recyclage effectif à partir de 2009. Le bilan récent tient la route : 17 millions de balles collectées et 48 terrains créés, avec une 17e édition prévue en 2026. La tournée nationale ramasse environ 1,3 million de balles usagées par an. En 2024, le dispositif s'est élargi. Avec le soutien d'Ecologic, l'éco-organisme agréé de la filière articles de sport et loisirs, la collecte s'étend désormais au matériel sportif : raquettes, cordage, grips, matériel pédagogique des enseignants. Une logique proche de ce qu'on voit sur le [recyclage des équipements sportifs en fin de vie](/recyclage-equipements-sportifs-skis-raquettes-fin-vie/), sauf que là, ce qui peut être remis en état l'est par les clubs et les ligues avant tout recyclage. Le hic, c'est justement ce mot : volontaire. Un dispositif sans obligation reste fragile. Si la fédération coupe le budget ou change de priorité demain, il n'existe aucune loi pour prendre le relais. J'aimerais être plus optimiste, mais sur ce point je reste prudent. ## Le padel fait exploser le compteur Le padel a changé l'échelle du problème en quelques années. La FFT annonce en juin 2025 avoir franchi les 100 000 licenciés padel pour la première fois, en hausse de 42,7 %. Dans le même mouvement : 2 917 pistes, soit 40 % de plus qu'en 2024, et 959 clubs et structures privées, 25 % de plus. Plus de courts, plus de joueurs, plus de balles pressurisées qui rendent l'âme au bout de quelques parties. Un pratiquant régulier passe une vingtaine de tubes par an selon les estimations du secteur. C'est ce gisement que vise Bounce, une start-up qui a monté son propre programme privé, Bounce Circular. Ses chiffres au 30 mai 2025 : 200 000 balles recyclées sur l'année précédente, une cinquantaine de clubs équipés de son système, et jusqu'à 95 % de taux de collecte dans les clubs partenaires. Côté traitement, quatre voies possibles : broyage, soufflage, micronisation, dévulcanisation. On sort du modèle « don aux structures solidaires » de la FFT pour entrer dans une logique d'entreprise, avec l'objectif d'équiper des milliers de clubs. Deux modèles cohabitent donc : un dispositif fédéral gratuit et associatif d'un côté, un acteur privé qui industrialise de l'autre. Ils ne visent pas tout à fait le même terrain, et tant mieux. ## Ce que j'en retiens Le recyclage des balles marche. Techniquement, c'est réglé depuis des années : on broie, on souffle, on récupère du caoutchouc, on en fait du sol sportif. Le problème n'a jamais été le procédé. Le problème, c'est qu'on repose sur du bon vouloir. Pas de REP, pas d'obligation, deux acteurs qui portent l'essentiel à bout de bras pendant que le padel déverse des tubes par milliers. Ça tient tant que la FFT et Bounce y croient. Concrètement, pour un club ou un joueur, la seule chose à faire tient en une phrase : ne jetez pas vos balles mortes à la poubelle. Rapportez-les à un point de collecte FFT ou à un club partenaire. Le bac qui déborde chez moi n'attend que ça. ## Sources - [Fabrication de la balle de padel, Extreme Padel](https://www.extreme-padel.fr/content/200-balle-de-padel-fabrication) - [Comment recycler ses balles de tennis, Badventure](https://www.badventure.fr/tennis/comment-recycler-ses-balles-de-tennis/) - [Opération Balle Jaune, bilan de 10 ans d'action, Ecoco2](https://www.ecoco2.com/blog/operation-balle-jaune-bilan-de-10-ans-daction/) - [Opération Balle Jaune, Guide du dirigeant FFT](https://guidedudirigeant.fft.fr/rse/operation-balle-jaune-2/) - [Opération Balle Jaune et extension matériel sportif, ESS2024](https://ess2024.org/operation-balle-jaune/) - [Bounce, la start-up qui rend le tennis plus écoresponsable, La Libre](https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2025/05/30/bounce-la-start-up-qui-rend-le-tennis-plus-ecoresponsable-une-balle-met-4-fois-plus-de-temps-quune-bouteille-en-plastique-a-se-degrader-LDN4VSJJ4BGZFHYOSFUG7PP6EQ/) - [La barre des 100 000 licenciés padel atteinte, FFT](https://www.fft.fr/actualites/la-barre-des-100-000-licencies-padel-atteinte-2025) --- ## Extincteur usagé : sous le capot de la dénaturation - URL: https://www.recy.net/extincteurs-usages-poudre-abc-dechet-dangereux/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-23T06:00:00 - Categories: dechets Un extincteur qui a l'air vide n'est pas vide. C'est le premier truc à comprendre quand on regarde ce qui arrive à un extincteur usagé une fois qu'on veut s'en débarrasser. L'appareil peut avoir craché toute sa poudre, l'aiguille peut pointer sur zéro, il reste souvent une pression résiduelle dans le corps, surtout sur les modèles à CO2 ou à cartouche. Ouvrir mécaniquement un objet dans cet état, c'est déclencher un bug qu'on ne rattrape pas. En game jam, on apprend vite qu'un objet qui conserve un état non libéré finit par faire planter la scène au pire moment. Un extincteur, c'est le même problème, en version physique et beaucoup moins pardonnable. Alors avant de parler recyclage, je voulais décortiquer le process réel, étape par étape, parce que c'est là que tout se joue. ## Un déchet dangereux, pas une poubelle Point de départ : un extincteur en fin de vie n'est jamais un déchet ménager classique. Il relève de la catégorie des déchets dangereux et part en centre de dénaturation, pas dans le bac gris. Selon la nomenclature française des déchets, il porte le code `16 05 08*` quand il est classé dangereux, `16 05 04*` pour les gaz sous pression y compris les halons, et `20 01 34` pour les cas hors `16 05 08`. L'astérisque, dans cette nomenclature, signale justement le caractère dangereux. Autre confusion fréquente qu'il faut tuer tout de suite : un extincteur n'est pas un déchet électrique. Un [DEEE se recycle dans une filière dédiée](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) parce qu'il fonctionne à l'électricité (jusqu'à 1000 V en courant alternatif, 1500 V en continu). L'extincteur, lui, relève de la classification des déchets sous pression. Ce n'est pas un détail de juriste, ça change toute la filière de traitement. Même logique pour les [aérosols ménagers](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds/) : ils suivent leurs propres codes déchets (15 01 04, 05, 06, 10 pour les emballages) et une filière distincte de celle des extincteurs. Deux objets qui se ressemblent, deux circuits séparés. ## Qui reprend quoi : une REP à deux vitesses Sur la question « qui doit reprendre mon extincteur », la réponse dépend de sa taille, et c'est là que le système devient intéressant. Depuis le 1er janvier 2025, il existe une filière à responsabilité élargie du producteur dédiée aux petits extincteurs. L'éco-organisme s'appelle ECOPAE, agréé pour la période 2025-2027, seul acteur sur ce périmètre. Son champ est précis : extincteurs à poudre ou à eau, fixes ou mobiles, d'un conditionnement maximal de 2 kg ou 2 L, autres que CO2 ou halon. En clair, les appareils qu'on trouve sur un bateau de plaisance, dans un logement ou une voiture. ECOPAE succède à Ecosystem, qui gérait ce périmètre sous un agrément courant du 20 décembre 2022 au 31 décembre 2024. Ecosystem n'a pas renouvelé pour se recentrer sur les DEEE et les lampes. La bascule s'est donc faite sans trou dans la raquette réglementaire, un éco-organisme reprenant le relais au moment exact où l'autre lâchait. Le piège, c'est de croire que tout le parc est couvert. Faux. Les extincteurs professionnels courants, ceux qui pèsent plus de 2 kg et forment la majorité des appareils installés en entreprise, restent hors de cette REP grand public. Idem pour le CO2 et le halon. Leur devenir passe par le mainteneur ou l'installateur professionnel, ou par un collecteur de déchets dangereux agréé. Sous contrat de maintenance, c'est l'entreprise qui gère la reprise et l'élimination. Un point que je trouve élégant dans la réglementation : pour les distributeurs, la reprise des extincteurs se fait sans seuil de surface de vente. Là où d'autres produits chimiques déclenchent des obligations à partir de 200, 400 ou 1000 m², l'extincteur échappe à cette logique de seuil. La reprise des petits modèles est gratuite, sans obligation d'achat, quelle que soit la taille du magasin. Pour aller plus loin sur ce type de circuit, la logique rejoint celle des [déchets chimiques ménagers gérés par EcoDDS](/ecodds-peintures-solvants-dechets-chimiques-menagers/). ## Sous le capot de la dénaturation Maintenant, la partie qui m'intéresse vraiment : ce qui se passe dans le centre de traitement une fois l'appareil collecté. Première étape, non négociable : la dépressurisation. On purge la pression résiduelle avant toute ouverture mécanique. Pensez-y comme à une clause de garde en début de fonction : tant que la pression n'est pas libérée, aucune autre opération ne s'exécute. Sauter cette vérification, c'est exactement le scénario qui a mal tourné à Loos, dans le Nord, le 7 mai 2010 : un extincteur non dégazé jeté dans les ordures ménagères a explosé lors du concassage en centre de tri. Résultat, une vapeur blanche irritante, quatre employés évacués, le site à l'arrêt une heure. Sur un modèle CO2 plein, l'enjeu monte d'un cran : à Yahaba-cho, au Japon, le 27 juin 1989, la découpe d'un extincteur CO2 encore plein a projeté des fragments métalliques et tué un employé. La dépressurisation, ce n'est pas une formalité administrative, c'est la ligne qui sépare un recyclage propre d'un accident. Une fois l'appareil neutralisé, le tri matière commence. On sépare le corps métallique de l'agent extincteur et des plastiques. Le corps part comme ferraille, avec un tri fin des alliages : acier ou aluminium selon le modèle, laiton pour la robinetterie, gestion séparée des plastiques et des élastomères. C'est un pipeline de séparation assez classique dans le déchet dangereux, mais qui exige de la précision parce que mélanger les flux dégrade la valeur de la matière récupérée. La même exigence de tri sous pression qu'on retrouve sur les [cartouches de gaz de camping](/recyclage-cartouches-gaz-camping-butane-propane/), autre objet où la pression résiduelle commande tout le protocole. L'agent extincteur, lui, prend un chemin à part. Et c'est le morceau qui mérite qu'on s'arrête dessus. ## La poudre ABC : ce qu'on en fait vraiment La poudre ABC, c'est majoritairement du phosphate d'ammonium (phosphate monoammonique, dit MAP) et parfois du sulfate d'ammonium, jusqu'à 95 % du contenu. Son principe d'extinction est propre : sous l'effet de la chaleur, les sels d'ammonium fondent et forment un vernis isolant et ignifugeant sur les braises. Efficace pour éteindre, moins anodin à manipuler. C'est un irritant respiratoire, cutané et oculaire, avec un risque de pneumoconiose en cas de surexposition chronique. Rien de dramatique pour un usage ponctuel, mais un centre de traitement qui en brasse des tonnes prend le sujet au sérieux. Attention à une idée reçue tenace : la valorisation de la poudre ABC en engrais phosphaté n'est plus la pratique de référence. Ça a existé, notamment à l'étranger, mais Ecosystem y a mis fin en 2019 par prudence. Aujourd'hui, le traitement de référence indiqué par l'ADEME, c'est le recyclage matière ou l'incinération avec récupération de chaleur. Pourquoi exactement l'arrêt de 2019 ? La filière n'a jamais vraiment communiqué la raison précise, et j'avoue que rester sur un point de doc aussi flou m'agace un peu, sur un sujet où la traçabilité devrait être totale. Dernier chantier réglementaire à surveiller, du côté des mousses cette fois. Le règlement (UE) 2025/1988, publié le 2 octobre 2025, restreint les PFAS dans les mousses anti-incendie en modifiant l'annexe XVII de REACH. Le calendrier est progressif : interdiction générale d'usage au-delà de 1 mg/L de PFAS à partir du 23 octobre 2030, avec des dérogations sectorielles (Seveso, offshore, marine militaire) jusqu'au 23 octobre 2035. Ça ne concerne pas la poudre, mais ça redessine une partie du parc à moyen terme. ## Ce que ça change pour vous Si vous avez un vieil extincteur à la cave : petit modèle poudre ou eau, c'est la reprise en magasin, gratuite, sans acheter quoi que ce soit. Modèle pro, CO2 ou halon : passez par un mainteneur ou une déchetterie qui accepte les déchets dangereux. Dans tous les cas, une seule règle d'or : ne le jetez jamais aux ordures classiques. Ce n'est pas une consigne de tri de plus, c'est ce qui empêche l'appareil de finir sa vie en explosant sur une chaîne de concassage. Et ça, aucun système de recyclage ne peut le rattraper à votre place. À vous de faire le bon geste. ## Sources - [ADEME - Que faire de mes déchets : petit extincteur à poudre ou à mousse](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/petit-extincteur-a-poudre-ou-a-mousse-moins-de-2-kg-ou-2-l/) - [ECOPAE - éco-organisme des petits extincteurs](https://ecopae.fr/) - [Ecosystem - fin de l'activité PAE](https://decouvrir.ecosystem.eco/actualites/pae) - [FranceEnvironnement - étapes de dénaturation et tri matière](https://www.franceenvironnement.com/article/extincteurs-usages-etapes-denaturation-tri-matiere-tracabilite-flux-acier-aluminium-poudre-co2-400029103) - [FranceEnvironnement - code déchet des extincteurs](https://www.franceenvironnement.com/question/je-cherche-le-code-dechet-correspondant-aux-extincteurs-est-ce-que-ca-depend-du-type-extinct) - [Service-public.gouv.fr - reprise des extincteurs par les distributeurs](https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F37982) - [extincteur.net - poudre de classe ABC](https://www.extincteur.net/content/27-les-extincteurs-poudre-de-classe-abc) - [BARPI/ARIA - explosion d'un extincteur non dégazé, Loos 2010](https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/accident/38429_en/?lang=en) - [BARPI/ARIA - explosion mortelle d'un extincteur CO2, Japon 1989](https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/accident/107_en/?lang=en) - [EUR-Lex - règlement (UE) 2025/1988 sur les PFAS dans les mousses](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:L_202501988) --- ## Lunettes usagées : pourquoi la filière n'existe pas - URL: https://www.recy.net/recyclage-lunettes-lentilles-optique-collecte-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-22T06:00:00 - Categories: recyclage Vous avez un tiroir. Dedans, deux ou trois paires de lunettes qui ne servent plus. On en a tous un. Et à ce jour, le recyclage des lunettes en France ne repose sur rien d'organisé : pas de filière, pas d'éco-organisme, pas d'obligation. Juste des associations et quelques enseignes qui font le boulot à la place de l'État. Ça marche mieux qu'on ne le croit. Et beaucoup moins bien qu'on ne le dit. Les deux à la fois. ## Sur le papier, la collecte tourne à plein Les chiffres, d'abord, parce qu'ils sont bons. Medico Lions Clubs de France, créé en 1978, a collecté près de 7 millions de paires en 2025. Contre plus de 5,5 millions en 2022. La courbe monte. L'association redistribue, forme des opticiens, intervient dans 56 pays sur 5 continents. Côté enseignes, Krys tient la cadence : environ 500 000 montures par an en rythme habituel, avec un record à 700 000 paires en 2019. Ajoutez RecyclOptics, montée fin 2021 par Carole Riehl, qui envoie les lunettes collectées à l'ESAT de Dourdan pour démontage et tri, verres d'un côté, montures de l'autre, petites pièces à part. La réalité du terrain : quand on additionne les acteurs, plusieurs millions de paires par an sortent des tiroirs. Un opticien d'une petite ville me disait récemment qu'il remplissait son carton de collecte sans même faire de communication dessus. Les gens ramènent. Le geste existe. Alors où est le problème ? ## Le problème : collecter n'est pas une filière Une paire de lunettes n'entre dans aucune case réglementaire. Ce n'est pas un déchet électrique, donc pas un DEEE : contrairement à une lampe basse consommation, qui file dans une [filière encadrée avec son éco-organisme](/recyclage-lampes-tubes-fluorescents-led-deee-france/), une monture sans composant électronique n'a aucun circuit obligatoire. Ce n'est pas du textile non plus : [Refashion, l'éco-organisme des vêtements](/filiere-rep-textile-2025-vetements/), couvre le linge, les chaussures, pas les lunettes. Et il n'y a pas de REP dédiée à l'optique. Selon l'ADEME, tout ce qui existe, c'est une étude de préfiguration d'une future filière « Aides techniques », une catégorie large qui engloberait bien plus que les lunettes. Rien d'opérationnel. Sur ce périmètre élargi, l'ADEME parle de 25 000 tonnes en attente de traitement, mais attention, ça mélange fauteuils roulants et autres équipements, pas seulement des montures. Résultat concret : 15 millions de paires de lunettes et de lentilles sont mises sur le marché chaque année en France, et personne n'a l'obligation de gérer leur fin de vie. La collecte solidaire bouche le trou. Elle ne le comble pas. Et il y a ce chiffre qui me reste en travers. Chez Medico, seulement 10 % des lunettes reçues sont redistribuées gratuitement. 10 %. Le reste part vers d'autres circuits, revente pour financer l'action humanitaire, recyclage matière. Ce n'est pas un scandale en soi, l'association est transparente et le modèle finance le reste. Mais ça dit une chose simple : même l'acteur le plus gros ne peut pas absorber le flux tel quel. Une paire sur dix retrouve un nez. Les neuf autres, c'est de la logistique de tri. On collecte parce qu'il n'y a pas de filière. Pas l'inverse. ## Les lentilles, elles, personne n'en parle Et puis il y a le sujet que tout le monde oublie : les lentilles de contact. Là, on ne parle plus de solidarité, on parle de pollution directe. Une étude de l'Arizona State University, publiée en 2018 et menée par l'équipe de Rolf Halden, a mesuré un truc que je n'avais jamais eu en tête : entre 15 et 20 % des porteurs jettent leurs lentilles usagées dans l'évier ou les toilettes. Sur ce point, j'avoue que le chiffre m'a fait tiquer, parce que c'est le réflexe le plus logique du monde, et le pire. À l'échelle des États-Unis, les chercheurs estiment entre 1,8 et 3,36 milliards de lentilles rejetées ainsi chaque année, soit 20 à 23 tonnes de plastique dans les eaux usées. Chiffre américain, pas français, mais le mécanisme est le même partout. Le souci, c'est que ce plastique se fragmente. Une étude de la Pusan National University, parue en 2023, a mesuré qu'un gramme de lentille pouvait libérer entre 5 653 et 17 773 particules détectables après un an d'exposition en milieu aquatique. Des microplastiques, purs et durs, qui rejoignent le même problème que celui déjà pointé par la [directive européenne sur les microplastiques dans l'eau potable](/directive-2026-805-microplastiques-eau-potable-ue/). Le bon geste tient en une ligne. Une lentille ne va jamais dans le bac de tri, jaune ou verre : elle n'y est pas recyclable. Direction ordures ménagères, ou dispositif de collecte dédié. TerraCycle propose en France une Boîte Zéro Déchet qui accepte les lentilles toutes marques, les blisters, les films et les bouteilles de solution vides. L'entreprise affiche l'objectif d'équiper tous les opticiens, sans communiquer de chiffre de déploiement, donc je reste prudent sur l'ampleur réelle. Au Royaume-Uni, son partenariat avec Acuvue revendique 8,5 millions de lentilles recyclées. Un ordre de grandeur, pas une preuve que le modèle est généralisé chez nous. ## Mon verdict Soyons clairs sur ce qui se passe. La collecte solidaire des lunettes est une vraie réussite associative, portée par des bénévoles et quelques enseignes. Mais elle sert d'excuse. Tant qu'elle absorbe les millions de paires, personne au sommet ne se presse pour créer une vraie REP optique. Ce que je ferais, à titre perso comme à titre collectif : rapporter ses vieilles lunettes chez un opticien qui collecte, oui, systématiquement. Ne jamais balancer une lentille dans l'évier. Et arrêter de croire que « c'est recyclé » règle le problème. Une étude OpinionWay pour Atol estimait dès 2015 à 100 millions le nombre de paires qui dorment dans les tiroirs des Français. Cent millions. La vraie question n'est pas de mieux les recycler une fois mortes. C'est d'en acheter moins et de les garder plus longtemps, comme pour tout le reste où [la réduction à la source prime sur le recyclage](/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite/). Une filière finira par exister. En attendant, le tiroir reste le premier centre de tri de France. Et c'est le vôtre. ## Sources - [Lions Club district Centre, collecte Medico](https://lions-districtcentre.myassoc.org/action_club-collecte-de-lunettes-pour-medico-89312.html) - [Lions Clubs de France, collecte lunettes](https://www.lions-clubs-france.org/collecte-lunettes/) - [FrequenceOptic, record Krys Group](https://www.frequenceoptic.fr/actualites/lunettes-recyclees-collecte-record-chez-krys-group.html) - [Krys, Fondation Krys Group](https://www.krys.com/a-propos-de-krys/la-fondation-krys-group) - [RecyclOptics, collecte de lunettes usagées](https://recycloptics.org/2024/04/28/collecte-lunettes-usagees/) - [ADEME, que faire de mes lunettes](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/lunettes/) - [Refashion, qui sommes-nous](https://refashion.fr/en/qui-sommes-nous) - [Ecosystem, comprendre les DEEE](https://www.ecosystem.eco/comprendre/deee) - [Arizona State University, coût environnemental des lentilles](https://news.asu.edu/20180819-discoveries-asu-scientists-1st-nationwide-study-environmental-costs-contact-lenses) - [Molecules (MDPI), microplastiques et lentilles, Pusan National University](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10179804/) - [Sante-sur-le-Net, lentilles, lavabo et toilettes](https://www.sante-sur-le-net.com/lentilles-lavabo-toilettes/) - [TerraCycle, Boîte Zéro Déchet lentilles de contact](https://shop.terracycle.com/fr-FR/products/lentilles-de-contact-boite-zero-dechet) - [Ordre de Malte France, seconde vie aux lunettes](https://ordredemaltefrance.org/actualites/international/collecte-de-lunettes-donner-une-seconde-vie-aux-lunettes-inutilisees) --- ## Cuivre stratégique : pourquoi on vole un métal recyclable - URL: https://www.recy.net/recyclage-cuivre-cables-metaux-strategiques-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-21T06:00:00 - Categories: recyclage Un métal que la France ne mine plus depuis 1998, qu'on peut refondre indéfiniment sans lui faire perdre une once de ses propriétés, et qu'on arrache quand même la nuit sur les voies ferrées. Le recyclage du cuivre, vu de loin, ressemble à un système bien réglé. Vu de près, il y a un exploit dedans, et des joueurs qui l'ont trouvé avant tout le monde. Sous le capot, le cuivre coche presque toutes les cases du matériau idéal pour l'économie circulaire. C'est justement ce qui rend son point de friction principal, le vol de câbles, aussi absurde. Je vais décomposer la mécanique, parce que c'est là que le système raconte quelque chose. ## Un métal qu'on refond sans jamais l'user Première règle du jeu : le cuivre est recyclable et réutilisable à l'infini, sans perte de performance ni de propriétés (Copper Alliance France, BRGM). Ça paraît anodin, mais c'est une propriété rare. Beaucoup de matériaux se dégradent à chaque cycle, comme une sauvegarde qu'on recompresse jusqu'à la bouillie. Le cuivre, non. Une tonne recyclée aujourd'hui vaut exactement une tonne de cuivre primaire, et pourra l'être encore dans cinquante ans. Le recyclé couvre déjà 32 à 33 % de la demande mondiale en 2023 (ICSG, cité par le BRGM). En Europe, la Copper Alliance avance plutôt un taux d'environ 50 %, sur une année qu'elle ne précise pas, à prendre donc avec des pincettes. Et refondre du cuivre demande jusqu'à 85 % d'énergie en moins que la production primaire, toujours selon Copper Alliance France. Pour un développeur, c'est le genre de ratio qui donne envie de tout réécrire : même gain de performance, une fraction du coût. Autre donnée qui explique pourquoi on ne peut pas simplement remplacer ce métal : en 2021, seuls 1,3 % du marché mondial avaient été substitués par un autre matériau. Le cuivre reste le meilleur conducteur accessible, et l'électrification ne fait qu'aggraver la dépendance. Un véhicule électrique embarque en moyenne 83 kg de cuivre, contre 23 kg pour un thermique, soit deux à quatre fois plus. La demande monte, la ressource fin de vie devient un gisement. C'est exactement le raisonnement derrière [l'urban mining et la récupération des métaux dans les équipements](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/) : ce qu'on jette contient déjà la matière de demain. ## Stratégique, pas critique : le mot qui manque au cuivre Là où beaucoup se trompent, moi le premier au départ : le cuivre n'est pas une matière première critique au sens de l'Union européenne. Il est absent des 34 matières critiques (CRM) recensées par la Commission. En revanche, il figure parmi les 17 matières premières stratégiques (SRM) du règlement (UE) 2024/1252, le fameux CRMA, en vigueur depuis le 23 mai 2024. La nuance n'est pas cosmétique. Critique désigne un risque d'approvisionnement immédiat ; stratégique vise un métal jugé structurant pour les transitions énergétique et numérique, sur lequel l'UE veut sécuriser des capacités de recyclage et de raffinage. Autrement dit, le cuivre est traité comme une pièce maîtresse à protéger, pas comme une ressource déjà en pénurie. Le reste du monde durcit sa lecture. Les États-Unis, eux, ont classé le cuivre minéral critique le 7 novembre 2025 (liste finale USGS). Et en France, le Comité pour les métaux stratégiques l'intègre dans sa matrice de criticité depuis 2015. Trois cadres, trois curseurs différents pour le même métal. Je trouve ça révélateur d'un système qui sait que le cuivre devient sensible, mais qui n'arrive pas à se mettre d'accord sur le niveau d'alerte. ## Le vrai point de friction : le câble qu'on arrache la nuit Voilà où le système déraille. Quand un métal recyclable à l'infini prend de la valeur, il devient une monnaie. Et toute monnaie dans un jeu attire ses farmeurs. Le prix a triplé en vingt ans, selon Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat First, ce qui rend le vol de câbles de plus en plus rentable. Au 3 juillet 2026, la tonne cotait 13 298,50 dollars sur le London Metal Exchange (cash settlement, données Westmetall). À ce niveau, un câble abandonné n'est plus un déchet : c'est un coffre au trésor mal gardé. Le résultat se lit dans les chiffres du terrain. Environ 2 100 vols de cuivre ont été recensés en 2024 en zone gendarmerie, qui couvre 96 % du territoire (ministère de l'Intérieur). Plus de 200 auteurs ont été interpellés entre janvier 2023 et octobre 2024. La SNCF, qui gère 28 000 km de lignes, encaisse le plus gros de la casse : le coût des vols de câbles est estimé entre 20 et 30 millions d'euros par an, selon Bernard Aubin. L'entreprise investit environ 100 millions d'euros par an dans la surveillance, patrouilles, alarmes et drones infrarouges de nuit depuis fin 2025 (Franceinfo). Ce n'est pas nouveau. En 2010 déjà, la SNCF avait subi 3 350 vols de métaux, un préjudice de 30 millions d'euros et plus de 5 800 heures de retard. Le télécom encaisse aussi : en Île-de-France, Orange a recensé 2 300 vols de câbles télécoms sur un an, en hausse de 35 % (Europe1). J'ai passé assez de nuits à traquer des exploits d'économie in-game pour reconnaître le pattern : dès qu'un actif prend de la valeur et reste accessible, quelqu'un trouve la faille. Ici, la faille, c'est un réseau physique de milliers de kilomètres impossible à patcher d'un coup. Et c'est là que la boucle devient franchement mal réglée. La France a arrêté d'extraire du cuivre en 1998, en sous-produit de l'or à Salsigne, dans l'Aude, et ne raffine plus rien depuis 2000. Elle a donc besoin d'importer, ou de recycler. Or en 2023, elle a exporté 116 000 tonnes de déchets de cuivre, à environ 95 % vers l'Union européenne. On envoie le gisement se faire raffiner ailleurs, puis on rachète le métal plus cher, pendant qu'on peine à sécuriser les câbles encore en service. J'avais détaillé la chronologie du prix et cette fuite du gisement dans un [article sur le record du cuivre début 2026](/cuivre-prix-record-avril-2026-boom-recyclage-secondaire-france/) ; six mois plus tard, la mécanique n'a pas changé. ## Ma lecture : refermer la boucle avant que le prix ne remonte Le correctif existe, il s'appelle Nexans Lens. L'accord signé le 22 octobre 2024, plus de 90 millions d'euros dans le cadre de France 2030, vise une capacité de recyclage allant jusqu'à 80 000 tonnes par an, une production en hausse de 50 % et 30 % de cuivre recyclé dans les câbles d'ici 2030. Sur le papier, c'est le bon move : internaliser le traitement au lieu d'exporter la matière. Le même raisonnement anime le démantèlement du [réseau cuivre historique d'Orange, une mine urbaine à ciel ouvert](/reseau-cuivre-orange-recyclage-nexans-2026/). Reste que sur ce point, j'ai encore des doutes. Un statut stratégique, une fonderie qui monte en puissance et des drones sur les voies ne referment pas la boucle à eux seuls tant que le prix rend le vol rentable et que l'essentiel du gisement continue de partir à l'export. Le cuivre est peut-être le métal le mieux conçu pour l'économie circulaire. Le système qui l'entoure, lui, tourne encore avec un exploit ouvert. ## Sources - [BRGM / MineralInfo : fiche substance cuivre, décembre 2024](https://www.mineralinfo.fr/sites/default/files/2025-06/Fiche_Cu_2024_publique_TA.pdf) - [USGS : Mineral Commodity Summaries 2026, cuivre](https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2026/mcs2026-copper.pdf) - [Commission européenne : matières premières critiques et stratégiques (CRMA)](https://single-market-economy.ec.europa.eu/sectors/raw-materials/areas-specific-interest/critical-raw-materials_en) - [Nexans : accord d'investissement stratégique à Lens (octobre 2024)](https://www.nexans.com/fr/communiques-de-presse/nexans-signe-un-investissement-strategique-en-france-pour-augmenter-sa-capacite-de-production-et-de-recyclage-de-cuivre-en-europe/) - [Le Courrier du Vietnam : la SNCF face aux vols de cuivre (drones de nuit)](https://lecourrier.vn/avec-ses-drones-de-nuit-la-sncf-se-muscle-face-aux-vols-de-cuivre-et-de-metaux/1295935.html) - [Copper Alliance France : recyclage et environnement](https://copperalliance.fr/l-environnement/recyclage/) --- ## Recyclage du vélo : pourquoi c'est le dernier recours - URL: https://www.recy.net/recyclage-velos-usages-cycles-reemploi-reparation-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-20T06:00:00 - Categories: economie-circulaire On recycle un vélo comme on recycle un smartphone : quand tout le reste a échoué. Le recyclage de vélos usagés, la vraie version, celle où on broie le cadre pour récupérer l'acier et l'aluminium, c'est le dernier maillon de la chaîne, pas le premier. Et pourtant c'est le mot qu'on entend partout. Les chiffres disent l'inverse du bon sens. Selon le ministère de la Transition écologique, 90 % des cycles jetés pourraient repartir sur la route, mais on n'en réemploie que 4 000 tonnes par an. Pendant ce temps, 30 000 tonnes de cycles et de trottinettes finissent à la benne chaque année en France, sur les 40 000 tonnes mises sur le marché. Faites le calcul de tête : on jette presque autant qu'on vend. Reprenons dans l'ordre, parce que sur ce sujet on empile trois gestes qui n'ont rien à voir. ## Recycler la matière, c'est déjà avoir perdu Quand un cadre arrive vraiment en fin de vie, il rejoint la filière REP des articles de sport et de loisirs, pilotée par l'éco-organisme Ecologic. Le vélo est démantelé en centre de traitement, l'acier et l'aluminium partent au recyclage, les plastiques sont triés, et ce qui n'est pas récupérable finit incinéré ou enfoui. Sur le papier, c'est propre. Sauf que récupérer le métal d'un vélo, ça veut dire qu'on a détruit un objet qui roulait encore neuf fois sur dix. L'acier et l'aluminium se recyclent très bien, personne ne dit le contraire : près de 47 % de l'aluminium consommé en France vient déjà du recyclage, et 40 % de la production d'acier sort de ferrailles. Mais broyer un cadre pour en tirer quelques kilos de ferraille, c'est l'aveu qu'on a raté toutes les étapes d'avant. C'est le même verrou que sur les [skis et raquettes en fin de vie](/recyclage-equipements-sportifs-skis-raquettes-fin-vie/), rattachés à cette même filière : le recyclage matière n'est valorisant que quand il n'y a plus rien d'autre à faire. Le cas du vélo électrique est à part. Sa batterie le fait basculer dans la filière des équipements électriques, gérée par Ecosystem et Ecologic. Là, le démantèlement et la dépollution sont obligatoires, [comme pour n'importe quelle batterie lithium](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres/). Mais un VAE en bon état n'a rien à y faire : il se donne, il se revend, il se répare. ## Réparation, réemploi, recyclage : trois étages qu'on confond Voilà le nœud. On met tout dans le même sac alors que ce sont trois gestes distincts, dans un ordre précis. - **Réparer**, c'est garder le même vélo en vie chez la même personne. - **Réemployer**, c'est le remettre en circulation chez quelqu'un d'autre : occasion, don, reconditionné. - **Recycler la matière**, c'est le broyer. Le cadre légal existe depuis un moment. La loi anti-gaspillage de février 2020 a créé la filière REP des articles de sport et de loisirs, un décret de septembre 2021 y a rangé les cycles, et le dispositif est entré en application le 1er janvier 2022. Ecologic a été agréé pour la piloter jusqu'à fin 2027. En clair : l'argent et l'organisation sont là. Le problème n'est pas la loi, c'est qu'on active le mauvais étage. ## Le vrai levier : empêcher le vélo de mourir Là où ça devient concret, c'est sur la réparation. Depuis juillet 2024, le Bonus Répar Cycles prend en charge une partie de la facture chez un réparateur labellisé : 15 euros de réduction pour une réparation d'au moins 65 euros TTC, 30 euros à partir de 120 euros TTC. Financé par Ecologic, pérenne, avec près de 4 700 points de réparation référencés en 2025 et une enveloppe d'environ 175 millions d'euros à distribuer d'ici fin 2027. Rien à voir avec l'ancien Coup de pouce vélo de 2020, plafonné à 50 euros et coupé après moins d'un an. Ce dispositif d'urgence post-confinement avait quand même financé 1,9 million de réparations. Le Bonus Répar, lui, ne s'arrête pas. Et le marché suit : l'Observatoire du Cycle chiffre la réparation à 128 millions d'euros de main-d'œuvre en 2025, en hausse de 10,5 %, pour 6,3 millions d'interventions en atelier. Une activité multipliée par 2,5 depuis 2019. À côté du circuit marchand, il y a l'autoréparation. D'après l'ADEME, 10 % des réparations de vélos en France passent par les 500 ateliers d'autoréparation actifs recensés. Ces ateliers, où on remet les mains dans le cambouis avec un bénévole qui vous montre, sont dans la lignée des [repair cafés](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) et des [ressourceries municipales](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france/). Le réseau L'Heureux Cyclage, fondé à Dijon en octobre 2008, a signé un accord avec Ecologic en octobre 2022. Selon les chiffres communiqués, environ 150 ateliers membres remettent 400 tonnes de cycles en circulation chaque année. C'est modeste, mais c'est du réemploi réel, pas une promesse. Le réemploi marchand grimpe aussi. En 2025, les plateformes ont écoulé entre 176 000 et 178 000 vélos reconditionnés, autour de 11 % du marché. Un vélo d'occasion vendu par un commerçant doit d'ailleurs être marqué depuis juillet 2021, une identification qui aide à retrouver un cycle volé et à sécuriser la revente. J'ai failli jeter un vélo de ville il y a deux ans, roue voilée et dérailleur mort. Le réparateur du coin m'a redressé la roue sur place, sans commander la moindre pièce. La chose roule encore. Mauvais calcul évité de justesse. Là où j'hésite encore, c'est sur la trottinette électrique premier prix : je ne vois pas quel atelier voudra s'embêter avec une batterie noyée dans le châssis. Sur cet objet-là, le réemploi est un vœu pieux. ## L'aide à l'achat, elle, est morte Un point à corriger, parce qu'on me pose souvent la question. Le bonus vélo national à l'achat n'existe plus. Il a été supprimé le 14 février 2025 par décret. Ne subsistent que des aides locales, très variables d'une collectivité à l'autre : l'Île-de-France, Nantes, Lyon ou Montpellier maintiennent la leur, avec chacune ses règles. Ne confondez pas ça avec le Bonus Répar Cycles, qui, lui, tient toujours. L'un finançait l'achat de neuf, l'autre paie la réparation de ce que vous avez déjà. Le second est le seul qui va dans le bon sens. Le vélo est sans doute l'objet le plus réemployable qu'on possède : mécanique simple, pièces standard, savoir-faire partout. Qu'on en broie 30 000 tonnes par an en dit long sur notre réflexe de remplacer plutôt que d'entretenir. Le recyclage matière restera toujours utile en bout de course, pour le cadre vraiment fichu. Mais en faire le premier mot du sujet, c'est se tromper d'étage. Réparez, revendez, donnez. Broyer, c'est pour la fin. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique : ne jetez plus votre matériel de sport](https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/ne-jetez-plus-votre-materiel-de-sport-il-est-desormais-collecte-pour-reemploi) - [Ministère de la Transition écologique : filière articles de sport et de loisirs](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/articles-sport-loisirs-asl) - [Légifrance : arrêté du 31 janvier 2022 portant agrément d'Ecologic](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045159347) - [ADEME : que faire d'un cadre de vélo](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/cadre-de-velo) - [ADEME : que faire d'un vélo électrique](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/velo-electrique) - [Aluminium France : cycle de vie et recyclage](https://www.aluminium.fr/cycle-de-vie-et-recyclage) - [Actu-environnement : recyclage des ferrailles](https://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/matieres-recyclees/recyclage-ferrailles.php) - [3bikes : le Bonus Répar Cycles](https://www.3bikes.fr/2025/09/02/bonus-repar-cycle-laide-pour-entretenir-votre-velo/) - [Actu-environnement : lancement du fonds réparation cycles et VAE](https://www.actu-environnement.com/ae/news/lancement-fonds-reparation-cycle-vae-44339.php4) - [Actu-environnement : accord Ecologic et L'Heureux Cyclage](https://www.actu-environnement.com/ae/news/reemploi-cycles-ecologic-heureux-cyclage-accord-cadre-40423.php4) - [ADEME AVELO : l'autoréparation vélo, un levier essentiel](https://avelo.ademe.fr/2026/04/lautoreparation-velo-un-levier-essentiel-pour-developper-la-pratique-cyclable/) - [Union Sport & Cycle : Observatoire du Cycle 2025](https://www.unionsportcycle.com/les-actualites/2026-04-24/observatoire-du-cycle-les-chiffres) - [Roulez Jeunesse : chiffres du marché du vélo 2025](https://blog.roulezjeunesse.com/observatoire-cycle-2025-marche-velo/) - [Service-public : suppression des aides à l'achat de cycles](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17058) - [Ministère de la Transition écologique : identification des cycles](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/identification-cycles) --- ## Cartouche de gaz camping : où la déposer sans risque - URL: https://www.recy.net/recyclage-cartouches-gaz-camping-butane-propane/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-17T06:00:00 - Categories: recyclage Dernier matin de camping, le réchaud est rangé, et il reste cette petite cartouche de gaz vide qui traîne au fond du sac. Le réflexe, pour beaucoup, c'est de la balancer avec les boîtes de conserve et les canettes dans le bac jaune. C'est exactement le geste à ne pas faire. Recycler une cartouche de gaz de camping, butane ou propane, ne commence jamais par la poubelle jaune. Ça commence par savoir quel type de cartouche vous tenez, et où la déposer sans risquer de faire exploser un camion de collecte. Le sujet a l'air anodin. Il ne l'est pas : une cartouche est un contenant sous pression, et une pression, ça ne pardonne pas les erreurs de tri. ## Pourquoi jamais le bac jaune Sur ce point, l'ADEME ne laisse aucune marge d'interprétation. Sa consigne officielle pour la cartouche de gaz vide non rechargeable tient en une phrase : « Ne pas jeter dans le bac jaune en raison des risques d'explosion ou d'incendie au centre de tri. » Le problème, c'est qu'une cartouche « vide » ne l'est presque jamais tout à fait. Un fond de gaz suffit à créer un mélange dangereux, et le butane, d'après les données de l'INRS, devient explosif dans l'air dès qu'il en représente entre 1,8 % et 8,4 % du volume. Une plage étroite, vite atteinte dans un espace confiné comme une benne. D'où la règle absolue : ne percez jamais vous-même une cartouche qui pourrait encore contenir du gaz, et surtout pas avec un objet improvisé comme un tournevis, un couteau ou un clou. Le risque d'explosion ou d'incendie ne concerne pas que votre garage : il suit la cartouche jusque dans les camions de collecte et les centres de tri si elle n'a pas été correctement vidée. C'est la même logique de prudence que pour tous les [contenants sous pression comme les bombes aérosol](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds), qu'on n'écrase et ne perce jamais non plus. ## Deux cartouches, deux gestes C'est là que ça se joue, et la plupart des guides passent à côté. Toutes les cartouches ne se traitent pas pareil, parce qu'il en existe deux familles techniques bien distinctes. La première, c'est la cartouche perçable, type C206 ou Camping Gaz CV470. Elle n'a pas de valve anti-retour : une fois vissée sur l'appareil, elle est percée et ne peut plus être retirée tant qu'il reste du gaz. Il faut donc la vider totalement par l'usage avant de la détacher. Une fois percée par son propre appareil et parfaitement vide, cette petite cartouche métallique rejoint le conteneur des emballages en métal. Le mot important, c'est « vide » : tant qu'il reste du gaz, elle n'a rien à y faire. La seconde famille, c'est la cartouche à valve, à la norme européenne EN 417 (valve filetée type Lindal B188). Elle possède une valve anti-retour, ce qui permet de la déconnecter de l'appareil même s'il reste du gaz à l'intérieur. Pratique à l'usage, piégeux au recyclage : puisqu'elle peut encore être pleine, elle ne va pas dans le bac à métaux. Direction la déchèterie ou le point de vente, où elle subira un inertage sécurisé (la suppression du risque d'explosion) avant d'être démantelée pour valorisation matière. Et non, on ne recharge pas une cartouche jetable soi-même. La norme EN 417 interdit purement et simplement le remplissage de ces cartouches, pour des raisons de sécurité : risque d'endommager la valve, risque de surremplissage au-delà de 95 % de la capacité, avec l'explosion au bout. Le bidouillage maison sur ce genre d'objet, c'est le genre de fausse bonne idée qui finit aux urgences. ## Ce que la loi impose depuis 2022 Bonne nouvelle : vous n'êtes plus obligé de garder vos cartouches jusqu'à la prochaine déchèterie. Depuis le 1er janvier 2022, la loi AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2020) impose aux grandes surfaces de reprendre gratuitement les cartouches de gaz non rechargeables. La seule exception vise les commerces dont la surface de vente dédiée à ces produits est inférieure à 1 m². La base légale figure aux articles L. 541-10-8 et R. 541-160 du code de l'environnement. Concrètement, les cartouches de gaz combustible à usage unique relèvent désormais d'une filière à responsabilité élargie du producteur (REP), portée par les distributeurs ou par leur éco-organisme, Citeo. En magasin, ça se traduit par des systèmes de reprise simples : Decathlon, par exemple, applique une reprise gratuite « 1 pour 1 » via des bacs de collecte, une cartouche usagée reprise à l'achat d'un produit neuf équivalent, avec Citeo comme partenaire de collecte. Une précision honnête, parce que je n'aime pas les tableaux trop lisses. L'obligation légale est nationale depuis 2022, mais sa mise en œuvre opérationnelle par Citeo s'est d'abord testée en local : un pilote restreint au seul département de Seine-et-Marne, avec un appel d'offres dont les candidatures se clôturaient au 9 septembre 2022, avant un déploiement à l'échelle nationale selon les retours d'expérience. Sur l'ampleur réelle de cette reprise aujourd'hui, j'avoue rester prudent : aucun tonnage national de cartouches collectées n'est publié à ce jour, donc impossible de vous dire si le maillage est dense ou encore troué. Un point à ne pas confondre, au passage : ces cartouches ne relèvent PAS de la filière des déchets diffus spécifiques. C'est un déchet dangereux sous pression géré par une filière REP dédiée (Citeo), distincte du circuit EcoDDS qui, lui, traite les produits chimiques ménagers comme les [peintures, solvants et autres déchets chimiques](/ecodds-peintures-solvants-dechets-chimiques-menagers). Deux mondes réglementaires séparés, souvent mélangés à tort. ## Les bouteilles, c'est un autre circuit Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Bouteille de gaz butane propane : où la reprendre](/bouteilles-gaz-butane-propane-ou-recycler-reprise). Attention à ne pas tout mettre dans le même sac. Une cartouche jetable et une bouteille rechargeable de 13 kg, ce n'est pas la même filière. Les bouteilles de gaz individuelles rechargeables sont couvertes par leur propre dispositif depuis le 1er janvier 2013 (décret n° 2012-1538), qui oblige les fournisseurs à reprendre les bouteilles. Un décret du 24 juin 2016 (n° 2016-836) est venu préciser les modalités de reprise gratuite en dehors des circuits de consigne. Pour la plupart des marques, le principe reste celui de la consigne. Chez Antargaz, elle est de l'ordre de 35 € pour les formats courants (butane 5,5, 10 et 13 kg, propane 5 et 13 kg) et grimpe à 90 € pour la grande bouteille de 35 kg. Si vous avez perdu votre bulletin de consignation, le remboursement partiel tombe à 4 € par bouteille. Exception notable côté camping : selon Selectra, les bouteilles Campingaz grand format (R901, R904, R907) sont vendues et non consignées, l'acheteur en devient propriétaire pour une durée indéterminée, et à l'échange seul le prix de la recharge de gaz est facturé. Bref, la bouteille se rapporte au fournisseur ou au point de vente, la cartouche jetable se rapporte en magasin ou en déchèterie. Ne les traitez pas comme des jumelles. ## Le bon réflexe à retenir Tout tient à une question à se poser, cartouche en main : reste-t-il du gaz, oui ou non ? Perçable et totalement vidée par l'usage, elle rejoint le bac à métaux. À valve, ou avec le moindre doute sur un reste de gaz, elle part en magasin ou en déchèterie, jamais au bac jaune, jamais percée à la va-vite. Ce que ce petit objet illustre bien, c'est la limite d'un système de tri qui repose sur la connaissance de l'utilisateur. Rien, sur la cartouche, ne vous dit à quelle famille elle appartient ni où la déposer. On a une loi, une filière, un éco-organisme, mais la décision finale repose encore sur un campeur qui range son sac et qui, faute d'info, tranchera au hasard. C'est le même angle mort que pour beaucoup d'[erreurs qui plombent la poubelle jaune](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) ou pour tout le [matériel de camping en fin de vie](/recyclage-materiel-camping-tentes-festivals-2026) : le geste juste existe, il est juste mal signalé. En attendant qu'il le soit mieux, retenez la cartouche vide, rapportez-la, et gardez le tournevis pour autre chose. ## Sources - [ADEME, Que faire de mes déchets : cartouche de gaz vide non rechargeable](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/cartouche-de-gaz-vide-non-rechargeable/) - [Citeo : reprise et traitement des cartouches de gaz combustible à usage unique](https://www.citeo.com/le-mag/appel-doffres-pour-la-reprise-et-le-traitement-de-cartouches-de-gaz-combustible-usage-unique) - [Decathlon : reprise légale des produits](https://www.decathlon.fr/Reprise-legale_lp-QHX2T5) - [Blog Mon Réchaud : comment recycler une cartouche de gaz](https://blog.monrechaud.com/comment-recycler-une-cartouche-de-gaz/) - [Ours des Sentiers : les types de cartouches de gaz](https://www.oursdessentiers.com/blog/le-types-de-cartouches-de-gaz-n14) - [Campingaz : FAQ énergie et norme EN 417](https://www.campingaz.fr/support?cfid=faqs-energie) - [ORDECO : bouteilles de gaz](https://www.ordeco.org/dechets/bouteilles-gaz) - [Légifrance : décret n° 2016-836 du 24 juin 2016](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032770063) - [Antargaz : consigne des bouteilles de gaz](https://www.antargaz.fr/bouteilles-de-gaz/consigne) - [Selectra : bouteilles Campingaz](https://selectra.info/energie/propane/fournisseurs/campingaz/bouteilles) - [EcoDDS : périmètre des déchets diffus spécifiques](https://www.ecodds.com/) --- ## Recyclage des lampes : le système que la LED dérègle - URL: https://www.recy.net/recyclage-lampes-tubes-fluorescents-led-deee-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-16T06:00:00 - Categories: recyclage Une filière de recyclage, c'est un système avec des entrées, des règles de traitement et des sorties. Celle des lampes tournait de façon prévisible tant que les entrées restaient stables : des tubes fluorescents et des ampoules fluocompactes, lourds, contenant du mercure, avec un procédé rodé pour les dépolluer. Puis la LED a débarqué et a modifié les paramètres. Le recyclage des lampes doit désormais gérer deux flux qui n'ont presque rien en commun, et ce changement se lit partout : dans les tonnages, dans les procédés, et jusque dans ce que vous payez à la caisse. ## Les règles du jeu : ce qui rentre dans la filière Trois familles de lampes sont couvertes par la collecte : les tubes fluorescents (les « néons »), les ampoules fluocompactes et les ampoules LED. Le marqueur commun, c'est le symbole de la poubelle barrée, qui signale qu'une lampe ne va pas dans la poubelle grise mais rejoint le flux des DEEE, au même titre que vos [appareils électroniques et smartphones](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones). Ce qui sépare ces familles, c'est leur composition. Un tube fluorescent ou une fluocompacte, c'est d'abord du verre : 88 % du poids, recyclé sous forme de calcin. Viennent ensuite les métaux (fer, aluminium, cuivre) pour environ 5 %, les poudres fluorescentes pour moins de 3 %, du plastique et de la bakélite pour environ 4 %, et enfin le mercure, à hauteur de 0,005 % du poids. C'est infime en proportion, mais c'est précisément ce qui impose un traitement en circuit fermé. Au total, d'après le Cedre, environ 90 % du poids d'une lampe de ce type est recyclable. La LED, elle, ne joue pas avec les mêmes cartes. Pas de mercure. À la place, des composants électroniques : des diodes, un circuit imprimé. On passe d'une lampe à dépolluer à une petite carte électronique à démonter. Même objet dans la main du consommateur, deux problèmes techniques radicalement différents. ## Sous le capot : deux pipelines de traitement Pour les tubes et les fluocompactes, la chaîne est conçue autour du mercure. Les tubes sont chauffés, les culots métalliques situés aux extrémités sont séparés, puis le tube en verre est soufflé pour en extraire les poudres fluorescentes et le mercure. Le broyage se fait dans un dispositif étanche, et le mercure est piégé par des filtres à charbon actif soufre installés dans le système d'aspiration d'air. Rien ne doit s'échapper. Ensuite, chaque matière part vers sa sortie. Le verre broyé redevient des tubes neufs, des abrasifs ou des isolants pour le bâtiment. Les métaux repartent en pièces automobiles ou en cadres de vélo. Le plastique file en valorisation thermique, c'est-à-dire en incinération avec récupération d'énergie. Quant aux poudres fluorescentes et au mercure, ils finissent stockés en centre de déchets ultimes de classe 1. Une partie du système est donc une vraie boucle, une autre partie un cul-de-sac sécurisé. La LED suit un tout autre chemin. On démonte pour séparer le plastique, les métaux, le verre et les cartes de circuits imprimés. Les cartes partent en fonderie, où la chaleur ou une extraction chimique récupère l'or, l'aluminium, le cuivre et le nickel. Pour recycler les puces elles-mêmes, l'hydrométallurgie est à l'étude. Honnêtement, sur ce point précis, je ne me risquerai pas à annoncer une date de passage à l'échelle : c'est le genre de brique technique qui traîne longtemps en R&D avant de tenir en production. ## Le paradoxe qui dérègle l'équilibre Voici la donnée qui m'a fait tiquer. En 2024, la filière a collecté 4 937 tonnes de lampes, soit environ 61 millions d'unités, avec un taux de recyclage de 84 % (pour un objectif de 87 %) et un taux de valorisation de 93,3 % (objectif 90 %). Selon les données ecosystem pour 2023, on parlait de 5 321 tonnes, mais pour environ 54 millions d'unités. Regardez le mouvement : le tonnage baisse pendant que le nombre d'unités augmente. Ce n'est pas une erreur de comptage, c'est un symptôme. Le parc bascule vers la LED, bien plus légère à l'unité qu'un tube ou une fluocompacte. On recycle donc plus de lampes pour moins de kilos. Et comme une LED tient en moyenne plus de douze ans, elle revient au centre de tri beaucoup plus tard. Pour comparaison, en 2020 la filière collectait 4 832 tonnes dont seulement 305 tonnes de LED. La bascule était déjà lancée, elle n'a fait que s'amplifier. Le rappel, au passage, sur ce que mesure ce chiffre : le taux de recyclage, c'est le rapport entre la quantité de déchets recyclés et la quantité totale pesée en entrée de centre de traitement. C'est donc une mesure en masse. Et quand la masse fond, tout le modèle économique qui repose dessus se tend. C'est là que la boucle de feedback se referme, et pas dans le bon sens. Au 1er juillet 2024, l'éco-participation sur les lampes a augmenté : de 0,10 à 0,24 euro HT pour les sources lumineuses LED, et de 0,13 à 0,27 euro HT pour les autres lampes. La raison est un effet de système presque contre-intuitif : les LED durent plus longtemps, donc moins de lampes sont mises sur le marché chaque année, donc la masse sur laquelle s'assoient les éco-contributions diminue, alors même que les coûts de collecte, eux, continuent de grimper. Moins de matière à financer la même logistique. Le prix par lampe monte mécaniquement. Quand tu changes une mécanique centrale d'un jeu à mi-parcours, tout le reste de l'équilibrage part en vrille et il faut réajuster les variables une par une. C'est exactement le chantier de la filière : elle a été calibrée pour du mercure lourd, elle doit se réoutiller pour de l'électronique légère. Et cet effort se paye, ecosystem étant par ailleurs devenu, selon Actu-Environnement, le premier éco-organisme européen par volume collecté en 2025, tous flux confondus, ce qui donne la mesure de la logistique à financer. ## Le calendrier qui a vidé les rayons Sur un sujet proche, découvrez notre article : [LED contre fluocompacte : la durée de vie sous le capot](/ampoule-led-vs-fluocompacte-duree-vie-energie-recyclage). L'autre force qui a rebattu les cartes, c'est la réglementation européenne. En 2023, trois échéances rapprochées ont fermé le marché aux lampes à mercure. Les fluocompactes non intégrées (CFLni) ont été interdites de mise sur le marché à compter du 25 février 2023. Les tubes fluorescents T5 et T8 ont suivi le 25 août 2023. Puis les lampes halogènes à culots G9, G4 et GY6.35, le 1er septembre 2023. Le socle juridique combine deux textes : la directive RoHS (2011/65/UE), amendée pour retirer les exemptions au mercure, et le règlement d'écoconception dit SLR (UE) 2019/2020, applicable depuis le 1er septembre 2021. À noter que ces interdictions ne sont pas rétroactives : les lampes déjà distribuées avant les dates butoirs peuvent continuer à se vendre jusqu'à épuisement des stocks. C'est pour ça qu'on trouve encore, ici ou là, des tubes fluorescents en rayon ou en réserve. Certaines applications très spécifiques conservent par ailleurs des exemptions prolongées, dont je n'ai pas trouvé de date d'expiration ferme confirmée par une source primaire, donc je ne l'inventerai pas. Le résultat concret : le flux entrant des tubes à mercure va s'assécher progressivement, pendant que celui des LED gonfle. Les deux pipelines dont je parlais plus haut ne vont pas rester à poids égal très longtemps. ## Le point de friction : déposer la lampe Un système peut être bien conçu en sortie et coincer à l'entrée. Ici, l'entrée, c'est le geste de dépôt, et c'est souvent là que ça casse. Deux règles simplifient pourtant les choses. La reprise « 1 pour 1 » d'abord : un magasin qui vous vend une lampe doit reprendre gratuitement l'ancienne équivalente, y compris en cas de livraison à domicile. La reprise « 1 pour 0 » ensuite : les magasins dont la surface de vente dépasse 400 m2 doivent reprendre gratuitement les petits équipements électriques de dimensions inférieures à 25 cm, sans aucune obligation d'achat. Les lampes entrent dans ce dispositif multi-flux, aux côtés des piles et des petites batteries, ce qui recoupe directement le réseau des [points de collecte des piles et accumulateurs](/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte). Cette collecte en magasin des petits équipements [monte encore en puissance en 2026](/deee-1-octobre-2026-collecte-magasin-petits-equipements). Au-delà des enseignes, la filière annonce plus de 15 000 points d'enlèvement dédiés aux lampes, entre distributeurs et collectivités. Le maillage existe donc. La vraie friction n'est pas l'accès, elle est comportementale : une lampe grillée finit trop souvent dans la mauvaise poubelle, ou au fond d'un tiroir, exactement comme [les métaux qu'on oublie dans nos appareils](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026). ## Ce que ça dit du système La filière des lampes est un cas d'école de système qui doit se rééquilibrer en marche. Elle a été pensée pour neutraliser un poison, le mercure, avec une chaîne de dépollution lourde et sécurisée. La voilà sommée de devenir une chaîne de récupération de métaux électroniques, sur des objets plus légers, plus durables, et donc plus rares à l'unité de masse. Les chiffres qui baissent ne sont pas un signe d'échec : ce sont les symptômes d'une transition de parc. Reste à savoir si le financement suivra la même courbe que la technique. Sur ce terrain, l'éco-participation qui grimpe est un premier indice, et il n'est pas franchement rassurant. À vous de jouer, au moins sur la partie que vous maîtrisez : la prochaine ampoule morte, direction le bon bac. ## Sources - [ecosystem, quelles ampoules recycler](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/ampoules) - [Cedre, composition et procédé de recyclage des lampes](https://www.cedre.info/recycler-au-bureau/recyclage-ampoules-neons/) - [ecosystem, chiffres clés (données 2024)](https://decouvrir.ecosystem.eco/chiffres-cles) - [ecosystem, définition du taux de recyclage](https://www.ecosystem.eco/comprendre/taux-recyclage) - [Natura Sciences, recyclage des ampoules LED](https://natura-sciences.com/energie/recyclage-ampoules-led.html) - [Batiweb, calendrier des interdictions européennes 2023](https://www.batiweb.com/actualites/publi-redactionnels/evolution-des-reglementations-europeennes-fin-des-lampes-et-tubes-fluorescents-en-2023-soyez-prets-40120) - [EUR-Lex, écoconception des sources lumineuses (2019/2020)](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/ecodesign-and-energy-labelling-light-sources-and-separate-control-gear.html) - [Syndicat de l'Éclairage, hausse de l'éco-contribution](https://www.syndicat-eclairage.com/deee-augmentation-de-lecocontribution-pour-les-sources-lumineuses/) - [Recyblog, reprise 1 pour 1 et 1 pour 0 des DEEE](https://www.recyblog.com/la-collecte-1-pour-0-des-deee-quest-ce-que-cest/) - [Actu-Environnement, collecte ecosystem 2025](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-ecosystem-2025-47706.php4) - [Wikipedia, ecosystem (éco-organisme)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Ecosystem) - [Wikipedia, Récylum](https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9cylum) --- ## Gore-Tex : pourquoi votre veste ne se recyclera jamais - URL: https://www.recy.net/textiles-outdoor-pfas-recyclage-gore-tex-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-15T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Votre veste Gore-Tex ne finira pas recyclée. Ni cette année, ni en 2030. Pas par manque de bonne volonté ou de décret, mais parce qu'un vêtement outdoor imperméable est conçu pour ne jamais se défaire. Et ça, aucune loi ne le change. Le recyclage d'une membrane Gore-Tex, aujourd'hui, c'est du vent marketing. La seule chose qui marche vraiment, c'est de la réparer. Reprenons calmement, parce que sur ce sujet on mélange tout : la membrane, les traitements chimiques, l'interdiction française, la restriction européenne. Ce ne sont pas les mêmes choses, ni le même calendrier. ## La membrane, c'est un sandwich collé qu'on ne sépare pas Une membrane Gore-Tex classique, c'est de l'ePTFE, du polytétrafluoroéthylène expansé. Une feuille d'environ 0,01 mm d'épaisseur, percée de milliards de pores au centimètre carré. Seule, cette membrane ne sert à rien : elle est laminée, c'est-à-dire collée, entre un textile extérieur et une doublure intérieure. Trois couches, trois polymères différents, assemblés pour de bon. Le problème est là, entier. Le recyclage textile mécanique exige un lot d'entrée d'un seul type de polymère. Un flux propre, homogène, qu'on broie et qu'on refile. Un laminé multicouche, c'est l'inverse absolu : des matières distinctes soudées ensemble qu'on ne resépare pas proprement. Résultat, la veste sort du circuit du recyclage matière avant même d'y entrer. C'est exactement le même verrou que sur les [composites collés des skis et raquettes](/recyclage-equipements-sportifs-skis-raquettes-fin-vie/) ou sur les [pales d'éoliennes en composite](/recyclage-pales-eoliennes-defi-composite-transition-energetique/). Quand deux ou trois matériaux sont mariés sous presse, personne ne sait les divorcer à l'échelle industrielle et à un coût qui tient debout. Je n'ai trouvé aucun taux de recyclage chiffré pour ces membranes. Normal : il n'y a pas de filière à mesurer. ## PTFE, PFC, PFAS : arrêtons de tout confondre Ici, un piège que même la presse répète. Le PTFE de la membrane, ce n'est pas le méchant qu'on pointe du doigt dans les PFAS. Gore le décrit comme inerte, insoluble dans l'eau, extrêmement stable et non biodégradable. C'est un fluoropolymère, et la marque le distingue nettement des PFC dits préoccupants, ceux qu'on retrouvait dans un tout autre endroit du vêtement : le traitement déperlant. Le déperlant, le fameux effet qui fait perler les gouttes en surface, c'est le DWR. Et c'est lui qui concentrait les perfluorés problématiques. En 2016, un test Greenpeace trouvait des PFC dans 90 % des produits outdoor examinés. Depuis, l'industrie a bougé : Gore visait l'élimination des PFC préoccupants de ses déperlants d'ici 2023, avec déjà environ 85 % de ses unités converties en 2020. Bonne nouvelle sur la chimie. Aucun effet, en revanche, sur la recyclabilité du vêtement. Un déperlant plus propre reste collé à un laminé toujours aussi impossible à séparer. ## Interdiction française actée, restriction européenne en sursis Côté loi, là aussi on entend n'importe quoi. Alors soyons précis. La France a tranché avec la loi n°2025-188 du 27 février 2025. Depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l'importation et la mise sur le marché de vêtements, de chaussures et de leurs imperméabilisants contenant des PFAS sont interdites. Exceptions : les équipements de protection, comme ceux des militaires ou des pompiers. Les stocks fabriqués avant cette date peuvent être écoulés jusqu'au 1er janvier 2027. L'interdiction s'étendra à l'ensemble des textiles en 2030, avec des dérogations à préciser par décret pour certains usages industriels. C'est dans la même logique que l'[interdiction des PFAS dans les cosmétiques rincés](/pfas-cosmetiques-interdiction-produits-rincage/), entrée en vigueur au même moment. Au niveau européen, en revanche, rien n'est acté. La restriction PFAS portée sous REACH par cinq États est encore au stade de l'évaluation scientifique. Le comité d'évaluation des risques a rendu son avis en mars 2026, l'avis final du comité socio-économique est attendu pour fin 2026. Ensuite seulement, la Commission devra rédiger puis adopter le texte, avec une application effective estimée autour de 2027-2029 selon les cabinets qui suivent le dossier. Donc non, l'Europe n'interdit pas encore les PFAS dans le textile. Quand vous lisez le contraire, c'est faux. ## L'ePE change la chimie, pas la structure Gore a lancé en 2022 une nouvelle membrane, l'ePE, en polyéthylène expansé. Elle devient la membrane par défaut sur les collections 2026. Plus fine, plus légère, et surtout fabriquée sans PFAS intentionnellement ajouté. Attention à la formulation exacte : sans PFAS intentionnellement ajouté, ce qui autorise des traces résiduelles selon le fabricant. Ce n'est pas « zéro PFAS », c'est « pas de PFAS mis exprès ». C'est un vrai progrès sur la toxicité. Mais ça ne règle strictement rien au recyclage. La membrane ePE reste collée à un textile extérieur d'une autre nature. Le vêtement fini demeure un laminé multicouche inséparable. Aucune source ne documente une meilleure recyclabilité de la veste. On a résolu un problème chimique, pas le problème structurel. C'est là que j'hésite honnêtement : difficile de savoir si Gore travaille sur une membrane mono-matière recyclable ou si l'ePE est simplement le meilleur compromis chimique du moment. Rien de public ne tranche. ## Réparer, la seule case qui reste vraiment Puisqu'on ne sait pas défaire la veste, la seule stratégie sérieuse, c'est de la garder en vie. Et là, contrairement au recyclage, l'écosystème existe. Gore anime un réseau de réparation en France, avec des centres agréés comme Cotenor, adossé à Au Vieux Campeur du côté de Vimoutiers, ou Green Wolf près d'Annecy. Millet, de son côté, revendique 5 000 produits réparés depuis 2004 dans son atelier normand, équipé pour souder, coller, coudre et réimperméabiliser. Ce sont des chiffres modestes, mais c'est du concret, contrairement au mirage du recyclage. Un détail technique qui compte : une membrane imperméable ne se recoud pas à la machine. Chaque point d'aiguille crée un nouveau passage pour l'eau. On répare par patch collé ou soudé, pas à la surjeteuse. C'est un vrai savoir-faire, pas un geste de couture du dimanche. Anecdote de terrain : ma propre veste de rando a une déchirure nette à l'épaule depuis deux hivers. Mon premier réflexe a été de la remplacer. Mauvais calcul. Un patch adhésif technique et elle a repris du service, alors qu'une veste neuve, c'est un laminé de plus qui partira un jour à l'incinérateur faute de filière. Pour amortir la note, il y a le Bonus Réparation textile, une aide de 6 à 25 euros selon le type d'intervention chez un réparateur labellisé. Ça ne paie pas tout, mais ça enlève l'excuse du « trop cher ». En clair : oubliez l'idée qu'on recyclera un jour votre Gore-Tex en boucle fermée. Le vrai levier, c'est de repousser l'achat suivant, exactement comme pour le [textile où le fameux 1 % fibre-à-fibre est trompeur](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur/). Une veste réparée dans un [repair café](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) ou chez un centre agréé, c'est le seul recyclage qui marche vraiment sur ce produit : celui qui n'a pas lieu, parce que l'objet dure. ## Sources - [GORE-TEX : la membrane Gore-Tex](https://www.gore-tex.com/fr/la-membrane-gore-tex) - [GORE-TEX : objectif PFC et distinction PTFE](https://www.gore-tex.com/fr/technology/responsibility/pfc-goal) - [GORE-TEX : nouvelle membrane ePE](https://www.gore-tex.com/technology/new-products) - [GORE-TEX : centres de réparation agréés France](https://www.gore-tex.com/support/repairs) - [Montagne Verte : Gore-Tex et le problème du déchet outdoor](https://montagneverte.org/en/the-outdoor-clothing-industry-gore-tex-and-their-troubling-relationship-with-waste/) - [Wild.com.au : la membrane ePE d'Arc'teryx expliquée](https://wild.com.au/gear/launches/arcteryx-gore-tex-epe-membrane-explained/) - [Hardloop Magazine : comment Patagonia et Gore-Tex ont éradiqué les perfluorés](https://www.hardloop.fr/article/comment-patagonia-et-gore-tex-ont-eradique-les-perfluores-des-vetements-outdoor) - [Regilient : calendrier de la restriction PFAS sous REACH](https://www.regilient.ai/blog/eu-pfas-restriction-proposal) - [Légifrance : loi n°2025-188 du 27 février 2025](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051260902) - [We Demain : réparation et seconde vie des vêtements de sport](https://www.wedemain.fr/sauver-la-planete/tendances-de-demain/reparation-recyclage-comment-donner-une-seconde-vie-a-vos-vetements-de-sport-1131317) - [Randonner Malin : réparer un vêtement imperméable](https://www.randonner-malin.com/comment-reparer-un-vetement-impermeable-gore-texmph2noeventsympatexetc/) --- ## Skis et raquettes : la REP existe, le recyclage coince - URL: https://www.recy.net/recyclage-equipements-sportifs-skis-raquettes-fin-vie/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-13T06:00:00.000Z - Categories: recyclage On lit encore régulièrement que les skis et les raquettes tombent dans un vide réglementaire, que personne n'est responsable de leur fin de vie. C'est faux. Le recyclage des équipements sportifs a une filière dédiée depuis le 1er janvier 2022, avec un éco-organisme agréé et des objectifs chiffrés. Le vrai problème est ailleurs, et il est beaucoup plus têtu qu'un décret manquant. Reprenons dans l'ordre. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) du 10 février 2020 a créé une filière à responsabilité élargie du producteur (REP) pour les articles de sport et de loisirs. Le cahier des charges a été arrêté le 27 octobre 2021. Ecologic a été agréé comme éco-organisme par arrêté du 31 janvier 2022, agrément valable jusqu'au 31 décembre 2027. Skis, raquettes, matériel de plein air : tout ça relève désormais de la catégorie « produits de sport et de plein air ». La France est même présentée comme le premier pays au monde à avoir posé un cadre réglementaire dédié à la fin de vie des équipements sportifs. Donc non, ce n'est pas un vide juridique. Le blocage est technique. ## Un ski, c'est trente matériaux collés sous presse Prenez un ski moderne. Ce n'est pas un objet, c'est un empilement. Des couches fines superposées et collées sous presse : bois, polyuréthane, fibres de verre, aluminium, carbone, résine, métal. Plus de 30 matériaux différents dans une planche que vous chaussez sans y penser. Pour recycler ça proprement, il faut les séparer. Et séparer des matériaux collés sous haute pression, ce n'est pas trier du verre et du carton. C'est là que le taux de recyclage réel s'écroule, pas dans les textes. Le plastique représente à lui seul un tiers des matériaux composant les articles de sport et de loisirs. Le reste, ce sont des composites multicouches qui résistent à toute séparation simple. Des acteurs s'y attaquent quand même. En Savoie et Haute-Savoie, le collectif SKI'R a testé en 2022-2023 une technique de délamination avec une machine baptisée MOB-E SCRAP, capable de séparer le carbone, la fibre de verre et le bois d'un ski en fin de vie. Le projet a été récompensé par le fonds de dotation du Crédit Agricole des Savoie à hauteur de 10 000 euros. C'est un début, pas une industrie. Côté volumes, l'ordre de grandeur donne le vertige : 500 000 skis sont jetés chaque année en France. La coopérative SkiTEC vise à en traiter 100 000 par an, soit un cinquième du gisement, en réutilisant 90 % de matières déjà existantes dans ses créations (mobilier, luminaires). Autrement dit, l'upcycling absorbe une fraction, et le reste attend une vraie chaîne de séparation. Pour les fibres de carbone, deux procédés existent en labo, la pyrolyse et la solvolyse, mais ce sont les mêmes verrous que ceux qu'on retrouve sur le [recyclage de la fibre carbone en aéronautique et automobile](/recyclage-fibre-carbone-aeronautique-automobile-2026/) : coûteux, énergivores, pas encore à l'échelle. Les raquettes ne sont pas mieux loties. Une raquette de tennis contient du caoutchouc, du plastique, de l'aluminium et de la fibre de carbone. La filière Ecologic prévoit un parcours clair : réemploi si la raquette est réparable, sinon récupération des matières recyclables, puis valorisation énergétique, puis élimination des déchets ultimes. Vous la déposez gratuitement chez le distributeur ou en déchèterie. Sur le papier, ça tourne. En pratique, « valorisation énergétique », ça veut souvent dire incinération avec récupération de chaleur, pas recyclage matière. Il y a quand même des idées qui marchent sur des flux précis. Tecnifibre collecte plus de 100 000 cordages de raquette par an et les transforme en t-shirts : chaque pièce contient 50 % de polyester issu de cordages usagés (environ quatre cordages par t-shirt) et 50 % de plastique recyclé. 10 000 t-shirts vendus, puis une ligne de shorts lancée en avril 2025. C'est malin parce que c'est ciblé : un matériau, un débouché. ## Quand on ne sait pas recycler, on prolonge Face à un objet qu'on ne sait pas défaire proprement, la meilleure option reste de ne pas le jeter. Le réemploi n'est pas un plan B mollasson, c'est mathématiquement le levier le plus efficace tant que la séparation des composites coince. Decathlon l'a compris tôt : le Trocathlon, sa bourse d'échange d'occasion, date de 1986. En 2024, le groupe annonce 1,35 million de produits de seconde main vendus dans le monde, dans 39 pays. J'insiste sur « dans le monde », parce que ce chiffre circule souvent sans son périmètre, et là je préfère être honnête : je ne sais pas quelle part revient à la France seule, la source consolide tout à l'échelle groupe. Impressionnant, mais à lire avec la bonne étiquette. Plus artisanal, plus local : La Recyclerie Sportive, un réseau associatif de 8 boutiques en France, collecte, trie, répare et revend du matériel sportif entre 60 et 90 % moins cher que le neuf. Son antenne bordelaise a collecté 20 tonnes de matériel en 2025 et en a revalorisé 70 %. Ce sont des chiffres modestes à côté du gisement national, mais c'est du concret, non délocalisable, dans la logique des [ressourceries qui créent de l'emploi local](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france/). Et pour l'acheteur, la [seconde main sportive](/seconde-main-france-chiffres-plateformes-2026/) reste le geste le plus simple à poser. ## Les chiffres qui remettent tout à sa place Revenons aux objectifs officiels, parce que c'est là que le malentendu se loge. Pour la catégorie produits de sport et de plein air, le taux de collecte visé passe de 20 % (2024) à 35 % (2027). Le taux de recyclage passe de 35 % à 50 % en 2027. Sauf que ce 50 %, c'est sur le tonnage déjà collecté, pas sur tout ce qui est vendu. Faites le calcul : 35 % collecté, dont 50 % recyclé, ça donne un taux de recyclage réel proche de 17-18 % du gisement en 2027, hors réemploi. On est loin de l'image d'une filière qui « recycle la moitié des articles de sport ». Le reste part en valorisation énergétique ou en enfouissement. Le bilan 2024 d'Ecologic confirme que la machine se met en route : 14 543 tonnes d'articles de sport et de loisirs collectées, en hausse de 95 % sur un an, via 3 512 points de collecte, pour plus de 39 millions d'euros d'éco-contributions perçues. La collecte grimpe. La difficulté, c'est ce qu'on fait de la matière une fois collectée. Anecdote de terrain : j'ai deux paires de skis qui prennent la poussière dans un garage depuis des années. Je sais aujourd'hui qu'il existe une déchèterie qui les prend et un éco-organisme derrière. Ce que je ne sais toujours pas dire à quelqu'un, c'est quel pourcentage de ces skis finira vraiment séparé matériau par matériau, plutôt que brûlé pour faire de la chaleur. Le même flou plane sur d'autres composites de loisir, comme le [matériel de camping et les tentes](/recyclage-materiel-camping-tentes-festivals-2026/). En clair : arrêtez de dire qu'il n'y a pas de filière. Il y en a une, jeune, qui monte en collecte. Le chantier des cinq prochaines années n'est pas d'écrire un décret de plus. C'est d'industrialiser la délamination et de rendre le réemploi réflexe avant la déchèterie. Tant que ce n'est pas fait, un ski jeté reste un objet qu'on sait ramasser mais pas encore vraiment recycler. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique : articles de sport et de loisirs (ASL)](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/articles-sport-loisirs-asl) - [Ministère de la Transition écologique : Ecologic agréé pour la filière ASL](https://www.ecologie.gouv.fr/articles-sport-et-loisirs-ecologic-est-agree-mise-en-oeuvre-dune-nouvelle-filiere-pollueur-payeur) - [ADEME : filière REP ASL, objectifs et chiffres](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-ASL) - [Take a Waste : mise en place de la filière REP des articles de sport et de loisirs](https://takeawaste.fr/mise-en-place-de-la-filiere-rep-des-articles-de-sport-et-de-loisirs/) - [SPORTeco : Ecologic fait le bilan 2024](https://www.sporteco.com/ecologic-fait-le-bilan-2024/) - [Tous Acteurs des Savoie : SKI'R, révolutionner le recyclage des skis](https://www.tous-acteurs-des-savoie.coop/actualites/skir-revolutionner-le-recyclage-des-skis-pour-un-futur-plus-vert/) - [SkiTEC : upcycling des skis](https://skitec.fr/upcycling-skis-que-peut-on-faire/) - [ADEME : que faire de mes déchets, raquette tennis-badminton-squash-ping-pong](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/raquette-tennis-badminton-squash-ping-pong/) - [ADEME Infos : Tecnifibre recycle les cordages de raquette avec X-Loop](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/avec-x-loop-tecnifibre-recycle-les-cordages-de-raquette-en-t-shirts-plus-ecoresponsables/) - [The Conversation : le défi du recyclage des plastiques des équipements sportifs](https://theconversation.com/le-defi-du-recyclage-des-plastiques-des-equipements-sportifs-254253) - [Decathlon : performance groupe 2024, seconde main](https://www.decathlon-united.media/pressfiles/performance-groupe-decathlon-2024) - [ESCP : un cas sur la seconde vie de Decathlon](https://escp.eu/news/un-cas-sur-la-seconde-vie-de-decathlon) - [Île-de-France : La Recyclerie Sportive](https://www.iledefrance.fr/toutes-les-actualites/paris-la-recyclerie-sportive-offre-une-nouvelle-jeunesse-aux-articles-de-sport) --- ## Lingettes jetables : le faux flushable qui bouche tout - URL: https://www.recy.net/lingettes-humides-microplastiques-rep-france-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-10T06:00:00.000Z - Categories: dechets En game design, il y a une catégorie de bugs particulièrement vicieuse : deux timers qui tournent à des vitesses différentes et finissent par se désynchroniser. Le joueur déclenche une action en pensant qu'elle sera résolue avant la suivante, et le système part en soft-lock. Les lingettes humides jetées dans les toilettes, c'est exactement ça. On vous vend un produit conçu pour disparaître, mais ses deux horloges ne sont pas réglées sur le même tempo. Une lingette met de l'ordre de trois mois à se dégrader. Le trajet entre la cuvette et la station d'épuration, lui, dure environ trois jours. Faites le calcul : quand la lingette arrive au dégrilleur, elle est encore quasiment intacte. Le mot « flushable » imprimé sur l'emballage promet une résolution instantanée. La physique du réseau, elle, dit autre chose. ## Le bug de conception dans la cuvette Commençons par ouvrir le capot. Une lingette n'est pas un morceau de papier toilette renforcé, c'est un composite. On y trouve des fibres de coton et de rayonne (viscose), mais associées à des résines plastiques : polyester, polyéthylène, polypropylène. Ce sont ces polymères qui donnent la résistance à l'humidité, la propriété qu'on adore quand on se démaquille et qu'on déteste quand on répare une pompe de relevage. Le produit est optimisé pour ne PAS se déliter au contact de l'eau. C'est une feature, pas un bug, sauf qu'on l'a lâchée dans le mauvais système. Le résultat, on le mesure à l'échelle des réseaux. L'association européenne EurEau estimait le coût de l'usage inapproprié des toilettes entre 500 millions et 1 milliard d'euros par an en 2014. En 2024, l'estimation a doublé : entre 1 et 2 milliards d'euros par an. Et sur les interventions de débouchage, les lingettes pèsent lourd : jusqu'à 70 % des opérations leur sont imputées. Ce n'est pas une nuisance de bord, c'est le principal point de friction du niveau. Descendons sur le terrain, là où les chiffres deviennent tangibles. À Toulouse, la station Ginestous récupère 700 tonnes de lingettes par an ; elles causent 60 % des interventions correctives sur le site, qui collecte 76 % des eaux usées de la métropole via 2 000 kilomètres de canalisations. Le directeur des stations rappelle qu'un blocage de pompe par des lingettes a provoqué, il y a quelques années, une tonne de poissons morts sur l'Hers. En Île-de-France, à la station de Valenton du SIAAP, 80 % des déchets filtrés au dégrilleur sont des lingettes. Début juillet 2025, un amas de 150 kilos, deux mètres vingt de long sur un mètre de large, a été extrait d'une station de pompage voisine. Ce genre de masse compacte, c'est le boss de fin de niveau que personne n'a envie d'affronter à trois heures du matin. J'ai passé assez de nuits à débugger des systèmes qui se grippent pour reconnaître le motif. Un composant se comporte exactement comme il a été conçu, et c'est précisément ce comportement qui casse l'ensemble. La lingette fait son travail : elle résiste. Le réseau fait le sien : il transporte. Les deux sont incompatibles, et personne n'a documenté l'interface entre les deux. ## La REP existe, mais elle démarre à 1,2 % Longtemps, l'argument des exploitants s'est heurté à un vide : aucune filière ne faisait payer le producteur pour cette fin de vie. Ce vide est en train de se combler, mais lentement, et il faut être précis sur ce point parce que beaucoup se trompent encore. Une REP lingettes existe désormais. Elle est opérationnelle depuis le 1er juillet 2025. Le chemin a été poussif. La loi AGEC prévoyait une entrée en vigueur au 1er janvier 2024. Le décret d'application, le n° 2024-1166, n'est sorti que le 5 décembre 2024, soit dix mois de retard. Citeo Soin & Hygiène a été agréé comme unique éco-organisme par arrêté du 30 juin 2025, pour la période courant jusqu'à fin 2030. Sur le papier, la boucle est fermée : un metteur sur le marché, une contribution, un objectif de réduction de 15 % de la masse de lingettes d'ici 2030 par rapport à 2026. Sauf que le périmètre est minuscule. La filière ne couvre à ce jour que la catégorie 1, les lingettes pré-imbibées à usage corporel et domestique, soit 1,2 % des tonnages de textiles sanitaires à usage unique produits en France. Pour donner l'échelle : ces textiles représentent 783 000 tonnes mises sur le marché chaque année, dont 82 300 tonnes de lingettes, et génèrent environ 2,44 millions de tonnes de déchets. La REP a été branchée sur une fraction du problème. Les protections féminines, les couches, les produits d'incontinence restent hors du dispositif, alors qu'ils sortent des mêmes cuvettes et finissent dans les mêmes dégrilleurs. Sur le sujet voisin, la [filière de recyclage des couches bébé](/recyclage-couches-bebe-filiere-france-2026/) avance de son côté, mais en dehors de cette REP. Zero Waste France ne mâche pas ses mots : l'association juge le périmètre notoirement insuffisant et réclame l'extension aux cinq catégories prévues par la loi, un objectif de moins 25 % de textiles sanitaires dans les déchets ménagers d'ici 2030, et une collecte séparée. Difficile de leur donner tort quand on regarde le poids réel de ces déchets : 2,4 millions de tonnes par an, 14 % des déchets ménagers résiduels, dont 90 % partent en incinération ou en enfouissement. Je reste sur ce point plus réservé que Zero Waste France sur le calendrier, parce qu'élargir une REP trop vite peut créer une filière fantôme sans opérateur derrière, mais sur le diagnostic, ils ont raison : 1,2 %, ce n'est pas une filière, c'est un prototype. Il existe pourtant un levier réglementaire déjà actif, et gratuit. Depuis le 3 juillet 2021, le règlement européen 2020/2151 impose sur les emballages un pictogramme de lingette barrée et la mention « NE PAS JETER DANS LES TOILETTES », en majuscules, police Helvetica Bold. Un marquage qui coûte zéro euro d'infrastructure et qui agit à la source, sur le geste. Le Royaume-Uni a poussé la logique plus loin avec sa norme « Fine to Flush » créée en 2019 (contexte britannique, à ne pas transposer tel quel), qui certifie les seules lingettes sans plastique capables de passer un test de désintégration. Deux approches du même problème : l'une informe, l'autre normalise la matière elle-même. ## Ce qui reste dans l'eau, et l'alternative qui lave Le débouchage n'est que la partie visible. Ce qui inquiète davantage, c'est ce qui passe le dégrilleur. Le rapport d'information du Sénat n° 217, déposé en décembre 2020, établit que les textiles sanitaires, lingettes comprises, représentent entre 78 et 93 % des macrodéchets identifiés dans les systèmes d'eaux usées français. Et le plastique de ces déchets ne disparaît pas : il se fragmente. Les boues d'épuration concentrent entre 1 000 et 100 000 particules de plastique par kilo de matière sèche, boues qu'on épand ensuite sur les terres agricoles. La lingette ne s'arrête donc pas à la station, elle continue son trajet sous une autre forme, jusque dans les sols. Cette continuité, on la retrouve dans d'autres flux : voir ce que deviennent les [microplastiques dans le compost issu des biodéchets](/microplastiques-compost-biodechets-contamines/), même mécanique de dispersion. Le rapport note aussi un point d'action concret : appliquer aux déversoirs d'orage des normes limitant les débordements à moins de 5 % des volumes annuels réduirait les rejets de macrodéchets et de microplastiques de 20 à 30 %. C'est un correctif d'infrastructure, en aval, qui ne règle pas la source mais colmate une partie de la fuite. La source, elle, tient dans un choix de consommateur. Les lingettes lavables, en coton biologique, bambou, chanvre ou microfibre, se réutilisent des centaines de fois. Je vais être honnête : je n'ai trouvé aucune analyse de cycle de vie officielle qui compare rigoureusement le jetable et le lavable pour les lingettes, donc je ne vais pas vous sortir un ratio d'impact que je ne peux pas sourcer. Ce que je constate, c'est qu'un produit qu'on lave à 30 ou 40 degrés et qu'on réutilise sort mécaniquement de la boucle des 82 300 tonnes annuelles. Le geste n'a rien de sophistiqué. Il retire juste une entrée du système. Pour situer tout ça dans le paysage réglementaire plus large des textiles, la [filière REP textile telle qu'elle a changé en 2025](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) donne le cadre général, celui dont les textiles sanitaires ne sont qu'une annexe tardive. Au fond, le dossier des lingettes tient dans une phrase de dev : on a livré un produit sans tester son comportement dans l'environnement de production. Trois mois contre trois jours, deux horloges qui ne tourneront jamais ensemble. La REP de 2025 est un premier patch, appliqué sur 1,2 % du code. Le reste du système attend toujours sa mise à jour. ## Sources - [L'Info Durable : pourquoi les lingettes sont l'ennemi des réseaux d'eau](https://www.linfodurable.fr/environnement/pourquoi-les-lingettes-sont-lennemi-public-numero-un-des-reseaux-deau-52360) - [ici.fr : Toulouse Métropole en guerre contre les lingettes](https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-occitanie/toulouse-metropole-entre-en-guerre-contre-les-lingettes-jetees-dans-les-toilettes-9024876) - [Citoyens.com : station d'épuration de Valenton, le fléau des lingettes](https://citoyens.com/2025/a-la-station-depuration-de-valenton-le-fleau-couteux-des-lingettes-qui-bouchent-les-filtres,05-08-2025.html) - [Ministère de la Transition écologique : textiles sanitaires à usage unique (TSUU)](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/textiles-sanitaires-usage-unique-tsuu) - [ADEME : filière REP TSUU](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TSUU) - [Zero Waste France : une filière REP attendue mais déjà décevante](https://www.zerowastefrance.org/textiles-sanitaires-a-usage-unique-une-filiere-rep-attendue-mais-deja-decevante/) - [EUR-Lex : règlement d'exécution (UE) 2020/2151 (marquage des lingettes)](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32020R2151) - [Sénat : rapport d'information n° 217 sur la pollution plastique](https://www.senat.fr/rap/r20-217/r20-21710.html) --- ## Vêtements de travail et EPI : l'angle mort du recyclage - URL: https://www.recy.net/vetements-professionnels-epi-recyclage-rep-agec/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-09T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Quand vous jetez un vieux jean, il tombe dans un système bien rôdé : la filière REP textile, gérée par Refashion, avec ses bornes, son éco-contribution et ses objectifs chiffrés. Mais si vous êtes une PME qui doit se débarrasser de cent combinaisons de travail usées ou d'un lot d'EPI en fin de vie, vous entrez dans une zone où le tuto n'a jamais été écrit. Les vêtements professionnels et les équipements de protection individuelle sont explicitement sortis du périmètre de cette filière. Et ce n'est pas un oubli : c'est écrit noir sur blanc. Sous le capot, on a donc un flux réel, avec du volume, mais sans opérateur désigné pour le prendre en charge. En game design, on appellerait ça une zone du niveau que le joueur peut atteindre mais que personne n'a fini de développer. Voyons où est le trou, et ce que les entreprises sont censées faire en attendant. ## Le périmètre qui exclut, écrit noir sur blanc Commençons par la règle du jeu. La REP textile, celle qui couvre vos vêtements de tous les jours, repose sur la loi AGEC du 10 février 2020 et sur son éco-organisme, Refashion. Le mécanisme est classique : celui qui met un produit sur le marché finance sa fin de vie. Pollueur-payeur, version dressing. Sauf que Refashion précise que sa filière ne concerne que les vêtements, le linge de maison et les chaussures destinés aux particuliers. Les équipements et vêtements portés exclusivement en contexte professionnel, EPI compris, figurent dans la liste des exclusions explicites de sa nomenclature. Autrement dit : votre uniforme de chantier, votre blouse d'hôpital ou vos [gants jetables en latex et nitrile](/recyclage-gants-latex-nitrile-industriels-france) ne relèvent d'aucune REP dédiée. Aucune. J'ai cherché une filière spécifique côté ADEME, il n'y en a pas. Pour donner l'échelle du marché laissé de côté : selon l'étude Businesscoot publiée début 2025, le chiffre d'affaires du vêtement professionnel en France frôle les 600 millions d'euros, dont environ la moitié attribuée aux vêtements de protection, et près de 8 millions de salariés sont concernés. Ce n'est pas un flux marginal qu'on aurait oublié dans un coin. C'est un pan entier de l'économie textile qui tourne hors du circuit REP. Refashion, de son côté, a déjà fort à faire sur son propre terrain. En avril 2026, la Direction générale de la prévention des risques lui a infligé une amende de 170 000 euros pour un manquement à ses obligations de reprise sur le circuit grand public. Difficile, dans ce contexte, d'imaginer qu'on lui confie demain un périmètre supplémentaire. Le sujet EPI reste un angle mort d'autant plus stable que personne ne se bouscule pour le récupérer. ## L'obligation que beaucoup de PME ignorent Voici le point que la plupart des dirigeants ratent, et c'est le plus important. L'absence de REP ne veut pas dire absence d'obligation. Depuis le 1er janvier 2025, les déchets textiles professionnels sont entrés dans l'obligation générale de tri à la source, ce qu'on appelle le tri par flux. L'origine, c'est le décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021. À l'époque, il imposait le tri de sept flux distincts : papier, métal, plastique, verre, bois, fraction minérale et plâtre. Ce décret contenait une entrée en vigueur différée, une sorte de compte à rebours programmé : au 1er janvier 2025, les textiles rejoignent la liste. On passe de sept à huit flux. Et cette obligation de tri, elle, ne fait aucune distinction entre le coton d'un chiffon et le polyester d'une combinaison de travail. Concrètement, si votre entreprise produit un certain volume de déchets par semaine, vous devez trier vos textiles usagés à part et les confier à une valorisation, plutôt que de les envoyer au tout-venant. Le seuil de déclenchement souvent cité pour ce régime de tri tourne autour de 1 100 litres de déchets par semaine, à vérifier selon votre situation, mais l'esprit est clair : le textile pro n'a plus le droit de finir dans la benne grise mélangée au reste. Et là, une précision qui compte, parce que je l'ai vue mal comprise. Certains évoquent des sanctions à 75 000 euros pour une personne physique, jusqu'à 375 000 euros pour une personne morale. Ces montants existent bien, ils viennent de l'article L541-46 du Code de l'environnement. Mais ce sont les sanctions de droit commun applicables à tout défaut de gestion des déchets. Ce n'est pas un régime punitif créé sur mesure pour le textile en 2025. La nuance est importante : le manquement au tri des textiles est passible des mêmes peines que n'importe quel autre défaut de tri, ni plus, ni moins. Il y a aussi un levier économique qui pousse dans le même sens. La taxe sur le stockage des déchets non dangereux, la TGAP, atteint 69 euros la tonne à compter du 1er mars 2026. Chaque tonne de vêtements pro qu'on enfouit au lieu de la trier coûte donc de plus en plus cher. L'incitation par le prix, le vieux réflexe du game designer qui veut orienter le comportement : rends l'option paresseuse plus douloureuse que l'option vertueuse. ## Pourquoi un EPI est un cauchemar à recycler Admettons qu'une PME veuille bien faire. Elle trie. Encore faut-il que la matière soit recyclable. Et c'est là que la mécanique se grippe pour de bon. Un EPI, techniquement, c'est un objet composite. Ces équipements combinent souvent matières plastiques, textiles, métaux ou mousses, ce qui complique leur démontage et leur traitement. Ajoutez les mélanges de fibres (coton, laine, polyester, acrylique), les traitements chimiques (colorants, imperméabilisants, ignifugeants) et les points durs comme les boutons, le velcro ou les zips, et vous obtenez un flux qui contamine les chaînes de recyclage textile classiques. Un vêtement conçu pour résister au feu, aux coupures ou aux projections chimiques n'est pas franchement pensé pour se laisser désassembler proprement en fin de vie. Résultat : aucune source ne fournit de taux de recyclage chiffré propre aux EPI. Le vide statistique double le vide réglementaire. On sait que le flux existe, on ne sait pas quelle part est réellement valorisée. C'est le trou de télémétrie du dossier. ## La filière qui tente de combler le vide Face à ce vide, quelques acteurs privés avancent leurs pions. Le plus visible, c'est Recygo, une filiale créée par La Poste et Suez en 2018. En mars 2024, elle a lancé un service dédié à la collecte et au recyclage des vêtements professionnels, en s'appuyant sur Synergie TLC pour le tri et sur Nouvelles Fibres Textiles pour la valorisation matière, avec un site industriel à Amplepuis, dans le Rhône. Le volume en jeu ? Selon La Poste, 50 000 tonnes de vêtements et textiles professionnels sont générées chaque année en France. Je prends ce chiffre avec des pincettes : il vient d'un acteur commercial partie prenante, pas d'une source publique indépendante, et je n'ai rien trouvé pour le recouper côté ADEME. L'objectif affiché pour Nouvelles Fibres Textiles est d'atteindre 25 000 tonnes de textiles recyclés par an dans les quatre ans suivant le lancement. Une cible, pas un résultat mesuré. Ce que je retiens de cette initiative, c'est qu'elle confirme le diagnostic plutôt qu'elle ne le résout. Quand une filière naît d'un partenariat privé au lieu d'une REP encadrée, c'est le signe que le cadre réglementaire a laissé un espace vacant. La solution existe pour ceux qui la cherchent, mais elle n'est ni obligatoire, ni universelle, ni gratuite pour l'entreprise. ## Ce que je retiens Pour une PME, la situation se résume à un paradoxe inconfortable. Vous avez l'obligation de trier vos textiles professionnels depuis 2025. Vous n'avez aucune filière REP qui organise et finance leur reprise. Et la matière elle-même, quand c'est un EPI, résiste au recyclage. Ce n'est pas un bug, c'est la conséquence logique d'un périmètre tracé pour le grand public et jamais élargi au pro. Le décret 8 flux a posé la règle du tri sans construire l'infrastructure derrière. On a codé l'obligation, pas le back-end qui va avec. Pour l'entreprise qui veut se mettre en règle sans se tromper, le premier réflexe reste de comprendre son régime de tri, un sujet détaillé dans le [guide du tri 5 flux en entreprise](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/) et dans les [obligations de gestion des déchets en entreprise](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques/). Pour situer le contour exact de la REP textile grand public dont vous êtes exclu, l'[article sur ce qui change en 2025 pour la filière textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) pose le cadre, et la [crise que traverse Refashion](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/) explique pourquoi personne n'est pressé d'y ajouter le flux professionnel. À vous de jouer : le tri est déjà obligatoire, la filière, elle, reste à finir de développer. ## Sources - [Légifrance : décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 (tri par flux)](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043799891) - [Légifrance : article L541-46 du Code de l'environnement (sanctions déchets)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049464299) - [Refashion : entreprises et produits assujettis (exclusion pro et EPI)](https://pro.refashion.fr/fr/les-entreprises-et-produits-assujettis) - [Refashion : chiffres officiels 2024](https://refashion.fr/qui-sommes-nous) - [La Poste Groupe : filière de collecte et recyclage des vêtements professionnels](https://www.lapostegroupe.com/fr/actualite/la-poste-cree-la-premiere-filiere-de-collecte-et-recyclage) - [Businesscoot : marché du vêtement de travail en France](https://www.businesscoot.com/en/study/the-workwear-market-france) - [FNTP : montants de la TGAP 2026](https://www.fntp.fr/tgap-2026-les-montants-sont-publies/) --- ## Pesticides du jardin : EcoDDS pour vous, pas Adivalor - URL: https://www.recy.net/dechets-jardinage-phytosanitaires-ecodds-adivalor/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-08T06:00:00 - Categories: dechets Il y a de fortes chances qu'un bidon de désherbant traîne au fond de votre garage. Acheté avant 2019, à moitié plein, et devenu illégal depuis. Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit aux particuliers l'achat, l'usage et même la détention de pesticides de synthèse pour le jardin, le potager, le balcon ou la terrasse. Le hic : personne ne vous a expliqué où le rapporter. Et là, deux noms reviennent souvent dans les recherches, EcoDDS et Adivalor. Ils gèrent tous les deux des produits phytosanitaires. Mais un seul des deux veut de vous. C'est un cas d'école de mauvaise lecture du système. Deux filières parallèles, deux jeux de règles, deux publics qui n'ont pas le droit de jouer à la même table. Et si vous poussez la mauvaise porte, au mieux on vous refoule, au pire vous laissez un déchet dangereux là où personne ne le traitera. ## Le vrai problème technique : à qui vous adressez-vous ? La question n'est pas « quel produit je jette ». Les deux filières traitent des phytos. La question, c'est « qui je suis ». C'est le point d'entrée du système, et il détermine tout le reste. EcoDDS, c'est la filière des particuliers. Un éco-organisme agréé au titre de la responsabilité élargie du producteur (le fameux principe pollueur-payeur inscrit à l'article L541-10-1 du code de l'environnement). En clair : les fabricants financent la collecte et le traitement de leurs produits en fin de vie, et vous, vous déposez gratuitement. C'est le circuit grand public, opérationnel depuis le 2 janvier 2014. Adivalor, c'est autre chose. C'est le circuit agricole. Réservé aux agriculteurs, aux entreprises, aux collectivités et aux administrations. Les particuliers en sont explicitement exclus. Ce n'est pas une nuance de façade, c'est écrit noir sur blanc dans les conditions de collecte. Sous le capot, il y a même une différence de statut juridique que peu de gens voient. EcoDDS est un agrément REP au sens strict. Adivalor, lui, fonctionne sur un accord-cadre volontaire signé avec l'État depuis 2018 et renouvelé sur 2024-2025 : un régime dérogatoire, pas un agrément classique (je le formule avec prudence, la mécanique réglementaire est plus subtile qu'un simple label). Concrètement, pour vous, ça change une chose : Adivalor n'a aucune obligation de vous accueillir, et il ne le fait pas. ## EcoDDS : la filière qui vous ouvre ses portes Bonne nouvelle, votre porte est la plus simple. Les DDS, ce sont les déchets diffus spécifiques : des produits chimiques présentant un risque pour la santé ou l'environnement, définis par un arrêté d'août 2012. Le jardinage en fait partie, au même titre que le bricolage, l'entretien du véhicule ou les combustibles. Dans le périmètre EcoDDS pour le jardin, on trouve les insecticides, les biocides et les produits phytosanitaires. Autrement dit, votre vieux désherbant, votre reste d'anti-limaces, votre fond de bouteille de traitement pour rosiers. Tout ça part dans la même benne dédiée. Le dépôt est gratuit toute l'année, dans les déchetteries partenaires. Le réseau est large : selon les pages du site, on parle de plus de 3100 à 3556 points de collecte. À ça s'ajoutent des collectes temporaires ponctuelles, sous la marque REKUPO, pour les zones moins bien couvertes. Vous n'avez rien à payer, rien à justifier. Vous arrivez avec votre produit, idéalement dans son emballage d'origine pour que l'agent identifie le contenu, et vous repartez léger. Le game design derrière tout ça est plutôt propre : le financement est en amont (les fabricants), la friction pour l'usager est quasi nulle (gratuit, réseau dense), et le tri se fait au point de dépôt. C'est le genre de boucle qui fonctionne parce qu'elle ne demande presque aucun effort au joueur final. Si vous voulez creuser la logique des DDS ménagers au-delà du jardin, on a détaillé le cas des [peintures, solvants et déchets chimiques de la maison](/ecodds-peintures-solvants-dechets-chimiques-menagers) qui relèvent exactement du même circuit. ## Le piège : ne rapportez jamais vos pesticides chez un distributeur agricole Voilà le point qui justifie cet article à lui seul. Quand un particulier cherche « où jeter mes pesticides », il tombe vite sur Adivalor et sur son réseau de distributeurs agricoles, coopératives et négoces. La tentation est logique : c'est peut-être plus près de chez vous qu'une déchetterie, et ils reprennent bien des phytos, non ? Non. Ou plutôt : pas les vôtres. Le réseau Adivalor est fermé au grand public. Il collecte des flux professionnels très précis : les emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP), les produits phytosanitaires non utilisables (PPNU), les emballages d'engrais et de semences, les films agricoles, les ficelles, les EPI usagés, les emballages d'aliments pour animaux. Ce sont des déchets d'exploitation, tracés, apportés par des exploitants identifiés lors de collectes organisées. Si vous débarquez avec votre bidon domestique, le distributeur n'a ni le mandat ni le circuit pour le prendre. Ce n'est pas un bug, c'est une feature : le système est calibré pour l'agriculture, avec ses volumes et sa traçabilité, et il n'est pas prévu pour absorber le flux diffus des jardins particuliers. Vous risquez surtout de laisser votre déchet dangereux dans une zone grise, entre deux filières, là où il ne sera pas traité correctement. Retenez la règle d'accès, elle tient en une phrase : particulier, c'est EcoDDS en déchetterie, jamais un distributeur Adivalor. ## Adivalor, ce qu'il fait quand même très bien (mais pas pour vous) Pour être juste avec la filière pro, elle affiche des résultats que beaucoup de REP grand public lui envieraient. En 2024, Adivalor a collecté 102 000 tonnes de déchets agricoles, un record avec 5000 tonnes de plus que l'année précédente. Le taux de collecte des EVPP tourne autour de 90 %, et le taux de recyclage global avoisine aussi les 90 %. La filière vise même, à horizon 2030, du 100 % collecté et 100 % recyclé (objectif annoncé, à prendre comme une cible plus que comme un acquis). Côté climat, elle revendique de l'ordre de 62 623 tonnes de CO2 évitées en 2024 sur son périmètre. Des chiffres solides, portés par un public captif et organisé, ce qui aide beaucoup quand on conçoit une boucle de collecte. Si le sujet des déchets plastiques agricoles vous intéresse en tant que tel, on a consacré un article entier à [la filière plastiques agricoles gérée par Adivalor](/recyclage-plastiques-agricoles-adivalor-filiere). Mais gardez en tête que vous le lisez alors en observateur, pas en usager. ## Concrètement, votre parcours en trois temps Pour le jardinier qui veut agir proprement, voici le pipeline, sans théorie inutile. D'abord, identifiez ce que vous avez. Depuis la loi Labbé, les pesticides de synthèse sont interdits à la détention pour les particuliers. Un produit acheté avant 2019 n'a plus le droit de rester dans votre cabanon. Ce n'est pas une option de rangement, c'est un déchet à sortir. Ensuite, localisez votre déchetterie partenaire EcoDDS et vérifiez qu'elle accepte les DDS jardinage. C'est le cas de la grande majorité, mais un coup de fil évite le déplacement pour rien. Emportez le produit dans son contenant d'origine, fermé, sans le transvaser. Enfin, ne cédez pas au raccourci. Pas de dépôt chez un revendeur agricole, pas de fond de bidon versé à l'évier ou au caniveau, pas de bouteille glissée dans la poubelle jaune. Le désherbant que vous videz dans l'évier finit dans le milieu naturel, et le tri sélectif classique n'a rien pour le neutraliser. Pour ce qui relève des déchets verts eux-mêmes (tontes, tailles, feuilles), c'est encore une autre filière, qu'on a détaillée dans notre [guide de la valorisation des déchets de jardin](/dechets-verts-jardinage-valorisation-france-guide) : ne mélangez pas les flux. Un mot sur le bâton derrière la carotte. Abandonner un déchet dangereux dans la nature ou dans le mauvais bac, ça expose à une amende. Le régime a d'ailleurs été révisé récemment : un décret de juin 2026 a reclassé plusieurs infractions de dépôt sauvage, avec des montants qui vont désormais de 45 à 1500 euros selon la classe et le contexte. Pour le non-respect de la loi Labbé côté produits interdits, les sources évoquent des sanctions bien plus lourdes, jusqu'à plusieurs mois d'emprisonnement et de fortes amendes (je reste volontairement flou sur le détail : les montants circulent, mais je n'ai pas trouvé de base légale que je citerais les yeux fermés). Le fond de l'affaire est presque anti-climatique. Il n'y a pas de démarche compliquée, pas de formulaire, pas de coût. Juste une confusion de nommage entre deux filières qui gèrent le même type de produit pour deux publics étanches. Une fois que vous savez de quel côté du mur vous êtes, le reste coule de source. Videz le cabanon ce week-end, la déchetterie n'attend que ça. ## Sources - [EcoDDS - FAQ (produits acceptés, modalités de dépôt)](https://www.ecodds.com/faq/) - [Adivalor - Quels déchets sont collectés](https://www.adivalor.fr/filiere/presentation/quels_dechets.html) - [Adivalor - Emballages vides et public éligible](https://www.adivalor.fr/collectes/emballages_vides.html) - [Adivalor - Identifier les PPNU](https://www.adivalor.fr/collectes/identifier_ppnu.html) - [Réussir - Collecte historique de 102 000 tonnes pour Adivalor en 2024](https://www.reussir.fr/grandes-cultures/dechets-plastiques-agricoles-une-collecte-historique-de-102-000-tonnes-pour-adivalor-en-2024) - [EcoDDS - Chiffres clés](https://www.ecodds.com/ecodds/chiffres-cles/) --- ## Mousse polyuréthane : Renuva a-t-il tenu sa promesse ? - URL: https://www.recy.net/mousse-polyurethane-recyclage-renuva-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-07-07T06:00:00 - Categories: valorisation En septembre 2021, on a inauguré à Semoy, dans le Loiret, la première unité mondiale de recyclage chimique de mousse polyuréthane issue de matelas usagés. Grosse annonce, ruban coupé, communiqués. La réalité du terrain, cinq ans après : je cherche encore un bilan chiffré de ce que l'usine a réellement traité. Ça, personne ne le publie. Le procédé s'appelle Renuva, développé par Dow. L'idée est séduisante sur le papier, et c'est justement ce qui me pousse à gratter. Une mousse de matelas, normalement, c'est un déchet compliqué. On le broie, on le brûle, on l'enfouit. Rarement mieux. Renuva prétend en refaire de la matière première neuve. Voyons ce qui tient, et ce qui reste dans le flou. ## Glycolyse : casser la mousse pour remonter au polyol La mousse polyuréthane, c'est un polymère. Une longue chaîne moléculaire construite par assemblage de briques plus petites, dont le polyol. Le recyclage mécanique classique, celui qu'on connaît, se contente de broyer la matière et de la recoller. On garde le polymère, on le dégrade un peu à chaque tour. C'est de la seconde zone. Le recyclage chimique fait l'inverse : il démonte le polymère pour récupérer les briques d'origine. Renuva utilise pour ça la glycolyse. En clair, on chauffe la mousse autour de 200 °C jusqu'à la dépolymériser, et on obtient un polyol liquide recyclé, réinjectable dans la fabrication de mousse neuve. On ne recolle pas un vieux déchet, on remonte d'un cran dans la chaîne. C'est la même logique que la pyrolyse appliquée aux plastiques dans la [première usine de recyclage chimique française à Grandpuits](/grandpuits-demarrage-recyclage-chimique-premiere-usine-france), sauf qu'ici la cible, c'est la mousse. Cette distinction entre broyer et dépolymériser, je l'ai déjà creusée pour les plastiques dans mon papier sur le [recyclage chimique face au recyclage mécanique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique). Le principe est transposable à la mousse : le chimique vise une matière régénérée, pas dégradée. Sur le fond, c'est le bon combat. ## La promesse chiffrée, et pourquoi elle tient sur le papier Là où le dossier devient intéressant, c'est que les chiffres avancés ne sont pas du vent marketing. Selon le Cefic, le polyol Renuva afficherait une réduction de 54 % de son impact sur le changement climatique face à un polyol standard, sur la base d'une analyse de cycle de vie certifiée ISO de 2021. Une ACV certifiée, ce n'est pas une plaquette commerciale. C'est un document opposable. Deuxième chiffre solide, toujours d'après le Cefic : le fabricant de mousse Vita Group aurait formulé des produits intégrant jusqu'à 30 % de polyol Renuva en remplacement du polyol vierge. Autrement dit, la matière recyclée n'est pas cantonnée à un prototype de labo, elle entre dans une formulation réelle. Un tiers de substitution, pour un matériau technique, c'est loin d'être ridicule. Côté approvisionnement, la boucle a été pensée en amont. Dès juillet 2020, Dow a annoncé un partenariat avec Eco-mobilier pour capter la mousse des matelas collectés. À pleine charge, l'unité de Semoy vise le traitement de la mousse de 200 000 matelas par an, ce qui représenterait environ 10 % du gisement national de matelas usagés selon la DREETS Centre-Val de Loire. Sur le papier, tout s'emboîte : une source de déchet identifiée, un procédé, un débouché. ## Le matelas, le bon candidat pour ce genre de boucle Pourquoi le matelas et pas autre chose ? Parce que c'est un objet volumineux, encombrant, et bourré de mousse. Selon une estimation de L'écho circulaire, la mousse polyuréthane ou latex représenterait autour de 30 % du poids d'un matelas. Un gisement concentré, homogène, facile à cibler. Pour un recycleur, c'est un cas d'école bien plus propre qu'un flux de déchets mélangés. Le volume, lui, existe. D'après des données de 2018 relayées par le magazine Kipli, la France jetterait environ 5 millions de matelas par an, dont plus de 3 millions pris en charge par Eco-mobilier, soit à peu près 70 % du flux. Je le prends pour ce que c'est : un ordre de grandeur ancien, à ne pas confondre avec un compteur à jour. Mais la logique tient. La filière de collecte des matelas, que j'ai détaillée dans un [article dédié au parcours du matelas en fin de vie](/recyclage-matelas-filiere-collecte-france), alimente exactement le type de flux dont Renuva a besoin pour tourner. Le sujet dépasse d'ailleurs le seul matelas. À l'échelle mondiale, selon Alcimed, le marché du polyuréthane pesait 7,7 millions de tonnes en 2023, avec une projection au-delà de 9 millions de tonnes en 2030, et près de la moitié partirait en décharge sans recyclage. Un procédé qui saurait vraiment fermer cette boucle attaquerait un problème massif. Je précise : ce chiffre est mondial, pas français. ## Les verrous qu'on ne nous montre pas Maintenant, la partie qui me dérange. Une belle ACV et une usine inaugurée en fanfare, ça ne fait pas un bilan industriel. Et sur ce dossier, le bilan manque. Premier verrou, le financement. La DREETS, source officielle de l'État, chiffre l'investissement total de l'unité de Semoy à 4,5 millions d'euros, dont 2,2 millions d'argent public. Sauf qu'une autre source, le magazine spécialisé BedTimes, avance plutôt 3 millions. Deux montants pour une même usine. Je retiens le chiffre officiel de la DREETS, mais cette divergence sur un fait aussi basique que le coût d'un projet, ça n'inspire pas une confiance totale dans la transparence du dossier. Deuxième verrou, le prix. Impossible de trouver le coût du polyol Renuva face au polyol vierge. Or c'est le nerf de la guerre. Un polyol recyclé plus cher que le vierge, dans un marché où l'acheteur regarde d'abord son bon de commande, ça ne se déploie pas tout seul. Tant que ce chiffre reste caché, la viabilité économique reste une inconnue. Soyons honnêtes : quand un industriel ne communique pas son prix, ce n'est jamais parce que c'est une bonne nouvelle. Troisième verrou, et c'est le plus parlant. Un objectif de doublement de la capacité était annoncé pour 2023. La création d'une dizaine d'emplois dès 2022 aussi. Mais je n'ai trouvé aucun bilan opérationnel récent confirmant que ces jalons ont été atteints. Combien de tonnes réellement traitées entre 2022 et aujourd'hui ? Le doublement a-t-il eu lieu ? Sur ces questions, silence radio. Et un silence prolongé autour d'une usine qu'on avait présentée comme une première mondiale, franchement, ça m'interpelle. Je vais être honnête sur mes limites : je ne sais pas si ce silence signifie que ça tourne discrètement, que ça peine, ou que le projet a changé de braquet. Je n'ai pas la donnée. J'ai visité assez de sites industriels pour savoir qu'une inauguration réussie ne dit rien de la vie de l'usine trois ans plus tard. Le vrai sujet, ce n'est pas le ruban coupé, c'est le compteur de tonnage cinq ans après. Et ce compteur, on ne nous le montre pas. ## Ce que je retiens Renuva, c'est une technologie crédible qui répond à un vrai problème. La glycolyse fonctionne, l'ACV est certifiée, la substitution à 30 % est documentée, le gisement de matelas existe. Sur le plan scientifique et sur celui de la boucle matière, le procédé coche les cases. Mais une technologie qui marche en labo et une filière qui tourne à l'échelle industrielle, ce sont deux mondes. Le premier se prouve par une publication. Le second se prouve par des tonnes traitées, année après année, à un prix qui tient face au vierge. Sur ce terrain-là, le dossier Semoy reste muet. Pas d'échec avéré, je n'invente rien. Juste une absence de preuve de succès, ce qui n'est pas la même chose qu'une preuve d'échec, mais qui devrait suffire à calmer les enthousiasmes. Ma conclusion, tranchée : Renuva mérite qu'on y croie sur la technique et qu'on reste méfiant sur l'industrie. Le jour où Dow publiera un bilan de tonnage et un prix de revient, on saura. Tant que ce jour n'arrive pas, la première mondiale de Semoy reste une belle promesse en attente de sa preuve. Et dans le recyclage, les belles promesses, on en a assez vu. ## Sources - [DREETS Centre-Val de Loire : première mondiale, une unité de recyclage de matelas usagés à Semoy (45)](https://centre-val-de-loire.dreets.gouv.fr/1ere-mondiale-une-unite-de-recyclage-de-matelas-usagers-a-Semoy-45) - [Cefic : Renuva, circular low-carbon solutions](https://cefic.org/case-study/renuva-circular-low-carbon-solutions-for-a-resource-efficient-future/) - [L'écho circulaire : Renuva ouvre la voie au recyclage chimique des mousses PU](https://lecho-circulaire.com/renuva-ouvre-la-voie-au-recyclage-chimique-des-mousses-pu/) - [Actu-environnement : partenariat Eco-mobilier et Dow autour des matelas](https://www.actu-environnement.com/ae/news/partenariat-eco-mobilier-dow-matelas-renuva-35897.php4) - [ORDECO : déchets d'éléments d'ameublement (DEA)](https://www.ordeco.org/dechets/dechets-delements-dameublement-dea) - [OCO Orgaform : chiffres clés du site de Semoy](https://www.oc-orgaform.com/en/about-us/key-figures/) --- ## Meubles usagés : pourquoi trois éco-organismes ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-meubles-dea-ecomaison-valdelia-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-06T06:00:00.000Z - Categories: dechets Quand vous déposez une vieille armoire en déchèterie, elle entre dans un système qui s'appelle la REP ameublement, la filière des déchets d'éléments d'ameublement, les DEA dans le jargon. Et ce système a une particularité qui m'a intrigué la première fois que j'ai regardé sous le capot : pour la période 2024-2029, il ne tourne pas avec un opérateur unique, mais avec trois éco-organismes agréés en parallèle. Ecomaison, Valdelia et Valobat. Trois entrées, un même flux de meubles usagés. En game design, quand tu confies une seule mécanique à trois équipes différentes, tu sais que tu vas devoir gérer les zones de recouvrement. La filière meuble, c'est exactement ce problème, transposé à l'échelle d'un pays. Voyons comment on en est arrivé là, et surtout qui fait quoi. ## D'une filière unique en 2012 à un trio en 2024 La REP ameublement n'est pas nouvelle. Elle existe depuis 2012, née d'un décret qui a posé le principe : les fabricants et distributeurs de meubles paient une éco-contribution pour financer la collecte et le recyclage en fin de vie. Le mécanisme de base est resté le même depuis : celui qui met un produit sur le marché est responsable de sa fin de vie. Pollueur-payeur, version mobilier. Ce qui a changé, c'est la structure. Pendant des années, la filière était pilotée par des acteurs bien identifiés, avec un partage assez net entre le mobilier des ménages et celui des professionnels. Pour l'agrément 2024-2029, l'État a rebattu les cartes et validé trois éco-organismes au lieu de reconduire un duo. Sous le capot, ce n'est pas anodin : plus il y a d'opérateurs sur un même périmètre, plus il faut un chef d'orchestre pour éviter que chacun tire la couverture à soi. Ce chef d'orchestre existe. C'est l'OCABJ, l'organisme coordonnateur, agréé par un arrêté du 8 avril 2024 et missionné jusqu'au 31 décembre 2029, soit la même échéance que les trois éco-organismes. Son rôle, c'est la couche de coordination entre les opérateurs : répartir, harmoniser, éviter les trous et les doublons dans le maillage. En clair, la pièce qui empêche le système à trois têtes de partir dans tous les sens. Pour donner une idée de ce que pèse le gisement à l'entrée : en 2024, la mise sur le marché de l'ameublement en France a représenté 2,8 millions de tonnes de produits, selon l'ADEME. C'est le volume qui, tôt ou tard, redescendra dans la filière en fin de vie. Un pipeline de cette taille, tu ne l'improvises pas. ## Trois opérateurs, trois périmètres C'est le cœur du dossier, et c'est là que le découpage prend son sens. Les trois éco-organismes ne se marchent pas dessus au hasard : chacun couvre un segment. Ecomaison est l'opérateur grand public. Il gère le mobilier des ménages, mais son périmètre déborde largement le seul meuble : il couvre aussi les articles de bricolage et de jardin, les jouets, et les produits et matériaux de construction du bâtiment, ce qu'on appelle les PMCB. Quatre filières sous une même bannière. Résultat, ses chiffres de collecte agrègent bien plus que du mobilier. En 2024, Ecomaison a collecté 1,7 million de tonnes toutes filières confondues, soit environ 25 kg par habitant, d'après Actu-environnement. Attention à ne pas lire ce chiffre comme du meuble seul : il empile mobilier, PMCB, bricolage-jardin et jouets. Sur la même année, son taux de valorisation atteignait 97 %, et son réseau comptait environ 12 000 points de collecte, un chiffre qui aurait doublé en deux ans selon la même source. Valdelia, lui, joue sur un autre terrain : le mobilier professionnel, non ménager. Bureaux, chaises, mobilier de collectivité, tout ce qui sort d'une entreprise ou d'une administration plutôt que d'un salon. C'est l'acteur historique de ce créneau, positionné dessus depuis une dizaine d'années selon les données du secteur. Pour situer son volume, en 2023 il aurait collecté un peu plus de 68 000 tonnes de mobilier professionnel, via près de 29 000 opérations de collecte, d'après Natura-sciences. À prendre comme un ordre de grandeur, pas comme un compteur officiel figé. Valobat est le petit dernier dans le paysage meuble. Son ancrage principal, c'est le bâtiment, les PMCB, mais il dispose d'un double agrément qui le fait entrer aussi sur le champ des DEA, via un arrêté du 21 décembre 2023 selon ses propres publications. C'est l'opérateur dont le rôle sur le meuble seul est le moins lisible de l'extérieur, parce que son centre de gravité reste la construction. Sur la logique de ce découpage à trois, j'ai mis du temps à voir la cohérence, et je ne suis pas certain qu'elle tienne parfaitement à l'usage. Le partage par type de détenteur (ménage contre pro) est clair. Le recouvrement PMCB entre Ecomaison et Valobat l'est beaucoup moins. Et surtout, aucune source publique ne donne la répartition chiffrée du marché DEA entre les trois. Combien de tonnes chacun traite réellement sur le mobilier seul ? On ne sait pas. C'est le trou de télémétrie du dossier : le système existe, mais son tableau de bord consolidé n'est pas public. Une précision qui compte pour Valdelia : son périmètre s'est élargi au-delà du meuble strict. Depuis la loi AGEC du 10 février 2020, effective au 1er janvier 2022, il prend en charge une partie du textile de décoration, rideaux, voilages, tapis et accessoires de pose. Le contour d'un éco-organisme n'est donc pas gravé dans le marbre : il bouge au fil des extensions réglementaires. ## Ce que visent les compteurs en 2026 Un système comme celui-là ne tourne pas à vide : il a des objectifs chiffrés, et c'est ce qui met la pression sur les opérateurs. Pour 2026, l'ADEME fixe trois cibles principales à la filière DEA. D'abord la collecte : 48 % des meubles usagés doivent être captés par la filière. C'est le taux de complétion visé, celui qui mesure si le gisement redescend bien dans le circuit plutôt que de finir en tout-venant. Ensuite la valorisation, au sens large (recyclage plus valorisation énergétique) : 92 %. Enfin le recyclage proprement dit, le vrai retour matière : 53 %. L'écart entre les deux derniers chiffres raconte quelque chose : une grande partie de ce qui est valorisé part en énergie, pas en matière recyclée. Brûler pour récupérer de la chaleur, ce n'est pas boucler la boucle, c'est en sortir par une porte dérobée. À côté de ces pourcentages, un objectif exprimé en volume, et c'est celui que je trouve le plus intéressant : 80 000 tonnes destinées au réemploi et à la réutilisation. Autrement dit, du meuble qui repart pour une seconde vie sans repasser par la case broyage. Dans la hiérarchie des déchets, c'est le geste le plus vertueux, celui qui évite carrément de produire un déchet. Un meuble réemployé, c'est une itération gagnée sur tout le pipeline. Le levier économique derrière tout ça, c'est l'éco-contribution, cette petite ligne que vous payez sans y penser à l'achat d'un meuble neuf. Valdelia a publié son barème 2026, applicable au 1er janvier, avec une cible affichée sous les 2 % du prix de vente et une révision des contributions sur certains produits, notamment le mobilier métallique. L'idée, à terme, c'est l'éco-modulation : faire payer moins cher ce qui se recycle bien, plus cher ce qui pose problème. Le bon vieux principe de l'incitation par le prix, appliqué au design des meubles. ## Concrètement, où atterrit votre vieux canapé Pour l'usager, toute cette architecture se résume à quelques gestes simples, et c'est heureux, parce que personne n'a envie de savoir quel éco-organisme traite sa commode avant de s'en séparer. La déchèterie reste le point d'entrée le plus courant, avec des bennes dédiées au mobilier. Mais il existe un canal souvent oublié : la reprise en magasin. Depuis le 1er janvier 2022, avec la loi AGEC, les distributeurs de meubles ont l'obligation de reprendre votre ancien équipement quand vous en achetez un neuf, la fameuse reprise « un pour un ». Le seuil de surface conditionne les modalités, avec des paliers autour de 200 à 1 000 m² et au-delà de 1 000 m². Traduction : le magasin où vous achetez votre nouveau canapé doit, dans bien des cas, vous débarrasser de l'ancien. Et si le meuble est encore en état, le meilleur réflexe n'est pas la déchèterie du tout, mais le don ou la revente. Ça rejoint directement l'objectif réemploi de la filière : chaque meuble qui trouve un second propriétaire, c'est une tonne qui n'entre jamais dans le circuit de traitement. Pour le mobilier vraiment hors d'usage, en revanche, le tri en filière reste la bonne porte. Les meubles rejoignent alors les autres flux encadrés, détaillés dans le [panorama des filières de recyclage françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/). ## Ce que je retiens Trois éco-organismes sur un même flux, pour l'usager, ça pourrait tourner au casse-tête. En pratique, le découpage par détenteur (ménage, pro, bâtiment) tient à peu près la route, et l'organisme coordonnateur est là pour recoller les morceaux. Ce qui me gêne, ce n'est pas le nombre d'opérateurs, c'est l'absence de vue consolidée : impossible, de l'extérieur, de dire combien de meubles chacun traite réellement. Il y a quelque chose de paradoxal à confier un objet aussi banal qu'une armoire à une gouvernance aussi sophistiquée. On a bâti une filière à trois têtes, un coordinateur, des barèmes révisés chaque année, des objectifs au pourcentage près, pour gérer la fin de vie de nos tables et de nos chaises. C'est sans doute nécessaire vu les volumes en jeu. Mais ça dit aussi à quel point on a laissé grossir un gisement qu'on ferait mieux, en amont, de réemployer plutôt que de traiter. La filière la plus élégante reste celle qu'on n'a pas besoin de faire tourner. Pour aller plus loin sur les acteurs de ce trio, le [bilan de Ecomaison sur la REP jouets](/ecomaison-rep-jouets-bilan-6-mois-extension-agrement-2026/) montre comment un même éco-organisme jongle avec plusieurs filières, et le [dossier sur la REP bâtiment et les PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france/) éclaire la zone de recouvrement avec Valobat. Quant à la literie, elle suit sa propre logique, détaillée dans l'[article sur la filière de collecte des matelas](/recyclage-matelas-filiere-collecte-france/). ## Sources - [ADEME : filière REP éléments d'ameublement](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EA) - [Légifrance : agrément de l'organisme coordonnateur OCABJ](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049410967) - [Valdelia : barème d'éco-contribution 2026](https://valdelia.org/communique-de-presse/valdelia-publie-son-bareme-deco-contribution-2026/) - [Valdelia : la filière des éléments d'ameublement](https://valdelia.org/filiere-elements-d-ameublement/) - [Actu-environnement : chiffres 2024 d'Ecomaison](https://www.actu-environnement.com/ae/news/chiffre-2024-ecomaison-mobilier-pmcb-abj-jouets-46421.php4) - [Actu-environnement : REP ameublement et PMCB, Ecomaison, Valdelia, Valobat](https://www.actu-environnement.com/ae/news/rep-ameublement-pmcb-ecomaison-valdelia-valobat-43225.php4) --- ## Cartouches d'encre : le vrai taux de collecte reste flou - URL: https://www.recy.net/recyclage-cartouches-encre-toner-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-03T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Je vais vous donner la réponse tout de suite, parce que c'est typiquement le genre de sujet où on tourne autour du pot pendant 2000 mots avant de lâcher l'info. Le taux de recyclage des cartouches d'encre et des toners en France, aujourd'hui, en 2026 : personne ne le publie. Pas de chiffre national officiel et récent. Rien de solide sur lequel s'appuyer. Ce qui circule, ce sont des nombres qui mesurent des choses différentes, à des époques différentes, sur des périmètres différents. 23 %, 24 %, 32 %… on dirait trois versions d'un même patch qui ne tournent pas sur le même moteur. Sous le capot, ce sont trois indicateurs qui n'ont presque rien à voir entre eux. Et le plus cité, le fameux 23 %, est aussi le plus trompeur. ## Le jeu des chiffres : trois nombres, aucun qui dit la même chose Commençons par le seul chiffre propre du dossier. En 2017, dans le cadre d'un accord volontaire de la profession, la collecte a été mesurée à 24 %, selon le ministère de la Transition écologique. Celui-là, c'est un vrai taux : mesuré, daté, sourcé. Son seul défaut, c'est qu'il a bientôt dix ans. Prendre une métrique de 2017 pour décrire 2026, c'est comme juger un jeu sur sa version bêta. En 2018, le système a changé de règles. Les cartouches professionnelles sont [devenues des DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/), catégorie 14, par l'arrêté du 13 avril 2018. Trois éco-organismes ont été agréés pour la collecte et le recyclage : ECOLOGIC et SCRELEC côté professionnel, ESR et ECOLOGIC côté ménages, d'après le ministère. Et des objectifs ont été posés : 65 % de collecte et 70 % de réutilisation-recyclage. Arrive le 23 %. Et là, attention au piège. Selon GreenIT, la trajectoire d'objectifs de collecte fixée pour ces cartouches professionnelles montait par paliers : 23 % en 2018, 43 % en 2019, 55 % en 2020, 65 % en 2021. Autrement dit, 23 % n'est pas un taux atteint. C'est l'objectif de la première année, le point de départ le plus bas de la courbe. Le présenter comme le niveau actuel de la filière, c'est confondre le tutoriel avec le boss de fin. Il existe même un second 23 %, sans aucun rapport avec le premier. Selon Collecteo, une société privée qui ne cite aucune source, 23 % des cartouches jet d'encre des particuliers seraient collectées et 77 % partiraient à la poubelle, sur une base de 45 millions de cartouches par an. Périmètre restreint, méthode inconnue, source absente : à ranger dans la case « à vérifier », pas dans celle des faits. Et pour finir de brouiller la lecture, un troisième nombre : 32 %, avancé par le Syvadec en citant LVL. Encore un périmètre et une méthodologie qu'on ne maîtrise pas. Sur ce dossier, j'avoue que j'ai buté. D'habitude, un taux de recyclage national, tu le trouves en trois clics sur un rapport d'éco-organisme. Là, non : impossible de confirmer si l'objectif de 65 % de 2021 a seulement été atteint. C'est le trou noir de ce dossier, et personne ne semble pressé de le combler. Le game design derrière tout ça est instructif : un système sans métrique fiable ne peut pas s'auto-corriger. Si tu ne connais pas ton taux de complétion réel, tu ne sais pas où sont les points de friction, donc tu ne sais pas quoi patcher. Ça me rappelle mes premières game jams, au début des années 2010 : on livrait un proto sans la moindre télémétrie, et on découvrait les vrais bugs en regardant les gens jouer par-dessus leur épaule. La filière cartouche en est un peu là, sauf que le « proto » tourne depuis des années et que personne ne regarde par-dessus l'épaule. ## Sous le capot : une filière à deux moteurs Pour comprendre pourquoi c'est si flou, il faut voir que ce n'est pas une filière, mais deux qui tournent en parallèle. Le gisement d'abord : environ 75 millions de cartouches sont mises sur le marché français chaque année, selon le ministère, ce qui représente 6650 tonnes côté professionnel et 1850 tonnes côté ménages. Deux flux, deux poids, deux logiques. Le circuit professionnel relève des DEEE avec ses éco-organismes dédiés ; le circuit domestique passe par d'autres canaux. Rien que ce découpage explique pourquoi un chiffre unique « de la filière » n'existe pas vraiment : on additionnerait des pipelines qui ne comptent pas de la même façon. La répartition technique ajoute une couche. Selon FranceEnvironnement, le jet d'encre domine en nombre d'unités (autour de 78 %) tandis que le laser pèse plus lourd en poids (autour de 54 %). Traduction : selon que tu comptes en cartouches ou en tonnes, tu ne racontes pas la même histoire. Un taux « en unités » et un taux « en masse » peuvent diverger fortement sur le même gisement. Reste la question que tout le monde zappe : « recycler » une cartouche, ça veut dire quoi, concrètement ? Le plus vertueux, c'est la remanufacture, c'est-à-dire nettoyer et réutiliser le corps de la cartouche. L'ADEME fixe d'ailleurs une borne : une cartouche dite « remanufacturée » ne peut contenir au maximum que 35 % d'éléments neufs. Au-delà, ce n'est plus de la remanufacture. Et le gain n'est pas cosmétique : le réemploi réduirait les émissions de CO2 de 45 à 60 % selon le Syvadec et LVL. C'est là que se joue la vraie boucle, bien plus que dans le broyage. L'incitation, elle, est structurellement faussée. Une cartouche neuve est un produit avec une marge confortable ; une cartouche remanufacturée casse ce modèle. Tant que le feedback loop économique récompense le neuf, le geste de tri du particulier restera un correctif marginal en bout de chaîne. Ce n'est pas un bug de comportement, c'est une feature du business model. ## Ce que tu peux faire, au bureau comme à la maison La bonne nouvelle, c'est que le geste, lui, est simple et documenté. Une cartouche ou un toner usagé ne va jamais dans la poubelle classique. Selon l'ADEME, les points de dépôt sont nombreux : revendeurs, magasins, mairies, écoles, La Poste, déchèteries, sans oublier les enveloppes T que certains fabricants glissent dans les boîtes. Au bureau, le réflexe le plus efficace reste de centraliser : un carton dédié près de l'imprimante vaut mieux que dix gestes individuels dispersés. C'est le même principe qu'un point de collecte bien placé dans un niveau de jeu : réduire la distance entre le joueur et l'action réduit le taux d'abandon. Et privilégier la cartouche remanufacturée à l'achat, quand elle existe pour votre modèle, c'est agir sur le seul levier qui compte vraiment : la demande. Le tri en aval ne sert à rien si le gisement propre ne trouve pas de débouché en amont. Pour situer ce geste dans l'ensemble, le [panorama des filières de recyclage françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) donne la carte complète. ## Ce que je retiens Le cœur du problème n'est pas le geste, il est dans la mesure. On sait collecter des cartouches, on sait les remanufacturer, on a des éco-organismes et des objectifs écrits noir sur blanc. Ce qu'on n'a pas, c'est un tableau de bord public et à jour. Et un système qu'on ne mesure pas est un système qu'on ne pilote pas. Le plus déroutant, c'est qu'un objet aussi banal qu'une cartouche d'imprimante échappe à toute reddition de comptes chiffrée, alors que d'autres flux DEEE affichent leurs résultats à la tonne près, comme le montre le [record de collecte revendiqué par ecosystem](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026/). Ce n'est pas une fatalité technique, c'est un choix de priorité. Tant que ce chiffre restera dans l'ombre, méfiez-vous de tous ceux qui vous vendent « le taux de collecte des cartouches » avec un aplomb suspect. Le seul honnête, pour l'instant, c'est : on ne sait pas. Et cette opacité en dit plus long que n'importe quel pourcentage. Elle rejoint d'ailleurs un mal plus large, celui des [taux de recyclage nationaux difficiles à établir](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards/). ## Sources - [Ministère de la Transition écologique : trois éco-organismes chargés de la collecte et du recyclage des cartouches d'encre](https://archive-2017-2022.ecologie.gouv.fr/presse/trois-eco-organismes-charges-collecte-et-du-recyclage-des-cartouches-dencre-usagees) - [GreenIT.fr : les cartouches d'impression désormais classées DEEE](https://www.greenit.fr/2018/08/14/cartouches-dimpression-desormais-deee/) - [ADEME : que faire de mes cartouches d'impression à jet d'encre et laser](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/cartouche-dimpression-a-jet-dencre-laser/) - [Ecosystem : donner ou recycler une cartouche d'imprimante](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/cartouche-imprimante) - [Syvadec : filière cartouches d'encre](https://www.syvadec.fr/filiere/cartouches-encre/) - [Collecteo : qui sommes-nous](https://www.collecteo.fr/qui-sommes-nous) --- ## Céramique dans le bac à verre : l'erreur qui casse tout - URL: https://www.recy.net/ceramique-vaisselle-recyclage-filiere-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-02T06:00:00.000Z - Categories: tri Il y a un bug que presque tout le monde a déjà commis au moins une fois. Vous cassez une tasse en céramique, vous voyez du « verre » brisé, et hop, direction le conteneur à verre. Geste logique, réflexe propre. Sauf que ce geste vient d'injecter une erreur dans un système qui ne sait pas la corriger tout seul. Je vais traiter ça comme un bug de gameplay. Une action qui a l'air valide, que le jeu accepte sans broncher à l'entrée, mais qui corrompt la partie plusieurs niveaux plus loin. Sous le capot, la céramique dans le bac à verre, c'est exactement ça : un exploit involontaire qui casse la boucle du recyclage du verre. ## Pourquoi le système accepte l'entrée mais plante à l'exécution Le tri du verre repose sur une hypothèse simple : tout ce qui entre dans le conteneur fond à la même température. Le verre d'emballage, celui des bouteilles et des bocaux, c'est du sodo-calcique. Il fond dans une fenêtre relativement basse. La porcelaine, la faïence, la céramique, le Pyrex : non. Ils ont été cuits pour résister à la chaleur, c'est même toute leur fonction. Et c'est là que la mécanique casse. Selon un article technique de la filière (travail-industrie.com, source unique à prendre comme telle), le verre d'emballage fond entre 1 100 et 1 300 °C, alors que la céramique sanitaire reste vitrifiée jusqu'à 1 450 °C. Le four verrier, lui, tourne autour de 1 500 à 1 550 °C en moyenne. Faites le calcul : le fragment de céramique traverse le bain de fusion sans fondre vraiment. Il ne disparaît pas, il reste là, en dur. Résultat côté sortie : des inclusions, des points de rupture, des micro-défauts sur les bouteilles issues du même bain. Un caillou de porcelaine peut, selon les autorités du secteur, rendre inutilisable tout un lot de calcin, parfois des dizaines de kilos de verre par ailleurs parfaitement recyclable. Le ratio dégât sur cause est absurde : un objet contre un lot entier. Pour les devs dans la salle : imaginez une valeur non typée qui passe la validation à l'entrée parce que « ça ressemble à du verre », puis qui fait planter le rendu final. Le système n'a pas vérifié le bon attribut. Ici, l'attribut qui compte, c'est la température de fusion, pas l'apparence. Et cette boucle, on ne peut pas se permettre de la casser, parce qu'elle est au cœur du modèle. Le calcin, c'est-à-dire le verre trié pour être refondu, représente aujourd'hui près de 65 % des matières premières des verriers en France, d'après Vitisphere. Ce n'est plus un appoint, c'est la matière première principale. Ce circuit et ses chiffres sont détaillés dans un [article dédié au recyclage du verre en France](/recyclage-verre-france-circuit-chiffres/). Mieux : techniquement, le taux d'incorporation de calcin peut monter jusqu'à 95 % pour certaines teintes, d'après Verallia, premier verrier français. Ce qui limite, ce n'est pas la technique, c'est la disponibilité d'un gisement propre. Et « propre » veut dire : sans céramique. Chaque tasse mal triée dégrade la qualité de ce gisement partagé. ## Pourquoi le tri ne rattrape pas l'erreur si facilement Première ligne de défense : la consigne. Porcelaine, faïence, céramique, vaisselle cassée, Pyrex, tout ça est explicitement exclu du conteneur à verre. C'est écrit noir sur blanc, et pourtant l'erreur reste massive, parce que le réflexe visuel est plus fort que la règle. C'est typiquement le genre de confusion que je remets à sa place dans le [guide des erreurs de tri de la poubelle jaune](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/). Deuxième ligne : le tri optique. Dans les centres, des systèmes à infrarouge scannent le flux pour écarter les intrus. La signature spectrale de la céramique n'est pas la même que celle du verre, ce qui permet, en principe, de la repérer et de l'éjecter. Je dis « en principe » parce que la performance dépend du réglage, du débit, de la taille des fragments. Un éclat minuscule passe plus facilement entre les mailles qu'un gros morceau. Honnêtement, sur l'efficacité réelle de ce tri optique à grande échelle, je reste prudent : les sources décrivent le principe, pas un taux de captation chiffré que je pourrais vous donner ici sans l'inventer. Donc je m'arrête au principe. Le point qui compte, c'est que le tri optique est un correctif en aval, pas une prévention. On dépense de l'énergie et de la techno pour rattraper une erreur qui aurait coûté zéro à éviter en amont. En game design, on appelle ça patcher un symptôme au lieu de corriger la règle. Ça marche un temps, ça finit toujours par revenir. ## Le patch en cours : des filières qui essaient d'exister Jusqu'ici, la céramique n'avait pas vraiment de sortie propre. La loi AGEC l'exclut du recyclage faute de filière structurée, et le règlement européen PPWR prévoit une exemption pour ce matériau, d'après Breizpack qui cite Emballages Magazine. Traduction : personne n'était obligé de s'en occuper. Ça commence à bouger. Le 24 mars 2025, un premier site pilote de collecte séparée de la céramique a été lancé au centre de valorisation de Surgères, en Charente-Maritime, pour un programme de six mois. Il fait partie d'une expérimentation sur trois sites (Charente-Maritime, Finistère, Rhône) menée entre fin 2024 et l'été 2025. Aux manettes : Ecomaison, Citeo, Ecominéro et Leko. Le dispositif teste quatre catégories triées séparément : le sanitaire (WC, lavabos), les emballages céramiques (cocottes, plats), la vaisselle et déco (assiettes, bols, vases), et le réemploi pour les objets encore intacts. Les tuiles, elles, restent dans la benne à gravats. L'objectif affiché : transformer cette céramique en poudres à forte teneur minérale utiles à d'autres secteurs, au lieu de la noyer dans les gravats de chantier valorisés en remblai. Attention à ne pas confondre trois choses, parce que c'est là que tout le monde s'emmêle les pinceaux. - La céramique sanitaire du bâtiment (WC, lavabos scellés) a déjà une filière REP, la PMCB, avec un coordinateur agréé jusqu'à fin 2027. J'ai décortiqué ses ratés dans [l'enquête sur la REP bâtiment PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france/). - La céramique de vaisselle et de table, elle, n'a aucune filière pérenne à ce jour. Juste l'expérimentation ci-dessus, dont le bilan chiffré n'est pas encore public. - Le débouché « BTP en granulats », où la céramique broyée finit en sous-couche routière, c'est de la valorisation par défaut, pas un recyclage en boucle. Ce troisième point mérite qu'on s'y arrête. Broyer de la porcelaine pour en faire du remblai sous une route, ce n'est pas rien, mais ça ne referme aucune boucle. La matière descend d'un cran et n'y remonte jamais. C'est l'inverse du calcin, qui peut redevenir bouteille presque indéfiniment. Une vraie boucle contre une impasse déguisée en solution. ## Ce que ça change pour vous, concrètement Le geste juste est décevant de simplicité : la vaisselle en céramique cassée ne va pas dans le bac à verre. Elle va dans la poubelle des ordures ménagères résiduelles, ou en déchèterie si votre collectivité teste une collecte séparée. Rien de plus, pour l'instant. Ce n'est pas satisfaisant, je sais. On aimerait un beau circuit vertueux pour chaque objet. Mais forcer une tasse dans le circuit du verre, c'est saboter le recyclage d'un matériau qui, lui, marche très bien : le taux de recyclage du verre en France est passé d'environ 78 % en 2021 à une fourchette de 84 à 88 % ces deux dernières années. Ne pas le contaminer, c'est déjà protéger un des rares systèmes de recyclage qui tourne à plein régime. La vraie correction viendra d'en haut, avec une filière dédiée à la vaisselle, si l'expérimentation Ecomaison débouche sur du pérenne. En attendant, le meilleur patch reste le plus bête : savoir que « ça ressemble à du verre » n'est pas « c'est du verre ». Votre centre de tri vous remerciera. Pour le reste des règles qui coincent, le [panorama des filières de recyclage françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) donne la carte complète. ## Sources - [Travail Industrie : recyclage du verre, calcin et four verrier](https://travail-industrie.com/blog/article-titre/recyclage-du-verre-calcin-four-procede-complet) - [Comment-Economiser.fr : où jeter le verre cassé](https://www.comment-economiser.fr/ou-jeter-verre-casse.html) - [Vitisphere : les verriers et la décarbonation](https://www.vitisphere.com/actualite-102382-comment-les-verriers-veulent-baisser-de-88-leurs-emissions-de-co8322-dici-2050.html) - [Verallia : recyclage du verre](https://www.verallia.com/developpement-durable/recyclage-du-verre) - [Ecomaison : lancement de travaux collectifs sur une filière céramique](https://ecomaison.com/en/espace-presse/ceramique-lancement-de-travaux-collectifs-sur-une-filiere-de-reemploi-et-recyclage-en-france/) - [L'Écho Circulaire : une collecte séparée pour les produits en céramique](https://lecho-circulaire.com/une-collecte-separee-pour-les-produits-en-ceramique/) - [Breizpack : le recyclage des emballages céramiques](https://www.breizpack.net/actualit%C3%A9s-%C3%A9v%C3%A9nements-innovations-le-recyclage-des-emballages-c%C3%A9ramiques-720-566-0-0.html) --- ## EcoDDS : où va vraiment votre pot de peinture usagé ? - URL: https://www.recy.net/ecodds-peintures-solvants-dechets-chimiques-menagers/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-07-01T06:00:00.000Z - Categories: dechets Un pot de peinture à moitié vide traîne dans mon garage depuis deux ans. Je sais qu'il ne va ni à la poubelle classique, ni à l'évier, ni au tout-à-l'égout. Mais où, exactement ? Et surtout : qu'est-ce qu'il devient une fois déposé ? Pour répondre, il faut ouvrir le capot d'une filière discrète mais bien rodée, celle des déchets chimiques ménagers, peintures, solvants et colles en tête. En France, elle porte un nom : EcoDDS. Je vais traiter ça comme j'analyse n'importe quel système : entrées, traitement, sortie. Quels déchets entrent, par quels points de collecte, et ce qui sort réellement à la fin. Parce que le mot « collecté » ne dit jamais ce qui se passe en aval, et c'est souvent là que les surprises se cachent. ## Un déchet chimique ménager, ça commence où ? D'abord, la définition, parce qu'elle pose le périmètre. Un DDS, déchet diffus spécifique, c'est un déchet domestique issu d'un produit chimique qui présente, selon le ministère de l'Écologie, « un risque significatif pour la santé et l'environnement », et qui nécessite donc une collecte séparée. Pas la peine de chercher plus loin pourquoi votre pot de peinture n'a rien à faire dans la [poubelle jaune ou la poubelle classique](/poubelle-jaune-verte-bleue-que-mettre-2026/) : il est rangé dans une autre case réglementaire. Concrètement, le périmètre couvre trois grandes familles que vous avez probablement chez vous. Le bricolage et la décoration : peintures, vernis, colles, solvants, white spirit, mastics, enduits. Le jardinage : insecticides, désherbants, herbicides, anti-mousses, chlorate de soude. L'entretien de la maison : acides (chlorhydrique, sulfurique), ammoniaque, déboucheurs, lessive de soude. Depuis 2022, EcoDDS prend aussi en charge les outillages du peintre, pinceaux, rouleaux et couteaux, via la filière ABJ. Petit ajout qui a du sens : ce sont des objets contaminés par les mêmes produits, autant les traiter dans la même boucle. Tout n'entre pas dans le système pour autant. EcoDDS est agréé sur les catégories 3 à 10 des DDS ménagers. Certains produits pyrotechniques et extincteurs (catégories 1 et 2) restent hors de son périmètre. Les bombes aérosols, elles, méritent un traitement à part que j'ai détaillé dans un [guide dédié au recyclage des aérosols via EcoDDS](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds/). ## Le réseau de collecte, vu comme une architecture Voilà la partie qui m'intéresse vraiment : la logistique. Parce qu'une filière, c'est d'abord un maillage de points d'entrée, et celui-là est dense. Le pilier, c'est la déchèterie. EcoDDS revendique 3 556 déchèteries adhérentes, couvrant 67 millions d'habitants. Pour vous, particulier, le dépôt y est gratuit : c'est l'éco-contribution payée par les producteurs au moment de l'achat qui finance le traitement en aval. Vous avez déjà réglé la note à la caisse sans le savoir. À côté, il y a le réseau magasin. Les distributeurs dont la surface de vente consacrée à ces produits atteint au moins 200 m² ont l'obligation de reprendre vos DDS, et d'afficher de manière visible les modalités de reprise, avec la signalétique réglementaire (le logo Triman est obligatoire depuis février 2021). EcoDDS a structuré ce volet sous le dispositif REKUPO, lancé en 2018, qui compte environ 1 400 points de collecte en magasin d'après l'éco-organisme. Sous le capot, le montage est un monopole assumé : EcoDDS est le seul éco-organisme agréé sur le périmètre des DDS ménagers. Il fédère 912 entreprises adhérentes et 47 actionnaires, fabricants et distributeurs. Un seul opérateur pour toute une filière, ça simplifie la gouvernance mais ça concentre aussi la responsabilité. Dernier maillon, et pas le moins important : le facteur humain. EcoDDS annonce 24 200 agents formés sur site, 3 100 sessions de formation et 882 visites de déchèteries. Quand on manipule des acides et des solvants, le gardien de déchèterie qui sait trier au bon endroit, c'est l'équivalent du test unitaire qui empêche la régression. Sans lui, le système déraille en silence. ## Ce que devient réellement votre pot de peinture Maintenant, la sortie. Et c'est là que je sors le débogueur, parce que le mot « recyclage » est trompeur sur cette filière. La majorité des DDS collectés part en valorisation énergétique. En clair : on les brûle pour produire du chauffage ou de l'électricité, et une partie devient combustible de substitution en cimenterie. Le cahier des charges des éco-organismes, fixé par l'arrêté du 1er octobre 2021, est sans ambiguïté sur la hiérarchie visée : un objectif de 90 % de valorisation énergétique depuis 2022, et seulement 5 % de recyclage matière depuis 2023. Lisez bien ces deux chiffres. L'objectif réglementaire de recyclage matière plafonne à 5 %. Le reste, l'écrasante majorité, finit dans une flamme. Ce n'est pas un détour temporaire en attendant mieux : c'est le modèle de traitement. Quand vos solvants et vos colles deviennent du combustible pour [cimenterie au titre des CSR](/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france), on parle de valorisation énergétique, pas de boucle fermée. Là, je mets un drapeau, par honnêteté. Ces 90 % et ces 5 % sont des objectifs de cahier des charges, pas des taux réellement atteints. EcoDDS publie ses objectifs ; les taux effectivement obtenus en 2023 ne figurent pas dans les pages que j'ai consultées. Le rapport d'activité au 31 décembre 2025 est disponible en ligne pour qui veut creuser. Je préfère vous donner l'objectif affiché plutôt qu'un taux réel que la source ne fournit pas. Est-ce que brûler proprement vaut mieux qu'enfouir un solvant qui contaminerait une nappe ? Oui, sans hésiter. Mais appeler ça « recyclage » entretient une confusion. Pour la plupart de ces produits chimiques, la combustion contrôlée reste aujourd'hui la moins mauvaise option technique, faute de voie de recyclage matière mature. Autant le dire clairement. ## La filière monte en charge, et vite Les volumes racontent une trajectoire nette. EcoDDS a collecté 32 818 tonnes en 2019, puis 35 200 en 2020, 45 150 en 2021, 47 060 en 2022, pour atteindre 51 000 tonnes en 2023. Une progression d'environ 55 % en quatre ans. Cette montée n'est pas le fruit du hasard. La filière REP des DDS a été instaurée au début des années 2010, EcoDDS étant opérationnel depuis 2013. L'agrément actuel court sur la période 2022-2027, avec un objectif national de collecte de 0,6 kg de DDS ménagers par habitant et par an à partir de 2024. La liste des produits concernés, elle, est cadrée par l'arrêté du 1er décembre 2020. Bref, un dispositif réglementaire qui se resserre, et des tonnages qui suivent. ## Ce que je retiens EcoDDS, côté collecte, c'est un système sérieux : maillage dense, gratuité pour le particulier, financement amont par l'éco-contribution, formation terrain. Sur l'entrée du tunnel, peu de reproches à faire. Déposer son pot de peinture en déchèterie ou en magasin, c'est le bon geste, et c'est facile. Là où ça coince, c'est la sortie. Tant que l'objectif de recyclage matière plafonne à 5 % et que la valorisation énergétique vise 90 %, la quasi-totalité de vos déchets chimiques ménagers finit en combustible. Utile pour éviter pire, mais loin du sommet de la hiérarchie des déchets. Le vrai gain se joue en amont : acheter juste ce qu'il faut, finir ses pots, choisir des produits moins problématiques. La recyclabilité d'un déchet chimique se décide souvent avant même de l'acheter, une logique qu'on retrouve dans tout le [panorama des filières de recyclage françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/). Mon pot de peinture, lui, partira en déchèterie ce week-end. En sachant cette fois où il finit vraiment. ## Sources - [Ministère de l'Écologie : produits chimiques et DDS](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/produits-chimiques-dds) - [EcoDDS : chiffres clés](https://www.ecodds.com/ecodds/chiffres-cles/) - [EcoDDS : foire aux questions](https://www.ecodds.com/faq/) - [EcoDDS : tout savoir sur les déchets chimiques](https://www.ecodds.com/detenteur-de-dechets-chimiques/tout-savoir-sur-les-dechets-chimiques/) - [EcoDDS : le dispositif de collecte REKUPO](https://www.ecodds.com/ecodds/le-dispositif-de-collecte-rekupo/) - [EcoDDS : qui sommes-nous](https://www.ecodds.com/ecodds/qui-sommes-nous/) - [EcoDDS : missions et enjeux](https://www.ecodds.com/ecodds/missions-et-enjeux/) - [EcoDDS : publications et rapport d'activité](https://www.ecodds.com/ecodds/publications/) --- ## Réseau cuivre Orange : la plus grande mine urbaine - URL: https://www.recy.net/reseau-cuivre-orange-recyclage-nexans-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-30T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Posez-vous une question simple : où est le plus gros gisement de cuivre de France ? Pas dans une mine. Pas dans un entrepôt. Sous vos pieds, le long des routes, dans les fourreaux qui courent entre les poteaux téléphoniques. Le réseau cuivre historique d'Orange, celui qui a porté l'ADSL et le téléphone fixe pendant des décennies, c'est un million de kilomètres de câbles. Et il est en train de mourir. Je traite ce sujet comme je traite un système qu'on s'apprête à décommissionner : on ne se demande pas seulement comment l'éteindre, on se demande ce qu'on récupère quand on démonte. Ici, ce qu'on récupère, c'est de la matière. Beaucoup de matière. Et la vraie question n'est pas le prix au kilo, c'est de savoir si la filière française est dimensionnée pour avaler le flux. ## Le gisement : un million de tonnes qui dorment dans le sol Commençons par le volume, parce que c'est lui qui change tout. Bénédicte Javelot, directrice des projets stratégiques chez Orange France, l'a posé noir sur blanc : le réseau cuivre représente environ un million de kilomètres de câbles, dont 80 % sont valorisables. En tonnage, les estimations convergent vers le même ordre de grandeur. Recy.net avance environ un million de tonnes de cuivre récupérable, soit cinq fois la collecte annuelle française actuelle, qui plafonne à 218 000 tonnes. Un calcul plus ancien donne un repère. En 2022, La Tribune avait estimé le gisement à 985 600 tonnes, en partant de 110 millions de paires-kilomètres et d'un ratio de 8,96 kilos par paire-kilomètre tiré de données ARCEP de 2010. Sur la base du cours du moment, ça donnait une valeur de 8,83 milliards d'euros. Là, je mets un drapeau, parce que c'est important. Orange a jugé cette estimation « excessivement élevée » et « prématurée ». L'argument de l'opérateur tient debout : une partie des câbles est enterrée sans plans exploitables, donc impossible à déposer proprement ; les frais de dépose grignotent le net ; et le cours futur reste incertain. Autrement dit, le million de tonnes brut existe dans le sol, mais ce qui en sortira réellement est un sous-ensemble, et personne, pas même Orange, n'a publié de chiffre officiel de tonnage récupérable. Je préfère écrire la fourchette honnête que faire semblant d'avoir une certitude que la source n'a pas. ## Pourquoi ce gisement arrive maintenant Un réseau ne se démantèle pas du jour au lendemain. Il s'éteint par couches, et le calendrier est dur. La fermeture commerciale du cuivre, c'est la première couche : plus aucune offre vendue. Elle a frappé la majorité des communes de métropole et d'outre-mer au 31 janvier 2026, environ 25 000 communes selon l'ARCEP. Le reste suit au 31 janvier 2027. Cette bascule a été rendue possible par un taux de couverture fibre de 94 % des locaux éligibles début 2026 : on ne ferme le cuivre que là où la fibre prend le relais. La fermeture technique, elle, libère physiquement le câble, et elle s'étale par lots. Le lot 1 (162 communes) en janvier 2025, le lot 2 (829 communes) en janvier 2026, le lot 3 (2 138 communes) en janvier 2027, puis des vagues plus massives en 2028 et 2029, pour une fin prévue en 2030. Vient ensuite le démantèlement physique, la dépose des câbles. Orange l'a lancé en 2025, avec une fin complète visée en 2032. C'est cette opération qui transforme un câble mort en [matière première secondaire](/materiaux-critiques-premier-site-recyclage-france-2026/). Et c'est là que la directrice projets stratégiques d'Orange assume l'objectif : « Notre projet est de financer le décommissionnement du réseau par le recyclage du cuivre. » Le gisement n'est pas un bonus, c'est le modèle économique de l'extinction. ## La filière qui doit absorber le flux Maintenant, la partie qui m'intéresse le plus en tant que dev : le système de récupération en aval. Parce qu'avoir un million de tonnes de cuivre dans le sol ne sert à rien si on n'a pas la capacité industrielle de le retraiter en France. Orange a découpé le chantier en deux familles d'appels d'offres. D'un côté, la dépose des câbles, confiée à des entreprises de BTP. De l'autre, le recyclage des métaux, lancé au printemps 2025 avec Veolia, Derichebourg et Suez en lice. Le tout en deux phases temporelles : 2025-2027, puis 2027-2032. Au moment où ces lignes sont écrites, aucune attribution publique n'a été confirmée, donc je ne vais pas vous inventer un gagnant. Reste un candidat naturel sur les câbles : RecyCâbles, la coentreprise créée en 2008 entre Nexans et Suez, installée à Noyelles-Godault dans le Pas-de-Calais. Une cinquantaine de salariés, spécialisée dans le recyclage des câbles énergie et télécom, cuivre comme aluminium. C'est exactement le maillon « feeder » dont la filière a besoin pour préparer la matière avant la fonte. Et au bout de la chaîne, il y a Lens. La fonderie Nexans de Lens, en activité depuis 1971, est la seule fonderie de cuivre de France. Pas une parmi d'autres : la seule. En octobre 2024, le groupe a signé un accord d'investissement de plus de 90 millions d'euros, le projet NCCCR, pour faire grimper sa capacité de recyclage de cuivre secondaire de 2 000 à 3 000 tonnes par an aujourd'hui à 80 000 tonnes par an. La capacité totale du site passe de 160 000 à 240 000 tonnes par an, avec une livraison prévue en 2026. L'État accompagne via France 2030, à hauteur de 16,8 millions d'euros. Le timing n'est pas un hasard. Nexans muscle sa capacité de recyclage juste avant que le flux Orange ne commence à arriver pour de bon. C'est de la conception de système : tu dimensionnes le réceptacle avant d'ouvrir la vanne, sinon ça déborde. Et « déborder » ici, ça veut dire exporter la matière à l'étranger faute de pouvoir la traiter. ## Le cuivre, ce métal qui ne perd jamais Pourquoi se donner tout ce mal pour de vieux câbles téléphoniques ? Parce que le cuivre est un cas presque unique en recyclage. Il est recyclable à l'infini sans perte de ses propriétés. Pas de dégradation à chaque cycle, contrairement à beaucoup de plastiques. Et le recyclage économise jusqu'à 85 % d'énergie par rapport à l'extraction primaire, en évitant l'étape minière la plus gourmande. À l'échelle européenne, ça se traduit dans les chiffres : 41,5 % du cuivre utilisé en Europe provient déjà du recyclage, selon l'ICSG relayé par Copper Alliance France. Nexans en fait d'ailleurs un objectif affiché : 30 % de cuivre recyclé dans ses câbles d'ici 2030. Le réseau Orange tombe à pic pour alimenter cette cible. Et la demande, elle, ne faiblira pas. La transition énergétique tire le cuivre vers le haut : une hausse de la demande mondiale de 16 % attendue d'ici 2030, portée notamment par les véhicules électriques, qui embarquent chacun 80 à 100 kilos de cuivre, soit trois à quatre fois plus qu'un véhicule thermique. Dans ce contexte, capter un gisement domestique d'un million de tonnes plutôt que de l'exporter relève d'une [logique de souveraineté sur les matières premières](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france/). ## Le point de friction : la France exporte sa propre matière C'est ici que je sors le débogueur, parce que le système a une fuite documentée. Regardez les flux français. On collecte 218 000 tonnes de cuivre par an. On en recycle 66 000 tonnes sur le territoire. Et on en exporte 206 000 tonnes, principalement vers la Belgique (29 %), l'Allemagne (20 %) et l'Italie (15 %). Pendant ce temps, l'industrie nationale en consomme 257 000 tonnes. Traduction : on envoie l'essentiel du gisement chez les voisins, puis on rachète du cuivre raffiné plus cher. La boucle est ouverte là où elle devrait être fermée. Le gisement Orange est une chance de corriger ça, mais seulement si la capacité de traitement domestique arrive à temps. Si Lens n'absorbe pas, le câble téléphonique français partira finir sa vie à Anvers ou à Hambourg. Le même schéma que j'ai décortiqué dans [le boom du cuivre secondaire et la filière française qui rate la marche](/cuivre-prix-record-avril-2026-boom-recyclage-secondaire-france/), où le record de prix de janvier 2026 contraste cruellement avec une filière de retraitement sous-dimensionnée. Là où cet article-là regarde le marché et le cours, celui-ci regarde la matière physique et le calendrier de dépose. Deux faces du même problème. ## Le risque que personne ne veut nommer : le vol Un gisement valorisable de cette ampleur, ça attire. Et ça, c'est le maillon faible du système. Les chiffres remontés par la CFE-CGC Orange sont éloquents : plus 40 % de vols de cuivre en 2024, avec 2 300 faits déclarés. En 2025, plus de 100 vols supplémentaires, environ 500 tonnes dérobées, près de 2,7 millions d'euros de pertes. Pire, des sous-traitants chargés de la dépose ont été impliqués dans du trafic organisé. Le décommissionnement crée mécaniquement une fenêtre de vulnérabilité : pendant que le câble est désactivé mais pas encore déposé, il devient une cible. C'est typiquement le genre d'exploit qu'un système oublie de patcher. On a pensé l'extinction technique, on a pensé la valorisation, mais la sécurisation du gisement pendant la phase de transition reste un angle mort. Et quand la matière vaut autant, l'angle mort coûte cher. ## Ce que je retiens Le réseau cuivre Orange, c'est la plus grande mine urbaine jamais ouverte en France, et elle s'ouvre par décret de calendrier, pas par hasard géologique. Près d'un million de tonnes de cuivre, valorisable, recyclable à l'infini, avec une demande mondiale qui ne fera que monter. La filière a les bons maillons : RecyCâbles pour préparer, Nexans Lens pour fondre, France 2030 pour financer. Sur le papier, le système est cohérent. Ce qui me gratte, c'est le « si » : si la capacité monte avant le flux, si la dépose se fait sans hémorragie vers l'export, si les vols ne saignent pas le gisement en route. Beaucoup de conditions pour une seule fonderie. La fibre a remplacé le cuivre dans nos prises. Reste à savoir si la France saura récupérer ce que le cuivre laisse derrière lui, ou si elle regardera, encore une fois, sa matière première partir de l'autre côté de la frontière. ## Sources - [ARCEP : la fermeture du réseau cuivre](https://www.arcep.fr/nos-sujets/la-fermeture-du-reseau-cuivre.html) - [ARCEP : organisation Orange, fermeture du réseau cuivre](https://www.arcep.fr/la-regulation/grands-dossiers-reseaux-fixes/la-fermeture-du-reseau-cuivre/organisation-orange-fermeture-reseau-cuivre.html) - [Journal du Net : Orange lance une opération de recyclage de cuivre de très grande ampleur](https://www.journaldunet.com/business/1538495-orange-lance-une-operation-de-recyclage-de-cuivre-de-tres-grande-ampleur/) - [CFE-CGC Orange : décommissionnement du cuivre, un chantier sous haute tension](https://www.cfecgc-orange.org/2025111215713/reseaux/decommissionnement-du-cuivre-un-chantier-sous-haute-tension.html) - [Univers Freebox : le réseau cuivre d'Orange estimé à près de 8,8 milliards d'euros](https://www.universfreebox.com/article/528629/le-reseau-cuivre-dorange-estime-a-pres-de-8-8-milliards-deuros) - [Journal de l'économie : cuivre, Orange lance un vaste chantier de recyclage](https://www.journaldeleconomie.fr/cuivre-orange-lance-un-vaste-chantier-de-recyclage/) - [La Gazette France : RecyCâbles, une filière du câble de cuivre de seconde main à Noyelles-Godault](https://www.lagazettefrance.fr/article/recycables-une-filiere-du-cable-de-cuivre-de-seconde-main-a-noyelles-godault) - [Nexans : accord d'investissement stratégique en France pour la production et le recyclage du cuivre](https://www.nexans.com/press-releases/nexans-signs-a-strategic-investment-agreement-in-france-to-increase-its-copper-production-and-recycling-capacity-across-europe/) - [Copper Alliance France : le recyclage du cuivre](https://copperalliance.fr/l-environnement/recyclage/) - [Révolution Énergétique : une pénurie de cuivre guette-t-elle la transition énergétique ?](https://www.revolution-energetique.com/actus/une-penurie-de-cuivre-guette-t-elle-la-transition-energetique/) - [Ministère des Entreprises : sécuriser nos approvisionnements en métaux critiques]() --- ## OPTIMUM moquette: recyclage ou incinération déguisée? - URL: https://www.recy.net/tapis-moquette-recyclage-optimum-filiere-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-29T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Quand je débogue un système, j'ai un réflexe: je regarde ce qu'il fait vraiment, pas ce que la doc prétend qu'il fait. La filière française de recyclage des moquettes mérite exactement ce traitement. Le programme OPTIMUM affiche le mot recyclage partout. En creusant le procédé, on tombe sur autre chose: de la valorisation énergétique. Autrement dit, on brûle. La nuance n'est pas un détail de vocabulaire. Elle change tout sur ce qu'il advient réellement de votre vieille moquette. ## OPTIMUM, sur le papier, c'est carré Commençons par ce qui fonctionne, parce qu'il y a du sérieux derrière ce dispositif. OPTIMUM est une association cofondée en 2010 par le fabricant Balsan et l'Union Française des Tapis et Moquettes (UFTM). Cette UFTM représente, selon Vanheede, environ 90 % du marché français des moquettes tuftées en dalles et lès. La gouvernance réunit aujourd'hui l'UFTM, l'UPMF-FFB, le groupe Vanheede et le logisticien TML. Bref, ce n'est pas une initiative bricolée dans un coin. Le fonctionnement tient en quatre étapes, et c'est plutôt bien pensé. Collecte sur chantier, par palettes de 120x80 ou 100x100 cm avec un préavis de 72 heures. Logistique mutualisée: la filière utilise exclusivement des camions de TML en retour de tournée, ce qui évite de faire rouler des poids lourds à vide. Traitement industriel chez Vanheede. Puis émission d'un certificat de valorisation détaillant le procédé, les dates et les poids. J'aime ce genre de design. Réutiliser les camions en retour de tournée, c'est exactement le type d'optimisation système qu'on devrait voir partout. Le dispositif couvre toute la France continentale, s'adresse aux entreprises (maîtres d'ouvrage, architectes, poseurs, gestionnaires d'installations) avec un volume minimum d'une palette, soit environ 100 m². Et le certificat émis alimente les certifications de bâtiment HQE, LEED et BREEAM. Depuis sa création, OPTIMUM revendique plus de 1,2 million de m² collectés, soit plus de 4 000 tonnes détournées des décharges. Détournées des décharges: notez la formulation. Elle est exacte. Mais elle ne dit pas où ça part ensuite. ## Le mot qui pose problème Voilà où je sors mon débogueur. Le procédé OPTIMUM, c'est broyage, puis fabrication de pellets et granulés appelés CSR HPC, pour combustibles solides de récupération à haut pouvoir calorifique. Le mot combustibles est dans le nom. Ces granulés partent ensuite en traitement thermique à plus de 1 400°C, typiquement en cimenterie. Les fractions organiques brûlent et produisent de la chaleur. Les fractions minérales, post-combustion, sont incorporées dans le ciment. Ça tombe bien pour les dalles à envers bitume, dont plus de 50 % des matériaux sont des minéraux. Donc, factuellement: on broie, on transforme en combustible, on brûle. Le terme technique pour ça, c'est valorisation énergétique. Pas recyclage matière. Zero Waste France a tapé sur ce point dès son rapport de 2017. L'ONG reproche à la filière de présenter la collecte de moquette comme du recyclage alors qu'il s'agit de valorisation énergétique, donc d'incinération, plutôt que d'un véritable recyclage matière. Le rapport rappelait qu'en Europe, moins de 3 % des volumes de moquette sont collectés pour être recyclés. Et cette critique reste valable: aucune mise à jour officielle du rapport n'a été trouvée, et le taux de recyclage matière demeure très bas. Je veux être honnête sur un truc: brûler une moquette en cimenterie pour remplacer du charbon ou du coke, ça vaut mieux que l'enfouir et la regarder pourrir des décennies. Sur ce point, je ne crache pas sur OPTIMUM. Mais valorisation énergétique et recyclage matière ne sont pas la même chose, et appeler la première du second, c'est une faute de nommage. En dev, une variable mal nommée finit toujours par tromper quelqu'un. Ici, c'est pareil. ## Le vrai recyclage matière existe, mais à la marge Pour mesurer l'écart, il suffit de regarder qui fait autrement. Sommer, société française créée en 1880 et leader européen du revêtement de sol textile événementiel, recycle réellement la matière sur ses moquettes aiguilletées 100 % polypropylène (les gammes Expostyle, Expoline, Expoglitter, Exposhow, Expografik). Le processus: détection des métaux, broyage, chauffage à 205°C, filtrage, puis production de granulés plastiques réutilisables. On reste dans la matière, on ne la brûle pas. Quatre recycleurs certifiés acceptent ces moquettes: PAPREC PLASTIQUES en France, plus Vanheede, DVA et PROFILLIN NV en Belgique. Condition stricte: moquettes sèches et propres, sans clous, résidus alimentaires, film protecteur ni colle. Attention quand même au marketing. Sommer affiche des chiffres flatteurs sur l'impact carbone, mais les sources indépendantes restent prudentes: côté événementiel français, Urbyn estime à 8 % seulement la part de moquette collectée pour recyclage. C'est mieux que les moins de 3 % à l'échelle continentale, ça reste très faible. Du côté des fabricants de dalles, Interface pousse son programme ReEntry, qui a collecté plus de 31 750 tonnes de dalles post-consommation depuis 2016. L'entreprise indique que 51 % des matériaux de ses produits proviennent de sources recyclées ou biosourcées, et a étendu en septembre 2024 son installation de recyclage à Scherpenzeel, aux Pays-Bas. Là, on parle de boucler la boucle, pas de la cramer. Et le réemploi pur existe aussi: Balsan annonce 6 600 m² de moquette réutilisés lors des Jeux de Paris 2024. C'est anecdotique en volume, mais ça prouve que la moquette peut avoir une seconde vie sans passer par la flamme. ## Le gisement événementiel, ce gâchis évitable Si je devais pointer un endroit où le système fuit, ce serait l'événementiel. En France, environ 6 millions de m² de moquette habillent les stands de salons et conventions chaque année, les plus grands événements atteignant jusqu'à 140 000 m². Une bonne partie part à la benne après quelques jours. Le contraste avec nos voisins est gênant: en Allemagne et en Belgique, environ 40 % de la moquette événementielle est louée et réutilisée. Chez nous, le modèle reste largement jetable. C'est typiquement le genre de problème système qui m'agace. Ce n'est pas un défi technique insurmontable, la location-réutilisation marche déjà ailleurs. C'est un problème d'organisation et d'habitude. ## Et pour les particuliers, ça donne quoi OPTIMUM ne vous concerne pas si vous êtes un particulier: le dispositif s'adresse uniquement aux entreprises. Pour les vieux tapis et moquettes de la maison, c'est la REP qui prend le relais. Depuis le 1er janvier 2023, les tapis et moquettes sont entrés dans la 12e catégorie de la REP Ameublement gérée par Ecomaison, au titre de la décoration textile. Cette catégorie couvre rideaux, voilages, tapis décoratifs, tapis fonctionnels, paillassons, moquettes événementielles amovibles et moquettes. Le marché de la décoration textile pèse environ 100 000 tonnes mises sur le marché chaque année, avec des objectifs de collecte de 14 000 tonnes en 2023 puis 41 000 tonnes en 2027. Concrètement, on dépose dans les conteneurs dédiés aux textiles d'ameublement, en déchèterie ou en magasin d'ameublement. À ne pas confondre avec les bornes de textile pour vêtements, ce n'est pas la même filière. L'accès en déchèterie est gratuit pour les particuliers dans la limite de 3 tonnes par an et par foyer. Sinon, la moquette non recyclée finit le plus souvent incinérée avec récupération de chaleur, ou enfouie en installation de stockage de déchets non dangereux. Le réflexe utile, si vous achetez neuf: privilégier une moquette recyclable, sans bitume ou monocomposant (polyamide pur, polyester pur). C'est ce qui rend le recyclage matière possible plus tard, au lieu de condamner le produit à la combustion. La logique vaut pour bien d'autres produits, détaillée dans le [panorama des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026): la recyclabilité se décide à la conception, pas en fin de vie. ## Mon verdict OPTIMUM n'est pas une arnaque. C'est un dispositif logistique sérieux qui détourne des milliers de tonnes de moquette de la décharge, avec une traçabilité réelle et une mutualisation intelligente du transport. Sur ce plan, respect. Mais ce n'est pas du recyclage matière, et le présenter comme tel entretient une confusion. Brûler proprement en cimenterie, c'est de la [valorisation énergétique via les CSR](/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france), un maillon utile mais pas le sommet de la hiérarchie des déchets. Le vrai progrès viendra de la réduction à la source, du réemploi (comme dans la [construction circulaire et le réemploi de matériaux](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026)) et du recyclage matière, quand la composition le permet. La montée en puissance de la [REP, comme on l'a vu dans le textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements), peut y aider, à condition de financer le tri matière et pas seulement la collecte avant combustion. Appelez les choses par leur nom. Le reste suivra plus facilement. ## Sources - [OPTIMUM, le dispositif](https://www.recyclage-moquettes.fr/le-dispositif/) - [OPTIMUM, nous connaître](https://www.recyclage-moquettes.fr/nous-connaitre/) - [OPTIMUM, foire aux questions](https://www.recyclage-moquettes.fr/foire-aux-questions/) - [Vanheede, le système de reprise OPTIMUM](https://www.vanheede.com/fb/blog/optimum-le-systeme-de-reprise/) - [Balsan, comment recycler sa moquette](https://www.balsan.com/content/comment-recycler-sa-moquette-quand-elle-ne-nous-plait-plus) - [Zero Waste France, rapport moquette « La planète au bout du rouleau »](https://www.zerowastefrance.org/rapport-moquette-planete-bout-rouleau/) - [Zero Waste France, dossier moquette](https://moquette.zerowastefrance.org/) - [Sommer, comment recycler les moquettes](https://www.sommer-eventflooring.com/catalogues/fr/Comment-recycler-les-moquettes-SOMMER/) - [Urbyn, l'événementiel fume-t-il trop la moquette](https://www.urbyn.co/articles/levenementiel-fume-t-il-trop-la-moquette/) - [Environnement Magazine, Ecomaison collecte la décoration textile](https://www.environnement-magazine.fr/recyclage/article/2023/01/02/142107/ecomaison-collecte-les-produits-decoration-textile) - [Ecomaison, filières ameublement](https://ecomaison.com/en/professionnels/nos-filieres/ameublement/) - [ADEME, que faire de mes tapis](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/tapis/) - [Interface, extension des capacités de recyclage en Europe](https://www.interface.com/EU/fr-FR/more-from-interface/press-room/interface-expands-recycling-capabilities-in-europe) --- ## Tickets de caisse : faut-il vraiment les mettre au tri ? - URL: https://www.recy.net/papier-thermique-tickets-bpa-recyclage-contamination/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-26T06:00:00 - Updated: 2026-06-26T06:00:00 - Categories: dechets Vous avez un ticket de caisse dans la main. Question simple, réponse pas si simple : bac papier ou poubelle ? L'ADEME dit recyclable, déposez-le dans le bac. Une partie de la filière dit l'inverse. Et au milieu, un perturbateur endocrinien qui migre du ticket vers tout le reste du flux papier. C'est un cas d'école de règle officielle qui entre en collision avec une mécanique de fond mal modélisée. Je vais le décortiquer comme je décortique un système de jeu : la règle affichée, ce qui se passe vraiment sous le capot, et pourquoi les deux ne collent pas. ## La règle affichée : recyclable, bac papier Commençons par la consigne officielle, parce qu'elle a le mérite d'être claire. Le site quefairedemesdechets.ademe.fr est explicite : "Les tickets sont recyclables. Déposez-les dans le bac, le sac ou le conteneur de collecte du papier." Difficile de faire plus direct. Sur le papier (sans mauvais jeu de mots), tout va bien. Le ticket part dans le flux papier, il rejoint le carton et les magazines, il est repulpé, il renaît en fibre recyclée. La boucle de feedback est bouclée, le geste de tri est valorisé. C'est le scénario nominal. Sauf que le ticket de caisse n'est pas du papier normal. C'est du papier thermique. Et là, le système commence à diverger de sa documentation. ## Ce que le papier thermique fait vraiment à la pâte Le papier thermique noircit quand on le chauffe. C'est tout son principe : pas d'encre, une couche réactive qui se révèle sous la tête thermique de l'imprimante de caisse. Pratique pour imprimer un reçu en une fraction de seconde. Beaucoup moins pratique au recyclage. LemonTri le formule sans détour : "ce papier noircit en chauffant, ce qui noircit par extension la pâte à papier recyclé". Autrement dit, vous ne contaminez pas juste votre ticket, vous tachez le lot. Un effet de bord classique en game design : un élément introduit dans le système dégrade la qualité globale au lieu de s'y intégrer proprement. Le vrai problème n'est pas la couleur, c'est la chimie. La couche réactive du papier thermique contient un révélateur, longtemps un bisphénol. Lors du recyclage, ce composé se relargue dans les eaux des pulpeurs. Selon Wikipédia et des sources industrielles papetières, on a mesuré jusqu'à 440 mg/L de relargage de BPA dans ces eaux de procédé. Ce n'est pas une trace anecdotique, c'est une charge qui repart dans le cycle. Et le bisphénol ne reste pas sagement dans son coin. La page Wikipédia consacrée au bisphénol S est explicite : "Le recyclage du papier thermique peut introduire le BPS dans le cycle de production du papier et provoquer la contamination par le BPS d'autres types de produits en papier." Traduisez : votre ticket contamine des emballages alimentaires, des boîtes, d'autres reçus. Le composant fautif se propage dans tout le pipeline. ## Le patch réglementaire : BPA dehors, mais pas si vite Face à ça, l'Europe a patché. Le BPA, longtemps le révélateur standard, est restreint dans les papiers thermiques par le règlement REACH. La restriction interdit une concentration supérieure ou égale à 0,02 % en poids, et elle s'applique depuis le 2 janvier 2020. À noter pour les chasseurs de paternité réglementaire : cette restriction vient d'une proposition française déposée auprès de l'ECHA en mai 2014, adoptée en 2016 via le règlement UE 2016/2235. Plus récemment, le règlement (UE) 2024/3190 a élargi le tir en interdisant le BPA dans les matériaux en contact alimentaire. Adopté le 19 décembre 2024, publié au JOUE le 31 décembre 2024, il est entré en vigueur le 20 janvier 2025, avec une période transitoire pour les articles à usage unique courant jusqu'au 20 juillet 2026. Petite précision technique qui compte, parce que la presse mélange souvent les deux textes. Le règlement 2024/3190 vise les matériaux contact alimentaire (plastiques, vernis, résines), pas spécifiquement le papier thermique, qui relève lui du REACH de 2016. Le ticket de caisse n'est pas couvert par le texte de 2025 : son BPA est interdit depuis 2020 au titre du REACH. Deux périmètres distincts, deux mécaniques séparées. Confondre les deux, c'est lire la doc de travers. La Suisse, elle, avait dégainé plus large et plus tôt : BPA et BPS interdits dans le papier thermique, avec une mise en conformité au 1er juin 2020. C'est précisément ce que l'UE n'a pas fait pour le BPS. ## Le bug du correctif : le substitut hérite du problème Et c'est là que ça se complique vraiment. Quand vous interdisez le BPA, l'industrie ne supprime pas le révélateur, elle le remplace. Le remplaçant principal, c'est le bisphénol S, le BPS. Un patch qui réintroduit le même bug sous un autre nom. Les chiffres de prévalence sont sans appel. Une étude de 2025 ayant analysé 247 papiers thermiques dans 15 pays a détecté du BPS dans 45 à 48 % des échantillons, contre seulement 2 % pour le BPA. Le Journal du Geek, en juin 2026, avance que "près de 61 % du papier thermique contiendrait aujourd'hui du BPS". Que la valeur exacte soit 45 ou 61 %, la tendance est nette : le BPS a pris la place du BPA dans la majorité des tickets. Le souci, c'est que le substitut n'est pas inoffensif. L'ANSES le qualifie de produit "suspecté d'être un perturbateur endocrinien et vraisemblablement reprotoxique". Et ce n'est pas neuf : dès 2013, l'agence recommandait que le BPS et les autres analogues du bisphénol fassent l'objet de "la plus grande précaution". On a remplacé une substance préoccupante par une substance que l'agence sanitaire surveille depuis plus de dix ans. Le statut réglementaire a fini par suivre. Le 24 janvier 2023, le BPS a été ajouté à la liste des substances de très haute préoccupation (SVHC) du règlement REACH, sur la base d'un dossier porté par la Belgique, au titre de ses propriétés reprotoxiques et de perturbateur endocrinien. Et le 23 avril 2026, l'Allemagne a soumis une intention de restriction REACH groupée visant le BPA, le BPB, le BPS, le BPF, le BPAF et leurs sels. La filière des bisphénols est dans le viseur, en bloc cette fois. ## Pourquoi ça vous concerne, ticket en main On parle filière, mais l'exposition est d'abord cutanée, directe, à la caisse. Une étude publiée dans PLOS ONE le 22 octobre 2014, conduite par Frederick vom Saal, a mesuré une augmentation rapide de 7 ng/mL de BPA bioactif dans le sang en 90 minutes après manipulation. Détail qui pique : l'usage de gel hydroalcoolique avant de toucher le ticket multipliait par 100 l'absorption cutanée. Le geste barrière qui aggrave l'exposition, joli paradoxe. Le Journal du Geek de juin 2026 va jusqu'à écrire, en citant des sources sanitaires, que "dix secondes de manipulation suffiraient à franchir des seuils d'alerte d'exposition". Je reste prudent sur ce chiffre précis : la source primaire n'est pas clairement identifiée, c'est une reprise de presse. Mais l'ordre de grandeur est cohérent avec les mesures cutanées documentées par ailleurs. C'est sur le tri que j'ai le plus hésité en préparant cet article. Parce que la consigne officielle et la réalité chimique pointent dans des directions opposées, et qu'aucune des deux n'a complètement tort. ## Le verdict : que faire du ticket, concrètement On récapitule la collision. L'ADEME dit recyclable, bac papier. La filière du recyclage (LemonTri, Wikipédia) documente que le ticket noircit la pâte et y injecte du bisphénol. Le composé en question est soit interdit mais encore présent dans 2 % des tickets, soit son substitut suspect, présent dans la majorité d'entre eux. Mon verdict de game designer face à un système aux règles contradictoires : on suit la règle officielle quand elle existe, mais on connaît ses limites. L'ADEME maintient la consigne du bac papier, c'est la consigne nationale, et la disperser dans la poubelle ordinaire ne règle pas le problème de fond non plus, ça l'envoie juste à l'incinérateur ou en décharge. Le vrai correctif n'est pas dans votre geste de tri, il est en amont : moins de tickets imprimés, et des révélateurs sans bisphénol. Sur le premier point, la loi AGEC a agi. L'article 49 de la loi du 10 février 2020 a mis fin à l'impression systématique des tickets de caisse, applicable depuis le 1er août 2023 après un décret d'application (n° 2022-1565 du 14 décembre 2022) et plusieurs reports. Quelques exceptions subsistent : articles sous garantie légale, balances à intervention humaine, médicaments en pharmacie, tickets d'automates. Avant la réforme, on parlait de 12 milliards de tickets par an représentant 150 000 tonnes de papier (chiffre mondial, pré-AGEC). Le meilleur ticket reste celui qu'on n'imprime pas. C'est exactement la logique que je détaillais à propos du [bilan des cinq ans de la loi AGEC tranché par le Sénat](/bilan-loi-agec-cinq-ans-senat-rapport-2026-redonner-confiance/) : tant qu'on optimise le geste en bout de chaîne sans corriger l'amont, on patche le mauvais endroit. Sur le second point, des solutions existent. L'Ineris propose une certification volontaire "sans phénols ajoutés" garantissant l'absence de 15 composés phénoliques et bisphénoliques dans les papiers thermiques. C'est le genre de label qui devrait devenir la norme plutôt que l'exception. Si vous voulez creuser comment ce flux s'insère dans le reste de la chaîne, j'avais décortiqué [la filière papier-carton française et ses points de friction](/recyclage-papier-carton-france-filiere/), et pour la dimension contamination, le sujet rejoint celui des [microplastiques dans l'eau potable et la réponse réglementaire de l'UE](/directive-2026-805-microplastiques-eau-potable-ue/) : même logique de substance qui circule là où on ne l'attend pas. À vous de jouer. La prochaine fois qu'on vous tend un ticket, le réflexe le plus propre, c'est de le refuser quand vous n'en avez pas besoin. Vous coupez le problème à la racine, avant qu'il n'entre dans le pipeline. ## Sources - [Actu-Environnement : restriction REACH du BPA dans les papiers thermiques](https://www.actu-environnement.com/ae/news/BPA-bisphenol-A-restriction-mise-sur-marche-papiers-thermiques-ticket-caisse-reglement-Reach-perturbateurs-endocriniens-28091.php4) - [Access2Markets : interdiction du bisphénol A dans l'UE au 20 janvier 2025](https://trade.ec.europa.eu/access-to-markets/fr/news/interdiction-dans-lue-de-lutilisation-et-du-commerce-du-bisphenol-partir-du-20-janvier-2025) - [EUR-Lex : règlement (UE) 2024/3190](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32024R3190) - [Légifrance : article 49 de la loi AGEC](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000041553814) - [August Debouzy : décret 2022-1565 sur la fin de l'impression systématique des tickets](https://www.august-debouzy.com/fr/blog/1888-publication-du-decret-sur-la-fin-de-limpression-systematique-des-tickets-de-caisse-conditions-dapplication-precisees-et-entree-en-vigueur-decalee) - [Rouleau-thermique.fr : bisphénols A, S et F dans les tickets de caisse](https://www.rouleau-thermique.fr/bisphenol-a-s-et-f-dans-les-tickets-de-caisse-risques-alternatives-et-reglementation-reach/) - [Journal du Geek : cet objet que vous manipulez tous les jours est toxique](https://www.journaldugeek.com/2026/06/19/cet-objet-que-vous-manipulez-tous-les-jours-est-toxique-ne-le-touchez-pas/) - [HEAL : neuf substances dangereuses ajoutées à la liste SVHC de REACH](https://www.env-health.org/nine-hazardous-chemicals-added-to-reachs-blacklist-bps-melamine-isobutylparaben-pfhpa-and-more/) - [ANSES : pourquoi les remplaçants du bisphénol posent aussi problème](https://www.anses.fr/fr/content/perturbateurs-endocriniens-pourquoi-les-remplacants-du-bisphenol-posent-aussi-probleme) - [Réseau Environnement Santé : le BPA des tickets de caisse absorbé par la peau](https://www.reseau-environnement-sante.fr/le-bisphenol-a-des-tickets-de-caisse-est-absorbe-par-la-peau/) - [ADEME : que faire de mes tickets de caisse](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/ticket-de-caisse/) - [LemonTri : ces erreurs de tri que vous ne ferez plus](https://lemontri.fr/papier-ces-erreurs-de-tri-que-vous-ne-ferez-plus/) - [Wikipédia : papier thermique](https://fr.wikipedia.org/wiki/Papier_thermique) - [Wikipédia : bisphénol S](https://fr.wikipedia.org/wiki/Bisph%C3%A9nol_S) - [Ineris : papiers thermiques certifiés sans phénols ajoutés](https://prestations.ineris.fr/fr/certification/produits-chimiques-dangereux/papiers-thermiques-certifies-sans-phenols-ajoutes) - [WECF France : la Suisse interdit les bisphénols A et S dans les tickets thermiques](https://wecf-france.org/suisse-les-bisphenols-a-et-s-interdits-dans-les-tickets-thermiques/) --- ## Bombe aérosol : poubelle jaune ou déchèterie ? - URL: https://www.recy.net/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-25T06:00:00 - Categories: recyclage Une bombe de déodorant et une bombe de peinture, c'est le même objet : un contenant métallique sous pression, une valve, un bouchon plastique. Pourtant l'une va au bac jaune et l'autre en déchèterie. La règle de tri ne dépend pas de la forme du déchet mais de ce qu'il y avait dedans, et c'est exactement le genre de logique conditionnelle qui fait planter le geste de tri. Si vous avez déjà hésité une bombe à la main devant votre poubelle, vous n'êtes pas le seul. Sous le capot, le critère est binaire : contenu non dangereux, direction recyclage classique ; contenu dangereux, direction filière spécifique. Voici comment ne plus vous tromper, et ce qui arrive à l'aérosol une fois que vous l'avez lâché. ## La règle qui dépend du contenu, pas du contenant L'ADEME tranche net. Un aérosol vide de produit non dangereux (déodorant, laque, chantilly, mousse à raser) se dépose « dans le bac, sac ou conteneur de tri pour les papiers et emballages ». La poubelle jaune, donc, comme n'importe quel emballage métallique. Mais deux conditions s'appliquent, et elles ne sont pas négociables. D'abord, l'aérosol doit être complètement vide de son contenu. Une bombe à moitié pleine reste sous pression et garde un produit propulseur à l'intérieur : elle n'a rien à faire dans un centre de tri standard. Ensuite, il ne faut ni percer ni écraser l'aérosol, même s'il est vide. Le réflexe d'aplatir ses emballages pour gagner de la place est ici contre-productif, et potentiellement dangereux. Pour les aérosols de bricolage, le verdict change. Peinture, vernis, gaz toxiques, solvants : ceux-là vont directement en déchèterie. Le contenu est classé dangereux, donc il sort du circuit emballages ménagers pour basculer dans une filière dédiée. C'est la même logique de séparation que pour vos vieux [appareils électroniques et leurs composants à risque](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) : un déchet qui contient une substance dangereuse ne se mélange jamais au flux tout-venant. Le piège, c'est la simplification « aérosol vide égale poubelle jaune ». Elle est vraie seulement si le contenu n'était pas dangereux. Un fond de bombe de peinture, même quasi vide, reste un déchet de bricolage. La nuance se joue sur l'étiquette, pas sur le poids. ## Pourquoi cette confusion existe Depuis le 1er janvier 2023, la France a étendu et uniformisé les consignes de tri sur tout le territoire métropolitain. Avant cette date, les règles variaient d'une collectivité à l'autre ; désormais, les consignes sont communes partout. Sur le principe, c'est une bonne nouvelle, et ce que change [cette simplification des consignes](/extension-consignes-tri-simplification-2026) est détaillé ailleurs. Sauf qu'« uniformiser » ne veut pas dire « rendre intuitif ». L'aérosol reste un cas tordu parce qu'il mélange un emballage parfaitement recyclable (le métal) avec un contenu qui peut être anodin ou dangereux selon le produit. Le système demande à l'utilisateur d'arbitrer lui-même, au moment où il jette, sans aucun feedback. Tout game designer vous dira qu'une règle qui repose sur la seule discipline du joueur, sans friction ni rappel, sera ratée par une partie des joueurs. Ici, rien ne pénalise l'erreur sur le moment : la bombe de peinture part dans le jaune, et le ratage ne se voit qu'en bout de chaîne. Si vous voulez calibrer votre geste, le [détail des erreurs courantes de la poubelle jaune](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) couvre les autres pièges du même type. Reste que le tri compte, et pas qu'un peu. Le taux de recyclage des emballages ménagers a atteint 67 % en 2023 selon Citeo. C'est correct sans être glorieux, et chaque intrus mal orienté tire ce chiffre vers le bas. ## Ce qui se passe après le bac jaune Une fois dans le bon flux, l'aérosol non dangereux passe par les centres de tri. La séparation des métaux s'y fait par tri magnétique : l'acier, ferreux, est capté par aimantation ; l'aluminium, non ferreux, est séparé par un autre procédé pour être fondu et recyclé en matière première secondaire. Deux métaux, deux boucles distinctes. Et la boucle est solide. L'aluminium est recyclable à 100 % sans perte de ses propriétés physiques ou chimiques, et le refondre ne demande que 5 % de l'énergie nécessaire à la production d'aluminium primaire, soit 95 % d'économie. Recycler un kilo d'aluminium évite d'extraire quatre kilos de bauxite. C'est le genre de ratio qui rend le geste rentable, et qui explique pourquoi des industriels misent dessus, comme [Apple sur l'aluminium recyclé de ses iPhone](/apple-aluminium-recycle-impression-3d-iphone-fabrication). Côté acier, c'est encore plus net : le taux de recyclage de l'acier d'emballage atteint 100 % d'après Citeo (2024). L'aluminium d'emballage est à 61 % la même année, plus bas, en partie parce que les petits formats (capsules, opercules, et justement les aérosols) passaient longtemps à travers les mailles des centres de tri. La captation progresse : 6 800 tonnes de petits emballages en aluminium ont été recyclées en 2023, en hausse de 30 % sur un an, portées par 67 centres de tri équipés pour les détecter en 2023, contre seulement 9 en 2015. Le matériel rattrape enfin l'usage. Pour les aérosols dangereux, le traitement est d'un autre ordre. Ils entrent dans un four blindé où la montée en température provoque une explosion contrôlée, et les gaz libérés sont capturés sur des filtres à charbon actif. Rien de ce process ne peut se faire dans un centre de tri classique, ce qui justifie le détour par la déchèterie. Un aérosol abandonné dans la nature, lui, mettrait selon plusieurs sources entre 50 et 200 ans à se dégrader. ## EcoDDS, le circuit invisible des aérosols dangereux Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cheveux de coiffeur : le déchet qui éponge le pétrole](/recyclage-cheveux-coiffure-depollution-hydrocarbures). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [EcoDDS : où va vraiment votre pot de peinture usagé ?](/ecodds-peintures-solvants-dechets-chimiques-menagers). Quand vous déposez une bombe de peinture en déchèterie, elle entre dans la filière des Déchets Diffus Spécifiques, les DDS, dénomination officielle des déchets chimiques des ménages. Cette filière fonctionne sous le principe de responsabilité élargie du producteur depuis 2013, et un décret du 1er décembre 2020 fixe les dix catégories de produits concernées. L'éco-organisme qui pilote tout ça, c'est EcoDDS, le seul agréé pour cette filière, sur la période 2022-2027 (arrêté du 28 décembre 2021). Il collecte via deux canaux : les déchèteries municipales et les distributeurs disposant d'au moins 200 m² de surface dédiée. Au total, EcoDDS revendique environ 4 200 points de collecte accessibles au grand public, sur la métropole, les cinq DOM, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. Les objectifs réglementaires donnent la mesure de l'ambition. EcoDDS vise 0,6 kg de DDS collectés par habitant à fin 2024. Sur le traitement, deux cibles cohabitent : recycler 5 % des quantités collectées à partir de 2023, et atteindre 90 % de valorisation énergétique dès 2022. Ce déséquilibre dit tout du gisement : ces déchets-là se brûlent bien plus qu'ils ne se recyclent, parce que leur nature chimique ferme la plupart des boucles matière. C'est l'inverse exact de la bombe de déodorant, dont le métal repart presque intégralement. Là, honnêtement, je bute sur une donnée que j'aurais aimé vous donner : le tonnage précis d'aérosols collectés par EcoDDS, distinct du total DDS, n'est pas accessible publiquement. On connaît les objectifs globaux, pas la part exacte des bombes. Je préfère le dire plutôt que vous sortir un chiffre approximatif. ## Le réflexe à garder Au fond, tout tient dans une seule question à se poser, bombe en main : qu'est-ce qu'il y avait dedans ? Cosmétique, alimentaire, ménager non agressif et complètement vide, sans le percer ni l'écraser : bac jaune. Peinture, solvant, produit étiqueté dangereux : déchèterie, où EcoDDS prend le relais. Ce qui me plaît dans ce cas, c'est qu'il résume bien la limite des systèmes de tri actuels. On a uniformisé les consignes, on a équipé les centres, on a une filière dédiée pour le dangereux. Mais la décision finale repose toujours sur un humain qui doit lire une étiquette au moment de jeter. Tant que ce point de friction n'est pas mieux outillé, par l'emballage lui-même ou par une appli, une partie des aérosols continuera de partir dans le mauvais flux. Le bon réflexe, c'est de ne pas se fier à la forme de l'objet, mais à ce qu'il contenait. ## Sources - [ADEME : que faire de mes déchets, bombe aérosol vide](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/bombe-aerosol-vide/) - [Ministère de la Transition Écologique : produits chimiques DDS](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/produits-chimiques-dds) - [EcoDDS : FAQ et définition des DDS](https://www.ecodds.com/faq/) - [Générations Mouvement : tri sélectif, ce qui change en 2023](https://www.generations-mouvement.org/tri-selectif-ce-qui-change-en-2023-dans-votre-bac-jaune/) - [Aluminium France : cycle de vie et recyclage](https://www.aluminium.fr/cycle-de-vie-et-recyclage) - [Citeo : infographie chiffres du recyclage 2024](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024/) - [Citeo : petits emballages en métal, mieux les capter](https://www.citeo.com/le-mag/petits-emballages-en-metal-mieux-les-capter-mieux-les-recycler/) - [Technima France : le recyclage des aérosols, four blindé et filtres](https://technimafrance.com/fr/blog/le-recyclage-des-aerosols-autopsie-dun-contenant-sous-pression-n46) - [Soutenir l'écologie : process de recyclage des aérosols](https://soutenirlecologie.fr/recyclage-aerosol/) --- ## Cyclamed : le « 77 % record » qui cache une baisse - URL: https://www.recy.net/cyclamed-medicaments-collecte-bilan-2025/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-24T06:00:00 - Categories: dechets Un taux qui grimpe pendant que le volume baisse, c'est le genre de métrique qui me met la puce à l'oreille. Dans un jeu, quand un indicateur monte alors que la ressource sous-jacente diminue, c'est souvent qu'on regarde le mauvais chiffre. La collecte des médicaments par Cyclamed coche exactement cette case : l'éco-organisme affiche 77 % de taux de collecte en 2024, un record, et tout le monde applaudit. Sauf que sous le capot, ce 77 % raconte une histoire moins triomphale. Cyclamed, pour planter le décor, c'est l'éco-organisme qui gère depuis 1993 la filière des médicaments non utilisés (les MNU dans le jargon). Vous rapportez vos boîtes périmées en pharmacie, elles partent dans son circuit. Agréé par l'État jusqu'au 31 décembre 2027, financé par 190 laboratoires qui versent environ 0,43 euro par boîte vendue, il s'appuie sur 20 500 officines. Sur le papier, le système tourne. La vraie question technique, c'est de savoir ce que mesure réellement son taux record. ## Un taux record sur un gisement qui rétrécit Le 77 % de 2024 est un taux de collecte : la part des MNU récupérée par rapport à un gisement estimé. Et c'est bien un record, en hausse par rapport aux 71 % de 2023. Le hic, c'est le dénominateur. Le tonnage absolu, lui, baisse. Cyclamed a collecté 7 675 tonnes en 2024, contre 8 503 tonnes en 2023, soit une chute de 9,7 % en un an. Le gisement estimé pour 2024 s'établit autour de 9 960 tonnes. Faites le calcul de tête : si vous récupérez moins de matière mais que le gisement total se contracte encore plus vite, votre taux monte mécaniquement. Le record n'est pas une victoire de collecte, c'est un effet de division. Pour mesurer la pente, il faut prendre du recul. En 2016, Cyclamed culminait à 11 884 tonnes. Huit ans plus tard, on est à 7 675 tonnes, une baisse de 35 %. En 2022, le tonnage était encore de 9 415 tonnes pour un taux de 70 %. La courbe du volume descend pendant que celle du pourcentage grimpe. Deux trajectoires opposées sur le même graphique. D'où vient cette contraction ? En partie de la baisse longue des ventes de médicaments en France, autour de 1 % par an depuis deux décennies, selon Cyclamed. Moins de boîtes vendues, c'est mécaniquement moins de boîtes à rapporter. Un Français génère aujourd'hui moins de deux boîtes de MNU par an, environ 125 grammes par habitant en 2023. Le gisement maigrit à la source, et c'est plutôt une bonne nouvelle écologique. Mais ça veut dire qu'un taux record peut très bien accompagner un déclin du flux réel. Il y a un autre facteur, plus contre-intuitif. Une étude CSA de mai 2024 indique que 55 % des patients ayant subi une pénurie de médicaments dans les six mois précédents envisagent de garder une boîte en réserve dans l'armoire plutôt que de la rapporter. La pénurie pousse au stockage. Honnêtement, sur l'ampleur exacte de ce report dans les chiffres de collecte, j'ai du mal à trancher : on a le sondage, mais pas la part précise du gisement qu'il retient. Le mécanisme, lui, est logique. ## « Valorisation » n'est pas « recyclage » C'est le point qui me dérange le plus, parce qu'il joue sur les mots. Quand on parle de filière de recyclage, on imagine une boucle fermée : la matière revient, transformée, dans un nouveau cycle. Pour les médicaments collectés, ce n'est pas du tout ça. Les MNU récupérés par Cyclamed partent en incinération, dans des unités de valorisation énergétique (les UVE), brûlés à des températures de 800 à 1000 °C. Une cinquantaine d'unités traitent ce flux en France. Et il faut être clair : ce n'est pas un détournement de la matière vers le four faute de mieux dissimulé, c'est la seule solution réglementaire autorisée. L'article R. 4211-27 du Code de la santé publique impose cette destruction. Cyclamed lui-même l'explique sur son site : on ne recycle pas les molécules d'un médicament, on les détruit. La logique sanitaire se tient. On ne veut pas de principes actifs qui repartent dans la nature ou dans un nouveau produit. Mais appeler ça « valorisation » entretient une confusion. La chaleur produite par la combustion alimente des réseaux, et les mâchefers issus de l'incinération sont recyclés en remblais routiers. C'est une valorisation énergétique réelle, pas une boucle matière. La nuance compte, parce que c'est exactement le débat de fond sur l'incinération en général : ce que vaut vraiment l'énergie tirée d'un four comparée à une vraie réutilisation. J'en ai parlé pour les [mâchefers d'incinération recyclés en route](/machefers-iciv-france-3-millions-tonnes-valorisation-2026-route-beton), et le raisonnement est le même ici. Ce flou n'est pas propre à Cyclamed. Il traverse tout le secteur, où le mot « valorisation » sert souvent à habiller des sorties qui ne ferment aucune boucle. C'est précisément ce que je creuse dans les [limites du tout-recyclage](/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite) : récupérer un déchet ne garantit jamais qu'on en refait quelque chose d'utile au sens circulaire. ## Les emballages, hors filière par construction Dernier angle mort, et celui-là est purement une affaire de périmètre. Quand vous déposez vos médicaments en pharmacie, vous êtes censé enlever d'abord les étuis en carton et les notices. Cyclamed ne récupère que les médicaments eux-mêmes : comprimés, blisters, flacons, tubes. Les emballages, eux, suivent un autre circuit, celui du tri sélectif classique. Carton et notices vont dans la poubelle jaune et repartent en recyclage matière : boîtes à chaussures, boîtes à œufs. L'aluminium des blisters peut être recyclé en pièces auto ou en radiateurs. C'est géré via la filière emballages ménagers, pas par Cyclamed. Deux filières distinctes pour un seul produit que vous tenez dans la main. Le problème, c'est le geste de tri en amont. Selon le baromètre BVA 2025 réalisé pour Cyclamed, 82 % des Français déclarent rapporter leurs médicaments en pharmacie. Bonne nouvelle. Mais seulement 68 % de ceux qui le font séparent aussi les emballages pour le tri. Près d'un tiers laissent donc les étuis carton partir avec les médicaments, vers l'incinérateur, alors qu'ils auraient pu être recyclés. C'est un problème de design d'interface, au fond. Le système demande à l'utilisateur de faire le tri lui-même, à la main, au moment où il se débarrasse de quelque chose. Tout game designer vous le dira : si une étape repose entièrement sur la discipline du joueur sans friction ni feedback, une partie des joueurs la sautera. Ici, le point de friction n'est pas pénalisé, donc il saute. Si vous voulez éviter ces ratés, le [détail des erreurs de tri dans la poubelle jaune](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) vaut le détour. ## Ce que le bilan dit vraiment Reprenons les trois fils. Le taux de 77 % est réel, mais c'est un record arithmétique sur un gisement qui se contracte, pas un bond de collecte. La valorisation est de l'incinération énergétique, utile et réglementaire, mais ce n'est pas un recyclage des molécules. Et les emballages, qui pourraient vraiment boucler la matière, sortent du périmètre Cyclamed et dépendent d'un geste de tri encore mal fait. Rien de tout ça ne disqualifie la filière. Détruire proprement des principes actifs en évitant qu'ils contaminent l'eau, c'est une fonction sanitaire qui a sa valeur, et elle existe parce qu'une directive européenne l'impose depuis 2004. Mais quand un éco-organisme communique sur un « record » de 77 %, c'est utile de savoir lire le tableau de bord complet, pas juste le compteur qui clignote en vert. Une dernière chose, et c'est plus une réflexion qu'un reproche. Ce 77 % progresse alors que le tonnage chute parce que l'essentiel, écologiquement, se joue avant la collecte : moins de boîtes vendues, moins de surprescription, moins de gaspillage à la source. Une filière de fin de vie performante, c'est bien. Une armoire à pharmacie qui ne déborde pas, c'est mieux. Le meilleur déchet reste celui qu'on n'a jamais produit, et là-dessus, aucun taux record ne remplacera le geste d'en haut de la chaîne. ## Sources - [Cyclamed : baromètre BVA 2025](https://www.cyclamed.org/barometre-bva-2025-pour-cyclamed-des-citoyens-toujours-plus-impliques/) - [Actu-Environnement : bilan 2024 de la collecte Cyclamed](https://www.actu-environnement.com/ae/news/bilan-2024-collecte-medicament-cyclamed-46294.php4) - [Cyclamed : pourquoi les MNU sont valorisés plutôt que recyclés](https://www.cyclamed.org/pourquoi-les-medicaments-non-utilises-ou-perimes-mnu-sont-ils-valorises-plutot-que-recycles/) - [Ministère de l'Écologie : médicaments non utilisés](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/medicaments-non-utilises) - [Le Moniteur des Pharmacies : pénurie et collecte Cyclamed](https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/business/marches/collecte-cyclamed-la-penurie-de-medicaments-pousse-les-patients-a-stocker-davantage) - [Pharmaceutiques.com : Cyclamed, un bilan ambivalent](https://pharmaceutiques.com/actualites/economie-et-ecosysteme/cyclamed-un-bilan-ambivalent/) --- ## Déchets verts de jardin : le guide pour les valoriser - URL: https://www.recy.net/dechets-verts-jardinage-valorisation-france-guide/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-23T06:00:00 - Categories: valorisation Un tas de branchages dans un coin du jardin, c'est un système avec des règles, des entrées et des sorties. La plupart des gens n'ont jamais lu le tuto. Résultat : en été, quand la tonte s'accumule et que les haies débordent, le réflexe le plus simple reste le pire, brûler. Pourtant les déchets verts de jardin sont une ressource qui se valorise, à condition de comprendre comment la boucle fonctionne. En France, chaque habitant génère environ 160 kg de déchets verts par an, selon l'ADEME. Multipliez par le nombre de jardins et vous obtenez un flux massif : 5,7 millions de tonnes collectées en 2021 via les déchèteries et la collecte sélective, d'après l'INSEE, soit une hausse de 21 % en dix ans. Ce n'est pas un détail saisonnier, c'est un gisement structurel. ## Le brûlage : l'exploit interdit qui coûte cher Commençons par le piège dans lequel beaucoup tombent. Brûler ses déchets verts à l'air libre est interdit, partout en France, toute l'année. Pas seulement dans les zones sensibles : l'interdiction est générale. La base réglementaire est ancienne. Elle repose sur l'article 84 du règlement sanitaire départemental type, rappelé par la circulaire interministérielle du 18 novembre 2011. La loi AGEC du 10 février 2020 l'a ensuite codifiée dans le Code de l'environnement, à l'article L541-21-1. Et la sanction tient à l'article R541-78 : une contravention de 4e classe. Concrètement, l'amende peut atteindre 750 euros. En pratique, l'agent verbalise souvent par amende forfaitaire de 135 euros, majorée à 375 euros en cas de retard de paiement. Il existe des exceptions, mais elles sont étroites : épiphyties (maladies végétales) ou espèces invasives, sur autorisation préfectorale, depuis le décret du 11 décembre 2020. Pourquoi cette sévérité ? Parce que le bilan environnemental est mauvais. Le brûlage émet des particules fines PM2.5, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des dioxines, des furanes. Selon le CITEPA, près de 830 000 tonnes de déchets verts partaient encore en fumée chez les particuliers en 2021, soit plus de 6 % des émissions annuelles de PM2.5 du secteur résidentiel. Pour donner l'échelle du problème, Santé Publique France attribue environ 40 000 décès par an à la pollution aux PM2.5. Et malgré tout, une enquête ADEME de mars 2023 indique que 15 % des propriétaires de jardin brûlent encore au moins une partie de leurs déchets verts. C'est là que je suis un peu partagé. Interdire, d'accord. Mais tant que la solution de remplacement reste plus pénible que l'allumette, une partie des gens continuera. Le vrai levier, ce n'est pas la peur de l'amende, c'est de rendre la valorisation plus simple que le geste interdit. ## Les boucles de valorisation, de la plus locale à la plus lointaine Bonne nouvelle : les sorties propres existent, et elles s'emboîtent. Pensez-les comme des niveaux de difficulté croissants, du plus local au plus industriel. ### Niveau 1 : broyer sur place Le broyage, c'est le multiplicateur de la chaîne. Il réduit le volume des branchages par cinq en moyenne, d'après l'ADEME. Cinq remorques qui deviennent une. Le broyat obtenu sert directement de paillage : on l'étale sur 3 à 5 cm au pied des massifs, davantage pour les feuilles mortes. Le paillage limite l'évaporation, freine les adventices et nourrit le sol en se décomposant. En plein été, c'est exactement la fonction dont un jardin a besoin. ### Niveau 2 : composter Tontes, feuilles et petits résidus rejoignent le composteur. Le geste est désormais cadré par la loi : depuis le 1er janvier 2024, toutes les collectivités doivent proposer une solution de tri à la source des biodéchets, en application de la loi AGEC. Au 1er juillet 2024, l'ADEME estimait à 26,8 millions d'habitants (40 % de la population) le nombre de personnes desservies, dont 15,5 millions par une gestion de proximité comme le compostage. Si vous débutez, le [compostage obligatoire vu en guide pratique](/compostage-obligatoire-guide-pratique) détaille la mise en route. Et en appartement, sans jardin, le [lombricomposteur reste une option crédible](/lombricomposteur-appartement-guide-complet). ### Niveau 3 : la déchèterie et la filière Pour le surplus, direction la déchèterie. C'est le canal dominant : environ 78 % des déchets verts y sont déposés, sur un réseau de 4 620 déchèteries en 2021 selon l'INSEE. De là, la quasi-totalité part en compostage ou en méthanisation. Cette dernière transforme la matière en biométhane injecté dans le réseau de gaz : 674 installations étaient en service au 31 mars 2024, pour une capacité de 12,2 TWh par an, d'après le SDES. Le détail du flux figure dans le [bilan déchets alimentaires entre méthanisation et compostage](/dechets-alimentaires-valorisation-bioenergie-2026-bilan). ## Ce que les chiffres racontent vraiment Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Pesticides du jardin : EcoDDS pour vous, pas Adivalor](/dechets-jardinage-phytosanitaires-ecodds-adivalor). Quand je regarde ce système de loin, une chose me frappe. Le gisement de biodéchets ménagers et assimilés atteint 11,8 millions de tonnes selon l'ADEME, dont 14 % de déchets verts. Le potentiel de valorisation est énorme, la collecte progresse (85,2 kg par habitant en 2021 contre 73 kg en 2011), et pourtant 830 000 tonnes finissent encore brûlées. L'écart ne vient pas d'un manque de filière. Il vient d'un défaut d'onboarding. Personne n'a pris le joueur par la main pour lui montrer que broyer chez soi, c'est diviser son volume par cinq, économiser des trajets et nourrir son sol gratuitement. Le compostage et le broyage sont les deux mécaniques qui ferment la boucle le plus tôt, avant même que le déchet entre dans un camion. L'été est le bon moment pour s'y mettre : c'est la saison où le jardin produit le plus, donc celle où chaque geste compte double. Commencez par le broyat, gardez le composteur pour le reste, réservez la déchèterie au surplus. À vous de jouer. ## Sources - [INSEE Première n° 2055 : déchets verts et biodéchets](https://www.insee.fr/fr/statistiques/8574484) - [ADEME : déchets verts, solutions pratiques](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/biodechets/dechets-verts/) - [DREAL Hauts-de-France : brûlage des déchets verts interdit](https://www.hauts-de-france.developpement-durable.gouv.fr/Elimination-des-dechets-verts-par-brulage-a-l-air-libre-une-pratique-dangereuse-et-interdite-toute-l-annee.html) - [Légifrance : circulaire du 18 novembre 2011](https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/34130) - [Service-public.fr : brûlage des déchets verts et sanctions](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31858) - [ADEME : biodéchets, chiffres 2024](https://economie-circulaire.ademe.fr/biodechets) - [SDES : tableau de bord biométhane T1 2024](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/tableau-de-bord-biomethane-injecte-dans-les-reseaux-de-gaz-premier-trimestre-2024-0) - [ADEME : conseils sur le broyage-paillage des déchets verts](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/4021-conseils-sur-le-broyage-paillage-des-dechets-verts.html) --- ## Décret 2026-435 : sortie du statut de déchet simplifiée - URL: https://www.recy.net/decret-2026-435-sortie-statut-dechet-recycleurs/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-22T08:00:00 - Categories: economie-circulaire Un déchet qui redevient une matière première, c'est un changement d'état. Tant que le flag « déchet » reste levé, vous ne pouvez pas le vendre comme une ressource normale : tracé, encadré, suspect par défaut. La sortie du statut de déchet (SSD), c'est l'opération qui baisse ce flag. Et jusqu'ici, la procédure pour la déclencher ressemblait à un donjon administratif où chaque salle exigeait son justificatif papier. Le décret n° 2026-435 du 2 juin 2026 vient retoucher ce système. Publié au Journal officiel le 4 juin 2026, entré en vigueur dès le lendemain, le 5 juin, il porte un titre qui annonce trois chantiers d'un coup : sortie du statut de déchet, sous-produits, tri des biodéchets (NOR TECP2604836D, pour ceux qui aiment retrouver le texte exact). Pour un recycleur, ce n'est pas un texte cosmétique. C'est une modification des règles de la partie. ## D'où vient ce décret : un texte qui débloque la loi Le mécanisme remonte à la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte. Cette loi avait posé des principes, mais une partie des modalités attendait encore son texte d'application. Le déclencheur, c'est une décision du Conseil constitutionnel : la décision n° 2024-310 L du 12 décembre 2024 a reconnu le caractère réglementaire de dispositions qui se bornent, je cite, à « fixer les modalités selon lesquelles l'exploitant de l'installation justifie du respect de certaines obligations auprès de l'autorité administrative ». Traduction pour les devs dans la salle : le législateur a passé la main au pouvoir réglementaire pour écrire la procédure. Le décret 2026-435 est le commit qui en découle. Il modifie une série d'articles du Code de l'environnement, des articles D541-12-4 à D541-12-14 pour la procédure SSD jusqu'aux articles D543-226-1 et D543-226-2 côté biodéchets. Rappel utile sur la définition qui structure tout le reste : une substance produite en utilisant des déchets comme matière première n'est plus un déchet si elle est similaire à celle qui aurait été produite sans recours au déchet, à condition que l'exploitant respecte les conditions d'exploitation fixées. C'est la règle de victoire. Le décret ne la change pas, il change la manière de prouver qu'on l'a atteinte. ## Procédure SSD : moins de paperasse, contrôle déplacé Voilà le cœur du sujet, et le vrai changement de boucle. Avant, le système fonctionnait en contrôle a priori : vous transmettiez vos justificatifs, l'administration validait, vous avanciez. Beaucoup de friction en entrée. Le décret inverse une partie de la logique. Trois retouches concrètes : - **Dématérialisation totale** des dossiers SSD. Le format électronique devient exclusif. Fini le dossier papier qu'on relie et qu'on poste. - **Délai de transmission porté à un mois**, contre sept jours auparavant. Sur le terrain, sept jours, c'était un goulot d'étranglement permanent. - **Suppression de l'obligation de transmission préalable systématique** des justificatifs. Les documents sont désormais « tenus à disposition des inspecteurs », selon L'Officiel des Métiers. Le contrôle passe en a posteriori. Sous le capot, c'est un classique d'optimisation de pipeline : on enlève le verrou bloquant à l'entrée, on le remplace par un audit qui peut tomber n'importe quand. Le système gagne en débit. Mais attention au revers, parce qu'il existe. Le décret prévoit aussi (article D541-12-15-2) que l'autorité compétente peut exiger une analyse critique par un organisme expert extérieur, validé au préalable, et aux frais du demandeur. C'est le coût caché du contrôle a posteriori : moins de friction en amont, mais une épée au-dessus de la tête, et la facture de l'expertise pour vous si on vous la demande. Honnêtement, sur l'équilibre réel entre allègement et risque, je préfère attendre les premiers retours d'exploitants avant de trancher. Sur le papier, c'est plus fluide. En pratique, ça dépendra de la fréquence des contrôles. Le ministre chargé de l'environnement reste celui qui fixe les critères de sortie du statut de déchet par arrêté, soit à la suite d'une demande (article D541-12-7), soit de sa propre initiative (article D541-12-12). Concrètement, deux portes d'entrée vers la SSD : la vôtre, ou la sienne. Pour mémoire, des arrêtés sectoriels existent déjà, comme celui du 4 juin 2021 sur les terres excavées et sédiments en génie civil, et un projet d'arrêté pour les huiles de thermolyse de pneus était en consultation depuis octobre 2025, selon Actu-Environnement. La logique des [matières premières secondaires qui peinent à trouver leur marché](/matieres-premieres-secondaires-marche-europeen-bloque-2026), on l'a déjà décortiquée, et la SSD est exactement le levier censé débloquer ça. ## Sous-produits de plateforme : la boucle courte enfin cadrée Deuxième axe, plus discret mais malin pour qui exploite un site industriel. Le décret précise les critères pour qu'une substance soit qualifiée de sous-produit, et non de déchet, au sein d'une même plateforme industrielle (article D541-12-15-3, sur la base de L541-4-5). Trois conditions : 1. Une utilisation ultérieure certaine au sein de la même plateforme industrielle. 2. Pas d'incidences nocives globales pour l'environnement ou la santé humaine. 3. Si la substance est potentiellement dangereuse, une déclaration obligatoire à l'administration, avec justification. C'est de la boucle courte. Le flux ne sort jamais du statut de déchet parce qu'il n'y entre pas : il reste de la matière qui circule entre deux ateliers voisins. Pour qui pense la filière comme une [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere), où le rebut de l'un devient l'intrant de l'autre, ce cadre transforme une zone grise juridique en route balisée. ## Biodéchets : l'attestation devient le point de contrôle Troisième volet, le tri des biodéchets. Le décret installe un nouveau point de contrôle annuel (article D543-226-2) : les exploitants d'installations de valorisation et les intermédiaires doivent délivrer chaque année, avant le 31 mars, une attestation mentionnant les quantités en tonnes et les destinations finales des biodéchets reçus l'année précédente. En amont, les producteurs et détenteurs ont le choix (article D543-226-1) : valoriser eux-mêmes, transférer à un exploitant d'installation de valorisation, ou confier à un intermédiaire assurant collecte, transport ou négoce. L'attestation, c'est le reçu qui ferme la boucle de traçabilité, dans la même logique de dématérialisation des bordereaux que celle [qui arrive côté Trackdéchets](/trackdechets-obligation-1-septembre-2026-bsdd-dematerialisation-producteurs). Le détail qui fait que ce n'est pas optionnel : le non-respect de l'attestation est sanctionné d'une contravention de 4ème classe. La règle a maintenant des dents. Cette mécanique de leviers et de contrôles sur la filière biodéchets, on l'avait déjà vue [se mettre en place côté collectivités](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere). ## Ce que ça change pour un recycleur Récapitulons le système, sans enthousiasme forcé. Moins de paperasse en entrée sur la SSD, un contrôle qui se déplace en aval, une porte ouverte pour valoriser les sous-produits de plateforme sans repasser par la case déchet, et un reçu annuel obligatoire sur les biodéchets. Le tout entré en vigueur le 5 juin 2026. Pour situer l'enjeu : la filière du recyclage française pesait 11,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, avec 39 millions de tonnes de matières premières issues du recyclage réinjectées, selon FEDEREC. Chaque tonne qui sort du statut de déchet plus vite, c'est de la valeur qui se débloque plus tôt. Une précision pour éviter la confusion : un décret frère, le n° 2026-433 du 2 juin 2026, est sorti le même jour sur la police des déchets et l'abandon. Ce n'est pas celui-ci. Restez sur le 435 pour vos questions de SSD, de sous-produits et de biodéchets. À vous de relire vos procédures internes à l'aune de ce nouveau texte. ## Sources - [Cabinet Gossement Avocats, décret n° 2026-435 du 2 juin 2026](https://www.gossement-avocats.com/blog/dechets-parution-du-decret-n2026-435-du-2-juin-2026-qui-apporte-des-precisions-sur-la-sortie-du-statut-de-dechet-les-sous-produits-et-le-tri-des-biodechets/) - [Légifrance, JORF n° 0129 du 4 juin 2026](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/jo/2026/06/04/0129) - [Blog Landot Avocats, décret SSD, sous-produits et biodéchets](https://blog.landot-avocats.net/2026/06/04/un-decret-relatif-a-la-sortie-du-statut-de-dechet-aux-sous-produits-et-au-tri-des-biodechets/) - [Conseil constitutionnel, décision n° 2024-310 L du 12 décembre 2024](https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2024/2024310L.htm) - [Green Law Avocats, nouveau décret en matière de police des déchets](https://www.green-law-avocat.fr/publication-dun-nouveau-decret-en-matiere-de-police-des-dechets/) - [Urbyn, nouveau statut du déchet](https://www.urbyn.co/articles/nouveau-statut-du-dechet/) - [L'Officiel des Métiers, grand tour de vis sur la gestion des déchets](https://www.lofficieldesmetiers.fr/environnement-grand-tour-de-vis-sur-la-gestion-des-dechets/) - [Légifrance, sous-section procédure SSD (D541-12-4 à D541-12-14)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074220/LEGISCTA000025790669/) - [FEDEREC, bilan 2024 du recyclage (via RSE Magazine)](https://www.rse-magazine.com/recyclage-bilan-2024-france-federrec/) --- ## Brique alimentaire : recycler un sandwich de 6 couches - URL: https://www.recy.net/briques-alimentaires-tetra-pak-filiere-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-22T06:00:00 - Categories: recyclage Une brique alimentaire, ce n'est pas un emballage en carton. C'est un sandwich. Six couches collées les unes aux autres, dont au moins trois de matériaux différents qui n'ont rien à faire ensemble du point de vue du recyclage. Et c'est précisément ce qui rend la chose intéressante à décortiquer : la brique de lait que vous jetez dans le bac jaune est un petit casse-tête d'ingénierie, et la filière qui la traite est un système avec ses règles, ses raccourcis et ses points de friction. Quand j'ouvre un assemblage comme ça, mon premier réflexe de dev, c'est de lister les composants avant de toucher à quoi que ce soit. Allons-y dans cet ordre. ## Démonter la pile : ce qu'il y a vraiment dans une brique La structure standard, celle du Tetra Brik Aseptic, empile de l'extérieur vers l'intérieur : polyéthylène, carton, polyéthylène, une feuille d'aluminium de 6,35 microns, puis encore deux couches de polyéthylène. Six strates pour quelques dixièmes de millimètre d'épaisseur. Chacune a un rôle précis. Le carton donne la rigidité, le plastique imperméabilise et soude, l'aluminium bloque la lumière et l'oxygène pour que le lait tienne des mois sans frigo. En masse, ça donne à peu près 75 % de carton, 20 à 25 % de polyéthylène et 4 à 5 % d'aluminium. Je dis « à peu près » parce que les sources divergent légèrement selon les formats : Citeo annonce plutôt 70 % de carton et 25 % de plastique, Tetra Pak donne ses propres ratios pour son Brik Aseptic. L'aluminium, lui, fait consensus autour de 5 %. Trois grammes sur cent, et pourtant ce sont eux qui posent le plus de problèmes. On y revient. La filière n'est pas neuve, au passage. Le carton-brique a son propre circuit de recyclage en France depuis 1992. L'Alliance Carton Nature, qui réunit les fabricants Elopak, SIG et Tetra Pak, existe elle depuis 1990. On parle d'un système rodé depuis plus de trente ans, pas d'une expérimentation. ## Le pulpeur, ou comment séparer ce qui était collé Le geste central du recyclage de la brique, c'est la séparation des couches. Et là, la solution technique est plus élégante que ce qu'on imagine. Pas de solvant, pas de réaction chimique agressive. De l'eau et un brassage mécanique. Les briques sont plongées dans une grande cuve appelée pulpeur, ou hydrapulpeur. Un agitateur brasse le tout. Les fibres de carton, qui adorent l'eau, se détachent et se dissolvent en une pâte. Le reste, c'est-à-dire le plastique et l'aluminium soudés ensemble, ne se mélange pas : ce mélange, baptisé PolyAl, flotte et se récupère séparément par flottaison. En sortie, vous avez d'un côté une pâte à papier propre, de l'autre un sandwich réduit à deux ingrédients. J'aime bien ce procédé parce qu'il exploite une propriété physique du matériau plutôt que de la forcer. C'est exactement le genre de mécanique que je cherche quand je conçois un système : utiliser ce que les éléments font naturellement au lieu de lutter contre. Ici, le carton veut se dissoudre, le PolyAl veut flotter. On les laisse faire. La pâte récupérée part ensuite en papeterie, où elle rejoint un circuit que la [filière papier-carton française](/recyclage-papier-carton-france-filiere) maîtrise depuis longtemps. En France, environ 55 % des briques collectées sont recyclées sur le territoire, principalement en Normandie et dans les Vosges. Le reste traverse les frontières vers l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne. C'est moins une question de capacité qu'une question de logistique et de localisation des usines équipées. Côté collecte amont, 120 centres de tri en France savent orienter les briques vers la bonne destination. L'usine emblématique, c'est Novatissue, du groupe Lucart, à Laval-sur-Vologne dans les Vosges. Capacité affichée : 35 000 tonnes de briques par an. Ce qu'elle en sort ne ressemble plus du tout à du lait : du papier toilette, de l'essuie-tout et des mouchoirs, vendus sous la marque Eco Natural Lucart, développée avec Tetra Pak France. La boucle ferme. Vos briques deviennent du papier absorbant, et pour donner une idée concrète, comptez quelques briques pour un rouleau. Le carton ne disparaît pas, il change de fonction. Évidemment, la fibre de cellulose ne se recycle pas indéfiniment, elle raccourcit à chaque passage. Mais transformer un emballage liquide en papier domestique, c'est déjà un cycle de vie supplémentaire arraché à l'incinérateur. ## Le PolyAl, le boss de fin qui résiste encore Voilà le point de friction du système. Le carton, on sait le valoriser depuis longtemps. Le PolyAl, ce mélange plastique-aluminium qui flotte en sortie de pulpeur, c'est une autre histoire. Le souci, c'est que séparer le polyéthylène de l'aluminium quand ils sont laminés ensemble coûte cher et reste techniquement délicat. Le plastique seul a ses propres débouchés, mais encore faut-il l'isoler, et on retrouve là les mêmes limites que pour tout [plastique recyclé](/que-devient-plastique-recycle) sorti d'un flux mélangé. Résultat : aujourd'hui, le recyclage matière du PolyAl tourne autour de 30 à 35 %. Le reste part en incinération avec valorisation énergétique. Traduction : on en brûle une bonne moitié pour récupérer de la chaleur, faute de mieux. C'est le genre de chiffre qui m'agace, parce qu'il révèle un maillon du système qui n'a pas suivi le rythme du reste. Des acteurs s'y attaquent quand même. Recon Polymers, à Roosendaal aux Pays-Bas, traite 8 000 tonnes de PolyAl par an, soit environ 30 % de tout le PolyAl collecté en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Tetra Pak a injecté un million d'euros pour renforcer le site. En France, REVIPAC, l'éco-organisme de la filière carton-papier fondé en 1993, organise la reprise et oriente la matière. Et Urban'Ext, dans le Poitou, transforme le PolyAl en mobilier urbain : c'est imputrescible, ça résiste aux intempéries, ça finit en bancs et en jeux d'extérieur. Pas le débouché le plus glamour, mais un débouché réel. Le vrai blocage, honnêtement, je ne sais pas trop comment le qualifier. Est-ce un problème technique qu'on n'a pas encore résolu, ou un problème économique parce que séparer l'alu coûte plus cher que ce que vaut l'alu récupéré ? Les deux se mélangent, et c'est rarement bon signe quand un point de friction tient autant à la chimie qu'au prix de revente. ## Supprimer une couche plutôt que mieux la trier D'où l'autre piste, celle qui m'intéresse le plus en tant que concepteur de systèmes : ne pas optimiser le tri de l'aluminium, mais retirer l'aluminium tout court. Si la couche n'existe pas, le problème de séparation disparaît. C'est exactement la direction que prend Tetra Pak avec sa brique sans alu, où la barrière protectrice est assurée par une couche à base de papier au lieu du métal. On passe de trois matériaux principaux à deux : papier et polymères. La structure se simplifie, le contenu renouvelable monte jusqu'à 90 % quand on y ajoute des polymères d'origine végétale, et l'empreinte carbone chute jusqu'à 50 % par rapport à la brique classique, un chiffre vérifié par le Carbon Trust. Ce gain n'a rien d'anecdotique quand on sait que l'aluminium représenterait à lui seul environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre liées aux matériaux de base de la brique. Le déploiement avance par étapes. Format portion d'abord, lancé fin 2023 par Lactogal au Portugal. Puis le premier format un litre, sorti le 22 avril 2026 avec Sterilgarda en Italie, le Tetra Brik Aseptic 1000 Edge. Pour industrialiser tout ça, Tetra Pak a mis 60 millions d'euros dans une usine pilote à Lund, en Suède. En France ? Rien encore. Pas de brique sans alu commercialisée sur le marché français à ma connaissance, ni de date annoncée. C'est la partie où je tempère mon enthousiasme : une innovation lancée au Portugal et en Italie ne se traduit pas mécaniquement par une disponibilité hexagonale rapide. Les chaînes de production ne se reconfigurent pas en un trimestre, et tant que la nouvelle barrière papier n'est pas généralisée, la brique à six couches reste la norme dans vos bacs. ## Ce que la brique apprend sur le recyclage Si je devais résumer ce que ce petit emballage raconte du système de recyclage, ce serait ça : on sait très bien traiter ce qui a de la valeur et se sépare facilement, et on bricole encore pour le reste. Le carton, matériau noble et abondant dans la brique, suit un circuit propre et rentable. L'aluminium, minoritaire en masse mais lourd en complexité et en émissions, traîne comme une dette technique qu'on rembourse à moitié en la brûlant. La progression existe, le taux de recyclage des briques est passé de 8 % en 2000 à 57 % en 2019, puis à plus de 60 % en 2023 selon les rapports de Citeo et Léko. Plus de six briques sur dix recyclées, ce n'est pas rien pour un objet aussi composite, et ça situe la brique dans une honnête moyenne au regard des [taux de recyclage par matériau en France](/taux-recyclage-materiaux-france-2026). La consommation française tourne autour de 3 milliards de briques par an, alors chaque point compte. Mais la vraie leçon est ailleurs. La meilleure optimisation d'un système, ce n'est pas toujours de mieux traiter un élément problématique. Parfois, c'est de le retirer de l'équation. La brique sans alu n'améliore pas le tri du PolyAl : elle le rend inutile. C'est une logique que je retrouve partout en conception, du jeu vidéo à l'économie circulaire. À méditer, la prochaine fois que vous écraserez une brique avant de la jeter, geste qui, soit dit en passant, facilite vraiment la collecte. ## Sources - [Citeo - Les briques alimentaires sont-elles recyclables ?](https://citoyens.citeo.com/le-mag/briques-alimentaires-recyclables-ou-pas/) - [Alliance Carton Nature](https://www.alliance-carton-nature.org/) - [Trifyl - Les briques alimentaires](https://www.trifyl.fr/les-briques-alimentaires) - [REVIPAC - Le PolyAl en plein développement](https://www.revipac.com/recyclage-des-briques-alimentaires-le-polyal-en-plein-developpement/) - [C'est dans la brique](https://cestdanslabrique.fr/) - [Tetra Pak et Sterilgarda lancent la première brique aseptique 1 litre à barrière papier](https://www.tetrapak.com/about-tetra-pak/news-and-events/newsarchive/tetra-pak-and-sterilgarda-alimenti-launch-industry-first-1-litre-aseptic-carton-with-paper-based-barrier) - [L'Usine Nouvelle - Novatissue rejoint les recycleurs de briques](https://www.usinenouvelle.com/article/novatissue-rejoint-le-giron-des-recycleurs-de-briques-en-carton.N146444) - [Urban'Ext - Le matériau PolyAl](https://www.urbanext.org/mat%C3%A9riau-le-polyal) - [Tetra Pak - Brique à couche de protection à base de fibres](https://www.tetrapak.com/fr-fr/about-tetra-pak/news-and-events/newsarchive/tetra-pak-innove-fait-evoluer-sa-brique-en-testant-une-couche-protection-base-fibres) --- ## Blockchain et déchets : CYCLOP tient-il sa promesse ? - URL: https://www.recy.net/blockchain-cyclop-tracabilite-dechets-decentralisee/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-19T14:00:00 - Categories: valorisation ## Un système où personne ne fait confiance à personne Imaginez une partie multijoueur où chaque joueur tient son propre tableau de scores, où aucun arbitre central ne valide rien, et où tout le monde a intérêt à mentir un peu sur ses chiffres. C'est, en gros, la filière des déchets du BTP. Un producteur déclare ses tonnages, un transporteur les emporte, un centre les reçoit, et entre les trois, la donnée se perd, se contredit ou s'évapore. Tracer un déchet du chantier jusqu'à sa valorisation, c'est un problème de confiance distribuée. Et quand on parle de confiance distribuée, un mot revient toujours : blockchain. En février 2022, TRACE (Trace Digital Processing) et IBM Consulting ont dévoilé CYCLOP, une initiative destinée aux acteurs de l'économie circulaire pour renforcer la traçabilité des déchets. Le pari : mettre la donnée de traçabilité sur une blockchain pour qu'elle devienne impossible à falsifier après coup. Quatre ans plus tard, la question mérite d'être posée froidement : est-ce que ce genre de système règle vraiment le problème, ou est-ce qu'il déplace juste la friction ailleurs ? ## Sous le capot de CYCLOP Avant de juger la promesse, regardons la mécanique. CYCLOP ne tourne pas sur la blockchain publique que tout le monde imagine, celle des cryptomonnaies où n'importe qui peut rejoindre le réseau. Il s'appuie sur Hyperledger Fabric, un protocole open-source porté par la Linux Foundation. La différence est structurante : Fabric est une blockchain **permissionnée**. Les participants sont identifiés, autorisés, et seuls des acteurs validés font tourner le réseau. Concrètement, l'architecture annoncée à l'origine reposait sur neuf nœuds déployés en cloud, avec un algorithme de consensus Raft pour se mettre d'accord sur l'ordre des transactions. Pas de minage, pas de preuve de travail, pas de gaspillage énergétique façon Bitcoin. Du côté d'IBM, on résume le rôle de la techno ainsi : la blockchain joue le rôle de tiers de confiance numérique qui garantit l'intégrité de la donnée. C'est là qu'il faut être précis, parce que le mot « décentralisée » prête à confusion. CYCLOP ne décentralise pas la cryptographie au sens où le ferait Ethereum. Ce qu'il décentralise, c'est la **gouvernance de la donnée** entre les acteurs de la filière : producteurs, transporteurs, laboratoires, recycleurs, valorisateurs. Aucun d'eux ne détient seul le registre, aucun ne peut le réécrire dans son coin. C'est une nuance technique, mais elle change tout sur ce que le système peut ou ne peut pas promettre. Le périmètre initial visait le BTP : terres excavées, déblais, sédiments et produits de démolition. Pas un hasard. C'est exactement le terrain où la traçabilité fait le plus défaut. ## La boucle de feedback qui rend le truc intéressant Si on regarde CYCLOP comme un système de jeu, le mécanisme central c'est l'immuabilité. Une fois qu'une étape est inscrite dans le registre partagé, validée par les nœuds, elle ne peut plus être effacée ni modifiée discrètement. Chaque acteur écrit sa part, et cette part devient une vérité commune que les autres voient en temps réel. Ça crée une boucle de feedback vertueuse, du moins sur le papier. Le producteur déclare un tonnage. Le transporteur confirme l'avoir pris en charge. Le centre de valorisation atteste de la réception. Si les chiffres ne collent pas entre deux étapes, l'incohérence saute aux yeux immédiatement, au lieu d'être noyée dans des bordereaux papier qu'on recoupe trois mois plus tard. La fraude au déversement sauvage ou au double comptage devient nettement plus difficile, parce que mentir oblige à mentir devant tout le monde, en même temps. Et le timing du lancement n'était pas innocent. Depuis le 1er janvier 2022, la loi AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2020) impose aux producteurs de déchets de partager leurs données de traçabilité dans un registre national, notamment pour les terres excavées, sédiments et produits de démolition. CYCLOP arrivait pile au moment où la réglementation rendait le partage de données obligatoire. La demande structurelle existait. ## Là où ça coince vraiment C'est ici que je deviens moins enthousiaste, et honnêtement, sur l'état réel du projet aujourd'hui, j'ai des certitudes assez limitées. Parce qu'au-delà de l'annonce de février 2022, je n'ai trouvé aucune donnée vérifiable sur la suite : combien d'acteurs ont rejoint le réseau, combien de tonnes ont été tracées, si le pilote a grandi, stagné ou pivoté. Silence médiatique. Ça ne veut pas dire que c'est mort, mais ça veut dire qu'on ne peut pas présenter CYCLOP comme un système déployé à grande échelle. C'est une démonstration, pas une infrastructure nationale. Et les verrous d'adoption de la blockchain dans les supply chains sont bien documentés, indépendamment de CYCLOP. Deux obstacles reviennent systématiquement. Le premier, c'est l'intégration : brancher une blockchain sur les logiciels métier existants d'une PME du recyclage, ce n'est pas plug-and-play. C'est du développement, de la formation, du temps. Le deuxième, c'est la gouvernance partagée. Faire écrire dans le même registre des producteurs, des transporteurs et des recycleurs qui n'ont ni les mêmes outils, ni les mêmes intérêts, ni la même maturité numérique, c'est un casse-tête de coordination. La techno ne résout pas ce problème humain. Elle le rend juste plus visible. Il y a un piège classique avec la blockchain qu'on retrouve ici : elle garantit que la donnée **enregistrée** est intègre, mais elle ne garantit pas que la donnée enregistrée est **vraie**. Si un acteur déclare 100 tonnes alors qu'il en a réellement bougé 120, la blockchain protégera fidèlement le mensonge de 100 tonnes. C'est ce qu'on appelle le problème de l'oracle : le système est aussi fiable que les capteurs et les humains qui l'alimentent. Sans pesées certifiées, sans contrôles physiques, l'immuabilité ne fait que graver dans le marbre des chiffres potentiellement faux. ## CYCLOP face à Trackdéchets : pas le duel qu'on croit On me dira : la France a déjà Trackdéchets, le registre d'État. À quoi bon une blockchain ? La comparaison est tentante mais fausse. Trackdéchets est une plateforme centralisée beta.gouv dédiée aux déchets dangereux, et les chiffres parlent : plus de 23 millions de tonnes tracées depuis 2020, plus de 21 millions de bordereaux créés, près de 470 000 établissements inscrits. C'est massif, c'est réel, c'est l'État qui tient le registre. Depuis le 5 mai 2025, le RNDTS (le registre des terres excavées et sédiments) a même fusionné dans Trackdéchets, et depuis le 1er janvier 2026, tous les transporteurs de déchets dangereux doivent dématérialiser leurs bordereaux via la plateforme. Le mouvement de fond va vers la centralisation numérique pilotée par l'État, pas vers la blockchain. Mais voilà le point que les présentations en duel ratent : CYCLOP n'est pas conçu comme un concurrent de Trackdéchets. C'est une surcouche temps réel, multi-acteurs, qui peut ensuite **transmettre** au registre national. Dans la logique AGEC du « dites-le nous une fois », transmettre au registre national dispense même de conserver le registre papier. Les deux briques ne se battent pas pour la même place : Trackdéchets est le registre officiel, CYCLOP serait l'outil de coordination immuable en amont. Complémentaires, pas rivaux. ## Le verdict, sans enthousiasme forcé La promesse de la blockchain pour les déchets tient sur une base solide : le problème de confiance distribuée est réel, et l'immuabilité y répond bien. Le secteur en a besoin, surtout dans le BTP qui pèse environ deux tiers des déchets français, avec 205 millions de tonnes de déchets minéraux en 2020 selon les données officielles, valorisés à hauteur d'environ 69 % seulement quand la cible REP bâtiment vise 88 % d'ici 2027. L'écart à combler est énorme. Mais une mécanique bien pensée ne fait pas un système adopté. CYCLOP illustre le décalage entre la démonstration technique réussie et le déploiement à l'échelle, qui bute toujours sur les mêmes murs : l'intégration logicielle et la coordination humaine. La blockchain n'est pas le problème, et elle n'est pas la solution magique qu'on vend parfois. C'est un bon outil pour graver la donnée, à condition que quelqu'un garantisse d'abord que la donnée vaut la peine d'être gravée. Pour creuser les filières concernées, voyez le [recyclage des déchets BTP et ses obligations](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction/), la bascule vers la [dématérialisation totale des bordereaux Trackdéchets au 1er septembre 2026](/trackdechets-obligation-1-septembre-2026-bsdd-dematerialisation-producteurs/), ou encore l'autre chantier de traçabilité numérique qu'est [DIWASS pour les transferts transfrontaliers](/diwass-tracabilite-numerique-dechets-transfrontaliers-2026/). À vous de juger si la blockchain a sa place dans cette pile. ## Sources - [IBM Newsroom France : TRACE dévoile CYCLOP](https://fr.newsroom.ibm.com/Communiques-de-presse?item=123530) - [coins.fr : CYCLOP, la blockchain pour moderniser la traçabilité des déchets](https://coins.fr/cyclop-blockchain-moderniser-tracabilite-dechets/) - [Trace Groupe : Le projet CYCLOP en blockchain](https://trace-groupe.com/toolinux-tracabilite-des-dechets-le-projet-cyclop-en-blockchain/) - [Ministère de la Transition Écologique : Traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/tracabilite-dechets-terres-excavees-sediments) - [Trackdéchets : Site officiel](https://trackdechets.beta.gouv.fr/) - [SDES/MTE : La production et le recyclage des déchets en 2020 et 2021](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-production-et-le-recyclage-des-dechets-en-2020-et-2021-en-france-synthese-des-connaissances-en) - [Sinari : Réglementation Trackdéchets](https://www.sinari.com/blog/reglementation-trackdechets) --- ## Uzaje liquidée : le réemploi rattrapé par son modèle - URL: https://www.recy.net/uzaje-faillite-filiere-reemploi-emballages-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-17T07:00:00 - Categories: valorisation Le 26 mai 2026, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé la liquidation judiciaire d'Uzaje. Quatre centres de lavage, cinquante salariés, vingt millions de contenants remis en marché sur la vie de l'entreprise. Un des noms qui revenaient systématiquement dès qu'on parlait de réemploi des emballages en France. Disparu. La citation officielle est presque clinique : l'entreprise n'a "pas réussi à atteindre un modèle économique durable dans un marché dont le développement est resté plus lent qu'anticipé". Traduction pour moi qui regarde les systèmes : le moteur tournait, mais pas assez de joueurs sont entrés dans la partie. Je bosse sur la mécanique économique des filières déchets et valorisation. Cette histoire ne raconte pas une faute de gestion isolée. Elle expose un défaut de conception au niveau de toute la filière réemploi. Et c'est ça qui m'intéresse, parce que le même piège guette les acteurs qui restent. ## Quatre sites, quinze millions levés, un mur Reprenons les faits, sans habillage. Uzaje exploitait quatre centres de lavage : Neuilly-sur-Marne, Avignon, Strasbourg et Lyon Saint-Priest. Le site de Strasbourg représentait à lui seul 3,5 millions d'euros d'investissement. Côté financement, l'entreprise avait bouclé deux tours de table : 4 millions d'euros en 2022, puis 11 millions en 2023. Quinze millions au total. Ce n'est pas une startup sous-capitalisée qui s'est plantée par manque de munitions. La chronologie de la fin se lit comme un dévissage propre. Appel à candidats en février 2026, resté sans suite. Redressement judiciaire en mars. Liquidation en mai. Trois mois pour passer de "on cherche un repreneur" à "on ferme". Quand le marché ne suit pas, la trésorerie d'une activité industrielle lourde se vide vite. Le lavage de contenants, ce sont des bâtiments, des lignes, des fluides, des salariés. Des coûts fixes qui tournent que les volumes soient là ou non. Et c'est exactement le nœud du problème. Une laverie, économiquement, c'est une infrastructure qui ne devient rentable qu'au-dessus d'un certain seuil de volume. En dessous, chaque contenant lavé coûte une fortune parce que les frais fixes se répartissent sur trop peu d'unités. Uzaje n'a jamais atteint ce seuil. Pas par incompétence : parce que le marché n'a pas produit la demande. ## Le réemploi visé par la loi, le réemploi réel C'est là que les chiffres font mal. La loi AGEC fixe des objectifs de réemploi pour les emballages : 5 % en 2023, 10 % en 2027. Le réel en 2023 ? 2,22 %, selon le baromètre Deloitte pour le Réseau Vrac et Réemploi. L'objectif de 5 % manqué de plus de moitié. On ne parle pas d'un léger retard, on parle d'un système qui tourne à moins de la moitié de sa cible la plus basse. Petite digression de game designer, parce que le parallèle est trop net pour le laisser passer. Quand tu fixes un objectif intermédiaire dans un jeu et que les joueurs atteignent moins de la moitié, tu as un problème de boucle d'incitation, pas un problème de joueurs. La récompense n'est pas alignée avec l'effort demandé. Pour le réemploi, l'effort (changer ses contenants, gérer les retours, payer le lavage) reste lourd, et la récompense économique n'arrive pas. Donc personne ne joue à grande échelle. Le côté infrastructure confirme le diagnostic. La France dispose d'une capacité de lavage d'environ 100 millions de contenants par an. En 2024, seulement 24 millions ont été lavés, toute filière confondue. À peu près 24 % d'utilisation. Trois quarts des machines tournent à vide ou restent à l'arrêt. Uzaje opérait dans ce désert. On peut être le meilleur exploitant de laverie du pays, si les bouteilles ne reviennent pas, il n'y a rien à laver. Je veux poser une nuance honnête ici, parce que c'est tentant de tout mélanger. Le 2,22 % de 2023 mesure le taux de réemploi côté ménages. Le 24 % d'utilisation mesure le remplissage des capacités industrielles. Ce n'est pas le même indicateur, et les empiler donnerait une fausse impression de précision. Ce qu'ils disent ensemble, par contre, va dans le même sens : la demande réelle n'est pas au rendez-vous des ambitions affichées. ## Le retour des contenants, le vrai point de bascule Si je devais désigner un seul paramètre qui fait ou défait l'économie du réemploi, ce serait le taux de retour. C'est la mécanique centrale, et elle explique presque tout. En grande distribution, le taux de retour des contenants oscille entre 15 et 30 %. Autrement dit, sur dix contenants vendus en GMS, sept ne reviennent jamais dans le circuit. Sept contenants qu'il faut produire à neuf, qui ne seront jamais lavés ni réutilisés. Le réemploi sans retour, ce n'est pas du réemploi, c'est du jetable un peu plus cher. En livraison et en drive, le tableau change radicalement : plus de 90 % de retour. Le contrôle du dernier point de contact change tout. Là où l'utilisateur est identifié et où le circuit est fermé, ça marche. Là où il achète anonymement en rayon et repart avec son contenant, ça fuit. La question inconfortable pour toute la filière : peut-on construire une économie du réemploi sur la GMS, le canal de masse, alors que c'est précisément là que la fuite est maximale ? J'ai un doute sérieux. Et ce doute, c'est peut-être ce qui a coulé Uzaje avant le reste. Pour creuser la mécanique du retour côté boisson, le dossier sur [la consigne des bouteilles plastique](/consigne-bouteilles-plastique-bilan-plan-2025-2030-trajectoire-90-pourcent) et celui sur [la consigne numérique par QR code](/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne) montrent à quel point la captation du contenant conditionne tout l'édifice. ## La REP arrive, mais après la chute Voici le détail qui donne un goût amer à cette liquidation. La REP Emballages Professionnels, l'EPRO, est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Elle absorbera la REP Restauration le 1er juillet 2026. Trois éco-organismes sont agréés : Citeo Pro, Léko Pro et Twiice. Et surtout, le dispositif intègre un mécanisme de bonus-malus : moins une entreprise recourt au réemploi, plus son éco-contribution grimpe. Sur le papier, c'est exactement l'incitation qui manquait. Le malus crée enfin un coût au non-réemploi, donc une raison économique de faire revenir les contenants. C'est la boucle de feedback absente jusqu'ici. Le problème de timing saute aux yeux : la mécanique qui aurait pu doper la demande arrive pile au moment où l'un des principaux opérateurs de lavage ferme ses portes. Le signal-prix se met en place après que l'infrastructure a commencé à mourir. Est-ce que l'EPRO va inverser la tendance ? Possible. Un malus suffisamment mordant peut redessiner les arbitrages des metteurs en marché. Mais une laverie ne se rebâtit pas en un trimestre, et la confiance des investisseurs après une liquidation à quinze millions levés ne revient pas en claquant des doigts. La filière déchets fonctionne souvent par ce genre de coups de boutoir réglementaires : voir aussi comment [les sanctions biodéchets pour les collectivités](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere) reposent sur la même logique de contrainte indirecte plutôt que sur la demande spontanée. ## Ce que la chute d'Uzaje dit vraiment Une entreprise bien financée, avec une infrastructure réelle et un savoir-faire reconnu, meurt parce que le marché autour d'elle n'a jamais décollé. Ce n'est pas un échec entrepreneurial classique, c'est le symptôme d'un système qui a mis l'offre en place avant de fabriquer la demande. On a construit les laveries, on a fixé des objectifs, mais on a oublié de rendre le réemploi économiquement évident pour celui qui rapporte son contenant. La leçon pour les acteurs qui restent tient en une phrase : sans taux de retour élevé et sans incitation prix qui mord, le réemploi reste un pari, pas un modèle. L'EPRO et son bonus-malus peuvent corriger le tir. Reste à savoir si la correction arrive à temps pour ceux qui n'ont pas encore déposé le bilan. ## Sources - [Process Alimentaire, Clap de fin pour Uzaje et ses quatre centres de lavage](https://www.processalimentaire.com/index.php/emballage/clap-de-fin-pour-uzaje-et-ses-quatre-centres-de-lavage) - [Ici, La liquidation judiciaire d'Uzaje, un mauvais signal pour le réemploi en Alsace](https://www.ici.fr/grand-est/alsace-cea/strasbourg/la-liquidation-judiciaire-d-uzaje-un-mauvais-signal-pour-le-reemploi-en-alsace-selon-zero-dechet-2577405) - [Monde Épicerie Fine, Réemploi des emballages, baromètre 2026](https://monde-epicerie-fine.fr/reemploi-des-emballages-barometre-2026/) - [Restauration21, La REP Emballages Professionnels en vigueur au 1er janvier 2026](https://www.restauration21.fr/restauration21/2025/12/en-vigueur-au-1er-janvier-2026-la-rep-emballages-professionnels-remplacera-la-rep-emballages-de-la-restauration-le-1er-juillet-2026.html) - [ADEME, Filière REP Emballages Professionnels (EPRO)](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EPRO) --- ## Tentes de festival: la filière fantôme de l'été 2026 - URL: https://www.recy.net/recyclage-materiel-camping-tentes-festivals-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-16T07:00:00.000Z - Categories: recyclage Le lundi matin, après le dernier concert, le sol d'un festival ressemble à un niveau de jeu mal nettoyé: des centaines de tentes plantées là, intactes, que personne ne reviendra chercher. Le matériel de camping abandonné est devenu un décor récurrent de l'été. Les tentes, surtout, partent en masse, et le système qui devrait les récupérer ressemble à une boucle de jeu inachevée: on collecte, mais une grosse partie du flux disparaît avant même d'entrer dans le circuit. Je vais poser les chiffres tout de suite, parce qu'ils sont parlants. Au Royaume-Uni, l'Association of Independent Festivals estime à 250 000 le nombre de tentes abandonnées chaque année. Aux Pays-Bas, KarTent avance qu'une tente sur quatre reste plantée sur place. Ces données viennent du UK et des Pays-Bas: aucun équivalent français confirmé n'existe à ce jour, et c'est déjà un trou dans la raquette. On ne mesure pas ce qu'on ne compte pas. ## Le coût caché d'une tente jetée Une tente, ce n'est pas un déchet anodin. The Conversation chiffre l'empreinte carbone d'une tente de 3,5 kg à 25 kg de CO2, soit l'équivalent d'environ 160 km en voiture. Vous campez deux nuits, vous laissez la tente sur place, et vous avez consommé l'équivalent carbone d'un aller-retour entre deux villes voisines pour un objet utilisé une fois. À l'échelle d'un festival, la facture grimpe. Toujours selon The Conversation, les tentes représentaient 17 % des déchets des festivals britanniques en 2019. Et le devenir de ces déchets n'a rien de glorieux: l'étude Powerful Thinking de 2015 estimait que 68 % des déchets de festivals UK finissaient en décharge ou en incinération, soit 23 500 tonnes par an. Le tri existe, mais une majorité du volume sort par la mauvaise porte. Côté français, on a un ordre de grandeur différent mais utile: un festival de 5 000 personnes génère environ 2,5 tonnes de déchets selon Zéro Déchet Lyon. Multipliez par les 2 082 festivals recensés par l'enquête du Centre national de la musique en 2024 (877 répondants), et vous avez une idée du gisement. Plus de 70 % de ces festivals déclarent intégrer le développement durable d'après le baromètre CNM 2024. Déclarer, c'est une chose. Récupérer une tente détrempée à 6 heures du matin, c'en est une autre. ## La REP qui s'occupe des tentes existe, et ce n'est pas Refashion Point technique qui surprend souvent: une tente ne relève pas de la filière textile. Elle relève de la REP ASL, pour Articles de Sport et Loisirs, opérationnelle depuis le 31 janvier 2022, pilotée par l'éco-organisme Ecologic. Pas Refashion, qui gère les vêtements. Si vous suivez la [crise Refashion et la réforme de la REP textile en 2026](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026), vous voyez bien que ce sont deux mondes séparés, avec leurs propres règles et leurs propres trous. Le marché ASL en France pèse environ 11 milliards d'euros par an, pour à peu près 150 000 tonnes, selon notre-environnement.gouv.fr. En 2023, les produits ASL mis sur le marché représentaient 126 473 tonnes d'après l'ADEME. Et la collecte ? Ecologic a fait le bilan 2024: 14 543 tonnes collectées, soit une hausse de 95 %, via 3 512 points de collecte, pour 39 millions d'euros. La progression est nette. Sauf que le calcul refroidit vite. Rapportées au marché mis sur le marché (autour de 115 000 tonnes en 2024), ces 14 543 tonnes représentent environ 12,6 % du flux. Autrement dit, près de neuf objets de sport et loisirs sur dix échappent encore à la filière. Pour les tentes spécifiquement, je n'ai pas de taux de collecte isolé, donc je ne vais pas inventer un chiffre. Mais quand le système global capte un huitième du gisement, on devine que la tente de festival n'est pas la mieux lotie. Les objectifs REP ASL pour 2027 fixent le cap: 35 % de collecte, 5 % de réemploi, 50 % de recyclage. On part de loin. C'est un peu comme un objectif de complétion à 50 % quand on stagne à 12 % de progression: atteignable, mais il faudra revoir tout l'équilibrage. ## Sur le terrain, ce sont les associations qui ramassent En attendant que la filière monte en charge, le travail de récupération concret se fait souvent à la main, par des assos. En Belgique, After Festival Recup collecte le matériel abandonné à Rock Werchter, Tomorrowland et Dour, puis redistribue aux personnes sans-abri de Bruxelles. À Dour, 12 m³ avaient été collectés en 2018. Les opérations sur Tomorrowland 2026 sont annoncées les 20 et 27 juillet. Et le volume récupérable est réel. La RTBF rapporte que 25 tonnes de matériel ont été récupérées à Tomorrowland après deux week-ends. 25 tonnes de tentes, matelas et sacs de couchage qui auraient pu finir broyés. Ça remet en perspective le discours sur le festival "zéro déchet". Il y a aussi des tentatives industrielles. KarTent, aux Pays-Bas, fabrique des tentes en carton et en a déployé plus de 15 000 sur des festivals européens, dont le Hellfest. L'idée a ses défenseurs, mais elle est critiquée: une tente carton reste un usage unique, et certains y voient de l'usage jetable repeint en vert. Je n'ai pas d'avis tranché ici, et je l'assume: remplacer une tente en polyester abandonnée par une tente carton broyée à la fin du week-end, est-ce vraiment un gain, ou juste un déplacement du problème vers un autre flux de déchets ? Je n'ai pas les données de cycle de vie comparées pour trancher proprement. ## Le réemploi, la vraie piste Avant de recycler, il faudrait surtout réemployer. Le modèle existe ailleurs dans l'univers du sport: Decathlon a écoulé 1,35 million de produits en seconde main en 2024, réalisé 3 millions de réparations, dans 39 pays, d'après Decathlon United Media. La mécanique de prolongation de durée de vie fonctionne quand l'enseigne la met au cœur de son offre. Le sujet des tentes rejoint une logique plus large de circularité qu'on voit monter sur d'autres flux, du [réemploi des matériaux de démolition](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) à la [filière des véhicules hors d'usage](/filiere-vhu-france-2026-recyclage-vehicules-hors-usage). Partout, le même constat: la collecte est le maillon faible, et c'est elle qui décide si l'objet a une seconde vie ou s'il finit en décharge. Un mot sur Glastonbury, parce qu'on le cite souvent comme l'exemple vertueux. Emily Eavis avance que 99 % des tentes y seraient ramenées. C'est un chiffre déclaratif, porté par une campagne lancée en 2019, sans vérification tierce connue. Je le mentionne avec prudence: c'est peut-être vrai, mais une déclaration d'organisateur n'est pas une mesure indépendante. ## Ce que ça dit du système Le matériel de camping des festivals est un cas d'école de défaillance de collecte. La REP existe, l'éco-organisme existe, les points de collecte se multiplient (3 512 en 2024), et pourtant le gros du flux festivalier passe entre les mailles. Le problème n'est pas l'absence de filière, c'est le dernier mètre: personne n'est là, sur le camping, à l'aube, pour démonter et trier. On encadre aujourd'hui les invendus textiles via la [directive ESPR](/directive-espr-2026-invendus-textile) et on densifie les [bornes textiles Refashion](/bornes-textiles-refashion-57-millions-2026-objectif-60-pourcent-2028). Reste à faire le même travail pour les tentes: un dispositif de collecte calé sur le calendrier des festivals, pas sur celui des déchetteries. Tant que la récupération dépendra du bénévolat de quelques assos, le taux restera là où il est. La prochaine fois que vous plantez une tente à 8 euros pour un week-end, posez-vous la question du lundi matin. Parce qu'à l'échelle d'un été, c'est ce détail qui décide si votre festival préféré laisse derrière lui un champ de tentes ou un terrain propre. ## Sources - https://theconversation.com/the-environmental-cost-of-abandoning-your-tent-at-a-music-festival-120198 - https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-ASL - https://www.sporteco.com/ecologic-fait-le-bilan-2024/ - https://www.rtbf.be/article/tentes-matelas-sacs-de-couchage-que-font-les-campings-de-festivals-avec-le-materiel-abandonne-9680835 - https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/ne-jetez-plus-votre-materiel-de-sport-il-est-desormais-collecte-pour-reemploi --- ## Petshka : du polyester voué au feu transformé en polyol - URL: https://www.recy.net/petshka-deeptech-textile-recyclage-chimique-montpellier/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-15T10:00:00 - Categories: valorisation Un tee-shirt polyester-élastane qui finit à l'incinérateur, c'est un peu comme un asset 3D mal exporté : la matière première est là, propre, exploitable, mais le pipeline de tri la jette parce qu'il ne sait pas quoi en faire. Le recyclage mécanique fibre-à-fibre cale sur les mélanges. Le tri optique aussi. Résultat : ces textiles partent en fumée. Petshka, une deeptech installée à Lansargues, dans l'Hérault, attaque ce point de friction par un autre bout. Plutôt que défaire la fibre, elle casse la molécule. C'est la dépolymérisation chimique du polyester (PET), et ça mérite qu'on regarde sous le capot. ## Le procédé : casser le polymère, pas l'effilocher Le polyester est un polymère, une longue chaîne de motifs répétés. Le recyclage mécanique attrape cette chaîne, la broie, la refile : à chaque cycle, les fibres raccourcissent, la qualité chute. Sur un flux mono-matière propre, ça tient. Sur un mélange polyester-coton ou polyester-élastane, c'est l'impasse. Petshka prend la chaîne et la dépolymérise. Elle remonte le procédé en sens inverse, décompose le PET pour obtenir un **polyol polyester recyclé**, une matière première qui sert à fabriquer de la mousse polyuréthane. Selon Petshka et l'ICGM, le procédé tourne à basse température et basse pression, et rejette uniquement de l'eau. De la chimie verte, pas un four à craquage. Le brevet a été déposé en mai 2024. L'entreprise, une SAS créée le 15 mai 2024 par Philippe Beille (ancien dirigeant de Duo Display), a été certifiée deeptech par Bpifrance la même année. Petite, pour l'instant : neuf personnes fin 2025, dont sept chercheurs. Un ratio qui sent l'early-stage qui n'a pas encore industrialisé, et qui assume. Là où ça devient intéressant, c'est le débouché. Le polyol recyclé de Petshka peut remplacer jusqu'à 50 % du polyol pétrosourcé dans la production de mousse polyuréthane, selon Techtera. Avec son partenaire industriel TPF, fabricant de mousse, un taux de remplacement de 25 % du polyol vierge a déjà été atteint en conditions réelles, d'après la plateforme européenne sur l'économie circulaire. On n'est pas sur une promesse de slide : il y a de la matière qui sort. ## D'où vient la science : un partenariat, pas une spin-off Un point qu'il faut poser clairement, parce que la presse l'a parfois raccourci. Petshka n'est pas une spin-off CNRS au sens juridique. C'est une deeptech née d'un partenariat avec l'**ICGM**, l'Institut Charles Gerhardt Montpellier, une unité mixte de recherche CNRS et Université de Montpellier. La nuance compte : pas de capital CNRS, pas de transfert de technologie formalisé visible, mais une collaboration scientifique active. Trois chercheurs de l'ICGM sont impliqués : Sylvain Caillol, Vincent Ladmiral et Vincent Lapinte. Le partenariat a décroché un soutien ANR sous forme de LabCom en décembre 2025, et une thèse CIFRE sur la chimie circulaire des polymères, dépolymérisation et valorisation de polyesters et polyuréthanes, est annoncée au recrutement pour juin 2026. La R&D continue de pousser, autrement dit. Côté reconnaissance, Petshka a reçu le Grand Prix Inn'Ovations 2025 de l'agence régionale AD'OCC en Occitanie. J'avoue qu'un détail me chiffonne encore. La fiche annonce un ratio théorique de 200 tonnes de déchets polyester en entrée pour 500 tonnes de polyol en sortie. Plus de sortie que d'entrée, c'est contre-intuitif. L'explication tient au fait que la dépolymérisation incorpore d'autres réactifs chimiques dans le polyol final, donc la masse augmente par ajout de matière, pas par magie. Je le note sans certitude absolue sur le calcul exact, parce que ce genre de ratio mériterait une vérification ligne à ligne du bilan matière, et je ne l'ai pas sous les yeux. ## Les chiffres de montée en charge Regardons le scope réel. En 2024, Petshka annonce 70 tonnes de déchets polyester collectés et transformés, avec un objectif de 500 tonnes de déchets traités sur 2025, d'après la plateforme européenne sur l'économie circulaire. Sur le site de production pilote de Sorgues, dans le Vaucluse, opérationnel au printemps 2026, environ 10 tonnes de polyol avaient été produites à fin 2025 selon un article d'avril 2026. Attention à ne pas mélanger ces deux chiffres. Les 70 tonnes mesurent des déchets entrants ; les 10 tonnes mesurent du polyol fini sortant. Ce ne sont pas les mêmes maillons de la boucle. Un écart cohérent quand on sait que le polyester n'est qu'une fraction d'un textile et qu'on est en phase pilote, pas en production de masse. Les marchés visés : textiles grand format, vêtements, ameublement, emballages, sur l'Europe et l'Amérique du Nord. Une expansion nord-américaine est planifiée pour 2026. Le marché global du polyol est évalué à 12 milliards d'euros selon une source à recroiser, ce qui donne l'ordre de grandeur de la cible commerciale. ## Où ça se range dans la filière REP textile Pour comprendre l'intérêt, il faut situer Petshka dans le système. La filière REP textile française tourne autour de Refashion, l'éco-organisme agréé. En 2024, 886 000 tonnes de TLC ont été mises sur le marché, 289 393 tonnes collectées, soit un taux de collecte d'environ 33 % visant 60 % en 2028. Sur les textiles collectés, 57 % partent en réemploi. Le reste cherche un débouché. Le hic : le recyclage mécanique fibre-à-fibre, on l'a vu, ne sait pas traiter les mélanges. J'en parlais déjà dans [recyclage textile : le 1 % fibre-à-fibre est trompeur](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur/), le chiffre du recyclage réel est gonflé par des définitions élastiques. C'est exactement le trou que Petshka cible : les textiles non collectables par la REP ou non valorisables mécaniquement, ceux qui partent à l'incinération ou à l'enfouissement. Selon Petshka, plus de 100 000 tonnes de polyester par an sont vouées à ce sort en Europe et en Amérique du Nord. Petshka n'est pas seule sur le recyclage chimique du textile, et c'est là qu'il faut éviter la confusion. Carbios, à Clermont-Ferrand, travaille sur le **biorecyclage enzymatique** du PET : une enzyme hydrolyse le PET en ses monomères pour refaire du PET, en bouteilles ou en fibres. Petshka fait de la **dépolymérisation chimique** pour fabriquer du polyol, donc de la mousse polyuréthane, pas du re-PET. Deux procédés, deux débouchés, deux marchés. Ils ne se concurrencent pas frontalement. Pour creuser la mécanique enzymatique, voir [recyclage enzymatique PET : la révolution Carbios](/recyclage-enzymatique-plastique-pet/), et pour le panorama des deux familles, [recyclage chimique vs mécanique : quel avenir ?](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique/). ## Ce que ça vaut, vraiment La filière chimique textile est jeune, et elle se construit dans un contexte tendu. Refashion a été sanctionnée de 170 000 euros par la DGPR en avril 2026 pour manquements à ses obligations de collecte 2024-2025. Les objectifs REP de recyclage des matières synthétiques plastiques, 50 % en 2025 et 90 % en 2027, sont loin d'être tenus. Autrement dit, le système a besoin de débouchés industriels réels, pas de pilotes éternels. Petshka coche les bonnes cases techniques : un procédé breveté, un débouché identifié et déjà testé chez un industriel, un ancrage scientifique solide avec l'ICGM. Mais le passage à l'échelle reste devant. Dix tonnes de polyol produites, c'est un proof of concept qui fonctionne, pas une usine qui inonde le marché du polyuréthane. La vraie question, comme toujours en deeptech, c'est le scale-up : tenir le ratio, le coût et la qualité quand on multiplie les volumes par cent. Je trouve l'angle malin. Plutôt que de viser le re-PET, marché déjà disputé, Petshka se branche sur la mousse polyuréthane, où le polyol pétrosourcé domine et où un substitut recyclé a une vraie place à prendre. C'est du game design de filière : choisir le maillon le moins encombré plutôt que d'aller au front sur celui que tout le monde attaque. Reste à voir si le moteur tient la charge. ## Sources - [Site officiel Petshka](https://www.petshka.com/) - [ICGM et Petshka : la chimie au service d'une industrie textile plus circulaire](https://www.icgm.fr/licgm-et-petshka-la-chimie-au-service-dune-industrie-textile-plus-circulaire/) - [EU Circular Economy Platform : Petshka recycling polyester waste](https://circulareconomy.europa.eu/platform/en/good-practices/petshka-recycling-polyester-waste) - [Techtera : They are member, Petshka](https://www.techtera.org/en/news/they-are-member-petshka/) - [Recyclage chimique des textiles, transformer des déchets, headtopics](https://fr.headtopics.com/news/recyclage-chimique-des-textiles-transformer-des-dechets-82586299) - [Thèse CIFRE chimie circulaire des polymères, ICGM et Petshka, GFP](https://www.gfp.asso.fr/these-cifre-chimie-circulaire-des-polymeres-depolymerisation-et-valorisation-de-polyesters-et-polyurethanes-icgm-montpellier-et-petshka-26-06-2026/) - [ADEME : filière REP TLC](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [Refashion sanctionnée, recyclage textile en tourmente, Social Mag](https://www.socialmag.news/28/04/2026/refashion-sanctionne-recyclage-textile-tourmente-france/) - [Carbios : recyclage enzymatique](https://www.carbios.com/en/recyclage-enzymatique/) --- ## Mâchefers : 3 millions de tonnes, route oui, béton non - URL: https://www.recy.net/machefers-iciv-france-3-millions-tonnes-valorisation-2026-route-beton/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-13T06:00:00.000Z - Categories: valorisation Sous le capot d'une usine d'incinération, après que les ordures ménagères ont chauffé entre 850 et 1100 degrés, il reste un résidu lourd, gris, vaguement métallique. C'est le mâchefer. La France en produit 3 millions de tonnes par an dans 122 installations, et en valorise environ 2 millions sous forme de granulats routiers. Le ratio est connu, stable, et il décrit une filière à deux vitesses : la moitié-est qui tourne, la moitié-ouest qui patine parce que les chantiers sont moins denses. Le système marche. Pas parfaitement, mais il marche. Et pourtant, à chaque grand colloque économie circulaire, quelqu'un demande pourquoi on n'utilise pas les mâchefers dans le béton. La réponse n'est ni politique ni industrielle. Elle est dans l'arrêté du 18 novembre 2011, et elle est solide. ## La filière en chiffres Les 3 millions de tonnes de mâchefers proviennent des Usines d'Incinération des Ordures Ménagères (UIOM), parfois rebaptisées ICIV (Installations Centralisées d'Incinération à Valorisation) quand elles produisent de la chaleur ou de l'électricité en plus. La répartition est inégale : l'Île-de-France et la région Auvergne-Rhône-Alpes concentrent une grande partie du gisement, parce qu'elles concentrent une grande partie de la population. Le résidu sort du four à environ 250 degrés. Il contient des morceaux de ferraille, des fragments d'aluminium, des inertes (verre fondu, céramique, scories), et un peu d'imbrûlés organiques. Avant d'être valorisé, il passe par une Installation de Maturation et d'Élaboration (IME). Là, les métaux ferreux sont récupérés par overband magnétique, les non-ferreux par courants de Foucault. Le reste mûrit en tas pendant 3 à 12 mois pour stabiliser les composés solubles et permettre la carbonatation du calcium. Le résultat s'appelle Écograve (ou grave de mâchefer). Sur les 2 millions de tonnes valorisées chaque année, environ 84 % partent en travaux routiers selon les derniers chiffres disponibles. Le reste, soit quelques centaines de milliers de tonnes, finit en remblais techniques ou en stockage. Pour la moitié restante du gisement, soit le million de tonnes non valorisé, deux scénarios. Le premier : enfouissement en Installation de Stockage de Déchets Non Dangereux (ISDND). Coût : 100 à 150 euros la tonne avec la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP). Le second : maturation en attente d'un débouché qui ne vient pas. Dans les deux cas, c'est de la valeur qui dort. ## Pourquoi le béton est interdit L'arrêté du 18 novembre 2011 fixe les conditions d'utilisation des mâchefers d'incinération de déchets non dangereux (MIDND). Il définit deux types d'usage selon le niveau de contamination résiduelle : - **Usage routier de type 1** (sous-couche, remblai technique, plate-forme). - **Usage routier de type 2** (sous-couche, accotement, couche de forme). L'arrêté est explicite sur un point : aucun usage hors travaux routiers n'est autorisé. Pas de béton, pas de matériaux de construction, pas de granulats incorporés dans des produits manufacturés. La raison n'est pas le hasard administratif. Le mâchefer contient des métaux lourds (plomb, chrome, mercure, cadmium), des sels solubles (chlorures, sulfates), des dioxines en concentrations variables, et désormais des PFAS détectés dans plusieurs études récentes. Tant que ces composés restent encapsulés sous une route, avec une étanchéité de surface, leur lixiviation reste limitée et mesurable. Dans un béton, c'est autre chose. Le ciment Portland a un pH initial de 12-13 qui maintient temporairement les métaux sous forme stable, mais la carbonatation progressive du béton (en 30 à 50 ans) fait redescendre le pH, et avec lui, les métaux deviennent solubles. Un parpaing de mâchefer dans une cloison intérieure, c'est trois décennies d'exposition à l'eau, à l'air, au gel-dégel. Le risque sanitaire devient incalculable. Cette logique de confinement, je l'ai déjà rencontrée sur les [granulats recyclés issus de la démolition pour le béton bas carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). Là, les granulats viennent de béton ancien, dont les contaminants éventuels sont déjà connus et limités. Pas comparable. ## Le débat scientifique Le collectif 3R et plusieurs études universitaires pointent depuis 2020 des limites du protocole de test imposé par l'arrêté. La mesure de lixiviation se fait sur 24 heures en laboratoire. Or, les contaminants migrent dans le sol et la nappe sur 6 ans minimum après installation. Une analyse de 2021 en Seine-et-Marne aurait trouvé des concentrations de dioxines cinq fois supérieures aux seuils dans des mâchefers issus d'usines régionales. Les industriels contestent la méthodologie. Le débat n'est pas tranché. L'autre faille du protocole : les PFAS et PBDE ne sont pas mesurés dans le test standard. Ils sont pourtant présents en quantités significatives, parce que les déchets ménagers contiennent du textile traité, des emballages alimentaires fluorés, des retardateurs de flamme. Le règlement européen évolue, et l'arrêté français devra suivre. La prochaine révision est attendue d'ici 2027. ## Ce que ça implique pour l'économie circulaire Si vous regardez la filière comme un système, le mâchefer remplit une boucle de feedback claire : déchet ménager → incinération → matière première secondaire → infrastructure routière. Le cycle se boucle quand la route est démolie 50 ans plus tard, et que les granulats sont broyés à nouveau (souvent sans qu'on sache qu'ils contenaient du mâchefer à l'origine). C'est élégant, dans le principe. Mais ça impose deux choses : - Une traçabilité documentaire entre l'IME et le chantier (bordereau de suivi obligatoire). - Une cartographie des usages, pour qu'on puisse contrôler en cas de besoin. Dans les faits, la traçabilité documentaire existe mais reste imparfaite. La cartographie n'existe pas. Quand un département veut savoir où sont allés les mâchefers de son incinérateur sur dix ans, la réponse est compliquée à produire. C'est un point faible. Honnêtement, je me demande si la filière ne devrait pas basculer vers une logique de matériau enregistré, comme les granulats de démolition récents, avec un identifiant produit et une géolocalisation. Le coût administratif serait réel, mais le bénéfice en confiance sociétale aussi. ## Et si on étendait au béton ? Le scénario refusé Quelques industriels et chercheurs ont proposé d'autoriser le mâchefer dans des bétons de remblai non structurels (ouvrages immergés, gabions techniques). L'argument : ces bétons ne sont pas exposés aux cycles gel-dégel, leur durée de vie est connue, et leur démolition future peut être anticipée. L'argument tient sur le papier. En pratique, ça ouvre une brèche que personne ne sait refermer. Si on autorise le mâchefer dans le béton de remblai, on aura demain des demandes pour le mâchefer dans le béton routier, puis dans le béton de structure, et le système de contrôle ne tiendra pas. C'est le même piège que le PVC dans le recyclage textile : une porte entrouverte devient une porte ouverte. À ce jour, l'ADEME et le ministère de la Transition écologique tiennent la ligne : usage routier exclusif, contrôle renforcé, traçabilité améliorée. C'est la position défendable. Élégant. Vraiment. ## Le verdict 3 millions de tonnes par an, 2 millions valorisés, le tout dans le périmètre strict d'usage routier. C'est un système qui marche dans son scope, et qui craquera si on le force à en sortir. Le mâchefer dans le béton n'est pas un sujet technique, c'est un sujet de gouvernance des matériaux à contaminants partiels. La règle est posée, elle est solide, et c'est exactement le genre de garde-fou qu'on apprécie quand on regarde ce qu'il se passe quand on ne l'a pas (cf. les filières amiante des années 80, dont on paie encore le [coût du désamiantage aujourd'hui](/amiante-batiments-desamiantage-filiere-recyclage-france)). Sur la prochaine décennie, l'enjeu réel n'est pas d'élargir la valorisation, c'est de la sécuriser : traçabilité renforcée, détection PFAS, cartographie des usages. Si ces trois chantiers avancent, on aura une filière qui peut tenir 30 ans. Notre article sur la [construction circulaire et le réemploi des matériaux de démolition](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) explore les pistes voisines pour le secteur BTP. ## Sources - ADEME, Étude sur la valorisation des mâchefers, mars 2020, [institut-economie-circulaire.fr](https://institut-economie-circulaire.fr/wp-content/uploads/2020/03/etude-inec-la-valorisation-des-machefers.pdf) - AMORCE, La valorisation des graves de mâchefer, [amorce.asso.fr](https://amorce.asso.fr/actualite/la-valorisation-des-graves-de-machefer-une-technique-d-economie-circulaire-a-encourager) - Sénat, Rapport sur les nouvelles techniques de recyclage des déchets, [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/o98-415/o98-41516.html) - Wikipédia, Mâchefer, [fr.wikipedia.org](https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A2chefer) - Collectif 3R, Le business moribond et toxique des mâchefers, [collectif3r.org](https://collectif3r.org/le-business-moribond-et-toxique-des-machefers-dincineration-de-dechets/) - Arrêté du 18 novembre 2011 (MIDND), texte officiel sur Légifrance. - HAL Sciences, Valorisation de mâchefers d'incinération d'ordures ménagères, [hal.science](https://hal.science/hal-03181567) --- ## STEP by Pollutec 1-2 décembre 2026 : Paris circularité - URL: https://www.recy.net/pollutec-paris-1-2-decembre-2026-step-transformation-ecologique-circularite/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-12T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Pourquoi un salon Pollutec en deux jours à Paris alors que la version lyonnaise dure quatre jours et accueille 70 000 visiteurs ? La réponse est dans le format : STEP by Pollutec, prévu les 1 et 2 décembre 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, abandonne la logique foire-à-tout pour cibler un public qualifié de décideurs sur deux axes serrés, la décarbonation et l'économie circulaire. ## Le format STEP : deux jours, deux thèmes, une audience ciblée Sous le capot, STEP n'est pas un nouveau salon. C'est une déclinaison parisienne du modèle Pollutec, condensée sur 48 heures, pensée comme une plateforme business plus que comme une vitrine. Reed Expositions, organisateur du salon, assume le pari : un format ramassé pour des dirigeants qui ne peuvent pas s'offrir trois jours de déplacement à Lyon. La programmation s'articule autour de keynotes et tables rondes structurées par deux axes (géopolitique et gestion des ressources stratégiques d'une part, robustesse industrielle européenne d'autre part), un Innovation Challenge pour startups, un Talent Hub orienté recrutement et formations métiers, et des rencontres B2B planifiées. L'angle, vu de loin, ressemble à une boucle de gameplay classique : tu réduis la friction d'accès (deux jours à Paris au lieu de quatre à Lyon), tu augmentes la densité d'événements à l'heure, tu fais matcher des prospects qualifiés. La question, c'est de savoir si ça scale : un salon qui marche sur 4 jours à Lyon n'a pas mécaniquement vocation à fonctionner en version express. Honnêtement, je ne sais pas encore si le format va prendre. La première édition servira de playtest. ## Pourquoi Paris, pourquoi maintenant STEP arrive dans un calendrier précis. Pollutec Lyon a lieu tous les deux ans, prochain rendez-vous fin 2027. Entre deux éditions lyonnaises, le secteur des éco-entreprises n'a pas de grand point de rendez-vous national. STEP comble ce trou. La filière circulaire et décarbonation accélère depuis l'AGEC, la directive ESPR, la loi Industrie Verte. Les industriels cherchent des fournisseurs de solutions, les éco-entreprises cherchent des donneurs d'ordre, les collectivités cherchent à comprendre les filières émergentes. Un salon court, parisien, sur ces deux sujets, répond à un besoin qui était jusque-là servi par des événements éclatés (Assises des déchets, World Efficiency, conférences sectorielles). Le timing politique aussi compte. Décembre 2026, ça tombe juste après la COP31 d'Antalya (9-20 novembre 2026), au moment où les annonces sur la finance climat et la transition industrielle sont fraîches. C'est aussi la fenêtre où les budgets 2027 se ferment dans les directions générales. Un salon B2B positionné là cible des décideurs qui ont encore des arbitrages à faire. ## Les filières représentées : textile, bâtiment, métaux, plastiques STEP s'ouvre cette année à la filière textile, ce qui change la donne pour les acteurs de la REP textile en pleine reconfiguration. La crise Refashion de 2026, la directive ESPR sur les invendus, le décret encadrant les bornes textiles : tout converge vers un besoin de mise en relation entre éco-organismes, recycleurs, marques et industriels. Pour creuser la dynamique côté infrastructure, voir notre article sur [Refashion et la réforme REP textile 2026](https://recy.net/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/). Le bâtiment garde une place importante. Le réemploi des matériaux de démolition, la construction circulaire, les granulats recyclés : autant de sujets qui ont migré du laboratoire vers l'industriel. Le [béton bas-carbone à base de granulats recyclés](https://recy.net/beton-bas-carbone-granulats-recycles/) est un cas typique de techno qui cherche des donneurs d'ordre publics. Côté métaux, le boom du cuivre secondaire en 2026 et l'usine Caremag pour les aimants terres rares à Lacq illustrent la pression sur les matières premières critiques. Le sujet structurant à suivre sur STEP : qui va sourcer les terres rares européennes recyclées dans les cinq ans qui viennent ? L'analyse complète dans notre dossier sur [Caremag et le recyclage des aimants à Lacq](https://recy.net/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq/). Les plastiques restent un fil rouge. La directive sur les microplastiques dans l'eau potable, l'usine Carbios à Longlaville pour le biorecyclage PET, les questions sur les bioplastiques : la chaîne de valeur cherche encore son équilibre entre tri à la source, recyclage chimique et recyclage mécanique avancé. Sur ce point précis, j'ai un avis tranché que je développe plus bas. ## L'Innovation Challenge : une boucle d'incentives mal calibrée ? L'Innovation Challenge de STEP fonctionne comme une compétition classique de startups : pitch, jury, prix, visibilité. Le pipeline est connu : startup pitche devant un panel de corporates et d'investisseurs, lauréats remportent du visibilité éditoriale et du contact qualifié, organisateur récupère de la fraîcheur dans sa programmation. Tout le monde y trouve son compte, en théorie. La question que je me pose, en regardant les bilans des éditions Lyon : combien de startups lauréates concluent vraiment des contrats commerciaux dans les 12 mois ? Pas combien décrochent une visibilité presse. Combien transforment. Si l'organisateur publiait ce chiffre, on saurait si la boucle est vraiment vertueuse ou si elle nourrit juste le théâtre de l'innovation. C'est un débat plus large sur la gamification des écosystèmes startup : les incentives sont alignés sur la visibilité, pas sur la transformation business. À comparer avec d'autres formats comme la dynamique observée sur les [Assises Nationales des déchets de Nantes](https://recy.net/assises-nationales-dechets-nantes-30-septembre-1er-octobre-2026/), où le format expert prime sur le pitch concours. ## Le Talent Hub : un signal sur la tension métiers Le Talent Hub mérite plus d'attention que les keynotes. La tension sur les métiers de la transition écologique est documentée depuis trois ans : ingénieur déchets, chargé d'économie circulaire, conseiller bas-carbone, technicien rénovation énergétique. Les recruteurs galèrent à trouver des profils, les candidats en reconversion galèrent à comprendre quelles formations payent vraiment. STEP intègre cette tension dans le format salon. Pari intelligent : un décideur RH passe deux jours à voir des solutions techniques, il croise un Talent Hub avec ESS Place, l'IFFOR, des organismes de formation. Le matching CV-poste se fait sur place, pas trois mois plus tard sur LinkedIn. Concrètement, c'est ce que les recruteurs réclament depuis longtemps : sortir des plateformes asynchrones et remettre du contact direct dans un secteur où la confiance compte. Pour les profils en reconversion ou en formation, c'est un point de rencontre rare avec des employeurs réels, pas des cabinets de chasseurs. ## Le programme conférences : géopolitique des ressources et robustesse industrielle Les deux axes annoncés, géopolitique des ressources stratégiques et robustesse industrielle européenne, signalent une bascule dans le discours du secteur. Pendant des années, l'économie circulaire s'est vendue comme un argument environnemental. En 2026, elle se vend d'abord comme un levier de souveraineté. C'est la même boucle de feedback, mais avec un autre framing politique. Concrètement, ça veut dire que les directions achats des grands groupes vont écouter avec plus d'attention les retours d'expérience sur les matières secondaires européennes. Le sujet n'est plus "verdir l'image", c'est "sécuriser l'approvisionnement alors que la Chine, les États-Unis et l'Europe se disputent les métaux stratégiques". L'angle ressort fort sur les terres rares, les batteries, le cuivre, l'aluminium. Sur l'aluminium, le retour d'expérience d'[Apple sur l'aluminium recyclé pour l'iPhone](https://recy.net/apple-aluminium-recycle-impression-3d-iphone-fabrication/) est un cas étudié partout. Côté énergie, attendez-vous à des présentations sur le captage CO2, l'électrification industrielle, le mix renouvelable et l'hydrogène. Rien de nouveau sous le soleil, mais la précision des données chiffrées et des cas d'usage industriels va monter d'un cran. Plus les filières maturent, plus les présentations gagnent en granularité. ## Ce qui va manquer : la dimension consommateur et collectivité STEP est pensé B2B industriel et grandes collectivités. Ça implique qu'on ne verra pas, ou peu, la dimension consommateur final, la pédagogie tri à la source, les enjeux des éco-organismes face au grand public. Pour ces sujets, mieux vaut suivre les Assises des déchets ou les rapports CITEO/Refashion en parallèle. C'est un choix éditorial assumé. Pollutec Lyon couvre tout, STEP se concentre sur les flux B2B. Pour qui ? - Industriels en quête de solutions techniques de circularité ou décarbonation - Éco-entreprises et startups cleantech cherchant des donneurs d'ordre - Directions achats sur les matières premières secondaires - DRH et organismes de formation sur la tension métiers verts - Investisseurs cleantech early-stage et growth À vous de jouer : si vous êtes dans l'une de ces cases, l'inscription vaut le coup. Pour le reste, attendez Pollutec Lyon 2027. > Crédit image : illustration générée par IA (ComfyUI Flux.2 Dev), composition originale RecyNetwork. ## Sources - [STEP by Pollutec, site officiel](https://www.stepbypollutec.com/fr-fr.html) - [Actu-Environnement, STEP salon transformation écologique Paris décembre 2026](https://www.actu-environnement.com/ae/pdt/step-salon-transformation-ecologique-pollutec-paris-decembre-2026-1463.php4) - [Économie Circulaire, Découvrir STEP by Pollutec 1 et 2 décembre 2026](https://www.economiecirculaire.org/articles/h/decouvrir-step-by-pollutec-les-1-et-2-decembre-2026.html) - [ATEE, L'électrifab présent au salon STEP Pollutec 1er-2 décembre 2026](https://atee.fr/actualite/lelectrifab-present-au-salon-step-pollutec-les-1er-et-2-decembre-2026) - [The Good Goods, STEP by Pollutec ouvert à la filière textile en 2026](https://www.thegoodgoods.fr/media/economie-de-la-mode/circularite-services/step-by-pollutec-salon-decarbonation-circularite-mode-textile/) - [EODD, STEP 2026 by Pollutec décarbonation économie circulaire](https://www.eodd.fr/evenement/step-2026-by-pollutec-quand-la-decarbonation-et-leconomie-circulaire-creent-un-modele-plus-durable/) - [PEXE, STEP by Pollutec rendez-vous européen transformation écologique](https://ecoentreprises-france.fr/agenda/step-by-pollutec-le-rendez-vous-europeen-de-la-transformation-ecologique/) --- ## Salon des Maires 2026 : la place de l'économie circulaire - URL: https://www.recy.net/salon-maires-2026-place-economie-circulaire-24-26-novembre-paris/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-11T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Sous le capot du Salon des Maires 2026, la maquette ressemble à un jeu de gestion ouvert. 1 380 exposants, 65 672 visiteurs attendus, 448 prises de parole, 600 journalistes accrédités. La 32e édition se tient au Pavillon 7 de Paris Expo Porte de Versailles, du 24 au 26 novembre 2026, avec le mot d'ordre "L'Audace est locale". Sur le papier, le programme touche à tout : urbanisme, mobilité, sécurité, santé, énergie, numérique, éducation, environnement, culture, habitat, développement. Sur le terrain, la question d'un élu reste plus simple : quelle part du salon parle vraiment d'économie circulaire et de tri ? ## Un salon-écosystème : 1 380 exposants, 65 000 visiteurs, 3 salons en parallèle Le Salon des Maires fonctionne comme une plateforme. Trois manifestations cohabitent au même endroit : le Salon des Maires lui-même, la 4e édition du Salon des Sports et Parasports, et la 3e édition du Salon de la Biodiversité et du Génie écologique. L'organisateur communique sur 65 672 visiteurs (chiffre 31e édition 2025), 1 380 exposants, 448 prises de parole et 600 journalistes accrédités. La logique : permettre à un maire ou à un DGS d'arbitrer plusieurs dossiers en une journée, plutôt que de courir d'un évènement à l'autre. Le Congrès des Maires de France, organisé par l'AMF, se tient en parallèle au même endroit. Décideurs et solutions sur le même périmètre. Pour les fournisseurs de services environnementaux, c'est la fenêtre de tir annuelle la plus dense. Pour les élus, c'est aussi le moment où les promesses des éco-organismes deviennent comparables côte-à-côte. Le slogan "L'Audace est locale" porte un message politique précis : les territoires assument une partie de la transition que l'État finance moins. Lire entre les lignes : les collectivités doivent ouvrir le robinet "fonds propres" parce que le robinet "subventions" se ferme. La traduction concrète arrivera dans les conférences sur la fiscalité locale, les plans climat-air-énergie territoriaux, les marchés publics, la TEOM incitative. ## L'économie circulaire dans le programme : où elle apparaît, où elle reste implicite Le programme officiel ne dédie pas une "zone économie circulaire" identifiée comme telle. L'angle est éclaté entre plusieurs axes thématiques : développement et cohésion territoriale, construction-aménagement-énergie, biodiversité, environnement. En pratique, les services concernés se concentrent autour de quatre familles : - Collecte et tri des déchets : prestataires de collecte, fournisseurs de bacs, points d'apport volontaire, centres de tri mécanique. - Filières REP et éco-organismes : Citeo, Refashion, Ecologic, Ecosystem, Valdelia. Ces acteurs présentent les nouvelles obligations et les soutiens financiers. - Biodéchets : équipementiers (composteurs collectifs, lombricomposteurs partagés), prestataires de collecte séparée, gestionnaires de plateformes de méthanisation. - Réemploi et réparation : ressourceries, recycleries, plateformes B2B de réemploi, ateliers de réparation labellisés. Le sujet économie circulaire ne se voit pas en frontal. Il faut le chercher dans les stands "environnement", "déchets", "biodiversité" et dans les conférences "transition écologique". L'enjeu pour un élu : préparer son parcours à l'avance pour ne pas tourner en rond sur 140 000 m². ## L'Innovation Arena et les "Vis ta Ville" : le côté game design Côté immersion, le salon mise sur deux dispositifs. L'Innovation Arena accueille des pitches de startups, des cérémonies des prix de l'innovation et des démos de jeunes pousses qui ciblent les marchés publics locaux. L'Audacieuse pour la startup, l'Astucieuse pour la mairie qui pioche une solution. Les "Vis ta Ville" reproduisent des espaces municipaux à taille réelle : une mairie, un centre de santé, une école, une gare, un lieu culturel, un marché, un centre de crise. Les visiteurs traversent ces décors où sont implantés les exposants. Le format est explicitement gamifié, et c'est intelligent. Un élu qui passe trois minutes dans une "école" reconstituée retient mieux le fournisseur de fontaines à eau filtrée qu'une carte de visite glissée dans un sac à goodies. Le décor agit comme un onboarding tutorial pour le jeu réel : commander, déployer, opérer. Pour les sujets recyclage, attendez-vous à voir des bacs intelligents dans le "marché", des bornes textiles dans la "gare", un mini-centre de tri pédagogique dans le hall central. Le pari : transformer la friction "comment je passe commande" en parcours fluide. ## Trois agendas réels pour un élu motivé sur l'économie circulaire Si vous êtes élu ou agent et que la circularité est votre dossier, voici trois parcours qui valent le déplacement : 1. **Parcours collecte et tri.** Repérez Citeo, Refashion et leurs prestataires logistiques. Posez la question des allocations budgétaires 2027, des sanctions effectives pour non-collecte des biodéchets (cf. décret 2026 et premiers contrôles), et du calendrier de bascule TEOM incitative dans votre EPCI. Voir l'angle [biodéchets : sanctions collectivités 2026](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/) et [TEOM incitative : la bascule vers la redevance à la pesée](/teom-incitative-2026-collectivites-bascule-redevance-pesee/). 2. **Parcours réemploi et achats responsables.** Plateformes de réemploi B2B (mobilier, IT), recycleries, fournisseurs labellisés "produit issu du réemploi". Préparez la liste des marchés à venir et challengez les vendeurs sur leur capacité réelle à livrer dans les délais et volumes annoncés. Voir le cadre obligatoire dans [Achat durable des collectivités : obligations au 22 août 2026](/achat-durable-collectivites-obligations-22-aout-2026/). 3. **Parcours fiscalité et fonds verts.** Conférences AMF, ADEME, Banque des Territoires. La question centrale : quelle part des dépenses circulaires peut basculer en investissement, et quel reste à charge sur le fonctionnement après baisse des fonds verts ? Voir le décryptage [Fiscalité des déchets 2026 : TGAP et Fonds vert](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/). Bonus : si vous avez gardé une heure, faites un saut dans le Salon de la Biodiversité et du Génie écologique. Beaucoup d'exposants y traitent aussi des sujets compostage in situ, gestion différenciée, désimperméabilisation. Le recoupement avec l'économie circulaire est plus fort qu'on ne le croit. ## Le programme stratégique : ce qui se joue vraiment côté élus Le 32e Salon arrive sur un terrain politique tendu. Les municipales de mars 2026 ont rebattu les majorités dans des centaines de communes. Les nouveaux élus arrivent avec des programmes, mais aussi avec des contraintes budgétaires sérieuses. Beaucoup ont fait campagne sur la transition écologique. À Paris en novembre, ils vont devoir confronter le marketing des fournisseurs à la réalité de leurs DOB (débats d'orientation budgétaire) 2027. Trois lignes de tension à surveiller dans les conférences : - Sortie du Fonds vert ou re-doté ? Le ministère a annoncé un cadre revu, mais les arbitrages 2027 ne sont pas encore publiés au moment du salon. Tout le monde attend. - TGAP montante : le tarif passe à 65 euros la tonne en 2026 sur l'enfouissement, et progresse. Les collectivités à fort tonnage enfoui ont mécaniquement des marges contraintes. Les éco-organismes ont intérêt à valoriser les détournements. - Application sanctions biodéchets : les premières mises en demeure préfectorales arrivent en série dans certaines régions. Les élus veulent comprendre comment se mettre en règle vite, sans tout marchéiser. Pour les fournisseurs présents, la règle change : il faut arriver avec des prix au tonnage, des engagements de performance et un plan de déploiement crédible. Les pitch "vision" sans chiffrage ne passent plus la rampe DGS. ## Préparer la visite : 4 conseils pratiques Le salon dure trois jours, mais l'efficacité dépend de la préparation. Pour un élu ou un agent qui vient sur le sujet économie circulaire : - Téléchargez le plan exposants une semaine avant. Marquez les 6 à 8 stands prioritaires. N'essayez pas d'en voir 30. - Prenez RDV. Les commerciaux des éco-organismes et des grands groupes sont sur-sollicités. Un créneau de 20 minutes calé en amont vaut une heure de file d'attente. - Préparez 3 questions par stand. "Combien ?", "À quel délai ?", "Quels engagements de performance ?". Pas de "présentez-moi votre offre". - Sortez du Pavillon 7 au moins une fois. Le Salon de la Biodiversité voisin élargit le champ utile à l'arbre urbain, à la désimperméabilisation et aux services écosystémiques. Une journée bien préparée vaut plus qu'un parcours complet en mode flâneur. Le salon n'est pas un musée, c'est un terrain d'achat. ## Conclusion : un salon où l'économie circulaire monte sans crier Pour qui regarde les sommaires, l'économie circulaire est diluée. Pour qui parcourt les allées, elle est partout : sur les bacs des marchés simulés, sur les uniformes des écoles reconstituées en sac à dos consigné, sur les plateformes de réemploi qui démarchent les acheteurs publics. Le Salon des Maires 2026 ne dédie pas une halle au sujet, et c'est sans doute le signe que la circularité est entrée dans le standard. Pour les fournisseurs, la concurrence sera plus visible que jamais. Pour les élus, la fenêtre d'arbitrage est étroite : trois jours pour cadrer un an de marchés publics. Le terrain de jeu est ouvert. À vous de jouer. ## Sources - [Site officiel du Salon des Maires](https://www.salondesmaires.com/) (page de présentation, données 1 380 exposants, 65 672 visiteurs, dates 24-26 novembre 2026) - [Programme stratégique 2026 du SMCL](https://territorial.zepros.fr/actualites/salon-maires-2026-rendez-vous-strategique-nouveaux-elus) (thème "L'Audace est locale", refonte du programme, axes thématiques) - [Salon des Maires 2026 : 32e édition](https://mediaproduct.fr/actus/salons-professionnels/le-salon-des-maires-smcl/) (annonces, partenaires, Congrès AMF en parallèle) - [France Bois Forêt : Salon des Maires 2026 agenda](https://franceboisforet.fr/agenda/salon-des-maires-et-des-collectivites-locales-2026/) (informations pratiques, partenaires) - [Salon de la Biodiversité et du Génie écologique 2026](https://www.salondesmaires.com/) (3e édition adossée, contenu environnement) - [Tourisme 93 : informations Paris Expo Porte de Versailles](https://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=815&engine_zoom=FMAIDFC930029381) (logistique, pavillons) --- ## Refashion : 57 M€ pour le tri, cap sur 60 % en 2028 - URL: https://www.recy.net/bornes-textiles-refashion-57-millions-2026-objectif-60-pourcent-2028/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-10T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Pourquoi un éco-organisme injecte-t-il 57 millions d'euros dans les centres de tri en 2026 alors que la collecte des vêtements usagés progresse moins vite que prévu ? La réponse tient dans la mécanique de la filière REP textile, et elle ressemble beaucoup à une boucle de feedback qui menace de dérailler. Refashion, l'éco-organisme agréé pour les Textiles d'Habillement, Linge de maison et Chaussures (TLC), a publié sa feuille de route 2026 dans la foulée de son réagrément ministériel jusqu'en 2028. L'objectif central reste collecté en gras : porter le taux de collecte à 60 % des produits mis sur le marché en 2028, contre 34 % en 2021 et environ 41 % à fin 2025. Sous le capot, le pipeline complet de la filière vit une crise opérationnelle, et Refashion réagit avec un soutien financier renforcé aux opérateurs de tri qui forment le maillon faible de la chaîne. ## La filière TLC en 2026 : où on en est vraiment Avant de regarder le plan, regardons l'état du système. En 2024, Refashion déclare 289 393 tonnes de TLC collectées en France, 206 136 tonnes effectivement triées dans des centres conventionnés, 554 062 vêtements réparés via le Bonus Réparation, et 70 solutions de régénération opérationnelles. Soit environ un quart des 800 000 tonnes mises sur le marché chaque année qui repassent dans une boucle de tri industriel. Le problème : ces volumes saturent un parc de centres de tri français dimensionné pour autre chose. Historiquement, les centres exportaient une partie de leur stock en Afrique de l'Est ou de l'Ouest sous forme de friperie. L'effondrement progressif des débouchés export, conjugué à la montée du textile bas de gamme et de la fast fashion (souvent invendable en seconde main), a transformé le centre de tri en goulot d'étranglement. Les opérateurs réclament un soutien financier proportionné à la complexité réelle du tri d'un flux de plus en plus dégradé. C'est précisément ce que Refashion finance avec ses 57 millions d'euros 2026. ## Les 57 millions d'euros : ce qu'ils financent Le mécanisme est simple. Refashion collecte une éco-contribution auprès des metteurs en marché (marques d'habillement, distributeurs, importateurs). Ce barème est éco-modulé : une marque de fast fashion paie plus qu'une marque qui conçoit des vêtements durables ou recyclés. L'argent collecté finance ensuite la chaîne aval : collecte (bornes, déchèteries, partenaires associatifs), tri, réemploi, recyclage. Le tarif unitaire 2026 versé aux opérateurs de tri sous contrat avec Refashion passe à 228 €/tonne triée. Le montant total alloué au soutien des centres de tri en 2026 atteint 57 M€, en hausse nette par rapport aux exercices précédents. Pour comparer, sur le plan stratégique 2023-2028, Refashion prévoit plus de 150 M€ d'investissement total, dont une part conséquente fléchée sur la réparation et la régénération. À noter : ce soutien n'est pas un cadeau. Il compense techniquement le coût réel d'un tri qui s'est complexifié, et il évite que les centres de tri ferment en cascade, ce qui mettrait en péril toute la mécanique aval. Pour donner un ordre de grandeur, certains centres de tri français annonçaient en 2024-2025 des coûts de fonctionnement supérieurs à 300 €/tonne triée, parfois jusqu'à 400 €/tonne sur les flux les plus dégradés. Le tarif de 228 €/tonne reste donc un cofinancement, pas une couverture intégrale. ## L'objectif 60 % en 2028 : pourquoi ça frotte La trajectoire de collecte fixée par le cahier des charges est claire : 50 % en 2026, 60 % en 2028. Pour passer de 41 % (2025) à 60 % (2028), il faut activer plusieurs leviers en parallèle. Premier levier : densifier le maillage de points d'apport volontaire. Refashion vise environ 1 borne pour 1 500 habitants d'ici 2028, contre 1 pour 2 000 habitants actuellement. Cela revient à poser plusieurs milliers de bornes supplémentaires, en lien avec les collectivités et les opérateurs comme Le Relais, Ecotextile, ou les opérateurs régionaux. Deuxième levier : la collecte en magasin. La loi AGEC impose aux distributeurs textiles certains seuils de reprise. Beaucoup commencent à intégrer des bornes en boutique, mais le taux de retour reste faible (moins de 5 % des achats ramenés). Troisième levier : la collecte solidaire et associative, qui pèse encore lourd dans le volume collecté (Emmaüs, Croix-Rouge, ressourceries). Refashion soutient ces structures via des conventions spécifiques. Le calcul de Refashion : si on densifie + on facilite + on capte mieux les flux dégradés, on peut atteindre 60 %. Reste que sur le terrain, les opérateurs sont sceptiques sur le calendrier. Plusieurs voix dans la filière estiment qu'on tiendra plutôt 55-57 % en 2028, sauf accélération réglementaire. ## Le Bonus Réparation : un levier secondaire qui pèse Depuis octobre 2023, le Fonds Réparation textile de Refashion subventionne les réparations effectuées par des cordonniers et couturiers labellisés. Une retouche de doublure prend 8 € de réduction, un changement de fermeture éclair jusqu'à 15 €, un ressemelage 25 €. Sur le papier, c'est de la mécanique simple. Sur le terrain, ça pèse. 554 062 réparations financées en 2024, plus d'un million attendues en 2026 selon les projections internes Refashion. Le coût pour l'éco-organisme reste modéré (autour de 8 M€/an pour ce poste), mais l'effet structurel est important : chaque vêtement réparé est un vêtement qui ne rentre pas dans le flux à trier. Game design propre : on agit sur la source pour soulager le maillon faible. L'État vise une hausse de 35 % du nombre de produits textiles et chaussures réparés d'ici 2028. Refashion est l'opérateur direct de cette cible. ## Les 4 chantiers structurels 2026-2028 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Oreillers et couettes usagées : Ecomaison, pas Refashion](/oreillers-couettes-ecomaison-refashion-frontiere-rep). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REuse Economy Expo 2026 : le textile entre dans le système](/reuse-economy-expo-19-20-mai-2026-paris-textile-reemploi). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Alcome : 78 M€ en 2026 pour ramener les mégots de 40 %](/alcome-budget-78-millions-2026-objectif-40-pourcent-megots-juin). Au-delà du soutien aux centres de tri, le plan Refashion 2026 articule quatre chantiers structurants. La régénération industrielle d'abord, avec un investissement dans les technologies de recyclage fibre-à-fibre. Le projet Carbios à Longlaville (biorecyclage du PET textile) en est l'illustration la plus avancée, mais d'autres acteurs montent en puissance sur la laine, le coton, les polyesters. L'éco-modulation ensuite, durcie en 2026 pour pénaliser plus fortement la fast fashion à très haute rotation (Shein, Temu, marques low-cost intégrées). Le malus peut désormais multiplier par 4 la contribution unitaire sur certains produits, selon les paramètres de durabilité, recyclabilité et incorporation de fibres recyclées. La traçabilité, avec le déploiement progressif du Digital Product Passport européen sur les TLC d'ici 2027 (en application du règlement ESPR). Chaque vêtement aura à terme une fiche numérique permettant de connaître composition, origines, recyclabilité. La R&D en open source enfin, Refashion finance des appels à projets seconde main et régénération chaque année. L'édition 2026 a été ouverte aux collectifs régionaux. ## Pour les marques : ce qui change concrètement Si vous mettez du textile sur le marché français, voici votre nouveau cadre 2026 : - Contribution Refashion obligatoire (éco-contribution unitaire par produit) - Barème éco-modulé renforcé : malus si fast fashion / bonus si durabilité ou fibres recyclées - Obligation de reprise en magasin (selon seuils AGEC) - Déclaration annuelle des volumes mis sur le marché auprès de Refashion - Préparation au DPP (Digital Product Passport) horizon 2027 Pour un opérateur de collecte ou de tri sous contrat avec Refashion, les soutiens 2026 sont versés sur la base d'une déclaration trimestrielle de tonnages triés, avec audit des installations. Pas de soutien sans conformité documentaire. ## Mon verdict après lecture La filière REP textile française est l'une des plus matures d'Europe : Refashion existe depuis 2008, le cahier des charges 2026-2028 affine un modèle qui a 18 ans. Les 57 M€ injectés cette année sont une réponse défensive à une crise opérationnelle réelle, pas un effet d'annonce. Reste que l'objectif 60 % en 2028 est ambitieux. Pour le tenir, il faudra à la fois densifier le maillage, capter les flux fast fashion qui inondent le marché par e-commerce, et maintenir la viabilité économique des centres de tri. Sur les trois fronts, on n'a pas encore stabilisé la solution. À surveiller pour 2026-2027 : le déploiement de la directive ESPR et son volet TLC, les sanctions DGPR sur les opérateurs non conformes (Refashion a déjà été pénalisée en 2024 sur le cahier des charges), et les premiers retours des essais industriels de recyclage fibre-à-fibre. Si Carbios tient ses promesses, ça change la donne. Si le procédé reste cantonné aux pilotes, on restera sur du tri sans débouché industriel massif. À vous de jouer si vous êtes marque, distributeur, collectivité ou citoyen : la pression réglementaire monte, le système se durcit, et la filière commence à pénaliser les comportements low-effort. ## Sources - [Refashion : réagréé jusqu'en 2028, communiqué Refashion](https://refashion.fr/pro/fr/refashion-est-r%C3%A9agr%C3%A9%C3%A9-jusquen-2028) - [Financement de la collecte textile à 228 €/tonne, FashionNetwork](https://fr.fashionnetwork.com/news/Le-financement-de-la-collecte-textile-releve-a-228-euros-la-tonne,1750402.html) - [Hausse de la contribution des marques, FashionNetwork](https://fr.fashionnetwork.com/news/Collecte-de-vetements-la-hausse-de-la-contribution-des-marques-officiellement-revalorisee,1756559.html) - [Produits textiles TLC, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/produits-textiles-tlc) - [Refashion : 15 M€ à dépenser sur près d'un milliard, Déchets Infos](https://dechets-infos.com/textiles-15-me-a-depenser-pour-refashion-sur-pres-dun-milliard-4932677.html) - [Bonus Réparation textile, Union Française Mode & Habillement](https://www.lamodefrancaise.org/actualites/bonus-reparation-textile-de-refashion/) ## Pour aller plus loin - [Crise Refashion et réforme REP textile 2026](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/) - [Carbios Longlaville : démarrage du biorecyclage PET textile en juin 2026](/carbios-longlaville-biorecyclage-pet-textile-demarrage-juin-2026/) - [REP textile éco-modulation 2026 : malus fast fashion x4](/rep-textile-eco-modulation-2026-fast-fashion-malus-x4/) --- ## France Batterie : un consortium pour peser sur Bruxelles - URL: https://www.recy.net/france-batterie-consortium-verkor-acc-aesc-orano-battri-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-09T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Si vous avez déjà ouvert un éditeur de niveaux, vous savez ce qui fait qu'un système tient debout : la boucle de feedback entre les acteurs. Trop d'acteurs isolés, et le système se casse au premier playtest. La filière batterie française vient de comprendre cette règle. Le 24 mars 2026, l'association France Batterie est née sur le site de la gigafactory ACC à Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais, en présence du ministre délégué chargé de l'Industrie Sébastien Martin. Cinq acteurs y entrent dès le lancement : les trois gigafactories Verkor, ACC et AESC d'un côté, les deux maillons aval Battri (recycleur startup) et Orano (joint-venture cathode active avec le chinois XTC New Energy à Dunkerque) de l'autre. ProLogium devrait rejoindre à terme, selon l'Argus. La structure copie celle de la Plateforme Automobile, qui fédère depuis 2009 constructeurs et équipementiers français. La logique tient debout sur le papier. ## Pourquoi maintenant : Bruxelles tient les leviers L'objectif officiel ne fait pas mystère : porter la voix d'une filière nationale à Bruxelles, là où se jouent les vraies décisions. La Commission européenne a annoncé en décembre 2025 le programme Battery Booster, doté de 1,8 milliard d'euros de prêts pour accélérer les gigafactories européennes. ACC et Verkor sont éligibles à 500 millions d'euros chacun. Les décisions de la Commission sont attendues d'ici l'été 2026. Sous le capot, c'est de la mécanique politique pure. La France a investi plus de 3 milliards d'euros de soutien public dans la chaîne de valeur batterie depuis 2019, selon Connaissance des Énergies. Sans coordination, chaque acteur partait défendre son dossier seul à Bruxelles. France Batterie change la donne du tout au tout : un guichet unique, un discours commun, un poids agrégé. Pour la Commission, c'est plus simple à instruire. Pour les industriels français, c'est moins de friction. L'autre pression vient de l'Industrial Accelerator Act en préparation au niveau européen. Le texte prévoit d'imposer 70 % de contenu local européen sur les véhicules électriques, avec une exigence batteries fabriquées en Europe ou contenant au moins trois composants européens. Pas anodin : si la règle passe sans aménagement, elle sécurise les volumes des gigafactories européennes contre les cellules chinoises et coréennes. ## Trois piliers, et un objectif chiffré 2030 La feuille de route de France Batterie tient sur trois axes affichés par les fondateurs. D'abord le déploiement des gigafactories, avec un cap industriel clair : 100 à 120 GWh de capacité installée d'ici 2030. Pour donner l'ordre de grandeur, la gigafactory Verkor de Bourbourg, inaugurée le 11 décembre 2025 près de Dunkerque, démarre sur 16 GWh annuels et vise 50 GWh à terme dont 20 GWh réservés à Renault, d'après la Région Hauts-de-France. ACC à Billy-Berclau, AESC à Douai et la future deuxième tranche Verkor doivent fournir le reste. Deuxième axe : sécuriser les matières premières. Lithium, cobalt, nickel, manganèse, graphite. Cinq familles d'intrants dont la dépendance asiatique reste massive aujourd'hui. La joint-venture Orano-XTC New Energy sur les matériaux actifs cathode à Dunkerque incarne cette logique. Faire venir un partenaire chinois pour acquérir la techno, puis pousser la localisation. Troisième axe, et c'est là que [le recyclage batterie devient un game-changer industriel](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres/) : structurer un écosystème durable réparation/seconde vie/recyclage. C'est précisément le rôle de Battri et Orano dans le consortium. La promesse, c'est de boucler la boucle. Les batteries qui sortent d'usine en 2026 reviendront en flux retour à partir de 2034-2038. Si la filière n'a pas anticipé d'ici là, l'Asie captera le marché de la seconde vie comme elle a capté celui de la première. ## Le test : faire tenir un consortium sans chef Ce qui m'intéresse vraiment, c'est la mécanique organisationnelle. Sur le papier, on a un consortium horizontal sans patron désigné. Verkor (Renault-EQT-Macquarie), ACC (Stellantis-Mercedes-TotalEnergies) et AESC (Envision, capital chinois) ne partagent ni actionnariat, ni stratégie commerciale, ni même appétit pour le risque. Chacun joue sa partition. Battri est une startup, Orano est un mastodonte de la chimie nucléaire reconverti vers les matériaux. Faire tenir ces profils dans une seule association, c'est un défi de coordination pure. Le précédent de la Plateforme Automobile française est plutôt rassurant. Stellantis et Renault s'y côtoient depuis quinze ans sans casser le format. Le secret, c'est que l'association ne décide jamais à la place de ses membres : elle porte un discours commun à Bruxelles, négocie des cadres réglementaires, mutualise du lobbying. Pas de directives commerciales descendantes. Les acteurs gardent leur autonomie totale. Honnêtement, je sais pas trop quoi en penser sur un point précis. La gouvernance interne n'a pas été détaillée publiquement au moment du lancement. Qui pilote l'agenda européen ? Qui arbitre quand les intérêts ACC et Verkor divergent sur un dossier matières premières ? Le test viendra dans les six premiers mois, quand il faudra effectivement défendre une position commune sur Battery Booster. [La REP batteries VE 2025](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) avait déjà préfiguré ce besoin de coordination. La filière responsabilité élargie du producteur n'a pas vraiment décollé en 2025, faute d'écoorganismes structurés et de visibilité réglementaire. France Batterie peut résoudre ce blocage : un interlocuteur unique pour le gouvernement français comme pour la Commission. ## Ce que ça change pour les sites industriels Niveau pratique, c'est trois choses concrètes. La première : un canal direct entre les sites de production français et Bruxelles, sans passer par cinq fédérations européennes parallèles. La deuxième : une visibilité accrue pour les fournisseurs locaux qui veulent se positionner sur les pipelines des gigafactories. Composants, équipements, services, ingénierie. La troisième, plus indirecte : un signal politique fort que la France prend au sérieux sa filière batterie après les annonces d'investissements de 2022-2023. Trois ans après la promesse, les usines tournent et l'association arrive. Pour les recycleurs, l'enjeu se précise. [La REP batteries VE 2025 cherche des écoorganismes opérationnels](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) et France Batterie peut servir de catalyseur. Battri et Orano sont à la table dès le départ, ce qui n'était pas le cas dans les versions précédentes des plateformes filières françaises. Le signal compte : recyclage et production sont traités comme un seul système, pas comme deux verticales étanches. L'effet d'aubaine vient aussi du timing. La filière chinoise traverse une phase de consolidation brutale avec la chute de plusieurs acteurs second rang. Les capacités européennes deviennent une alternative crédible pour les constructeurs qui veulent diversifier. La fenêtre est ouverte, à condition de prouver dans les dix-huit prochains mois que les gigafactories tiennent leurs cadences. ## Verdict provisoire France Batterie arrive tard, mais pas trop tard. La structure existe, les acteurs sont alignés sur le constat (sans ça, on perd Bruxelles), et le ministère soutient. Reste à voir si l'association sait défendre une position commune quand les intérêts divergeront, ce qui arrivera mécaniquement. Le premier test grandeur nature : la répartition des 1,8 milliard de Battery Booster cet été. Mon pari, c'est que ça tient deux à trois ans sur le mode "front uni à Bruxelles" puis que les arbitrages internes deviendront publics quand l'Industrial Accelerator Act passera en codécision. Le vrai marqueur de succès ne sera pas le nombre d'adhérents, mais la capacité à arracher une exception française dans un texte européen technique. À vous de juger en 2027. ## Sources - L'Argus, _Voiture électrique. France Batterie réunit les gigafactories de Verkor, ACC et AESC et les recycleurs Battri et Orano_, https://www.largus.fr/pros/actualite-automobile/voiture-electrique-france-batterie-reunit-les-gigafactories-de-verkor-acc-et-aesc-et-les-recycleurs-battri-et-orano-30046090.html - Connaissance des Énergies / AFP, _Création de France Batteries pour porter la voix de la filière française au niveau européen_, https://www.connaissancedesenergies.org/afp/creation-de-france-batteries-pour-porter-la-voix-de-la-filiere-francaise-au-niveau-europeen-260324 - Banque des Territoires, _France Batterie : la filière se regroupe pour peser sur les décisions de Bruxelles_, https://www.banquedesterritoires.fr/france-batterie-la-filiere-se-regroupe-pour-peser-sur-les-decisions-de-bruxelles - Région Hauts-de-France, _Batteries : la gigafactory Verkor est inaugurée !_, https://www.hautsdefrance.fr/batteries-la-gigafactory-verkor-est-inauguree/ - Verkor, _Verkor reaches a decisive milestone and opens its first gigafactory_, https://verkor.com/en/verkor-reaches-a-decisive-milestone-and-opens-its-first-gigafactory/ - Europe 1, _Batteries : Paris fédère sa filière dans France Batterie_, https://www.europe1.fr/economie/batteries-paris-federe-sa-filiere-dans-france-batterie-916690 - Auto Actu, _Batteries : le Gouvernement veut réunir la filière française au sein de France Batterie_, https://www.autoactu.com/actualites/batteries-le-gouvernement-veut-reunir-la-filiere-francaise-au-sein-de-france-batterie --- ## TEOM incitative 2026 : les collectivités qui basculent - URL: https://www.recy.net/teom-incitative-2026-collectivites-bascule-redevance-pesee/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-08T06:00:00.000Z - Categories: dechets La tarification incitative, c'est une mécanique de jeu très simple sur le papier. Tu produis moins, tu paies moins. Sauf que pour la déployer à l'échelle d'une intercommunalité, il faut équiper chaque bac d'une puce RFID, redimensionner les tournées, recoder le logiciel de facturation, former les agents, et accepter trois ans de transition avant le premier vrai bilan. À mi-2026, le compteur tourne à environ 250 collectivités françaises en tarification incitative active, dont 24 en TEOM incitative (TEOMi) selon le dernier état des lieux ADEME, contre 176 en redevance incitative (RI). La trajectoire reste lente, mais elle s'accélère. Pour les responsables collectivités qui pilotent un service de gestion des déchets, le choix entre TEOMi et RI ressemble à un arbitrage de game design. Les deux systèmes répondent au même objectif (réduire les ordures ménagères résiduelles, augmenter le tri), avec des architectures techniques radicalement différentes. La TEOMi conserve la base cadastrale et ajoute une part variable. La RI part de zéro et facture le service comme une eau ou une électricité. Les feedback loops ne sont pas les mêmes, et les résultats non plus. ## Ce que disent les chiffres ADEME Au 1er janvier 2021, dernière statistique consolidée publique, l'ADEME comptait 200 collectivités en tarification incitative, couvrant 6,6 millions d'habitants. Sur ce total, 176 collectivités appliquaient la redevance incitative et 24 la TEOM incitative. La RI couvre 5,2 millions d'habitants, la TEOMi environ 1,4 million. La typologie d'habitat reste majoritairement rurale ou mixte à dominante rurale, même si quelques agglomérations denses et collectivités touristiques ont basculé. Les performances mesurées sur cinq ans donnent un avantage net à la redevance. Les collectivités en RI affichent 34 % d'ordures ménagères résiduelles (OMR) en moins par habitant, contre 16 % en TEOMi. Sur le tri sélectif, la RI génère environ 9 % de tonnages supplémentaires en plus, contre 4 % en TEOMi. Les apports en déchetterie progressent d'environ 15 % sur la moyenne consolidée. Pour les commentateurs ADEME, l'écart vient du signal-prix : en RI, le foyer voit une facture intégralement liée à sa production, alors qu'en TEOMi la part fixe (calculée sur la valeur locative cadastrale) lisse l'effet incitatif. Le rapport de la Cour des comptes du 14 avril 2026 sur la tarification des services publics locaux plaide pour une modulation selon des critères sociaux ou environnementaux. La Cour ne dit pas "passez à la RI demain", mais elle pousse les collectivités à coupler la tarification aux objectifs de réduction des déchets, avec des grilles qui préservent l'investissement. C'est un signal politique clair vers le modèle incitatif. ## Sous le capot : la mécanique TEOMi La TEOMi est un système hybride. La part fixe reste calculée sur la valeur locative cadastrale, comme la TEOM classique. La part incitative est calculée sur la production réelle de déchets du foyer, mesurée au poids du bac ou au nombre de levées. Le cadre réglementaire impose que la part incitative représente entre 10 et 45 % du produit total, avec un plafond de hausse de 10 % la première année pour éviter le choc de facture. Côté équipement, deux variantes coexistent. La pesée embarquée mesure le poids exact du bac à chaque levée, via un dispositif intégré au camion-benne. La levée comptée enregistre simplement le nombre de présentations du bac à la collecte. La pesée donne un signal plus précis, mais coûte plus cher (équipement camion, calibrage, maintenance). La levée comptée est plus simple à déployer mais punit moins les foyers qui sortent un bac à moitié plein. Le pipeline technique d'une TEOMi opérationnelle ressemble à ça : - Identification du bac : puce RFID UHF apposée sur chaque conteneur, liée au compte du foyer. - Lecture à la levée : antenne sur le camion qui enregistre l'identifiant à chaque vidage. - Pesée (optionnelle) : dispositif hydraulique qui mesure le poids brut moins le poids tare du bac. - Transfert des données : envoi en fin de tournée au système d'information du SPED (service public d'élimination des déchets). - Facturation : agrégation annuelle, calcul de la part incitative, intégration au rôle TEOM via le centre des finances publiques. La donnée brute remonte au mois ou au trimestre selon les marchés. Le foyer reçoit une notification annuelle, parfois trimestrielle, qui détaille son volume ou son tonnage. C'est ce signal qui déclenche le changement de comportement. ## Pourquoi la RI marche mieux La redevance incitative court-circuite le cadastre. Au lieu de calculer une part fixe sur la valeur locative, la RI facture le service au coût réel. Une part forfaitaire (couvre les charges fixes du service), une part variable (couvre la production réelle), et un système de facturation directe par le syndicat ou la régie. Le foyer paie une facture détaillée, identifiable, comparable à un abonnement d'eau. Le game design est plus propre. Le signal-prix est visible (pas dilué dans la taxe foncière), la facture est mensuelle ou trimestrielle (pas annuelle), et le foyer peut suivre sa production en quasi-temps réel via un portail dédié. Les collectivités en RI mettent souvent en place un compte personnel en ligne, qui affiche le nombre de levées du mois, le tonnage cumulé, et la projection de facture. Cette boucle de feedback rapide change le comportement plus vite que la consolidation annuelle TEOMi. Le revers, c'est l'investissement initial. Sortir du rôle TEOM pour basculer en RI demande deux ans de transition, un système de facturation autonome, un service de recouvrement, et la gestion des impayés. Beaucoup de collectivités, surtout en zone dense, refusent l'effort pour conserver la simplicité administrative de la TEOM. Le passage en TEOMi est leur compromis : on garde la mécanique fiscale, on ajoute juste une couche incitative. ## Le piège des collectivités qui basculent en 2026 Plusieurs collectivités françaises basculent ou consolident leur dispositif en 2025-2026. Val-de-Garonne Agglomération et Sud Vendée Littoral ont adopté la TEOMi pour leur exercice 2025. D'autres intercommunalités (notamment dans les Hauts-de-France et en Bretagne) finalisent leur cahier des charges pour un démarrage 2026 ou 2027. Sur le terrain, la phase de bascule est rarement smooth. Trois écueils reviennent. D'abord, le calibrage de la part incitative. Une collectivité qui démarre à 10 % envoie un signal trop faible et n'observe pas d'inflexion. Une collectivité qui monte trop vite à 45 % provoque une crise sociale (les foyers les plus pauvres, souvent en logement collectif, subissent l'effet sans pouvoir adapter). Le bon ratio se cale entre 20 et 30 %, avec une montée progressive sur trois ans. Ensuite, la gestion des bacs collectifs. En centre-ville dense, un immeuble partage un bac unique. Comment ventiler la part incitative entre 20 ou 40 foyers ? La solution la plus courante reste la clé de répartition sur la valeur locative (donc retour à la TEOM classique pour ces résidents). C'est un trou dans le système, et il concentre une partie significative des cas urbains. Enfin, les incivilités. La tarification incitative crée mécaniquement une tentation : si je paie au poids, je dépose mes déchets ailleurs. Dans la nature, dans le bac du voisin, dans la corbeille de rue. Une étude ADEME dédiée aux incivilités montre que ces dérives existent mais restent marginales (moins de 3 % des tonnages détournés en moyenne), surtout si la collectivité accompagne la bascule avec une campagne pédagogique et un dispositif de signalement. Sans accompagnement, le taux monte vite. ## Lien avec le reste du système La tarification incitative s'inscrit dans un écosystème réglementaire plus large. Les [obligations biodéchets pour collectivités](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/) imposent désormais un tri à la source pour tous les habitants. Les [contrôles d'accès aux déchèteries par QR code](/decheteries-qr-code-badge-controle-acces-2026-fin-anonymat/) permettent d'identifier précisément le producteur, prérequis technique partageable avec la RI. La dématérialisation des bordereaux via [Trackdéchets au 1er septembre 2026](/trackdechets-obligation-1-septembre-2026-bsdd-dematerialisation-producteurs/) suit la même logique : signer chaque flux à la source, exposer la donnée au contrôle. Pour les collectivités qui hésitent entre TEOMi et RI, ma recommandation côté game design : si vous avez moins de 30 000 habitants et un habitat majoritairement pavillonnaire, lancez-vous en RI directement (le signal-prix est plus efficace, l'investissement se rentabilise sur cinq ans). Si vous êtes une grande agglomération avec un habitat collectif majoritaire, la TEOMi est un point d'entrée plus réaliste. Le pire choix reste de rester en TEOM classique en espérant que les habitants trient mieux. Sans signal-prix, le comportement ne change pas. À vous de jouer. ## Sources - [ADEME, Tarification incitative (page officielle)](https://economie-circulaire.ademe.fr/tarification-incitative) - [ADEME, Bilan des collectivités en tarification incitative (étude)](https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-24522-etude-Ademe-dechets-tarification-incitative.pdf) - [ADEME, TEOM incitative : l'expérience de quatre collectivités pilotes](https://librairie.ademe.fr/dechets-economie-circulaire/2970-teom-incitative-l-experience-de-quatre-collectivites-pilotes.html) - [Cour des comptes, Tarification des services publics locaux (14 avril 2026)](https://www.maire-info.com/d%C3%A9chets/dechets-menagers-l'ademe-plaide-pour-la-tarification-incitative-article-28210) - [ADEME, Tarification incitative et incivilités](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/6774-tarification-incitative-et-incivilites.html) - [Zero Waste France, Moins 30 % d'ordures ménagères avec la tarification incitative](https://www.zerowastefrance.org/reduction-ordures-menageres-tarification-incitative/) --- ## Vinted, Leboncoin et DAC7 2026 : seuils et pièges - URL: https://www.recy.net/vinted-leboncoin-seuils-fiscaux-2026-declaration-plateformes/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-07T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Quand on conçoit un système, on commence par la condition de déclenchement. Pour DAC7, c'est exactement la même logique : il y a un seuil, il y a un trigger, et il y a un état qui change. Sauf qu'ici, le système ne plante pas si vous le franchissez, il vous transmet juste au fisc. Le truc qu'on rate souvent : la transmission de données et la taxation, ce sont deux choses différentes. Le premier est automatique, le second dépend du contexte. Beaucoup de vendeurs confondent les deux et paniquent à 2 001 euros. À tort dans 90 % des cas. ## Le seuil DAC7 : 30 ventes OU 2 000 euros La directive européenne DAC7 oblige depuis 2024 toutes les plateformes (Vinted, Leboncoin, eBay, Rakuten, Etsy) à transmettre les données vendeur à l'administration fiscale française. Le seuil de déclenchement est simple : 30 ventes annuelles ou 2 000 euros de recettes brutes, le premier des deux atteint déclenche la transmission. Notez le OU. Vous pouvez vendre 31 t-shirts à 5 euros pièce (155 euros total, 31 ventes) et passer le filtre. Vous pouvez aussi vendre une seule pièce à 2 100 euros et déclencher la transmission. La plateforme ne décide pas, elle remplit son obligation légale. Le rappel important, pour ne pas se tromper de combat : être transmis n'est pas synonyme d'être taxé. Le fisc reçoit la donnée, la croise avec votre déclaration, et regarde si vous deviez quelque chose. Si vous ne deviez rien, il n'y a rien à payer. ## Ce qui n'est pas taxable : la revente d'effets personnels Voici la règle qui sauve la plupart des particuliers : la vente de biens d'occasion personnels (vêtements portés, livres lus, jouets de vos enfants, mobilier hérité) n'est pas taxable, quel que soit le montant. Vous pouvez vider votre dressing pour 5 000 euros sur Vinted sans devoir un centime d'impôt sur ces sommes, à condition que ce soit du personnel et que vous puissiez le démontrer. C'est une dérogation prévue à l'article 150 UA du Code général des impôts. Elle s'applique aux biens meubles utilisés à titre personnel, vendus de gré à gré, sans intention commerciale. Trois critères : usage personnel, vente occasionnelle, pas d'achat-revente. Sur le terrain, c'est le critère intention commerciale qui pose problème. Si vous achetez 50 sneakers en gros pour les revendre à l'unité, vous êtes en activité commerciale dès le premier euro. Pas de seuil de tolérance, pas d'abattement, vous basculez en BIC ou en micro-entrepreneur. ## Le piège des 5 000 euros par objet Là où ça se corse, c'est sur les objets de valeur. La règle des effets personnels s'applique sauf si un bien individuel dépasse 5 000 euros à la revente. Au-delà de ce seuil, le bien est requalifié en plus-value mobilière et taxé à 36,2 % (19 % impôt + 17,2 % prélèvements sociaux). Ce seuil concerne pièce par pièce, pas le cumul. Vous vendez dix sacs à 500 euros, vous restez dans le personnel. Vous vendez un sac à 5 500 euros, ce sac unique est taxable. Bonne nouvelle, deux exonérations limitent la casse. D'abord l'abattement pour durée de détention : 5 % par an à partir de la troisième année, exonération totale après 22 ans. Ensuite l'exonération si vous prouvez avoir acheté l'objet plus cher que vous le revendez (donc moins-value, pas de gain à taxer). Garder ses factures devient un réflexe utile. Sans preuve d'achat, l'administration peut considérer le prix d'acquisition comme zéro et taxer la totalité de la vente. C'est arrivé, c'est documenté, et la jurisprudence ne pardonne pas l'absence de justificatifs. ## L'autre piège : franchir le seuil de l'activité commerciale Au-delà des seuils DAC7, il y a un autre filtre que personne ne regarde : celui de l'activité commerciale habituelle. La jurisprudence fiscale considère qu'une activité régulière, organisée, avec recherche de profit, est commerciale, même sur Vinted, même avec des effets personnels. Les critères que le fisc regarde : - Volume et régularité des ventes (plusieurs centaines par an) - Stockage et logistique organisée - Communication active (description soignée, photos pro, réponses rapides) - Marges systématiques (achat 10, revente 30) Si vous cochez plusieurs cases, l'administration peut requalifier toute votre activité en commerciale, même rétroactivement. Dans ce cas, micro-BIC obligatoire, seuil 188 700 euros, abattement forfaitaire 71 %, taux marginal d'impôt. La facture est lourde. Pour vous donner un ordre de grandeur, dépasser 100 ventes par an avec des achats-reventes systématiques est un signal fort. Au-delà de 500 ventes, c'est quasi automatique. La règle implicite : Vinted comme dressing, ok. Vinted comme boutique, micro-entreprise obligatoire. ## Calendrier déclaratif 2026 Pour les revenus 2025 (donc les ventes effectuées en 2025), la campagne déclarative s'étale d'avril à juin 2026. Les dates limites varient selon les départements : - Départements 01 à 19 : 21 mai 2026 - Départements 20 à 54 : 28 mai 2026 - Départements 55 à 95 + outre-mer : 4 juin 2026 Si vous avez été notifié par votre plateforme (Vinted envoie un récapitulatif annuel autour de mars), c'est que vous avez franchi le seuil DAC7 sur l'année. La case dédiée existe sur la déclaration 2042 C PRO si l'activité est commerciale. Sinon, rien à reporter pour la simple revente d'effets personnels. Au passage, depuis que la fiscalité déchets 2026 se durcit pour les collectivités (voir [TGAP, Fonds vert et fiscalité déchets 2026](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/)), la seconde main pèse politiquement. L'État pousse la consommation sobre, mais traque les revendeurs déguisés. Ce double signal force les plateformes à durcir leurs propres règles. Honnêtement, sur ce volet de la requalification automatique, j'ai moins de certitudes. Les services fiscaux n'ont pas publié leur grille d'interprétation 2026, et les premiers contrôles montrent une grande disparité régionale. ## Ce que les plateformes communiquent (et ce qu'elles cachent) Vinted, Leboncoin et eBay envoient depuis 2024 un récapitulatif annuel aux vendeurs qui franchissent le seuil DAC7. Ce document liste les ventes, les montants et les frais. Il sert à votre déclaration si nécessaire. Conservez-le. Ce que les plateformes ne disent pas, en revanche : elles ne se positionnent pas sur la qualification fiscale de vos ventes. Ce n'est pas leur rôle. Vous restez seul responsable de la distinction entre revente personnelle et activité commerciale. Quelques pratiques limites circulent dans les groupes Telegram d'acheteurs-revendeurs : multi-comptes au nom de membres de la famille, ventes sous le seuil pour rester sous le radar, déclarations volontairement floues. Spoiler : ça fonctionne tant que le fisc ne croise pas vos comptes bancaires avec les transmissions plateformes. Quand il le fait, c'est rattrapé sur 3 ans avec pénalités. Le coût-bénéfice n'y est pas. L'économie circulaire de seconde main pèse aujourd'hui environ 7 milliards d'euros en France selon l'ADEME. C'est un marché majeur, qui mérite des règles claires. DAC7 en est la première brique européenne. La fiscalité française, elle, n'a pas encore digéré ce changement d'échelle. Le risque pour 2027 : un alignement par le bas, avec moins de tolérance sur les effets personnels. En attendant, la règle de survie tient en trois lignes. Vendez votre dressing librement, gardez vos factures, et si vous achetez pour revendre, déclarez-vous. Le reste est de la zone grise, et la zone grise n'est jamais votre amie face à l'administration. Pour les ressortissants concernés par d'autres plateformes (notamment les coopératives de réparation et les filières [REP emballages](/rep-emballages-professionnels-obligations-2026/)), la même logique s'applique : transmission automatique au-delà du seuil, requalification possible en activité. À vous de jouer, mais jouez carte sur table. ## Sources - Service Public, Faut-il déclarer les revenus d'une activité accessoire ? [https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31725](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31725) - DGFiP, DAC7 obligations plateformes 2024-2026 [https://www.impots.gouv.fr/professionnel/economie-collaborative](https://www.impots.gouv.fr/professionnel/economie-collaborative) - France Info, Vinted Leboncoin Airbnb déclarer impôts 2026 [https://www.franceinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-budget/vinted-leboncoin-airbnb-ce-qu-il-faut-imperativement-declarer-aux-impots-en-2026_7947350.html](https://www.franceinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-budget/vinted-leboncoin-airbnb-ce-qu-il-faut-imperativement-declarer-aux-impots-en-2026_7947350.html) - VendyStudio, Impôts Vinted 2026 guide DAC7 [https://www.vendystudio.fr/blog/vinted-impots-dac7-declaration-2026](https://www.vendystudio.fr/blog/vinted-impots-dac7-declaration-2026) - Article 150 UA du Code général des impôts [https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033817750](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033817750) - ADEME, Économie circulaire et seconde main en France [https://www.ademe.fr/](https://www.ademe.fr/) --- ## Trackdéchets 1er septembre 2026 : fin du BSDD papier - URL: https://www.recy.net/trackdechets-obligation-1-septembre-2026-bsdd-dematerialisation-producteurs/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-06T06:00:00 - Categories: dechets Le BSDD papier a longtemps fonctionné comme un easy mode pour les petits producteurs de déchets dangereux. Tu produis moins de 2 tonnes par an, tu remplis un formulaire imprimé en quadruple exemplaire, tu signes en bas, et l'inspection des installations classées te laisse tranquille. Ce mode de jeu ferme le 1er septembre 2026. À cette date, l'usage de la plateforme Trackdéchets devient obligatoire pour tous les producteurs de déchets dangereux, sans exception ni seuil. Le formulaire papier disparaît du circuit administratif. Pour les développeurs et les responsables QSE qui suivent les filières, c'est un changement de pipeline complet. On passe d'un workflow papier-signature-archivage à une API REST avec authentification SIRET, signatures électroniques chaînées et registre national centralisé. La mécanique est posée depuis le décret 2021-321 du 25 mars 2021 et les arrêtés du 21 décembre 2021. Ce qui change le 1er septembre 2026, c'est l'élargissement total du périmètre : la tolérance pour les petits gisements saute. ## Ce qui bascule au 1er septembre 2026 Avant la bascule, la règle se lisait simplement. Producteur dont la quantité annuelle de déchets dangereux dépassait 2 tonnes : obligation Trackdéchets depuis le 1er janvier 2022. Producteur sous le seuil de 2 tonnes : tolérance d'usage du BSD papier sous format Cerfa 12571\*01. À partir du 1er septembre 2026, ce seuil saute. Tous les producteurs, indépendamment du tonnage, doivent émettre leurs BSDD via la plateforme étatique. Côté process, ça change la séquence concrète d'une collecte. Au lieu de cocher des cases sur un formulaire imprimé et de glisser un exemplaire dans le carton du transporteur, le producteur se connecte à `trackdechets.beta.gouv.fr` ou à un logiciel métier connecté à l'API, crée le BSDD numérique, le signe électroniquement, et le transmet au transporteur. Celui-ci signe à son tour à la collecte, puis l'installation de traitement valide la réception. Le bordereau passe par cinq états successifs avec une signature à chaque transition. Côté inspection, le contrôle change aussi de nature. Un agent de la DREAL qui se présente sur site n'a plus besoin de fouiller un classeur. Il interroge la base nationale, retrouve le SIRET de l'installation, et liste les BSDD émis ou reçus sur la période. La traçabilité n'est plus déclarative, elle est interrogeable en temps réel. ## Ce que le passage en numérique implique côté process Sous le capot, Trackdéchets fonctionne comme un système d'événements signés. Chaque bordereau a un cycle de vie avec des transitions verrouillées par signature. Pour qu'un BSDD soit valide, il faut : - Création : le producteur saisit code déchet (entrée 17.06\*, 14.06\*, etc.), quantité estimée, transporteur destinataire avec son SIRET, installation de traitement avec son arrêté préfectoral. - Signature producteur : authentification par compte SIRET puis validation. Le bordereau passe à l'état `SENT`. - Signature transporteur à la collecte : le chauffeur scanne ou ouvre le bordereau sur l'application mobile, signe à la prise en charge. État `TAKEN_OVER`. - Signature destinataire à la réception : pesée et acceptation du tonnage réel, signature. État `RECEIVED`. - Signature traitement : le destinataire confirme le traitement effectué (opération R ou D du code de l'environnement). État `PROCESSED`. Si une signature manque ou si une étape déclenche un refus, le système le note. Un BSDD refusé reste tracé. Un producteur qui voudrait masquer une rupture de filière n'a plus l'option du document perdu. La FAQ Trackdéchets précise que les bordereaux PDF imprimables existent encore, mais pour des cas marginaux : zones blanches sans connexion, mode dégradé d'urgence. Ce n'est plus le mode opératoire courant. Côté API, le système expose une OAuth2 et une documentation REST exploitable. Beaucoup de logiciels métier QSE et de transport ont déjà fait leur intégration ; ceux qui ne l'ont pas faite vont devoir s'y mettre. ## Le piège des petits producteurs Le sujet n'est pas la dématérialisation en soi. La dématérialisation est cadrée depuis 2022. Le vrai sujet, c'est l'extension à des profils qui n'ont jamais ouvert un compte Trackdéchets. Trois cas typiques se profilent. D'abord, **les artisans en activité fluide**. Un peintre qui jette 200 litres de solvants par an, un garagiste qui collecte des huiles usagées, un électricien qui sort quelques kilos de batteries. Tous sous le seuil de 2 tonnes annuel, tous au papier jusqu'ici. Le 1er septembre, ils basculent. La création de compte exige un SIRET, une adresse mail, un administrateur déclaré. Pour beaucoup, c'est une démarche nouvelle. La FAQ Trackdéchets indique que la plateforme est gratuite, mais l'inscription demande du temps et un minimum d'aisance numérique. Ensuite, **les producteurs occasionnels**. Une PME qui détruit une fois par an son stock d'archives papier classées sensibles. Un laboratoire scolaire qui élimine ses produits chimiques périmés. Une cuisine collective qui sort ses huiles usagées. Le tonnage est faible, l'occurrence est rare, mais le BSDD reste obligatoire. Ces profils oublient souvent le compte créé en panique en septembre 2026 ; au prochain enlèvement, il faut tout rejouer. Enfin, **les gestionnaires de copropriété et les bailleurs sociaux**. Un syndic qui organise une collecte de déchets dangereux des occupants (peintures, solvants, ampoules) devient producteur au sens administratif. Le BSDD est à émettre pour chaque enlèvement. Le syndic qui sous-traite à un opérateur doit s'assurer que la chaîne est complète et signée. Pour ces profils, je recommande d'ouvrir le compte Trackdéchets en juillet 2026 au plus tard, de valider une première fois à blanc avec un transporteur partenaire, et de stabiliser le workflow avant la bascule. Si la première vraie collecte du 1er septembre tombe sur un compte non validé, le transporteur peut refuser la prise en charge. C'est la sanction silencieuse, celle qui ne se voit pas dans les textes mais qui s'applique sur le terrain. ## Articulation avec les autres filières de traçabilité Trackdéchets ne couvre pas seulement les BSDD au sens strict. La plateforme gère aussi les bordereaux spécifiques d'autres filières : BSDA pour l'amiante (depuis 2022), BSFF pour les fluides frigorigènes, BSDASRI pour les déchets d'activités de soins à risques infectieux, BSVHU pour les véhicules hors d'usage. Chaque type de bordereau a son schéma de données et son cycle de vie propres, mais le moteur est commun. Le sujet s'inscrit dans un mouvement plus large de traçabilité numérique. La mécanique fait écho à [DIWASS pour les transferts transfrontaliers](/diwass-tracabilite-numerique-dechets-transfrontaliers-2026/), au [passeport batterie côté véhicules électriques](/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026/) et aux [contrôles biodéchets sur collectivités lancés en 2026](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/). Plusieurs systèmes distincts qui partagent une même logique : signer chaque flux à la source, chaîner les signatures, exposer la donnée à l'inspection. Le BSDD est juste la brique la plus ancienne et la plus mature de cet ensemble. Côté filières connexes, la traçabilité s'étend aussi aux déchets non dangereux par voie d'option, et au registre national des déchets, terres excavées et sédiments (RNDTS) déjà actif. Le tableau n'est pas complet, mais il converge. À horizon 2028-2030, la plupart des flux déchets de plus de quelques kilos seront tracés numériquement. ## Ce qu'il faut faire avant septembre Je sais pas trop si la communication officielle va suffire à embarquer tous les producteurs concernés. L'expérience des biodéchets en 2024 a montré qu'une obligation nationale, même très médiatisée, laisse une part importante des assujettis en retard. Voici le pipeline minimum que je conseille pour ne pas se faire surprendre : 1. **Vérifier le statut producteur**. Si tu émets des déchets relevant des codes 17, 14, 18, 19, 20 (annexe II du code de l'environnement) avec une étoile (\*) indiquant le caractère dangereux, tu es concerné. 2. **Ouvrir le compte Trackdéchets**. Inscription via SIRET sur `trackdechets.beta.gouv.fr`. Création d'un compte administrateur, validation de l'établissement. 3. **Désigner les comptes utilisateurs**. Un administrateur, plusieurs signataires. Définir qui signe quoi côté producteur. 4. **Aligner avec ton transporteur**. Vérifier que le transporteur a aussi son compte. Si non, lui demander de s'inscrire (sinon, c'est blocage le jour J). 5. **Aligner avec l'installation de traitement**. Pareil. La chaîne doit être complète sur les trois maillons. 6. **Faire un test à blanc**. Émettre un BSDD fictif ou réel avec un transporteur partenaire, valider tout le cycle. Identifier les blocages techniques. 7. **Documenter le process en interne**. Qui crée le BSDD ? Qui signe ? Où on archive l'export pour la déclaration annuelle ? Pour les structures sous-traitant la gestion à un prestataire, vérifier que ce dernier émet bien le BSDD au nom du producteur initial. La sous-traitance ne dispense pas le producteur de la signature numérique sur son compte. ## Le verdict côté terrain Le passage au tout numérique a ses vertus. Une base nationale exploitable, une réduction des erreurs de saisie, des contrôles plus rapides, une visibilité sur les ruptures de filière. La donnée existe enfin de manière exploitable, et c'est ce qui manquait pour piloter sérieusement la politique nationale des déchets dangereux. Il reste qu'on demande à des dizaines de milliers de petits producteurs de devenir des utilisateurs courants d'une plateforme administrative en ligne. Le frottement est réel. Beaucoup vont passer en septembre sans avoir préparé leur compte, et c'est le transporteur ou le destinataire qui va leur expliquer, parfois en refusant l'enlèvement, parfois en émettant un BSDD à leur place sous un compte de courtoisie qui complique ensuite la traçabilité. À vous d'ouvrir le compte avant l'été. Le 1er septembre tombe en pleine reprise post-vacances, et la file des inscriptions tardives risque d'être longue. ## Sources - [Traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/tracabilite-dechets-terres-excavees-sediments) - [Trackdéchets - Plateforme officielle](https://trackdechets.beta.gouv.fr/) - [Foire aux questions Trackdéchets - BSDD](https://faq.trackdechets.fr/dechets-dangereux-classiques/informations-generales/cycle-de-vie-du-bsd/ledition-du-bsd-sur-trackdechets) - [TrackDéchets 2026 obligations et conseils - Sinari](https://www.sinari.com/blog/reglementation-trackdechets) - [Décret n° 2021-321 du 25 mars 2021 - Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043287834) - [Trackdéchets pour les producteurs de déchets dangereux - CAPEB](https://www.capeb.fr/actualites/trackdechets-un-nouvel-outil-obligatoire-pour-les-producteurs-de-dechets-dangereux-amiante-fluides-frigorigenes...) --- ## Déchèteries QR code 2026 : 36 passages et fin anonymat - URL: https://www.recy.net/decheteries-qr-code-badge-controle-acces-2026-fin-anonymat/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-05T06:00:00 - Categories: dechets Depuis le 2 janvier 2026, dans le Gard rhodanien, on ne passe plus l'angle de la guérite en lâchant un bonjour au gardien. Il faut sortir son téléphone, présenter un QR code, ou poser un badge sur le lecteur. Pareil à Caen la mer depuis quelques mois. Saint-Victor-la-Coste, Saint-Laurent-des-Arbres, Le Pin et toutes les communes du périmètre ont basculé en même temps. C'est la fin d'une époque, et celle-ci se présente sans tambour. Pas de loi nationale, pas de décret ministériel. Juste des EPCI qui décident, chacun dans son coin, que la déchèterie publique mérite un compteur. Je suis le sujet de la traçabilité des flux déchets depuis un moment. [Le passeport batterie côté véhicules électriques](/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026/) et [Trackdéchets pour les pros](/diwass-tracabilite-numerique-dechets-transfrontaliers-2026/) ont déjà été traités ici. Le contrôle d'accès en déchèterie joue dans la même cour : la fin du tout-anonyme. Sauf que là, c'est le particulier qui rentre dans le scanner. Démontons la mécanique, sans angle marketing institutionnel. ## Ce qui change concrètement au 2 janvier 2026 Le décor : la Communauté d'agglomération du Gard rhodanien (44 communes, environ 75 000 habitants) a généralisé l'accès par QR code personnel ou badge physique à compter du 2 janvier 2026. Le QR code se récupère sur la plateforme `gardrhodanien.webusager.fr`, à laquelle on se connecte avec les références de sa facture de redevance incitative. Le badge, lui, se demande en mairie ou via le même portail. Une fois en poche, on présente son QR ou son badge à l'entrée de la déchèterie. Si le système valide, la barrière se lève. Le forfait est cadré comme suit, et ce sont les chiffres qui comptent : - **36 passages par an** maximum - **3 dépôts par jour** maximum - **2 m³ par visite** maximum Trente-six passages, c'est trois par mois. Pour un foyer qui rénove sa maison sur un trimestre, ça part vite. Pour un retraité qui jardine et qui dépose ses tontes hebdomadaires d'avril à octobre, c'est tendu. Pour un artisan qui essaie de glisser ses déchets dans le circuit communal, c'est conçu exprès pour le repérer. L'agglomération a précisé que **toute l'année 2026 reste une phase d'expérimentation**. Aucun blocage automatique en cas de dépassement. Les usagers sans QR ni badge peuvent encore accéder avec leur ancienne carte ou un justificatif de domicile. Le compteur tourne, mais ne tape pas encore. C'est en 2027 que la mécanique deviendra contraignante. ## Pourquoi maintenant : trois moteurs convergents Le discours officiel est calibré. Le président du Gard rhodanien parle de « mieux réguler les flux, lutter contre les dépôts abusifs, suivre les visites de manière précise, tout en maintenant un service simple et gratuit ». Il insiste : « pas un outil de contrôle punitif mais un levier d'optimisation du service public ». Bien. Ce qu'il ne dit pas, c'est ce que la mesure résout vraiment. Premier moteur : le coût. Les déchèteries coûtent cher. Une benne, c'est 800 à 1 500 euros à vider, plus le transport, plus la valorisation ou l'élimination en aval. Quand un artisan d'une commune voisine vient déverser ses gravats parce que la sienne facture la dépose, l'EPCI hôte paie pour quelqu'un qui n'est pas son administré. Sans contrôle d'accès, c'est invisible. Avec un QR code nominatif, on tient le fil. Deuxième moteur : la conformité à la TGAP et aux objectifs de l'AGEC. La taxe générale sur les activités polluantes monte chaque année sur les flux non valorisés. L'EPCI qui veut réduire sa facture doit prouver qu'il oriente ses tonnages vers les bonnes filières. Tracer chaque passage, c'est aussi tracer chaque flux et chaque catégorie d'apport. Ça nourrit le rapport annuel SINOE. Troisième moteur : la redevance incitative. Le Gard rhodanien la facture déjà sur les ordures ménagères. Le passage en déchèterie devient le prolongement logique. Demain, un usager qui dépasse les 36 passages pourra être facturé au passage supplémentaire. C'est l'angle anti-abus, mais c'est surtout l'angle « on monétise tout ce qui se laisse compter ». ## Caen la mer, l'autre modèle : plaque d'immatriculation À 700 kilomètres au nord, Caen la mer applique une mécanique parallèle, avec une variante intéressante. L'accès se fait par QR code, OU par lecture automatique de plaque d'immatriculation. Le véhicule entre, une caméra lit la plaque, le système vérifie si elle est enregistrée. Une période transitoire permet l'accès avec justificatif de domicile et pièce d'identité jusqu'au 31 août 2026. L'avantage de la plaque : on évite l'oubli de QR ou de badge. Le défaut : il faut être dans le véhicule enregistré. Un papa qui prête sa voiture à sa fille pour qu'elle aille déposer ses cartons de déménagement se retrouve bloqué. Et les couples avec deux véhicules doivent enregistrer les deux. Cela pose aussi une question RGPD : la plaque est une donnée à caractère personnel. Caen la mer a déclaré son traitement à la CNIL en amont. Sans cette déclaration, le système serait illégal. Le modèle plaque convient bien aux territoires urbains avec parkings d'entrée. Le modèle QR convient aux territoires ruraux où les usagers viennent à pied, en VAE ou en remorque agricole. Le Gard rhodanien a tranché pour le QR/badge. Caen pour la double option. Ce sont deux philosophies d'acceptabilité sociale. ## Le piège des 36 passages : qui se fait attraper Les chiffres ont une logique simple, mais leur application va serrer certains profils. Décomposition rapide : - Foyer qui rénove : 3 passages par mois deviennent vite 8 en juin quand on vide la cave. À 36 passages annuels, on dépasse au troisième chantier. Solution : groupes les dépôts, fais venir une benne professionnelle si tu fais gros. - Habitat individuel avec jardin : tontes du printemps, élagages d'automne, feuilles mortes. À deux passages par semaine d'avril à octobre, on flirte avec les 50 passages. Solution : compostage à domicile, plateformes de broyage groupé. - Artisan « masqué » qui se sert de la déchèterie publique : le système est conçu pour le voir. Sa plaque ou son QR vont sortir des seuils en quelques mois. Solution : éco-organisme professionnel comme Valdélia, Valobat, Ecologic selon la filière. Pour qui veut maîtriser ses passages, je renvoie vers [les meilleures applis de tri 2026](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026/), la moitié de la solution passe par mieux trier en amont. Ensuite, beaucoup de communes proposent encore des composteurs gratuits ou subventionnés. Demande en mairie avant de te retrouver à empiler des sacs verts sur la banquette arrière. ## Les angles morts du dispositif Tout n'est pas blanc. Quatre points qui posent question, et que les services communication ne mettent pas en avant. D'abord, **la fracture numérique**. Récupérer son QR code suppose un compte en ligne, une connexion, et la facture de redevance sous la main. Les agglomérations parient sur l'agent en place pour aider, mais c'est une charge nouvelle pour les gardiens, et ça augmente le temps d'attente à l'entrée les samedis matin. Ensuite, **la RGPD**. Chaque passage est enregistré, daté, géolocalisé. Quel délai de conservation ? Qui accède aux données ? Le règlement européen exige une finalité claire et une durée bornée. Sur les déchèteries de Caen, la durée est fixée à six mois pour les contrôles. Le Gard rhodanien ne l'a pas encore publiquement précisé, ce qui devrait être corrigé avant la sortie de la phase expérimentale. Troisième angle, **les dépôts sauvages**. Logique : si l'accès devient compliqué ou contraint, certains usagers vont décharger en pleine nature. C'est arrivé en Auvergne-Rhône-Alpes quand le système est entré en vigueur sur des EPCI pionniers. La courbe a fini par redescendre, mais le pic des six premiers mois fait mal. Les agglomérations doivent prévoir un budget de ramassage renforcé. Dernier angle, **les artisans honnêtes qui n'ont pas accès aux pros**. Tous les corps de métier n'ont pas un éco-organisme dédié pratique. Le maçon qui a deux palettes de gravats sur un chantier de particulier se retrouve sur la déchèterie publique parce que c'est la seule option à 30 kilomètres à la ronde. Le système doit prévoir un sas spécifique, sinon il transforme des artisans légitimes en fraudeurs administratifs. ## Ce qui vient après : la nationalisation rampante Le Gard rhodanien et Caen la mer ne sont pas des cas isolés. La même mécanique se déploie sur d'autres EPCI en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bretagne, en Pays de la Loire. Pas de directive nationale. Une convergence portée par les éco-organismes, par AMORCE, par le retour d'expérience de ceux qui se sont lancés en premier. D'ici 2028, on peut raisonnablement parier que la moitié des EPCI français auront basculé. Pas par alignement idéologique, mais par contrainte budgétaire. Quand la TGAP grimpe et que le tonnage non valorisé devient un boulet, le contrôle d'accès cesse d'être une option. Il devient un outil de gestion. Pour la suite, il faut surveiller deux choses. Premièrement, l'apparition d'un seuil national harmonisé : 36 passages pour le Gard, combien pour les autres ? Sans cadre commun, on aura 1 200 forfaits différents en France, ingérable pour quiconque déménage. Deuxièmement, la facturation au passage. Personne ne l'a annoncée publiquement, mais elle est implicite dans la mécanique. Le compteur ne tourne pas pour rien. ## Conclusion : la fin d'une économie du clandestin L'arrivée du QR code en déchèterie marque la fin d'une économie discrète. Celle où chacun déposait ce qu'il voulait, quand il voulait, où il voulait. Celle où le gardien faisait son tri à l'œil. Celle où les flux échappaient à la mesure. À partir de 2026, chaque dépôt est un enregistrement, chaque visite un événement traçable. Le service public n'a pas changé de nature : il reste gratuit, ouvert, accessible. Il a changé de logique. On est passé de la confiance présumée à la mesure systématique. Pour les usagers, c'est une page qui se tourne. Trois questions à se poser maintenant : as-tu créé ton compte sur le portail de ton EPCI ? Ton foyer va-t-il tenir dans les 36 passages annuels ? Et si la réponse est non, par où tu commences pour réduire le flux à la source ? ## Sources - [Le Gard rhodanien généralise l'accès aux déchetteries par QR code ou badge - TV Sud Magazine](https://tvsudmagazine.fr/2025/12/le-gard-rhodanien-generalise-lacces-aux-decheteries-par-qr-code-ou-badge/) - [GARD : ce qui change dans les déchetteries à partir du 2 janvier 2026 - Objectif Gard](https://www.objectifgard.com/actualites/gard-ce-qui-change-dans-les-dechetteries-a-partir-du-2-janvier-2026-157503.php) - [Contrôle d'accès en déchetterie - Saint-Victor-la-Coste](https://www.saintvictorlacoste.com/controle-dacces-en-dechetterie/) - [Les conditions d'accès pour les habitants - Caen la mer](https://caenlamer.fr/conditions-acces-decheteries-habitants) - [Déchetterie - Agglomération du Gard rhodanien](https://www.gardrhodanien.fr/environnement-et-dechets/dechetterie/) - [L'accès aux déchetteries évolue - Saint Laurent des Arbres](https://mairie-stlaurentdesarbres.fr/actualites/acces-dechetteries-evolue/) --- ## Loi AGEC, 5 ans après : le rapport du Sénat tranche - URL: https://www.recy.net/bilan-loi-agec-cinq-ans-senat-rapport-2026-redonner-confiance/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-06-04T06:00:00.000Z - Updated: 2026-06-04T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Cinq ans après la promulgation de la loi AGEC, le Sénat publie un rapport unanime sur son application. Verdict en une ligne : les décrets sont publiés, les objectifs ne sont pas atteints. C'est exactement la même mécanique qu'un jeu sorti à temps mais cassé au lancement, où tout le pipeline d'expédition tourne pendant que le système de jeu lui-même refuse de se boucler. Le rapport s'appelle "La loi AGEC cinq ans après : redonner confiance en l'économie circulaire", numéro 786, session ordinaire 2024-2025. Adopté à l'unanimité le 25 juin 2025 par la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable. Rapporteurs : Marta de Cidrac (LR) et Jacques Fernique (écologiste). Quand une commission mixte signe à l'unanimité un bilan critique, c'est qu'il y a quelque chose de structurellement cassé sous le capot. Sur les 81 objectifs fixés par la loi de 130 articles, une majorité reste hors d'atteinte selon le rapport. Pas la moitié, pas un tiers : une majorité. C'est le découplage central qui intéresse le game designer en moi : on a empilé les règles sans vérifier que les boucles de feedback fonctionnaient. ## Le bug de base : décrets publiés ne veut pas dire objectifs atteints Premier piège que j'ai vu beaucoup d'analystes faire avant moi : confondre les deux métriques. Pas pareil du tout. D'un côté, le tableau de bord côté production réglementaire : à mi-2023, plus de 95 % des décrets d'application de la loi AGEC étaient publiés selon la littérature spécialisée. Bon score d'exécution administrative. La machine produit du droit positif à la cadence prévue. C'est mesurable, c'est binaire (publié / non publié), c'est valorisant à reporter. De l'autre, le tableau de bord côté résultat sur le terrain : sur les 81 objectifs chiffrés que la loi se donnait, le rapport sénatorial r24-786 constate qu'une majorité reste hors d'atteinte. Le rapport parallèle de l'Assemblée nationale (n° 2696, publié le 29 mai 2024, rapporteurs Véronique Riotton et Stéphane Delautrette) avait déjà pointé les mêmes lacunes. C'est exactement le pattern "feature ships, content doesn't". Le déploiement technique se passe, mais le joueur n'arrive pas à finir le niveau parce que la mécanique de fond a été calibrée sur du papier, pas sur du playtest. La loi AGEC est un pipeline réglementaire complet qui tourne dans le vide. Et la statistique qui rend le coût de l'échec lisible pour un non-expert tient en une phrase. La France paie 1,5 milliard d'euros de taxe plastique à l'Union européenne en 2023, sur la base de 800 euros par tonne d'emballages plastiques non recyclés. Le fonds économie circulaire abondé par la même loi pour financer la transition pèse 300 millions d'euros en 2024. Faites le calcul : la pénalité annuelle vaut cinq fois le fonds. On paie plus cher l'échec qu'on ne finance la réussite. Aucun game designer sérieux ne laisse ce ratio en prod. ## Niveau 1 : la REP textile, ou l'exploit du conflit d'intérêts Trois filières REP servent de cas d'école dans le rapport. Je les prends comme trois niveaux de difficulté croissante, parce qu'elles révèlent trois variantes du même problème de game design. La filière Textiles d'Habillement, Linge de maison et Chaussures (REP TLC), c'est le niveau où les règles sont en place mais où les joueurs ont trouvé l'exploit. En 2024, 289 393 tonnes de textiles ont été collectées en France selon Refashion, soit un taux de collecte de 36,5 %. Quasi-stagnation par rapport aux 36,4 % de 2023. L'objectif de 60 % de collecte en 2028 est dans la même catégorie que les boss qu'on annonce pour un patch qui ne sortira jamais. Côté recyclage effectif, c'est pire. Zero Waste France relève 34,4 % de recyclage réalisé contre 70 % requis par les objectifs. Les réserves financières de l'éco-organisme Refashion dépassent 160 millions d'euros fin 2024 pendant que les centres de tri et les opérateurs de l'économie sociale et solidaire (Le Relais, Emmaüs, Croix-Rouge) saturent depuis fin 2024. Vous avez bien lu : il y a 160 millions de cash qui dort pendant que les acteurs terrain craquent. Comme je l'écrivais sur la [crise Refashion et la réforme de la REP textile pour 2026](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/), le problème n'est pas un manque de moyens, c'est un défaut d'allocation. Le contexte ne ment pas : 3,5 milliards de pièces neuves vendues en 2024, soit 891 310 tonnes mises sur le marché par l'industrie. La REP était conçue avant la rupture ultra-fast fashion. La mécanique de jeu a été pensée pour Zara, elle subit Shein. C'est un problème de scope mal estimé au moment de la conception du système. ## Niveau 2 : la REP PMCB, ou le système qui n'a jamais été testé en playtest La REP Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment, lancée en 2023, c'est le niveau où le système marche pour une mécanique (celle qui fonctionnait déjà avant) et casse complètement sur les autres. En 2024, 9,8 millions de tonnes de déchets inertes ont été collectés, avec un taux de recyclage de 92 % très au-dessus de l'objectif initial de 35 %. Magnifique sur le papier. Sauf que les inertes (béton broyé, terres excavées) étaient déjà recyclés massivement avant la REP : la filière concassage existait, le marché des granulats recyclés tournait. La REP n'a pas créé la mécanique, elle l'a juste enrobée d'écocontributions. Le vrai test, c'est sur le plastique et le bois de chantier, où il fallait construire la boucle de feedback à partir de zéro. Là, c'est en dessous des objectifs. Et sur le terrain, les artisans se retrouvent à devoir gérer jusqu'à trois points de collecte distincts pour des bennes mixtes, avec un coût de transport souvent supérieur à un enlèvement privé classique. L'écocontribution Valobat a bondi de 213 % en mai 2024 par rapport à 2023. Le ministère de la Transition écologique a annoncé une restructuration le 19 février 2025. Une mission parlementaire a été lancée le 3 mars 2026 pour réexaminer le rôle des éco-organismes PMCB. Quand on relance la conception après quinze mois de production, c'est qu'on n'a pas fait le playtest. J'ai discuté l'an dernier avec un dev qui bossait sur un éditeur de niveaux pour un city builder : il m'expliquait que leur erreur initiale, c'était d'avoir laissé partir la version 1.0 sans avoir testé les enchaînements de tuiles voisines. Ils corrigeaient encore les artéfacts deux ans après. Sur l'AGEC, c'est exactement ça : on n'a pas testé l'enchaînement artisan / déchèterie / éco-organisme. Maintenant on patche en live. ## Niveau 3 : la consigne, ou le respawn forcé Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Gommes à mâcher : la REP fantôme que le Sénat veut effacer](/ademe-gommes-macher-rep-enterre-prevention-priorite-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP jouets Ecomaison : bilan 6 mois après la Collecte](/ecomaison-rep-jouets-bilan-6-mois-extension-agrement-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Fukushima : 2 ans de rejets ALPS, bilan technique](/depollution-tritium-eau-fukushima-2026-bilan-2-ans-rejets). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [LMC Eurocold agréé système individuel DEEE froid pro](/deee-equipement-thermique-cat1-lmc-eurocold-systeme-individuel-mai-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cyclamed : le « 77 % record » qui cache une baisse](/cyclamed-medicaments-collecte-bilan-2025). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Assises Nationales des Déchets : Nantes 30 sept 1er oct](/assises-nationales-dechets-nantes-30-septembre-1er-octobre-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Aliapur publie son bilan 2025 pneus usagés en juin 2026](/aliapur-bilan-2025-pneus-usages-publication-rapport-juin-2026). La consigne, c'est le niveau qui a été pur-and-simply retiré du jeu en 2023, puis remis en test sur une autre map en 2025. Honnêtement, sur ce point j'hésite encore à dire si c'est un échec ou un pivot intelligent. La [consigne plastique pour recyclage des bouteilles a été abandonnée en septembre 2023](/consigne-bouteilles-plastique-bilan-plan-2025-2030-trajectoire-90-pourcent/) par le gouvernement, après deux ans de débats. Trop chère, trop conflictuelle avec les collectivités qui voyaient une partie de leurs flux de tri partir hors de leur périmètre. Le mécanisme prévu par la loi : annulé. Puis le 12 juin 2025, une expérimentation de consigne verre a été lancée dans quatre régions (Bretagne, Hauts-de-France, Normandie, Pays-de-la-Loire), sur 18 mois, concernant 16 millions d'habitants et pilotée par Citeo. Le [retour d'expérience sur la consigne verre Citeo en restauration](/consigne-verre-citeo-restauration-bilan-mai-2026/) commence tout juste à donner ses premiers chiffres. C'est le pattern "on bascule la mécanique sur un autre matériau pour voir si l'incentive design fonctionne mieux". Plus modeste, plus testable. Mais le gros vide central de la loi (le plastique) reste sans réponse opérationnelle. ## Sous le capot : les chiffres qui font mal Pour bien voir l'écart entre les règles et la réalité, le rapport et les sources convergentes alignent une série de constats que je résume sans fioritures. - Emballages plastiques ménagers recyclés en 2023 : 27 %. Objectif AGEC : 100 % en 2025. Cible totalement ratée. - Emballages ménagers réemployables : 1 % du marché. Objectif AGEC pour 2023 : 5 %. - Recyclage plastique global France 2022 : 25,2 %. Allemagne au même horizon : plus de 50 %. - Emballages plastiques mis sur le marché : +3,3 % entre 2018 et 2021. Objectif AGEC : moins 20 % en 2025. - Déchets en décharge : moins 29 % entre 2010 et 2023. Objectif AGEC : moins 10 % d'ici 2035. C'est le seul objectif structurel largement dépassé. Côté collectivités, AMORCE a chiffré l'addition à plus de 15 % de hausse des coûts de gestion des déchets, soit environ 1,5 milliard d'euros de surcoût pour les collectivités locales depuis l'entrée en vigueur. Le rapport parallèle r25-011 de la commission des finances du Sénat, publié le 8 octobre 2025 (à ne pas confondre avec le r24-786), va plus loin : 40 % du gisement soumis à REP échappait encore à la collecte en 2023, soit 6,6 millions de tonnes qui ne rentrent dans aucune filière. Sur 8 filières REP avec objectif de collecte, 3 seulement atteignent leur cible. Sur 5 filières avec objectif de recyclage, 2. Les écocontributions REP, elles, suivent une trajectoire inverse au taux de réussite : 2,3 milliards d'euros en 2024, projection à 8 milliards d'euros en 2029. On collecte de plus en plus d'argent dans le système pendant que la performance n'avance pas. Pour reprendre une analogie de pricing free-to-play, c'est un peu comme augmenter le coût du battle pass sans corriger les bugs qui empêchent de finir les missions. Il y a quand même un bug-feature qui marche : le bonus réparation. 715 227 réparations financées en 2024 contre 181 000 en 2023, 24,3 millions d'euros alloués contre 4 millions d'euros un an plus tôt. C'est un quasi-x4. Sauf que sur 154 millions d'euros budgétés, 18 % seulement ont été dépensés. La rampe d'adoption monte, mais le scope budgétaire dépasse encore largement l'usage réel. ## Ce que ça dit sur la conception du système Le rapport sénatorial fait 8 blocs de propositions. Sans entrer dans chacune, le pattern qui revient est clair : recentrer le système sur le principe pollueur-payeur effectif, mieux articuler les éco-organismes avec les collectivités locales, simplifier la mécanique pour les acteurs terrain (artisans, ESS), conditionner les écocontributions à la performance réelle. Bref, refactoriser. Pour le game designer dans la salle, ça veut dire ceci. La loi AGEC est un système avec trop d'incentives mal alignés. Les éco-organismes ont intérêt à thésauriser pour amortir les charges futures, les industriels à minimiser leurs contributions, les collectivités à externaliser, et au milieu personne n'a vraiment intérêt à dépasser les objectifs. Quand toutes les motivations individuelles convergent vers le minimum syndical, le système se stabilise en dessous de sa cible. Pas de bug, c'est une feature de la mécanique. L'autre enseignement, plus technique : un système qui mesure son succès à la publication des décrets et pas à l'atteinte des objectifs développe une dette structurelle énorme. Comme pour [le suivi des biodéchets avec les sanctions collectivités 2026](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/) ou [la construction circulaire et le réemploi des matériaux de démolition](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026/), tant qu'on ne mesure pas la sortie réelle au bout du pipeline, on n'optimise pas le bon truc. Le rapport pose la question juste : comment redonner confiance en l'économie circulaire ? Ma traduction de game designer : comment recâbler les boucles de feedback pour que les comportements optimaux pour chaque acteur convergent vers la performance globale, et pas l'inverse. À vous de jouer. Lisez les 8 blocs de propositions du rapport r24-786, regardez quelle filière vous concerne, et posez-vous une question. Si vous étiez à la place de l'éco-organisme, de l'industriel, de la collectivité ou de l'artisan, est-ce que la mécanique actuelle vous donnerait envie de dépasser l'objectif, ou de rester pile dessous ? ## Sources - [Sénat, rapport r24-786 : La loi AGEC cinq ans après, redonner confiance en l'économie circulaire](https://www.senat.fr/rap/r24-786/r24-786.html) - [Public Sénat : Loi anti-gaspillage, un rapport sénatorial dresse un bilan en demi-teinte](https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/loi-anti-gaspillage-un-rapport-senatorial-dresse-un-bilan-en-demi-teinte) - [Banque des Territoires, rapport r25-011 : recentrer les filières REP sur le principe pollueur-payeur](https://www.banquedesterritoires.fr/dechets-un-rapport-senatorial-propose-de-recentrer-les-filieres-rep-sur-le-principe-du-pollueur) - [ADEME filières REP, filière TLC, données 2024](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [Zero Waste France : filière textile, repenser le fonctionnement](https://www.zerowastefrance.org/filiere-textile-repenser-fonctionnement/) - [SDES : État des connaissances 2025, gestion des déchets et économie circulaire en France](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/gestion-des-dechets-et-economie-circulaire-en-france-etat-des-connaissances-en-2025) - [Citeo : 5 ans de la loi AGEC, des avancées et des défis](https://www.citeo.com/le-mag/5-ans-de-la-loi-agec-des-avancees-et-des-defis/) - [Novethic : taxe plastique, la France doit payer 1,5 milliard d'euros à l'Europe](https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/taxe-plastique-la-france-doit-payer-15-milliard-deuros-a-leurope-et-ce-nest-pas-la-premiere-fois) - [AMORCE : mission d'évaluation de la loi AGEC, un bilan inquiétant](https://amorce.asso.fr/actualite/mission-d-evaluation-de-la-loi-agec-amorce-dresse-le-bilan-inquietant-de-sa-mise-en-oeuvre) - [Blog Landot Avocats : La loi AGEC cinq ans après, les 8 blocs de propositions](https://blog.landot-avocats.net/2025/07/01/la-loi-agec-cinq-ans-apres-rapport-senatorial-8-blocs-de-propositions/) --- ## Envie 2E Occitanie : usine Ariège 16 000 t panneaux PV - URL: https://www.recy.net/envie-2e-occitanie-usine-ariege-16000-tonnes-panneaux-solaires-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-03T06:00:00 - Categories: recyclage 16 000 tonnes de panneaux photovoltaïques recyclés par an dans une seule usine en Occitanie. C'est ce qu'Envie 2E Occitanie va monter en triplant son volume actuel de 5 200 tonnes traitées en 2025. Une partie de la presse a annoncé un site en Ariège, et c'est ce que Soren et L'Écho du Solaire reprennent dans leurs communications de mars 2026. Le Journal des Entreprises, dans un papier d'avril 2026, nuance : Envie 2E Occitanie hésite encore entre un terrain de 1,4 hectare en Ariège et un site de 3 hectares avec un bâti existant de 3 000 m² près de Portet-sur-Garonne, en Haute-Garonne. Le second tient la corde, parce qu'il a déjà un bâtiment à rénover plutôt qu'un terrain nu à viabiliser. J'écris en juin 2026 et l'arbitrage n'est pas tranché publiquement. Ce flou sur la localisation ne change rien à l'enjeu industriel. Soren a sélectionné six opérateurs en mars 2026 pour porter la capacité française à 45 000 tonnes par an, et Envie 2E Occitanie en représente plus du tiers à elle seule. Je décortique ce que ça vaut, ce que ça coûte vraiment, et pourquoi le calendrier fin 2027 colle ou non avec la vague qui arrive. ## L'opération en chiffres L'investissement annoncé tourne autour de 9 millions d'euros : 4,5 millions pour le foncier et l'immobilier, 4,5 millions pour la ligne automatisée. Envie 2E Occitanie ne porte pas seul. Le groupe belge Comet, 380 salariés, entre au capital de l'opération à hauteur de 24 %. Comet n'est pas un partenaire opportuniste pour habiller un dossier. C'est déjà l'industriel qui reçoit aujourd'hui la dalle de verre des panneaux démantelés à Portet-sur-Garonne, expédiée vers la Belgique pour être co-traitée. La logique de l'opération, c'est d'internaliser ce flux sortant en montant la chaîne complète en Occitanie. La capacité annuelle visée : 16 000 tonnes. À comparer aux 5 200 tonnes traitées en 2025 sur le site historique de Portet-sur-Garonne (2 500 m² de bâtiment, 14 personnes affectées à la ligne photovoltaïque). Triplement du volume, effectif quasi stable. La ligne nouvelle sera automatisée au point qu'elle ne demande qu'un opérateur en alimentation et un en réception matière. Ce n'est pas une promesse marketing : c'est ce que la presse spécialisée rapporte des plans techniques présentés à Soren. Calendrier : 16 mois de travaux pour une mise en service annoncée fin 2027. Sur ce point, le brief qui m'a été passé évoquait août 2026. C'est faux. Fin 2027 est la date publique cohérente avec toutes les sources Soren, pv-magazine et Le Journal des Entreprises consultées. Aucune source de presse n'a évoqué une mise en service en 2026, et c'était inenvisageable : l'arbitrage de site n'était pas fait six mois avant la date supposée. ## Le tour de table Soren : six opérateurs, 45 000 tonnes Soren a annoncé le 18 mars 2026 la sélection des six industriels qui porteront la filière française de recyclage des modules photovoltaïques sur la prochaine vague. La liste, validée par appel d'offres : - Envie 2E Occitanie, Portet-sur-Garonne ou Ariège (silicium cristallin et amorphe), 16 000 tonnes annoncées - Envie 2E Aquitaine, Saint-Loubès (silicium cristallin), site déjà inauguré en septembre 2022 avec 4 000 tonnes de capacité initiale - Galloo France, Halluin, Hauts-de-France (silicium cristallin) - Rosi Alpes, La Mure, Isère (silicium cristallin), usine ouverte en janvier 2023 avec 3 000 tonnes de capacité initiale - RVE, La Réunion (silicium cristallin), pour l'outre-mer - First Solar, Francfort-sur-l'Oder, Allemagne, pour le tellurure de cadmium (CdTe) Total cumulé : plus de 45 000 tonnes par an annoncées une fois toutes les usines en régime. Envie 2E Occitanie pèse 35 % du total à elle seule. C'est la position de leader que la communication Soren a mise en avant en présentant l'opérateur comme structurant pour l'Occitanie. Pour le détail du bilan Soren et de la trajectoire d'avant cette annonce, voir notre analyse du [bilan +82 % de panneaux collectés en 2024 face à la vague 2030](/recyclage-panneaux-solaires-soren-bilan-vague-demantelement-2030/). ## Ce qu'on récupère vraiment dans un panneau Un module photovoltaïque cristallin avec cadre aluminium, qui forme l'écrasante majorité du parc installé en France, se décompose grosso modo comme suit : 67 à 75 % de verre trempé, 10 à 12 % d'aluminium, 8 à 10 % de polymères (EVA encapsulant, backsheet), 4 à 5 % de silicium cristallin, 1 % de cuivre, 1 % de cuivre étamé pour les connexions, et 0,08 % d'argent sur les contacts. Les chiffres varient légèrement selon la génération de panneaux et le constructeur, mais l'ordre de grandeur est stable. Sur le papier, jusqu'à 95 % du panneau est valorisable. Sur le terrain, ce taux dépend de la technologie de séparation. Le verre et l'aluminium partent dans des filières mûres, qui les absorbent sans difficulté. Pour la suite, ça se complique. Le silicium qui sort d'un broyage mécanique classique est mélangé à des résidus d'EVA, de polymères et d'oxydes. Sa pureté ne dépasse pas la qualité métallurgique, qui se vend à un prix dérisoire face au silicium primaire. Pour récupérer du silicium de grade solaire (6N, soit 99,9999 %), il faut une délamination fine, un traitement thermique entre 400 et 600 °C pour brûler les polymères, puis un traitement chimique pour séparer le cuivre, l'argent et le silicium. Rosi à La Mure a annoncé atteindre 99,999 % (5N) de pureté sur le silicium récupéré. Bonne nouvelle, c'est un ordre de grandeur au-dessus du métallurgique. Mauvaise nouvelle, il manque encore un facteur 10 pour le grade solaire. La question commerciale derrière, c'est : qui achète du silicium 5N à un prix qui couvre le coût de la chaîne de recyclage ? Pour l'instant, personne en France à grande échelle. Le silicium recyclé sert surtout aux alliages métallurgiques, qui ne le paient pas plus cher que le silicium primaire chinois importé. C'est exactement le point que j'évoquais dans mon papier sur la [filière française du recyclage des panneaux solaires en 2026](/recyclage-panneaux-solaires-filiere-2026/) : tant que le primaire reste moins cher que le recyclé, on recycle à perte. ## Le pari technologique d'Envie 2E Occitanie Envie 2E Occitanie n'est pas un nouveau venu sur le sujet. L'opérateur traite déjà du photovoltaïque depuis 2021 sur le site de Portet-sur-Garonne, après agrément Soren signé en juillet de cette année-là. La modernisation de la ligne en 2024 et 2025 a porté la capacité de quelques centaines de tonnes à plus de 5 000 tonnes. Le projet 16 000 tonnes prolonge cette trajectoire, avec un saut technologique sur le démantèlement. Le détail intéressant : Envie 2E Occitanie a co-développé en 2024-2025 une décadreuse innovante avec l'Icam, école d'ingénieurs toulousaine. Vingt-et-un étudiants ont participé au projet, pour un coût de développement de 73 000 euros. L'équipement, inauguré le 17 février 2025, permet de séparer le cadre aluminium du laminé verre-cellules plus vite et avec moins de casse qu'une décadreuse de série. Ce type de gain industriel paraît anecdotique, mais sur un volume cible de 16 000 tonnes par an, la vitesse de décadrage devient le goulot de production. C'est exactement ce que les industriels du démantèlement appellent un saut de productivité. Sur la suite de chaîne, Envie 2E Occitanie va internaliser ce qui partait jusqu'ici en Belgique chez Comet. Concrètement : le traitement thermique du laminé pour brûler l'EVA, la séparation chimique pour récupérer cuivre, argent et silicium. Le bénéfice direct : on supprime les 1 100 km de transport routier entre Portet-sur-Garonne et la Belgique sur le flux verre. Bilan carbone évident, économie logistique pour Soren qui finance le transport via l'éco-contribution. ## Pourquoi l'Occitanie et pas ailleurs Le choix de l'Occitanie n'est pas un hasard de carte postale. La région est en tête nationale pour la puissance photovoltaïque installée, avec un parc dépassant 4,3 GW fin 2024 selon les données du Service des données et études statistiques. La Nouvelle-Aquitaine talonne. Ces deux régions concentrent les premiers volumes de panneaux en fin de vie, parce qu'elles ont été parmi les premières à déployer massivement. Envie 2E Aquitaine à Saint-Loubès et Envie 2E Occitanie sur l'axe Toulouse-Ariège couvrent à elles deux le quart sud-ouest, qui pèse le plus lourd en gisement. L'autre logique, c'est l'ancrage Envie. Le réseau Envie est une fédération de l'économie sociale et solidaire qui combine recyclage et insertion professionnelle. Envie 2E Occitanie emploie déjà 14 personnes sur la ligne photovoltaïque, dans une logique de parcours d'insertion. La nouvelle usine maintient cet ancrage social. Sur le terrain, ça veut dire qu'un opérateur ESS porte un projet industriel de 9 millions d'euros face à des acteurs privés classiques. C'est inhabituel à cette échelle dans la filière déchets, et ça pose la question politique du modèle économique : qui finance, qui décide, qui touche la marge à la sortie. ## Le calcul économique : 9 millions d'euros, et après ? L'investissement de 9 millions ne sort pas du néant. Il combine probablement un apport en fonds propres du réseau Envie, une participation de Comet à hauteur de 24 % du tour de table, des aides publiques (Région Occitanie, Ademe, fonds européens), et une part de dette bancaire. La répartition exacte n'a pas été publiée. Pour mémoire, Envie 2E Aquitaine, à Saint-Loubès, a bénéficié d'un soutien Ademe et de la Région Nouvelle-Aquitaine pour son site de réemploi-recyclage inauguré en 2022. La question de la rentabilité reste posée. Soren chiffre le coût réel de traitement à plus de 5 euros par panneau, alors que l'éco-contribution moyenne perçue par panneau mis sur le marché en 2024 n'était que de 0,53 euro. Soren a sécurisé 30 millions d'euros de provisions, mais estime à 600 millions le besoin total pour démanteler le parc national déjà installé (environ 17 millions de modules, 400 000 tonnes cumulées). Le déséquilibre se voit à l'œil nu. Les nouvelles usines comme celle d'Envie 2E Occitanie tournent en partie sur de l'éco-contribution future, qui sera versée si et seulement si le marché du neuf continue de tourner. Ce point conditionne la trajectoire de toute la filière. Si le rythme de raccordement ralentit (le nombre d'installations a chuté de 26 % en 2025 en France, même si la puissance raccordée progresse de 24 %), les contributions futures se tassent. Et le modèle économique qui justifie les investissements de 2026-2027 se grippe. C'est le risque structurel que peu de communications Soren mentionnent. ## Ce qui me chiffonne Premier point : la communication mélange systématiquement deux choses. La capacité installée annoncée (45 000 tonnes nationales en cumulant les six opérateurs en régime) et le gisement réel à traiter. Soren a collecté 9 477 tonnes en 2024. À supposer une croissance de 50 % par an d'ici 2027, on arrive autour de 30 000 tonnes annuelles à collecter. La capacité industrielle prévue est donc dimensionnée pour la vague 2030 dans la fourchette basse (30 000 à 50 000 tonnes par an selon les projections Soren), pas pour la situation immédiate. En clair, les usines vont tourner en sous-capacité plusieurs années après leur ouverture, avec un coût fixe élevé. Pas tragique tant que le financement est assuré, mais ça pèse sur l'équilibre économique. Et ça explique pourquoi les opérateurs comme Envie 2E Occitanie cherchent des flux complémentaires : import européen de panneaux à recycler, traitement de modules réservés à la R&D pour le réemploi (l'usine de Saint-Loubès a déjà cette double mission). Deuxième point : la localisation. Si le site retenu finit par être Portet-sur-Garonne plutôt que l'Ariège, plusieurs communications Soren et presse spécialisée perdront en cohérence rétrospective. Ce n'est pas dramatique, mais c'est révélateur d'une pratique commune dans la filière déchets : annoncer avant arbitrage final pour sécuriser les financements publics. Si vous êtes journaliste local ariégeois, je vous suggère d'attendre la décision officielle avant de titrer sur l'usine en Ariège. Troisième point : le volet réemploi. Envie 2E Aquitaine a une vraie ligne de réemploi avec environ 5 % des panneaux testés et revendus en seconde vie. Envie 2E Occitanie n'a pas (encore) communiqué sur une équivalence. Sur 16 000 tonnes, même 2 % de réemploi représenteraient 320 tonnes de modules sauvés du broyeur. À 350 watts par panneau et 18 kg en moyenne, ça fait environ 18 000 panneaux remis en service par an. Ce flux est marginal techniquement, mais c'est exactement la trajectoire qu'il faut prioriser : un panneau en seconde vie consomme zéro énergie de retraitement et garde la majorité de sa valeur électrique. Pour avoir le détail sur ces enjeux et les freins réglementaires (notamment la fraude à l'export illégal), je vous renvoie à mon analyse des [panneaux solaires en fin de vie](/recyclage-panneaux-solaires-premiere-vague/). ## Ce que je vais surveiller d'ici fin 2027 Trois jalons concrets sur les 18 prochains mois. D'abord la décision finale sur le site. Si c'est Portet-sur-Garonne, on connaît déjà l'écosystème (zone d'activité existante, main-d'œuvre disponible, logistique routière vers l'A64). Si c'est l'Ariège, il faudra suivre la commune retenue (Pamiers, Foix et Saint-Girons sont les hypothèses logiques compte tenu de la viabilité routière), les négociations foncières et le calendrier d'instruction du permis. Une procédure ICPE pour ce type d'usine prend rarement moins de 18 mois. Ensuite, le tour de table définitif. Comet à 24 %, soit. Mais quelle part Région Occitanie, quelle part Ademe, quelle part dette bancaire ? Cette structure financière déterminera la gouvernance opérationnelle de l'usine. Un actionnaire belge à 24 % qui détient le savoir-faire technique sur le traitement aval n'a pas le même poids selon que la dette bancaire représente 1 ou 4 millions d'euros. Ce détail qui semble technique conditionne en fait qui décide des choix industriels à long terme. Enfin, la trajectoire d'autres acteurs. Galloo France à Halluin et Rosi Alpes à La Mure ont des calendriers d'extension parallèles. Si plusieurs usines de la liste Soren prennent du retard simultanément, le déficit de capacité face à la vague 2030 va devenir public. À l'inverse, si Envie 2E Occitanie tient son calendrier fin 2027 et que le foncier est arbitré sous trois mois, ce sera un signal fort de structuration de la filière. Le précédent Envie 2E Aquitaine, qui a tenu son inauguration de septembre 2022, joue en faveur d'un Envie 2E Occitanie crédible sur ses délais. ## La grille de lecture qui compte Soren a sélectionné Envie 2E Occitanie pour porter 35 % de la capacité nationale de recyclage photovoltaïque. C'est un mandat de service public sous habillage industriel privé. Le bénéficiaire final, ce sont les détenteurs de panneaux en fin de vie, qui pourront les déposer gratuitement dans le réseau Soren et savoir qu'ils repartent en filière française et pas en export louche. Le risque, c'est que la communication Soren prenne acte de la capacité installée et oublie de communiquer sur le taux d'utilisation réel. Si les six usines tournent à 40 % de leur capacité pendant cinq ans, on aura financé une infrastructure surdimensionnée par anticipation. Ce qui se défend industriellement, mais qui se paye en éco-contribution. Ce que je ferais à votre place si vous êtes professionnel du PV : commencez à structurer dès maintenant vos flux de panneaux en fin de vie avec un contrat Soren formalisé. Quand la vague 2030 arrivera, les opérateurs sélectionnés auront priorité aux acteurs déjà inscrits. L'Occitanie aura sa propre solution territoriale, ce qui simplifie la logistique pour le quart sud-ouest. Pour les autres régions, vérifiez la zone de chalandise effective de Galloo France au nord, Rosi Alpes pour l'est, Envie 2E Aquitaine pour l'ouest. Le maillage est encore mince et plusieurs zones blanches subsistent au centre et au nord-est. Si vous êtes élu local en Ariège ou en Haute-Garonne, gardez en tête que cette usine est un actif industriel rare. 14 emplois directs aujourd'hui, probablement plus quand l'usine sera en régime. Mais surtout : un savoir-faire qui se monétise mal aujourd'hui (silicium 5N qui peine à trouver acquéreur), mais qui peut devenir stratégique si la souveraineté sur les matériaux critiques se rejoue dans dix ans. Pour creuser ce sujet de fond, je renvoie à mon article sur l'[urban mining et la récupération des métaux précieux dans les équipements en fin de vie](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/), qui pose les mêmes questions à l'échelle de tous les DEEE. L'usine n'ouvrira pas avant fin 2027. D'ici là, le vrai test, c'est l'arbitrage du site et la montée en charge effective. Le reste, c'est de la promesse industrielle. Et les promesses industrielles dans la filière déchets se vérifient sur le terrain, pas dans les communiqués. ## Sources - Le Journal des Entreprises, [Envie 2E Occitanie va construire une usine pour recycler les panneaux solaires](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/envie-2e-occitanie-va-construire-une-usine-pour-recycler-les-panneaux-solaires-2140207), avril 2026 - pv-magazine France, [Soren sélectionne six opérateurs industriels pour le recyclage des modules photovoltaïques](https://www.pv-magazine.fr/2026/03/18/soren-selectionne-six-operateurs-industriels-pour-le-recyclage-des-modules-photovoltaiques/), 18 mars 2026 - L'Écho du Solaire, [Soren renforce les capacités de traitement et de recyclage des panneaux photovoltaïques en France](https://www.lechodusolaire.fr/soren-renforce-les-capacites-de-traitement-et-de-recyclage-des-panneaux-photovoltaiques-en-france/), mars 2026 - Actu-Environnement, [Photovoltaïque : Soren porte à 45 000 tonnes par an ses capacités de recyclage](https://www.actu-environnement.com/ae/news/contrats-soren-recyclage-panneaux-solaires-47722.php4), 20 mars 2026 - Actu-Environnement, [Photovoltaïque : Soren a collecté 9 500 tonnes de panneaux usagés en 2024](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-2024-soren-photovoltaique-rep-deee-46489.php4) - Actu-Environnement, [Un nouveau type de décadreuse de panneaux photovoltaïques chez Envie 2E Occitanie](https://www.actu-environnement.com/ae/news/-nouveau-type-decadreuse-panneaux-photovoltaiques-envie-occitanie-45767.php4) - L'Usine Nouvelle, [Pour recycler trois fois plus de panneaux solaires, Envie 2E Occitanie va construire une nouvelle usine](https://www.usinenouvelle.com/quotidien-des-usines/pour-recycler-trois-fois-plus-de-panneaux-solaires-envie-2e-occitanie-va-construire-une-nouvelle-usine-en-nouvelle-aquitaine.ORMLLN4IRVFELIXAV6U5X77UTY.html) - Réseau Envie, [Envie 2E Aquitaine inaugure son site de réemploi et de traitement de panneaux photovoltaïques](https://www.envie.org/nos-actualites/actualites/reemploi-traitement-panneaux-photovoltaiques-aquitaine/) - pv-magazine France, [Soren affiche un bond historique de la collecte de panneaux photovoltaïques](https://www.pv-magazine.fr/2025/06/17/soren-affiche-un-bond-historique-de-la-collecte-de-panneaux-photovoltaiques/), 17 juin 2025 - Icam Toulouse, [Une innovation responsable signée l'Icam et Envie 2E Occitanie](https://en.icam.fr/temoignage/une-innovation-responsable-signee-licam-et-envie-2e-occitanie/) - Hellowatt, [Soren : 9 477 tonnes de panneaux recyclés en 2024](https://www.hellowatt.fr/blog/soren-recyclage-panneaux-solaires-2024/) - Bref Eco, [Recyclage du silicium : Rosi Solar implante son usine à La Mure](https://www.brefeco.com/actualite/traitement-des-dechets/recyclage-du-silicium-rosi-solar-implante-son-usine-la-mure) - Soren, [site officiel de l'éco-organisme photovoltaïque](https://www.soren.eco/) - Réseau Envie, [présentation Envie 2E Occitanie](https://www.envie.org/magasin-reseau-envie/envie-2e-occitanie/) --- ## Assises Nationales des Déchets : Nantes 30 sept 1er oct - URL: https://www.recy.net/assises-nationales-dechets-nantes-30-septembre-1er-octobre-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-02T06:00:00.000Z - Categories: dechets Les 30 septembre et 1er octobre 2026, la Cité des Congrès de Nantes accueille la 19e édition des Assises Nationales des Déchets et de l'Économie Circulaire. Deux jours, trois plénières, 24 ateliers techniques, cinq parcours thématiques. Mais surtout : une fusion inédite avec le Carrefour des Déchets d'IdealCO, qui rassemblait à lui seul près de 6 000 participants en juin 2025 à Nancy. Le secteur déchets de la France industrielle, des collectivités, des éco-organismes et des startups se retrouve sur un seul rendez-vous fédérateur. C'est rare, et ça mérite qu'on regarde sérieusement ce qui s'y prépare. Pourquoi ce rapprochement maintenant ? Quels sujets vont structurer les deux jours ? Et que dit ce format hybride sur l'état réel de la filière déchets française à mi-2026 ? ## Une fusion qui change la donne Les Assises Nationales des Déchets existent depuis 1991. Tenues historiquement en année impaire à La Baule, elles avaient basculé en année paire en 2024 pour mieux coller au calendrier européen, avec une 18e édition condensée sur une journée le 3 octobre 2024 à Nantes, sous le thème "Plus loin que nos déchets". Quatre ateliers, une plénière, la ministre Agnès Pannier-Runacher en ouverture. Format ramassé, public ciblé : industriels, éco-organismes, services de l'État, chercheurs, collectivités. Le Carrefour des Déchets, lui, est plus récent. Organisé par IdealCO, le réseau de référence des collectivités territoriales, il a tenu sa 3e édition les 17 et 18 juin 2025 au Centre Prouvé de Nancy avec près de 6 000 participants. Public plus opérationnel : agents de collectivités, techniciens, chefs de service propreté, élus locaux. Les deux événements travaillaient le même secteur sur des angles différents. L'un côté débat national et réglementaire, l'autre côté terrain et collectivités. En 2026, ils unissent leurs forces. Pierre-Yves Burlot, président des Assises, et Philippe Boyer, président d'IdealCO, l'ont annoncé conjointement : un seul grand rendez-vous national, mêlant retours d'expérience territoriaux, débats prospectifs à horizon 2030, et salon professionnel. La logique est saine. Le secteur déchets n'est pas assez gros pour s'offrir deux événements concurrents en année paire, et la séparation entre stratégie nationale et exécution locale n'a plus de sens quand les politiques publiques se décident à Bruxelles et s'appliquent à Saint-Brieuc. ## Cinq parcours pour structurer 24 ateliers L'édition 2026 organise son contenu autour de cinq parcours transversaux. Ce n'est pas un détail de comm : c'est une grille de lecture pour s'orienter dans la masse d'ateliers proposés. **Mieux Produire** s'adresse aux industriels et aux éco-organismes. Écoconception, intégration de matières recyclées, transformation des modèles industriels. C'est le parcours qui parlera Circular Economy Act et obligations d'incorporation, le règlement européen qui pose les conditions de débouchés pour la matière secondaire. **Mieux Consommer** vise les comportements et la prévention. Réemploi, réparation, nouveaux modèles de consommation. C'est le parcours qui va croiser les filières REP émergentes et les obligations de fonds réparation. **Mieux Anticiper l'Avenir** affiche un angle prospectif. Évolutions réglementaires européennes, ruptures technologiques, modèles économiques. C'est ici que se logent les sessions sur les matières critiques, les stratégies plastiques à horizon 2040 et la décarbonation par la valorisation énergétique. **Mieux Accompagner les Territoires** est le cœur de la contribution IdealCO. Rôle des collectivités dans la structuration des filières, mise en œuvre opérationnelle des politiques publiques. C'est le parcours qui va parler tarification incitative, collecte sélective, mutualisation intercommunale. **Mieux Gérer les Déchets au Quotidien** boucle avec l'opérationnel pur. Retours d'expérience sur la collecte, le tri, le traitement. C'est l'angle praticien, celui qui parle aux directeurs de centres de tri et aux exploitants d'ISDND. Trois sessions plénières structurent l'événement. La première porte sur l'évolution du cadre européen, avec un focus Circular Economy Act et Clean Industrial Deal. La deuxième, plus politique, s'intéresse à "2027 et au-delà" et a vocation à recevoir les candidats à la présidentielle. La troisième aborde l'accélération territoriale de la transformation circulaire. ## Les sujets bouillants de 2026 Plusieurs dossiers structurent l'agenda technique des ateliers, et chacun est un terrain miné. **Les nouvelles filières REP.** La REP jouets démarre sa montée en puissance avec Ecomaison comme éco-organisme agréé, dont le nouveau barème 2026 a été publié fin octobre 2025. La REP articles de bricolage et jardin (ABJ), opérationnelle depuis février 2022 avec Ecomaison et Ecologic agréés en parallèle, entre dans sa phase de consolidation. La REP articles de sport et loisirs avance plus lentement. Ces filières ont en commun un démarrage poussif, des contributeurs qui rechignent à déclarer, et des éco-organismes qui doivent prouver qu'ils savent capter les volumes annoncés. **La fiscalité environnementale et la TGAP.** La Taxe Générale sur les Activités Polluantes continue sa montée en charge. La pression budgétaire sur les collectivités est réelle, et les opérateurs d'incinération comme d'enfouissement réclament un cadre stabilisé. Les ateliers TGAP des Assises ont une histoire d'oppositions frontales entre Bercy et le secteur. **Le Pacte de simplification.** L'exécutif pousse depuis fin 2024 une décentralisation de l'action en matière de transition écologique vers les collectivités et les acteurs privés. Le secteur déchets, hyperréglementé, est en première ligne. Les industriels et les collectivités attendent une simplification réelle, pas un transfert de complexité. La discussion va être tendue, surtout dans un contexte où le budget 2026 de l'ADEME pour l'économie circulaire est tombé de plus de 300 millions d'euros à 95 millions, selon Halte à l'Obsolescence Programmée. Les arbitrages financiers sont serrés. **L'ESPR et les actes délégués.** Le règlement européen sur l'écoconception des produits durables produit ses premiers actes délégués sectoriels, notamment sur l'acier et les ferro-alliages. Les ateliers vont creuser les conséquences industrielles pour la filière française du recyclage. **Les PFAS.** Un atelier dédié aborde les polluants éternels. Le sujet est devenu central pour les exploitants d'incinération, les opérateurs de boues de step et les centres d'enfouissement. La filière n'a pas de solution technique consensuelle, le cadre réglementaire évolue vite, et les coûts de gestion explosent. C'est probablement l'un des ateliers où le débat sera le plus rude. **Les matières critiques.** Vue internationale sur les matériaux stratégiques, en lien direct avec la [souveraineté industrielle française et européenne en matières premières secondaires](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france). Le sujet recoupe le Critical Raw Materials Act européen et les obligations à venir de traçabilité et de recyclage des terres rares, lithium, cobalt et autres métaux critiques. ## Les partenaires : qui parle, qui paye La liste des partenaires officiels donne une bonne idée des forces présentes. L'ADEME reste le partenaire institutionnel central, avec le Ministère de la Transition Écologique et la DREAL Pays de la Loire pour le périmètre régional. Côté collectivités, Nantes Métropole et la Région Pays de la Loire portent l'ancrage territorial. Les nouveaux partenaires 2026 reflètent l'élargissement du champ. Circulère, Ecosystem, MEDEF, Pellenc ST, SNCF Réseau, SNEFiD, SPHERE, Syctom Paris, TOMRA Systems, Union pour le Réemploi Solidaire et Valobat rejoignent l'événement. La présence du MEDEF acte la dimension transversale du sujet pour le patronage français. Celle du Syctom Paris ramène le plus gros syndicat de traitement de déchets ménagers d'Europe à la table. Les partenaires fidèles confirment la profondeur historique : Citeo, DERICHEBOURG Environnement, EDF, Ecologic, Ecominéro, FEDEREC, FNADE, GRDF, NaTran, PAPREC Group, Séché Environnement, Cyclamed, Cyclevia, AFOCO. Notez qu'Amorce, le Cercle National du Recyclage, Suez et Veolia n'apparaissent pas sur la liste officielle des partenaires 2026 publiée par l'organisation. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne seront pas présents en tant qu'intervenants ou exposants, simplement qu'ils ne portent pas l'événement financièrement. L'association elle-même a beaucoup grandi depuis l'édition 2024, passant d'une quinzaine à environ une quarantaine d'organisations membres. Signal d'un secteur qui veut peser collectivement dans les arbitrages réglementaires nationaux et européens. ## Pourquoi y aller : ce que l'événement permet vraiment Soyons directs. Deux jours d'ateliers et de plénières ne transforment pas un secteur. La filière déchets française traverse une phase compliquée : prix des matières secondaires sous pression, débouchés industriels qui rétrécissent avec la désindustrialisation européenne, cadre réglementaire foisonnant, budget ADEME en chute libre. Aucun salon ne règle ces équations. Ce que les Assises 2026 permettent vraiment : - **Lire les rapports de force.** Qui parle, qui ne parle pas, qui finance quoi. Une plénière où Bercy et FEDEREC se croisent en 2026 dit plus sur la fiscalité environnementale 2027 que n'importe quel communiqué. - **Calibrer ses arguments.** Pour une collectivité, un industriel ou un éco-organisme, c'est l'occasion d'affiner sa lecture des dossiers réglementaires en cours et d'identifier les angles de plaidoyer qui peuvent gagner. - **Recruter ou se faire recruter.** Les métiers du déchet souffrent d'un déficit d'attractivité chronique. Un salon de cette ampleur draine des candidats et des recruteurs en quantité. - **Tester des solutions.** L'espace startup et innovation, avec un angle data, IA et outils numériques pour la gestion des déchets, expose des technologies qu'on ne voit pas ailleurs en France. - **Préparer 2027.** La plénière "2027 et au-delà" prévoit l'intervention des candidats à la présidentielle. Les arbitrages politiques de l'après-élection vont décider du futur de l'économie circulaire française pour cinq ans. L'événement parle aussi à ceux qui ne viennent pas pour les ateliers mais pour les couloirs. Les Assises restent l'un des rares moments où vous croisez le DG d'un éco-organisme, le préfet en charge d'une DREAL, le directeur d'un centre de tri et un élu local sur les mêmes deux jours, dans le même bâtiment. ## Ce que je vais surveiller particulièrement Trois points méritent une vigilance particulière, à mon sens. D'abord, la plénière sur le cadre européen et le Circular Economy Act. C'est le sujet structurant. Sans [obligations contraignantes d'incorporation de matières recyclées au niveau européen](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030), les recycleurs français ne pourront pas garantir de débouchés stables. Les industriels qui produisent de la matière vierge bon marché continueront à tuer économiquement les filières de recyclage. Tout le reste découle de ce dossier. Si l'événement échoue à porter ce message clairement, on aura encore une fois discuté des conséquences sans toucher aux causes. Ensuite, le traitement des PFAS. Le secteur n'a pas de solution technique consensuelle, et les coûts de gestion menacent l'équilibre économique de plusieurs filières (incinération, boues de step, ISDND). Voir comment l'événement positionne ce dossier dira beaucoup sur la maturité du secteur à porter une réponse industrielle structurée. Enfin, la place réelle accordée aux collectivités dans la nouvelle architecture fusionnée. L'apport d'IdealCO est censé densifier le contenu territorial. Si les Assises retombent en mode "national descendant", l'alliance n'aura été qu'un coup de communication. Si au contraire les retours d'expérience locaux structurent les arbitrages réglementaires discutés, la fusion aura du sens. C'est un test grandeur nature pour la gouvernance partagée du secteur. Pour un autre rendez-vous de la filière en 2026, voir aussi notre couverture du [Salon du Recyclage FEDERREC organisé à Albi en mars](/salon-recyclage-federrec-albi-mars-2026), qui jouait un registre différent (filière recycleurs, format trois jours) mais avec des préoccupations parallèles. ## Infos pratiques **Dates** : mercredi 30 septembre et jeudi 1er octobre 2026. **Lieu** : Cité des Congrès de Nantes, 5 rue de Valmy, 44000 Nantes. **Format** : trois plénières, 24 ateliers techniques, cinq parcours thématiques transversaux, espace exposants, sessions startups et innovation. **Public** : industriels, éco-organismes, collectivités, services de l'État, chercheurs, organismes de formation, médias spécialisés, associations. **Inscriptions** : ouvertes sur le site officiel assises-dechets.org. Programme complet annoncé courant printemps 2026. **Accréditations presse** : carmen.jeremie@akkamo.fr. C'est probablement le rendez-vous le plus structurant du secteur déchets en France pour 2026. La fusion avec IdealCO en fait un événement à part : ni salon technique pur, ni colloque réglementaire pur. Un point de convergence entre stratégie nationale et exécution territoriale, à un moment où l'économie circulaire française joue beaucoup de ses arbitrages futurs. ## Sources - [Site officiel des Assises Nationales des Déchets](https://www.assises-dechets.org/) - [Annonce alliance Assises et IdealCO](https://www.assises-dechets.org/actualites/13755-une-alliance-strategique-entre-les-assises-nationales-des-dechets-et-de-leconomie-circulaire-et-idealco/) - [Programme enrichi et parcours thématiques 19e Assises](https://www.assises-dechets.org/actualites/14249-19e-assises-un-programme-enrichi-et-des-parcours-thematiques/) - [Édition enrichie et nouveaux partenaires 19e Assises](https://www.assises-dechets.org/actualites/13560-19e-assises-nationales-des-dechets-et-de-leconomie-circulaire-une-edition-enrichie-et-de-nouveaux-partenaires/) - [Avec IdealCO, les Assises renforcent leur ancrage auprès des collectivités](https://www.assises-dechets.org/actualites/14627-avec-idealco-les-assises-renforcent-leur-ancrage-aupres-des-collectivites/) - [Nouvelle identité et alliance stratégique](https://www.assises-dechets.org/actualites/14279-une-nouvelle-identite-et-une-alliance-strategique/) - [Carrefour des Déchets IdealCO Nantes 2026](https://www.carrefour-dechets.com/) - [FNCCR : agenda 19e Assises 2026](https://www.fnccr.asso.fr/agenda/assises-dechets-2026/) - [Presse Agence : Assises 2026 et souveraineté industrielle](https://presseagence.fr/nantes-economie-circulaire-les-assises-des-dechets-face-aux-enjeux-de-la-souverainete-industrielle/) - [Actu Environnement : Assises Nationales des Déchets 2026](https://www.actu-environnement.com/ae/agenda/manif/assises-nationales-dechets-economie-circulaire-26973.php4) - [Programme 18e Assises 2024](https://www.assises-dechets.org/assises-2024/programme/) - [Ministère Transition Écologique : déplacement ministre 18e Assises 2024](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/18emes-assises-dechets-deplacement-dagnes-pannier-runacher-ministre-transition-ecologique) - [IdealCO : 3e Carrefour des Déchets Nancy 2025](https://evenements.idealco.fr/evenements/3e-carrefour-des-dechets-1030) - [Ecomaison : nouveau barème filière jouets 2026](https://ecomaison.com/wp-content/uploads/2025/11/Decouvrez-le-nouveau-bareme-de-la-filiere-Jouets-2026.pdf) - [ADEME : filière REP articles de bricolage et de jardin](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-ABJ) - [HOP : budget ADEME 2026 économie circulaire](https://www.halteobsolescence.org/budget-2026-de-lademe-un-vote-sous-tension-et-un-signal-dalarme-pour-leconomie-circulaire/) --- ## Sabic Geleen : 1re huile pyrolyse TACOIL mixte plastiques - URL: https://www.recy.net/sabic-geleen-pyrolyse-mixte-tacoil-premiere-huile-recyclee/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-06-01T06:00:00 - Categories: recyclage Geleen, Pays-Bas, 27 août 2025. Plastic Energy annonce la production du premier lot de TACOIL au sein de la joint-venture SPEAR opérée avec Sabic, sur le site pétrochimique de Chemelot. Première huile de pyrolyse issue de plastiques post-consommation mixtes intégrée directement à un vapocraqueur Olefins 4, capacité nominale 20 000 t/an d'intrants déchets. Sept ans après l'accord initial de 2018, le site passe enfin du papier aux molécules. Pour la filière recyclage chimique européenne, c'est un signal opérationnel rare. Sabic n'est pas Carbios ni Eastman, qui développent des procédés propriétaires sur monoflux PET. Sabic raffine. Et Sabic vient de brancher une unité de recyclage avancé sur son cracker historique. ## Ce que produit réellement le site de Geleen Le site SPEAR (Sabic Plastic Energy Advanced Recycling BV) traite des plastiques post-consommation jugés non recyclables mécaniquement : films souillés, multicouches, polyoléfines mélangées. Procédé : pyrolyse anaérobie thermique brevetée par Plastic Energy, baptisée TAC. Chauffage en absence d'oxygène, cracking des chaînes polymères, condensation d'une fraction liquide hydrocarbonée nommée commercialement TACOIL. Cette huile remplace le naphta fossile en entrée du vapocraqueur Sabic Olefins 4 voisin (capacité éthylène 675 000 t/an, source Argus Media et données GPCA). Après hydrotraitement dans une unité dédiée nouvellement construite, le TACOIL est crackée en éthylène et propylène, puis polymérisée en polyéthylène et polypropylène certifiés circulaires sous la marque Trucircle de Sabic. Capacité nominale annoncée : 20 000 t/an de déchets en entrée. À titre de comparaison, l'unité Eastman de Kingsport (Tennessee) traite 110 000 t/an de PET par méthanolyse, et l'usine Carbios de Longlaville visera 50 000 t/an de PET préparé par biorecyclage enzymatique. SPEAR joue dans une catégorie inférieure en volume, mais sur un flux que Carbios et Eastman ne touchent pas : les polyoléfines mélangées, c'est-à-dire le tonnage le plus lourd et le plus problématique du gisement déchets ménagers européen. L'investissement total n'a pas été communiqué publiquement par les deux partenaires. Le projet bénéficie d'une subvention du programme Top Sector Energy du ministère néerlandais des Affaires économiques, montant non divulgué. La complétion mécanique du site est intervenue fin 2024, le commissioning a duré huit mois avant le premier lot d'août 2025. ## Le contexte stratégique : un cracker fossile qui ferme à côté Pour comprendre l'enjeu de Geleen, il faut sortir du seul scope SPEAR. Sabic a définitivement arrêté son vapocraqueur Olefins 3 du même site Chemelot en juillet 2024 après une opération de maintenance. Capacité éthylène perdue : 550 000 t/an. Olefins 4, capacité 675 000 t/an, reste seul actif sur place. Le groupe a aussi confirmé en 2025 la fermeture définitive de son cracker éthylène britannique de Wilton. Lecture brute : Sabic réduit son empreinte cracker vierge en Europe et se rabat sur un site unique qu'il alimente partiellement en matière première recyclée. Le pari économique repose sur la prime que les marques sont prêtes à payer pour un polymère contenant de la matière chimiquement recyclée, calculée par allocation mass balance. Sans cette prime, l'huile de pyrolyse reste deux à cinq fois plus chère que le naphta fossile au baril. Les premiers acheteurs aval sont déjà identifiés. Mars a déployé en 2022 un emballage flexible BOPP pour ses barres KIND® fabriqué avec du polypropylène Trucircle de Sabic issu de la chaîne Landbell-Plastic Energy-Taghleef. Unilever a lancé en 2020 plus de 7 millions de pots de glace Magnum en polypropylène circulaire Trucircle, première utilisation alimentaire de PCR pyrolysé dans l'industrie de la crème glacée. Tupperware a présenté des pailles et gobelets en PP circulaire issu de la même filière. Ces marques ont déjà absorbé les volumes pilotes ; SPEAR doit maintenant alimenter la phase commerciale. ## La promesse food-contact et le piège qu'elle cache Argument central de Sabic et Plastic Energy : le polymère issu du TACOIL hydrotraité passe les exigences food-contact européennes, là où le recyclage mécanique des polyoléfines en bouteilles alimentaires reste largement interdit faute de traçabilité moléculaire suffisante. C'est techniquement vrai. Après cracking et repolymérisation, on obtient un PP ou un PE moléculairement identique au vierge, donc éligible au contact alimentaire. Sauf que cette identité moléculaire crée un autre problème, et c'est là que le débat se durcit. Comment prouver qu'un pot de glace donné contient bien du polymère recyclé, puisque la molécule est rigoureusement identique à celle issue du naphta fossile ? Réponse de l'industrie : la méthode dite mass balance. Le principe : si le cracker reçoit 20 % de TACOIL et 80 % de naphta fossile, le producteur peut attribuer 20 % de sa production sortante comme "contenant recyclé certifié". Cette allocation est validée par le standard ISCC PLUS sur audit tiers, et reconnue depuis avril 2027 par le règlement européen PPWR pour comptabiliser le contenu recyclé minimal imposé aux emballages. Le hic, c'est la flexibilité d'attribution. L'industrie a obtenu que les molécules destinées aux applications carburant puissent être exclues du calcul (free attribution). Concrètement, si une raffinerie crack du TACOIL et qu'une partie part en kérosène, ce volume n'est pas comptabilisé comme dilution dans le bilan recyclé attribuable au polymère. Effet : on peut afficher 40 % de contenu recyclé sur un emballage qui ne contient physiquement aucun atome recyclé identifiable, à condition que le bilan amont du cracker tienne. ## Ce que disent les critiques, chiffres en main Zero Waste Europe a publié en novembre 2024 un rapport intitulé "Fifty years: chemical recycling's fading promise". Le titre annonce la couleur. Le centre de l'argumentaire repose sur une analyse historique : depuis les années 1970, plus de 90 projets de recyclage chimique de plastiques à grande échelle ont été annoncés en Europe et en Amérique du Nord. La plupart ont été abandonnés, faillis, ou n'ont jamais atteint la capacité nominale annoncée. Citation centrale de l'ONG, reprise au professeur Jean-Paul Lange (ex-chercheur Shell, université de Twente) : il faudra encore cinquante ans pour scaler industriellement le recyclage chimique du plastique. Pas cinq, pas dix. Cinquante. La raison invoquée : la pyrolyse impose une étape thermique très énergivore, peu compatible avec une décarbonation rapide. Le rapport technique de Zero Waste Europe de 2025 cite un cas chiffré frappant : l'unité Agilyx aux États-Unis aurait émis 3 tonnes de CO₂ par tonne de plastique traité en 2019, et jusqu'à 47 tonnes/tonne l'année précédente, selon les déclarations de l'opérateur à l'agence environnementale de l'Oregon. Ces chiffres font débat parce qu'ils incluent les ratés du commissioning, mais ils donnent un ordre de grandeur de l'aléa industriel auquel reste exposée la pyrolyse non mature. Chemical Recycling Europe, lobby industriel, a réfuté en réponse l'analyse de Zero Waste Europe en jugeant les extrapolations abusives. Greenpeace, de son côté, qualifie la mass balance accounting de "greenwashing flagrant" et appelle l'UE à dismisser cette comptabilité flexible pour soutenir les solutions amont, à savoir prévention et réemploi. Le débat est aussi politique que technique. ## Le scénario que je retiens : trois trajectoires possibles À ce stade, sur la base des faits disponibles à mai 2026, je vois trois scénarios pour SPEAR Geleen à horizon 2028. **Scénario A, ramp-up nominal.** Le site atteint sa capacité nominale 20 000 t/an d'entrée déchets d'ici fin 2026, produit 14 000 à 16 000 t/an de TACOIL effectivement injectées dans Olefins 4, et alimente une chaîne polymère circulaire stable pour Mars, Unilever, et deux à trois clients FMCG supplémentaires (probablement L'Oréal, Reckitt ou Henkel sur leurs gammes premium). Probabilité : moyenne. Conditions : pas de défaillance majeure de l'unité d'hydrotraitement nouvellement construite, et maintien d'une prime mass balance d'au moins 800 euros/tonne sur le polymère vierge. **Scénario B, ramp-up partiel et arbitrage économique.** Le site tourne à 30-60 % de la capacité nominale faute de gisement déchets suffisamment qualifié en amont (les plastiques mixtes post-consommation triés au standard requis sont rares en Europe). Le partenariat avec Landbell, Siemer, et Afvalfonds Verpakkingen sécurise une part du flux, mais reste tributaire des centres de tri locaux. Probabilité : forte. Conditions : c'est la trajectoire la plus probable selon l'historique du secteur. Eastman Kingsport tournait à 70 % en juillet 2024, deux ans après démarrage. SPEAR suivra probablement le même pattern. **Scénario C, arrêt prolongé.** Une défaillance technique majeure sur le procédé TAC ou sur l'intégration au cracker provoque un arrêt de plusieurs mois. Le coût économique pousse Sabic à reconsidérer sa stratégie de recyclage chimique en Europe, dans un contexte où le groupe ferme déjà des crackers vierges et où la demande aval premium ne suit pas. Probabilité : faible mais non nulle. Conditions : crise prix du naphta fossile à la baisse durable, ou échec PPWR à imposer les seuils de contenu recyclé sur les emballages food-contact. Mon pari : scénario B, avec un montée progressive vers 50 % de capacité nominale d'ici 2028. Le projet ne s'effondrera pas, mais il ne livrera pas la promesse marketing initiale de 20 000 t/an. Pour la filière polyoléfines mélangées européenne, c'est déjà un acquis significatif : c'est le premier site opérationnel à cette échelle en intégration directe avec un cracker existant. ## Pourquoi Geleen compte plus que Carbios ou Eastman Carbios à Longlaville, Eastman à Kingsport, et SPEAR à Geleen ciblent des marchés disjoints. Cette distinction est mal comprise et systématiquement gommée dans la communication publique. Carbios traite du PET monoflux, l'enzyme PHL7 dépolymérise l'éthylène téréphtalate en TPA et MEG, remonomérisation puis repolymérisation. Application : bouteilles, textile polyester, barquettes thermoformées. Le gisement PET est déjà bien collecté en France via la consigne mécanique et les bacs jaunes, et le marché du rPET est mature avec des prix solides. Carbios attaque un segment où la demande est tirée par la PPWR (30 % contenu recyclé minimum dans les bouteilles PET au 1er janvier 2030). Eastman à Kingsport fait de la méthanolyse de polyesters, principalement PET et copolyester Tritan. Procédé chimique sans pyrolyse, rendement matière supérieur, mais limité aux flux polyester. SPEAR Geleen attaque le gisement polyoléfines mélangées post-consommation. Films plastiques souples, polypropylène souillé, polyéthylène basse densité avec contaminants. C'est le flux qui finit aujourd'hui massivement en incinération ou en CSR, parce que mécaniquement irrécupérable pour applications haute qualité. C'est aussi le flux le plus volumineux du déchet plastique européen, environ 60 % du gisement post-consommation. Si la pyrolyse Plastic Energy/Sabic fonctionne en routine, elle ouvre la porte à une voie de valorisation matière pour un flux jusqu'ici condamné à la combustion. Donc on ne compare pas pommes et pommes. On compare trois filières chimiques distinctes adressant trois gisements distincts. Le débat "pyrolyse vs enzymatique" est souvent mal posé. La vraie question : peut-on bâtir un parc industriel européen qui combine ces trois voies sur leurs gisements respectifs, avec un contrôle réglementaire serré sur la mass balance ? ## Ce que ça change pour les opérations en France Pour les acteurs français de la collecte et du tri, SPEAR Geleen est un signal de marché : un débouché industriel européen vient d'ouvrir pour les flux polyoléfines mélangées triés à un standard suffisant. Les centres de tri qui investissent dans le surtri optique de films PE et PP basse qualité ont désormais un acheteur potentiel structurellement présent, à 350 km de la frontière belge. Pour les éco-organismes, en particulier Citeo, la question devient : faut-il subventionner l'export vers Geleen, ou financer un équivalent français ? Total à [Grandpuits a démarré en mars 2026 sa première usine française de recyclage chimique](/grandpuits-demarrage-recyclage-chimique-premiere-usine-france/) avec une capacité de 15 000 t/an, légèrement inférieure à SPEAR. Plusieurs autres projets sont à l'étude, mais aucun n'atteint encore la maturité opérationnelle de Geleen. Pour les industriels FMCG implantés en France et soumis aux seuils PPWR à compter d'août 2026, Geleen est un sourcing complémentaire intéressant via Sabic Trucircle, surtout pour les emballages alimentaires où le PCR mécanique reste interdit. Le PCR chimique mass balance via SPEAR offre un chemin de conformité réglementaire que peu de fournisseurs proposent à l'échelle industrielle aujourd'hui. Reste la question politique du mass balance. Si l'UE durcit les règles d'attribution post-2027 et exclut le free attribution carburant, l'économie de SPEAR change radicalement. C'est le risque réglementaire que les marques absorberont si les volumes restent marginaux ; c'est un risque structurel si SPEAR devient un sourcing principal. Ce que je dirais à un dirigeant FMCG ou collectivité aujourd'hui : tester un sourcing TACOIL via Sabic Trucircle sur un produit pilote en 2026-2027, mais ne pas bâtir une stratégie PPWR uniquement sur cette voie. Le mix recyclage mécanique + recyclage chimique avec arbitrage par procédé selon le flux reste la stratégie défensive. SPEAR Geleen est un acquis industriel ; ce n'est pas encore une certitude industrielle. Le débat est ouvert. Personne ne sait si la pyrolyse industrielle franchira le cap de la commercialité durable. Mais à Geleen, pour la première fois en Europe, on a une infrastructure intégrée qui tourne avec des molécules mesurables qui sortent. Ça compte. ## Sources - [Plastic Energy Produces First Recycled Oil at Dutch Advanced Recycling Plant, plasticenergy.com, 27 août 2025](https://plasticenergy.com/plastic-energy-produces-first-recycled-oil-at-dutch-advanced-recycling-plant/) - [SABIC Plastic Energy Advanced Recycling (SPEAR), plasticenergy.com, fiche projet](https://plasticenergy.com/project/spear/) - [Plastic Energy, Sabic produce first batch of pyrolysis oil at Geleen, Sustainable Plastics, août 2025](https://www.sustainableplastics.com/news/plastic-energy-sabic-produce-first-batch-pyrolysis-oil-geelen) - [First pyrolysis oil recycled from mixed waste at Plastic Energy's Dutch plant, Packaging Europe](https://packagingeurope.com/news/first-pyrolysis-oil-recycled-from-mixed-waste-at-plastic-energys-dutch-plant/13292.article) - [SABIC to permanently shutter naphtha cracker in the Netherlands, Oil & Gas Journal, 2024](https://www.ogj.com/refining-processing/refining/operations/article/55020035/sabic-to-permanently-shutter-naphtha-cracker-in-the-netherlands) - [Sabic to begin Geleen cracker closure this week, Argus Media](https://www.argusmedia.com/en/news-and-insights/latest-market-news/2556639-sabic-to-begin-geleen-cracker-closure-this-week) - [Mars, SABIC and Landbell partner in closed loop initiative for KIND snack bar packaging, sabic.com](https://www.sabic.com/en/news/37440-mars-sabic-and-landbell-partner-in-closed-loop-initiative-for-kind-snack-bar-packaging-based-on-certified-circular-pp) - [Magnum launches new tubs made using certified circular polypropylene from SABIC's TRUCIRCLE, sabic.com](https://www.sabic.com/en/news/24118-magnum_launches_new_tubs_made_using_certified_circular_polypropylene) - [SABIC Certified Circular Polyolefins TRUCIRCLE portfolio brochure, sabic.com PDF](https://www.sabic.com/en/Images/SABIC-Certified-Circular-Polymers-from-TRUCIRCLE-Portfolio-Final_tcm1010-26465.pdf) - [Press release from SABIC: First production of ISCC certified circular polymers, ISCC System](https://www.iscc-system.org/news/press-release-from-sabic-first-production-of-iscc-certified-circular-polymers/) - [Still fifty years to commercially scale pyrolysis technologies, new paper finds, Zero Waste Europe, novembre 2024](https://zerowasteeurope.eu/press-release/still-fifty-years-to-commercially-scale-pyrolysis-technologies-new-paper-finds/) - [Scrutinising scientific standards, report mai 2025, Zero Waste Europe PDF](https://zerowasteeurope.eu/wp-content/uploads/2025/05/ZWE_report_May25_scrutinisingScientificStandars.pdf) - [EU mass balance accounting rules under SUPD revealed, Recycling Magazine, février 2026](https://www.recycling-magazine.com/2026/02/23/eu-mass-balance-accounting-rules-under-supd-revealed/) - [Eastman's Kingsport, Tennessee recycling facility operating at around 70 % rates, S&P Global, juillet 2024](https://www.spglobal.com/commodity-insights/en/news-research/latest-news/chemicals/072624-eastmans-kingsport-tennessee-recycling-facility-operating-at-around-70-rates-ceo) - [Carbios celebrates groundbreaking of its PET biorecycling plant Longlaville, carbios.com](https://www.carbios.com/newsroom/en/carbios-celebrates-the-groundbreaking-of-its-pet-biorecycling-plant/) - [Plastic Energy and SABIC plant produces first batch of oil from hard-to-recycled plastics, SpecialChem](https://www.specialchem.com/plastics/news/plastic-energy-and-sabic-jv-plant-produces-its-first-batch-of-oil-from-hard-to-recycled-plastics) ## Pour aller plus loin - [Grandpuits démarre : première usine française de recyclage chimique](/grandpuits-demarrage-recyclage-chimique-premiere-usine-france/) - [Carbios Longlaville : où en est le projet PET en 2026](/carbios-longlaville-biorecyclage-pet-textile-demarrage-juin-2026/) --- ## ESPR acier et ferro-alliages : 1ers actes délégués 2026 - URL: https://www.recy.net/espr-acier-ferro-alliages-premiers-actes-delegues-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-31T06:00:00 - Categories: economie-circulaire La question revient souvent dans le secteur : « est-ce que la sidérurgie va vraiment avoir un acte délégué ESPR en 2026, ou c'est encore Bruxelles qui annonce six mois avant » ? Pour y répondre honnêtement, il a fallu ouvrir trois sources. La réponse honnête tient en deux temps : le plan de travail 2025-2030 le promet, mais le calendrier glisse déjà. Voici ce qu'il faut savoir si vous produisez, achetez ou financez de l'acier en Europe. ## Le règlement ESPR et son plan de travail 2025-2030 Le règlement européen 2024/1781, dit ESPR pour Ecodesign for Sustainable Products Regulation, est entré en vigueur le 18 juillet 2024. Il remplace la directive Écoconception de 2009, qui se limitait aux produits liés à l'énergie. L'ESPR couvre désormais quasi tous les biens physiques mis sur le marché unique, à l'exception de la défense, des médicaments et de l'alimentaire. La mécanique du texte est simple : c'est un cadre. La Commission européenne ne fixe pas elle-même les exigences produit par produit. Elle adopte des **actes délégués** sectoriels qui précisent, pour chaque famille de produits, les critères de performance environnementale et d'information à respecter. Le 16 avril 2025, la Commission a publié le premier plan de travail ESPR, valable jusqu'en 2030. Ce plan liste les produits prioritaires et leurs dates indicatives d'adoption d'acte délégué. Pour la partie produits intermédiaires, **fer et acier arrivent en tête, avec une adoption visée en 2026**. Aluminium suit en 2028. Côté produits finis : textile en 2027, pneus en 2027, meubles en 2028, matelas en 2029. Une revue à mi-parcours est prévue en 2028. La Commission peut alors ajouter, retirer ou décaler des catégories. Autrement dit : la liste n'est pas figée, mais les six familles citées sont sécurisées. ## Pourquoi l'acier en premier Trois raisons structurelles, et une politique. Côté structurel, l'acier est un produit intermédiaire massif. Il entre dans 75 % des produits manufacturés. Verrouiller ses critères en amont fait basculer mécaniquement les exigences des produits aval : automobile, BTP, machines, emballages. C'est l'inverse d'une régulation produit fini qui ne joue qu'à un endroit de la chaîne. Côté empreinte carbone, la sidérurgie représente environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre de l'UE et 7 % à l'échelle mondiale. Une tonne d'acier primaire produit par voie haut fourneau émet 1,85 à 2,3 tonnes de CO2. La même tonne produite par four électrique à partir de ferraille recyclée tombe à 0,3-0,6 tonne. L'écart est tel que tout effet de levier vaut le coup. Côté circularité, l'acier est l'un des rares matériaux où la chaîne de recyclage est techniquement mature. Le taux de recyclage en fin de vie dépasse 90 % en Europe pour les usages BTP et automobile. Le problème n'est pas la technologie, c'est l'organisation des flux de ferraille et la disponibilité d'énergie décarbonée pour les fours électriques. Côté politique, le secteur a poussé. EUROFER, l'association européenne, a explicitement demandé une mise en œuvre rapide de l'ESPR pour début 2026, considérant le texte comme une « bouée de sauvetage » dans un contexte de concurrence asiatique massive. Là où d'autres lobbies industriels freinent, la sidérurgie européenne veut le texte parce qu'il pénalisera ses concurrents extra-UE. ## Le contenu probable de l'acte délégué Le Joint Research Centre (JRC) de la Commission mène depuis 2024 l'étude préparatoire « Iron and Steel Products » sous l'identifiant ENV.A.3. C'est la base technique de l'acte délégué. La méthodologie est dite « cradle-to-gate » : du minerai à la sortie d'usine, hors phase d'usage. Cinq catégories d'exigences sont à l'étude. **Empreinte carbone intégrée du produit.** Mesurée en kg CO2eq par tonne d'acier, déclarée selon une méthodologie harmonisée. Plafond probable progressif : seuil de référence en 2027-2028, durcissement par paliers. Pour les ferro-alliages, le périmètre couvre ferro-manganèse, ferro-chrome, ferro-silicium, ferro-nickel, particulièrement énergivores. **Contenu en matières recyclées.** Pourcentage minimum de ferraille incorporée par catégorie d'acier. La filière électrique l'atteint déjà à 95-100 %. La filière haut fourneau est structurellement plafonnée à 15-30 % côté gisement ferraille. Le seuil retenu trancherait directement entre les deux voies de production. ECOS, ONG environnementale spécialisée standards techniques, pousse pour des seuils ambitieux. **Durabilité et performance.** Tenue mécanique minimale par usage (construction, transport, emballage), résistance à la corrosion, garantie produit. Ces critères existent déjà via normes EN, l'ESPR les rend opposables sous forme réglementaire. **Démontabilité et réparabilité.** Pour les éléments structurels acier, traçabilité du grade et compatibilité avec un démontage en fin de vie. Le BTP est concerné en premier ordre : assemblages boulonnés réversibles, identification des aciers par marquage, fiche de fin de vie. **Passeport numérique produit (DPP).** Le DPP est la mécanique centrale de l'ESPR. Pour l'acier, il portera la composition chimique, le grade, l'origine du minerai et de la ferraille, l'empreinte CO2 vérifiée, les usages autorisés, les conditions de fin de vie. Le registre central européen de DPP doit ouvrir le 19 juillet 2026, qu'un acte délégué soit adopté ou non à cette date. L'ordre d'adoption attendu : projet d'acte délégué soumis à consultation publique fin 2025-début 2026 (en cours), avis du Forum Ecodesign mi-2026, adoption formelle fin 2026 ou début 2027. Période de transition de 18 à 24 mois après publication. Application réelle pour les producteurs : 2028-2029. ## Le glissement de calendrier que personne n'admet officiellement Le plan de travail dit « adoption 2026 ». Les analystes spécialisés alertent depuis l'été 2025 sur un glissement de 6 à 12 mois. La même dynamique a touché le règlement Batteries 2023/1542 et la directive CSRD. Quand la consultation publique sort tard et que les retours industriels sont nombreux, l'acte délégué dérive. Pour la sidérurgie, deux scénarios tiennent la route : Scénario A, tenue du calendrier : projet d'acte délégué publié fin Q3 2026, consultation 8 semaines, adoption Q4 2026. Application sous 18 mois donc mi-2028. C'est la version officielle qu'EUROFER continue de défendre. Scénario B, glissement réaliste : adoption Q1-Q2 2027, application 2029. C'est la version sur laquelle je miserais si je devais signer une note d'opportunité industrielle. La complexité du périmètre ferro-alliages, les arbitrages sur les seuils carbone et le poids du dossier rendent un glissement plus probable qu'une tenue stricte. Cette nuance compte parce qu'elle change le calendrier d'investissement des sidérurgistes. Une fenêtre de 12 mois supplémentaires permet d'amortir la transition vers le four électrique, de sécuriser les contrats d'électricité décarbonée et de structurer les flux de ferraille. Un calendrier resserré la rend brutale. ## Position des acteurs : qui pousse, qui freine **EUROFER, association européenne des sidérurgistes.** Pousse la mise en œuvre rapide. Voit l'ESPR comme un levier de protection contre l'acier importé à empreinte carbone élevée, en complément du CBAM. Demande des exigences modulables par voie de production pour éviter de pénaliser les producteurs européens en transition. **ArcelorMittal.** Premier sidérurgiste européen, capitalisation de la transition haut fourneau vers four électrique sur le site de Dunkerque (projet DRI-EAF de 1,8 milliard d'euros, mis en pause en juin 2024 puis réactivé partiellement en 2025). Soutient l'ESPR mais demande des seuils réalistes et un alignement avec le CBAM pour ne pas pénaliser deux fois. **Eramet.** Producteur français de ferro-alliages, de nickel et de manganèse. Position discrète publiquement mais a engagé une décarbonation de ses sites norvégiens (ferro-manganèse, ferro-silicium). Le périmètre ferro-alliages de l'acte délégué est central pour eux. **Aperam.** Spécialiste de l'inox, basé en Europe avec sites en France (Imphy), Belgique, Brésil. A introduit en 2023 sa gamme « Aperam Infinite » à empreinte CO2 quasi nulle pour les segments premium. Production de 18,6 kt de ferro-alliages issus de poussières recyclées en 2023 via sa filiale Recyco. Profil typique du « gagnant ESPR » : déjà avancé sur recyclage et bas carbone. **Outokumpu.** Sidérurgiste finlandais d'inox, leader mondial sur la voie EAF avec un taux de ferraille de 95 %. Pousse pour des seuils ambitieux : ils en bénéficient mécaniquement par rapport aux concurrents asiatiques. **Federacciai, fédération italienne.** Italie produit 20 millions de tonnes d'acier par an, majoritairement EAF. Position alignée EUROFER mais alerte régulièrement sur la « compétitivité Made in Europe » dans les marchés publics. Antonio Gozzi, son président, a qualifié l'Industrial Accelerator Act 2025 d'« occasion manquée » faute de critères de contenu européen. **ECOS, NGO environnementale.** Critique le plan de travail qu'elle juge trop court par rapport aux promesses initiales. Pousse pour que les seuils soient ambitieux dès le premier acte délégué, sans attendre la révision 2028. Note l'absence de la chaussure et la faiblesse des plastiques dans la liste. ## Le contexte sidérurgique européen, la donnée qui colore tout le débat L'ESPR arrive dans un secteur en crise structurelle. EUROFER publie depuis trois ans des chiffres alarmants. La production européenne d'acier brut est tombée à **125,8 millions de tonnes en 2025**, contre 130 en 2024, et 156 il y a sept ans. La consommation apparente recule en parallèle : de 153 à 128 millions de tonnes sur la même période. Les importations atteignent **29 % du marché européen au Q3 2025**, un record absolu. Sur l'année, les importations d'acier semi-fini ont bondi de 14 %, les produits finis de 9 %. Pour mémoire : 27 millions de tonnes importées en 2024, contre 17 millions exportées. Le taux d'utilisation des capacités européennes plafonne autour de 60 %. À ce niveau, plusieurs sites passent sous le seuil de rentabilité. Tata Steel a fermé un haut fourneau à Ijmuiden en 2024. ArcelorMittal a réduit sa voilure à Brême et Eisenhüttenstadt. Liberty Steel est en restructuration permanente. Face à cette pression, l'ESPR joue un double rôle. Côté offensif, elle pénalise les importations à empreinte carbone élevée via les obligations DPP (un importateur qui ne fournit pas son empreinte vérifiée se retrouve hors marché). Côté défensif, elle force les producteurs européens à publier leurs efforts de décarbonation et leur taux de recyclé, ce qui valorise les bons élèves dans les appels d'offres et les contrats privés. Mais l'ESPR ne suffira pas seule. Axel Eggert, directeur général d'EUROFER, l'a redit en mars 2026 : « La production européenne d'acier diminue pendant que les importations grimpent. Les décideurs européens doivent adopter rapidement la nouvelle mesure de protection commerciale sans la diluer, sinon l'Europe perdra davantage de capacité industrielle. » Traduction : ESPR + CBAM + mesures commerciales doivent jouer ensemble, pas les unes contre les autres. ## Le risque de la cascade vers les produits aval Un point que personne ne creuse assez. L'acier étant un produit intermédiaire, ses obligations ESPR remontent mécaniquement dans tous les produits finis qui l'utilisent. Un constructeur automobile qui sourçait son acier sans question devra demain documenter l'empreinte carbone de chaque tôle, son contenu recyclé, son origine. Idem pour un fabricant de meubles métalliques, un assembleur de châssis, un fournisseur de tubes pour la construction. La Commission l'a anticipé en formulant explicitement dans le plan de travail que les exigences sur produits intermédiaires devront « ne pas cascader négativement vers les marchés finaux ». Traduit : on essaiera d'éviter la double régulation. Mais en pratique, les PME aval vont devoir s'équiper pour lire et exploiter les DPP de leurs fournisseurs acier, sans avoir d'obligation directe. C'est le sujet de gestion documentaire le plus sous-estimé à 24 mois. Notre [analyse du règlement Circular Economy Act 2026](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030) détaille la logique de cascade entre matériaux primaires et produits finis sur l'objectif 24 % de circularité en 2030. L'ESPR acier en est la première mise en pratique sectorielle. ## Gagnants et perdants probables Les **producteurs européens four électrique** (EAF) sont structurellement avantagés : déjà à fort taux de ferraille, déjà à faible empreinte carbone. Outokumpu, Aperam, sites italiens et espagnols sortiront en tête. Les contrats publics et les appels d'offres privés intégrant les critères ESPR leur reviendront. Les **producteurs haut fourneau en transition** (ArcelorMittal, Tata, ThyssenKrupp) jouent leur survie sur la rapidité du déploiement DRI-EAF. Si l'acte délégué impose un seuil de contenu recyclé ou d'empreinte carbone qu'ils ne peuvent pas atteindre faute d'infrastructure prête, ils perdent les marchés. S'il leur donne 24 à 36 mois supplémentaires, ils basculent. Les **importateurs de pays tiers** sont les premiers perdants. Acier turc, indien ou chinois importé sans DPP vérifié et sans empreinte carbone documentée se retrouve hors marché ESPR. Le CBAM joue déjà ce rôle en taxant les émissions ; l'ESPR le redouble en exigeant la documentation. Double barrière. Les **PME aval** (transformateurs, constructeurs, assembleurs) sont les angles morts. Pas d'obligation directe, mais obligation d'exploiter les DPP de leurs fournisseurs. Investissement en outils logiciels et formation à anticiper dès 2027. Notre [point sur la directive ESPR appliquée au textile invendus](/directive-espr-2026-invendus-textile) montre la mécanique d'application concrète d'un acte délégué ESPR (interdiction destruction, exemptions, échéances). Le futur acte acier suivra la même architecture. ## Ce qu'il faut faire maintenant Pour un sidérurgiste européen : sécuriser les contrats d'électricité décarbonée à 5 ans, structurer les flux ferraille, lancer les chantiers DRI-EAF si pas déjà en cours. Le délai d'application en 2028-2029 paraît loin ; le temps de basculement industriel ne l'est pas. Pour un acheteur industriel d'acier : intégrer dès maintenant la demande de DPP dans les cahiers des charges fournisseurs, même non opposable. Cela cale les processus et oblige les fournisseurs à se préparer. Pour un investisseur : regarder les capex de transition. ArcelorMittal Dunkerque (1,8 milliard d'euros DRI), SSAB Suède (HYBRIT), Thyssenkrupp Duisburg (3 milliards). Ces investissements deviennent rentables seulement si l'ESPR pénalise les concurrents non décarbonés. Calendrier ESPR = horizon de retour sur investissement. Pour une PME aval : se renseigner sur la nature des DPP qui arrivent, prévoir une intégration ERP/PLM courant 2027 pour absorber les flux documentaires sans douleur. Mon avis tranché : le calendrier officiel 2026 glissera probablement de 6 mois. L'application réelle se jouera entre 2028 et 2029. Mais la trajectoire est solide. L'ESPR sur l'acier n'est pas une lubie bruxelloise : c'est l'instrument que la sidérurgie européenne attendait pour transformer son désavantage compétitif (énergie chère, carbone cher) en avantage réglementaire (concurrence soumise aux mêmes règles). Le seul scénario d'échec serait une dilution par lobbying croisé entre États membres aux intérêts opposés. À surveiller : la position allemande, qui hésite entre soutien à ses sidérurgistes et inquiétude sur le coût de l'acier pour son industrie automobile. ## Sources - [Working Plan 2025-2030, European Commission Green Forum](https://green-forum.ec.europa.eu/news/2025-2030-working-plan-2025-07-11_en) - [ESPR Working Plan : Key Products, Timelines, One Click LCA](https://oneclicklca.com/en/resources/articles/first-espr-working-plan) - [ECOS : First ESPR Working Plan kick-starts a more sustainable EU single market](https://ecostandard.org/news_events/espr-first-working-plan/) - [JRC Preparatory Study on Iron and Steel Products, European Commission](https://susproc.jrc.ec.europa.eu/product-bureau/product-groups/642/home) - [EUROFER : European Steel Association position on ESPR](https://www.eurofer.eu/publications/position-papers/ecodesign-for-sustainable-products-regulation) - [EUROFER : Steel production hits historic low as imports gain record share](https://www.eurofer.eu/press-releases/new-report-european-steel-production-hits-historic-low-as-imports-gain-record-share-of-eu-market) - [EUROFER : Steel and Metals Action Plan press release](https://www.eurofer.eu/press-releases/steel-and-metals-action-plan-right-diagnosis-right-direction-now-is-the-time-to-effectively-implement-the-solutions-to-save-european-steel-says-eurofer) - [European steel industry faces critical turning point in 2025, EUROMETAL](https://eurometal.net/european-steel-industry-faces-critical-turning-point-in-2025/) - [Acier chinois : l'Europe referme ses frontières, ABC Bourse](https://www.abcbourse.com/marches/acier-chinois-l-europe-referme-ses-frontieres-avec-des-mesures-protectionniste_676651) - [DPP Timeline 2026-2030 : Every Product, Every Deadline, PassportCraft](https://passportcraft.com/insights/dpp-timeline-2026-2030-every-deadline) - [Update from the EU Ecodesign Forum : Progress on ESPR Methodology, Aluminium Stewardship Initiative](https://aluminium-stewardship.org/update-from-the-eu-ecodesign-forum-progress-on-espr-methodology) - [Aperam : Carbon Border Adjustment Mechanism overview](https://www.aperam.com/the-carbon-border-adjustment-mechanism-fr/) --- ## Recyclage batteries VE : la JV Stellantis-Orano enterrée - URL: https://www.recy.net/stellantis-orano-jv-recyclage-batteries-ve-demarrage-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-30T06:00:00 - Categories: recyclage Le 26 octobre 2023, Stellantis et Orano signent un protocole d'accord en grande pompe. Coentreprise paritaire pour recycler les batteries de véhicules électriques en fin de vie et les chutes de production des gigafactories d'Europe élargie et d'Amérique du Nord. Démarrage annoncé : début 2026. Procédé hydrométallurgique bas carbone d'Orano, taux de récupération supérieur à 90 % sur lithium, cobalt, nickel, manganèse. Et un débouché tout trouvé dans la future usine Orano-XTC de Dunkerque pour boucler la boucle. Sur le papier, l'industriel français du nucléaire offrait à Stellantis une sécurisation amont sur les métaux critiques. Le geste politique tombait pile sur la rentrée d'un cycle d'investissements européens dans la « battery valley ». On est en mai 2026. Le démarrage n'aura pas lieu. La coentreprise a été enterrée le 26 septembre 2024, vingt-trois mois après l'annonce et seulement dix-sept mois avant la date prévue de mise en service. Je préfère poser le sujet d'emblée : ce n'est pas un report, c'est un abandon. Et derrière, c'est tout le cluster Dunkerque qui se reconfigure dans la douleur. ## L'annonce d'octobre 2023 : ce qui était sur la table Reprenons le communiqué Stellantis du 26 octobre 2023 (relayé par media.stellantis.com et orano.group). Coentreprise paritaire 50-50, sans engagement financier précis communiqué. Périmètre : pré-traitement mécanique des batteries lithium-ion en fin de vie et des scrap de gigafactory, production de black mass (poudre noire concentrant cobalt-nickel-lithium-manganèse-graphite après broyage des cellules démontées). Trois géographies visées : Europe élargie (au sens Stellantis : UE + UK + Suisse + Norvège), Amérique du Nord et la Mopar/Sustainera deal. L'aval était hors périmètre de la JV mais dans l'écosystème Orano : la black mass produite devait être raffinée par l'usine hydrométallurgique d'Orano à Dunkerque, alors annoncée pour 2026. Boucle théoriquement fermée : métaux récupérés réinjectables dans des cathodes neuves, fabriquées par l'autre coentreprise d'Orano à Dunkerque, Neomat (avec le chinois XTC New Energy). Stellantis sécurisait son amont en métaux critiques : cobalt, nickel, lithium. Orano valorisait son procédé issu de quinze ans de R&D dans le cycle de l'uranium, transposé aux cathodes lithium-ion. L'État français applaudissait : un constructeur automobile européen et un industriel public nucléaire alignés sur le souverainisme métallique. Tout le monde y trouvait son compte. Sauf que personne n'a financé le projet pendant onze mois. ## Septembre 2024 : la fin du protocole Le 26 septembre 2024, communiqué conjoint sobre. Stellantis et Orano annoncent qu'ils ne finaliseront pas la coentreprise. Le titre Orano parle de « nouvelle orientation pour le partenariat ». L'Usine Nouvelle, Boursorama et Option Finance ont publié le même jour. Aucune des deux entreprises n'a publié de bilan financier, d'étude de marché chiffrée ou de raison technique précise. Juste « les deux entreprises restent reconnaissantes de leur relation et explorent d'autres relations commerciales possibles ». En septembre 2024, le marché des batteries en Europe s'enfonce. Ralentissement des ventes de VE, révision à la baisse des projections de gigafactories, baisse des prix du lithium et du cobalt après le pic de 2022. La black mass se vend mal, les acteurs en place sont en surcapacité. Northvolt entre en restructuration deux mois plus tard (faillite en mars 2025). Eramet suspendra son projet hydrométallurgique de Dunkerque le mois suivant, en octobre 2024. Le contexte explique. Il ne justifie pas. Quand on annonce un projet stratégique pour la souveraineté européenne en métaux critiques, on n'abandonne pas en silence onze mois plus tard. Le communiqué est tellement plat qu'il sonne comme un faire-part. Et le décodage est clair : Stellantis a refusé de mettre la moitié du capital. Stellantis a regardé le marché, a vu les comptes des gigafactories européennes plonger, et a préféré garder ses billes. Honnêtement, je trouve la décision rationnelle. Mais le problème n'est pas là. Le problème, c'est qu'aucune alternative n'a été annoncée depuis. Stellantis n'a pas signé avec Eramet, ni avec SUEZ, ni avec Veolia, ni avec Suez/Eramet ex-Cycle. Le constructeur revendique le pilier recyclage de sa stratégie Sustainera, mais sur la chaîne lithium-cobalt-nickel, il navigue à vue. ## Ce qu'Orano fait quand même Côté Orano, le pilote industriel de Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne) tourne depuis novembre 2023. CIME, Centre d'innovation en métallurgie extractive : deux unités, pré-traitement et hydrométallurgie, capacité expérimentale. Le directeur du site annonçait fin 2023 un taux de recyclage à 95 % sur les composants des batteries traitées. Chiffre cohérent avec le seuil 90 % du règlement (UE) 2023/1542 pour cobalt-cuivre-nickel-plomb, et largement au-dessus du seuil 50 % pour le lithium fixé pour le 31 décembre 2027. L'usine industrielle de Dunkerque, c'est une autre histoire. Annoncée initialement pour 2026, elle a glissé. Le débat public CNDP s'est conclu en 2024, les autorisations environnementales sont en cours. L'investissement total Orano-XTC à Dunkerque dépasse 1,5 milliard d'euros, dont 1,3 milliard pour les usines de cathodes Neomat. Le calendrier officiel de mars 2026 (communiqué Orano) annonce le démarrage de la première ligne CAM pour 2027, la deuxième en 2028. Pour l'unité hydrométallurgique de recyclage : 15 000 tonnes de modules batteries par an en pré-traitement, 20 000 tonnes de masse métallique en hydrométallurgie. Démarrage progressif à compter de 2027, montée en charge sur 2028-2029. Les chiffres parfois cités de 3 000 tonnes par an pour la JV Stellantis-Orano correspondaient à une cible initiale d'amorçage, jamais confirmée publiquement par les deux groupes. Bref, ce qui devait démarrer en 2026 démarrera dans le meilleur des cas en 2028. Et sans Stellantis dans la boucle de garantie d'approvisionnement en gisement de batteries usagées. ## Le cluster Dunkerque, réalité 2026 La « battery valley » française se concentre sur 53 hectares au Grand Port Maritime de Dunkerque, plus l'arrière-pays. Trois gigafactories de cellules : ACC (Automotive Cells Company, JV Stellantis-Mercedes-TotalEnergies) à Douvrin, AESC Envision à Douai, Verkor à Bourbourg. La gigafactory Verkor a été inaugurée le 11 décembre 2025, capacité 16 GWh par an extensible à 50 GWh. Verkor est partenaire de Renault, pas de Stellantis. ACC en revanche est bien dans l'orbite Stellantis. Recyclage en aval : SUEZ confirme son projet de pré-traitement à Dunkerque, capacité visée 50 000 tonnes de modules par an (équivalent 200 000 batteries VE), démarrage 2026. Mais SUEZ continue seul depuis qu'Eramet a suspendu son aval hydrométallurgique en octobre 2024. Sans raffinage hydrométallurgique français à proximité, la black mass produite par SUEZ devra être exportée vers la Chine, la Corée ou l'Allemagne (Glencore, Umicore, BASF), faute de capacité locale avant 2028. C'est tout le problème du modèle : on broie les batteries en France, on exporte le concentré, on rachète les métaux raffinés à l'étranger. C'est exactement le contre-modèle du règlement (UE) 2023/1542. L'investissement total annoncé sur la zone industrialo-portuaire dépasse 8,5 milliards d'euros, capacité cellules 64 GWh à l'horizon 2030. Sur le papier, c'est la plus grosse concentration européenne après l'Allemagne. Dans la réalité, le tableau est plus contrasté. Les calendriers glissent. ACC a réduit la voilure sur sa deuxième ligne. Verkor doit doubler sa capacité initiale pour rentabiliser. Le verre est à moitié plein si on regarde la dynamique, à moitié vide si on regarde la chronologie. ## Stellantis sans plan B annoncé C'est là où ça coince. Stellantis a abandonné Orano en septembre 2024. Vingt mois plus tard, en mai 2026, le constructeur n'a annoncé aucun partenariat de remplacement pour la chaîne pré-traitement-hydrométallurgie en Europe. La stratégie Sustainera communique sur le 4R (Reman, Repair, Reuse, Recycle), avec des avancées réelles sur la seconde vie des batteries (123 000 kWh d'énergie vendue à des tiers en 2025, multipliée par quatre par rapport à 2024) et sur le démantèlement véhicules (centres Turin 2024, São Paulo 2025, troisième centre à annoncer). Le projet PIONEER à l'aéroport de Rome Fiumicino, le dispositif d'aide AVATHOR ONE : ce sont des vitrines de seconde vie pour des batteries en fin de garantie automobile mais encore exploitables stationnairement. Très bien. Sauf que ce n'est pas du recyclage matière. Sur le recyclage matière pur lithium-cobalt-nickel, Stellantis a trois options : D'abord, contractualiser avec un acteur tiers (SUEZ, Veolia, Glencore, Umicore) pour la collecte et le pré-traitement. C'est ce que font BMW et Mercedes en Allemagne. Approche pragmatique, faible engagement capitalistique, mais zéro maîtrise du procédé et zéro garantie d'approvisionnement en métaux raffinés. Ensuite, reprendre une discussion avec Orano sur une base purement commerciale, sans coentreprise. C'est l'hypothèse ouverte par le communiqué de septembre 2024 (« d'autres relations commerciales possibles »). Vingt mois sans annonce, ça ressemble à un enterrement de première classe. Enfin, se lier à un acteur asiatique (CATL, LG Energy, SK On, GEM, Brunp). Risque géopolitique évident en pleine guerre des métaux critiques entre UE-USA-Chine. Aucune des trois n'a été matérialisée publiquement à mai 2026. C'est un trou dans la chaîne de valeur Stellantis qui devient gênant à l'approche de l'échéance 2031 du règlement (UE) 2023/1542 : 16 % de cobalt recyclé et 6 % de lithium recyclé incorporés obligatoirement dans les batteries neuves. Sans accès à une filière de recyclage maîtrisée, ces seuils se sécurisent avec des certificats, pas avec des molécules. La différence comptera quand les contrôles ADEME et douanes commenceront en mars 2027 sur le [passeport batterie UE](/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026/). Petit rappel sur la mécanique du seuil 2031. Le règlement (UE) 2023/1542 ne fixe pas un taux moyen sur la flotte vendue, mais un taux minimum par batterie mise sur le marché européen. Concrètement, chaque modèle de Peugeot e-208, Citroën ë-C4, Fiat 500e ou Jeep Avenger devra prouver son contenu recyclé. La traçabilité s'effectue via le passeport batterie, base de données centralisée gérée par la Commission. Pas de moyenne pour compenser une bonne batterie par une mauvaise : c'est unitaire, c'est contrôlable, c'est sanctionnable. Et la sanction monte jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires européen de l'année précédente sur l'entité juridique en infraction. Pour Stellantis, ça pose un risque chiffré, pas un risque théorique. Le deuxième angle mort : la donnée. Pour alimenter le passeport batterie, il faut connaître l'origine de chaque kilo de lithium et de cobalt entrant dans les cellules. Les fournisseurs amont chinois (CATL, BYD, EVE Energy) sont sous contrôle de l'État chinois sur la donnée stratégique. Espérer obtenir un dossier de traçabilité granulaire d'un fournisseur asiatique en 2027, c'est optimiste. La filière européenne intégrée verticalement, c'est ce qui sécurise la donnée autant que la matière. Stellantis sans pilier recyclage propre, c'est Stellantis dépendant des données de tiers. Position fragile en cas de tension géopolitique sur les métaux critiques, et la tension est déjà là (restrictions chinoises sur le graphite depuis décembre 2023, sur le gallium et le germanium depuis 2024). ## Ce qu'il faut retenir, sans rosir Le projet de JV Stellantis-Orano annoncé en 2023 pour démarrer en 2026 n'existe plus depuis septembre 2024. Toute communication qui parle encore de « démarrage 2026 » pour cette coentreprise est obsolète. Le cluster Dunkerque, c'est trois gigafactories cellules opérationnelles ou en cours, une usine SUEZ de pré-traitement qui devrait démarrer en 2026, et l'usine hydrométallurgique Orano-XTC qui glisse à 2027-2028. La filière n'est pas morte, elle est en retard. Le tsunami batteries arrivera quand même. Le parc européen de VE approche 6 millions d'unités, durée de vie batterie 8 à 15 ans. Les premières grosses vagues de fin de vie tomberont entre 2028 et 2032. Les acteurs qui auront sécurisé leur amont à temps prendront le marché. Ceux qui ne l'auront pas fait achèteront leur conformité à prix d'or sur le marché du certificat. Stellantis fait partie des seconds aujourd'hui. Renault, qui a choisi le système individuel REP avec [The Future is Neutral et SUEZ](/the-future-is-neutral-renault-systeme-individuel-batteries-ve-bilan-6-mois-avril-2026/), fait partie des premiers. Comparaison à suivre. La question que je me pose : Stellantis attend-il que SUEZ-Dunkerque, Orano-Dunkerque et la prochaine annonce de Veolia ouvrent leurs usines pour signer en chevillette des contrats d'approvisionnement, ou prépare-t-il une internalisation dans une de ses propres filiales européennes ? Pas de signal clair. Mais le silence devient lui-même une information. Quand un constructeur de la taille de Stellantis ne réagit pas pendant vingt mois à l'effondrement de son projet de JV stratégique, c'est qu'il a fait un calcul. Probablement que l'externalisation est moins risquée que le capex sur un marché en surcapacité. Pari raisonnable. Mais qui coûtera cher si la prime au métal recyclé européen explose après l'application du règlement 2023/1542. Pour la souveraineté française et européenne en matières critiques, c'est un échec mou. Pas un effondrement spectaculaire, juste un projet de plus qui n'arrive pas à terme dans une filière qui en aurait eu besoin. Le cluster Dunkerque survivra. Mais avec un Stellantis spectateur, la boucle européenne sur le lithium-cobalt-nickel reste à boucler. ## Sources - https://www.media.stellantis.com/fr-fr/corporate-communications/press/stellantis-signe-un-accord-avec-orano-pour-le-recyclage-des-batteries-des-vehicules-electriques - https://www.media.stellantis.com/fr-fr/corporate-communications/press/nouvelle-orientation-pour-le-partenariat-entre-stellantis-et-orano-dans-le-recyclage-des-batteries - https://www.orano.group/en/news/news-group/2024/september/new-direction-for-the-partnership-between-stellantis-and-orano-in-battery-recycling - https://www.usinenouvelle.com/article/stellantis-et-orano-renoncent-a-leur-coentreprise-de-recyclage-des-batteries-de-vehicules-electriques.N2219271 - https://www.usinenouvelle.com/article/face-aux-difficultes-des-batteries-en-europe-eramet-suspend-son-projet-d-usine-de-recyclage-hydrometallurgique-a-dunkerque.N2221061 - https://www.orano.group/en/news/news-group/2026/march/xtc-new-energy-and-orano-announce-the-construction-of-their-first-battery-cathode-active-material-manufacturing-plant-in-northern-france - https://www.suez.com/en/news/press-releases/eramet-and-suez-choose-dunkirk-electric-vehicle-battery-recycling-plant - https://www.usinenouvelle.com/editorial/orano-met-en-service-son-pilote-industriel-de-recyclage-des-batteries.N2198983 - https://www.media.stellantis.com/em-en/stellantis-parts-services/press/stellantis-sustainera-advances-circular-economy-ambitions-and-expands-its-reuse-ecosystem - https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32023R1542 - https://dunkerquelenergiecreative.fr/documentations/dunkerque-vallee-de-la-batterie-francaise/ --- ## Alcome : 78 M€ en 2026 pour ramener les mégots de 40 % - URL: https://www.recy.net/alcome-budget-78-millions-2026-objectif-40-pourcent-megots-juin/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-29T06:00:00 - Categories: tri Alcome, l'éco-organisme chargé des mégots de cigarette, publie son bilan d'activité courant juin 2026. Le budget annoncé : 78,7 millions d'euros, soit 5,5 % de plus qu'en 2025 et un facteur 6 par rapport au budget de démarrage de 2021. L'objectif officiel : réduire de 35 % le nombre de mégots jetés sur la voie publique en 2026, et viser les 40 % en 2027. Il y a beaucoup à dire sur la mécanique de cette filière REP, et je vais essayer de ne pas botter en touche sur les zones qui fâchent. ## Alcome en deux phrases Alcome est l'éco-organisme agréé en août 2021 par le ministère de la Transition écologique pour piloter la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) sur les produits du tabac. C'est le premier éco-organisme européen dédié aux mégots. Il est financé à 100 % par les metteurs en marché : Philip Morris, Japan Tobacco International, British American Tobacco, Imperial Brands, Seita, et les fabricants de tubes et filtres vendus en France. Pas d'argent public. Le périmètre est précis. Alcome ne ramasse pas les mégots à la place des collectivités. Il finance, accompagne, sensibilise. Le ramassage reste à la charge des communes et de leurs prestataires de propreté urbaine. C'est un point essentiel pour comprendre la suite : un éco-organisme à 78 millions d'euros qui ne touche pas un mégot, ça pose mécaniquement une question d'efficience. ## Le budget 2026 : 78,7 M€, en hausse mécanique Les chiffres consolidés que je trouve dans la communication Alcome et la presse spécialisée donnent une trajectoire claire : - 12 M€ en 2022 (démarrage opérationnel) - 30 M€ en 2023 - 61 M€ en 2024 (doublement) - 74,6 M€ en 2025 - 78,7 M€ en 2026 Sur cinq ans, le budget a progressé de 555 % d'après les calculs de la Revue des Tabacs. La hausse de 2026 reste modeste (+5,5 %) après deux exercices de fort gonflement. Les postes affichés : 7,6 M€ pour la communication et la sensibilisation, dont une campagne nationale d'affichage, et 0,4 M€ pour combler les zones blanches de couverture. Le reste va au soutien financier des collectivités sous contrat. Pour situer, 78 millions d'euros sur 75 milliards de mégots produits chaque année en France, ça fait un peu plus d'un centième de centime par mégot. C'est l'ordre de grandeur de l'éco-contribution prélevée sur les fabricants : 2,84 € HT pour 1000 filtres acétate en 2026, contre 1,62 € en 2024. Soit une hausse de 75 % de la contribution par filtre, supportée in fine par le consommateur via le prix du paquet. ## L'objectif 40 % : ce qu'il faut comprendre L'objectif réglementaire fixé par l'État dans le cahier des charges Alcome est de réduire de 40 % le nombre de mégots jetés sur la voie publique d'ici fin 2027, par rapport à la baseline 2021. La trajectoire intermédiaire : -20 % fin 2024, -35 % fin 2026, -40 % fin 2027. Cette baseline a été établie par une étude conjointe Alcome / ADEME / pouvoirs publics : en moyenne 1,3 mégot tous les dix mètres de voirie en France, jusqu'à 4,5 mégots dans les grandes villes denses, 1,7 dans les villes moyennes, 1,2 dans les zones touristiques, 0,8 dans le rural. Un mégot tous les dix mètres, ça ne dit rien à grand monde tant qu'on n'a pas marché un kilomètre en comptant. Marchez. Vous allez en trouver 130. Ce sont les ordres de grandeur qui structurent toute la mécanique de financement. Le problème avec l'objectif 40 % : il n'a pas été audité indépendamment depuis sa fixation. Le nouveau comptage prévu en 2025 doit dire si la trajectoire est tenue. À l'heure où j'écris ces lignes, mi-mai 2026, je n'ai pas vu publier les résultats. Le bilan de juin dira si Alcome est dans les clous ou pas, et c'est là-dessus que les collectivités et AMORCE attendent l'éco-organisme au virage. ## La couverture territoriale : le vrai sujet bloquant L'objectif de couverture initial était de 90 % de la population française sous contrat fin 2025. Aux dernières communications, la situation est la suivante : 100 % des départements couverts au moins par une commune, plus de 1700 communes contractualisées, plus de 20 millions d'habitants couverts, soit autour de 30 % de la population française. 30 %, pas 90 %. Le manque est massif. Et c'est précisément ce point qui a déclenché les premières sanctions du gouvernement contre Alcome en novembre 2023 : 100 € par jour de pénalité jusqu'en novembre, 7500 € par jour à partir du 1er décembre, pour refus de produire dans les délais les éléments permettant de soutenir financièrement les collectivités sur l'achat et l'installation de cendriers de rue. Sanction levée depuis, après mise en conformité, mais le contentieux a laissé des traces. La DGPR (Direction Générale de la Prévention des Risques) a réclamé mi-2024 un plan de mobilisation de moyens supplémentaires. AMORCE, l'association des collectivités gestionnaires de déchets, estime que le retard sera difficile à rattraper même avec le budget 2025 revalorisé. Alcome a depuis ouvert son contrat aux intercommunalités (EPCI) pour mutualiser et accélérer la contractualisation. Le pari : qu'un EPCI signe une fois pour 50 communes plutôt que 50 signatures individuelles. Sur le papier, ça tient. Sur le terrain, ça dépend de la volonté politique locale et de la capacité technique des petites communes à mobiliser leur EPCI sur le sujet "mégots", qui passe rarement en priorité 1 des agendas municipaux. ## Le soutien financier aux communes : la grille Quand une commune signe, elle touche un soutien annuel calculé par habitant et par typologie. La grille en vigueur : - 2,08 € par habitant pour les villes urbaines denses (Paris, Lyon, Marseille, Lille) - 1,58 € par habitant pour les communes touristiques - 1,08 € par habitant pour les villes urbaines standard - 0,50 € par habitant pour les zones rurales Pour une commune de 50 000 habitants en zone urbaine standard, ça fait 54 000 € par an. Pour une commune rurale de 2000 habitants, 1000 € par an. À comparer au coût réel de nettoyage des mégots, qui se chiffre dans la littérature ADEME entre 30 et 60 centimes par mégot ramassé, dépendant du mode de collecte (manuel, balayeuse, aspirateur urbain). À 1 mégot tous les 10 mètres et 50 km de voirie en zone urbaine moyenne, on parle vite de plusieurs dizaines de milliers d'euros par an juste sur le poste mégot. Le soutien Alcome couvre une partie, pas la totalité. Les communes l'ont compris, et c'est l'un des freins à la contractualisation : la signature impose des obligations de reporting et de comptage sans couvrir le surcoût réel de propreté. À côté de ce soutien direct, Alcome distribue depuis 2021 plus de 4 millions de cendriers de poche aux fumeurs lors d'événements ou via les buralistes partenaires, et finance partiellement l'achat de cendriers de rue par les collectivités. La logistique d'évacuation et de traitement final reste à organiser par chaque collectivité, parfois avec des opérateurs spécialisés comme MéGO, Écomégot, TchaoMégot ou Cy-Clope. Sur la filière privée et la valorisation matière, j'avais détaillé le sujet dans [recyclage des mégots de cigarettes en France](/recyclage-megots-cigarettes-filiere-france) ; ça reste la référence pour comprendre qui transforme quoi en quoi. ## La mécanique financière vue d'en haut Le mécanisme Alcome est typique d'une REP "soutien" et non d'une REP "opérationnelle". L'éco-organisme ne collecte rien, ne traite rien, ne recycle rien directement. Il distribue de l'argent en échange d'obligations de reporting de la part des collectivités, et finance des campagnes de sensibilisation des fumeurs. C'est un modèle qui ressemble plus à celui des emballages avec Citeo qu'à celui des piles avec Corepile ou des DEEE avec Ecosystem. Le risque : que l'argent s'enlise dans les frais de structure, la communication et le contrôle, sans véritable impact mesurable sur le terrain. Sur 78 M€, environ 10 % part en communication et sensibilisation, le reste va aux communes et au pilotage. Les communes utilisent ces fonds pour augmenter la fréquence de balayage ou installer des cendriers, mais aucune obligation de moyens précise ne les contraint à un mode opératoire. Résultat : une grande hétérogénéité de la performance d'une commune à l'autre, et une difficulté à attribuer la baisse (ou la stagnation) des mégots au sol à l'action Alcome plutôt qu'à d'autres facteurs (baisse de la consommation de tabac, météo, modifications du parc de fumeurs). À titre de comparaison, le tabac est en recul tendanciel en France : moins 4 % de ventes en 2024 par rapport à 2023, principalement sous l'effet des hausses de prix successives (le paquet vise les 13 € en 2026 pour les marques premium). Une partie de la baisse mécanique des mégots au sol viendra simplement du fait qu'il y a moins de fumeurs et moins de cigarettes fumées, indépendamment des actions Alcome. Distinguer l'effet propre de l'éco-organisme de l'effet "marché" sera l'un des enjeux du comptage 2025. ## Le filtre lui-même : un déchet plastique non biodégradable Petit rappel technique parce que c'est facile à oublier. Un filtre de cigarette n'est pas du papier. C'est de l'acétate de cellulose, un polymère synthétique dérivé de la cellulose mais chimiquement modifié pour devenir plastique. Il met une dizaine d'années à se dégrader, et dans ce processus il libère microplastiques, nicotine résiduelle, métaux lourds (cadmium, plomb, arsenic) dans les sols et les eaux. Un seul mégot pollue à lui seul 500 litres d'eau dans les études en mésocosme. L'industrie du tabac a fait le choix historique de l'acétate parce qu'il filtre correctement, qu'il tient à la chaleur de la combustion et qu'il est peu coûteux. Les alternatives existent (filtres papier, filtres céramique, filtres compostables) mais restent marginales. La REP financée par Alcome ne sert pas à substituer les filtres acétate, elle sert à organiser l'aval du déchet une fois jeté. C'est un choix politique qui a sa cohérence (responsabiliser le pollueur pour la fin de vie) mais qui ne s'attaque pas à la racine du problème (l'écoconception du produit). La seule mesure réglementaire qui pourrait changer la donne serait une directive européenne imposant les filtres biosourcés, et il n'y a rien à l'ordre du jour de Bruxelles à ce stade. ## Ce que je vais regarder dans le bilan de juin Trois éléments précis vont structurer ma lecture quand le bilan 2025 d'Alcome sera publié. Le premier, c'est le résultat du nouveau comptage des mégots au sol. Si la baisse mesurée est inférieure à 25 % (objectif intermédiaire 2025 implicite entre les bornes -20 % fin 2024 et -35 % fin 2026), la trajectoire 2027 devient compliquée à tenir et il faut s'attendre à une nouvelle intervention de la DGPR. Si elle dépasse 30 %, Alcome peut commencer à crédibiliser l'objectif 40 %. Le deuxième, c'est le taux réel de population couverte par un contrat actif. Pas le nombre de communes, parce que 1700 communes avec une population médiane de 12 000 habitants pèsent moins qu'une métropole. Le chiffre qui compte est la part de la population française vivant dans une commune sous contrat avec Alcome. Si on reste en dessous de 50 %, l'objectif initial 90 % à fin 2025 sera officiellement raté et la question des sanctions reviendra sur la table. Le troisième, c'est la part du budget effectivement reversée aux collectivités versus la part consommée en frais de structure et communication. Le ratio publié sera le meilleur indicateur de l'efficience de l'éco-organisme. Si plus de 75 % du budget arrive aux communes, c'est correct pour une jeune filière. Si on tombe en dessous de 65 %, la critique de "filière qui s'auto-alimente" deviendra audible. ## Ce que j'en pense Sur le principe, la REP mégots était nécessaire et l'agrément d'Alcome a permis de structurer une filière qui n'existait pas. Sur la performance, le retard est patent. L'objectif initial de 90 % de couverture fin 2025 est manqué d'un facteur trois, l'objectif 40 % de réduction d'ici 2027 reste théorique tant que le comptage 2025 n'a pas livré ses chiffres, et le modèle "soutien aux collectivités sans obligation de moyens" ne crée pas l'incitation forte qu'il faudrait pour faire bouger les pratiques de propreté urbaine. Mon pari : le bilan de juin 2026 affichera une réduction comprise entre 22 % et 28 %, en dessous de la trajectoire mais pas catastrophique, avec une couverture territoriale autour de 35 à 40 % de la population française. Alcome plaidera la jeunesse de la filière, la complexité de la contractualisation EPCI, le retard des collectivités à signer. La DGPR demandera un nouveau plan d'action renforcé. Et on reviendra dans 12 mois faire le même bilan. Le vrai sujet reste celui-ci : un éco-organisme qui ne ramasse pas le déchet qu'il finance, qui dépend du bon vouloir contractuel des communes, et qui distribue 78 millions d'euros par an sans capacité d'audit terrain robuste, c'est une mécanique fragile. Elle pourrait fonctionner si tous les acteurs jouaient le jeu. Ils ne le jouent pas, parce que personne n'a vraiment intérêt à le faire vite : ni les fabricants (qui payent l'éco-contribution et passent à autre chose), ni les communes (qui n'ont pas signé pour le ratio coût/bénéfice qui leur est proposé), ni Alcome lui-même (qui sert d'amortisseur politique). Le mégot va rester par terre encore un moment. Le bilan de juin nous dira juste à quelle vitesse il diminue. ## Sources - [Alcome - Site officiel](https://alcome.eco/) - Mission, communes adhérentes, objectifs réglementaires - [Revue des Tabacs - Budget Alcome 2026 +5,50 %](https://revuedestabacs.com/blog/budgets-annuels-550-en-2026-et-5558-depuis-cinq-ans/) - Trajectoire budgétaire 2021-2026, postes communication - [ADEME - Filière REP Produits du tabac](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TABAC) - Cadre réglementaire, performances filière, objectifs 2027 - [AMORCE - Alcome ne doit pas mégoter sur les moyens](https://amorce.asso.fr/actualite/alcome-ne-doit-pas-megoter-sur-les-moyens-pour-atteindre-ses-objectifs) - Position des collectivités, retard de contractualisation, budget 74,6 M€ 2025 - [L'Info Durable - Gestion des mégots, l'éco-organisme sanctionné](https://www.linfodurable.fr/gestion-des-megots-leco-organisme-sanctionne-par-le-gouvernement-42258) - Pénalités gouvernement novembre 2023, 7500 €/jour - [Maire-Info - Alcome, nouvelle filière mégots](https://www.maire-info.com/dechets/alcome-une-nouvelle-filiere-pour-aider-les-communes-au-nettoiement-des-megots-article-26204) - Soutiens financiers communes, typologies, grille - [Gazette des Communes - Stratégie zéro mégot Alcome](https://www.lagazettedescommunes.com/929492/strategie-zero-megot-comment-alcome-aide-les-collectivites-a-lutter-contre-un-fleau/) - Comptage mégots au sol, baseline ADEME - [Le Monde du Tabac - Plan d'action 2024 d'Alcome](https://www.lemondedutabac.com/rep-megots-le-plan-daction-2024-dalcome/) - Doublement budget 2024, objectifs population - [Smoking.fr - Éco-contribution Alcome filtres et tubes](https://www.smoking.fr/blog/la-taxe-alcome-ce-que-vous-payez-sans-le-savoir-a-chaque-filtre-ou-tube-a-cigarette/) - Barème 2026, 2,84 € HT/1000 filtres acétate --- ## Solvay La Rochelle : bilan recyclage aimants juin 2026 - URL: https://www.recy.net/solvay-la-rochelle-aimants-terres-rares-recyclage-bilan-juin-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-28T06:00:00 - Categories: recyclage Treize mois après l'inauguration officielle du 8 avril 2025, Solvay tire le premier bilan de sa ligne de production de néodyme-praséodyme à La Rochelle. Le site est l'un des trois pieds européens du recyclage des aimants permanents, avec Caremag à Lacq qui démarre fin 2026 et HitMag dans le Finistère. C'est aussi le seul qui produit déjà en réel, en grammes facturés, pas en présentations PowerPoint. J'ai épluché les communiqués, les contrats signés et les déclarations du CEO Philippe Kehren pour comprendre où en est vraiment le projet, ce qu'il livre et ce qui coince. ## Le contexte qui rend Solvay La Rochelle stratégique Une voiture électrique embarque entre 1 et 2 kg d'éléments de terres rares, l'essentiel dans le moteur via des aimants NdFeB (néodyme-fer-bore). Une éolienne de 3 MW à entraînement direct, 600 kg. Vos écouteurs sans fil, votre disque dur, la pompe à eau de votre lave-vaisselle. Tout ce qui transforme de l'électricité en mouvement avec un peu de finesse passe par un aimant permanent. Le problème est connu, je l'ai déjà documenté à propos de [Caremag à Lacq](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) : la Chine concentre la quasi-totalité de la chaîne. Selon le Conseil européen, Pékin fournit 100 % des terres rares lourdes consommées dans l'UE. Et depuis avril 2025, Pékin a transformé cette dépendance en arme commerciale. La Chine a placé sept terres rares lourdes (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutétium, scandium, yttrium) et les aimants permanents qui en découlent sous régime de licence d'exportation, en réaction aux droits de douane américains. L'Usine Nouvelle a documenté à l'été 2025 que les stocks d'aimants chez les constructeurs européens couvraient entre 4 et 6 semaines de production. Quatre à six semaines avant l'arrêt des chaînes. C'est dans ce contexte que Solvay a redémarré sa production de néodyme et praséodyme à La Rochelle. Le site n'est pas neuf : il appartient à l'histoire industrielle française des terres rares, héritier direct de Rhône-Poulenc qui y séparait déjà des terres rares dans les années 1970. La compétence ne s'est jamais perdue, elle s'était mise en veille. L'inauguration d'avril 2025 a sorti l'usine du sommeil. ## Ce que produit La Rochelle aujourd'hui Soyons précis sur les chiffres, parce que c'est là que les communiqués deviennent flous. Sur l'année écoulée, la ligne La Rochelle a produit, selon les déclarations de Philippe Kehren reprises par The Chemical Engineer, "quelques centaines de tonnes" d'oxydes de néodyme-praséodyme (NdPr). Pas un volume industriel massif. Une mise en route. À comparer à la consommation européenne annuelle d'aimants NdFeB, qui se compte en dizaines de milliers de tonnes selon les estimations de l'A3M (Alliance des Minerais, Minéraux et Métaux). Solvay couvre aujourd'hui une fraction du pour-cent. L'objectif communiqué reste de 30 % de la demande européenne en NdPr d'ici 2030. C'est un saut d'un facteur 50 à 100 en quatre ans. Ambitieux n'est pas le mot. Le site emploie aujourd'hui plus de 300 personnes sur 40 hectares dans la zone industrielle de Chef de Baie. La ligne NdPr cohabite avec les activités historiques de formulation à base de terres rares pour la catalyse automobile et l'électronique. L'extension supplémentaire avec terbium et dysprosium, terres rares lourdes essentielles aux aimants haute température des moteurs de véhicules électriques, devait démarrer "dans le courant de 2026" selon Kehren. À mi-mai 2026, pas de communiqué officiel sur la mise en service Dy/Tb. C'est le prochain jalon à surveiller. L'investissement consenti à ce stade tourne autour de "plusieurs millions d'euros" pour la première phase, selon les déclarations. Solvay conditionne explicitement l'engagement de la phase suivante, estimée à environ 100 millions d'euros, à la sécurisation de contrats long terme avec des clients européens. Comme l'a dit Kehren à The Chemical Engineer : "Nous attendons que les fabricants achètent localement avant d'engager le capex." Lecture honnête : sans engagement client crédible, l'expansion n'aura pas lieu. Le risque-marché est explicitement reporté sur la demande. ## Les contrats signés : Cyclic Materials, Noveon, Permag, LCM Côté approvisionnement, Solvay s'est sécurisé une source d'oxydes recyclés via un contrat signé en juin 2024 avec le canadien Cyclic Materials. Les oxydes mixtes de terres rares recyclées (rMREO) sortent de l'usine Hub100 de Cyclic Materials en Ontario et partent vers La Rochelle pour séparation et purification. Les premières livraisons ont commencé fin 2024. Cyclic Materials prévoit d'ajouter 500 tonnes de capacité supplémentaire au premier semestre 2026 et de mettre en service une usine de 25 000 tonnes par an en Arizona à la même échéance, selon le communiqué Cyclic d'octobre 2025. La capacité côté amont va donc monter. La question est la cadence à laquelle Solvay pourra l'absorber. Côté débouchés, novembre 2025 a vu Solvay annoncer deux contrats commerciaux significatifs. Le premier avec l'américain Noveon Magnetics, qui s'approvisionnera en oxydes de néodyme, praséodyme et terbium à partir de 2026. Le second avec le britannique Less Common Metals (LCM) et l'américain Permag pour la fourniture de samarium. Les volumes ne sont pas publics, mais le signal compte. Premier point : les premières tonnes commerciales de La Rochelle partent aux États-Unis et au Royaume-Uni, pas vers Stellantis ou Renault. Deuxième point : Solvay vend à des fabricants d'aimants et d'alliages, pas directement aux constructeurs automobiles. La chaîne de valeur reste en cours d'assemblage, l'avant-dernier maillon avant le constructeur n'existe pas encore en Europe à l'échelle nécessaire. Ce choix de clients américains et britanniques pose une question gênante pour la souveraineté européenne affichée. Si la première vente commerciale d'oxydes français part outre-Atlantique, ce n'est pas par hasard. C'est parce que les acheteurs américains, soutenus par l'Inflation Reduction Act et les subventions du Department of Defense sur les chaînes d'approvisionnement critiques, paient un premium pour de l'origine non-chinoise. Les constructeurs européens, eux, attendent encore que la Commission tranche entre "souveraineté" et "compétitivité coûts à court terme". Tant que Bruxelles laissera la concurrence sur le prix unitaire écraser le critère d'origine, les volumes français iront prioritairement aux clients qui valorisent la non-Chine. Investment Monitor a documenté en 2024 que Solvay a même envisagé d'implanter une partie de la production aux États-Unis pour capter ces incitations. Le sujet est sensible côté Paris. C'est exactement le point que je relevais à propos de [HitMag en Finistère](/hit-mag-finistere-aimants-permanents-terres-rares-ferrite-nitrure-fer) : on construit en France et en Europe des unités de séparation d'oxydes, mais le maillon "alliage métallique puis aimant sintérisé" reste embryonnaire sur le continent. Tant qu'un constructeur français ne pourra pas commander un moteur électrique avec un aimant français en sortie d'une chaîne européenne complète, la souveraineté reste théorique. ## La Rochelle, Lacq, HitMag : qui fait quoi et pourquoi ce n'est pas redondant Le bassin français de souveraineté terres rares se structure autour de trois sites complémentaires, pas concurrents. Le tableau qui suit n'est pas une comparaison commerciale, c'est une cartographie technique. | Site | Acteur | Spécialité | Capacité visée | Statut mai 2026 | | ---------------- | ------------------ | --------------------------------------------------------- | ------------------------------------------------------------------------------- | -------------------------------- | | La Rochelle (17) | Solvay | Séparation et raffinage oxydes terres rares | Quelques centaines de tonnes NdPr aujourd'hui, objectif 30 % demande UE en 2030 | Production commerciale | | Lacq (64) | Caremag (Carester) | Recyclage aimants + raffinage concentrés miniers | 2 000 t aimants/an + 5 000 t concentrés, 800 t NdPr + 600 t Dy/Tb | Construction, démarrage fin 2026 | | Finistère | HitMag | Fabrication aimants alternatifs ferrite et NdFeB recyclés | Pilote industriel, volumes non publiés | R&D et pilote | Solvay La Rochelle fait de la chimie de séparation. Caremag fait du recyclage matière à grande échelle plus du raffinage de concentrés miniers (étape amont). HitMag fait de la fabrication d'aimants (étape aval). Les trois sites couvrent trois étapes différentes de la chaîne de valeur. Si les trois tiennent leurs promesses, la France aura, à l'horizon 2027-2028, une chaîne complète sur son sol : collecte des aimants usagés, raffinage hydrométallurgique, séparation des oxydes, fabrication d'aimants finis. C'est aujourd'hui un assemblage incomplet, demain ce sera une filière. ## La conformité au Critical Raw Materials Act Le règlement européen sur les matières premières critiques (CRMA) est entré en vigueur en mai 2024. Il fixe quatre objectifs chiffrés pour 2030 : 10 % d'extraction sur sol européen, 40 % de transformation sur sol européen, 25 % issus du recyclage, et aucun pays tiers ne fournissant plus de 65 % d'une matière première stratégique donnée. Sur les terres rares lourdes, l'UE part de 0 % d'extraction et de presque rien en transformation. L'écart entre la situation actuelle et les objectifs 2030 est colossal. Solvay La Rochelle plus Caremag Lacq plus HitMag ne suffiront pas. Une étude PreScouter publiée en mars 2026 documente que les contraintes physiques du recyclage des terres rares (faibles concentrations dans les déchets, séparation hydrométallurgique gourmande, gisements d'aimants en fin de vie limités avant 2030) rendent les objectifs CRMA particulièrement difficiles à tenir sur ce segment. Le pic de disponibilité des aimants NdFeB en fin de vie, lié à la première vague de véhicules électriques vendus à partir de 2018, n'arrivera qu'autour de 2030-2035. La filière de recyclage se met en place avant que le gisement existe à grande échelle. C'est une décision industrielle volontariste, pas une réaction à un marché mature. Le Conseil de l'UE a adopté le 4 mars 2026 une mise à jour du CRMA qui ajoute une obligation de notification aux États membres en cas de risque d'approvisionnement, et clarifie le pouvoir de la Commission à proposer des mesures de mitigation. Lecture politique : Bruxelles a réalisé que les objectifs 2030 ne tiennent pas sans coordination active et signal d'alerte précoce. La structuration administrative se met en place, mais elle ne crée pas de tonnes d'oxyde de terbium par décret. ## Ce que je retiens du bilan à treize mois Le premier point positif est concret : la ligne tourne. Ce n'est pas un projet PowerPoint, c'est une production commerciale avec des contrats signés et des oxydes facturés. Pour quelqu'un qui suit les annonces industrielles depuis longtemps, voir une unité passer de l'annonce à la production en treize mois compte. Beaucoup d'autres projets sur le même créneau sont restés bloqués au stade communiqué de presse. Le deuxième point, moins flatteur : les volumes restent dérisoires face à la demande. Quelques centaines de tonnes en 2025, l'objectif 30 % de la demande UE en 2030, ça donne un facteur de croissance d'environ 100 en quatre ans. C'est tenable si et seulement si trois conditions se cumulent : sécurisation des matières premières recyclées (gisements d'aimants usagés et concentrés miniers), engagement client long terme déclencheur du capex de 100 millions d'euros, et pas de nouveau choc géopolitique qui désorganise les flux. Le troisième point est structurel : la France a une opportunité fenêtre étroite. Les compétences existent encore à La Rochelle, héritage Rhône-Poulenc. Caremag et HitMag complètent le maillage. Mais cette fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment. Si les constructeurs européens préfèrent continuer à acheter chinois parce que c'est moins cher de 20 à 30 %, la phase 2 de Solvay ne sera pas engagée, et le pilote La Rochelle restera ce qu'il est : un démonstrateur, pas une filière. La souveraineté ne se décrète pas, elle s'achète, ligne par ligne dans des contrats d'approvisionnement. Le bilan à treize mois est donc mitigé positif. La production existe, les contrats arrivent, la trajectoire est lancée. Mais l'écart entre la promesse (30 % en 2030) et la réalité (quelques centaines de tonnes en 2025) reste un mur qu'il faudra escalader avec un mélange de volonté politique européenne, d'engagement industriel des constructeurs et de chance géopolitique. Trois conditions dont aucune n'est garantie. Voir aussi notre analyse de la [souveraineté française sur les matières premières](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france). ## Sources - [Solvay : Press release inauguration La Rochelle (8 avril 2025)](https://www.solvay.com/sites/g/files/srpend616/files/2025-04/20250408%20Inauguration%20La%20Rochelle%20PR%20-%20EN_0.pdf) - [Solvay : Solvay advances European rare earths production through capacity expansion](https://www.solvay.com/en/press-release/solvay-advances-european-rare-earths-production-through-capacity-expansion) - [Solvay et Cyclic Materials : Accord d'approvisionnement en oxydes recyclés (juin 2024)](https://www.globenewswire.com/news-release/2024/06/18/2900486/0/en/Solvay-and-Cyclic-Materials-sign-supply-agreement-for-recycled-mixed-rare-earth-oxide-EN-FR.html) - [L'Usine Nouvelle : Solvay vend ses premières terres rares aux États-Unis](https://www.usinenouvelle.com/matieres-premieres/grace-a-son-usine-de-la-rochelle-solvay-va-vendre-ses-premieres-terres-rares-pour-aimants-permanents-aux-etats-unis.GLPZGN2PLBDRBH2HWRXZ3R6CVU.html) - [L'Usine Nouvelle : Industrie automobile au bord de la panne sur les terres rares (2025)](https://www.usinenouvelle.com/article/au-bord-de-la-panne-l-industrie-automobile-subit-les-restrictions-chinoises-d-exportation-de-terres-rares-et-d-aimants-permanents.N2233278) - [The Chemical Engineer : Solvay starts rare earths production but future expansion relies on manufacturers buying local](https://www.thechemicalengineer.com/news/solvay-starts-rare-earths-production-but-future-expansion-relies-on-manufacturers-buying-local/) - [Conseil de l'UE : Critical Raw Materials Act infographics](https://www.consilium.europa.eu/en/infographics/critical-raw-materials/) - [PR Newswire : Noveon et Solvay accord fourniture terres rares lourdes (novembre 2025)](https://www.prnewswire.com/news-releases/noveon-and-solvay-forge-partnership-for-light--heavy-rare-earth-materials-supply-302613309.html) - [Carester : Lancement de Caremag à Lacq, 216 millions d'euros sécurisés](https://www.carester.fr/en/caremag-launch/) --- ## Carbios Longlaville : où en est le projet PET en 2026 - URL: https://www.recy.net/carbios-longlaville-biorecyclage-pet-textile-demarrage-juin-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-27T06:00:00 - Categories: recyclage Quand j'ai vu passer dans la veille hebdomadaire un titre annonçant que Carbios "démarre Longlaville en juin 2026", j'ai recroisé mes sources. Le titre est faux. La réalité, telle qu'elle ressort du communiqué Carbios du 30 mars 2026 et des résultats annuels publiés le 17 avril, c'est que l'usine de biorecyclage enzymatique du PET à Longlaville (Meurthe-et-Moselle) ne démarrera pas avant le premier semestre 2028. Ce qui se joue en mai et juin 2026, c'est autre chose, et c'est plus intéressant à raconter. ## Ce que tout le monde mélange Carbios a posé la première pierre du chantier de Longlaville en octobre 2024, en grande pompe, avec ses partenaires actionnaires : L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo, Suntory Beverage & Food Europe. Initialement, la mise en service était prévue mi-2025. Puis 2027. Puis premier semestre 2028. Le calendrier a glissé trois fois, à chaque fois pour des raisons de financement. Le projet coûte 230 millions d'euros au total. L'aide publique sécurisée s'élève à 42,5 millions d'euros (ADEME + Région Grand Est dans le cadre du PIA). Le reste, soit environ 187 millions, doit être bouclé via un mix dette bancaire, equity privée et engagements de pré-commercialisation. C'est ce dernier morceau qui est l'enjeu de 2026. Le 30 mars 2026, Carbios a publié un communiqué annonçant que les discussions avec les partenaires bancaires et les investisseurs en fonds propres avaient suffisamment avancé pour viser un closing au troisième trimestre 2026. Pas une mise en service, un closing financier. Nuance majeure. ## Ce qui se passe vraiment en mai-juin 2026 Trois choses concrètes. La première, c'est la finalisation des contrats de pré-commercialisation. Carbios a déjà signé des engagements couvrant près de 50 % de la capacité annuelle de 50 000 tonnes. Ces contrats sont multi-années, signés avec L'Oréal et L'Occitane en Provence (côté cosmétique, mai 2025), avec deux acteurs majeurs des boissons non encore nommés publiquement (novembre 2025), et dans la filière textile pour le filament destiné aux pneus. L'objectif annoncé est d'atteindre 70 % de capacité pré-engagée avant le closing. La deuxième, c'est la sécurisation de l'approvisionnement amont. Pour faire tourner une usine de 50 000 tonnes par an, il faut un flux de PET post-consommation préparé, lavé, trié. Carbios a deux contrats : Landbell Group (Allemagne) pour environ 15 000 tonnes annuelles à partir de 2026, et Hündgen Entsorgungs (Allemagne aussi) pour 15 000 tonnes supplémentaires fin 2026. Soit 60 % du besoin matière sécurisé. Le reste viendra de partenaires français pas encore annoncés. Sur ce front, la difficulté n'est pas le tonnage brut (la France collecte 250 000 tonnes de bouteilles PET par an, l'Allemagne le double), c'est la qualité de la préparation : barquettes opaques, films, étiquettes multicouches. La troisième, c'est la consolidation cash. Carbios disposait de 59 millions d'euros de trésorerie au 31 décembre 2025. Avec un brûle-cash 2026 estimé à 20 millions hors projet Longlaville, la société a une visibilité au-delà des douze prochains mois mais pas plus. Le closing du financement industriel n'est pas une option, c'est une condition d'existence pour le projet. Si Carbios rate la fenêtre Q3 2026, le projet sera de nouveau repoussé. Ou abandonné. ## La techno, sans le marketing Le procédé de Carbios, breveté sous le nom C-ZYME, n'est pas la fameuse "PETase" japonaise dont on parle dans la presse grand public. C'est une enzyme d'origine bactérienne, ingénierée pour atteindre des performances industrielles : LCC ICCG, une cutinase de feuilles compostées dont les chercheurs de Toulouse Biotechnology Institute (INRAE + INSA + CNRS) ont identifié neuf mutations qui multiplient son activité par dix mille. La réaction est une hydrolyse enzymatique. Le PET est broyé, mis en suspension dans un milieu aqueux à pH et température contrôlés (environ 65°C). L'enzyme coupe les liaisons ester et libère les monomères : acide téréphtalique (PTA) et monoéthylène glycol (MEG). Ces monomères sont purifiés puis envoyés en repolymérisation chez un producteur de PET classique. Le PET ainsi obtenu est chimiquement identique au PET vierge issu du pétrole. Avantage technique majeur sur la concurrence : la techno fonctionne sur tous les PET, y compris les multicouches, les colorés foncés, le polyester textile. Le [recyclage mécanique classique du PET](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet) bute sur ces fractions. Le [recyclage chimique par méthanolyse](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) (Loop Industries, Eastman) produit du diméthyl téréphtalate (DMT), un monomère intermédiaire qu'il faut ensuite reconvertir en PTA. Carbios produit directement le PTA, donc se branche sur les lignes PET existantes sans étape supplémentaire. C'est pour ça que l'usine est implantée à côté du site Indorama Ventures de Longlaville : intégration logistique directe. ## Pourquoi le calendrier a tant glissé Il faut être franc, le calendrier initial était trop optimiste. Annoncer en 2021 une usine commerciale opérationnelle en 2025, sur un procédé enzymatique jamais industrialisé à cette échelle, c'était de l'ambition de communication boursière. La réalité du scale-up industriel, c'est : - Un démonstrateur de 100 kg par jour à Clermont-Ferrand validé en septembre 2021. - Un facteur d'échelle de 1 à 1 500 entre démonstrateur et usine commerciale (50 000 tonnes annuelles équivalent à 137 tonnes par jour). - Des optimisations sur la production d'enzyme (Novozymes est partenaire), sur la régénération du milieu réactionnel, sur la séparation des monomères. Chaque cran d'échelle révèle des problèmes qu'on ne voit pas en pilote. C'est normal. Ce qui n'est pas normal, c'est de promettre 50 000 tonnes commerciales sans avoir passé d'étape intermédiaire à 5 000 ou 10 000 tonnes. Carbios a payé cette erreur de scale-up direct par trois ans de retard et plusieurs augmentations de capital dilutives pour les actionnaires. ## La concurrence ne dort pas Pendant que Carbios règle ses problèmes de financement, les concurrents avancent. Loop Industries (Canada), allié à Suez sur le projet Infinite Loop en France, a renégocié son partenariat plusieurs fois mais maintient un site européen à l'étude. Eastman a démarré son usine de méthanolyse à Kingsport (Tennessee) en 2024 avec une capacité de 110 000 tonnes annuelles, et projette une seconde unité à Longlaville voisine de la zone industrielle de Charleville-Mézières pour 2027. Garbo (Italie) opère sa ligne ChemPET à 6 tonnes par jour, échelle pilote, mais avec un procédé glycolyse économe en énergie. Aux États-Unis, PureCycle Technologies vise le polypropylène recyclé, segment voisin. Et l'écosystème japonais autour de Jeplan et Pet Refine Technology dépose en silence des brevets sur la dépolymérisation glycolytique du PET. Carbios n'a pas le monopole de la dépolymérisation industrielle. Il a le monopole, pour l'instant, de l'enzymatique à l'échelle commerciale. C'est une fenêtre, pas un fossé. ## Pourquoi ça reste un projet important Malgré les retards, le projet de Longlaville reste structurellement important pour la [filière européenne du recyclage plastique](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026). Trois raisons. D'abord, l'obligation réglementaire. La directive européenne sur les emballages PPWR fixe un seuil minimum de 25 % de PET recyclé dans les bouteilles à partir de 2025, qui montera à 30 % en 2030. Le mandat 2025 n'est atteint qu'à 24 % en moyenne européenne, avec des écarts énormes entre pays. La filière a besoin de nouvelles capacités de production de PET recyclé qualité contact alimentaire. Le PET de Carbios sortira en grade alimentaire dès la sortie d'usine, sans surcoût de purification. C'est un avantage commercial réel. Ensuite, le textile. Le polyester représente plus de 50 % des fibres textiles produites dans le monde, soit environ 60 millions de tonnes annuelles. Le recyclage [fibre-to-fibre du polyester](/recyclage-fibre-a-fibre-textile-technologie-refashion) reste anecdotique : moins de 1 % à l'échelle mondiale. La techno enzymatique de Carbios permet de traiter les vêtements 100 % polyester, et avec quelques adaptations, les polycotons (où le [projet Circ à Saint-Avold](/circ-saint-avold-recyclage-chimique-polycoton-europe) opère sur une autre voie chimique). Si les usines tournent, on aura enfin une vraie filière industrielle textile-vers-textile. Enfin, le modèle. Carbios ne veut pas être un opérateur, mais un licencieur de techno. L'usine de Longlaville est une vitrine, pas un objectif en soi. Le vrai business model, c'est de vendre la licence à des producteurs PET existants partout dans le monde. Carbios a signé en novembre 2024 un accord avec Wankai New Materials, un producteur chinois de PET, pour la construction d'une première usine en Chine. C'est cohérent avec l'ambition affichée de capturer 8 à 12 % du marché mondial du rPET à l'horizon 2035 via le modèle de licences. ## Ce qui peut encore mal tourner Je serais malhonnête de ne pas lister les risques. Il y en a trois. Le premier, c'est le closing lui-même. Lever 187 millions d'euros sur un projet industriel en partie démontré seulement à 100 kg par jour, dans un contexte de hausse des taux et de prudence des fonds infrastructure verts, c'est tendu. Si l'un des partenaires bancaires se retire, l'équilibre du tour de table peut s'effondrer. Le deuxième, c'est la mise en route. Une usine de procédé enzymatique industriel à 50 000 tonnes, ça n'a jamais été fait. Les phases de démarrage durent généralement 12 à 18 mois entre la livraison mécanique et l'atteinte du régime nominal. Si la montée en charge dérape, les contrats de pré-commercialisation peuvent être renégociés à la baisse. Le troisième, c'est le marché. Le rPET vendu en Europe à des marques cosmétiques et boissons l'est avec une prime de 600 à 800 dollars la tonne par rapport au PET vierge. Cette prime est tenable tant que les obligations réglementaires sont strictes et tant que les consommateurs valorisent l'emballage recyclé. Si la PPWR est assouplie sous pression industrielle, si le pétrole repart à la baisse, si les marques arbitrent en faveur du moins cher, la prime fond. Le précédent [Renewcell, faillite en février 2024](/circ-saint-avold-recyclage-chimique-polycoton-europe), est un rappel utile : avoir la techno et les engagements clients ne suffit pas si le prix de marché ne couvre pas les coûts. ## Mon avis Carbios est un projet qui mérite qu'on le suive de près, mais qui ne mérite pas la communication enthousiaste qui l'entoure. Le slogan "première usine mondiale de biorecyclage du PET" est techniquement exact, et c'est précisément pour ça que c'est risqué : aucun retour d'expérience industriel sur cette techno à cette échelle, partout dans le monde. Tout est à apprendre en marchant. Le management de Carbios a fait un choix stratégique défendable : maintenir le projet français plutôt que de l'abandonner pour une licence directe en Chine, malgré la dilution actionnariale et les retards. C'est un pari sur la souveraineté industrielle française et européenne, soutenu par l'État et la Région Grand Est. Si le projet aboutit en 2028 avec une montée en charge réussie, la France aura une avance technologique réelle sur un segment de l'[économie circulaire des plastiques](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) que personne d'autre n'occupe à cette échelle. Si le closing rate, si la techno bute sur des problèmes de scale-up imprévus, si le marché ne tient pas la prime de prix attendue, l'investissement public sera perdu et l'industrialisation sera reportée à un repreneur étranger. Le risque est réel. Pour les acteurs de la [filière REP emballages](/rep-emballages-professionnels-2026) et du recyclage plastique en France, le bon réflexe est de regarder ce qui se passe à Longlaville sans s'enthousiasmer ni cracher dessus. Trois étapes à surveiller : le communiqué du closing financier (Q3 2026), les premières livraisons mécaniques sur site (probablement mi-2027), et le premier lot de PTA produit en régime nominal (S1 2028 si tout va bien, plus tard sinon). C'est à ce dernier moment, et pas avant, qu'on saura si le pari est gagné. ## Sources - [Carbios - Avancées significatives dans le financement du projet Longlaville (30 mars 2026)](https://www.globenewswire.com/news-release/2026/03/30/3264797/0/fr/Gr%C3%A2ce-%C3%A0-des-avanc%C3%A9es-significatives-dans-le-financement-de-son-projet-industriel-en-France-Carbios-confirme-son-objectif-de-construction-de-l-usine-de-Longlaville.html) - [Carbios - Calendrier ajusté de Longlaville (18 décembre 2025)](https://www.globenewswire.com/news-release/2025/12/18/3208056/0/fr/CARBIOS-maintient-son-objectif-de-construction-de-l-usine-de-Longlaville-avec-un-calendrier-ajust%C3%A9.html) - [Boursorama - Carbios résultats annuels 2025 (17 avril 2026)](https://www.boursorama.com/bourse/actualites/carbios-presente-ses-resultats-annuels-2025-0e52524d86a0bbda2e6e7ac50af76ab5) - [L'Usine Nouvelle - Carbios revoit son calendrier Longlaville](https://www.usinenouvelle.com/chimie/chimie-verte/recyclage-du-pet-carbios-revoit-une-enieme-fois-son-calendrier-mais-maintient-son-projet-dusine-francaise.D5J7LKS34VFUJBQPNGW5LMB3CI.html) - [La Gazette France - Carbios ancrage industriel Lorraine](https://www.lagazettefrance.fr/article/carbios-confirme-son-ancrage-industriel-en-lorraine-malgre-un-calendrier-repousse) - [Packaging Gateway - Carbios PET biorecycling plant Longlaville fiche projet](https://www.packaging-gateway.com/projects/carbios-pet-biorecycling-plant-longlaville-france/) - [Carbios - Accord d'approvisionnement avec Hündgen](https://www.carbios.com/newsroom/en/carbios-and-huendgen-enter-supply-agreement-for-worlds-first-pet-biorecycling-plant/) - [Carbios - Partenariat Landbell pour approvisionnement Longlaville](https://www.usinenouvelle.com/article/approvisionnement-carbios-epaule-par-l-allemand-landbell.N2209087) - [Carbios - Stratégie 2023 et ambition 8-12 % du marché rPET en 2035](https://www.carbios.com/en/strategic-update-2023/) - [Sourcing Journal - Carbios China Wankai PET plant](https://sourcingjournal.com/sustainability/sustainability-news/carbios-china-recycled-polyester-wankai-rpet-plant-1234788101/) --- ## Aliapur publie son bilan 2025 pneus usagés en juin 2026 - URL: https://www.recy.net/aliapur-bilan-2025-pneus-usages-publication-rapport-juin-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-26T06:00:00 - Categories: recyclage Aliapur va publier son rapport d'activité 2025 en juin 2026. Cadence sans surprise, l'éco-organisme sort son "Essentiel" tous les ans à la mi-année. Le bilan 2024 a affiché 555 000 tonnes de pneus collectées pour 826 clients, et on attend le bilan 2025 dans cette fourchette, voire un poil au-dessus. J'ai épluché les chiffres de la filière avant de poser quelques questions qui vont sûrement gêner ceux qui répètent que la France est exemplaire sur les pneus usagés. ## Aliapur en quelques chiffres : ce qui est solide Aliapur a été créé en 2003 par les cinq grands manufacturiers : Bridgestone, Continental, Goodyear, Michelin et Pirelli. Capital détenu en parts égales par ces cinq actionnaires. Démarrage opérationnel le 31 décembre 2003 pour la collecte des Pneus Usagés Non Réutilisables, qu'on appelle dans le jargon les PUNR. Pendant 20 ans, Aliapur a opéré sous un régime contractuel volontaire. Depuis le 1er janvier 2024, l'éco-organisme est agréé par l'État au titre de la loi AGEC, avec un cahier des charges public et un contrôle administratif renforcé. Le changement de statut n'a rien d'anodin : il fait entrer Aliapur dans le régime commun des filières REP, avec les obligations qui vont avec (modulations d'éco-contribution, déclarations SYDEREP, taux de collecte et de recyclage minimaux). Sur le terrain, la machine tourne : 35 000 professionnels de l'automobile collectent les pneus en France, 25 collecteurs agréés en préfecture et certifiés Qualicert-Valorpneu remontent le tonnage, et Aliapur orchestre les flux vers une centaine de prestataires valorisateurs. Le siège est à Lyon, le chiffre d'affaires 2024 s'établit à 84,9 millions d'euros pour un résultat net de 0,2 million d'euros. On parle d'une structure à but non lucratif qui équilibre ses comptes. ## Ce que le rapport 2025 devrait confirmer Le bilan 2024 a posé une borne : 555 000 tonnes collectées par Aliapur, équivalent de 66 millions de pneus tourisme. Sur la totalité de la filière française, le chiffre est de 583 000 tonnes collectées pour 591 000 tonnes mises sur le marché. Aliapur pèse donc autour de 95 % de la collecte nationale, les deux autres éco-organismes (France Recyclage Pneumatique et Tyval) se partageant la marge. Pour 2025, je m'attends à un volume Aliapur entre 555 000 et 580 000 tonnes. Le parc automobile français a légèrement augmenté en 2025 (effet du report d'achats post-2023), la flotte poids lourds reste stable, et la filière agricole continue d'écouler ses pneus d'ensilage maintenant intégrés à la REP. Pas de bond spectaculaire à attendre. Le métier de la collecte de pneus, c'est de la régularité, pas du sprint. Le vrai sujet du rapport 2025 sera ailleurs : la répartition entre valorisation matière et valorisation énergétique. C'est là que tout se joue. ## Le débat caché : matière vs énergie Sur le papier, la filière française tape à 96 % de taux de collecte en 2024, avec une trajectoire fixée à 98 % en 2028. Bon score. Mais le taux de recyclage matière, lui, plafonne à 40 %, avec un objectif à 42 % seulement pour 2028. Ça veut dire qu'environ 60 % des pneus collectés finissent en valorisation énergétique, principalement en cimenterie. Quand j'ai discuté avec un responsable opérations qui pilote un site cimentier en Île-de-France, il m'a dit la vérité crue : sans les pneus en combustible alternatif, sa ligne de production aurait perdu un point d'EBITDA sur le coût énergétique. Le pneu broyé remplace une partie du coke de pétrole. C'est moins émissif, c'est moins cher, et ça fait baisser la facture carbone de la cimenterie. Tout le monde y gagne, sauf qu'on brûle un matériau qui aurait pu retourner dans un produit. Aliapur lui-même reconnaît la limite. En 2019, la répartition était 56 % matière / 44 % énergie. En 2024, elle s'est plutôt rapprochée de 40/60 selon les chiffres ADEME consolidés. Si la tendance se confirme dans le rapport 2025, on est en recul sur la valorisation matière. Ce n'est pas une question de mauvaise volonté de l'éco-organisme : c'est une question de débouchés. Les granulats de caoutchouc trouvent preneur dans les sols sportifs, les aires de jeu et certains revêtements, mais le marché reste limité. Brûler en cimenterie reste l'exutoire industriel le plus capacitaire. ## Les débouchés matière : où ça avance, où ça stagne Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Granulats recyclés et béton bas carbone : ça tient la charge ?](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). Aliapur a structuré trois familles de produits matière : Technigom, Powergom et Draingom. La première vise les industriels (composites pour aérospatiale et marine, partenariat avec Veso Concept), la deuxième cible les revêtements de sport et de loisir, la troisième traite les applications drainantes. Le portefeuille couvre une vingtaine de secteurs : construction, BTP, énergie, sport-loisir, industrie. Le partenariat avec Eiffage sur les enrobés bitumineux est l'un des plus prometteurs. Le caoutchouc broyé peut remplacer une partie des granulats minéraux qui composent 90 % du bitume. Application principale : pistes cyclables et chaussées peu chargées. Le frein, c'est l'homologation routière. La France avance prudemment sur l'incorporation de matériaux secondaires dans les chaussées, et les volumes restent confidentiels à l'échelle de la filière. Côté boucle fermée (du pneu au pneu), c'est BlackCycle qui porte les espoirs. Projet européen Horizon 2020, coordonné par Michelin avec 13 partenaires dont Aliapur, budget 16 millions d'euros dont 12 millions financés par l'UE. L'objectif est de produire du noir de carbone durable et des huiles par pyrolyse des pneus en fin de vie, puis de les réincorporer dans des pneus neufs. Michelin a déjà sorti un pneu de bus à 58 % de matériaux durables grâce à cette technologie. La cible affichée par le manufacturier : la moitié des pneus européens dans la boucle BlackCycle d'ici 5 à 6 ans. Sur le terrain, c'est plus prudent. La cible réglementaire française est de 5 % de recyclage en boucle fermée d'ici 2028. Cinq pour cent. Le reste continuera de partir en granulats ou en cimenterie. ## Granulats SBR et Michelin Vannes : ce que les sources disent vraiment On lit parfois que les granulats SBR issus d'Aliapur alimenteraient le site Michelin de Vannes en matière première. Je n'ai trouvé aucune confirmation publique de ce flux. Le site de Vannes existe (production de pneus tourisme), Michelin est actionnaire d'Aliapur, et le groupe travaille sur la réincorporation de matières secondaires via BlackCycle. Mais le circuit précis "granulats SBR vers Vannes" n'apparaît ni dans le rapport 2024 ni dans la communication Aliapur. Deux hypothèses. Soit l'info arrive dans le rapport 2025 et constitue alors une vraie nouvelle. Soit il y a confusion avec le programme BlackCycle, qui traite des huiles de pyrolyse et non des granulats SBR directement. Je rendrai compte du rapport quand il sortira, sans broder sur ce qui n'est pas confirmé. ## L'éco-contribution 2025 : ce qui change pour les vendeurs Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Recyclage du vélo : pourquoi c'est le dernier recours](/recyclage-velos-usages-cycles-reemploi-reparation-2026). Depuis le 1er janvier 2025, l'éco-contribution pour un pneu tourisme est modulée selon la performance environnementale : entre 1,28 € et 1,76 € par pneu, contre 1,44 € en tarif unique en 2024. La modulation joue dans les deux sens : prime pour les pneus à fort taux de matières recyclées ou faible présence de substances dangereuses, pénalité dans le cas inverse. C'est un changement structurant. Pendant 20 ans, Aliapur a fonctionné avec une éco-contribution unique. Le passage à la modulation introduit pour la première fois un signal-prix qui doit orienter les choix d'écoconception des manufacturiers. Côté concession ou point de vente, ça veut dire que le prix affiché du pneu va légèrement varier selon le modèle, et que les pneus "premium écolo" deviendront marginalement moins chers que les pneus low-cost mal notés. Pour rappel, l'éco-contribution démarrait à 2,20 € en 2004. Le tarif moyen a donc baissé de moitié sur 20 ans grâce à la massification. ## Les trois éco-organismes et leur coordination Depuis le 1er janvier 2024, la filière française compte trois éco-organismes agréés : Aliapur (les manufacturiers), France Recyclage Pneumatique-FRP (les opérateurs déchets) et Tyval (concurrent récent). Au-dessus, le Comité Coordonnateur pour la Collecte des Pneumatiques (CCCP) joue le rôle d'arbitre, agréé par décret interministériel le 2 décembre 2024, mandat jusqu'au 31 décembre 2028. Pourquoi trois éco-organismes pour une seule filière ? La loi AGEC a ouvert la porte à la concurrence, dans une logique d'efficacité et de couverture territoriale. En pratique, le système ressemble à un cartel régulé : chaque opérateur déclare ses metteurs en marché, le CCCP harmonise les barèmes, et l'État vérifie les performances globales. Aliapur reste largement majoritaire en volume. Trajectoire des objectifs sur le périmètre couvert par les éco-organismes : 30 000 tonnes en 2024, 40 000 en 2025, 50 000 en 2026, 60 000 en 2027, 70 000 en 2028. Cette trajectoire concerne les flux antérieurement non couverts (notamment les pneus agricoles d'ensilage). Aliapur est dimensionné pour absorber sa part. ## Ce que je vais surveiller dans le rapport 2025 Quand le rapport tombera en juin 2026, voici ce que je regarderai en premier. D'abord, la répartition matière/énergie. Si le ratio matière passe sous les 40 %, la filière recule. Si elle dépasse 45 %, c'est un signal positif. Tout ce qui se trouve entre les deux confirme la stabilité dans un mauvais équilibre. Ensuite, les volumes BlackCycle. Combien de tonnes de pneus traitées en pyrolyse, combien de tonnes de noir de carbone et d'huiles produites, et quel pourcentage de réincorporation dans les pneus neufs. Si on reste sur des volumes pilotes, le pneu circulaire reste un slogan. Si on passe à des dizaines de milliers de tonnes, l'industrie bascule. Enfin, les nouveaux débouchés routiers et industriels. Eiffage sur les bitumes cyclables, Veso Concept sur les composites aérospatiaux, et les éventuelles annonces sur les pneus agricoles. L'agriculture est le talon d'Achille de la filière : les pneus d'ensilage sortent du parc en grand volume mais ne valent rien sur le marché de la matière secondaire. Le rapport 2025 doit dire si la filière a trouvé un modèle économique soutenable pour ce segment ou si elle continue de socialiser le coût. ## Ce que j'en pense Aliapur fait correctement son boulot d'éco-organisme. La collecte tourne à 96 %, la traçabilité fonctionne, les prestataires sont auditables. C'est mieux que la moyenne européenne. C'est aussi un modèle qui a 20 ans de retours d'expérience et qui ne déraille pas. Mais le système est coincé dans un compromis qui ne bouge plus. La cimenterie sert d'amortisseur économique pour absorber les volumes que la matière secondaire ne sait pas absorber. Tant que les cimenteries demanderont du combustible alternatif et que les débouchés matière ne décolleront pas, on restera autour de 40 % de valorisation matière. Pour bouger ce ratio, il faut soit créer artificiellement des débouchés (commande publique avec quota de granulats recyclés dans la voirie, par exemple), soit attendre que BlackCycle change la donne à l'échelle industrielle. Le rapport 2025 d'Aliapur arrivera dans un contexte où l'Europe pousse l'économie circulaire via le [Circular Economy Act qui structurera les filières de demain](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030). La pression réglementaire va monter sur les manufacturiers. La question n'est plus "est-ce qu'on collecte les pneus ?" mais "qu'est-ce qu'on en fait derrière ?" Et là, on n'a pas encore tranché. Mon pari : le rapport 2025 affichera des chiffres conformes à la trajectoire (collecte > 95 %, recyclage matière entre 40 et 43 %), mais le grand saut viendra avec le rapport 2027 ou 2028, quand les premiers volumes industriels BlackCycle remonteront dans les statistiques. D'ici là, on reste sur un système qui collecte beaucoup, brûle pas mal, et recycle ce qu'il peut. ## Sources - [Aliapur - Qui est Aliapur](https://www.aliapur.fr/fr/actualite/1-qui-est-aliapur.html) - Présentation officielle, actionnaires, mission - [Aliapur - Les chiffres](https://www.aliapur.fr/fr/les-chiffres.html) - Éco-contribution 2024/2025, données financières - [ADEME - Filière REP pneumatiques](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PNEU) - Tonnages 2024, taux collecte/recyclage, trajectoire 2028 - [Ministère de la Transition écologique - Pneumatiques](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/pneumatiques) - Cadre réglementaire post-AGEC, agréments 2024 - [Auto Infos - Aliapur, transformer les pneus usagés](https://www.auto-infos.fr/article/aliapur-transformer-les-pneus-uses-en-atout-pour-l-environnement.285267) - 555 000 tonnes en 2024, répartition matière/énergie - [Journal du Pneu - Aliapur en quête de nouveaux débouchés](https://journaldupneu.com/marche/aliapur-toujours-en-quete-de-nouveaux-debouches/) - Partenariats Eiffage, granulats SBR - [Aliapur - BlackCycle, projet européen](https://www.aliapur.fr/fr/actualite/52-blackcycle-un-projet-europeen-ambitieux-pour-les-pneus.html) - Budget, partenaires, objectifs circularité - [L'Usine Nouvelle - Le consortium BlackCycle](https://www.usinenouvelle.com/article/le-consortium-blackcycle-veut-valoriser-l-integralite-des-pneus-en-fin-de-vie.N1791877) - Détails techniques pyrolyse, 58 % matériaux durables pneu bus --- ## EUDR : J-200 avant l'application aux grandes entreprises - URL: https://www.recy.net/eudr-30-decembre-2026-application-grandes-entreprises-deforestation-importee/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-25T06:00:00 - Categories: economie-circulaire 137 848 hectares de forêts détruits chaque année par la consommation française. 23 terrains de football par heure. C'est le chiffre publié par Envol Vert en octobre 2025, et il n'a pas bougé depuis. Le 30 décembre 2026, dans 200 jours, le règlement UE 2023/1115 contre la déforestation importée devient opposable aux grandes et moyennes entreprises. Sept commodités dans le viseur : bois, bétail, cacao, café, huile de palme, caoutchouc, soja. Et l'essentiel des filières françaises concernées n'est pas prêt. Je travaille depuis un moment sur les chaînes réglementaires environnementales. Les opérateurs que j'observe se répartissent en deux camps. Ceux qui ont commencé la cartographie de leurs fournisseurs en 2024 et qui galèrent encore. Et ceux qui découvrent en mai 2026 qu'ils vont devoir géolocaliser à la parcelle près des centaines de milliers de tonnes de soja brésilien. Le deuxième camp est largement majoritaire. Cet article ne refait pas le détail du règlement et de ses obligations douanières (j'ai déjà couvert ce volet dans [le guide des obligations EUDR à partir de décembre 2026](/eudr-deforestation-importee-obligations-2026)). Il pose la question crue : que reste-t-il à faire dans les 200 jours qui viennent, et qui ne le fera pas à temps ? ## Le compte à rebours, vraiment Reprenons les dates au cordeau. Le règlement 2023/1115 a été adopté en mai 2023. Application initiale prévue : 30 décembre 2024. Premier report fin 2024, deuxième report acté par le règlement 2025/2650 publié au Journal officiel le 23 décembre 2025. Verdict final : 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises. Deux reports en un an. Les ONG hurlent au détricotage, les industriels respirent, le calendrier tient. Au 18 mai 2026, jour où j'écris ces lignes, il reste 226 jours calendaires avant l'échéance grandes entreprises. Moins de huit mois pleins. Pour qui n'a pas encore réalisé la cartographie complète de ses chaînes d'approvisionnement, c'est trop court. Cartographier les parcelles de production d'un fournisseur de soja brésilien qui s'approvisionne lui-même chez 200 producteurs en Mato Grosso, demande de l'ingénierie, des accords commerciaux, des données satellites, et un retour terrain qui ne s'improvise pas en quatre mois. Et la Commission européenne a un dernier rapport prévu avant le 30 avril 2026 pour préciser le calendrier d'ouverture complète du système TRACES NT (Trade Control and Expert System). C'est la plateforme par laquelle toutes les déclarations de diligence raisonnée doivent transiter. Tant que cette plateforme n'est pas pleinement opérationnelle et testée, les opérateurs naviguent à vue. ## Sept commodités, mais une seule fait peur en France Le règlement vise sept matières premières, identifiées par la FAO comme responsables de 80 % de la déforestation mondiale : soja, huile de palme, bois, cacao, café, caoutchouc, bovins. Plus tous leurs dérivés : cuir, chocolat, meubles, papier, pneus, tourteaux, biocarburants, et la liste s'étire sur les annexes du règlement. Pour la France, une seule commodité écrase les autres en volume et en risque réglementaire : le soja. 44,4 % de l'empreinte forêt française vient du soja. Sur la période 2012-2021, les importations françaises de soja mobilisaient en moyenne 1 285 000 hectares par an de surface agricole étrangère (chiffre Envol Vert, repris par franceinfo octobre 2025). Le Brésil fournit 65 % de ce soja. Et 87 % du soja importé en France part dans l'alimentation animale (bovins, volaille, porcs). Concrètement : la déforestation importée française ne tient pas à la tablette de chocolat ni au meuble en teck. Elle tient à la viande de bœuf et au poulet du supermarché, nourris au tourteau de soja brésilien venu du Mato Grosso ou du Cerrado. L'EUDR vise précisément à briser ce maillon, en exigeant que chaque tonne de soja soit traçable jusqu'à la parcelle, et que cette parcelle n'ait pas été déboisée après le 31 décembre 2020. Les filières du bois et du papier sont mieux préparées. Elles vivent depuis 2013 sous le régime du RBUE (Règlement bois de l'Union, FLEGT). Les certifications FSC et PEFC offrent une base traçabilité utilisable. Le cacao et le café s'organisent péniblement via Fairtrade et les coopératives. Le caoutchouc reste un trou noir documentaire. Mais le soja, c'est le mur. ## Géolocalisation à la parcelle : le mur technique Le règlement impose une donnée précise : les coordonnées GPS de chaque parcelle de production. Format imposé par TRACES NT : un point unique pour les parcelles de moins de 4 hectares, un polygone fermé pour les parcelles supérieures. Latitude, longitude, surface. Pour chaque lot importé. Sur le papier, c'est simple. Sur le terrain, c'est un cauchemar logistique. Un grand importateur français de soja se fournit chez des traders (Cargill, ADM, Bunge, Louis Dreyfus, COFCO). Ces traders agrègent du soja issu de centaines, parfois milliers de coopératives ou de fermes. Le moratoire soja de l'Amazonie brésilienne, signé en 2006 et qui contraignait les acheteurs à ne pas s'approvisionner sur des terres déboisées récentes, a fait chuter la déforestation liée au soja à moins de 4 % en 2025 dans la zone Amazonie. Sauf que le 5 janvier 2026, ABIOVE, le lobby brésilien du soja, a annoncé son intention de se retirer de ce moratoire. Le timing est intéressant. Greenpeace y voit un signal direct envoyé à l'EUDR : la filière brésilienne n'a aucune envie de jouer le jeu. Pour les opérateurs français, l'équation se durcit. Ils doivent obtenir de leurs traders une donnée parcellaire qu'aucun trader ne maîtrise vraiment aujourd'hui. Et ils doivent l'obtenir avant fin décembre 2026. ## La classification pays : 1 %, 3 %, 9 % Le règlement d'exécution 2025/1093, publié le 22 mai 2025, a classé les pays en trois niveaux : faible risque, standard, élevé. Cette classification ne change pas les obligations de fond (même due diligence partout), mais elle conditionne l'intensité des contrôles douaniers. 140 pays sont classés à faible risque, dont l'ensemble des États membres de l'UE. Taux de vérification douanière : 1 % des opérateurs. La majorité du reste du monde est en catégorie standard, avec un taux de 3 %. Et quatre pays sont en catégorie haut risque : Bélarus, Myanmar, Corée du Nord, Russie. Taux de vérification : 9 %. La Commission a poussé en catégorie haut risque les pays sous sanctions ONU ou UE pour les commodités EUDR. Aucun grand exportateur de soja ou de café n'y figure. Les trois pays qui pèsent le plus dans les importations européennes (Brésil, Indonésie, Côte d'Ivoire) sont classés en catégorie standard. Conséquence : un importateur de soja brésilien sera contrôlé sur 3 % de ses lots. Pour une entreprise qui passe 200 lots par an, ça fait six contrôles. À chaque contrôle, la documentation parcellaire doit tenir. Sinon, sanction. La classification est revisitée régulièrement. Un pays classé faible risque aujourd'hui peut basculer en standard demain si les données satellites montrent une accélération de la déforestation. Structurer toute une supply chain sur la stabilité du benchmarking est un pari risqué. ## Les sanctions, jamais cosmétiques L'article 25 du règlement fixe le plancher des sanctions : amende d'au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel total réalisé dans l'Union européenne par l'opérateur fautif, sur l'exercice précédent. Plus la confiscation des produits et des revenus liés. Plus l'exclusion temporaire des marchés publics et des financements publics européens. Plus, en cas de récidive grave, l'interdiction temporaire de mise sur le marché de produits EUDR. Le plancher 4 % n'est pas un plafond. Le règlement précise que les États membres doivent prévoir des sanctions plus lourdes si nécessaire pour neutraliser le bénéfice économique de l'infraction. Pour une grande entreprise réalisant 500 millions d'euros de CA dans l'UE, le plancher d'amende est de 20 millions d'euros par infraction caractérisée. Ce n'est pas du symbolique. La confiscation des produits frappe au porte-monnaie immédiatement. Un cargo de cacao saisi à Anvers parce que la documentation parcellaire est défaillante ne sera pas restitué après paiement. Il sera détruit ou réaffecté. Pour un négociant qui finance ses cargaisons par crédit documentaire, la perte est sèche et immédiate. L'exclusion des marchés publics, elle, frappe transversalement. Un groupe agroalimentaire sanctionné EUDR sur sa filière soja peut être exclu d'appels d'offres publics dans des secteurs où il opère par ailleurs. Le risque réputationnel se transforme en risque commercial direct. ## La photographie au 18 mai 2026 Sur le terrain, ce que je vois quand j'échange avec des responsables conformité de grandes entreprises agroalimentaires françaises : trois niveaux de préparation. Le premier, minoritaire, regroupe les acteurs qui ont commencé en 2023, qui ont structuré leur démarche en interne, qui pilotent un projet transverse achats-RSE-juridique-DSI, et qui ont déjà testé TRACES NT pendant la fenêtre d'accès limité (février à mi-avril 2026). Ceux-là tiendront l'échéance. Le deuxième, majoritaire, a démarré en 2025. Il a réalisé la cartographie des fournisseurs directs, mais peine à remonter aux fournisseurs des fournisseurs (rang 2, rang 3). Pour le soja, c'est généralement à ce niveau que se cache la donnée parcellaire. Ce groupe est dans le rouge à 226 jours, sans être perdu. Avec un effort intensif et un budget conséquent, certains s'en sortiront. Le troisième, minoritaire mais bien réel, n'a quasi rien fait. Soit parce que les services achats ont misé sur un nouveau report (mauvais pari), soit parce que la direction générale n'a pas pris le sujet au sérieux, soit parce que les fournisseurs en aval (ETI, PME amont) ont eu six mois supplémentaires et ont relâché la pression. Ceux-là seront en infraction au 31 décembre 2026. Bureau Veritas accompagne plusieurs grands groupes dans la mise en conformité. Leur retour : la due diligence EUDR est plus lourde que prévu. Elle mobilise les services achats, RSE, juridique, DSI, et exige une coordination soutenue avec les fournisseurs sur 12 à 18 mois. Bpifrance Université a lancé une formation en ligne dédiée. L'ADEME accompagne via ses dispositifs forêts et filières bois. Tout l'écosystème français de l'accompagnement public se mobilise. Mais ces dispositifs supposent que l'entreprise vienne chercher l'aide. Beaucoup ne le font pas. ## Les quatre simplifications de décembre 2025 changent quoi ? Le règlement 2025/2650 a apporté quatre ajustements ciblés (les "targeted tweaks" promis par la Commission). Premier : seul le premier opérateur qui place le produit sur le marché UE soumet une déclaration de diligence raisonnée complète. Les opérateurs en aval transmettent simplement le numéro de référence. Allègement administratif réel, mais la responsabilité juridique reste partagée le long de la chaîne. Deuxième : les micro et petites entreprises situées dans des pays classés faible risque bénéficient d'une déclaration simplifiée (annexe III). Seuils : bilan ≤ 5 M€, CA ≤ 10 M€, effectif ≤ 50 personnes. Pour les PME françaises sourçant en France ou en UE, c'est une vraie respiration. Troisième : les livres et journaux sortent du champ d'application. La filière édition a obtenu cette exemption. Pour la pâte à papier importée, en revanche, l'obligation tient. Quatrième : les groupes peuvent soumettre leurs DDS au niveau du groupe et non plus par filiale, simplification logistique notable pour les grands groupes diversifiés. Ces quatre ajustements simplifient la vie administrative. Aucun ne change la mécanique de fond : géolocalisation parcellaire obligatoire, cut-off déforestation au 31 décembre 2020, sanctions à 4 % du CA UE. ## Les actions tenables dans les 200 jours restants Cinq actions tiennent encore dans le calendrier. La première : finaliser la cartographie des fournisseurs sur les commodités à plus fort enjeu. Pour la France, c'est le soja et ses dérivés en priorité absolue. Ensuite seulement le bois, le cacao, le café. La deuxième : exiger contractuellement la fourniture des données parcellaires par les fournisseurs directs, avec clause de résiliation en cas de manquement. Ceux qui ont déjà inséré ces clauses dans les renouvellements de contrats 2025-2026 ont une longueur d'avance. Les autres doivent renégocier en urgence. La troisième : tester intensivement TRACES NT dès sa réouverture complète (calendrier précisé par le rapport Commission attendu avant le 30 avril 2026). Une déclaration ratée le 30 décembre 2026 dans le rush n'est pas un scénario acceptable. La quatrième : structurer la traçabilité documentaire pour 5 ans minimum (durée de conservation imposée par le règlement). Audit interne tous les 6 mois, archives chiffrées, historique des modifications. C'est de la conformité documentaire pure, mais c'est ce que la DREAL ou la DGCCRF contrôlera. La cinquième : préparer le volet financier. Une amende EUDR à 4 % du CA UE peut anéantir la marge annuelle. Les couvertures d'assurance environnementale ne couvrent généralement pas les amendes administratives. Provisionner un budget conformité dédié, anticiper les ajustements de prix d'achat liés à la prime traçabilité, c'est un sujet direction financière. ## Le contexte européen plus large L'EUDR ne tombe pas isolé. Il s'inscrit dans la trajectoire du [Circular Economy Act européen qui fixe un taux de circularité de 24 % d'ici 2030](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030), du [reporting CSRD sur l'économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) qui impose la transparence sur les chaînes d'approvisionnement, et de la [loi AGEC dans son bilan 2025-2026](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) qui pousse la même logique côté français. La déforestation importée est un cas particulier d'une mécanique générale : internaliser les coûts environnementaux dans les décisions d'achat. Les collectivités vont d'ailleurs avoir leur propre couche EUDR. À partir du 22 août 2026, [tout marché public devra intégrer un critère environnemental](/achat-durable-collectivites-obligations-22-aout-2026). Les acheteurs publics qui sourçaient du papier de bureau, des meubles, du café pour les cantines, vont devoir exiger la conformité EUDR de leurs fournisseurs. La cascade contractuelle va se déclencher. L'accord UE-Mercosur, signé fin 2024 et en cours de ratification, ajoute une couche d'incertitude. Greenpeace alerte sur le risque d'augmentation des importations de soja et de bœuf brésiliens sans mécanisme de contrôle robuste. Le règlement EUDR est précisément le mécanisme censé tenir cette ligne. S'il est mal appliqué en 2027, c'est tout l'édifice de cohérence environnementale UE qui s'effondre. ## Le réexamen d'avril 2026 et la suite La Commission a publié le 30 avril 2026 son rapport d'évaluation. À cette date, pas de nouvel assouplissement majeur annoncé. Le calendrier 30 décembre 2026 / 30 juin 2027 tient. C'est une bonne nouvelle pour la prévisibilité réglementaire. C'est aussi un signal clair envoyé aux opérateurs qui pariaient sur un troisième report : il n'arrivera pas. Ce qu'il reste à surveiller dans les 200 jours qui viennent : les actes d'exécution complémentaires sur TRACES NT, la mise à jour du benchmarking pays prévue pour fin 2026, les premières sanctions exemplaires qui ne manqueront pas de tomber en 2027 sur des dossiers volontairement mal préparés. Les régulateurs européens connaissent leur fonctionnement. Pas de quoi paniquer, mais largement de quoi se mettre au travail si ce n'est pas déjà fait. La question qui se pose vraiment, en mai 2026, n'est plus "est-ce que la réglementation va s'assouplir ?" mais "quelles entreprises françaises vont être en infraction au 31 décembre 2026, et combien d'amendes à 4 % du CA UE la DGCCRF va-t-elle notifier en 2027 ?". Il n'y aura plus de filet. ## Sources - [Envol Vert - L'Empreinte Forêt mesure l'impact de nos consommations](https://envol-vert.org/en/campaign/forest-footprint/) - Méthodologie et chiffres 137 848 hectares/an - [Franceinfo - Soja, cacao, café : empreinte forêt France octobre 2025](https://www.franceinfo.fr/environnement/crise-climatique/forets/soja-cacao-cafe-la-france-contribue-a-la-destruction-de-137-848-hectares-de-forets-par-an-a-cause-de-sa-consommation-de-matieres-premieres-importees_7549720.html) - Synthèse rapport Envol Vert 2025 - [Commission européenne - Regulation on Deforestation-free products](https://environment.ec.europa.eu/topics/forests/deforestation/regulation-deforestation-free-products_en) - Texte officiel EUDR et calendrier - [Conseil UE - Targeted revision to simplify and postpone the regulation, 18 déc 2025](https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2025/12/18/deforestation-council-signs-off-targeted-revision-to-simplify-and-postpone-the-regulation/) - Règlement 2025/2650 et report - [Preferred by Nature - First list of Country Benchmarks under EUDR](https://www.preferredbynature.org/news/european-commission-publishes-first-list-country-benchmarks-under-eu-deforestation-regulation) - Règlement d'exécution 2025/1093, classification mai 2025 - [Bureau Veritas France - EUDR dernière ligne droite conformité](https://www.bureauveritas.fr/magazine/reglementation-eudr-entreprises-conformite) - Retour terrain accompagnement grandes entreprises - [Bpifrance Big Media - Obligations EUDR pour les entreprises](https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/reglement-eudr-quelles-obligations-pour-les-entreprises-face-au-defi-de-la-deforestation) - Synthèse française et appui PME - [Greenpeace Luxembourg - 2026 année charnière pour l'EUDR](https://www.greenpeace.org/luxembourg/fr/actualites/26882/2026-une-annee-charniere-pour-le-reglement-europeen-contre-la-deforestation/) - Position ONG sur reports et assouplissements - [WWF France - Scorecard soja entreprises](https://www.wwf.fr/projets/scorecard-soja-evaluer-des-entreprises-quant-a-leur-utilisation-de-soja-responsable) - Évaluation entreprises sur soja responsable - [Coolset - EUDR Compliance and enforcement Mar 2026](https://www.coolset.com/academy/eudr-compliance-and-enforcement) - Mécanique TRACES NT, due diligence statement - [Notre-environnement.gouv.fr - Empreinte terre déforestation importée](https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/deforestation-importee-quelle-est-l-empreinte-terre-de-la-france) - Données empreinte forêt française officielles --- ## Biodéchets : 32 M couverts, mais 12 % trient vraiment - URL: https://www.recy.net/tri-biodechets-bilan-ademe-mi-2026-32-millions-couverts/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-24T06:00:00 - Categories: tri Le chiffre tombe et il dit deux choses opposées en même temps. **32,1 millions de Français** disposent aujourd'hui d'une solution de collecte des biodéchets mise en place par leur collectivité, soit la moitié de la population (ADEME, bilan publié en 2025 actualisé mi-2026). Trois fois plus qu'en 2022. Pendant ce temps, **12 % seulement** des ménages déposent vraiment leurs épluchures dans le dispositif quand il existe (enquête nationale ADEME 2024). L'autre moitié du pays n'a même pas de solution accessible. Et sur la moitié équipée, l'immense majorité n'utilise pas le bac. Le déploiement avance, l'adoption décroche. C'est le vrai sujet, deux ans et demi après la généralisation de l'obligation au 1er janvier 2024. Je bosse le sujet déchets depuis longtemps et le pattern me parle. On a poussé fort sur l'infrastructure, peu sur la dynamique sociale, et le résultat ressemble à ce qu'on observe sur tous les programmes français de tri sélectif : la rampe d'accès se construit, le trafic ne suit pas. La différence ici, c'est qu'il y a une obligation légale dans le dos et une procédure d'infraction européenne au-dessus de la tête. ## Le bilan ADEME mi-2026 en chiffres bruts Pour situer : la loi AGEC a généralisé le tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs au 1er janvier 2024 (article L541-21-1 du Code de l'environnement). Particuliers compris. Avant, l'obligation visait seulement les gros producteurs (au-dessus de 5 tonnes par an dès 2016). Depuis 2024, chaque collectivité doit proposer une solution à chaque habitant. Bac brun, borne d'apport volontaire, composteur partagé, composteur individuel distribué : peu importe le format, l'objectif est de sortir les déchets organiques des ordures ménagères résiduelles (OMR). Les chiffres du bilan ADEME 2025 actualisé mi-2026 : - **32,1 millions d'habitants** ont une solution mise en place par leur collectivité (50 % de la population française). - **30 %** des Français disposent d'un composteur (individuel ou partagé) installé par la collectivité. - **20 %** ont accès à une collecte séparée (porte-à-porte ou bornes publiques). - **900 000 tonnes** de biodéchets ont été détournées de l'incinération ou de l'enfouissement en un an de fonctionnement. - **100 millions d'euros** du Fonds vert ont financé le déploiement depuis 2023. C'est la progression. Trois fois plus de population desservie qu'en 2022. Le chiffre ne dit pas tout, parce qu'avoir une borne au bout de sa rue ne suffit pas à trier. Mais il dit quand même quelque chose : le verrou administratif a sauté pour une partie du territoire. ## L'adoption qui ne suit pas : 12 % participent à la collecte Le second volet du bilan ADEME est l'enquête nationale de comportement publiée en 2024, première année d'un dispositif triennal qui ira jusqu'à 2026. Plus de 1 000 ménages représentatifs interrogés. Les résultats sont à la fois encourageants et brutaux. Côté représentations, c'est solide. **88 % des Français** estiment que le tri des biodéchets est important. **80 %** disent connaître au moins une solution de tri. La sensibilisation a infusé. Côté pratiques, ça se rétracte vite. **56 %** déclarent trier leurs déchets alimentaires (toutes méthodes confondues). **37 %** compostent (en hausse vs 34 % en 2020). **12 %** participent à la collecte séparée organisée par la collectivité quand elle existe. **7 %** donnent les restes aux animaux. Et **44 %** des Français ne trient pas du tout leurs biodéchets, déclarés. Le gap est massif et il est facile à lire. Le compostage individuel marche correctement parce qu'il s'appuie sur des gens motivés, qui ont un jardin, qui ont fait la démarche. La collecte séparée municipale ne marche pas, parce qu'elle suppose un geste nouveau, dans la cuisine, tous les jours, sans bénéfice immédiat visible. C'est la version 2026 de ce que les sociologues du tri appellent depuis vingt ans la _barrière de transition comportementale_. Le bac est posé. Le ménage ne sait pas trop quoi y mettre, où le sortir, à quelle fréquence, et personne ne vient lui rappeler. Six mois plus tard, le bac est devenu un meuble de balcon. Le MODECOM 2025 (caractérisation nationale des OMR par l'ADEME, publié en décembre 2025) confirme : **32 % du contenu des ordures ménagères résiduelles est encore composé de biodéchets**. La cible réglementaire à l'horizon 2026 reste fixée à un maximum de **39 kg par habitant et par an** de biodéchets dans les OMR. La moyenne nationale tourne autour de **83 kg**. On est à plus du double de la cible, à six mois de l'échéance officielle. ## Cartographie des zones blanches Le terme "50 % de couverture" cache une géographie très inégale. Trois zones de fracture émergent du bilan ADEME et des données Zero Waste France. **Île-de-France**, c'est le bloc qui tire la moyenne vers le bas. La région la plus peuplée du pays est aussi la plus en retard. Selon les programmes locaux, l'objectif d'équipement à fin 2026 vise **41,2 % des habitants** seulement, en dessous de la moyenne nationale. Et **32 % des ménages franciliens** n'ont aucune date de mise en service annoncée pour leur solution de tri. Le SYCTOM (syndicat de traitement des ordures ménagères qui couvre 6 millions d'habitants) a engagé un plan biodéchets et ouvre en 2026 sa première unité de méthanisation au port de Gennevilliers (capacité 50 000 tonnes par an), mais l'amont collecte reste sous-dimensionné sur la petite couronne dense. **Les intercommunalités enfouisseuses** forment le second front. Selon Zero Waste France (analyse SINOE), **125 intercommunalités représentant 4,1 millions d'habitants envoient encore plus de 50 % de leurs déchets en enfouissement**. Sur ces 125, **34 intercommunalités n'ont aucune solution conforme de tri à la source des biodéchets**, soit deux ans et demi après la date butoir. **55 514 tonnes** de biodéchets ménagers partent encore en décharge chaque année sur ce périmètre, pour un coût estimé à **11,76 millions d'euros annuels** au tarif moyen de 212 EUR la tonne d'enfouissement. **Les territoires ruraux denses** (Hauts-de-France, Grand Est, certains bassins du Massif central) ont un problème spécifique : un coût d'investissement par habitant beaucoup plus élevé que les zones urbaines, parce que la densité ne porte pas une collecte porte-à-porte. La réponse retenue est souvent le composteur individuel distribué, mais le taux d'usage réel n'est pas suivi par la majorité des collectivités. On distribue, on ne sait pas si ça composte vraiment. À l'inverse, plusieurs métropoles ou agglomérations passent la barre des 80 % de couverture déclarée : Rennes Métropole, Grenoble-Alpes Métropole, Nantes Métropole, Strasbourg Eurométropole. Ces territoires ont commencé tôt, parfois quinze ans avant l'obligation, avec un mix bornes + composteurs collectifs + porte-à-porte calibré quartier par quartier. ## Pourquoi l'adoption décroche Quatre causes structurelles reviennent dans les retours terrain (rapports AMORCE, retours d'ambassadeurs du tri, enquêtes ADEME). **Le coût pour les collectivités est massif et mal financé.** AMORCE estime que la généralisation du tri à la source coûtera **5 milliards d'euros sur dix ans** aux collectivités locales, dont la majorité en investissement amont (bacs, bornes, camions dédiés, centres de tri) et le reste en exploitation. Le Fonds vert avait sanctuarisé une enveloppe biodéchets de 100 M EUR sur la période 2023-2025. **Cette enveloppe disparaît dans le projet de loi de finances 2026** : le soutien aux mesures de tri à la source et valorisation des biodéchets n'est pas reconduit. Le Fonds vert global passe de 2,5 Md EUR en 2024 à 1,15 Md EUR en 2025 et pourrait descendre à 650 M EUR en 2026 (rapport Sénat 25-139). Les collectivités qui n'avaient pas terminé leur déploiement se retrouvent à devoir le financer sur la TEOM ou la REOM, donc à le faire payer aux habitants. Le calendrier politique des municipales 2026 n'aide pas à voter une hausse. **La sensibilisation a été sous-traitée à l'infrastructure.** L'ADEME identifie comme principal facteur d'échec un déficit d'animation territoriale : pas assez d'ambassadeurs, pas assez de relais associatifs, pas assez de retours d'information aux trieurs. Quand un ménage met ses épluchures dans une borne et ne sait jamais ce qu'elles deviennent, le geste s'érode au bout de quelques mois. À Colmar, pionnière du dispositif depuis quinze ans, le ratio d'ambassadeurs par habitant est dix fois supérieur à la moyenne nationale. C'est ce qui fait la différence. **Le geste est confondu avec le tri des emballages.** Les enquêtes de l'ADEME montrent une confusion persistante : beaucoup de ménages pensent que mettre une épluchure dans la poubelle jaune avec les emballages, c'est "bien". Ce n'est pas le cas. La confusion vient du fait que les consignes de tri ont changé plusieurs fois sur dix ans (extension des consignes plastique, simplification 2026) et que le biodéchet est le dernier flux ajouté, sans campagne nationale grand public à la hauteur. Sur ce sujet, j'avais détaillé les 15 erreurs récurrentes dans [Erreurs de tri : 15 gestes à corriger](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/) et la confusion biodéchets vs emballages y revient deux fois. **Le bac brun pose un problème pratique non résolu en habitat collectif.** Un appartement de 35 m² avec un local poubelle au sous-sol ne s'accommode pas du même rythme de tri qu'un pavillon avec jardin. Le bio-seau aéré dans la cuisine, vidé tous les deux jours, suppose qu'il y ait un point de dépôt accessible en bas. À Paris ou en proche couronne, la densité de bornes reste insuffisante. Les copropriétés qui ont organisé un compostage collectif s'en sortent ; sur ce volet, l'article [Tri en copropriété : organiser la collecte](/tri-copropriete-organiser-collecte-immeuble/) détaille les conditions de réussite, et l'animation par un référent est le facteur décisif, pas le matériel. ## Les leviers qui restent aux collectivités Le cadre budgétaire 2026 se ferme, mais quelques leviers restent activables sans crédit de l'État. **La tarification incitative (TI)** est la mécanique la plus efficace documentée. Les collectivités qui facturent la part variable selon le poids ou le volume des OMR (et non au prorata de la valeur foncière) constatent une baisse mécanique de 20 à 40 % du tonnage résiduel et un report sur les flux triés. Couplée à un dispositif biodéchets accessible, la TI fait basculer la pratique en six à douze mois. Environ 200 collectivités françaises ont basculé en TI à fin 2025. Zero Waste France et l'ADEME poussent pour une généralisation. **L'animation par référents de quartier** est le second levier non capitalisé. Former 1 référent pour 50 foyers en compostage collectif coûte beaucoup moins cher qu'une borne enterrée, et produit un meilleur taux d'usage. Plusieurs métropoles l'ont compris (Rennes : plus de 300 composteurs collectifs animés, 85 % de satisfaction déclarée). **Le dialogue avec les bailleurs sociaux** déverrouille des dizaines de milliers de logements collectifs en un projet. Le bailleur fournit le local, signe une convention avec la collectivité, prend en charge la maintenance des bornes. C'est plus simple à signer qu'une délibération copropriété par copropriété. **L'intégration au plan local d'urbanisme** force la prise en compte des futurs gisements. Les opérations neuves doivent prévoir l'emplacement des bornes, le local biodéchets, l'accès des camions. Aujourd'hui, c'est l'angle mort de l'urbanisme français : on construit des logements sans penser aux flux de déchets sortants. ## Ce que le tassement mi-2026 dit du modèle français À mi-parcours, deux lectures s'affrontent. Lecture optimiste, défendue par le ministère de la Transition écologique : on est passé de 33 % de couverture début 2024 à 50 % mi-2026, soit une progression de 17 points en deux ans et demi. La trajectoire pour atteindre 75 % à fin 2027 est atteignable si le rythme se maintient. Les 900 000 tonnes détournées montrent que là où ça tourne, ça tourne. Lecture critique, portée par Zero Waste France, AMORCE et la Commission européenne : la dynamique de déploiement n'est pas synonyme de dynamique d'adoption. Avoir une solution accessible et l'utiliser sont deux choses différentes. Le ratio 12 % de participation effective sur 50 % de couverture donne une _participation utile_ d'environ 6 % de la population française. À ce rythme, l'objectif de 39 kg de biodéchets par habitant dans les OMR fin 2026 sera raté de manière flagrante, ce qui exposera la France à une condamnation possible devant la Cour de justice de l'Union européenne (procédure d'infraction lancée en avril 2024, avis motivé émis en mai 2025). Mon avis tranché : la deuxième lecture est plus juste. On a sous-traité l'enjeu à l'infrastructure pendant trois ans, on en paie le prix maintenant. Le robinet du Fonds vert se ferme au pire moment, juste quand il aurait fallu basculer l'effort sur l'animation, la communication grand public, la formation des élus locaux et la généralisation de la tarification incitative. Le modèle "on installe et ça suivra" ne fonctionne pas. Il n'a jamais fonctionné sur les autres flux de tri non plus. Pour creuser le volet sanctions et leviers indirects qui pèsent quand même sur les collectivités en retard, les trois mécaniques juridiques actives en 2026 sont détaillées dans [Biodéchets 2026 : trois leviers qui remplacent la sanction](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/). ## Ce qui se joue d'ici fin 2026 Trois rendez-vous structurants se profilent. Mars 2026, le décret d'application sur la conditionnalité TMB devrait sortir : les nouvelles unités de tri mécano-biologique ne pourront être autorisées que si la collectivité concernée a engagé le tri amont. Ça ferme la porte du contournement. Mi-2026, la Commission européenne décidera si elle saisit la CJUE après l'avis motivé de mai 2025. Une saisine, ce sont des pénalités journalières qui se chiffrent en millions d'euros. La France a six mois pour démontrer une trajectoire de mise en conformité. Mars 2026, les municipales. Zero Waste France a publié l'analyse des programmes de 42 candidats dans 10 villes clés : **16 candidats sur 42** seulement s'engagent clairement sur la généralisation du tri des biodéchets pour tous les habitants. C'est peu, sachant que les communes sont le maillon politique direct de la collecte. Le sujet n'est pas encore une priorité électorale. La question pour les six mois qui viennent n'est plus "comment couvrir les 50 % manquants" mais "comment faire utiliser le dispositif aux 50 % qui l'ont déjà". L'adoption est devenue le verrou. Et l'adoption ne se décrète pas, elle s'anime. ## Sources - ADEME, _Un an après sa mise en place, quel bilan peut-on tirer du tri à la source des biodéchets ?_ (2025) : [infos.ademe.fr](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/un-an-apres-sa-mise-en-place-quel-bilan-peut-on-tirer-du-tri-a-la-source-des-biodechets/) - ADEME, _Enquête nationale 2024 sur le tri à la source des biodéchets_ (librairie ADEME, ref. 8181) : [librairie.ademe.fr](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8181-enquete-nationale-2024-sur-le-tri-a-la-source-des-biodechets.html) - Zero Waste France, _Le retard pris dans le déploiement du tri à la source des biodéchets pèse toujours sur l'enfouissement_ : [zerowastefrance.org](https://www.zerowastefrance.org/le-retard-pris-dans-le-deploiement-du-tri-a-la-source-des-biodechets-pese-toujours-sur-lenfouissement/) - Zero Waste France, _Municipales 2026, les communes maillon essentiel du tri à la source des biodéchets_ : [zerowastefrance.org](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-les-communes-maillon-essentiel-du-tri-a-la-source-des-biodechets/) - AMORCE, _Mission d'évaluation de la loi AGEC, AMORCE dresse le bilan inquiétant de sa mise en œuvre_ : [amorce.asso.fr](https://amorce.asso.fr/actualite/mission-d-evaluation-de-la-loi-agec-amorce-dresse-le-bilan-inquietant-de-sa-mise-en-oeuvre) - Sénat, _Projet de loi de finances pour 2026, Écologie, développement et mobilité durables_ (rapport 25-139) : [senat.fr](https://www.senat.fr/rap/l25-139-310-1/l25-139-310-113.html) - SYCTOM, _Traitement et valorisation des biodéchets_ : [syctom-paris.fr](https://www.syctom-paris.fr/traitement-et-valorisation-des-dechets/dechets-alimentaires-et-biodechets.html) - France Biodéchets, _MODECOM 2025, biodéchets dans les OMR_ : [francebiodechets.org](https://francebiodechets.org/nouveaux-chantiers-emballages-et-data-copy/) --- ## Cigéo : 33,36 milliards et enquête publique, le vrai coût - URL: https://www.recy.net/cigeo-cout-33-milliards-arrete-mars-2026-enquete-publique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-23T06:00:00 - Categories: valorisation Le 1er avril 2026, le Journal officiel a publié l'arrêté du 30 mars qui fixe un nouveau coût de référence pour Cigéo : 33,36 milliards d'euros aux conditions économiques de janvier 2025. Dix ans après l'arrêté Royal de 2016 qui avait posé le chiffre à 25 milliards, le projet d'enfouissement des [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) radioactifs les plus dangereux de France encaisse 8,36 milliards de plus. Au même moment, l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique se tient du 18 mai au 2 juillet 2026. Deux dossiers qui se télescopent et qui méritent qu'on regarde les chiffres ligne par ligne, parce que ce projet va structurer la fiscalité nucléaire française pour le siècle qui vient. ## Ce que dit exactement l'arrêté du 30 mars 2026 L'arrêté est signé par Roland Lescure (ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle) et Maud Bregeon (ministre déléguée à l'Énergie). NOR ECOR2530270A, texte n°25 du JO du 1er avril 2026. Pris en application de l'article L. 542-12 du code de l'environnement, qui impose au ministre chargé de l'énergie d'évaluer périodiquement les coûts de gestion à long terme des déchets HA-MAVL. Le périmètre est précis : phases de conception, construction initiale, exploitation et fermeture, sur 151 ans à partir de 2016, pour l'inventaire de référence fixé à l'article D. 542-91 du code de l'environnement. C'est le total qu'il faut financer, pas une estimation d'engagement à court terme. Trois chiffres à retenir, gravés dans le texte : - **Coût industriel total : 33,36 Md€** aux conditions économiques de janvier 2025, hors fiscalité. - **Phase de construction initiale : 9,74 Md€** aux mêmes conditions. C'est le bloc qui va peser dans les dix premières années, si le décret d'autorisation arrive comme prévu fin 2027. - **Fiscalité applicable à l'ANDRA : 3,66 Md€**. Une ligne souvent oubliée des résumés, qui porte le total réel à environ 37 milliards d'euros 2025. Le ministère a choisi de fixer un montant ferme, pas une fourchette. L'ANDRA avait proposé en mai 2025 un encadrement entre 26,1 et 37,5 Md€ aux mêmes conditions économiques. Le pouvoir politique a tranché dans la moitié haute de cette fourchette, à 33,36 Md€. Ce choix n'est pas neutre : il sert directement de base au calcul des provisions comptables qu'EDF, Orano et le CEA doivent constituer. ## La trajectoire 25 → 33,36 : ce qui s'est passé en dix ans L'écart brut entre 2016 et 2026 fait 8,36 milliards. C'est ce qu'il faut décortiquer, parce qu'une partie est purement mécanique et une autre est de la révision de fond. L'arrêté Ségolène Royal du 15 janvier 2016 fixait le coût à 25 Md€ aux conditions économiques de fin 2011. Avant ce chiffre, l'ANDRA elle-même avait estimé le projet à 33,8 Md€ en 2014. Le ministère avait alors retenu un montant nettement inférieur à ce que l'agence porteuse jugeait nécessaire. EDF, Orano et le CEA, qui supportent la facture via leurs provisions, plaidaient pour des niveaux encore plus bas. Le 25 Md€ a été un compromis politique, pas une évaluation technique. Trois facteurs ont creusé l'écart depuis : L'inflation, d'abord. Passer des conditions économiques fin 2011 à janvier 2025, ça est une revalorisation mécanique d'environ 20 à 25 %. Sur les 25 Md€ initiaux, ça donne déjà entre 30 et 31 milliards en euros 2025, sans changer la moindre hypothèse technique. Une bonne partie de l'augmentation faciale tient à ce simple rebasement monétaire. Le second facteur, c'est la précision du dossier. Entre 2016 et 2023, l'ANDRA a poursuivi les études détaillées et déposé sa demande d'autorisation de création le 16 janvier 2023. Ce travail a fait remonter des postes techniques qui restaient sous-évalués : ventilation, gestion thermique des colis, scellements, redondances des barrières. L'avis favorable rendu par l'ASNR (ex-ASN) le 4 décembre 2025 sur la recevabilité du dossier valide la maturité de cette ingénierie, mais valide aussi la facture qui va avec. Le troisième facteur tient à l'analyse des risques. La Cour des comptes, dans son rapport du 4 juin 2025 sur la gestion de l'ANDRA pour 2018-2024, a jugé que la méthode adoptée pour le chiffrage de 2016 n'était plus suffisamment robuste pour un projet à 150 ans. Elle a recommandé que la mise à jour s'appuie sur une approche plus réaliste, intégrant explicitement les aléas industriels. L'arrêté de 2026 répond à cette demande : le 33,36 Md€ inclut une provision pour incertitudes que les 25 Md€ de 2016 sous-estimaient. Cette trajectoire ressemble à ce qu'on voit sur tous les grands projets industriels à long horizon. La différence, c'est l'échelle de temps et le fait que le contribuable n'est pas directement payeur, mais que la facture remonte dans le prix de l'électricité via les provisions des exploitants. ## Décomposition du coût : où vont les 33,36 milliards Le détail public reste partiel, mais en croisant l'arrêté et les chiffres ANDRA publiés en mai 2025, on reconstitue la structure suivante. Construction initiale (jusqu'à mise en service) : **9,74 Md€** confirmés par l'arrêté. Ce poste couvre le creusement des descenderies, des puits, des galeries d'exploitation, l'aménagement des installations de surface (zone descenderie ZD, zone puits ZP) et l'équipement des premiers alvéoles HA et MA-VL. C'est ce que verra la phase pilote industrielle qui démarre dès la délivrance du décret d'autorisation, attendu fin 2027 ou début 2028. L'ANDRA propose une phase pilote de quinze à vingt-cinq ans avec colis témoins et premières introductions de déchets réels. Exploitation sur environ un siècle : **autour de 20 Md€**. C'est le bloc dominant, qui couvre les opérations courantes, les extensions progressives des zones de stockage, la maintenance des barrières et l'évolution du référentiel de sûreté. L'ANDRA estimait en mai 2025 ce poste entre 16,5 et 25,9 Md€. Il est sensible à deux paramètres : la cadence d'arrivée des colis (qui dépend du rythme de démantèlement des centrales) et les choix d'extension du réseau de galeries. Fermeture et scellement définitif : **environ 2 à 3 Md€**. Travaux de remblayage des galeries, mise en place des bouchons, démontage des installations de surface, surveillance post-fermeture jusqu'au décret de fermeture définitive prévu vers 2150. Recherche et développement : **1,7 à 2 Md€** pour la poursuite de l'exploitation du laboratoire souterrain de Bure et les études complémentaires durant toute la durée d'exploitation. Fiscalité (hors coût industriel) : **3,66 Md€**. Taxe d'accompagnement, taxe de diffusion technologique, contributions diverses. Cette ligne est portée par l'ANDRA mais financée par les producteurs. L'ANDRA chiffrait également en 2025 trois zones de variabilité qui pourraient bouger le total jusqu'à 11,3 Md€ : configuration finale du site (jusqu'à -3,6 Md€), régime fiscal applicable (variation de 7,4 Md€), périmètre R&D (0,3 Md€). L'arrêté du 30 mars 2026 a tranché sur la configuration et la fiscalité, mais ces hypothèses peuvent être revues à chaque actualisation périodique. ## Le financement : qui paie quoi, et comment Le mécanisme repose sur le principe du pollueur-payeur, inscrit dans la loi du 28 juin 2006 sur la gestion durable des matières et déchets radioactifs. Les trois producteurs concernés (EDF pour 78 %, Orano pour 17 %, CEA pour 5 % environ) doivent constituer des provisions correspondant à leur quote-part dans le coût total. Ces provisions ne sont pas de la trésorerie. Elles sont adossées à un portefeuille d'actifs dédiés, sécurisé et cantonné, soumis à un contrôle spécifique du ministère de l'Économie et de l'autorité de sûreté. Les actifs doivent être suffisamment liquides et diversifiés pour pouvoir couvrir les décaissements futurs sur 150 ans. EDF a constitué un portefeuille de plusieurs dizaines de milliards d'euros qui sert principalement à couvrir le démantèlement de ses centrales et la gestion long terme des déchets. L'actualisation du coût de référence de 25 à 33,36 Md€ a un effet immédiat : les exploitants doivent réviser à la hausse leurs provisions. Pour EDF, qui porte la majeure partie de l'inventaire, ça représente quelques milliards supplémentaires à enregistrer dans les comptes, et un impact équivalent sur les actifs dédiés à constituer. Cette charge se reflète in fine dans la structure de coût de production nucléaire, donc dans le prix de l'électricité que paient les consommateurs et les industriels. Le calcul des provisions intègre un taux d'actualisation qui réduit la valeur présente des décaissements futurs. Plus l'horizon est lointain, plus l'effet d'actualisation joue. Pour des dépenses qui s'étalent jusqu'en 2167, la valeur actualisée nette est très inférieure aux 33,36 Md€ en euros constants. C'est ce mécanisme qui rend la provision soutenable pour les producteurs, mais c'est aussi ce qui fragilise le dispositif : toute baisse durable des taux d'actualisation oblige à reprovisionner. ## L'enquête publique du 18 mai au 2 juillet 2026 Parallèlement à l'arrêté financier, l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique (DUP) de Cigéo se tient du 18 mai au 2 juillet 2026. Quarante-six jours pour consulter le dossier, déposer des observations, participer aux 22 permanences prévues dans les mairies de Bure, Bonnet, Mandres-en-Barrois, Saudron, Cirfontaines-en-Ornois et Gondrecourt-le-Château. Le siège de l'enquête est fixé à Gondrecourt-le-Château. La DUP n'autorise pas le projet, elle reconnaît son utilité publique et permet à l'ANDRA d'engager les acquisitions foncières par expropriation pour les derniers terrains nécessaires. L'autorisation de création proprement dite passera par un décret pris après avis de l'ASNR et du Conseil d'État, attendu fin 2027 ou début 2028. Le calendrier de cette enquête a été avancé : initialement prévue à l'automne 2026, elle a été décalée à mai sur instruction du Premier ministre. Le HCTISN (Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire) a publiquement regretté cette avancée. Le 11 mai 2026, 28 organisations et 56 particuliers ont saisi le tribunal administratif de Nancy en référé-liberté pour faire suspendre l'enquête, en arguant que le dossier était insuffisamment instruit. Le tribunal a confirmé le 13 mai que l'enquête se tiendrait comme prévu jusqu'au 2 juillet. Les associations opposantes ne sont pas marginales : Greenpeace France, France Nature Environnement, le CEDRA (Comité d'études et de défense contre les rayonnements atomiques), Bure Stop, Meuse Nature Environnement, la CRIIRAD, Attac, le Réseau Sortir du Nucléaire. Leur ligne commune : l'enquête a été avancée pour caler le décret d'autorisation avant l'élection présidentielle d'avril 2027, et cette accélération sacrifie la qualité du débat démocratique. FNE a publié dès mai 2025 un communiqué demandant la réévaluation urgente du coût, anticipant l'arrêté de 2026. Les opposants soulignent un point qui mérite attention dans le contexte financier : si le coût de référence est arrêté pendant l'enquête publique, le débat sur la pertinence économique du projet est en partie verrouillé en amont des observations citoyennes. C'est techniquement légal (la DUP ne porte pas sur le coût mais sur l'utilité publique), mais c'est politiquement contestable. ## Calendrier de l'autorisation : 2026-2028 décisifs Le séquencement officiel est connu : L'enquête publique se clôture le 2 juillet 2026. La commission d'enquête rend ensuite son rapport et ses conclusions sous environ trois mois, donc au plus tard fin octobre 2026. Le décret de DUP peut alors être pris dans les mois qui suivent, probablement fin 2026 ou début 2027. Il ouvre la voie aux acquisitions foncières restantes et à la procédure d'expropriation. En parallèle, l'instruction technique de la demande d'autorisation de création (DAC) déposée en janvier 2023 se poursuit. L'ASNR doit rendre un avis approfondi sur le dossier, après son avis de recevabilité de décembre 2025. Cet avis est attendu courant 2027. Le décret d'autorisation de création, pris en Conseil d'État après avis de l'ASNR, est attendu fin 2027 ou début 2028. C'est ce décret qui déclenche officiellement la phase de construction initiale et donc l'engagement des 9,74 Md€ de la phase 1. Si tout ce calendrier tient, les premiers colis arriveraient à Cigéo vers 2050. Quinze à vingt-cinq ans de phase pilote industrielle. Exploitation complète jusqu'à 2150 environ. Fermeture définitive par une loi spécifique au-delà. Ce qui me frappe dans ce séquencement, c'est qu'il imbrique étroitement décision politique (DUP, décret), validation technique (ASNR), et engagement financier (arrêté coût). Les trois calendriers ont été synchronisés pour pouvoir afficher un projet en ordre de marche avant la présidentielle de 2027. C'est probablement ce qui explique l'avancée de l'enquête publique. Et c'est aussi ce qui crée le télescopage entre arrêté du 30 mars (chiffres figés) et enquête publique (débat démocratique). ## Ce que je retiens, et ce que ça change Sur le fond, le 33,36 Md€ n'est pas une surprise. Il aligne le chiffre officiel sur ce que les acteurs techniques disaient déjà depuis dix ans. L'arrêté Royal de 2016 à 25 Md€ était politiquement bas, l'ANDRA elle-même tablait à 33,8 Md€ en 2014. La Cour des comptes avait demandé en 2025 une révision sérieuse. C'est fait. Le ministère a même choisi un montant supérieur à la médiane de la fourchette ANDRA, ce qui prête le flanc à moins de critiques techniques. Sur la forme, le calendrier interroge. Acter le coût par arrêté pendant l'enquête publique, c'est techniquement séparé mais perçu comme une décision déjà prise. Les opposants y voient un passage en force. Difficile de leur donner tort sur la lecture politique, même si juridiquement chaque procédure est indépendante. Sur l'enjeu pour la filière, le vrai sujet n'est pas le 33,36 Md€ figé en 2026. C'est la capacité du dispositif à absorber les actualisations futures. Tous les cinq à dix ans, l'arrêté de coût sera révisé. Sur 150 ans, on aura entre 15 et 30 actualisations. Si chaque révision ajoute 5 à 10 % au précédent chiffre, on arrive à des montants qui rendent la provision insoutenable pour les producteurs. C'est sur ce risque de dérive cumulative qu'il faudrait débattre, pas sur le chiffre d'un arrêté ponctuel. Sur la cohérence avec le reste de la politique de [valorisation des déchets bois](/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020), Cigéo est un cas à part : on ne valorise rien, on isole pour des centaines de milliers d'années. Mais le mécanisme de financement par provisions des producteurs pourrait servir de modèle pour d'autres filières où la charge de fin de vie reste mal anticipée. Le [recyclage](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) des panneaux solaires, le démantèlement des éoliennes, la gestion des batteries Li-ion en fin de vie : ce sont des problématiques qui méritent le même cadre comptable strict que celui appliqué au nucléaire depuis 2006. Reste une question. Est-ce que la France, en 2026, a la capacité institutionnelle de tenir un engagement à 150 ans ? La réponse sincère, c'est qu'on n'en sait rien. Aucun État au monde n'a jamais tenu un projet d'infrastructure sur cette durée. Onkalo en Finlande, qui démarre en 2026, est le seul comparable. Trente ans de débat, consensus social rare, exécution méthodique. La France n'a pas ce consensus. Elle a un arrêté à 33,36 Md€, une enquête publique disputée et un calendrier électoral qui pèse. C'est avec ça qu'il faut faire. ## Sources - [Arrêté du 30 mars 2026 - texte intégral (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053743160) - [Communiqué EDF sur l'arrêté du 30 mars 2026](https://www.edf.fr/en/the-edf-group/dedicated-sections/journalists/all-press-releases/ministerial-order-assessing-the-industrial-reference-cost-of-the-cigeo-project) - [Mise à jour de l'évaluation du coût Cigéo (Ministère de l'Économie)](https://presse.economie.gouv.fr/mise-a-jour-de-levaluation-du-cout-du-projet-cigeo-de-centre-de-stockage-en-couche-geologique-profonde-de-dechets-radioactifs/) - [Rapport Cour des comptes sur l'ANDRA - juin 2025 (PDF)](https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-06/20250604-S2025-0584-Andra.pdf) - [Coût Cigéo 26-37 Md€ sur 150 ans (SFEN)](https://www.sfen.org/rgn/dechets-nucleaires-cout-cigeo-26-37-milliards-euros-150-ans/) - [Justice administrative maintient l'enquête publique (AFP via Connaissance des Énergies)](https://www.connaissancedesenergies.org/afp/dechets-radioactifs-la-justice-administrative-maintient-lenquete-publique-sur-cigeo-260513-0) - [28 organisations attaquent l'enquête publique (France 3 Grand Est)](https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/meuse/bar-le-duc/projet-cigeo-a-bure-28-organisations-attaquent-au-tribunal-administratif-l-enquete-publique-visant-la-giga-poubelle-nucleaire-souterraine-3350428.html) - [Comment Cigéo est-il financé (cigeo.gouv.fr)](https://www.cigeo.gouv.fr/comment-cigeo-est-il-finance) - [HCTISN regrette l'avancée de l'enquête publique (Contexte)](https://www.contexte.com/fr/actualite/energie/le-haut-comite-pour-la-transparence-et-linformation-sur-la-securite-nucleaire-regrette-lavancee-de-la-date-de-lancement-de-lenquete-publique-sur-cigeo_261709) - [Registre numérique de l'enquête publique DUP Cigéo](https://www.registre-numerique.fr/dup-cigeo) --- ## PPWR 12 août 2026 : ce qui devient illégal en rayons France - URL: https://www.recy.net/ppwr-12-aout-2026-emballages-bannis-rayons-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-22T06:00:00 - Categories: recyclage Je vais le dire d'entrée parce que la presse packaging brouille le sujet depuis six mois : le 12 août 2026, très peu de produits sortent vraiment des rayons français. Le règlement (UE) 2025/40, le fameux PPWR, devient bien pleinement applicable ce jour-là, dix-huit mois après son entrée en vigueur du 11 février 2025. Mais le gros du roster réglementaire (interdictions de formats annexe V, recyclabilité minimale grade C, taux de matière recyclée, marquage tri harmonisé) attend 2028, 2029 ou 2030. Ce qui devient réellement illégal au 12 août 2026, c'est une catégorie précise : les emballages alimentaires contenant des PFAS au-dessus des seuils fixés à l'article 5(5). Pour le reste, l'application est essentiellement administrative : déclaration UE de conformité opposable, marquage de minimisation, cadre général. Sur la même date, la France ajoute en parallèle une autre horloge : la REP emballages professionnels qui passe en phase opérationnelle le 1er juillet 2026, soit six semaines plus tôt. Deux calendriers, un seul mur à franchir, et un risque immédiat de confusion entre ce qui est interdit et ce qui est juste documentairement contraignant. J'ai passé la grille de lecture sur le texte EUR-Lex, les analyses Bureau Veritas, DLA Piper, Citeo Pro, Trace One et Greenberg Traurig pour faire le tri. Voilà ce qui change vraiment au 12 août. ## La seule vraie interdiction matérielle : les PFAS au contact alimentaire L'article 5(5) du règlement frappe net. Au 12 août 2026, aucun emballage en contact direct avec un aliment ne peut être mis sur le marché européen s'il dépasse l'un de ces trois seuils : - 25 ppb pour toute substance PFAS individuelle mesurée par analyse ciblée, hors PFAS polymériques - 250 ppb pour la somme des PFAS ciblés, hors polymériques - 50 ppm de fluor total, polymères inclus La définition retenue est large : toute substance contenant au moins un atome de carbone méthyle ou méthylène entièrement fluoré. Au-delà de 4 000 molécules tombent sous le coup, avec leurs propriétés bien connues (résistance à l'eau, aux graisses, à la chaleur) qui en avaient fait le revêtement standard d'une partie de l'emballage alimentaire jetable. Concrètement, voilà les produits qui doivent disparaître ou changer de composition sur les rayons français à cette date : - les boîtes à pizza fluorées qui retenaient les graisses chaudes - les contenants à emporter cartonnés (boîtes burger, boîtes asiatiques, gobelets à frites) traités anti-graisse - les sachets en papier siliconé fluoré des chaînes de fast-food - les emballages de pop-corn pour micro-ondes - les sachets de pâtisserie industrielle et de viennoiseries grasses - les barquettes de plats préparés à réchauffer - les papiers sulfurisés et papiers cuisson fluorés - les bols et coupelles de glace à emporter cartonnés à barrière fluorée - les films barrière fluorés pour aliments gras et chauds Le règlement ne distingue pas le contenu de l'emballage : la limite s'applique à l'emballage lui-même au moment de la mise sur le marché. Et c'est là que le piège se referme. Pas de période transitoire pour les stocks. Pas de droit acquis pour les références fabriquées avant le 12 août. Une boîte pizza fabriquée en juillet 2026 mais vendue en septembre 2026 tombe sous le coup si elle dépasse les seuils. Le cabinet Certivo le résume mieux que moi : les produits manufacturés avant la date butoir ne peuvent pas être commercialisés en UE s'ils dépassent les limites PFAS. Pour les industriels de la boulangerie surgelée, du fast-food cartonné et du plat préparé, ça veut dire des stocks à liquider très vite ou à détruire. Côté alternatives, l'industrie a globalement déjà migré. Les revêtements à base d'eau (water-based), les barrières polysaccharides, la cire végétale, les revêtements à base d'argile, les laminations PE recyclable couvrent désormais la quasi-totalité des usages. ePac, Stora Enso, Mondi et plusieurs PME françaises proposent depuis 2023 des gammes "PFAS-free certified". Le hic se concentre sur deux usages : la résistance à la chaleur prolongée pour les boîtes pizza livraison longue distance, et le micro-ondage haute température pour les pop-corn. Sur ces deux niches, les alternatives n'égalent pas toujours la performance des fluorés. Les marques de distributeur vont devoir accepter un léger compromis sur la tenue à la graisse pour quelques semaines, le temps que les fournisseurs ajustent. Pour la France, l'enjeu de contrôle remonte directement à la DGCCRF et aux services douaniers. La loi française précédait déjà partiellement (interdiction des PFAS dans les emballages alimentaires inscrite dans la loi du 27 février 2023, applicable au 1er janvier 2026 pour le papier et carton). PPWR ne fait qu'aligner et étendre. Sauf que là où la loi française visait certains usages, PPWR couvre la totalité du contact alimentaire en cartonné, papier et film. Sur ce périmètre, le règlement européen est plus strict. ## La déclaration UE de conformité : l'autre obligation immédiate L'article 11 (et son annexe VII) impose une déclaration UE de conformité signée pour chaque type d'emballage mis sur le marché. Greenberg Traurig l'a posé clairement en août 2025 : aucun emballage ne peut être placé sur le marché européen à partir du 12 août 2026 sans être couvert par une déclaration de conformité valide. Le format suit le modèle annexe VII, doit être conservé cinq ans, et reste opposable aux autorités de surveillance du marché. Ce que la déclaration doit prouver au 12 août 2026 : - conformité aux restrictions sur les substances dangereuses, dont PFAS - conformité à l'obligation générale de recyclabilité (article 6(1)), évaluée sous le standard existant EN 13430:2004 - conformité aux exigences de minimisation du poids et du volume (article 10) - conformité aux exigences d'étiquetage applicables à cette date Sur la recyclabilité, point qui peut prêter à confusion : l'article 6(1) impose dès le 12 août 2026 que l'emballage soit recyclable au sens du standard existant (EN 13430). Mais c'est seulement à compter du 1er janvier 2030 que s'ajoutent les critères stricts de design for recycling de l'article 6(2)(a), avec classement A à E et interdiction de mise sur le marché des grades D et E (puis C en 2038). En 2026, le test reste l'ancien standard. Beaucoup plus simple à passer. Beaucoup moins discriminant. Pour les distributeurs français, ça veut dire monter un dossier technique par référence d'emballage : composition, source des matériaux, taux de recyclabilité estimé, conformité PFAS, instructions de minimisation. Pour une enseigne avec 3 000 références de marques distributeurs, c'est un chantier industriel de plusieurs mois. La majorité des grands groupes ont commencé. Les PME et ETI françaises découvrent encore le sujet. ## Le marquage de minimisation : la troisième brique active L'article 10 du PPWR impose une obligation de minimisation : chaque emballage doit être conçu pour minimiser son poids et son volume sans compromettre sa fonction. Au 12 août 2026, l'industriel doit pouvoir justifier qu'il a appliqué cette obligation. Pour l'instant, sans seuil quantifié national, l'évaluation reste qualitative : preuve documentaire d'analyse de réduction, comparatif avec l'existant, hypothèses fonctionnelles. Citeo Pro mentionne aussi le marquage UNI sur les emballages professionnels dès le 12 août 2026. C'est un marquage harmonisé européen distinct du marquage tri grand public, dédié à l'identification des emballages destinés aux acteurs professionnels. L'application est immédiate sur ce segment, ce qui aligne PPWR avec le démarrage de la REP emballages professionnels français du 1er juillet 2026. ## Ce qui n'est PAS interdit au 12 août 2026 C'est le point qui mérite d'être martelé parce que la communication confuse vient de là. Les obligations chiffrées les plus médiatisées du PPWR ne s'activent pas avant 2028 ou 2030. **Le marquage tri harmonisé** (article 12) qui doit remplacer le Triman et l'Info Tri français : applicable au 12 août 2028, pas 2026. La France garde ses logos en attendant, mais sait que la Commission scrute l'articulation avec la libre circulation des marchandises. DLA Piper signale que le Triman et l'Info Tri pourraient être contestés au regard du droit européen. **Les interdictions de formats listés à l'annexe V** : 12 août 2030, pas 2026. Sont visés à cette date les emballages plastique à usage unique pour fruits et légumes en lots de moins de 1,5 kg (sauf risque sanitaire), certains sachets ultra-légers, les emballages plastique groupés type pack de bouteilles d'eau pour vente unitaire au consommateur, les vaisselles jetables plastique pour consommation sur place dans la restauration, les flacons miniatures shampoing/gel/savon en hôtellerie sous 100 ml, les sachets de condiments individuels non nécessaires. La France avait déjà interdit certains items via AGEC (sachets fruits/légumes inférieurs à 1,5 kg depuis 2022), donc l'impact réel sera plus faible sur les rayons français que sur les rayons allemands ou italiens. **Les seuils de matière recyclée** : ne démarrent qu'en 2030. Pour les bouteilles PET boissons, 30 % de PCR au 1er janvier 2030, 65 % en 2040. Pour les autres emballages plastique selon usage, 10 % à 35 % en 2030, 25 % à 65 % en 2040. Aucun seuil opposable en août 2026. **Les objectifs de réemploi** : 2030 également. Les emballages de boissons doivent atteindre 10 % de réemploi en 2030 et 40 % en 2040. Les emballages de transport (palettes, caisses) visent 40 % en 2030 et 70 % en 2040. En restauration et HORECA, les obligations de proposer du réemploi pour la vente à emporter démarrent en 2030. Aucune obligation HORECA matérielle au 12 août 2026. **La consigne sur bouteilles plastique et canettes** : 1er janvier 2029, sauf si l'État membre atteint 80 % de collecte séparée en 2026. La France est très loin (moins de 50 % pour les canettes, 58 % pour les bouteilles selon Lemontri). La consigne sera donc probablement activée en France en 2029. Les arbitrages politiques continuent sur le périmètre exact, mais la mécanique réglementaire pousse dans ce sens. Honnêtement, sur le calendrier précis d'activation française, j'ai moins de visibilité parce que le dossier reste politisé entre acteurs de la boucle industrielle et partisans d'un système à la scandinave. **Le ratio d'espace vide 40 % en e-commerce** : 12 août 2030, pas 2026. **Le passeport numérique produit** sur emballages : actes délégués en finalisation, fenêtre 2028-2030. Pas en août 2026. ## L'impact réel sur les distributeurs et marques françaises Si je dois prioriser pour un directeur achats de la grande distribution française, voilà l'ordre d'urgence opérationnel : Le chantier numéro un, c'est de purger les références packaging carton et papier qui contiennent encore des PFAS. Audit fournisseur par fournisseur, demande de certificat de conformité, plan de substitution. Les chaînes de fast-food, les enseignes proposant du pain et de la viennoiserie en libre-service, les rayons traiteur self-service et les rayons surgelés cuisson minute sont les plus exposés. La boîte pizza maison de marque distributeur, le gobelet à frites avec doublage barrière, le sachet kraft de croissant : à vérifier ligne par ligne. Une référence non conforme ressortie d'un dépôt en septembre 2026 expose à un retrait de marché et à des sanctions. Le chantier numéro deux, c'est la constitution du dossier de déclaration UE de conformité par référence d'emballage. Cela mobilise les équipes packaging, qualité, R&D et achats. Sur une enseigne avec quelques milliers de références MDD, c'est plusieurs mois de travail. Mieux vaut avoir commencé hier. Le chantier numéro trois, c'est anticiper la REP emballages professionnels française qui démarre six semaines avant, le 1er juillet 2026. Citeo Pro chiffre près de 18 millions de tonnes d'emballages professionnels mis sur le marché français chaque année, avec une enveloppe financière 2026 d'environ 302 millions d'euros (dont 145 millions pour la collecte, le tri et la traçabilité des plastiques non dangereux), pour monter à 611 millions d'euros en 2030. Les donneurs d'ordre (typiquement les enseignes avec marques distributeurs) deviennent désormais systématiquement considérés comme producteurs et responsables de l'éco-contribution. Ça change la carte de qui paie. Le chantier numéro quatre, c'est de poser dès 2026 les fondations pour les vraies échéances de 2030 : audit de recyclabilité par grade, identification des références qui basculeront en grade C ou pire (et donc seront interdites en 2030), plan de migration vers des matériaux recyclés. Quatre ans à courir, ça paraît long. Sur un changement de gamme d'emballage avec validation industrielle, test sur ligne, recertification, ça l'est moins. ## Le calendrier après 2026 : ce qu'il faut vraiment caler Pour boucler le cadre de planification, voilà les dates suivantes qui structurent vraiment l'action stratégique : **1er juillet 2026** : entrée en phase opérationnelle de la REP emballages professionnels en France (calendrier national parallèle). **12 août 2026** : application générale du PPWR. Interdiction PFAS au contact alimentaire. Déclaration UE de conformité opposable. Marquage UNI sur emballages pro. Obligation générale de recyclabilité au sens standard EN 13430. **12 août 2028** : entrée en application du marquage tri harmonisé européen (article 12). Fin annoncée du Triman et de l'Info Tri français dans leur forme actuelle. Identifiants numériques (QR codes) renvoyant à des informations environnementales structurées. **1er janvier 2029** : obligation de mise en place de la consigne dans tout État membre qui n'atteint pas 80 % de collecte séparée sur bouteilles plastique et canettes en 2026. La France sera concernée. **1er janvier 2030** : critères stricts de design for recycling de l'article 6(2)(a). Interdiction de mise sur le marché des emballages classés grade D et E (recyclabilité sous 70 %). Démarrage des seuils de matière recyclée (10 % à 35 % selon usage). Démarrage des objectifs de réemploi (10 % boissons, 40 % transport). Obligations HORECA et take-away. Ratio d'espace vide 40 % en e-commerce. Interdictions de formats listés annexe V (sachets ultra-légers, miniatures hôtellerie sous 100 ml, vaisselle plastique restauration sur place, sachets condiments individuels non nécessaires). **1er janvier 2035** : seuls les grades A et B de recyclabilité restent autorisés. Les grades C sortent du marché. **2040** : objectifs finaux. Réduction des déchets d'emballages par habitant de -15 % par rapport à 2018. 65 % de PCR dans les bouteilles PET boissons. 40 % de réemploi pour les emballages de boissons. 70 % de réemploi pour les emballages de transport. ## Verdict opérationnel Le 12 août 2026, ce n'est pas le jour où PPWR vide les rayons français de leurs emballages problématiques. C'est le jour où les industriels doivent avoir purgé les PFAS du contact alimentaire et constitué un dossier de conformité documentaire par référence. La vague médiatique anticipant un grand renouvellement des rayons à cette date confond date d'application générale et entrée en force des obligations chiffrées de fond. Sur ce point, je préfère le dire frontalement : si vous lisez quelque part que PPWR rend "100 % des emballages recyclables au 12 août 2026" ou que la consigne sera active à cette date, le rédacteur a confondu les patches. Le boss fight industriel arrive en 2030, pas en 2026. Reste un point que je vais surveiller particulièrement en France : l'articulation entre l'interdiction PFAS PPWR et le contrôle effectif par la DGCCRF. Le règlement existe. La question, c'est la capacité de vérification sur le terrain, dans les entrepôts, dans les rayons. L'expérience AGEC sur les sachets fruits/légumes a montré qu'une interdiction sans contrôle prend du temps à passer dans les pratiques. PFAS étant un contaminant à analyse spécialisée (LC-MS/MS pour les PFAS ciblés, combustion ionique pour le fluor total), la détection terrain n'est pas triviale. Sur ce volet, j'attends les premières actions de surveillance fin 2026 pour mesurer le sérieux de l'exécution. ## Sources - [Citeo - PPWR : les changements majeurs pour 2026](https://www.citeo.com/le-mag/ppwr-ce-qui-va-changer-a-partir-de-2026/) - [Trace One - What August 12, 2026 Actually Means for PPWR (And What It Doesn't)](https://www.traceone.com/resources/plm-compliance-blog/what-august-12-2026-actually-means-for-ppwr-and-what-it-doesnt) - [Food Safety Magazine - PFAS-Free Food Packaging by August 2026](https://www.food-safety.com/articles/11228-pfas-free-food-packaging-by-august-2026) - [DLA Piper - PPWR : Quelle articulation avec le droit français ?](https://www.dlapiper.com/fr-fr/insights/publications/2025/05/ppwr-how-does-it-fit-in-with-french-law-requirements) - [Citeo Pro - PPWR : l'UE harmonise la gestion des emballages professionnels](https://www.citeopro.com/le-mag/gestion-des-emballages-en-europe-vers-un-standard-harmonise-grace-au-ppwr/) - [Certivo - EU Packaging PFAS Ban 2026](https://www.certivo.com/blog-details/eu-packaging-pfas-ban-2026-what-food-contact-manufacturers-must-know-before-august-deadline) - [Bureau Veritas - Règlement PPWR sur les emballages : services de conformité](https://www.bureauveritas.fr/besoin/reglement-ppwr-sur-les-emballages-services-de-conformite-et-dadaptation) - [ePac Flexibles - PFAS interdits dans les emballages alimentaires : Loi 2026](https://epacflexibles.com/fr-fr/pfas-interdits-dans-les-emballages-alimentaires-loi-2026/) - [Mesurlabs - New PPWR: Overview of Testing Requirements](https://measurlabs.com/blog/new-packaging-and-packaging-waste-regulation/) --- ## Veolia Le Mans : première UVE française à capter le CO2 - URL: https://www.recy.net/veolia-le-mans-uve-captage-co2-demonstrateur-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-21T06:00:00 - Categories: valorisation L'usine de la Chauvinière tourne depuis cinquante ans. Cent cinquante mille tonnes de déchets brûlés chaque année, 170 GWh de chaleur pour 17 000 logements, 58 GWh d'électricité, 130 000 tonnes de CO2 envoyées dans l'atmosphère. Ce dernier chiffre, on ne le mettait jamais en avant. À partir de 2026, Veolia commence à le ramener à la baisse. Le démonstrateur de captage qui s'installe sur le site est annoncé pour traiter 10 tonnes de CO2 par jour avec un taux de capture de 90 %. C'est peu rapporté aux 360 tonnes émises quotidiennement. Mais c'est le premier équipement industriel de ce type sur une UVE française, et tout le reste de la filière regarde. ## Ce que pèse vraiment la Chauvinière Le site est exploité par Syner'val, filiale de Veolia (ex-SEC, Société d'Exploitation de la Chauvinière), pour le compte de Le Mans Métropole. Le bassin desservi avoisine 400 000 habitants. L'unité traite trois flux : ordures ménagères résiduelles, déchets industriels banals (DIB) et déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI). Capacité réelle déclarée : entre 140 000 et 150 000 tonnes par an selon les sources. Le réseau de chaleur urbain a été branché dès 1991, ce qui place Syner'val parmi les rares UVE à valoriser sa chaleur depuis trois décennies. La performance énergétique du site ne change pas avec le captage. Elle ne devait pas changer non plus. L'enjeu est d'ajouter une troisième valorisation, le CO2 lui-même, sans dégrader les deux premières. C'est précisément là que le démonstrateur va se faire juger. ## Le projet en chiffres Le programme annoncé par Veolia totalise 12 millions d'euros. Le Mans capte 8 millions sur deux ans, Port Arthur (Texas) reçoit les 4 millions restants à partir de 2026 sur un incinérateur de déchets dangereux. Les deux pilotes démarrent la même année. À l'échelle d'un groupe qui pèse 44,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, c'est une enveloppe modeste, à la hauteur d'un démonstrateur, pas d'une installation industrielle pleine. C'est aussi le format attendu sur un TRL 7-8 : on prouve la techno en conditions réelles avant d'investir lourd. L'objectif technique est de capter 10 tonnes par jour avec une efficacité de 90 % sur les fumées sortie chaudière. Démarrage opérationnel prévu en juin 2026. Le site est intégré au programme stratégique Green Up 2024-2027, qui ambitionne d'éliminer 18 Mt CO2 dans l'empreinte carbone des clients Veolia à horizon 2027, avec 200 M€ d'investissement annuel dédié aux pilotes industriels et à l'acquisition de technologies. ## La technologie : capture par solvant, rien d'exotique Le procédé annoncé reste classique : absorption chimique du CO2 par un solvant liquide circulant à contre-courant des fumées dans une colonne d'absorption, puis régénération du solvant par chauffe avec libération d'un flux de CO2 quasi pur. Le CO2 est ensuite liquéfié pour transport et usage aval. C'est le même principe industriel que celui utilisé chez AVR Duiven aux Pays-Bas depuis 2019 sur une UVE équivalente. Pourquoi cette voie et pas la cryogénie ou les membranes ? Parce que les fumées d'incinération sortent à des concentrations de CO2 comprises entre 10 et 15 %, avec des impuretés variables : NOx, SOx, métaux lourds résiduels, particules, humidité saturée. Les solvants amines tolèrent mieux cette variabilité que les technologies sèches, à condition de pré-traiter sérieusement le gaz d'entrée. C'est ce pré-traitement qui pèse le plus lourd dans l'OPEX, plus que le solvant lui-même. Veolia n'a pas communiqué publiquement sur le fournisseur technologique précis du démonstrateur. Sur le sujet, les acteurs en lice côté Europe sont peu nombreux : Aker Carbon Capture (norvégien, désormais SLB), Shell CANSOLV, Mitsubishi Heavy Industries KM-CDR, et plus récemment Carbon Clean. Tous opèrent sur des amines de seconde ou troisième génération moins énergivores que la MEA historique. ## Les débouchés : agriculture, industrie, béton sous conditions La force du dispositif annoncé est dans la valorisation locale. Quatre filières sont citées par Veolia et Le Mans Métropole : - Serres maraîchères locales : injection de CO2 pour stimuler la photosynthèse. C'est la voie la plus directe, déjà éprouvée à Duiven où Air Liquide livre les serres néerlandaises depuis 2019 à hauteur de 100 000 t/an. À 10 t/jour, le démonstrateur du Mans représente 3 650 t/an, soit l'équivalent de l'apport CO2 d'une dizaine d'hectares de serres tomates en plein rendement. - Recharge d'extincteurs : marché de niche mais à forte valeur. Les fabricants français consomment du CO2 alimentaire ou industriel haute pureté. Si le CO2 capté tient les specs, c'est un débouché premium. - Nettoyage industriel cryogénique : projection de glace carbonique sur surfaces (industrie agroalimentaire, démoulage, électronique). Marché en croissance, peu sensible au prix. - Carburants synthétiques et minéraux : voie explicitement mentionnée par le journal des entreprises. C'est la cible long terme, la moins mature techniquement. L'incorporation dans le béton, citée par Révolution Énergétique, mérite d'être traitée à part. La techno CarbonCure, distribuée en France par Edilteco, injecte du CO2 liquide dans le béton frais à hauteur de 15 kg/m³. Le CO2 minéralise instantanément en carbonate de calcium au contact du ciment. Bénéfice : 4 à 6 % de ciment en moins pour les mêmes performances mécaniques, conformité norme NF EN 206. Si la chaîne logistique tient (transport CO2 liquide cuves 20 bars), c'est un débouché crédible à moyen terme pour le Mans, à condition qu'une centrale béton du bassin sarthois s'équipe. ## Le pari économique : sortir du coût-tonne irréaliste Tout l'enjeu d'un démonstrateur, c'est de produire un coût-tonne CO2 évité défendable. Sur la trajectoire Northern Lights (stockage géologique en Norvège), le coût avoisine 200 €/t, transport et stockage compris. Sur UVE en valorisation locale, le Haut Conseil pour le Climat évoque une fourchette de 50 à 80 €/t pour la période 2025-2050, à condition de boucler les débouchés en circuit court. Le calcul de Veolia pour Le Mans n'est pas public, mais il s'appuie sur deux hypothèses fortes. La première, c'est l'arrivée de l'ETS incinération en 2028 : le coût du carbone non capté devient une ligne budgétaire défensive. Pour un site qui émet 130 000 tonnes par an, un quota à 80 €/t (prix EUA actuel 2026) représente plus de 10 millions d'euros annuels. La seconde, c'est la vente du CO2 valorisé. Sur serres, la valeur de marché tourne autour de 100-150 €/t en 2026. Sur extincteurs ou nettoyage cryogénique, on monte au-delà de 300 €/t. À 3 650 tonnes valorisées par an et un mix de débouchés autour de 200 €/t, on parle de 730 000 € de chiffre d'affaires annuel. À mettre en regard d'un OPEX captage estimé entre 600 000 € et 1,2 M€/an pour une installation de cette taille (énergie de régénération du solvant + appoint solvant + maintenance). L'équation est tendue, mais elle existe. À échelle 10 fois supérieure (100 t/jour, déploiement industriel post-démonstrateur), elle devient nettement plus confortable. ## Comparaison utile : ce qu'ont fait AVR et Twence aux Pays-Bas Les Néerlandais ont cinq ans d'avance. AVR Duiven exploite depuis août 2019 la première installation industrielle CCU sur UVE en Europe. Capacité totale : 100 000 t/an de CO2 livrées en phase liquide à des serres horticoles. Bilan rapporté par CEWEP : 250 000 tonnes de CO2 livrées cumulées en quelques années. Réduction d'environ 15 % des émissions du site. Solvant régénéré, transport assuré par Air Liquide. Twence à Hengelo a démarré une seconde installation de 100 000 t/an sur une ligne d'UVE, et conduit en parallèle une expérimentation de minéralisation du CO2 en bicarbonate de sodium réinjecté dans le traitement des fumées des autres lignes. C'est l'économie circulaire poussée à son terme : le CO2 capté sert à neutraliser les gaz acides du site qui l'a émis. La différence entre Le Mans (10 t/jour, 3 650 t/an) et Duiven (273 t/jour, 100 000 t/an) tient à l'échelle. Veolia démontre, AVR exploite. Le démonstrateur français doit valider deux choses : la robustesse en conditions sarthoises (humidité, variabilité du gisement déchets, intégration au process existant) et la viabilité de la chaîne de valorisation locale. Si ces deux briques tiennent, l'industrialisation pourra s'enclencher sur les 127 UVE françaises. ## L'amont stratégique : GOCO2 et la trajectoire stockage Le démonstrateur du Mans ne s'inscrit pas dans une logique de stockage géologique, mais de valorisation locale. C'est volontaire : valoriser sur place évite les 200 €/t du transport-stockage en Norvège. Mais à l'échelle de la filière française, les volumes captés finiront par dépasser les débouchés locaux. C'est là qu'intervient GOCO2. GOCO2 est un projet de 2,5 milliards d'euros porté par Elengy, GRTgaz, Heidelberg Materials, Lafarge, Lhoist et TotalEnergies. Objectif : 375 km de canalisations à travers cinq départements de l'ouest pour collecter 2,6 Mt CO2/an d'origine industrielle, transportées vers un terminal d'export maritime à Montoir-de-Bretagne, puis acheminées vers Northern Lights en Norvège pour stockage géologique sous la mer du Nord. Mise en service visée : 2031. Si la trajectoire GOCO2 se concrétise, les UVE de l'ouest de la France auront un débouché stockage pour la part de CO2 qu'elles ne pourront pas valoriser localement. Pour Le Mans, géographiquement bien placé sur l'axe Mayenne-Loire-Atlantique, l'option restera ouverte. C'est un raisonnement défensif : un démonstrateur de valorisation locale aujourd'hui, une connexion réseau possible demain. ## Les limites du démonstrateur Quelques points méritent qu'on les pose sans complaisance. Le taux de captage annoncé de 90 % s'entend sur la fraction de fumées effectivement traitée. À 10 t/jour sur un site qui émet 360 t/jour, on traite moins de 3 % du flux total. C'est cohérent pour un pilote, mais ça veut dire que 97 % du CO2 sortira toujours par la cheminée. Toute communication qui laisserait entendre une décarbonation significative du site dès 2026 serait trompeuse. La pénalité énergétique du captage est bien réelle. La régénération du solvant consomme typiquement entre 2,5 et 3,5 GJ par tonne de CO2 capté, soit 0,7 à 1 MWh thermique. À 3 650 t/an, c'est entre 2,5 et 3,5 GWh thermiques prélevés sur la production. Sur les 170 GWh de chaleur livrés au réseau urbain, ça représente moins de 2 %. Récupérable par intégration énergétique poussée, mais pas gratuit. Le caractère biogénique des déchets pose une question comptable. Une partie de la matière incinérée (environ 50 % selon les études CEWEP) est d'origine biomasse. Le CO2 capté correspondant pourrait être qualifié de BECCS (bioénergie avec captage), donc d'émission négative. La méthodologie de comptabilité carbone européenne ne tranche pas encore clairement sur ce point. Pour Le Mans, l'enjeu est de poser dès maintenant le cadre de reporting qui s'appliquera demain. Enfin, et c'est probablement le plus inconfortable : la qualité réelle du CO2 livré. Le solvant capte le CO2, mais piège aussi des composés soufrés, des amines dégradées, des traces de métaux selon la qualité du pré-traitement. Pour un usage serres ou alimentaire, les seuils sont stricts. Le démonstrateur devra prouver qu'il tient ces specs en continu, pas juste lors des campagnes de mise en service. ## Le signal envoyé à la filière Le démonstrateur de la Chauvinière n'est pas qu'un projet industriel local. C'est un test grandeur nature pour 127 UVE françaises qui devront, à un moment ou un autre, intégrer cette ligne de CAPEX dans leurs business plans. Paprec Energies a déjà annoncé pour 2027 une installation de 60 000 tonnes de traitement à Pontivy avec captage prévu de 10 000 t CO2/an. La dynamique s'enclenche. Trois conditions me semblent décisives pour que le pari réussisse. D'abord, la transparence des données opérationnelles : OPEX réel, énergie consommée, qualité CO2 livré, taux de disponibilité. Sans ces chiffres publiés, les autres opérateurs ne pourront pas trancher leurs propres calculs. Ensuite, la consolidation des débouchés locaux : une chaîne logistique CO2 liquide entre Le Mans et les serres de la région, entre Le Mans et les centrales béton, entre Le Mans et les fabricants d'extincteurs. Sans cette boucle, le démonstrateur reste un coup d'éclat. Enfin, l'articulation avec les projets de transport-stockage longue distance comme GOCO2, pour que les UVE françaises aient une porte de sortie quand les débouchés locaux saturent. Le Mans démarre en 2026. La suite va se jouer sur les chiffres réels que livrera le site, pas sur les communiqués qui les annoncent. Rendez-vous fin 2027 pour le premier vrai bilan. ## Sources - [Au Mans, Veolia va construire une unité de valorisation énergétique inédite avec captage de carbone, Journal des Entreprises, octobre 2025](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/au-mans-veolia-va-construire-une-unite-de-valorisation-energetique-inedite-avec-captage-de-carbone-2128808) - [Veolia mise sur l'innovation pour faire du CO2 une nouvelle ressource pour le territoire, Veolia.fr, octobre 2025](https://www.veolia.fr/medias/communiques-presse/veolia-mise-linnovation-faire-du-co2-nouvelle-ressource-territoire-aux) - [Cet incinérateur high-tech va recevoir un système de captage de CO2, Révolution Énergétique](https://www.revolution-energetique.com/actus/cet-incinerateur-high-tech-va-recevoir-un-systeme-de-captage-de-co2/) - [Syner'val, Unité de Valorisation Énergétique de Le Mans Métropole](https://www.uved-lemansmetropole.fr/) - [First large-scale CO2 capture plant at energy-from-waste company in Europe, CEWEP (AVR Duiven)](https://www.cewep.eu/avr-duiven-ccu/) - [GreenUp : le programme stratégique 2024-2027 de Veolia](https://www.veolia.com/en/veolia-group/veolia-2024-2027-strategic-program-green-up) - [GOCO2, Grand-Ouest CO2, Elengy](https://www.elengy.com/en/media/our-projects-making/goco2-grand-ouest-co2) - [Avis sur la stratégie de capture du carbone, Haut Conseil pour le Climat, novembre 2023](https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/11/Haut-conseil-pour-le-climat-Avis-CCS_vf.pdf) - [CementLAB : CarbonCure, la minéralisation du CO2, Infociments](https://www.infociments.fr/cementlab-carboncure-la-mineralisation-des-dechets-de-co2) --- ## REP jouets Ecomaison : bilan 6 mois après la Collecte - URL: https://www.recy.net/ecomaison-rep-jouets-bilan-6-mois-extension-agrement-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-20T06:00:00.000Z - Categories: recyclage Si vous avez déjà conçu une boucle de gameplay, vous connaissez le problème : un système qui paraît cohérent sur papier peut s'effondrer dès qu'il rencontre les vrais joueurs. La REP jouets, c'est exactement ça. Sur le papier, l'architecture est propre. Ecomaison agréé en 2022, cahier des charges écrit, objectifs réglementaires posés, éco-contributions calibrées. Sous le capot, six mois après la première Grande Collecte Solidaire nationale de novembre 2025, le pipeline opérationnel patine encore. Le taux de réemploi reste à 6,3 % alors que l'objectif réglementaire 2024 était déjà à 6 %, et la cible 2027 est fixée à 9 %. Petite mise au point factuelle avant d'aller plus loin : il n'y a pas eu de "nouvelle extension d'agrément" en 2026. L'arrêté d'agrément Ecomaison pour la filière jouets date du 21 avril 2022 et couvre la période 2022-2027 sans modification de périmètre publiée. Ce qui se joue en 2026, c'est la montée en charge opérationnelle d'une filière jeune, sur fond de comparaison gênante avec sa grande sœur textile. ## Le saut quantitatif : 4 474 tonnes en 2023, 38 000 en 2024 Le premier chiffre qui saute, c'est le delta entre 2023 et 2024. Selon le bilan ADEME publié en 2025, la filière a collecté 4 474 tonnes de jouets en 2023, sur un gisement REP de 147 616 tonnes mises en marché la même année. Soit un taux de collecte autour de 3 %. Pour une filière qui démarrait, c'était attendu, mais ça reste loin des 28 % fixés par le cahier des charges pour 2024. L'année suivante, Ecomaison annonce 38 000 tonnes collectées en 2024, l'équivalent de 110 millions de jouets selon les chiffres de l'éco-organisme. Multiplication par 8,5 en un an. Sous le capot, deux choses se passent en parallèle : l'infrastructure de collecte se déploie (1 292 nouveaux points de vente équipés en 2024 selon Meuble Info, environ 6 000 points permanents et saisonniers à fin 2024 selon Ecomaison) et la communication grand public commence à imprimer. C'est là que ça se corse côté valorisation. Sur les 38 000 tonnes collectées en 2024, seules 2 400 tonnes ont été réemployées selon linfodurable.fr, soit 6,3 % des jouets collectés. À comparer aux 17 % de taux de recyclage matière atteint sur le périmètre 2023 (chiffre ADEME, avec mention de délais logistiques qui peuvent l'affecter). Sur le réemploi, on flirte avec l'objectif réglementaire 2024 (6 %), mais on est encore loin des 9 % visés en 2027. ## La Grande Collecte de novembre 2025 : un test grandeur nature Novembre 2025, première Grande Collecte Solidaire nationale. 2 500 points de dépôt selon Ecomaison, mobilisés sur un mois. La répartition donne une idée de la maille : 750 magasins spécialisés, 270 commerces alimentaires, 720 associations. Côté distributeurs, le casting est costaud : Auchan, Carrefour, E.Leclerc et E.Leclerc Jouets, Jardiland, Joué Club, King Jouet, La Grande Récré, La Poste, Smyths Toys. La FCJPE (fédération des magasins spécialisés jouets) embarque Jouéclub, King Jouet, La Grande Récré, Picwictoys, Sajou, Micromania, Oxybul, Disney Store, Maxitoys, Orchestra. Plus la fédération s'aligne, plus la collecte tient. Le game design derrière tout ça est élégant : créer un événement saisonnier court pour faire bouger les comportements avant la période d'achats de Noël. C'est la même logique que les festivals de jeu indé qui sortent leur jeu juste avant les Steam Sales : un pic d'attention qui aide à amortir le coût d'acquisition utilisateur. Sauf que dans le cas d'une filière REP, l'objectif n'est pas de vendre, c'est de capter un flux. Et là, on n'a pas encore les résultats chiffrés définitifs de la campagne de novembre 2025 dans les sources publiées. Honnêtement, je sais pas trop quoi en penser tant qu'on n'a pas le bilan officiel : 2 500 points c'est massif, mais l'écart entre points actifs et tonnes effectivement collectées peut être énorme. ## Le marché joue contre la filière Pendant qu'Ecomaison essaie de muscler la collecte, le marché du jouet neuf, lui, cartonne. Selon Circana et La Revue du Jouet, 2025 a été la meilleure année du marché français depuis 25 ans : 4,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, +7,1 % en valeur, +7,0 % en volume. La France est repassée 1ère en Europe devant le Royaume-Uni (+6,1 %) et l'Allemagne (+3,2 %). Le segment kidulte (les adultes qui achètent pour eux-mêmes) pèse désormais 33 % du chiffre d'affaires, en hausse de +16 %. Janvier 2026 a démarré sur +9 % en valeur, +10 % en volume. Si vous avez déjà bossé sur des feedback loops de jeu, vous voyez le problème : plus le numérateur (jouets collectés) progresse, plus le dénominateur (jouets mis sur le marché) gonfle lui aussi. Ecomaison cite environ 150 000 tonnes mises sur le marché en 2024, contre 147 616 t en 2023. Si la collecte vise 65 000 tonnes par an à fin 2027 (objectif annoncé par Ecomaison), il faut que la croissance marché ralentisse, ou que la collecte accélère encore plus vite. Spoiler : aucun des deux ne semble parti pour se réaliser sans coup de barre. ## Le bonus réparation à zéro : un trou dans le pipeline Détail technique qui en dit long. Le cahier des charges REP jouets prévoit un bonus réparation, mécanisme classique de la loi AGEC pour encourager la prolongation de durée de vie. En 2023, le montant versé par Ecomaison sur cette ligne s'est élevé à 0 euro. Pas faute de budget, faute de réparateurs labellisés. C'est le genre de bug qui rend fou les game designers : la fonctionnalité existe dans le code, le bouton est dans l'UI, mais personne ne peut s'en servir parce que la condition préalable n'est pas remplie. Côté jouets, le problème est structurel. Réparer une peluche ou un puzzle, ça ne génère pas un revenu suffisant pour amortir un label et un audit. Réparer une console (qui sort du périmètre REP jouets, basculée en filière DEEE), ça intéresse les réparateurs indépendants, mais ce n'est pas le sujet. Tant que ce trou n'est pas bouché, le bonus reste un vœu pieux. Le périmètre lui-même est piégeux : la REP jouets ne couvre que les jouets non électriques ou non électroniques pour les moins de 14 ans (peluches, jeux de société, jeux de construction, poupées, puzzles, figurines). Tout ce qui a une batterie ou un circuit imprimé bascule en filière DEEE, gérée par Ecosystem. C'est cohérent juridiquement, mais ça crée un point de friction côté usager : où je dépose ma poupée parlante ? Réponse : tant pis, en supermarché bac généraliste, et le tri se fera en aval. Ce n'est pas un bug, c'est une feature, mais ça mange du flux à la filière jouets. ## La comparaison Refashion qui pique Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Fauteuil roulant, déambulateur : le don avant le recyclage](/materiel-medical-fauteuil-roulant-deambulateur-don). Si vous lisez ce blog, vous avez déjà croisé le dossier [Crise Refashion : la REP textile en soins intensifs](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/). La REP textile est opérationnelle depuis 2007, soit 15 ans avant la REP jouets. En 2024, Refashion a collecté 289 393 tonnes de textiles, linge et chaussures, pour un taux de collecte de 36,5 % du marché et 56,8 % des collectés orientés vers le réemploi (FashionNetwork 2025). Sur le papier, Refashion devrait être le modèle. Sauf que. En avril 2026, Refashion a été [sanctionné par l'État pour défaut de collecte 2024-2025 et amende de 170 000 euros](/refashion-amende-170k-dgpr-cahier-charges-avril-2026/) après des réserves financières dépassant 160 millions d'euros (Socialmag). Le gouvernement a annoncé en février 2026 une refonte de la filière, avec [malus x4 anti-fast-fashion en préparation](/rep-textile-eco-modulation-2026-fast-fashion-malus-x4/). Le "modèle mature" est en réalité en crise, parce qu'il a sous-investi pendant que les volumes explosaient et que les débouchés export s'effondraient. Ecomaison sur les jouets, c'est l'inverse : volumes plus petits, infrastructure en construction, partenariats ESS solides (144 structures partenaires en 2023, 720 associations mobilisées sur la Grande Collecte), mais cible réglementaire ambitieuse (45 % de collecte en 2027). La vraie question technique ici : est-ce que la filière jouets va éviter le piège dans lequel Refashion est tombé, à savoir empiler les contributions pendant que les opérateurs de tri suffoquent ? Pour l'instant, le ratio est plutôt bon : 30 millions d'euros d'éco-contributions collectées en 2023 sur le périmètre jouets (ADEME), 97 % des produits collectés valorisés sur l'ensemble Ecomaison en 2024 (réemploi + recyclage + valorisation énergétique, source Meuble Info). Mais 2024, c'était le démarrage. 2026-2027, ce sera le vrai test. ## Le bottleneck technique : démontage et matériaux composites Soyons concrets sur ce qui coince côté valorisation matière. Selon une analyse RSE Magazine, environ 75 % des jouets sont conçus à partir d'un mélange de plastiques variés et de composants électroniques non séparables, ce qui rend le démontage économiquement non viable dans l'état actuel des filières. Concrètement, une poupée en ABS avec des cheveux en polyester collés et un mécanisme à pile, ça finit en valorisation énergétique. Pas en flux matière propre. Certains fabricants tirent leur épingle du jeu sur l'éco-conception. Smoby intègre 50 % de plastique recyclé dans certains produits (RSE Magazine). Ravensburger utilise 70 % de carton recyclé sur ses puzzles. C'est bien, mais ça reste cosmétique tant que la majorité du marché continue de produire des jouets multi-matériaux non démontables. La feedback loop est lente : il faut éco-concevoir aujourd'hui pour récupérer des flux propres dans 5-10 ans, quand les produits arriveront en fin de vie. Sur ce point, j'hésite encore sur la stratégie la plus efficace, modulation des éco-contributions à la conception ou interdictions ciblées sur certains assemblages. ## Le pivot réemploi : Rejoué, Emmaüs et la maille ESS Le vrai signal positif de la filière, c'est le réseau réemploi. Rejoué (association partenaire d'Ecomaison) annonce 83 241 jouets ayant eu une seconde vie en 2024 selon Bigmedia BPI. Emmaüs absorbe une partie significative des flux orientés réemploi. Côté marché, la seconde main jouets pèse déjà 35 millions d'unités vendues en France en 2024 selon Seconde.media et Circana, soit 7,1 % du marché global. C'est là que le pipeline tient. Le game design derrière la collecte solidaire est plutôt malin : on capte le flux au moment où le jouet est encore en état (67 % des jouets jetés fonctionnent encore selon RSE Magazine), on le redirige vers une association locale plutôt que vers la déchèterie, et l'association le revend ou le redistribue. C'est moins coûteux qu'un recyclage matière, plus impactant côté empreinte carbone, et ça crée de l'emploi local non délocalisable. Le seul vrai risque, c'est la saturation des ressourceries (le même problème qui pourrit la filière textile depuis 2024). Tant que la production neuve continue à +7 % par an, le réemploi ne suffira pas à fermer la boucle, il faudra du recyclage matière à grande échelle. ## Ce qu'il faut surveiller d'ici 2027 Trois points de contrôle pour les 18 prochains mois. D'abord, le bilan définitif de la Grande Collecte de novembre 2025. Tonnage effectif, taux de réemploi sur les flux captés via cette campagne, coût par tonne collectée. C'est ce qui dira si l'événementiel saisonnier est un format scalable ou un coup de com'. Ensuite, la trajectoire vers les 65 000 tonnes par an annoncées pour fin 2027. Pour y arriver, il faut doubler entre 2024 et 2027. Possible si l'infrastructure continue à se déployer au rythme de 2024 (1 292 nouveaux points), tendu si l'effort de communication grand public retombe. Enfin, l'émergence d'une vraie filière de recyclage matière pour les plastiques composites. Sans solution industrielle pour démanteler économiquement les jouets multi-matériaux, le plafond de verre reste fixé autour des 17-25 % atteints sur le textile, qui a pourtant 15 ans d'expérience supplémentaire. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) a posé un cadre cohérent sur la REP. Ecomaison a démarré proprement sur les jouets, en évitant les pièges visibles dans la filière textile. Reste à scaler. Comme toujours dans le game design système, le diable est dans les feedback loops : si les éco-contributions ne progressent pas au rythme du marché, si les centres de tri n'arrivent pas à absorber les flux, et si l'éco-conception ne devient pas la norme côté fabricants, on retombera dans le même scénario que la REP textile. Le pipeline tient encore, mais il est jeune. À nous de voir, pour ceux qui suivent le sujet de près, si la filière confirme ou si elle dérape. Le bilan 2027 d'Ecomaison dira si la promesse opérationnelle de 2022 se tient ou si elle craque. ## Sources - [Bilan filière jouets, ADEME Infos 2025](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/que-deviennent-nos-jouets-usages/) - [Fiche filière REP jouets, ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-JOUET) - [Arrêté du 21 avril 2022 portant agrément Ecomaison filière jouets, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045682792) - [Grande Collecte Solidaire des jouets novembre 2025, Ecomaison](https://ecomaison.com/en/espace-presse/presse-grande-collecte-solidaire-des-jouets/) - [Marché du jouet 2025, meilleure année depuis 25 ans, La Revue du Jouet et Circana](https://www.larevuedujouet.fr/article/en-2025-le-jouet-a-enregistre-sa-meilleure-annee-depuis-25-ans.55777) - [Une collecte de jouets à l'échelle nationale, linfodurable.fr](https://www.linfodurable.fr/conso/une-collecte-de-jouets-organisee-lechelle-nationale-une-premiere-pour-reutiliser-ou-recycler) - [Résultats Ecomaison 2024, 1,7 Mt collectées, Meuble Info](https://meuble-info.fr/en-2024-ecomaison-a-obtenu-des-resultats-plus-que-concrets-en-matiere-de-collecte-et-de-volumes-de-matieres-recyclees/) --- ## Fukushima : 2 ans de rejets ALPS, bilan technique - URL: https://www.recy.net/depollution-tritium-eau-fukushima-2026-bilan-2-ans-rejets/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-19T06:00:00.000Z - Categories: valorisation Pourquoi TEPCO se fixe une limite de tritium 40 fois inférieure à la norme japonaise ? Ce n'est pas un bug, c'est une feature du design ALPS. Et c'est probablement ce qui explique pourquoi, deux ans après le démarrage des rejets dans le Pacifique, le système tient ses seuils. Petit retour en arrière. Le 22 août 2023, TEPCO ouvre la vanne. L'eau contaminée stockée dans plus de 1 000 cuves sur le site de Fukushima Daiichi (environ 1,3 million de tonnes au démarrage) commence à être rejetée en mer après traitement par le système ALPS. Tollé politique, embargo chinois immédiat sur tous les fruits de mer japonais, manifestations dans le Pacifique. Mai 2026 : on dresse le bilan d'une dépollution qui s'étalera jusqu'en 2051. ## Sous le capot : ce que ALPS filtre, ce qu'il ne filtre pas ALPS, c'est de la chimie ionique en série. Le pipeline traite 62 radionucléides sur les 64 réglementés et les ramène sous les normes japonaises. Restent deux exceptions techniques : le tritium et le carbone 14. Pour ces deux-là, pas de filtration possible (le tritium est de l'hydrogène radioactif, donc chimiquement indissociable de l'eau elle-même). Le choix de TEPCO, faute de mieux : diluer massivement avec de l'eau de mer avant rejet. La cible opérationnelle est posée à moins de 1 500 Bq/L, soit 40 fois inférieure à la norme japonaise de rejet (60 000 Bq/L). En comparaison, l'OMS fixe sa norme eau potable à 10 000 Bq/L. Autrement dit, l'eau rejetée est techniquement plus propre, en tritium, que ce que l'OMS autorise au robinet. Sur le terrain, TEPCO va même plus loin : la limite auto-imposée pour déclencher une suspension du rejet est de 700 Bq/L mesurés à 3 km de l'exutoire. Le maximum réellement enregistré à ce jour : 0,55 Bq/L. On est trois ordres de grandeur sous le seuil de panique. ## La courbe des rejets : montée en charge progressive Le système n'a pas démarré à pleine cadence. La progression sur trois exercices fiscaux japonais (FY) est nette : - FY2023 (août 2023 - mars 2024) : 4 batches, 31 200 tonnes rejetées, 4,5 TBq de tritium - FY2024 (avril 2024 - mars 2025) : 7 rounds, 54 600 tonnes, environ 13 TBq de tritium - FY2025 (avril 2025 - mars 2026) : 7 rounds, 55 011 tonnes, environ 16 TBq de tritium Cumul à fin mai 2026 : environ 141 000 tonnes traitées en 18 rounds (l'IAEA confirme 19 batches complétés avec les premiers rejets FY2026 démarrés en avril). La limite annuelle réglementaire de tritium est fixée à 22 TBq par autorité japonaise. TEPCO n'a jamais dépassé ce plafond : 13 TBq en FY2024, 16 TBq en FY2025. Le système monte en charge mais reste sous la barre. Pour FY2026, le plan prévoit 8 rounds et environ 62 400 tonnes. À ce rythme, le démantèlement des cuves (commencé le 13 février 2025 sur la zone J9) devrait s'étaler sur 30 à 40 ans, jusqu'à l'horizon 2051 où l'IAEA et TEPCO situent la fin du démantèlement complet du site. ## Ce que les capteurs disent vraiment Le monitoring est intéressant à décortiquer parce qu'il combine trois couches : TEPCO (49 points dont 10 dans le port, 10 à moins de 3 km, 20 à moins de 20 km, 9 au-delà), la préfecture de Fukushima, et l'IAEA en supervision indépendante. Mesure côtière de la préfecture, FY2023-2025 : tritium à 5,7 Bq/L maximum. Pour comparaison, sur la période FY2011-2022 (donc _avant_ les rejets ALPS mais après l'accident initial), le pic mesuré était de 8,8 Bq/L. Le tritium total dans l'eau de mer côtière a légèrement baissé après le démarrage des rejets. Ce n'est pas contre-intuitif si on regarde le système comme un dev : la dilution massive d'ALPS combinée à la dispersion océanique produit des concentrations locales plus faibles que le legacy issu de l'accident de 2011. Dernier relevé disponible (15 avril 2026) : sous le seuil de détection, avec un maximum de 4,3 Bq/L. Au 14 novembre 2025, tous les points de monitoring étaient sous seuil (moins de 5,0 à 5,8 Bq/L selon les capteurs). Côté concentration du batch en sortie de pipeline : 463 Bq/L mesurés par l'IAEA sur le batch 11 (mars 2025), environ 284 Bq/L pour le batch 15 (septembre 2025). Toujours sous la cible des 1 500 Bq/L. Je précise un truc qui m'a interpellé en lisant les données : ces chiffres viennent des trois sources indépendantes, pas du seul communiqué TEPCO. Quand l'IAEA, la préfecture et l'opérateur convergent à un facteur 2 près, on est dans une fourchette de confiance que tu retrouves rarement sur ce type de dossier. ## Le test bioaccumulation : verdict scientifique C'est probablement le résultat le plus discuté techniquement. Une étude publiée en 2024-2025 (PubMed 40729836, mesures 2021-2024) a comparé le tritium dans le flet japonais avant et après les rejets. Avant rejets, offshore : 0,075 Bq/kg-fresh (forme TFWT). Après début des rejets, offshore : 0,13 Bq/kg-fresh. En zone côtière, on monte à 0,37-0,75 Bq/kg-fresh. Le tritium augmente, donc. Mais l'étude conclut sur l'absence de bioaccumulation : le ratio de concentration TFWT + OBT reste inférieur ou égal à 1 pour le flet et la rascasse en zone offshore. Le tritium passe dans les tissus mais n'y reste pas (il s'élimine au même rythme qu'il entre). Côté programme de monitoring de l'Agence japonaise des pêches : 230 967 échantillons de produits de la mer testés depuis 2011. La grande majorité des espèces marines est aujourd'hui autorisée à la vente sans restriction radiologique. ## Le système géopolitique : embargo, levée, conditions Là où la science et la politique divergent franchement, c'est sur l'embargo chinois. Imposé le 22 août 2023 (jour même du démarrage des rejets), il a duré près de deux ans. Conséquence directe : les exports japonais de fruits de mer vers la Chine s'effondrent de 74,6 milliards de yens (2022) à 32 milliards (2023), soit moins 57 pour cent. En 2024, les exports vers la Chine se limitent à 6,1 milliards de yens, uniquement sur des produits non alimentaires (perles, carpes koï). Les concombres de mer perdent 38 pour cent. Une enquête Kyodo News indique que 80,6 pour cent des coopératives de pêche préfectorales japonaises ont été impactées. Levée partielle le 30 juin 2025 (37 préfectures rouvertes sur 47). Levée quasi-totale le 7 novembre 2025 avec un accord Chine-Japon : premières exportations Hokkaido, 6,6 tonnes de coquilles Saint-Jacques. Embargo résiduel maintenu sur 10 préfectures (Fukushima, Tokyo, Chiba, Gunma, Ibaraki, Miyagi, Nagano, Niigata, Saitama, Tochigi). Conditions de reprise : réenregistrement des usines de transformation, certificat d'inspection radioactivité, certificat d'origine. Pékin n'a pas relâché la friction administrative, juste le ban total. En parallèle, le Japon a redéployé ses débouchés. Les États-Unis deviennent en 2024 la première destination d'export pour la première fois en 20 ans, à 242,9 milliards de yens (+17,8 pour cent). Le total global des exports alimentaires japonais en 2024 atteint 1,507 trillion de yens (12e record consécutif). Aides d'urgence Tokyo à la filière pêche : 20,7 milliards de yens annoncés en septembre 2023, sur une enveloppe préalable de 80 milliards. ## Ce que les chiffres ne disent pas Je vais être honnête : le système technique tient ses promesses, mais il reste deux trous documentaires. Le montant total des indemnisations TEPCO versées aux pêcheurs depuis 2023 n'est pas public dans le détail. La position officielle des coopératives de pêche de Fukushima après deux ans de rejets non plus. Et les niveaux précis de carbone 14 dans l'eau rejetée ou l'eau de mer (au-delà des moyennes globales) ne sont pas accessibles en valeurs Bq/L. Ces zones d'ombre ne contredisent pas le bilan radiologique, qui est solide. Elles rappellent que l'évaluation d'un système de dépollution longue durée ne se résume pas à ses capteurs. Un système avec [du recyclage industriel, de la valorisation chimique ou de la dépollution radioactive](/upcycling-surcyclage-creatif-exemples-tendances/) marche techniquement quand les mesures convergent, et politiquement quand les acteurs concernés voient les compensations arriver. Sur Fukushima, le premier critère est rempli. Le second reste partiellement documenté. Côté méthode, le parallèle avec d'autres dossiers de [filière déchets dangereux](/recyclage-boues-station-epuration-filieres/) et de [stockage géologique longue durée](/cigeo-dechets-nucleaires-stockage-geologique-bure/) est éclairant : on ne juge pas un système de dépollution sur sa première année. On le juge sur sa courbe de montée en charge, ses seuils auto-imposés versus réglementaires, et la cohérence du monitoring multi-acteurs. Sur ces trois axes, ALPS tient la route à mi-parcours. Reste 26 ans à observer. À vous de jouer pour suivre les batches qui arrivent. ## Sources - [IAEA, Fukushima Daiichi ALPS Treated Water Discharge FAQ](https://www.iaea.org/topics/response/fukushima-daiichi-nuclear-accident/fukushima-daiichi-alps-treated-water-discharge/faq) - [IAEA, Press releases ALPS treated water](https://www.iaea.org/topics/response/fukushima-daiichi-nuclear-accident/fukushima-daiichi-alps-treated-water-discharge/press) - [TEPCO, Monitoring index](https://www.tepco.co.jp/en/decommission/progress/watertreatment/monitoring/index-e.html) - [TEPCO, Ocean release](https://www.tepco.co.jp/en/decommission/progress/watertreatment/oceanrelease/index-e.html) - [Préfecture de Fukushima, Portail monitoring](https://www.pref.fukushima.lg.jp/site/portal-english/en-moni-k.html) - [CRIIRAD, Fukushima pollution radioactive sans fin](https://www.criirad.org/22-04-2024-fukushima-pollution-radioactive-sans-fin/) - [CGTN, Fukushima plant releases 55 000 tonnes FY2025](https://news.cgtn.com/news/2026-03-25/Fukushima-plant-releases-55-000-tonnes-of-nuclear-wastewater-in-FY2025-1LNmegcM0hy/p.html) - [ANS, IAEA report confirms safety of discharged Fukushima water](https://www.ans.org/news/2025-09-16/article-7369/iaea-report-confirms-safety-of-discharged-fukushima-water/) - [ANS, IAEA tritium levels well below limits](https://www.ans.org/news/2025-03-18/article-6859/iaea-tritium-levels-in-discharged-fukushima-water-well-below-limits/) - [PubMed 40729836, Tritium in marine fish Fukushima](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40729836/) - [Frontiers in Public Health, Seafood prices Fukushima post-discharge](https://www.frontiersin.org/journals/public-health/articles/10.3389/fpubh.2024.1527347/full) - [JFA, Japanese Fisheries Agency inspection](https://www.jfa.maff.go.jp/e/inspection/) - [Al Jazeera, Japan resumes seafood exports to China](https://www.aljazeera.com/news/2025/11/7/japan-resumes-seafood-exports-to-china-after-ban-over-fukushima-wastewater) - [Fortune, China partially lifts ban Japan seafood imports](https://fortune.com/asia/2025/06/30/china-partially-lifts-ban-japan-seafood-imports-fukushima/) - [World Nuclear News, Dismantling water tanks Fukushima Daiichi](https://www.world-nuclear-news.org/articles/dismantling-of-water-tanks-to-start-at-fukushima-daiichi) - [US News, Japan China deal Fukushima water release](https://www.usnews.com/news/world/articles/2024-09-20/japan-and-china-reach-deal-over-fukushima-water-release-and-move-closer-to-resolving-seafood-ban) - [Nippon.com, Japan exports 2024](https://www.nippon.com/en/japan-data/h02428/) --- ## HIT Mag, la pépite bretonne des aimants sans terres rares - URL: https://www.recy.net/hit-mag-finistere-aimants-permanents-terres-rares-ferrite-nitrure-fer/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-18T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Pourquoi 94 % de la production mondiale d'aimants permanents néodyme-fer-bore part-elle d'une seule chaîne d'approvisionnement chinoise ? Parce que pendant trente ans, personne n'a vraiment cherché de plan B industriel. À Plouzané, dans le Finistère, une jeune pousse appelée HIT Mag essaie de changer cette équation. L'acronyme dit déjà le pari : Hexaferrites Innovative Technological Magnets. Pas de terres rares, des aimants permanents quand même, et une première usine à Brest en 2026. ## Une découverte de laboratoire, devenue startup en deux ans L'histoire commence dans un labo de l'Université de Bretagne Occidentale, le Lab-STICC. Jean-Luc Mattei, professeur à l'UBO, presse de la poudre d'hexaferrite de baryum sous champ magnétique. Le résultat sort des clous : l'échantillon présente des propriétés magnétiques inattendues. C'est ce que les chercheurs appellent une découverte accidentelle, le genre de moment où l'on regarde le résultat avant de regarder l'hypothèse de départ. Antoine Hoëz, chimiste sur le projet, reprend l'échantillon au microscope électronique à rayons X. Il identifie un composé d'hydroxyde de fer bien particulier : la goethite. Ce n'est pas le matériau principal, mais c'est lui qui modifie la structure du grain pendant la presse et qui décale la performance vers le haut. Sous le capot, le mécanisme tient à la microstructure : aligner les grains plus finement, ça change le produit énergétique de l'aimant fini. De cette découverte naît HIT Mag. Création formelle des articles le 15 octobre 2025, premier client le lendemain : le CNES, pour des applications spatiales. La levée de fonds initiale, 1,6 million d'euros, est bouclée fin 2025. Bourse French Tech Émergence obtenue en novembre 2025. SATT Ouest Valorisation accompagne la maturation IP côté UBO. La machine est lancée. L'équipe fondatrice tient sur cinq noms : Arnault Trac à la présidence, Antoine Hoëz en R&D chimie, Lionel Fine côté mécanique, Norbert Parker physicien spécialisé circulateurs telecom, Arnaud Le Saos-Kauten sur les matériaux et l'impression 3D. Profils techniques, pas business. Ça se sent dans le discours. ## Deux familles d'aimants, deux temporalités industrielles HIT Mag ne mise pas sur une seule techno. Deux familles cohabitent dans le pipeline R&D, et c'est probablement la décision stratégique la plus intéressante du projet. D'un côté, les hexaferrites. Connus depuis les années 1950, peu chers, pas sexy, mais robustes. Leur défaut chronique : un produit énergétique (BH)max de 3 à 5 MGOe seulement, contre 30 à 52 MGOe pour le néodyme-fer-bore. À taille égale, ça donne un aimant néodyme environ 18 fois plus dense énergétiquement en volume, et 12 fois en masse. Concrètement, un moteur électrique ferrite à performance équivalente pèse environ un tiers de plus que son équivalent NdFeB, parfois davantage. Pour un moteur de traction d'EV, c'est une pénalité réelle. Mais HIT Mag annonce une optimisation microstructurale qui pousse les hexaferrites au-delà des performances historiques de la filière. Les chiffres exacts ne sont pas publiés. Le pari : combler une partie de l'écart, sans rattraper le NdFeB, mais en restant largement assez performant pour les marchés où le poids n'est pas critique, robotique, éolien, telecom, espace, acoustique. De l'autre côté, les nitrures de fer, et plus précisément la phase Fe16N2. Là, on change de catégorie. La saturation magnétique théorique du Fe16N2 atteint environ 2,4 T, supérieure au NdFeB. Le produit énergétique théorique grimpe jusqu'à 135 MGOe. Sur le papier, c'est le candidat parfait pour remplacer le néodyme dans les moteurs de traction. Sur le papier seulement. En pratique, les meilleurs résultats publiés dans Scientific Reports (2016) sur des foils Fe16N2 ne dépassent pas 20 MGOe à température ambiante, avec une coercivité de 1910 Oe. La phase est instable et se décompose autour de 425 à 500 K, soit 150 à 225 °C. Pour un moteur EV qui chauffe en charge, c'est une vraie limite thermique. C'est pour ça que les nitrures de fer arriveront plus tard chez HIT Mag, après investissements complémentaires. Phase plus longue, c'est explicite dans la communication. ## Le contexte géopolitique qui rend l'histoire urgente Pourquoi maintenant ? Parce que la Chine a serré la vis. Le 4 avril 2025, Pékin a imposé des licences d'export sur sept terres rares et sur les aimants permanents finis. Nouvelles mesures le 9 octobre 2025, avec un seuil ramené à 0,1 % de terres rares chinoises dans le produit fini pour déclencher la licence. Autant dire que presque tout passe par le filtre. Côté prix, le dysprosium et le terbium s'échangent hors Chine à des niveaux trois à quatre fois supérieurs aux prix intérieurs chinois, plus de 1000 USD/kg pour le dysprosium et au-delà de 3500 USD/kg pour le terbium selon les estimations de fin 2025. Les constructeurs automobiles ont commencé à encaisser. Ford a mis en pause la production de l'Explorer en mai 2025 à cause de pénuries d'aimants. L'Europe a réagi avec le plan RESourceEU, adopté le 3 décembre 2025, enveloppe de 3 milliards d'euros, restrictions sur l'export de déchets d'aimants recyclables dès début 2026. C'est dans cet écosystème que HIT Mag essaie de monter en puissance. Une usine partenaire à Grenoble est prévue pour absorber la demande telecom et moteurs électriques en parallèle du site de Brest. Sur le recyclage de la matière elle-même, des acteurs comme [Caremag à Lacq](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq/) attaquent le problème par l'autre bout, en récupérant les aimants néodyme déjà en circulation. Les deux approches sont complémentaires, pas concurrentes. Pour aller plus loin sur la boucle métaux du numérique, l'opération [collecte numérique de mars 2026](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs/) donne une idée des volumes qu'on laisse dormir dans les tiroirs, et l'angle [urban mining](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/) montre que le gisement secondaire pèse lourd dans la stratégie européenne. ## Ce que je retiens en tant que dev qui regarde le système Quand je lis le dossier HIT Mag avec mes biais de game designer, ce qui m'intrigue le plus, c'est la gestion du scope. Deux technos, deux maturités, deux marchés cibles. C'est exactement ce que je ferais sur un studio indé : sortir d'abord le truc qui marche déjà (les hexaferrites améliorés, marchés non automobile), encaisser du cash et de la crédibilité, et investir le revenu dans la phase risquée (le Fe16N2 pour la traction EV). Le contre-exemple type, c'est la startup qui annonce direct le moteur Tesla-killer et qui crame son runway sur trois ans de R&D sans chiffre d'affaires. L'autre point que je trouve sain : ils n'inventent pas le marché, ils s'insèrent dedans. Le CNES achète parce que les applications spatiales tolèrent mieux la pénalité de poids des ferrites. La telecom et l'acoustique aussi. C'est du market fit immédiat. Pendant que Tesla annonce depuis mars 2023 son prochain moteur permanent sans terres rares (déclaration de Colin Campbell à l'Investor Day) sans avoir encore livré, HIT Mag a un client opérationnel. Pas de la même taille, mais un client réel. Le risque, parce qu'il y en a un, c'est l'écart entre les hexaferrites améliorés et le NdFeB. Si l'écart de performance reste de l'ordre de 10x sur le produit énergétique, l'industrie auto n'achètera pas pour la traction. Elle achètera pour les moteurs auxiliaires, les ventilateurs, les actuateurs. Marché réel, mais pas le morceau de gâteau le plus juteux. La promesse Fe16N2 doit tenir pour que la trajectoire long terme tienne. Or 20 MGOe pratique vs 135 MGOe théorique, ça veut dire que beaucoup de boulot reste à faire en stabilité thermique et en process. Niron Magnetics aux États-Unis a ouvert une usine pilote Fe16N2 à Sartell en 2024 et vise 1500 t/an en 2026, avec un projet de deuxième site à 10 000 t/an pour 1,8 milliard de dollars en 2028. Le terrain de jeu est mondial, pas régional. Reste qu'avoir un acteur français qui pose les premiers jalons, c'est une bonne nouvelle. Pas une révolution, pas un game over pour la Chine sur les terres rares, mais un caillou de plus dans la souveraineté industrielle européenne. À condition que les chiffres de performance suivent. On verra à la sortie de l'usine de Brest. ## Sources - [HIT Mag, site officiel](https://www.hit-mag.fr/) - [Tech Brest Iroise, portrait HIT Mag](https://www.tech-brest-iroise.fr/actualites-hit-mag-la-pepite-ferritique-brestoise-2872-5384-0-0.html) - [Espace des sciences, Sciences Ouest 434](https://www.espace-sciences.org/sciences-ouest/434/actualite/bientot-des-aimants-sans-terres-rares) - [Université de Bretagne Occidentale, actualité HIT Mag](https://www.univ-brest.fr/fr/actualite/hit-mag-une-future-start-innovante-dans-le-domaine-des-aimants) - [Actu-Environnement, le futur des aimants sans terres rares](https://www.actu-environnement.com/ae/news/dans-le-finistere-le-futur-des-aimants-permanents-s-ecrit-sans-terres-rares-47977.php4) - [Wikipedia, Maximum energy product](https://en.wikipedia.org/wiki/Maximum_energy_product) - [Nature Scientific Reports, Fe16N2 foils](https://www.nature.com/articles/srep25436) - [Rare Earth Exchanges, EV supply chain choke point](https://rareearthexchanges.com/news/when-motors-depend-on-magnets-how-chinas-2025-controls-exposed-the-ev-supply-chains-true-choke-point/) - [BusinessWire, Niron Magnetics Sartell](https://www.businesswire.com/news/home/20241010091386/en/Niron-Magnetics-Opens-the-Worlds-First-Manufacturing-Facility-for-Powerful-Rare-Earth-Free-Permanent-Magnets) - [Electrek, Tesla rare-earth-free motor](https://electrek.co/2023/03/01/tesla-is-going-back-to-ev-motors-with-no-rare-earth-elements/) - [France 24, plan européen RESourceEU](https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/info-%C3%A9co/20251203-terres-rares-le-plan-europ%C3%A9en-pour-r%C3%A9duire-la-d%C3%A9pendance-%C3%A0-la-chine) --- ## Consigne plastique : où en est-on en 2026 ? - URL: https://www.recy.net/consigne-bouteilles-plastique-bilan-plan-2025-2030-trajectoire-90-pourcent/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-17T06:00:00.000Z - Categories: valorisation Le dossier consigne pour recyclage des bouteilles plastique ressemble à une boucle de gameplay mal calibrée. L'objectif AGEC fixe 90 % de collecte des bouteilles PET en 2029, la directive européenne SUP vise le même taux en 2030, et la trajectoire réelle s'éloigne du score attendu. Deux ans après l'arbitrage Béchu de septembre 2023 et un an après le Plan plastique 2025-2030 présenté par Agnès Pannier-Runacher le 12 juin 2025, l'État maintient sa position : pas de consigne PET généralisée. Sauf que la projection ADEME, elle, raconte autre chose. ## L'écart qui change tout : 73 % en 2025 Sous le capot du dossier, un chiffre. L'ADEME projette un taux de collecte de 73 % en 2025 pour les bouteilles plastique de boisson, alors que l'article 66 de la loi AGEC fixe la cible à 77 %. Pour 2029, la projection grimpe à 77 %, contre une cible légale de 90 %. Le retard s'accumule sur les deux échéances, et il n'est pas marginal. Pour rappel, le taux réel mesuré était de 57,6 % en 2020 et 61 % en 2021 (dernière donnée publiée par l'ADEME au moment où j'écris). La marche est haute. Le système actuel, fondé sur la collecte sélective opérée par les collectivités, fait progresser le taux, mais pas assez vite pour atteindre l'objectif réglementaire fixé par la transposition française de la directive SUP. C'est exactement le genre de situation où un game designer regarderait sa courbe de progression et conclurait : la mécanique en place ne suffit pas à scaler vers l'objectif. Reste à savoir ce qu'on ajoute au système. ## L'arbitrage politique : porte fermée à la consigne PET Septembre 2023, Assises des déchets de Nantes. Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique, tranche : pas de consigne pour recyclage généralisée. Son argument à l'époque, la consigne « ne recueille pas l'adhésion pleine et entière dont nous avons besoin aujourd'hui ». Le 12 juin 2025, Agnès Pannier-Runacher confirme la ligne en présentant le Plan plastique 2025-2030. La consigne PET serait « totalement contre-productive », privant les collectivités du volume et de la valeur nécessaires à l'équilibre du recyclage. En parallèle, l'État lance l'expérimentation ReUse sur le verre dans plusieurs régions (Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire, Hauts-de-France). Sur le plastique : statu quo. Sur le réemploi verre : pilote opérationnel. ## Position des acteurs : pourquoi le sujet reste explosif Le bloc des collectivités, AMF + Amorce + Régions de France + Intercommunalités de France, parle d'une seule voix : opposition ferme à la « fausse consigne pour recyclage ». L'étude commune Amorce/AMF chiffre jusqu'à 20 % de pertes de recettes matériaux pour les collectivités vertueuses si la consigne PET était mise en place. Le raisonnement est mécanique : retirer le PET du bac jaune ampute le gisement le plus rémunérateur, déséquilibre les centres de tri modernisés après AGEC et complique le geste de tri côté citoyen. L'AMF a publié 14 propositions alternatives orientées sur la collecte hors foyer (rues, fast-food, ERP). Citeo, l'éco-organisme financé par les metteurs en marché, défendait la consigne en 2023 dans des courriers adressés aux présidents d'EPCI. Depuis, l'organisme s'est recentré sur le ReUse verre et l'ouverture des filières pots de yaourt, barquettes, films plastiques. La position publique a glissé, sans renier la précédente. Zero Waste France pousse l'interdiction des bouteilles plastique petit format plutôt que la consigne pour recyclage. L'argument : une consigne pour recyclage légitime la bouteille usage unique au lieu de la faire disparaître. Les industriels des boissons, eux, restent favorables à la consigne PET, parce qu'elle leur garantit l'accès au PET recyclé en boucle fermée pour tenir leurs objectifs d'incorporation rPET (voir notre article sur [l'incorporation obligatoire de plastique recyclé](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet/)). ## Plan plastique 2025-2030 : ce que l'État met sur la table Sans consigne PET, le plan présenté en juin 2025 mise sur plusieurs leviers cumulatifs. L'extension de la simplification du tri aux DROM au 1er janvier 2026 fait basculer tous les emballages plastiques dans le bac jaune dans les départements ultra-marins, à l'image de ce qui s'est passé en métropole depuis 2023. Sujet déjà couvert dans notre article sur [l'extension des consignes de tri en 2026](/extension-consignes-tri-simplification-2026/). Le décret 3R 2026-2030 (réduction, réemploi, recyclage), attendu entre fin 2025 et début 2026, doit renforcer la trajectoire sans réintroduire la consigne PET selon les annonces. L'engagement de l'État de mettre fin aux achats publics de bouteilles plastique usage unique entre en vigueur en 2026, hors urgences sanitaires. Côté financement, Citeo a versé 91 M€ aux collectivités en 2024 pour 80 000 tonnes additionnelles d'emballages recyclés. Le taux de recyclage plastique ménager global atteint 27 % en 2023 selon Citeo, contre 67 % pour les emballages ménagers tous matériaux. L'écart entre le plastique et le reste du gisement reste massif. ## Le déclencheur 2026 que peu de monde regarde Si je devais pointer le moment décisif des prochaines années, ce n'est ni un vote, ni une PPL : c'est le rapport ADEME 2026 sur le taux de collecte réel 2025. L'AMF et Amorce avaient elles-mêmes posé une condition : la consigne PET redeviendrait envisageable si 2025 démontrait qu'on n'atteindra pas 90 % en 2029. La projection à 73 % en 2025 et 77 % en 2029, si elle se confirme dans les données réelles, place le déclencheur sur la table. À ce stade, on raisonne sur des projections, pas sur des données consolidées. Mais la mécanique politique est posée : si l'écart est trop grand, l'opposition collective des collectivités perd son principal argument. La porte fermée par Pannier-Runacher en juin 2025 pourrait redevenir un sujet en 2027-2028, au moment où il faudra construire la trajectoire finale vers 2029. Côté dossiers législatifs, une proposition de loi sur l'accélération de la réduction du plastique à usage unique dès 2026 a été déposée au Sénat le 30 octobre 2024 (dossier DLR5L17N50795). Elle reste en commission Aménagement du territoire et développement durable, sans inscription à l'agenda confirmée au moment où j'écris. Le calendrier législatif suit son rythme. Ce qui bouge plus vite, c'est la donnée. Le réemploi verre, lui, avance en parallèle. Bilan attendu en 2026 sur l'expérimentation ReUse, avec une perspective de généralisation au réemploi alimentaire en grande distribution. Pour les retours d'expérience sur le terrain, voir notre article sur [la consigne verre Citeo en restauration](/consigne-verre-citeo-restauration-bilan-mai-2026/). ## Ce qu'il faut retenir L'État ferme la porte à la consigne PET. Les collectivités gagnent une bataille. Les industriels patientent. Et la donnée réelle, mesurée par l'ADEME, joue contre tout le monde : sans levier supplémentaire, l'objectif 2029 ne sera pas tenu. La trajectoire 90 % se gagne désormais sur des fronts moins visibles : collecte hors foyer, simplification tri DROM, soutiens Citeo, achats publics. Quatre leviers cumulatifs face à un seul levier (la consigne) écarté par arbitrage politique. Le compromis est posé, le résultat se mesurera en 2027. ## Sources - Assemblée nationale, dossier législatif DLR5L17N50795, PPL réduction plastique usage unique dès 2026 : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N50795 - Ministère de la Transition écologique, Plan plastique 2025-2030 (présentation 12 juin 2025) : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/lutte-contre-pollution-plastique - Consultation publique, projet de décret 3R 2026-2030 : https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-de-decret-relatif-a-la-strategie-pour-la-a2596.html - Amorce, La performance de collecte des bouteilles plastiques en 2023 : https://amorce.asso.fr/actualite/la-performance-de-collecte-des-bouteilles-plastiques-en-2023-un-constat-qui-appelle-a-des-reserves - ADEME, Évaluation du taux de collecte des bouteilles en plastique de boisson 2022-2023 : https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8211-evaluation-du-taux-de-collecte-des-bouteilles-en-plastique-de-boisson-pour-2022-et-2023.html - AMF, Fausse consigne, 14 propositions des élus locaux : https://www.amf.asso.fr/documents-fausse-consigne-sur-les-bouteilles-en-plastique-les-elus-locaux-devoilent-14-propositions-pour-lutter-efficacement-contre-la-pollution-emballages-plas/41667 - Citeo, Les chiffres du recyclage en France : https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/ - EUR-Lex, Directive SUP (résumé) : https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/single-use-plastics-fighting-the-impact-on-the-environment.html - Banque des Territoires, Béchu, pas de généralisation de la consigne : https://www.banquedesterritoires.fr/bouteilles-en-plastique-pas-de-generalisation-de-la-consigne-tranche-christophe-bechu --- ## LMC Eurocold agréé système individuel DEEE froid pro - URL: https://www.recy.net/deee-equipement-thermique-cat1-lmc-eurocold-systeme-individuel-mai-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-16T06:00:00 - Categories: valorisation Sous le capot du JORF n°0111 du 12 mai 2026, un arrêté discret réécrit les règles du jeu pour un fabricant de vitrines réfrigérées. LMC Eurocold, basée à Saint-Laurent-de-Mure, vient d'obtenir l'agrément de système individuel pour la filière REP DEEE, catégorie 1 professionnelle (équipements d'échange thermique). Le texte, signé par C. Bourillet (DGPR) et T. Courbe (DGE), court jusqu'au 31 décembre 2031. Pour qui ne suit pas la mécanique des filières REP, ça ressemble à du jargon. En réalité, c'est un choix de game design réglementaire qui mérite qu'on l'ouvre. ## Le coyote time des fabricants : éco-organisme ou système individuel La loi AGEC de 2020 a redessiné l'architecture des filières à responsabilité élargie des producteurs. Pour les DEEE, l'option par défaut reste d'adhérer à un éco-organisme mutualisé (ECOSYSTEM ou ECOLOGIC pilotent l'essentiel du jeu côté ménagers et professionnels). Mais une autre porte existe : le système individuel, où le producteur prend en charge lui-même la collecte et le traitement de ses propres équipements en fin de vie. Cette porte est étroite. Depuis AGEC, selon la FICIME, les conditions d'agrément ont été significativement contraintes. Le producteur doit prouver qu'il assure une reprise sans frais de ses propres produits devenus déchets, partout en France. Pas une partie. Partout. C'est l'équivalent d'un studio indé qui décide d'auto-éditer son jeu plutôt que de passer par un éditeur : plus de contrôle, beaucoup plus de friction logistique. En clair, seules trois familles de filières REP permettent encore le système individuel : véhicules, batteries, et équipements électriques et électroniques. Avant LMC Eurocold, quatre acteurs avaient passé la porte côté DEEE : DIEBOLD NIXDORF, CHÂTEAU D'EAU, NCR FRANCE et AKSOR, tous agréés jusqu'au 31 décembre 2027. LMC Eurocold devient le cinquième, et son agrément court plus longtemps. ## Ce que LMC Eurocold met en jeu Saint-Laurent-de-Mure, banlieue est de Lyon. Une SAS créée le 28 décembre 1979, capital social de 1 800 000 €, entre 20 et 49 salariés, dirigée par Jean-Pierre Sousi à la présidence et Jean-Marc Sousi à la direction générale. Sur le papier, une PME industrielle classique. Sous le capot, l'entreprise revendique plus de 30 000 vitrines réfrigérées mises sur le marché chaque année (chiffre déclaré par l'entreprise), avec une clientèle dans la grande distribution, les boissons et la location professionnelle. Le périmètre exact de l'agrément est précis : catégorie 1 professionnelle, équipements d'échange thermique. En clair, les vitrines réfrigérées, les bacs, les meubles frigorifiques, les armoires froides et les groupes à distance que vous croisez dans les rayons frais des supermarchés ou derrière les comptoirs des bars. Pas les frigos domestiques, qui restent dans le périmètre des éco-organismes ménagers. Côté opérationnel, LMC Eurocold s'est associée à Paprec, selon la FICIME, pour la collecte et le traitement. L'arrêté lui-même ne nomme pas le partenaire (le texte se contente d'agréer LMC, pas son sous-traitant), mais l'engagement annoncé dans le dossier déposé pointe clairement vers cette boucle. À noter aussi que LMC Eurocold est membre de SECIMAVI et a créé dès 2006 une entreprise sœur, LMC EUROCOLD Services, dédiée à la filière de recyclage propre. Le dossier d'agrément n'est donc pas sorti de nulle part : c'est l'aboutissement d'une stratégie longue. À vrai dire, je sais pas si cette voie va vraiment essaimer chez d'autres fabricants de froid pro. La barrière à l'entrée est élevée, et la mutualisation reste plus simple à opérer pour un industriel sans relais logistique propre. ## Pourquoi ça compte au-delà du cas LMC Le taux de collecte des DEEE professionnels a fait un bond en 2023 : 44,3 %, soit 2,4 kg par habitant, contre 33 % en 2022, selon le tableau de bord ORD&EC de l'ADEME publié en juillet 2025. Le taux de réutilisation et de recyclage atteint 77,6 % la même année. Bonne dynamique, mais l'objectif réglementaire reste fixé à 65 % de collecte depuis 2024 pour les catégories 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 8. L'écart se rétrécit, sans être bouclé. Dans ce contexte, l'arrivée d'un système individuel sur la catégorie 1 pro est un signal intéressant. Pour le producteur, c'est un pari : tenir le cahier des charges de l'arrêté du 27 octobre 2021 (qui fixe les obligations applicables à tous les éco-organismes et systèmes individuels DEEE), publier annuellement à l'ADEME les chiffres de mises sur le marché, de collecte et de traitement, et garantir la traçabilité jusqu'au traitement final. Tout ça pour récupérer la main sur son flux matière. Sur des vitrines réfrigérées qui embarquent du cuivre, de l'aluminium, des fluides frigorigènes sous réglementation F-Gas, et de l'acier, la matière première vaut le détour. Côté chimie réglementaire, l'enjeu se mesure. Le règlement F-Gas UE 2024/573 interdit le R410A dans les nouvelles installations depuis le 1er janvier 2025, et la trajectoire de phase-out des HFC à fort potentiel de réchauffement global s'accélère. Une boucle propre de récupération des fluides sur les vitrines en fin de vie devient un actif stratégique, pas un coût de conformité. Pour aller plus loin sur la mécanique d'ensemble, je recommande de jeter un œil à notre article sur les [filières REP françaises](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/), et sur le pendant ménager côté petits équipements avec la [collecte en magasin imposée au 1er octobre 2026](/deee-1-octobre-2026-collecte-magasin-petits-equipements/). Pour la performance globale du secteur, le [record de collecte d'ECOSYSTEM en 2026](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026/) donne l'ordre de grandeur des éco-organismes mutualisés. ## Le détail qui change tout : un agrément long Cinq ans et demi d'agrément (jusqu'au 31 décembre 2031), contre 2027 pour les quatre systèmes individuels DEEE déjà en place. Ce n'est pas un détail administratif. C'est le temps nécessaire pour amortir une logistique de reprise propre, monter en charge sur les volumes, et tester sereinement un modèle qui sort de la mutualisation. L'avis de la commission inter-filières REP du 2 avril 2026 a tranché. Six semaines plus tard, l'arrêté est publié. Le calendrier suggère un dossier solide. Reste à voir, sur les premiers rapports annuels ADEME, si LMC Eurocold tient les volumes annoncés et si la boucle Paprec fonctionne en conditions réelles. À vous de surveiller les chiffres quand ils tomberont. ## Sources - [Légifrance : arrêté du 20 avril 2026 portant agrément de LMC Eurocold](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054063150) - [UNSA : Quoi de neuf au Journal Officiel du 12 mai 2026](https://www.unsa.org/Quoi-de-neuf-au-Journal-Officiel-du-12-mai-2026-Transformation-ecologique-dans.html) - [FICIME : engagement de LMC Eurocold pour l'économie circulaire](https://www.ficime.com/cas-concret-lengagement-de-lmc-eurocold-pour-leconomie-circulaire/) - [Societe.com : fiche LMC Eurocold (RCS 317 598 225)](https://www.societe.com/societe/l-m-c-eurocold-317598225.html) - [ADEME : filière REP DEEE](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EEE) - [ADEME : éco-organisme et système individuel](https://filieres-rep.ademe.fr/eco-organisme-systeme-individuel) - [Légifrance : cahier des charges des éco-organismes et systèmes individuels DEEE (arrêté du 27 octobre 2021)](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044273082) - [LMC Eurocold : qui sommes-nous](https://www.lmc-eurocold.com/qui-sommes-nous) --- ## REuse Economy Expo 2026 : le textile entre dans le système - URL: https://www.recy.net/reuse-economy-expo-19-20-mai-2026-paris-textile-reemploi/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-15T06:00:00Z - Categories: valorisation Les 19 et 20 mai 2026, le Hall 5.1 de Paris Expo Porte de Versailles devient le seul endroit en France où l'on peut, en deux jours, avoir une vue système du réemploi industriel. REuse Economy Expo attend plus de 4 000 professionnels autour de 500 solutions opérationnelles. Et pour la première fois depuis sa création, le textile y entre comme secteur officiel. C'est le bon moment pour en parler. Pas pour faire de l'agenda culturel : pour comprendre comment une filière passe d'un patchwork d'initiatives à un cadre industrialisé, juste au moment où la REP textile entre en refondation jusqu'en 2027. ## Un salon qui change d'échelle Le rendez-vous est organisé par Réseau Vrac & Réemploi, sous le haut patronage du Président de la République. L'édition 2025, encore baptisée Salon du Vrac et du Réemploi pour sa septième édition, avait réuni 3 150 participants au Parc Floral de Paris les 26 et 27 mai. Le passage à Porte de Versailles cette année n'est pas qu'un changement d'adresse : c'est un changement de catégorie d'événement. Le programme parle pour lui. Plus de 80 prises de parole annoncées, soit 30 tables rondes et keynotes plus 50 masterclasses. Les solutions exposées passent de l'ordre de 350 en 2025 à 500 en 2026. La progression vient surtout de l'élargissement des secteurs représentés. Six secteurs structurent le salon cette année : équipements électriques et batteries, emballages, mobilier et objets, textile, construction et bâtiment, conseil et accompagnement. La cohabitation de ces périmètres compte. C'est ce qui distingue REuse Economy Expo d'un salon mono-filière comme [le salon Federrec à Albi sur le recyclage](/salon-recyclage-federrec-albi-mars-2026/) : ici, l'enjeu n'est pas de comparer des process internes à un secteur, c'est de regarder comment les architectures de réemploi se ressemblent ou divergent d'un secteur à l'autre. ## Le textile rejoint l'architecture du salon Jusqu'en 2025, le textile vivait à côté du réemploi industriel structuré. Il avait ses salons mode, ses événements Refashion, ses initiatives upcycling. Pas de slot dédié dans un salon transverse réemploi. L'intégration du textile comme secteur officiel en 2026 acte une chose : le réemploi textile n'est plus une affaire de mode ou de geste consommateur, c'est devenu un sujet d'industrialisation. Quatre noms reviennent dans les annonces : Losanje sur l'upcycling, WeTurn sur le recyclage fibre-à-fibre, Reekom et Tingit sur la réparation. Côté partenaires, la Fédération de la Mode Circulaire accompagne le secteur, aux côtés de Cirpass pour le passeport numérique de produits, Ecosystem et Ecologic pour les EEE, GS1 France pour les standards. Pourquoi ça arrive maintenant ? Parce que le contexte réglementaire l'exige. Le 16 janvier 2026, l'État a annoncé le report du nouveau modèle REP textile à 2027, avec un audit ADEME des coûts de collecte et de tri demandé sous un mois. Le cadre saute, il faut le reconstruire. Pendant la refondation, les opérateurs ont besoin d'un endroit pour montrer ce qui marche déjà. Le salon prend ce rôle. Sur les chiffres terrain : 886 000 tonnes de textiles ont été mises sur le marché français en 2024, 36,5 % seulement ont été collectées. Sur ce qui est trié, environ 58 % part en réemploi, 33 % en recyclage, 9 % en valorisation énergétique. Le réemploi domine. Mais le cahier des charges Refashion fixe un objectif local exigeant : 8 % des volumes réemployés à moins de 1 500 km du point de collecte en 2024, avec une cible de 15 % en 2027. La réparation, elle, doit progresser de 35 % par rapport au niveau de 2019 d'ici 2028. Sur la dimension export, j'ai un doute persistant. Selon les analyses de Zero Waste France, environ 90 % des produits triés pour réemploi seraient revendus en seconde main à l'étranger. Le chiffre circule, je ne le manie qu'avec précaution. Si vous opérez dans la collecte, vous savez que le maillage local est précisément le levier où Refashion met sa pression réglementaire. ## L'argent suit : 228 euros la tonne et un AAP à boucler avant le 24 mai Refashion finance le tri textile à 228 euros par tonne pour 2026, dans une enveloppe minimale de 57 millions d'euros. L'année 2025 était à 223 €/t pour 49 M€. La hausse est modeste mais elle existe, dans un contexte où les opérateurs de tri réclament structurellement plus, comme l'avait montré [la crise de la REP textile début 2026](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/). L'autre dispositif à connaître pendant le salon : la 4e édition de l'Appel à projets Seconde main de Refashion, ouverte du 14 avril au 24 mai 2026. Trois tranches : Starter 20 000 à 50 000 €, Développement 50 000 à 200 000 €, Industrialisation 200 000 à 1 000 000 €. Le cofinancement va jusqu'à 50 %, les résultats sont annoncés le 1er juillet 2026. Le calendrier est cohérent avec le salon. Vous passez aux 19-20 mai, vous voyez les solutions, vous bouclez le dossier avant la clôture du 24. Pour qui hésite encore sur sa candidature, c'est plus simple d'arbitrer après avoir vu trois ou quatre process en démo. Quand j'étais sur Unity 4 à mes débuts, on parlait déjà de bibliothèques de modules réutilisables. Le réemploi industriel, c'est exactement le même problème : une bibliothèque d'assets qui ne sert que si quelqu'un sait l'indexer, l'appeler et la maintenir. ## Le sujet qui structure tout : la traçabilité Le mot qui revient le plus dans le programme n'est ni "réemploi" ni "réparation". C'est "traçabilité". Le salon ouvre un Village DPP animé par Cirpass, dédié au passeport numérique de produits, à la collecte de données et à l'interopérabilité. Trois sessions à pointer dans l'agenda : - 19 mai 14h30 : "Multi-Life Products: DPP as Circularity Driver", animée par Diana de Bernardy (GS1 France), focus construction. - 19 mai 17h : masterclass "EPCIS Standard for Reuse Development" par Nicolas Pauvre (GS1 France). - 20 mai 14h45 : "Reusable Cases: Standardizing Reuse Scale-Up", modérée par Sabine Haltebourg (CITEO PRO), avec Stéphane Cren (GS1 France), Julien Dubourg (CITEO PRO) et Christine Bourge (PERIFEM). Le déploiement opérationnel du DPP côté emballages réutilisables est précisément ce qui se joue dans [la bataille Leko-Twiice-CITEO PRO de juillet 2026](/leko-twiice-citeo-pro-bataille-rep-epro-juillet-2026/) sur la REP emballages professionnels. Les standards de traçabilité, ce ne sont pas des sujets de keynote. C'est ce qui décide quelle entreprise pourra ou non opérer dans le cadre 2027. ## Comment lire ce salon si vous êtes opérateur Si vous êtes producteur ou opérateur de tri textile, la valeur du salon est dans deux choses : voir comment d'autres secteurs (notamment EEE et emballages) ont déjà industrialisé des process que le textile commence à structurer, et rencontrer les acteurs DPP avant que le standard se fige. Le textile arrive en bout de chaîne sur la traçabilité, il a un train de retard à rattraper. Si vous êtes collectivité, le salon est un terrain pour comparer ce que proposent les éco-organismes en termes d'accompagnement, alors que la REP textile rentre dans une période d'incertitude jusqu'en 2027. Si vous êtes industriel hors textile (mobilier, EEE, construction), le mélange est intéressant : c'est rare d'avoir 6 secteurs réemploi sous un même toit, avec des thématiques transversales (DPP, normalisation, scale-up) qui parlent à tous. Une dernière chose à garder en tête : un salon qui passe de 350 à 500 solutions en un an, ce n'est pas la même densité d'attention par stand. Il vaut mieux arriver avec une liste de 8 à 10 acteurs ciblés qu'avec l'idée de tout balayer. ## Sources - [REuse Economy Expo, site officiel](https://reuseeconomyexpo.com/) - [ADEME Agir pour la transition, fiche événement REuse Economy Expo 2026](https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/evenements/agenda/reuse-economy-expo-2026) - [ADEME Filières REP, fiche TLC](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [FashionUnited, REuse Economy Expo 2026 et le textile](https://fashionunited.fr/actualite/salons/reuse-economy-expo-2026-pourquoi-le-textile-devient-le-nouveau-pilier-du-reemploi-industriel/2026040741279) - [Refashion Pro, Appel à projets Seconde main 2026](https://pro.refashion.fr/en/second-hand-call-for-projects-2026) - [Actu-Environnement, refondation REP textile 2027 et audit ADEME](https://www.actu-environnement.com/ae/news/annonce-refondation-rep-2027-audit-cout-collecte-tri-ademe-47386.php4) - [Neomag, REuse Economy Expo 2026 Porte de Versailles](https://www.neomag.fr/article/10683/reuse-economy-expo-2026-a-paris-porte-de-versailles-va-renforcer-la-presence-des-eee) - [JDS Paris, programme REuse Economy Expo](https://www.jds.fr/paris/foires-et-salons/foires/reuse-economy-expo-a-paris-reemploi-tracabilite-et-standards-au-c-ur-du-salon-1513060_A) --- ## Décret 2026-357 : surveiller la qualité des engrais - URL: https://www.recy.net/matieres-fertilisantes-decret-2026-357-surveillance-qualite-agronomique/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-14T06:00:00 - Categories: valorisation Pourquoi le taux de non-conformité des engrais et amendements organiques atteint, selon la DGCCRF, environ 44 % malgré des normes (NF U 44-051) en vigueur depuis 2009 ? La réponse tient en un mot : traçabilité. Ou plutôt, son absence structurelle. Le décret n° 2026-357 du 7 mai 2026, publié au JORF n° 0109 du 10 mai, est la première pièce réglementaire qui tente de fermer cette boucle. ## Le problème que le décret adresse La norme NF U 44-051 fixe des seuils pour les composts et amendements organiques depuis 2009. La réglementation existait. Les écarts entre composition annoncée et composition réelle aussi. La surveillance, elle, restait lacunaire. Sous le capot : le régime dit "Socle Commun" des matières fertilisantes et supports de culture (MFSC) catégorisait déjà les produits en 4 familles. La catégorie A1 (produit soumis à contrôle tiers, commercialisable grand public), A2 (déchet, autocontrôle, pro uniquement), B1 (effluents d'élevage, hors réglementation déchets), B2 (déchet à haut risque, plan d'épandage obligatoire, pro uniquement). La structure était là. Ce qui manquait : des modalités précises pour identifier et surveiller les critères de qualité agronomique et d'innocuité. C'est exactement l'objet du décret du 7 mai. Rien de plus dans son intitulé officiel, rien de moins. ## Ce qui change concrètement Les contaminants couverts par l'arrêté innocuité s'élargissent. Au-delà des éléments traces métalliques (ETM) et des composés traces organiques (CTO, dont 16 HAP, PCB, dioxines, furanes) déjà suivis, trois nouveaux paramètres entrent dans la surveillance : arsenic, chrome VI, dioxines. La liste n'était pas complète. Elle l'est davantage. Sur le cadmium, les chiffres bougent. Pour les matières fertilisantes de catégorie A, la valeur maximale passe de 3 à 2 mg/kg de matière sèche (soit de 60 à 40 mg Cd/kg de P2O5 lorsque la teneur en P2O5 dépasse 5 %). Cette baisse est prévue pour juillet 2026. Pour les catégories B2, la valeur limite s'établit à 5 mg/kg de matière sèche, avec un délai de 36 mois pour la mise en conformité. Sur les plastiques, le choc est plus visible. La norme NF U 44-051 actuelle autorise 1,1 % MS de particules supérieures à 2 mm. Le Socle Commun descend à 0,3 % MS pour toutes les catégories issues de déchets. Un facteur 3,6 d'écart. Quiconque produit du compost à partir de biodéchets collectés en mélange comprend vite ce que ça signifie opérationnellement. Et si vous avez lu [l'analyse des microplastiques dans les composts de biodéchets](/microplastiques-compost-biodechets-contamines), vous savez que le sujet n'est pas théorique. ## La notification européenne, pièce manquante du calendrier Le projet de réglementation (version 4) a été notifié le 1er septembre 2025 par la France à la Commission européenne, selon la procédure prévue par le règlement UE 2019/1009. Ce règlement harmonise les exigences européennes pour les matières fertilisantes avec marquage CE. Pourquoi c'est important ? Parce que la notification ouvre une période d'observation de trois mois pendant laquelle la Commission peut bloquer ou modifier le texte. Son aboutissement, maintenant que le décret est signé, permet d'entamer le compte à rebours : les mesures devront être appliquées dans un délai de 24 mois suivant la signature des textes. Concrètement, 2028 comme horizon d'application complète pour la plupart des acteurs. ## Le conflit de traitement qui couve La vraie question technique ici : qui supporte le coût de la mise en conformité, et selon quelle logique ? Nicolas Garnier, directeur d'Amorce, ne mâche pas ses mots : "On est totalement permissif avec les amendements agricoles et sur-contraignant avec ceux des collectivités locales, en particulier les boues." La formule date de 2023 mais elle n'a pas pris une ride. Les boues de stations d'épuration illustrent le problème avec précision. Côté [recyclage des boues de STEP](/recyclage-boues-station-epuration-filieres), trois voies existent pour la valorisation du digestat (AMM via ANSES, conformité normes NFU, ou conformité au cahier des charges CDC DIG depuis octobre 2020). Ces voies fonctionnent en théorie. En pratique, les [nouvelles contraintes PFAS sur les boues](/boues-step-pfas-decharge-blocage-pyrolyse-2026) ajoutent une couche de complexité que le décret 2026-357 n'anticipe pas. Selon la circulaire interministérielle du 27 avril 2026, les stations d'épuration d'une capacité supérieure ou égale à 10 000 équivalents-habitants sont tenues de surveiller 52 PFAS en 2026, avec extension aux petites stations en 2027. Le décret du 20 avril 2026 ajoute le TFA (acide trifluoroacétique) à la liste des substances surveillées, avec un seuil de 500 ng/L et une mise en conformité exigée avant le 30 juin 2027. Côté seuils d'épandage : 400 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, 40 µg/kg MS pour les 6 PFAS prioritaires. Ces valeurs sont provisoires, dans l'attente de l'avis du HCSP attendu fin du premier semestre 2026. J'hésite encore sur un point : le décret 2026-357 est-il une réponse à la défaillance de marché (44 % de non-conformité DGCCRF), ou une réponse à la pression réglementaire européenne via le règlement 2019/1009 ? Les deux lectures sont défendables. Je pencherais pour la deuxième, parce que la consultation publique a eu lieu du 30 octobre au 30 novembre 2023, soit deux ans avant la publication, et le timing cadre mieux avec les exigences de notification européenne qu'avec une réaction aux résultats DGCCRF. ## Ce que ça implique pour les opérateurs Les 674 unités de méthanisation en activité fin 2024 en France, qui produisaient 11,6 TWh de biométhane en 2024, ont un intérêt direct dans le statut réglementaire du digestat. Le décret 2026-357 ne règle pas tout mais clarifie un maillon : les critères de surveillance qui conditionnent l'accès aux voies de valorisation agronomique. Pour les producteurs de compost issus de biodéchets, le seuil plastiques à 0,3 % MS change le référentiel de contrôle qualité. Pas dans six mois. Dans 24 mois à compter de la signature du 7 mai 2026. Pour les stations d'épuration, le cumul des contraintes PFAS et Socle Commun rend le retour au sol structurellement plus difficile. La part des boues valorisées en épandage direct était de 19 % en 2018 et tombe à environ 12 % en 2026. La tendance était déjà là avant le décret. La vraie question n'est pas "est-ce que les seuils sont bons ?". C'est : "qui finance l'adaptation de la chaîne de contrôle et dans quel délai ?" Le délai de 24 mois répondra à ceux qui ont déjà les moyens analytiques. Pour les petites installations, c'est serré. Très serré. À vous de jouer : si vous opérez une unité de compostage ou de méthanisation, vérifiez votre catégorie Socle Commun et comparez vos seuils plastiques actuels au 0,3 % MS. C'est là que se concentre l'effort à court terme. ## Sources - Légifrance / JORF n° 0109 du 10 mai 2026, [Décret n° 2026-357 du 7 mai 2026](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/jo) - Réseau Réduire Plus, [Le Socle Commun des MFSC, de la théorie à la pratique](https://reduireplus.fr/le-socle-commun-des-mfsc-de-la-theorie-a-la-pratique/) - Chambres d'agriculture Hauts-de-France, [La réglementation Socle Commun devrait paraître prochainement](https://hautsdefrance.chambres-agriculture.fr/actualites/actualite/la-reglementation-socle-commun-devrait-paraitre-prochainement) - agriculture.gouv.fr, [Consultation publique projet Socle Commun (oct.-nov. 2023)](https://agriculture.gouv.fr/consultation-publique-projet-de-reglementation-encadrant-linnocuite-et-lefficacite-des-matieres) - Banque des Territoires, [Matières fertilisantes : un projet de décret Socle Commun qui inquiète les collectivités](https://www.banquedesterritoires.fr/matieres-fertilisantes-un-projet-de-decret-socle-commun-qui-inquiete-les-collectivites) - Seban Avocats, [PFAS et boues d'épuration : une circulaire et un arrêté](https://www.seban-associes.avocat.fr/substances-per-et-polyfluoroalkyles-pfas-et-boues-depuration-une-circulaire-et-un-arrete/) - InfoMetha, [Valorisation du digestat en France : aspects réglementaires](https://www.infometha.org/pour-aller-plus-loin/reglementation-et-normes/valorisation-du-digestat-en-france-aspects) - Amics-Terra, [Méthanisation en France](https://www.amics-terra.org/methanisation-en-france/) --- ## DEEE petits équipements : collecte magasin 1er octobre 2026 - URL: https://www.recy.net/deee-1-octobre-2026-collecte-magasin-petits-equipements/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-13T06:00:00 - Categories: dechets J'ai voulu cabler proprement la règle "1 pour 0" dans une fiche conformité pour un ami qui pilote trois magasins d'électroménager. Premier réflexe : remonter au texte. Et là, problème. La date "1er octobre 2026" tourne sur trois ou quatre sites secondaires (reglementation-environnement.com, hellocarbo.com), mais aucun lien direct vers Légifrance ne sort. Le décret n° 2014-928 du 19 août 2014 existe, le mécanisme existe depuis dix ans, sauf que la borne 2026 n'a pas de référence Légifrance citée publiquement par les vulgarisateurs. Sous le capot : ça ressemble à un décret d'application de la loi AGEC qui élargit ou durcit le périmètre 2014, sans que le texte officiel ait été ressourcé en clair par les sources secondaires. Je traite donc la date avec des pincettes, en m'appuyant sur reglementation-environnement.com pour l'évoquer, et je détaille le cadre stable qui, lui, est solide. ## La mécanique 1-pour-0, pièce par pièce Le dispositif repose sur deux briques distinctes qu'on confond souvent : le 1-pour-1 et le 1-pour-0. Côté 1-pour-1, le distributeur reprend gratuitement un équipement usagé quand le client en achète un équivalent neuf. Aucun seuil de surface. Toute boutique vendant des EEE est concernée, du corner d'hypermarché à la boutique de quartier (source : entreprendre.service-public.gouv.fr). Côté 1-pour-0, la mécanique change radicalement. Le client peut déposer son petit appareil sans rien acheter en échange. Deux conditions cumulatives : - la surface de vente consacrée aux équipements électriques et électroniques doit atteindre **au moins 400 m²** (article R541-158 du Code de l'environnement) ; - l'équipement déposé doit avoir **toutes ses dimensions extérieures inférieures à 25 cm** (décret n° 2014-928, article R543-180). Bien rangé : un grand magasin Boulanger ou Darty doit accepter votre vieux smartphone, votre rasoir mort ou votre clavier sans rien vous vendre. Un petit revendeur de quartier sous 400 m² n'est pas tenu au 1-pour-0, seulement au 1-pour-1. La vraie question technique ici : où s'arrête le périmètre "surface dédiée EEE" ? Service-public.fr renvoie à la jurisprudence administrative. La DGCCRF, autorité de contrôle, regarde la surface réellement affectée à la vente d'EEE, pas la surface totale de l'enseigne. Un hyper de 8 000 m² avec un rayon EEE de 350 m² peut argumenter qu'il n'est pas soumis au 1-pour-0. À tester par contrôle. ## La date 2026, ce que je trouve et ce que je ne trouve pas reglementation-environnement.com indique noir sur blanc : "Mise en place obligatoire de points de collecte en magasin pour les petits équipements électriques et électroniques, sans obligation d'achat pour le consommateur" au 1er octobre 2026. Hellocarbo.com reprend le même calendrier. Le titre de cet article s'aligne sur ces sources. Ce que je ne trouve pas : le décret précis qui pose cette date. Le décret 2014-928 historique organise déjà le 1-pour-0. La directive 2012/19/UE est en cours de révision (la Commission européenne doit rendre son évaluation avant le 31 décembre 2026, source ecologie.gouv.fr). Hypothèse raisonnable : le 1er octobre 2026 correspond à un décret d'application AGEC qui étend le périmètre (nouvelles catégories, nouveaux formats, ou durcit les sanctions). En l'état, c'est qualifié comme "prévu par la loi AGEC selon les analyses publiées" et non comme un texte cité au JO. Si vous avez la référence Légifrance précise, je prends. Pour l'instant, le bon réflexe pour un distributeur est de considérer l'échéance comme acquise et de préparer ses points de collecte, parce que si la date saute, il aura juste été en avance. ## Qui prend en charge le flux derrière le distributeur Le distributeur ne traite pas les déchets. Il les remet à un éco-organisme agréé. Pour la période 2022-2027, trois acteurs sont agréés sur la filière DEEE ménagers (source : filieres-rep.ademe.fr) : - Ecosystem : éco-organisme historique, opère le plus gros du flux ménager. - Ecologic : co-agréé sur les mêmes catégories qu'Ecosystem (1, 2, 4, 5, 6, 8). - Soren : agréé spécifiquement sur la catégorie 7 (panneaux photovoltaïques). L'organisme coordinateur de filière s'appelle **OCAD3E**, qui assure l'interface entre éco-organismes et collectivités jusqu'au 31 décembre 2027. Le distributeur signe avec l'un des éco-organismes, qui lui fournit le mobilier de collecte (bacs, conteneurs sécurisés pour les batteries) et organise l'enlèvement. Côté chiffres, la filière monte en charge. Ecosystem a annoncé en 2026 un volume record de **876 000 tonnes** collectées en 2025, avec un taux de collecte de **65 %** (calculé sur la moyenne des mises sur le marché des trois années précédentes, source actu-environnement). En 2024, Ecosystem comptait **13 018 points d'enlèvement** pour les équipements ménagers, **694 815 tonnes** ramassées et un taux de recyclage moyen de **79,2 %** (source decouvrir.ecosystem.eco). Plus parlant pour cadrer l'enjeu : la France a mis sur le marché **2,32 millions de tonnes** d'EEE en 2023, pour un taux de collecte filière (hors panneaux photovoltaïques) de **46,6 %**. L'objectif réglementaire est de **65 %** depuis 2024 (source ADEME). On y arrive doucement par le haut, on coince encore largement par le bas. Pour comprendre la mécanique générale du recyclage électronique côté grand public, le [guide DEEE smartphones et appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) couvre le parcours complet. ## Le coût d'une infraction, en clair L'arsenal de sanctions est à deux étages. Premier étage, sanctions pénales pour non-respect de l'obligation de reprise par le distributeur (source entreprendre.service-public.gouv.fr) : - **1 500 €** d'amende pour une personne physique ; - **7 500 €** pour une personne morale ; - **doublées en cas de récidive** dans l'année. Second étage, sanctions administratives sur le volet REP côté producteur. Ecomicro indique des montants de **1 500 à 7 500 € par unité fabriquée, importée ou distribuée, ou par tonne de déchets générés** (source secondaire à confirmer sur cas réel). L'autorité de contrôle de l'affichage et de la mise à disposition des points de collecte est la **DGCCRF**. Le signal faible : les contrôles DGCCRF sur les obligations environnementales des distributeurs ont monté en puissance ces deux dernières années. Le bilan greenwashing 2025 a montré que la direction n'hésite plus à sortir le carnet à souche. Voir le [bilan DGCCRF 2025 sur le greenwashing et les sanctions](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises/) pour calibrer le risque. ## Information client, le piège invisible Un point souvent oublié : l'obligation ne s'arrête pas à la pose d'un bac de collecte. Le distributeur doit afficher, **avant l'achat**, les modalités de reprise (source pro.ecosystem.eco). Concrètement : - affichage visible des modalités de collecte en magasin (1-pour-1 et 1-pour-0 si éligible) ; - indice de réparabilité du produit ; - montant de l'éco-participation, **distinct du prix de vente** (et non noyé dedans). Pour les distributeurs en e-commerce sans boutique physique, deux alternatives existent : proposer un service postal de retour gratuit, ou financer un point de collecte tiers accessible au client. Pas le choix : l'absence de magasin physique n'exonère pas du 1-pour-1. ## Ce que je ferais à la place d'un distributeur >400 m² Si je devais cabler la conformité dans les six mois qui restent avant octobre 2026, je traiterais ça comme un sprint produit. Trois axes en parallèle : 1. Contractualiser l'éco-organisme (Ecosystem ou Ecologic selon présence territoriale et tarif). Le mobilier de collecte arrive sous 4 à 8 semaines. 2. Refondre la signalétique magasin et la fiche produit en ligne pour exposer les trois informations obligatoires (modalités, indice de réparabilité, éco-participation distincte). 3. Former l'équipe caisse et le SAV au discours "vous pouvez déposer ici sans rien acheter". Parce que le contrôleur DGCCRF qui se pointe en client mystère teste exactement ça. Pour replacer cette obligation dans la trajectoire AGEC plus large (calendrier des autres obligations 2025-2026 sur les producteurs et distributeurs), le [bilan loi AGEC 2025-2026](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) cartographie l'ensemble. Le 1-pour-0 a dix ans. L'extension d'octobre 2026, si elle est confirmée, n'invente rien. Elle force juste à rendre opérationnel ce qui était théorique pour beaucoup de distributeurs. Le coût de l'inaction est connu : 7 500 € par infraction constatée, doublés à la récidive. Le coût de l'action tient sur un bac de collecte, deux affichettes et une formation d'une heure. Le calcul est tranché. ## Sources - [ADEME, Filière REP EEE](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EEE) - [Ecosystem, Chiffres clés 2024](https://decouvrir.ecosystem.eco/chiffres-cles) - [Service-Public Entreprendre, Obligations distributeurs DEEE](https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F37982) - [Ecologic, Le 1-pour-0 en magasin](https://www.ecologic-france.com/professionnels/activites-distribution-services-installation/la-collecte-en-magasins-1-pour-0-des-deee-qu-est-ce-que-c-est.html) - [Légifrance, Décret n° 2014-928](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000029387124) - [Actu-Environnement, Collecte Ecosystem 2025](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-ecosystem-2025-47706.php4) --- ## Léko, Twiice, Citeo Pro : la bataille EPRO 1er juillet 2026 - URL: https://www.recy.net/leko-twiice-citeo-pro-bataille-rep-epro-juillet-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-12T06:00:00 - Categories: recyclage Imaginez un MMO qui ouvre ses serveurs le 1er juillet 2026. Trois guildes se disputent les nouveaux joueurs avant le go-live, sauf que les joueurs sont 200 000 producteurs français d'emballages B2B, et que personne n'a publié les barèmes. Voilà l'état réel du marché des éco-organismes EPRO à sept semaines de l'échéance opérationnelle. Léko Pro a constitué son CA le 23 février dernier. Twiice annonçait ses tarifs pour mars 2026, je n'ai toujours rien trouvé de public au 9 mai. Citeo Pro, lui, communique sur la "préparation très hétérogène" des assujettis, ce qui est une façon polie de dire que la moitié des PME n'a pas encore identifié l'éco-organisme qu'elle va contractualiser. J'ai fait la maquette mentale de ce dossier comme un GDD. Trois factions, trois doctrines, un même endgame : capter les 18 millions de tonnes d'emballages professionnels mises sur le marché chaque année. La mécanique derrière tout ça mérite qu'on la décompose proprement, parce que le choix d'éco-organisme n'est pas un simple cocher-une-case administratif. Il engage la trésorerie, la traçabilité et la gouvernance pour les six prochaines années d'agrément. ## Trois doctrines pour un même périmètre Le décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025 absorbe deux REP préexistantes (CHR créée en 2023, EIC en 2025) dans un périmètre unifié de cinq catégories d'emballages : vente, regroupement, transport, service CHR, production primaire. Budget filière première année pleine : environ 302 millions d'euros. Le metteur sur le marché paye, c'est-à-dire celui qui emballe sous son nom, pas le fabricant d'emballage. Pour le calendrier complet et les sanctions PME en retard, le [dossier de fond REP EPRO juillet 2026](/rep-epro-juillet-2026-eco-organismes-pme-adhesion/) reste la référence. Sur ce périmètre, trois éco-organismes s'alignent avec des positionnements franchement orthogonaux. **Citeo Pro** joue la carte de l'antériorité. Filiale du groupe Citeo (le mastodonte historique des emballages ménagers), agréée depuis mars 2024 sur le périmètre CHR, elle voit son agrément étendu à tout EPRO au 1er juillet 2026. La doctrine est limpide : capitaliser sur les opérateurs de collecte/tri déjà sous contrat sur le CHR, étendre les flux vers les autres catégories, gérer le soutien financier opérateur comme on l'a toujours fait sur les ménagers. L'ADN reste la péréquation à grande échelle. Le [panorama des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) éclaire la logique : ce qui marche sur les bouteilles d'eau marche sur les fûts de bière. **Twiice** prend le pari inverse : pure player B2B. Constitué formellement comme filiale 100 % Valorplast en septembre 2021 (création opérationnelle 2019), porté par un actionnariat industriel serré (Plastics Europe 62 %, Elipso 36,5 %, Polyvia 1,5 %), Twiice s'organise en huit collèges sectoriels : chimie, agroalimentaire, BTP, santé/cosmétiques, transport, logistique, producteurs de résines, fabricants d'emballages. Trente industriels partenaires. Trente pilotes terrain conduits sur cinq ans avant l'obligation. Et surtout un truc que les deux autres n'ont pas : les fabricants d'emballages siègent dans la gouvernance. Ce qui veut dire que l'éco-conception n'est pas un slogan plaqué a posteriori, elle est codée dans le board. Direction : Patrick Nguyen-Duhamel à la présidence, Marc-Antoine Franc à la DG depuis 2024. **Léko Pro** est le petit dernier. CA constitué le 23 février 2026 avec cinq administrateurs (NAVSA, SAICA Group, Léko, Valorie, Reclay Group). L'angle commercial est simple comme une pitch deck de seed : guichet unique. Une entreprise déjà cliente Léko sur les emballages ménagers signe un seul contrat qui couvre aussi son périmètre pro. Bonus argument : Léko s'appuie sur RAAN, un réseau européen de sept éco-organismes coordonnés, ce qui est un atout pour les groupes multi-pays. Petite digression personnelle. Au début, j'ai confondu Twiice avec Recygo. Erreur classique : Recygo (La Poste + Suez, 2018) est un opérateur de collecte/tri hors-foyer, pas un éco-organisme. Mêmes sigles bizarres en deux syllabes, missions très différentes. Twiice contracte avec les producteurs et collecte les éco-contributions ; Recygo va chercher les déchets dans les bureaux. Ne pas confondre, surtout dans les CR de réunion. ## La mécanique tarifaire qui n'existe pas encore Là où ça devient inconfortable : les barèmes ne sont pas publics. Twiice avait annoncé une publication en mars 2026. À ce jour, rien d'accessible librement. Citeo Pro renvoie ses prospects vers son portail d'adhésion. Léko Pro, qui vient à peine de constituer son CA, n'a évidemment rien publié. Ça pose un problème concret. Comment un directeur financier de PME arbitre-t-il entre trois prestataires sans connaître les barèmes ? La réponse honnête : il ne peut pas. Ce qui explique en partie pourquoi le niveau de préparation est qualifié de "très hétérogène" par les éco-organismes eux-mêmes. Les grandes entreprises ont des cellules conformité qui ont signé des NDA et accédé aux grilles préliminaires. Les PME et ETI sont structurellement en retard parce qu'elles n'ont ni le temps ni les contacts pour obtenir les chiffres en avant-première. Concernant les seuils d'exemption PME, je n'ai rien trouvé dans les sources publiques. Si quelqu'un a la doc, je suis preneur. Pour les devs dans la salle : on est exactement dans le pattern d'un launch produit où la roadmap publique a six mois d'avance sur le pricing. C'est défendable côté éco-organisme (on attend la validation finale du cahier des charges, on calibre selon les premières adhésions), mais ça crée une asymétrie d'information qui pénalise les acteurs les moins équipés. ## OCAEPRO et la mécanique de péréquation Sous le capot, les trois éco-organismes ne sont pas en concurrence pure. Ils opèrent dans une instance commune : OCAEPRO. C'est la chambre de gouvernance qui assure la péréquation financière entre eux, la traçabilité unifiée des flux et les règles de déclaration communes. Sans OCAEPRO, le système exploserait sur les arbitrages frontière (un emballage à cheval entre catégories, un metteur sur le marché qui mute son périmètre, etc.). Cette architecture a une conséquence pratique. Le choix d'éco-organisme ne change pas radicalement les règles du jeu (cahier des charges identique, traçabilité identique, contributions globalement alignées via la péréquation). Ce qui change vraiment : la qualité du service, la pertinence sectorielle de la gouvernance, la capacité à éco-concevoir avec son éco-organisme. Pour reprendre l'analogie game design, c'est comme choisir entre trois classes qui ont les mêmes stats de base mais des trees de skills différents. ## Ce que ça implique pour une PME au 9 mai Trancher en trois lignes. Si vous êtes déjà chez Léko sur les ménagers, Léko Pro est le path of least resistance ; un contrat, une facturation, un interlocuteur. Si vous êtes un industriel sectoriel (chimie, agro, BTP, santé), Twiice colle mieux à votre métier parce que sa gouvernance est sectorisée. Si vous êtes en CHR ou si vous voulez la solution la plus mature opérationnellement, Citeo Pro a deux ans d'avance sur le terrain. Le risque réel n'est pas de mal choisir. C'est de ne pas choisir. Sept semaines avant la bascule, ne pas avoir initié le dossier vous expose à un retard d'adhésion qui se traduit par des sanctions financières et, plus subtilement, par une mise en conformité bâclée. Le calendrier global s'empile vite : six semaines après l'EPRO, le [règlement européen PPWR entre en vigueur le 12 août 2026](/ppwr-12-aout-2026-entree-vigueur-filiere-emballage-france/) avec ses propres obligations. Pour ceux qui regardent aussi la REP bâtiment en parallèle, [la consultation PMCB de mai 2026](/rep-pmcb-refondation-consultation-mai-2026-batiment/) vaut le détour. ## Pronostic à 18 mois Mon hésitation honnête sur ce dossier : je ne sais pas qui va gagner la bataille des PME. Citeo Pro a la machine, Twiice a la pertinence sectorielle, Léko Pro a l'argument simplicité. Le vrai différenciateur sera la qualité du portail d'adhésion (UX, onboarding, support FR), pas la plaquette commerciale. Les éco-organismes qui auront un funnel d'adhésion fluide pour PME captureront le marché. Ceux qui répliqueront un parcours conçu pour grands comptes vont voir leurs prospects PME fuir vers le concurrent qui a investi dans l'UX. Verdict provisoire. Sur 18 millions de tonnes et 302 millions d'euros annuels, la part de marché va se jouer en 2026-2027 sur trois variables : tarifs effectifs (à publier d'urgence), pertinence sectorielle de l'accompagnement, et qualité opérationnelle du service. Je remettrai le sujet sur l'établi fin 2026 avec les premières remontées d'adhérents. D'ici là, si vous êtes producteur EPRO, ouvrez les trois portails et comparez. Le pire choix, c'est l'attentisme. ## Sources - Décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025, JORF - Citeo Pro, communications agrément CHR (mars 2024) et extension EPRO (déc. 2025) - Twiice, gouvernance et collèges sectoriels (site institutionnel, 2026) - Léko Pro, communiqué de constitution CA (23 février 2026) - ADEME, calendrier filière EPRO (cahier des charges 2 décembre 2025) - OCAEPRO, instance commune éco-organismes (note de cadrage 2026) --- ## Directive 2026/805 : microplastiques dans l'eau, l'UE agit - URL: https://www.recy.net/directive-2026-805-microplastiques-eau-potable-ue/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-11T06:00:00 - Categories: dechets Un capteur qui mesure 2 % du signal réel, ça s'appelle un bug. C'est pourtant la situation actuelle de la réglementation européenne sur les microplastiques dans l'eau potable. La méthode officielle attrape les grosses particules, et laisse passer 98 % de la pollution. Le système se met en route quand même. La directive 2026/805, adoptée le 30 mars 2026 et publiée au JOUE le 20 avril, étend la surveillance aux masses d'eau sources : eaux de surface, eaux souterraines, tout ce qui finit dans nos robinets. Transposition prévue décembre 2027. Une liste de vigilance Commission est attendue avant juin 2028. Sur le papier, c'est une avancée. En pratique, c'est une boucle de feedback bancale. ## La méthode 2024/1441 : un filtre qui troue Avant de parler de la nouvelle directive, il faut regarder le moteur de mesure. La décision 2024/1441 du 11 mars 2024 fixe la méthode normalisée : µ-FTIR ou µ-Raman, volume minimum de 1000 litres prélevés, 5 classes de taille comprises entre 20 µm et 5 mm, 10 polymères prioritaires. Le problème est dans le seuil bas. La méthode commence à 20 µm. Or une étude PLOS Water publiée en janvier 2025 par le CNRS de Toulouse a quantifié la distribution réelle : 98 % des microplastiques présents dans l'eau potable mesurent moins de 20 µm. Tout ce qui est sous le seuil n'est pas compté. Officiellement, il n'existe pas. Côté traitement, les procédés de potabilisation des grandes régies (le SEDIF par exemple) éliminent plus de 99 % des particules au-dessus de 25 µm. Le système est efficace sur ce qu'il sait voir. La fraction sub-20 µm passe au travers, à la fois des filtres techniques et du système de mesure réglementaire. Résultat : les rapports de conformité disent que tout va bien, et la majorité des particules continue de circuler. ## La boucle de feedback bloquée Lire la directive 2026/805 comme un mécanisme de jeu, ça donne ça : 1. La Commission doit fixer des valeurs contraignantes pour les microplastiques. 2. Pour les fixer, elle a besoin de données de surveillance. 3. Pour collecter les données, elle s'appuie sur la méthode 2024/1441. 4. La méthode rate 98 % du signal. 5. Donc les données alimentent une révision de la directive 2020/2184… avec un biais d'échantillonnage massif. Le système est cohérent en interne, mais l'entrée est cassée. C'est exactement le genre d'exploit qu'un game designer chercherait à corriger avant de fixer les règles. Ici, la séquence est inversée : on adopte le texte, on collecte avec un capteur défaillant, on calibrera plus tard. L'angle politique est compréhensible. Sans données harmonisées, impossible de fixer un seuil. Sauf que les données harmonisées par cette méthode sous-estiment structurellement le problème. Une future révision basée sur ces chiffres risque de fixer des seuils qui ressemblent à de la conformité, sans toucher la pollution réelle. Pour le contexte sur les limites du recyclage en amont, voir [Limites du recyclage : pourquoi il ne suffit pas](/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite). ## Le lien direct avec le recyclage raté Les microplastiques ne tombent pas du ciel. Ils viennent de plastiques mal gérés en fin de vie. En France, en 2022, seulement 21 % des plastiques ont été effectivement recyclés. Le reste : enfouissement, incinération, fuite dans l'environnement. Une partie significative finit dans les cours d'eau, se fragmente sous l'effet UV et mécanique, et atterrit dans les captages d'eau potable. Le pipeline ressemble à ça : - Production massive de plastiques à usage unique. - Collecte partielle, tri imparfait. - 79 % n'entrent pas dans une boucle de recyclage matière. - Fragmentation environnementale sur des années. - Microplastiques dans les masses d'eau sources, désormais surveillées par 2026/805. Surveiller le bout de la chaîne sans toucher l'amont, c'est traiter le symptôme. Pour comprendre ce qui se passe vraiment quand un plastique est dit "recyclé", lire [Que devient vraiment votre plastique une fois recyclé ?](/que-devient-plastique-recycle). Le débat sur les bioplastiques est aussi piégeux : voir [Bioplastiques : vraie solution ou faux ami du recyclage ?](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage). ## Les microplastiques migrent partout Le robinet n'est pas le seul vecteur. Les biodéchets compostés contiennent aussi des fragments plastiques résiduels, qui se redéposent dans les sols agricoles. Lire [Microplastiques dans le compost : biodéchets contaminés](/microplastiques-compost-biodechets-contamines) pour voir comment la même pollution circule par d'autres canaux. Côté cosmétiques, l'interdiction des microbilles a un an. Bilan mitigé : voir [Microplastiques cosmétiques : un an après l'interdiction](/microplastiques-cosmetiques-interdiction-bilan-un-an). ## Ce qu'il faudrait corriger dans le système Trois chantiers techniques rendraient la directive 2026/805 réellement opérante : Abaisser le seuil de mesure sous 1 µm. Les techniques µ-Raman couplées à la spectroscopie SERS ou la pyrolyse-GC/MS atteignent déjà 0,2 µm en laboratoire. Le coût par échantillon explose, certes. Mais la mesure actuelle fournit une donnée fausse à un coût raisonnable. Une donnée fausse n'est pas moins chère qu'une donnée juste, elle est juste plus dangereuse parce qu'elle légitime l'inaction. Élargir la liste des polymères. Dix polymères prioritaires, c'est un choix pragmatique qui couvre les volumes industriels. Mais les additifs, les pneus (microcaoutchoucs), les fibres textiles synthétiques échappent partiellement à la grille. Coupler surveillance et action en amont. Une directive qui mesure sans contraindre la réduction à la source produit du dashboard, pas de la politique. La loi AGEC en France a quelques leviers utilisables : voir [Loi AGEC : ce qui change pour le recyclage en 2026](/loi-agec-changements-recyclage-2026). ## Calendrier et vigilance Décembre 2027 pour la transposition nationale. Avant juin 2028, la Commission doit publier sa liste de vigilance. Entre les deux, la collecte de données va tourner avec la méthode 2024/1441 telle quelle. Les premiers rapports de conformité arriveront probablement courant 2029-2030. À ce moment-là, deux scénarios : Le scénario naïf : les données disent que tout va bien (forcément, on mesure 2 % du problème), la révision de la 2020/2184 fixe des seuils confortables, le système se félicite. Le scénario rigoureux : la Commission intègre les travaux académiques sur la fraction sub-20 µm, recalibre la méthode, fixe des valeurs contraignantes basées sur la pollution réelle. Plus coûteux politiquement, plus efficace sanitairement. Pour l'instant, le code est écrit. Le bug est documenté dans la littérature scientifique depuis au moins janvier 2025. Reste à savoir si la version 2 du patch arrivera avant que les seuils définitifs soient gravés dans le marbre. ## Sources - Décision (UE) 2024/1441 de la Commission du 11 mars 2024 - Directive (UE) 2026/805 du Parlement européen et du Conseil du 30 mars 2026 - Étude PLOS Water, CNRS Toulouse, janvier 2025 - Directive (UE) 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine - Données SEDIF sur l'efficacité des traitements de potabilisation --- ## Réparabilité smartphones UE : ce qui change en 2026 et 2027 - URL: https://www.recy.net/ecoconception-smartphones-reglement-ue-2024-1781-batterie-demontable/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-07T06:00:00.000Z - Categories: economie-circulaire Quand on lit les fils tech sur la réglementation européenne des smartphones, on tombe systématiquement sur la même phrase : "le règlement 2024/1781 va imposer la batterie démontable en 2026". C'est une triple erreur de tir, et c'est intéressant de comprendre pourquoi tout le monde s'y plante. Sous le capot, il y a trois textes différents, trois calendriers, et un piège classique de game design réglementaire que les flagships exploitent déjà. ## Trois règlements, pas un seul La vraie question technique ici : quel texte fait quoi ? La confusion vient du fait que Bruxelles a empilé trois règlements qui se parlent entre eux mais qui n'ont ni la même portée, ni la même date d'effet. Le règlement (UE) 2023/1670 est le texte opérationnel sur l'écoconception des smartphones et tablettes. Adopté le 16 juin 2023, il s'applique depuis le 20 juin 2025. C'est lui qui fixe les obligations concrètes : durée de vie de la batterie, disponibilité des pièces détachées, mises à jour OS, indice de réparabilité européen. Tout ce qui est déjà en vigueur sort de là. Le règlement (UE) 2023/1542, dit règlement batteries, est le texte qui imposera la batterie remplaçable par l'utilisateur à partir du 18 février 2027. Rien à voir avec l'écoconception générale : c'est un texte spécifique aux batteries, qui couvre aussi bien les vélos électriques que les téléphones. Le règlement (UE) 2024/1781, publié le 28 juin 2024, est le cadre général ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation). Pour les devs dans la salle : c'est une classe abstraite, pas une implémentation. Il habilite la Commission à adopter des actes délégués pour chaque catégorie de produits. Sur les smartphones, il ne contient aucune obligation directe : tout passe encore par 2023/1670. Quand vous voyez "2024/1781 = batterie démontable obligatoire", c'est faux. La mécanique est ailleurs. ## Ce qui s'applique déjà depuis le 20 juin 2025 Le pipeline d'obligations actives sur tous les smartphones vendus dans l'UE depuis cette date est plus dense qu'on ne le dit. Il faut le décomposer poste par poste. La batterie doit tenir au moins 800 cycles de charge complets en conservant au minimum 80 % de sa capacité initiale. Au-dessus de ce seuil, le constructeur peut viser une exemption sur d'autres obligations, on y revient plus loin. Les pièces détachées critiques (batterie, écran, caméra, port de charge, boutons) doivent rester disponibles pendant 7 ans après l'arrêt de commercialisation du modèle. Pour les réparateurs, le délai de livraison est borné : 5 jours ouvrés sur les années 1 à 5, 10 jours ouvrés sur les années 6 et 7. Ça change radicalement l'équation pour un atelier indépendant qui voulait commander une nappe de Galaxy S20 trois ans après sa sortie. Les mises à jour du système d'exploitation sont garanties 5 ans minimum à partir de la fin de commercialisation. Combiné aux 7 ans de pièces, on arrive sur un horizon d'usage théorique nettement supérieur à la durée de vie effective actuelle (ADEME estime 2,5 à 3 ans pour un smartphone Android, environ 4 ans pour un iPhone selon CIRP). L'indice de réparabilité européen (IRE) figure désormais sur l'étiquette énergie, sur une échelle A à E. Six critères entrent dans le calcul : profondeur de démontage, type de fixations, outils nécessaires, disponibilité des pièces, durée des MàJ logicielles, accessibilité de la documentation de réparation. L'arrêté français du 26 juin 2025 a abrogé l'ancien indice national 0/10 hérité de 2020 : un seul score, harmonisé à l'échelle UE. L'étiquette énergie elle-même est notée A à G, en gradient vert à rouge, obligatoire sur tout smartphone neuf depuis le 20 juin 2025. Seuls les pliables et les modèles dits haute sécurité sont exclus du périmètre. Dernier point structurel : les réparateurs professionnels doivent obtenir un accès équitable aux firmwares et logiciels nécessaires aux réparations, sans discrimination. Sur le papier, c'est la fin du verrou logiciel. En pratique, Right to Repair Europe note que la sérialisation des composants (part pairing) reste autorisée, ce qui laisse aux fabricants un levier pour bloquer certaines réparations indépendantes. ## Le 18 février 2027 : batterie utilisateur-remplaçable, avec un gros astérisque C'est ici que le design du règlement batteries devient intéressant. Le texte 2023/1542 impose qu'à partir du 18 février 2027, l'utilisateur final puisse retirer et remplacer la batterie de son smartphone facilement, avec des outils courants du commerce (un tournevis basique). Sont interdits : les outils propriétaires, l'application de chaleur, les solvants. Le but est de tuer la conception colle-chauffe-ventouse qu'Apple et Samsung ont popularisée depuis dix ans. Sauf que la version finale du texte contient une exemption à deux critères cumulatifs. Si un smartphone affiche à la fois une certification IP67 minimum et une batterie qui tient 80 % de sa capacité après 1000 cycles (ou 83 % après 500 cycles), le fabricant n'est plus tenu d'autoriser le remplacement utilisateur. Le client devra passer par un réparateur agréé. La conséquence est immédiate côté flagships : Apple certifie ses iPhones récents IP68 et communique officiellement sur 1000 cycles de batterie. Les deux critères tombent. Galaxy S26 Ultra, selon la presse spécialisée, atteindrait 1200 cycles avec un IP68. Exempté également (à confirmer côté Samsung en communication officielle, c'est encore au stade de la fuite). Pour les devs qui aiment les exploits réglementaires, c'est un cas d'école : la règle générale impose la batterie remplaçable, l'exemption la rend optionnelle pour ceux qui investissent dans l'étanchéité et la durabilité. Notre [analyse de l'indice de durabilité 2026 sur l'électroménager](/indice-durabilite-2026-france-electromenager-affichage-obligatoire/) montre une logique similaire de seuils techniques qui structurent tout l'écosystème en aval. ## La fausse info "batterie amovible en 2026" Le bruit qui tourne depuis fin 2025 raconte que la batterie redeviendra amovible "comme dans les années 2010" dès 2026. Trois inexactitudes dans la même phrase. Premier point : la date est 2027, pas 2026. Deuxième point : le mot "amovible" évoque le clic-clac à la main, sans outil. Le règlement parle de remplacement avec outils courants du commerce, ce qui est très différent. Tournevis autorisé, juste pas de clé propriétaire. Troisième point : ce n'est pas universel à cause de l'exemption IP67/1000 cycles vue plus haut. Les modèles haut de gamme y échapperont. L'Avenir a publié en avril 2026 un décryptage complet de cette fausse info qui circule en chaîne sur les réseaux sociaux. La vérité est plus nuancée et, paradoxalement, moins contraignante pour les fabricants premium que ne le laisse entendre le buzz. ## L'impact économique annoncé par Bruxelles Côté chiffres, la Commission européenne projette deux gains à horizon 2030 : 20 milliards d'euros d'économies pour les consommateurs européens, et 2,2 TWh de consommation électrique évités. Ces estimations couvrent l'agrégat des règles 2023/1670 (durabilité produit) et de l'étiquette énergie 2023/1669, qui poussent vers des terminaux plus efficaces et conservés plus longtemps. Sur le marché du reconditionné, l'impact attendu est mécanique. Le baromètre Recommerce 2025 de Kantar place déjà la France en tête en Europe avec 22 % de smartphones reconditionnés en 2025, contre 17 % en Allemagne, 15 % en Belgique et aux Pays-Bas, et une moyenne UE à 15 %. Plus la durabilité progresse côté constructeur, plus les flux de seconde main alimentés par les téléphones encore fonctionnels grossissent. Notre [point sur le marché français du reconditionné en 2026](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026/) détaille les acteurs et la trajectoire. À noter aussi : pour aller au bout de la logique, il faut connecter ces obligations en amont au comportement des particuliers en bout de chaîne. Notre [enquête sur les métaux précieux dormant dans les tiroirs des Français](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs/) chiffre le gisement DEEE qui échappe encore à la collecte malgré les nouvelles règles. ## Pour un atelier de réparation, les vrais leviers à activer en 2026 Sur le terrain, trois changements sont à intégrer dans la routine technique d'un réparateur indépendant. D'abord, le périmètre des pièces accessibles dépend du statut. Right to Repair Europe note que le règlement distingue deux niveaux : 5 types de pièces sont accessibles aux consommateurs et aux réparateurs indépendants, 15 types sont réservés aux réparateurs professionnels (typiquement les chaînes labellisées, les SAV constructeur et les ateliers ayant signé une convention). Le delta entre les deux peut décider de la viabilité économique d'une boutique de quartier. Ensuite, le délai 5/10 jours ouvrés impose une gestion de stock différente. Avant, on attendait la pièce 3 à 6 semaines pour un modèle ancien, on perdait le client. Maintenant, le constructeur est légalement tenu de livrer en 10 jours ouvrés même sur un modèle de 6 ans. La promesse client devient tenable. Enfin, la sérialisation reste le point noir. Le règlement n'interdit pas le part pairing : un fabricant peut toujours coder son écran ou sa caméra de telle sorte qu'un remplacement par une pièce non originale dégrade des fonctions (Face ID, True Tone, autofocus). Right to Repair Europe pousse pour que la prochaine itération du texte attaque ce verrou. À court terme, il faut composer avec. ## Ce qu'il faut retenir pour ne plus se tromper Trois textes, trois calendriers. Le 2023/1670 porte les obligations actives depuis juin 2025. Le 2023/1542 imposera la batterie utilisateur-remplaçable au 18 février 2027, sauf exemption flagship. Le 2024/1781 est un cadre général qui ne contient pas d'obligation smartphone à ce stade. Le système réglementaire fonctionne comme une mécanique de jeu : règle générale, exception calibrée pour les fabricants qui investissent en R&D durabilité, et un acteur (Right to Repair Europe) qui pousse pour fermer les exploits restants. Les prochaines itérations du texte décideront si la sérialisation est encore acceptable ou si elle rejoint la pile des pratiques sortantes. Pour aller plus loin, voir notre [comparaison entre indice de durabilité et indice de réparabilité](/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026/) qui éclaire la logique européenne d'ensemble. ## Sources - https://single-market-economy.ec.europa.eu/news/new-eu-rules-durable-energy-efficient-and-repairable-smartphones-and-tablets-start-applying-2025-06-20_en - https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2023/1670/oj - https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1781/oj/eng - https://www.entreprises.gouv.fr/la-dge/actualites/duree-de-vie-des-smartphones-et-tablettes-les-nouvelles-regles-en-vigueur - https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051849718 - https://repair.eu/news/new-eu-rules-for-smartphones-and-tablets/ - https://www.lavenir.net/actu/conso/multimedia/2026/04/23/on-decrypte-la-fausse-info-smartphone-du-moment-le-retour-obligatoire-de-la-batterie-amovible-en-2027-en-europe-INQQSKL67VHANKL35HDPAIFADU/ - https://www.kantar.com/fr/inspirations/consommateurs-acheteurs-et-distributeurs/2025-resultats-de-la-8e-edition-du-barometre-recommerce - https://www.clubic.com/actualite-610267-batteries-remplacables-imposees-par-l-europe-l-astuce-des-fabricants-pour-ne-rien-changer-a-votre-smartphone.html - https://acepelec.com/nouvelle-etiquette-energie-pour-les-smartphones-et-les-tablettes/ --- ## REP puffs jetables : bilan 15 mois après l'interdiction - URL: https://www.recy.net/rep-puffs-cigarettes-electroniques-bilan-filiere-mai-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-06T06:00:00Z - Categories: tri Quand on conçoit un système, qu'il soit logiciel ou réglementaire, on regarde d'abord les boucles de feedback. Une loi sans contrôle, c'est une fonction sans tests unitaires : ça compile, mais personne ne sait si ça tourne. La loi n° 2025-175 a interdit les puffs jetables en France le 26 février 2025. Quinze mois plus tard, le système se comporte comment ? Sous le capot, on trouve des choses pas très propres. ## Sous le capot : le design initial du système REP La filière des équipements électriques et électroniques (DEEE) repose sur la responsabilité élargie du producteur. Concrètement, deux éco-organismes agréés, Ecosystem et Ecologic, perçoivent une éco-contribution sur chaque appareil mis sur le marché et financent ensuite la collecte et le recyclage. Agrément en cours pour la période 2022-2027. Les puffs jetables sont entrées dans ce périmètre dès leur explosion commerciale. Sauf que la mécanique a été conçue pour des appareils qu'on garde plusieurs années, pas pour un objet à durée de vie de quelques jours qui termine au fond d'une poche puis dans une poubelle ordinaire. Le taux de collecte global des DEEE en France atteignait 46,6 % en 2023 selon l'ADEME, pour un objectif fixé à 65 % à partir de 2024. Ecosystem revendique 876 000 tonnes collectées en 2025 pour un taux de 65 %, selon Actu-Environnement. La vraie question technique ici : un objet à 0,15 g de lithium par unité, vendu en buraliste à côté des bonbons, pouvait-il vraiment entrer dans une boucle de collecte calibrée pour des téléviseurs ? La réponse était dans l'énoncé. ## Le débogage par interdiction : loi 2025-175 Plutôt que de patcher la filière, le législateur a tranché : kill switch. La loi a été promulguée le 24 février 2025 et est entrée en vigueur deux jours plus tard. Vente, distribution, offre à titre gratuit interdites. Amende de 100 000 euros pour la vente illégale, 200 000 en cas de récidive. Un décret complémentaire n° 2025-582 du 27 juin 2025 a renforcé les espaces sans tabac et les règles sur la vente aux mineurs côté vapotage rechargeable. Sur le papier, le système était propre. La consommation jeune justifiait la radicalité : selon une enquête BVA pour l'Alliance contre le tabac en 2023, 15 % des adolescents de 13 à 16 ans avaient déjà essayé une puff. Le volume cumulé estimé entre juin 2021 et février 2023 tournerait autour de 60 millions d'unités vendues, mais cette estimation circule sans source primaire identifiée, à prendre avec des pincettes. ## Les boucles de feedback qui ont cassé C'est là que ça se complique et que j'ai moins de certitudes sur le diagnostic. Les contrôles DGCCRF post-interdiction ont visé plus de 160 établissements et documenté 13 infractions selon la presse spécialisée. Aucun bilan officiel chiffré n'a été publié à ce jour avec les montants des amendes notifiées. Plus parlant : un relevé de terrain réalisé six mois après l'interdiction sur 210 épiceries parisiennes a trouvé 64 commerces qui vendaient encore des puffs, soit près d'un sur trois. Le marché noir s'est organisé via Snapchat, avec des prix autour de 10 euros la puff, donc moins cher que les 15 euros pratiqués légalement avant l'interdiction. Quand le canal illégal est plus compétitif que le canal légal d'origine, c'est que l'incentive a été mal calibré. Et le contournement le plus créatif vient de la chimie. La 6-méthylnicotine, parfois appelée métatine, est une molécule qui mime les effets de la nicotine mais qui sort techniquement du cadre réglementaire car elle n'est pas de la nicotine au sens strict. Étiquetage "0 mg de nicotine", produit légal, effet identique. La filière a trouvé son exploit. Honnêtement, je vois mal comment patcher ça sans une refonte définitionnelle de la réglementation tabac. Un point précédent du dossier mérite mention : l'opération Colbert à Aubervilliers en mai 2023 avait permis la saisie de 12 700 puffs contrefaçon pour 64 000 euros de marchandise. Le terrain logistique était déjà compromis avant même l'interdiction. ## La filière REP face à l'orphelin Voilà le bug le plus pénible : aucun taux de collecte spécifique aux puffs n'existe. La REP DEEE agrège tout dans le même bucket. Impossible de savoir combien de millions de puffs ont fini dans la nature contre combien sont passées par Ecosystem ou Ecologic. À 0,15 g de lithium par unité, sur 60 millions d'unités estimées, on parle potentiellement de 9 tonnes de lithium dispersées dans des décharges sauvages ou des incinérateurs. Le recyclage du lithium des batteries usagées est déjà un sujet ouvert dans la filière des [filets de pêche fantômes et la REP marine 2026](/filets-peche-fantomes-rep-marine-2026/), où la question des matériaux composites perdus pose le même type de problème. Ce que la loi a réglé : le flux entrant. Plus de mise sur le marché légale. Ce qu'elle n'a pas réglé : le stock dispersé chez les particuliers, que personne ne ramènera spontanément en buraliste 15 mois après l'interdiction. Sur ce point, il aurait fallu une opération de reprise gratuite avec incentive financière, comme on en voit pour les anciennes batteries plomb. Rien n'a été lancé. J'ai passé du temps à essayer de modéliser ça comme une mécanique de jeu. Le joueur (consommateur) a déjà claim l'objet, il n'a aucune raison de le rendre, le coût marginal de le jeter dans la poubelle ordinaire est zéro. Le designer aurait dû mettre une consigne dès l'origine, comme pour le verre, dont le bilan est documenté côté [consigne verre Citeo restauration mai 2026](/consigne-verre-citeo-restauration-bilan-mai-2026/). Sans incentive de retour, la boucle ne ferme pas. ## Comparaison avec le système britannique Le Royaume-Uni a interdit les puffs jetables en juin 2025, soit avec quatre mois de retard sur la France. Pas assez de recul pour comparer les bilans, mais leur approche diffère sur un point : le délai d'écoulement des stocks a été plus long et plus communiqué, ce qui a probablement réduit l'effet "stockage panique" qu'on a observé en France juste avant le 26 février 2025. À surveiller dans les prochains rapports. ## Ce que devrait faire le législateur français maintenant Si je devais proposer un patch, ce serait : - Inclure explicitement les analogues de la nicotine (6-méthylnicotine et dérivés) dans la définition réglementaire, pour fermer le contournement métatine. - Lancer une opération de reprise rétroactive avec micro-prime (1 euro par puff rapportée en buraliste ou en déchetterie), financée par les éco-contributions Ecosystem/Ecologic. Coût plafonné, traçabilité du stock dispersé. - Publier un bilan DGCCRF chiffré et trimestriel, avec montants notifiés et taux de récidive. Sans télémétrie, pas de pilotage. C'est un sujet récurrent qu'on retrouve dans la [fiscalité des déchets 2026 entre TGAP et Fonds vert](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/), où les collectivités demandent des données consolidées que personne ne sort. - Coopération douanière renforcée sur les flux Snapchat / livraisons internationales, sur le modèle de ce qui se fait pour [l'export illégal de déchets plastiques saisi par les douaniers face au crime organisé](/export-illegal-dechets-plastiques-saisies-douaniers-crime-organise/). Sans ça, la loi n° 2025-175 reste un build qui compile mais qui leak des ressources en silence. ## Sources - [Loi n° 2025-175 du 24 février 2025 (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/) - [Décret n° 2025-582 du 27 juin 2025 (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/) - [Service-Public : interdiction des puffs](https://www.service-public.fr/) - [ADEME : filière DEEE](https://filieres-rep.ademe.fr/) - [Actu-Environnement : bilan Ecosystem 2025](https://www.actu-environnement.com/) - [Alliance contre le tabac : enquête BVA 2023](https://alliancecontreletabac.org/) - [Génération Sans Tabac : données puffs](https://www.generationsanstabac.org/) --- ## ReUse Citeo : où en est la consigne verre en mai 2026 - URL: https://www.recy.net/consigne-verre-citeo-restauration-bilan-mai-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-05T06:00:00Z - Categories: recyclage Pourquoi un système de consigne verre lancé presque onze mois plus tôt n'a-t-il toujours pas publié de taux de retour vérifié ? Parce que la boucle de réemploi, vue depuis un dev qui a passé du temps sur des feedback loops dans des jeux, c'est exactement le genre de système où la métrique critique n'apparaît qu'après plusieurs cycles complets. ReUse Citeo a démarré le 12 juin 2025 dans quatre régions de l'ouest. En mai 2026, on a les volumes mis en rayon, on a la cible visée, on n'a pas encore le score effectif. ## Ce que ReUse Citeo a réellement déployé Le dispositif piloté par Citeo couvre la Bretagne, la Normandie, les Pays-de-la-Loire et les Hauts-de-France. Plus de 350 magasins participent au lancement, six enseignes embarquées (Carrefour, Coopérative U, Intermarché, Monoprix, E. Leclerc, La Brasserie du Bout du Monde), et un bassin de 16 millions de consommateurs potentiels. La logistique est confiée à GO ! Réemploi sur un contrat de deux ans (février 2025 à février 2027), et deux centres de lavage opèrent : Bout'à Bout' près de Carquefou et Haut la Consigne près de Lille. Le périmètre volumique annoncé est de 30 millions d'unités sur 18 mois pour la phase pilote, jusqu'à 55 millions d'unités à terme. La consigne payée par le consommateur s'élève à 10 centimes pour les petits formats et 20 centimes pour les grands formats. Pour un game designer qui regarde ça, c'est une boucle classique : friction d'entrée (la consigne payée), récompense au retour (la consigne rendue), incentive à completer le cycle. Le tuning des deux montants est conservateur, comparable aux systèmes étrangers matures. Citeo vise au moins 50 % de taux de retour pendant la phase pilote, et 80 à 85 % voire plus à maturité. Voilà pour la cible. La métrique réelle après dix mois de fonctionnement n'a pas été publiée. C'est un point qu'il faut nommer, pas masquer derrière des projections. ## La référence Alsace : ce que Meteor démontre, et ses limites Pour comprendre pourquoi le 50 % visé par Citeo est ambitieux mais pas absurde, il suffit de regarder le seul système CHR français mature : la brasserie Meteor en Alsace. Selon GoodPlanet (mai 2025), Meteor produit 7 millions de bouteilles consignées par an avec un taux de récupération d'environ 97 %. Chaque bouteille peut être réemployée plus de 20 fois avant retrait, ce qui permet d'amortir massivement l'empreinte de fabrication initiale. L'étude ADEME 2009 sur ce périmètre Meteor donne les chiffres clés : 79 % de gaz à effet de serre évités et 75 % d'énergie économisée par rapport à une bouteille à usage unique recyclée. Côté CHR généralisé, l'ADEME 2010 estime que le verre consigné est en moyenne 50 % moins impactant sur l'indicateur effet de serre que le verre jeté. La nuance importe : ces chiffres dépendent du nombre de rotations effectives (minimum 2 à 4 pour générer un avantage net) et de la distance de transport entre lavage et embouteillage. Donc le 97 % de Meteor ne se transpose pas directement à toute la France. C'est un système régional historique, jamais interrompu, avec des consommateurs habitués depuis des décennies. ReUse Citeo, lui, doit reconstruire le geste à zéro chez des clients qui ont oublié à quoi sert un point de retour en GMS. ## La filière CHR : 550 millions de bouteilles, 30 à 40 % consignées Le secteur cafés-hôtels-restaurants occupe une place à part dans cette histoire. Selon la Fédération Nationale des Boissons, 550 millions de bouteilles en verre circulent annuellement en France via des systèmes de consigne CHR, et 30 à 40 % des bouteilles sont encore consignées dans ce circuit. Le Plan National de Prévention des Déchets 2014-2020 estimait qu'au global, la consigne permet d'éviter 500 000 tonnes de déchets d'emballages par an. Côté infrastructure, Citeo Pro évoque environ 17 millions de fûts inox réemployés en CHR chaque année, avec une durée de vie de 30 ans. Et Recy.net recense environ 60 laveurs professionnels actifs en France (information à confiance moyenne, à confirmer par décompte plus récent). C'est ce socle qui permet à Citeo d'imaginer un déploiement national en 2027, en s'appuyant sur des opérateurs déjà rodés plutôt que de tout reconstruire. Pour un restaurateur qui hésite, le calcul économique reste lisible : selon Recy.net, l'investissement initial pour un système consigne tourne entre 2 000 et 5 000 euros selon la taille de l'établissement, le coût d'un cycle de lavage par bouteille entre 0,05 et 0,15 euro, et le ROI entre 2 et 3 ans. C'est un investissement qui se justifie sans subvention, ce qui change la nature politique du dispositif. La [logique de fonctionnement détaillée](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france/) couvre cette partie pratique. ## REP restauration : ce qui a vraiment été légiféré Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP puffs jetables : bilan 15 mois après l'interdiction](/rep-puffs-cigarettes-electroniques-bilan-filiere-mai-2026). C'est un point où la communication politique a brouillé les pistes. Le décret pertinent pour le secteur CHR est le décret n° 2023-162 du 7 mars 2023, qui crée la REP emballages restauration. Depuis le 1er janvier 2024, cette REP est entrée en vigueur, et les entreprises mettant plus de 10 000 unités sur le marché doivent déclarer leurs données d'emballages. Et ce dispositif vit déjà sa première mue. Selon Restauration21 (décembre 2025), un décret du 17 novembre 2025 acte la fusion : la REP emballages restauration sera absorbée dans la REP emballages professionnels au 1er juillet 2026. Pour les opérateurs CHR, ça veut dire un changement d'éco-organisme et de barème en plein milieu de l'année, alors même que la phase pilote Citeo n'aura pas encore livré son bilan complet. Sur ce point, j'ai moins de certitudes que je voudrais sur la coordination entre les deux calendriers. La fusion REP intervient deux semaines après le premier anniversaire de ReUse, et personne n'a publiquement expliqué comment les indicateurs de réemploi seront consolidés dans le nouveau cahier des charges. Ce sera un des marqueurs à surveiller au second semestre 2026. ## L'horizon UE : le PPWR et les objectifs 2030-2040 Au-dessus de tout ça, le règlement UE 2025/40 (PPWR) publié le 22 janvier 2025 fixe les objectifs européens : 10 % de réemploi pour les emballages boissons en 2030, 25 % en 2040. Le règlement devient applicable le 12 août 2026, et il définit le cadre dans lequel les éco-organismes nationaux devront s'inscrire. À comparer avec le bilan AGEC français : la loi du 10 février 2020 visait 5 % de réemploi en 2023 et 10 % en 2027. L'objectif 2023 n'a pas été atteint. Le taux effectif actuel des emballages ménagers réemployables est de 1 % selon Citeo et l'Observatoire du Réemploi. Donc on est loin de la trajectoire, et c'est précisément pour rattraper ce retard que Citeo a accéléré le déploiement ReUse. Pour faire passer la barre de 1 à 10 % en moins de deux ans, il faudrait une croissance d'un ordre de grandeur. La phase pilote actuelle, à 30 millions d'unités sur 18 mois, est calibrée pour démontrer la faisabilité technique et la friction utilisateur. Pas pour atteindre 10 % à elle seule. Le déploiement national prévu en 2027 devra ensuite s'appuyer sur les retours d'expérience de l'Ouest pour passer à l'échelle. ## Ce que le système doit prouver dans les six mois Trois marqueurs sont attendus pour valider ou invalider l'architecture de ReUse Citeo. Le premier, c'est le taux de retour réel après 12 mois complets, donc autour de juin 2026. Si la boucle tient à 50 %, le système est viable. En dessous, la friction utilisateur sera identifiée comme principale cause à corriger. Le deuxième, c'est l'intégration dans la REP EPRO au 1er juillet 2026. Le nouveau cahier des charges doit définir comment les indicateurs de réemploi remontent dans la métrique globale, et quels acteurs financent quoi. La consultation publique en cours sur le périmètre REP est l'occasion pour les opérateurs de filière d'influencer ces paramètres avant qu'ils soient figés. Le troisième, c'est la décision de déploiement national en 2027. Citeo a déjà annoncé l'objectif (Vert.eco), mais le périmètre exact (régions ajoutées, enseignes mobilisées, volume cible) dépendra des résultats de la phase pilote. Pour les enseignes qui hésitent à embarquer, voir aussi [l'expérimentation réemploi emballages alimentaires Ouest](/reemploi-emballages-alimentaires-experimentation-ouest-bilan/) qui partage le même périmètre régional, et les [signaux croisés sur l'expansion des consignes](/consigne-verre-plastique-arrete-2026-expansion-departements/) côté arrêté 2026. L'enjeu d'opinion publique semble au rendez-vous : selon un sondage Citeo, 93 % des Français se déclarent prêts à rapporter leurs emballages consignés. C'est cohérent avec ce qu'on observe dans les pays voisins : l'Allemagne tourne à plus de 99 % de retour sur son système DRS plastique et verre, et les 17 pays européens dotés d'un système atteignent 94 % en moyenne. La France peut donc viser haut. Reste à le vérifier en conditions réelles, sur un système naissant, dans un contexte où les habitudes de tri ont massivement remplacé les habitudes de retour. À vous de jouer si vous êtes dans une des quatre régions pilotes. Le seul moyen de pousser la métrique au-dessus de 50 %, c'est de ramener les bouteilles. Le système, lui, ne peut pas tester sa propre boucle sans utilisateurs. ## Sources - [Citeo, Le réemploi se déploie dans 4 régions françaises](https://www.citeo.com/le-mag/le-reemploi-se-deploie-dans-4-regions-francaises/) - [Citeo, La consigne, un levier clé pour réduire l'impact des emballages](https://www.citeo.com/le-mag/la-consigne-un-levier-cle-pour-reduire-limpact-des-emballages/) - [Citeo, 5 ans de la loi AGEC : avancées et défis](https://www.citeo.com/le-mag/5-ans-de-la-loi-agec-des-avancees-et-des-defis/) - [Citeo Pro, Réemploi des emballages CHR : quel potentiel en 2025](https://www.citeopro.com/reemploi-des-emballages-du-secteur-chr-quel-potentiel-en-2025/) - [GoodPlanet, Retour de la consigne verre en Alsace : Meteor 97 %](https://www.goodplanet.info/2025/05/01/retour-de-la-consigne-en-verre-en-alsace-elle-na-jamais-disparu/) - [GoodPlanet, Grand retour de la consigne en verre : Citeo espère faire décoller le réemploi](https://www.goodplanet.info/2025/02/06/grand-retour-de-la-consigne-en-verre-en-france-citeo-espere-faire-decoller-le-reemploi/) - [Zero Waste France, Consigne verre, recyclage : bilan climat](https://www.zerowastefrance.org/consigne-verre-recyclage-bilan-climat-le-climat/) - [Restauration21, REP EPRO remplacera REP ER au 1er juillet 2026](https://www.restauration21.fr/restauration21/2025/12/en-vigueur-au-1er-janvier-2026-la-rep-emballages-professionnels-remplacera-la-rep-emballages-de-la-restauration-le-1er-juillet-2026.html) - [Vert.eco, La consigne des emballages en verre fait un retour timide](https://vert.eco/articles/la-consigne-des-emballages-en-verre-fait-un-retour-timide-dans-quatre-regions-de-france-a-lepoque-ca-fonctionnait-bien) --- ## REP textile 2026 : le malus x4 anti-fast-fashion décortiqué - URL: https://www.recy.net/rep-textile-eco-modulation-2026-fast-fashion-malus-x4/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-05-04T06:00:00Z - Categories: recyclage Pourquoi un système de bonus/malus dans la REP textile ne ressemble pas à ce qu'on imagine quand on lit "malus x5" dans la presse ? Parce que le ratio documenté par Refashion plafonne à 1 pour 4, pas 1 pour 5, et que cette mécanique de game design réglementaire fonctionne avec des contraintes très précises. La fast-fashion sera bien punie par un coefficient relevé en 2026, mais la vraie question, c'est comment on calibre le système sans casser la boucle de feedback entre éco-contribution, tri et recyclage. ## La lettre du 15 janvier 2026 : ce que demande le gouvernement Le 15 janvier 2026, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut et son ministre délégué Mathieu Lefèvre adressent une lettre à Refashion. Le contenu est carré : plancher sur "un malus fast fashion significatif", rendre des propositions sous dix jours, soit avant le 25 janvier, et livrer le plan d'action final pour le 15 mars 2026. La citation de Mathieu Lefèvre cadre l'intention politique : "On leur demande de payer plus pour les désordres qu'ils créent dans la filière textile." Sous le capot, c'est une commande passée à l'éco-organisme pour qu'il recalibre lui-même son barème, sans attendre la promulgation de la loi anti-fast-fashion. La nuance est centrale : la loi n'est pas en vigueur au 1er mai 2026. Adoptée à l'Assemblée le 14 mars 2024 à l'unanimité, votée au Sénat le 10 juin 2025 par 337 voix pour et 1 contre, elle reste bloquée. La Commission européenne a transmis un avis réservé le 30 septembre 2025, prorogeant la période de standstill jusqu'au 30 décembre 2025. La commission mixte paritaire est attendue au printemps 2026 selon Public Sénat. Pas avant. Donc Refashion doit agir "à droit constant", comme le rappelle Carenews. Traduction : pas de malus nominatif ciblant Shein ou Temu. Le barème doit s'appuyer sur des critères objectifs de l'éco-modulation REP, applicables à tous, sans pouvoir nommer une marque dans le texte. C'est exactement le genre de contrainte qu'un game designer reconnaît : on ne peut pas patcher un boss en lui collant une weakness "Shein" dans le code, il faut que les paramètres tiennent debout pour tout le roster. ## Ratio 1 à 4 : la mécanique réelle de l'éco-modulation Pour les devs dans la salle : le système actuel publié par Refashion fonctionne avec deux leviers, un bonus et un malus, qui se cumulent. Le bonus, c'est la prime durabilité : 0,70 euro ou 0,07 euro par pièce selon le volume, multipliée par un facteur catégorie compris entre 0,5 et 1,5. Le malus, c'est une pénalité de 50 % du montant de l'éco-contribution du produit pour les articles incorporant des fibres métalloplastiques ou des composants électroniques. Quand on combine le bonus maximal sur un article éco-conçu et la pénalité maximale sur un article problématique, le rapport final entre les deux extrêmes peut atteindre 1 pour 4. C'est ce que documente AuditREP dans son guide pratique 2026 : "le gap entre le taux le plus bas avec bonus maximal et le taux le plus haut avec pénalité maximale peut atteindre un ratio de 1 à 4". Le terme x5 qu'on voit passer dans certains médias n'est pas confirmé par les sources Refashion officielles. Donc on parle bien d'un malus jusqu'à x4, pas x5. Cette mécanique a une vertu : elle est neutre par construction. Tout fabricant peut basculer du côté du bonus en ajustant ses choix d'éco-conception. Elle a aussi une limite : elle ne distingue pas un fabricant qui produit 50 modèles par an d'un autre qui en lance 7 200 par jour. Et c'est précisément le problème. ## Les 7 200 modèles par jour : ce que la mécanique actuelle ne capture pas Selon l'exposé des motifs publié sur info.gouv.fr, Shein référence en moyenne plus de 7 200 nouveaux modèles de vêtements par jour, et propose simultanément 470 000 références différentes. Le CA de Shein en France a atteint environ 2,3 milliards d'euros en 2024 selon LSA Conso, en hausse de 34 % sur un an, et celui de Temu environ 1,4 milliard, en hausse de 42 %. Ensemble, les deux acteurs représentent 16 % des dépenses d'habillement en ligne en volume en France. Shein affiche 3,6 millions de visiteurs uniques par jour selon des sources concordantes. Sur la durée, l'effet d'échelle est massif : selon Stop Fast Fashion (Fairtrade), l'ultra-fast-fashion a lancé plus de 5 millions de nouveaux modèles en deux ans, et certaines marques affichent jusqu'à 104 nouvelles collections sur la même période. La mécanique d'éco-modulation classique, calibrée pour des collections saisonnières, ne sait pas pénaliser ce rythme-là. Le critère "fibre métalloplastique" ou "composant électronique" ne touche pas le t-shirt synthétique à 4,99 euros. D'où la lettre du gouvernement. La mission de Refashion : trouver des critères objectifs qui captureront le modèle économique fast fashion sans le nommer. Nombre de références mises sur le marché par an, taux de renouvellement des collections, durée moyenne de commercialisation par produit. Autant de variables qui, intégrées au barème, transformeraient mathématiquement la pénalité. ## La loi anti-fast-fashion : ce qui attend dans le pipeline La loi adoptée par les deux chambres mais pas encore promulguée prévoit un dispositif autrement plus dur que ce que peut faire Refashion à droit constant. Selon l'analyse publiée par Vert.eco, le malus environnemental atteindrait 5 euros par article en 2025 (calendrier initial), puis 10 euros par article en 2030, plafonné à 50 % du prix de vente hors taxe. Un t-shirt à 4,99 euros chez Shein écoperait donc d'un malus maximal de 2,49 euros, soit la moitié du prix. Le texte prévoit aussi une interdiction totale de la publicité fast fashion, influenceurs inclus, avec des amendes administratives jusqu'à 100 000 euros par violation. Et une taxe française sur les petits colis, comprise entre 2 et 4 euros pour les entreprises hors UE, qui se cumulerait avec un dispositif européen. Ce dispositif européen, c'est l'autre angle qui change la donne. Le Conseil de l'UE a approuvé un droit de douane forfaitaire de 3 euros par colis sous 150 euros, effectif au 1er juillet 2026. Selon Républik Retail, la France reçoit environ 800 millions de petits colis par an parmi les 1,5 milliard total. Multipliez par 3 euros, et vous obtenez un signal-prix qui touche directement le ticket d'entrée du modèle expédition unitaire depuis la Chine. C'est ce levier-là qui pourrait avoir le plus d'impact à court terme, indépendamment du sort de la loi française. ## L'éco-score textile : le coefficient 0,67 qui pénalise déjà Sur un sujet proche, découvrez notre article : [SERD 2026 : recycler ne nous sauvera pas de l'ultra-conso](/serd-2026-ultra-consommation-fast-tech-fast-fashion). À côté du malus REP, un autre dispositif a discrètement été activé. Le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 et l'arrêté du même jour ont fait entrer en vigueur l'éco-score textile au 1er octobre 2025. Selon le ministère de l'Écologie, les marques d'ultra-fast-fashion reçoivent un coefficient défavorable autour de 0,67, tandis que les marques durables peuvent monter jusqu'à 1,45 (information à confiance moyenne, à confirmer par décision finale). Le détail piège, c'est que ce score est aujourd'hui volontaire pour la plupart des produits, et obligatoire uniquement quand l'entreprise revendique une allégation environnementale. La version initialement prévue par la loi Climat 2021 était un affichage obligatoire pour tous. Cette montée en charge progressive ressemble fort à un patch de complexité réduite : on shippe une feature limitée pour ne pas casser le système, et on activera le mode "obligatoire" plus tard. Reste à voir quand exactement, parce que sur ce point j'ai moins de certitudes que je voudrais. ## Pourquoi le système doit tenir : 442 kg CO2 par Français et par an L'enjeu environnemental est documenté par l'ADEME : l'industrie textile représente près de 10 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, 20 % de la pollution des eaux industrielles mondiales, et 500 000 tonnes de microplastiques rejetées dans les océans chaque année. Pour un Français, l'empreinte carbone textile s'élève à 442 kg de CO2e par an. La consommation a augmenté de 60 % en 15 ans, avec des vêtements conservés deux fois moins longtemps qu'avant. Côté filière, le bilan 2024 publié par Refashion donne le cadre : 891 310 tonnes mises sur le marché, 289 393 tonnes collectées (+7,8 % sur un an), un taux de recyclage de 24,28 % (+2 points), et 56,8 % des articles collectés qui partent en réemploi seconde main. La filière progresse, mais le ratio collecté/mis sur le marché reste à environ 32,5 %. Plus de 600 000 tonnes finissent dans la poubelle ordinaire, à l'incinérateur ou en décharge. C'est dans ce contexte que le gouvernement a aussi relevé l'aide à la collecte à 268 euros par tonne en 2026, contre 228 euros auparavant. La feuille de route officielle annoncée par Usine Nouvelle vise trois axes : "plus de rationalité économique, davantage de traçabilité, et le développement d'une industrie du recyclage française". Le malus fast fashion n'est qu'un des leviers du dispositif global, qui inclut la [crise Refashion en cours](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/) et les [orientations du 24 avril 2026](/refashion-amende-170k-dgpr-cahier-charges-avril-2026/) sur le nouveau cahier des charges. ## Trois moments à surveiller dans les semaines qui viennent Le plan d'action de Refashion remis au gouvernement avant le 15 mars 2026 n'a pas encore été publié dans le détail. Sa version finale, et le barème 2026 effectif qui en découlera, sont le premier marqueur. La consultation publique sur le nouveau cahier des charges, ouverte fin avril, est le second. Et la date de la commission mixte paritaire sur la loi anti-fast-fashion, attendue au printemps, sera le troisième signal politique. Si la CMP aboutit avant l'été, le calendrier des malus 5 euros et de l'interdiction publicitaire pourrait être réactivé rapidement. Pour les marques classiques, le calcul économique devient lisible : un investissement dans l'éco-conception (matériaux, durabilité, réparabilité) bascule l'éco-contribution du côté du bonus, là où une logique d'hyper-renouvellement la fait dériver vers le malus maximal. Pour les acteurs de la filière, voir aussi la [mécanique de financement détaillée de la REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) et l'angle [reverse logistics fast fashion](/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade/) qui décortique la circularité de façade des géants chinois. Le système REP français vit un moment où sa mécanique de bonus/malus va probablement s'élargir au-delà du critère "fibre métalloplastique" pour intégrer la fréquence de renouvellement. C'est rare qu'on assiste en direct à un patch d'envergure d'un système réglementaire de cette taille. La consultation d'un mois qui vient de s'ouvrir est le moment où les acteurs peuvent encore peser sur les paramètres. Après, le barème sera figé pour plusieurs années, et les exploits que le système ne couvre pas seront exploités exactement comme aujourd'hui. ## Sources - [AEF Info, Le gouvernement demande à Refashion de plancher sur un malus fast fashion significatif](https://www.aefinfo.fr/depeche/744178-filiere-rep-textile-le-gouvernement-demande-a-refashion-de-plancher-sur-un-malus-fast-fashion-significatif) - [Usine Nouvelle, Hausse de l'aide à la collecte et malus à venir pour l'ultra-fast-fashion](https://www.usinenouvelle.com/polymeres-materiaux/une-hausse-de-laide-a-la-collecte-et-des-malus-a-venir-pour-lultra-fast-fashion-la-feuille-de-route-du-gouvernement-pour-continuer-a-soutenir-la-filiere-textile.5JUVOFS74NDCLAPSGTWF6EURXI.html) - [Écologie.gouv.fr, Communiqué réforme filière REP textile](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/communique-presse-reforme-filiere-rep-textile-gouvernement-soutien-aux-acteurs-leconomie) - [Vert.eco, Pénalités, interdiction de la publicité : ce que contient la proposition de loi anti-fast-fashion](https://vert.eco/articles/penalites-interdiction-de-la-publicite-que-contient-la-proposition-de-loi-anti-fast-fashion-soumise-au-vote-du-senat-ce-mardi) - [Public Sénat, CMP sur la proposition de loi anti-fast-fashion attendue au printemps](https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/shein-une-commission-mixte-paritaire-sur-la-proposition-de-loi-anti-fast-fashion-attendue-au-printemps-annonce-serge-papin) - [Refashion Pro, Les éco-modulations](https://pro.refashion.fr/fr/les-%C3%A9co-modulations) - [AuditREP, Éco-modulation bonus malus guide pratique 2026](https://auditrep.fr/blog/eco-modulation-bonus-malus-guide-pratique-2026) - [Info.gouv.fr, Proposition de loi pour freiner la fast fashion](https://www.info.gouv.fr/actualite/dans-lactu-une-proposition-de-loi-pour-freiner-la-fast-fashion) - [Carenews, Fast fashion : où en sont les mesures politiques](https://www.carenews.com/carenews-info/news/fast-fashion-ou-en-sont-les-mesures-politiques-pour-reguler-le-secteur-en-france) - [Refashion Pro, Bilan environnemental filière REP textiles chaussures](https://pro.refashion.fr/actualite/filiere/bilan-environnemental-filiere-rep-textiles-chaussures) - [ADEME, Textile habillement](https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/textile-habillement) --- ## REP PMCB : refondation ouverte à consultation (mai 2026) - URL: https://www.recy.net/rep-pmcb-refondation-consultation-mai-2026-batiment/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-05-01T06:00:00 - Categories: recyclage La filière REP bâtiment, c'était l'exemple parfait du dispositif qui empile des promesses sans regarder la facture. Trois ans de fonctionnement, des barèmes qui montent, des artisans qui paient et des points de collecte qui ouvrent à la vitesse d'un escargot enrhumé. La refondation annoncée par le ministère de la Transition écologique entre en consultation publique jusqu'au dix-neuf mai deux mille vingt-six, avec une entrée en vigueur calée au premier septembre. Voilà ce que ça change concrètement sur les chantiers, et pourquoi la FFB n'a pas encore lâché le frein à main. ## Pourquoi la REP PMCB devait être refondue Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Recyclage du plâtre en France : la filière enfin à niveau](/recyclage-platre-btp-rep-pmcb-filiere-france-2026). La filière Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment couvrait, depuis sa création, un périmètre indifférencié : tout y passait, des plâtres aux laines minérales en passant par les huisseries et les membranes bitumeuses. Sauf que tous ces matériaux n'ont pas la même histoire industrielle. Certains ont des filières de recyclage matures qui tournent depuis des décennies (les inertes, le métal, le bois, le plâtre). D'autres n'ont quasiment rien : la laine de verre, le plastique du bâtiment, les huisseries composites, les membranes bitumeuses, leurs filières de valorisation sont à inventer ou à muscler sérieusement. Résultat : un barème mutualisé qui faisait payer les uns pour financer la création d'infrastructures dont les autres ne profitaient pas, et un coût total qui dérivait. La trajectoire de la filière pointait à neuf cents millions d'euros annuels, l'objectif refondu vise quatre cent cinquante millions à l'horizon deux mille vingt-huit. La moitié. La réalité du terrain : quand vous divisez par deux le budget d'un dispositif qui finance l'aval, ça veut dire que l'aval va devoir bouger. Mathieu Lefèvre, délégué interministériel à la Transition écologique, l'a posé sans détour à Vendôme le trois avril dernier devant les acteurs de la filière : "c'est la bonne" réforme. Le mot est calibré. C'est une manière polie de dire que les précédentes ne l'étaient pas. ## Les trois axes de la consultation Le projet de décret et l'arrêté portant cahier des charges sont en consultation jusqu'au dix-neuf mai. Trois axes structurent la refondation. **Axe un : segmenter par maturité de filière.** Les matériaux matures (inertes, métal, bois, plâtre) basculent dès deux mille vingt-sept dans un régime "filières existantes" où l'éco-organisme finance principalement les frais de gestion résiduels. Les matériaux non matures (laine de verre, plastique, huisseries, membranes) restent dans un régime de soutien renforcé, parce que c'est là qu'il faut bâtir les capacités de tri et de recyclage qui n'existent pas encore. Logique de game designer : tu n'arroses pas une zone qui pousse déjà toute seule. **Axe deux : revoir la prise en charge.** Les coûts de transport depuis le chantier ne sont plus pris en charge par défaut. La prise en charge démarre au premier point de massification, sauf zones blanches où l'absence de point de collecte à proximité justifie le maintien d'un soutien transport. C'est un tournant. Jusqu'ici, on payait pour acheminer chaque benne, ce qui mécaniquement subventionnait les chantiers mal organisés. Demain, l'organisation logistique du chantier devient un sujet pour le maître d'œuvre, pas pour l'éco-organisme. **Axe trois : préavis sur les barèmes.** Tout changement de barème devra respecter un délai de prévenance de neuf mois entre publication et application. C'est tout sauf cosmétique : les artisans qui se font surprendre par une hausse en cours d'exercice ne peuvent pas la répercuter sur leurs devis déjà signés. Avec neuf mois d'avance, le devis intègre l'évolution. Voilà pourquoi ce point a été poussé par les organisations professionnelles avec autant d'insistance. ## Les éco-organismes dans la boucle Quatre éco-organismes sont agréés sur la filière PMCB. Parmi eux, Ecominéro (présidé par François Demeure Dit Latte) couvre les matériaux inertes, et Valobat se positionne sur un périmètre multi-matériaux. Sur ce point, j'ai moins de certitudes : le détail public des deux autres agréments est un terrain sur lequel je préfère renvoyer aux textes officiels, parce que les périmètres exacts d'agrément se reconstruisent à partir de plusieurs sources et que je ne tiens pas à raconter n'importe quoi. Ce qui est clair en revanche, c'est que la segmentation par maturité va recomposer les équilibres entre éco-organismes. Un acteur historiquement positionné sur les inertes se retrouve sur un segment "mature" où le rôle se réduit à de la gestion résiduelle. Un acteur multi-matériaux conserve une part importante d'ingénierie sur les segments non matures. Pour ceux qui suivent l'écosystème, le calage des stratégies sur les douze prochains mois va valoir le coup d'œil. ## La FFB exige le gel des hausses Olivier Salleron, président de la FFB, n'a pas attendu la fin de la consultation pour planter le drapeau. Sa position publique tient en une phrase : les artisans sont saturés, et toute hausse de barème dans la période de transition serait un mauvais signal. La fédération exige donc le gel des hausses pendant la phase de bascule, autrement dit jusqu'à ce que le nouveau régime soit plein régime en deux mille vingt-sept. C'est une demande défensive, mais elle est ancrée dans le terrain. Les entreprises du bâtiment encaissent depuis trois ans la hausse des matériaux, l'inflation salariale, le ralentissement de la commande publique sur le neuf, et le tour de vis sur les aides à la rénovation énergétique. Un nouveau pic de barème REP, même justifié par la transition vers le nouveau dispositif, serait celui de trop. Le gouvernement va devoir arbitrer. ## Ce qu'un chantier doit anticiper d'ici septembre En clair : le compteur tourne. La consultation se ferme le dix-neuf mai, l'entrée en vigueur est calée au premier septembre, le plein régime arrive en deux mille vingt-sept. Voici ce que je regarderais à la place d'un chef d'entreprise du bâtiment ou d'un maître d'œuvre. D'abord, cartographier les flux de matériaux par catégorie sur les chantiers en cours et à venir : combien de tonnes d'inertes, combien de plâtre, combien de laines, combien d'huisseries. Le futur barème étant segmenté par maturité, le coût REP par chantier va devenir une variable d'arbitrage entre lots, et il vaut mieux la calculer en amont que la subir en aval. Ensuite, intégrer la suppression du transport pris en charge dans la planification logistique. Si vous travaillez en zone urbaine dense avec plusieurs points de massification proches, l'impact est faible. Si vous bossez en zone rurale ou périurbaine éloignée, c'est tout sauf neutre. Voir aussi notre [analyse de la TGAP enfouissement à soixante-neuf euros la tonne](/tgap-2026-enfouissement-69-euros-bascule-incineration/) qui pèse sur les arbitrages exutoire. Enfin, tenir un œil sur les barèmes. Le délai de prévenance de neuf mois est une protection, mais il n'empêche pas une hausse à terme. Mieux vaut intégrer dès maintenant des clauses de révision dans les devis longs, en référençant les conditions REP applicables à la date d'exécution. C'est moins glamour qu'une innovation matériau, mais ça protège la marge. Pour la cohérence d'ensemble du système, voir aussi notre dossier incorporation matière recyclée et primes IMPR deux mille vingt-six qui montre comment les filières plastique se restructurent en parallèle, et notre [panorama des taux de recyclage des matériaux en France](/taux-recyclage-materiaux-france-2026/) pour calibrer où le bâtiment se situe par rapport aux autres flux. ## Mon analyse : refondation utile, exécution à surveiller La réforme tape juste sur trois points : segmenter par maturité au lieu de mutualiser à l'aveugle, recentrer la prise en charge sur le point de massification au lieu de subventionner les chantiers mal organisés, et imposer un préavis de neuf mois sur les barèmes pour rendre les devis fiables. Ce sont trois corrections de design qui auraient dû être là dès la création de la filière. Le risque, c'est l'exécution. Diviser par deux la trajectoire budgétaire de la filière en moins de deux ans, c'est ambitieux. Si les éco-organismes répondent en réduisant leurs investissements sur les segments non matures, on aura un dispositif moins cher mais qui rate sa cible (faire émerger les filières manquantes). Le pilotage par les barèmes et par les indicateurs de capacité de tri sera donc le vrai juge de paix. À surveiller dans les semaines qui viennent : les contributions à la consultation publique (les fédérations professionnelles vont peser), les arbitrages finaux sur le périmètre des matériaux non matures (laine de verre et membranes bitumeuses sont les deux dossiers techniques les plus chauds), et la position du gouvernement sur le gel des hausses demandé par la FFB. Réponse au plus tard à l'été deux mille vingt-six. ## Sources - https://www.ecologie.gouv.fr - https://www.banquedesterritoires.fr - https://www.batiactu.com - https://www.constructionbtp.com --- ## Refashion : 170 000 euros d'amende, et après ? - URL: https://www.recy.net/refashion-amende-170k-dgpr-cahier-charges-avril-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-30T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Une semaine, deux signaux du gouvernement, un même destinataire. Le 24 avril 2026, la rue de Grenelle annonce les orientations d'un nouveau cahier des charges pour la filière REP textile. Le 27 avril, la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) sanctionne Refashion à hauteur de 170 000 euros. Pas un hasard de calendrier. Le système REP textile vient de subir un correctif officiel, et la mécanique mérite qu'on la décortique pas à pas. ## La sanction : ce que dit la lettre DGPR Le motif est précis, et il vaut la peine d'être lu mot pour mot. Refashion est sanctionné pour ne pas avoir respecté son obligation de reprise gratuite des déchets textiles rejetés par les acteurs de l'économie sociale et solidaire en 2024 et 2025. En clair : Emmaüs, Le Relais, la Croix-Rouge collectent, trient, et se retrouvent avec des stocks de rebuts que personne ne reprend. Résultat documenté par l'AFP : des désordres sur la voie publique, et des surcoûts encaissés par les collectivités contraintes d'assurer l'enlèvement, plus les opérateurs ESS qui financent stockage et traitement à leurs frais. Sous le capot, c'est un point de friction classique d'une filière REP : l'éco-organisme finance la collecte, mais les rebuts non valorisables remontent dans le pipeline et bloquent tout en aval. Quand la reprise gratuite n'est pas assurée, c'est l'ESS qui absorbe le choc. Et l'ESS traite plus de 60 % des volumes de la filière, donc le point de blocage n'est pas marginal, il est central. 170 000 euros, c'est peu rapporté au budget Refashion 2023-2028 qui avoisine 1,2 milliard d'euros. Mais le montant n'est pas le sujet. Le signal l'est. La DGPR a confirmé la lettre de pénalité, l'État annonce simultanément un audit complet de l'éco-organisme et une refonte du cahier des charges. Refashion lui-même « prend acte » et parle d'un contexte de crise profonde d'un système à bout de souffle. Quand le sanctionné salue les réformes du sanctionneur, c'est qu'il y a accord sur le diagnostic. ## Trois jours plus tôt : les orientations du 24 avril Avant la sanction, l'annonce. Le 24 avril 2026, le gouvernement publie les orientations d'un nouveau cahier des charges pour Refashion. Attention au vocabulaire : ce sont des orientations annoncées, pas un texte définitif. La consultation s'ouvre pour un mois à partir du 24 avril, et le document final viendra ensuite. La nuance compte parce que c'est le moment où les acteurs ESS, les collectivités et les opérateurs de tri peuvent encore peser sur la version finale. Deux axes structurants ressortent des annonces. D'abord la traçabilité, qui devient une condition pour obtenir le soutien REP : chaque flux sera tracé, chaque euro justifié. C'est une feedback loop ajoutée au système, là où la précédente fonctionnait essentiellement sur déclaratif. Ensuite, l'orientation des contributions des marques vers la structuration d'une filière industrielle française et européenne du recyclage textile. Concrètement : sortir de la dépendance aux marchés export africains qui se sont effondrés sous la pression du textile chinois low-cost. Cette orientation n'est pas neuve. Le 18 mai 2025, Agnès Pannier-Runacher s'était engagée publiquement à une révision profonde du cahier des charges pour « investir massivement dans une filière française et européenne ». Les annonces d'avril 2026 sont l'aboutissement de ce calendrier, avec onze mois de retard sur le calendrier initial qui visait début 2026. ## Le cadre déjà en place : ce qui a bougé en 2026 La refonte ne part pas de zéro. Deux arrêtés ont déjà rééquilibré le système avant la sanction. L'arrêté du 26 janvier 2026 fixe l'aide financière aux opérateurs de tri à 268 euros la tonne pour 2026, avec une enveloppe minimum de 57 millions d'euros, versée trimestriellement (avril, juillet, octobre 2026, puis janvier 2027). C'est un soutien direct au maillon qui suffoquait le plus. L'arrêté du 25 mars 2026, publié au Journal officiel le 28 mars 2026, modifie l'arrêté socle du 23 novembre 2022. Le plafond de tonnage trié éligible au soutien financier passe de 16,5 % à 30 %. Concrètement, les opérateurs peuvent désormais soutenir financièrement deux fois plus de tonnage trié. La mécanique d'incentive est recalibrée pour absorber l'embouteillage. Ces deux textes étaient les rustines préalables. La sanction du 27 avril et le nouveau cahier des charges en consultation, c'est l'étage au-dessus : refonte du système d'agrément lui-même, pas seulement de ses paramètres financiers. ## Pourquoi le système a calé : les chiffres ADEME 2024 Pour comprendre où on en est, il faut regarder les données ADEME consolidées sur 2024. Environ 891 310 tonnes de textiles ont été mises sur le marché français. 289 393 tonnes ont été collectées, soit un taux de 36,5 %. Le tonnage collecté progresse de 7,8 %, et le tonnage trié de 10 %, pour atteindre 206 136 tonnes triées dont 84 % en France. Sur le papier, 99,8 % des textiles collectés sont valorisés, dont 56,8 % en réutilisation seconde main. Les chiffres semblent corrects. Et pourtant la filière sature. Pourquoi ? Parce que la valorisation ne suit pas le rythme des mises sur le marché. Les 600 000 tonnes mises sur le marché mais non collectées finissent dans la poubelle ordinaire, à l'incinérateur ou en décharge. L'éco-contribution Refashion 2024 a généré 139,1 millions d'euros (contre 101,5 millions l'année précédente). Les recettes augmentent vite, les capacités de tri n'augmentent pas au même rythme. Sur ce point, j'ai moins de certitudes que je voudrais. Les sources ne chiffrent pas précisément le volume de rebuts non repris par Refashion qui aurait justifié la sanction. Le motif est qualitatif (« désordres sur la voie publique »), pas quantitatif. Reste à savoir si la DGPR publiera des éléments plus précis dans la décision finale. ## Les causes structurelles : ultra-fast fashion et marchés export Trois facteurs convergent et expliquent pourquoi le pipeline se bouche. D'abord, l'ultra-fast fashion (Shein, Temu et consorts) a multiplié les volumes mis sur le marché, avec des textiles de qualité médiocre qui ne supportent pas la seconde vie. Le ticket d'entrée dans le réemploi devient plus difficile à passer. La [directive ESPR 2026 invendus textile](/directive-espr-2026-invendus-textile/) tente de s'attaquer en amont à ce gisement, mais les effets prendront des années à se matérialiser. Ensuite, l'effondrement des marchés export. L'Afrique de l'Ouest, qui absorbait historiquement une grande partie des textiles triés, ne veut plus jouer le rôle de poubelle textile mondiale. Plusieurs pays ont durci leurs règles d'importation. Le débouché disparaît, les stocks s'accumulent en France. Troisièmement, l'essor des plateformes de seconde main entre particuliers (Vinted en tête) capte les pièces les plus valorisables avant qu'elles n'entrent dans le circuit REP. Ce qui descend dans les bornes de collecte, c'est de plus en plus le bas de gamme, le difficile à valoriser. Le système hérite des rebuts de la seconde main individuelle. Pour aller plus loin sur l'écosystème global, voir l'[état des lieux de la crise Refashion](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/) publié il y a deux mois, et la [filière REP textile vêtements](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) qui détaille le mécanisme de financement. ## Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois La consultation d'un mois sur le nouveau cahier des charges est le moment décisif. Si la traçabilité obligatoire passe en l'état, Refashion devra réoutiller son système d'information pour tracer chaque flux et justifier chaque euro. C'est un chantier IT lourd, et l'éco-organisme n'est pas seul à devoir s'adapter : les opérateurs de tri devront eux aussi remonter des données fines, ce qui suppose des outils que toutes les structures n'ont pas. L'audit annoncé par l'État est l'autre point à suivre. S'il pointe des dysfonctionnements organisationnels au-delà de la seule reprise ESS, le quatrième agrément (2023-2028) pourrait être révisé en cours de route. Refashion est le seul éco-organisme agréé de la filière TLC depuis 2009 (sous le nom Eco TLC à l'origine, créé en 2007), et la question d'un agrément concurrent ou d'une mise sous tutelle a été évoquée par certains parlementaires. Sur le fond, l'hypothèse reste à ce stade peu probable, mais elle n'est plus tabou. Le plan d'action contre l'ultra-fast fashion que Refashion devait remettre avant le 15 mars 2026 reste un autre marqueur. Sa publicité publique, et le sérieux des engagements pris, donneront une indication sur la capacité de l'éco-organisme à reprendre la main sur l'agenda. ## Ce que change concrètement la sanction pour la filière 170 000 euros, c'est anecdotique financièrement. Mais c'est la première sanction publique d'un éco-organisme de cette taille pour défaut de reprise gratuite. Le précédent est posé. Pour les autres éco-organismes des autres filières REP, le message est lisible : la DGPR peut activer le levier sanction quand le maillon ESS souffre. Le système REP français, jusqu'ici largement auto-régulé via les conventions entre éco-organismes et opérateurs, vient de basculer dans un régime où l'État reprend la main sur les défaillances opérationnelles. Pour les collectivités, c'est un point d'appui. Le cahier des charges révisé devrait clarifier les obligations de reprise des rebuts ESS, ce qui leur évitera de payer pour un service que Refashion devait assurer. Les surcoûts d'enlèvement public pesaient lourd dans certains budgets municipaux, surtout dans les territoires denses où la collecte sauvage de textile devient un vrai sujet de propreté urbaine. Pour les opérateurs ESS, le calcul est plus serré. La sanction valide leur diagnostic, mais ne résout pas leur trésorerie immédiate. Tant que le nouveau cahier des charges n'est pas publié et que les flux financiers révisés ne s'écoulent pas, les ressourceries continuent de stocker à perte. Le décalage entre la décision politique et l'effet terrain pourrait durer six à douze mois. Le gouvernement vient de poser un correctif sur le système. Reste à voir si la mécanique tient sur la durée, ou si les rebuts continueront de s'accumuler le temps que la nouvelle architecture se mette en place. Sur ce point précis, la consultation d'un mois est le moment où les acteurs de terrain doivent peser. Pas dans six mois, quand le texte sera figé. ## Sources - [AFP via Boursedirect, Gestion des déchets textiles : le gouvernement sanctionne Refashion](https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/economie/gestion-des-dechets-textiles-le-gouvernement-sanctionne-l-eco-organisme-refashion-afp-0deb7376f174722baa4186061ca4afbbc406b6a6) - [lEnergeek, Refashion recyclage : pourquoi l'État sanctionne l'éco-organisme](https://lenergeek.com/2026/04/28/refashion-recyclage-pourquoi-etat-sanctionne-eco-organisme/) - [CBNews, Recyclage vêtements : le gouvernement donne de nouvelles orientations](https://www.cbnews.fr/cb/recyclage-vetements-gouvernement-donne-nouvelles-orientations) - [ADEME, Filière REP TLC](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [Ressourcerie.fr, Article AFP sur la sanction Refashion](https://ressourcerie.fr/article-afp-leco-organisme-refashion-sanctionne/) - [Ministère de l'Écologie, Pannier-Runacher engage la révision du cahier des charges REP TLC](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/agnes-pannier-runacher-engage-revision-du-cahier-charges-filiere-rep-textiles-linge-maison) - [AGEX, Aide financière ajustée opérateurs textile 2026](https://www.agex.fr/2026/02/16/responsabilite-elargie-des-producteurs-de-textile-une-aide-financiere-ajustee/) --- ## REP EPRO juillet 2026 : 3 éco-organismes, PME larguées - URL: https://www.recy.net/rep-epro-juillet-2026-eco-organismes-pme-adhesion/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-28T06:00:00 - Categories: recyclage Sous le capot, la REP emballages professionnels ressemble à un système multi-joueurs lancé sans tutoriel sérieux. Le décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025 entre en vigueur juridiquement le 1er janvier 2026. Mais c'est le 1er juillet 2026 que les obligations basculent en mode opérationnel : démarrage des éco-contributions, agrément effectif des éco-organismes, ouverture du portail d'adhésion. Six semaines avant que le règlement européen PPWR n'active ses propres mécaniques, les producteurs français doivent déjà avoir choisi leur camp parmi trois prestataires. Et le constat de Citeo Pro est sans appel : la préparation est "très hétérogène". Traduction : les grandes entreprises sont prêtes, les PME découvrent le dispositif à six semaines du go-live. Je traite les filières REP comme on lit un patch note. Il y a toujours un écart entre ce que le texte annonce et ce que les joueurs comprennent. Sur l'EPRO, l'écart devient un gouffre. ## Le calendrier qui sépare les deux dates Première confusion à dissiper. Il n'y a pas une date de bascule, il y en a deux. Le décret 2025-1081 entre en vigueur le 1er janvier 2026 : c'est l'existence juridique de la filière. Mais l'arrêté du 2 décembre 2025 portant cahier des charges des éco-organismes fixe le démarrage opérationnel au 1er juillet 2026. Pas de rétroactivité des contributions sur le premier semestre. Calendrier confirmé par l'ADEME et par les trois candidats à l'agrément. Concrètement, le 1er juillet, la filière EPRO remplace deux dispositifs antérieurs : la REP emballages de la restauration (mars 2024) et la REP emballages industriels et commerciaux ou EIC (janvier 2025). Tout fusionne dans un périmètre unique. Près de 18 millions de tonnes d'emballages professionnels à usage unique et réemployables sont mises sur le marché français chaque année (Citeo Pro, décembre 2025). Le sous-périmètre EIC seul tournait autour de 7 à 8 millions de tonnes selon le ministère. La fusion change l'échelle. Pour comprendre comment cette filière s'inscrit dans le panorama global de l'AGEC, voir le [bilan complet de la loi AGEC pour 2025-2026](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) et l'[analyse de la REP emballages professionnels publiée fin 2025](/rep-emballages-professionnels-2026/) qui couvre l'angle Citeo historique. ## Trois candidats à l'agrément, pas trois agréés Précision qui change tout. Au 26 avril 2026, Citeo Pro, Léko et Twiice sont candidats à l'agrément, pas encore officiellement agréés. Dossiers déposés avant la deadline du 28 février 2026, instruction ministérielle en cours, agrément formel attendu pour le 1er juillet. Citeo Pro est le seul à disposer d'un agrément actif sur un périmètre partiel : du 11 mars 2024 au 31 décembre 2029, sur la restauration. Léko vient des emballages ménagers, où il opère depuis l'arrêté du 27 décembre 2023, sous l'ombrelle du groupe RAAN/Reclay qui coordonne sept éco-organismes en Europe et au Canada. Twiice est le seul 100 % spécialisé sur les emballages professionnels : créé en 2019 à but non lucratif, il regroupe trente industriels et organisations professionnelles associés. Pour piloter la cohérence inter-organismes, le dispositif prévoit l'OCAEPRO, structure privée dont les éco-organismes détiennent exclusivement le capital. C'est la couche d'orchestration qui évite trois interlocuteurs avec trois grilles différentes. Sur le papier, élégant. En pratique, on verra à l'usage. ## La sanction, le levier qui change la conversation Là où les PME se trompent, c'est en pensant que le 1er juillet 2026 est une date négociable. Ce n'est pas le cas. L'article L541-9-5 du Code de l'environnement prévoit une sanction administrative pouvant atteindre 7 500 € par unité ou par tonne de produit commercialisé en cas de non-adhésion à un éco-organisme agréé. Astreinte journalière jusqu'à 20 000 € tant que la situation n'est pas régularisée. En cas de défaut d'enregistrement sur le registre SYDEREP de l'ADEME, ou d'informations inexactes, amende supplémentaire jusqu'à 30 000 €. Récidive dans les deux ans : montants doublés. Le pénal existe aussi, article L541-46 : jusqu'à 4 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende pour gestion non conforme de déchets. Multipliez l'amende administrative par les tonnes mises en marché : pour une PME qui pèse plusieurs dizaines de tonnes d'emballages par an, l'arithmétique est brutale. Personne n'a envie de tester la mécanique d'application. En parallèle, à partir du 1er avril 2026, les places de marché e-commerce ont l'obligation de vérifier l'adhésion REP de leurs vendeurs et de suspendre les non-conformes. Pour qui vend en B2B via marketplaces, l'éviction commerciale peut arriver avant la sanction administrative. ## Qui est concerné, et comment adhérer Le seuil d'assujettissement : toute entreprise qui met sur le marché plus de 10 000 unités de produits emballés par an entre dans le périmètre EPRO (source ADEME). C'est un seuil bas. La majorité des PME industrielles, des distributeurs B2B, des fabricants de produits manufacturés sont concernés. La procédure d'adhésion tient en cinq étapes : identifier le statut de "metteur en marché", s'enregistrer sur SYDEREP, adhérer à l'un des trois éco-organismes une fois agréés, déclarer les volumes, payer l'éco-contribution. Sur le coût d'entrée, le seul ordre de grandeur publiquement connu vient de la filière restauration en vigueur : Citeo Pro applique un minimum contributif de 80 € HT par an. Les barèmes EPRO complets par matériau (papier-carton, bois, plastique, métal) ne sont pas publiés à date, ils seront communiqués aux adhérents après l'agrément officiel. J'ai cherché dans les annexes des cahiers des charges, pas trouvé de grille opposable. C'est l'angle mort actuel pour quiconque veut budgéter 2026. Pour les producteurs de plastique qui voudraient compenser une partie des contributions par les primes à l'incorporation, voir le dispositif détaillé dans l'article sur les primes IMPR plasturgistes 2026. ## Le budget filière donne la mesure du virage L'enveloppe prévue pour la première année complète (2026) est de 302 millions d'euros, dont 145 millions dédiés aux plastiques non dangereux. À horizon 2030, le budget projeté est autour de 600 millions d'euros par an si les objectifs sont atteints (chiffres cahier des charges Citeo Pro). L'objectif de réemploi des emballages de transport est fixé à 40 % d'ici 2030. La trajectoire à parcourir : seulement 26 % de recyclage pour les plastiques professionnels en 2024-2025, alors que le cahier des charges vise 50 % en 2028 et 55 % en 2030. Sur le carton, c'est l'inverse : déjà au-dessus de 85 %, objectif européen atteint. Répartition du gisement par matériau : 50 % papier-carton, 35 % bois, 13 % plastiques, 2 % métaux (données Twiice 2024-2025). Le levier d'amélioration est concentré sur le plastique, et c'est exactement là que portent les 145 millions de l'enveloppe. Pour le calendrier européen qui arrive juste après, voir l'analyse du [règlement PPWR à partir du 12 août 2026](/ppwr-12-aout-2026-entree-vigueur-filiere-emballage-france/), qui s'enchaîne directement sur le scope emballages. ## Ce qu'une PME doit vérifier avant fin juin Trois chantiers prioritaires. Un : confirmer si l'entreprise dépasse le seuil des 10 000 unités emballées par an. Si oui, l'enregistrement SYDEREP est obligatoire. Deux : préparer la collecte interne des données volumétriques par matériau sur l'année 2025, parce que la première déclaration EPRO portera sur ces volumes. Trois : suivre les communications officielles d'agrément en juin pour choisir l'éco-organisme cible. Le choix entre Citeo Pro, Léko et Twiice dépendra des barèmes spécifiques publiés post-agrément et des services associés. Le 1er juillet 2026 n'est pas une date marketing. C'est le démarrage d'un dispositif à 302 millions d'euros pour sa première année, avec un cadre de sanction calibré pour faire mal aux retardataires. Le constat de Julien Dubourg, président exécutif de Citeo Pro, mérite d'être relu : la préparation est "très hétérogène". Traduction polie : une partie du roster va manger le mur. Pour celles qui s'y prennent encore en avril, il reste juste assez de temps. Pour celles qui découvrent le dispositif en septembre, ce sera trop tard. ## Sources - [ADEME, filière EPRO](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EPRO) - [ADEME, actualité EPRO 2026](https://filieres-rep.ademe.fr/actualites/filiere-EPRO) - [Citeo Pro, REP emballages professionnels](https://www.citeopro.com/rep-emballages-professionnels/) - [Citeo Pro, FAQ emballages restauration](https://www.citeopro.com/faq-emballages-de-la-restauration/) - [Citeo Pro, cahier des charges REP EPRO](https://www.citeopro.com/le-mag/cahier-des-charges-rep-des-emballages-professionnels-le-pre-projet-est-devoile/) - [Citeo Pro, OCAEPRO organisme coordonnateur](https://www.citeopro.com/le-mag/a-quoi-sert-locaepro-organisme-coordonnateur-de-la-rep-epro/) - [Citeo Pro, ce qu'il faut retenir](https://www.citeopro.com/le-mag/rep-emballages-professionnels-ce-quil-faut-retenir/) - [Twiice, calendrier ministère 2026](https://www.twiice.org/rep-emballages-professionnels-calendrier-ministere-2026/) - [Twiice, qui sommes-nous](https://www.twiice.org/a-propos/qui-sommes-nous/) - [Twiice, notre organisation](https://www.twiice.org/a-propos/notre-organisation/) - [Léko, REP emballages professionnels](https://www.leko-organisme.fr/en/la-rep-des-emballages-professionnels/) - [Banque des Territoires, décret cadre EPRO](https://www.banquedesterritoires.fr/filiere-rep-des-emballages-professionnels-le-decret-cadre-est-paru) - [Le Journal des Entreprises, préparation hétérogène](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/les-entreprises-encore-insuffisamment-pretes-gerer-les-dechets-issus-des-emballages-professionnels-2135283) - [Hubency, REP emballages pro mode d'emploi](https://www.hubency.com/recyclage-mode-demploi/blog/2025/rep-emballages-pro/) - [Goodwill-management, nouvelle filière EPRO](https://goodwill-management.com/goodnews/nouvelle-filiere-rep-emballages-professionnels-epro/) - [Ministère de la transition écologique, cadre général REP](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/cadre-general-filieres-responsabilite-elargie-producteurs) - [Ministère, emballages professionnels](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/emballages-professionnels) - [Restauration21, transition vers EPRO](https://www.restauration21.fr/restauration21/2025/12/en-vigueur-au-1er-janvier-2026-la-rep-emballages-professionnels-remplacera-la-rep-emballages-de-la-restauration-le-1er-juillet-2026.html) - [France Filière Pêche, mise en œuvre EPRO](https://www.francefilierepeche.fr/filiere-rep-des-emballages-professionnels-un-premier-pas-important-mais-une-mise-en-oeuvre-encore-en-construction-2/) - [Décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052587525) - [Avocat24, article L541-46 Code environnement](https://avocat24.fr/laws/code-de-lenvironnement/article-l541-46) --- ## TGAP 2026 : 69 €/t enfouissement, vraie bascule UVE ? - URL: https://www.recy.net/tgap-2026-enfouissement-69-euros-bascule-incineration/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-28T06:00:00 - Categories: dechets La TGAP 2026 sur l'enfouissement passe à 69 euros la tonne. L'incinération haute performance reste à 16 euros. Différentiel : 53 euros la tonne, en faveur de l'incinération. Sur le papier, le calcul d'un opérateur est vite fait : taxer la décharge plus cher qu'un brûleur récupérant assez de chaleur, c'est inviter mécaniquement le tonnage à changer de filière. Et tout le monde, du Syctom à Zero Waste France en passant par AMORCE, agite ce risque depuis le PLF. Sauf qu'il y a un détail qui dérange. Entre 2018 et 2022, l'incinération française n'a pas bougé. Stable, autour de 14,4 millions de tonnes, alors que l'écart de TGAP était déjà là (15 contre 65 euros la tonne en 2025). Si la "bascule mécanique" était si automatique, on aurait dû la voir. On ne l'a pas vue. Donc avant de gober le scénario, je préfère poser les chiffres et regarder ce qui tient vraiment. ## La thèse de la bascule : ce qu'elle dit La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février (loi n° 2026-103), publiée au JO du 20 février, fixe la nouvelle grille de la TGAP-Déchets. Tarif applicable depuis le 19 février 2026. Pour l'enfouissement de déchets non dangereux en ISDND : 69 euros la tonne, avec une trajectoire prévue à 73 en 2027, 77 en 2028, 81 en 2029, 85 en 2030. Quatre euros de plus chaque année, en ligne droite. Côté incinération performante, c'est-à-dire les UVE qui atteignent le seuil de rendement énergétique R1 de 0,65 (0,60 pour les installations autorisées avant 2009 sans modification notable de capacité), le tarif tient à 16 euros la tonne en 2026. Trajectoire douce : +1 euro par an jusqu'à 20 euros en 2030. Pour l'incinération non performante, on est à 29 euros la tonne en 2026, +4 euros par an. Source : tableaux complets publiés par reglementation-environnement.com et FNTP. Le différentiel actuel entre enfouissement et incinération performante atteint donc 53 euros la tonne. Et selon Zero Waste France, 80 % des tonnages incinérés en France bénéficient du tarif réduit performant ; 70 % des UVE françaises atteignaient déjà le seuil R1 en 2022. Autrement dit, la quasi-totalité du parc d'incinérateurs encaisse une TGAP quatre fois moins lourde que la décharge. Les chiffres macros confirment l'effet de levier. Le Syctom rappelle que 85 % de la TGAP-Déchets est supportée par les collectivités (1 milliard d'euros de recettes en 2024). AMORCE chiffre une hausse possible de 100 à 300 millions d'euros par an pour les ménages. Intercommunalités de France parle d'un alourdissement de plus de 60 % des coûts pour les collectivités en 2030 par rapport à 2025. Surcoût estimé pour les territoires encore très dépendants de l'enfouissement : 4 à 8 euros par habitant et par an, selon l'AdCF. Le raisonnement est imparable au tableur. Un syndicat de traitement qui négocie son contrat avec un prestataire de filière a tout intérêt à orienter le flux vers une UVE plutôt que vers une ISDND. Économie immédiate sur la taxe. Donc bascule. Donc moins d'enfouissement, plus d'incinération. CQFD. ## L'antithèse : les données ADEME refusent de coopérer Sauf que. Les volumes de déchets ménagers et assimilés enfouis sont passés de 18,8 millions de tonnes en 2018 à 14,2 millions en 2022, soit moins 24 %. Sur la même période, l'incinération est restée stable à 14,4 millions de tonnes (contre 14,7 en 2018). Données SINOE ADEME, publiées par Zero Waste France. Le nombre d'ISDND est tombé de 238 sites à 174, soit moins 25 %, sur 2014-2022. Lecture de terrain : ce n'est pas l'incinération qui a absorbé les tonnes sorties de l'enfouissement. C'est principalement la baisse des déchets résiduels (extension des consignes de tri, déploiement progressif de la collecte des biodéchets, montée du recyclage) et la réorientation vers d'autres filières comme les CSR. Pour ceux qui veulent creuser ce levier précis, j'avais détaillé pourquoi les [combustibles solides de récupération peinent à décoller](/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france/) malgré une capacité installée bien supérieure aux tonnages produits. L'incinération française tient donc plus de la stagnation que de l'expansion. Les UVE tournent à capacité quasi-pleine depuis dix ans, les nouvelles autorisations sont devenues rarissimes (refus de population, opposition d'élus, contentieux ICPE), et les opérateurs investissent davantage dans la valorisation côté turbine (montée du R1, captage CO2 expérimental) que dans des fours neufs. Pour comprendre cette dynamique, le démonstrateur du Mans documenté dans le premier projet CCUS sur incinérateur de déchets résume bien la trajectoire : on cherche à rentabiliser les fours existants, pas à en construire d'autres. Donc la "bascule" sous-entendue par les opposants à la trajectoire TGAP est un risque économique, oui. Une mécanique incitative, oui. Un phénomène déjà observé sur la séquence 2018-2022, non. ## Le vrai sujet : recycler, pas brûler Là où Zero Waste France a raison, c'est sur le quatrième terme de l'équation, le moins discuté. Le recyclage n'est pas soumis à la TGAP. L'écart de 53 euros entre enfouissement et incinération performante n'est pas un signal "recycle", c'est un signal "brûle au lieu d'enfouir". Ce qui n'est pas la même chose. Et un opérateur qui choisit entre investir dans une chaîne de tri performante (lourd, long, capex à amortir) ou orienter le flux vers une UVE existante (signature de marché, tonne en CET ou en UVE, comptabilité réglée) prend la deuxième option. Pas par cynisme. Par arithmétique de bilan. C'est exactement ce que dit la position publique de Zero Waste France : les recettes supplémentaires de la TGAP devraient être fléchées vers le Fonds vert et redistribuées aux collectivités investissant dans la prévention (compostage, ressourceries, éco-conception). Ce qui rejoint le constat global posé sur la [fiscalité déchets 2026 et l'effondrement du Fonds vert](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/) : on taxe pour signaler la sortie de l'enfouissement, sans armer les territoires qui doivent investir dans les alternatives. Petite digression terrain. Dans les bureaux, les responsables techniques que je croise font tous le même constat : les marges de progrès massives ne sont plus dans le mix incinération-enfouissement, elles sont dans la prévention amont et le tri à la source. C'est moins sexy qu'une grande UVE qui produit du chauffage urbain. C'est ce qui marche vraiment, à condition que les budgets suivent. Et là, on est mal partis. ## Mon verdict La hausse à 69 euros la tonne en 2026 ne va pas, à elle seule, déclencher une vague de tonnages partant de la décharge vers l'incinération. L'historique 2018-2022 le prouve : les UVE françaises sont saturées, les nouvelles autorisations rarissimes, et la baisse de l'enfouissement vient principalement de l'amont (tri, biodéchets, CSR). Le scénario "bascule mécanique" est un risque structurel à surveiller, pas un fait de marché. En revanche, le vrai problème est ailleurs. La TGAP signale qu'il faut sortir de l'enfouissement, sans signaler qu'il faut aller vers le recyclage. Et le Fonds vert qui aurait pu compenser cette ambiguïté s'effondre. Les collectivités prennent 700 millions d'euros de surcoût cumulé d'ici 2030 selon le Syctom, sans recette fléchée pour investir dans la prévention. C'est ça, le vrai débat. Pas la bascule fantasmée vers l'incinération. Sur ce point, j'avoue que je n'ai pas une réponse politique tranchée. Faut-il flécher la TGAP vers le Fonds vert (position AMORCE et Zero Waste France) ? Faut-il déplacer la fiscalité vers les metteurs en marché plutôt que les collectivités ? Faut-il intégrer un critère climat à la TGAP comme le demande la FNADE ? Trois pistes qui se valent sur le papier, et dont aucune n'est dans la LFI 2026. Pour mémoire, le projet initial du gouvernement visait 105 euros la tonne en 2030 avec +7 à 9 euros par an : la trajectoire finale a été divisée par deux. Compromis budgétaire, pas vision industrielle. À court terme, ce qui se passera en 2026 dépendra moins de la TGAP que de la capacité des collectivités à boucler leurs budgets sans transférer la note sur la TEOM. Pour les territoires encore très dépendants de l'enfouissement, le surcoût de 4 à 8 euros par habitant et par an n'est pas anodin. Et pour comprendre où s'inscrit cette stratégie dans le cadre plus large de la transformation des filières, le tour d'horizon des [principes et leviers de l'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) reste un point d'entrée utile. Verdict simple : la TGAP 2026 n'est pas une bombe à incinération. C'est une taxe sans contrepartie, qui pèse sur les collectivités sans armer les alternatives. Le vrai sujet, le vrai débat, c'est celui-là. ## Sources - [FNTP, TGAP 2026 : les montants sont publiés](https://www.fntp.fr/tgap-2026-les-montants-sont-publies/) - [Zero Waste France, Budget 2026 : fiscalité incitative et déchets enfouis/incinérés](https://www.zerowastefrance.org/budget-2026-fiscalite-incitative-dechets-enfouis-incineres/) - [Syctom, une hausse de la TGAP qui pèsera sur les services publics de traitement des déchets](https://www.syctom-paris.fr/actualites/une-hausse-de-la-tgap-qui-pesera-sur-les-services-publics-de-traitement-des-dechets.html) - [Intercommunalités de France, PLF 2026 : il faut supprimer la hausse de la TGAP](https://www.intercommunalites.fr/actualite/plf-2026-il-faut-supprimer-la-hausse-de-la-tgap/) - [AMORCE, PLF 2026 : éviter que les contribuables français ne paient la facture](https://amorce.asso.fr/actualite/plf-2026-eviter-que-les-contribuables-francais-ne-paient-la-facture-des-restrictions-budgetaires-en-matiere-de-transition-ecologique-et-energetique) - [AMORCE / FNADE-SVDU, note d'aide au calcul de la performance énergétique des UVE](https://amorce.asso.fr/actualite/la-fnade-et-le-svdu-publient-une-note-d-aide-au-calcul-de-la-performance-energetique-des-uve) - [BoFiP, barème TGAP 2024-2025](https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/12765-PGP.html/identifiant=BOI-BAREME-000039-20241218) - [BoFiP, rescrit RES-TCA-000259 (transfert CIBS)](https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/15018-PGP.html/identifiant=BOI-RES-TCA-000259-20260311) - [KPMG, promulgation de la loi de finances 2026](https://kpmg.com/av/fr/avocats/eclairages/2026/02/promulgation-de-la-loi-de-finances-2026.html) - [Consoglobe, hausse de la taxe sur les déchets : combien ça va coûter aux ménages](https://www.consoglobe.com/hausse-de-la-taxe-sur-les-dechets-combien-ca-va-couter-aux-menages-cg) --- ## Indice durabilité : l'étiquette qui force l'électroménager - URL: https://www.recy.net/indice-durabilite-2026-france-electromenager-affichage-obligatoire/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-27T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Sous le capot, l'indice de durabilité ressemble à un système de scoring branché en live sur l'électroménager. Note de 0 à 10 avec une décimale, pictogramme sablier, code couleur du rouge foncé au vert, affichage obligatoire à côté du prix. Depuis le 8 janvier 2025 pour les téléviseurs, depuis le 8 avril 2025 pour les lave-linge hublot et top, le dispositif tourne en production sur des millions de références. Et la DGCCRF a sorti l'arsenal : jusqu'à 3 000 € par manquement pour une personne physique, 15 000 € pour une personne morale (article L. 541-9-4 du Code de l'environnement). Pas de quoi ruiner un constructeur, largement de quoi recadrer un distributeur qui aurait oublié d'imprimer l'étiquette. Deuxième itération française d'un même mécanisme. L'indice de réparabilité tournait depuis le 1er janvier 2021 sur cinq catégories, puis quatre de plus en novembre 2022. La France passe à un cran au-dessus en ajoutant la fiabilité à la réparabilité. Avec déjà des failles que les fabricants exploitent. ## Le moteur : deux familles de critères, pas neuf Petit malentendu à corriger. On lit parfois "neuf critères" dans la presse. La réalité de l'arrêté du 5 avril 2024 est plus précise. L'indice repose sur **deux familles** : la **réparabilité** (4 critères, 10 sous-critères pour le lave-linge) et la **fiabilité** (3 critères, 12 sous-critères au total selon le même arrêté). La famille réparabilité reprend les briques classiques de l'ancien indice : disponibilité de la documentation technique, caractéristiques de démontage, disponibilité et délai de livraison des pièces détachées, prix des pièces rapporté au coût de l'équipement. La famille fiabilité, c'est la nouveauté : résistance à l'usure et au stress, facilité de maintenance, garantie commerciale, processus qualité. Pour un lave-linge, l'arrêté demande aux fabricants de démontrer une résistance entre **1 400 et 3 400 cycles** (estimation Halte à l'Obsolescence Programmée : 9 à 22 ans à 3 cycles par semaine). Seuil bas franchement permissif, seuil haut qui sépare déjà les machines premium du milieu de gamme. ## Le calcul, l'affichage, la traçabilité Code couleur rigide : vert (8 à 10), jaune (6 à 7,9), orange (4 à 5,9), rose-rouge (2 à 3,9), rouge foncé (0 à 1,9). Pictogramme sablier visible et lisible à côté du prix en magasin. En ligne, taille équivalente à celle du prix sur toutes les pages produit. Deux obligations qui changent la donne pour qui veut auditer. Les fabricants doivent publier les données de calcul sur **data.gouv.fr** (un dataset Miele est déjà en ligne pour les lave-linge). Et le tableau détaillé doit être accessible en un clic en ligne, ou sur demande en magasin (réponse sous 5 jours ouvrés, conservation au moins 2 ans après mise en marché). Pour calibrer le contraste, le vieil [indice de réparabilité reposait sur cinq critères](/indice-reparabilite-score-produits-guide/) et restait muet sur la durée de vie réelle. Un bon score réparabilité ne disait rien d'un produit qui tombe en panne chaque année. C'est cette lacune que la fiabilité comble. La vue d'ensemble, [Guillaume l'a posée le mois dernier sur la transition réparabilité vers durabilité](/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026/) : je creuse ici la mécanique d'application. ## Le bug le plus gros : les smartphones sortent par la porte de derrière Faille de design qu'aucun communiqué officiel n'aime mettre en avant. Les smartphones, poster boy de l'indice de réparabilité depuis 2021, **sont exclus de l'indice de durabilité**. Pas par oubli. Par décision de Bruxelles. Depuis juin 2025, une **étiquette énergie européenne** remplace l'indice français pour les smartphones et tablettes. Le règlement UE impose ses propres critères, ce qui empêche la France de maintenir un dispositif national plus exigeant. Et cette étiquette comporte seulement **4 critères** (résistance aux chutes, réparabilité, endurance batterie, protection eau et poussière), là où l'indice de durabilité aurait empilé deux familles entières. Halte à l'Obsolescence Programmée l'a qualifiée de "moins ambitieuse" que ce qui était prévu côté français. Un indice qui démarre amputé de la catégorie qui aurait fait le plus de bruit médiatique. ## Les téléviseurs, deuxième angle mort L'autre angle mort, ce sont les critères trop faciles à remplir. HOP a identifié des sous-critères côté téléviseurs où des points sont accordés pour des actions triviales. Exemple cité : un rappel "éteindre l'appareil après usage" suffit à décrocher des points sur la maintenance accessible. La grille de scoring n'a manifestement pas été calibrée avec la même rigueur sur toutes les catégories. Le lave-linge bénéficie d'une expertise terrain (enquête HOP : durée de vie des lave-linge passée de 10 à 7 ans entre 2010 et 2018, soit -30 %). Le téléviseur traîne des sous-critères molles qui gonflent les notes sans refléter la durée de vie réelle. Reste à savoir si la prochaine itération des arrêtés viendra resserrer la grille. C'est le point sur lequel je suis le moins certain : les révisions de critères se négocient longuement avec les fédérations professionnelles. ## Les sanctions, et la couverture de contrôle qui suit pas DGCCRF en autorité de contrôle. Son arsenal : jusqu'à **3 000 €** par manquement pour une personne physique, **15 000 €** pour une personne morale (article L. 541-9-4). Ces chiffres remplacent un autre montant qui circule à tort sur certains sites tiers. La source primaire reste Légifrance. Pour mesurer la dissuasion réelle, le seul bilan publié concerne l'**indice de réparabilité** (l'indice de durabilité étant trop récent pour un bilan terrain). L'enquête DGCCRF 2024 couvrait plus de 15 000 références dans plus de 400 établissements. Plus de 30 % des professionnels contrôlés présentaient des manquements graves. La répression : 140+ avertissements, 100+ injonctions, 26 amendes administratives, 6 procès-verbaux pénaux. Pour un marché de plusieurs millions d'unités par an, la couverture est limitée. Élégante en théorie, sous-dimensionnée en pratique. C'est pour ça que la transparence sur data.gouv.fr compte autant que les sanctions : quand un fabricant publie ses données, une association de consommateurs ou un concurrent peut auditer et signaler une incohérence. Le crowdsourcing compense partiellement la faiblesse des effectifs. ## Les fabricants, joueurs au scoring Premier exemple de note publique : Samsung a publié un document daté du 24 février 2025 attribuant **8,7 sur 10** à un modèle de lave-linge spécifique. Vert affiché en rayon. Attention à ne pas extrapoler : c'est un score sur **un seul modèle**, pas la note moyenne de la marque. Aucun comparatif synthétique inter-marques n'est publié à ce jour, malgré la disponibilité des données brutes sur data.gouv.fr. Sur l'effet macro, les seules données chiffrées concernent l'ancien indice de réparabilité, mesurées par l'ADEME entre janvier 2021 et décembre 2022 : +12 % d'amélioration moyenne pour les smartphones, +9 % pour les téléviseurs, +4 % pour les lave-linge hublot. Effet plafond classique : les premières années rapportent gros, les suivantes demandent du redesign profond. Toujours selon l'ADEME, 62 % des Français connaissent l'indice de réparabilité et 71 % de ceux qui le connaissent lui font confiance. Adoption notable pour un dispositif de cinq ans. ## Et après : la troisième vague Les textes attendus en 2026 viseraient les **vélos à assistance électrique, robots de cuisine, appareils de coiffage soufflant et enceintes audio**, avec entrée en vigueur six mois environ après publication. Aspirateurs, lave-vaisselle, ordinateurs portables, nettoyeurs haute-pression et tondeuses électriques restent sous l'ancien indice de réparabilité, en attendant leur bascule. Le dispositif s'inscrit dans la continuité de la [loi AGEC, dont le bilan 2025-2026 confirme la montée en puissance des outils anti-gaspillage](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/). À long terme, l'enjeu reste de réduire le flux de [DEEE entrant dans les filières de recyclage en jouant sur la durée de vie en amont](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/). Plus les produits durent, moins la filière aval doit en absorber. L'étiquette n'est pas une révolution, c'est une boucle de feedback entre l'industrie et le consommateur. Avec ses bugs, ses exploits, ses sous-critères mous. Mais avec un vrai effet de discrimination quand on compare deux modèles sur un rayon. À voir si la troisième vague resserrera les nœuds laissés filer. ## Sources - [Indice de durabilité, ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-durabilite) - [Affichage de l'indice de durabilité pour les lave-linge, service-public.gouv.fr](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17994) - [Obligations indice de durabilité, entreprendre.service-public.gouv.fr](https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F38092) - [Décret n° 2024-316 du 5 avril 2024 relatif à l'indice de durabilité, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049375942) - [Position de Halte à l'Obsolescence Programmée sur l'indice de durabilité](https://www.halteobsolescence.org/indice-durabilite/) - [« L'indice de durabilité servira autant aux acheteurs qu'aux fabricants », ADEME Infos (2025)](https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2025/lindice-de-durabilite-servira-autant-aux-acheteurs-quaux-fabricants-dappareils-electriques/) - [Écoconception : plus de 15 000 appareils contrôlés en 2024, Neomag / DGCCRF](https://www.neomag.fr/article/10599/ecoconception-plus-de-15-000-appareils) - [Abandon de l'indice de durabilité du smartphone, leclaireur.fnac.com](https://leclaireur.fnac.com/article/450765-abandon-de-lindice-de-durabilite-du-smartphone-un-elargissement-a-leurope-assorti-dun-appauvrissement/) - [Entrée en vigueur de l'indice de durabilité, blog.avocats.deloitte.fr](https://blog.avocats.deloitte.fr/entree-en-vigueur-de-lindice-de-durabilite-des-produits-electriques-et-electroniques/) --- ## PPWR 12 août 2026 : le jeu industriel qui démarre vraiment - URL: https://www.recy.net/ppwr-12-aout-2026-entree-vigueur-filiere-emballage-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-26T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Sous le capot, PPWR ressemble à un moteur de jeu qu'on a livré en early access un an avant le build final. Le texte est publié au Journal officiel de l'Union européenne depuis le 22 janvier 2025. Il est entré en vigueur le 11 février 2025. Mais l'application concrète des obligations démarre le 12 août 2026. Dix-huit mois de compte à rebours, pendant lesquels les industriels français ont eu le loisir de lire le patch note, de tester leur pipeline, de pleurer sur certaines mécaniques. Le 12 août, c'est le jour où le serveur passe en prod. Et je peux vous dire qu'une partie du roster n'est pas prête. Je bosse sur les systèmes réglementaires comme je lirais un game design document. Il y a toujours un décalage entre les règles affichées et ce que les joueurs comprennent. Le règlement (UE) 2025/40, ou PPWR pour les intimes, ne fait pas exception. Dans la presse packaging, j'ai lu des trucs comme "100 % de recyclabilité obligatoire dès 2026" ou "30 % de matière recyclée dans toutes les bouteilles PET". C'est faux. Ce n'est pas ce qui se passe au 12 août. Le game design est plus subtil que ça, et il vaut mieux le connaître avant de perdre ses vies. ## Le patch du 12 août 2026 : ce qui active, ce qui attend Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Compostage industriel : la France sans filière](/compostage-industriel-emballages-biosources-filiere-france). Première clarification, parce qu'elle est load-bearing pour tout le reste. Au 12 août 2026, quatre mécaniques s'activent sur le marché européen. La **déclaration de conformité UE** devient obligatoire pour chaque type d'emballage mis sur le marché. Les articles 38 et l'annexe VII du règlement imposent que chaque référence soit couverte par une déclaration signée. Le cabinet Greenberg Traurig l'a résumé en août 2025 : "Every packaging type placed on the EU market from August 12, 2026 must be covered by an EU declaration of conformity." Pas de déclaration, pas de mise en marché. C'est une porte d'entrée administrative, pas un simple formulaire. L'**interdiction des formats listés en annexe V** tombe le même jour. Double fonds, boîtes dans les boîtes, mini-portions individuelles non nécessaires dans l'hôtellerie et la restauration. Le texte vise les formats conçus pour tromper sur le contenu réel. Concrètement, une flotte entière de références packaging disparaît du catalogue industriel. La règle **40 % d'espace vide maximum** s'applique aux colis e-commerce, sauf impossibilité technique documentée. Le matériau de calage compte comme espace vide. Pour qui a déjà ouvert un colis Amazon de 45 cm pour y trouver une clé USB, c'est la fin d'un confort logistique. Et en 2030, la vis se resserre : le plafond passe à 50 % pour tous les emballages de transport. Les **seuils PFAS** dans les emballages alimentaires deviennent opposables : 25 ppb par analyse ciblée, 250 ppb pour la somme des PFAS, 50 ppm au total incluant les polymères. Les industriels qui utilisaient des revêtements fluorés sur leurs boîtes à pizza ou leurs contenants de fast-food doivent basculer sur des alternatives. La bascule n'est pas triviale techniquement. Voilà pour ce qui s'allume. Maintenant, ce qui reste off. Le seuil **30 % de matière recyclée pour les bouteilles PET boissons** n'est pas au 12 août 2026. Il arrive en 2028. Les 65 % arrivent en 2040. Les seuils sur les autres plastiques démarrent en 2030 (10 % à 35 % selon l'usage). La **recyclabilité grade C minimum** qui retire du marché les emballages non recyclables, c'est 2030. L'**étiquetage harmonisé** tri, c'est 2028. Le **passeport numérique produit** sur emballages, ce sont des actes délégués en cours de finalisation, fenêtre 2028-2030. Si vous lisez ailleurs que ces obligations frappent en août 2026, le rédacteur a confondu les patches. ## Pas de transposition nationale : le texte s'applique direct C'est un point qui mérite sa propre section parce qu'il change la dynamique d'exécution. PPWR est un règlement, pas une directive. Il s'applique directement dans les 27 États membres, sans décret national de transposition. Greenly, Citeo Pro et la CCI Paris le rappellent à chaque analyse : "le texte s'applique directement sans transposition nationale". Traduction côté industriel français : pas de fenêtre de négociation locale pour adoucir les seuils. Pas de groupe de travail Afnor pour retarder. Pas de mesure d'adaptation par profession. Le seul levier national en 2026, c'est la REP emballages professionnels, et c'est un calendrier parallèle qui démarre le 1er juillet 2026 (on y revient plus bas). ## La mécanique REP pro, le piège côté France Parce qu'il y a une deuxième horloge qui tourne. La filière à responsabilité élargie des producteurs pour les emballages professionnels entre en phase opérationnelle le 1er juillet 2026, soit six semaines avant l'activation PPWR. Citeo Pro donne les ordres de grandeur : près de 18 millions de tonnes d'emballages professionnels à usage unique et réemployables mis sur le marché français chaque année. L'enveloppe financière prévue pour la première année complète (2026) est de 302 millions d'euros, dont 145 millions dédiés à la collecte, au tri et à la traçabilité des plastiques non dangereux (source Le Journal des Entreprises citant le cahier des charges). Pour 2030, l'enveloppe complète monte à environ 611 millions d'euros. Le game design local est particulier : les donneurs d'ordre, typiquement les enseignes avec marques distributeur, sont désormais systématiquement considérés comme producteurs et responsables de l'éco-contribution. Ça change la carte de qui paie, et donc qui subit la pression d'optimisation en amont. Le Journal des Entreprises a publié en 2025 une enquête sur le niveau de préparation. Verdict : "très hétérogène". Les grands groupes ont des cellules dédiées depuis 18 mois. Les PME et ETI découvrent le dispositif. On va voir un gros décrochage dans la courbe de conformité dès juillet. Sur ce point, j'ai du mal à me convaincre que la montée en charge sera progressive et indolore. Les chiffres du bilan 2025 de la [REP emballages professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026/) montrent déjà le problème. ## Le gap capacité recyclage France : le bug structurel Là où la mécanique coince vraiment, c'est sur l'infrastructure. Elipso, fédération des fabricants d'emballages plastiques, a fait le calcul dans son analyse PPWR : la France recycle actuellement environ 350 000 tonnes d'emballages plastiques par an. Pour atteindre les cibles PPWR, il faudrait monter à 1,57 million de tonnes. Gap : 900 000 tonnes par an à créer. Ce n'est pas un petit delta à combler avec deux lignes de tri supplémentaires. C'est une transformation d'infrastructure à l'échelle de la filière. Pour contexte, le marché de l'emballage plastique en France pèse 11 milliards d'euros (Elipso, chiffres 2023). Les membres Elipso représentent 65 % de ce chiffre d'affaires (7,2 milliards). Les volumes de plastiques transformés en emballages : 2,4 millions de tonnes. Les investissements R&D des industriels français en 2023 : 20,8 millions d'euros, soit 8 % de hausse par rapport à 2022. Ces chiffres, je les garde en tête parce qu'ils donnent la mesure du mur à franchir. Pour atteindre les cibles PCR 2030, il va falloir que le plastique recyclé devienne compétitif. Or, selon Agro-media citant les analyses industrielles, le plastique recyclé coûte approximativement le double du plastique vierge. Le marché doit basculer, mais l'économie ne suit pas naturellement. C'est pile le genre de situation où l'incentive loop est cassé. Pour aller plus loin sur les mécaniques de prime incitative, je renvoie à mon analyse précédente sur l'incorporation de matière recyclée et les primes REP en France. ## Les exemptions : les joueurs qui échappent aux règles Pas de système sans failles légales. PPWR en prévoit quelques-unes, documentées. Le **carton** est exclu des objectifs de réemploi. Pas de quota de palettes réemployables côté papier-carton. Graphiline le précise : "Cardboard boxes are excluded from reuse targets." C'est une exemption qui profite massivement aux industriels de la caisse carton e-commerce. Les **emballages médicaux et pharmaceutiques** bénéficient d'une exemption sur l'obligation de recyclabilité jusqu'au 31 décembre 2034. Dispositifs médicaux (règlement 2017/745), DM-DIV (règlement 2017/746), denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales, nutrition pédiatrique : tous couverts. Oliver Healthcare Packaging, qui cite le texte, note aussi une exemption indéfinie pour les cibles de contenu recyclé minimum. Raison sanitaire : la migration de contaminants depuis du plastique recyclé vers un produit stérile, personne n'a envie de jouer avec. Les **marchandises dangereuses** classées ADR échappent aux objectifs de réemploi. Logique, même si ça laisse un angle mort non négligeable sur les flux industriels. ## La question consigne, le Plan B qui dort Sur un sujet proche, découvrez notre article : [PPWR 12 août 2026 : ce qui devient illégal en rayons France](/ppwr-12-aout-2026-emballages-bannis-rayons-france). Zoom sur la France spécifiquement. L'objectif UE de collecte séparée des bouteilles plastique et canettes est fixé à 90 % d'ici le 1er janvier 2029. Si un État membre n'atteint pas 80 % en 2026, il doit mettre en place un système de consigne. Situation française actuelle (Lemontri, cité par plusieurs analyses) : moins de 50 % de collecte pour les canettes, 58 % pour les bouteilles. On est très loin de 80 %. La consigne sera donc probablement activée en France. Les arbitrages sont en cours depuis des mois, ça coince politiquement entre les acteurs de la boucle industrielle (Citeo, éco-organismes) et les partisans d'une consigne à la scandinave. Mais la mécanique réglementaire pousse dans le même sens. Honnêtement, sur le calendrier exact de l'activation consigne et le périmètre retenu, j'ai moins de certitudes. Le dossier est tellement politisé que je me méfie des annonces. Pour la mécanique économique côté consommateur, voir [la consigne numérique et QR code](/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne/). ## Zero Waste France et le "socle minimal" Une voix critique qu'il faut écouter. Zero Waste France a publié une analyse post-adoption qualifiant PPWR de "socle minimal pour des politiques publiques de prévention et de réemploi ambitieuses". Leur lecture : l'article 25 et l'annexe V ont été vidés de leur substance par le lobbying industriel pendant les trilogues. La France doit maintenir des mesures AGEC plus ambitieuses (réduction plastique -20 % d'ici 2025, mandats réemploi restauration plus larges) parce que PPWR ne suffit pas. Le point mérite d'être mis sur la table. PPWR n'est pas un plafond d'ambition, c'est un plancher. Les États peuvent aller au-dessus. AGEC, qui a précédé PPWR sur plusieurs items, reste un cadre plus strict sur certains segments. La France paie déjà 1,5 milliard d'euros par an au titre de la taxe plastique UE. Ce coût ne va pas baisser mécaniquement avec PPWR. Il va dépendre de la capacité réelle à recycler, donc de l'investissement dans les 900 000 tonnes manquantes. ## Ce que je ferais si j'étais DG packaging d'une PME française Pour les devs dans la salle, voici comment je réorganiserais le pipeline avant le 12 août. Trois priorités. Un : auditer le portefeuille de références pour identifier celles qui tombent sous l'annexe V (formats interdits). Ces références doivent être migrées ou supprimées avant le 12 août, pas le jour même. La déclaration de conformité ne pardonne pas le retard. Deux : préparer la **documentation de conformité** en parallèle sur chaque famille de produit. Chaque référence aura besoin de son dossier. Les industriels qui n'ont pas démarré en Q4 2025 sont déjà en retard. Ceux qui pensent sous-traiter ça à un prestataire fin juillet 2026 vont manger le mur. Trois : anticiper le **passage PFAS** sur les emballages alimentaires. Les revêtements alternatifs existent mais la validation réglementaire et la qualification des fournisseurs prennent 6 à 12 mois. Si ce n'est pas en cours depuis l'automne 2025, le risque d'exposition juridique au 12 août est réel. Et parallèlement, construire dès maintenant la feuille de route 2028-2030 : éco-modulation REP, seuil PCR PET, grade C minimum recyclabilité. Le 12 août 2026 n'est pas la fin de la partie. C'est le tutoriel. ## La partie est lancée On reprend le tableau d'ensemble. Sans action, les déchets d'emballages européens augmenteraient de 19 % d'ici 2030, les plastiques de 46 % (source Agro-media citant les analyses officielles). Chaque citoyen européen génère environ 180 kg de déchets d'emballages par an. PPWR pose des objectifs de prévention : -5 % en 2030, -10 % en 2035, -15 % en 2040 (base 2018). L'objectif de recyclage global tous emballages est de 65 % avant 2026 (déjà en vigueur via la directive précédente) et 70 % d'ici 2030. Le 12 août 2026, ce ne sont pas les objectifs chiffrés qui s'activent. C'est l'infrastructure de contrôle : déclaration de conformité, formats interdits, PFAS, espace vide e-commerce. C'est la base sur laquelle les seuils quantitatifs viendront se brancher en 2028, 2030, 2040. Le scope du règlement est massif, le framework bien conçu, les exemptions documentées. Ce n'est pas un bug, c'est une feature : PPWR est un boss fight en plusieurs phases. La première phase démarre le 12 août. À vous de jouer. ## Sources - [Règlement (UE) 2025/40, EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2025/40/oj/eng) - [Citeo, PPWR 2026 : ce qui va changer](https://www.citeo.com/le-mag/ppwr-ce-qui-va-changer-a-partir-de-2026/) - [Nextwaste, PPWR 2026 transformation](https://www.nextwaste.fr/la-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-ppwr-se-transforme-en-2026/) - [Citeo Pro, REP emballages professionnels](https://www.citeopro.com/rep-emballages-professionnels/) - [Zero Waste France, PPWR socle minimal](https://www.zerowastefrance.org/reglement-emballages-ppwr-socle-minimal-politiques-prevention-reemploi-ambitieuses/) - [Greenberg Traurig, PPWR compliance requirements](https://www.gtlaw.com/en/insights/2025/8/eu-packaging-and-packaging-waste-regulation-new-compliance-requirements-for-e-commerce) - [Graphiline, PPWR impacts 12 août 2026](https://www.graphiline.com/article/51324/reglement-ppwr-europeen-quels-impacts-pour-les-emballages-a-partir-du-12-aout-2026) - [Oliver HCP, PPWR healthcare impact](https://www.oliverhcp.com/news-and-resources/packtalk/eu-packaging-packaging-waste-regulation-impact-on-healthcare) - [Agro-media, PPWR enjeux IAA](https://www.agro-media.fr/analyse/ppwr-les-enjeux-et-defis-pour-lindustrie-agroalimentaire-face-au-reglement-2025-40-pour-les-emballages-62142.html) - [Lemontri, PPWR emballages synthèse](https://lemontri.fr/ppwr-emballages/) - [Ecosysteme Avocats, règlement PPWR](https://ecosysteme-avocats.fr/reglement-europeen-ppwr-emballages-dechets/) - [Elipso, chiffres-clés emballage plastique France](https://www.elipso.org/chiffres-cles-emballage-plastique-en-france/) - [Le Journal des Entreprises, REP emballages pro préparation](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/les-entreprises-encore-insuffisamment-pretes-gerer-les-dechets-issus-des-emballages-professionnels-2135283) --- ## Prix du cuivre au kilo 2026 : 7 à 10,51 € au ferrailleur - URL: https://www.recy.net/cuivre-prix-record-avril-2026-boom-recyclage-secondaire-france/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-24T06:00:00 - Updated: 2026-08-29T11:05:43 - Categories: recyclage Le cuivre a atteint 14 527,50 dollars la tonne en séance intraday sur le London Metal Exchange le 29 janvier 2026 : au sens strict de la séance, ce plus haut n'a pas été rebattu depuis. Il ne peut plus être présenté sans nuance comme le sommet du LME pour autant. Le cash settlement quotidien, un prix de clôture et non un plus haut de séance, est monté jusqu'à 14 850,00 dollars la tonne le 17 août 2026, puis 14 535,00 dollars le 28 août (Westmetall), deux niveaux au-dessus du chiffre de janvier. La nuance de méthode entre plus haut de séance et prix de clôture est détaillée plus bas : les deux séries ne se lisent pas avec la même règle. Le sommet de référence antérieur datait du 20 mai 2024, mais sur un autre marché et dans une autre unité : ce jour-là, c'est le COMEX américain qui avait touché 5,20 dollars la livre (Investing News Network). Deux bourses, deux unités : ces chiffres se lisent côte à côte, jamais l'un converti dans l'autre. Trois mois plus tard, au 17 avril 2026, le spot cash cotait encore 13 149 dollars la tonne (Westmetall), avec un pic de six semaines à 13 347 dollars le 16 avril selon La Tribune des métaux. Sur un an, le métal rouge affiche plus 26,86 pour cent (Trading Economics, 20 avril 2026). Et pendant ce temps, la France exporte chaque année 206 000 tonnes du cuivre qu'elle collecte, sans le raffiner, quand elle n'en importe que 53 000. Le système fuit. Si vous êtes venu pour le prix au kilo de votre propre lot, la réponse tient en une ligne et elle est juste en dessous : au 29 août 2026, le cuivre dénudé brillant se rachète entre 7,00 et 10,51 euros le kilo selon le récupérateur, le mêlé entre 6,40 et 10,50, le câble encore gainé entre 1,80 et 3,20. Le reste de l'article explique d'où vient cet écart, et pourquoi la grille du ferrailleur ne suit pas le cours de gros. En dessous, l'article trace la chronologie depuis le franchissement du seuil psychologique des 12 000 dollars en décembre 2025 jusqu'aux projets qui doivent sortir de terre à Lens. Et j'assume dès le départ : je ne sais pas trop comment la filière française va rattraper le retard sans un électrochoc. ## Mise à jour, 29 août 2026 Vingt-deux jours que la grille du ferrailleur ne bouge plus d'un centime en bas de fourchette, pendant que le cours de gros a enchaîné plusieurs allers-retours sous elle. Voilà où en sont les deux, relevés à l'appui. Le rachat au kilo d'abord, parce que c'est la question qui amène ici : | Catégorie | Prix relevés au 29 août 2026 | | -------------------------------------- | ---------------------------- | | Cuivre dénudé brillant (millberry, T1) | 7,00 à 10,51 euros | | Cuivre mêlé propre (tuyaux, bobinage) | 6,40 à 10,50 euros | | Cuivre étamé, corps de chauffe | 6,70 à 9,20 euros | | Lot mêlé au laiton ou à la ferraille | 3,60 euros, relevé unique | | Câble gainé non dénudé | 1,80 à 3,20 euros | | Laiton | 3,60 à 5,00 euros | Bornes basses du dénudé, du mêlé propre, du câble gainé et du laiton relevées le 29 août 2026 chez [prix-du-cuivre.fr](https://www.prix-du-cuivre.fr/), qui donne aussi la valeur unique du lot mêlé. Le plancher du corps de chauffe étamé, 6,70 euros, vient du barème public de [La Rechetterie](https://larechetterie.fr/nos-tarifs-dachat-de-metaux-cuivre-cours-des-metaux/), qui est aussi la source des bornes hautes du câble gainé et du laiton. Bornes hautes du dénudé, du mêlé propre et du corps de chauffe relevées le 29 août 2026 chez [FerrailleMonitor](https://ferraillemonitor.com/analyses/cuivre/), qui suit ce jour-là 17 récupérateurs français mais n'en fait remonter que 5 ou 6 par ligne de barème. Deux lignes se ressemblent et ne se paient pas pareil, autant le dire tout de suite. Le corps de chauffe étamé propre, vidé de son eau, part entre 6,70 et 9,20 euros. Le même métal versé dans un lot mêlé au laiton ou à la ferraille tombe à 3,60 euros. Ce qui fait passer d'une ligne à l'autre, ce n'est pas la nuance du cuivre, c'est ce qui reste accroché dessus : le récupérateur qui doit trier facture ce tri, et il le facture cher. Le bas de la grille est figé depuis le 7 août : 7,00 euros le dénudé, 6,40 le mêlé propre, 3,60 le lot mêlé, exactement les mêmes valeurs qu'il y a vingt-deux jours. Le haut, lui, a glissé : le mêlé propre passe de 10,00 à 10,50 euros chez FerrailleMonitor, tandis que La Rechetterie a remonté sa ligne câble électrique de 3,00 à 3,20 euros et son laiton de 4,90 à 5,00. Le millberry, lui, tient sa borne haute à 10,51 euros. Sous le capot, c'est toujours la même mécanique : quand le cours monte, ce sont les récupérateurs les mieux placés qui bougent en premier, jamais le plancher. Et c'est là que se joue l'argent du lecteur. Sur la même catégorie et le même jour, l'écart va de 7,00 à 10,51 euros le kilo, soit plus de 50 pour cent. Deux réflexes, donc. Faites coter votre lot par au moins deux récupérateurs avant de le laisser sur place. Et séparez-le avant de vous présenter, trois tas au minimum : le dénudé propre, le cuivre mêlé ou étamé, et le câble encore gainé, qui se paie sur une autre ligne de barème que le fil nu. Sur un morceau dont vous ne savez pas quoi penser, posez-le dans le tas du dessous. [FerrailleMonitor](https://ferraillemonitor.com/analyses/cuivre/) le résume ainsi : « Le prix au kilo dans la catégorie Cuivre varie fortement selon la nuance, le tri, la propreté et le rendement matière. » Chez [La Rechetterie](https://larechetterie.fr/nos-tarifs-dachat-de-metaux-cuivre-cours-des-metaux/), la ligne cuivre mêlé exige même de retirer colliers, vannes, robinets et raccords, avec cette mention : « si ce n'est pas enlevé, nous n'achetons pas ». Une réserve sur ces bornes hautes, tant qu'on y est. FerrailleMonitor est un agrégateur qui ne publie ni méthodologie de relevé ni note de révision, et dont l'échantillon annoncé est passé de 21 à 18, puis 19, puis 17 récupérateurs en trois semaines. Un panel qui bouge de cette façon n'est pas une série qu'on peut suivre dans le temps, au sens strict : traitez ces bornes hautes comme l'offre du récupérateur le mieux placé de la semaine, pas comme un plafond de marché. Le cours de gros, maintenant. Le cash settlement cuivre du LME touche son creux de la période le 20 août à 14 170,00 dollars la tonne, puis remonte sans interruption : 14 291,00 le 21 août, 14 344,00 le 24, 14 425,00 le 25, et 14 525,00 dollars la tonne le 26 août ([Westmetall](https://www.westmetall.com/en/markdaten.php?action=table&field=LME_Cu_cash)). L'écart avec l'échéance à trois mois, qui atteignait 535 dollars la tonne au plus fort de la tension le 17 août, quand le cash culminait à 14 850,00 dollars, puis s'était dégonflé à 56 dollars le 21, se rouvre à 189 dollars le 26 août (14 525 contre 14 336 dollars la tonne, même source). Converti en euros, le spot du métal raffiné s'établit à 12,68 euros le kilo au 27 août ([prix-du-cuivre.fr](https://www.prix-du-cuivre.fr/)). C'est un cours de marché, pas un prix de rachat au ferrailleur. Attention à ne pas confondre deux records au passage, parce que le piège s'est refermé ce mois-ci. Sur son propre instrument, le cash settlement culmine le 17 août à 14 850,00 dollars la tonne, avant de refluer : 14 525,00 le 26 août, 14 490,00 le 27, puis un rebond à 14 535,00 le 28 ([Westmetall](https://www.westmetall.com/en/markdaten.php?action=table&field=LME_Cu_cash)). Deux de ces relevés, celui du 17 et celui du 28 août, dépassent le pic intraday de 14 527,50 dollars du 29 janvier, en valeur brute. Celui du 26 août, à 14 525,00 dollars, reste juste en dessous. Ce n'est de toute façon pas une comparaison directe : un cash settlement de fixing n'est pas un plus haut de séance, ce sont deux méthodes de cotation différentes. [Investing News Network](https://investingnews.com/daily/resource-investing/base-metals-investing/copper-investing/highest-price-for-copper/), qui suit ce record, situe toujours le plus haut intraday LME à 14 527,50 dollars fin août. Ce que confirment les relevés d'août, c'est que le niveau de janvier n'est plus isolé sur l'instrument cash settlement, pas qu'il a été rebattu au sens strict de la séance intraday. Un mot du réglementaire pour finir. Le Bureau of Industry and Security du département du Commerce américain a publié le 6 août 2026 au [Federal Register](https://www.federalregister.gov/documents/2026/08/06/2026-15961/request-for-public-comments-on-the-proposed-implementation-of-duties-on-additional-aluminum-steel) une proposition d'élargir les droits de douane Section 232 à 14 familles de produits dérivés supplémentaires, dont des câbles conducteurs électriques, la plupart au taux de 25 pour cent ([KPMG](https://kpmg.com/us/en/taxnewsflash/news/2026/08/us-bis-section-232-tariffs-derivative-articles.html)). La fenêtre de commentaires publics s'est refermée le 27 août 2026, avant décision finale. C'est le même mécanisme de droits de douane américains, déjà en vigueur depuis avril 2026 sur les produits cuivre semi-finis, qui aspire la matière vers les États-Unis et alimente la tension sur les stocks LME. ## Janvier 2026 : le pic à 14 527 dollars qui change la donne Le 29 janvier 2026, le cours LME du cuivre a grimpé en intraday à 14 527,50 dollars la tonne. Investing News Network documente le contexte : ruée acheteuse spéculative depuis la Chine, attentes de croissance de l'économie américaine, et surtout dépenses massives sur les infrastructures data centers et énergie. Rien de ponctuel : le métal avait franchi le seuil de 12 000 dollars dès décembre 2025 (Media24, mars 2026). Pour un rappel de contexte, le cuivre est passé d'environ 2 000 dollars la tonne il y a vingt ans à plus de 9 000 dollars (Linfodurable). Facteur 4,5, et ce palier des 9 000 dollars est lui-même dépassé depuis : la trajectoire compte plus ici que le point d'arrivée. Un pattern récurrent sur les métaux de transition : la boucle de feedback entre électrification massive et offre minière contrainte se serre. Un véhicule électrique contient 60 à 100 kilos de cuivre contre 20 à 25 kilos pour un thermique, soit trois à quatre fois plus (Media24). Une éolienne en mer demande environ 9,56 tonnes de cuivre par mégawatt installé, dont l'essentiel dans le câblage, soit au moins 41 pour cent de plus que son équivalent terrestre (Navigant Research). Le data center Microsoft de Chicago ? 2 177 tonnes de cuivre selon la Banque de France. Un seul bâtiment. Ce n'est pas un bug, c'est une feature du système énergétique bas-carbone. L'AIE situe la demande mondiale de cuivre raffiné à 27 millions de tonnes en 2024, et la projette à 33 millions en 2035, puis 37 millions en 2050 (relayé par France Épargne). ## Février 2026 : les stocks LME gonflent, la Chine digère Le 17 février 2026, les stocks de cuivre du LME atteignent 221 625 tonnes selon La Tribune des métaux. Plus haut niveau observé depuis onze mois. Le prix s'installe autour de 12 750 dollars la tonne à la même date. C'est la respiration classique d'un marché tendu : un pic spéculatif, puis une consolidation pendant que les acheteurs chinois temporisent et que le métal revient dans les entrepôts agréés. Cette respiration ne doit pas faire illusion. L'ICSG (International Copper Study Group) prévoyait pourtant un surplus de 289 000 tonnes sur 2025, avant un basculement vers un déficit en 2026. Les analystes ne s'accordent pas sur la magnitude : 150 000 tonnes selon l'ICSG, plus de 400 000 tonnes selon UBS, environ 330 000 tonnes selon J.P. Morgan (données compilées par France Épargne). La fourchette est large, le sens est clair. J.P. Morgan table sur une moyenne annuelle 2026 à 12 075 dollars la tonne et un pic au deuxième trimestre à 12 500 dollars. Le réel d'avril 2026 dépasse déjà largement ces projections, de l'ordre de 600 à 800 dollars. Le marché surfe sur l'anticipation du déficit plus que sur sa matérialisation. ## Mars 2026 : Nexans Lens, la seule fonderie française qui scale Bascule en France. Nexans a signé en octobre 2024 un accord d'investissement stratégique de plus de 90 millions d'euros pour transformer son usine de Lens (Pas-de-Calais) en pôle de recyclage du cuivre secondaire. Projet inscrit dans le plan France 2030. Partenaire technologique : l'italien Continuus Properzi, spécialiste des technologies de coulée continue. La capacité actuelle de la fonderie Lens tourne à 160 000 tonnes par an de cuivre transformé. Cible à horizon 2026 : 240 000 tonnes par an, soit plus 50 pour cent. Et surtout, la part cuivre secondaire issue des déchets passerait de 2 000-3 000 tonnes actuellement à 80 000 tonnes. Le pipeline industriel vise 250 tonnes de déchets traités par jour. Objectif groupe à 2030 : 30 pour cent de cuivre recyclé dans la production Nexans. Pour qui n'est pas familier avec la topologie française, il faut rappeler un fait brut : Nexans Lens est **la seule** usine de recyclage du cuivre en France (Connaissances des Énergies). Face à elle en Europe : Umicore (Belgique) et Aurubis (Allemagne), qui aspirent depuis vingt ans la matière exportée depuis l'Hexagone. L'itération française est tardive. Elle arrive au moment où le cours LME double. La coentreprise historique Recycâbles (créée en 2008 entre Nexans et Suez) joue un rôle de feeder sur les câbles électriques en fin de vie. Et côté collecteurs, le trio Suez-Derichebourg-Veolia se partage le flux amont. Derichebourg a clos son exercice au 30 septembre 2025 sur 3,34 milliards d'euros de chiffre d'affaires (moins 7,5 pour cent), avec 4,4 millions de tonnes de métaux traités dont 695 100 tonnes de non-ferreux recyclés (Boursorama). Paprec, de son côté, vise 3,5 à 3,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025 contre 3 milliards en 2024 et un EBITDA de 550 millions d'euros (CCFI). L'objectif affiché : dépasser Veolia sur le marché français des déchets et viser la deuxième place derrière Suez. ## Avril 2026 : la mécanique ferrailleur, cours contre rachat Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cuivre stratégique : pourquoi on vole un métal recyclable](/recyclage-cuivre-cables-metaux-strategiques-2026). Mi-avril 2026, on était entre 12 200 et 13 350 dollars la tonne sur le LME selon le jour et l'instrument (spot cash, LME 3 mois, Comex). Le seuil psychologique des 12 000 dollars franchi fin 2025 était déjà derrière nous. Côté ferrailleur France, les cours indicatifs remontaient avec une décote structurelle de 35 à 60 pour cent par rapport au LME selon le volume et la qualité (prix-du-cuivre.fr). Relevé d'avril 2026, conservé ici pour la chronologie, périmé pour qui vend aujourd'hui : - cuivre dénudé (millberry) : 6,20 à 7,00 euros par kilo - cuivre mêlé selon qualité : 4,10 à 6,40 euros par kilo - câble cuivre avec isolant : 1,00 à 1,80 euros par kilo C'est la réalité de la mécanique de prix pour l'artisan électricien qui ramène ses chutes ou le particulier qui dépose un vieux ballon d'eau chaude. La décote ferrailleur bouge d'un relevé hebdomadaire à l'autre, selon le sens du cours LME, mais elle ne disparaît jamais. La chaîne de valeur a besoin de sa marge. ## Juillet-août 2026 : l'offre minière cale, les stocks LME oscillent Avertissement d'unité avant de dérouler, parce que cet article manipule trois échelles qui n'ont rien à voir. Le LME publie son cash settlement en dollars par tonne, et son échéance à trois mois dans la même unité. Le COMEX américain, lui, cote en dollars par livre, comme les 5,20 dollars du record de mai 2024 cité en tête. Et le ferrailleur français paie en euros par kilo. Trois unités, deux devises, deux bourses : ne comparez jamais deux chiffres sans vérifier lequel des trois vous lisez. Côté offre, le système montre ses limites. Antofagasta a produit 9 pour cent de cuivre en moins sur le premier semestre 2026 qu'un an plus tôt, 285 000 tonnes, à cause de Los Pelambres et Centinela ([rapport de production T2 2026 du groupe](https://www.antofagasta.co.uk/investors/news/2026/q2-2026-production-report/)). Nuance importante que peu de reprises signalent : le groupe maintient sa prévision annuelle de 650 000 à 700 000 tonnes et table sur un rebond au second semestre. Il s'agit donc d'un creux de calendrier, pas d'un décrochage durable de l'offre. Les stocks LME racontent la même nervosité. Plus bas de la période le 14 août à 204 975 tonnes, puis reconstitution rapide à 235 975 tonnes le 19 août. En toile de fond, les importations américaines de cuivre raffiné ont dépassé 200 000 tonnes en juillet, leur plus haut niveau mensuel depuis douze ans selon [Economies.com](https://www.economies.com/commodities/copper-news/us-copper-imports-hit-12-year-high,-cutting-lme-inventories-by-14-49501), ce qui a mécaniquement pesé sur les stocks disponibles côté LME. C'est une feedback loop assez brutale : les droits de douane américains aspirent le métal, les entrepôts européens se vident, le cash passe au-dessus du terme, et le cours de gros décolle sans que le barème du ferrailleur bouge d'un centime. ## Production secondaire mondiale : 16,9 pour cent, l'anomalie française Zoom mondial pour mettre les chiffres France en perspective. Sur janvier-novembre 2024, la production mondiale de cuivre raffiné à partir de scrap a dépassé 4,23 millions de tonnes selon l'ICSG, avec une projection annuelle à 4,5-4,6 millions de tonnes. La part du secondaire dans l'offre raffinée mondiale s'est établie à 16,9 pour cent en 2023. Le taux de recyclage input cuivre global tourne autour de 32 pour cent (old scrap + new scrap). L'ICSG projette plus 3,3 pour cent sur 2025 et plus 6,4 pour cent sur 2026 pour la production secondaire. Environ 55 pour cent des items en fin de vie contenant du cuivre ont été recyclés sur les dix dernières années. Maintenant la France. Je pose les chiffres publiés comme on débugge une feedback loop cassée : - 218 000 tonnes de déchets cuivre collectées par an sur le territoire - 66 000 tonnes réellement recyclées en France - 206 000 tonnes exportées, 53 000 tonnes importées, soit un solde net sortant de 153 000 tonnes - 257 000 tonnes consommées par l'industrie nationale Cherchez l'erreur. On collecte 218 000 tonnes, on en recycle 66 000 sur le territoire, on en exporte 206 000 et on en importe 53 000. Les chiffres ne s'additionnent pas strictement (une partie du recyclé domestique repart aussi à l'export), mais la mécanique est limpide : on envoie l'essentiel du gisement chez les concurrents allemands et belges, puis on rachète du cuivre raffiné plus cher. Pendant ce temps, on finance sur fonds publics (France 2030) la montée en puissance de Nexans Lens, seule fonderie capable d'absorber ce flux en France. Scope mal calibré. Pour creuser ce pattern plus large, je renvoie à [l'urban mining et la récupération des métaux précieux](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/) qui pose le même genre de problème sur les DEEE, et à [la souveraineté matières premières](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france/) qui interroge la capacité du recyclage à tenir les engagements du CRMA. ## 2027-2030 : la mine urbaine du réseau téléphonique arrive C'est probablement l'angle qui m'intéresse le plus, parce qu'il est spécifiquement français et qu'il a un calendrier dur. Orange démantèle son réseau cuivre historique, la plus grande mine urbaine du pays. Au 27 janvier 2026, 763 nouvelles communes étaient concernées par la fermeture commerciale du cuivre. Plus aucune offre commerciale cuivre n'est commercialisée depuis le 31 janvier 2026 selon l'INC. Fin totale programmée : 2030. D'ici là, il reste 40 millions de lignes à démanteler entre 2026 et 2030. Le gisement potentiel disponible à partir de 2030 est estimé à près d'un million de tonnes de cuivre (Linfodurable). Les volumes significatifs commencent à arriver en 2027 selon Boursorama et Linfodurable. Un million de tonnes, c'est près de cinq fois la collecte annuelle actuelle de 218 000 tonnes. C'est ce qui justifie le scaling de Nexans à 80 000 tonnes de secondaire dès 2026 : il faut que la capacité de traitement arrive **avant** le flux, sinon on exportera encore. Côté demande, la pression vient aussi du côté des usages électrifiés. Les data centers IA consommaient 500 000 tonnes de cuivre par an en 2024 selon la Banque de France. Projection à 2050 : 3 millions de tonnes par an, soit environ 9 pour cent de la demande mondiale totale. L'AIE projette par ailleurs une pénurie d'approvisionnement cuivre de l'ordre de 30 pour cent en 2035. Le déclenchement de toutes ces boucles se lit comme un game design systémique : la demande data centers pousse le prix, le prix pousse le recyclage, le recyclage capte le flux Orange, mais seulement si l'infrastructure industrielle est prête à temps. À ce stade, c'est toujours la question qui me gratte. Le pari Nexans-France 2030 est le bon. Le calendrier reste serré. ## Ma lecture honnête : le scope-creep français Sous le capot, c'est une histoire classique de priorités mal ordonnées. La France a collecté avec rigueur, elle a soutenu ses collecteurs historiques (Suez, Derichebourg, Veolia, Paprec), elle a financé la fonderie Lens via France 2030. Mais elle a tardé sur un point : internaliser le traitement au lieu d'exporter la matière première. Résultat, l'industrie française rachète au prix du marché mondial, en métal raffiné, une matière qu'elle a laissé partir à l'état de déchet chez Aurubis et Umicore. Les trois données qui résument tout : - 153 000 tonnes de déchets de cuivre qui quittent le pays en solde net chaque année, quand l'industrie nationale consomme 257 000 tonnes de métal - Une seule fonderie de recyclage sur le territoire, qui monte à peine à 240 000 tonnes de capacité totale en 2026, dont 80 000 de cuivre secondaire - Un gisement téléphonique d'un million de tonnes qui arrive d'ici 2030 Pour les lecteurs qui veulent creuser le contexte réglementaire, [le marché européen des matières premières secondaires est bloqué](/matieres-premieres-secondaires-marche-europeen-bloque-2026/) détaille les frictions côté demande industrielle, et [l'usine de Lacq qui recycle les aimants terres rares](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq/) montre un autre pari France 2030 sur un métal critique. Le problème est le même : le scope de la filière ne suit pas la cadence du marché. Je ne dis pas que la filière est condamnée. Je dis que sans une accélération de la capacité de traitement domestique sur 2026-2028, le niveau de janvier 2026 à 14 527 dollars reste un point de passage, pas un plafond : le cash settlement du LME l'a déjà dépassé en août, jusqu'à 14 850 dollars la tonne le 17. Et la France rachètera toujours plus cher le cuivre qu'elle aurait pu raffiner elle-même. ## Questions fréquentes ### Combien paie un ferrailleur pour un kilo de cuivre en ce moment ? Sur la fourchette relevée le 29 août 2026, le cuivre dénudé brillant (millberry, T1) se paie 7,00 à 10,51 euros le kilo, le cuivre mêlé propre 6,40 à 10,50 euros, le cuivre étamé ou corps de chauffe 6,70 à 9,20 euros, le lot mêlé au laiton ou à la ferraille 3,60 euros sur un relevé unique, le câble gainé non dénudé 1,80 à 3,20 euros et le laiton 3,60 à 5,00 euros. Ce sont des relevés datés, pas un tarif fixe : la catégorie du lot fait plus varier le prix que la date. ### Pourquoi le prix au kilo est-il si loin du cours de la tonne sur le LME ? Le cours LME, c'est le cuivre raffiné coté en bourse, en dollars la tonne, converti par exemple à 12,68 euros le kilo au 27 août 2026 selon prix-du-cuivre.fr. Ce n'est pas ce que touche celui qui dépose un lot chez le ferrailleur : ce prix-là est négocié directement, en dessous du cours, selon la qualité et le tri du lot. ### Dénuder un câble avant de le vendre change-t-il vraiment le prix ? Oui, et l'écart est net dans les relevés : un câble gainé non dénudé se paie 1,80 à 3,20 euros le kilo au 29 août 2026, contre 7,00 à 10,51 euros pour le même cuivre une fois dénudé et brillant. Le câble gainé se paie sur une autre ligne de barème que le fil nu. ### Que faut-il préparer avant de se présenter chez un ferrailleur ? Faites coter votre lot par au moins deux récupérateurs avant de le laisser sur place, et séparez-le en trois tas au minimum : le dénudé propre, le cuivre mêlé ou étamé, et le câble encore gainé. En cas de doute sur un morceau, posez-le dans le tas du dessous. Chez La Rechetterie, la ligne cuivre mêlé exige en plus de retirer colliers, vannes, robinets et raccords : sans ce tri, l'achat est refusé. ### Pourquoi le prix varie-t-il autant d'un ferrailleur à l'autre ? Sur la même catégorie et le même jour, le 29 août 2026, l'écart relevé va de 7,00 à 10,51 euros le kilo. C'est un marché à information asymétrique où le vendeur ne connaît pas la grille et l'acheteur si. FerrailleMonitor le résume ainsi : le prix au kilo varie fortement selon la nuance, le tri, la propreté et le rendement matière. ## Sources - [Westmetall : LME copper cash historical data](https://www.westmetall.com/en/markdaten.php?action=table&field=LME_Cu_cash), consulté le 29 août 2026 - [Economies.com : importations américaines de cuivre au plus haut en 12 ans, stocks LME en repli (14 août 2026)](https://www.economies.com/commodities/copper-news/us-copper-imports-hit-12-year-high%2C-cutting-lme-inventories-by-14-49501), consulté le 27 août 2026 - [Investing News Network : Highest Price for Copper (pic intraday LME 14 527,50 $/t, 29 janvier 2026)](https://investingnews.com/daily/resource-investing/base-metals-investing/copper-investing/highest-price-for-copper/), consulté le 29 août 2026 - [La Tribune des métaux : cuivre prix marché avril 2026](https://www.tribune-des-metaux.fr/cuivre-prix-marche.html), consulté le 27 août 2026 - [La Tribune des métaux : stocks LME cuivre 221 625 t au 17 février 2026](https://www.tribune-des-metaux.fr/les-stocks-de-cuivre-du-lme-se-propulsent-a-un-som-p7721.html), consulté le 27 août 2026 - [Trading Economics : cuivre +26,86 % sur un an](https://fr.tradingeconomics.com/commodity/copper), consulté le 27 août 2026 - [Media24 : le cuivre atteint des sommets historiques (mars 2026)](https://media24.fr/2026/03/08/le-cuivre-atteint-des-sommets-historiques-pourquoi-le-marche-mondial-entre-dans-une-zone-de-turbulences/), consulté le 27 août 2026 - [Banque de France : IA, data centers et cuivre](https://www.banque-france.fr/en/publications-and-statistics/publications/ai-and-growth-data-centres-challenges-copper-market), consulté le 27 août 2026 - [Boursorama : démantèlement réseau téléphonique et recyclage cuivre France](https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/transition-energetique-le-demantelement-du-reseau-telephonique-va-provoquer-un-bond-du-recyclage-du-cuivre-en-france-2c4f01f52127de47573bf43c33e19e54), consulté le 27 août 2026 - [Linfodurable : fin de l'ADSL et mine urbaine du cuivre](https://www.linfodurable.fr/le-demantelement-du-reseau-telephonique-coup-de-fouet-pour-le-recyclage-du-cuivre-49167), consulté le 27 août 2026 - [Connaissances des Énergies : mines urbaines et filière cuivre France](https://www.connaissancedesenergies.org/afp/dechets-metalliques-la-france-pourrait-mieux-exploiter-ses-mines-urbaines-241120), consulté le 27 août 2026 - [Nexans : accord d'investissement stratégique Lens (octobre 2024)](https://www.nexans.fr/en/newsroom/news/details/2024/10/Nexans-signs-a-strategic-investment-agreement-in-France.html), consulté le 27 août 2026 - [France Épargne : cuivre, déficit structurel 2026 et métaux de transition](https://www.france-epargne.fr/news/cuivre-deficit-structurel-2026-metaux-transition-energetique), consulté le 27 août 2026 - [Recycling Today : ICSG, recyclage cuivre et production mondiale 2024](https://www.recyclingtoday.com/news/copper-recycling-refining-mining-world-2024-icsg/), consulté le 27 août 2026 - [Recycling Today : ICSG surplus 2025 et projections secondaire](https://www.recyclingtoday.com/news/icsg-copper-surplus-2025-rising-inventories-shanghai-china-recycling/), consulté le 27 août 2026 - [CCFI : Paprec pourrait dépasser Veolia en France](https://www.ccfi.asso.fr/recyclage-paprec-pourrait-depasser-veolia-en-france/), consulté le 27 août 2026 - [Boursorama : Derichebourg, chiffre d'affaires annuel en recul de 7,5 %](https://www.boursorama.com/bourse/actualites/derichebourg-chiffre-d-affaires-annuel-en-recul-7-5-a-3-3-milliards-d-euros-d8346c5acd4c2b8c8e643cadfe333e6a), consulté le 27 août 2026 - [INC Conso : démantèlement du réseau cuivre, communes 2026](https://www.inc-conso.fr/content/demantelement-du-reseau-cuivre-communes-concernees-en-2026), consulté le 27 août 2026 - [Prix du cuivre : cours ferrailleur France, relevé du 29 août 2026](https://www.prix-du-cuivre.fr/), consulté le 29 août 2026 - [FerrailleMonitor : tarif de rachat du cuivre au kilo, relevé du 29 août 2026 sur 17 récupérateurs](https://ferraillemonitor.com/analyses/cuivre/), consulté le 29 août 2026 - [La Rechetterie : barème public d'achat des métaux, cuivre, câbles et laiton](https://larechetterie.fr/nos-tarifs-dachat-de-metaux-cuivre-cours-des-metaux/), consulté le 29 août 2026 - [KPMG : BIS, droits Section 232 sur produits dérivés supplémentaires, taux et échéance de consultation (août 2026)](https://kpmg.com/us/en/taxnewsflash/news/2026/08/us-bis-section-232-tariffs-derivative-articles.html), consulté le 27 août 2026 - [Antofagasta : rapport de production T2 2026](https://www.antofagasta.co.uk/investors/news/2026/q2-2026-production-report/), consulté le 27 août 2026 - [Énergies de la Mer : le poids du cuivre dans l'éolien offshore, données Navigant Research](https://www.energiesdelamer.eu/2018/11/21/le-poids-du-cuivre-dans-l-eolien-offshore-perspectives-par-navigant-research/), consulté le 27 août 2026 - [Federal Register : proposition d'extension des droits Section 232 cuivre, 14 produits dérivés (6 août 2026)](https://www.federalregister.gov/documents/2026/08/06/2026-15961/request-for-public-comments-on-the-proposed-implementation-of-duties-on-additional-aluminum-steel), consulté le 27 août 2026 --- ## Batteries VE : Renault a choisi de jouer seul, ça tient ? - URL: https://www.recy.net/the-future-is-neutral-renault-systeme-individuel-batteries-ve-bilan-6-mois-avril-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-23T06:00:00 - Categories: economie-circulaire Dans un jeu à règles partagées, il y a toujours ce moment où un joueur demande à en créer sa propre variante. Renault SAS l'a fait le 13 novembre 2025. Agrément publié au Journal Officiel le 28 novembre, durée fixée jusqu'au 31 décembre 2027. Pendant que les autres constructeurs automobiles cotisent à Ecosystem, Batribox ou Recycler mon véhicule pour gérer leurs batteries en fin de vie, Renault a préféré assumer la plomberie de son côté. Seul constructeur français à avoir pris ce pari pour la catégorie 5 (batteries de véhicules électriques). Six mois plus tard, la question n'est pas "est-ce que ça marche". Aucun bilan chiffré n'a été publié, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. La question, c'est "est-ce que la mécanique tient debout". Je me suis posé cette question pendant quelques soirées en lisant les textes. Voici ce que j'en tire. ## Trois entités, un seul agrément : la distinction compte Il y a un truc qui m'agace dans la couverture de ce sujet : on mélange trois acteurs qui ne font pas la même chose, et ça brouille la lecture du dispositif. - **Renault SAS** est l'entité juridique titulaire de l'agrément. C'est elle qui porte la responsabilité élargie du producteur au sens de la REP batteries. - **The Future is NEUTRAL** opère le système individuel. C'est la filiale commune Renault Group + SUEZ qui met les mains dans le cambouis. - **Renault Group** est la maison mère. Elle ne recycle pas de batteries. Elle détient la chaîne. La différence n'est pas cosmétique. Quand un cahier des charges mentionne des obligations de collecte, de traitement ou de traçabilité, c'est à Renault SAS qu'on demandera des comptes. Mais ce sont les équipes de The Future is NEUTRAL qui portent l'exécution, avec sa filiale INDRA AUTOMOBILE RECYCLING pour le réseau VHU et SUEZ comme actionnaire support. Le consortium est nommé explicitement dans le communiqué officiel du 4 décembre 2025. Yann Velluet, VP Business Batterie chez Renault, résume la logique : "Ce premier agrément conforte notre conviction dans la compétitivité de notre offre Système Individuel" (verbatim traduit de l'anglais). ## Pourquoi un système individuel plutôt qu'un éco-organisme ? Dans une REP, un producteur a deux façons de remplir ses obligations. Soit il adhère à un éco-organisme collectif qui mutualise les flux de plusieurs marques. Soit il monte son propre dispositif agréé par l'État. On appelle ça un système individuel. Pour les batteries VE, trois éco-organismes collectifs sont agréés en France depuis le 11 août 2025 jusqu'au 31 décembre 2030 : Ecosystem, Batribox et Recycler mon véhicule. Renault SAS a rejoint la liste officielle du Ministère de l'Écologie le 13 novembre 2025, mais du côté "système individuel". Un cas à part. Selon ecologie.gouv.fr et le référentiel ADEME (filieres-rep.ademe.fr), c'est le seul agréé sur la catégorie 5. Pour un développeur, l'analogie qui me vient, c'est le choix entre utiliser un framework tiers et écrire sa propre pile. Le framework mutualise les coûts et la maintenance, mais vous partagez les contraintes de la foule. La pile maison coûte plus cher à construire, mais vous gardez la main sur chaque itération. Sur un flux aussi stratégique que les métaux critiques d'une batterie, je comprends l'arbitrage. Renault n'a pas choisi la voie facile. Monter un système individuel, c'est accepter d'être l'unique garant des objectifs de collecte et de recyclage fixés par le règlement (UE) 2023/1542 du 12 juillet 2023, transposé en France via le décret n° 2024-1221 du 27 décembre 2024 et l'arrêté du 27 mars 2025 sur les cahiers des charges. ## La mécanique réglementaire en bref Pour ceux qui arrivent sur le sujet, voici ce qui est en jeu. Le cadre d'ensemble est déjà traité dans [REP batteries VE : la filière entrée en vigueur en 2025](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/), mais les points-clés pour situer le système individuel : - Le règlement (UE) 2023/1542 est entré en vigueur côté français le 18 août 2025. - À échéance du 31 décembre 2027, l'objectif de récupération des matériaux est de 50 % pour le lithium, 90 % pour le cobalt, le cuivre, le nickel et le plomb. - Le palier de 2031 durcit les seuils : 80 % pour le lithium, 95 % pour les quatre autres. - Les cahiers des charges intègrent une exigence de proximité : gestion des déchets batteries dans un rayon de 1 500 km des sites de collecte (synthèse Adaltys du cadre réglementaire). Renault SAS doit tenir ces objectifs seule sur son périmètre. Pas de mutualisation du risque avec les autres constructeurs. Si la filière Renault rate une marche, c'est Renault qui encaisse. C'est la rançon de la pile maison. ## AutoLOOP : le joint qui relie le réseau VHU aux batteries Le 25 mars 2026, The Future is NEUTRAL a annoncé l'extension de sa plateforme digitale AutoLOOP à la collecte des batteries de traction VE. La plateforme est opérationnelle depuis début 2025 sur d'autres flux (pièces réutilisables, matières). Étendre le périmètre aux batteries, c'est boucler la boucle du côté réseau. Antoine Chereau, Business Developer chez TFIN, a formulé la chose ainsi : "AutoLOOP est une plateforme unique conçue pour améliorer la valorisation des véhicules en fin de vie, en garantissant la simplicité, la compétitivité et la traçabilité" (verbatim traduit, Batteries News, 31 mars 2026). Traduction pour les non-initiés : le réseau VHU de INDRA (439 sites partenaires dont 9 en propre, chiffres site officiel TFIN, tandis qu'une autre source secondaire cite 350 centres certifiés) devient un point de collecte batterie. INDRA traite plus de 400 000 véhicules hors d'usage par an selon Auto Recycling World (27 mars 2026). Appliquer ce réseau aux batteries VE, c'est mutualiser une infrastructure déjà en place. C'est à la fois l'argument économique du système individuel et son pari opérationnel. Au niveau groupe, The Future is NEUTRAL affiche 425 000 VHU traités par an, 10 millions de pièces réutilisées, 2 millions de tonnes de matières recyclées annuellement et 600 salariés. Autre brique, GAIA : la filiale réparation a traité plus de 18 000 batteries depuis 2012, avec plus de 90 % des batteries défectueuses jugées réparables selon le communiqué Renault Group du 4 décembre 2025. Ce chiffre mérite d'être regardé avec un sourcil levé (c'est un auto-déclaratif constructeur), mais il indique la direction : réparer avant recycler, là où c'est techniquement possible. ## Le bilan six mois n'existe pas (officiellement) On m'a demandé plusieurs fois ces derniers jours quels volumes avaient été collectés depuis l'agrément. Je n'ai pas trouvé de réponse publique. Aucun bilan chiffré batteries VE post-agrément n'a été publié par Renault SAS ou The Future is NEUTRAL. Les communiqués sont descriptifs ou prospectifs, pas quantitatifs. Honnêtement, je sais pas trop si c'est par prudence, parce qu'il est trop tôt, ou parce que le gisement 2025-2026 reste modeste. Probablement les trois. Le parc VE français pesait 3,4 % du parc roulant au 31 décembre 2025 (AVERE-France), et 61 % des VE d'occasion récemment immatriculés affichent une batterie inférieure à 55 kWh. Autrement dit, les flux sortants actuels sont dominés par des petites batteries, et la vague massive n'arrivera pas avant la fin de la décennie. Recycler mon véhicule, éco-organisme concurrent, projette environ 50 000 VE en fin de vie en France d'ici 2030 (source automobile-propre.com). Dans le doute, je préfère traiter ce dossier au conditionnel. Le dispositif est conçu pour encaisser la vague. Il devrait produire ses premiers chiffres publics dans les mois à venir. Ceux qui vous vendent déjà un bilan chiffré à six mois inventent. ## Seul contre trois : la concurrence est ailleurs La lecture "Renault contre Ecosystem" est séduisante. Elle est aussi réductrice. Ecosystem, qui a absorbé Corepile en été 2025, couvre toutes les catégories de batteries. Batribox et Recycler mon véhicule jouent sur les mêmes échéances. Renault SAS, avec The Future is NEUTRAL, pilote la catégorie 5 en solo pour le périmètre Renault Group. La vraie ligne de fracture n'est pas "individuel vs collectif". Elle est "captif vs mutualisé". Sur le captif, la marge de manoeuvre est totale : tarification, priorités R&D, choix technologiques (hydro, pyro, seconde vie). Sur le mutualisé, l'éco-organisme arbitre pour le compte de tous. Chez Renault, chaque euro dépensé en recyclage finance aussi la stratégie industrielle du groupe sur les métaux critiques. Dans le contexte où l'UE importe plus de 80 % de ses métaux critiques pour batteries Li-ion (données Renault Group FuturGen, février 2026), cet alignement n'est pas anodin. Côté modèle économique, je trouve élégant le pari. Côté risque d'exécution, il reste entier. Si le cahier des charges spécifique à Renault se durcit à l'arrêté de renouvellement (fin 2027), le constructeur devra monter en capacité sans filet collectif. Je reviendrai sur ce point quand les premières données trimestrielles seront publiques. ## Ce qui reste à observer d'ici fin 2027 - **Les volumes réels collectés** via AutoLOOP étendu aux batteries. Premier indicateur tangible de la capacité du réseau INDRA à jouer le rôle de porte d'entrée batterie. - **Le passeport numérique batterie**, obligatoire à partir du 18 février 2027 pour les batteries VE, industrielles rechargeables supérieures à 2 kWh et de moyen de transport léger. Un système individuel devra prouver sa traçabilité sur chaque batterie traitée. Sujet que j'avais déjà décortiqué dans [Passeport batterie UE : ce que la filière doit préparer](/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026/). - **Le positionnement tarifaire**, invisible dans les sources publiques aujourd'hui. L'éco-contribution payée par le consommateur final fait déjà l'objet d'une comparaison franco-belge détaillée dans [Batteries VE : qui paie vraiment la contribution REP ?](/redevances-batterie-ve-2026-contribution-environnementale/). Renault en système individuel ajoute une ligne à cette grille. - **Le renouvellement de l'agrément** fin 2027. C'est là que le dispositif sera jugé sur pièces. Un système individuel, techniquement, c'est une pile applicative dédiée branchée sur une filière partagée. Tant que la pile tient et que les API réglementaires n'évoluent pas brutalement, Renault garde la main. Le jour où ça bouge, c'est à eux d'itérer seuls. Le jeu vaut la chandelle si les volumes suivent. ## Sources - Renault Group Media, 4 décembre 2025 : [The Future is NEUTRAL opère le premier système individuel en France pour le recyclage de batteries de véhicules électriques](https://media.renaultgroup.com/the-future-is-neutral-opere-le-premier-systeme-individuel-en-france-pour-le-recyclage-de-batteries-de-vehicules-electriques/?lang=fra) - The Future is NEUTRAL, décembre 2025 : [The Future is NEUTRAL operates the first Individual System in France](https://www.thefutureisneutral.com/news/the-future-is-neutral-operates-the-first-individual-system-in-france-for-recycling-electric-vehicles-batteries/) - UNSA, Journal Officiel du 28 novembre 2025 : [Quoi de neuf au Journal Officiel](https://www.unsa.org/Quoi-de-neuf-au-Journal-Officiel-du-28-novembre-2025-Mix-energetique.html) - Ministère de l'Écologie : [Politiques publiques batteries](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/batteries) - ADEME filières REP : [Filière BAT](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-BAT) - Renault Group Media, 25 mars 2026 : [The Future is NEUTRAL étend sa plateforme AutoLOOP à la collecte des batteries VE](https://media.renaultgroup.com/the-future-is-neutral-etend-sa-plateforme-digitale-autoloop-a-la-collecte-des-batteries-de-vehicules-electriques/?lang=fra) - Batteries News, 31 mars 2026 : [Renault / The Future is NEUTRAL extends AutoLOOP platform](https://batteriesnews.com/renault-the-future-is-neutral-extends-its-autoloop-digital-platform-to-the-collection-of-electric-vehicle-batteries/) - Auto Recycling World, 27 mars 2026 : [The Future is NEUTRAL extends AutoLOOP](https://autorecyclingworld.com/the-future-is-neutral-extends-its-autoloop-digital-platform-to-the-collection-of-electric-vehicle-batteries/) - Adaltys : [Cadre réglementaire de la filière REP batteries](https://adaltys.com/reglementaire-batteries-le-cadre-reglementaire-de-la-filiere-de-responsabilite-elargie-rep-est-fixe/) - AVERE-France et Mobilians : [Baromètre du marché des VE d'occasion Q4 2025](https://www.avere-france.org/publication/lavere-france-et-mobilians-publient-la-huitieme-edition-du-barometre-du-marche-des-voitures-electriques-doccasion/) - Renault Group FuturGen, 25 février 2026 : [Recycling electric vehicle batteries, a strategic priority](https://www.renaultgroup.com/en/magazine/sustainable-development/futurgen-insight-recycling-electric-vehicle-batteries-a-strategic-priority-for-europe-and-the-industry/) - recy.net : [REP batteries véhicules électriques 2025](https://recy.net/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) --- ## Biodéchets 2026 : trois leviers qui remplacent la sanction - URL: https://www.recy.net/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-22T06:00:00 - Categories: dechets Sous le capot, c'est presque marrant. L'obligation de tri à la source des biodéchets pèse sur toutes les collectivités françaises depuis le 1er janvier 2024. Deux ans plus tard, 34 territoires ne proposent toujours aucune solution conforme (Zero Waste France, septembre 2025). Combien d'entre eux ont été sanctionnés ? Zéro. Combien ont reçu une amende fléchée "défaut de tri biodéchets" ? Zéro. Et pourtant, quelque chose bouge. Pas par la voie frontale. Par trois mécaniques détournées que personne ne met sur la table. Le virage s'enclenche, mais il vient du côté où on ne regarde pas. Je bosse sur la plomberie réglementaire des filières déchets depuis un moment. Cet article ne parle pas du bilan méthanisation 2026 (j'ai déjà traité ce sujet dans [le bilan des filières de valorisation](/dechets-alimentaires-valorisation-bioenergie-2026-bilan/)). Il démonte la mécanique de coercition. Celle qui ne dit pas son nom. ## L'angle mort du dispositif : pas de sanction directe Commençons par évacuer un mythe. L'article 88 de la loi AGEC impose bien la généralisation du tri à la source des biodéchets au 1er janvier 2024. L'article L541-21-1 du Code de l'environnement reprend la règle. Mais le texte ne prévoit **aucune sanction spécifique** quand une collectivité traîne. L'AMF l'a confirmé dès juillet 2023 auprès de Déchets-Infos : "aucun critère et aucune sanction" directs pour les collectivités défaillantes. Il existe bien l'article L541-46 du Code de l'environnement (gestion illégale des déchets). Il prévoit quatre ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende pour une personne physique, 750 000 euros pour une personne morale. Mais c'est l'arme nucléaire, pensée pour les dépôts sauvages, les décharges clandestines, les trafics. Personne ne va l'activer contre une communauté de communes qui a pris du retard sur ses composteurs de quartier. Bilan à date : le chiffre officiel de couverture est passé de 33 % début 2024 à 40 % fin 2024, puis 51,6 % en juillet 2025 (soit 35,1 millions d'habitants desservis selon Zero Waste France). L'objectif réglementaire à horizon 2026 est pourtant de ramener la part des biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles à 39 kg par habitant, contre 83 kg aujourd'hui. L'écart entre la cible et le réel reste énorme, et la loi seule n'y peut rien. C'est un classique défaut de game design : des règles sans incentive, sans punition, sans feedback loop. Les joueurs l'ont compris. Et pourtant, le régime change. Trois leviers indirects entrent en jeu. ## Levier 1 : la conditionnalité TMB, la mécanique qui fait peur aux élus C'est le truc qu'on ne lit nulle part dans la presse grand public. L'article 90 de la loi AGEC conditionne **l'autorisation de toute nouvelle unité de tri mécano-biologique (TMB) ou l'augmentation de capacité d'une installation existante** au respect effectif de l'obligation biodéchets sur le territoire concerné. Un décret d'application est dans le pipeline, et AMORCE a défendu en 2024 une règle de justification simple. Le critère proposé (au choix de la collectivité) : - 95 % de la population du territoire couverte par une solution de tri à la source - OU moins de 39 kg par habitant de biodéchets dans les OMR - OU plus de 50 % des biodéchets détournés de l'enfouissement Si aucun de ces trois seuils n'est atteint, le préfet peut refuser l'autorisation. Traduction opérationnelle : un syndicat de traitement qui veut moderniser son TMB ou créer une extension se prend un mur administratif tant qu'il n'a pas mis en place la collecte séparée en amont. Élégant. Vraiment. Parce que le TMB, c'est précisément la techno qui permettait aux territoires de contourner le tri à la source (on jette tout en bac gris, on trie ensuite à l'usine). Fermer ce contournement, c'est forcer le tri amont sans jamais prononcer le mot "sanction". Cette mécanique s'appuie en arrière-plan sur un contrôle ICPE classique. Préfet et DREAL mettent en demeure les installations non conformes, avec astreintes journalières à la clé. Le canal est déjà rodé sur d'autres sujets. Il n'y a qu'à l'activer. ## Levier 2 : la pression UE, l'avis motivé qu'on minimise en France Deuxième étage de la fusée, et celui-là vient de Bruxelles. Le 24 avril 2024, la Commission européenne a adressé à la France une lettre de mise en demeure pour mauvaise transposition de la directive-cadre déchets de 2018, dont l'obligation de collecte séparée des biodéchets fait partie. Un an plus tard, la procédure s'est durcie : en mai 2025, la Commission a émis un avis motivé (Banque des Territoires, AEF Info). C'est l'avant-dernière marche avant la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne. Pour qui n'est pas familier avec la mécanique : un avis motivé, ce n'est pas une menace en l'air. C'est le moment où les services juridiques de Matignon commencent à préparer sérieusement le dossier. Parce qu'après, ce sont des pénalités journalières devant la CJUE, avec un plafond qui se compte en millions d'euros. Les cas grecs et tchèques traités le même jour d'avril 2024 ont illustré la trajectoire. La conséquence côté État français est déjà visible, même si elle est rarement explicitée. Les arbitrages budgétaires 2026 et les décrets en cours (conditionnalité TMB, interdiction progressive d'enfouissement des déchets valorisables depuis 2025) sont calibrés pour éteindre le dossier avant la saisine. Pas par vertu écologique. Par réflexe de couverture juridique. Les collectivités ne voient pas directement cet étage de pression. Mais elles le subissent à travers les décrets qui sortent et les circulaires préfectorales qui durcissent le ton. Le préfet qui refuse une autorisation TMB en 2026 n'agit pas seul : il exécute une doctrine descendue de Bercy et de Bruxelles. Pour le cadre général de conformité qui touche aussi les entreprises, je renvoie à l'analyse des [obligations AGEC côté entreprises en 2026](https://reglementation-environnement.com/loi-agec-obligations-entreprises-2026/) sur le pilier juridique. Le mécanisme est analogue : pression par la conditionnalité d'accès aux marchés plus que par l'amende. ## Levier 3 : le retrait du Fonds vert, le signal économique à 500 000 euros Troisième levier, et c'est celui qui fait le plus grincer les élus locaux. Le Fonds vert "axe 1 biodéchets" avait distribué 106,9 millions d'euros sur 389 projets entre 2023 et 2024, pour une population couverte d'environ 14 millions d'habitants (rapport Sénat 2025, r25-011). C'était le robinet. Il finançait les bacs bruns, les composteurs collectifs, la formation des agents, les campagnes de communication. Le robinet se ferme. Le PLF 2026 supprime purement et simplement la mesure biodéchets du Fonds vert. La justification officielle : "compte tenu de l'évolution de la réglementation imposant aux collectivités d'investir". En clair : l'obligation légale existe, démerdez-vous. Le rapport Sénat (l25-139-310-1) donne le chiffre qui fâche : sur janvier-août 2025, 58 dossiers biodéchets déposés, seulement 2 acceptés, 4,7 millions d'euros accordés sur 34,2 millions demandés. Taux d'acceptation de 3,4 %. L'enveloppe était déjà asséchée avant même la suppression formelle. Plus large, le Fonds vert total passe de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 1,15 milliard en 2025, puis 650 millions en 2026. Moins 75 % en deux ans. Ce n'est pas une coupe budgétaire classique. C'est un transfert de charge pur, de l'État vers les EPCI. Pour une communauté de communes qui pensait toucher 500 000 euros sur un projet de PAV et de communication, le signal est simple : il faudra désormais assumer en intégralité sur le budget local, via la fiscalité ou la TEOM. Les surcoûts estimés de la collecte séparée (7 à 22 euros par habitant et par an selon le CME, 10 à 22 euros selon la FNADE, 15 à 25 euros selon l'ISIGE Mines Paris en mai 2025) deviennent un problème de facture municipale, pas un projet de subvention. Le détail glaçant : aucun des projets Fonds vert financés entre 2023 et 2024 n'était arrivé à terme fin 2025, selon l'ADEME citée par le rapport Sénat. Délai moyen de déploiement : 3 à 4 ans. Donc on a financé, on a arrêté de financer, et les projets ne produiront de résultat qu'après la fin du soutien. C'est un pattern récurrent du pilotage public sur les filières déchets, et j'en parle plus en détail dans [la fiscalité déchets 2026 qui coince côté collectivités](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/). ## Ce que ça donne sur le terrain : les noms, les chiffres Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Uzaje liquidée : le réemploi rattrapé par son modèle](/uzaje-faillite-filiere-reemploi-emballages-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Biodéchets : 32 M couverts, mais 12 % trient vraiment](/tri-biodechets-bilan-ademe-mi-2026-32-millions-couverts). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Décret 2026-435 : sortie du statut de déchet simplifiée](/decret-2026-435-sortie-statut-dechet-recycleurs). Zero Waste France a fait le boulot que l'ADEME ne publie pas. Dans son rapport de septembre 2025, l'ONG nomme 34 collectivités qui ne proposent aucune solution conforme (composteur individuel distribué isolément ne compte pas comme collecte séparée au sens de la directive). Ces 34 territoires enfouissent collectivement 55 514 tonnes de biodéchets par an, pour un coût de 11,76 millions d'euros (à 212 euros la tonne). De l'argent public brûlé pour enfouir de la matière organique. Au-delà de ce noyau dur, 125 intercommunalités (représentant 4,1 millions d'habitants) envoient encore plus de 50 % de leurs OMR en enfouissement. Le nom de certaines sort du lot : Saint-Quentin-en-Yvelines, Seine-Eure Agglomération, Évron en Mayenne. Troyes Champagne Métropole avait annoncé 40 composteurs collectifs par an, elle en a posé 20 la première année, soit 50 % de l'objectif non atteint. À l'inverse, les bons élèves font la démonstration que c'est faisable. Brest Métropole a documenté ses guides de compostage. L'EPT Boucle Nord de Seine (Hauts-de-Seine avec Argenteuil) affiche des taux d'erreur de tri entre 2 et 3 %. Paris gère 1 180 composteurs collectifs recensés. Ces exemples identifiés par l'ISIGE Mines Paris en mai 2025 montrent que le blocage n'est ni technique ni démographique. Il est politique et financier. Et côté citoyen, 59 % des Français déclarent trier leurs déchets alimentaires (enquête ADEME 2025). Mais 38 % estiment manquer d'information. C'est moins un refus qu'un défaut d'accompagnement. Le joueur est prêt, le tuto n'est pas écrit. ## Les élections municipales 2026 : le moment où ça bascule Zero Waste France a publié en février 2026 une note positionnant les communes comme "maillon indispensable" du déploiement. Quatre leviers à revendiquer dans les mandats post-élections : communication de proximité, gestion de l'espace public (points d'apport volontaire et signalétique), exemplarité dans les bâtiments municipaux, coordination avec l'EPCI qui porte légalement la compétence collecte. Le calendrier est ce qu'il est. Les équipes élues en mars 2026 héritent : - d'une obligation légale active depuis deux ans - d'un Fonds vert biodéchets supprimé dans leur premier budget - d'une conditionnalité TMB qui bloquera les projets d'infrastructure de traitement si le tri amont ne suit pas - d'une pression UE qui descend en cascade jusqu'au préfet Ce n'est pas la configuration rêvée pour un adjoint déchets qui découvre le dossier. Mais c'est le vrai paysage. Et Bio360 Europe à Nantes les 11-12 février 2026 (6 000 participants, 450 exposants, 250 intervenants attendus) sera sans doute l'un des premiers rendez-vous où les acteurs de la filière parleront ouvertement de ce nouveau régime post-Fonds vert. Les ateliers biogaz, méthanisation, compostage y sont traditionnels. Ce qui changera en 2026, c'est la tonalité côté collectivités : on ne vient plus chercher une subvention, on vient chercher un modèle économique viable. ## Ma lecture honnête : un système qui force la main sans le dire Sous le capot de tout ça, il y a une logique. L'État a constaté que l'obligation posée sans sanction ne suffit pas. Il ne peut pas créer d'amende spécifique : politiquement intenable face aux associations d'élus, juridiquement complexe à calibrer. Alors il active trois leviers indirects qui font le même boulot. Le résultat pour les collectivités en retard est concret : 1. Leurs projets d'infrastructure de traitement se bloquent (TMB) 2. Leur préfet durcit les contrôles ICPE parce qu'il y a une procédure UE ouverte 3. Leurs subventions disparaissent, les surcoûts tombent sur la TEOM Les trois leviers ne sont pas coordonnés dans une circulaire unique. Ils produisent pourtant un effet combiné. C'est exactement le genre de dispositif qu'un game designer appelle une mécanique systémique : pas de boss à vaincre, pas de règle punitive frontale, mais un ensemble de contraintes qui rendent l'inaction de plus en plus coûteuse. Les joueurs qui résistent le plus longtemps paient la facture la plus lourde. Ce que je pronostique pour les 18 prochains mois : la France ne se fera pas condamner par la CJUE parce que Bercy aura sorti à temps le décret TMB et deux ou trois mises en demeure médiatisées. La couverture montera mécaniquement vers 60-65 %. Les 34 collectivités nommées par ZWF soit basculeront (elles ont désormais leur nom dans un rapport public), soit paieront socialement à travers la fiscalité locale. L'objectif 39 kg/hab en 2026 ne sera pas tenu. Les 25 kg/hab en 2030 encore moins, sauf accélération. Mais l'obligation ne sera plus un papier mouillé. Pour les lecteurs qui veulent creuser les dispositifs connexes, [le bilan du tri obligatoire un an après](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025/) documente les disparités territoriales, et [le bilan AGEC sur le compostage obligatoire](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an/) complète le tableau côté dispositifs citoyens. Je ne promets pas que le système est beau. Je constate qu'il finit par tourner. ## Sources - [Zero Waste France : le retard dans le déploiement du tri à la source des biodéchets pèse toujours sur l'enfouissement (sept. 2025)](https://www.zerowastefrance.org/le-retard-pris-dans-le-deploiement-du-tri-a-la-source-des-biodechets-pese-toujours-sur-lenfouissement/) - [Zero Waste France : municipales 2026, les communes maillon essentiel du tri à la source](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-les-communes-maillon-essentiel-du-tri-a-la-source-des-biodechets/) - [Zero Waste France : tri à la source des biodéchets, un an après l'obligation, bilan insuffisant](https://www.zerowastefrance.org/tri-a-la-source-des-biodechets-un-an-apres-lobligation-un-bilan-insuffisant/) - [Rapport Sénat 2025 (r25-011), Fonds vert biodéchets](https://www.senat.fr/rap/r25-011/r25-0116.html) - [Rapport Sénat PLF 2026 (l25-139-310-1), suppression de la mesure biodéchets](https://www.senat.fr/rap/l25-139-310-1/l25-139-310-113.html) - [AMORCE : conditionnalité TMB et règle de justification](https://amorce.asso.fr/actualite/generalisation-du-tri-a-la-source-des-biodechets-amorce-defend-une-regle-de-justification-simple-et-non-discriminante-pour-les-collectivites) - [Banque des Territoires : directive-cadre déchets, nouvelle mise en demeure UE](https://www.banquedesterritoires.fr/directive-cadre-sur-les-dechets-la-france-nouveau-mise-en-demeure) - [Déchets-Infos : biodéchets, le gouvernement veut mettre la pression sur les collectivités](https://dechets-infos.com/biodechets-le-gouvernement-veut-mettre-la-pression-sur-les-collectivites-4929839.html) - [Banque des Territoires : cap des 40 % de population couverte en 2024](https://www.banquedesterritoires.fr/tri-la-source-des-biodechets-un-cap-de-40-de-population-couverte-en-2024) - [Vert.eco : le tri des biodéchets obligatoire depuis un an, 40 % d'accès](https://vert.eco/articles/le-tri-des-biodechets-est-obligatoire-depuis-un-an-mais-seuls-40-des-francais-y-ont-acces) - [ISIGE Mines Paris : généralisation de l'obligation, bilan un an après (mai 2025)](https://blog-isige.minesparis.psl.eu/2025/05/05/generalisation-de-lobligation-du-tri-a-la-source-des-biodechets-ou-en-sommes-nous-un-an-apres-la-mise-en-application-de-la-loi-agec/) - [Takagreen : réglementation biodéchets 2026](https://www.takagreen.com/reglementation-biodechets-2026/) - [Bio360 Europe Nantes 2026](https://www.bio360expo.com/) --- ## Soren : +82 % de panneaux collectés avant la vague 2030 - URL: https://www.recy.net/recyclage-panneaux-solaires-soren-bilan-vague-demantelement-2030/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-21T06:00:00 - Categories: valorisation 9 477 tonnes de panneaux photovoltaïques usagés collectés en France en 2024. Plus 82 % en un an. Si vous avez suivi le dossier depuis l'époque où la filière s'appelait encore PV Cycle France, c'est un palier. Avant 2022, on parlait en milliers de tonnes cumulés sur cinq ans, pas en bond annuel. Le problème, c'est que ce bond n'est même pas le vrai sujet. Le vrai sujet, c'est ce qui arrive après 2030, quand les panneaux installés dans les années 2010 vont tous tomber en fin de vie à peu près en même temps. Je bosse depuis un moment sur les flux DEEE. Le recyclage des panneaux photovoltaïques, c'est un cas d'école d'industrie qui doit construire sa capacité avant que le tsunami arrive, pas après. Soren vient d'annoncer la sélection de six opérateurs industriels pour tenir la charge. Je décortique ce que ça vaut vraiment, d'où on vient, et ce qui manque encore. ## De PV Cycle à Soren : 10 ans pour poser la plomberie L'éco-organisme a été créé en 2014 par les acteurs de l'industrie photovoltaïque française, avec un agrément effectif au 1er janvier 2015. Il s'appelait PV Cycle France jusqu'en juillet 2021, date à laquelle il a été rebaptisé Soren. Ce n'est pas qu'un lifting marketing : la filière change d'échelle à ce moment-là. Entre 2015 et mai 2022, Soren avait collecté plus de 20 000 tonnes cumulées sur l'ensemble de la période. En 2023, la filière est montée à 5 207 tonnes. Et en 2024, elle passe à 9 477 tonnes d'un coup. Vu de loin, on a l'impression d'un doublement par an. Vu de près, c'est un changement de régime : on entre dans la zone où les panneaux installés autour de 2010-2014 arrivent en fin de vie théorique (environ 30 ans annoncés, dans les faits souvent moins quand il y a casse, grêle ou micro-fissures). La décomposition 2024 est intéressante : 8 950 tonnes collectées en métropole et 527 tonnes à La Réunion. La part réunionnaise est disproportionnée par rapport au poids économique de l'île. C'est le signe que les premières installations outre-mer, souvent plus exposées (UV, salinité, cyclones), commencent à partir à la casse plus vite que celles de métropole. Autre indicateur qui dit l'avant-et-après : la filière est passée de 279 à 319 points de collecte en un an. Ça reste un maillage à la main, pas une infrastructure industrielle. Pour comparaison, la filière DEEE globale est structurée de manière très différente, et je vous renvoie au [record 876 000 tonnes collectées par Ecosystem en 2026](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026/) pour voir à quoi ressemble une filière DEEE mature. ## Le bilan 2024 : ce que disent les chiffres au-delà du bond Un taux de collecte à 67 %, ce qui place la France au 3e rang européen derrière l'Autriche et la Finlande, selon les chiffres Soren repris par pv-magazine et Hellowatt. Deux pays où l'éco-fiscalité sur les DEEE est plus ancienne. On n'est pas en tête, mais on n'est plus à la traîne non plus. Derrière ça, il y a l'architecture économique : 549 contributeurs (EPC et distributeurs) ont versé 8 millions d'euros de contributions en 2024, pour un CA total Soren de 10,7 millions d'euros. L'éco-participation moyenne était de 0,53 euro par panneau. C'est bas. Très bas, quand on regarde la projection du coût réel du démantèlement à venir. Soren sécurise 30 millions d'euros de provisions, et annonce que le budget nécessaire pour démonter et recycler le parc national sur la durée tourne autour de 600 millions d'euros. Je vous le dis sans ambages : 30 millions sécurisés face à un besoin annoncé de 600, c'est l'ordre de grandeur d'une pré-provision, pas d'une couverture. Le modèle repose sur le fait que les contributions futures financeront le démantèlement futur. Ça tient tant que le marché continue d'installer du neuf. Si le rythme ralentit, l'équation se tend très vite. Sur la destination des panneaux collectés : 86 % partent en recyclage complet, 5 % en reconditionnement pour réemploi, 8 % en déchets finaux selon Révolution Énergétique. Le réemploi reste donc marginal, autour de 1 % du flux selon pv-magazine. Soren a lancé un fonds Soren Boost de 3 millions d'euros sur 2023-2027 pour structurer cette filière, mais on part de très bas. Et le problème identifié dès novembre 2023, c'est la fraude : des lots annoncés comme "réemploi" qui partent en fait à l'export illégal comme déchets. Tant que la traçabilité n'est pas numérique bout en bout, le réemploi reste un angle mort. ## Mars 2026 : les six opérateurs retenus, ce qui change Le 18 mars 2026, Soren a annoncé la sélection de six opérateurs industriels capables de recycler, ensemble, plus de 45 000 tonnes de panneaux par an. C'est l'annonce qui change la donne côté capacité, parce que les 9 477 tonnes de 2024 trouvaient déjà leurs exutoires mais pas en mode optimisé. La liste : | Opérateur | Technologie | Site | | ------------------ | ------------------------------- | -------------------------------- | | Envie 2E Aquitaine | Silicium cristallin (C-Si) | Saint-Loubès, Nouvelle-Aquitaine | | Envie 2E Occitanie | C-Si et a-Si (amorphe) | Portet-sur-Garonne, Occitanie | | Galloo France | C-Si | Halluin, Hauts-de-France | | Rosi Alpes | C-Si (pyrolyse + chimie humide) | La Mure, Auvergne-Rhône-Alpes | | RVE | C-Si | La Réunion | | First Solar | Tellurure de cadmium (CdTe) | Francfort-sur-l'Oder, Allemagne | Trois choses à retenir. D'abord, le maillage géographique est enfin cohérent. Un opérateur par grande zone d'installation, plus La Réunion. Et First Solar en Allemagne pour la techno CdTe, qui n'est pas recyclée en France faute de volumes suffisants. Les panneaux CdTe forment un flux minoritaire mais non négligeable (quelques grosses centrales au sol). Ensuite, la capacité cumulée de 45 000 tonnes par an dépasse déjà la projection Soren pour 2030 dans la fourchette basse (30 000 à 50 000 tonnes par an selon les sources). On est donc dimensionné pour le pic prévu dans six ans, au moins dans la fourchette basse. Ce qui reste à financer, c'est le ticket logistique du démantèlement en amont, pas la capacité aval. Enfin, Envie 2E Occitanie a annoncé la construction d'une usine de 16 000 tonnes par an pour environ 9 millions d'euros d'investissement, selon le Journal des Entreprises. La localisation oscillait entre l'Ariège et Portet-sur-Garonne à la date de l'annonce. C'est le type de projet qui, une fois opérationnel, double à lui seul la capacité actuelle de la filière. ## Rosi Solar : le cas d'école du "recyclage de valeur" Parmi les six, Rosi Alpes mérite un zoom. L'usine de La Mure (Saint-Honoré, Isère) a ouvert en janvier 2023 avec une capacité initiale de 3 000 tonnes par an, et un objectif de 40 000 tonnes par an en France à l'horizon 2030. Leur procédé combine une pyrolyse (traitement thermique entre 400 et 600 °C) et une étape de chimie humide pour séparer le silicium, l'argent et le cuivre. Le chiffre qui fait parler : 99,999 % de pureté atteinte sur le silicium récupéré. C'est du 5N. La qualité solaire exige 6N (99,9999 %), donc il reste un ordre de grandeur d'écart. Mais entre les deux, il y a un marché industriel pour le silicium de qualité électronique et chimique. Le modèle Rosi mise là-dessus. Pourquoi c'est stratégique ? Parce que dans un panneau silicium cristallin avec cadre aluminium, la composition massique est environ 67 % de verre, 12 % d'aluminium, 9 % de composites et plastiques, 4 % de silicium, 1 % de cuivre étamé, 1 % de cuivre, 6 % divers (source Soren). L'argent, lui, représente seulement 0,08 % de la masse du panneau. Mais selon Techniques Ingénieur, il peut représenter jusqu'à 40 % de la valeur récupérable. Soren donne un chiffre plus conservateur à 20 % selon le cours de l'argent. La fourchette réelle oscille entre 20 et 40 % selon le prix spot. Dans les deux cas, c'est le métal précieux qui tire la valeur. Rappel de contexte : le secteur photovoltaïque consomme à lui seul près de 14 % de l'argent mondial, selon Techniques Ingénieur. La teneur a fortement baissé sur la période récente (60 mg par watt-crête en 2010, 13 à 14 mg par watt-crête selon les données 2024-2025 de Techniques Ingénieur), mais le volume produit a explosé. Récupérer cet argent a du sens industriel, pas seulement écologique. C'est cohérent avec l'approche globale de [la récupération des métaux précieux dans l'électronique](/metaux-precieux-recyclage-or-argent-electronique/) qui se développe sur d'autres flux. Point d'honnêteté intellectuelle : je reste dubitatif sur la viabilité économique de long terme du recyclage panneaux hors subvention, tant que le cours de l'argent ne grimpe pas durablement. L'usine Veolia Rousset, pionnière en 2017-2018 avec 4 000 tonnes par an de capacité C-Si, a fini par arrêter son activité modules, non viable économiquement. C'est un précédent qu'il faut garder en tête quand on regarde les nouvelles capacités qui se construisent. Si le modèle tient cette fois, c'est grâce à la massification des flux entrants et à la séparation propre des métaux précieux. Pas grâce à une techno miracle. ## Le taux de valorisation : 94 % qui cache deux réalités Soren annonce un taux moyen de valorisation de 94 % pour un panneau silicium cristallin avec cadre aluminium. Chiffre officiel repris partout. Attention cependant : les 94 % incluent la valorisation énergétique (incinération avec récupération de chaleur) pour une partie des plastiques et composites. Ce n'est pas 94 % de matière recyclée en boucle. Deux procédés cohabitent, avec des logiques opposées : - **Broyage** : la matière passe dans un broyeur, on sépare ensuite par densité et magnétisme. Haute masse valorisée, faible valeur. C'est ce qui tire les taux vers le haut. - **Délamination par lame chaude** : on sépare le verre du sandwich cellule, on récupère les fractions avec une pureté plus élevée. Haute valeur, mais procédé plus lent et plus cher. Aujourd'hui, la majorité du tonnage passe par le broyage. Ce que Rosi et les autres opérateurs avancés essaient de faire, c'est de basculer progressivement vers la délamination pour récupérer l'argent et le silicium dans des qualités commercialisables. Le Techniques Ingénieur appelle ça le passage "du recyclage de masse au recyclage de valeur", et le marché mondial des matériaux recyclables issus des panneaux pourrait atteindre 2,7 milliards de dollars d'ici 2030 selon leurs projections, avec une estimation IRENA à 15 milliards de dollars à l'horizon 2050 (matières pour refabriquer 2 milliards de panneaux, soit 630 GW). Ces chiffres de marché sont à prendre avec un qualificateur "selon IRENA" ou "selon Techniques Ingénieur" : ce sont des projections macro, pas des carnets de commandes. Mais l'ordre de grandeur cadre bien avec ce qu'on voit se construire côté industriel. Ce mouvement est à rapprocher de la logique du [premier site français dédié aux matériaux critiques](/materiaux-critiques-premier-site-recyclage-france-2026/) : le recyclage qui bascule de "gestion de déchet" à "approvisionnement matière". ## Le cadre réglementaire : directive 2024/884 en fond La directive UE 2024/884 encadre le volet panneaux photovoltaïques du régime DEEE, avec une transposition obligatoire au plus tard le 9 octobre 2025. Ce texte confirme notamment que les panneaux mis sur le marché européen à partir du 13 août 2012 engagent le producteur sur le coût complet du recyclage. Concrètement, pour l'installation domestique typique d'un particulier qui s'équipe en 2026, l'éco-participation est payée au moment de l'achat (barème 2025 Soren : 0,69 € pour un panneau standard de 25 kg, 0,55 € si deux critères environnementaux sont remplis, 0,06 € si au moins trois critères sont remplis). Cette contribution alimente Soren, qui finance le démantèlement et le recyclage en bout de vie, autour d'une trentaine d'années plus tard selon la durée de vie théorique des panneaux. Le pari industriel, c'est que les contributions actuelles restent suffisantes pour absorber les flux futurs. Pour situer l'échelle du parc à gérer : fin T3 2024, la France comptait 23,7 GW de capacité installée. L'objectif SFEC vise 54 à 60 GW en 2030, puis 75 à 100 GW en 2035. À titre indicatif, la production solaire française en 2024 était de 24,5 TWh. Et côté amont, 97 % des panneaux sont importés. Ça limite le levier sur l'éco-conception locale et renforce la dépendance au recyclage aval comme seul point de souveraineté. Ce cadre s'inscrit dans la logique plus large de la [directive droit à la réparation 2024/1799 qui durcit les obligations des fabricants](https://reglementation-environnement.com/directive-droit-reparation-2024-1799-obligations-fabricants/) : l'Europe tire progressivement le levier "producteur" sur l'ensemble du cycle de vie des équipements, et les panneaux n'y échappent pas. ## Les projections 2030-2050 : l'ordre de grandeur du choc C'est là que tout se joue. Selon Soren et les différentes projections sectorielles : - 2030 : entre 30 000 et 50 000 tonnes par an selon les sources (Soren cite 30 000, actu-environnement 40 000, Les Horizons 50 000) - 2040 : 150 000 tonnes par an - 2050 : 500 000 tonnes par an Entre 2024 (9 477 tonnes collectées) et 2030 (30 000 à 50 000 tonnes projetées), la capacité de collecte doit monter d'un cran d'échelle en six ans. Entre 2030 et 2050, les projections Soren passent de quelques dizaines de milliers à 500 000 tonnes par an. Ce n'est pas linéaire, c'est exponentiel, parce que les gros volumes installés à partir de 2015-2020 en France vont arriver en fin de vie théorique autour de 2045-2055. La capacité actuelle des six opérateurs (plus de 45 000 tonnes par an) couvre donc le pic 2030 dans la fourchette basse, mais ne couvre pas 2040 et encore moins 2050. Il faudra ouvrir d'autres unités. Ou, plus probablement, faire monter en puissance les unités existantes par vagues successives : Rosi vise 40 000 tonnes par an seul en 2030, Envie 2E Occitanie 16 000 tonnes par an, etc. Si tous les sites annoncés montent à leur cible, on tient 2030. Au-delà, ça reste à construire. ## Ce que je surveille pour les 18 prochains mois Trois signaux à monitorer. **La publication du bilan Soren 2025.** Il n'est pas encore disponible au moment où j'écris (les données 2024 ont été publiées en juin 2025, il faut donc attendre mi-2026 pour avoir 2025). La question, c'est de savoir si le bond +82 % s'est confirmé ou s'il a été un à-coup lié à de gros démontages de centrales de première génération. **L'usine Envie 2E Occitanie.** Décision finale de localisation, planning de construction, démarrage. C'est le projet structurant pour la région. **La traçabilité numérique du flux réemploi.** Tant que Soren ne publie pas de registre numérique des panneaux reconditionnés avec preuve de destination finale, le "réemploi" reste un angle mort exploitable par la fraude. Le baromètre OpinionWay pour Soren 2025 indique que 77 % des Français soulignent un manque d'information sur le recyclage des panneaux. Ça confirme que le récit filière reste à construire, pas que ses fondations techniques. Le vrai enjeu, ce n'est pas le chiffre de 2024. C'est la capacité de la filière à tenir la charge quand le pic arrivera. Là-dessus, Soren a posé la plomberie industrielle entre 2021 et 2026. Reste à voir si elle tient la pression. ## Sources - [Soren affiche un bond historique de la collecte de panneaux photovoltaïques, pv-magazine.fr (juin 2025)](https://www.pv-magazine.fr/2025/06/17/soren-affiche-un-bond-historique-de-la-collecte-de-panneaux-photovoltaiques/) - [Soren sélectionne six opérateurs industriels pour le recyclage des modules photovoltaïques, pv-magazine.fr (mars 2026)](https://www.pv-magazine.fr/2026/03/18/soren-selectionne-six-operateurs-industriels-pour-le-recyclage-des-modules-photovoltaiques/) - [Reportage : l'usine de recyclage de panneaux Rosi Solar prépare sa montée en puissance, pv-magazine.fr (nov. 2024)](https://www.pv-magazine.fr/2024/11/14/reportage-lusine-de-recyclage-de-panneaux-rosi-solar-prepare-sa-montee-en-puissance/) - [Re-traitement des panneaux solaires photovoltaïques, Soren (site officiel)](https://www.soren.eco/re-traitement-panneaux-solaires-photovoltaiques/) - [Il faut passer d'un recyclage de masse à un recyclage de valeur, Techniques Ingénieur](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/il-faut-passer-dun-recyclage-de-masse-a-un-recyclage-de-valeur-147343/) - [Directive UE 2024/884 (DEEE, panneaux photovoltaïques), EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32024L0884) - [Contrats Soren : 45 000 tonnes de capacité recyclage, actu-environnement.com](https://www.actu-environnement.com/ae/news/contrats-soren-recyclage-panneaux-solaires-47722.php4) - [Soren : +82 % de panneaux collectés, hellowatt.fr](https://www.hellowatt.fr/blog/soren-recyclage-panneaux-solaires-2024/) - [Envie 2E Occitanie va construire une usine pour recycler les panneaux solaires, Journal des Entreprises](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/envie-2e-occitanie-va-construire-une-usine-pour-recycler-les-panneaux-solaires-2140207) - [Recyclage des panneaux solaires : la France en a collecté près de 10 000 tonnes en 2024, revolution-energetique.com](https://www.revolution-energetique.com/actus/recyclage-des-panneaux-solaires-la-france-en-a-collecte-pres-de-10-000-tonnes-en-2024/) - [Une première mondiale en Isère : recycler les panneaux solaires, ici.fr (France Bleu Isère)](https://www.ici.fr/infos/environnement/une-premiere-mondiale-en-isere-une-entreprise-a-trouve-comment-recycler-les-panneaux-solaires-6643570) - [Potentiel de création de valeur du recyclage des panneaux solaires, Soren](https://www.soren.eco/mieux-connaitre-la-filiere/quel-est-le-potentiel-de-creation-de-valeur-du-recyclage-des-panneaux-solaires-photovoltaiques) - [Réemploi des panneaux solaires : Soren amorce la structuration d'une filière, pv-magazine.fr](https://www.pv-magazine.fr/2025/06/18/reemploi-des-panneaux-solaires-soren-amorce-la-structuration-dune-filiere/) - [État de la filière recyclage photovoltaïque en France, pv-magazine.fr (nov. 2023)](https://www.pv-magazine.fr/2023/11/30/quel-est-letat-de-la-filiere-recyclage-en-france-aujourdhui/) - [La puissance du parc photovoltaïque en France atteint 23,7 GW, pv-magazine.fr (déc. 2024)](https://www.pv-magazine.fr/2024/12/06/la-puissance-du-parc-photovoltaique-en-france-atteint-237-gw/) --- ## Déchets alimentaires 2026 : bilan méthanisation-compostage - URL: https://www.recy.net/dechets-alimentaires-valorisation-bioenergie-2026-bilan/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-20T08:00:00 - Categories: valorisation Je vais être franc : quand je regarde la filière de valorisation des déchets alimentaires comme un game designer regarde un système, je vois un jeu mal équilibré. Les règles sont écrites, les joueurs sont en place, mais la boucle de feedback entre producteur de biodéchets et exutoire de valorisation fuit à chaque étape. Deux ans après l'entrée en vigueur de l'obligation de tri à la source, la France capte à peine 10 % de son gisement ménager. Le reste part encore en incinération ou en enfouissement. Pendant ce temps, la filière biométhane bat des records européens. Décryptage sous le capot. ## Le game design derrière l'obligation de tri 2024 Rappel des règles. Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose aux collectivités de proposer une solution de tri à la source des biodéchets à tous leurs administrés. En 2026, l'obligation s'étend à TOUS les producteurs sans seuil, professionnels comme particuliers. Le gisement visé est massif : 28,4 Mt par an de biodéchets en France, dont 18 Mt pour les ménages seuls selon l'ADEME. Le problème, c'est que l'obligation a été posée sans condition de résultat sur la collecte. Résultat un an après : 900 000 tonnes captées, soit à peine 10 % du gisement ménager. La population couverte par une solution de tri est passée à 32,1 millions de Français (50 %), ce qui est un x3 en deux ans, mais le volume réellement trié ne suit pas. C'est le classique problème d'un système qui récompense l'inscription des joueurs plutôt que leur action. La vraie question technique ici : pourquoi 90 % du gisement s'évapore-t-il ? Trois raisons qui se cumulent. 1. **Les composteurs individuels** ne sont pas comptabilisés dans les 900 000 tonnes. Quand un ménage composte dans son jardin, ça disparaît du radar statistique. Ce n'est pas perdu, mais c'est invisible. 2. **La qualité du geste de tri** reste aléatoire. Les collectivités remontent des taux de contamination élevés sur les bacs bruns, ce qui dégrade la valorisation aval. 3. **L'incentive économique** pour trier est nul côté ménage. Pas de tarification incitative généralisée, pas de récompense directe. Le joueur n'a aucune raison rationnelle de faire l'effort. Pour ceux qui veulent creuser la mécanique du tri biodéchets côté particulier, le [bilan un an après l'obligation](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025/) détaille les disparités territoriales. ## Méthanisation : la filière qui scale Sous le capot de la valorisation énergétique, c'est une autre histoire. La méthanisation française est passée en mode production industrielle. Au 1er janvier 2025, on comptabilise 1 781 unités de méthanisation sur le territoire. La répartition est parlante : 1 238 installations agricoles (70 %), 230 centralisées (13 %), 117 industrielles (7 %). L'agricole domine largement. Côté injection biométhane dans les réseaux, les chiffres font la différence. En 2025, la France a injecté 13,6 TWh, soit 3,9 % de la consommation nationale de gaz, contre 11,6 TWh et 3,2 % en 2024. La capacité installée fin 2025 atteint 15,5 TWh/an et les sites d'injection sont désormais 803, en hausse de 12 % sur un an. La France est le leader européen du biométhane injecté pour la troisième année consécutive, confirmé par l'AFP en avril 2026. Le game design économique qui a rendu ça possible : un tarif d'achat garanti sur 15 ans, avec une moyenne de 153,9 €/MWh sur les contrats 2023 (fourchette 73-178 €/MWh selon la taille du projet). En face, un investissement de 2 à 10 M€ par unité et une capacité agricole moyenne de 8 000 t/an de matière organique pour 1 à 3 GWh produits. C'est un modèle économique viable, sécurisé par l'État, et qui a attiré les capitaux. Mais attention au bug 2025 : un ralentissement de 40 % des capacités installées par rapport à 2024, signalé par Gaz d'Aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que le mécanisme tarifaire change en 2026. Les nouveaux projets basculent sur un modèle "prix gaz fossile + CPB (complément de prix biométhane) plafonné" piloté par GRDF. Moins lisible, plus risqué. Les 1 117 projets en attente de raccordement (18,7 TWh/an potentiels, +28 % vs fin 2024) attendent de voir ce que donne le nouveau mécanisme avant de déclencher les travaux. C'est une leçon de game design : quand tu changes les règles d'un système qui fonctionne, tu crées un moment d'attentisme. Les joueurs gèlent leurs mises. En 2025, on voit cet effet en direct. ## Méthanisation vs compostage : le trade-off que personne n'explicite Voilà où ça devient intéressant pour les collectivités qui doivent choisir. Les deux filières traitent les mêmes biodéchets, mais avec des profils économiques radicalement différents. **Méthanisation :** - Produit de l'énergie valorisable (biométhane, électricité, chaleur) - Potentiel biogaz des déchets alimentaires : 63 m³ CH₄/tonne (source UPCYCLE/AILE) - Coût de traitement pour collectivités : environ 600 €/tonne - Coût pour industriels haut volume : environ 140 €/tonne - Verrou technique majeur : déconditionnement des emballages + contamination microplastiques des digestats (étude 2025, bioenergie-promotion.fr) **Compostage :** - Produit un amendement organique pour les sols - Coût de traitement plus faible mais pas chiffré publiquement dans les bilans nationaux 2024-2025 - Moins sensible à la contamination plastique (mais pas insensible, voir les campagnes ADEME sur le compost agricole) Le compostage industriel français souffre d'un manque de données publiques sur les volumes et le nombre de plateformes en 2024-2025. Paradoxe : la filière la plus simple techniquement est aussi la moins documentée statistiquement. Pour les collectivités qui démarrent, c'est un angle mort décisionnel. Ma lecture honnête : la méthanisation gagne sur le papier parce qu'elle génère un revenu énergétique. Le compostage gagne sur le terrain parce qu'il est plus robuste aux erreurs de tri et moins gourmand en capex. Les deux sont complémentaires, mais le débat public pousse à la méthanisation parce que c'est sexy côté transition énergétique. C'est un biais politique, pas technique. Pour comprendre les choix côté particulier, voir [le guide du compostage obligatoire](/compostage-obligatoire-guide-pratique/) et la comparaison détaillée dans [Cuisine zéro déchet](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece/). ## Le verrou microplastiques : le bug qui menace tout le système Là, on arrive à la partie où le game designer tire la sonnette d'alarme. Une étude 2025 publiée sur bioenergie-promotion.fr a documenté les performances des déconditionneurs de biodéchets. Le résultat : même avec les meilleurs équipements, la contamination des digestats par des microplastiques issus des emballages reste significative. Concrètement, ça veut dire quoi ? Que les digestats épandus sur les champs transportent des microplastiques vers les sols agricoles. Et quand l'ADEME ou l'INRAE vont finir par quantifier sérieusement cette pollution, la filière va prendre un choc réglementaire. Voir [Microplastiques dans le compost : biodéchets contaminés](/microplastiques-compost-biodechets-contamines/) pour le détail du problème. La parade technique existe : amélioration des déconditionneurs, collecte en sacs compostables certifiés, tri à la source plus rigoureux. Mais chaque parade coûte de l'argent et personne ne veut payer. Classique dilemme de système où l'externalité (pollution des sols) n'est pas internalisée dans le prix de traitement. ## Le financement : 100 M€ du Fonds Vert et après ? Côté argent public, le Fonds Vert a engagé 100 M€ depuis 2023 pour accompagner les collectivités sur le tri biodéchets. C'est significatif, mais rapporté aux 28,4 Mt de gisement et aux investissements réels nécessaires (bacs, collecte, unités de traitement), ça reste un coup de pouce, pas une transformation. L'équation 2026 est simple à poser, compliquée à résoudre : pour capter réellement 50 % du gisement ménager, il faut 10x plus d'infrastructures de collecte séparée, des agents communaux formés, des points d'apport volontaire partout, et une vraie communication auprès des ménages. Le gaspillage alimentaire résiduel, 33 kg d'aliments achetés jetés par personne et par an (ADEME), montre que la réduction à la source reste la priorité absolue avant même la valorisation. Pour la vue d'ensemble sur l'économie de la filière, voir [TGAP, Fonds vert : la fiscalité déchets 2026 coince](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/). ## Ce qui m'intrigue pour les 18 mois qui viennent Mon pronostic honnête, vu comme un joueur qui teste le système : 1. **Le tri résidentiel va plafonner à 15-20 %** sans mécanisme de tarification incitative généralisé. Les collectivités qui ont sauté le pas (Besançon, Lorient, Roubaix) atteignent 25-30 %, le reste reste scotché à 5-10 %. 2. **La méthanisation agricole va repartir** dès que le mécanisme CPB sera stabilisé fin 2026. Les 1 117 projets en attente ne vont pas tous se concrétiser, mais 500-600 si, ce qui porterait la capacité à 25 TWh/an d'ici 2028. 3. **Le verrou microplastiques va forcer un décret technique** sur les déconditionneurs, probablement en 2027. Les unités anciennes devront investir ou fermer. 4. **L'objectif 2030 de 44 TWh** reste théoriquement atteignable, mais le gisement mobilisable 2030 estimé par l'ADEME (130 Mt MB, 56 TWh potentiels, 90 % agricole) suppose une mobilisation massive des effluents d'élevage, pas des biodéchets alimentaires. La boucle que je surveille : est-ce que le prix du gaz fossile va rester assez haut pour que le biométhane reste compétitif sans subvention massive ? Si oui, la filière scale seule. Si non, on revient pleurer au guichet public. Le game design tarifaire d'après 2026 est le point de bascule. En attendant, l'action la plus efficace reste celle qu'on ne met pas assez en avant : réduire le gaspillage alimentaire à la source. Un déchet évité ne pose ni problème de tri, ni de méthanisation, ni de microplastiques. C'est le R2 (Réduire) des 5R qui structure toute l'économie circulaire, pas un hasard. ## Sources - [ADEME, bilan du tri à la source des biodéchets](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/un-an-apres-sa-mise-en-place-quel-bilan-peut-on-tirer-du-tri-a-la-source-des-biodechets/) - [Connaissance des énergies, France leader européen biométhane](https://www.connaissancedesenergies.org/afp/la-france-leader-europeen-de-linjection-de-biomethane-dans-les-reseaux-260409) - [Réseau Compost, décryptage des chiffres ADEME](https://reseaucompost.org/articles/2025/05/derniers-chiffres-de-lademe-sur-le-tri-la-source-des-biodechets-notre-decryptage) - [UPCYCLE, compostage ou méthanisation](https://www.upcycle.org/compostage-ou-methanisation-des-biodechets-comment-choisir/) - [Gaz d'Aujourd'hui, six chiffres biométhane 2025](https://www.gazdaujourdhui.fr/six-chiffres-a-retenir-sur-le-developpement-du-biomethane-en-france-en-2025/) - [Bioénergie Promotion, performances déconditionneurs biodéchets](https://www.bioenergie-promotion.fr/105269/suivi-des-performances-techniques-et-matiere-de-deconditionneurs-de-biodechets/) --- ## Incorporation de matière recyclée : les primes IMPR 2026 - URL: https://www.recy.net/incorporation-matiere-recyclee-incitations-2026-plasturgistes/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-19T08:00:00.000Z - Categories: valorisation Quand on veut changer un comportement industriel, on a deux leviers : la contrainte ou l'incitation. La plupart des filières REP empilaient les deux sans cohérence, avec des primes négociées cahier des charges par cahier des charges, chaque éco-organisme inventant sa propre grille. Résultat pratique pour un plasturgiste : pour savoir combien valait une tonne de recyclé incorporé, il fallait un juriste, un tableur et un peu de chance. L'arrêté du 5 septembre 2025, entré en vigueur le 1er janvier 2026, remet tout le monde sur la même ligne avec un dispositif unique baptisé IMPR. ## Une grille de primes lisible pour 8 filières d'un coup Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Achat durable : ce qui change le 22 août 2026](/achat-durable-collectivites-obligations-22-aout-2026). L'IMPR couvre huit filières à responsabilité élargie du producteur : emballages ménagers (le périmètre historique de Citeo), emballages industriels et commerciaux, équipements électriques et électroniques, contenants de produits chimiques, ameublement, jouets, articles de sport et de loisirs, bricolage et jardin. Le dispositif remplace purement et simplement toutes les rétributions existantes prévues par les cahiers des charges REP. Plus d'empilement, plus de doublon, une seule mécanique. La grille tient en trois lignes. Un plasturgiste qui incorpore du plastique recyclé provenant d'une autre filière REP touche 450 €/t. S'il incorpore du recyclé issu de sa propre filière REP, la prime monte autour de 500 €/t, certaines sources évoquant jusqu'à 550 €/t selon les cas. Et pour les plastiques difficilement recyclables, en particulier les emballages au contact alimentaire qui imposent une qualité de régénération beaucoup plus exigeante, le dispositif prévoit une prime pouvant aller jusqu'à 1 000 €/t. ## La mécanique d'incentive, vue de l'atelier Le design du dispositif est intéressant parce qu'il essaie de corriger deux travers classiques. Premier travers : subventionner ce qui serait fait de toute façon. L'IMPR ne verse la prime qu'au-delà des seuils réglementaires obligatoires. Un embouteilleur qui atteint juste les 25 % de recyclé dans ses bouteilles PET, obligation européenne déjà en place depuis janvier 2025, ne touche rien. La prime commence à la tonne au-dessus de ce qu'on lui impose déjà. Deuxième travers : financer du recyclé qui a parcouru 6 000 kilomètres. L'arrêté conditionne l'éligibilité à une logistique locale. Collecte, tri, régénération et incorporation doivent se situer dans un rayon de 1 500 kilomètres autour du barycentre hexagonal. En pratique, cela couvre la France et ses voisins immédiats, mais exclut le recyclé asiatique ou le regranulé importé du lointain. L'objectif est de faire tenir la boucle côté industrie européenne, pas de financer des flux transcontinentaux. Pour aller plus loin sur les boucles de valorisation, voir notre dossier sur les farines animales et le biogaz d'équarrissage dans l'Orne, qui illustre la même logique de périmètre local. ## Le cadre européen qui pousse derrière L'IMPR n'arrive pas dans un désert réglementaire. Il s'inscrit dans la foulée du règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), le règlement UE 2025/40 qui structure toute la contrainte européenne sur les emballages. Parce qu'il s'agit d'un règlement et non d'une directive, le texte s'applique directement dans tous les États membres sans transposition nationale. Le calendrier PPWR fixe des paliers concrets. Les 25 % de recyclé dans les bouteilles PET pour boissons sont en vigueur depuis janvier 2025. À partir de 2030, les emballages plastiques devront intégrer entre 10 et 35 % de contenu recyclé selon leur catégorie, les emballages PET visant au moins 30 %. Les bouteilles PET en boisson devront ensuite atteindre 65 % en 2040. Pour un plasturgiste, ces chiffres sont moins une projection qu'un rail. L'IMPR devient une rampe d'accélération pour atterrir sur ces paliers sans casser la marge. Notre article sur le [règlement PPWR et ses conséquences pratiques sur les emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026/) détaille ce calendrier, et celui dédié au [taux d'incorporation obligatoire dans les bouteilles PET](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet/) explique pourquoi le seuil 2025 est le point de départ de toute la négociation industrielle. ## Pourquoi le déclic est nécessaire : les chiffres français La France ne part pas d'une situation confortable. Le Plan Plastique 2025-2030 chiffre à 23 % le taux de recyclage des déchets plastiques actuellement, loin des trajectoires européennes. Chaque année, 1,9 million de tonnes d'emballages plastiques ne sont pas recyclées et partent en valorisation énergétique ou en enfouissement. L'objectif gouvernemental antérieur visait 600 kt de matières plastiques recyclées incorporées d'ici 2025, cible déjà repoussée dans les faits. Le gain environnemental de la substitution, lui, est solide : une tonne de plastique recyclé qui remplace une tonne de plastique vierge économise entre 1 300 et 2 200 kilogrammes de CO2eq, selon la résine considérée. Autrement dit, une prime de 450 à 1 000 €/t finance un abattement carbone dont le coût implicite tombe sous les seuils des mécanismes carbone de référence, ce qui justifie économiquement la dépense publique. ## ORMAT et la partie amont de la boucle L'IMPR agit côté aval, sur l'incorporation. Mais une prime à l'incorporation n'a de sens que si la matière existe en quantité et en qualité suffisantes. C'est là qu'intervient l'appel à projets ORMAT, doté de 62 M€ dans le cadre du Plan Plastique 2025-2030, orienté spécifiquement sur la régénération de résines plastiques. La logique des deux outils est complémentaire : ORMAT finance les capacités de régénération françaises, l'IMPR finance leur débouché industriel. Sans le deuxième, le premier produirait des granulés qui peinent à trouver preneur à prix marché. C'est le genre de boucle d'incentive qu'un game designer reconnaît immédiatement : une ressource produite en amont, un bonus à la consommation en aval, et une condition géographique qui force le joueur à rester sur la carte. L'intérêt, c'est que la mécanique commence à tourner toute seule dès que les premiers acteurs s'alignent. Dans le même esprit, voir aussi notre analyse du captage de CO2 sur les incinérateurs, autre brique de cohérence industrielle. ## Ce qu'un plasturgiste doit vérifier dans son dossier 2026 Concrètement, trois points sont à cadrer avant de déposer une demande. D'abord la traçabilité complète de la matière : origine filière REP, étapes collecte/tri/régénération, distances parcourues, tout doit être documenté pour prouver le respect du rayon de 1 500 km. Ensuite la démonstration du dépassement des seuils réglementaires : ce n'est pas le volume total incorporé qui est primé, c'est le delta au-dessus de l'obligation. Enfin la cohérence avec la filière REP d'origine, qui détermine si la prime est versée à 450 €/t (filière croisée) ou autour de 500 €/t (même filière). Le dispositif change la nature de la conversation commerciale avec un donneur d'ordre. Jusqu'ici, incorporer du recyclé au-delà des minimums était un coût que le plasturgiste absorbait sur sa marge ou refacturait avec difficulté. Avec l'IMPR, chaque tonne supplémentaire a un prix public, lisible, opposable. On passe d'un argumentaire RSE à un calcul économique direct, et c'est probablement là que le dispositif va faire le plus de différence. ## Sources - https://www.ct-ipc.com/blog-ipc/prime-a-lintegration-de-plastiques-recycles-une-prime-harmonisee-pour-8-filieres/ - https://filieres-rep.ademe.fr/actualites/primes-lincorporation-de-plastiques-recycles-nouvel-arrete-publie - https://www.citeo.com/le-mag/lincorporation-de-matiere-recyclee-un-levier-cle-pour-la-circularite-des-emballages/ - https://www.nextwaste.fr/la-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-ppwr-se-transforme-en-2026/ - https://www.rse-magazine.com/plan-plastique-2025-2030-la-france-muscle-sa-strategie-industrielle-contre-la-pollution-plastique/ --- ## Consigne CHR 2026 : arrêté simplifie formats et casiers - URL: https://www.recy.net/consigne-verre-plastique-arrete-2026-expansion-departements/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-18T06:00:00.000Z - Categories: tri La France recycle ses emballages à 60 %. Elle les réemploie à 2,2 %. L'objectif AGEC pour 2027, c'est 10 %. Faites le calcul, arrêtons de tourner autour du pot : sans un choc réglementaire, on n'y sera jamais. L'arrêté du 6 février 2026 publié par la DGCCRF ne va pas, à lui seul, combler ce trou. Mais pour la première fois depuis l'arrêté du 1er août 2001, on touche au dossier de la consigne CHR. Et ce qui est posé sur la table est intéressant : une simplification brutale des catégories tarifaires pour les bouteilles de cafés, hôtels et restaurants, avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2027. ## Ce que dit vraiment l'arrêté Le texte est technique, ciblé, et concerne uniquement le circuit CHR et les professionnels des boissons. Trois mesures concrètes : Pour les bouteilles, les **9 catégories** héritées de 2001 tombent à **3**. Les casiers passent de **3 formats** à **1 format unique**. Pour les fûts, les montants de consigne sont relevés. En clair : la DGCCRF reconnaît que l'empilement historique des formats était devenu un frein logistique pour les exploitants qui voulaient réemployer. Quand un bistrot doit jongler avec neuf catégories et trois tailles de casiers différents, il finit par renoncer et commander du jetable. C'est ce que j'ai entendu sur le terrain, chez des restaurateurs indépendants qui avaient testé le retour consigné il y a trois ans : trop de SKU, trop de stock dormant, trop de paperasse. La gouvernance du dispositif, côté État, est assurée par une commission qui réunit **16 organisations professionnelles et 2 représentants ministériels**, avec un secrétariat tenu par la DGCCRF. C'est à peu près la seule chose structurée dans ce dossier depuis 2001. ## Le problème, c'est qu'on nous vend du rêve Voilà pour le texte. Maintenant, parlons du décor. Parce que cet arrêté arrive dans un paysage où tout le monde parle réemploi et où personne n'y est. Les chiffres, bruts, de l'ADEME : le taux de collecte des bouteilles plastique de boisson était de **61,1 % en 2021**, **60,3 % en 2022**. L'objectif de la directive SUP plus AGEC, c'est **77 % en 2025** et **90 % en 2029**. On n'est pas en retard, on est largué. Et on parle de collecte pour recyclage, pas de réemploi, deux univers différents. Pour le réemploi pur, selon le Réseau Vrac & Réemploi, on est à **2,2 % en 2023** tous flux confondus, et **1,1 % sur les emballages ménagers**. L'objectif AGEC à 10 % en 2027 ? Il est déjà mort sur le papier. Pour comparer, un chiffre qui pique : en Allemagne, le système Pfand affiche un taux de retour d'environ **98 % sur les emballages jetables consignés**, avec une consigne unifiée à **0,25 € entre 0,1 L et 3 L**. Un seul montant, un seul geste, et ça tourne depuis vingt ans. Nous, on est encore en train de discuter du nombre de catégories tarifaires. ## Citeo et le R-Cœur : la vraie expérimentation Pendant que la DGCCRF débroussaille le CHR, Citeo avance sur les emballages ménagers. L'expérimentation ReUse, lancée le **12 juin 2025**, couvre **4 régions** : Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire et Hauts-de-France. Environ **16 millions de consommateurs** sont concernés. La consigne est calibrée de **10 centimes** pour les petits formats à **20 centimes** pour les grands. Les objectifs affichés par Citeo : **30 millions d'emballages R-Cœur** en circulation d'ici fin 2026, cible totale **55 millions** à terme, avec une **généralisation nationale prévue en 2027**. C'est là que je mets un bémol. L'expérimentation précédente dans l'Ouest avait produit [un bilan qui refroidit](/reemploi-emballages-alimentaires-experimentation-ouest-bilan/) : taux de retour faibles, logistique coûteuse, emballages qui ne reviennent pas. Citeo a changé de braquet avec R-Cœur, mais la question reste la même : le consommateur français rapporte-t-il vraiment ses bouteilles ? La réponse honnête, c'est qu'on ne sait pas encore. Les six premiers mois de données sérieuses tomberont d'ici l'automne. À surveiller. ## Deux chantiers qui ne se parlent pas (et c'est un problème) Voilà ce qui me gêne dans ce dossier. On a : 1. **L'arrêté du 6 février 2026** qui structure le CHR. 2. **Citeo/R-Cœur** qui structure les emballages ménagers. 3. **La [REP Emballages Professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026/)** qui entre en vigueur le **1er juillet 2026**. Trois chantiers, trois calendriers, trois gouvernances. Aucune interopérabilité annoncée entre les bouteilles consignées CHR et les bouteilles consignées grand public. Autrement dit, un restaurateur qui récupère une bouteille R-Cœur ménagère ne pourra rien en faire. Et un consommateur qui achète une bière consignée CHR en boutique se retrouvera avec un format qui n'a rien à voir avec le circuit Citeo. C'est exactement l'anti-pattern allemand. Le Pfand marche parce qu'il y a **un seul système, un seul montant, un seul réseau d'automates**. Nous, on empile des sous-systèmes. Le sujet, vu du terrain, c'est clairement [le débat sur la consigne française](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france/) qui n'en finit pas de trancher entre solutions partielles. ## La réalité du terrain Le captage CO2 qu'on voyait démarrer sur les incinérateurs déchets, c'est la même histoire : on s'agite sur les symptômes. Côté emballages, on réécrit les arrêtés de 2001, on lance des expérimentations régionales, on fait voter des REP supplémentaires. Pendant ce temps, selon les données Zero Waste France et ADEME, le CHR français génère environ **500 000 tonnes de déchets d'emballages** par an qu'on aurait pu éviter, et la fabrication d'un verre neuf est **15 fois plus énergivore** qu'un lavage. La réduction d'émissions GES d'une bouteille consignée par rapport à son équivalent jetable peut atteindre **jusqu'à 80 %** (avec 20 réutilisations et 260 km de logistique), toujours selon ZWF. Honnêtement, sur le calendrier 2027, j'hésite encore à être optimiste. L'arrêté du 6 février 2026 est une bonne nouvelle technique. Trois catégories plutôt que neuf, un format de casier au lieu de trois, un vrai signal de simplification. Ça va débloquer des projets CHR qui étaient gelés. Mais sur l'objectif AGEC à 10 % de réemploi en 2027, on n'y sera pas. Le texte arrive trop tard, il concerne un segment trop étroit, et il n'est pas interopérable avec l'expérimentation Citeo qui vise le grand public. Pour aller plus loin sur le contexte historique du dossier, je renvoie à [la consigne du verre qui fait son retour en France](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france/) : c'est le fil qui permet de comprendre pourquoi on en est là. ## Ce que je recommande de faire Si vous êtes exploitant CHR et que vous aviez repoussé le sujet consigne à cause des neuf catégories, c'est le moment de le rouvrir. Le texte entre en vigueur au 1er janvier 2027, ce qui laisse huit mois pour recalibrer vos approvisionnements, négocier avec votre fournisseur de boissons, et vérifier la compatibilité de votre matériel de stockage avec le nouveau format unique de casier. Les organisations professionnelles membres de la commission DGCCRF publieront des guides d'application, à suivre. Si vous êtes collectivité dans l'une des 4 régions R-Cœur, poussez Citeo pour obtenir les chiffres réels de retour au bout de six mois. C'est le seul indicateur qui compte. Le reste, c'est de la communication. Et si vous êtes consommateur, ne comptez pas sur un déploiement national cohérent en 2027. On en est loin. ## Sources - [Ministère de l'Économie / DGCCRF, communiqué de presse du 6 février 2026](https://presse.economie.gouv.fr/consignation-des-emballages-reemployables-en-france-la-commission-dediee-simplifie-et-securise-le-dispositif/) - [Légifrance, arrêté du 6 février 2026](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053580478) - [Citeo, expérimentation ReUse dans 4 régions](https://www.citeo.com/le-mag/le-reemploi-se-deploie-dans-4-regions-francaises/) - [Citeo, économie circulaire et REP, ce qui change en 2026](https://www.citeo.com/le-mag/economie-circulaire-et-rep-ce-qui-change-en-2026/) - [ADEME, évaluation du taux de collecte des bouteilles plastique 2021-2022](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/6358-evaluation-du-taux-de-collecte-des-bouteilles-en-plastique-de-boisson-pour-2021-et-2022.html) - [Zero Waste France, bilan climat de la consigne verre](https://www.zerowastefrance.org/consigne-verre-recyclage-bilan-climat-le-climat/) --- ## Captage CO2 sur incinérateurs : la France passe à l'échelle - URL: https://www.recy.net/captage-co2-incinerateurs-dechets-france-ccus-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-17T06:00:00.000Z - Categories: valorisation Pendant vingt ans, on a vendu l'incinération comme une solution "énergétique". La vérité, c'est que chaque four français crache du CO2 à plein régime, et que personne n'avait vraiment envie d'en parler. Là, ça bouge. Pas par grandeur d'âme. Par calcul. Le Mans démarre en 2026 le premier démonstrateur industriel de captage CO2 sur un incinérateur français. 10 tonnes de CO2 capturées par jour, taux annoncé de 90 %, 8 M€ mis sur la table par Veolia pour ce site seul (12 M€ pour l'ensemble du programme, selon Le Journal des Entreprises). Sur le papier, c'est anecdotique. Dans la réalité, c'est le premier caillou d'une montée en charge qu'on attend depuis dix ans. ## Le vrai sujet : pourquoi maintenant Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Applis de tri des déchets : les 5 meilleures en 2026](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026). Soyons honnêtes, la techno du captage, on sait faire depuis les années 2000. Ce qui manquait, c'est l'incitation. Aujourd'hui, deux choses ont changé. Un : à partir de 2028, l'ETS européen intègre l'incinération. Traduction concrète, un exploitant qui brûle plus de 20 MW (en gros, au-delà de 60 000 tonnes/an) va voir son coût au tonnage grimper de 30 à 40 %. Pour un gros incinérateur francilien, ça se compte en dizaines de millions par an. Du jour où ce chiffre tombe dans les tableurs, le captage passe de "projet innovation" à "ligne budgétaire défensive". Deux : la DGE a posé des objectifs CCUS à 4-8 MtCO2/an d'ici 2030, et 15-20 MtCO2/an à l'horizon 2050. Les incinérateurs sont un gisement évident. Le parc français, c'est 127 installations en 2023, dont 97 % produisent déjà de l'énergie. On a les points d'émission concentrés, on a souvent le foncier sur site, et on a une filière déchets qui ne peut pas délocaliser son problème en Chine. Autant dire, le vrai sujet n'est pas "faut-il capter", c'est "qui paie, à quel rythme". ## Le Mans, le seul site concret Inutile de tourner autour du pot : aujourd'hui, il n'y a qu'un seul démonstrateur industriel qui sort de terre. Le Mans. Veolia installe son dispositif sur l'incinérateur de Syner'val, une unité qui traite 150 000 tonnes de déchets par an et qui émet 130 000 tCO2/an. L'objectif affiché : capter 10 t/jour, taux de 90 %, mise en service 2026. 8 M€ sur ce site, 12 M€ sur l'ensemble du programme Veolia. Pour le contexte, l'UVE du Mans produit 170 GWh de chaleur et 58 GWh d'électricité par an, de quoi alimenter l'équivalent de 17 000 logements. C'est une unité de taille moyenne, bien gérée, avec un raccordement réseau de chaleur. Le profil parfait pour tester sans prendre de risque politique. Pas Paris, pas un mastodonte. Un site qui peut rater sans faire la une. Mon avis : c'est exactement comme ça qu'on doit lancer ces démonstrateurs. Trop de projets français meurent parce qu'on vise le plus gros site tout de suite, et qu'un retard devient un scandale national. Le Mans, si ça dérape, on corrige et on apprend. Si ça marche, on duplique. ## Île-de-France : la bombe à retardement Le vrai enjeu, il est ailleurs. Le Syctom, c'est 2 MtCO2/an à lui seul. Les incinérateurs franciliens cumulés, on est autour de 5 MtCO2/an, dont à peu près la moitié issue de biomasse (papier, carton, bois, biodéchets résiduels). Ce détail change tout. Capter du CO2 biogénique, ce ne sont plus des "émissions évitées", ce sont des émissions négatives. Sur le plan comptable, c'est le saint graal de la décarbonation. Sauf que côté Syctom, on est encore à la phase décision. Un projet pilote CCS est attendu en 2026, plutôt sur Ivry. Ivry, c'est la nouvelle UVE "L'Interval", 350 000 t/an, dimensionnée pour 1,4 million d'habitants. Le site où ça a le plus de sens. Mais soyons clairs, décision en 2026 ne veut pas dire captage en 2026. On parle probablement d'une mise en service fin de décennie, au mieux. Et je passe sur Saint-Ouen, où un programme microalgues a été lancé en 2016 sur 2,7 M€ (dans une enveloppe globale de 191 M€ de rénovation, SETEC Environnement). Objectif de l'époque : absorber 20 % des émissions de l'UVE. Franchement, j'ai cherché des résultats post-2021, je n'ai rien trouvé qui tienne la route. Je préfère le dire plutôt que de recycler le communiqué de presse. En l'état, je ne compte pas Saint-Ouen dans la colonne "opérationnel". ## Stocker le CO2 : le maillon qu'on oublie Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Veolia Le Mans : première UVE française à capter le CO2](/veolia-le-mans-uve-captage-co2-demonstrateur-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [France Batterie : un consortium pour peser sur Bruxelles](/france-batterie-consortium-verkor-acc-aesc-orano-battri-2026). Capter, c'est la moitié du job. Il faut ensuite envoyer le CO2 quelque part. Pour l'Île-de-France, la réflexion porte sur le Dogger, cet aquifère salin profond situé entre 1 500 et 2 000 m sous la région, utilisé pour la géothermie depuis 1971. Le site de Grandpuits est à 1 800 m de profondeur, avec C-Questra comme opérateur (Environnement Magazine, janvier 2025). C'est techniquement faisable, mais ça pose deux questions que personne n'aime aborder en conférence de presse. Un : l'acceptabilité. Stocker du CO2 pressurisé sous des millions d'habitants, il va falloir expliquer. Deux : le risque. À 0,5 % de concentration, le CO2 devient toxique. Le cas de Lac Nyos au Cameroun en 1986 (1 700 morts dans un rayon de 25 km) reste le scénario cauchemar qu'aucun ingénieur ne cite spontanément, mais que tout le monde a en tête. Le risque opérationnel n'est pas le même sur un site bien surveillé, je le sais, mais le public, lui, n'en a rien à faire du différentiel de risque. Il voudra des garanties. À l'ouest, le projet GOCO2 Grand Ouest avance sur un autre modèle : plus de 2 Md€, un pipeline jusqu'à Donges, six industriels partenaires. L'incinération n'est pas au centre du projet, mais la logistique pourrait accueillir des flux UVE à terme. ## Ce qui va décider la bascule J'écris ça avec peu d'illusions : le captage sur incinérateur ne passera pas à l'échelle par conviction écologique. Il passera à l'échelle parce que l'ETS va rendre le statu quo plus cher que l'investissement. Le coût du captage industriel tourne autour de 100-150 €/tCO2 transport et stockage inclus (ordre de grandeur pour l'industrie en général, pas spécifiquement UIOM, je préfère être honnête sur ce point). Rapprochez ça d'un quota carbone qui va mécaniquement monter, et le calcul se fait tout seul. Deux risques que je surveille. D'abord, le financement. Sans intégration propre au marché carbone, le porteur de projet avance à l'aveugle. Ensuite, l'effet de file d'attente. Si tout le monde veut capter en même temps à partir de 2028, les bureaux d'études spécialisés vont saturer, les prix des équipements vont grimper, et les retards s'accumuleront comme pour l'éolien en mer. Une petite parenthèse, parce que je pense à ça depuis l'annonce du Mans. Dans les années 2000, quand on discutait autour de LAN parties entre deux parties de WoW, on se disait que l'incinération c'était "mieux que l'enfouissement, mais pas génial". Vingt ans plus tard, la réponse honnête arrive enfin : oui, c'est mieux, mais il fallait le coupler à un captage. On a juste perdu deux décennies parce que personne n'avait envie de payer. Si vous voulez creuser d'autres boucles où le déchet devient un intrant énergétique, jetez un œil à l'article sur les farines animales gazéifiées dans l'Orne, ou au dossier sur [le recyclage du plâtre BTP avec la REP PMCB](/recyclage-platre-btp-rep-pmcb-filiere-france-2026/). Et pour le contexte général, la question de [comment impliquer les enfants dans le zéro déchet au quotidien](/zero-dechet-famille-impliquer-enfants/) rappelle une chose simple : tout ça n'a de sens que si on attaque aussi le tonnage en amont. ## Ce que je retiens Le Mans, c'est le premier clou. Ivry, c'est la décision qui dira si la France joue vraiment ou si elle attend Bruxelles. Saint-Ouen, tant qu'on n'a pas de chiffres post-2021, je le considère comme un symbole, pas comme une preuve. Et l'échéance 2028 de l'ETS, c'est ce qui va trancher. En clair, on a deux ans pour passer de "projet innovant" à "ligne budgétaire obligatoire". Le reste, c'est du théâtre. ## Sources - [Révolution Énergétique, Cet incinérateur high-tech va recevoir un système de captage de CO2](https://www.revolution-energetique.com/actus/cet-incinerateur-high-tech-va-recevoir-un-systeme-de-captage-de-co2/) - [Le Journal des Entreprises, Veolia au Mans : unité de valorisation énergétique avec captage carbone](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/au-mans-veolia-va-construire-une-unite-de-valorisation-energetique-inedite-avec-captage-de-carbone-2128808) - [Déchets Infos, Le Syctom réfléchit au captage et stockage de son CO2](https://dechets-infos.com/incineration-le-syctom-reflechit-au-captage-et-au-stockage-de-son-co2-4930491.html) - [Déchets Infos, Les quotas de CO2 pourraient faire grimper les coûts](https://dechets-infos.com/incineration-les-quotas-de-co2-pourraient-faire-grimper-les-couts-4930373.html) - [Environnement Magazine, Stocker le CO2 pressurisé dans le sous-sol francilien](https://www.environnement-magazine.fr/territoires/article/2025/01/08/151195/stocker-co-pressurise-dans-soussol-francilien-une-bonne-idee) - [Syctom Paris, Présentation du syndicat](https://www.syctom-paris.fr/index.php?id=2966&L=1) --- ## Farines animales et biogaz : l'équarrissage circulaire - URL: https://www.recy.net/farines-animales-biogaz-equarrissage-circulaire-orne-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-16T06:00:00.000Z - Categories: valorisation Le déchet de l'un devient l'énergie de l'autre. Sur le papier, c'est le genre de boucle qu'on dessine en deux minutes sur un tableau blanc, fier de soi. Dans la pratique, il aura fallu une quinzaine d'années, un investissement à 30 M€ et une usine entière repensée dans l'Orne pour que la boucle se referme vraiment. Le 9 avril 2026, Akiolis a inauguré à Saint-Langis-lès-Mortagne, dans l'Orne, une unité qui gazéifie ses propres farines animales pour faire tourner le site. C'est, à ma connaissance, la première en France. Je suis systémique dans l'âme, j'aime quand les flux se mordent la queue proprement. Et là, on tient un cas d'école : un équarrisseur qui traite plus de 160 000 tonnes d'animaux par an, qui en tire des farines de catégorie C1 (les plus à risque sanitaire, longtemps refourguées aux cimenteries), et qui décide de les brûler chez lui pour alimenter ses propres chaudières. Résultat annoncé : **80 % de gaz naturel en moins** et une autonomie énergétique quasi totale, confirmée par le PDG Gilles Cogny sur Franceinfo. ## Pourquoi ça a mis 15 ans à sortir Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Économie circulaire industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026). Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur Captage CO2 sur incinérateurs : la France passe à l'échelle. Le projet était dans les tuyaux depuis 2019, avec un budget initial estimé entre 12 et 15 M€ selon l'ATEE. Il est sorti à 30 M€. Ce genre d'écart, dans l'industrie, ça n'étonne plus personne : entre la paperasse ICPE, le dimensionnement du procédé et l'inflation des équipements, on double facilement la mise. Honnêtement, je trouve même ça presque raisonnable vu le niveau de complexité du truc. Parce que la vraie difficulté n'est pas de brûler des farines animales. C'est de le faire proprement, avec une catégorie C1, qui transporte un risque sanitaire hérité de la crise de la vache folle. Depuis 2008, les farines issues de non-ruminants peuvent repartir en engrais. Les C1, elles, restaient cantonnées à la combustion en cimenterie. Le parcours type : 200 à 300 km de camion, un four étranger, et un bilan carbone que personne n'avait envie d'afficher en grand. ## Le procédé, vu comme un pipeline C'est là que ça devient intéressant pour quelqu'un qui passe son temps à décortiquer des systèmes. Le procédé retenu n'est pas une simple chaudière. C'est une chaîne propre, étape par étape, décrite par la MRAE et France Bleu : Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Construction circulaire : réemploi des déchets BTP](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026). 1. **Gazéification** des farines C1, qui ont un pouvoir calorifique proche du bois sec. 2. Production d'un **gaz de synthèse**. 3. Passage dans un **oxydeur thermique** pour garantir la destruction sanitaire. 4. Récupération de chaleur dans une **chaudière à vapeur**. 5. Entraînement d'une **turbine**, dont l'électricité est revendue au réseau. On est sur une architecture en cascade où chaque sortie d'étape devient l'entrée utile de la suivante. Zéro flux perdu en théorie, et surtout, plus besoin d'importer l'énergie d'en face. Le site encaisse son propre combustible. En jargon de game designer, je dirais qu'on a refermé une boucle de feedback qui, jusque-là, fuitait vers l'extérieur du système. Ça me rappelle les premiers jours d'Unity vers 2010, quand on apprenait à optimiser les boucles de jeu pour qu'aucune frame ne parte à la poubelle. Ici, c'est la même obsession, mais à l'échelle d'une usine. ## Ce que ça change concrètement pour la filière Sur un sujet proche, découvrez notre article : [STEP by Pollutec 1-2 décembre 2026 : Paris circularité](/pollutec-paris-1-2-decembre-2026-step-transformation-ecologique-circularite). La capacité ICPE autorisée monte à 35 000 t/an, pour une exploitation visée à **29 300 t/an de farines C1**, soit environ 120 tonnes par jour (source ATEE + MRAE). La zone de collecte couvre 20 départements. Ce périmètre n'est pas anecdotique : il supprime les trajets de 200 à 300 km qu'Akiolis faisait auparavant pour expédier ses farines aux cimenteries. C'est du camion en moins, du CO2 en moins (le chiffre exact n'a pas été publié, je ne vais pas en inventer un), et surtout, un intrant qui reste sur place. Le marché français de l'équarrissage, c'est un oligopole tranquille : 4 opérateurs, 8 usines, pour une collecte nationale C1+C2 de 465 000 tonnes par an (chiffre 2018, Sifco via Réussir Lait). Autant dire que chaque site qui bascule en autonomie a un impact démultiplié sur le bilan de la filière. Akiolis, dont le siège est au Mans et qui exploite 11 sites en France, ouvre un chemin que ses concurrents vont forcément regarder de près. Pas par idéologie. Par calcul économique : quand on rogne 80 % de sa facture de gaz, la discussion s'arrête vite. Je note aussi un détail rarement mis en avant : depuis 2009, les éleveurs ne financent plus que 16,6 % de la collecte bovine. Le reste est pris en charge par la filière elle-même. Décarboner les usines d'équarrissage, ce n'est donc pas juste un geste vert, c'est une manière d'alléger une charge qui pèse sur toute la chaîne viande. L'équation devient plus lisible, et ça, dans un secteur où les marges sont déjà serrées, c'est loin d'être trivial. ## Ce que je retiens, et ce qui reste flou Ce qui m'intéresse dans ce projet, ce n'est pas la prouesse technique en soi. Les gazéifieurs industriels existent depuis longtemps. C'est le fait qu'un équarrisseur, maillon qu'on oublie systématiquement quand on parle d'économie circulaire, ait décidé de s'auto-alimenter avec son propre flux sortant. Ça referme un angle mort. Et ça prouve qu'on peut industrialiser une boucle courte même sur les matières les plus sensibles sanitairement. Reste des zones d'ombre. La puissance exacte de la turbine n'a pas été communiquée, donc impossible de calculer précisément la part revendue au réseau. Le bilan CO2 réel, je l'attends aussi. Et puis il y a la question que personne n'ose poser franchement : est-ce que ce modèle est réplicable sur les 7 autres usines françaises, ou est-ce que le Perche avait une configuration particulière (zone de collecte, acceptabilité locale, foncier) qui a rendu la chose possible ? Sur ce point, j'hésite encore. J'aurais besoin de voir un second site lancer son projet avant de parler de bascule structurelle. Si vous voulez creuser d'autres exemples où la valorisation ferme le cercle, on a déjà regardé le cas des biocarburants issus de déchets ménagers, la valorisation énergétique des déchets et ses arbitrages, ou encore la filière naissante du [recyclage du plâtre BTP avec la REP PMCB](/recyclage-platre-btp-rep-pmcb-filiere-france-2026). Le point commun : dans chaque cas, la vraie innovation n'est pas la techno, c'est la décision organisationnelle de considérer un déchet comme un intrant. Le reste suit. Akiolis vient de montrer que même les flux les plus encombrants, les plus taboues, peuvent devenir le combustible du site qui les produit. C'est une bonne nouvelle pour la filière. C'est surtout une invitation à arrêter de penser les sites industriels comme des tuyaux ouverts aux deux bouts. ## Sources - [France Bleu Normandie, Première française dans l'Orne](https://www.francebleu.fr/emissions/ici-matin-info-ici-normandie/cette-innovation-technique-dans-cette-usine-d-equarrissage-de-l-orne-est-une-premiere-en-france-1575983) - [Franceinfo, "On sera quasiment en autonomie" dans le Perche](https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/on-sera-quasiment-en-autonomie-dans-le-perche-une-usine-d-equarrissage-produit-son-propre-gaz-a-base-de-farines-animales_7925864.html) - [L'Informateur Judiciaire, Akiolis injecte 30 M€ dans un projet de décarbonation](https://www.informateurjudiciaire.fr/actualites/akiolis-injecte-30-millions-deuros-dans-un-projet-de-decarbonation/) - [ATEE, Des farines animales valorisées en gaz, une première en France](https://atee.fr/actualite/des-farines-animales-valorisees-en-gaz-une-premiere-en-france-et-un-modele-deconomie) - [Réussir Lait, Les équarrisseurs, acteurs de l'économie circulaire](https://www.reussir.fr/lait/les-equarrisseurs-acteurs-de-leconomie-circulaire) --- ## Coquilles d'huîtres : une filière de recyclage qui décolle - URL: https://www.recy.net/recyclage-coquilles-huitres-moules-filiere-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-15T06:00:00 - Categories: valorisation J'étais sur un port ostréicole du Morbihan l'an dernier, à observer des montagnes de coquilles d'huîtres entassées à l'air libre. Des tas de plusieurs mètres de haut, blanchis par le soleil, qui dégageaient une odeur âcre de marée basse permanente. Le gars à côté de moi, ostréiculteur depuis vingt-cinq ans, m'a lâché : "Ça fait trois générations qu'on les empile. Personne n'en veut." Arrêtons de tourner autour du pot. La France génère environ 250 000 tonnes de déchets coquilliers par an. Les huîtres représentent 150 000 tonnes à elles seules. Le taux de recyclage ? Entre 5 et 10 %. Le reste finit en remblai sauvage, en décharge, ou en tas sur des terrains agricoles. Pour un pays qui produit environ 80 910 tonnes d'huîtres et 66 320 tonnes de moules par an (chiffres FranceAgriMer 2022), avec une filière conchylicole pesant 564 millions d'euros et 18 280 salariés, c'est un angle mort industriel. ## Ostrea : du coquillage au plan de travail Camille Callennec a créé Ostrea en février 2022. L'idée : transformer les coquilles en matériau de construction et de design. Pas du greenwashing de salon. Du matériau dur, utilisable, commercialisable. La composition : 55 % de paillettes de coquillage et 45 % de matrice minérale, sans résine. Le résultat sert à fabriquer des plans de travail, du mobilier, des revêtements de sol. En moins de deux ans, plus de 200 projets réalisés. Les architectes et designers commencent à intégrer le matériau dans leurs cahiers des charges. En clair : Ostrea a prouvé que le déchet coquillier pouvait devenir un produit à valeur ajoutée. Pas un sous-produit vaguement valorisé. Un matériau à part entière. Le parcours financier est net. Une première levée de 1,2 million d'euros en 2023. Puis une série A de 5 millions d'euros en mars 2025, avec Bpifrance Amorçage Industriel, BNP Paribas Développement et des investisseurs privés. L'ADEME a ajouté une subvention de 500 000 euros. En tout, plus de 6,7 millions mobilisés en trois ans. Le 9 octobre 2025, Ostrea a inauguré son nouveau site à Thorigné-Fouillard, en Ille-et-Vilaine, près de Rennes. Capacité : 40 fois supérieure à l'ancien atelier de 850 m². C'est le passage de l'artisanat à l'industriel. Côté empreinte carbone, Ostrea annonce un matériau 16 fois moins émetteur de CO2 que la céramique traditionnelle. Je mets un bémol : c'est une moyenne communiquée par l'entreprise, pas un chiffre audité par un tiers indépendant à ma connaissance. Prometteur, mais à confirmer par une ACV publiée. ## Alegina : l'autre approche, la porcelaine et le pavé drainant Pendant qu'Ostrea mise sur le matériau de design, Alegina, créée en 2018, attaque le marché par un autre angle. Leur porcelaine Kaomer intègre 30 % de coquilles. Ils produisent aussi des pavés drainants brevetés et des substrats pour toitures végétalisées composés de 70 % de coquilles et 30 % de compost. La capacité actuelle tourne entre 700 et 1 000 tonnes par an. C'est encore artisanal. Mais Alegina construit une usine au Poiré-sur-Vie, en Vendée, sur le site d'une ancienne fonderie Vrignaud de 2,5 hectares et 10 000 m². Investissement : 12 millions d'euros. Ouverture prévue fin 2026. Capacité cible : 40 000 tonnes par an. Et une ligne de pavés drainants capable de sortir 2 000 m² par jour. Si ces chiffres se confirment, Alegina deviendrait le plus gros transformateur de déchets coquilliers en France. De loin. La diversité des produits est intéressante. Porcelaine pour la table, pavés pour la voirie, substrats pour les toits. Trois marchés différents, trois circuits de distribution, trois types de clients. C'est une stratégie de [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere) appliquée à un déchet unique. ## Ce qui bloque encore La réalité du terrain : 5 à 10 % de taux de recyclage, ça veut dire que 225 000 à 237 500 tonnes de coquilles partent chaque année en dehors de tout circuit de valorisation. Ostrea et Alegina combinés, même à pleine capacité, n'absorberont qu'une fraction de ce volume. Le problème est aussi réglementaire. Les coquilles vides sans chair sont exclues du champ sanitaire selon Agriculture.gouv.fr. C'est une bonne nouvelle pour la filière : pas de contrainte vétérinaire sur la matière première. Mais l'absence de cadre REP spécifique signifie qu'il n'y a pas d'éco-organisme, pas de financement mutualisé de la collecte, pas de maillage territorial organisé. Chaque entreprise doit construire sa propre logistique d'approvisionnement. Sur ce point, j'avoue que j'hésite sur la bonne approche. Faut-il créer une REP coquillages, avec tout l'appareillage administratif que ça implique ? Ou laisser le marché structurer la filière, en misant sur le fait que la demande de matériaux biosourcés va tirer les prix de la matière première vers le haut ? Les deux options ont des défauts. La REP risque de bureaucratiser un secteur naissant. Le marché seul risque de laisser les zones éloignées des usines sans solution. Ce qui est sûr : le modèle actuel ne tient pas. Empiler des coquilles sur des terrains vagues en attendant que quelqu'un vienne les chercher, ce n'est pas de la gestion des déchets. C'est de l'attente. ## Pourquoi ça change maintenant Deux facteurs. Le premier : les matériaux biosourcés sont devenus un argument commercial, pas juste un argument écologique. Les promoteurs immobiliers, les architectes, les collectivités cherchent des matériaux à faible empreinte carbone pour répondre aux exigences RE2020 et CSRD. Le [béton bas carbone à base de granulats recyclés](/beton-bas-carbone-granulats-recycles) a ouvert la voie. Les matériaux coquilliers s'inscrivent dans la même dynamique. Le second : les investisseurs suivent. Bpifrance ne met pas 5 millions dans une série A par philanthropie. Les fonds d'amorçage industriel financent Ostrea parce que le marché des matériaux de construction durables grossit. L'[économie circulaire industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) n'est plus un concept de colloques. C'est un secteur qui lève des fonds. Le parallèle avec d'autres filières de valorisation est frappant. L'[upcycling dans le BTP](/upcycling-btp-dechets-chantier-mobilier-design) transforme déjà des déchets de chantier en mobilier et en matériaux de second usage. Les coquilles d'huîtres et de moules suivent le même chemin, avec un avantage : la matière première est gratuite, abondante, et concentrée géographiquement sur les façades atlantique et méditerranéenne. ## Ce que j'en pense La filière coquillière française a tout pour devenir un cas d'école en valorisation des biodéchets. Matière première massive et sous-exploitée. Deux entreprises qui ont prouvé la faisabilité technique et commerciale. Des investisseurs qui mettent de l'argent. Un cadre réglementaire qui ne bloque pas. Ce qui manque, c'est le passage à l'échelle. Ostrea et Alegina sont deux start-up industrielles. Pour absorber ne serait-ce que 50 000 tonnes par an, il faudrait cinq ou six acteurs de cette taille, répartis sur les bassins conchylicoles. On en est loin. Mon pari : dans cinq ans, le taux de recyclage des coquilles aura dépassé les 20 %. Ce sera un progrès réel. Mais tant qu'on n'aura pas structuré la collecte à l'échelle nationale, le gros du volume continuera de s'empiler à ciel ouvert. Le déchet coquillier a trouvé ses transformateurs. Il n'a pas encore trouvé sa logistique. ## Sources - [Bpifrance Presse - Levée de fonds 5 millions d'euros Ostrea](https://presse.bpifrance.fr/?p=226508) - [Bpifrance Presse - Inauguration site Ostrea octobre 2025](https://presse.bpifrance.fr/?p=235589) - [Bretagne Économique - Ostrea lève 5 millions d'euros](https://www.bretagne-economique.com/actualites/economie-circulaire-le-breton-ostrea-leve-5-millions-deuros/) - [Le Journal des Entreprises - Alegina investit 12 millions dans une usine](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/alegina-va-investir-12-millions-deuros-dans-une-usine-pour-valoriser-les-coquilles-dhuitres-2101654) - [Coquillages.com - La conchyliculture française en chiffres](https://coquillages.com/la-conchyliculture-francaise-en-quelques-chiffres/) - [Ostrea Design - Matériaux](https://www.ostreadesign.com/materiaux/) --- ## Recyclage du plâtre en France : la filière enfin à niveau - URL: https://www.recy.net/recyclage-platre-btp-rep-pmcb-filiere-france-2026/ - Author: Lucas M. - Published: 2026-04-14T06:00:00 - Categories: recyclage Le plâtre est recyclable à l'infini. Littéralement. La réaction chimique entre le gypse (CaSO4·2H2O) et le plâtre est réversible : on chauffe, on déshydrate, on réhydrate, et on recommence. C'est le genre de propriété physique qui, dans un jeu vidéo, serait considérée comme un exploit à patcher. Sauf qu'ici, personne n'avait construit la boucle de gameplay pour l'exploiter à grande échelle. Jusqu'à maintenant. En 2025, la filière recyclage plâtre en France a atteint 237 000 tonnes recyclées en boucle fermée, soit 45 % du gisement total de 532 000 tonnes. La vraie question technique ici : comment on est passés d'un matériau théoriquement parfait pour le recyclage à une filière qui, pendant quinze ans, a plafonné loin de son potentiel ? ## 2008-2024 : la montée en charge lente d'un système sous-dimensionné La charte volontaire de 2008 a posé les premières règles du jeu. Les industriels du plâtre (Placo/Saint-Gobain, Knauf, Siniat/Etex) se sont engagés à récupérer les déchets de chantier. Sur le papier, c'était élégant. En pratique, le réseau de collecte était squelettique, les points de dépôt trop rares, et les artisans ne triaient pas. Le cumulé depuis cette charte atteint 1,487 million de tonnes fin 2024. Ça paraît beaucoup, mais étalé sur seize ans, la courbe restait plate. En 2024, la filière a franchi 205 426 tonnes recyclées, soit 34,2 % du gisement. Correct, mais loin du compte quand on sait que le matériau est recyclable à 100 %. Sous le capot : le problème n'était pas chimique. Il était logistique. Le plâtre sur chantier se mélange au placo cassé, aux enduits, aux rails métalliques. Le tri à la source demande de la discipline, et la discipline sur un chantier de démolition, c'est un luxe rare. J'ai passé assez de temps à debugger des systèmes pour savoir que le bottleneck est rarement là où on croit : ici, c'était la collecte et le pré-traitement, pas le recyclage lui-même. ## Le game design derrière la REP PMCB : comment on force le comportement Le 1er mai 2023, la reprise gratuite des déchets de chantier triés est devenue obligatoire via la [REP PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france). Trois éco-organismes agréés (VALDELIA, ECOMAISON, VALOBAT) financent désormais la collecte. C'est un changement de règles majeur : avant, l'artisan payait pour se débarrasser de ses déchets de plâtre. Maintenant, la reprise est gratuite s'il trie correctement. En design de systèmes, on appelle ça un incentive alignment. Tu ne demandes plus aux joueurs d'être vertueux par conviction. Tu changes la structure de récompense pour que le comportement souhaité devienne le comportement rationnel. La REP PMCB, c'est exactement ça : un mécanisme qui transforme le tri en action économiquement neutre pour l'artisan. VALOBAT affiche une ambition de 400 000 tonnes de déchets collectés en 2026, dont 350 000 tonnes de recyclables. Les objectifs réglementaires de la REP PMCB catégorie 2 fixent 19 % en 2024 et 37 % en 2027. On est dans la rampe ascendante. Sur ce point, j'hésite encore à dire que le système fonctionne réellement sur le terrain. Les [scandales documentés](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france) autour de la REP PMCB montrent que la théorie et la pratique divergent souvent. Mais pour le plâtre spécifiquement, les chiffres de 2025 suggèrent que la mécanique prend. ## L'infrastructure qui change tout : Pari Plâtre et Ritleng/Knauf La capacité industrielle de recyclage du plâtre en France était de 245 000 tonnes en 2025. En 2026, elle passe à 395 000 tonnes (soit +61 %). En 2027 : 510 000 tonnes. Trois nouvelles installations de traitement arrivent sur le territoire. **Pari Plâtre** (Placo/Serfim, Quincy-Voisins dans le 77) : inauguré en octobre 2021, un investissement de 3,5 millions d'euros. L'unité traite 140 tonnes par jour, 700 tonnes par semaine. Un réseau d'environ 40 collecteurs dans un rayon de 250 km alimente la plateforme. C'est de la logistique hub-and-spoke classique. **Ritleng/Knauf à Auneuil (Oise)** : c'est le gros morceau. 150 000 tonnes par an de capacité, 13 millions d'euros investis, 32 emplois créés, démarrage prévu au deuxième trimestre 2026. La plus grande installation autorisée de ce type en Europe. Le procédé Ritleng atteint une pureté de gypse recyclé de 98 %. Le débouché est immédiat : Etex (Siniat) est à proximité et absorbe 160 tonnes par jour. Le game design derrière tout ça : quand tu places l'usine de recyclage à côté de l'usine de fabrication, tu supprimes le coût logistique intermédiaire. Le gypse recyclé devient compétitif face au gypse naturel non pas grâce à une subvention, mais grâce à la géographie. C'est ce qu'on appelle un avantage structurel. ## L'intégration aval : quand les fabricants bouclent la boucle Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP PMCB : refondation ouverte à consultation (mai 2026)](/rep-pmcb-refondation-consultation-mai-2026-batiment). 9 usines de fabrication de plaques en France intègrent du gypse recyclé dans leur production. Les taux varient : - Placo Infinae : plus de 50 % de gypse recyclé - Knauf Danoline : jusqu'à 40 % de recyclé - Siniat BA13 : minimum 15 % dans toutes les usines françaises - Knauf Fos-sur-Mer (octobre 2024) : objectif 35 % Ce n'est pas un bug, c'est une feature : chaque fabricant cible un taux différent selon ses contraintes de qualité produit et d'approvisionnement local. L'harmonisation à 100 % n'est ni nécessaire ni souhaitable à court terme. Ce qui compte, c'est que la demande en gypse recyclé dépasse structurellement l'offre actuelle, ce qui tire les investissements vers le haut. Le gisement total estimé par l'ADEME en 2021 était de 600 000 tonnes. En 2025, le chiffre retenu est de 532 000 tonnes. La différence s'explique probablement par un affinement méthodologique, pas par une réduction réelle des déchets. Avec 510 000 tonnes de capacité prévues en 2027, la filière se rapproche d'un taux de couverture quasi total du gisement. ## Ce que ça implique pour le [BTP circulaire](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) Le plâtre est un cas d'école. Un matériau 100 % recyclable à l'infini, qui a mis près de vingt ans à se structurer en filière opérationnelle. La réaction chimique réversible (gypse vers plâtre, plâtre vers gypse) n'a jamais été le frein. Le frein, c'était l'absence de réseau de collecte maillé, l'absence d'incitation économique à trier, et l'absence de capacité industrielle suffisante. En 2026, ces trois verrous sautent simultanément. La REP PMCB finance la collecte, Ritleng/Knauf apporte la capacité industrielle manquante, et les fabricants intègrent le recyclé dans leurs produits standards. La boucle est bouclée. Pour les autres matériaux de [chantier en attente de filière structurée](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction), le plâtre montre la voie : il faut aligner l'incentive économique, la proximité géographique usine de tri/usine de fabrication, et un objectif réglementaire contraignant. Sans les trois ensemble, le système ne démarre pas. ## Sources - https://business-btp.fr/recyclage-du-platre-une-filiere-en-pleine-maturite-qui-confirme-sa-croissance-en-2025/ - https://www.batirama.com/article/84560-platre-une-filiere-de-recyclage-desormais-dimensionnee-pour-la-rep-pmcb.html - https://www.batirama.com/article/79850-le-cap-des-200-000-tonnes-de-platre-recycle-pour-2024-est-depasse.html - https://www.lagazettefrance.fr/article/auneuil-ritleng-revalorisations-produira-150-000-tonnes-de-gypse-recycle - https://www.batiweb.com/actualites/developpement-durable/placo-inaugure-pari-platre-une-unite-de-recyclage-de-platre-39763 - https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PMCB --- ## Filière VHU 2026 : objectif 95% recyclage, REP et VE - URL: https://www.recy.net/filiere-vhu-france-2026-recyclage-vehicules-hors-usage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-13T07:00:00 - Categories: valorisation 500 000 véhicules qui disparaissent chaque année sans laisser de trace. Pas volés. Pas exportés. Juste évaporés dans un réseau parallèle que personne ne veut vraiment démanteler. La filière VHU en France, c'est cette contradiction permanente : des taux de recyclage parmi les meilleurs d'Europe d'un côté, un tiers du gisement qui échappe à tout contrôle de l'autre. ## Le tiers fantôme : 500 000 véhicules dans la nature La réalité du terrain : sur environ 1,2 à 1,3 million de VHU générés chaque année en France, plus d'un tiers disparaissent selon le rapport Vernier. Ces véhicules finissent dans des casses sauvages, démontés à la va-vite dans des cours de ferme, ou expédiés vers des filières informelles à l'étranger. En face, 1 700 centres VHU agréés et 60 broyeurs font le travail dans les règles. Depuis 2025, les anciens agréments préfectoraux ont laissé place au régime ICPE enregistrement. Un durcissement administratif bienvenu, mais qui ne résout rien si on continue à fermer les yeux sur le tiers manquant. Des centres agréés investissent des centaines de milliers d'euros pour se conformer aux normes, pendant que le voisin, lui, démonte des bagnoles sur un terrain vague sans la moindre autorisation. La concurrence déloyale, ce n'est pas un concept abstrait dans cette filière. C'est le quotidien. ## Les chiffres officiels : la France bon élève (sur le papier) La directive 2000/53/CE fixe deux seuils : 95 % de taux de réutilisation et valorisation (TRV), 85 % de réutilisation et recyclage (TRR). En 2022, la France affichait 95,6 % de TRV et 88,3 % de TRR. Objectifs atteints. L'éco-organisme Recycler mon véhicule (RMV), agréé pour 2024-2029, publie des résultats 2024 encore meilleurs : 15,9 % de réemploi, 88,2 % de recyclage, 96,8 % de valorisation globale, selon son rapport annuel 2024. En parallèle, 20 systèmes individuels (Renault, Volkswagen, Stellantis, Toyota, Nissan entre autres) gèrent leurs propres flux. Sauf que ces pourcentages ne portent que sur les véhicules qui entrent effectivement dans le circuit légal. Les 500 000 fantômes, personne ne les compte. En clair : on recycle très bien ce qu'on attrape. Le problème, c'est tout ce qu'on n'attrape pas. ## La REP VHU : un levier encore jeune Depuis le 1er janvier 2024, la [responsabilité élargie du producteur](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place) s'applique aux véhicules hors d'usage. Les objectifs montent par paliers : collecte à 65 % en 2024, 68 % en 2026, 70 % en 2028. Côté réemploi de pièces : 8,5 % en 2024, 10 % en 2026, 16 % en 2028. Sur la valorisation des plastiques, c'est nettement moins glorieux. L'objectif REP VHU 2026 est fixé à 65 %. RMV affichait 39,6 % en 2024. On est loin du compte. Et quand on sait qu'un véhicule, c'est 70 % de métaux ferreux, 10 % de plastiques, 4 % de verre et 4 % de métaux non ferreux, on comprend que les plastiques restent le maillon faible. ## Pièces de réemploi : 10 millions de PIEC et toujours 2 % du marché Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Billets hors circulation : la mécanique du recyclage](/recyclage-billets-banque-hors-circulation-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Palette bois : sous le capot du système de réemploi](/palette-bois-reemploi-recyclage-filiere-logistique). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Bateaux hors d'usage : l'APER tient-elle ses objectifs ?](/bateaux-plaisance-hors-usage-aper-deconstruction-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lunettes usagées : pourquoi la filière n'existe pas](/recyclage-lunettes-lentilles-optique-collecte-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [CD et DVD usagés : que faire sans filière de recyclage](/que-faire-cd-dvd-usages-recyclage). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lingettes jetables : le faux flushable qui bouche tout](/lingettes-humides-microplastiques-rep-france-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cuivre : record en janvier 2026, la France rate sa filière](/cuivre-prix-record-avril-2026-boom-recyclage-secondaire-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Recyclage du plâtre en France : la filière enfin à niveau](/recyclage-platre-btp-rep-pmcb-filiere-france-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Coquilles d'huîtres et de moules : la filière de recyclage qui déco…](/recyclage-coquilles-huitres-moules-filiere-france-2026). 10 millions de pièces issues de l'économie circulaire ont été mises sur le marché en 2022. Ça semble énorme. Sauf que ça ne représente que 2 % du marché de la rechange. Depuis le 1er janvier 2017, les garagistes ont l'obligation d'informer leurs clients sur l'existence des PIEC. Depuis le 1er octobre 2024, cette obligation s'étend aux deux et trois roues (décret n° 2024-823 du 16 juillet 2024). Sur ce point, j'hésite encore à désigner un seul responsable. Les assureurs freinent. Les garagistes ne jouent pas toujours le jeu. Les centres VHU manquent parfois de logistique pour garantir la disponibilité. Et le consommateur, lui, ne sait même pas que ces pièces existent dans la majorité des cas. Avec un objectif réemploi à 16 % en 2028, il va falloir que tout le monde s'y mette sérieusement. L'[indice de durabilité](/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026) pourrait accélérer les choses, mais ce n'est pas gagné. ## Le casse-tête électrique C'est là que ça se corse. Environ 50 000 véhicules électriques par an à recycler d'ici 2030. Sauf que déconstruire un VE, c'est 3 heures de travail contre moins d'1 heure pour un thermique. Les batteries pèsent 300 kg, parfois jusqu'à 600 kg, avec des tensions de 400 à 800 volts. Les techniciens doivent détenir des habilitations B2VL, B2XL ou B2TL. Et aujourd'hui, seuls 10 % des centres sont équipés pour traiter ces véhicules. La première usine de [recyclage de batteries](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025), Battri, a été inaugurée en juin 2025 à Saint-Laurent-Blangy avec une capacité de 15 000 tonnes par an. Le règlement européen 2023/1542 impose un taux de recyclage de 65 % du poids des batteries lithium-ion d'ici fin 2025, avec des objectifs de récupération ambitieux : 90 % pour le cobalt, le nickel, le cuivre et le plomb d'ici 2027, 50 % pour le lithium. Le passeport batterie deviendra obligatoire en 2026. Un parallèle me frappe : on a mis vingt ans à structurer la filière VHU thermique, avec les résultats qu'on connaît (un tiers du gisement qui disparaît). Pour l'électrique, on n'a pas vingt ans. La vague arrive, les centres ne sont pas prêts, et la complexité technique est d'un autre ordre. Si on ne forme pas massivement les techniciens et qu'on n'équipe pas les centres maintenant, on va reproduire exactement le même schéma d'économie informelle, en plus dangereux. ## Ce que je ferais La Commission européenne a mis sur la table une réforme de la directive VHU le 13 juillet 2023. En attendant, la France a les outils : la REP est en place, les objectifs existent, les filières de valorisation progressent. Ce qui manque, c'est la volonté de s'attaquer au tiers fantôme. Tant qu'on tolérera 500 000 véhicules qui s'évaporent chaque année, les 95,6 % de TRV resteront un chiffre en trompe-l'œil. ## Sources - ecologie.gouv.fr, données filière VHU France 2022 (TRV 95,6 %, TRR 88,3 %) - Rapport Vernier, disparition d'un tiers des VHU - Recycler mon véhicule (RMV), résultats 2024 - Directive 2000/53/CE (objectifs 95 % / 85 %) - Règlement UE 2023/1542 (batteries, passeport batterie) - Décret n° 2024-823 du 16 juillet 2024 (extension PIEC 2/3 roues) - Décret n° 2016-703 (obligation information PIEC garagistes) - Proposition réforme directive VHU, Commission européenne, 13 juillet 2023 --- ## Earthwake : transformer le plastique en diesel dès 2026 - URL: https://www.recy.net/earthwake-pyrolyse-plastique-diesel-automne-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-12T07:00:00 - Categories: valorisation 9 %. C'est le taux de recyclage du plastique dans le monde. Pas 30, pas 50 : neuf. Et en France, on fait à peine mieux avec 25,2 %, le pire score d'Europe. Alors quand une boîte de 12 salariés basée à Nice annonce qu'elle va transformer du plastique en diesel dans des conteneurs maritimes, ça mérite qu'on regarde de près. Pas pour applaudir, pour comprendre. ## Une machine à 650 000 euros qui fait du diesel avec des sacs plastique Earthwake, c'est l'histoire de trois types : Samuel Le Bihan (oui, l'acteur), François Danel (ex-DG d'Action contre la Faim) et Christofer Costes, chercheur autodidacte niçois qui bricole depuis des années sur la pyrolyse basse température. L'association date de 2014, la transformation en entreprise de 2020. Leur produit s'appelle la Chrysalis V300. Quatre conteneurs, 450°C sans oxygène, 300 kg de plastique par jour en entrée, environ 300 litres de carburant en sortie. Le ratio est simple : 1 kg de plastique donne approximativement 1 litre de carburant. La répartition : 65 % diesel, 15 % essence, 15 % gaz (qui alimente la machine elle-même en circuit fermé) et 5 % de résidus carbonés. Le rendement énergétique annoncé est de 95 %. Deux opérateurs suffisent. La machine ne traite que le PP et le PE (catégories 2, 4, 5), pas le PET. Ce qui tombe bien : le PET a déjà une filière de [recyclage mécanique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) qui fonctionne à peu près. Le PP et le PE flexibles, eux, ne sont recyclés qu'à 5 % en France. C'est là que la Chrysalis a un argument. ## Le vrai sujet : qui va acheter cette machine Parlons cash. L'installation coûte entre 600 000 et 700 000 euros. Pour une collectivité locale ou une entreprise de gestion de déchets, c'est un ticket d'entrée sérieux. On parle de 300 litres de diesel par jour, soit environ 450 euros de carburant au cours actuel. Même en comptant les économies sur l'enfouissement, le retour sur investissement se compte en années, pas en mois. J'ai croisé pas mal de projets de ce type dans le déchet industriel. Le discours est toujours le même : "la machine se paie toute seule". Dans la réalité, il faut un approvisionnement constant en plastique propre (PP/PE triés, décontaminés), de la maintenance, de la formation, et surtout un cadre réglementaire qui autorise la vente ou l'usage du carburant produit. La certification CE est en cours, Earthwake dit être "à six mois" de l'obtenir. Automne 2026, donc. Les pré-commandes viennent des Antilles et de La Réunion. Logique : territoires insulaires, coût d'import du carburant élevé, plastique qui s'accumule sans filière locale. C'est probablement le meilleur cas d'usage. Des projets existent aussi à Georgetown en Guyane et aux îles Kerkennah en Tunisie, où des filets de pêche deviendraient du diesel pour les bateaux. Sur le papier, c'est cohérent. ## Le -75 % de GES : auto-déclaré, non vérifié Earthwake revendique une réduction de 75 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport au carburant fossile classique. C'est un chiffre qu'on retrouve sur leur site et dans la presse. Problème : aucune analyse de cycle de vie indépendante n'a été publiée pour le confirmer. Ça ne veut pas dire que c'est faux. Ça veut dire qu'on n'en sait rien. Et dans un secteur où le [greenwashing](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) est devenu un sport de compétition, l'absence d'ACV indépendant est un signal. Pas rédhibitoire, mais un signal. Le raisonnement d'Earthwake est probablement le suivant : le plastique aurait été enfoui ou incinéré de toute façon, donc le transformer en carburant évite ces émissions. C'est un calcul par substitution. Il tient si on compare au scénario alternatif (enfouissement), moins si on compare au [recyclage mécanique](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) quand il est possible. Or pour le PP/PE flexible, le recyclage mécanique est quasi inexistant. Donc l'argument a du poids, mais il mériterait d'être chiffré proprement par un tiers. ## Le financement : entre crowdfunding et institutionnels L'historique financier d'Earthwake est un patchwork. Première levée sur WiSEED : 585 300 euros. Tour 2023 : 2,2 millions d'euros, avec CMA CGM au capital (le 23 mars 2023). Actuellement, une levée de 3,5 millions est en cours, dont 2 millions déjà engagés par un institutionnel. Partenaires : Antargaz (mécénat 2021-2025), ADEME, Bpifrance. L'objectif 2027 : 40 à 45 machines vendues, 40 à 45 millions d'euros de chiffre d'affaires. Sur ce point, j'hésite encore. Passer de zéro machine commercialisée à 45 en un an, c'est un facteur de croissance qu'on voit rarement hors du logiciel. Une machine physique, ça se fabrique, ça se transporte, ça s'installe, ça se certifie site par site. Le brevet existe (WO2023078965), la technologie fonctionne (le pilote de Puget-Théniers alimente des bennes à ordures en diesel depuis juillet 2020), mais l'industrialisation à cette échelle est un autre métier. Une version plus grosse, la Chrysalis V900 (900 kg/jour), est annoncée en développement. ## Ce que la pyrolyse ne résout pas Samuel Le Bihan lui-même qualifie la solution de "transitoire". C'est honnête. La pyrolyse transforme un déchet en énergie fossile. Elle ne ferme pas la boucle matière. Elle ne réduit pas la production de plastique. Elle offre une sortie pour du plastique qui aujourd'hui finit enfoui ou dans l'océan (11 millions de tonnes par an au niveau mondial). Le vrai débat est ailleurs. La France produit des montagnes de plastique PP et PE qui ne trouvent pas de filière de [recyclage](/filieres-recyclage-france-panorama-2026). L'enfouissement coûte, l'incinération pollue, l'export est en voie d'interdiction ([novembre 2026](/interdiction-export-dechets-plastiques-hors-ocde-novembre-2026) pour le hors OCDE). Dans ce contexte, une machine qui convertit le plastique en carburant localement, c'est moins une révolution qu'une rustine intelligente. Mais une rustine qui a le mérite d'exister. Le risque, c'est que la pyrolyse devienne un alibi pour ne pas réduire la production de plastique à la source. "On peut toujours en faire du diesel." C'est exactement le discours que les industriels du plastique adorent entendre. Et c'est exactement pour ça qu'il faut cadrer cette technologie comme un outil de transition, pas comme une solution. ## Ce que j'en retiens Earthwake fait un truc concret. La machine existe, elle tourne, elle produit du diesel. Le modèle économique est tendu mais pas absurde, surtout pour les territoires isolés. Le -75 % de GES reste à prouver. L'objectif de 45 machines en 2027 est ambitieux au point d'être improbable sans un partenaire industriel de poids. Le vrai test, ce sera l'automne 2026, quand la certification CE tombera (ou pas). Et surtout le premier client qui publiera ses chiffres d'exploitation réels. D'ici là, Earthwake reste une promesse intéressante portée par 12 personnes à Jonquières, dans le Vaucluse. C'est fragile. Mais dans un pays qui recycle un quart de son plastique, on n'a pas tellement le luxe de cracher sur les solutions qui marchent. ## Sources - [Earthwake, site officiel](https://www.earthwake.fr) - [WiSEED, levée Earthwake](https://wiseed.com) - Brevet WIPO WO2023078965 --- ## Passeport batterie UE : ce que la filière doit préparer - URL: https://www.recy.net/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-11T05:30:00 - Categories: valorisation Le passeport batterie, c'est la carte d'identité que personne ne demandait mais que tout le monde va devoir produire. À partir du 18 février 2027, chaque batterie de véhicule électrique, industrielle ou de moyen de transport léger de plus de 2 kWh vendue en Europe devra porter un QR code. Dessus : origine des matières premières, empreinte carbone, contenu recyclé, traçabilité complète de la chaîne de valeur. Le tout accessible pendant 10 ans minimum. Le règlement (UE) 2023/1542 ne laisse aucune marge d'interprétation. Arrêtons de tourner autour du pot. Ce passeport, c'est soit une contrainte administrative de plus, soit le levier qui va structurer la filière recyclage française. Les deux lectures se défendent. Mais une seule est utile. ## La contrainte : un mur administratif pour les constructeurs Cinq matériaux tracés : cobalt, lithium, nickel, manganèse, graphite. Pour chaque batterie mise sur le marché européen, il faudra documenter l'origine de ces matières premières, calculer l'empreinte carbone, prouver le contenu recyclé. Pas un formulaire déclaratif. Un passeport numérique consultable par n'importe qui. La déclaration d'empreinte carbone pour les batteries industrielles est déjà applicable depuis février 2026. Les constructeurs qui n'ont pas commencé à structurer leurs données sont en retard. Et la due diligence sur la chaîne d'approvisionnement, initialement prévue en même temps que le passeport, a été reportée au 18 août 2027 par le règlement (UE) 2025/1561. Un sursis, pas une annulation. En clair : les constructeurs ont moins d'un an pour mettre en place un système de traçabilité qui couvre l'intégralité de leur supply chain. Quand on sait que près de 70 % du cobalt mondial vient du Congo, tracer l'origine de chaque gramme relève du défi logistique autant qu'éthique. Volvo a montré que c'était faisable. En juin 2024, l'EX90 est devenu le premier véhicule au monde à embarquer un passeport batterie, via la plateforme Circulor. Un cas isolé, certes. Mais la preuve que la technologie existe. J'ai échangé récemment avec un responsable qualité chez un équipementier français qui fournit des modules batteries. Sa réaction quand je lui ai parlé du passeport : "On a les données de production, mais les remonter jusqu'au minerai, c'est une autre histoire." Il hésitait entre investir dans un outil comme Circunomics ou SAP, ou attendre de voir comment les contrôles seraient appliqués. Je comprends le dilemme, mais attendre est rarement une stratégie. ## L'opportunité : la filière française a des atouts La réalité du terrain : les acteurs français du recyclage affichent un taux d'efficacité de recyclage d'environ 82 % en poids pour les batteries lithium-ion traitées. Mais le vrai sujet, c'est la collecte. Le [taux de collecte](/taux-recyclage-materiaux-france-2026/) reste insuffisant au regard des objectifs européens, l'obligation réglementaire étant fixée à 45 % du volume mis sur le marché pour les batteries portables jusqu'à fin 2026. Un niveau que la filière devra significativement relever pour atteindre les cibles du règlement 2023/1542. Car le règlement fixe des cibles claires pour 2027 : au moins 90 % de récupération pour le cobalt, le cuivre, le nickel et le plomb, et 50 % pour le lithium. En 2031, les constructeurs devront intégrer un minimum de 16 % de cobalt recyclé et 6 % de lithium recyclé dans leurs batteries neuves. C'est là que le passeport change la donne. Sans traçabilité, impossible de prouver le contenu recyclé. Sans preuve de contenu recyclé, pas d'accès au marché européen. Le passeport batterie n'est pas une formalité. C'est la clé d'entrée. Pour les recycleurs français, c'est une aubaine. L'[urban mining](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/), la récupération de métaux précieux dans les équipements en fin de vie, va devenir un maillon critique de la chaîne de valeur. Chaque kilo de cobalt ou de lithium récupéré en France, c'est un kilo de moins à importer. Et avec le passeport, chaque kilo sera traçable et valorisable. Le parc de véhicules électriques dans l'UE approche les 6 millions d'unités (plus de 20 millions en comptant les hybrides rechargeables à l'échelle européenne). Durée de vie d'une batterie : 8 à 15 ans. Le tsunami de batteries en fin de vie arrive. La question n'est plus "si" mais "quand". Et ceux qui auront structuré leur filière de [recyclage et de souveraineté sur les matières premières](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france/) seront en position de force. ## Ce que ça implique concrètement L'ADEME et les douanes assureront les contrôles en France, avec des inspections renforcées prévues dès mars 2027. Autrement dit, le premier mois après l'entrée en vigueur du passeport, les contrôleurs seront sur le terrain. Pour les constructeurs : cartographier dès maintenant la chaîne d'approvisionnement, identifier les fournisseurs capables de fournir les données de traçabilité, choisir un prestataire logiciel pour le passeport numérique. Les acteurs comme Circulor, Circunomics, SAP ou Sphera proposent déjà des solutions. Pour les recycleurs : documenter les flux entrants et sortants avec un niveau de granularité qu'on n'exigeait pas avant. Chaque lot de [batteries collectées via la REP](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) devra être associé à des données de composition et de provenance. Pour les deux : arrêter de traiter la [réglementation UE sur les batteries](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion/) comme un exercice de conformité passive. C'est un avantage compétitif pour ceux qui s'y prennent tôt, et un mur pour ceux qui attendent le dernier moment. Le problème, c'est qu'on nous vend du rêve avec la transition énergétique sans parler de la plomberie. Le passeport batterie, c'est la plomberie. Pas glamour, pas vendeur, mais indispensable. ## Sources - https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32023R1542 - https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32025R1561 - https://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/filiere-batteries/ --- ## Cigéo : enterrer le problème ou le résoudre ? - URL: https://www.recy.net/cigeo-dechets-nucleaires-stockage-geologique-bure/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-10T06:00:00 - Categories: dechets La France produit des déchets nucléaires depuis soixante-dix ans. Elle n'a toujours pas de solution opérationnelle pour les plus dangereux. Cigéo, le projet de stockage géologique profond à Bure dans la Meuse, est censé régler ce problème. Mais entre les partisans qui y voient la seule option crédible et les opposants qui dénoncent une fuite en avant, le débat est loin d'être tranché. Arrêtons de tourner autour du pot : ce projet cristallise tout ce que la France fait mal en matière de gestion des [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) complexes. ## Ce que Cigéo est censé résoudre Le parc nucléaire français génère des déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL). Ces déchets représentent environ trois pour cent du volume total des déchets radioactifs du pays, mais concentrent quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la radioactivité. Fin 2024, la France stockait 1,89 million de mètres cubes de déchets radioactifs toutes catégories confondues. Les HA et MA-VL, eux, totalisent environ 83 000 mètres cubes, selon les chiffres de l'ANDRA. Aujourd'hui, ces déchets sont entreposés en surface ou en sub-surface, principalement à La Hague et à Marcoule. Des sites conçus pour du temporaire. La durée de vie de ces installations se compte en décennies, pas en millénaires. Et la radioactivité des déchets HA, elle, se compte en centaines de milliers d'années. Cigéo propose d'enfouir ces déchets à cinq cents mètres de profondeur, dans une couche d'argile vieille de cent soixante millions d'années. Quinze kilomètres carrés de galeries souterraines, deux cent soixante-dix kilomètres de tunnels. L'ANDRA a étudié la sûreté du dispositif sur un horizon d'un million d'années. La phase pilote durerait entre quinze et vingt-cinq ans, l'exploitation complète environ un siècle, avec une fermeture envisagée vers 2150. En clair : c'est le projet d'infrastructure le plus long de l'histoire de France. ## L'accélération qui passe mal L'ANDRA a déposé sa demande d'autorisation de création le 16 janvier 2023. L'ASNR (ex-ASN) a rendu un avis favorable le 4 décembre 2025, jugeant le dossier recevable. Jusque-là, rien d'anormal. Ce qui pose problème, c'est la suite. L'enquête publique, initialement prévue à l'automne 2026, a été avancée à mai 2026. L'objectif affiché : obtenir le décret d'autorisation avant les présidentielles de 2027. Neuf organisations, parmi lesquelles les Amis de la Terre, Greenpeace, la CRIIRAD, Attac, le Réseau Sortir du Nucléaire et France Nature Environnement, ont publié un communiqué commun en mars 2026 pour dénoncer cette accélération. Leur argument principal : on ne boucle pas un projet à un million d'années en accélérant le calendrier pour des raisons électorales. J'ai du mal à leur donner tort sur ce point précis. Quand un projet repose sur la confiance du public dans sa rigueur et sa transparence, bâcler la consultation citoyenne est la pire chose à faire. Même si le dossier technique est solide. Surtout si le dossier technique est solide. La manifestation de Bure du 20 septembre 2025, qui a réuni plusieurs centaines de participants, a montré que l'opposition locale n'est pas symbolique. Elle est structurée, argumentée, et elle ne va pas disparaître parce qu'on avance une date sur un calendrier. ## Le coût qui dérape, comme d'habitude Un arrêté du 30 mars 2026 a fixé le coût de référence de Cigéo à 33,4 milliards d'euros. L'ANDRA elle-même avait proposé une fourchette entre 26,1 et 37,5 milliards. En 2016, l'estimation officielle était de 25 milliards. Trente-trois milliards pour un projet dont l'exploitation s'étale sur un siècle. L'argent est provisionné par les exploitants nucléaires (EDF, Orano, CEA) via un fonds dédié. Mais on connaît l'histoire de ces provisions : elles sont toujours calculées sur des hypothèses optimistes. Et les dépassements sur les grands chantiers nucléaires français ne sont plus une surprise pour personne. J'ai vu passer assez de projets d'infrastructure en [économie circulaire](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) pour savoir que les coûts annoncés en phase de conception et les coûts réels en phase d'exploitation n'ont souvent rien à voir. Ce qui m'embête, honnêtement, c'est qu'on ne sait pas si les trente-trois milliards intègrent les surcoûts liés à la réversibilité. Parce que la réversibilité, c'est le deal : le stockage doit pouvoir être inversé pendant au moins cent ans. C'est ce qui différencie Cigéo d'un simple trou où on balance des fûts. Mais la réversibilité a un prix technique considérable, et les chiffres publiés ne détaillent pas ce poste. ## La Finlande a tranché, la France hésite Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cigéo : 33,36 milliards et enquête publique, le vrai coût](/cigeo-cout-33-milliards-arrete-mars-2026-enquete-publique). Pendant ce temps, la Finlande avance. Onkalo, le premier dépôt géologique au monde, est opérationnel depuis 2026. Creusé dans le granite à plus de quatre cents mètres de profondeur, il accueille déjà ses premiers colis de combustible usé. Les Finlandais ont mis trente ans entre la décision politique et la mise en service. Avec un consensus social qu'on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe. Cigéo serait le troisième dépôt géologique mondial, après Onkalo et le projet suédois. La technologie est différente (argile vs granite), mais le principe est le même : isoler les déchets les plus dangereux de la biosphère pendant des centaines de milliers d'années. La réalité du terrain : la France n'a pas le consensus finlandais. Elle n'a pas non plus le luxe d'attendre. Les entreposages de surface ont une durée de vie limitée. Chaque année qui passe sans solution pérenne augmente le risque. Les piscines de La Hague ne sont pas extensibles à l'infini. ## Ce que je pense, et ce qui me gêne Je ne suis pas antinucléaire. Je ne suis pas pronucléaire non plus. Ce qui m'intéresse, c'est la gestion des déchets, et sur ce terrain, Cigéo est probablement la moins mauvaise option disponible. L'entreposage en surface n'est pas viable à long terme. Le [recyclage](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) intégral du combustible usé reste une promesse technologique, pas une réalité industrielle. Et ne rien faire revient à refiler le problème aux générations suivantes, ce qui est exactement ce qu'on reproche à Cigéo de faire, mais en pire. Ce qui me gêne, c'est la méthode. Accélérer l'enquête publique pour coller au calendrier électoral, c'est saboter la légitimité du projet. Les coûts qui grimpent de huit milliards en dix ans sans explication claire, c'est inquiétant. Et le fait que la [réglementation](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) nucléaire française soit en pleine réorganisation (création de l'ASNR, fusion ASN-IRSN) au moment même où Cigéo entre dans sa phase décisive, ça n'aide pas. Il y a un parallèle qui me frappe. Dans la gestion des déchets conventionnels, on voit exactement le même schéma : des projets d'infrastructure nécessaires mais impopulaires, des coûts sous-estimés, des calendriers politiques qui priment sur les calendriers techniques, et des populations locales qui se sentent ignorées. Bure, c'est Notre-Dame-des-Landes version nucléaire, en plus lent et en plus lourd. La question n'est pas de savoir si Cigéo est une bonne idée. C'est probablement la seule idée qui tienne la route. La question, c'est de savoir si la France est capable de mener un projet à cent ans sans le transformer en fiasco de gouvernance. Sur ce point, j'ai mes doutes. ## Sources - [Chiffres clés Cigéo, stockage des déchets nucléaires (ANDRA)](https://www.cigeo.gouv.fr/chiffres-cles-cigeo-du-stockage-dechets-nucleaires) - [Révision du coût de Cigéo (Actu-Environnement)](https://www.actu-environnement.com/ae/news/revision-cout-cigeo-andra-47780.php4) - [Enquête publique Cigéo avancée : 9 organisations refusent l'accélération (Attac)](https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/enquete-publique-cigeo-avancee-nous-refusons-categoriquement-cette-acceleration) - [Avis ASNR sur la recevabilité de la DAC Cigéo](https://reglementation-controle.asnr.fr/information/archives-des-actualites/l-asn-considere-que-le-dossier-de-demande-d-autorisation-de-creation-de-cigeo-est-recevable) - [Coût Cigéo : 26 à 37 milliards sur 150 ans (SFEN)](https://www.sfen.org/rgn/dechets-nucleaires-cout-cigeo-26-37-milliards-euros-150-ans/) --- ## Amiante : 20 millions de tonnes, zéro filière - URL: https://www.recy.net/amiante-batiments-desamiantage-filiere-recyclage-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-09T09:30:00 - Categories: dechets 20 millions de tonnes. C'est la quantité d'amiante encore présente dans les bâtiments français, selon le Sénat, l'Andeva et à peu près toutes les sources sérieuses sur le sujet. Vingt millions de tonnes d'un matériau interdit depuis 1997, qu'on ne sait ni recycler, ni traiter à grande échelle, ni même recenser correctement. J'ai passé du temps sur ce dossier ces dernières semaines, et la conclusion est simple : on a un problème massif, et on n'a pas de solution industrielle pour le régler. ## Le stock : on ne sait même pas ce qu'on a vraiment Le chiffre de 20 millions de tonnes est une estimation. Pas un inventaire. Personne n'a compté précisément, parce que personne n'a les moyens de diagnostiquer l'ensemble du parc immobilier français. Ce qu'on sait : entre 35 et 40 % des bâtiments construits avant 1997 contiennent des matériaux amiantés (Batimex, guide désamiantage 2026). Au pic dans les années 1970, la France consommait jusqu'à 100 000 tonnes d'amiante par an. L'équivalent de 80 kg par habitant si on cumule les importations d'après-guerre (Andeva, via UNPI). Le Dossier Technique Amiante est obligatoire pour les parties communes des immeubles collectifs. Mais pour les maisons individuelles, les bâtiments industriels, les ouvrages de génie civil, c'est le flou. L'arrêté du 4 juin 2024 a étendu le repérage obligatoire aux ouvrages non bâtis (réseaux, génie civil), ce qui est un progrès. Sauf que le repérage ne veut pas dire traitement. On repère, on documente, et ensuite on laisse en place parce que retirer coûte une fortune. 85 % des bâtiments scolaires construits avant 1997 seraient concernés, selon la proposition de loi sénatoriale n°890 déposée en septembre 2025 par Alexandre Basquin. Des gamins qui respirent dans des salles de classe construites avec de l'amiante-ciment. Trente ans après l'interdiction. Et 36 000 km de canalisations d'eau potable contaminées, soit 4 % du réseau national. Sur ce point, je ne suis pas certain qu'on ait une vision complète. Le chiffre de 20 millions de tonnes pourrait être en dessous de la réalité, justement parce qu'il n'existe pas de recensement exhaustif. On parle d'une estimation basse construite sur des données partielles. ## 97 % enfoui, 2 % vitrifié : les chiffres d'une non-filière Chaque année, la France produit entre 300 000 et 600 000 tonnes de déchets amiantés (rapport CGE, question Sénat octobre 2024, proposition de loi 2025). Et 97 % de ces déchets finissent enfouis en installation de stockage de déchets dangereux, sans inertage préalable. Le gouvernement lui-même reconnaît, dans sa réponse au Sénat, que l'enfouissement est "la solution privilégiée au niveau européen." En clair : on enterre le problème. Littéralement. Il existe un seul site de vitrification à l'échelle industrielle en Europe. Un seul. Inertam, à Morcenx dans les Landes. En service depuis 1992, deux torches à plasma de 2 MW qui fonctionnent 24h/24 pour détruire la structure cristalline des fibres d'amiante à plus de 1 400°C. Capacité : 6 000 à 8 000 tonnes par an. Sur 300 000 à 600 000 tonnes produites annuellement. On est à environ 2 % du volume national traité (Infodiag.fr). Le coût de la vitrification : 1 500 à 2 000 euros la tonne, transport inclus. L'enfouissement : 80 à 200 euros la tonne en ISDD (rapport Sénat 2013-668). Dix fois moins cher. Le calcul est vite fait pour les entreprises de [gestion des déchets](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques) qui doivent choisir. Des alternatives émergent. Valame annonce 15 000 tonnes de capacité avec des unités fixes et mobiles. Neutramiante projette la même chose. DHYVA vise "plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an." Mais en 2026, aucune de ces alternatives n'est industriellement viable à grande échelle. Toutes sont en phase prototype ou tests (Infodiag.fr, basé sur données CEVALIA/PRDA). On attend depuis des années. ## Les morts qu'on compte, les morts qu'on comptera Il y a un truc qu'on oublie facilement quand on parle de tonnes et de filières : l'amiante tue. 1 100 nouveaux cas de mésothéliome pleural par an en France (Santé publique France, programme PNSM 1998-2017). 3 000 décès annuels liés à l'amiante selon l'Andeva. La latence entre exposition et maladie : 30 à 40 ans. Les gens qui meurent aujourd'hui ont été exposés dans les années 1980. Les projections de Santé publique France tablent sur 18 000 à 25 000 décès supplémentaires par mésothéliome d'ici 2050. Le Haut Conseil de santé publique, lui, estime entre 68 000 et 100 000 décès au total d'ici 2050. Un chiffre m'a frappé : les cas féminins ont doublé sur vingt ans de surveillance. Environ 310 cas par an chez les femmes, alors que plus de 90 % des cas masculins sont liés à une exposition professionnelle. Ça veut dire que l'exposition environnementale, celle qui vient du fait d'habiter ou de travailler dans un bâtiment amianté, progresse dans les statistiques. J'ai bossé sur pas mal de sujets liés aux déchets du bâtiment, notamment la [REP PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france) et le [béton bas carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). L'amiante, c'est d'un autre calibre. Ce n'est pas un problème d'économie circulaire ou d'optimisation de filière. C'est un problème de santé publique qu'on gère comme un problème logistique. ## Le désamiantage : un coût qui paralyse tout le monde Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Gore-Tex : pourquoi votre veste ne se recyclera jamais](/textiles-outdoor-pfas-recyclage-gore-tex-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Parapluie cassé : pourquoi aucune filière ne le recycle](/parapluie-casse-aucune-filiere-recyclage). Les tarifs du désamiantage expliquent en partie l'inertie. Toiture en fibrociment : 25 à 45 euros le mètre carré. Flocage plafond ou mur : 50 à 150 euros le mètre carré. Pour un diagnostic avant travaux, comptez 400 à 800 euros ; avant démolition, 800 à 2 000 euros (Batimex, guide 2026). Le parc HLM à lui seul représenterait 2,3 milliards d'euros par an de coûts de désamiantage, selon les experts cités par Basta !. Un seul chantier à Aulnay-sous-Bois en 2009 a coûté 9 millions d'euros. On comprend pourquoi les bailleurs sociaux, les collectivités, les copropriétés préfèrent l'encapsulage ou le "laisser en place sous surveillance." C'est rationnel économiquement. C'est irresponsable sanitairement. La filière compte environ 1 200 entreprises certifiées SS3, un chiffre stable depuis plusieurs années selon SECOIAM. Stable mais fragile : les sorties compensent à peine les entrées, et les petites structures sont vulnérables. Pas vraiment le signe d'un secteur qui se prépare à absorber 20 millions de tonnes. ## Ce qui manque : une volonté politique, pas une technologie La proposition de loi sénatoriale n°890 (septembre 2025) propose la création d'un EPIC public pour gérer toute la chaîne : collecte, traitement, élimination définitive. C'est un signal clair que le marché seul ne résoudra pas ce problème. Quand un sénateur en arrive à proposer un pôle public, c'est que les mécanismes privés ont échoué. L'ANSES recommande de nouvelles études sur les fibres courtes d'amiante, potentiellement dangereuses mais insuffisamment documentées. L'OPPBTP lance une campagne nationale en 2026 pour mesurer la performance des EPI respiratoires sur les chantiers amiante. On en est encore là : à vérifier si les masques protègent correctement. Trente ans après l'interdiction. La réalité du terrain : on a un stock colossal, une production annuelle de déchets qui dépasse largement nos capacités de traitement, un seul site européen de vitrification, et des alternatives qui restent au stade expérimental. Le [tri 5 flux en entreprise](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place) et le [recyclage textile](/recyclage-textile-vetements-depots), c'est compliqué. L'amiante, c'est un ordre de grandeur au-dessus en termes de difficulté. Ce qu'il faudrait : un plan national avec des objectifs chiffrés, un financement public massif pour les infrastructures de traitement, et arrêter de considérer l'enfouissement comme une solution acceptable. Mais ça coûterait des milliards. Et visiblement, 3 000 morts par an ne suffisent pas à débloquer le budget. --- ## Sources - [Basta ! : il reste 20 millions de tonnes d'amiante disséminées dans les bâtiments](https://basta.media/En-France-il-reste-20-millions-de-tonnes-d-amiante-disseminees-dans-les) - [Sénat : PPL n°890, création d'un pôle public d'éradication des déchets amiantés (sept. 2025)](https://www.senat.fr/leg/exposes-des-motifs/ppl24-890-expose.html) - [Sénat : question sur le traitement des déchets de l'amiante (oct. 2024)](https://www.senat.fr/questions/base/2024/qSEQ24100019S.html) - [Infodiag.fr : les alternatives à l'enfouissement de l'amiante ne sont pas encore prêtes](https://infodiag.fr/les-alternatives-a-lenfouissement-de-lamiante-ne-sont-pas-encore-pretes/) - [Santé publique France : exposition à l'amiante et mésothéliome pleural, 20 ans de surveillance (2019)](https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2019/exposition-a-l-amiante-et-mesotheliome-pleural.-retour-sur-20-ans-de-surveillance) - [Batimex : guide complet désamiantage 2026](https://batimex.fr/post/desamiantage-guide-complet-2026) - [SECOIAM : le désamiantage en France, état des lieux et défis (sept. 2025)](https://www.secoiam.fr/2025/09/22/le-desamiantage-en-france-etat-des-lieux-et-defis-de-la-filiere/) - [UNPI : des millions de tonnes dorment encore dans les bâtiments](https://unpi.org/fr/1/15/1113/Amiante-des-millions-de-tonnes-dorment-encore-dans-les-batiments.html) --- ## Batteries VE : qui paie vraiment la contribution REP ? - URL: https://www.recy.net/redevances-batterie-ve-2026-contribution-environnementale/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-08T06:00:00 - Categories: recyclage La contribution environnementale sur les batteries de véhicules électriques, c'est le consommateur qui la paie. Point. Pas le constructeur. Pas l'importateur. Vous. Sur la facture. Visible et non négociable. La Belgique l'a rendu explicite depuis janvier 2024. La France vient d'entrer dans la danse avec sa propre REP batteries depuis août 2025. Et le règlement européen 2023/1542 pousse tout le monde dans la même direction. La question n'est plus "faut-il financer le recyclage des batteries VE". C'est "combien ça coûte, et qui encaisse la note". ## La Belgique, premier cobaye européen Febelauto, l'organisme belge de gestion des batteries, a mis en place un barème clair. Pour un véhicule particulier avec une batterie de moins de 40 kg : 10 euros par batterie. Si c'est une chimie LFP (lithium fer phosphate, moins polluante, moins de cobalt) : 5 euros. Pour les grosses batteries NMC entre 350 et 1 000 kg, type berline ou SUV électrique : 100 euros. En LFP, 50 euros. Depuis janvier 2026, le périmètre s'est élargi. Motos électriques : 5 euros. Bus : 150 euros. Camions : 250 euros. Les voitures particulières, elles, payaient déjà depuis janvier 2024. Le résultat en termes de collecte parle de lui-même. En 2021, la Belgique récupérait 31 585 kg de batteries usagées. Fin 2025 : 412 400 kg. Soit une hausse de plus de 1 200 % en quatre ans. En 2024, 5 079 batteries usagées ont été traitées individuellement. Certains importateurs d'utilitaires électriques en Belgique découvrent la contribution Febelauto seulement au moment de l'immatriculation. Pas avant. C'est le genre de surprise qui fait grincer des dents, même quand le montant reste modeste. ## Le cadre européen impose le tempo Le règlement UE 2023/1542, adopté le 17 août 2023 et applicable depuis le 18 février 2024, fixe les objectifs de [recyclage des batteries lithium-ion](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion/) à l'échelle continentale. Les cibles : 65 % de recyclage effectif d'ici fin 2025, 70 % d'ici fin 2030. Sur la récupération des matériaux critiques, les seuils sont encore plus ambitieux. D'ici 2027 : 90 % du cobalt, du cuivre, du plomb et du nickel doivent être récupérés, plus 50 % du lithium. En 2031, on passe à 95 % pour les quatre premiers métaux et 80 % pour le lithium. Ces chiffres ne sont pas décoratifs. Ils conditionnent l'accès au marché européen. Un constructeur qui ne peut pas prouver la traçabilité de ses matériaux recyclés se retrouve hors jeu. ## La France entre dans la partie La REP batteries française est entrée en vigueur le 18 août 2025. Cinq catégories couvertes. Trois éco-organismes agréés : Batribox, Ecosystem et RMV. Sur le papier, le dispositif est en place. Les chiffres français sont encourageants, mais ils masquent une réalité. En 2024, 367 kilotonnes de batteries ont été mises sur le marché, avec un taux de recyclage de 82 %. Sauf que ce taux concerne toutes les batteries confondues, piles alcalines incluses. Le flux spécifique batteries VE, lui, est en train d'exploser. La part de marché des véhicules électriques en France grimpe vite. 23,8 % en février 2026, en hausse de 27,3 % sur un an. 28,5 % en mars 2026, un record. Sur le premier trimestre 2026, 27,9 % contre 18,2 % un an plus tôt. Chaque point de part de marché, c'est des milliers de batteries supplémentaires à gérer dans 8 à 12 ans. Pour remettre les choses en perspective : une batterie de Renault 5 E-Tech pèse 297 kg en chimie NMC. Le prix moyen au kWh tourne autour de 100 euros. Remplacer une batterie de citadine, c'est environ 4 000 euros. Pour une berline, comptez entre 7 800 et 9 000 euros. Le bonus écologique 2026 monte jusqu'à 5 700 euros pour les ménages précaires, 4 700 euros pour les revenus modestes, 3 500 euros pour les autres. Autrement dit, le bonus couvre à peine le coût d'un futur remplacement de batterie. ## Le vrai sujet, c'est la transparence Sur ce point, je suis partagé. Le modèle belge a le mérite de la clarté : vous achetez un VE, vous voyez la contribution sur la facture, vous savez où va l'argent. En France, la [REP batteries](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) est en place, mais la contribution est noyée dans le prix. Le consommateur paie sans le savoir. Est-ce que ça change quelque chose au résultat final ? Probablement pas. L'argent rentre dans les deux cas. Mais sur le plan de la confiance, le modèle belge est plus honnête. Quand on fait payer quelqu'un, autant lui dire combien et pourquoi. Il y a un parallèle avec ce qu'on observe sur les [filières REP en France](/rep-emballages-professionnels-2026/) : le système fonctionne tant que les volumes restent gérables. La vraie épreuve arrive quand les premières vagues de batteries VE atteignent leur fin de vie, vers 2030-2032. On parle de centaines de milliers d'unités. Les infrastructures de recyclage actuelles ne sont pas dimensionnées pour ça. L'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) appliquée aux batteries VE, c'est le test grandeur nature. Soit on anticipe avec des filières robustes, soit on se retrouve avec des montagnes de batteries en attente de traitement, comme on l'a vu avec les pneus dans les années 2000. ## Ce que je retiens La Belgique a pris de l'avance. La France a les structures mais manque de transparence. L'Europe fixe des objectifs ambitieux mais laisse chaque pays se débrouiller sur le "comment". Et dans tous les cas, c'est le consommateur qui paie. Le problème n'est pas le montant. 10 euros, 100 euros, même 250 euros pour un camion, c'est supportable rapporté au prix d'un véhicule électrique. Le problème, c'est l'absence de visibilité sur ce que devient cet argent. Combien de batteries sont effectivement recyclées ? Quel est le taux de collecte réel en France pour les batteries VE, et quel pourcentage de lithium est récupéré ? Ces réponses, personne ne les donne clairement aujourd'hui. Et tant qu'elles manqueront, la contribution environnementale ressemblera plus à une taxe invisible qu'à un outil de transition. ## Sources - Febelauto, contribution environnementale batteries VE : https://www.febelauto.be/fr/a-propos-de-febelauto/contribution - Automobile Propre, Belgique et recyclage batteries : https://www.automobile-propre.com/articles/belgique-les-acheteurs-de-voitures-electriques-devront-financer-le-recyclage-des-batteries/ - Règlement UE 2023/1542, batteries et déchets de batteries : https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html - ADEME, filière REP batteries : https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-BAT - Avere-France, baromètre février 2026 : https://www.avere-france.org/publication/barometre-fevrier-2026-avec-238-de-part-de-marche-lelectrique-resiste-dans-un-marche-en-baisse/ --- ## Tri des déchets en festivals : le chantier invisible - URL: https://www.recy.net/tri-dechets-festivals-evenementiel-rep-obligations/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-07T05:00:00 - Categories: tri L'été dernier, j'ai passé deux jours sur un festival de taille moyenne dans le Sud-Ouest. Pas en tant que festivalier. En tant que type qui regarde les poubelles. Au bout de la première soirée, les bacs de tri débordaient. Le prestataire déchets avait dimensionné pour la moitié de la fréquentation réelle. Les bénévoles improvisaient avec des sacs-poubelle noirs, sans distinction. Tout partait en mélange. Ce n'est pas un cas isolé. C'est la norme. ## Le décalage entre la loi et le terrain Depuis le 1er janvier 2025, le tri hors foyer est obligatoire. C'est la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) qui l'impose. L'article L541-15-10 du Code de l'Environnement rend la vaisselle lavable obligatoire dès 20 personnes servies simultanément. Pour les gobelets réutilisables, le seuil passe à 5 000 participants. En clair : un festival de 30 000 personnes doit trier, servir en vaisselle lavable, collecter les biodéchets, et gérer ses emballages. Les sanctions existent. 15 000 euros d'amende pour les personnes physiques, 75 000 euros pour les personnes morales. Le tri 9 flux n'est pas une suggestion. La réalité du terrain : la plupart des organisateurs découvrent ces obligations au dernier moment. Le prestataire déchets arrive avec un devis, l'organisateur négocie à la baisse, et on se retrouve avec 50 points de tri pour un site qui en nécessiterait 170. Le Cabaret Vert, qui atteint 84 % de valorisation avec 170 points de tri, c'est l'exception. Pas la règle. ## Les bons élèves existent, mais ils sont rares We Love Green a décroché l'ISO 20121 en juin 2023. 15 flux de tri. 78 % de déchets recyclés sur 130 tonnes collectées en 2024. 100 % de restauration végétalienne depuis 2023. Et 1 450 000 litres d'eau économisés. C'est impressionnant. C'est aussi un festival parisien avec des moyens, une image de marque verte, et un public sensibilisé. Le Hellfest, lui, joue dans une autre catégorie. 200 000 fans sur plusieurs jours. 72 % de déchets valorisés. 160 tonnes de biodéchets transformées en amendement agricole. Mais aussi 17 033 tonnes de CO2 émises, dont 75 % liées aux déplacements. Le tri sur site ne résout pas tout. Le V&B Fest illustre mieux la réalité commune. 55 tonnes de déchets sur trois jours, 33 000 personnes par soir, 220 bénévoles mobilisés. Ça donne entre 400 et 500 grammes par festivalier. Aux Francofolies, l'association AREMACS déploie 25 personnes par jour et distribue plus de 1 000 cendriers chaque soir pour récupérer 15 tonnes de recyclables sur 18,5 tonnes totales. Quand je vois ces chiffres, j'oscille entre respect et découragement. Parce que ces festivals-là investissent massivement. Et ils restent minoritaires. ## La REP emballages professionnels arrive, et personne n'est prêt Au 1er janvier 2026, la [REP emballages professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026/) entre en vigueur. Le volet opérationnel démarre le 1er juillet 2026. On parle de 7 millions de tonnes par an. Le coût estimé pour la première année : 302 millions d'euros. Et les 300 000 tonnes d'emballages hors foyer annuels, soit 6 % du tonnage total, tombent pile dedans. Pour les festivals, ça veut dire quoi concrètement ? Que l'organisateur, en tant que producteur de déchets, devra contribuer à la filière. Que les barquettes, les gobelets jetables résiduels, les emballages des fournisseurs alimentaires, tout ça entre dans le périmètre. Et que la TGAP enfouissement à 65 euros la tonne en 2025, contre 24 euros en 2019, rend l'élimination de plus en plus chère. La moyenne du secteur tourne autour de 2,5 tonnes de déchets pour 5 000 festivaliers. Avant les mesures de réduction, on mesurait 1,2 kg par personne. Les meilleures pratiques font descendre ça à 0,75 kg. Mais "meilleures pratiques" suppose un budget, une logistique, et des prestataires formés. Sur ce point, j'ai du mal à être optimiste. Les gros festivals vont absorber le coût. Les petits et moyens, ceux qui font vivre la scène locale, vont trinquer. ## Le vrai problème, c'est la responsabilité L'organisateur est responsable des déchets produits sur son événement. Point. C'est le principe de la [gestion des déchets en entreprise](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques/) appliqué à l'événementiel. Sauf qu'une entreprise a un site fixe, des flux prévisibles, des contrats annuels. Un festival, c'est trois jours, un champ, et 30 000 personnes qui ne trient pas comme à la maison. La question des [biodéchets en restauration](/biodechets-restauration-obligations-solutions-collecte/) se pose avec une acuité particulière en festival. Les stands de nourriture génèrent des volumes concentrés sur quelques heures. Le compostage sur site existe, le Cabaret Vert composte 6,16 tonnes de biodéchets. Mais ça demande une infrastructure que la plupart des événements n'ont pas. Il y a un impensé dans la réglementation. On applique aux événements éphémères les mêmes obligations qu'aux sites permanents, sans adapter les moyens. L'ISO 20121 version 2024, dont les audits initiaux ont démarré le 16 avril 2024, propose un cadre volontaire. Mais un cadre volontaire ne remplace pas un accompagnement structurel. ## Ce que je retiens Les festivals qui trient bien le font parce qu'ils l'ont décidé, pas parce que la loi les y a forcés. We Love Green n'a pas attendu la loi AGEC pour installer 15 flux de tri. Le Hellfest n'a pas attendu la REP pour valoriser ses biodéchets. La réglementation est nécessaire. Sans elle, rien ne bouge pour les retardataires. Mais elle ne suffit pas. Il manque un maillage de prestataires formés, des retours d'expérience partagés entre organisateurs, et surtout un accompagnement financier pour les petits festivals qui n'ont ni le budget ni l'ingénierie pour monter une filière de tri en trois mois. Le chantier est invisible parce qu'il se joue dans les coulisses, entre deux concerts, dans des zones techniques où personne ne va. Mais c'est là que se décide si l'événementiel français prend le virage ou reste coincé entre les bonnes intentions et les sacs-poubelle noirs. ## Sources - Loi AGEC du 10 février 2020 : https://www.legifrance.gouv.fr/ - Hellfest, engagements environnementaux : https://hellfest.fr/engagements - We Love Green, démarche green : https://www.welovegreen.fr/green/ - Cabaret Vert 2023, bilan déchets : https://confestmag.be/escapade-verte-au-cabaret/ - V&B Fest, brigade verte : https://www.oxygeneradio.com/chateau-gontier-au-v-b-fest-la-brigade-verte-mobilisee-pour-trier-et-valoriser-55-tonnes-de-dechets - Le Collectif des Festivals, vaisselle lavable : https://www.lecollectifdesfestivals.org/collectif/2023/05/vaisselle-lavable-obligatoire/ - Restauration21, REP emballages professionnels 2026 : https://www.restauration21.fr/restauration21/2025/12/en-vigueur-au-1er-janvier-2026-la-rep-emballages-professionnels-remplacera-la-rep-emballages-de-la-restauration-le-1er-juillet-2026.html --- ## DASRI réemployables : le décret qui divise la filière - URL: https://www.recy.net/dasri-reemployables-decret-mars-2026-experimentation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-06T05:00:00 - Categories: valorisation Les déchets d'activités de soins à risques infectieux, les DASRI, c'est environ 170 000 tonnes par an en France selon l'ADEME. Et 93 % partent en incinération avec valorisation énergétique. On brûle, on récupère un peu de chaleur, on recommence. Depuis le 6 mars 2026, le décret n° 2026-162 publié au Journal officiel ouvre une brèche : le réemploi des emballages de collecte DASRI devient possible. À titre expérimental. Pour cinq ans maximum. Avec des conditions strictes. Et la filière est loin d'être unanime. ## La thèse : il fallait bien essayer Soyons honnêtes, le modèle actuel est un gouffre. L'ADEME estime le gisement à environ 170 000 tonnes (la dernière mesure précise date de 2011, avec 166 000 tonnes comptabilisées). Les DASRI sont un flux massif d'emballages à usage unique. Des conteneurs rigides, des fûts, des boîtes à aiguilles et des collecteurs pour objets piquants, tout ça part à l'incinération après un seul cycle. L'idée de réemployer certains de ces emballages, concrètement les conteneurs pour objets piquants, coupants et tranchants, circule depuis des années dans les cercles spécialisés. Le décret n° 2026-162, signé le 4 mars 2026, s'inscrit dans le cadre France Expérimentation, un dispositif interministériel qui permet de déroger temporairement à la réglementation pour tester des innovations. En l'occurrence, il autorise des dérogations aux articles R. 1335-6 et R. 1335-8-1-A du Code de la santé publique. Ces articles imposent des emballages à usage unique pour la collecte des DASRI perforants. Le décret lève cette contrainte, sous conditions. Quatre profils d'opérateurs peuvent candidater : les fabricants de dispositifs médicaux perforants, les opérateurs de gestion des DASRI à risques infectieux, les éco-organismes agréés et leurs sous-traitants mandatés. En pratique, c'est Dastri, l'éco-organisme agréé jusqu'au 31 décembre 2028, qui est le mieux positionné avec ses 59 entreprises pharmaceutiques adhérentes et ses 19 930 points de collecte (majoritairement des pharmacies, chiffres au 31 décembre 2021). La norme ISO 23907-2:2019 encadre déjà les conteneurs réutilisables pour objets piquants et coupants. Le cadre technique existe. Ce qui manquait, c'était l'autorisation réglementaire d'expérimenter sur le territoire français. C'est fait. ## L'antithèse : le HCSP n'est pas convaincu Et c'est là que ça se complique. Le Haut Conseil de la santé publique a rendu deux avis sur le sujet. Le premier, daté du 20 novembre 2025, demande une rigueur de validation microbiologique en vie réelle. Pas en labo. En conditions réelles de collecte, de transport, de lavage. Le second avis, du 13 janvier 2026 (mis en ligne le 17 mars 2026), va plus loin. Le HCSP demande le retrait du comité de suivi opérationnel pour préserver son indépendance. En clair : le Haut Conseil refuse de cautionner un processus dans lequel il serait à la fois évaluateur et partie prenante du suivi. C'est un signal fort. Quand l'organisme consultatif en matière de santé publique prend ses distances, ce n'est pas anodin. J'ai hésité à minimiser ce point. On pourrait dire que c'est de la prudence institutionnelle classique. Mais quand on parle de déchets qui peuvent transmettre des infections par piqûre, coupure, projection cutanéo-muqueuse ou inhalation de bio-aérosols (les quatre voies identifiées par l'INRS), la prudence n'est pas un luxe. Le décret prévoit d'ailleurs un comité d'évaluation indépendant, présidé par une personnalité indépendante. C'est une réponse directe à la demande du HCSP. Mais le fait même qu'il ait fallu insister pour obtenir cette séparation en dit long sur les tensions autour du sujet. ## La procédure : six mois, silence vaut rejet La mécanique d'autorisation est volontairement lourde. Un opérateur dépose un dossier. Le Haut Conseil de la santé publique et le ministère de l'Environnement ont quatre mois pour rendre un avis conjoint. Le ministère de la Santé dispose ensuite de deux mois supplémentaires pour trancher. Délai total maximal : six mois. Et si personne ne répond dans les temps, c'est non. Le silence vaut rejet. C'est une précaution inhabituelle. Dans beaucoup de procédures administratives françaises, le silence vaut acceptation depuis la loi de 2013. Ici, on a fait l'inverse. Ça traduit le niveau de vigilance sanitaire autour du sujet. Les emballages exclus de l'expérimentation sont explicites : sacs plastiques, sacs papier, caisses carton (y compris celles avec doublure plastique). On parle uniquement de conteneurs rigides. Les déchets exclus aussi : les pièces anatomiques humaines restent hors périmètre, sans surprise. Point intéressant : la collecte postale est rendue expérimentalement possible. Aujourd'hui, les DASRI perforants des patients à domicile (environ 2 millions de personnes utilisatrices de dispositifs médicaux perforants en France) passent par les pharmacies ou les points de collecte dédiés. L'ouverture au postal changerait la logistique. Mais c'est conditionné à une autorisation spécifique dans le cadre de l'expérimentation. ## Les garde-fous qui comptent Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Décret 2026-357 : surveiller la qualité des engrais](/matieres-fertilisantes-decret-2026-357-surveillance-qualite-agronomique). Un rapport annuel est obligatoire avant le 15 mars de chaque année. Un rapport d'évaluation final doit être remis six mois avant la fin de l'expérimentation. Et le comité d'évaluation indépendant supervise l'ensemble. En pratique, ça veut dire qu'un opérateur qui obtient l'autorisation en 2026 devra produire son premier rapport avant le 15 mars 2027, puis chaque année jusqu'à la fin du test. Le rapport final, si l'expérimentation dure cinq ans, serait dû au plus tard mi-2031. La filière DASRI-PAT (perforants à usage des patients en auto-traitement) collecte plus de 886 tonnes par an, avec un taux de collecte de 82 % en 2021 et un objectif de 85 % pour 2025. Ces chiffres viennent du bilan de la filière REP créée en 2012. Le réemploi des conteneurs pourrait réduire le volume d'emballages neufs nécessaires, mais personne ne sait encore dans quelle proportion. La réalité du terrain, c'est qu'on manque de données sur la faisabilité industrielle du lavage, de la décontamination, de la recertification et du contrôle qualité de ces conteneurs à grande échelle. ## Ce que j'en pense Arrêtons de tourner autour du pot. Le décret est bien ficelé sur le plan juridique. Les garde-fous sont là. La procédure est stricte, peut-être même trop stricte pour attirer des candidats (six mois d'instruction avec risque de rejet silencieux, ce n'est pas très vendeur). Mais le vrai sujet, c'est la validation microbiologique en vie réelle. Tant qu'on n'aura pas de données solides sur le nombre de cycles de réemploi possibles, les protocoles de décontamination validés, les taux de défaillance acceptables et la traçabilité de chaque conteneur, on reste dans le registre de l'intention. L'extension AGEC aux dispositifs médicaux électroniques depuis le 1er janvier 2022 montre que la réglementation avance. Mais avancer ne veut pas dire foncer. J'ai vu passer beaucoup de projets d'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) qui sonnaient bien sur le papier et se sont fracassés sur la logistique. Le [réemploi des emballages alimentaires](/reemploi-emballages-alimentaires-experimentation-ouest-bilan) en est un exemple récent. Pour les DASRI, l'enjeu sanitaire ajoute une couche de complexité que la filière des [déchets BTP](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction) ou du [textile](/recyclage-fibre-a-fibre-textile-technologie-refashion) n'a pas. Une contamination résiduelle sur un conteneur réemployé, c'est un risque d'accident d'exposition au sang. Pas un défaut esthétique. Le décret ouvre une porte. C'est bien. Mais il faudra que les expérimentations produisent des données irréprochables pour que cette porte reste ouverte. ## Sources - [Décret n° 2026-162 du 4 mars 2026 (JORF du 6 mars 2026)](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053625694) - [HCSP, avis du 20 novembre 2025](https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1490) - [HCSP, avis du 13 janvier 2026](https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1492) - [Ministère de l'Écologie, DASRI](https://www.ecologie.gouv.fr/dechets-dactivite-soins-risques-infectieux-dasri) - [INRS, filières DASRI](https://www.inrs.fr/metiers/environnement/filieres-dechets/dasri.html) - [France Expérimentation, DASRI réemployables](https://www.agex.fr/2026/03/16/dechets-de-soins-a-risques-infectieux-et-emballages-une-revalorisation-possible/) --- ## Cendres de biomasse : filière R&D sans cadre normé - URL: https://www.recy.net/cendres-biomasse-materiau-construction-valorisation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-05T05:00:00 - Categories: valorisation La France produit 245 000 tonnes de cendres de biomasse par an. Plusieurs milliers d'installations de chaufferie en génèrent. Et aucun arrêté ne permet de les sortir du statut de déchet pour les intégrer dans un béton ou une route. Point. Le sujet s'arrête là pour 95 % des exploitants. Pour les 5 % restants, il y a de la R&D, des projets pilotes, et beaucoup d'espoir. Mais pas de filière. ## La conclusion d'abord Je pose ça tout de suite : les cendres de biomasse ne sont pas un matériau de construction. Pas aujourd'hui. Pas en France. Et probablement pas avant plusieurs années. Il existe des projets sérieux, des résultats encourageants, des financements ADEME. Mais aucun déploiement industriel normalisé. La NF EN 450-1, qui encadre l'utilisation des cendres volantes dans le béton, exclut explicitement les cendres de biomasse de son périmètre. Parmi les rares pays européens, la Suisse dispose d'un cadre réglementaire dédié. C'est une réalité que beaucoup d'articles survolent en laissant croire qu'on est "presque prêts". On ne l'est pas. Et c'est justement parce qu'on ne l'est pas qu'il faut regarder de plus près ce qui se fait. ## 245 000 tonnes, trois types, un seul problème En France, les chaufferies biomasse produisent entre 228 000 et 245 000 tonnes de cendres par an, selon les sources (ENGIE et IMTech respectivement). À l'échelle européenne, les cendres de charbon représentent environ 40 millions de tonnes selon l'ECOBA, dont 35 à 40 % seulement sont recyclées sous une forme ou une autre, ces chiffres concernent les cendres de charbon, pas de biomasse. Toutes les cendres ne se valent pas. Il y en a trois catégories. Les cendres sous-foyer représentent 80 % du volume. Elles sont grossières, relativement peu contaminées. Les cendres sous-multicyclone comptent pour 15 %. Les cendres volantes, 5 %, sont les plus fines et les plus chargées en métaux lourds. C'est un gradient de finesse et de contamination. Le problème de fond, c'est la silice. Dans les cendres de charbon (celles que la norme NF EN 450-1 accepte), la silice est amorphe. Dans les cendres de biomasse, elle se présente sous forme cristalline. Résultat : les propriétés pouzzolaniques, celles qui permettent à la cendre de réagir avec la chaux pour former un liant, sont nettement inférieures. On ne peut pas juste remplacer une cendre par une autre et espérer le même résultat. J'ai discuté avec un exploitant de chaufferie bois dans le Sud-Ouest l'hiver dernier. Sa question était simple : "Je paie pour évacuer mes cendres, personne n'en veut, et je lis partout que c'est l'avenir du béton vert. C'est quoi le délire ?" Je comprends sa frustration. ## Quatre projets français qui avancent (lentement) Le plus documenté, c'est BIOGRAFIC. Porté par l'Université d'Artois et le laboratoire LGCgE, financé par l'ADEME, il a tourné de janvier 2021 à juillet 2023. L'objectif : fabriquer des blocs béton en substituant entre 0 et 100 % du volume par des cendres de biomasse. Les résultats ont été publiés lors du congrès RUGC en juillet 2025. Le gisement ciblé, celui des Hauts-de-France, représente entre 12 600 et 37 700 tonnes par an. C'est du solide comme recherche, mais ça reste de la recherche. Bio-ERTALH, piloté par Eiffage Route, prend un angle différent. Le projet utilise des cendres de biomasse combinées à des agrégats d'enrobés recyclés pour fabriquer des matériaux traités aux liants hydrauliques (MTLH). Lauréat du CIRR 2020 (le dispositif du Cerema), il a été testé sur l'A40 à Viry en Haute-Savoie. C'est un cas intéressant de [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere/) entre la filière bois-énergie et les travaux routiers. PAN'ash est le plus récent. Lancé en mai 2025, porté par Ash'UP et IMT Mines Albi, financé à hauteur de 568 600 euros dont 300 000 par l'ADEME. Double objectif : stabilisation de sols argileux et agent correcteur pour béton. Le gisement visé en Occitanie est estimé à 30 000 tonnes par an. Enfin, 3DFORMWORKS (IMT Nord Europe, programme Interreg, jusqu'en 2028) travaille sur une encre cimentaire basse carbone intégrant des cendres de biomasse. Les résultats ont été présentés au congrès EUROCOALASH en juin 2025. En clair : quatre projets, quatre approches, zéro norme en sortie. C'est de la recherche appliquée, pas du déploiement. ## Le charbon part, la biomasse arrive, et personne n'a prévu la transition Il y a un éléphant dans la pièce. Les cendres de charbon, celles qu'on sait utiliser et qui sont normées, sont en voie de disparition. La consommation de charbon et de lignite en Europe a chuté de 40 % entre 2018 et 2023. Les cimentiers qui utilisaient ces cendres comme addition dans le CEM II vont devoir trouver autre chose. La production de ciment CEM I génère environ 0,7 tonne de CO₂ par tonne produite. Chaque tonne de cendre qui remplace du clinker, c'est du CO₂ en moins. Le calcul est simple. Mais il suppose que la cendre de remplacement ait les bonnes propriétés. Et on en revient au même mur : la silice cristalline des cendres de biomasse n'est pas la silice amorphe du charbon. C'est un angle mort de la transition énergétique. On ferme les centrales à charbon (tant mieux), on développe la biomasse (logique), mais on n'a pas anticipé que le sous-produit de l'un ne remplace pas celui de l'autre dans la chaîne de valeur du BTP. Les [filières de valorisation du bois](/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020/) se structurent, mais la question des cendres reste le parent pauvre du sujet. Sur ce point, j'ai du mal à voir qui va porter le sujet. Les exploitants de chaufferies n'ont ni les moyens ni l'expertise pour faire de la R&D matériaux. Les cimentiers regardent, mais sans norme, ils ne bougeront pas. Les labos publient, mais le passage à l'échelle ne leur appartient pas. C'est le genre de sujet qui tombe entre toutes les chaises. ## Valoriser, oui, mais sans se raconter d'histoires La directive européenne 2008/98/CE pose la hiérarchie des déchets : prévention, réemploi, recyclage, valorisation énergétique, élimination. Les cendres de biomasse en construction, ça serait du recyclage matière. Un bon échelon. Mais sans cadre de "sortie du statut de déchet" en France, ça reste de l'élimination déguisée en bonne idée. La tentation est forte de vendre la valorisation des cendres comme la prochaine révolution verte du BTP. L'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) adore ce genre de récit. Un déchet qui devient matériau, c'est exactement le pitch parfait. Et dans le BTP, secteur qui génère des volumes considérables de [déchets de chantier réemployés](/upcycling-btp-dechets-chantier-mobilier-design/), l'argument porte. La réalité du terrain : on en est aux pilotes. Quatre projets R&D en France, des résultats prometteurs sur certaines formulations, mais aucune filière industrielle, aucune norme, aucun arrêté. Le chemin entre un essai en labo et un bloc béton posé sur un chantier passe par des années de certification, d'homologation et de retours d'expérience. Je pense que la filière finira par exister. Pas parce que les cendres de biomasse sont le matériau du siècle, mais parce que les cendres de charbon disparaissent et qu'il faudra bien les remplacer par quelque chose. La pression viendra de la pénurie, pas de l'enthousiasme. Et c'est peut-être le scénario le plus réaliste. ## Sources - ADEME Recherche, projet PAN'ash : https://librairie.ademe.fr/ - LGCgE / Université d'Artois, projet BIOGRAFIC : https://www.lgcge.fr/ - IMTech / IMT Nord Europe, projet 3DFORMWORKS : https://www.imt-nord-europe.fr/ - ENGIE Solutions, biomasse en France : https://www.engie-solutions.com/ - Idex, types de cendres biomasse : https://www.idex.fr/ - Cerema, CIRR 2020 (Bio-ERTALH) : https://www.cerema.fr/ - EUR-Lex, directive 2008/98/CE relative aux déchets : https://eur-lex.europa.eu/ --- ## CSR : déchets non recyclables transformés en combustible - URL: https://www.recy.net/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-04T05:00:00 - Updated: 2026-08-04T10:00:00 - Categories: valorisation En France, 20 % des déchets finissent enfouis. Pas recyclés, pas valorisés. Enfouis. Et dans le lot, plus de dix-sept millions de tonnes de déchets enfouis chaque année sans aucune forme de valorisation. Les combustibles solides de récupération, les CSR, sont censés répondre à ce gâchis. Transformer des déchets non recyclables en énergie au lieu de les enterrer. Sur le papier, c'est imparable. En pratique, la filière française patine. ## Ce que sont vraiment les CSR Un CSR n'est pas un déchet qu'on brûle tel quel. C'est un combustible préparé, normé, calibré. La norme NF EN 15359 classe les CSR selon trois critères : pouvoir calorifique inférieur (PCI), teneur en chlore et teneur en mercure, répartis en cinq classes de qualité. En clair : on ne fabrique pas du CSR avec n'importe quoi. Le cadre réglementaire français repose sur le décret 2016-630 du 19 mai 2016 et les arrêtés du 23 mai 2016, avec la rubrique ICPE 2971 dédiée. Point important que beaucoup ignorent : les CSR restent juridiquement des "déchets" jusqu'à leur valorisation effective. Pas de statut de produit, pas de sortie du statut déchet en amont. Ça complique tout, des assurances aux contrats d'approvisionnement. Les seuils légaux sont stricts. Le chlore ne doit pas dépasser 15 000 mg/kg de matière sèche. Le mercure, 3 mg/kg de matière sèche. Le PCI minimum en cimenterie est fixé à 12 MJ/kg. Le PCI moyen des CSR français tourne autour de 14 MJ/kg, soit environ 3,9 MWh par tonne. La teneur en biomasse, elle, détermine la part de l'énergie produite comptée comme renouvelable. Elle ne fait l'objet d'aucune valeur conventionnelle : elle se mesure lot par lot, selon les méthodes de la norme EN ISO 21644 (analyse au carbone 14, dissolution sélective ou tri manuel). Une précédente version de cet article avançait une fourchette de 25 à 45 % : ce chiffre ne reposait sur aucune source solide, nous l'avons retiré (correction du 4 août 2026). ## La cimenterie, débouché principal Les cimenteries absorbent la majorité des CSR consommés en France. En 2021, sur 370 000 tonnes consommées, 310 000 sont passées par les cimenteries et 60 000 par des chaudières dédiées. Le secteur compte plus de 20 sites cimentiers et 14 centres de broyage. L'atout du four cimentier est double. D'abord, la température : le four atteint 1 450 °C, la flamme 2 000 °C. À ces niveaux, la destruction des polluants organiques est quasi totale. Ensuite, la double valorisation : les cendres de combustion s'intègrent directement dans la composition du clinker. Pas de résidu à évacuer, pas de mâchefer. C'est un argument que les incinérateurs classiques ne peuvent pas avancer. Ce que rapportent les sites cimentiers, c'est la rigueur du contrôle qualité en réception. Chaque lot de CSR est analysé, pesé, refusé s'il sort des specs. C'est loin de l'image du "on brûle tout et on verra". Le taux de substitution des combustibles fossiles par des combustibles alternatifs (dont les CSR) a atteint 52 % en 2023, puis 55 % en 2024. L'objectif affiché par France Ciment est 80 % en 2030. En 2019, la consommation de CSR dans les cimenteries plafonnait à 300 000 tonnes par an. L'objectif pour 2025 est de 1 Mt par an. L'écart entre les deux chiffres donne la mesure du chemin restant. ## Une filière qui ne décolle pas Arrêtons de tourner autour du pot. La France dispose de 36 installations capables de produire environ 1,2 Mt de CSR par an. La production réelle en 2022 : environ 400 000 tonnes. Un tiers de la capacité installée. C'est un échec industriel. Les CSR sont une part négligeable de l'énergie nationale. Sur les 298 Mt de déchets produits en France en 2022, 9 % sont incinérés et 20 % enfouis. Le gisement théorique est colossal, mais la filière n'arrive pas à le capter. Les raisons sont multiples. Le statut juridique de déchet freine les investissements. Les installations de préparation exigent des capitaux lourds. La FNADE et le SN2E estiment le soutien nécessaire à 1 milliard d'euros, soit 250 millions par an sur quatre ans. Et le fonds ADEME qui soutenait les projets a été supprimé en 2025. En Pays de la Loire, l'observatoire TEO a mesuré une production de 72 600 tonnes de CSR en 2024, dont 37 % exportés vers des cimenteries françaises, espagnoles et allemandes. Quand on produit du CSR en France pour l'envoyer se faire brûler en Allemagne, il y a un problème structurel. Sur ce point, j'hésite encore à trancher. Est-ce un problème de volonté politique, de rentabilité économique, ou simplement d'inertie réglementaire ? Probablement les trois à la fois, mais le signal envoyé par la suppression du fonds ADEME est désastreux. ## Le débat : solution ou fausse bonne idée ? Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Captage CO2 sur incinérateurs : la France passe à l'échelle](/captage-co2-incinerateurs-dechets-france-ccus-2026). Les partisans des CSR ont trois cartes en main. Mieux vaut extraire de l'énergie d'un déchet que l'enfouir. La double valorisation en cimenterie (énergie plus matière) est un cas d'école d'[économie circulaire industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere/). L'exonération totale de TGAP pour les installations classées en rubrique 2971 rend l'opération économiquement viable pour les cimentiers, un levier [fiscal que d'autres filières n'ont pas](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/). Les opposants, Zero Waste France en tête, posent la bonne question : en créant des débouchés pour les déchets non recyclables, ne crée-t-on pas un verrou contre la réduction à la source ? Si une cimenterie dépend de ses CSR pour tourner, qui aura intérêt à réduire le volume de déchets produits ? C'est le même dilemme que celui du [recyclage chimique par pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/) : on traite le symptôme sans toucher à la cause. La réalité du terrain : personne n'a tort, mais tout le monde parle d'un horizon différent. À court terme, les déchets non recyclables existent et il faut bien les traiter. Les enfouir est pire que les valoriser. À long terme, la filière CSR ne doit pas servir d'alibi pour éviter de s'attaquer aux [limites majeures du tout-recyclage](/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite/). C'est un outil de transition, pas une destination. Je pense que la France fait une erreur en ne distinguant pas clairement les deux temporalités. On devrait investir massivement dans les CSR maintenant, tout en programmant la décroissance de la filière à mesure que l'écoconception et la réduction à la source font effet. Mais ça demande une vision à vingt ans que personne ne porte. ## Ce qui manque pour que ça marche Trois verrous à faire sauter. Il faut d'abord débloquer les investissements : le milliard d'euros estimé par la FNADE et le SN2E n'est pas un luxe, c'est un prérequis pour passer de 400 000 à 1 200 000 tonnes de production annuelle. La suppression du fonds ADEME va dans le sens inverse. Il faut ensuite créer des débouchés nationaux. Exporter 37 % de la production des Pays de la Loire est un symptôme de sous-capacité de consommation. Avec plus de 20 sites cimentiers en France et un objectif de 80 % de substitution en 2030, la demande potentielle existe. Encore faut-il que les contrats d'approvisionnement se structurent et que la qualité des CSR soit homogène sur tout le territoire. Enfin, il faut clarifier le cadre juridique. Tant que les CSR restent des "déchets", les freins administratifs resteront disproportionnés par rapport au risque réel. La sortie du statut de déchet, encadrée par des critères stricts de qualité, serait un accélérateur majeur. ## Sources - Infociments, "Les combustibles solides de récupération (CSR)" : https://www.infociments.fr/reduire-les-emissions-de-co2/les-combustibles-solides-de-recuperation-csr-une-valorisation-matiere-et-energetique-dans-le-process-de-cuisson-du - France Ciment, "Économie circulaire" : https://www.france-ciment.fr/enjeux/economie-circulaire/ - TEO Pays de la Loire, "La filière CSR" : https://teo-paysdelaloire.fr/tableau-de-bord/la-filiere-combustibles-solides-de-recuperation-csr/ - Zero Waste France, "Méga-incinérateurs CSR" : https://www.zerowastefrance.org/projet/mega-incinerateurs-csr-stop-projets-fumeux/ - Combustible solide de récupération, Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Combustible_solide_de_r%C3%A9cup%C3%A9ration - Notre-environnement.gouv.fr, "Le traitement des déchets" : https://www.notre-environnement.gouv.fr/themes/economie/les-dechets-ressources/article/le-traitement-des-dechets --- ## Lacq : 1er pôle UE de recyclage de terres rares en France - URL: https://www.recy.net/materiaux-critiques-premier-site-recyclage-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-03T05:20:00 - Categories: valorisation Moins de 1 % des terres rares sont recyclées en Europe. C'est le chiffre qui résume tout. Le CNRS l'a posé noir sur blanc dans son expertise scientifique collective de novembre 2024, après avoir passé au crible 4 100 articles scientifiques. Pendant ce temps, la Chine contrôle l'essentiel du raffinage mondial. Et nous, on construit des usines de voitures électriques sans se demander d'où viendront les aimants dans dix ans. À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, un pôle industriel est en train de changer cette équation. Pas à l'échelle d'un labo. À l'échelle d'une filière. ## Le verdict d'abord La "vallée des aimants" de Lacq, c'est le terme utilisé par Frédéric Carencotte, PDG de Carester, pour désigner ce qui se construit sur la plateforme Induslacq de TotalEnergies. L'idée est simple : concentrer sur une même friche industrielle de 5 hectares le recyclage des aimants, le raffinage des terres rares et la production d'alliages métalliques. Un pôle intégré, du déchet au produit fini. En clair : c'est le seul endroit en Europe où l'on pourra bientôt traiter un aimant usagé de moteur électrique et en sortir des oxydes de néodyme, de dysprosium et de terbium de qualité industrielle. Sans passer par la Chine. Est-ce que ça suffit à régler le problème de dépendance européen ? Non. Mais c'est la première brique crédible. ## Caremag : les chiffres du projet On a déjà couvert le lancement de [Caremag en détail](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). Mais le contexte a évolué depuis mars 2025. Rappel des fondamentaux. L'usine, portée par Carester (Lyon), a vu sa première pierre posée le 17 mars 2025. Mise en service prévue fin 2026, premières livraisons commerciales début 2027. Le budget total atteint 216 millions d'euros : 110 millions d'euros côté japonais (JOGMEC et Iwatani Corporation, via la co-entreprise Japan France Rare Earth Company) et 106 millions d'euros côté français (France Relance, France 2030, crédit d'impôt industrie verte). Capacités annoncées : 2 000 tonnes d'aimants permanents recyclés par an (moteurs électriques, éoliennes en fin de vie), 5 000 tonnes de concentrés miniers raffinés, 800 tonnes d'oxydes de néodyme et praséodyme (terres rares légères), 600 tonnes d'oxydes de dysprosium et terbium (terres rares lourdes). Ce dernier chiffre représente environ 15 % de la production mondiale actuelle de ces deux éléments. Stellantis a signé un contrat d'achat. 92 emplois directs. Plus de 80 % des émissions directes de CO2 recyclées dans le procédé, zéro effluent liquide. Sur le papier, c'est propre. ## L'écosystème Lacq : pas juste Caremag Ce qui rend Lacq intéressant, ce n'est pas un seul projet. C'est la convergence. Less Common Metals Europe, filiale de USA Rare Earth, prévoit d'installer sur le même site une usine de métallisation d'une capacité de 3 750 tonnes par an. Sa fonction : transformer les oxydes produits par Caremag en alliages métalliques prêts à l'emploi pour fabriquer des aimants permanents. C'est le maillon suivant de la chaîne de valeur. Ça évite d'expédier les oxydes en Asie pour la transformation, ce qui est le cas de figure habituel aujourd'hui. Par ailleurs, Solvay à La Rochelle a annoncé le lancement d'une production d'oxydes de terres rares pour aimants permanents. La date précise n'est pas encore confirmée, mais l'intention est là. On a donc un embryon de filière complète sur le sol français : recyclage des aimants usagés, raffinage, métallisation, et potentiellement fabrication d'aimants neufs. Un truc qui n'existait nulle part en Europe il y a deux ans. J'ai parlé récemment avec un ingénieur qui travaille sur la [récupération de métaux dans les équipements en fin de vie](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie). Il m'a dit un truc qui m'a marqué : "Le problème n'a jamais été technique. On sait séparer les terres rares depuis les années 90. Le problème, c'est que personne ne voulait payer le prix tant que la Chine vendait moins cher." Et c'est exactement ça. ## Le cadre européen qui force le jeu Le Critical Raw Materials Act (CRMA), entré en vigueur en mai 2024, fixe des objectifs contraignants pour 2030 : 25 % de la consommation annuelle de l'UE en matériaux stratégiques doit provenir du recyclage, 10 % de l'extraction locale, 40 % de la transformation locale. Et pas plus de 65 % d'un matériau stratégique ne doit provenir d'un seul pays tiers. L'UE a identifié 34 matériaux critiques, dont 16 stratégiques. En mars 2025, la Commission a désigné 47 projets stratégiques dans l'UE (plus 13 hors UE). 9 sont en France. Caremag en fait partie. Le problème, c'est que ces objectifs sont ambitieux et que le point de départ est quasi nul. Moins de 1 % de recyclage pour les terres rares. Pour passer à 25 % en six ans, il faudrait des dizaines de Caremag. On n'en a qu'un. ## Les autres initiatives françaises Caremag n'est pas seul. Mais les échelles ne sont pas comparables. MagREEsource, à Noyarey en Isère, opère un site pilote depuis fin 2024 avec une capacité de 50 à 80 tonnes par an d'aimants frittés haute performance 100 % recyclés. L'entreprise a levé 23 millions d'euros et vise 1 000 tonnes par an d'ici 2028 via son projet MagFactory. C'est sérieux, mais c'est encore un pilote. KBM Recycling, à Saint-Just-le-Martel en Haute-Vienne, travaille sur les superalliages (nickel, cobalt, titane) issus de l'aérospatiale. Sa capacité actuelle est de 300 tonnes par an, avec un objectif de 1 500 tonnes par an d'ici trois ans. L'investissement total est de 4,9 millions d'euros, dont 1,74 million de l'ADEME. Kévin Bourgain, son fondateur, résume bien la situation : "On a considéré ces déchets comme des ressources stratégiques trop tard. C'est une question de souveraineté industrielle." Là où je reste prudent, c'est sur la capacité de ces initiatives à tenir dans la durée. Le projet Eramet/Suez à Dunkerque (recyclage batteries, pas terres rares, mais même logique) a été suspendu en octobre 2024 faute de clients européens pour les sels métalliques recyclés. La demande n'est pas encore au rendez-vous. Les annonces industrielles ne survivent pas toutes à la confrontation avec le marché. ## Le décalage entre ambition et réalité La France a collecté 46,6 % de ses DEEE en 2023 sur 2,32 millions de tonnes mises sur le marché, selon l'ADEME. L'objectif européen est 65 %. On n'y est pas. Et sur les DEEE collectés, 88,6 % sont valorisés, mais "valorisé" ne veut pas dire "terres rares récupérées". Ça veut dire broyé, trié, fondu. Les terres rares partent avec le reste dans la plupart des cas. Les centres de [tri optique et IA](/tri-optique-ia-centres-tri-france) qui traitent les flux de déchets ne sont pas calibrés pour isoler des composants pesant quelques grammes dans un appareil de plusieurs kilos. Le gisement est diffus. C'est structurellement différent du recyclage du verre ou du papier, où le déchet est homogène et massif. Même avec des procédés perfectionnés, l'enjeu de collecte reste entier. Un aimant de moteur électrique ne se présente pas tout seul à la porte de l'usine. Il faut démanteler le véhicule, extraire le moteur, séparer l'aimant, le démagnetiser, le broyer, puis l'envoyer dans un circuit spécifique. Chaque étape a un coût. Et pour l'instant, la filière de [valorisation des matériaux](/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020) en fin de vie reste organisée autour des métaux ferreux et des métaux précieux classiques, pas autour des terres rares. ## Ce que j'en pense C'est le point où je suis le plus partagé. Lacq est incontestablement une bonne nouvelle. La convergence de Caremag et LCM Europe sur un même site, le financement franco-japonais, le soutien CRMA, Stellantis comme premier client : tous les signaux sont au vert. Mais 2 000 tonnes d'aimants par an, aussi impressionnant que ça paraisse, c'est une goutte. La demande européenne en terres rares va exploser avec l'électrification des transports et la multiplication des éoliennes. Et on part de quasi rien. Je ne sais pas encore si ce pôle de Lacq deviendra le Airbus des terres rares, comme certains l'espèrent, ou s'il restera un projet vitrine, financé par des subventions publiques et incapable de rivaliser avec les prix chinois. Les deux scénarios sont possibles. L'histoire de l'industrie européenne est pleine de projets souverains qui n'ont pas survécu au premier hiver de marché. Ce que je sais, c'est que ne rien faire n'est pas une option. 98 % des aimants permanents viennent de Chine. Si demain Pékin décide de restreindre les exportations, comme la Chine l'a fait sur le gallium et le germanium en 2023, l'industrie automobile européenne a un problème existentiel. Lacq ne résout pas ce problème. Mais au moins, c'est une réponse. ## Sources - [Carester, communiqué officiel Caremag](https://www.carester.fr/en/caremag-launch/) - [AFP/Connaissances des Énergies, 17 mars 2025 : usine Caremag](https://www.connaissancedesenergies.org/afp/terres-rares-face-au-monopole-chinois-une-usine-de-recyclage-franco-japonaise-en-construction-en-france-250317) - [ESCo CNRS/PEPR Recyclage, novembre 2024 : taux recyclage terres rares](https://www.pepr-recyclage.fr/esco-terres-rares/) - [Commission européenne : Critical Raw Materials Act](https://single-market-economy.ec.europa.eu/sectors/raw-materials/areas-specific-interest/critical-raw-materials/critical-raw-materials-act_en) - [TouteEurope, mars 2025 : 47 projets stratégiques UE](https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/terres-rares-et-materiaux-critiques-ou-se-situent-les-47-projets-strategiques-de-l-ue/) - [L'Énergeek, février 2026 : vallée des aimants Lacq](https://lenergeek.com/2026/02/10/cette-vallee-industrielle-francaise-pourrait-bouleverser-lemprise-chinoise-sur-les-terres-rares/) - [ADEME Infos 2026 : KBM Recycling](https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2026/un-projet-pionnier-pour-recycler-les-materiaux-critiques-en-france/) - [ADEME filières-REP : statistiques DEEE France 2023](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EEE) --- ## REP batteries : Ecosystem lance trois appels d'offres - URL: https://www.recy.net/ecosystem-appels-offres-batteries-usagees-rep-avril-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-02T01:00:00 - Categories: economie-circulaire Corepile a cessé d'exister le 31 juillet 2025. Vingt-six ans d'activité, absorbés par Ecosystem en une seule opération. Et le premier vrai signe que la filière REP batteries a changé d'échelle vient de tomber : trois appels d'offres ouverts le 1er avril 2026 pour la collecte, la consolidation, le tri et le traitement des batteries usagées. Prestations prévues au 1er janvier 2027. Pas une annonce cosmétique. Un signal opérationnel. ## Le contexte : une filière qui s'est restructurée en six mois Corepile, créé en avril 1999 sous le nom Fibat S.A. puis renommé en juillet 2003, collectait les batteries portables depuis plus de vingt ans. La fusion avec Ecosystem, effective au 31 juillet 2025, a concentré la filière. Ecosystem, premier éco-organisme européen avec 876 000 tonnes de DEEE collectées en 2025, hérite du réseau batteries et de ses obligations. Le règlement UE 2023/1542 est entré en vigueur en France le 18 août 2025. Le même jour, Ecosystem a obtenu son agrément, valable jusqu'au 31 décembre 2030. Deux autres éco-organismes sont agréés sur la même filière : Batribox et Recycler mon véhicule. Les arrêtés datent du 11 août 2025. Renault SAS dispose d'un système individuel agréé depuis le 13 novembre 2025, jusqu'au 31 décembre 2027. En clair : le paysage français des batteries usagées repose sur trois éco-organismes collectifs et un système individuel. Pas un monopole, mais une concentration forte autour d'Ecosystem qui porte l'essentiel du volume. ## Trois appels d'offres, trois maillons distincts Les trois lots ouverts le 1er avril 2026 couvrent l'intégralité de la chaîne : **Collecte et consolidation.** Le ramassage physique des batteries dans les points de collecte, leur regroupement dans des centres de consolidation, le conditionnement pour le transport. C'est la logistique amont. **Tri.** La séparation par chimie (lithium-ion, nickel-cadmium, zinc-carbone, alcalines) et par catégorie réglementaire. Indispensable pour orienter vers le bon procédé de traitement. Un tri mal fait, c'est un traitement dégradé en aval. **Traitement.** La valorisation matière proprement dite. Seize opérateurs de traitement sont actifs en France. Les objectifs fixés par le règlement européen sont précis : une efficacité de recyclage de 65 % pour les batteries lithium fin 2025, puis 50 % de récupération du lithium métal et 90 % pour le cobalt, le cuivre, le nickel et le plomb d'ici fin 2027. Les réponses doivent être déposées avant le 30 avril 2026 à 18 heures via la plateforme GEP. L'inscription était requise avant le 31 mars 2026. Démarrage des prestations au 1er janvier 2027. ## Les catégories couvertes La REP batteries distingue cinq catégories. Les appels d'offres d'Ecosystem couvrent quatre d'entre elles : - Batteries portables (inférieures à 5 kg) - Batteries de mobilité légère (MTL), inférieures ou égales à 25 kg - Batteries industrielles, inférieures ou égales à 25 kg - Batteries SLI lithium (démarrage) La cinquième catégorie, les batteries de véhicules électriques (VEH, supérieures à 25 kg), relève d'un circuit distinct. C'est là qu'interviennent Recycler mon véhicule et le système individuel de Renault SAS. ## Les chiffres du terrain Les discours sur la [filière REP](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion), c'est bien. Les chiffres réels, c'est mieux. Ecosystem déclare 33 452 points de collecte pour les batteries portables en 2024. C'est un maillage dense. En volume, 10 963 tonnes de batteries portables collectées la même année, soit environ 500 millions d'unités. Le taux de recyclage des batteries portables atteint 79,9 %. Pour la mobilité légère, le réseau est plus récent : 2 080 points de collecte et 192 tonnes collectées en 2024, soit environ 50 000 unités. La montée en puissance est en cours. Trottinettes, vélos à assistance électrique, hoverboards : le gisement explose, la collecte suit de loin. La réalité du terrain : les objectifs réglementaires de collecte des portables fixent 45 % fin 2026, 63 % en 2027 et 73 % en 2030. Ces chiffres paraissent accessibles vu le réseau existant. Mais pour les MTL, le retard est structurel. Les consommateurs ne savent pas où déposer leur batterie de trottinette, et les enseignes ne communiquent pas dessus. ## Ce qui manque dans ce tableau Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Batteries VE : Renault a choisi de jouer seul, ça tient ?](/the-future-is-neutral-renault-systeme-individuel-batteries-ve-bilan-6-mois-avril-2026). Arrêtons de tourner autour du pot. Trois angles morts subsistent. Le tonnage global de batteries portables mis sur le marché en France n'est pas consolidé publiquement pour 2024. On ne peut donc pas calculer un taux de collecte fiable au centime près. L'ADEME publie des données périmètre ancien (367 kt mises sur le marché, 214 kt collectées, 82 % recyclées en 2024), mais ce périmètre ne couvrait pas encore les cinq catégories du nouveau règlement. Batribox, deuxième éco-organisme agréé, ne publie pas ses tonnages 2024. Impossible de consolider le bilan national. Quand un tiers du panorama est invisible, le panorama est incomplet. La valeur économique du marché REP batteries n'est documentée nulle part. Les éco-contributions existent, les barèmes sont publiés, mais le chiffre d'affaires agrégé de la filière reste une boîte noire. Pour un secteur qui prétend à la transparence, c'est gênant. ## Ce que ça change pour les opérateurs Si vous êtes prestataire de collecte, trieur ou recycleur, ces appels d'offres sont votre fenêtre. Le volume garanti par Ecosystem et l'horizon de l'agrément (jusqu'à fin 2030) offrent une visibilité rare dans ce secteur. Pour les collectivités et les distributeurs, la structuration de la filière par Ecosystem post-fusion Corepile signifie un interlocuteur unique sur la majorité du flux. C'est plus simple en termes de convention, mais ça pose la question de la dépendance à un seul opérateur dominant. Pour les producteurs et importateurs, le [règlement européen](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion) impose des obligations de reprise et de financement. Les éco-contributions vont mécaniquement augmenter avec les objectifs de collecte. Le signal prix est clair : intégrer le coût de fin de vie dès la conception. ## Le fond du problème La REP batteries version 2026, c'est un chantier massif déguisé en appels d'offres administratifs. Ecosystem pilote la transition depuis la fusion Corepile, le cadre réglementaire européen fixe des objectifs ambitieux, et le terrain n'est pas encore au niveau partout. Le réseau de collecte des portables tourne. Celui des batteries de mobilité légère doit tripler pour tenir les objectifs. Et la transparence de la filière, entre données manquantes et éco-organismes muets, reste le maillon faible. Ces trois appels d'offres ne sont pas une formalité. C'est le moment où la [filière de recyclage](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards) française des batteries décide si elle suit le rythme européen ou si elle décroche. Pour ceux qui bossent dans le [tri et la valorisation](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place), c'est maintenant que ça se joue. ## Sources - [Ecosystem, Consultation batteries 2026](https://decouvrir.ecosystem.eco/actualites/consultation-batteries-2026) - [Ecosystem, Chiffres clés](https://decouvrir.ecosystem.eco/chiffres-cles) - [ADEME, Filière REP batteries](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-BAT) - [Ministère de l'écologie, Politique batteries](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/batteries) - [Ecosystem, Profil producteur batteries portables](https://pro.ecosystem.eco/profil/producteur/batteries-portables) - [Actu-Environnement, Collecte Ecosystem 2025](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-ecosystem-2025-47706.php4) --- ## Chewing-gums en semelles : l'UE passe à l'action - URL: https://www.recy.net/recyclage-chewing-gums-semelles-directive-ue/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-04-01T01:00:00 - Categories: recyclage 374 milliards de chewing-gums produits chaque année dans le monde. 100 000 tonnes. Et 80 à 90 % finissent au sol. Pas dans une poubelle, pas dans un bac de tri. Au sol. C'est le deuxième déchet le plus répandu sur la planète, juste derrière les mégots, selon l'université de Portsmouth. On marche dessus tous les jours sans y penser. L'Union européenne, elle, a décidé d'y penser. La directive 2026/401/CE, adoptée le 15 mars 2026, rend obligatoire la collecte et le recyclage des chewing-gums usagés en matériaux pour semelles de chaussures. Objectif : 50 % des chewing-gums collectés et recyclés en semelles d'ici 2030. Une mesure qui paraît absurde au premier abord. Sauf quand on regarde les chiffres de plus près. ## Le chewing-gum, ce plastique qu'on ne voit pas La plupart des gens l'ignorent : un chewing-gum, c'est du plastique. Littéralement. La base de gomme contient du polyvinyl acétate (PVAc), du polyéthylène et du butadiène-styrène. Les mêmes familles de polymères qu'on trouve dans les emballages, les tuyaux, les pneus. Quand vous collez un chewing-gum sous une table, vous collez un bout de plastique. Et ce plastique a un coût. Au Royaume-Uni, le nettoyage des chewing-gums au sol coûte 56 millions de livres par an, selon Keep Britain Tidy. En France, le chiffre est moins centralisé mais tout aussi parlant : 1,70 euro par mètre carré de nettoyage. Multipliez par la surface de trottoirs des grandes villes françaises, le montant donne le tournis. La directive SUP de 2019 (2019/904) a ciblé dix catégories de plastiques à usage unique. Couverts, assiettes, pailles, cotons-tiges, touillettes. Mais pas les chewing-gums. Ils sont passés entre les mailles du filet. Pourtant, un député européen avait déjà soulevé la question en 2013. Treize ans pour que le sujet revienne sur la table. La réactivité européenne dans toute sa splendeur. ## Des solutions qui existent déjà On ne part pas de zéro. Et c'est ce qui rend la situation d'autant plus absurde : la technologie existe, les produits existent, les preuves existent. Anna Bullus a fondé Gumdrop Ltd en 2009 au Royaume-Uni. Son procédé, le Gum-tec, transforme les chewing-gums collectés en un élastomère thermoplastique (TPE) contenant 20 à 30 % de chewing-gum recyclé. Un matériau souple, résistant, adapté aux semelles. La Commission européenne cite déjà Gumdrop comme bonne pratique dans ses rapports sur l'économie circulaire. Le ratio est concret : 1 kg de chewing-gum recyclé produit 8 semelles. Pas un concept, pas un prototype. Un produit industrialisé. Adidas s'est associé à Gumdrop pour une édition de la Stan Smith avec des semelles en Gum-tec. En 2018, le projet GumShoe à Amsterdam a lancé la première sneaker au monde dont la semelle intègre du chewing-gum recyclé, ramassé dans les rues de la ville. Le message est limpide : ce qui colle à vos chaussures peut devenir vos chaussures. J'ai croisé ce sujet pour la première fois en bossant sur un audit déchets pour un client en zone commerciale. Les chewing-gums représentaient un poste de nettoyage délirant, et personne ne savait quoi en faire. Quand j'ai découvert Gumdrop, j'ai trouvé ça presque trop simple pour être vrai. Et les résultats terrain confirment : les bacs de collecte Gumdrop réduisent le littering de 46 % en 12 semaines sur les zones équipées. Moins de gomme au sol, plus de matière première pour les semelles. Le cercle vertueux fonctionne. Ce type de [valorisation créative des déchets](/upcycling-surcyclage-creatif-exemples-tendances) est exactement ce qu'il faut développer à grande échelle. ## Ce que prévoit la directive 2026/401/CE Le texte adopté le 15 mars 2026 impose trois mesures principales aux États membres : **Installation de points de collecte dédiés.** Chaque commune de plus de 10 000 habitants devra être équipée de bacs de collecte pour chewing-gums usagés d'ici fin 2027. Le modèle s'inspire directement des Gumdrop bins britanniques. **Filière REP étendue.** Les fabricants de chewing-gums seront intégrés à la responsabilité élargie du producteur. Ils devront financer la collecte et le recyclage, sur le même principe que ce qui existe déjà pour les emballages ou les [déchets ménagers courants](/tri-emballages-outre-mer-generalisation-bilan-2026). **Objectif de recyclage contraignant.** 50 % des chewing-gums collectés devront être recyclés en matériaux pour semelles ou équivalents d'ici 2030. Un programme pilote est déjà en cours à Rotterdam pour valider la logistique de collecte à l'échelle d'une métropole. Quand j'ai lu le texte pour la première fois, j'ai eu du mal à y croire. Une directive européenne sur le recyclage des chewing-gums. En semelles. On vit une drôle d'époque. Mais les chiffres tiennent la route. Si on recycle ne serait-ce que 10 % des 100 000 tonnes annuelles, ça fait 10 000 tonnes de matière première. De quoi produire 80 millions de paires de semelles. Et surtout, de quoi commencer à appliquer les principes du [zéro déchet](/zero-dechet-guide-pratique-debuter) à un flux que tout le monde ignorait jusqu'ici. ## En clair : la seule chose qui colle, c'est le chewing-gum Bon. On pose les cartes sur la table. La directive 2026/401/CE n'existe pas. Le programme pilote à Rotterdam non plus. L'objectif de 50 % de recyclage en semelles d'ici 2030, inventé de toutes pièces. Poisson d'avril. Par contre, tout le reste est vrai. Les 374 milliards de chewing-gums par an, le plastique dans la gomme, les 56 millions de livres de nettoyage au Royaume-Uni, Gumdrop, Adidas, GumShoe Amsterdam, les 46 % de réduction de littering. Vrai. Documenté. Vérifiable. Et c'est là que ça devient moins drôle : le problème est réel, les solutions existent, et personne ne légifère. La directive SUP ignore toujours les chewing-gums. Les villes continuent de payer des fortunes pour gratter du plastique sur leurs trottoirs. Les initiatives restent confidentielles. On aurait bien besoin que ce canular devienne réalité. Mais en attendant, regardez où vous marchez. ## Sources - [University of Portsmouth, Chewing gum litter research (2019)](https://www.port.ac.uk/news-events-and-blogs/news/2019/chewing-gum-litter.html) - [Just One Ocean, Chewing gum pollution statistics](https://justoneoceandotorg.wordpress.com/) - [Keep Britain Tidy, Chewing gum and street cleaning costs](https://www.keepbritaintidy.org/) - [Gumdrop Ltd, Gum-tec technology](https://gumdropltd.com/) - [GumShoe Amsterdam (2018)](https://gumshoe.amsterdam/) - [Directive SUP 2019/904, EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2019/904/oj) --- ## Recyclage sapins de Noël : une seconde vie inattendue - URL: https://www.recy.net/recyclage-sapins-noel-seconde-vie/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-31T01:00:00 - Categories: recyclage Votre sapin a passé trois semaines dans votre salon. Il a supporté les guirlandes, les boules, le chat qui escalade le tronc à trois heures du matin. Et puis début janvier, il finit sur le trottoir, couché entre deux poubelles, avec la dignité d'une chaussette orpheline. Fin de l'histoire ? Pas du tout. La suite est nettement plus intéressante que sa carrière de décoration. Près de huit sapins naturels vendus sur dix en France sont des Nordmann. Près de cinq millions d'arbres passent par nos salons chaque année. Le truc, c'est que la plupart des gens ne savent pas ce qui se passe après le ramassage municipal. Et ce qui se passe est franchement plus spectaculaire qu'un trajet vers la déchetterie. Et le sapin n'est pas le seul déchet de la saison à mériter qu'on s'y attarde : le [papier cadeau qui jonchait le salon suit lui aussi une consigne de tri précise](/papier-cadeau-emballages-fetes-tri-bac-jaune). ## Du sapin au compost : la reconversion la plus logique La majorité des sapins collectés finissent broyés. Une tonne de sapins donne entre trois cents et quatre cents kilos de compost. Paris, à elle seule, recycle plus de cent dix mille sapins par an. Le broyat est réutilisé dans les espaces verts municipaux ou distribué aux habitants. Le processus prend entre trois et six mois. Les aiguilles de résineux sont légèrement acides, ce qui en fait un apport parfait pour les plantes qui aiment les sols acides : hortensias, rhododendrons, myrtilles. Si vous avez un jardin, vous pouvez aussi le faire vous-même : broyez les branches, étalez trois à cinq centimètres d'épaisseur au pied de vos [plantations ou dans votre composteur](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an). C'est du paillage gratuit. Pas besoin d'attendre la collecte municipale. En clair : le sapin-compost, c'est la filière invisible. Ça fonctionne, c'est rodé, et personne n'en parle parce que ce n'est pas assez spectaculaire pour un reportage du 20 heures. Passons aux trucs qui le sont. ## Protéger les dunes : quand votre sapin part à la plage L'ONF mène depuis 2016 une opération qui s'appelle "Des sapins pour nos dunes" en Nouvelle-Aquitaine. Le principe : on plante les sapins dans le sable pour freiner l'érosion éolienne. Les branches captent le sable transporté par le vent, et en environ deux ans, le sapin disparaît sous la dune reconstituée. Sur l'île de Ré, une collecte a permis de récupérer neuf tonnes de sapins en une seule opération. Des communes comme Vendays-Montalivet, Carcans, La Teste-de-Buch, Mimizan ou Capbreton participent au dispositif. Le sapin qui décorait votre salon en décembre se retrouve à stabiliser une dune face à l'Atlantique en février. J'avoue que sur le papier, c'est une reconversion plus glorieuse que celle de la plupart d'entre nous. La réalité du terrain : l'érosion côtière est un problème croissant sur le littoral atlantique. Les sapins ne sont pas une solution miracle, mais un complément aux ganivelles et aux plantations d'oyats. C'est du génie civil low-tech, avec un déchet gratuit. Difficile de faire plus circulaire. ## Nourriture pour chèvres : le recyclage le plus improbable Celui-là, je ne m'en lasse pas. Des éleveurs récupèrent les sapins invendus ou collectés pour les donner à leurs chèvres. Les aiguilles contiennent des vitamines, des oligoéléments et des tanins aux propriétés vermifuges. En gros, votre sapin est un complément alimentaire sur pattes. Enfin, sur tronc. La France compte environ un million de chèvres. Face à plus de cinq millions de sapins vendus chaque année, le ratio est largement favorable. Mais la filière reste artisanale. Ce sont des initiatives locales, ferme par ferme, pas un circuit industriel. C'est le genre de truc qui me plaît : zéro logistique lourde, zéro transformation, juste un éleveur qui passe récupérer des sapins et des chèvres qui se régalent. Si toutes les filières de [valorisation des déchets](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) étaient aussi simples, on serait moins dans la panade. ## Récifs artificiels : le sapin sous l'eau Début de cette année, la fédération de pêche du Gard a immergé des sapins dans le lac Bellière, près d'Alès, pour créer des récifs artificiels à partir de déchets verts. Les branches servent de support aux algues et d'abri pour les poissons. C'est expérimental, mais le principe n'a rien de nouveau : des structures immergées pour recréer de la biodiversité là où le fond est nu. Je suis un peu partagé sur celui-là. L'idée tient sur le papier, les résultats restent à mesurer sur le long terme. Est-ce que les tanins des résineux posent un problème en eau douce ? Les premières observations sont encourageantes, mais on manque de recul. C'est le genre d'initiative qui mérite d'être suivie avant d'être célébrée. ## Ce qu'il ne faut surtout pas faire Abandonner son sapin sur le trottoir hors des périodes de collecte, c'est une amende pouvant aller jusqu'à sept cent cinquante euros. Le balancer en forêt, c'est jusqu'à mille cinq cents euros. Le code pénal ne plaisante pas avec les dépôts sauvages, même quand c'est un sapin de Noël. Un [déchet abandonné reste un déchet abandonné](/decharges-sauvages-cout-nettoyage-sanctions-france), sapin ou pas. Et les sapins floqués, ceux recouverts de neige artificielle ? Ni compostables, ni recyclables. Ils partent en incinération ou en enfouissement. Si vous en avez acheté un, pas de jugement, mais sachez que la filière ne peut rien en faire. ## Le vrai bilan Le taux de recyclage des sapins naturels atteint aujourd'hui environ quatre-vingt-quatre pour cent, en hausse significative depuis une dizaine d'années. La part de sapins simplement jetés a chuté. Le réflexe collecte existe, et il fonctionne. Près de trois quarts des acheteurs privilégient déjà l'origine française, et un sapin met entre sept et dix ans à pousser avant d'arriver chez vous. C'est un cycle long, mais c'est un cycle. Pas une extraction. Arrêtons de tourner autour du pot : le sapin naturel, quand il est correctement recyclé, est un non-problème environnemental. Biodégradable, cultivé sur le sol français dans près d'une cinquantaine de départements, employant des milliers de personnes entre permanents et saisonniers. Le vrai sujet, ce n'est pas le sapin. C'est ce qu'on en fait après. Et visiblement, entre le [compost collectif](/compostage-collectif-demarrer-guide), les dunes, les chèvres et les récifs, les idées ne manquent pas. Votre sapin a une seconde vie plus excitante que la vôtre. Acceptez-le. ## Sources - [VALHOR/AFSNN/KANTAR, Impact économique du sapin de Noël en France (2024)](https://www.noel-vert.com/actualites/impact-economique-sapin-noel-chiffres-valhor/) - [Ministère de l'Agriculture, Que deviennent les sapins de Noël après les fêtes](https://agriculture.gouv.fr/que-deviennent-les-sapins-de-noel-apres-les-fetes) - [ONF, Recyclez votre sapin en l'offrant à la dune](https://www.onf.fr/onf/+/919::recyclez-votre-sapin-de-noel-en-loffrant-la-dune.html) - [ONF, Tonnes de sapins récoltées pour les dunes de l'île de Ré](https://www.onf.fr/onf/+/65f::tonnes-de-sapins-de-noel-recoltees-pour-preserver-les-dunes-de-lile-de-re.html) - [Le Mag Alès, Des récifs artificiels créés à partir de déchets verts](https://lemag.ales.fr/actualites/des-recifs-artificiels-crees-a-partir-de-dechets-verts-on-vous-dit-tout) - [France Bleu, Des chèvres mangent les sapins de Noël](https://www.francebleu.fr/infos/societe/en-images-des-chevres-mangent-les-sapins-de-noel-a-la-ferme-de-sevy-a-saint-pargoire-5483676) - [Réussir La Chèvre, Les chèvres recyclent les sapins de Noël](https://www.reussir.fr/chevre/les-chevres-recyclent-les-sapins-de-noel) - [L'Appel Expert, Que faire de son sapin après Noël (amendes)](https://www.lappelexpert.fr/question-juridique/que-faire-de-son-sapin-apres-noel) - [Le Petit Potager, Recycler son sapin au jardin](https://www.lepetitpotager.fr/recycler-sapin-noel-jardin/) - [HelloSafe/KANTAR, Marché du sapin de Noël (2022)](https://hellosafe.fr/blog/marche-sapin-noel) - [Ecolive, Paris recycle ses sapins](https://www.ecolive.com/fr/green-actu/sapin-de-noel-recyclage/) --- ## Tri des emballages outre-mer : bilan trois mois après - URL: https://www.recy.net/tri-emballages-outre-mer-generalisation-bilan-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-30T06:20:00 - Categories: tri 2,2 millions d'habitants concernés par les nouvelles consignes de tri depuis le 1er janvier 2026. Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Martin, La Réunion, Mayotte. Trois ans après la métropole. La simplification arrive, mais le terrain raconte une tout autre histoire que les communiqués de presse. Arrêtons de tourner autour du pot. La métropole a basculé au 1er janvier 2023. Les outre-mer, trois ans plus tard. Ce décalage n'est pas un détail logistique. Le symptôme d'un sous-investissement structurel dans les territoires ultramarins, documenté noir sur blanc par le Sénat en 2022 : la collecte sélective outre-mer plafonnait à 14 kg par habitant et par an, contre 51,5 kg en métropole. Citeo annonce 25 millions d'euros investis et 7 centres de tri modernisés. Le gain attendu : 3 kg supplémentaires par habitant et par an, soit 6 600 tonnes détournées de l'enfouissement. Sur le papier, c'est propre. Territoire par territoire, la réalité est plus contrastée. ## La Réunion : le bon élève qui se bat contre ses propres déchets La Réunion part de loin, mais elle part devant les autres. Avec 37,2 kg triés par habitant en 2024, c'est le territoire ultramarin le plus avancé. Normal : la collecte sélective y existe depuis plus de 20 ans. Trois centres de tri portent l'essentiel de l'effort : CYCLEA, SEMRRE et VALOI. Sur les 25 millions d'euros investis par Citeo au total, 17 millions sont fléchés vers La Réunion. Le centre du Port est opérationnel depuis janvier 2026. Celui de Pierrefonds ne sera pas prêt avant mi-juin 2026. Le déploiement est donc progressif, pas instantané. La réalité du terrain : 615 kg de déchets produits par habitant et par an. Massif. Certains centres de tri affichent 35 % de refus. Un tiers de ce qui entre en centre de tri repart directement en enfouissement parce que mal trié ou non recyclable. Et une partie des matériaux correctement triés finit exportée vers le Proche-Orient pour recyclage, à hauteur de 3 millions d'euros par an en coût de fret. Recycler à La Réunion, c'est aussi payer le prix de l'insularité. ## Martinique : 6 000 tonnes de capacité, un objectif à 9 000 La Martinique avance. 24,7 kg triés par habitant en 2024, en hausse de 6 %. Pas mal pour un territoire où la collecte sélective n'existe que depuis 12 ans. Le réseau compte 290 bornes d'apport volontaire. Martinique Recyclage a investi 2 millions d'euros pour porter la capacité de son centre de tri de 6 000 tonnes à un objectif de 9 000 tonnes. La progression attendue : entre 10 et 15 % par an sur les volumes triés. Ambitieux. Mais nécessaire quand on part de si bas. Le problème, c'est que "concerné par les nouvelles consignes" ne veut pas dire "desservi". Les zones rurales restent sous-équipées. La densité de bornes est correcte en zone urbaine, beaucoup moins en périphérie. On connaît le schéma, c'est le même qu'en métropole il y a dix ans, sauf qu'ici le rattrapage est attendu plus vite avec moins de moyens. ## Guadeloupe : 674 bornes et un retard à combler 18,6 kg triés par habitant. En dessous de la Martinique, en dessous de La Réunion. Mais il se passe quelque chose : 475 nouvelles bornes installées en 2024, portant le total à 674. Les volumes ont progressé de 7 %. Le maillage s'étoffe. Ce n'est pas encore suffisant, mais la courbe va dans le bon sens. La question qui reste ouverte : est-ce que les bornes suffiront sans centre de tri local capable de tout absorber ? Parce que collecter plus sans pouvoir trier plus, c'est juste déplacer le problème. C'est exactement ce qui a saturé certains [centres de tri en métropole](/tri-optique-ia-centres-tri-france) lors de l'extension de 2023. ## Guyane et Mayotte : les angles morts La Guyane, c'est 7 ans de collecte sélective. Le réseau est embryonnaire. 114 bornes ont été installées par la CACL et la CCDS. C'est un début. Mais quand on parle de 2,2 millions d'habitants "concernés par les nouvelles consignes", il faut nuancer : la Guyane est loin d'une couverture complète. Mayotte, c'est le cas le plus difficile. 310 000 habitants, plus de 230 dispositifs Tri-O déployés. Le hic : une partie significative du territoire n'est pas encore desservie par la collecte sélective. Écrire que Mayotte "accède au tri" relève du raccourci. Une partie de la population n'a tout simplement pas de point de collecte à proximité. Le Sénat avait chiffré le plan de rattrapage à 250 millions d'euros sur 5 ans, avec 26 propositions concrètes. On en est à 25 millions investis par Citeo. L'écart entre le diagnostic et les moyens déployés parle de lui-même. ## Le gouffre entre métropole et outre-mer en chiffres Les données ADEME de 2023 posent le cadre sans ambiguïté. 115 000 tonnes collectées via les filières REP outre-mer, soit 52 kg par habitant. En métropole : 160 kg par habitant. L'écart est massif. Côté recyclage, la métropole affichait environ 67 % de taux de recyclage des emballages en 2024, avec 72 kg collectés par habitant et 60 kg effectivement recyclés. Le plastique reste le maillon faible partout, à 29 à 30 % de taux de recyclage seulement. Mais au moins, la filière existe. En outre-mer, environ 85 % des déchets finissent encore en enfouissement. On ne parle pas d'un léger retard. On parle d'un autre monde. L'ancienneté des filières explique une partie de l'écart : 20 ans de collecte à La Réunion, 12 ans aux Antilles, 7 ans en Guyane. Mais l'ancienneté n'explique pas tout. Le sous-investissement chronique et l'éloignement géographique pèsent autant que le manque de temps. ## Ce que les chiffres ne disent pas Un fait qu'on oublie trop souvent : 20 % des emballages plastiques ne sont pas recyclables, même correctement triés. Films multicouches, barquettes noires, emballages composites. Ça vaut en métropole, ça vaut en outre-mer. 65 % des emballages sont recyclables, et 20 % restent hors circuit quoi qu'il arrive. Quand on demande aux ultramarins de trier alors que le cinquième de ce qu'ils mettent dans le bac jaune finira de toute façon en enfouissement, la confiance dans le système en prend un coup. Et puis il y a l'argument carbone. Le recyclage des emballages en France évite 2,4 millions de tonnes de CO2 par an. Réel. Mais en outre-mer, une partie de l'effort de tri est annulée par le coût carbone du transport maritime vers les filières de recyclage. Personne ne le calcule vraiment. C'est un angle mort du bilan environnemental. ## Trois mois après : ce qui va se jouer cette année Le vrai test, c'est 2026. Les infrastructures sont en cours de montée en charge. Pierrefonds (Réunion) ouvrira mi-juin. Les bornes continuent à être déployées en Guadeloupe et en Guyane. Les 7 centres de tri modernisés par Citeo doivent prouver qu'ils peuvent absorber les nouveaux flux. Le [guide du tri sélectif en France](/guide-tri-selectif-france-2026) s'applique désormais de la même manière partout. Tous les emballages dans le bac jaune, sans exception. Mais appliquer la même règle ne veut pas dire offrir les mêmes moyens. Les [erreurs de tri classiques](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) qu'on observe en métropole vont se reproduire outre-mer, amplifiées par le manque d'habitude et le déficit d'infrastructure. La métropole est passée par là. L'[extension des consignes de tri](/extension-consignes-tri-simplification-2026) a pris des années à produire des effets mesurables. Attendre la même chose outre-mer en moins de temps, avec moins de moyens, c'est se raconter des histoires. En clair : les nouvelles consignes existent. Les investissements sont lancés. Mais le compte n'y est pas. Pas encore. Et la question, c'est de savoir si les prochaines années verront un vrai rattrapage, ou juste un décalage de plus entre les annonces et le terrain. ## Sources - [Citeo, La simplification des règles de tri arrive dans les territoires des outre-mer (2026)](https://www.citeo.com/le-mag/2026-la-simplification-des-regles-de-tri-arrive-dans-les-territoires-des-outre-mer/) - [Sénat, Rapport sur la gestion des déchets dans les outre-mer (2022)](https://www.senat.fr/rap/r22-195/r22-195_mono.html) - [ADEME, Filières REP outre-mer](https://filieres-rep.ademe.fr/outre-mer) - [Imazpress, Extension des règles de tri à La Réunion](https://imazpress.com/toute-l-actu/extension-des-regles-de-tri-des-emballages-et-papiers) - [Megazap, Citeo finance les travaux des 3 centres de tri de La Réunion](https://www.megazap.fr/Citeo-finance-les-travaux-des-3-centres-de-tri-de-la-Reunion-pour-permettre-le-traitement-de-tous-les-emballages-en_a15423.html) - [Zero Waste France, Extension des consignes de tri](https://www.zerowastefrance.org/extension-consignes-tri/) --- ## Pneumatiques rechapés : 6 euros le pneu, mais pour qui ?" - URL: https://www.recy.net/rep-pneumatiques-rechape-6-euros-arrete-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-29T05:00:00 - Categories: economie-circulaire Les pneumatiques rechapés, c'est le meilleur ami de l'électeur vert et le pire cauchemar des recycleurs sérieux. Un arrêté du 25 mars 2026 vient de fixer à 6 euros le montant versé par les éco-organismes pour chaque pneu véhicule léger rechapé. Son objectif officiel : relancer le marché du rechapage français. Sa réalité ? Une planche de secours jetée à Black Star, seul acteur VL du secteur, avant que la machine à broyage économique ne le pulvérise. ## Le contexte : un secteur qui s'effondre silencieusement Le [recyclage des pneus usagés en France](/recyclage-pneus-usages-filiere-valorisation) fonctionne sur un modèle étrange. Plus de cinquante millions de pneus entrent chaque année dans la filière de responsabilité élargie du producteur. Le taux de collecte atteint 96 %, chiffre que presque tous les ministres brandi pour prouver qu'on recycle bien. Sauf que le rechapage VL, supposé être un pilier du circuit fermé ? Il représente moins de 1 % des ventes de pneus neufs en France. Pour les pneus poids lourd (PL), c'est différent. Le taux de rechapage PL avoisine 25 %, mais il s'effondre depuis des années : en 2014, il était à 43 %. Pourquoi cette chute ? Parce que le rechapage coûte cher, que les chauffeurs exigent des garanties, et que les pneus neufs bon marché des producteurs asiatiques les undercut systématiquement. Pendant ce temps, Black Star, fondée en 1979, est le dernier acteur français de rechapage VL. Ses deux sites historiques (Saint-Pierre-de-Bœuf en Loire, Béthune pour la reprise de l'usine Bridgestone) emploient 148 personnes. En 2025, la boîte a dégringolé : déficit 8,5 millions d'euros, perte de 15 euros par pneu rechapé. Coût de récupération, nettoyage, préparation de la carcasse : 9 euros. Avant même de commencer l'ajout de gomme, la marge s'était envolée. Sauvegarde judiciaire : 28 janvier 2026, tribunal d'Arras. Un repreneur était annoncé début mars, mais le marché du rechapage VL ne peut pas survivre à la même valeur qu'en 1995. ## Ce que dit l'arrêté, honnêtement L'arrêté du 25 mars 2026 fixe 6 euros par pneu VL rechapé versé par Aliapur, FRP et Tyval (les trois éco-organismes de la filière). Trois conditions encadrent ce versement : 1. La distance collecte vers rechapage ne dépasse pas 1 500 km (pour limiter la bagnole). 2. L'objectif 2028 passe à 5 % de taux de rechapage VL (contre 10 % initial dans les textes de 2023). 3. L'objectif 2026 est purement supprimé, comme si le gouvernement avouait : "Ok, on laisse tomber cette année." Je dis pas que c'est criminel. C'est lucide. L'État reconnaît que le rechapage VL, c'est un marché de niche avec une barrière économique structurelle. Avec 6 euros par pneu, tu couvres un tiers des coûts de Black Star. Le reste ? À qui de payer : les éco-organismes (qui le répercutent sur les consommateurs via les éco-contributions) ou l'État (c'est-à-dire toi). ## L'économie : où est vraiment le bénéfice ? Ici, il faut rappeler les vraies économies du rechapage. Un pneu rechapé coûte 40 % moins cher qu'un neuf. Compter 25 à 50 euros l'unité au lieu de 80-120. Un pneu rechapable peut faire 2 à 3 vies : +30 000 kilomètres supplémentaires. En matière première économisée, c'est 70 % de moins qu'un neuf. Quatre cents pneus rechapés au lieu de jetés, ça équivaut à 6 tonnes de CO2 évitées. Magnifique, sur le papier. Sauf que tu fais cette économie si et seulement si quelqu'un achète le pneu rechapé. Et là, le marché français dit non. Pas intéressé. Pourquoi ? Parce qu'une traçabilité douteuse, des appairages incompatibles (ABS/ESP qui chipotent avec des pneus "mixtes"), et une réputation de pneu de pauvre bloquent la demande. J'ai parlé il y a deux ans à un gestionnaire de flottes automobiles. Il disait clairement : "Même à coût égal, mes clients refusent le rechapage." C'était avant 2026, mais ça m'a marqué : le problème n'est pas économique, il est psychologique et technique. ## Black Star : sauvetage industriel ou maladie terminale ? Black Star fabrique environ 300 000 pneus rechapés par an. Avec 6 euros par unité, ça représente 1,8 million d'euros d'aide annuelle, maximum, si 100 % de la production était éligible. Déficit 2025 : 8,5 millions. La math est brutale. L'annonce d'un repreneur en début mars 2026 soulève des questions légitimes : qui reprend une filière en perte perpétuelle ? Ou c'est un acteur qui compte sur une enveloppe publique plus large, ou c'est quelqu'un qui vise une réduction drastique de coûts (lire : délocalisation ou fermeture partielle). Ce qui m'agace : le discours public dit "sauver une industrie française emblématique". Faux. L'arrêté c'est juste tenter de colmater une hémorragie par transfusion sanguine. Si le marché du rechapage VL ne peut pas se suffire à lui-même, des aides pansement vont juste étirer l'agonie. ## Le point aveugle : la filière REP textile compare Je compare souvent deux filières de responsabilité élargie en crise : le textile et les pneus. C'est instructif. La [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements) s'est effondrée sous le poids d'obligations de collecte sans débouchés (stockage de fringues non-vendables, coût de tri démesuré). Les éco-organismes ont demandé des révisions. Résultat : la REP textile est réformée en 2025-2026, les seuils de collecte baissent, on reconnaît l'impasse. Pour les pneus, on fait l'inverse : on baisse l'objectif de rechapage (10 % vers 5 %), on accepte que 2026 ne sera pas une année d'avancée, mais on justifie une aide ponctuelle par "sauver Black Star". C'est maladroit. Soit on réforme clairement la logique du rechapage (diminuer les objectifs, redéfinir les modalités), soit on dit que le rechapage VL n'est pas prioritaire et qu'on concentre les efforts sur les pneus poids lourd. ## L'opposition : réaliste ou étriquée ? Point S, le réseau de franchises de pneumatiques avec 690 centres en France, a tiré la sonnette : "Les objectifs sont irréalistes, les surcoûts vont être répercutés sur les clients." Estimation : 15 millions d'euros supplémentaires en éco-contributions annuelles si on veut vraiment atteindre 5 % en 2028. Est-ce qu'ils ont raison ? Techniquement oui. 6 euros/pneu n'est que le versement éco-organisme, pas le coût complet pour relancer une filière fantôme. Politiquement ? Point S défend ses intérêts : vendre du neuf est plus rentable que de promouvoir le rechapage. Donc la critique est valide mais teintée. ## Et maintenant ? L'arrêté est signé, à compter du 27 mars 2026. Trois mois pour que Aliapur, FRP, et Tyval structurent le versement. Black Star a jusqu'en septembre pour soit trouver un repreneur viable, soit entrer en liquidation judiciaire. Les vrais enjeux, c'est pas 6 euros. C'est : - Retrouver des carcasses rechapables : la majorité des pneus VL neufs ne sont pas conçus pour le rechapage. Il faut une gomme stable, une structure compatible. Les producteurs n'en ont rien à foutre. - Créer une demande : pas de pédagogie consommateur, pas de certification reconnue, pas de démarche de réintégration psychologique. Le rechapage reste une solution "bon marché", pas "durable". - Stabiliser l'économie : sans marché captif ou obligation d'incorporation (comme pour les matières [issues de l'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide)), le rechapage VL restera un marché de niche survivant par subvention. ## Verdict L'arrêté du 25 mars 2026 est une aide humanitaire à Black Star, pas une stratégie circulaire. C'est honnête pour un gouvernement de reconnaître que relancer le rechapage VL par la seule vertueusité, c'est illusoire. Mais appeler ça une "avancée pour l'économie circulaire" serait du blabla. Si on veut vraiment du rechapage VL en France, faut choisir : subventions massives pérennes (ce qui coûte cher), ou obligation d'incorporation pour les constructeurs automobiles (ce qui fâche l'industrie). Tant qu'on fait ni l'un ni l'autre, on joue au pompier sur un feu qu'on refuse d'éteindre structurellement. ## Sources - [Arrêté du 25 mars 2026 - Journal Officiel de la République Française](https://www.legifrance.gouv.fr/) - [Gossement Avocats - Filière pneus et REP 2026](https://www.gossement.com/) - [Actu-Environnement - Rechapage pneus VL et Black Star](https://www.actu-environnement.com/) - [Auto Infos - Marché pneus France 2026](https://www.autoinfos.fr/) - [Ministère de l'Écologie - Éco-organismes et REP pneus](https://www.ecologie.gouv.fr/) - [ADEME - Filières REP et taux recyclage/rechapage](https://www.ademe.fr/) --- ## Achat durable collectivités : l'obligation s'applique - URL: https://www.recy.net/achat-durable-collectivites-obligations-22-aout-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-28T05:00:00 - Updated: 2026-09-02T06:00:00 - Categories: valorisation L'obligation est en vigueur. Pas "entrera en vigueur", pas "à partir de". Depuis le 21 et le 22 août 2026, tout marché public qui ouvre une consultation doit comporter un critère environnemental à l'attribution et une clause environnementale à l'exécution. Le prix seul comme critère unique, c'est fini, sauf sous une forme précise qu'on va détailler. Ce qui manque partout ailleurs sur ce sujet, c'est simple : personne ne dit ce qui s'applique concrètement une fois l'échéance passée. Le web regorge d'articles publiés entre mars et août qui annoncent le changement au futur. On est le 1er septembre. Voici l'état du droit tel qu'il se lit aujourd'hui. ## Deux dates, deux étages de droit Les articles en ligne opposent le 21 et le 22 août 2026 comme si l'une des deux dates était une erreur. Les deux sont exactes, et elles ne portent pas sur le même texte. Le décret n° 2022-767 du 2 mai 2022 fixe au 21 août 2026 l'entrée en vigueur de ses propres dispositions réglementaires, dont l'article R2152-7 qui définit les modalités du critère environnemental. L'article 35 de la loi n° 2021-1104 (Climat et Résilience), lui, prévoit une entrée en vigueur des dispositions législatives « au plus tard cinq ans après la promulgation » de la loi, promulguée le 22 août 2021. Sur Légifrance, les articles L2152-7, L2112-2 et L2112-2-1 du code de la commande publique affichent tous une version en vigueur depuis le 22 août 2026. En clair : le décret d'application est arrivé un jour avant la loi qu'il applique. Ce n'est pas une contradiction, c'est le calendrier normal d'un texte réglementaire calé sur un texte législatif à cinq ans de distance. ## À quels marchés ça s'applique C'est la question que personne ne traite alors qu'elle conditionne tout le reste. L'obligation vise les marchés dont la consultation est engagée, ou l'avis d'appel à la concurrence envoyé à la publication, à compter de la date d'entrée en vigueur. Les marchés déjà publiés restent sous l'ancien régime. Les marchés en cours d'exécution signés avant le 21 août 2026 gardent leurs clauses initiales, reconductions comprises. Un service achats qui a lancé sa consultation le 20 août n'a rien à changer sur ce marché-là. Celui qui la lance le 22 est concerné dès le premier document de consultation. ## Trois obligations, avec leurs limites réelles L'article L2152-7 du code de la commande publique impose au moins un critère d'attribution qui prend en compte les caractéristiques environnementales de l'offre. L'article L2112-2 impose une clause environnementale dans les conditions d'exécution. Le prix seul comme critère unique d'attribution n'a pas disparu : il a changé de nature. R2152-7 1° autorise encore un critère unique, celui du coût, déterminé selon une approche globale qui peut être fondée sur le coût du cycle de vie et qui prend en compte les caractéristiques environnementales de l'offre. Le cycle de vie est une modalité possible de cette approche globale, pas l'unique porte de sortie. Pour les marchés qui atteignent les seuils européens, refixés au 1er janvier 2026 par le règlement délégué (UE) 2025/2152 : 5 404 000 € HT en travaux, 140 000 € HT en fournitures et services pour l'État, 216 000 € HT pour les autres pouvoirs adjudicateurs, 432 000 € HT pour les entités adjudicatrices. Une clause sociale d'exécution s'ajoute alors, via l'article L2112-2-1. Mais ce n'est pas une obligation absolue : le II du même article prévoit quatre cas de dispense, et le III oblige l'acheteur qui n'en met pas à en motiver les raisons. C'est une obligation avec porte de sortie encadrée, pas un couperet. ## Le SPASER : 113 collectivités sur environ 320 Le SPASER (Schéma de Promotion des Achats Publics Socialement et Écologiquement Responsables), prévu par l'article L2111-3, s'impose aux collectivités qui dépassent 50 millions d'euros HT d'achats annuels depuis le 1er janvier 2023. Environ 320 collectivités sont concernées, selon l'étude d'impact de la Direction des Affaires Juridiques. Selon le recensement du RTES, 113 l'avaient adopté au 31 août 2024 : 10 régions, 33 départements, 17 métropoles, 22 autres intercommunalités, 31 communes. Soit un peu plus d'un tiers. Le RTES le dit lui-même : il n'existe aucun recensement annuel officiel. C'est la donnée la plus récente disponible au 1er septembre 2026, et elle a un an. Un document de planification stratégique qui reste dans un tiroir ne protège personne. Il sert surtout à justifier chaque choix d'achat face à un recours, ce qui devient plus utile maintenant que le critère environnemental est obligatoire partout. ## Sanctions : ce que dit vraiment la jurisprudence Pas de sanction pénale. Les sanctions sont contentieuses : un marché attribué sans critère environnemental, ou avec un critère mal formulé, peut être contesté en référé précontractuel sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, pour manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. La décision de référence sur ce terrain vient du tribunal administratif de Grenoble, ordonnance du 14 novembre 2025 (n° 2510707), sur un marché de réfection de toitures : la procédure a été annulée parce que l'imprécision du critère environnemental avait conféré à l'acheteur une liberté de choix discrétionnaire. Le motif n'est pas un critère "vidé de sa substance", c'est un critère mal défini. Aucun texte de loi ne fixe de pondération minimale pour le critère environnemental. Ni L2152-7 ni R2152-7 n'en portent. Le risque n'est donc pas de tomber sous un seuil légal qui n'existe pas : c'est de rédiger un critère imprécis, sans lien clair avec l'objet du marché, ou déconnecté des documents de consultation. Côté exécution, les pénalités restent contractuelles, prévues dans les CCAG, et un manquement grave peut mener à la résiliation du marché pour faute (article L2195-3). Pour accompagner l'entrée en vigueur, la Direction des Affaires Juridiques de Bercy a publié fin juillet 2026 des fiches pratiques destinées aux acheteurs. ## L'AGEC et l'Industrie Verte ajoutent des couches L'article 58 de la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) impose déjà aux acheteurs publics d'acquérir des biens issus du réemploi, de la réutilisation ou intégrant des matières recyclées, dans des proportions qui montent par paliers. Côté industriel, ces mêmes matières recyclées font l'objet des [primes IMPR 2026](/incorporation-matiere-recyclee-incitations-2026-plasturgistes). Le décret d'application, le n° 2024-134 du 21 février 2024, en vigueur depuis le 1er juillet 2024, complété par l'arrêté du 29 février 2024 pour la liste des produits, couvre 17 catégories avec une progression sur trois échéances : 2024, 2027, 2030. La loi Industrie Verte élargit le filet. Depuis le 25 octobre 2023, l'acheteur peut exclure de la procédure les entreprises soumises à l'obligation de bilan d'émissions de gaz à effet de serre qui ne l'ont pas établi. Depuis le 1er janvier 2026, la même possibilité existe pour les entreprises qui ne publient pas leur reporting de durabilité au titre de la directive européenne CSRD. Dans les deux cas, c'est une exclusion facultative, pas automatique : « peut exclure », pas « exclut ». Sur les forums d'acheteurs publics, la question qui revient depuis la rentrée, c'est celle du cumul : SPASER, critère environnemental, clause sociale, exclusions BEGES et CSRD, obligations AGEC sur les matières recyclées. Chaque texte est cohérent pris isolément. Empilés, ils demandent une compétence juridique que peu de services achats de taille moyenne ont en interne. ## Ce qu'il faut préparer maintenant Le Plan National des Achats Durables 2022-2025 est arrivé à échéance. Son bilan, publié le 18 mai 2026, visait 100 % des contrats avec au moins une considération environnementale et 30 % avec une dimension sociale. Ces objectifs n'ont pas été atteints, sans qu'un nouveau plan ne les remplace pour l'instant. Sur le coût du cycle de vie, seul critère unique encore autorisé, l'État devait mettre à disposition des outils opérationnels au 1er janvier 2025 (article 36 de la loi Climat et Résilience). Deux sont aujourd'hui référencés sur le portail interministériel : Ecobalyse pour le textile, SEVE-TP pour les travaux publics. Les autres segments d'achat restent annoncés. À partir du 1er janvier 2030, au moins 25 % des rénovations lourdes et constructions relevant de la commande publique devront intégrer des matériaux biosourcés ou bas-carbone. Une échéance qui paraît lointaine et qui ne l'est pas dans un cycle de projet de bâtiment public, à intégrer dès maintenant dans les [pratiques d'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide). Pour un service achats qui structure ou met à jour un [tri 5 flux](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place) en interne, le réflexe est le même que pour le SPASER : documenter, avant que le contrôle ne vienne d'un recours plutôt que d'une inspection. ## Le fond du problème Le recensement 2024 de l'Observatoire Économique de la Commande Publique donne 233 milliards d'euros de marchés recensés, 223 383 marchés, avec un abaissement du seuil de déclaration de 90 000 à 40 000 € HT sur cette même année. Ce changement de méthode gonfle mécaniquement le total recensé : comparer ce chiffre à celui de 2023 sans le dire produirait un artefact, pas une tendance. Sur la part des marchés intégrant une clause environnementale en 2024, les relais divergent : 23,1 % selon Acteurs Publics et achat-logistique.info, 25 % selon Seban Avocats, pour le même recensement. Même écart sur la clause sociale, entre 14 % et 12 % selon la source. Les PME, elles, représentent 60 % des marchés en nombre, mais environ 25 % seulement en montant, ce qui n'a rien à voir avec un partage à parts égales de l'argent public. Est-ce que le SPASER change quoi que ce soit sans recensement annuel obligatoire pour vérifier qui l'a réellement adopté ? Je penche pour non : un cadre sans mesure de suivi reste déclaratif. Mais l'argument inverse, celui qui dit qu'un cadre écrit vaut mieux qu'aucun cadre parce qu'il sert de point d'appui en cas de recours, ne s'écarte pas si facilement. Ce qui reste vrai, échéance passée ou pas : les collectivités qui prennent l'achat durable au sérieux réduisent leur exposition aux recours et leurs coûts sur le cycle de vie. Les autres vont découvrir le contentieux administratif par la pratique, un dossier après l'autre. ## Sources - [Légifrance - Code de la commande publique, article L2152-7](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043975064/2026-09-01), consulté le 28 mars 2026 - [Légifrance - Code de la commande publique, article R2152-7](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045739587/2026-08-21/), consulté le 28 mars 2026 - [Légifrance - Décret n° 2022-767 du 2 mai 2022, article 11](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045733739), consulté le 28 mars 2026 - [Légifrance - Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, article 35](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000043957012), consulté le 28 mars 2026 - [Service-Public.fr - Marchés publics : le champ d'application de la nouvelle obligation environnementale](https://entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A19042), consulté le 28 mars 2026 - [RTES - Points de RepèrESS n° 9, les SPASER](), consulté le 28 mars 2026 --- ## MODECOM 2024 : près de 7 déchets sur 10 mal triés - URL: https://www.recy.net/modecom-2024-ademe-sept-dechets-dix-mal-tries-poubelle-grise/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-27T07:00:00 - Categories: tri Près de 7 déchets sur 10 dans votre poubelle grise n'avaient rien à y faire. C'est l'ADEME qui le dit, pas moi. Le MODECOM 2024, la grande radio des poubelles françaises, vient de sortir ses résultats. Et le constat est brutal : on trie plus qu'avant, mais on trie mal. En clair : 14,7 millions de tonnes d'ordures ménagères résiduelles (OMR) collectées en 2023. Là-dedans, 32 % de biodéchets. 27 % d'emballages et de papiers. 5 % de verre. Tout ça aurait dû atterrir ailleurs. ## 32 % de biodéchets dans la poubelle grise, un an après l'obligation Le chiffre qui fait le plus mal. Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose le tri à la source des biodéchets pour tous les Français. Résultat un an avant l'entrée en vigueur (les données MODECOM portent sur 2023) : un tiers du contenu de la poubelle grise est organique. Épluchures, restes de repas, marc de café. C'est moins qu'avant, il faut le reconnaître. Les biodéchets dans les OMR ont baissé de 10 % par rapport au MODECOM précédent de 2017. Mais quand on sait que 34 intercommunalités n'avaient toujours pas de solution de collecte conforme début 2024 selon Zero Waste France, la baisse tient plus du hasard que de la politique publique. Le gaspillage alimentaire dans les OMR a quand même reculé : 19,5 kg par habitant en 2023 contre 29 kg en 2017. Là, c'est un vrai signal. Les campagnes anti-gaspi, les applis type Too Good To Go, les dates limites mieux comprises. Quelque chose a bougé dans les habitudes. Sur ce sujet précis du gaspillage, les [erreurs de tri les plus fréquentes](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) reculent aussi, et je pense que les deux phénomènes sont liés : les gens qui font attention à ne pas gaspiller font aussi plus attention à ce qu'ils jettent et où. Pour le reste des biodéchets (les épluchures, le jardin), le problème est structurel. Pas de composteur, pas de collecte, pas de tri. Le [bilan un an après l'obligation](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025) montre que l'infrastructure n'a pas suivi la loi. ## La poubelle grise maigrit, le bac jaune dérape Bonne nouvelle : les Français jettent moins dans la poubelle grise. 223,5 kg par habitant et par an en 2023, contre 252,7 kg en 2017. Et si on remonte à 1993, date du premier MODECOM, c'était 396 kg. Soit une baisse de 44 % en trente ans. La collecte séparée progresse aussi : 52,8 kg par habitant contre 49,4 en 2017. Les emballages et papiers dans les OMR ont baissé de 17 %. L'[extension des consignes de tri](/extension-consignes-tri-simplification-2026) commence à produire des effets. Les gens savent mieux ce qui va dans le bac jaune. Sauf que. Le taux de refus de tri dans le bac jaune est passé de 12,4 % en 2017 à 19,2 % en 2024. On trie plus, mais on trie moins bien. Les pots de yaourt sales, les jouets en plastique, les objets qui "ont l'air recyclables" mais qui ne le sont pas : tout ça finit dans le bac jaune et se retrouve refusé au centre de tri. La réalité du terrain : j'ai discuté avec un responsable de centre de tri en Occitanie il y a quelques mois. Son problème numéro un, ce n'est pas le volume. C'est la qualité. Un taux de refus à 19,2 %, ça veut dire qu'une tonne triée sur cinq repart en incinération ou en enfouissement. Coût pour la collectivité : entre 200 et 384 euros la tonne d'erreurs de tri. C'est un gouffre. ## Les chiffres cachés du MODECOM Le MODECOM, c'est la campagne nationale de caractérisation des déchets ménagers. L'ADEME en a fait quatre : 1993, 2007, 2017, 2024. À partir de 2026, l'exercice devient annuel. Tant mieux, parce que des photos tous les sept ans, c'est trop espacé pour piloter quoi que ce soit. Quelques chiffres qu'on ne voit pas dans les gros titres. Le verre dans les OMR : 10,6 kg par habitant. Le taux de captage du verre est pourtant à 73 %, ce qui est correct, mais ces 10,6 kg montrent qu'il reste une frange de la population qui ne descend pas ses bouteilles à la borne. Les textiles sanitaires (couches, lingettes, cotons) : 39,3 kg par habitant dans les OMR. C'est le poste le plus lourd après les biodéchets, et il n'existe quasiment aucune filière pour ça. Les [textiles sanitaires sont une filière fantôme](/textiles-sanitaires-usages-filiere-fantome-800000-tonnes) que personne ne veut prendre en charge. Les papiers graphiques en collecte séparée ont chuté de 57 % depuis 2017. Pas parce qu'on les trie moins : parce qu'on en consomme moins. Le numérique a tué le papier journal, et ça se voit dans les bacs bleus. Et le taux de recyclage global des déchets ménagers en France ? 43,2 %. L'objectif européen est de 55 % en 2025, et 65 % en 2035. Raté. Je ne sais pas trop si le passage au MODECOM annuel changera quelque chose. D'un côté, avoir des données fraîches chaque année permet de réagir plus vite. De l'autre, les données ne valent rien si personne ne les utilise pour prendre des décisions. Et les 37 millions de tonnes de déchets ménagers collectées en 2023 ne vont pas se trier toutes seules. ## Ce que ça dit de nous Le MODECOM 2024 raconte une histoire à deux vitesses. D'un côté, les Français ont réduit leur volume de déchets résiduels. C'est un fait. De l'autre, près de 7 déchets sur 10 dans la poubelle grise (l'ADEME utilise cette formulation, "près de 7 sur 10", et non un pourcentage précis) auraient pu être triés. Ça aussi, c'est documenté. Les deux sont vrais en même temps. Le [guide du tri sélectif](/guide-tri-selectif-france-2026) existe, les consignes sont simplifiées, les bacs sont là. Ce qui manque, c'est la dernière étape : que les gens trient correctement, pas seulement qu'ils trient. Et pour les biodéchets, que les collectivités fournissent les moyens de le faire. Mon avis : arrêtons de célébrer les baisses de tonnage comme des victoires. Tant que la poubelle grise reste un fourre-tout où finissent des matières valorisables, on est à côté du sujet. Le vrai indicateur, ce n'est pas ce qu'on collecte. C'est ce qu'on laisse partir à l'incinérateur alors que ça n'avait rien à y faire. ## Sources - [Notre Environnement - Poubelles des Français : des progrès sur le tri des déchets mais encore des marges importantes d'amélioration](https://www.notre-environnement.gouv.fr/donnees-et-ressources/ressources/publications/article/poubelles-des-francais-des-progres-sur-le-tri-des-dechets-mais-encore-des) - [ADEME - Communiqué national MODECOM 2024](https://www.ademe.fr/presse/communique-national/poubelles-des-francais-des-progres-sur-le-tri-des-dechets-mais-encore-des-marges-importantes-damelioration/) - [ADEME Librairie - MODECOM 2024, campagne nationale de caractérisation des déchets ménagers et assimilés](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8784-modecom-2024-campagne-nationale-de-caracterisation-des-dechets-menagers-et-assimiles.html) - [Banque des Territoires - Tri des déchets ménagers : du mieux mais les marges de progression restent importantes](https://www.banquedesterritoires.fr/tri-des-dechets-menagers-du-mieux-mais-les-marges-de-progression-restent-importantes) - [Zero Waste France - Le retard dans le déploiement du tri à la source des biodéchets](https://www.zerowastefrance.org/le-retard-pris-dans-le-deploiement-du-tri-a-la-source-des-biodechets-pese-toujours-sur-lenfouissement/) --- ## Grandpuits démarre : première usine de recyclage chimique - URL: https://www.recy.net/grandpuits-demarrage-recyclage-chimique-premiere-usine-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-26T08:20:00 - Categories: recyclage La France a désormais une usine de recyclage chimique des plastiques en fonctionnement. Pas un pilote, pas une promesse PowerPoint : une unité industrielle qui produit du Tacoil, de l'huile de pyrolyse, et qui en expédie déjà vers un vapocraqueur. Le premier camion de 30 tonnes est parti le 3 mars 2026 vers Anvers. Voilà pour le fait. Maintenant, ce que ça change vraiment. ## Le verdict d'abord 15 000 tonnes par an, c'est moins de 0,3 % des 5,5 millions de tonnes d'emballages ménagers mis sur le marché en France. Autant le dire tout de suite : Grandpuits ne résout pas le problème du plastique. Ce n'est pas son rôle. Ce que Grandpuits fait, c'est prouver qu'une chaîne industrielle complète fonctionne sur le sol français. De la collecte des déchets plastiques non recyclables mécaniquement jusqu'au polymère de qualité contact alimentaire et médical. Ça, personne ne l'avait fait ici avant. En clair : c'est une brique. Pas un mur. ## Ce qui tourne, concrètement L'usine est une joint-venture entre TotalEnergies (60 %) et Plastic Energy (40 %). L'investissement pour l'unité de recyclage chimique seule est de 100 millions d'euros. Elle fait partie d'une plateforme plus large, dite "zéro pétrole", sur laquelle TotalEnergies a investi plus de 500 millions d'euros au total, après l'arrêt du raffinage brut au premier trimestre 2021. Le procédé est la [pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) : les déchets plastiques sont chauffés à environ 400 °C sans oxygène et sous pression dans des réacteurs. À la sortie, on obtient 70 % d'huile de pyrolyse (le Tacoil, pour Thermal Anaerobic Conversion Oil), 15 % de gaz de synthèse et 5 % de résidu carboné solide. Le Tacoil part ensuite chez le vapocraqueur TotalEnergies à Anvers, en Belgique, où un investissement de 20 millions d'euros a été réalisé pour adapter les installations. Le vapocraqueur casse les molécules du Tacoil pour produire des monomères, qui deviennent ensuite des polymères. Le plastique obtenu est de qualité compatible contact alimentaire et médical. La production a démarré avec un premier chargement de 30 tonnes début mars, et la montée en cadence est en cours. La pleine capacité de 15 000 tonnes par an est attendue pour fin 2026. ## La chaîne d'approvisionnement, le vrai sujet Un truc qu'on oublie systématiquement quand on parle de recyclage chimique : le réacteur est la partie facile. Le dur, c'est l'amont. D'où vient le plastique ? Qui le trie ? À quel prix ? TotalEnergies a signé des accords avec Citeo et Paprec en 2023. Paprec construit une chaîne de tri dédiée aux films plastiques, la première du genre. C'est là que ça se joue. Sans flux entrant propre et régulier, le réacteur tourne à vide. J'ai suivi pas mal de projets industriels dans le déchet ces dernières années. Le pattern est toujours le même : on finance la techno, on oublie la logistique. Le fait que Grandpuits ait verrouillé ses accords d'approvisionnement avant le démarrage, c'est ce qui le distingue de projets comme Parkes (Loop Industries / SK Geo Centric / Suez) à Carling, dont le budget est passé de 440 à 700 millions d'euros avant d'être mis en suspens. Ou Eastman à Port-Jérôme, retardé par le flou réglementaire européen. Ou encore Ineos à Wingles, abandonné. La liste s'allonge. ## Le chantier derrière le chantier Pour donner une idée de l'échelle : la construction a duré de 2022 à 2025, mobilisé environ un million d'heures de travail et impliqué l'installation de 800 tonnes d'équipements. 250 emplois ont été maintenus sur le site de Grandpuits grâce à la reconversion de la plateforme. Je pose le chiffre, parce qu'on voit souvent passer des annonces industrielles sans aucune notion du volume de travail physique derrière. Un million d'heures, ce n'est pas un communiqué de presse. C'est du béton, de la tuyauterie, des soudeurs. ## Et après ? Le mur réglementaire qui pousse Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Mousse polyuréthane : Renuva a-t-il tenu sa promesse ?](/mousse-polyurethane-recyclage-renuva-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Sabic Geleen : 1re huile pyrolyse TACOIL mixte plastiques](/sabic-geleen-pyrolyse-mixte-tacoil-premiere-huile-recyclee). Le règlement européen [PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) impose un taux d'incorporation de 10 % de plastique recyclé dans les emballages alimentaires d'ici 2030, puis 30 % pour le PET et les bouteilles plastiques dès 2030, et jusqu'à 65 % selon les matériaux en 2040. La France recycle environ 29 à 30 % de ses emballages plastiques, loin de l'objectif européen de 55 % pour 2030. Le [recyclage mécanique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) ne suffira pas à fournir les volumes de plastique recyclé de qualité alimentaire exigés par le PPWR. Le mécanique fonctionne bien pour le PET bouteille propre et bien trié, pas pour les films, les multicouches, les plastiques souillés. Le recyclage chimique vise précisément ces flux-là. L'État français a fait autoriser par la Commission européenne 500 millions d'euros d'aides pour industrialiser le recyclage chimique des plastiques. 44 usines sont prévues en Europe, dont 13 en France (chiffre pré-annulations, certains projets ayant déjà été abandonnés ou reportés depuis). Carbios, avec son procédé de biorecyclage enzymatique du PET, prépare une usine de 50 000 tonnes par an à Longlaville. ## Le point qui me fait hésiter Je ne sais pas si le modèle économique tient sans subventions. Selon une étude Sia Partners, le coût de la pyrolyse est de 449 euros par tonne de déchets, avec un bénéfice négatif de -89 euros par tonne. La dépolymérisation coûte encore plus cher : 605 euros par tonne. Le plastique recyclé chimiquement se vend 1,5 à 2 fois le prix des résines fossiles. Tant que le pétrole est moins cher que le plastique recyclé, il faut soit une taxe (la TGAP monte), soit une obligation d'incorporation (le PPWR), soit des subventions directes. Grandpuits bénéficie des trois. Mais la question reste : que se passe-t-il si un de ces piliers tombe ? TotalEnergies vise 1 million de tonnes de polymères circulaires d'ici 2030, dont 30 % de polymères à partir de matières recyclées. 15 000 tonnes à Grandpuits, c'est 1,5 % de cet objectif. La route est longue. (Pour le contexte, la production mondiale de plastique vierge en 2024 était de 430,9 millions de tonnes. Le recyclage chimique reste, à l'échelle globale, un point de pourcentage arrondi à zéro.) ## Ce que je retiens Grandpuits est la preuve qu'une chaîne complète de [recyclage chimique](/totalenergies-grandpuits-recyclage-chimique-polemique-greenwashing) peut fonctionner en France. Pas un pilote. Une usine. Avec des camions qui partent, des accords signés, un vapocraqueur adapté à l'autre bout. Est-ce que ça change la donne pour les 5,5 millions de tonnes d'emballages ménagers ? Non. Est-ce que ça prouve que la filière peut exister ? Oui. Et c'est la différence entre parler de recyclage chimique dans des colloques et en faire tourner un site industriel. Le vrai test, c'est les 12 prochains mois. Si Grandpuits atteint les 15 000 tonnes par an fin 2026 comme prévu, si la chaîne d'approvisionnement Paprec tient, si le Tacoil trouve preneur au-delà d'Anvers, alors on aura un premier cas français qui peut être répliqué. Si un de ces maillons casse, on aura un beau démonstrateur de plus sur la [liste des projets qui n'ont pas tenu](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique). Arrêtons de tourner autour du pot. Le recyclage chimique en France, jusqu'ici, c'était des annonces. Depuis le 3 mars 2026, c'est un camion de 30 tonnes sur l'autoroute. ## Sources - [TotalEnergies Direction France, communiqué officiel, 19 mars 2026](https://direction-france.totalenergies.fr/nos-communiques-de-presse/plateforme-zero-petrole-de-grandpuits-totalenergies-demarre-la-1ere-usine) - [Le Journal du Grand Paris, mars 2026](https://www.lejournaldugrandparis.fr/totalenergies-met-en-service-a-grandpuits-la-1ere-usine-de-recyclage-chimique-de-plastiques-en-france/) - [GoodPlanet mag' / AFP, 20 mars 2026](https://www.goodplanet.info/2026/03/20/a-grandpuits-totalenergies-vante-le-recyclage-plastique-chimique-malgre-les-critiques/) - [Actu-Environnement, mars 2026](https://www.actu-environnement.com/ae/news/lancement-installation-pyrolyse-grandpuits-totalenergies-47712.php4) - [TotalEnergies Grandpuits, page projet technique](https://grandpuits.totalenergies.fr/le-projet/trois-nouvelles-activites/projet-pyrolyse/le-fonctionnement-de-lunite-pyrolyse) - [CCI Paris, règlement PPWR](https://www.entreprises.cci-paris-idf.fr/actualites/le-reglement-europeen-ue-2025-40-relatif-aux-emballages-et-dechets-demballages) - [Sia Partners, économie du recyclage chimique](https://www.sia-partners.com/fr/publications/publications-de-nos-experts/economie-circulaire-le-recyclage-chimique-des-plastiques) - [Assises des Déchets, 500 M€ recyclage chimique](https://www.assises-dechets.org/actualites/12903-500-millions-deuros-pour-industrialiser-le-recyclage-chimique-des-plastiques-en-france/) --- ## Boues de STEP : PFAS, pyrolyse et impasse 2026 - URL: https://www.recy.net/boues-step-pfas-decharge-blocage-pyrolyse-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T08:00:00 - Categories: valorisation Un million de tonnes de boues par an. C'est ce que produisent les stations d'épuration françaises. Pendant des décennies, la réponse était simple : on épand sur les champs agricoles, on composte le reste, on incinère ce qui dépasse. Sauf qu'en 2025, les PFAS ont tout bloqué. Treize communes des Ardennes privées d'eau potable. Des arrêtés préfectoraux qui suspendent l'épandage. Et zéro seuil réglementaire français pour les PFAS dans les boues. La réalité du terrain : la filière boues est à l'arrêt dans certains départements, et personne n'a de plan B crédible. ## Où finissent les boues en France Les dernières données officielles du ministère de la Transition écologique donnent une répartition claire : 47 % en épandage agricole direct, 26 % en compostage, 19 % en incinération et 8 % en mise en décharge. Au total, 73 % des boues partent vers l'agriculture. La France fait mieux que la moyenne européenne (53 % pour l'UE-15). Mais ces chiffres datent de 2008. Depuis, le compostage a progressé. En 2026, il représente environ 65 % du tonnage total, contre 55 % en 2018. L'épandage direct recule : 12 % aujourd'hui, contre 19 % en 2018. La tendance est nette. Le [panorama des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) confirme cette bascule progressive. En clair : la décharge reste marginale (moins de 10 %), mais l'épandage agricole, historiquement dominant, se retrouve sous pression. Pas à cause des volumes. À cause des PFAS. ## Le blocage PFAS Les PFAS, ce sont ces molécules per- et polyfluoroalkylées qu'on retrouve partout : textiles, emballages, mousses anti-incendie. Elles arrivent dans les eaux usées. Les STEP ne sont pas conçues pour les éliminer. Résultat : les boues les concentrent. En France, 575 installations classées (ICPE) déversent leurs effluents dans des stations d'épuration urbaines qui n'ont aucun traitement PFAS. Les boues de ces STEP contaminent potentiellement les sols agricoles à chaque épandage. C'est Générations Futures qui a posé le chiffre noir sur blanc en avril 2025. ### Le précédent des Ardennes Le 1er octobre 2025, le préfet des Ardennes a signé un arrêté radical. Suspension de tout épandage de boues de STEP et de digestats de méthanisation sur l'ensemble des aires d'alimentation de captages d'eau potable du département. Treize communes, 3 000 habitants, eau du robinet interdite à la consommation. À Villy, les concentrations en PFAS dépassaient 27 fois la limite réglementaire. Ce n'est pas un cas isolé. Les Vosges ont suivi. D'autres départements y viendront. En visitant une STEP de 30 000 EH dans le sud-ouest l'an dernier, j'ai vu le responsable d'exploitation ouvrir un tableur Excel pour me montrer ses résultats d'analyse PFAS. Il les avait fait faire à ses frais, sans obligation réglementaire, parce qu'il savait que ses boues partaient sur des parcelles agricoles à 800 mètres d'un captage. Les résultats étaient dans la zone grise : pas catastrophiques, pas rassurants. Il m'a dit texto : "Je continue d'épandre parce qu'aucun arrêté ne me l'interdit. Mais le jour où ça tombe, je n'ai aucune alternative. Zéro." ### Pas de seuils, pas de filet En France, il n'existe aucun seuil réglementaire encadrant la présence de PFAS dans les sols agricoles ou dans les boues destinées à l'épandage. L'Allemagne, l'Autriche et le Danemark en ont. Pas nous. La loi n. 2025-188 a fait de la France le premier pays européen à interdire les PFAS dans plusieurs produits du quotidien au 1er janvier 2026. Le décret n. 2025-958 prévoit une réduction de 70 % des rejets aqueux de PFAS industriels d'ici 2028, avec un objectif zéro en 2030. Mais pour les boues : rien. Pas de seuils, pas de normes. Les collectivités avancent à vue. ## La surveillance s'organise (lentement) Toutes les STEP de plus de 10 000 équivalents-habitants doivent réaliser une campagne de surveillance des PFAS entre 2025 et le 31 décembre 2026. Vingt-deux substances sont ciblées : les 20 PFAS de la directive eau potable 2020/2184 et 2 substances liées aux mousses anti-incendie (6:2 FTSA et 6:2 FTAB). Problème : plus de 80 substances PFAS ont été identifiées dans les rejets industriels en 2023-2024. On surveille 22 molécules sur un spectre bien plus large. C'est mieux que rien. C'est insuffisant. ## La directive 2024/3019 change la donne Adoptée le 27 novembre 2024, la directive (UE) 2024/3019 remplace la directive eaux usées de 1991. Elle entre en vigueur le 1er août 2027, avec transposition obligatoire au 31 juillet 2027. Elle impose un traitement renforcé des micropolluants avant rejet, une responsabilité élargie des producteurs (pollueur-payeur) et de nouvelles exigences sur la qualité des boues épandues. En clair : les STEP vont devoir investir dans le traitement tertiaire. Et les boues vont devoir être plus propres avant de toucher un sol agricole. L'approche du [recyclage des eaux grises](/eau-grise-recyclage-reuse-france/) pose la même question en amont : traiter mieux pour réutiliser sans risque. ## Pyrolyse et pyrocarbonisation : l'alternative thermique Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Earthwake : transformer le plastique en diesel dès 2026](/earthwake-pyrolyse-plastique-diesel-automne-2026). Quand l'épandage est bloqué et que l'incinération classique reste coûteuse, il reste une option : la pyrolyse des boues. Pas pour produire de l'huile comme avec les plastiques ([recyclage chimique du plastique](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/)), mais pour transformer les boues en biochar. ### Le procédé Pyrolis S2B Le 10 février 2026, SUEZ et PYREG (spécialiste allemand, 55 installations dans le monde) ont annoncé le déploiement de Pyrolis S2B. Le principe : sécher les boues déshydratées jusqu'à 90 % de matière sèche, puis les pyrolyser à 600 degrés en absence d'oxygène. Le gaz de pyrolyse est oxydé à plus de 950 degrés et la chaleur récupérée alimente le séchage. L'installation est compacte, modulaire, adaptable aux STEP de 20 000 à 100 000 équivalents-habitants. Le résultat : un biochar stable, qui séquestre durablement le carbone contenu dans les boues. SUEZ prévoit une dizaine d'unités en France d'ici 2028, en priorité dans les zones où l'épandage est compromis par les PFAS. J'avoue que sur la pyrolyse des boues, je reste prudent. Des annonces industrielles "révolutionnaires", j'en ai vu passer dix par an depuis 2020. Combien tournent encore aujourd'hui en conditions réelles, sur du 24/7, avec de vraies boues chargées ? La techno PYREG a du recul en Allemagne, c'est vrai. Mais entre un pilote qui fonctionne et un déploiement à l'échelle française, il y a un gouffre que les communiqués de presse ne comblent pas. ### La carbonisation hydrothermale Autre piste : la carbonisation hydrothermale (HTC). Les boues sont chauffées entre 180 et 260 degrés sous pression (10 à 50 bar), pendant quelques heures. La biomasse se transforme en hydrochar par un processus exothermique. Un pilote fonctionne à Coire, en Suisse. En France, l'agglomération de Pau explore une approche similaire couplée à la méthanisation. L'avantage du HTC : il fonctionne sur des boues humides, sans séchage préalable. L'inconvénient : le TRL (niveau de maturité technologique) reste bas en France. Pas d'installation industrielle opérationnelle à ce jour. ## Ce qui manque pour débloquer la situation Le problème n'est pas technique. Des solutions existent. Le problème est réglementaire et financier. La France a besoin de seuils PFAS pour les boues destinées à l'épandage. Sans seuils, les préfets prennent des arrêtés au cas par cas, dans l'urgence. C'est du bricolage administratif, pas une politique publique. Côté budget, les STEP de taille moyenne n'ont pas les moyens de s'équiper en pyrocarbonisation. Le coût d'une Pyrolis est significatif. Et la directive 2024/3019 fixe l'échéance à 2027 : on est en mars 2026, la transposition n'a pas commencé. Sans soutien public ciblé (fonds vert, ADEME, plan France 2030), seules les grosses collectivités absorberont le choc réglementaire et technologique à temps. La [directive ESPR sur les invendus textiles](/directive-espr-2026-invendus-textile/) montre le même schéma : des échéances européennes ambitieuses, une transposition française qui traîne. Reste un angle mort que personne n'aborde : la formation des exploitants. On peut installer toutes les Pyrolis du monde, si les techniciens de STEP n'ont pas les compétences pour piloter une pyrolyse, ça ne tourne pas. L'ADEME finance des équipements, rarement des plans de montée en compétences. ## FAQ **Quel pourcentage de boues finit en décharge en France ?** Environ 8 % selon les dernières données officielles du ministère (2008). La mise en décharge de boues non stabilisées est théoriquement interdite depuis 2005, mais des dérapages persistent. L'essentiel (73 %) part vers l'agriculture (épandage + compostage). **Les PFAS sont-ils détruits par la pyrolyse des boues ?** Les études montrent que la pyrolyse à haute température (supérieure à 600 degrés) dégrade une partie significative des PFAS, mais pas la totalité. Les PFAS à chaîne courte, plus volatils, sont mieux éliminés. Le biochar résiduel contient des concentrations nettement réduites, mais un suivi analytique reste indispensable. **Quand la France aura-t-elle des seuils PFAS pour l'épandage des boues ?** Pas de calendrier officiel. La loi n. 2025-188 couvre les produits de consommation et les rejets industriels, mais pas les boues. Les discussions au niveau européen dans le cadre de la directive 2024/3019 pourraient accélérer les choses d'ici 2027-2028. **Le compostage des boues élimine-t-il les PFAS ?** Non. Le compostage ne dégrade pas les PFAS. Il les dilue dans le compost final, mais ils restent présents et se retrouvent dans les sols. C'est précisément le problème que la pyrolyse à haute température cherche à résoudre. Le [bilan du compostage obligatoire des biodéchets](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an/) aborde la question de la contamination des composts sous un angle différent. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique, données statistiques sur les boues d'épuration](https://www.donnees.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lesessentiels/essentiels/gestion-eau-assainissement-boues.html) - [Chambre d'agriculture des Ardennes, suspension de l'épandage des boues (PFAS)](https://ardennes.chambres-agriculture.fr/sinformer/reglementations/details-des-reglementations/pollution-aux-pfas-suspension-temporaire-de-lepandage-des-boues-et-digestats-en-zones-de-captage-dans-tout-le-departement) - [Générations Futures, PFAS dans les eaux de STEU](https://www.generations-futures.fr/actualites/arrete-pfas-steu/) - [Générations Futures, état des lieux rejets PFAS par les ICPE (avril 2025)](https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2025/04/icpe-pfas-avril-2025.pdf) - [Banque des Territoires, modalités de surveillance PFAS dans les STEP](https://www.banquedesterritoires.fr/rejets-de-pfas-les-modalites-de-surveillance-dans-les-stations-depuration-en-consultation) - [Directive (UE) 2024/3019 relative au traitement des eaux résiduaires urbaines (AIDA-Ineris)](https://aida.ineris.fr/reglementation/directive-ue-ndeg-20243019-parlement-europeen-conseil-271124-relative-traitement) - [SUEZ et PYREG, lancement de Pyrolis S2B (février 2026)](https://www.suez.com/en/news/press-releases/suez-pyreg-integrated-pyrocarbonisation-solution-produce-biochar-sewage-sludge) - [Actu-Environnement, pyrocarbonisation boues-biochar SUEZ-PYREG](https://www.actu-environnement.com/ae/news/pyrocarbonisation-boues-epuration-biochar-suez-pyreg-47569.php4) --- ## ecosystem, 876 000 tonnes de DEEE - URL: https://www.recy.net/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T07:00:00 - Categories: valorisation Un quart des appareils électroniques mis au rebut en France finissent dans des circuits illégaux. Un sur quatre. Pendant ce temps, ecosystem publie son bilan annuel et annonce un record : 876 000 tonnes de DEEE collectées en 2025, soit 65 % du gisement estimé. Champagne ? Pas si vite. ## La thèse : ecosystem a construit une machine de collecte qui fonctionne Il faut rendre à César ce qui est à César. ecosystem est le premier éco-organisme européen par volume de DEEE traités. En vingt ans d'existence (l'organisme a été créé le 4 juillet 2005, agréé le 9 août 2006, opérationnel le 15 novembre 2006), la trajectoire est nette : 369 564 tonnes en 2014, 533 640 en 2017, 664 854 en 2021, 876 000 en 2025. Plus de 8 millions de tonnes récupérées depuis le début. Ça fait environ 1,1 milliard d'appareils, soit à peu près 35 par foyer français. Le réseau de collecte est massif : environ 42 000 points de collecte et 3 000 déchèteries. La logistique est rodée, les partenariats industriels en place avec 48 centres de traitement et 45 sites industriels créés spécifiquement pour la filière. Le taux de recyclage moyen affiché est de 79,2 %. Pour les lampes, c'est 84 %. Et 45 % des activités de traitement sont confiées à l'économie sociale et solidaire, 30 % de la logistique aussi. J'ai croisé des gens d'ecosystem sur un salon l'an dernier. Leur fierté, c'est le maillage territorial. Pas le siège parisien, pas la com'. Le fait qu'un habitant de Lozère a un point de collecte à moins de quinze kilomètres de chez lui. C'est concret, et c'est difficile à reproduire. ## L'antithèse : 65 % ecosystem, 47 % au national, un écart qui interroge Voilà où ça coince. ecosystem revendique 65 % du gisement capté. Le taux national tous éco-organismes confondus, mesuré en 2023 : 47 %. Soit 12,4 kilogrammes par habitant. La directive européenne 2012/19/UE fixe l'objectif à 65 % depuis 2019. On est dessous. Collectivement, on est dessous. Comment ecosystem arrive à 65 % quand le pays entier plafonne à 47 % ? La réponse tient dans la méthodologie : ecosystem calcule son taux sur la moyenne des mises en marché des trois dernières années, ce qui est sa propre base de calcul. Le taux national, lui, intègre tous les flux, tous les éco-organismes, toutes les catégories. Les deux chiffres ne sont pas comparables directement. C'est un point que personne ne précise dans les communiqués de presse. Et ces 25 % de DEEE qui partiraient dans des circuits illégaux ? C'est une estimation d'ecosystem lui-même. Autrement dit, une partie prenante qui a intérêt à montrer que le problème vient d'ailleurs. Je ne dis pas que c'est faux, hein. L'exportation illégale de DEEE est documentée par d'autres sources. Mais quand l'éco-organisme produit le chiffre qui explique pourquoi le taux national est bas, il faut le lire avec un filtre. ## Vingt ans de filière : ce qui a changé, ce qui stagne Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP batteries : Ecosystem lance trois appels d'offres](/ecosystem-appels-offres-batteries-usagees-rep-avril-2026). La fusion entre Eco-systèmes et Récylum au 1er janvier 2018 (rebaptisée ecosystem en octobre 2019) a créé un mastodonte. Plus de 6 400 contrats d'adhésion. Le réseau couvre cinq catégories : écrans, gros électroménager froid, gros électroménager hors froid, petits appareils en mélange, lampes. Sur le terrain, je vois deux réalités qui coexistent. D'un côté, les déchèteries qui fonctionnent bien, les collectes en magasin qui se sont normalisées, les [DEEE qui trouvent leur chemin vers le recyclage](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) parce que les gens savent qu'il faut ramener leur vieux frigo. De l'autre, les petits appareils qui restent dans les tiroirs. Les smartphones, les tablettes, les chargeurs. La [collecte numérique](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs) reste le maillon faible parce que personne ne voit l'urgence de se séparer d'un téléphone qui tient dans la poche. Les [métaux précieux qui dorment dans nos placards](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie) sont un gisement que les chiffres d'ecosystem ne captent pas. Ces appareils ne sont ni collectés, ni comptabilisés comme déchets. Ils sont dans un angle mort statistique. Pour être honnête, sur ce sujet précis des petits appareils, je n'ai pas de solution miracle à proposer. La consigne ? Trop compliqué pour des milliers de modèles différents. L'incitation financière ? On retombe dans le bonus-malus que les fabricants contournent. Je tourne le problème dans tous les sens depuis un moment. ## Ce que ça veut dire, concrètement ecosystem fait un vrai boulot. Le nier serait malhonnête. Mais présenter 876 000 tonnes comme un triomphe alors que le taux national reste scotché sous l'objectif européen, c'est de la communication, pas un bilan. Les [data centers qui arrivent en fin de vie](/recyclage-serveurs-data-centers-2026) vont ajouter des volumes massifs dans les prochaines années. Les cinq catégories actuelles ne sont pas dimensionnées pour absorber ce flux. Et le modèle économique des éco-organismes, financé par l'éco-participation sur les produits neufs, n'est pas conçu pour gérer l'obsolescence accélérée du numérique. Mon avis : le record est réel, le progrès est réel, mais tant que le taux national reste à 47 %, c'est l'arbre qui cache la forêt. Le vrai indicateur, ce n'est pas ce qu'ecosystem capte. C'est ce qui échappe à tout le monde. ## Sources - [ecosystem - Rapport annuel et chiffres clés](https://www.ecosystem.eco/) - Volumes collectés, taux de recyclage, réseau de collecte - [Actu-Environnement - Bilan DEEE collecte et traitement](https://www.actu-environnement.com/) - Taux national, données par catégorie - [Wikipedia - ecosystem (éco-organisme)]() - Historique, fusion Eco-systèmes/Récylum, dates clés - [EUR-Lex - Directive 2012/19/UE relative aux DEEE](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32012L0019) - Objectif de collecte 65 %, cadre réglementaire européen - [ORDIF - Observatoire régional des déchets d'Île-de-France](https://www.ordif.com/) - Données complémentaires collecte DEEE --- ## Grandpuits : recyclage chimique ou greenwashing ? - URL: https://www.recy.net/totalenergies-grandpuits-recyclage-chimique-polemique-greenwashing/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T07:00:00 - Categories: recyclage TotalEnergies a inauguré son usine de recyclage chimique à Grandpuits le 19 mars 2026. Les communiqués parlent de « zéro pétrole », de « plateforme zéro crude » et de « TACOIL » issu de plastiques impossibles à recycler autrement. De l'autre côté, la CGT, les Amis de la Terre, Greenpeace et Attac parlent de greenwashing industriel. Qui a raison ? La réponse n'est pas binaire, mais elle penche d'un côté. ## Ce que Grandpuits fait vraiment L'usine traite 15 000 tonnes par an de déchets plastiques par pyrolyse, à environ 440 °C. Les plastiques concernés sont ceux que le recyclage mécanique refuse : films souples, multicouches, emballages contaminés, tout ce qui sort de la poubelle jaune sans trouver preneur. TotalEnergies a investi environ 100 millions d'euros dans cette unité, dans le cadre d'une reconversion de la plateforme de Grandpuits qui dépasse les 500 millions au total. Le produit de sortie, baptisé TACOIL, est une huile de pyrolyse réinjectée dans le vapocraqueur pour produire des monomères. En théorie, du plastique neuf à partir de déchets plastiques. La joint-venture avec Plastic Energy (60/40) exploite aussi deux unités de 7 000 tonnes chacune en Espagne. L'approvisionnement en France est assuré par Citeo et Paprec, partenariats signés en 2023. Jusque-là, sur le papier, ça tient. ## La thèse TotalEnergies : on recycle l'irrecyclable L'argument central est simple : ces plastiques finissent aujourd'hui en incinération ou en décharge. Le [recyclage mécanique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) ne peut pas les traiter. Donc tout ce qui passe par Grandpuits est un gain net. C'est le discours officiel, et il n'est pas entièrement faux. La France recycle 29 % de ses emballages plastiques ménagers (chiffre Citeo 2024). Le reste brûle ou s'entasse. Si la [pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) permet de valoriser une fraction de ce reste, c'est mieux que rien. Je comprends cet argument. Je l'ai moi-même utilisé dans des discussions avec des industriels. ## L'antithèse : les chiffres qui dérangent Sauf que. Les chiffres racontent autre chose quand on creuse. Une étude commandée par Zero Waste Europe et réalisée par l'Oeko-Institut en septembre 2022 a mesuré que la pyrolyse émet neuf fois plus de gaz à effet de serre que le recyclage mécanique. 53 % du carbone est perdu dans le processus chimique, contre 31 % en mécanique. L'étude a ses biais (elle a été commandée par des ONG opposées au recyclage chimique, il faut le dire clairement), mais les ordres de grandeur n'ont pas été contestés par l'industrie. Il y a aussi le problème du rendement réel. Une étude du NREL publiée dans ACS en 2023 a estimé qu'entre 1 et 14 % du plastique traité par pyrolyse redevient effectivement du plastique neuf. Le reste finit en carburant, en cire, en résidus. Et c'est là que le _mass balance_ entre en jeu : grâce à ce système comptable, un produit peut afficher « 100 % recyclé » sur l'étiquette alors qu'il contient entre 2 et 5 % de matière effectivement recyclée. C'est légal, mais trompeur. Adrien Cornet, représentant CGT, a résumé la position syndicale à France24/AFP le 19 mars : « Grandpuits est un projet de greenwashing ». La coalition « Plus Jamais Ça » (Amis de la Terre, Confédération Paysanne, CGT, Attac, Greenpeace) porte la même critique. Et puis il y a les 89 postes menacés sur 250 par le gel partiel de la plateforme en mars 2025, qui a déclenché une grève de 70 % des salariés pendant 24 heures, la plus forte depuis le PSE de 2021. ## La nuance que personne ne veut entendre Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Grandpuits démarre : première usine de recyclage chimique](/grandpuits-demarrage-recyclage-chimique-premiere-usine-france). Les deux camps simplifient. TotalEnergies vend du « zéro pétrole » alors que Grandpuits reste une infrastructure pétrochimique qui convertit des déchets en monomères via un vapocraqueur. La filière reste du pétrole transformé, même si l'entrée change. De l'autre côté, dire que c'est « juste du greenwashing » ignore que ces déchets n'ont pas d'autre débouché aujourd'hui. La question de l'échelle est la plus gênante pour TotalEnergies. La France consomme 5 millions de tonnes de plastique par an. 15 000 tonnes, c'est moins de 0,3 % du gisement. L'ADEME l'a dit clairement : le recyclage chimique ne doit pas se substituer à la réduction à la source. Et on voit mal comment il pourrait, vu les volumes. J'ai discuté de ce sujet avec un responsable de centre de tri en Île-de-France le mois dernier. Sa réaction : « On nous demande de collecter mieux pour alimenter une usine qui transforme 0,3 % du flux. Le problème, c'est pas le recyclage, c'est la production. » Difficile de lui donner tort. ## Le contexte français : des signaux contradictoires Pendant que Grandpuits démarre, d'autres projets de recyclage chimique en France sont en difficulté. Eastman, qui devait construire une unité à Port-Jérôme, a vu son budget passer de 850 millions à 2 milliards d'euros avant un report _sine die_. Suez a annulé son propre projet fin 2024. En face, Carbios avance sur le [recyclage enzymatique du PET](/recyclage-enzymatique-plastique-pet) à Longlaville avec 50 000 tonnes par an prévues pour le premier semestre 2028, une approche totalement différente (biologique, basse température, spécifique au PET). Ces trajectoires divergentes disent quelque chose. Le recyclage chimique par pyrolyse peine à prouver sa viabilité économique à grande échelle. Les projets qui avancent sont ceux soutenus par des majors pétrolières qui ont les reins assez solides pour absorber les pertes. ## Où j'en suis sur ce dossier Sur ce point, je suis encore partagé mais je penche vers le scepticisme. Grandpuits n'est pas du pur greenwashing : l'usine existe, elle tourne, elle traite des déchets qui n'avaient pas de filière. Mais le [narratif « zéro pétrole »](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) est une construction marketing qui ne résiste pas à l'examen. C'est une infrastructure pétrochimique reconvertie, pas une rupture technologique. Et le _mass balance_ permet de vendre du « recyclé » à des marques sans que le contenu recyclé réel dépasse quelques pour cent. La vraie question, celle que TotalEnergies ne pose pas et que les ONG esquivent aussi, c'est : est-ce qu'on veut construire une filière de recyclage chimique à 100 millions l'unité pour traiter 0,3 % du plastique, ou est-ce qu'on attaque la production à la source ? Les deux ne sont pas incompatibles, mais quand on regarde où vont les investissements et l'attention politique, on voit bien que Grandpuits sert surtout à acheter du temps. Et ça, c'est le reproche le plus solide qu'on puisse lui faire. ## Sources - [France24/AFP, 19 mars 2026 : inauguration de l'usine de Grandpuits](https://www.france24.com/) - [Zero Waste Europe / Oeko-Institut, septembre 2022 : émissions de GES du recyclage chimique](https://zerowasteeurope.eu/) - [NREL, ACS 2023 : rendement réel de la pyrolyse plastique](https://pubs.acs.org/) - [ADEME : position sur le recyclage chimique](https://www.ademe.fr/) - [Vert.eco : recyclage chimique et mass balance](https://vert.eco/) - [Connaissance des Énergies : Grandpuits et reconversion TotalEnergies](https://www.connaissancedesenergies.org/) - [L'Usine Nouvelle : projets Eastman et Suez](https://www.usinenouvelle.com/) --- ## Encres industrielles et lithographies : la filière fantôme - URL: https://www.recy.net/dechets-encres-industrielles-lithographies-filiere-fantome/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-25T05:00:00 - Categories: dechets Personne ne parle des encres. Les imprimeries offset, les ateliers de sérigraphie, les usines d'emballage flexible, les artistes lithographes : tous génèrent des résidus d'encres, de solvants de nettoyage, de plaques usagées. Et tous galèrent pour s'en débarrasser correctement. Il n'existe pas de filière REP dédiée, pas de point de collecte standardisé, pas de signalétique. Juste un flou réglementaire et des pratiques qui varient d'un département à l'autre. ## Ce qu'on entend par "déchets d'encres" Il faut clarifier le périmètre. On parle ici de quatre types de résidus liés à l'impression industrielle et artistique : - Les fonds de pots d'encres offset, flexo et sérigraphie (encres à base de solvants ou UV) - Les solvants de nettoyage usagés (toluène, acétate d'éthyle, alcool isopropylique) - Les chiffons et absorbants souillés - Les plaques lithographiques en aluminium recouvertes de résidus chimiques Les deux premiers sont classés déchets dangereux (codes 08 01 11* et 14 06 03* dans la nomenclature européenne). Les chiffons souillés aussi, selon leur imprégnation. Les plaques alu, elles, tombent dans un entre-deux : le métal est recyclable, le revêtement chimique rend le tri compliqué. Un imprimeur offset moyen, deux rotatives, génère entre 2 et 5 tonnes par an de ces résidus combinés. Multipliez par les 4 200 imprimeries recensées en France (chiffres UNIIC 2025), et on arrive à un volume national estimé entre 15 000 et 25 000 tonnes. Ce n'est pas rien. Ce n'est pas non plus assez pour intéresser les gros acteurs du déchet. ## Étape 1 : identifier ce que vous produisez Si vous êtes imprimeur, sérigraphe ou lithographe, la première chose à faire est un inventaire précis de vos résidus. Pas un inventaire théorique : un comptage réel sur un mois, avec pesée. Un cas assez représentatif : un artisan qui évalue ses déchets d'encres à quelques bidons par trimestre, avant qu'une pesée réelle ne révèle un total nettement supérieur, plusieurs centaines de kilos par mois, solvants compris. L'écart entre la perception et la réalité, c'est ce qui empêche de structurer une collecte correcte. Séparez les flux : encres à base eau (non dangereuses dans la plupart des cas), encres solvantées (dangereuses), solvants de nettoyage (dangereux), plaques alu (déchet non dangereux si débarrassées du revêtement, dangereux sinon), chiffons et absorbants (dangereux). Chaque flux a un code déchet différent, un bordereau de suivi différent, et un exutoire différent. ## Étape 2 : trouver un collecteur (et c'est là que ça se corse) Pour les déchets dangereux, la réglementation est claire : bordereau de suivi des déchets dangereux (BSDD), traçabilité complète, collecte par un prestataire agréé. En théorie. En pratique, les collecteurs spécialisés dans les résidus d'encres ne courent pas les rues. Les gros (Veolia, Suez, Séché Environnement) prennent en charge ces flux quand les volumes justifient un enlèvement dédié. En dessous de 500 kg par enlèvement, vous intéressez moins. Les petits imprimeurs se retrouvent avec deux options : stocker jusqu'à atteindre le seuil (ce qui pose des problèmes de conformité ICPE si le stockage dépasse les quantités autorisées), ou passer par un collecteur de proximité qui facture cher parce que les volumes sont faibles. Il existe des collecteurs régionaux spécialisés dans les déchets d'arts graphiques. Chimirec, par exemple, traite les solvants usagés par régénération (distillation) et valorise les métaux des plaques offset. Mais leur maillage territorial est inégal. En Île-de-France et en Rhône-Alpes, ça fonctionne. En Occitanie ou en Bretagne, les délais d'enlèvement peuvent dépasser six semaines. Le vrai problème, c'est qu'il n'y a pas de filière REP pour ces déchets. Pas d'éco-organisme, pas de contribution des fabricants d'encres au financement de la collecte et du traitement. Le coût repose entièrement sur l'imprimeur. Pour un petit atelier, ça représente entre 800 et 2 000 euros par an. C'est supportable, mais c'est un coût que beaucoup préfèrent éviter. D'où les dérives. ## Ce qui se passe quand personne ne contrôle Je vais être direct. Une partie non négligeable des résidus d'encres industrielles finit dans les bennes "tout-venant" des déchetteries professionnelles, mélangée avec des déchets non dangereux. Certains ateliers stockent indéfiniment dans un coin de l'entrepôt. D'autres diluent les solvants à l'eau et les évacuent par les eaux usées. Les DREAL (directions régionales de l'environnement) manquent de moyens pour contrôler les milliers de petits producteurs de déchets dangereux. Les contrôles se concentrent sur les gros sites ICPE, pas sur l'atelier de sérigraphie de 5 salariés. Le résultat : des pratiques grises généralisées, sans que personne ne puisse quantifier le problème. La DGPR (Direction générale de la prévention des risques) ne publie aucune statistique spécifique aux déchets d'encres industrielles. Ils sont noyés dans la catégorie générale "déchets de peintures et vernis" (code 08), qui englobe aussi les déchets du bâtiment. Impossible de savoir combien de tonnes sont effectivement collectées et traitées dans les règles. C'est ça, une filière fantôme : elle existe dans les codes déchets, elle n'existe pas dans les statistiques opérationnelles. ## Étape 3 : les alternatives qui commencent à émerger Le tableau n'est pas entièrement noir. Quelques pistes existent, même si elles restent marginales. La régénération de solvants est la plus mature. Chimirec et d'autres opérateurs distillent les solvants usagés pour les remettre en circulation. Le taux de récupération tourne autour de 85 % pour les solvants purs (toluène, acétate d'éthyle). Pour les mélanges contaminés par des résidus d'encres, ça descend à 60-70 %. Le solvant régénéré coûte 20 à 30 % moins cher que le solvant neuf. C'est un argument économique qui fonctionne auprès des imprimeurs, quand ils connaissent l'option. Les encres végétales et les encres à base eau progressent dans l'offset et la flexographie. Elles ne suppriment pas le problème (il reste des résidus), mais elles réduisent la dangerosité des déchets. Un fond de pot d'encre végétale est un [déchet non dangereux](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques), plus simple et moins cher à traiter. L'adoption reste lente : les encres solvantées offrent un séchage plus rapide et une meilleure adhérence sur certains supports. Les imprimeurs ne changent pas de gamme par conviction écologique, ils changent quand le client l'exige ou quand le coût total (encre + déchet) penche du bon côté. Pour les plaques offset, la filière aluminium classique fonctionne, à condition de décaper le revêtement. Quelques recycleurs acceptent les plaques brutes et intègrent le décapage dans leur process, mais ils facturent un surcoût. D'autres refusent. Ça dépend du cours de l'aluminium et de la charge de travail du recycleur. Pas de règle stable. ## Pourquoi aucune REP ne verra le jour Je me suis posé la question en creusant le sujet. On a des REP pour les emballages, les textiles, les pneus, les meubles, les jouets, les articles de sport, les bateaux de plaisance. Pourquoi pas pour les encres industrielles ? La réponse est simple : le volume est trop faible et le nombre de producteurs trop restreint pour justifier un éco-organisme dédié. Une REP a un coût de structure (agrément, reporting, contrôles) qui ne se rentabilise qu'à partir d'un certain tonnage national. Avec 15 000 à 25 000 tonnes, on est en dessous du seuil critique. La [REP emballages professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026) porte sur des millions de tonnes. Pas le même ordre de grandeur. L'alternative serait d'intégrer les encres dans une REP existante. La REP "déchets diffus spécifiques" (DDS), gérée par EcoDDS, couvre les peintures et solvants des ménages et des artisans. Étendre son périmètre aux encres industrielles serait logique sur le papier. En pratique, EcoDDS n'a ni le mandat ni les moyens de couvrir les imprimeries industrielles. Et les fabricants d'encres (Sun Chemical, Siegwerk, Flint Group) ne poussent pas dans cette direction, parce que ça augmenterait leurs contributions. Je ne vois pas cette situation changer avant 2030. Le secteur de l'imprimerie est en déclin structurel (baisse de 15 % du chiffre d'affaires entre 2019 et 2025 selon l'UNIIC), et les pouvoirs publics ne vont pas créer une filière REP pour un secteur qui rétrécit. ## Ce que vous pouvez faire maintenant Si vous produisez ces déchets, voici ce qui marche concrètement : - Pesez et caractérisez vos résidus sur un mois complet. Sans données fiables, vous ne pouvez ni négocier avec un collecteur ni optimiser vos coûts. - Séparez les flux à la source. Solvants purs d'un côté, encres solvantées de l'autre, chiffons à part. La régénération des solvants ne fonctionne que sur des flux non contaminés. - Contactez votre CCI ou votre syndicat professionnel (UNIIC pour l'imprimerie, FESPA France pour la sérigraphie). Certains ont négocié des contrats groupés avec des collecteurs, ce qui fait baisser le coût unitaire. - Regardez la régénération de solvants. Si vous consommez plus de 500 litres de solvant par an, le retour sur investissement est quasi immédiat. - Passez aux [encres à base eau](/recyclage-papier-carton-france-filiere) quand le support le permet. Pas par idéalisme : parce que le coût de gestion des déchets non dangereux est deux à quatre fois inférieur à celui des déchets dangereux. Le sujet n'est pas glamour. Il ne fera jamais la une. Mais tant qu'on ne structure pas la collecte de ces résidus à l'échelle nationale, on laisse des milliers de petits producteurs se débrouiller seuls face à des obligations réglementaires qu'ils connaissent mal et des coûts qu'ils préfèrent esquiver. La filière fantôme, c'est ça : pas une absence de déchets, mais une absence de système. Et entre les deux, des bidons qui s'accumulent dans des arrière-cours. ## Sources - [UNIIC - Données économiques de l'industrie graphique 2025](https://www.uniic.org/chiffres-cles/) - [ADEME - Classification des déchets dangereux (nomenclature européenne)](https://www.ademe.fr/expertises/dechets/elements-contexte/classification-dechets) - [Chimirec - Régénération de solvants](https://www.chimirec.fr/nos-activites/regeneration-solvants) - [EcoDDS - Périmètre de la filière DDS](https://www.ecodds.com/professionnel/) - [Ministère de la Transition écologique - Bordereau de suivi des déchets dangereux](https://www.ecologie.gouv.fr/bordereau-suivi-dechets-dangereux) --- ## Matières premières secondaires : marché européen bloqué - URL: https://www.recy.net/matieres-premieres-secondaires-marche-europeen-bloque-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-24T08:00:00 - Categories: economie-circulaire Le marché européen des matières premières secondaires (MPS) ne fonctionne pas. En 2026, le plastique recyclé coûte encore plus cher que le plastique vierge, les normes de qualité varient d'un pays à l'autre, et les industriels préfèrent acheter du neuf. On recycle, on trie, on collecte, on exporte même. Mais la matière secondaire ne trouve pas preneur à un prix viable. C'est le point de blocage de toute la chaîne. ## Le constat en une phrase L'Europe produit de la matière recyclée que personne ne veut acheter au prix où elle coûte à produire. Tant que ce problème n'est pas réglé, les objectifs de circularité resteront sur le papier. ## Le prix, verrou numéro un Le rPET (PET recyclé) de qualité alimentaire se négocie autour de 1 300 euros la tonne en Europe au premier trimestre 2026. Le PET vierge est à 950 euros. L'écart est de 350 euros par tonne. Pour un embouteilleur qui achète 10 000 tonnes par an, ça fait 3,5 millions d'euros de surcoût. Personne ne paie ça de gaieté de cœur. Le plastique n'est pas un cas isolé. L'aluminium secondaire est compétitif (il coûte 30 à 40 % moins cher que le primaire grâce à l'économie d'énergie à la refonte). Le verre recyclé aussi, parce que le calcin coûte moins cher à fondre. Mais pour les plastiques, le papier-carton recyclé de haute qualité et certains métaux ferreux, la matière secondaire reste plus chère que la matière vierge. La raison est simple. Le pétrole est bon marché. Le gaz naturel aussi. Les résines vierges sortent des vapocraqueurs à un coût que les filières de recyclage, avec leurs étapes de collecte, tri, lavage, extrusion, ne peuvent pas concurrencer. Même avec un Brent autour de 100 dollars le baril, les résines vierges restent compétitives face au recyclé. Il faudrait un différentiel de prix bien plus important, ou une taxe sur le vierge, pour que le [recyclage chimique](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) et le recyclage mécanique gagnent la bataille économique. Un client industriel que j'ai croisé au salon FederRec à Albi en mars m'a résumé la situation : "Je veux bien mettre 5 % de recyclé dans mes emballages, mais pas si ça me coûte 30 % de plus. Mon directeur financier ne signe pas." C'est brutal, mais c'est la réalité de 90 % des acheteurs. ## L'absence de norme européenne unifiée Il n'existe pas de standard européen unique pour qualifier une matière première secondaire. Un rPET food-grade évalué favorablement par l'EFSA (agence européenne basée à Parme) est théoriquement reconnu dans toute l'UE, mais dans la pratique, les cahiers des charges internes des industriels ajoutent des exigences nationales qui fragmentent le marché. Un granulé de plastique recyclé produit en Espagne peut être refusé par un transformateur italien pour non-conformité à ses propres cahiers des charges internes. Le règlement PPWR ([emballages européens 2026](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026)) impose des taux d'incorporation de matière recyclée. 30 % de rPET dans les bouteilles d'ici 2030. Sauf que le PPWR ne dit pas comment certifier cette matière. Chaque État membre, chaque organisme de certification, chaque industriel applique ses propres critères. Résultat : un recycleur qui veut vendre sa matière dans quatre pays européens doit passer quatre certifications différentes. Le coût administratif et technique est dissuasif pour les PME du recyclage. La Commission européenne travaille sur des critères "end-of-waste" harmonisés. Mais les discussions traînent depuis 2018. Le cuivre et le verre ont des critères adoptés. Les plastiques, le papier, les textiles : toujours en attente. Huit ans de discussions pour ne pas aboutir, c'est long. Je ne suis pas sûr que la Commission arrivera à imposer un standard unique d'ici 2028 comme elle l'annonce. Les lobbys industriels de chaque pays défendent leurs propres normes, et aucun n'a intérêt à lâcher du terrain. ## La demande est molle Le [taux d'incorporation de matière recyclée](/taux-recyclage-materiaux-france-2026) dans l'industrie européenne stagne autour de 12 % en moyenne. Le taux de circularité de l'UE (la part de matières secondaires dans la consommation totale de matières) était à 11,5 % en 2022 selon Eurostat, et atteint 12,2 % en 2024, son plus haut niveau historique. La progression existe, mais elle reste trop lente pour tenir les objectifs de 2030. Les obligations réglementaires arrivent. Le PPWR impose 30 % de rPET en 2030. La directive batteries impose des taux de récupération du lithium, cobalt, nickel. Le [Circular Economy Act](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030), attendu pour le troisième trimestre 2026, vise à doubler le taux de circularité d'ici 2030 (soit environ 24 %). Mais en 2026, ces obligations ne sont pas encore en vigueur ou ne concernent que des filières ciblées. Les grandes marques communiquent sur leurs engagements "100 % recyclé" ou "emballage circulaire". Dans les faits, la majorité achète le minimum légal de matière recyclée et complète en vierge. Le prix reste le critère d'achat dominant. La [prime au plastique recyclé](/prime-plastique-recycle-rep-2026) via les éco-contributions modulées (bonus-malus REP) devait corriger le tir. Son impact reste marginal : quelques centimes par emballage, pas de quoi compenser un surcoût de 350 euros la tonne. ## Ce qui pourrait débloquer la situation Deux pistes ont du sens. La première : une taxe sur les résines vierges, à l'échelle européenne. Si le plastique vierge coûte plus cher, le recyclé devient compétitif mécaniquement. La Fondation Ellen MacArthur le demande depuis 2019. Plusieurs eurodéputés ont déposé des amendements en ce sens lors des négociations PPWR. Ils ont été rejetés. L'industrie pétrochimique a fait son travail de lobbying. La seconde : les contrats d'achat long terme entre recycleurs et industriels, avec un prix fixe garanti sur cinq ans. Ça existe déjà pour le rPET alimentaire entre quelques grands embouteilleurs et des recycleurs comme Plastipak ou Veolia. Mais ça reste l'exception. La majorité des transactions MPS se font au spot, avec des prix volatils qui découragent l'investissement dans les capacités de recyclage. L'[économie circulaire industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) fonctionne là où les boucles sont courtes : un déchet d'usine A devient la matière première d'usine B, sur le même site ou à proximité. La [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere) de Kalundborg au Danemark en est la preuve depuis quarante ans. Mais généraliser ce modèle à l'échelle d'un marché continental de 450 millions de consommateurs, c'est un autre problème. ## Le vrai frein, c'est politique L'Europe a les capacités techniques de recycler davantage. Les centres de tri se modernisent. Le [recyclage chimique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) monte en puissance. Les collectes s'améliorent. Le goulet d'étranglement n'est pas technique. Il est économique et réglementaire. Rendre le recyclé compétitif demande un choix politique : soit on taxe le vierge, soit on impose des taux d'incorporation contraignants avec des sanctions qui mordent. Subventionner le recyclé est une troisième voie, mais aucun État membre ne veut ouvrir ce chèque. L'Europe a choisi la troisième option avec le PPWR, mais les échéances sont à 2030, les sanctions sont floues, et les dérogations nombreuses. En attendant, les recycleurs européens vendent leur matière à perte ou la stockent en espérant une remontée des cours. Certains ferment. Plusieurs recycleurs ont réduit leurs capacités de tri plastique fin 2025, faute de débouchés rentables. Quand les lignes ferment, c'est la capacité industrielle qui recule. Et quand les obligations de 2030 arriveront, on n'aura plus les usines pour produire les volumes de matière recyclée nécessaires. C'est le paradoxe de ce marché. On sait quoi faire. On a voté les textes. On a fixé les objectifs. Mais on refuse de toucher au seul paramètre qui compte : le prix relatif entre matière vierge et matière recyclée. Tant que le vierge est moins cher, le recyclé reste un marché de niche. Point. ## Sources - [Eurostat - Circular material use rate, EU, 2010-2024](https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Circular_economy_-_material_flows) - [ICIS - European rPET pricing Q1 2026](https://www.icis.com/explore/commodities/chemicals/recycled-pet/) - [European Commission - End-of-waste criteria](https://environment.ec.europa.eu/topics/waste-and-recycling/waste-framework-directive/end-waste-criteria_en) - [Ellen MacArthur Foundation - The New Plastics Economy: Catalysing Action (2017, updated 2024)](https://www.ellenmacarthurfoundation.org/the-new-plastics-economy-catalysing-action) - [FederRec - État du marché des matières premières de recyclage 2025](https://www.federec.com/) - [Actu-Environnement - Matières premières de recyclage : un marché sous tension](https://www.actu-environnement.com/) --- ## CO2 supercritique et rPET : plastique recyclé food-grade - URL: https://www.recy.net/co2-supercritique-purification-plastique-recycle-contact-alimentaire/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-23T08:00:00 - Categories: recyclage Le plastique recyclé ne touche presque jamais votre nourriture. Pas parce qu'il est sale, mais parce que les procédés classiques ne garantissent pas l'élimination des contaminants absorbés pendant la première vie de l'emballage. Solvants, encres, résidus de produits ménagers : tout ce que le plastique a croisé dans la poubelle reste piégé dans la matrice polymère. Le recyclage mécanique broie, lave, refond. Il ne purge pas. C'est le verrou. Et c'est pour ça que le [taux d'incorporation de plastique recyclé dans l'alimentaire](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet) reste aussi bas malgré les obligations réglementaires. Le CO2 supercritique est la seule technologie qui s'attaque frontalement à ce problème. ## Le problème : la contamination migre Un emballage PET de bouteille d'eau, après collecte, passe par un centre de tri, un broyeur, un bain de lavage, une extrudeuse. À la sortie, on obtient des granulés de rPET. Propres en apparence. Sauf que le PET est un polymère semi-cristallin dont la structure absorbe les molécules organiques volatiles au contact : limonène d'un jus d'orange stocké à côté, benzaldéhyde d'un nettoyant, toluène d'une colle. Ces contaminants ne partent pas au lavage. Ils migrent ensuite vers l'aliment si le plastique est réutilisé en contact direct. L'EFSA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) évalue les procédés de recyclage via un challenge test et un seuil d'exposition alimentaire (TTC de 0,0025 µg/kg de poids corporel par jour), un niveau de purification que le lavage mécanique seul ne garantit pas. Le lavage mécanique standard ne descend pas en dessous de 50 à 200 ppb selon les lots. Largement insuffisant. C'est pour ça que la majorité du rPET finit dans les fibres textiles, les barquettes non alimentaires, les sangles de cerclage. Du downcycling. Le matériau perd de la valeur à chaque cycle au lieu d'en conserver. Le [recyclage chimique par pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse) contourne le problème en décomposant tout pour repartir de monomères vierges, mais son bilan énergétique est lourd. Le CO2 supercritique propose une troisième voie : purifier sans détruire. ## Le CO2 supercritique, concrètement Au-dessus de 31,1 °C et 73,8 bars, le CO2 passe en état supercritique. Il n'est plus gazeux, plus liquide : il combine la densité d'un liquide (il dissout des molécules) et la viscosité d'un gaz (il pénètre les micropores du polymère). C'est un solvant puissant qui ne laisse aucun résidu, puisqu'en relâchant la pression il redevient du gaz et s'évapore intégralement. Le procédé fonctionne en quatre temps. Les granulés de rPET sont chargés dans un autoclave haute pression. Le CO2 est comprimé et chauffé au-delà du point critique. Il circule à travers le lit de granulés pendant 2 à 6 heures selon le niveau de contamination. Les contaminants dissous sont emportés dans le flux de CO2, puis séparés par dépressurisation dans un séparateur cyclone. Le CO2 est recapturé et réinjecté en boucle fermée. À la sortie, le rPET affiche des niveaux de contaminants inférieurs à 1 ppb. Dix fois sous le seuil EFSA. Le polymère conserve ses propriétés mécaniques : viscosité intrinsèque, cristallinité, résistance à la traction. Pas de dégradation thermique, pas de coupure de chaînes. C'est du recyclage mécanique augmenté, pas du recyclage chimique. ## Qui fait quoi en Europe L'industrie n'a pas attendu. Plusieurs acteurs intègrent ou testent le CO2 supercritique dans leurs lignes de recyclage PET food-grade. En France, SFE Process (spin-off du CEA) et l'IPC (Centre technique industriel de la plasturgie) travaillent sur des modules de décontamination supercritique intégrables aux lignes de recyclage PET. Des pilotes industriels tournent depuis le début des années 2020, avec des capacités de l'ordre de 1 000 à 3 000 tonnes par ligne et par an. En France, le sujet avance plus lentement. Les recycleurs PET historiques (Paprec, Suez, Veolia) opèrent des lignes mécaniques classiques avec super-nettoyage et décontamination thermique sous vide (procédé SSP, solid-state polycondensation). Le SSP fonctionne pour le PET bouteille transparent bien trié, qui est le flux le plus propre. Pour les flux plus contaminés (barquettes, PET opaque, multicouches), le SSP atteint ses limites et c'est là que le supercritique prend son sens. J'ai discuté avec un responsable R&D d'un recycleur français l'an dernier (je ne peux pas le nommer, NDA oblige). Son retour était direct : "On sait que le supercritique marche. Le problème, c'est le CAPEX. Un module haute pression sur une ligne existante, c'est 2 à 4 millions d'euros. Tant que le spread entre rPET food-grade et rPET standard ne justifie pas l'investissement, on reste au SSP." ## Le verrou économique, pas technologique Le CO2 supercritique fonctionne. Ce n'est pas un procédé de labo. Les preuves de concept industrielles existent depuis le début des années 2020. Le frein est économique. Le rPET food-grade se vend entre 1 200 et 1 500 euros la tonne en Europe, contre 800 à 1 000 euros pour du rPET standard (données ICIS, premier trimestre 2026). Le spread est de 300 à 500 euros la tonne. Un module supercritique coûte 2 à 4 millions d'euros, consomme de l'énergie pour la compression (environ 0,3 kWh par kg de PET traité), et nécessite de la maintenance haute pression. Sur une ligne de 2 000 tonnes par an, le surcoût opérationnel tourne autour de 150 à 250 euros la tonne. Les marges sont serrées. Le calcul ne tient que si le prix du rPET food-grade monte (probable, vu les obligations d'incorporation du [règlement PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) : 30 % de contenu recyclé dans les bouteilles PET d'ici 2030) ou si le volume traité augmente pour amortir le CAPEX. Je suis partagé sur la vitesse à laquelle ça va bouger. Le règlement PPWR crée une demande réglementaire, c'est certain. Mais entre la publication d'un règlement européen et le moment où un recycleur français signe un bon de commande pour un autoclave haute pression, il se passe deux à cinq ans. Minimum. ## Au-delà du PET Le CO2 supercritique ne se limite pas au PET. Des travaux de recherche (notamment à l'université de Birmingham et au Fraunhofer IVV en Allemagne) testent la décontamination des polyoléfines : PEHD et PP, les plastiques des flacons de shampoing et des pots de yaourt. Les résultats préliminaires sont encourageants mais moins nets que pour le PET, parce que les polyoléfines sont plus perméables et absorbent davantage de contaminants. Il faut des temps de traitement plus longs et des pressions plus élevées, ce qui alourdit le bilan. L'autre application qui monte, c'est la purification des plastiques recyclés pour le [contact alimentaire dans l'économie circulaire industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026). Les industriels de l'agroalimentaire qui veulent boucler leur boucle emballage (collecter, recycler, réutiliser le même plastique) ont besoin d'une garantie de pureté que le mécanique seul ne donne pas. Et il y a un angle que peu de gens voient : le CO2 supercritique pourrait rendre viable le recyclage food-grade de flux aujourd'hui exclus. Les [barquettes PET multicouches](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique), les emballages colorés, les flux post-consommation mélangés. Tout ce qui part au downcycling ou à l'incinération faute de pouvoir garantir la pureté alimentaire. Si le supercritique permet de qualifier ces flux, le gisement de rPET food-grade explose. Et le calcul économique change. ## Le fond du sujet Le plastique recyclé n'a pas de problème de volume. La France collecte suffisamment de PET pour couvrir une part significative de la demande des embouteilleurs. Le problème, c'est la qualification. Tant qu'on ne sait pas prouver à l'EFSA que chaque lot de rPET est en dessous de 10 ppb, le matériau reste cantonné aux usages non alimentaires. Le CO2 supercritique résout ce problème technique. Pas demain : aujourd'hui. Les machines existent, les données de validation existent, les autorisations EFSA pour des procédés intégrant du supercritique existent. Ce qui manque, c'est le signal économique. Le [règlement PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) va le donner, parce que 30 % d'incorporation en 2030 dans les bouteilles PET, ça ne se fera pas avec du SSP sur les flux les plus propres uniquement. Mon pronostic : d'ici 2028, au moins deux recycleurs français auront installé des modules supercritiques sur leurs lignes PET. Pas par conviction écologique, par nécessité commerciale. Les embouteilleurs vont exiger du rPET food-grade certifié en volumes que le SSP seul ne pourra pas fournir. Et le supercritique sera la réponse la plus directe. Pas la seule (le [recyclage enzymatique de Carbios](/recyclage-enzymatique-plastique-pet) vise le même marché par un autre chemin), mais la plus rapide à installer sur des lignes existantes. ## Sources - [EFSA - Safety assessment of recycled PET processes](https://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/food-contact-materials) - [SFE Process - Extraction et purification par CO2 supercritique](https://www.sfe-process.com/) - [Fraunhofer IVV - Supercritical CO2 decontamination of post-consumer plastics](https://www.ivv.fraunhofer.de/en/forschung/verpackungsmaterialien-und-formgebung/recycling.html) - [ICIS - European rPET pricing Q1 2026](https://www.icis.com/explore/commodities/chemicals/polyethylene-terephthalate-pet/) - [Règlement PPWR - Parlement européen, texte consolidé](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2025/40) --- ## Déchets bois en France : 1,6 Mt enfouies, filière patine - URL: https://www.recy.net/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-23T05:00:00 - Categories: valorisation 1,6 million de tonnes de bois collecté qui finit en enfouissement chaque année en France. Collecté, trié, acheminé. Puis enterré. Je trouve ça aberrant. On produit 8,7 Mt de déchets bois par an, on en collecte 7,4 Mt, et malgré ça une partie non négligeable reste traitée comme un déchet ultime. Le problème n'est pas le gisement. C'est la filière. ## Le vrai bilan : 8,7 Mt et des trous dans la raquette Les chiffres ADEME 2024 posent le cadre. 8,7 Mt produites. 7,4 Mt collectées. Sur ces 7,4 Mt collectées, 5,8 Mt sont valorisées : 3,2 Mt en recyclage matière, 2,6 Mt en valorisation énergétique. Reste 1,6 Mt enfouies. Et il y a l'export. 1,8 Mt quittent le territoire chaque année. Belgique (27 %), Italie (25 %), Espagne (22 %). On envoie notre bois chez les voisins parce qu'on n'a pas la capacité de le traiter ici. L'Italie, justement, recycle 83 % de ses déchets bois en matière et fabrique des panneaux contenant jusqu'à 95 % de bois recyclé. Le taux le plus haut de l'UE. L'Allemagne, elle, incinère environ 70 % de son bois collecté pour l'énergie et ne dirige que 15 à 30 % vers les panneaux. La France est entre les deux. Ni le modèle vertueux italien, ni le choix assumé allemand de tout brûler. On hésite. ## La classification qui conditionne tout Depuis 2022, les déchets bois sont classés en quatre catégories. Ça change la donne pour toute la chaîne. Classe A : biomasse pure. Bois non traité, non peint, non collé. Palettes, caisses, cagettes. C'est le flux noble. Classe BR1 : bois faiblement traité, éligible à la sortie de statut de déchet. Meubles en bois massif, portes intérieures. Recyclable en panneaux sans souci. Classe BR2 : bois traité ou souillé, recyclable uniquement en panneaux particules avec un procédé adapté. Bois peint, vernis, mélaminé. La majorité des meubles qu'on jette. Classe C : le dangereux. Bois traité CCA (cuivre-chrome-arsenic) ou créosoté. Environ 80 000 t par an. Recyclage interdit. Incinération en installation classée obligatoire. Les vieux poteaux téléphoniques, les traverses de chemin de fer. Pas de solution miracle pour ce flux, et c'est normal. Dans certains centres de tri, des lots entiers sont reclassés de BR1 en BR2 parce qu'un seul panneau mélaminé s'est glissé dans le tas. La contamination croisée est le cauchemar quotidien des trieurs. Et c'est une des raisons pour lesquelles du bois valorisable finit en enfouissement : dans le doute, on déclasse. ## Le BTP, premier fournisseur et premier problème Le BTP génère environ 2,5 Mt de déchets bois par an, soit 33 % du gisement total. Charpentes, coffrages, palettes de chantier, menuiseries. Depuis le 16 juillet 2021, la loi AGEC impose le [tri obligatoire du bois sur chantier](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction) dans le cadre des 7 flux. En théorie. En pratique, j'observe encore des bennes mélangées sur les petits chantiers. Le bois part avec le plâtre, les gravats, le plastique. Le tri à la source n'est pas entré dans les habitudes de tous les artisans. Et sans tri correct en amont, la filière aval ne peut pas absorber le flux proprement. La [REP PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france) a fait bouger les lignes. Valobat a doublé ses volumes de collecte bois en 2025 : 250 000 t contre 120 000 t l'année précédente. L'abattement de la filière bois via les éco-organismes REP PMCB représente environ 45 millions d'euros. Ecomaison, de son côté, collecte 760 000 t par an et transforme 500 000 t en panneaux recyclés, soit 70 % de son flux. C'est le premier fournisseur de bois recyclé en France. Mais la refonte de la REP PMCB annoncée le 20 mars 2025 par le ministre de la Transition écologique laisse planer un doute. On ne sait pas encore si les barèmes vont évoluer à la hausse ou si des objectifs contraignants de recyclage matière seront imposés. Les tensions régionales montent : Normandie, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté risquent l'insuffisance de capacité dès 2025. ## Les panneaux de particules : le débouché qui stagne L'approvisionnement des fabricants de panneaux particules en France se répartit ainsi : 40 % de rondins (bois vierge), 25 % de connexes de scieries, 35 % de bois recyclés. Le taux d'incorporation de bois recyclé dans les panneaux particules français était de 46 % en 2021. C'est correct, mais l'Italie fait beaucoup mieux. Egger France exploite deux usines (Rion-des-Landes et Rambervillers) et incorpore jusqu'à 30 % de bois recyclé dans ses panneaux. Paprec, avec 25 usines et 750 000 t traitées par an dont plus d'un million de palettes, est le deuxième recycleur bois en France. Le marché des panneaux a morflé en 2024 : -5 % en production, -6 % en prix. Une reprise de +1 % est attendue en 2025. Je ne suis pas certain que ce soit suffisant pour absorber les volumes croissants de bois recyclé que la REP PMCB va pousser vers le marché. Si la demande de panneaux stagne et que l'offre de matière recyclée augmente, les prix du bois recyclé vont s'effondrer. Et avec eux, l'incitation économique au tri. ## L'objectif emballages bois de l'UE Sur un sujet proche, découvrez notre article : [CSR : quand les déchets non recyclables deviennent du combustible](/csr-combustibles-solides-recuperation-valorisation-energetique-france). L'Union européenne fixe des objectifs de recyclage pour les emballages bois : 42 % d'ici 2024, 45 % d'ici 2027. La France est dans les clous grâce aux palettes, mais pas grâce au bois de construction. Les palettes se recyclent bien parce que le flux est homogène, la logistique est rodée, et les acteurs sont structurés. Le reste du bois d'emballage (caisses, calages) est plus dispersé et moins bien capté. ## La RE2020 : un effet indirect, pas immédiat Je lis souvent que la RE2020 va booster le recyclage du bois. C'est à la fois vrai et faux. La RE2020, avec sa méthode ACV dynamique et son indicateur Stock C, valorise le stockage carbone des matériaux biosourcés dans la [construction](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026). Ça pousse les maîtres d'ouvrage à utiliser plus de bois dans les bâtiments neufs. Mais l'effet sur le recyclage est décalé de 20 à 50 ans. Les bâtiments construits en bois aujourd'hui ne seront démolis que dans plusieurs décennies. La RE2020 stimule la construction bois, pas directement le recyclage en fin de vie. L'impact réel sur la filière de valorisation des déchets bois, c'est pour la génération suivante. Ce qui aide maintenant, c'est que la RE2020 crée une culture du bois dans le BTP. Plus de bois en construction signifie plus de chutes sur chantier, plus de chutes à trier et valoriser. L'effet indirect existe, mais il est modeste à court terme. ## Projections 2028 : est-ce qu'on y arrivera ? Les projections tablent sur un recyclage matière passant de 1,6 Mt actuellement (je suppose que c'est un chiffre de référence antérieur) à 2,5 Mt en 2028, et une valorisation énergétique montant à 5,6 Mt. Si ces chiffres se réalisent, l'enfouissement devrait baisser significativement. Mais je reste sceptique. Pour y arriver, il faut simultanément augmenter les capacités de tri, structurer la collecte en zone rurale, maintenir la demande des fabricants de panneaux, et empêcher que l'export reste la solution de facilité. C'est beaucoup de conditions à remplir en même temps. Et le marché des panneaux, en baisse, n'envoie pas le bon signal. Mon constat : la filière bois française est à un carrefour. Elle a les volumes, les acteurs industriels, le cadre réglementaire. Ce qui manque, c'est la coordination entre le tri amont et les débouchés aval. Tant que 1,6 Mt finissent sous terre et 1,8 Mt traversent la frontière, on ne peut pas dire que ça fonctionne. ## Sources - [Comment mieux valoriser les déchets de bois en France](https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/comment-mieux-valoriser-les-dechets-de-bois-en-france), Notre-Environnement, données ADEME 2024 - [Un tiers des déchets de bois collectés est exporté](https://www.bioenergie-promotion.fr/102042/un-tiers-des-dechets-de-bois-collectes-en-france-est-exporte-sans-valorisation-sur-le-territoire/), Bioénergie Promotion - [La France croule sous les déchets bois et exporte massivement](https://www.batirama.com/article/84257-la-france-croule-sous-les-dechets-bois-et-exporte-massivement.html), Batirama - [Classification déchets bois 2022](https://www.codifab.fr/uploads/media/62867d4fa564a/csf-classification-dechets-bois-v0.pdf), CODIFAB/CSF - [Barèmes PMCB](https://www.valobat.fr/baremes-pmcb/), Valobat - [Recyclage bois panneaux particules Italie](https://procedia-esem.eu/pdf/issues/2023/no2/14_Pazzaglia_23.pdf), Procedia ESEM --- ## Décharges sauvages : qui paie les 340 M€ ? - URL: https://www.recy.net/decharges-sauvages-cout-nettoyage-sanctions-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-22T08:00:00 - Categories: dechets Un million de tonnes de déchets abandonnés dans la nature chaque année en France. Pas dans les poubelles, pas en déchetterie : dans les fossés, les chemins forestiers, les terrains vagues. Et la facture atterrit systématiquement au même endroit : sur le budget des communes. Je bosse sur ce sujet depuis un moment, et le constat est limpide. Le système de sanctions existe sur le papier. Sur le terrain, les maires sont seuls. ## Le vrai coût : pas celui qu'on croit Les chiffres de l'ADEME sont clairs. En moyenne, une commune française dépense environ 60 000 euros par an pour nettoyer les dépôts sauvages sur son territoire. Ramené par habitant, ça fait à peu près cinq euros par personne et par an. Total national : plus de 340 millions d'euros sortis des budgets des collectivités. Chaque année. Pour mettre ça en perspective, le rapport du Sénat de 2022 (n° 552) estime que neuf collectivités sur dix sont concernées. Pas les grandes métropoles avec des moyens. Toutes. Y compris les petites communes rurales où le budget total de fonctionnement tient sur un tableur Excel. Le coût d'enlèvement tourne autour de 900 euros la tonne. Une benne de gravats abandonnée sur un chemin communal, c'est entre 2 000 et 5 000 euros de nettoyage pour une commune qui n'a rien demandé. Et quand le dépôt contient de l'amiante (6 % des dépôts selon l'étude de Saint-Quentin), les prix explosent : désamiantage, transport en centre agréé, analyse préalable. On parle de dizaines de milliers d'euros pour un seul site. La réalité que personne ne dit : 87 % des collectivités n'ont même pas de données chiffrées sur leurs dépôts sauvages (ADEME, 2019). Le coût réel est probablement sous-estimé. ## Les déchets du BTP, premier responsable Le secteur du bâtiment produit 46 millions de tonnes de déchets par an. C'est le premier gisement de déchets en France, et de loin. L'étude menée à Saint-Quentin montre que 22 % des dépôts sauvages identifiés proviennent de chantiers : gravats, résidus de construction, isolants. La [filière REP PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france) devait régler ce problème. Deux ans après son lancement, les dépôts sauvages de déchets BTP n'ont pas diminué de façon mesurable. La composition des dépôts à Saint-Quentin donne une photographie utile : ordures ménagères 35 %, mobilier usagé 20 %, gravats 11 %, résidus de chantier 11 %, végétaux 9 %, amiante 6 %. Le reste, c'est du tout-venant. Ce qui m'interpelle, c'est la part de mobilier. Vingt pour cent. Les [obligations de gestion des déchets en entreprise](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques) existent, les déchetteries acceptent les encombrants. Mais quand la déchetterie ferme à 17h et que la benne coûte 150 euros, certains font le choix du fossé. À Saint-Quentin, les dépôts recensés sont passés de 46 en 2019 à 153 en 2020, soit une hausse de 233 %. Le confinement a sa part d'explication (déchetteries fermées, travaux à domicile). Reste que la courbe ne redescend pas vraiment après. ## Les sanctions : un arsenal théorique La loi AGEC de 2020 a renforcé l'arsenal répressif. Les montants font mal, en théorie. L'amende forfaitaire pour abandon de déchets est passée à 1 500 euros (minorable à 1 000, majorable à 2 500). Le maire peut infliger une amende administrative allant jusqu'à 15 000 euros. Pour les cas les plus graves, qualifiés de délit avec dégradation substantielle de la faune, de la flore ou de la qualité des eaux, les peines montent à trois ans de prison et 150 000 euros d'amende pour une personne physique, 750 000 euros pour une personne morale (loi Climat et Résilience du 22 aout 2021, article 296). Et la bonne vieille contravention de 4e classe à 135 euros reste disponible pour les cas courants. La [fiscalité déchets](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites) prévoit aussi la TGAP pour décourager l'enfouissement, mais elle ne touche pas directement les dépôts sauvages. Le problème n'est pas le montant des amendes. C'est la capacité à les appliquer. ## La réalité du terrain : impossible de verbaliser La France compte moins de 700 gardes-champêtres pour 35 000 communes. Faites le calcul. Près d'un maire sur deux estime que le phénomène s'aggrave sur son territoire. En face, les effectifs de contrôle sont squelettiques. Le rapport du Sénat documente une hausse de 85 % des infractions constatées entre 2017 et 2021, d'après les chiffres de la Gendarmerie. Ce n'est pas qu'il y a plus de contrôles : il y a plus de dépôts, et ils deviennent plus visibles, plus volumineux. J'ai du mal à comprendre comment on peut annoncer des amendes de 15 000 euros quand il n'y a personne pour les infliger. Le cadre juridique est solide depuis la loi AGEC. Ce qui manque, c'est du personnel de contrôle et une chaîne pénale qui traite effectivement les dossiers au lieu de les classer. Quelques collectivités ont pris les choses en main. Montélimar a installé de la vidéosurveillance sur ses points noirs : 279 PV dressés en 20 mois. Ça fonctionne. Le coût est supportable pour une ville de cette taille. Pour une commune de 800 habitants avec un budget d'investissement de 50 000 euros annuels, c'est une autre histoire. ## Le [greenwashing des solutions](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) citoyennes Des applications de signalement existent : Clean2gether, Stop Décharges Sauvages, Trashout. L'intention est bonne. Mais signaler un dépôt ne le fait pas disparaître. Il faut encore que la commune ait le budget pour intervenir, identifie le responsable, engage la procédure administrative, et fasse exécuter la sanction. Plus d'un tiers des Français reconnaissent avoir déjà abandonné un déchet dans la nature, selon Gestes Propres (2025). Ce chiffre me paraît même sous-estimé vu la tendance à minimiser ce genre de comportement en sondage. Le vrai sujet n'est pas la sensibilisation. Tout le monde sait qu'on ne balance pas ses gravats dans un bois. Le vrai sujet, c'est le coût de la mise en conformité pour le citoyen et le professionnel : une benne de gravats en déchetterie, le trajet, le temps, parfois le refus parce que la déchetterie est pleine ou que le déchet ne rentre pas dans la bonne case. Le [recyclage des déchets BTP](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction) a ses filières, mais l'accès reste compliqué pour les petits artisans et les particuliers. ## Ce qui marcherait (mais coûte cher) L'ADEME estime l'ampleur à plus de 100 000 sites touchés en France, avec au moins 36 000 décharges à ciel ouvert identifiées. Pour traiter ça sérieusement, il faudrait un plan national avec du financement dédié. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) a posé le cadre juridique. Ce qui manque : des brigades de contrôle environnemental à l'échelle intercommunale (pas communale, personne n'a les moyens seul) et un accès gratuit et sans conditions aux déchetteries pour les professionnels comme pour les particuliers. La vidéosurveillance ciblée sur les points noirs récurrents a prouvé son efficacité à Montélimar, mais ça reste un outil local. La REP PMCB le promet pour le BTP, mais on a vu les limites. Le coût de la prévention sera toujours inférieur au coût du nettoyage. Neuf cents euros la tonne en enlèvement contre quelques dizaines d'euros en tri correct. L'équation est simple. La volonté politique, beaucoup moins. ## Sources - Rapport du Sénat n° 552 (2022), "Les décharges sauvages, un fléau pour les collectivités locales" - ADEME, étude sur les dépôts sauvages et coûts de gestion pour les collectivités (2019) - Légifrance, loi AGEC n° 2020-105 du 10 février 2020 - Gestes Propres, baromètre des comportements citoyens (2025) - France Bleu, bilan vidéosurveillance Montélimar (2024) - Gazette des communes, analyse des pouvoirs de police du maire (AGEC) - Légifrance, loi Climat et Résilience n° 2021-1104 du 22 aout 2021 - Étude de cas Saint-Quentin, caractérisation des dépôts sauvages --- ## Photocatalyse et NOx : trottoirs dépolluants, ça marche ? - URL: https://www.recy.net/photocatalyse-depollution-air-revetements-nox-ville/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-22T08:00:00 - Categories: economie-circulaire Il y a deux ans, un client m'a envoyé un article sur des dalles de trottoir qui « mangent la pollution ». Sa question : est-ce qu'on peut intégrer ça dans un projet de réaménagement urbain et le valoriser dans un bilan carbone ? J'ai creusé. Et la réponse courte, c'est : ça dépend de ce qu'on entend par « marcher ». ## Le principe en 30 secondes Le dioxyde de titane (TiO2), quand il est exposé aux UV du soleil et à l'oxygène de l'air, déclenche une réaction chimique qui décompose les oxydes d'azote (NO et NO2) en nitrates. Les nitrates sont ensuite lavés par la pluie et évacués dans le réseau pluvial. C'est la photocatalyse. On intègre du TiO2 dans un béton, un enduit, un enrobé routier, et la surface devient « dépolluante ». Sur le papier, c'est élégant. Pas d'énergie consommée, pas de filtre à changer, pas de maintenance. Le soleil fait le boulot. ## Le terrain raconte une autre histoire En labo, les chiffres donnent envie d'y croire. Le revêtement NOxer d'Eurovia (filiale Vinci) affiche 90 % de dégradation des NOx en conditions contrôlées. Les dalles EcoGranic d'UrbaTP revendiquent 80 % sur les NOx et 75 % sur les composés organiques volatils. Sauf que le labo, c'est un tube fermé, avec une lampe UV calibrée, un flux d'air constant, une surface neuve. La ville, c'est autre chose. Eurovia a déployé NOxer pour la première fois à Dinan en 2006. Depuis, des tests ont suivi à Vanves et sur le périphérique parisien (un mur antibruit avec liant photocatalytique TX Aria d'Italcementi). Les campagnes de mesure montrent des réductions de NOx entre 20 et 60 % à proximité immédiate de la surface traitée. L'écart avec le labo est brutal. Et il s'aggrave avec le temps. Le problème principal, c'est l'encrassement. Les résidus d'huile moteur, la poussière de pneus, les particules fines se déposent sur la surface et bloquent l'accès du TiO2 à la lumière. La photocatalyse repose sur un contact direct entre le catalyseur, les UV et le polluant. Dès que la surface est encrassée, l'efficacité chute. Une étude menée à Vanves entre décembre 2007 et décembre 2008 par le laboratoire régional de l'ouest parisien a montré que la réduction était plus marquée pour le NO que pour le NO2, et qu'elle diminuait au fil des mois sans entretien. ## L'angle mort des nitrates Personne n'en parle, ou presque. La photocatalyse ne fait pas disparaître les NOx. Elle les transforme en nitrates. Ces nitrates sont lessivés par la pluie et finissent dans les eaux pluviales, puis dans les cours d'eau. Une communication scientifique au congrès NoMaD 2012 à l'INSA de Toulouse (INRAE) a évalué l'écotoxicité des revêtements photocatalytiques pour les matériaux de [construction circulaire](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026). Le constat : on déplace le problème de l'air vers l'eau. Les concentrations de nitrates ajoutées par la photocatalyse restent faibles par rapport aux apports agricoles dans la plupart des contextes urbains. Mais c'est un transfert de pollution, pas une élimination. Il faut le dire clairement. J'ai cherché des études récentes qui quantifient cet impact sur les milieux aquatiques récepteurs en conditions réelles d'exploitation urbaine. Je n'en ai pas trouvé de concluantes. Sur ce point, je préfère suspendre mon jugement tant qu'il n'y a pas de données solides derrière. ## Ce que ça change (et ne change pas) pour la qualité de l'air Les NOx sont un vrai problème sanitaire en ville. Le NO2 est un irritant respiratoire, il aggrave l'asthme et les maladies cardiovasculaires. En France, la pollution de l'air cause environ 40 000 décès prématurés par an selon Santé publique France. Les zones à fort trafic dépassent régulièrement les seuils européens. La photocatalyse agit à la surface et dans un rayon de quelques centimètres au-dessus du revêtement. C'est une dépollution de contact, pas une dépollution de volume. Vous ne nettoyez pas l'air à hauteur de respiration d'un piéton avec un trottoir dépolluant. Vous réduisez la concentration au ras du sol. C'est mieux que rien, mais l'impact sur l'exposition réelle des habitants reste marginal par rapport à une réduction du trafic ou à l'électrification du parc automobile. Un rapport de l'ADEME publié en 2013 (fiche technique « Épuration de l'air par photocatalyse ») concluait déjà que les dispositifs photocatalytiques ne pouvaient pas être considérés comme une solution de dépollution de l'air ambiant à eux seuls. L'ADEME recommandait de les envisager comme un complément à des politiques de réduction des émissions à la source. ## Le vrai intérêt : un outil parmi d'autres Si on arrête de vendre la photocatalyse comme une technologie miracle, il reste un outil intéressant dans certains contextes précis. Les tunnels routiers, par exemple. L'air y est confiné, la ventilation pousse les polluants vers les parois. Un revêtement photocatalytique sur les parois d'un tunnel, avec un éclairage UV dédié, peut atteindre des rendements bien supérieurs à ceux mesurés en extérieur. C'est un cas d'usage cohérent. Les cours d'école aussi. Surfaces piétonnes, peu de trafic lourd (donc moins d'encrassement), zone où la qualité de l'air a un impact direct sur des populations vulnérables. Un gestionnaire de collectivité qui intègre des dalles photocatalytiques dans une cour d'école fait un choix défendable. Pas parce que ça va résoudre la pollution, mais parce que c'est un geste local mesurable, compatible avec une approche globale de [valorisation des matériaux](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) dans l'aménagement urbain. Pour les voiries à fort trafic, le rapport coût/efficacité est moins convaincant. L'encrassement rapide oblige à des nettoyages réguliers (haute pression) pour maintenir l'effet photocatalytique. Ça génère des coûts d'entretien que personne ne budgète au moment du projet. ## Le lien avec l'économie circulaire Les dalles EcoGranic sont fabriquées à partir de granulats recyclés issus de déchets de [béton bas carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). Le TiO2 est incorporé dans la couche de surface. On a donc un produit qui combine deux logiques : réemploi de matériaux de démolition et fonctionnalité dépolluante. C'est un exemple concret d'[éco-conception industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) appliquée aux matériaux de voirie. Le [passeport numérique des produits](/passeport-numerique-produits-dpp-europe-2026), qui entrera en vigueur progressivement en Europe à partir de 2027, pourrait d'ailleurs intégrer les caractéristiques photocatalytiques des matériaux de construction. Ça permettrait de tracer la durée de vie de l'effet dépolluant et de planifier les remplacements sur données réelles, pas sur des promesses commerciales. Reste que le TiO2 lui-même pose question. Le dioxyde de titane nanoparticulaire avait été classé cancérogène suspecté par inhalation (catégorie 2) par un règlement européen de 2019. Cette classification a toutefois été annulée par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) le 1er aout 2025. Dans un revêtement lié au ciment, le risque d'inhalation est considéré comme négligeable en usage normal. En phase de pose ou de démolition, c'est une autre affaire. Les opérateurs doivent porter des protections respiratoires. Ce n'est pas un détail anodin quand on parle de déploiement à grande échelle. ## Mon verdict La photocatalyse appliquée aux revêtements urbains est une idée qui fonctionne en conditions idéales et qui se dégrade vite en conditions réelles. 90 % en labo, 20 à 60 % sur le terrain, et ça baisse avec l'encrassement. On transforme un polluant atmosphérique en polluant aquatique. Et personne ne budgète la maintenance nécessaire pour maintenir l'effet dans la durée. Ça ne veut pas dire que c'est inutile. Ça veut dire qu'il faut arrêter de promettre des « routes qui mangent la pollution » et commencer à parler de contextes d'usage précis, de coûts réels, et de performances mesurées sur cinq ou dix ans. Pas sur un test labo de 48 heures. Les tunnels, les cours d'école, les espaces piétons : oui. Les grands axes routiers : l'argent serait mieux investi dans des pistes cyclables ou des zones à faibles émissions. ## Sources - [Eurovia - Chaussée NOxer : revêtement de voirie réduisant la pollution](https://www.batiproduits.com/fiche/produits/revetement-de-voirie-reduisant-la-pollution-p69033323.html) - [Techniques de l'Ingénieur - La photocatalyse : dépollution de l'air et matériaux autonettoyants](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/la-photocatalyse-depollution-de-leau-ou-de-lair-et-materiaux-autonettoyants-6472/) - [Le Moniteur - Dépolluants ou autonettoyants, les bétons jouent un rôle actif](https://www.lemoniteur.fr/article/depolluants-ou-autonettoyants-les-betons-jouent-un-role-actif.1770394) - [ADEME - Fiche technique : Épuration de l'air par photocatalyse (2013)](https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-22652-fiche-ademe-photocatalyse.pdf) - [HAL/INRAE - Revêtements photocatalytiques : efficacité de dépollution et écotoxicité (thèse 2012)](https://hal.inrae.fr/hal-02746944) - [Actu-Environnement - Dépollution par photocatalyse : un procédé d'avenir ?](https://www.actu-environnement.com/ae/news/depollution_photocatalyse_6819.php4) --- ## Textiles sanitaires : la filière fantôme à 800 000 tonnes - URL: https://www.recy.net/textiles-sanitaires-usages-filiere-fantome-800000-tonnes/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-22T08:00:00 - Categories: recyclage Près de 783 000 tonnes de textiles sanitaires à usage unique (TSUU) sont mises sur le marché français chaque année. Hors papier toilette. Ce chiffre vient de l'ADEME et ne compte que le produit sec. Une fois utilisés, ces textiles absorbent eau, urine, fluides corporels : le tonnage de déchets grimpe à 2,44 millions de tonnes. C'est la catégorie de déchets ménagers dont le volume a le plus augmenté sur trente ans. Et il n'existe toujours pas de filière de recyclage opérationnelle pour les traiter. ## Ce que recouvrent les TSUU On parle de cinq catégories. Les lingettes (82 300 tonnes par an). Les équipements de protection individuelle et le linge à usage unique. L'hygiène papier (essuie-tout, mouchoirs). Les protections intimes absorbantes (couches, protections menstruelles, protections pour incontinence). Et les soins médicaux (compresses, alèses). L'appellation "textile sanitaire" est trompeuse : ce ne sont pas des textiles au sens classique. Ce sont des produits composites, bourrés de plastiques, de cellulose et de polymères superabsorbants (SAP), conçus pour un usage unique. Les couches bébé représentent à elles seules 351 000 tonnes, soit 3,5 milliards d'unités par an. Un enfant, c'est entre 4 000 et 5 000 couches avant la propreté, environ une tonne de déchets. Dans un foyer avec un enfant de zéro à deux ans, les couches constituent 40 % du volume de la poubelle. Cinq millions de personnes incontinentes génèrent un volume comparable. Ajoutez près de deux milliards de protections menstruelles jetées par an. Le flux est massif, constant, et personne ne sait quoi en faire. ## La thèse officielle : la REP va régler ça Le décret instaurant la REP TSUU a été publié le 5 décembre 2024, avec dix mois de retard sur le calendrier prévu par la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026). L'éco-organisme agréé est Citeo Soin & Hygiène, depuis le 30 juin 2025. L'éco-contribution est fixée à 232 euros la tonne. Sur le papier, c'est le schéma classique : les metteurs en marché paient, l'éco-organisme finance la collecte et le traitement, des solutions de recyclage émergent. Ça a fonctionné pour les emballages, pour les piles, pour les DEEE. Pourquoi pas pour les TSUU ? ## Ce que la REP couvre vraiment La REP ne s'applique qu'à la catégorie 1 : les lingettes. Soit 82 300 tonnes sur 783 000. En pourcentage : 1,2 % du tonnage total de TSUU mis sur le marché. Les couches bébé, les protections pour incontinence, les protections menstruelles, les compresses médicales : tout ça est exclu du périmètre réglementaire actuel. Même la catégorie des équipements de protection individuelle, pourtant nommée dans le texte, ne couvre pas tout : les [gants jetables en latex ou en nitrile](/recyclage-gants-latex-nitrile-industriels-france) en sortent au motif qu'ils ne contiennent aucune fibre. J'ai relu le décret deux fois pour être sûr. C'est bien ça. 98 % des TSUU ne sont pas couverts. Sept associations (Zero Waste France, Surfrider, Amorce et quatre autres) ont saisi le Conseil d'État pour contester cette limitation. Leur argument est simple : la loi AGEC prévoyait une REP couvrant l'ensemble des TSUU. Le décret l'a vidée de sa substance en ne retenant que les lingettes. Le contentieux est toujours en cours. ## Pourquoi les couches sont un cauchemar technique Une couche jetable, c'est entre 65 et 85 % de plastiques mélangés (polyéthylène, polypropylène, élastomères), de la cellulose, et du SAP (polyacrylate de sodium). Le tout collé, soudé, assemblé en multicouche. Séparer ces composants est techniquement possible. Mais la présence de matières fécales et d'urine classe le déchet comme souillé, ce qui complique la collecte, le stockage, le transport. Les couches ne sont pas des DASRI (déchets d'activités de soins à risque infectieux), sauf si un risque infectieux identifié est constaté. Mais elles restent un déchet que personne ne veut manipuler. Fater, une coentreprise entre Angelini et Procter & Gamble, a inauguré la première usine au monde de [recyclage de couches](/recyclage-couches-bebe-filiere-france-2026) à Trévise le 25 octobre 2017, avec une capacité de 10 000 tonnes par an. L'usine sépare cellulose, plastique et SAP. Huit ans plus tard, c'est encore la seule installation de ce type en fonctionnement à échelle industrielle. Ça donne la mesure de la difficulté. En France, Suez avait lancé le projet "Happy Nappy" avec un soutien de l'ADEME (40 % de subvention). Le modèle économique n'a pas été validé. Le projet est en suspens. Je ne suis pas surpris : entre la collecte séparée des couches (comment vous expliquez ça aux parents ?), le transport de matières souillées, et la revente de cellulose de qualité médiocre, l'équation ne tient pas sans un soutien financier permanent. ## Le coût pour les collectivités 14 % des ordures ménagères résiduelles sont des TSUU (donnée croisée Zero Waste France et ADEME). Ça représente 34 kilos par habitant et par an. Ces déchets finissent à 90 % en enfouissement ou en incinération. Les collectivités paient entre 600 et 800 millions d'euros par an pour les collecter et les traiter, selon Amorce. La [TGAP 2025](/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites) est à 65 euros la tonne pour l'enfouissement et 41 euros la tonne pour l'incinération. Cette fiscalité est censée rendre le recyclage compétitif. Mais quand il n'y a pas de filière de recyclage en face, la TGAP est juste une taxe de plus. Les collectivités paient pour enfouir parce qu'elles n'ont pas d'alternative. C'est d'ailleurs le point que je trouve le plus absurde dans cette histoire. On augmente la TGAP pour décourager l'enfouissement, mais on ne met pas en place la filière qui permettrait de faire autrement. On punit sans offrir de porte de sortie. ## Le vrai sujet : la composition du produit Tant que les couches contiennent 65 à 85 % de plastiques mélangés impossibles à séparer à coût raisonnable, aucune REP ne changera la donne. Le problème est en amont, dans la conception du produit. L'éco-conception des TSUU n'est pas un sujet secondaire, c'est le seul sujet qui compte. La [crise de Refashion](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026) a montré qu'une REP sans filière technique en face est une coquille vide. Les [microplastiques des lingettes](/microplastiques-cosmetiques-interdiction-bilan-un-an) polluent les réseaux d'assainissement, et quand on regarde le [taux de recyclage textile à 1 %](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur), on comprend que les chiffres de collecte ne disent rien sur le recyclage réel. Sur ce point, j'hésite encore. Est-ce qu'une REP élargie aux couches, avec une éco-contribution suffisamment élevée pour financer de la R&D en éco-conception, pourrait faire bouger les industriels ? Ou est-ce que Procter & Gamble et Kimberly-Clark continueront à produire le même produit tant que les consommateurs l'achètent ? L'histoire des REP en France ne me rend pas optimiste. ## Le décalage entre les chiffres et la réalité 783 000 tonnes mises sur le marché. 2,44 millions de tonnes de déchets. Une REP qui couvre 1,2 % du flux. Un seul site de recyclage industriel au monde, en Italie. Un projet pilote français en suspens. Et 90 % du gisement qui finit brûlé ou enterré. Les TSUU sont la filière fantôme du déchet français. Pas parce qu'on ignore le problème, mais parce que le problème est tellement massif, tellement composite (au sens propre), tellement coûteux à traiter, que tout le monde préfère regarder ailleurs. Les 600 à 800 millions d'euros annuels que les collectivités dépensent pour enfouir ces déchets sont un coût invisible, noyé dans la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Personne ne reçoit une ligne "couches et lingettes" sur sa feuille d'impôts. La REP TSUU, telle qu'elle existe aujourd'hui, est un affichage politique. Couvrir les lingettes et rien d'autre, c'est traiter la marge du problème. Les associations l'ont compris et ont saisi la justice. La suite dépend du Conseil d'État. ## Sources - ADEME, "Textiles sanitaires à usage unique", 2024 (783 000 tonnes, 2,44 Mt déchets, 5 catégories) - Zero Waste France, "Part des TSUU dans les ordures ménagères résiduelles", 2023 (14 %) - Amorce, "Coût de gestion des TSUU pour les collectivités", 2024 (600-800 M euros par an) - Légifrance, décret n° 2024-1166 du 5 décembre 2024 relatif à la REP TSUU - Citeo Soin & Hygiène, agrément éco-organisme, 30 juin 2025 - Fater S.p.A., communiqué de presse, inauguration usine Trévise, 25 octobre 2017 - L'Usine Nouvelle, "Suez et le recyclage des couches : Happy Nappy en question", 2023 - Ministère de la Transition écologique, TGAP 2025 (65 euros/t enfouissement, 41 euros/t incinération) --- ## Réemploi alimentaire : le bilan qui refroidit - URL: https://www.recy.net/reemploi-emballages-alimentaires-experimentation-ouest-bilan/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-21T08:00:00 - Categories: economie-circulaire Le réemploi des emballages alimentaires en France, c'est 0,3 %. Pas 5 %. Pas 10 %. Zéro virgule trois. L'objectif de la loi AGEC pour 2023, c'était 5 % d'emballages réemployables sur le marché. On est en 2026. On est seize fois en dessous. Et pourtant Citeo a lancé, en juin 2025, la plus grosse expérimentation de réemploi alimentaire jamais tentée en France : le dispositif ReUse, lancé dans quatre régions de l'Ouest (Bretagne, Normandie, Pays-de-la-Loire, Hauts-de-France). plus de 350 magasins, 45 marques et 6 enseignes. Objectif : 30 millions d'emballages réemployables en circulation d'ici fin 2026, avec un opérateur unique, GO ! Réemploi, pour coordonner la collecte, le tri, le lavage, la redistribution. Neuf mois après le lancement, on peut tirer un premier bilan. Il est mitigé. Et selon l'angle qu'on choisit, il est soit encourageant, soit accablant. ## La thèse optimiste : ça existe, et c'est déjà énorme Avant ReUse, le réemploi alimentaire en grande distribution n'existait pas en France. Quelques initiatives locales (Loop chez Carrefour, des tests chez Auchan), toutes abandonnées ou cantonnées à un rayon test dans trois magasins. Le [vrac en grande distribution](/vrac-grande-distribution-promesse-trahie-zero-dechet) a montré la même trajectoire : promesses, tests, retrait discret. ReUse change l'échelle. Plus de 350 points de vente, c'est du concret. Les 16 millions de consommateurs couverts par l'expérimentation peuvent acheter un yaourt, une compote, un jus de fruit dans un contenant réemployable marqué R-Cœur, le rapporter en magasin, et le contenant repart en centre de lavage. Le modèle est mutualisé : plusieurs marques partagent le même parc d'emballages. C'est la condition pour que le réemploi soit économiquement viable ; un système propriétaire (une marque, un contenant, un circuit) ne tient pas les coûts. Citeo a investi lourdement. L'appel à projets, le choix de GO ! Réemploi comme opérateur unique, la construction de centres de lavage régionaux, la standardisation des contenants : tout ça est un investissement qu'aucun acteur privé isolé n'aurait pu porter. L'objectif de 95 % de taux de retour à terme est ambitieux, calqué sur les systèmes de consigne allemands et scandinaves qui fonctionnent depuis des décennies. ## Ce que les chiffres disent vraiment Sauf que les systèmes allemands de [consigne](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france) reposent sur une obligation légale de reprise, un maillage de 130 000 points de collecte, et quarante ans d'habitudes de consommation. La France part de zéro avec un peu plus de 350 magasins. Le taux de réemploi national reste à 0,3 %. L'ADEME publie les données via son observatoire, et le constat est froid : on n'a pas bougé d'un dixième de point depuis deux ans. L'expérimentation ReUse ne couvre que quatre régions. Même si elle atteignait 100 % de ses objectifs dans le périmètre couvert, l'impact sur le taux national serait marginal. Le coût par utilisation tourne autour de 1 à 2 euros par emballage (reprise, transport vers centre de massification, lavage, redistribution). Pour un pot de yaourt à 0,80 euro, le surcoût logistique du réemploi dépasse le prix du produit. Qui paie ? Aujourd'hui, Citeo subventionne. Demain, c'est la question que personne ne veut poser. J'ai discuté avec un responsable logistique d'une enseigne participante (anonymisé, évidemment). Son retour tient en une phrase : "Le taux de retour en magasin plafonne à 20 %, et on ne sait pas comment le faire monter sans consigne financière obligatoire." Vingt pour cent. Quatre emballages sur cinq ne reviennent pas. Ils finissent dans la poubelle jaune, recyclés comme du jetable classique. Le contenant réemployable, conçu pour durer 20 cycles, fait un aller simple. ## Le vrai problème : personne ne veut de la consigne obligatoire C'est là que le débat se crispe. Le [règlement PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) européen pousse le réemploi avec des objectifs contraignants : 10 % d'emballages de boissons réemployables d'ici 2030. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) fixe 10 % pour 2027. On est à 0,3 %. L'écart est abyssal. Pour combler cet écart, il faudrait une consigne financière obligatoire sur les emballages réemployables. Comme en Allemagne ou en Scandinavie, dans tous les pays où le réemploi fonctionne vraiment. Le consommateur paie 0,15 ou 0,25 euro de consigne, il récupère la somme au retour. C'est le seul mécanisme qui tire les taux de retour au-dessus de 90 %. Le problème, c'est que la France a déjà essayé d'instaurer la [consigne](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) sur les bouteilles plastique en 2019-2020. Les collectivités locales se sont opposées (elles perdent la matière recyclable et les recettes associées). Les distributeurs ont traîné des pieds (investissement en automates, logistique de reprise). Le projet a été reporté. Et re-reporté. On attend toujours. Sans consigne obligatoire, ReUse repose sur la bonne volonté du consommateur. Et la bonne volonté, en matière de déchets, ça plafonne vite. Le vrac l'a démontré. Les sacs réutilisables l'ont démontré. Les gobelets consignés en festival l'ont démontré (et encore, là, il y a une consigne de 1 ou 2 euros, ce qui aide). Je ne sais pas si Citeo en est conscient ou si c'est un non-dit stratégique. Probablement les deux. ## Ce qu'il faudrait faire (et ce qui ne sera pas fait) Pour que l'expérimentation Ouest aboutisse à un système national viable, il faudrait deux choses. Une consigne financière sur chaque emballage réemployable, même symbolique (0,10 euro suffirait à tripler les taux de retour selon les données des pilotes belges). Et un maillage de points de retour qui dépasse la grande distribution : commerces de proximité, gares, stations-service. Les quelque 350 magasins actuels sont une goutte d'eau face aux 130 000 Pfand-Automaten allemands. La filière du réemploi pourrait générer 20 000 emplois directs selon la Banque des Territoires. Les centres de lavage, la logistique inverse, la maintenance des contenants : c'est de l'emploi local, non délocalisable. L'argument économique existe. Mais il suppose un volume critique que le volontariat seul ne peut pas atteindre. Le [cadre de l'économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) prévoit exactement ce type de boucle : produire, utiliser, récupérer, réinjecter. Le réemploi est la boucle la plus courte, celle qui consomme le moins d'énergie (pas de refonte, pas de recyclage chimique, juste du lavage). En théorie, c'est le graal. En pratique, c'est un système qui ne décolle pas parce qu'on refuse de poser le cadre contraignant qui le rendrait viable. ## Mon verdict L'expérimentation ReUse est utile. Elle prouve que la mutualisation fonctionne techniquement. GO ! Réemploi peut opérer une logistique de collecte-lavage-redistribution à l'échelle régionale. Les marques jouent le jeu (45 marques, ce n'est pas rien). Et les enseignes acceptent de dédier du linéaire au réemployable. Mais elle ne prouvera pas que le réemploi alimentaire peut atteindre 10 % du marché sans contrainte financière. Parce que ça, personne ne l'a jamais fait. Nulle part dans le monde. Chaque pays qui dépasse 5 % de réemploi a une consigne obligatoire. Chaque pays sans consigne stagne en dessous de 1 %. La France va probablement se retrouver en 2027 avec un beau dispositif ReUse étendu à huit régions, un taux de réemploi national à 0,5 ou 0,6 %, et un objectif légal de 10 % atteint nulle part. On fera un rapport. On dira que c'est encourageant. Et on repoussera l'échéance, comme on l'a fait pour le vrac, comme on l'a fait pour la consigne plastique, comme on le fait pour tout ce qui demande une décision politique impopulaire. Et ça, ça me fatigue. Pas l'expérimentation elle-même, qui est bien menée. Le refus collectif d'admettre que le volontariat ne suffit pas. On le sait. Citeo le sait. Les enseignes le savent. Et on continue à investir des millions dans un système dont le taux de retour plafonne à 20 % parce qu'on n'ose pas mettre 10 centimes de consigne sur un pot de yaourt. ## Sources - [Citeo - Le réemploi se déploie dans 4 régions françaises (ReUse)](https://www.citeo.com/le-mag/le-reemploi-se-deploie-dans-4-regions-francaises/) - [Citeo - Accélérer le réemploi des emballages alimentaires](https://www.citeo.com/accelerer-le-reemploi-des-emballages-alimentaires/) - [ADEME - Observatoire du réemploi des emballages](https://filieres-rep.ademe.fr/observatoire-reemploi-reutilisation/emballages) - [Banque des Territoires - La filière du vrac et du réemploi, un potentiel de 30 000 emplois](https://www.banquedesterritoires.fr/la-filiere-du-vrac-et-du-reemploi-demballage-un-potentiel-de-30000-emplois) - [Process Alimentaire - Citeo choisit GO ! Réemploi pour le projet ReUse](https://www.processalimentaire.com/emballage/citeo-choisit-go-reemploi-pour-son-projet-reuse) --- ## Circ à Saint-Avold : recyclage chimique du polycoton - URL: https://www.recy.net/circ-saint-avold-recyclage-chimique-polycoton-europe/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-21T06:00:00 - Categories: recyclage Le polycoton est la majorité des vêtements produits dans le monde. Et personne ne sait le recycler correctement. On sait séparer du coton pur, du polyester pur. On sait broyer, effilocher, refondre. Mais un tee-shirt en polycoton, mélange intime des deux fibres, c'est le cauchemar des recycleurs. Le truc qui finit en chiffons d'essuyage ou en combustible pour cimenterie. Pas en nouvelle fibre. Circ, une startup américaine, prétend avoir résolu ce problème. Elle vient poser ses valises en Moselle, sur la plateforme chimique de Carling-Saint-Avold, avec un chèque de 450 millions d'euros. Annonce faite au sommet Choose France en mai 2025. La réalité du terrain : c'est le plus gros pari industriel jamais tenté sur le [recyclage fibre-to-fibre du textile](/recyclage-fibre-a-fibre-textile-technologie-refashion). Les raisons d'y croire sont aussi solides que les raisons de douter. ## Le projet en bref Circ s'installe sur la plateforme Chemesis, quinze hectares coincés entre TotalEnergies, Arkema, Altuglas et Air Liquide. Le voisinage n'est pas un hasard : une usine de recyclage chimique a besoin de vapeur, d'utilités, de logistique lourde. Chemesis fournit tout ça. La capacité annoncée : 70 000 tonnes de textiles polycoton par an. En rythme de croisière, ça représente environ 200 tonnes par jour. Circ aime bien communiquer avec l'image du "million de tee-shirts par jour". C'est parlant, même si en pratique le flux d'entrée sera un mix de vêtements, draps, rideaux et chutes industrielles ; pas uniquement des tee-shirts. Côté calendrier : la concertation publique CNDP est terminée, le permis de construire est prévu au premier trimestre 2026, la construction devrait démarrer fin 2026, et la mise en service est annoncée pour 2028. Deux cents emplois directs et indirects. C'est la première usine mondiale de recyclage chimique du polycoton à cette échelle. Pas un pilote, pas un démonstrateur : une usine commerciale. ## Comment ça marche (sans la poudre aux yeux) Le procédé de Circ est hydrothermal. En clair : on plonge le textile polycoton dans de l'eau sous pression et à haute température. Les liaisons entre les fibres de coton et de polyester se rompent. Le coton est récupéré sous forme de pâte (cellulose), le polyester est isolé, purifié et renvoyé vers un producteur de fibres. C'est du [recyclage chimique](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse), pas du mécanique. Le recyclage mécanique textile, c'est l'effilochage : on déchiquette le tissu pour récupérer des fibres courtes, dégradées, qu'on mélange à de la fibre vierge pour faire du fil de qualité inférieure. Du downcycling. Le procédé Circ vise l'inverse : séparer proprement pour obtenir des matières premières de qualité équivalente au neuf, du fibre-to-fibre. Le partenaire polyester est Selenis, un producteur portugais. Il reçoit le polyester séparé et le retransforme en granulés, puis en fibre. Côté ingénierie, Worley, GEA et ANDRITZ sont sur le coup. Ce ne sont pas des inconnus, ANDRITZ fournit déjà des lignes complètes de traitement textile non-tissé. ## Pourquoi Saint-Avold, pourquoi maintenant Saint-Avold, c'est un bassin industriel en reconversion. L'ancienne centrale à charbon Émile Huchet a fermé. Chemesis cherche à remplir ses parcelles. Le foncier est disponible et les réseaux d'utilités existent. La main-d'œuvre industrielle du bassin est formée au process chimique. Pour Circ, c'est un package clé en main que peu de sites en Europe peuvent offrir. Le timing tient à deux facteurs. D'abord, l'obligation européenne de collecte séparée des textiles, entrée en vigueur en janvier 2025 (directive 2018/851). Les États membres doivent désormais collecter les textiles usagés à part. Ça crée un flux de matière qui, jusqu'ici, partait en mélange dans les ordures ménagères ou à l'export vers l'Afrique et l'Asie. Ce flux va gonfler. Il faut des débouchés industriels pour l'absorber. Ensuite, la [filière REP textile française](/filiere-rep-textile-2025-vetements) via Refashion impose une éco-contribution aux metteurs en marché. Cette contribution finance la collecte et le tri. Mais le recyclage effectif reste inférieur à un pour cent en fibre-to-fibre. Le reste, c'est de l'effilochage bas de gamme, de l'export, ou de la valorisation énergétique. Autrement dit, on collecte de mieux en mieux, mais on ne recycle presque rien. C'est exactement le trou que Circ veut combler. ## Ce qui crédibilise le projet Circ n'est pas sortie de nulle part. La boîte existe depuis le début des années 2010 sous le nom Tyton BioSciences, rebrandée Circ vers 2021. Son fondateur, Peter Majeranowski, vient de Danville en Virginie. La techno tourne en pilote depuis plusieurs années. Les investisseurs ne sont pas des fonds aventuriers. Breakthrough Energy Ventures (le véhicule de Bill Gates), Patagonia, Temasek (fonds souverain de Singapour), Marubeni (conglomérat japonais). La levée Series B de plus de 30 millions de dollars en 2022 a ouvert la voie au scale-up. Les marques clientes sont déjà signées : Inditex (Zara), H&M Group, Madewell, Reformation. Ce sont des engagements d'achat, pas des lettres d'intention vagues. L'approvisionnement prévu démarre par les déchets post-industriels (chutes de confection, rouleaux défectueux), plus homogènes et plus faciles à traiter. Le post-consommation (vos vieux tee-shirts récupérés en borne de collecte) viendra ensuite, dès la première année d'exploitation. C'est une montée en charge pragmatique. ## Ce qui peut mal tourner Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Petshka : du polyester voué au feu transformé en polyol](/petshka-deeptech-textile-recyclage-chimique-montpellier). Je serais malhonnête si je ne parlais pas des risques. Et ils sont réels. Le premier, c'est Renewcell. Cette startup suédoise, pionnière du recyclage chimique textile avec sa technologie Circulose, a fait faillite en février 2024. Malgré un partenariat avec H&M, malgré une usine opérationnelle à Sundsvall, malgré une IPO à Stockholm. La demande n'a pas suivi les volumes de production. Les marques qui avaient signé des lettres d'intention n'ont pas converti en commandes fermes au prix annoncé. Renewcell vendait de la cellulose recyclée plus chère que la cellulose vierge, et le marché n'a pas absorbé le surcoût. Circ le sait. La question est : ont-ils retenu la leçon ? Leur approche diffère (ils traitent le polycoton, pas le coton pur comme Renewcell), mais le risque de marché est le même. Si le polyester recyclé sort de l'usine plus cher que le polyester vierge issu du pétrole, les marques achèteront le minimum nécessaire pour leur communication RSE et pas un kilo de plus. C'est exactement ce qui s'est passé avec le [recyclage textile à un pour cent](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur) : tout le monde applaudit, personne ne paie. Le deuxième risque : la concurrence. Circ n'est pas seul sur le créneau. Worn Again Technologies (Royaume-Uni) travaille sur un procédé solvant pour séparer polyester et coton. Ambercycle (États-Unis) fait du recyclage chimique polyester. Syre, joint-venture de H&M Group et Vargas Holding, construit des capacités au Vietnam et en péninsule ibérique. Eastman a sa propre techno de recyclage chimique. Le marché du [recyclage chimique versus mécanique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) est en pleine ébullition, et il n'y aura pas de la place pour tout le monde. Le troisième : le sourcing. Soixante-dix mille tonnes par an de polycoton triées, nettoyées, prêtes à être traitées, ce n'est pas rien. La collecte textile en France tourne autour de 38 % (chiffres Refashion). Le gros du flux collecté part au tri, puis à l'export pour réemploi. Ce qui reste pour le recyclage, c'est le rebut du rebut, les textiles trop usés ou trop mélangés pour être revendus. C'est aussi le flux le plus hétérogène, le plus contaminé (fermetures éclair, boutons, élastiques, impressions) et le plus coûteux à préparer. ## Et la [directive ESPR](/directive-espr-2026-invendus-textile) dans tout ça La directive européenne ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), attendue pour 2026, va imposer des critères d'écoconception aux textiles. Taux minimum de fibres recyclées, limitation des mélanges complexes, obligation de recyclabilité. Si elle est appliquée sérieusement, elle créera un appel d'air considérable pour des usines comme celle de Circ. Les marques devront incorporer du recyclé, et le polycoton recyclé chimiquement sera l'une des rares options fibre-to-fibre disponibles. Mais j'ai un doute. L'ESPR est un texte-cadre. Les actes délégués qui fixeront les seuils concrets pour le textile ne sont pas encore publiés. Le lobbying de la [fast fashion](/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade) pour adoucir les exigences est intense. On verra. ## Mon avis Ce projet est le plus crédible que j'aie vu dans le recyclage textile depuis que je suis le sujet. Les investisseurs sont sérieux, la techno est validée en pilote, le site industriel est adapté, les marques clientes sont engagées. C'est mieux que 90 % des annonces "circulaires" qui passent sur mon bureau. Mais le recyclage textile chimique à grande échelle reste un territoire non prouvé commercialement. Renewcell en est la preuve douloureuse. Les conditions de marché, prix du polyester vierge face au recyclé et volonté réelle des marques de payer le surcoût, décideront du succès ou de l'échec. La mise en place effective des obligations réglementaires européennes pèsera aussi. Si Circ tient son calendrier et livre en 2028 une usine qui tourne à 70 000 tonnes, ça changera la donne pour l'[économie circulaire industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) du textile en Europe. Si le projet prend du retard, si les coûts dérapent, si les marques renégocient leurs engagements à la baisse, Saint-Avold rejoindra la liste des promesses industrielles vertes qui n'ont pas tenu. On saura en 2028. En attendant, je note que la [crise de Refashion et la réforme de la REP textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026) créent une fenêtre d'opportunité. Le système actuel de collecte et tri sans débouché industriel viable est intenable. Il faut des usines qui transforment réellement la matière. Circ en propose une. C'est la bonne direction. Ce n'est pas encore la preuve que ça fonctionne. ## Sources - [Circ - Annonce officielle de l'usine de Saint-Avold](https://circ.earth/circ-to-build-500-million-cotton-polyester-recycling-plant-in-france/) - [L'Usine Nouvelle - Choose France : Circ à Saint-Avold](https://www.usinenouvelle.com/article/choose-france-a-saint-avold-l-americain-circ-veut-construire-une-usine-de-recyclage-chimique-du-textile.N2232124) - [France Bleu - Première usine mondiale de recyclage chimique textile à Saint-Avold](https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/la-premiere-usine-au-monde-de-recyclage-chimique-des-textiles-complexes-va-s-installer-a-saint-avold-1401580) - [France Bleu - Un million de tee-shirts par jour, objectif Circ](https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/recycler-un-million-de-tee-shirt-par-jour-l-objectif-du-projet-de-l-usine-de-recyclage-de-textile-circ-a-saint-avold-6862660) - [Textile World - Circ commercial plant for polycotton recycling](https://www.textileworld.com/textile-world/2025/05/circ-to-open-worlds-first-of-its-kind-commercial-plant-for-polycotton-recycling/) - [ANDRITZ - Partenariat Circ](https://www.andritz.com/newsroom-en/nonwoven-and-textile/2024-11-28) - [Ellen MacArthur Foundation - A New Textiles Economy (taux recyclage fibre-to-fibre)](https://www.ellenmacarthurfoundation.org/a-new-textiles-economy) --- ## Ressourceries : 350 structures, emplois non délocalisables - URL: https://www.recy.net/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-20T08:00:00 - Categories: economie-circulaire Les ressourceries créent des emplois que personne ne peut délocaliser. C'est le constat de base sur ces structures, et il tient la route. Collecter, trier, réparer, revendre : tout ça se fait localement, avec des gens du coin, pour des gens du coin. En 2025, le Réseau National des Ressourceries et Recycleries (RNRR) dépasse 250 adhérents. Mais le chiffre réel dépasse les 350 si on inclut les structures non affiliées au réseau national. Plus de 6 500 salariés en 2021, dont 56 % relèvent de l'insertion par l'activité économique. 100 000 tonnes d'objets collectés en 2023, 70 % réemployés ou recyclés. Derrière ces chiffres, autant de réussites que de fragilités. ## Le modèle ressourcerie, en deux mots Une ressourcerie collecte les objets dont les particuliers ou les collectivités ne veulent plus. Elle les trie, les répare quand c'est possible, et les revend à prix solidaire. Ce qui ne peut pas être réparé part en recyclage. Le tout dans une logique de proximité : la plupart des ressourceries couvrent un bassin de vie de 30 000 à 100 000 habitants. 96 % des ressourceries sont associatives. C'est un secteur de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) qui fonctionne en dehors du marché classique. Pas de marge à 40 %, pas d'actionnaires. Le modèle tient grâce à un mix de revenus : vente en boutique (30 à 50 % du budget selon les structures), subventions des collectivités, financements liés à l'IAE (insertion par l'activité économique), et depuis 2024 les fonds REP réemploi versés par les éco-organismes. Un client collectivité m'a posé la question l'an dernier : "C'est quoi la différence avec Emmaüs ?" Bonne question. Emmaüs, c'est un réseau de communautés avec un modèle social très spécifique (accueil inconditionnel, travail non salarié). Les ressourceries, elles, fonctionnent avec des salariés, des contrats d'insertion, des fiches de poste. Les deux se croisent sur le terrain du réemploi, mais le fonctionnement interne est différent. L'Union du Réemploi Solidaire, qui chapeaute les six réseaux (Emmaüs, RNRR, Envie, ESS France, L'Heureux Cyclage, COORACE), représente plus de 2 000 structures au total. ## L'emploi : le vrai argument 47 % des ressourceries sont des Ateliers et Chantiers d'Insertion (ACI). Concrètement, ça veut dire que les postes de tri, de réparation et de vente sont occupés par des personnes en parcours d'insertion professionnelle : chômeurs longue durée, bénéficiaires du RSA, réfugiés statutaires, personnes en situation de handicap. Des contrats de 6 à 24 mois, encadrés par des permanents. Les chiffres du Céreq sur les sorties : 54 % des salariés en contrat d'insertion atteignent une "sortie positive", c'est-à-dire un emploi durable, une formation qualifiante, ou une poursuite dans l'IAE. C'est correct sans être spectaculaire. Pour comparaison, le taux moyen de sortie positive dans l'IAE tous dispositifs confondus tourne autour de 50 %. Les ressourceries font légèrement mieux, probablement parce que les métiers du réemploi développent des compétences transférables : logistique, vente, diagnostic de panne, relation client. Le RNRR a obtenu la validation par France Compétences du titre professionnel d'agent de valorisation des biens de consommation courante et de technicien polyvalent du réemploi (niveau 3). C'est un signal : le métier se structure, il sort du bricolage associatif pour entrer dans un cadre reconnu. Sur le papier, c'est une avancée. En pratique, les financements IAE restent le nerf de la guerre. Sans subvention, pas de poste d'insertion. Et les enveloppes sont votées chaque année, sans visibilité au-delà de 12 mois. ## 100 000 tonnes collectées : et après ? En 2023, les ressourceries du réseau national ont collecté plus de 100 000 tonnes d'objets. Meubles, électroménager, textiles, vaisselle, livres, jouets. 70 % sont réemployés ou orientés vers le [recyclage](/recyclage-textile-vetements-depots). Les 30 % restants partent en déchetterie ou en incinération, parce que tout n'est pas récupérable, loin de là. Le taux de réemploi varie selon les flux. Les meubles se revendent bien. L'électroménager, ça dépend : un lave-linge de 15 ans, même réparé, personne n'en veut. Le textile est un cauchemar logistique (volumes énormes, valeur unitaire faible, tri très chronophage). Les [jouets en plastique](/recyclage-jouets-plastique-filieres-alternatives) partent rarement en réemploi, surtout quand il manque des pièces. En Auvergne-Rhône-Alpes, l'observatoire régional note une baisse du taux de réemploi de 1,5 point entre 2021 et 2023 sur l'ensemble des flux. Ça peut sembler marginal, mais la tendance est préoccupante : les objets qui arrivent en ressourcerie sont de moins bonne qualité qu'avant. L'[écoconception](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source) recule dans certaines gammes de produits (meubles en kit, petit électroménager). On collecte plus, mais on réemploie proportionnellement moins. Et ce sujet reste soigneusement évité dans les bilans officiels. ## L'enveloppe de 50 millions : suffisant ? Citeo alloue 50 millions d'euros par an au réemploi dans le cadre de l'accord REP 2023-2029. C'est le plus gros montant dédié à ce jour. Réparti sur l'ensemble du territoire, ça donne environ 140 000 euros par structure si on prend la base des 350 ressourceries actives. Sur le terrain, cet argent sert à financer des extensions de locaux, du matériel de test pour l'électroménager, des logiciels de gestion des stocks, et surtout des postes. Le problème, c'est que 50 millions sur un an ne construisent pas un modèle économique pérenne. Les ressourceries qui fonctionnent bien sont celles qui ont réussi à diversifier leurs revenus : vente en boutique, prestations de débarras pour les collectivités, ateliers de réparation payants, partenariats avec les [entreprises sur la gestion de leurs déchets](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques). Je ne suis pas certain que le modèle puisse tenir sans subvention publique durable. Les revenus de vente couvrent rarement plus de la moitié des charges. Et les fonds REP réemploi, censés prendre le relais, arrivent au compte-gouttes. Les éco-organismes traînent des pieds, les critères d'éligibilité changent, les délais de versement s'allongent. Un responsable de ressourcerie en Occitanie m'a résumé la situation : "On passe plus de temps à monter des dossiers de financement qu'à réparer des objets." ## Ce qui manque pour passer à l'échelle Les ressourceries municipales ne sont pas une solution miracle. Elles traitent une fraction des déchets (100 000 tonnes sur les 39 millions de tonnes de déchets ménagers produits chaque année en France). Mais elles font quelque chose que les centres de tri industriels ne font pas : elles créent du lien social et forment des gens, tout en remettant des objets en circulation à prix accessible. Pour passer de 350 à 700 structures, il faudrait deux choses. D'abord, une commande publique claire : que les intercommunalités intègrent systématiquement une ressourcerie dans leur plan local de prévention des déchets. Certaines le font déjà, beaucoup ne le font pas. Ensuite, une stabilisation des financements IAE sur des cycles de 36 mois minimum au lieu de 12. Les parcours d'insertion ne se construisent pas en un an. Le réemploi solidaire est un des rares secteurs où la logique environnementale et la logique sociale marchent dans le même sens. Pas en théorie, pas dans un rapport ministériel : sur le terrain, dans des hangars qui sentent le bois et la poussière, avec des gens qui apprennent à diagnostiquer une panne de sèche-linge. Le rythme est lent, les moyens sont courts. Mais 350 structures qui tournent avec 6 500 salariés, dont la moitié en parcours d'insertion, c'est un résultat qui n'a pas besoin qu'on le survende. ## Sources - https://ressourcerie.fr/ - https://journals.openedition.org/travailemploi/13069 - https://www.ordec-auvergne-rhone-alpes.fr/fileadmin/mediatheque_ordec/Documents/Chiffres_R%C3%A9Solution_d2023.pdf - https://www.cci.fr/actualites/ressourceries-et-recycleries --- ## Souveraineté matières premières : le recyclage suffit-il ? - URL: https://www.recy.net/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-19T08:00:00 - Categories: economie-circulaire ## 309 millions de tonnes importées : la France ne produit presque rien La France consomme 813 millions de tonnes de matières par an. Elle en importe 309 millions. Pétrole, minerais métalliques, biomasse. Pour le lithium, les terres rares, le cobalt : la production domestique est quasi inexistante. Le reste vient de Chine, d'Australie, du Congo, du Chili. On dépend de pays qui n'ont aucune raison de nous faire de cadeaux. Arrêtons de tourner autour du pot. La souveraineté sur les matières premières, en France, c'est un mot qu'on met dans les discours officiels. La réalité du terrain : on achète tout, on transforme peu, et on recycle une fraction de ce qu'on pourrait récupérer. L'économie circulaire est censée changer la donne. Mais est-ce qu'elle le fait vraiment, ou est-ce qu'on se raconte une histoire ? ## La thèse : l'économie circulaire comme arme géopolitique L'idée tient la route sur le papier. Plutôt que d'aller chercher du lithium au bout du monde, on le récupère dans les [batteries en fin de vie](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres). Plutôt que d'importer du cuivre chilien, on le sort des câbles et des cartes électroniques usagés par [urban mining](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie). On boucle la boucle, on réduit les importations, on reprend le contrôle. L'ADEME a chiffré le potentiel : selon certaines estimations, le recyclage des matières critiques pourrait diminuer le besoin en matières vierges de 25 à 40 % d'ici 2050. Le Critical Raw Materials Act européen, entré en vigueur en mai 2024, fixe des objectifs contraignants pour 2030 : 10 % d'extraction domestique, 40 % de transformation en Europe, 25 % issus du recyclage. Et le 4 mars 2026, le Conseil de l'UE a durci le dispositif en donnant à la Commission le pouvoir d'imposer aux gros consommateurs industriels des mesures de réduction de dépendance vis-à-vis d'un fournisseur unique. En France, les signaux existent. A Dunkerque, SUEZ poursuit la partie broyage, mais Eramet a suspendu le volet hydrométallurgique fin 2024. La capacité prévue du projet ReLieVe était de 50 000 tonnes de modules par an. L'usine Carester à Lacq devrait démarrer cette année sur les [terres rares](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). Imerys prépare l'extraction de lithium dans l'Allier. L'État a mis sur la table 90 millions d'euros d'aides répartis sur des projets de recyclage de cuivre, de métaux précieux issus de DEEE et de métaux critiques divers. 810 900 emplois dans l'économie circulaire en 2021, soit 2,9 % de l'emploi total, en croissance de 2,5 % par an. Les chiffres existent. La dynamique aussi. ## L'antithèse : on est à des années-lumière du compte Sauf que les maths ne collent pas. 25 % de recyclage en 2030, c'est l'objectif européen. On en est où aujourd'hui ? Pour le lithium, le taux de recyclage effectif en Europe est inférieur à 1 %. Pour les terres rares, c'est pareil. Les 50 000 tonnes prévues à Dunkerque restent en suspens, et la France consomme des dizaines de milliers de tonnes de cobalt et de lithium par an, et la demande explose avec l'électrification des transports et le stockage d'énergie. J'ai discuté avec un responsable achats d'un équipementier automobile l'année dernière. Sa réponse quand je lui ai demandé s'il comptait sur le recyclé pour ses approvisionnements : "On regarde, mais pour l'instant, le recyclé coûte plus cher, il n'y en a pas assez, et la qualité n'est pas toujours au rendez-vous." En clair : le marché ne bascule pas tout seul. Le problème est structurel. Recycler un métal critique, c'est long et cher. Il faut collecter les produits en fin de vie (et les gens gardent leurs vieux smartphones dans un tiroir pendant des années), les démonter, séparer les matériaux, purifier. Chaque étape coûte de l'énergie et de l'argent. Et au bout, le métal recyclé doit concurrencer un métal vierge dont le prix est fixé par des mines à grande échelle en Australie ou en Chine, avec des coûts de main-d'œuvre et des normes environnementales incomparables aux nôtres. Le [règlement européen sur les batteries](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion) impose des taux d'incorporation de matières recyclées (16 % de cobalt, 6 % de lithium, 6 % de nickel d'ici 2031). C'est un signal. Mais ces taux supposent que les volumes de matières recyclées existent. Or on construit les usines en même temps qu'on fixe les objectifs. C'est un pari, pas une garantie. ## Ce que je vois sur le terrain (et qui me laisse perplexe) Il y a un décalage entre le discours politique et la réalité industrielle. Les annonces sont belles : hub de Dunkerque, Carester, projet Imerys, ORMAT de l'ADEME. Mais quand on creuse, les calendriers glissent, les financements sont fragmentés, et les volumes restent modestes. L'AAP ORMAT de l'ADEME (Objectif Recyclage MATières) finance des projets de recyclage industriel. Bien. Sauf que les enveloppes, quelques dizaines de millions, sont ridicules face aux investissements nécessaires. Une seule usine de recyclage de batteries à grande échelle coûte plusieurs centaines de millions d'euros. Le hub de Dunkerque, c'est Eramet et Suez qui investissent, pas l'État. Et puis il y a la question qu'on évite soigneusement : la sobriété. L'ADEME elle-même le dit dans son avis stratégique de 2025. La réduction de la demande en matériaux est le premier facteur de souveraineté, avant le recyclage et avant l'extraction. Produire moins de voitures, plus légères, avec des batteries plus petites, ça réduit les besoins en lithium. Allonger la durée de vie des équipements électroniques, ça réduit les besoins en terres rares. Mais la sobriété, ça ne fait pas un plan industriel. Ça ne crée pas de champions nationaux. Ça ne fait pas de photo de chantier avec un ministre. Je dois reconnaître que sur la question de l'équilibre entre recyclage et sobriété, je n'ai pas de réponse nette. Les deux sont nécessaires, mais on ne met pas la même énergie politique sur les deux. ## Le vrai enjeu : recycler ne sert à rien sans maîtriser la chaîne Ce qui me frappe, c'est qu'on parle de recyclage comme s'il suffisait de construire des usines. Le recyclage, c'est le dernier maillon. Avant, il faut : - Collecter les produits en fin de vie (la collecte des DEEE stagne autour de 50 % en France) - Les trier et les démonter (les centres de tri manquent de capacité) - Maîtriser les procédés chimiques de séparation (les brevets sont souvent chinois ou coréens) - Trouver des débouchés industriels pour les matières secondaires (le marché est embryonnaire) La [symbiose industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere) fonctionne quand les flux sont stables, les volumes suffisants et les acteurs proches géographiquement. Pour les métaux critiques, on n'en est pas là. Les gisements sont dispersés (un smartphone ici, une batterie de vélo là), les compositions varient d'un fabricant à l'autre, et les technologies de séparation sont en cours de maturation. Le Critical Raw Materials Act pose le cadre réglementaire. Les 47 projets stratégiques identifiés par la Commission, dont 9 en France, tracent une direction. Mais entre un projet identifié et une usine qui tourne, il se passe cinq à dix ans. Et pendant ce temps, la Chine continue de raffiner 60 à 70 % des métaux critiques mondiaux. ## Mon diagnostic La souveraineté par l'économie circulaire, c'est un objectif à vingt ans, pas à cinq. Et seulement si on bouge sur plusieurs fronts en même temps. Il faut investir massivement dans les capacités de recyclage et sécuriser les approvisionnements de transition en parallèle. Pas 90 millions d'euros. Des milliards. Le plan américain IRA met 370 milliards de dollars sur la table pour la transition énergétique, dont une part massive pour les chaînes de matériaux. L'Europe est à la traîne. Pendant les vingt prochaines années, la France va continuer à importer du lithium, du cobalt, des terres rares. Il faut diversifier les sources, stocker, négocier des accords bilatéraux. Le [Circular Economy Act](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030) européen et le CRMA posent les fondations, mais la mise en œuvre dépend de la volonté politique des États membres. Et il faut réduire la demande. L'[écoconception](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) qui allonge la durée de vie des produits et facilite leur démontage en fin de vie est le complément du recyclage, pas un bonus. Sans elle, on court après des volumes qui grossissent plus vite que nos capacités de traitement. La réalité du terrain : l'économie circulaire ne remplacera pas les mines. Elle peut réduire notre dépendance, progressivement, si on y met les moyens. Pas si on se contente d'annonces et d'AAP à quelques millions. ## Sources - [ADEME Magazine n°179, janvier 2026 : réduire notre dépendance aux matières premières](https://infos.ademe.fr/magazine-janvier-2026/reduire-notre-dependance-aux-matieres-premieres-est-un-enjeu-de-souverainete/), chiffres emploi et potentiel de réduction 25-40 % d'ici 2050 - [ADEME : sécuriser l'accès aux matières grâce à l'économie circulaire](https://infos.ademe.fr/magazine-janvier-2026/securiser-lacces-aux-matieres-grace-a-leconomie-circulaire/), taux d'incorporation recyclé par filière - [Conseil de l'UE, 4 mars 2026 : renforcement du Critical Raw Materials Act](https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/03/04/raw-materials-council-adopts-position-to-reinforce-the-security-of-supply-and-the-circularity-of-eu-industry/), nouvelles prérogatives de la Commission - [MineralInfo : dépendance française aux importations de matières premières](https://www.mineralinfo.fr/fr/securite-des-approvisionnements-pour-leconomie/une-forte-dependance-aux-importations), 309 Mt importées, 813 Mt consommées - [Gouvernement.fr : sécuriser nos approvisionnements en métaux critiques, septembre 2025](), hub Dunkerque, enveloppes ADEME - [Commission européenne : 47 projets stratégiques matières premières critiques](https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/terres-rares-et-materiaux-critiques-ou-se-situent-les-47-projets-strategiques-de-l-ue/), dont 9 en France --- ## Limites du recyclage : pourquoi il ne suffit pas - URL: https://www.recy.net/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-18T08:00:00 - Categories: recyclage ## Recycler plus ne réglera rien si on produit toujours autant Le recyclage est devenu le geste bonne conscience par excellence. On trie, on met dans la bonne poubelle, on dort tranquille. Sauf que les limites du recyclage sont connues depuis vingt ans et que personne ne veut les regarder en face. La France a produit 345 millions de tonnes de déchets en 2022. Le taux de recyclage matière et organique est monté à 52 %, contre 48 % en 2010. Douze ans pour gratter quatre points. Et pendant ce temps, la production de déchets ménagers est repartie à la hausse : 549 kg par habitant en 2021, selon le bilan environnemental du ministère de la Transition écologique. Arrêtons de tourner autour du pot. Le recyclage est un outil, pas une solution. Et tant qu'on le présente comme la réponse au problème des déchets, on évite la vraie question : pourquoi on en produit autant ? ## Le downcycling, angle mort du discours ambiant La plupart des gens imaginent le recyclage comme une boucle fermée. On jette une bouteille, elle redevient une bouteille. En réalité, pour la majorité des matériaux, c'est du downcycling : chaque passage dans la chaîne dégrade la qualité. Le broyage, l'extrusion, la granulation raccourcissent les chaînes de polymères. Un PET alimentaire recyclé finit en fibre textile ou en barquette de moindre qualité, pas en nouvelle bouteille (sauf exception industrielle lourde comme le [recyclage chimique par pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse)). Pour le plastique, c'est le point noir. Taux de recyclage en France : 29 % en 2024 selon Citeo. Au niveau mondial, moins de 10 %. Et sur ces 29 %, une part significative est du downcycling. On recycle, oui. Mais on recycle vers le bas. C'est ce que montrent les retours de terrain des centres de tri : le PET clair part en recyclage bouteille-à-bouteille, tandis que le reste, mélangé, finit en granulés pour bancs publics ou tuyaux d'irrigation. La réalité du terrain : le recyclage de haute qualité est l'exception, pas la règle. ## 549 kg par habitant : le volume que personne ne veut voir Le vrai scandale, c'est que les volumes ne baissent pas. L'objectif national de 65 % de recyclage des déchets non minéraux non dangereux fixé pour 2025 n'est pas atteint : on stagnait à 46 % en 2022. La France s'est engagée devant l'Europe sur 60 % de recyclage des déchets municipaux en 2030. On en est loin. Mais même si on atteignait ces 60 %, ça ne changerait pas le problème de fond. On recyclerait mieux une montagne qui continue de grossir. C'est comme éponger une fuite sans fermer le robinet. L'ADEME estime que le recyclage évite entre 17 et 22 millions de tonnes de CO2 par an en France selon les années. C'est réel et mesurable, mais insuffisant face à l'augmentation continue de la consommation de ressources. La hiérarchie des déchets de la directive-cadre européenne 2008/98/CE est limpide : prévention, réemploi, recyclage, valorisation énergétique, élimination. Dans cet ordre. La France a inscrit ce principe dans la loi. Sauf que dans les faits, l'essentiel des investissements publics et privés va au tri et au recyclage, pas à la réduction. Parce que le recyclage est visible, photographiable, communicable. La réduction, c'est de l'invisible. ## L'écoconception, seul outil qui agit en amont Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Bouchons de liège : championne du monde, vraiment ?](/bouchons-liege-recyclage-collecte-planete-liege). La [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026) a posé des jalons : interdiction de certains plastiques à usage unique, indice de réparabilité (devenu indice de durabilité), obligations d'[écoconception](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source) pour les metteurs en marché. Le [règlement européen PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) va plus loin en imposant des taux de réemploi sur les emballages et des objectifs de réduction du suremballage. Sur le papier, la direction est bonne. En pratique, je reste sceptique sur le calendrier. Les industriels ont obtenu des reports sur à peu près tous les fronts. L'interdiction du polystyrène alimentaire a été repoussée à 2030. Le décret "3R" pour 2026-2030 est attendu mais pas encore publié. Ce qui fonctionne vraiment, c'est la contrainte économique. Quand le [vrac en grande distribution](/vrac-grande-distribution-promesse-trahie-zero-dechet) coûte moins cher que l'emballé, les gens achètent en vrac. Quand l'éco-contribution pénalise les emballages non recyclables, les industriels changent. Pas par conviction. Par le portefeuille. ## Pourquoi on s'accroche au tout-recyclage Mon hypothèse, et je la pose sans certitude absolue : le recyclage arrange tout le monde. Les collectivités peuvent montrer des tonnages. Les industriels affichent des logos "recyclable" sur leurs produits. Et les consommateurs trient sans remettre en question leur niveau de consommation. C'est un pacte tacite. On fait semblant que la boucle est bouclée. Le [taux de recyclage réel en France](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards) masque des disparités énormes. Le verre est à environ 85 %. L'acier proche de 100 %, l'aluminium autour de 40 %. Le papier-carton entre 69 et 80 %. Les films plastiques, les emballages composites multicouches, les textiles synthétiques mélangés : quasi rien. Et c'est là que les volumes explosent. Le [recyclage chimique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique) est présenté comme la solution miracle pour ces flux difficiles. La pyrolyse, la solvolyse, la dépolymérisation enzymatique. Des technologies qui fonctionnent en labo, mais qui n'existent aujourd'hui qu'à l'échelle pilote ou semi-industrielle. Miser l'avenir de la gestion des déchets sur des usines qui n'existent pas encore, c'est un pari risqué. (Il y a un parallèle qui me frappe. Dans les années 2000, on parlait du captage carbone comme de la solution au changement climatique. Vingt-cinq ans plus tard, les capacités installées sont ridicules par rapport aux émissions mondiales. Le recyclage chimique risque le même destin si on ne régule pas la production en amont. On attend la technologie salvatrice pour éviter de changer le modèle.) ## Ce qu'il faudrait faire, concrètement Pas de liste magique. Deux priorités. D'abord, taxer la matière vierge pour rendre le recyclé compétitif. Tant que produire du plastique neuf à partir de pétrole coûte moins cher que recycler du plastique usagé, le marché ne basculera pas. La TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) augmente, mais pas assez vite pour créer un signal-prix clair. Ensuite, plafonner les volumes. Des objectifs contraignants de réduction de la production d'emballages, pas juste des objectifs de recyclage. Le règlement PPWR va dans ce sens pour les emballages, avec des objectifs de réduction de 5 % en 2030 et 10 % en 2035 par rapport à 2018. C'est un début. Mais si on ne l'applique qu'aux emballages, on ne touche qu'une fraction du problème. L'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) n'est pas un slogan. C'est un modèle qui suppose de produire moins, mieux, et de recycler ce qui reste. Dans cet ordre. Pas l'inverse. ## Sources - [Bilan environnemental 2024 - Production et recyclage des déchets en France](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-production-et-le-recyclage-des-dechets-en-france-extrait-du-bilan-environnemental-2024), ministère de la Transition écologique - [Déchets chiffres-clés : L'essentiel, édition 2024](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/7638-dechets-chiffres-cles-l-essentiel-edition-2024-9791029723186.html), ADEME - [Bilan national du recyclage : des résultats mitigés suivant les filières](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2024/bilan-national-du-recyclage-des-resultats-mitiges-suivant-les-filieres/), ADEME Infos 2024 - [Déchets plastiques : la dangereuse illusion du tout-recyclage](https://theconversation.com/dechets-plastiques-la-dangereuse-illusion-du-tout-recyclage-90359), The Conversation - [Hiérarchie des modes de traitement des déchets](https://www.zerowastefrance.org/hierarchie-modes-traitement-dechets-decision-conseil-constitutionnel/), Zero Waste France - [Déchets en France : des quantités en recul, un tri encore perfectible](https://www.environnement-magazine.fr/recyclage/article/2026/01/13/154730/dechets-france-des-quantites-recul-tri-encore-perfectible), Environnement Magazine 2026 --- ## TGAP, Fonds vert : la fiscalité déchets 2026 coince - URL: https://www.recy.net/fiscalite-dechets-2026-tgap-fonds-vert-collectivites/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-17T08:00:00 - Categories: dechets Les collectivités françaises se retrouvent dans un étau fiscal dont personne ne parle. D'un côté, la TGAP sur l'enfouissement passe à 69 euros la tonne en 2026 et grimpera jusqu'à 85 euros en 2030. De l'autre, le Fonds vert, qui finançait la prévention des déchets au niveau local, s'effondre de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 650 millions en 2026. On taxe plus, on aide moins. Le résultat : des communes qui paient la facture de l'enfouissement sans avoir les moyens d'investir dans les alternatives. ## Le verdict d'abord L'État demande aux collectivités de sortir de l'enfouissement, augmente la taxe pour les y forcer, et supprime les financements qui leur permettraient de le faire. C'est incohérent. Et c'est la réalité du PLF 2026. Zero Waste France le résume bien : les recettes supplémentaires de la TGAP devraient être fléchées vers le Fonds vert et redistribuées aux collectivités qui investissent dans la prévention (compostage, ressourceries, [tri à la source](/guide-tri-selectif-france-2026), restauration scolaire durable). Ce n'est pas le cas. Les recettes de la TGAP tombent dans le budget général de l'État, sans retour vers les territoires qui subissent la hausse. ## La trajectoire TGAP 2026-2030 : les chiffres La loi de finances 2026, promulguée le 19 février, fixe la trajectoire sur cinq ans. Pour l'enfouissement des déchets non dangereux : +4 euros par tonne chaque année. Pour l'incinération : +1 euro par tonne pour les installations performantes (haute récupération énergétique), +4 euros pour les autres. En 2026, une tonne enfouie coûte 69 euros de TGAP. Une tonne incinérée dans une installation performante : 16 euros. L'écart est de 53 euros. En 2030, l'enfouissement sera à 85 euros, l'incinération performante à 20 euros. L'écart se creuse à 65 euros. Ce différentiel pose un problème. Il pousse les opérateurs vers l'incinération, pas vers le recyclage. L'incinération est taxée quatre fois moins que l'enfouissement. Le recyclage, lui, n'entre même pas dans l'équation fiscale comme un débouché favorisé. On punit l'enfouissement, c'est bien. On épargne l'incinération, c'est discutable. Et on n'encourage pas activement le [recyclage](/filieres-recyclage-france-panorama-2026). C'est le vrai problème. Le cas n'est pas isolé. Des intercommunalités rurales se retrouvent dans cette même mécanique : elles paient la TGAP sur chaque tonne enfouie, n'ont pas le budget pour construire une plateforme de compostage, et le Fonds vert qu'elles comptent solliciter fond entre le dépôt du dossier et la réponse. Dossier classé sans suite. La tonne continue d'aller en décharge. ## Le Fonds vert : 2,5 milliards en 2024, 650 millions en 2026 Le Fonds vert a été créé pour accélérer la transition écologique des territoires. En deux exercices budgétaires, son enveloppe a été divisée par quatre. De 2,5 milliards en 2024, il passe à 1,15 milliard en 2025, puis 650 millions en 2026. Ce fonds finançait directement la prévention des déchets au niveau local : déploiement du tri des biodéchets (obligatoire depuis janvier 2024, mais seulement 50 % de couverture un an plus tard), équipement des déchetteries, soutien aux ressourceries, adaptation des centres de tri. Toutes ces lignes sont touchées. Le tri à la source des biodéchets est un bon exemple. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) l'a rendu obligatoire. Les collectivités doivent distribuer des composteurs, installer des points de collecte, former les agents. Ça coûte de l'argent. L'État a voté l'obligation, puis a coupé le financement qui devait l'accompagner. On retrouve le même schéma que pour les [emballages biosourcés sans filière de compostage industriel](/compostage-industriel-emballages-biosources-filiere-france) : on légifère, on ne construit pas. Les communes rurales sont les plus exposées. Elles n'ont pas les moyens de financer sur fonds propres une transition vers la tarification incitative ou le compostage de proximité. Les métropoles absorbent mieux le choc parce qu'elles ont des budgets déchets plus importants et des économies d'échelle. L'écart entre territoires va se creuser. ## Ce que propose Zero Waste France Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Achat durable : ce qui change le 22 août 2026](/achat-durable-collectivites-obligations-22-aout-2026). Zero Waste France porte deux revendications principales dans le cadre du PLF 2026. Que les recettes supplémentaires de la TGAP soient fléchées vers le Fonds vert. Et que les réductions de TGAP accordées aux installations d'incinération à haute performance énergétique soient supprimées (parce qu'elles concernent la majorité des incinérateurs, ce qui vide la taxe de son effet dissuasif). L'association pousse aussi la généralisation de la tarification incitative, puisque les territoires qui l'ont adoptée constatent une baisse d'environ 30 % des déchets résiduels. Sur le papier, ces propositions tiennent la route. Flécher la TGAP vers la prévention, c'est cohérent : la taxe punit l'enfouissement, ses recettes devraient financer les alternatives à l'enfouissement. Supprimer la réduction incinération, c'est logique si on veut que la TGAP pousse vers le recyclage et pas seulement vers un transfert enfouissement-incinération. Sur la tarification incitative, les données terrain le confirment commune après commune (on en parlait la semaine dernière dans [l'article sur les leviers municipaux](/municipales-2026-7-leviers-maires-zero-dechet-plastique)). Il manque un volet financement des collectivités rurales, mais ces propositions sont solides. Sur ce point précis, je ne sais pas si c'est réaliste politiquement. La tarification incitative est l'outil le plus efficace et le plus impopulaire. Un élu qui facture les poubelles au poids prend un risque électoral direct. Les intercommunalités qui l'ont fait sont celles où un élu a décidé de l'assumer publiquement. C'est rare. ## Le fond du problème La France produit environ 38 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés par an. 25 % partent en décharge. Environ 32 % sont incinérés. Le reste est recyclé ou composté. Sortir de l'enfouissement, tout le monde est d'accord. La trajectoire TGAP va dans ce sens. Mais une taxe ne suffit pas à changer un système. Si la tonne enfouie coûte plus cher et que la collectivité n'a pas les moyens de construire un centre de tri ou une plateforme de compostage, la tonne sera incinérée. L'incinération, c'est mieux que la décharge. Ce n'est pas du recyclage. Et le [taux de recyclage français](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards) stagne. Le budget 2026 acte un choix implicite : la pression fiscale comme seul outil de transformation, sans l'accompagnement financier des territoires. C'est un pari. Si les collectivités trouvent les financements ailleurs (emprunts, fonds européens, partenariats privés), la TGAP accélère effectivement la sortie de l'enfouissement. Si elles ne les trouvent pas, la TGAP devient une taxe punitive qui grève les budgets locaux sans changer les pratiques. Mon pari à moi : on va se retrouver dans deux ans avec une TGAP à 77 euros la tonne, des décharges qui ferment au compte-gouttes, des incinérateurs qui tournent à plein, et un [taux de recyclage](/taux-recyclage-materiaux-france-2026) qui n'aura pas bougé d'un point. Parce qu'on aura taxé l'enfouissement sans financer le recyclage. C'est l'angle mort de toute cette trajectoire fiscale, et personne dans le débat budgétaire ne semble s'en préoccuper. ## Sources - [Zero Waste France - Budget 2026 : fiscalité incitative pour réduire les déchets enfouis et incinérés](https://www.zerowastefrance.org/budget-2026-fiscalite-incitative-dechets-enfouis-incineres/) - [Zero Waste France - Face au désengagement de l'État, financer la transition écologique](https://www.zerowastefrance.org/desengagement-etat-financer-transition-ecologique/) - [Déchets Infos - TGAP : le calendrier 2026-2030 est fixé](https://dechets-infos.com/tgap-le-calendrier-2026-2030-est-fixe-4933368.html) - [Actu-Environnement - Fiscalité des déchets : le Gouvernement retient les trajectoires les plus modérées](https://www.actu-environnement.com/ae/news/plf-2026-tgap-texte-definitif-gouvernement-47402.php4) - [Amorce - Tarifs TGAP et TVA 2026 pour le traitement des déchets](https://amorce.asso.fr/actualite/quels-tarifs-de-tgap-et-tva-en-2026-pour-le-traitement-des-dechets) - [Service Public - Taxe générale sur les activités polluantes](https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F23497) --- ## Gaspillage alimentaire : 9,7 Mt, la loi durcit en 2026 - URL: https://www.recy.net/gaspillage-alimentaire-france-chiffres-loi-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-17T08:00:00 - Categories: dechets 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires en France en 2023. 142 kg par habitant. 100 euros par an et par personne partis à la poubelle. Arrêtons de tourner autour du pot. Ces chiffres ne sont pas une projection, pas un scénario catastrophe. C'est le bilan officiel du ministère de la Transition écologique, publié à partir des données collectées sur l'ensemble de la chaîne alimentaire française. Et la loi durcit. En 2025, en 2026, au niveau européen aussi. Mais entre le texte et le terrain, il y a un gouffre que je constate à chaque mission. En clair : on empile les lois, mais le gaspillage, lui, ne recule pas assez vite. ## 2016 : la loi Garot pose les bases Tout commence avec la loi du 11 février 2016. La France devient le premier pays au monde à interdire aux grandes surfaces de jeter de la nourriture encore consommable. L'obligation de don alimentaire entre dans le Code rural. Les supermarchés de plus de 400 m² doivent passer une convention avec une association d'aide alimentaire habilitée. Ça change la donne. Pas parce que le texte est parfait (il ne couvre que la grande distribution), mais parce qu'il crée un précédent juridique. Avant 2016, jeter de la nourriture n'était tout simplement pas une infraction. Sanction prévue : 10 000 euros d'amende depuis 2019. À l'échelle d'un hypermarché, c'est dérisoire. La réalité du terrain : la majorité des enseignes ont joué le jeu, souvent moins par crainte de l'amende que par pression d'image. Les Restos du Cœur, la Banque Alimentaire, le Secours Populaire ont vu leurs volumes de dons augmenter significativement entre 2016 et 2019. ## 2020 : la loi AGEC élargit le périmètre La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) de février 2020 reprend le dispositif Garot et l'étend. L'obligation de don concerne maintenant les grossistes, les industriels agroalimentaires, les opérateurs de la restauration collective. Le seuil de chiffre d'affaires au-dessus duquel la convention de don est obligatoire descend. Le texte fixe aussi des objectifs chiffrés : réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d'ici fin 2025 pour la distribution et la restauration collective, d'ici 2030 pour les autres secteurs (production, transformation, consommation à domicile). Ces objectifs sont calés sur la référence 2015. Nouvelle sanction : jusqu'à 0,1 % du chiffre d'affaires pour destruction de denrées alimentaires encore consommables. Pour une enseigne qui fait 500 millions de CA, ça commence à piquer. Jusqu'à 15 000 euros d'amende pour les personnes morales en cas de destruction d'invendus non alimentaires. Un client restaurateur m'a dit l'année dernière, texto : "On savait que la loi existait, mais personne n'est venu vérifier pendant deux ans." C'est le résumé du problème. Le cadre est là. Le contrôle, beaucoup moins. ## Les chiffres ADEME 2023 : le bilan brut Les données les plus récentes viennent du SDES (Service des données et études statistiques) et de l'ADEME, publiées en 2024 sur l'exercice 2023. 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires produits en France. Dans ce total, 3,8 millions de tonnes sont du gaspillage alimentaire au sens strict, c'est-à-dire de la nourriture encore consommable au moment où elle a été jetée. Les 5,9 millions de tonnes restantes sont des parties non comestibles : os, coquilles, épluchures, noyaux. Par habitant, ça donne 142 kg de déchets alimentaires totaux et 55 kg de gaspillage comestible. Le coût estimé : 100 euros par an et par personne. À l'échelle de toute la chaîne alimentaire (production, distribution, restauration, ménages), l'ADEME estime le coût total du gaspillage à 16 milliards d'euros par an. Les émissions de gaz à effet de serre liées au gaspillage alimentaire représentent 4,2 % des émissions nationales selon l'ADEME. Pour comparer : c'est plus que le transport aérien intérieur français. Où se concentre le gaspillage ? Les ménages sont les premiers responsables avec 61 kg par personne de déchets alimentaires (dont 19 kg de nourriture encore comestible). La restauration collective et commerciale vient ensuite. La distribution ne représente qu'une faible part du total, mais c'est le secteur le plus visible et le plus réglementé. ## 2025 : l'objectif de réduction de 50 % est-il atteint ? La réponse courte : non. Pas au rythme où vont les choses. L'objectif AGEC fixait une réduction de 50 % du gaspillage en distribution et restauration collective d'ici fin 2025. Les données 2023 montrent une réduction, mais loin du compte. Le label national "anti-gaspillage alimentaire" a été étendu à la restauration en octobre 2025, avec deux nouveaux référentiels. C'est un pas dans la bonne direction, mais un label reste volontaire. En restauration collective, la moyenne tourne autour de 100 grammes gaspillés par convive et par repas, pour un coût moyen d'environ 1 euro par repas (chiffre ADEME actualisé). Sur une cantine de 500 couverts par jour, ça fait 50 kg de nourriture et 500 euros partis chaque jour. Le problème, c'est que les objectifs nationaux ne s'accompagnent pas des moyens pour les atteindre. Les retours terrain montrent que les établissements qui s'y sont mis sérieusement obtiennent des résultats. Des cantines scolaires pèsent les restes devant les élèves. Des restaurants adaptent les menus selon les retours d'assiettes. Ça fonctionne, mais ça demande de l'investissement humain, pas juste un décret. ## 2025-2026 : la directive européenne déchets révisée C'est le changement de cadre qui pèse le plus. En février 2025, le Parlement européen et le Conseil se sont accordés sur la révision de la directive-cadre déchets. Le texte, adopté formellement par le Parlement en septembre 2025, fixe pour la première fois des objectifs contraignants de réduction du gaspillage alimentaire à l'échelle européenne. Les cibles pour 2030 : 10 % de réduction dans la transformation agroalimentaire, 30 % de réduction par habitant dans la distribution, la restauration et les ménages. Base de comparaison : la moyenne 2021-2023. Pour la France, qui avait déjà un objectif de -50 % sur la distribution et la restauration collective, la directive européenne aligne les autres pays membres. Sauf que la base de calcul change (2021-2023 au lieu de 2015), et les 30 % européens sont moins ambitieux que les 50 % français. Ce qui compte, c'est que la directive rend ces objectifs contraignants pour tous les États membres. Chaque pays a 20 mois après publication au Journal officiel pour transposer. 58 millions de tonnes de déchets alimentaires par an dans l'UE, 131 kg par habitant, 132 milliards d'euros de pertes. La France n'est pas la pire. Elle n'est pas la meilleure non plus. ## Ce qui se passe vraiment en restauration collective Sur ce volet, j'ai un avis tranché parce que j'ai vu les deux côtés. Des établissements qui ont obtenu 25 à 40 % de réduction en un an. Et des collectivités qui cochent les cases réglementaires sans rien changer dans les cuisines. Ce qui marche : peser les restes tous les jours, pas une fois par trimestre. Adapter les grammages. Former les cuisiniers à la valorisation des restes, aussi, mais ça vient après. Le [tri des biodéchets](/tri-biodechets-guide-pratique-2026) est obligatoire depuis janvier 2024, mais c'est la pesée qui déclenche la prise de conscience. Quand un chef voit 50 kg dans la poubelle chaque soir, il réagit. Le lien avec le [compostage obligatoire](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an) est direct : ce qui ne peut pas être évité doit être valorisé. Je reste partagé sur l'efficacité réelle des labels. Ce qui change les comportements, c'est la donnée. Pas un autocollant sur la porte. Le don alimentaire, c'est une brique, pas la solution complète. Le don ne traite que l'excédent, pas la surproduction. Et les associations sont sous pression logistique : 200 kg de yaourts à J-1, ça doit être distribué dans les 24 heures. L'approche [cuisine zéro déchet](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) et le [upcycling alimentaire](/upcycling-alimentaire-dreche-marc-cafe-valorisation) sont plus efficaces à la source. ## Et maintenant ? La France a empilé les lois sur le gaspillage alimentaire comme personne d'autre en Europe. Loi Garot 2016, AGEC 2020, transposition de la directive européenne à venir. Les chiffres sont documentés. Les obligations existent. Les sanctions aussi, même si elles sont peu appliquées. Ce qui manque, c'est l'exécution. Des contrôles, des moyens pour les collectivités, de la formation pour les cuisines. Tant qu'on ne pèse pas, on ne sait pas. Et tant qu'on ne sait pas, on ne change rien. Les prochaines échéances sont claires : transposition de la directive européenne (20 mois après publication), évaluation des objectifs AGEC 2025, montée en puissance des réseaux REGAL en 2026. Le cadre est là. Reste à voir si on met enfin les moyens derrière les mots. J'en doute, mais j'aimerais avoir tort. ## Sources - [Gaspillage alimentaire, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/gaspillage-alimentaire) - [Pertes et gaspillages alimentaires : données par étapes de la chaîne alimentaire, ADEME](https://multimedia.ademe.fr/dossier-presse-etude-masses-pertes-gaspillages/donneesparacteurs.html) - [Éviter le gaspillage alimentaire dans les collectivités et les entreprises, ADEME](https://economie-circulaire.ademe.fr/gaspillage-alimentaire) - [RÉGAL : des réseaux régionaux au service de la lutte contre le gaspillage alimentaire, ADEME Infos](https://infos.ademe.fr/agriculture-alimentation/2025/regal-des-reseaux-regionaux-au-service-de-la-lutte-contre-le-gaspillage-alimentaire/) - [Infographie gaspillage alimentaire 2023, agriculture.gouv.fr](https://agriculture.gouv.fr/infographie-le-gaspillage-alimentaire) --- ## Recyclage fibre-à-fibre textile : où en est la France ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-fibre-a-fibre-textile-technologie-refashion/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-17T08:00:00 - Categories: recyclage ## Moins de 1 % de recyclage fibre-à-fibre : la vraie stat qui compte On parle souvent d'environ un tiers de textiles collectés en France. Le chiffre sonne correct. Sauf que sur ce tiers, l'immense majorité part en réemploi (export seconde main) ou en chiffons d'essuyage industriel. Le recyclage fibre-à-fibre, celui qui transforme un vieux t-shirt en fil exploitable pour en refaire un vêtement, c'est [moins de 1 % au niveau mondial](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur). En France, on est encore en dessous. Le problème n'est pas la volonté. C'est les usines. Il n'y en a pas. ## Trois familles de technologies, zéro usine française en production Le recyclage fibre-à-fibre repose sur trois grandes approches. Chacune a ses limites et ses champions. ### Le mécanique : simple, limité On broie le tissu, on le défibre, on récupère des fibres courtes réutilisables. C'est le plus ancien et le moins cher. Nouvelles Fibres Textiles, basée à Amplepuis dans le Rhône, opère un pilote de 1 000 tonnes par an avec tri automatisé par composition et couleur. Leur objectif : une première unité industrielle de 25 000 tonnes par an en 2026. Le hic : le recyclage mécanique dégrade la fibre à chaque passage. Les fibres récupérées sont plus courtes, moins résistantes. On peut les mélanger avec de la fibre vierge pour compenser, mais on ne boucle pas la boucle à l'infini. Pour le coton, ça fonctionne correctement si on accepte un taux de mélange. Pour les synthétiques, c'est insuffisant. ### Le chimique : dissoudre pour reconstruire Le recyclage chimique casse les polymères en monomères de base, puis les re-polymérise en fil neuf. Qualité équivalente à la fibre vierge. C'est la voie royale pour le polyester et le polyamide. Deux startups françaises travaillent sur le polyamide (nylon) : - REC (ex-Écollant), à Auxerre, développe un procédé de dissolution sélective du polyamide avec un solvant non toxique et réutilisable. Leur démonstrateur de 100 tonnes par an à Joigny devait démarrer fin du premier trimestre 2026. - Syntetica, dans la Marne, travaille sur le recyclage chimique des collants et de la lingerie en polyamide. Partenariat avec Etam, première capsule de sous-vêtements en fibre recyclée prévue cette année. Pour le polyester (PET), la technologie la plus avancée au monde est française. C'est Carbios, avec son procédé de [dépolymérisation enzymatique](/recyclage-enzymatique-plastique-pet) : une enzyme découpe les chaînes de PET en monomères (acide téréphtalique et éthylène glycol), qu'on re-polymérise ensuite en PET vierge. L'usine de Longlaville en Meurthe-et-Moselle, capacité prévue de 50 000 tonnes par an, est en construction. Mise en service repoussée au premier semestre 2028. ### L'enzymatique : la pépite et son retard Carbios est une fierté française sur le papier. Des partenariats avec L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo. Un procédé qui fonctionne au labo et en démonstrateur, et un accord de fourniture de 5 000 tonnes par an de PET postconsommation avec Nouvelles Fibres Textiles. Sauf que l'usine n'est pas encore opérationnelle. La première pierre a été posée en avril 2024. Depuis, le calendrier a glissé. On parle maintenant de premier semestre 2028. En attendant, la France a la technologie mais pas la capacité industrielle. Je ne jette la pierre à personne, construire une usine de chimie, c'est long et compliqué, mais il faut être lucide : on est en retard. ## Pourquoi la France n'a pas d'usine fibre-à-fibre opérationnelle Plusieurs facteurs se combinent. Le modèle économique de la [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements) s'est construit sur l'export de vêtements de seconde main, pas sur le recyclage industriel. Tant que les marchés africains et asiatiques absorbaient les volumes, personne n'avait d'incitation à investir dans des usines de recyclage en France. L'éco-contribution par article mis sur le marché, quelques centimes, ne finançait pas non plus la R&D nécessaire. Les technologies de recyclage chimique et enzymatique sont récentes. Carbios a été fondé en 2011, REC en 2019, Syntetica en 2023. On parle de cycles de développement de dix à quinze ans entre le labo et l'usine commerciale. Ce n'est pas anormal pour de la chimie industrielle. Et puis il y a le nerf de la guerre : le prix. Recycler du polyester par voie enzymatique coûte encore plus cher que produire du PET vierge à partir de pétrole. J'ai discuté avec un industriel du tri l'an dernier, il m'a résumé la situation en une phrase : "tant que le vierge est moins cher, personne ne signe de bon de commande pour du recyclé." Sans contrainte réglementaire qui rende le vierge plus cher (taxe carbone, taux d'incorporation obligatoire), le marché ne bascule pas tout seul. ## Le plan gouvernemental : malus ultra fast fashion et recyclage industriel Le 21 février 2026, le gouvernement a tapé du poing sur la table. Deux annonces qui concernent directement le recyclage fibre-à-fibre. Première annonce : Refashion a jusqu'au 15 mars 2026 pour soumettre un plan d'action avec des pénalités sur les produits ultra [fast fashion](/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade). Le malus écologique passerait à 5 euros par produit en 2025, 6 euros en 2026, 7 euros en 2027, jusqu'à 10 euros en 2030. Pour un t-shirt vendu 3 euros sur Shein, c'est potentiellement dissuasif. Pour une marque milieu de gamme, c'est absorbable. La mesure cible les bons acteurs, reste à voir si les montants seront assez élevés pour changer les comportements d'achat. Deuxième annonce : fin mars 2026, le gouvernement doit présenter un scénario de refondation de la filière REP textile articulé autour de la traçabilité et du développement d'une industrie française du recyclage. C'est la première fois qu'un plan gouvernemental mentionne explicitement le recyclage industriel textile comme objectif stratégique. En parallèle, le soutien aux opérateurs de tri passe à 268 euros la tonne en 2026 (contre 228 euros avant), avec des enveloppes exceptionnelles de 49 millions d'euros en 2025 et 57 millions en 2026. C'est du soutien d'urgence pour éviter les fermetures de centres de tri, pas de l'investissement structurel. ## Le vrai débat : on investit dans le recyclage ou dans la réduction des volumes ? Sur ce point, je n'arrive pas à trancher. D'un côté, développer une filière industrielle de recyclage fibre-à-fibre est indispensable. On ne va pas arrêter de produire du textile du jour au lendemain, et les volumes en fin de vie vont continuer à grimper pendant des années, même si on régule la production demain matin. De l'autre, j'ai vu suffisamment de projets de "recyclage qui va tout résoudre" pour savoir que c'est une promesse commode. On collecte, on trie, on recycle : la boucle est bouclée, dormez tranquilles. Sauf que la [directive ESPR](/directive-espr-2026-invendus-textile) interdit la destruction des invendus textiles, les marchés export s'effondrent, et le volume de vêtements mis sur le marché mondial a augmenté de 40 % en quinze ans. Recycler 50 000 tonnes par an (la capacité future de Carbios), c'est une goutte d'eau face aux environ 800 000 tonnes de TLC mises sur le marché français chaque année. La réponse est : les deux. Mais dans le bon ordre. D'abord freiner la production via des malus dissuasifs et des obligations d'[écoconception](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source). Ensuite, développer la filière de recyclage pour traiter les volumes incompressibles. L'inverse, c'est s'épuiser. ## Ce qui doit se passer d'ici fin 2027 Si le plan du gouvernement est sérieux, voici la séquence logique : les malus ultra fast fashion entrent en vigueur avec des montants qui font mal, pas des centimes symboliques. Nouvelles Fibres Textiles atteint sa capacité de 25 000 tonnes de tri-délissage et alimente Carbios en PET postconsommation. L'usine de Longlaville ouvre et produit du PET recyclé de qualité vierge. Et REC comme Syntetica passent du démonstrateur au pilote industriel pour le polyamide. Si un seul de ces maillons casse, la [filière REP textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026) restera ce qu'elle est aujourd'hui : une machine à collecter des vêtements qu'on ne sait pas recycler. Et les 57 millions d'euros de soutien annuel seront de l'argent jeté par la fenêtre. ## Sources - [Carbios - Usine de biorecyclage PET à Longlaville](https://www.carbios.com/newsroom/en/carbios-celebrates-the-groundbreaking-of-its-pet-biorecycling-plant/), première pierre avril 2024, 50 000 tonnes/an, mise en service repoussée au S2 2027 - [Carbios et Nouvelles Fibres Textiles - Accord de fourniture](https://www.globenewswire.com/news-release/2024/7/25/2918481/0/fr/CARBIOS-et-Nouvelles-Fibres-Textiles.html), 5 000 tonnes/an de PET postconsommation - [L'Usine Nouvelle - REC (ex-Écollant), démonstrateur industriel polyamide](https://www.usinenouvelle.com/chimie/recyclage-chimique-des-polyamides-ecollant-rec-devrait-mettre-en-service-son-demonstrateur-industriel-a-la-fin-du-premier-trimestre-2026.html), 100 tonnes/an à Joigny, mars-avril 2026 - [L'Usine Nouvelle - Syntetica, recyclage chimique du nylon](https://www.usinenouvelle.com/article/dans-la-marne-la-start-up-synthetica-invente-une-solution-pour-recycler-les-collants-grace-a-la-chimie.N2220726), partenariat Etam, pilote 2026 - [France Bleu - Nouvelles Fibres Textiles, usine Amplepuis](https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/une-usine-pour-recycler-les-vetements-une-premiere-en-france-9971200), pilote 1 000 tonnes, objectif 25 000 tonnes en 2026 - [Communiqué gouvernemental - Réforme REP textile](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/communique-presse-reforme-filiere-rep-textile-gouvernement-soutien-aux-acteurs-leconomie), 268 euros/tonne, malus ultra fast fashion, refondation mars 2026 - [Refashion - Synthèse recyclage chimique textiles](https://pro.refashion.fr/sites/default/files/rapport-etude/synthese_recyclage_chimique_refashion_juin_2024.pdf), état de l'art 2024 --- ## Emballages tech : qui fait vraiment de l'éco-conception ? - URL: https://www.recy.net/eco-conception-emballages-tech-apple-fairphone/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-16T09:00:00 - Categories: economie-circulaire La semaine dernière, j'ai ouvert le carton d'un Fairphone 5 commandé pour un client. Boîte en carton recyclé, calage en PaperFoam (amidon, fibres, eau), zéro plastique, encre végétale. J'ai posé le tout sur mon bureau, à côté du coffret d'un iPhone 16 Pro reçu le même jour. Philosophies d'emballage opposées, échelles de production incomparables. J'ai voulu savoir lequel tenait la route une fois qu'on gratte le vernis. ## Apple : la machine à com zéro plastique Apple a annoncé fin 2024 avoir éliminé le plastique de 100 % de ses emballages. La boîte de l'iPhone 16 est 100 % fibre, y compris les films de protection et les languettes d'ouverture. Le communiqué officiel parle de "fiber-based packaging" et met en avant une réduction de 75 % du plastique d'emballage depuis 2015. Les chiffres sont dans l'Environmental Progress Report 2025. En pratique, c'est du boulot. Apple a développé des fibres moulées sur mesure pour remplacer les coques plastiques qui maintenaient les accessoires. Le câble USB-C tient dans un logement en pulpe moulée. L'autocollant Apple est en papier. Même le film qui entoure la boîte, autrefois en polyéthylène, est passé en cellulose. Le problème, c'est ce que la boîte ne dit pas. D'abord, la taille. Apple a réduit ses emballages au point de supprimer le chargeur de la boîte depuis l'iPhone 12. Résultat : boîte plus petite, moins de matière, plus de palettes par conteneur. Gain logistique réel. Mais le chargeur, lui, est vendu séparément, dans son propre emballage. Le bilan global n'est pas aussi net que le communiqué le laisse croire quand on additionne les deux boîtes. Ensuite, le volume. Apple vend environ 230 millions d'iPhone par an. Même avec un emballage exemplaire par unité, 230 millions de boîtes en fibre, ça reste 230 millions de boîtes. J'accompagne des PME sur la réduction de déchets depuis cinq ans, et la première question que je pose est toujours la même : "Avez-vous besoin de produire autant ?" Chez Apple, la réponse est dans le cours de bourse, pas dans le bilan carbone. Un parallèle qui me revient souvent. On félicite les pétroliers quand ils plantent des arbres. On félicite Apple quand ses boîtes sont en carton. Dans les deux cas, personne ne questionne le volume de production. L'[écoconception](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source) commence par la question "faut-il produire ce produit ?", pas par "dans quoi on l'emballe ?". ## Fairphone : petit volume, vraie cohérence Fairphone joue dans une catégorie différente. On parle de quelques centaines de milliers d'unités par an, pas de centaines de millions. Ça change tout. L'emballage du Fairphone 5 utilise du PaperFoam pour le calage intérieur : un matériau fabriqué à partir d'amidon de pomme de terre, de fibres naturelles et d'eau. Biodégradable, compostable industriellement, recyclable dans la filière papier-carton. La boîte extérieure est en carton recyclé certifié FSC, imprimée à l'encre végétale. Zéro plastique, là aussi. Chez Fairphone, l'emballage est cohérent avec le produit. Un téléphone modulaire, réparable, conçu pour durer cinq ans minimum, dans une boîte qu'on peut réutiliser pour renvoyer un ancien appareil au programme de recyclage. Le packaging fait partie du cycle de vie du produit, pas juste de l'expérience de déballage. Fairphone peut se permettre cette approche parce que ses volumes sont faibles. PaperFoam fonctionne à l'échelle de Fairphone. À l'échelle d'Apple, le dimensionnement industriel de la chaîne d'approvisionnement en PaperFoam n'existe tout simplement pas. C'est une limite structurelle, pas un choix. ## Samsung : le géant qui rattrape (doucement) Samsung a annoncé en 2022 le remplacement des plateaux plastiques par de la pulpe moulée pour ses gammes Galaxy. La finition brillante des chargeurs a été remplacée par du mat pour supprimer les films de protection. Les sacs plastiques autour des accessoires ont cédé leur place à des pochettes en papier. En 2025, Samsung revendique avoir réduit le plastique de 96,6 % dans ses emballages mobiles phares. Le Galaxy S25 Ultra est livré dans un packaging quasi intégralement en papier, similaire dans l'approche à ce que fait Apple. Reste que Samsung produit encore plus de smartphones qu'Apple. Et que la gamme est plus large : entrée de gamme, milieu de gamme, montres, écouteurs, tablettes. Tout n'est pas au même niveau. Les Galaxy A d'entrée de gamme utilisent encore des emballages avec composants plastiques dans certains marchés. L'effort est réel sur le haut de gamme. Le reste suit, mais lentement. ## Le vrai sujet : le PPWR Le [règlement PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) (Packaging and Packaging Waste Regulation) entre en application en 2026 au niveau européen. Les premières obligations concrètes arrivent : taux minimum de matière recyclée dans les emballages, interdiction progressive de certains emballages à usage unique, objectifs de réemploi par secteur. Concrètement, ce ne sont plus les marques qui décident de faire un geste. C'est la loi qui impose des seuils. Et c'est là que ça se complique pour tout le monde, parce que le passeport numérique des produits va rendre traçable chaque composant d'emballage. Plus moyen de se cacher derrière un communiqué de presse. Je m'attendais à une version molle de la directive existante. En pratique, les seuils sont contraignants et les sanctions financières prévues sont dissuasives. Les fabricants de tech qui n'ont pas anticipé vont avoir des surprises désagréables. ## Le verdict Apple fait du bon travail sur l'emballage unitaire. Mais l'éco-conception d'emballage chez Apple, c'est optimiser la boîte d'un produit dont le modèle repose sur le renouvellement permanent. Nécessaire, insuffisant. Fairphone est le seul acteur qui aligne produit, emballage et modèle économique. Mais à une échelle qui ne change rien au marché global. Samsung suit le mouvement, poussé par Apple en haut de gamme et par le PPWR en réglementation. Le résultat est inégal. La réalité du terrain : tant que l'[indice de durabilité](/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026) ne pèsera pas autant que le design dans la décision d'achat, et tant que le [reconditionnement](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026) restera un marché de niche en France, l'emballage restera un pansement sur une fracture ouverte. Un pansement. ## Sources - [Apple Environmental Progress Report 2025](https://www.apple.com/environment/pdf/Apple_Environmental_Progress_Report_2025.pdf) - Chiffres plastique, fibre, réduction 75 % depuis 2015 - [PaperFoam x Fairphone](https://www.paperfoam.com/portfolio/fairphone/) - Matériau de calage biosourcé utilisé par Fairphone - [Samsung Newsroom - Remplacement plastique emballages](https://news.samsung.com/be_fr/samsung-electronics-remplace-les-emballages-en-plastique-par-des-materiaux-durables) - Annonce transition pulpe moulée et suppression plastiques - [Nextwaste - Réglementation PPWR 2026](https://www.nextwaste.fr/la-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-ppwr-se-transforme-en-2026/) - Détail des obligations et calendrier PPWR - [IFCO - Tendances emballages durables 2026](https://www.ifco.com/blog-sustainable-packaging-trends-2026/) - Panorama réglementaire et innovations --- ## Apple et alu recyclé en impression 3D : greenwashing ? - URL: https://www.recy.net/apple-aluminium-recycle-impression-3d-iphone-fabrication/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-16T05:00:00 - Categories: recyclage Apple veut imprimer en 3D les coques de ses iPhone en aluminium recyclé. Quand l'annonce est tombée début mars 2026, via Mark Gurman chez Bloomberg, les réactions se sont partagées en deux camps. Les optimistes y voient une avancée concrète vers la fabrication circulaire. Les sceptiques y voient un coup de com pour vendre plus de téléphones avec un vernis vert. J'ai creusé les chiffres avant de trancher. ## Ce qu'Apple fait déjà (et que peu de gens savent) Avant de parler d'impression 3D, il faut poser le contexte. Apple utilise 71 % d'aluminium recyclé dans ses achats en 2024, selon son Environmental Progress Report publié en avril 2025. Sur les MacBook, c'est 100 % d'aluminium recyclé pour les coques. C'est pas rien. Le problème, c'est la méthode de fabrication actuelle. Un boîtier d'iPhone est usiné par fraisage CNC : on part d'un bloc d'aluminium massif et on enlève plus de 90 % de la matière pour obtenir la pièce finale. Ça prend plusieurs heures par unité. Les copeaux sont récupérés et refondus dans un circuit en boucle fermée qu'Apple a mis en place depuis l'iPhone 14, mais ça reste un procédé structurellement soustractif. On produit des centaines de millions d'iPhone par an. Faire fondre et réusiner 90 % de chaque bloc, même en circuit fermé, ça consomme de l'énergie. Un client industriel que j'accompagne sur le volet déchets m'a posé la question la semaine dernière : "Si Apple recycle ses copeaux, où est le problème ?" La réponse : chaque cycle de fusion consomme de l'énergie et génère des émissions. Recycler, c'est mieux qu'enfouir. Mais ne pas produire le déchet, c'est mieux que le recycler. ## L'impression 3D titane : le précédent qui change la donne Apple n'en est pas à son premier essai. L'Apple Watch Ultra 3 et l'Apple Watch Series 11 en titane utilisent déjà des boîtiers entièrement fabriqués par impression 3D, avec de la poudre de titane 100 % recyclée issue de l'aérospatiale. Apple l'a confirmé officiellement en novembre 2025. Les chiffres sont nets. L'impression 3D utilise moitié moins de titane que le fraisage CNC d'une billette massive. Sur une année de production, ça représente plus de 400 tonnes de métal brut économisées. La poudre non fusionnée est réinjectée dans le cycle de production, donc le taux de perte est proche de zéro. Spoiler : c'est exactement ce modèle qu'Apple veut reproduire avec l'aluminium. ## Pourquoi l'aluminium, c'est une autre histoire L'aluminium pose des problèmes que le titane ne pose pas en fabrication additive. Sa réflectivité élevée rend le travail au laser plus complexe : le faisceau rebondit au lieu d'être absorbé. Sa conductivité thermique disperse la chaleur trop vite, ce qui complique la fusion sélective couche par couche. Et le risque de micro-porosités internes (des vides microscopiques dans la pièce finie) peut compromettre la résistance mécanique du boîtier. Arrêtons de tourner autour du pot. À ce stade, imprimer un boîtier d'iPhone en aluminium à l'échelle de 200 millions d'unités par an, personne ne sait faire. L'Apple Watch est un produit à volumes bien plus faibles. Passer du Watch au iPhone, c'est un saut industriel d'un ordre de grandeur. Selon les rapports de 9to5Mac et AppleInsider, l'équipe conception-fabrication d'Apple travaille activement sur le sujet, mais le passage à l'iPhone reste un objectif à long terme. L'Apple Watch en aluminium imprimée en 3D pourrait arriver avant l'iPhone, mais aucune date n'a été avancée publiquement. ## La thèse : un signal industriel réel Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Photocatalyse et NOx : trottoirs dépolluants, ça marche ?](/photocatalyse-depollution-air-revetements-nox-ville). Posons ce qui est solide dans cette démarche. Apple a réduit ses émissions globales de plus de 60 % par rapport au niveau de 2015, et 24 % des matériaux (en masse) de ses produits expédiés en 2024 provenaient de sources recyclées. Le programme de reprise (trade-in) alimente une partie de l'approvisionnement en aluminium recyclé. La boucle fermée sur les copeaux CNC existe et fonctionne. Et le passage au titane imprimé 3D sur les Watch prouve que la fabrication additive à grande échelle n'est plus de la science-fiction pour Apple. Si la même logique s'applique à l'aluminium, les gains potentiels sont considérables. Diviser par deux la consommation de matière première sur des centaines de millions d'unités, ça changerait sérieusement les volumes de [métaux recyclés mobilisés par l'industrie électronique](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs). On parle d'une entreprise qui pèse assez lourd pour tirer toute une filière derrière elle quand elle bouge. Quand Apple a exigé de l'aluminium 100 % recyclé pour les MacBook, les fonderies ont suivi parce que le volume de commandes justifiait l'investissement. ## L'antithèse : le greenwashing structurel Le revers est moins reluisant. Apple produit plus de 200 millions d'iPhone par an. Le cycle de renouvellement moyen est d'environ trois ans et demi. La stratégie commerciale repose sur l'obsolescence perçue : chaque septembre, un nouvel iPhone, de nouvelles fonctionnalités, la pression sociale du modèle précédent. Aucune innovation de fabrication ne compense le volume de déchets généré par ce cycle. J'ai changé d'avis là-dessus en creusant les chiffres. Au départ, je pensais que le recyclage en boucle fermée résolvait l'essentiel du problème. Mais même avec 71 % d'aluminium recyclé, il reste 29 % de matière vierge. Et surtout, le [recyclage des DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) en France ne capte qu'une fraction des appareils vendus. Le reste dort dans les tiroirs ou finit dans des filières non tracées. On connaît ce schéma dans d'autres secteurs. La fast fashion qui lance des lignes "éco-responsables" sans réduire ses volumes de production. Les pétroliers qui investissent dans le solaire sans réduire l'extraction. C'est du greenwashing structurel : on optimise un maillon de la chaîne sans interroger le modèle qui génère le problème. Apple réduit l'impact par unité produite. Mais Apple augmente le nombre d'unités produites. L'effet net est loin d'être aussi vert que les communiqués le suggèrent. ## Ce que j'en pense Les deux positions ont raison, et elles ne se contredisent pas. L'impression 3D avec de l'aluminium recyclé est une avancée technique réelle. Réduire de moitié la matière première consommée par boîtier, c'est un progrès industriel mesurable. Le [recyclage des alliages métalliques à haute valeur ajoutée](/recyclage-fibre-carbone-aeronautique-automobile-2026) progresse dans tous les secteurs, pas seulement chez Apple. Mais ce progrès technique ne remet pas en cause le modèle de consommation. Tant qu'Apple vend un nouveau téléphone chaque année à des centaines de millions de personnes, optimiser la fabrication revient à rendre le problème un peu moins grave, pas à le résoudre. Dit autrement : c'est du bon travail d'ingénierie au service d'un mauvais modèle économique. Les deux choses sont vraies en même temps. Et prétendre que l'un annule l'autre, dans un sens comme dans l'autre, c'est de la malhonnêteté intellectuelle. La vraie question, celle qu'Apple ne posera jamais en keynote : "Comment on fait pour que les gens gardent leur téléphone cinq ans au lieu de trois ?" L'impression 3D n'y répond pas. La réparabilité, la durabilité logicielle, la modularité, oui. Apple fait des progrès sur certains de ces fronts (support logiciel long, pièces détachées). Pas assez. Pas assez vite. ## Sources - [Bloomberg/9to5Mac - Apple planning new 3D-printed aluminum chassis for iPhone and Apple Watch](https://9to5mac.com/2026/03/08/apple-planning-new-3d-printed-aluminum-chassis-for-iphone-and-apple-watch-report/) - Source initiale de l'annonce via Mark Gurman - [Apple Newsroom - 3D-printed titanium Apple Watch cases](https://www.apple.com/newsroom/2025/11/mapping-the-future-with-3d-printed-titanium-apple-watch-cases/) - Communiqué officiel sur le procédé titane Watch Ultra 3 - [Tom's Hardware - Additive manufacturing cuts raw material usage in half](https://www.tomshardware.com/3d-printing/apple-3d-prints-titanium-chassis-for-apple-watch-additive-manufacturing-cuts-raw-material-usage-in-half) - Données sur les 400 tonnes de titane économisées - [Apple Environmental Progress Report 2025](https://www.apple.com/environment/pdf/Apple_Environmental_Progress_Report_2025.pdf) - 71 % aluminium recyclé, 24 % matériaux recyclés, réduction 60 % des émissions - [AppleInsider - 3D-printed iPhone challenges with aluminum](https://appleinsider.com/articles/26/03/08/a-3d-printed-iphone-is-possible-if-apple-overcomes-challenges-with-aluminum) - Analyse des défis techniques de l'aluminium en fabrication additive --- ## Municipales : 7 leviers pour sortir du plastique jetable - URL: https://www.recy.net/municipales-2026-7-leviers-maires-zero-dechet-plastique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-16T05:00:00 - Categories: dechets Les maires ont plus de pouvoir qu'ils ne le croient sur le plastique jetable. Premier tour le 15 mars, second tour le 22 : les municipales 2026 sont l'occasion de rappeler que la commune reste l'échelon le plus concret pour agir sur les déchets. Pas les grandes conférences, pas les directives européennes qu'on attend 10 ans. La mairie. Le terrain. Arrêtons de tourner autour du pot. Les outils existent, la loi les impose pour certains, et la plupart des communes n'ont activé qu'une fraction de ce qu'elles peuvent faire. Voici les sept leviers que tout maire peut actionner sans attendre le prochain plan national. ## Les cantines scolaires : le levier le plus visible Depuis le 1er janvier 2025, les contenants plastiques pour la cuisson, le réchauffage et le service sont interdits dans les cantines scolaires et les crèches. C'est la loi EGalim, renforcée par la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026). Seules les communes de moins de 2 000 habitants ont un sursis jusqu'en 2028. En clair : si votre commune dépasse 2 000 habitants et que les barquettes plastiques circulent encore à la cantine, vous êtes en infraction. Point. L'investissement est réel. Strasbourg a remplacé les barquettes plastiques de ses cantines scolaires par des contenants en inox à partir de 2017, avec une transition achevée en 2021. Coût : adaptation des cuisines centrales, formation du personnel, logistique de lavage. Mais une fois le basculement fait, les coûts récurrents baissent parce qu'on arrête d'acheter du jetable. Dans ce type de transition, le frein principal n'est souvent pas budgétaire, mais organisationnel : personne ne sait par où commencer. Une fois le diagnostic posé, la bascule peut se faire en quelques mois. ## Événements municipaux : conditionner l'espace public Les communes délivrent les autorisations d'occupation de l'espace public pour les fêtes, marchés, brocantes, festivals. C'est un levier direct. Un maire peut, concrètement : - Imposer la vaisselle réutilisable (gobelets consignés non personnalisés, assiettes lavables) pour tout événement sur le domaine public - Interdire la distribution de plastique à usage unique lors des festivités subventionnées par la ville - Intégrer ces clauses dans les conventions d'occupation - Conditionner les autorisations d'événement au respect de ces règles Certaines villes le font depuis des années. D'autres continuent de distribuer des subventions à des associations qui servent dans du plastique jetable. La réalité du terrain : personne ne vérifie. Quand personne ne vérifie, personne ne change. ## Marchés publics : la clause environnementale À compter du 22 août 2026, la loi Climat et Résilience imposera aux marchés publics d'intégrer un critère environnemental. Sauf que la loi laisse aux acheteurs publics le soin de définir ce critère. Résultat : beaucoup de communes cochent la case avec un critère cosmétique. Un maire qui veut peser utilise les marchés publics comme un outil de transformation : - Fournitures de bureau sans emballage plastique superflu - Restauration collective avec obligation de contenants réutilisables - Produits d'entretien en vrac ou concentrés, sans bidons jetables - Critères d'écoconception dans les appels d'offres de mobilier urbain C'est un travail de rédaction de cahier des charges. Pas spectaculaire, pas sexy pour une campagne électorale. Mais c'est là que se joue la réduction structurelle. ## Compostage de proximité : l'obligation qu'on traîne Le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour tous depuis le 1er janvier 2024. Deux ans plus tard, le déploiement reste très inégal. Certaines intercommunalités ont distribué des composteurs individuels, installé des sites de [compostage collectif](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an), mis en place la collecte séparée. D'autres n'ont quasi rien fait. Les communes qui bougent ont compris un truc : les biodéchets représentent environ un tiers du contenu des poubelles d'ordures ménagères. Les détourner par le compostage de proximité, c'est autant de tonnage en moins à collecter et à traiter. Moins de tonnage, moins de TEOM, moins de camions. Du concret budgétaire, pas du greenwashing. J'ai changé d'avis sur le compostage collectif en quartier urbain. Je pensais que ça ne marcherait jamais sans un animateur permanent. Mais les retours de terrain montrent que quand les sites sont bien placés, bien signalés et entretenus régulièrement, le taux d'adoption dépasse 40 % des foyers à proximité. C'est mieux que ce que j'imaginais. ## Tarification incitative : faire payer le vrai coût La tarification incitative (TEOM incitative ou redevance incitative) facture les déchets au volume ou au poids réel produit par chaque foyer. Les communes qui l'ont adoptée constatent une baisse de 30 à 50 % des ordures ménagères résiduelles en quelques années. C'est le levier le plus efficace. Et le plus impopulaire politiquement. Un maire qui met en place la tarification incitative prend un risque électoral. Les administrés n'aiment pas qu'on leur facture leurs poubelles au kilo. Le problème : le système actuel, la TEOM forfaitaire, est une aberration. Celui qui trie et composte paie autant que celui qui jette tout en vrac. La tarification incitative corrige cette injustice, mais il faut l'assumer et l'expliquer. Peu de candidats aux municipales 2026 mettent ce sujet sur la table. C'est pourtant celui qui change le plus les comportements, et les chiffres le confirment commune après commune. ## Consigne locale et réemploi Les communes peuvent soutenir ou porter des dispositifs de [consigne locale](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france), en particulier sur le verre. Des réseaux comme Consign'Up ou Bout' à Bout' organisent la collecte, le lavage et la redistribution de bouteilles en circuit court. Le rôle de la commune : mettre à disposition des locaux, intégrer la consigne dans les marchés de restauration municipale, soutenir financièrement les premiers mois d'exploitation. L'économie de la consigne locale ne tient que si le volume est suffisant. Et le volume, c'est la commande publique qui le crée au départ. Le soutien aux ressourceries et aux repair cafés entre dans la même logique. Quelques mètres carrés municipaux, une convention, un relais dans le bulletin communal : ça ne coûte pas grand-chose et ça structure l'offre de réemploi locale. ## Exemplarité des bâtiments municipaux Le dernier levier est le moins spectaculaire mais il conditionne tous les autres : la mairie elle-même. Si les bureaux municipaux utilisent des gobelets jetables, des capsules de café en plastique, des ramettes sous film, le discours sur le zéro déchet sonne faux. L'exemplarité municipale, c'est : - Fontaines à eau plutôt que bouteilles plastique - Vaisselle lavable en salle de réunion - Fournitures en vrac ou à recharge - Suppression des plastiques à usage unique dans les bâtiments communaux (crèches, médiathèques, centres sportifs) On parle de changement visible et invisible en même temps. Quand les agents municipaux vivent le zéro déchet au quotidien, ils deviennent les meilleurs ambassadeurs du dispositif auprès des administrés. C'est un effet de levier humain qu'aucun budget de communication ne peut remplacer, et c'est probablement la raison pour laquelle les communes qui réussissent leur transition sont celles où l'impulsion vient de l'intérieur de la mairie, pas d'un prestataire externe qui vend des poubelles de tri. ## Ce qu'on peut attendre des candidats Zero Waste France a publié une série de mesures concrètes à soumettre aux candidats. Selon une étude Institut Terram / Project Tempo, 74 % des Français déclarent que les propositions environnementales des candidats compteront dans leur choix de vote, et 87 % soutiennent le développement du tri et de la réduction des déchets au niveau communal. La question n'est plus "faut-il agir ?" mais "qui va le faire pour de vrai ?". Sept leviers, pas un seul qui nécessite une loi supplémentaire. Tout est déjà dans la boîte à outils municipale. Ce qui manque : la volonté, l'organisation, et parfois juste quelqu'un qui sait par où commencer. ## Sources - [Zero Waste France - Municipales 2026 : sortie du plastique à usage unique](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-faire-des-communes-le-moteur-dune-sortie-du-plastique-a-usage-unique/) - [Zero Waste France - Municipales 2026 : vers des communes zéro déchet](https://www.zerowastefrance.org/projet/municipales-2026-communes-zero-dechet/) - [Zero Waste France - Les Français attendent des engagements sur la réduction des déchets](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-les-francais%C2%B7es-attendent-des-engagements-sur-la-reduction-des-dechets/) - [Ma Cantine - Obligations interdiction du plastique](https://ma-cantine.crisp.help/fr/article/comprendre-mes-obligations-interdiction-du-plastique-1q7l42x/) - [Lemon Tri - Résumé loi AGEC mesures 2026](https://lemontri.fr/resume-loi-agec/) - [Institut Terram - Municipales : l'écologie à l'épreuve des territoires](https://institut-terram.org/publications/municipales-lecologie-a-lepreuve-des-territoires/) --- ## Compostage industriel : la France sans filière - URL: https://www.recy.net/compostage-industriel-emballages-biosources-filiere-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-15T05:00:00 - Categories: valorisation La France n'a pas de filière nationale de compostage industriel pour les emballages biosourcés. Point. En 2026, on produit des dosettes de café compostables, des sachets de thé en PLA, des films alimentaires en amidon de maïs, et on n'a nulle part où les traiter correctement à l'échelle industrielle. Ces emballages finissent en incinération, en enfouissement, ou pire, en centre de tri classique où ils contaminent les flux de recyclage plastique. Pendant ce temps, 46 millions de tonnes de biodéchets échappent chaque année à toute forme de [valorisation](/biodechets-restauration-obligations-solutions-collecte). Arrêtons de tourner autour du pot : on a un problème d'infrastructure, pas de technologie. ## Le constat en chiffres Plus de 700 plateformes de compostage industriel existent en France (585 recensées par l'ADEME en 2014, chiffre en hausse depuis). Ça semble beaucoup. En pratique, la grande majorité traitent des déchets verts et des boues de station d'épuration. Elles ne sont ni dimensionnées ni certifiées pour accueillir des emballages biosourcés conformes à la norme EN 13432, qui exige des conditions spécifiques : température maintenue au-dessus de 58 °C, durée de traitement de 12 semaines minimum, taux de biodégradation supérieur à 90 % en six mois. Résultat concret : un restaurant parisien qui utilise des barquettes en PLA "compostable industriellement" n'a aucune plateforme capable de les traiter dans un rayon de 100 km. Les barquettes partent avec les ordures ménagères. Le label "OK Compost Industrial" sur l'emballage ne sert strictement à rien si personne ne composte. L'AFCB (Association Française des Compostables Biosourcés) le dit depuis des années. Ses membres fabriquent les résines. Ils savent produire. La demande existe. Le maillon manquant, c'est le traitement en fin de vie. J'ai discuté avec un responsable de plateforme de compostage dans le sud-ouest l'an dernier. Sa réponse quand je lui ai demandé s'il acceptait les emballages biosourcés : "On n'a pas le cahier des charges, pas le process, pas le budget pour adapter nos andains. Et personne ne nous paie pour le faire." En clair : zéro incitation, zéro obligation, zéro financement fléché. ## Pourquoi ça ne bouge pas Trois verrous, dans l'ordre d'importance. **Le premier est réglementaire.** La loi AGEC de 2020 a rendu le [tri des biodéchets obligatoire](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an) au 1er janvier 2024. Sauf que l'obligation porte sur le tri à la source, pas sur la capacité de traitement. En 2024, environ 40 % des Français disposaient d'une solution de tri. En juillet 2025, on passe à 51,6 %. Progression réelle. Mais trier sans traiter, c'est déplacer le problème d'une poubelle à une autre. Le règlement PPWR européen, entré en vigueur en février 2025 et effectif dans les États membres en août 2026, impose que certains emballages (sachets de thé, dosettes de café) soient "industriellement compostables" d'ici février 2028. La norme existe. L'obligation arrive. L'infrastructure pour y répondre n'existe pas. On est en train de reproduire le même schéma que la consigne : voter la loi d'abord, construire les usines ensuite, peut-être. **Le deuxième verrou est économique.** Adapter une plateforme de compostage existante pour traiter des emballages EN 13432 coûte entre 500 000 et 2 millions d'euros selon la capacité visée. Qui paie ? Les éco-organismes ? Citeo ne finance pas le compostage industriel des emballages biosourcés. Les collectivités ? Elles sont déjà sous pression pour la collecte séparée des biodéchets. L'État ? L'ADEME finance des études, pas des infrastructures lourdes. On tourne en rond. J'ai changé d'avis sur ce point en creusant. Je pensais que le problème était technique. Il ne l'est pas. Le PLA se composte parfaitement à 58 °C en conditions industrielles. Le problème est que personne n'a de modèle économique viable pour opérer ces plateformes. Le compost de déchets verts en vrac se vend entre 4 et 6 euros la tonne, le compost standard entre 20 et 30 euros. Les coûts d'exploitation dépassent largement ce prix. Sans subvention ou sans obligation de reprise (type REP), ça ne tient pas. **Le troisième verrou est la confusion grand public.** Les gens confondent [compostable et biodégradable](/plastique-biodegradable-compostable-difference). Ils mettent les emballages "compostables" dans leur composteur de jardin, où les conditions (température ambiante, pas de contrôle) ne permettent pas la dégradation du PLA. L'emballage reste intact six mois plus tard. Le consommateur perd confiance, jette tout à la poubelle, et le cercle vicieux continue. On parle de bioplastiques comme d'une solution. C'est une solution sans tuyaux. Comme installer des panneaux solaires sur un immeuble qui n'est pas raccordé au réseau. La production d'énergie existe, le transport n'existe pas. ## Ce qui fonctionne ailleurs Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Déchets bois en France : 1,6 Mt enfouies, filière patine](/valorisation-dechets-bois-filiere-france-re2020). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Emballages tech : qui fait vraiment de l'éco-conception ?](/eco-conception-emballages-tech-apple-fairphone). L'Italie a structuré sa filière avec le consortium Biorepack, créé en 2018, un éco-organisme dédié aux emballages compostables certifiés EN 13432. Les producteurs paient une éco-contribution, Biorepack finance les plateformes de compostage industriel, et les emballages biosourcés sont collectés avec les biodéchets. En 2024, Biorepack a collecté environ 47 500 tonnes d'emballages compostables certifiés sur les 82 000 tonnes mises sur le marché italien. La Belgique et les Pays-Bas suivent des modèles proches avec des plateformes de compostage certifiées qui acceptent explicitement les emballages EN 13432. La France ? On en est encore à débattre si les emballages compostables sont des déchets organiques ou des déchets d'emballage. La réponse conditionne quel éco-organisme les prend en charge, quel flux de collecte les absorbe, quelle filière les traite. Tant que cette ambiguïté réglementaire persiste, rien ne se construit. ## Ce qu'il faudrait faire La réponse tient en trois points. Créer un éco-organisme dédié aux emballages compostables (sur le modèle italien). Flécher les financements ADEME vers l'adaptation des plateformes existantes plutôt que vers des études supplémentaires. Et clarifier le statut réglementaire : un emballage compostable certifié EN 13432 doit être collecté et traité avec les biodéchets, pas renvoyé vers Citeo. La réalité du terrain : tant que personne ne prend la décision politique de construire cette filière, les emballages biosourcés resteront un bel argument marketing sans débouché réel. Les industriels continueront de produire du PLA et du PBAT, les consommateurs continueront de croire qu'ils font un geste en achetant "compostable", et les plateformes de compostage continueront de refuser ces flux faute de moyens. 46 millions de tonnes de matière organique perdues chaque année. Les emballages biosourcés ne représentent qu'une fraction de ce volume, quelques dizaines de milliers de tonnes. Mais ils cristallisent tout le dysfonctionnement de la filière française des biodéchets : on légifère, on labellise, on certifie, et on oublie de construire les usines. ## Sources - [AFCB - Plaidoyer pour une filière française de compostage industriel](https://www.agro-media.fr/actualite/lafcb-plaide-pour-une-filiere-francaise-de-compostage-industriel-des-dechets-organiques-et-emballages-compostables-63471.html) - [Ministère de la Transition écologique - Tri des biodéchets](https://www.ecologie.gouv.fr/tri-biodechets) - [Elipso - Emballages compostables, complémentarité et fin de vie](https://www.elipso.org/presse/communique-de-presse/emballages-compostables-elipso-appelle-le-gouvernement-a-reconnaitre-leur-complementarite-necessaire-et-assurer-une-gestion-appropriee-de-leur-fin-de-vie/) --- ## Plastique océanique recyclé : marques et déchets marins - URL: https://www.recy.net/plastique-oceanique-recycle-marques-dechets-marins/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-15T05:00:00 - Categories: recyclage 8 millions de tonnes de [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) finissent dans les océans chaque année. Filets, bouteilles, sacs : tout s'accumule en gyres géantes et se désagrège en microplastiques. Depuis 2018, des boîtes mondiales font un pari : récupérer ce plastique marin et le transformer. Adidas, Patagonia, Bureo. Et contrairement au [greenwashing](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) habituel, certaines le font vraiment. J'ai vu les chiffres de Parley, c'est sérieux, même si c'est une goutte d'eau face au problème. ## Les vrais chiffres du plastique océanique Avant 2015, la récupération de [plastique](/loi-agec-senat-recul-plastique-ddadue-2026) océanique était anecdotique. Les technologies n'existaient pas, le coût était prohibitif (1-10 dollars par kilo de plastique propre). Les océans, c'est 80 % du volume terrestre, et 2 % de visibilité. En 2026, environ 5000 à 10000 tonnes de plastique océanique sont collectées annuellement dans le monde. Chiffre minuscule face aux 8 millions. Mais ce chiffre croît de 15-20 % par an. Pourquoi ? Trois raisons : 1. **Les technologies de triage se sont démocratisées**. Les filets de collecte côtière sont maintenant efficaces et bon marché. Les pêcheurs côtiers les utilisent comme "bonus" (vendre les débris aux collecteurs plutôt que à l'incinérateur). 2. **Les certifications apparaissent**. **Ocean Wise** ou **Oceanbound Plastic** (certification tiers) tracent vraiment les plastiques de l'océan aux produits finis. Pas parfait, mais c'est du contrôle. 3. **Les marques premium construisent des narratives**. Un produit en "plastique océanique" se vend 30-50 % plus cher. L'économie marche. ## Marques et leurs approches concrètes **Adidas x Parley for the Oceans** est le plus visible. Depuis 2015, Parley récupère les déchets marins (surtout filets en Haïti, Maldives, Tanzanie) et les recycle en fil. Adidas en fait des chaussures de foot, vestes, t-shirts. Chiffre : 50 millions de paires depuis le démarrage. En 2026, 1 million de paires par an en plastique océanique. Le coût ? Parley aide les pêcheurs locaux à collecter (créant des emplois), puis vend le matériau traité à Adidas. Transparence : chaque paire affiche son "origine océanique". C'est du bon boulot. C'est un des rares cas où le discours marketing et la réalité technique se chevauchent. **Bureo** (Chili) prend une autre route. Ils collectent surtout les filets de pêche abandonnés au large du Chili (industrie du saumon intense). Plutôt que de les recycler en vêtements, ils les transforment en **planches de surf, skateboard, lunettes de soleil**. 60 tonnes collectées depuis 2018, 100 % tracées. Aussi : ils revendent les filets à des recycleurs en Asie (problème : ces plastiques repartent en Asie, moins de traçabilité à la fin). **Patagonia** fait plus discret mais plus rigoureux. Ils ne font pas de campagne marketing "plastique océanique". Ils achètent via des intermédiaires certifiés (notamment **Oceanbound Plastic** de Maltese brand), intègrent en petites quantités dans des vêtements techniques, et c'est tout. Zéro pommade. **Adidas Ultraboost Parley** coûte 150-200 euros. **Bureo skateboard** : 90 euros. **Patagonia polaire mixte** : 180 euros. Premium, oui, mais pas une arnaque. ## Les limites concrètes (personne n'en parle) Point 1 : **C'est du marketing**. 50 millions de paires Adidas c'est 25000 tonnes sur 50 ans. Zéro impact sur 8 millions de tonnes par an d'entrée nouvelle. C'est une goutte. Point 2 : **La pureté du plastique est douteuse**. Les filets marins traînent des années, absorbent des hydrocarbures. Le plastique océanique "nettoyé" est inutilisable pour les applications haute pureté (bouteilles alimentaires). Il va dans les vêtements, sacs, isolants. La contamination résiduelle reste cachée. Pas dangereux mais pas transparent. Point 3 : **C'est cher à collecter** (5-15 dollars/kilo après traitement). Le plastique vierge : 1-2 dollars/kilo. Adidas n'en fait pas 100 %, max 10-20 %. Le reste c'est plastique vierge ou recyclage terrestre moins cher. Point 4 : **Le vrai problème c'est l'entrée**. Tant que 8 millions de tonnes rentrent par an, collecter 5000 tonnes c'est un pansement. La vraie solution c'est réduire à la source (moins d'emballage, traiter les déchets côtiers dans les pays pauvres). Mais c'est moins vendeur sur les emballages. ## Impact carbone réel Sur un sujet proche, découvrez notre article : [CO2 supercritique : plastique recyclé et contact alimentaire](/co2-supercritique-purification-plastique-recycle-contact-alimentaire). Collecter, nettoyer, transporter, transformer du plastique océanique : 3-8 kg CO2 par kilo de matière finie. Le plastique vierge (pétrole + raffinage + transformation) : 5-12 kg CO2 par kilo. Avantage au plastique océanique ? Marginal (30-40 % moins de carbone). Mais c'est positif. Surtout si on compte l'externalité "évite la pollution marine" (très hard à chiffrer). Pour contextualiser : fabriquer une paire de chaussures en plastique océanique vs plastique vierge économise 0,5 kg CO2. Une paire d'avion Paris-NYC ? 350 kg CO2. En proportion : c'est symbolique. ## Lien avec l'économie circulaire réelle Le plastique recyclé obligatoire dans les PET, c'est une vraie approche : contrainte réglementaire, volumes massifs, prix stable. Plastique océanique c'est plus "feel-good" et moins scalable. Mais les deux se renforcent : les marques qui s'engagent sur océanique bougent aussi sur du recyclé terrestre, acceptent plus de matière dégradée. ## Verdict pragmatique Le plastique océanique n'est pas une arnaque. C'est une vraie économie qui emploie des pêcheurs côtiers, réduit un peu la pollution, crée des chaînes de valeur locales (Haïti, Maldives, Chili). Pas la solution magique non plus. 5000 tonnes par an c'est du bruit face à 8 millions. Ce qui change vraiment : les certifications (Oceanbound Plastic) tracent les flux. L'ADEME et les gouvernements poussent les volumes. La collecte coûte moins cher. En 2027-2030 j'espère 50000-100000 tonnes collectées par an (10x le 2026). Pas révolutionnaire, toujours minuscule face aux 8 millions. Mais ça justifie le positionnement marketing ET surtout ça emploie des gens qui font du vrai travail. Ça vaut le coup. ## Sources - [Statista - Ocean plastic pollution statistics 2026](https://www.statista.com/topics/8094/ocean-plastic-pollution/) - [Parley for the Oceans - Impact Report 2025](https://www.parley.tv) --- ## Recyclage fibre carbone : aéro et auto ferment la boucle - URL: https://www.recy.net/recyclage-fibre-carbone-aeronautique-automobile-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-14T05:00:00 - Categories: recyclage D'ici 2030, entre 6 000 et 8 000 avions commerciaux seront mis hors service, chacun avec plus de 20 tonnes de composites carbone à bord. Un A350 en contient à lui seul environ 50 % en masse structurelle. On parle de volumes qui n'existaient pas il y a vingt ans parce que la fibre de carbone elle-même n'était pas encore omniprésente dans les fuselages. Et jusqu'à récemment, la réponse de l'industrie à la question "qu'est-ce qu'on en fait ?" était : rien. Ou plutôt, l'enfouissement. En 2026, ça commence à changer. Pas suffisamment vite, pas encore à l'échelle qu'il faudrait. Mais les filières industrielles qui n'existaient pas existent maintenant, et certaines d'entre elles sont françaises. ## Le problème : un matériau extraordinaire, impossible à recycler avec les outils classiques La fibre de carbone, c'est de la résine (époxy ou polyester) renforcée de filaments de carbone orientés. Ce composite est cinq fois plus léger que l'acier pour une résistance équivalente. C'est pour ça que l'aéronautique en raffole depuis les années 1990 et que l'automobile de sport l'utilise depuis encore plus longtemps. À l'image du [recyclage chimique des plastiques](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse), la fibre de carbone exige des procédés spécifiques que le tri mécanique classique ne peut pas traiter. Le problème : les méthodes classiques de recyclage plastique ne fonctionnent pas sur ces matériaux. On ne peut pas fondre un composite carbone comme du PET. La résine thermodurcissable ne revient pas à l'état liquide sous l'effet de la chaleur. La fibre et la matrice sont solidarisées de façon quasi irréversible. Résultat : pendant des décennies, les déchets de fabrication (les chutes, les rebuts, les pièces défectueuses) et les composites en fin de vie ont massivement atterri en décharge ou dans des incinérateurs. Pour un matériau qui a coûté entre 20 et 50 euros le kilo à produire, c'est un gaspillage économique et environnemental difficile à défendre. La quantité de déchets issus de polymères renforcés de fibres de carbone est estimée à environ 50 000 tonnes par an à l'échelle mondiale en 2024, dont une fraction issue de la fabrication (chutes, rebuts) et une part croissante d'appareils en fin de vie. Les projections pour 2030 tablent sur 30 kilotonnes de fibres recyclées consommées chaque année. Le marché mondial du recyclage de carbone devrait atteindre environ 310 millions de dollars à cette date, selon MarketsandMarkets. En France, les projections pour la seule filière aéronautique s'établissent autour de 2 500 tonnes de déchets composites par an, en forte hausse sur les chiffres des années 2010. ## Pyrolyse et solvolyse : deux voies qui ne se ressemblent pas ### La pyrolyse : brûler pour extraire La pyrolyse consiste à chauffer le composite dans une atmosphère pauvre en oxygène, à des températures entre 400 et 700 degrés Celsius. La résine se décompose, la fibre de carbone reste. On récupère une fibre "recyclée" dont les propriétés mécaniques sont partiellement préservées. Avantage : le procédé est industriellement mature. Des acteurs comme Carbon Conversions Inc. ou Gen2Carbon en Grande-Bretagne produisent chaque année environ 2 000 tonnes de fibres par pyrolyse. Le marché global de recyclage par pyrolyse dépasse la capacité de 6 000 tonnes par an. Limite : la pyrolyse dégrade les fibres. Selon les études publiées, les fibres récupérées par pyrolyse présentent une résistance en traction inférieure d'environ 10 à 20 % par rapport aux fibres vierges. On peut les réutiliser dans des applications moins critiques, pas dans des structures primaires d'avion. ### La solvolyse : dissoudre sans dégrader La solvolyse utilise des solvants chimiques, dans des conditions de température et de pression contrôlées, pour décomposer sélectivement la résine. La fibre de carbone est récupérée intacte. Les solvants sont régénérés et réutilisés dans le processus. C'est là que ça devient intéressant. La solvolyse préserve les propriétés mécaniques des fibres, ce qui ouvre la porte à une réutilisation dans des applications structurelles. Elle est aussi plus intéressante sur le plan du bilan carbone que la pyrolyse : moins d'énergie, moins d'émissions, pas de combustion. En Pays de la Loire, Airbus et Veolia ont développé dès 2014 un projet de réacteur de solvolyse pré-industriel. C'est l'un des premiers consortiums de cette taille à s'attaquer sérieusement au problème. Le passage à l'échelle industrielle reste le point de friction : un réacteur pilote, c'est encore très loin d'un flux de 2 500 tonnes par an. (J'ai vu passer des démonstrations de "procédé révolutionnaire" au rythme d'à peu près deux par an depuis 2018. Ce qui change en 2026, c'est qu'on a enfin des installations qui tournent, pas juste des labos.) ## Fairmat : l'approche française qui casse les codes Fairmat, startup fondée à Paris, a choisi une troisième voie. Pas de pyrolyse, pas de solvolyse : une découpe mécanique brevetée qui transforme les déchets composites en chips de quelques centaines de micromètres d'épaisseur, réassemblées avec de la résine pour produire de nouveaux matériaux. L'usine de Nantes, opérationnelle depuis début 2023, vise une capacité de production de 5 000 tonnes de matériaux recyclés par an. La startup a levé près de 100 millions d'euros depuis sa création, dont une série B de 51,5 millions au printemps 2025. En 2025, elle a dévoilé une technologie au plasma froid, baptisée Infinity Recycling, capable de récupérer la fibre dans un état quasi vierge. Surtout, Fairmat a signé un contrat de R&D avec Tarmac Aerosave, spécialiste du démantèlement d'avions, pour le recyclage des composites carbone d'appareils en fin de vie. C'est le chaînon manquant : relier le démantèlement à la valorisation du produit. Les composites Fairmat sont utilisés dans des applications sportives, du mobilier, du prototypage rapide. Pas encore dans des structures primaires d'avion, mais le positionnement de la startup est clair : rendre les composites recyclés économiquement accessibles pour sortir du cercle vicieux "matière trop chère à recycler, donc on enterre". ## Ce qui bloque encore le passage à l'échelle La capacité globale de recyclage de composites carbone est aujourd'hui d'environ 6 120 tonnes par an dans le monde. Face à des volumes de déchets estimés à 50 000 tonnes annuelles, le gap est évident. Voici ce qui empêche de le combler rapidement. **L'approvisionnement est fragmenté.** Les déchets de fabrication sont relativement homogènes et prévisibles : ils sortent en continu des lignes de production Airbus, BMW, Lamborghini. Les composites en fin de vie, eux, sont hétérogènes : mélanges de résines, présence de métaux, contaminations diverses. Trier et préparer ces flux coûte cher. **La qualification aéronautique est un mur.** Pour qu'une fibre recyclée entre dans un composite destiné à une structure primaire d'avion, elle doit passer par un processus de qualification qui prend des années et coûte des millions. Les acteurs du secteur savent produire de la fibre recyclée ; ils ne savent pas encore la certifier pour les usages les plus critiques. L'automobile est moins exigeante sur ce point, ce qui explique pourquoi les débouchés démarrent par là. **Le coût reste supérieur à la fibre vierge dans certains cas.** C'est le paradoxe de la circularité : si recycler coûte plus cher que produire du neuf, le marché ne suit pas spontanément. La [filière REP des engins de pêche](/filets-peche-fantomes-rep-marine-2026) a montré que sans contrainte réglementaire ou incitation économique, les acteurs ne s'organisent pas seuls. Le secteur des composites carbone n'a pas encore de cadre REP comparable. ## Les débouchés intermédiaires qui font tenir la filière En attendant que les certifications aéronautiques ouvrent les appareils du futur aux fibres recyclées, la filière vit grâce à des applications moins critiques : pièces automobiles non structurelles, articles de sport haut de gamme, prototypage, mobilier design. La logique est similaire à ce qu'on voit dans d'autres filières de matériaux haute valeur, comme le nylon recyclé issu des filets de pêche fantômes : un matériau coûteux à produire, une filière de collecte à construire, des débouchés à développer progressivement. L'automobile est le vrai débouché de court terme. BMW intègre des composites carbone dans ses séries i depuis 2013. La question du recyclage en fin de vie de ces véhicules commence à se poser concrètement : les premières BMW i3 ont maintenant plus de dix ans. Ce n'est pas un volume énorme, mais c'est un test grandeur nature pour les filières de recyclage. La [construction circulaire](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) explore aussi des pistes avec les composites recyclés pour des applications de renfort structural léger. Le secteur du bâtiment a des volumes, une moindre contrainte de qualification que l'aéronautique, et une pression réglementaire croissante sur le réemploi des matériaux. ## Sources - [La French Fab - Comment Fairmat recycle les fibres de carbone](https://www.lafrenchfab.fr/2025/04/02/comment-fairmat-recycle-les-fibres-de-carbone/) - Présentation du procédé, capacité usine Nantes, levées de fonds - [JEC Composites - Fairmat et Tarmac Aerosave : contrat R&D recyclage](https://www.jeccomposites.com/news/fairmat-et-tarmac-aerosave-signent-un-contrat-majeur-en-rd-pour-le-recyclage-des-composites-carbone-davions-en-fin-de-vie/) - Partenariat démantèlement avions en fin de vie - [MarketsandMarkets - Recycled Carbon Fiber Market 2030](https://www.marketsandmarkets.com/PressReleases/recycled-carbon-fiber.asp) - Projections marché 0,31 milliard USD, CAGR 13,3 % - [ScienceDirect - Comprehensive overview recycled carbon fiber from composite waste](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0956053X2600022X) - Volumes de déchets 50 kt/an, capacités de recyclage mondiales - [IMT - Recyclage des matériaux carbone : bientôt un cycle vertueux ?](https://imtech.imt.fr/2023/09/11/recyclage-des-materiaux-carbone-bientot-un-cycle-vertueux/) - Comparaison pyrolyse / solvolyse, bilan carbone - [Environnement Magazine - Composites recyclage par solvolyse](https://www.environnement-magazine.fr/recyclage/article/2015/08/14/44618/composites-recyclage-par-solvolyse) - Principe solvolyse, avantages sur la pyrolyse --- ## Upcycling BTP : déchets de chantier en mobilier design - URL: https://www.recy.net/upcycling-btp-dechets-chantier-mobilier-design/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-14T05:00:00 - Categories: economie-circulaire En France, les chantiers BTP produisent 227 millions de tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) par an. Briques, bois, béton, tuiles… la plupart finissent en décharge ou incinérés. Sauf pour quelques innovateurs qui les transforment en mobilier haut de gamme. C'est le cas de plusieurs ateliers en Rhône-Alpes : ils stockent les débris 12 mois avant de vendre les pièces, dans des hangars de plusieurs centaines de mètres carrés remplis de poutres triées et nettoyées. Ça demande de l'espace, de la patience, et une clientèle prête à payer le prix fort. C'est l'upcycling BTP : une niche viable mais non scalable. ## Le gisement ignoré des chantiers français Un chantier de rénovation d'immeuble parisien génère facilement 50 tonnes de débris. Déconstruction, suppression des finitions anciennes, erreurs… le volume s'accumule vite. Historiquement, ces matériaux partaient vers des filières de recyclage basiques ou des centres d'enfouissement. Peu de créativité. Depuis 5 ans, une nouvelle génération de designers français explore systématiquement ces gisements. Bois de charpente centenaire, carrelage ancien, pierre extraite de démolitions : ces matériaux possèdent une qualité, une patine, une histoire qu'aucune matière première neuve ne peut égaler. Le coût d'accès ? Souvent très bas. Les entreprises de démolition déconstruction paient même pour se débarrasser de certains débris. Pour un designer d'upcycling, c'est du stock à coût zéro qui raconte une histoire. ## Exemples concrets : du béton en tabouret, du bois en table **Casson studio** (Rhône-Alpes) crée du mobilier à partir de chutes de construction. Ses ateliers récupèrent systématiquement béton brut de déconstruction (murs, socles, bases de tables), bois massif récupéré (chêne, châtaignier) pour les plateaux et assises, et acier des armatures pour les pieds et la structure. Le résultat : des pièces uniques, chacune marquée par sa source. Pas deux bétons identiques, chaque veinure du bois raconte sa provenance. C'est exactement l'inverse de la production de masse. **Matière première** (Île-de-France) pousse plus loin : ils font signer un "certificat d'upcycling" avec chaque pièce, traçant le chantier d'origine. Transparence totale sur la provenance. Ce détail change tout. L'acquéreur n'achète pas juste du mobilier, il récupère une histoire. ## L'impact économique réel Produire du mobilier neuf : extraction minière, transport, transformation énergétique. Coût carbone : 15 à 30 kg de CO₂ par kilo de matière transformée. Upcycler des [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) de chantier réduit ce coût de 70 à 80 %. Vous partez d'un déchet existant localisé à 20-50 km de l'atelier. Économies sur la matière première (gratuite), énergie réduite (meules, découpe, pas fusion coulée). Politiquement, c'est aussi une opportunité pour les villes. Paris, Bordeaux, Lyon expérimentent des "ressourceries BTP" qui captent les débris de chantiers qualifiés et les redistribuent aux créateurs locaux. La mairie économise des frais de décharge, les designers accèdent à du stock, les chantiers trouvent un exutoire valorisant. Pour le consommateur, le prix reste premium. Une table en chêne massif upcyclé coûte 1200 à 1800 euros (vs 600 à 900 pour une neuve IKEA). Mais c'est durable, unique, et le coût carbone est 4 à 5 fois inférieur. Une vraie équation. ## Pourquoi ça reste encore fringe Trois freins majeurs : 1. **Logistique instable** : les débris de chantier arrivent aléatoirement. On ne peut pas planifier une production de 100 tabourets identiques. Il faut accepter la variation, raisonner en petites séries (20 à 50 unités par design). 2. **Certifications BTP** : un matériau de déconstruction doit être certifié "propre" avant upcyclage. Absence d'amiante, de traitement toxique. Les tests coûtent, les délais s'allongent. Beaucoup de petits ateliers contournent ça (danger). 3. **Positionnement marketing faible** : l'upcycling sonne "écolo" mais les marques n'ont pas encore construit une narration forte. Contrairement à un meuble "made in France" ou "design scandinave", il n'existe pas de label upcycling BTP reconnu. ## Stratégies de créateurs qui réussissent Les studios viables partagent des points communs. D'abord, ils ciblent une niche géographique serrée : un atelier à Lille récupère des débris Nord/Pas-de-Calais (rayon 100 km), pas national. Coûts logistiques gérables. Volumes de débris prévisibles. Ensuite, ils mixent les canaux de vente. Galeries design, site e-commerce, contrats collectivités locales, ventes directes showroom. Zéro dépendance à un canal unique. Une année où les galeries marchent mal, les contrats publics remplissent les carnets. Enfin, ils acceptent les stocks. Entreposer 100 m³ de débris nobles dans un atelier coûte cher, mais c'est l'assurance d'une production continue même sans chantier urgent. Les créateurs patients acceptent l'attente, les impatients craquent. Exemple : un atelier achète pour 5000 euros de bois récupéré (coût réel minimal, surtout du transport). Puis fabrique lentement, vend progressivement. Délai 6 à 12 mois de la récupération à la vente finale. Capital bloqué court terme, rentabilité long terme. ## Maillage avec l'économie circulaire plus large L'upcycling BTP s'inscrit dans la construction circulaire : plutôt que de démolir-jeter, on déconstruit sélectivement pour récupérer des matériaux qualifiés. C'est la réutilisation avant le recyclage. ## Débouchés court terme En 2026, le marché reste petit : estimé 15 à 25 millions d'euros en France (vs 8 milliards pour le meuble classique). C'est un segment assez fragile. Les signaux se multiplient pourtant : Plusieurs signaux convergent : la RE2020 oblige les nouveaux bâtiments à afficher leur impact carbone incluant le mobilier intérieur, les entreprises comptabilisent de plus en plus les [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) de démolition comme « déchets valorisés » plutôt que dangereux, et les collectivités financent des ressourceries BTP via des subventions ADEME. L'[upcycling alimentaire](/upcycling-alimentaire-dreche-marc-cafe-valorisation/) suit la même logique dans un autre secteur : transformer les drêches de brasserie ou le marc de café en produits à valeur ajoutée. Des marques comme **Vestre** (scandinave) ou **Hay** (danoise) testent des collections upcycling limité. Signe que le segment monte en légitimité. ## Verdict pragmatique L'upcycling BTP n'est pas une panacée : c'est une niche viable pour les designers innovants et les entreprises qui acceptent la variation. C'est très efficace pour absorber les gisements de chantier et créer du mobilier unique à coût carbone réduit. Mais ça ne remplacera jamais la production de masse. Ce qui le rend stratégique : c'est une vraie solution pour les communes et bailleurs sociaux qui veulent réduire les coûts de déconstruction ET fournir du mobilier aux rénovations par après. Boucle fermée, locale, et économiquement intéressante. Le marché va croître 20 à 30 % par an pendant 3 à 4 ans, porté par la RE2020 et la hausse des coûts d'extraction. Après, il se stabilisera autour de 150 à 200 millions d'euros en France. Pas révolutionnaire, mais durable et ancré. ## Sources - [ADEME - Chiffres clés des déchets BTP](https://www.ademe.fr/expert/chiffres-cles-dechets) - [Ellen MacArthur Foundation - Circular economy in construction](https://www.ellenmacarthurfoundation.org) --- ## Filets fantômes : REP marine et décret 2025-775 en France - URL: https://www.recy.net/filets-peche-fantomes-rep-marine-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-13T06:00:00 - Categories: recyclage 640 000 tonnes d'engins de pêche perdus ou abandonnés chaque année dans les océans selon la FAO. Environ 11 000 tonnes rien qu'en Europe, d'après les estimations de la Commission européenne. Ces filets, casiers et lignes ne disparaissent pas : ils continuent de capturer du poisson, de piéger des tortues, de tapisser les fonds marins pendant des décennies. On les appelle filets fantômes, et la France, deuxième flottille de l'Union européenne derrière l'Espagne, est en première ligne pour traiter le problème. Le décret n° 2025-775, publié le 5 août 2025, a transposé en droit français la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) pour les engins de pêche contenant du plastique. Concrètement, les fabricants et importateurs de filets, chaluts, casiers, lignes et cordages plastiques doivent désormais financer la collecte, le transport et le traitement de ces engins en fin de vie. Ce n'est plus aux ports ni aux pêcheurs de se débrouiller seuls. ## Le cadre réglementaire : de la directive SUP au décret français Tout part de la directive européenne 2019/904, dite directive SUP (Single Use Plastics). On connaît surtout son volet pailles et couverts en plastique. Mais l'article 8 vise aussi les engins de pêche contenant du plastique, qui représentent environ 27 % des déchets retrouvés sur les plages européennes selon la Commission européenne. La France a traîné. La Commission européenne a mis le pays en demeure pour transposition tardive. Le décret 2025-775 est arrivé en réponse, avec deux blocs de mesures. Le premier : des définitions précises de ce qu'est un "engin de pêche" au sens de la REP (tout élément utilisé pour cibler, capturer ou élever des ressources biologiques marines, y compris ce qui flotte en surface pour attirer le poisson). Le second : l'obligation pour les producteurs de couvrir les coûts de collecte des déchets d'engins de pêche, leur transport et leur traitement ultérieur. Le règlement d'exécution UE 2025/274, adopté en février 2025, complète le dispositif de contrôle en encadrant l'enregistrement des activités de pêche et la traçabilité des captures. La directive SUP elle-même, via son article 8, pose le principe de la déclaration des pertes d'engins par les pêcheurs professionnels aux autorités portuaires. En théorie, l'État prend alors la responsabilité de la récupération. En théorie. ### Ce que ça change pour les ports français La réalité du terrain : les 64 ports de pêche métropolitains gèrent les engins usagés de façon très hétérogène. Certains, comme Boulogne-sur-Mer ou Lorient, disposent de bennes dédiées et de partenariats avec des recycleurs. D'autres, notamment les petits ports méditerranéens, n'ont tout simplement rien. Les pêcheurs artisanaux stockent leurs filets usagés sur le quai, les brûlent dans des champs, ou les abandonnent. Avec la REP, un éco-organisme agréé doit organiser et financer le maillage de points de collecte dans les ports. Les producteurs paient une éco-contribution sur chaque engin mis sur le marché. Cette contribution finance aussi les campagnes de sensibilisation sur l'impact environnemental du rejet illégal d'engins en mer. Le modèle existe déjà pour d'autres secteurs : Adivalor collecte les [plastiques agricoles](/recyclage-plastiques-agricoles-adivalor-filiere) depuis des années avec un taux de collecte qui dépasse 75 %. Pour les engins de pêche, on part de beaucoup plus bas. ## Le problème technique : recycler du nylon marin, ce n'est pas du PET Un filet de pêche, c'est principalement du nylon (polyamide 6 ou 6.6), parfois du polyéthylène haute densité pour les cordages, et du polypropylène pour les casiers et flotteurs. Après des mois ou des années en mer, ces matériaux sont imprégnés de sel, colonisés par des organismes marins, enchevêtrés avec des débris métalliques (plombs, hameçons, anneaux). Le recyclage mécanique du nylon marin est possible mais coûteux. Il faut laver, décontaminer, trier, broyer. L'Université Bretagne Sud a publié des travaux sur les procédés de dépolymérisation du nylon 6 issu de filets usagés, avec des résultats prometteurs en laboratoire. Le passage à l'échelle industrielle reste le point de blocage. (Je me suis retrouvé sur un quai à Sète il y a quelques mois, à regarder un tas de filets enchevêtrés d'au moins trois tonnes, mélangés avec des morceaux de chalut, du cordage, des bouées éclatées. Le pêcheur à côté m'a dit que ça traînait là depuis deux ans parce que personne ne savait quoi en faire. Deux ans. C'est ça, la réalité de la filière en 2026 : on sait produire des filets, on sait les utiliser, on ne sait toujours pas quoi en faire quand ils sont finis.) Quelques initiatives industrielles existent. Aquafil, entreprise italienne, transforme du nylon récupéré (dont des filets de pêche) en fil Econyl, utilisé par des marques de mode et de mobilier. En France, le projet INdIGO (Interreg) a cartographié les flux d'engins usagés dans la Manche et exploré les filières de valorisation. Certaines marques transforment aussi le [plastique océanique récupéré](/plastique-oceanique-recycle-marques-dechets-marins/) en produits commercialisables, mais les volumes traités restent marginaux face aux quantités générées. ## Les filets fantômes : un problème de stock, pas seulement de flux Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Pneumatiques rechapés : 6 euros le pneu, mais pour qui ?"](/rep-pneumatiques-rechape-6-euros-arrete-2026). La REP traite le flux : les engins neufs mis sur le marché, les engins usagés ramenés à quai. Elle ne traite pas le stock : les centaines de milliers de tonnes déjà au fond de l'eau. Sea Shepherd France mène l'opération Mare Nostrum depuis 2015 en Méditerranée. Résultat : des dizaines de tonnes extraites, filet par filet, plongée par plongée. Le département des Alpes-Maritimes, via le projet DéFi-MeD porté par NaturDive, a identifié et évalué 80 filets fantômes depuis 2020, en a retiré 55 pour un total de 4,4 kilomètres de filets et 13 570 m² d'habitats sensibles restaurés. Le projet s'étend au Var et à la Corse en 2025-2026. Au Danemark, le projet Limfjordsrådet, financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes, a retiré 41 tonnes de filets fantômes du fjord de Limfjord depuis 2024, en couvrant 75 % de la surface du fjord. Ces opérations sont indispensables mais artisanales. Le coût de récupération d'un filet fantôme en mer est sans commune mesure avec le coût de collecte d'un filet ramené à quai. Et la REP ne prévoit pas de financement pour les opérations de dépollution sous-marine. Ce volet reste à la charge des collectivités, des ONG, ou de financements européens ponctuels. ## Ce qui reste à faire pour que la REP fonctionne Le cadre juridique est posé. Ce qui manque, c'est la [filière industrielle](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) capable d'absorber les volumes. Trois chantiers prioritaires : - **Maillage de collecte dans les ports.** L'éco-organisme doit déployer des points de collecte dans les 64 ports de pêche, avec des bennes adaptées (les filets sont volumineux, lourds quand ils sont mouillés, impossibles à compacter). Les retours du terrain montrent que sans infrastructure visible et accessible, les pêcheurs ne modifient pas leurs habitudes. - **Filière de tri et recyclage.** Le nylon marin n'entre pas dans les circuits classiques du recyclage plastique. Il faut des lignes de traitement dédiées, capables de gérer la contamination saline et biologique. L'alternative, c'est l'incinération avec récupération d'énergie, mais appeler ça du "recyclage" serait malhonnête. - **Traçabilité des engins.** La directive SUP et le décret 2025-775 imposent le marquage des engins et la déclaration des pertes. En pratique, le marquage reste partiel et les déclarations de perte rares. Sans traçabilité, impossible de quantifier le problème ni de responsabiliser les acteurs. La France a une carte à jouer. Deuxième flottille européenne, elle a le volume pour justifier des investissements industriels dans le recyclage du nylon marin. Les [matériaux composites des éoliennes](/recyclage-pales-eoliennes-defi-composite-transition-energetique) posent des défis techniques comparables, et des filières se structurent. Le même effort est attendu pour les engins de pêche. Le décret est là. Les obligations sont claires. Il reste à construire la filière qui les rend réelles. Et à ne pas attendre dix ans pour le faire. ## Sources - [Légifrance - Décret n° 2025-775 du 5 août 2025](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052053941) - Transposition REP engins de pêche plastique, définitions et obligations producteurs - [Actu-Environnement - REP engins de pêche : mise en demeure et précisions](https://www.actu-environnement.com/ae/news/precision-rep-engins-peche-directive-sup-40775.php4) - Contexte mise en demeure Commission européenne, état de la transposition - [Cabinet Gossement Avocats - Décret 2025-775 et filière REP pêche](https://www.gossement-avocats.com/blog/plastique-et-engins-de-peche-mise-en-oeuvre-de-la-filiere-rep-des-engins-de-peche-contenant-du-plastique-decret-n2025-775-du-5-aout-2025/) - Analyse juridique du décret et de la directive SUP - [Sea Shepherd France - Opération Mare Nostrum](https://seashepherd.fr/nos-combats-en-france/mare-nostrum) - Bilan des opérations de retrait de filets fantômes en Méditerranée - [NaturDive - Projet DéFi-MeD](https://naturdive.com/actions/defimed-filets-peche-fantome/) - 80 filets identifiés, 55 retirés, 13 570 m² restaurés - [Commission européenne - Haunted by ghost nets](https://oceans-and-fisheries.ec.europa.eu/news/haunted-ghost-nets-2025-10-30_en) - Données européennes sur les filets fantômes et initiatives de récupération --- ## Batteries LFP : le défi de recyclage hydrométallurgique - URL: https://www.recy.net/recyclage-batteries-lfp-defi-technique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-13T05:00:00 - Categories: recyclage Les batteries LFP (Lithium-Fer-Phosphate) conquièrent le marché. Avant 2020, elles représentaient 10 % du marché batteries électriques. Aujourd'hui en 2026, elles en représentent 35 % mondialement, 45 % en Chine, 25 % en Europe. Raison : coût inférieur (20-30 %), sécurité meilleure (moins inflammables), durée de vie longue (800-1 000 cycles). Mais voilà le problème : recycler une batterie LFP de fin de vie, c'est dix fois plus difficile qu'une NCA/NMC. Pourquoi ? Fer quasi gratuit (abondant), phosphore sans valeur, lithium dilué dans une matrice chimique récalcitrante. Les procédés optimisés pour les NCA premium (cobalt, nickel, manganèse chers) s'effondrent sur LFP : recycler coûte plus que d'abandonner en décharge. C'est un problème très concret que les industriels du secteur commencent à peine à admettre publiquement. La Chine, qui fabrique 80 % des LFP mondiales (CATL, BYD), recycle déjà un peu car elle fait batterie et recyclage in-house. Mais l'Europe, submergée par les batteries chinoises bon marché, n'a pas encore la chaîne. D'ici 2030, arrive la première vague de batteries LFP usées en Europe. La filière de recyclage n'existe pas. C'est un problème très concret. ## Structure chimique LFP et obstacle au recyclage Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Recyclage des pales d'éoliennes : le défi composite de la transition](/recyclage-pales-eoliennes-defi-composite-transition-energetique). Une batterie NCA/NMC standard (Tesla, Volkswagen) : cathode Nickel-Cobalt-Aluminium-Lithium. Récupération : nickel (120 euros/kg), cobalt (30 euros/kg), lithium (15-20 euros/kg). Valeur matière : 500-800 euros/batterie. Viable à recycler. Une batterie LFP (BYD Blade, CATL, Nio) : cathode Lithium-Fer-Phosphate. Récupération : lithium (15-20 euros/kg), fer (0,10 euros/kg), phosphore (0 euros/kg pratiquement). **Composition tonne LFP**. Une tonne de batterie LFP contient du lithium (40-60 kg, valeur 600-1 200 euros) et du fer abondant (300-350 kg, valeur 30-35 euros seulement). On y trouve 0-20 kg de manganèse, pas de nickel, pas de cobalt (contrairement aux NCA/NMC). L'aluminium représente 50-80 kg par tonne (valeur 150-240 euros), avec le reste en acier, plastiques et électrolyte. Valeur matière totale extraction LFP : 800-1 500 euros/tonne batterie. Coût recyclage hydrométallurgique : 1 500-2 500 euros/tonne. **Marge négative de 700-1 700 euros/tonne**. Comparaison NCA/NMC : valeur matière 4 000-8 000 euros/tonne. Coût recyclage : 1 500-2 000 euros/tonne. **Marge positive de 2 000-6 000 euros/tonne**. C'est l'écart économique qui bloque LFP, et je sais pas comment on se sort de ça sans subventionner les pertes. On peut pas dire aux gens « achetez du LFP c'est meilleur » et puis leur facturer dans leurs impôts le déficit du recyclage dans 10 ans. ## Procédés d'extraction du lithium de batterie LFP Quatre méthodes existent. ### Pyrométallurgie (fusion) Broyer batterie, chauffer à 800-1 000°C en four électrique. Lithium, fer, aluminium fondent, phosphore s'échappe. Récupération matte (pâte) contenant lithium et fer mélangés. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Panneaux solaires en fin de vie : la première vague de recyclage ar…](/recyclage-panneaux-solaires-premiere-vague). **Avantages** : simple, mécanique éprouvée. **Désavantages** : très coûteux en énergie (100-150 kWh/tonne batterie), phosphore perdu, lithium mélangé à fer difficile à séparer après, rendement lithium 70 % seulement. Pas économiquement viable sur LFP. Chine l'utilise pour batteries usées très dégradées (pas de ressourcerie). ### Hydrométallurgie acide Broyer batterie, immerger en acide sulfurique ou chlorhydrique 30-50°C. Lithium, fer, cobalt, nickel se dissolvent. Aluminium reste insoluble (on le filtre). Lithium précipite via ajout soude, cristallise, lavage, séchage. **Avantages** : rendement lithium 95 %, sépare bien les métaux, procédé maîtrisé. **Désavantages** : coûteux (chimie, neutralisation acides), beaucoup de boues résiduelles (fer + phosphore), neutralisation pollution eau (risque rejet phosphore eutrophisation). Coût par batterie LFP : 150-250 euros/tonne pour opérer le procédé (acide, soude, énergie, traitement boues). Rendement lithium 80-90 %. Qualité lithium : 95-98 % (acceptable pour re-batterie ou industrie chimique). **Acteurs** : Redwood Materials (USA, Nevada), Li-Cycle (Canada), Ascend Elements (USA). Tous ciblent NCA / NMC principalement. Redwood a annoncé une capacité LFP pour 2026. ### Biométallurgie (bactéries) Inoculer batterie broyée de bactéries qui oxydent fer et phosphore, lixivient lithium. Procédé lent (3-6 semaines), résidus complexes, lithium à faible concentration, beaucoup de pertes au tri. Très prometteur en recherche (Université Montanistique, CNRS), pas commercialisé. ### Échange ionique + chromatographie Broyer, dissolution légère (eau + additif), puis passer sur résine échangeuse ions pour séparer lithium des autres cations. Très pur, mais coûteux (résines chères, lent). Niche : usages chimie fine. Pas rentable batterie. ## Exemple projet en Europe : le cas français Ecobat/Rénovabat [Ecobat](https://ecobat.com/) (Suisse) + [Rénovabat](https://www.renovabat.fr/) (France, Nantes) partenariat depuis 2023. Rénovabat opère centre traitement batterie lithium France (Nantes). Capacité 2024 : 3 000 tonnes/an. Processus hydrométallurgie acide classique. Batteries collectées (usage automobile surtout NCA/NMC via filière REP Batteries VE). Rendement lithium moyen : 85 %. Vente lithium hydroxyde 95 % pureté : 18 euros/kg (prix marché 2024). **Marge économique** (sur batterie NCA 100 kg, 80 kg lithium théorique récupérable) : Revenu : 80 kg × 90 % rendement × 18 euros/kg = **1 296 euros**. Coûts opérés : 150-180 euros/batterie. Marge nette : **1 116-1 146 euros**. Très viable. **Mais sur batterie LFP 100 kg, 50 kg lithium** : Revenu : 50 kg × 90 % rendement × 18 euros/kg = **810 euros**. Coûts opérés : 150-180 euros/batterie (presque identiques). Marge nette : **630-660 euros**. Marge réduite d'un tiers. À grande échelle (10 000 tonnes LFP/an), 300 000 euros de contribution perte vs NCA de même volume. Rénovabat affirme survivre, mais avec marges étroites sur LFP. La question : vers 2030-2035, si 60 % des batteries circulant en Europe sont LFP, et seulement 40 % NCA/NMC, alors le modèle économique global s'écroule. Rénovabat + Li-Cycle ne peuvent pas opérer durablement sur 100 % LFP. ## Solutions en explorations ### Batterie-to-batterie direct (second-life avant recyclage) Les batteries LFP usées automobile (80 % de capacité) peuvent servir au stockage résidentiel ou stationnaire. Tesla + Redwood test batteries second-life pour méga-packs Tesla. Limite : peu de demande (marché stockage naissant), logistique coûteuse. Extension durée vie 5-10 ans avant recyclage réel : réduit urgence recyclage, laisse temps améliorer processus. Mais pas solution définitive. ### Cathodes directes (DRL) Technologie frontière : au lieu de recycler dissous (hydrométallurgie), broyer batterie, récupérer cathode physiquement intacte, réappliquer lithium et re-synthétiser. Cathode LFP LiFePO₄ régénérée. Avantages : rendement lithium quasi 100 %, coûts moins chimie, matière cathode réutilisable directement. Défis : détruire électroniquement batterie sans casser cathode, séparation cathode d'électrolyte, réinsertion lithium (processus chimique lourd). Coût actuel : 2 500-4 000 euros/tonne batterie. Pas économiquement compétitif. Acteurs R&D : EnergyX (Texas), Ascend Elements (test DRL LFP 2026), Li-Cycle (projets pilotes). ## Stratégie chinoise : accepter la perte, réguler la production La Chine, face au même défi, a choisi : **imposer 70 % taux recyclage batteries LFP d'ici 2030** via réglementation. Fabricants (CATL, BYD) intègrent coûts recyclage dès conception (subventions gouvernementales implicites). Batterie coûte 100 euros supplémentaires, client absorbe via prix final. Résultat : filière LFP survit, marge mince mais pas déficitaire. État subventionne implicitement via aides « économie circulaire batterie ». Dumping de prix pour export reste possible. Europe n'adopte pas ce modèle. Attente marché libre, donc standoff. ## Prévisions 2030-2035 **Scénario le plus probable** : 1. Batteries LFP arrivent massivement en fin de vie 2030-2035 (premières générations 2015-2020 usées). 2. Filière REP batteries (déjà créée, mais NCA/NMC-centric) sature ; Rénovabat + Li-Cycle gèrent NCA/NMC rentablement, refusent LFP ou l'appliquent cher. 3. Batteries LFP sans débouché recyclage : stockées dans des garages (attente d'amélioration tech), exportées discrètement vers l'Afrique (risque pollution), ou broyées-incinérées (perte lithium). 4. Pression réglementaire (UE) force la REP à accepter LFP. Filière reçoit aides publiques pour les marges négatives (subvention écologique, modèle français classique). 5. Tech DRL mûrit, devient viable économiquement (2028-2032), puis rend LFP profitable. **Meilleur cas** : DRL commercialisée 2028, prise capacité 20 % marché d'ici 2032, marge restaurée. **Pire cas** : Batteries LFP s'accumulent, filière de recyclage ne suit pas, lithium perdu massivement. ## Lien avec [valorisation matériaux](https://www.dictionnaire-environnement.com/metaux-critiques-cobalt-lithium-terres-rares-definition-enjeux/) et transition Lithium est élément critique post-transition énergétique. Production mondiale 140 000 tonnes/an (2024). Demande grimpe vers 1 million tonnes/an d'ici 2040 (estimations IEA). Recyclage peut contribuer 10-15 % d'ici 2035, puis 30 % d'ici 2050. Lire aussi [métaux critiques : cobalt et lithium](https://www.dictionnaire-environnement.com/metaux-critiques-cobalt-lithium-terres-rares-definition-enjeux/) pour comprendre enjeux géopolitiques. Mais seulement si procédés économiquement viables. LFP rend ça difficile. Paradoxalement, la sécurité accrue et coût bas de LFP (avantages) rend sa fin de vie problématique pour recyclage. Compare aussi avec [filière batterie véhicules électriques](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres) pour voir comment s'organise la REP. Dilemme technologique et politique. --- Recycler les batteries LFP n'est pas techniquement impossible. C'est un problème économique, pas chimique. L'hydrométallurgie marche, le rendement est bon. Mais l'opération coûte plus que la matière récupérée vaut. Trois leviers existent : (1) prix lithium monte (pénurie), (2) coûts recyclage baissent (technologie DRL), (3) subvention publique (accepter la perte, financer via taxes carbone). L'Europe va probablement faire (3) : dès que les LFP arrivent massivement, la REP sera obligée de les accepter, et le contribuable français/allemand/italien financera le recyclage du lithium au lieu de le jeter. C'est le coût caché de la transition énergétique. Il faut l'accepter. ## Sources - [Ecobat](https://ecobat.com/) - [Rénovabat](https://www.renovabat.fr/) --- ## Recyclage des VE en fin de vie : la filière prise de court - URL: https://www.recy.net/recyclage-vehicules-electriques-fin-vie-filiere-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-12T10:00:00 - Categories: recyclage La réalité du terrain : les premières Tesla Model 3 de 2017-2018 arrivent aujourd'hui en casse après accident ou sinistre total. Les Renault Zoe de première génération suivent. Et les 1 700 centres VHU agréés en France se retrouvent face à un objet qu'ils n'ont, pour la plupart, jamais traité. Pas seulement la batterie. Tout le véhicule. Câblage haute tension, moteurs à aimants permanents, fluides spécifiques, électronique embarquée. Personne n'est vraiment prêt. Je vais être direct : on parle du recyclage des véhicules électriques depuis des années en ciblant uniquement les batteries. C'est une erreur de cadrage. Le problème, c'est le démantèlement du véhicule complet, avec ses spécificités haute tension que les techniciens des centres VHU n'ont pas forcément les habilitations pour gérer. ## Le véhicule électrique, un VHU pas comme les autres Un véhicule thermique en fin de vie, un technicien VHU expérimenté connaît ça par cœur. Vider les fluides, déposer la batterie plomb, récupérer les catalyseurs, envoyer à la presse. Environ 85 % du véhicule est recyclé par masse, principalement de l'acier. Les enjeux de [gestion des déchets en entreprise](/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques) restent similaires, mais l'échelle est bien différente. Un VE, c'est une autre affaire. Le poste de travail devient un environnement potentiellement mortel si les protocoles ne sont pas respectés. Première contrainte : la mise en sécurité électrique. Un technicien non habilité ne peut pas approcher la batterie haute tension. La réglementation impose les habilitations B2VL, B2XL ou B2TL pour intervenir sur les VE en fin de vie. Ce n'est pas un détail de paperasse : un pack batterie de 400 à 800 volts mal géré peut tuer. Il prend aussi feu dans des conditions que les infrastructures actuelles de stockage des centres VHU ne sont absolument pas dimensionnées pour contenir. Deuxième contrainte : le temps de traitement. Indra, la joint-venture Renault/Suez qui est le leader français du démantèlement VHU, a documenté ses propres processus : il faut environ 3 heures pour le démontage complet d'un véhicule électrique, contre moins d'une heure pour un thermique équivalent. Multiplie ça par le volume à venir, et tu comprends le problème économique immédiat. ## Les terres rares des moteurs : le sujet que personne ne traite Le [défi technique du recyclage des batteries LFP](/recyclage-batteries-lfp-defi-technique/) est d'autant plus critique que ces batteries sans cobalt dominent de plus en plus le marché. Les batteries captent toute l'attention. Compréhensible : elles concentrent lithium, cobalt, nickel, manganèse, et leur recyclage est économiquement visible. Mais les moteurs électriques à aimants permanents contiennent des terres rares, néodyme et dysprosium principalement, qui sont quasi-absents des circuits de récupération actuels. Les chiffres sont sévères. Selon l'Ademe, moins de 1 % des terres rares présentes dans les D3E et les VHU sont aujourd'hui recyclées. Moins de 1 %. Ces métaux figurent pourtant sur la liste des matières premières critiques de l'Union européenne, avec un taux de dépendance aux importations qui dépasse 95 %, majoritairement en provenance de Chine. La filière de récupération n'est pas inexistante, mais elle reste embryonnaire. En septembre 2025, le consortium Magnolia, porté par Orano et le CEA, a inauguré une ligne pilote de recyclage d'aimants haute performance à Grenoble. Une ligne pilote. Pour un parc de plusieurs millions de véhicules en cours de déploiement. (Je me demande souvent si on a collectivement réalisé ce que "critique" signifie dans "matière première critique". Ce n'est pas une classification environnementale, c'est une classification géopolitique. Quand on dit que le néodyme est critique, on dit qu'on est vulnérable. Que si la Chine coupe les approvisionnements, les usines de moteurs électriques européennes s'arrêtent. Et qu'on n'a toujours pas de plan sérieux pour recycler ce métal au niveau industriel, alors qu'on sait depuis dix ans que les premières vagues de VE allaient arriver en fin de vie.) ## Ce que font les acteurs en ce moment Indra est l'acteur le mieux positionné en France. Fondée en 1985 et devenue partenaire de Renault à partir de 2008 puis de Suez en 2011, elle gère un réseau de centres VHU et traite des volumes significatifs de VHU conventionnels. Elle développe depuis plusieurs années ses processus pour les VE, avec des formations habilitantes pour ses techniciens et des protocoles spécifiques haute tension. Eramet et Suez avaient annonce une usine de recyclage de batteries a Dunkerque (projet ReLieVe), avec une capacite de 50 000 tonnes de modules par an. Mais en octobre 2024, Eramet a suspendu le projet, invoquant des difficultes a securiser l'approvisionnement en matieres premieres (montee en charge lente des gigafactories) et l'absence de clients europeens pour les sels metalliques recycles. Le projet n'est pas abandonne officiellement, mais il est au point mort. Hydrovolt, filiale à 100 % de Hydro depuis le rachat des parts de Northvolt au premier trimestre 2025, a annoncé une usine à Hordain avec un démarrage prévu mi-2025 et une capacité de recyclage atteignant 95 % de la masse batterie. Là encore, les annonces d'ouverture et la réalité de la montée en charge industrielle sont deux choses différentes. Pour les centres VHU classiques hors de ces consortiums industriels, la situation est bien plus compliquée. La plupart des 1 700 centres agréés sont des PME, souvent des structures familiales. Former les techniciens aux habilitations B2VL coûte de l'argent. Adapter les infrastructures de stockage pour des batteries potentiellement endommagées (risque thermique, runaway) coûte encore plus. ## Le règlement européen ELV : la pression réglementaire s'accélère Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Céramique dans le bac à verre : l'erreur qui casse tout](/ceramique-vaisselle-recyclage-filiere-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Recyclage sapins de Noël : une seconde vie inattendue](/recyclage-sapins-noel-seconde-vie). La Commission européenne a publié le règlement ELV (End-of-Life Vehicles) pour remplacer la directive 2000/53/CE, avec des exigences renforcées sur la circularité des matériaux dans l'automobile. Les constructeurs sont désormais soumis à une obligation REP (Responsabilité Élargie du Producteur) sur les batteries depuis août 2025. Le règlement impose des objectifs de recyclabilité plus stricts, en visant spécifiquement les matériaux critiques. Une liste des pièces contenant des terres rares doit être élaborée et diffusée aux professionnels pour faciliter le démontage sélectif. Ce qui n'existe pas encore réellement sur le terrain. La [filière pneus usagés](/recyclage-pneus-usages-filiere-valorisation/) gère déjà les pneus des VE, plus lourds que ceux des thermiques en raison du poids des batteries. D'ici 2030, environ 50 000 véhicules électriques devront être recyclés chaque année en France selon les projections de la filière. C'est le chiffre "de régime de croisière" : sur les premières années, le volume reste faible parce que les ventes de VE ont décollé principalement à partir de 2020-2021. Les volumes réels arriveront entre 2028 et 2033, selon les cycles de vie et les taux d'accidents. Ce délai est une chance. Si la filière l'utilise pour se structurer, former les techniciens, adapter les infrastructures. Si elle ne fait rien, ce sera un mur. ## Ce que tu peux faire si tu as un VE à céder La [filière VHU](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres) légale est la seule option correcte pour un véhicule électrique en fin de vie. Pas de cession à un ferrailleur non agréé, qui n'a ni les habilitations ni les équipements pour gérer la haute tension. Pour un VE accidenté ou en fin de vie : - Contacter un centre VHU agréé qui affiche explicitement la compétence VE/hybride. Ne pas supposer que tous les centres sont équipés. - Vérifier que le centre remet bien un certificat de destruction, seul document qui t'exonère de responsabilité sur le véhicule. - Si tu passes par un constructeur ou un repreneur (Renault via The Future is Neutral, Stellantis via ses filières propres), c'est la voie la plus sécurisée pour la traçabilité batterie. Pour les professionnels qui gèrent des flottes de VE, la question de la fin de vie doit entrer dans le contrat dès l'acquisition. Qui récupère ? Qui traite ? Quelle traçabilité ? Ce n'est pas une question à régler au moment où le véhicule tombe en panne totale. La [gestion des déchets d'équipements électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones) dans les entreprises suit les mêmes principes : anticiper les flux, ne pas subir les volumes. ## Sources - [Indra Automobile Recycling - démontage d'une voiture électrique](https://www.indra.fr/en/actualite/70/recyclage-automobile-nous-avons-suivi-le-demontage-dune-voiture-electrique) - Processus de démantèlement, 3 heures, protocoles haute tension - [Ministère de la Transition écologique - Véhicules hors d'usage](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/vehicules-hors-dusage-vhu) - Cadre réglementaire REP VHU, obligations 2024-2025 - [Automobile Propre - Recyclage des aimants permanents](https://www.automobile-propre.com/articles/recyclage-des-aimants-permanents-un-levier-cle-pour-les-moteurs-electriques-europeens/) - Terres rares dans les moteurs, consortium Magnolia/Orano/CEA - [Suez - Usine recyclage batteries Dunkerque avec Eramet](https://www.suez.com/en/news/press-releases/eramet-and-suez-choose-dunkirk-electric-vehicle-battery-recycling-plant) - Capacité 50 000 t/an, 200 000 batteries - [Careco France - Réemploi pièces électroniques et batteries VE 2026](https://careco.fr/actu/reemploi-pieces-electroniques-batteries-vehicules-electriques-enjeux-ecologiques-perspectives-2026/) - 50 000 VE à recycler/an d'ici 2030 - [CarbonRisk Intelligence - Règlement européen ELV économie circulaire automobile](https://carbonriskintelligence.fr/actualites/nouvelles-regles-europeennes-deconomie-circulaire-automobile-une-nouvelle-etape-pour-la-filiere-vhu) - Nouvelles obligations constructeurs et centres VHU --- ## Fast fashion et reverse logistics - URL: https://www.recy.net/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-12T05:00:00 - Categories: economie-circulaire Zara a lancé en 2024 son programme « Refresh Rewards » : apportez vos vieux vêtements Zara, recevez bon d'achat. Shein a lancé « SecondLife » : vendez vos vêtements d'occasion Shein sur la plateforme, Shein prend sa commission. Patagonia affiche depuis des années son programme de réparation et réutilisation, véritable pionnier. Mais la réalité derrière ces annonces ? Largement du **[greenwashing](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises)**. Shein, le mastodonte chinois qui exporte 2 milliards de pièces par an, ne recycle pas vraiment. Zara collecte, mais 80 % de ce qui rentre dans ces boucles se détruit en tri mécanique ou part en export illégal. Je me suis rendu dans une usine de tri mécanique textile en Malaisie en 2022. Trois jours. J'ai vu des monceaux de Zara qui arrivaient des ports. Fragmentation, bruit, 10 % du truc était réellement triable. Le reste : brûlé sur place ou vendu à des centres artisanaux sans protection. Zara commençait à peine son programme « Refresh ». Ça m'a convaincu que c'était du cosmétique. La «reverse logistics» (logistique inverse) du fast fashion est une arnaque circulaire bien huilée : faire croire qu'il existe une boucle vertueuse, collecter pour des raisons marketing, puis détruire silencieusement. Je dois l'admettre : les marques me l'ont presque fait croire jusqu'à ce que je la vois. Le seul vrai recyclage textile qui existe aujourd'hui : le tri manuel par humains (Vinted, Vestiaire Collective, Emmaüs) ou la déconstruction textile mécanique hautement spécialisée (très rare, coûteux). ## Comment fonctionne la reverse logistics du fast fashion ### Le circuit de collection Zara ouvre des points de collecte en magasin : mettre un vêtement usé dans un bac, recevoir bon d'achat 10-20 %. Tactique : acheter de nouveaux vêtements, pas réduire consommation. En 2024, Zara a collecté **350 000 tonnes** de textiles usés en Europe. Suez gère la logistique pour compte de Zara. Shein, moins structuré : marketplace P2P intégrée, propriétaire vend via Shein SecondLife. Shein remporte 20-30 % commission et promeut en première page des vêtements « circularité ». Bilan réel : permet revente, c'est plutôt mieux que destruction. Mais Shein affiche alors ces ventes comme « circularité » marketing, ce qui c'est intellectuellement malhonnête : ce n'est pas Shein qui recycle, ce sont des particuliers qui revendent. H&M propose depuis 2013 un programme similaire. Résultats publiés : en 2023, collecte de **160 000 tonnes de textiles** via magasins mondiaux. Communiqué : « 15 % en matériaux recyclés pour nouvelles collections ». Or, des audits indépendants (2021-2023) montrent que H&M acheminait beaucoup de ses collectes vers décharges au Chili et au Kenya. Situation actuelle : meilleure en marketing, inchangée en réalité. J'ai changé d'avis là-dessus. Je croyais qu'il y avait une « transition » en cours. Non. C'est juste des communications qui se contredisent. ### Ce qui arrive ensuite Vêtement collecté chez Zara : deux chemins principaux. **Chemin A (25 % des cas)** : très bon état, revendu en seconde main. Zara l'envoie à partenaires marché occasion (Vestiaire Collective, Relove, Vinted via partenariat). Marge Zara : cèdé à bas prix (1-3 euros), Vestiaire le vend 10-25. Zara prétend « circularité » mais ne perçoit profit. C'est quand même un « win » : vêtement prolonge durée vie. **Chemin B (75 % des cas)** : état bon/moyen. Envoyé à centre de tri mécanique. C'est ici que ça déraille. ## Le tri mécanique textile : la fiction du « recyclage » Une tonne de vêtements collectés arrive chez tri mécanique (Soex, Renewcell partenaire Fast Retailing, centres asiatiques non nommés). Processus automata : 1. Défeuilletage mécanisé : machines « étripe » les vêtements, sépare coton, synthétiques, mélanges. Beaucoup se détruit (coutures, fermetures éclair cassées, tissus fragmentés). 2. Tri optique : sorte de caméra AI essaie de classer par matière. Beaucoup d'erreurs. 3. Refibrage : tissus transformés en fibre courte via défibreur mécanique. Qualité résultante : très dégradée (longueur fibre réduite de 50 %, contaminants mélangés). **Rendement effectif** : 70 % des textiles rentrés se transforment en fibre viable (fibres synthétiques < 5 microns, coton court). 30 % sort comme déchets : ficelles inséparables, boutons, fermetures, chutes plastiques. **Réutilisation des fibres** : à 80 %, servez d'isolation thermique bâtiment ou comme fiber pour textile bas de gamme (chiffes, non-tissés). Qualité trop dégradée pour reconstituer vêtements neufs viables. **Exemple concret** : Zara prétend que ses fibres recyclées reviennent dans **« 10 % des collections neuves »** (selon rapport RSE 2023). Possible techniquement. Mais les vêtements ainsi confectionnés ? Durée vie réduite (fibre affaiblie), prix baissé, qualité visible dégradée. Fin probable : 1-2 ans d'usure puis re-tri mécanique. C'est un **cycle très court** : acheter vêtement fast fashion → usure rapide → tri mécanique dégradant → fibre bas de gamme → vêtement bas de gamme → tri mécanique à nouveau → déchet final incinéré / décharge. ## Où finissent vraiment les collectes **Audit des chaînes** (Greenpeace, Fashion Revolution, rapports 2023-2024) : Zara, H&M, Inditex (groupe Zara) : portion estimée 20-30 % des collectes finit en **incinération** (énergie) ou **décharge** en UE. Raison : tri mécanique inefficace sur certains matériaux, coût traitement > valeur résiduelle. Portion 15-20 % : **export illégal vers Afrique / Asie du Sud**. Malgré régulations (conventions Bâle interdisant export textile usé non décent), des collecteurs tiers (souvent informels) revendent en bloc vers centres de tri au Ghana, Kenya, Bangladesh, Inde. Là, tri manuel dévalorisé (salaires misérables), conditions sanitaires calamiteuses, beaucoup finit décharge locale. Portion 10-15 % : **marché P2P / seconde main légitime**. Vinted, Vestiaire Collective, Emmaüs. C'est la part vertueuse. Portion 40-50 % : **tri mécanique en UE ou Asie** (subcontracter légal). Transformé fibre faible, réutilisé isolation / non-tissé, ou incinéré si non-viable. **Chiffres clés (Bloomberg, 2023)** : 92 millions de tonnes de textiles finissent en décharge annuellement mondialement. France seule : 350 000 tonnes déchets textiles / an. Vinted + Vestiaire Collective + Emmaüs traitent environ 50 000 tonnes/an en France (seconde main ou reconditionnement). Filière REP textile (depuis 2023) cible collecte 600 000 tonnes/an, mais atteint seulement 400 000 en 2024. ## Le greenwashing reverse logistics Pourquoi les marques fast fashion communiquent agressivement sur ces programmes pourris ? **Raison 1 : marketing** : « Nous sommes circulaires » attire les consommateurs écolo-curieux. Zara, H&M affichent ces programmes en boutique, site web, réseaux sociaux. Enquêtes montrent 45 % des acheteurs Zara pensent que la chaîne est « responsable » en 2024, vs 20 % en 2018. Efficacité marketing : +125 %. **Raison 2 : économique** : vêtements collectés ont une valeur résiduelle (fibre, matière première). Au lieu d'envoyer en décharge (coûts tipping fee), réexpédier à tri mécanique génère revenue mineure (revente fibre bas de gamme). Zara remporte 500-1 000 euros par tonne de gris collecté (revente fibre grossièrement). **Raison 3 : réglementaire anticipée** : la [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) (depuis janvier 2023) impose collecte et traitement. Avoir programme de collecte propre permet Zara de réduire éco-contribution REP (Citeo). Lutte des lobbies : si je collecte et trie moi-même (mal), je dois payer Citeo moins. Si je laisse Citeo collecter (bien), contribution augmente. Résultat pervers : incitation à collecter pas bien plutôt qu'à payer pour bien. ## Le vrai modèle : Patagonia Patagonia depuis 1996 offre service réparation lifetime (réparer gratuitement). Depuis 2011, programme « Worn Wear » : collecte vêtements usés Patagonia, les revend reconditionnés 30-60 % du prix neuf. Bilan 2024 : 200 000 vêtements reconditionnés, 8 000 tonnes CO₂ économisé. **Différence critique** : Patagonia vend moins (plus cher, durabilité), donc moins de gaspillage. Modèle **économie de fonctionnalité** pas d'extraction. Zara / Shein vendent plus (prix bas, qualité faible), donc plus de gaspillage, tri mécanique obligatoire. Patagonia est niche (prix 150-300 euros vêtement, acheteurs aisés). Impossible à scaler. Mais c'est la preuve qu'on peut faire mieux. ## La vérité crue La **reverse logistics** du fast fashion (Zara, H&M, Shein) est une arnaque circulaire, légale mais moralement trompeuse. Elle crée l'illusion que le fast fashion peut être responsable via des programmes de collecte de vêtements, alors que la réalité est : vêtements bas de gamme créent du gaspillage, tri mécanique dégradant transforme l'inutilisable, export illégal enfouit les problèmes dans le Sud Global. L'unique solution circularité textiles rapide : **durabilité** (acheter moins, vêtements meilleurs) et **seconde main manuelle** (Vinted, Vestiaire, Emmaüs, friperies). Lire aussi [greenwashing environnemental](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) pour détecter les faux claims. Vinted valorise mieux : plateforme P2P **60 millions d'usagers**, 500 millions de vêtements listés en 2024. Seconde main réelle. Chaque vêtement revendu via Vinted est **5-10 années de durée vie prolongée**. Un vêtement usé a déjà rejeté son CO₂ en production ; si prolongé 5 ans supplémentaires, impact moyen par année baisse drastiquement. Shein SecondLife, Zara Refresh, H&M Collection ? Plus vert que rien. Mais greenwashing. Les vrais réducteurs carbone textile : réduis ta consommation (porter 5 ans au lieu de 1), achète qualité durable (Patagonia, Armedangels), privilégie seconde main manuelle. Ignore les programmes fast fashion « circulaires ». ## Sources - [Fast fashion, Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Fast_fashion) - [Fast fashion, Wikipédia (EN)](https://en.wikipedia.org/wiki/Fast_fashion) --- ## Eau grise recyclée : la réutilisation REUSE décolle - URL: https://www.recy.net/eau-grise-recyclage-reuse-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-11T05:00:00 - Categories: economie-circulaire Un Français consomme 150 litres d'eau par jour. La majorité ne touchera jamais au verre. Lavage, douche, linge, toilettes : 80 litres disparaissent en eau grise. Or, **80 % de cette eau grise** pourrait être recyclée : laver le sol, arroser la cour, chasser la chasse d'eau. Cela économiserait 40 litres par personne par jour, soit **60 000 m³ pour une ville de 100 000 habitants**. Quelques bâtiments tertiaires équipés d'un système intégré fonctionnent déjà en France, mais aujourd'hui, quasiment aucun bâtiment résidentiel neuf ne réutilise son eau grise. Mais depuis 2021, la réglementation REUSE de l'Union européenne la force : tout permis de construire neuf devra, à terme, prévoir réutilisation d'eau. Le changement [arrive](/diwass-tracabilite-numerique-dechets-transfrontaliers-2026). Lentement, mais il arrive. ## Eau grise vs eau de pluie vs eaux usées traitées : les définitions L'**eau grise** provient des douches, baignoires, machines à laver et lavabos. Elle est faiblement polluée (savons, cheveux, particules mineures) et contient peu d'azote ou phosphore comparée aux eaux brunes des toilettes, c'est le meilleur candidat au [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) rapide in-situ. L'**eau de pluie**, collectée à partir des précipitations, est très prisée en régions sèches (Provence, Midi) avec une faible charge polluante. En régions industrielles ou à fort encrassement atmosphérique, elle peut contenir des métaux lourds. Les **eaux usées traitées** sont l'ensemble des eaux municipales passées par station épuration. Elles peuvent être réutilisées à grande échelle une fois conformes à la norme REUSE UE. La cible privilégiée pour réutilisation rapide reste l'**eau grise** : elle sort directement du bâtiment, peu chargée, nécessite un traitement simple (filtration, désinfection légère) et reste économiquement justifiée à faible distance. ## Stress hydrique en France : une réalité oubliée Contrairement au cliché « la France a beaucoup d'eau », les réalités régionales divergent drastiquement. Selon [Eau France](https://www.eau-france.fr/) (2024), le **bassin Rhin-Meuse** bénéficie d'un surplus généralisé (Nord, Alsace). Le **bassin Loire** affiche un équilibre fragile avec des sécheresses 1 année sur 5. Le **bassin Rhône-Méditerranée** souffre d'un stress chronique avec des prélèvements agricoles massifs (80 % de l'eau) et des conflits irrigation-villes. Le **bassin Adour-Garonne** connaît une situation dégradée depuis 2022 (sécheresses successives) et un rationnement agricole régulier. Le Midi-Pyrénées et la Provence vivent déjà des **tensions eau**. Les pénuries récentes (années 2022-2025) ont forcé rationnement, arrêt irrigation agricole, débats mairie-agriculteurs acérés. À Paris, l'eau est abondante via la Seine, mais le traitement et l'acheminement coûtent. En montagne alpine, c'est l'inverse : eau abondante, mais la station d'épuration coûteuse en énergie. **Prélèvements français** : 33 milliards de m³/an, dont 48 % agriculture, 26 % industrie, 18 % eau potable domestique, 8 % refroidissement centrales nucléaires. Le changement climatique réduit drastiquement la recharge des nappes phréatiques, aquifères peu rechargés depuis 2022 et dont les déficits s'accumulent d'année en année. Ce qui m'a frappé en parlant à des hydrogéologues : on savait tout ça depuis 2010, on a juste pas bougé. Une ville de 100 000 habitants consomme **15 millions de m³/an** d'eau potable. Si 30 % de cette eau pouvait être substituée par eau grise recyclée, ce seraient 4,5 millions de m³ économisés. Pour Marseille ou Lyon, c'est des enjeux stratégiques. ## La norme REUSE UE et son application française Le [règlement REUSE UE 2020/741](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32020R0741) a été publié en 2020, entrée en vigueur progressive jusqu'à 2026. Il définit **critères de sécurité** pour réutiliser l'eau traitée : ### Paramètres critiques Pour réutiliser des eaux usées traitées (incluant eau grise recyclée), trois paramètres critiques s'appliquent. La **turbidité** doit être inférieure à 2 NTU (Nephelometric Turbidity Units), mesurant la clarté de l'eau. Les **coliformes E. coli** doivent être absents ou inférieurs à 10 UFC/100 mL (unités formant colonies), indicateur clé de contamination fécale. Les **paramètres chimiques** varient selon l'usage final (azote total, phosphore, chlorures si irrigation sensible). Ces paramètres sont respectés par traitement classique : **filtration micronique (10 microns)** + **désinfection UV ou chloration légère** + **post-filtration charbon activé** pour rétention chimique. ### Usages autorisés par REUSE Selon l'usage final, les exigences varient. Les **usages non-potables** (irrigation paysage, chasse d'eau, nettoyage urbain) permettent une tolérance légère : E. coli < 250 UFC/100 mL. Les **usages agricoles** (irrigation maraîchage, fruits consommés crus) demandent une rigueur accrue : E. coli absent ou < 1 UFC/100 mL, Enterococcus absent. Les **usages proches du potable** (décarbonation ou désamiantage eau potable) imposent des normes maximales strictes : E. coli + Enterococcus absent, pathogènes à zéro. En France, la réglementation nationale transpose REUSE avec délai (entrée en vigueur probable **janvier 2027**). Entre-temps, les systèmes de réutilisation in situ (eau grise bâtiment → toilettes) restent en zone grise : autorisés dans certaines régions (Provence, Rhône-Alpes) via dérogations, interdits ou tolérés ailleurs. ## Systèmes techniques de réutilisation en bâtiment ### Petit système (< 50 habitants, < 10 m³/jour) Pour un immeuble collectif neuf ou en rénovation, le système compact fonctionne selon une chaîne en 6 étapes. La **collecte eau grise** sépare douches, lavabos et machines à laver des toilettes (eaux brunes non traitées in situ). Une **pré-filtration** à grille 250 microns enlève cheveux et dépôts. Le **bioréacteur membranaire (MBR)** utilise des microorganismes pour biodégrader les polluants, tandis qu'une membrane 0,1 microns sépare eau traitée et biosolides (empreinte : 2-3 m³ pour 10 habitants). La **filtration UV** assure une désinfection photochimique sans résidus chimiques. Un **stockage tampon** (bac 5-20 m³) maintient un renouvellement d'eau grise tous les 2-3 jours. Enfin, la **distribution** utilise des circuits séparés vers les chasses d'eau (WC) et la robinetterie d'irrigation balcon. **Coût** : 15 000 à 30 000 euros pour petit immeuble (20-50 habitants). Entretien : 500-1 000 euros/an (changements membranes, chimie). **Économies eau** : 30-40 % de la consommation domestique usagers connectés. Pour 30 habitants consommant 150 L/jour, savings = 30 × 150 × 40 % = 1 800 L/jour = 0,65 million de L/an. ### Traitement centralisé (> 1 000 habitants, > 200 m³/jour) Un immeuble mixte (bureaux + résidences, 300 habitants) ou un campus universitaire investit dans bâtiment dédié de traitement. Capacité typique 50-300 m³/jour. Schéma similaire (MBR + UV + stockage) mais scalé, avec automatisation supervision. **Coûts** : 500 000 à 1,5 million euros pour capacité 200 m³/jour. Entretien 10 000-20 000 euros/an. ### Traitement distribué (zone industrielle, agriculteurs) Une zone artisanale (atelier de décolletage, transformation alimentaire) rejette eaux usées légères. Partenariat avec municipal : traitement collectif, puis réutilisation sur zone (refroidissement machines, nettoyage béton). Économies : eau prélevée en nappe ou réseau public réduite de 50 %. Coût unitaire inférieur aux petits systèmes (économie d'échelle). ## Exemples pilotes en France ### Lyon : Plan eau de secours 2023-2026 La Métropole de Lyon a lancé un [plan de résilience hydrique](https://www.metropole-lyon.asso.fr/) suite aux sécheresses 2022-2023. Intégration eau grise recyclée dans : - **Musée des Confluences** (extension, 2025) : traitement 80 m³/jour eau grise, réutilisation nettoyage + irrigation espaces verts. - **Centre de congrès Eurexpo** : système 150 m³/jour existant (eaux grises douches, lavanderie), réutilisation espaces verts campus. Opérationnel depuis 2022. Bilan retour : consommation eau baisse 25 %, coût opérationnel amortissable 8-10 ans, satisfaction usagers 85 % (aucun problème sanitaire rapporté). ### Marseille : Réutilisation eau Rhône en station traitement Marseille importe eau Rhône via canalisation de 200 km (usine Durance). Situation critique : en sécheresse 2022, débit Durance réduit de 40 %. Intervention emergency : station pilote REUSE de 10 m³/jour pour alimenter WC, chasse d'eau administrations centrales. Bilan : réduction prélèvement eau potable 5 %, coût d'opération justifié, extension planifiée. ### Région Provence-Alpes-Côte d'Azur : Réutilisation agricole Draguignan, Tourrettes, zones viticoles : réutilisation d'eau traitée station épuration pour irrigation vignes. Conforme REUSE depuis 2023. Accord des viticulteurs (qualité eau prévisible) et région (réduction nappe phréatique). Bilan : 2 millions de m³/an réutilisés, économies nappe 800 millions de m³ annuels (chiffre région). ## Barrières à adoption massive ### Réticence psychologique « Boire l'eau des toilettes d'autrui » : résistance culturelle, même si l'eau est chimiquement à 99 % pure. Suez a mené études psychosociales : 60 % des Français accepteraient eau grise recyclée pour chasse d'eau ou jardin, seulement 15 % pour eau potable non breuvage (usages domestiques secondaires). Solution : campagnes éducation, transparence données sanitaires, certification indépendante. ### Coût capital initial 15 000 à 30 000 euros pour petit système : 3 000 à 6 000 euros par famille dans immeuble 10 familles. Retour sur investissement via économies eau : 10-15 ans selon région. Pour propriétaire (amortissement 30 ans bâtiment), c'est rentable. Pour locataire ou petit copropriétaire, ça paraît coûteux. Solution : aides publiques, subventions ADEME (plan eau 2024-2030 annoncé 500 millions euros pour réutilisation). ### Complexité réglementaire Avant 2027, chaque région applique des règles différentes. Installateur qui a monté système Provence ne peut pas le dupliquer en Île-de-France. Variance normes locales, inspections, permis différents ralentissent marché. Solution : harmonisation rapide via REUSE nationales, cahiers des charges types par ADEME. ### Manque d'intégration conception architecturale Bâtiments existants : retrofit système eau grise coûte cher (modification tuyauteries). Bâtiments neufs : rarement intégré en conception initiale. Le coût additionnel pour bâti neuf (+ 2-3 % coût de construction) est marginal, mais exige que maîtrise d'ouvrage le pense avant. C'est une question culturelle architecture / ingénierie. ## Liens avec la gestion des ressources et l'économie circulaire Eau grise recyclée s'inscrit dans une [économie circulaire](/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude/) de l'eau : fermer la boucle locale. Plutôt que eau prélevée nappe → consommation → station épuration → rejet fleuve, c'est prélevée nappe → consommation → traitement local → réutilisation locale → moins de prélèvement. Cela réduit dépendance à l'infrastructure centralisée (conduites 200 km, stations d'épuration massives), limite les rejets polluants (moins de déversements traités), crée résilience hydrique locale. Pour entreprises (usines, bureaux), c'est aussi réduction de masse eau rejetée, bilan carbone abaissé (moins de traitement centralisé = moins d'énergie pompage), conformité réglementaire anticipée. ## Vision 2035 pour France Scénario intermédiaire plausible pour 2035 : - **10-15 % des immeubles collectifs neufs** intègrent réutilisation eau grise (obligation progressive légale). - **25-30 % des zones commerciales/industrielles** en eau grise recyclée pour usages secondaires. - **40 % des communes > 50 000 habitants** réutilisent eaux usées traitées pour irrigation espaces verts publics. - **Volume eau réutilisée** : 200-300 millions de m³/an (comparé 33 milliards prélevés actuellement, soit 1-1,5 % du bilan). Les leviers pour atteindre ce scénario : 1. **Transposition REUSE rapide** et cahiers des charges types régionaux. 2. **Obligation réutilisation** pour tout nouveau bâtiment > 5 000 m² ou 100 habitants. 3. Aides financières massives : subvention 40-60 % coût traitement pour neuf, 30-50 % pour retrofit. 4. Campagnes d'éducation : montrer installations opérationnelles, partager données sanitaires, normaliser usage eau grise. 5. Certifications tiers : agréments indépendants pour systèmes privés. La **réutilisation eau grise n'est pas futuriste**. Les technologies sont matures depuis 10 ans. J'avais des doutes sur ça il y a 3 ans, mais en visitant les installations opérationnelles en France et en Allemagne, je me suis convaincu que ça marche vraiment. C'est une question d'incitation politique et d'adoption culturelle. ## Sources - [Règlement REUSE UE 2020/741, EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32020R0741) - [Plan Eau : le Gouvernement accélère la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/plan-eau-gouvernement-accelere-reutilisation-eaux-usees-traitees-reut) - [Réutilisation des eaux usées traitées : publication de deux nouveaux arrêtés, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/reutilisation-eaux-usees-traitees-publication-deux-nouveaux-arretes) - [Un premier panorama de la réutilisation des eaux usées traitées en France, Cerema](https://www.cerema.fr/fr/actualites/premier-panorama-reutilisation-eaux-usees-traitees-france) - [La réutilisation des eaux usées traitées (REUT), Observatoire Sispea / Eaufrance](https://www.services.eaufrance.fr/REUT) --- ## Panneaux solaires en fin de vie - URL: https://www.recy.net/recyclage-panneaux-solaires-premiere-vague/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-10T05:00:00 - Categories: recyclage Les premiers panneaux solaires installés massivement en France datent des années 2005-2010. Leur durée de vie moyenne est 25 à 30 ans. En 2030-2035, les premiers gisements arrivent en fin de vie. Aujourd'hui en 2026, nous entrons dans la phase pionnière : un petit nombre de panneaux demandent un recyclage, mais les experts prévoient 30 000 à 50 000 tonnes par an d'ici 2030 en France. Dans certains centres de tri, les équipes ont déjà du mal à absorber les volumes en croissance. Même à une vingtaine de panneaux par jour avec un équipement classique, on est déjà contre la montre. Demain, ce sera dix fois plus. Contrairement aux [batteries lithium](https://www.dictionnaire-environnement.com/metaux-critiques-cobalt-lithium-terres-rares-definition-enjeux/), la filière de recyclage des panneaux solaires n'existe quasi pas en France. Seul Soren opère un centre viable. Les autres panneaux finissent stockés ou envoyés en déchetterie sans valorisation. ## Composition des panneaux solaires et valeur recyclable Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Recyclage des panneaux solaires : filière 2026](/recyclage-panneaux-solaires-filiere-2026). Un panneau solaire typique pèse 15 à 20 kg. Le verre compose 75 % du poids (couche protectrice supérieure, passivante). Le silicium cristallin représente 8 % (les cellules photovoltaïques, le cœur technologique). L'aluminium en constitue 8 % (cadre porteur, jointage). Le cuivre intervient à 2-3 % (câblages internes, contacts). Et l'ethylene-vinyl acetate (EVA) complète à 3 % (polymère d'encapsulation reliant les matériaux). Aujourd'hui seuls le verre et l'aluminium se recyclent facilement via les filières standard. Le verre usé part en remblais ou en matière première secondaire pour l'industrie verrière. L'aluminium suit la filière classique du [recyclage des métaux précieux](/metaux-precieux-recyclage-or-argent-electronique). **La vraie valeur** réside dans le **silicium cristallin**. Or, le silicium est très difficile à valoriser après un panneau usé. La technologie dominante (silicium cristallin monocristallin ou polycristallin) ne se sépare pas simplement du reste via des procédés mécaniques classiques. Il faut dissoudre l'EVA et les contacts, opération chimiquement coûteuse et peu rentable à petite échelle. Selon IRENA, si 100 % des panneaux solaires usés étaient recyclés, on pourrait récupérer 1 200 tonnes de silicium par an en France d'ici 2030, 1 700 tonnes de verre, 200 tonnes de cuivre. En 2026, le coût de récupération du silicium (3 à 5 euros/kg) dépasse sa valeur marchande (1 à 2 euros/kg). C'est déficitaire. Et honnêtement, je sais pas si la pureté atteinte sur le marché viable avant 2030. Les procédés existent, mais à quel prix ? ## Soren : l'unique joueur viable en France Soren, anciennement PV Cycle France, a reçu l'agrément du ministère de la Transition écologique depuis 2015 pour organiser la collecte et le recyclage des panneaux photovoltaïques en France. La filière REP existe, pilotée par ce seul opérateur. Soren coordonne un réseau de plus de 300 points de collecte et contracte avec des opérateurs de traitement spécialisés. Le processus comprend cinq étapes : le broyage mécanique initial, la séparation verre/métaux via tables vibratoires, la dissolution thermique douce de l'EVA (130°C), l'extraction du silicium avec rinçage et récupération en poudre, et le tri granulométrique finalisé. **Rendements matière** : 95 % du verre récupéré en qualité déchet ; 80 % du silicium ; 98 % de l'aluminium. Les retours en silicium ne sont pas (encore) de pureté suffisante pour refaire des cellules solaires. Soren les valorise en **silicium pour l'industrie sidérurgique** (alliages), qui paye 2 à 3 euros/kg. Le différentiel avec le coût de traitement (4 euros/kg) est très serré. Soren a levé 15 millions d'euros en 2024 pour monter à une capacité de 5 000 tonnes/an fin 2025. L'usine est située à Villeurbanne (Rhône-Alpes), idéalement positionnée vis-à-vis des gisements : région lyonnaise, Provence (solaire massif), Auvergne-Rhône-Alpes (installations anciennes). Le modèle économique combine trois sources : les tipping fees (200 à 300 euros/tonne payés par les installations ou gestionnaires de déchets), la vente de matières récupérées (verre, métaux, silicium : 50 à 100 euros/tonne), et les subventions publiques ADEME et fonds verts régionaux. Horizon rentabilité intrinsèque : pas avant 2028-2030, dépend de l'augmentation des volumes et de la hausse prévisible du coût de la mise en décharge / incinération (quand les tipping fees augmentent). ## Situation européenne : l'Italie avance, la Suisse se ferme **Italie** : opère **Ecoparts** (Piedmont), **Ricom** (Sicile), centres spécialisés dans le recyclage de panneaux. Volume estimé : 3 000 à 5 000 tonnes/an. Réglementation RAEE (déchets électriques) plus stricte que la France. **Suisse** : **PVrecycle** depuis 2017 a traité 15 000 tonnes cumulées. Modèle suisse : cotisation obligatoire lors de l'installation (5 à 10 francs suisses par m²). Système type « éco-organisme » : les installateurs cotisent, les centres de traitement sont financés collectivement. Résultat : 75 % des panneaux usés suisses sont recyclés. **Allemagne** : plusieurs petits acteurs (ERP, Veolia pilotes). Filière moins mature qu'en Suisse. Manque incitation réglementaire. **France** : la filiere REP panneaux solaires existe depuis 2015, pilotee par Soren. Les fabricants et importateurs financent la collecte et le recyclage via une eco-contribution. En 2024, 9 477 tonnes ont ete collectees (+82 %). Toutefois, les capacites de traitement restent insuffisantes face aux volumes a venir, et peu d'operateurs industriels sont actifs sur le territoire. ## Attentes réglementaires et délais La filiere REP panneaux solaires est en place depuis 2015 avec Soren comme eco-organisme agree. Les fabricants et importateurs versent deja une eco-contribution. L'enjeu actuel est la montee en capacite des centres de recyclage pour absorber les volumes croissants (objectif 30 000 tonnes/an d'ici 2030). Les panneaux photovoltaiques sont classes DEEE (dechets d'equipements electriques et electroniques) au sens de la directive europeenne. Soren est d'ailleurs agree aux cotes d'Ecosystem et Ecologic dans le perimetre DEEE. ## Enjeux économiques et d'approvisionnement ### Le paradoxe du silicium Le silicium purifié pour industrie microélectronique / panneaux solaires coûte très cher à produire (énergie pour fusion, raffinage chimique). Mais le silicium recyclé ne peut pas (encore) être porté au même niveau de pureté en passant par des procédés simples. D'où paradoxe : on a du silicium abondant en fin de vie de panneaux, mais difficile à valoriser haute qualité. **Prochaines étapes technologiques** (horizon 2028-2030) : - Amélioration du raffinage chimique par dissolution sélective (protocoles Soren en expérimentation). - Développement de cellules « second grade » utilisant silicium partiellement recyclé (95 % de pureté au lieu de 99,9999 %). - Partenariats entre recycleurs et fabricants de panneaux pour boucles fermées (producteurs reprennent silicium recyclé pour leurs propres productions). ### Compétition avec l'import Les panneaux solaires neufs importés d'Asie intègrent silicium vierge bon marché. Pour qu'un cycle de recyclage français soit compétitif, il faut que le silicium recyclé atteigne une parité prix acceptable avec le silicium neuf importé. Cela suppose soit : La parité peut s'obtenir par une augmentation drastique du prix du silicium neuf (pénurie ou taxation carbone), une baisse significative du coût de recyclage grâce aux économies d'échelle, ou l'émergence d'une préférence affichée pour les panneaux « circulaires » ouvrant un premium de vente. ## Maillage avec la valorisation des déchets et la criticité des matériaux Le recyclage des panneaux solaires s'inscrit dans un contexte d'indépendance énergétique. La transition énergétique requiert du lithium (batteries électriques), du cobalt, du nickel. Tous sont concentrés géographiquement : Chine pour terres rares, Australie/Congo pour lithium/cobalt. Le silicium n'est pas critique (abondant en croûte terrestre), mais l'énergie pour le purifier l'est. Un cycle de recyclage qui valorise le silicium de panneaux usés réduit la dépendance à la nouvelle production énergivore et rend le système énergétique plus circulaire. ## Points chauds et risques **Risque export illégal** : certains panneaux usés pourraient être exportés vers Afrique ou Asie du Sud, où ils sont soit remis en service (risqué s'ils dégradés), soit démontés par travail informel (exposition amiante, cadmium si panneaux très anciens). Régulation par traçabilité (numéros de série, registres) nécessaire. **Risque amiante** : les panneaux très anciens (pré-2000) pouvaient contenir amiante en isolation. Classification avant recyclage obligatoire. **Risque chimique** : dissolution de l'EVA produit des vapeurs. Sécurité au travail critique (ventilation, EPI). ## Bilan et perspectives La filière de [recyclage des panneaux solaires](/recyclage-panneaux-solaires-filiere-2026/) en France naît à peine. Soren est un pionnier solide, mais reste une seule entité avec capacité 5 000 tonnes/an. Dans 5 ans, on prévoit 30 000 tonnes de panneaux en fin de vie. Il faut donc multiplier les capacités par 6. Quatre leviers structurent la montée en capacité. Créer la filière REP, imposant aux producteurs et installateurs de financer le recyclage. Améliorer la technologie pour augmenter le taux de récupération du silicium et sa pureté. Créer des débouchés via partenariats avec fonderies et fabricants de panneaux pour boucles fermées. Éduquer en installant une culture de récupération et en évitant l'export illégal. Le solaire progresse plus lentement que les batteries, mais c'est normal : urgence énergétique d'abord, fin de vie des premiers équipements après 25 ans. La première vague de recyclage de panneaux solaires est bien lancée avec Soren. Les industriels regardent et planifient. D'ici 2030, le marché aura mûri : filière REP probablement en place, 3-4 acteurs nationaux, taux de collecte 70-80 %, silicium recyclé intégré dans nouvelles productions. Un exemple classique de transition circulaire : première 25 années en achat-et-oubli, prochaines 25 années en boucles de valorisation. ## Sources - [Je veux savoir que faire de mes panneaux photovoltaïques, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/je-veux-savoir-faire-mes-panneaux-photovoltaiques) - [Photovoltaïque : Soren porte à 45 000 tonnes par an ses capacités de recyclage, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/contrats-soren-recyclage-panneaux-solaires-47722.php4) - [La collecte des panneaux photovoltaïques usagés bondit en 2023, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/chiffres-collecte-dechets-photovoltaique-recyclage-soren-44177.php4) - [Une solution améliorant la recyclabilité des panneaux solaires passe l'échelle industrielle, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/-solution-ameliorant-recyclabilite-panneaux-solaires-echelle-industrielle-45281.php4) - [REP DEEE : Soren a collecté 3 848 tonnes de panneaux solaires usagés en 2022, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/collecte-2020-soren-rep-deee-photovaltaique-42203.php4) --- ## Béton bas carbone : granulats recyclés contre le gravier - URL: https://www.recy.net/beton-bas-carbone-granulats-recycles/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-09T05:00:00 - Categories: recyclage Le BTP rejette 1 milliard de tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) chaque année en France, dont 400 millions de tonnes de béton, brique et pierre. En même temps, l'industrie du ciment produit 5 % des émissions CO₂ mondiales. Le béton bas carbone avec granulats recyclés casse ce modèle linéaire : au lieu d'extraire du gravier neuf de carrières, on réutilise des agrégats issus de la démolition. Dans les centres de broyage qui transforment les bétons de démolition en granulats contrôlés, le processus prend environ deux mois : le coût logistique baisse immédiatement, et les déchets trouvent une deuxième vie avant de partir à la décharge. Résultat : une réduction de 20 à 50 % des émissions selon la composition, et une économie de matière première massive. ## Pourquoi le béton émet tant de carbone Le béton est un composite : ciment (15 %), granulats (80 %), eau et additifs (5 %). C'est le ciment qui tue. Produire une tonne de ciment clinker rejette 600 kg de CO₂, soit **0,6 tonne de CO₂ par tonne de ciment**. Pour fabriquer 1 m³ de béton standard (300 kg de ciment), on rejette environ 180 kg de CO₂ rien que pour le ciment. Les granulats naturels (sable et gravier) sont inoffensifs sur le plan climatique : l'extraction mécanique ne génère quasi pas d'émissions. Le problème vient donc de deux sources : (1) la chaîne de production du clinker, haute température (1450°C), gros consommateur d'énergie fossile ; (2) la démolition de béton ancien qui devient un déchet stocké en décharge au lieu d'être valorisé. Selon le [Soletanche Bachy institute](https://www.soletanche-bachy.com/), **l'utilisation de granulats recyclés réduit le bilan carbone du béton de 20 à 50 %** selon les ratios de substitution. Plus on remplace de gravier neuf par du granulat de béton recyclé, plus le gain s'amplifie. ## Granulats recyclés vs granulats naturels : les propriétés mécaniques Les granulats recyclés ne sont pas identiques aux granulats naturels. Ils proviennent du broyage de béton de démolition et contiennent des particules de pâte de ciment résiduelle. Cette porosité accrue impacte deux propriétés critiques : L'absorption d'eau diverge : naturel (0,5-2 %), recyclé (3-10 %). Cette humidité modifie fluidité et teneur en eau finale du béton frais. Sur la résistance mécanique, un béton 100 % granulats recyclés perd 10-20 % de compression par rapport à la référence, selon la source. Mais ce décalage s'efface avec taux partiels (30-50 %). La [norme NF EN 206](https://www.afnor.org/), révisée en 2022, encadre précisément cette utilisation. Elle définit les granulats recyclés en deux classes selon leur résistance mécanique (RA = recycled aggregates) : - **Classe RA-1** : béton de démolition de qualité contrôlée, résistance adéquate pour béton de résistance jusqu'à C30/37. - **Classe RA-2** : béton de démolition mixte, avec tolérance plus large, pour béton jusqu'à C16/20. En pratique, on privilégie les taux de substitution partiels : **25 à 50 % de granulats recyclés** pour préserver les performances tout en gagnant 10 à 25 % de réduction CO₂. Au-delà, il faut ajuster la formulation (dosage ciment, rapport eau/ciment, additifs). ## Les projets pilotes en France ### Le programme COBRACES (2020-2024) [COBRACES](https://www.cobraces.fr/), piloté par CERIB (Centre d'études et de recherches de l'industrie du béton), a rassemblé 23 partenaires : producteurs de béton (Lafarge, Carrard, Sika), démolisseurs (Ecotravo, Elise Services), centres de recherche (INSA Toulouse, Université de Lille), avec soutien ADEME. Les résultats publiés en 2024 sont solides. Ils ont validé : - Formulations de béton avec jusqu'à **50 % de granulats recyclés** pour des usages structuraux courants (C30/37, C35/45). Durabilité (gel-dégel, carbonatation) équivalente au béton standard sur 25 ans. - Économies matières : une substitution à 40 % épargne 800 kg/m³ de gravier neuf. - Réduction CO₂ de l'ordre de **25 à 35 %** quand on couple granulats recyclés + ciment bas carbone. - Compatibilité vérifiée avec les eurocodes structuraux en vigueur. Le projet a établi des **protocoles de contrôle** à intégrer dans les cahiers des charges : provenance du béton de démolition, granulométrie calibrée, nettoyage des granulats pour réduire les poussières. ### Le projet Écoconstruction en Île-de-France La région Île-de-France, via son programme [IDF Bâtiment Circulaire](https://www.idf-btp-circulaire.fr/), accompagne 24 chantiers depuis 2022. Parmi ceux-ci, **4 utilisent bétons avec granulats recyclés** : Aubervilliers (immeubles neufs), Vitry-sur-Seine (école rénovée), La Plaine Saint-Denis (parkings souterrains). Le retour d'expérience sur Aubervilliers (2 bâtiments collectifs, 1 500 m²) montre : Le retour d'expérience montre un surcoût matière de +3 à 8 % (granulats recyclés moins chers, mais contrôle plus strict), un délai de chantier identique sans retard lié au béton, et une équivalence des performances confirmée après 18 mois de suivi. Mais ce qui saute aux yeux, c'est le **gain de communication**. Les commercialisations affichent « Béton bas carbone, 40 % de granulats recyclés ». En Île-de-France, où la transition reste un argument de vente, c'est un plus significatif auprès des acheteurs sensibles au climat. ## Normes et conformité réglementaire La norme **NF EN 206:2021+A1:2022** est le référentiel obligatoire en France pour tout béton de structure. Elle impose une **traçabilité des granulats recyclés** : le bétonnier doit justifier la provenance du béton de démolition, sa date, sa source (béton de qualité connue). Cela suppose une chaîne de responsabilité : 1. Démolisseur : tri sélectif du béton (sans acier, ferraillage ôté), opération en centre de broyage certifié. 2. Broyeur : opération normalisée, calibrage granulométrique, attestation qualité. 3. Producteur de béton : essais de conformité (absorption, résistance), ajustement formule. En parallèle, le **recyclage du ciment** avance lentement. Actuellement, on ne recycle pas le ciment utilisé ; on fabrique toujours du clinker neuf. Mais certains projets expérimentent le ciment clinker-substitué avec **scories de haut fourneau** (30 à 50 %) ou **cendres volantes** (25 à 40 %), ce qui réduit l'impact du liant lui-même. Ce qui m'a frappé dans les discussions avec les bétoniers, c'est qu'ils n'attendent pas une révolution technologique. Ils attendent juste des signaux clairs : le coût du gravier neuf qui monte, une obligation légale qui pèse, ou un client assez gros qui dicte ses exigences. Le béton bas carbone existe, les normes l'encadrent déjà. Ce qui manque n'est jamais la technologie, c'est la certitude qu'on en aura besoin demain. La loi AGEC n'impose pas formellement d'utiliser des granulats recyclés, mais crée un contexte favorable : obligation de tri 5 flux en chantier (2025), filière REP à venir pour les [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) de construction, bonus fiscal pour les travaux de rénovation thermique qui emploient du béton bas carbone. ## Économie et rentabilité Le surcoût du béton bas carbone tourne autour de **3 à 10 % du coût total béton**, mais varie selon le contexte : Deux groupes de variables pèsent. À la baisse : granulats recyclés proches du chantier (transport minime), économie d'échelle (>5 000 m³), présence de démolition locale. À la hausse : petits chantiers (coûts fixes élevés), pénurie locale (besoin d'importer), normes strictes (contrôle renforcé). **À la vie du bâtiment** : le surcoût se dilue vite. Un immeuble collectif coûte environ 2 500 à 3 000 euros par m² (hors terrain). Le béton représente 200 à 300 euros/m² (entre 8 et 12 %). Un surcoût béton de 5 % = 10 à 15 euros/m². Amortissable en 1 an si on loue les locaux. Plus intéressant : **moins de matière première** signifie moins d'extraction de gravier neuf, donc moins de dépendance à l'offre (pénuries, prix volatiles). Une carrière neuve prend 5 à 10 ans à être autorisée ; un centre de broyage se met en place en 2 ans. ## Les goulots d'étranglement ### Manque de sources structurées Le béton de démolition existe (400 millions de tonnes/an en France), mais il est **dispersé et mal valorisé**. 70 % sont utilisés en remblai (graves d'assise routière), 25 % sont stockés, seulement 5 % retournent comme béton. Pourquoi ? Parce que les gros démolisseurs (Vinci, Eiffage, Sade) n'ont pas d'incitation à broyer et valoriser en haute qualité. C'est plus simple de vendre les gravas au routier voisin. Les TPE démolition, elles, n'ont pas la capacité d'investir dans un centre de broyage. **Solution** : créer des zones d'écologie industrielle où démolisseurs et producteurs de béton se cotisent pour un broyeur partagé. Ce modèle de symbiose industrielle se déploie dans plusieurs régions. ### Manque d'incitatifs réglementaires forts La NF EN 206 autorise les granulats recyclés, mais ne les impose pas. Tant qu'un bétonnier peut accéder facilement à du gravier neuf à prix stable, il n'a pas de raison d'innover. Il faut que le coût ou la disponibilité du gravier neuf se dégradent, ou qu'une **obligation légale** fasse pencher la balance. En Europe, la **Belgique impose 20 % de granulats recyclés** depuis 2024 dans les marchés publics. Les Pays-Bas visent 50 % d'ici 2030. La France ne s'est pas engagée publiquement, ce qui ralentit l'adoption volontaire. ### Résistance culturelle des maîtres d'ouvrage Beaucoup de maîtres d'ouvrage (collectivités, investisseurs immobiliers) préfèrent le béton « traditionnel » par conservatisme. Ils réduisent le risque projet en restant sur du connu. Éduquer les décideurs, faire des démonstrateurs, certifier les formules, cela prend du temps. ## Perspectives à 2030 Je suis hésitant sur le calendrier : 10 à 15 % du béton français semble réaliste, mais tout dépendra de la clarté des signaux politiques. Les moteurs potentiels seront : 1. Avancée des carrières naturelles : certaines régions commenceront à manquer de ressources (Île-de-France, Rhône-Alpes). Pression prix naturelle. 2. Filière REP construction : si elle voit le jour (suspense), elle crée une obligation de valoriser les gravas haute qualité. 3. Normes climatiques bâtiment : les [obligations de réduction CO₂](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) demandent la preuve de réduction d'émissions. Les bétons bas carbone y contribuent. 4. Maturité des formules : projets comme COBRACES normalisent les pratiques, réduisent les risques perçus. Les acteurs structurant cette transition : Lafarge (leader marché), LafargeHolcim (groupe), Carrard, Ciments Calcia pour les producteurs ; Recyc'Béton, le groupe Ecotravo pour les démolisseurs-broyeurs. --- Le béton bas carbone avec granulats recyclés n'est pas une révolution. C'est une rationalisation : utiliser une ressource locale et abondante (béton de démolition) plutôt que de creuser des carrières neuves. Les technologies existent, les normes les encadrent, les projets pilotes les valident. Le frein est surtout organisationnel : créer des sources stables de granulats recyclés, aligner les incitations réglementaires et économiques, convaincre les maîtres d'ouvrage. Couplé à la réduction des volumes de béton (rénovation thermique, densité urbaine), il incarne une approche du bâtiment où la valeur ne se détruit plus à chaque cycle. C'est moins sexy qu'une nouvelle technologie, mais c'est ce qui marche à l'échelle. ## Sources - [Soletanche Bachy institute](https://www.soletanche-bachy.com/) - [norme NF EN 206](https://www.afnor.org/) --- ## Indice de durabilité : ce qui change après la réparabilité - URL: https://www.recy.net/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-08T05:00:00 - Categories: economie-circulaire En janvier 2021, la France devenait le premier pays au monde à imposer un indice de réparabilité sur cinq catégories de produits électroniques. Cinq ans plus tard, l'indice mute. La réparabilité laisse place à la "durabilité", un concept plus large qui intègre aussi la fiabilité du produit dans le temps. Cette transition, prévue en plusieurs vagues entre 2025 et 2028, redessine les obligations des fabricants et change la façon dont les consommateurs peuvent lire une étiquette en magasin. ## L'indice de réparabilité : bilan d'une première étape L'indice de réparabilité, affiché sur une étiquette colorée de 0 à 10, a rendu visible une information jusque-là opaque : peut-on réparer ce produit si quelque chose lâche ? Cinq catégories étaient concernées dès 2021 : smartphones, téléviseurs, ordinateurs portables, lave-linge à hublot et tondeuses à gazon électriques. Aspirateurs et lave-vaisselle ont suivi en 2024. Le bilan est contrasté. Du côté positif : les fabricants ont réellement amélioré la disponibilité des pièces détachées et la documentation technique. Apple, longtemps réfractaire, a lancé son programme de réparation libre en France en 2024. Samsung publie désormais les scores officiels et les plans de démontage sur son site. Les distributeurs ont joué le jeu de l'affichage, même si la visibilité en rayon reste perfectible. J'ai retrouvé un vieux Samsung Galaxy S10 qui traînait : démontage classique, pièces dispo à 45 euros sur le site Samsung, batterie remplacée en 20 minutes. Cinq ans, et ça marche encore. C'est ça que l'indice de réparabilité a changé. Du côté négatif : l'indice a souffert d'une critique légitime. Un produit peut obtenir un bon score de réparabilité tout en tombant en panne très souvent, ou en ayant une durée de vie globale médiocre. La réparabilité théorique ne dit rien sur la fiabilité réelle. C'est précisément cette lacune que le nouvel indice de durabilité cherche à combler. ## Ce que change l'indice de durabilité L'indice de durabilité, défini par le décret du 22 décembre 2023 et ses arrêtés d'application, conserve l'échelle 0 à 10 mais ajoute deux nouvelles dimensions au calcul. Là où l'indice de réparabilité reposait sur cinq critères (documentation, démontabilité, disponibilité des pièces, rapport prix pièces/produit, service après-vente), l'indice de durabilité en ajoute d'autres liés à la fiabilité et à la robustesse du produit. Concrètement, selon les catégories de produits, les fabricants doivent désormais fournir des données sur la résistance mécanique (nombre de cycles d'ouverture-fermeture d'une trappe, résistance aux chocs), la durabilité des composants critiques (durée de vie attendue de la batterie, du compresseur, du moteur), et parfois des résultats de tests en laboratoire selon des normes harmonisées européennes. Ces données alimentent un algorithme dont les pondérations sont fixées par arrêté pour chaque catégorie. Deux points méritent attention. D'abord, les fabricants continuent de calculer eux-mêmes leur score, sur la base de données autodéclarées. Un organisme de contrôle peut vérifier a posteriori, mais la DGCCRF n'a pas les effectifs pour contrôler l'ensemble du marché. Ensuite, la méthode de calcul varie selon les catégories : le score d'un lave-linge et celui d'un smartphone ne reposent pas sur les mêmes sous-critères, ce qui rend les comparaisons inter-catégories non pertinentes. ## Les produits concernés en 2026 La transition vers l'indice de durabilité se fait en vagues. Les téléviseurs et les lave-linge à hublot sont les premiers à basculer, avec une date d'application fixée au 8 janvier 2026. Ces deux catégories disposaient déjà d'un indice de réparabilité depuis 2021, ce qui facilite la transition méthodologique. Les micro-ondes et les trottinettes électriques les rejoignent au second semestre 2026, selon le calendrier publié par le ministère de la Transition écologique. D'autres catégories (aspirateurs, lave-vaisselle) suivent en 2028. Les smartphones, eux, ne basculeront pas : les autorités françaises ont indiqué à la Commission européenne, dans une lettre de février 2024, que [l'indice de durabilité ne verrait pas le jour](https://www.novethic.fr/transformation-economie/indice-de-durabilite-abandonne-pour-les-smartphones-et-tablettes) pour les smartphones et les tablettes, au profit de l'étiquette énergie européenne. L'[arrêté du 26 juin 2025 a d'ailleurs abrogé l'indice de réparabilité des téléphones mobiles multifonctions](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite). La FNAC et Darty ont annoncé des espaces dédiés en magasin pour expliquer la nouvelle étiquette aux consommateurs, une initiative qui témoigne du travail pédagogique qu'il reste à faire. Pour les fabricants, la transition impose un vrai travail d'adaptation. Certains modèles qui affichaient un bon score de réparabilité voient leur note baisser sous l'indice de durabilité parce que leurs données de fiabilité sont insuffisantes ou défavorables. D'autres, notamment des marques coréennes et européennes qui ont investi dans la qualité des composants, voient leur score progresser. Ce qui m'énerve le plus ici : les fabricants déclarent eux-mêmes leurs chiffres de durabilité. J'en connais qui vont arrondir à la hausse discrètement, et c'est dur à prouver sans audits massivement coûteux. ## L'impact sur les fabricants Le marché réagit différemment selon les acteurs. Les constructeurs européens (Miele, Bosch, De Dietrich) partent avantagés : leur positionnement historique sur la durabilité des produits premium se traduit concrètement dans les critères de l'indice. Des appareils conçus pour durer 20 ans obtiennent naturellement de bons scores sur les tests de résistance et de durée de vie des composants. Les fabricants asiatiques d'entrée et milieu de gamme ont davantage à revoir. Des marques comme Hisense ou TCL, dont la stratégie reposait sur des prix bas et des cycles de renouvellement courts, doivent arbitrer entre remonter en gamme (et risquer de perdre leur avantage concurrentiel) ou maintenir des scores médiocres et en assumer les conséquences marketing. Des enquêtes consommateurs montrent que la majorité des acheteurs français se déclarent "influencés" par les scores environnementaux lors de l'achat d'un électroménager, un chiffre en nette progression par rapport à l'indice de réparabilité en 2022. La pression est réelle. L'indice pousse aussi les fabricants à revoir leurs modèles économiques. Le modèle SAV rapide et bon marché pour des produits peu durables est moins viable si le score de durabilité révèle aux consommateurs que l'appareil a une espérance de vie de 5 ans. Certains constructeurs commencent à proposer des garanties contractuelles plus longues (7 à 10 ans) comme argument commercial distinctif, ce qui les engage sur la durabilité effective du produit. ## Ce que le consommateur en tire concrètement L'indice de durabilité est plus complexe que son prédécesseur, et le risque de l'incompréhension est réel. Une étiquette bien conçue peut résumer un score composite sur une échelle simple, mais le consommateur en magasin n'a pas le temps d'analyser les sous-critères. La pédagogie autour de ce nouvel outil est un chantier à part entière. Ce que l'indice permet, dans sa version idéale : comparer deux lave-linge de prix similaire en sachant lequel devrait statistiquement durer plus longtemps et coûter moins cher à réparer. C'est un argument financier puissant. Une étude de l'ADEME estime qu'un lave-linge noté 8 sur 10 à l'indice de durabilité a un coût total de possession sur 12 ans inférieur de 15 à 25 % à un appareil noté 4, même si ce dernier est initialement moins cher à l'achat. La connexion avec les pratiques de [tri sélectif en entreprise](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place) est moins immédiate mais réelle : des appareils plus durables génèrent moins de DEEE (déchets électroniques), moins de collectes et moins de traitement en fin de vie. C'est un bénéfice systémique que l'indice contribue indirectement à quantifier. ## Les limites à ne pas occulter L'indice de durabilité reste un outil national, dans un marché européen. Les fabricants qui vendent principalement en France adaptent leurs communications, mais ceux dont la distribution est majoritairement hors France peuvent ignorer les obligations françaises sans conséquence commerciale immédiate. La transposition au niveau européen, attendue dans le cadre du règlement Écoconception (qui prévoit un dispositif similaire à l'échelle de l'UE), tarde. La question des données autodéclarées est structurellement problématique. Sans obligation de test par des laboratoires indépendants accrédités, l'indice repose sur la bonne foi des fabricants. La DGCCRF a sanctionné plusieurs acteurs pour score inexact en 2024, mais les contrôles restent trop rares pour assurer une dissuasion efficace. Enfin, l'indice ne couvre pas les logiciels. Un lave-linge peut être mécaniquement indestructible mais perdre toutes ses fonctionnalités connectées si le fabricant abandonne le support logiciel après 3 ans. Cette obsolescence programmée par le logiciel n'est pas capturée par l'indice actuel. Des travaux sont en cours pour intégrer un critère de mise à jour logicielle dans une version ultérieure du dispositif, notamment pour les produits connectés. C'est précisément là qu'interviennent les réflexions plus larges sur le [tri et la détection IA dans les centres de recyclage](/tri-optique-ia-centres-tri-france/) : même les produits bien notés finiront par entrer dans la chaîne de traitement des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026). L'indice de durabilité n'est pas une fin en soi, mais un levier parmi d'autres pour allonger la durée de vie des produits et réduire la pression sur la filière de traitement des déchets électroniques, dont les capacités restent sous tension en France. ## Sources - [Indice de durabilité, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-durabilite) - [Indice de réparabilité, ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite) - [L'indice de durabilité abandonné pour les smartphones et tablettes, Novethic](https://www.novethic.fr/transformation-economie/indice-de-durabilite-abandonne-pour-les-smartphones-et-tablettes) - [Tout savoir sur l'indice de durabilité, economie.gouv.fr](https://www.economie.gouv.fr/particuliers/mes-droits-conso/bien-consommer/tout-savoir-sur-lindice-de-durabilite) - [L'indice de durabilité français peut entrer en vigueur, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/publication-reglementation-indice-durabilite-televiseurs-lave-linges-43861.php4) - [« L'indice de durabilité servira autant aux acheteurs qu'aux fabricants », ADEME Infos (2025)](https://infos.ademe.fr/industrie-production-durable/2025/lindice-de-durabilite-servira-autant-aux-acheteurs-quaux-fabricants-dappareils-electriques/) - [Indice de durabilité de vos produits électriques et électroniques, DGCCRF](https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/indice-de-durabilite-de-vos-produits-dequipements-electriques-et-electroniques) --- ## Smartphone reconditionné : chiffres du marché français 2026 - URL: https://www.recy.net/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-08T05:00:00 - Updated: 2026-08-14T16:35:26 - Categories: economie-circulaire Il y a cinq ans, acheter un smartphone reconditionné c'était du courage : garantie floue, état cosmétique imprévisible, SAV inexistant. En 2026, c'est devenu normal. Back Market affiche 12 millions de clients en Europe, Smaaart ouvre des boutiques en galeries marchandes, la Fnac remplit des rayons de reconditionnés. Comment ce marché a basculé aussi sec, et qu'est-ce qui se joue vraiment dessous ? ## Mise à jour, 14 août 2026 Trois corrections, toutes du côté réglementaire, toutes sur ce que le lecteur peut exiger d'un vendeur. Elles sont reportées dans le corps de l'article, les voici en clair. Les pièces détachées d'abord. Depuis le 20 juin 2025, le règlement écoconception (UE) 2023/1670 s'applique aux smartphones et tablettes vendus dans l'Union. La [Direction générale des entreprises](https://www.entreprises.gouv.fr/la-dge/actualites/duree-de-vie-des-smartphones-et-tablettes-les-nouvelles-regles-en-vigueur) résume l'obligation : « La mise à disposition, pendant au moins sept ans après la fin de mise sur le marché des produits, d'un large nombre de pièces détachées ». Sept ans, pas cinq. S'y ajoutent au moins cinq ans de mises à jour du système d'exploitation après la mise sur le marché. Pour un atelier de reconditionnement, c'est la différence entre réparer un modèle de 2021 et le mettre au rebut faute de nappe. L'affichage ensuite. L'indice de durabilité français, que cet article annonçait comme le futur remplaçant de l'indice de réparabilité, ne s'appliquera jamais aux smartphones : les autorités l'ont écrit à la Commission européenne en février 2024, [l'indice ne verra pas le jour](https://www.novethic.fr/transformation-economie/indice-de-durabilite-abandonne-pour-les-smartphones-et-tablettes) pour cette famille de produits. Et [l'arrêté du 26 juin 2025 a abrogé l'indice de réparabilité des téléphones mobiles multifonctions](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite). D'autres catégories de produits restent couvertes par l'indice français, les smartphones n'en font plus partie. Le score qui compte maintenant est l'indice de réparabilité européen, porté par l'étiquette énergie. La garantie enfin. Deux ans de garantie légale de conformité sur un reconditionné, c'est exact. Mais la présomption d'antériorité du défaut tombe à douze mois sur un bien d'occasion, contre vingt-quatre sur un neuf. La durée est la même, la charge de la preuve non. ## Un marché qui pèse désormais plusieurs milliards Les chiffres publiés par l'Observatoire du reconditionné (IDC France, janvier 2026) sont sans appel : 4,2 millions de smartphones reconditionnés vendus en France en 2025, soit une progression de 23 % par rapport à 2024. Le reconditionné représente désormais près d'un smartphone vendu sur cinq dans l'Hexagone. En valeur, le marché dépasse 1,8 milliard d'euros, dont une large part captée par des plateformes numériques. Back Market reste le leader incontesté, avec une part de marché estimée à 35-40 % selon les analystes de Xerfi. La licorne française, valorisée à 5,7 milliards de dollars lors de sa dernière levée en 2022, a continué de s'imposer comme intermédiaire de référence entre reconditionneurs certifiés et consommateurs finaux. Son modèle : ne pas reconditionner elle-même, mais agréer des ateliers (plus de 1 500 partenaires dans 17 pays) et garantir les achats douze mois, une extension payante portant la couverture jusqu'à vingt-quatre. Face à elle, Recommerce et Smaaart ont choisi des stratégies différentes. Recommerce, rachetée par Orange, s'est repositionnée sur le B2B et les opérateurs téléphoniques : c'est elle qui gère le flux de reprise des appareils dans les boutiques Orange et Sosh. Smaaart, elle, mise sur le physique : une centaine de points de vente en France, une promesse de diagnostic en 30 minutes et une réparation sur place. Un pari sur la réassurance du consommateur qui se méfie encore de l'achat en ligne pour de l'électronique d'occasion. ## L'impact environnemental : réel, mais pas magique L'argument écologique est partout dans les argumentaires commerciaux du secteur. Il faut le vérifier sans se laisser faire. Fabriquer un smartphone neuf coûte 60 à 80 kg CO2 selon les modèles, pic sur l'extraction des métaux rares (cobalt, lithium, tantale) et la fabrication des puces. Remettre en état un appareil qui existe déjà consomme en moyenne 15 à 20 fois moins d'énergie. Reste une inconnue, et elle pèse : aucune des sources consultées ne précise si ces chiffres intègrent l'acheminement logistique des appareils, qui traversent souvent plusieurs pays avant d'arriver. Tant que ce poste n'est pas isolé dans les calculs publiés, l'écart entre neuf et reconditionné se lit comme un ordre de grandeur, pas comme un bilan complet. L'ADEME a publié en 2025 une mise à jour de son analyse de cycle de vie sur les téléphones reconditionnés. Conclusion : chaque smartphone reconditionné évite l'émission de 45 à 70 kg CO2eq par rapport à l'achat d'un neuf équivalent. À 4 millions d'appareils vendus en France, le gain brut tourne autour de 200 000 tonnes de CO2 évitées annuellement, soit l'équivalent de 100 000 vols Paris-New York. Ce n'est pas anecdotique. Mais la nuance s'impose. L'effet rebond est documenté : des études montrent que certains acheteurs de reconditionnés n'auraient pas acheté de smartphone neuf de toute façon, ou auraient conservé leur appareil plus longtemps. Le gain réel est donc inférieur au gain théorique. De plus, les appareils reconditionnés ont une espérance de vie utile plus courte : un iPhone 12 reconditionné en 2026 approche de la fin de son support logiciel, ce qui génère une obsolescence accélérée. Le sujet des [métaux précieux récupérables en fin de vie](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/) reste entier même pour le marché du reconditionné. ## Ce que cache la chaîne de valeur Derrière la vitrine du reconditionnement, la logistique est crade. Les appareils collectés en France traversent souvent l'Europe avant traitement. Des plateformes achètent des lots aux opérateurs, les envoient en Pologne, Hongrie ou Portugal pour la main-d'œuvre bon marché, puis réimportent les appareils testés. C'est pas illégal, mais ça ajoute des kilomètres. Et personne ne publie le nombre de frontières franchies par appareil avant la vente : tant que ce poste n'est pas isolé, les calculs d'empreinte carbone du reconditionné restent incomplets, dans un sens qu'on ne peut pas chiffrer. La question des pièces détachées est aussi centrale, et la règle a changé le 20 juin 2025. Le règlement écoconception (UE) 2023/1670 impose aux fabricants de tenir à disposition un large jeu de pièces de rechange pendant au moins sept ans après la fin de mise sur le marché du modèle, et de fournir les mises à jour du système d'exploitation pendant au moins cinq ans après cette mise sur le marché. La loi AGEC (Anti-gaspillage pour une économie circulaire) avait ouvert la voie côté français, le texte européen fixe désormais le plancher. Apple a mis du temps à jouer le jeu, mais le programme Self Repair lancé en France en 2024 commence à changer la donne. Samsung et Fairphone ont pris de l'avance sur ce terrain. Sans pièces disponibles à des prix raisonnables, le reconditionnement reste fragile économiquement. ## Les garanties : ce que les consommateurs doivent vraiment savoir Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Matières premières secondaires : marché européen bloqué](/matieres-premieres-secondaires-marche-europeen-bloque-2026). La loi impose une garantie légale de conformité de deux ans sur les appareils reconditionnés, même durée que sur le neuf. C'est un acquis majeur qui a levé le principal frein à l'achat. Un point à connaître avant de signer, quand même : sur un bien d'occasion, [le défaut est présumé exister dès la livraison pendant douze mois](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F11094), contre vingt-quatre mois sur un bien neuf. Passé un an, c'est à l'acheteur d'apporter la preuve que la panne était là avant. Même durée, pas la même charge de la preuve. Et les garanties commerciales, elles, varient considérablement. Back Market propose une garantie de 12 mois sur tous ses appareils, avec possibilité de l'étendre à 24 mois. Smaaart garantit 24 mois sur les réparations effectuées en boutique. Recommerce, qui vend via Orange, couvre 12 mois. Ce qui différencie réellement les acteurs sérieux des opportunistes : la traçabilité du reconditionnement. Un bon acteur fournit une fiche de diagnostic détaillant chaque test effectué (batterie, écran, connectique, caméras, capteurs). Un acteur moins rigoureux se contente de "testé et fonctionnel". Le grade cosmétique est une autre zone de flou. Les labels A, B, C ou "comme neuf", "très bon état", "bon état" ne sont pas standardisés à l'échelle du marché. Back Market a tenté d'imposer sa propre nomenclature, mais elle n'est pas encore une norme sectorielle reconnue. Des travaux sont en cours au niveau européen dans le cadre du règlement Écoconception pour uniformiser ces classifications, mais une harmonisation avant 2027 semble optimiste. ## Les limites structurelles du modèle Le marché du reconditionné dépend d'un flux constant d'appareils neufs à recycler. Paradoxe central : si les Français gardaient leurs smartphones plus longtemps, les reconditionneurs n'auraient plus de stock. Durabilité des usages et croissance du reconditionné tirent en sens opposé. C'est pas une fatalité, mais c'est un angle mort que tout le monde du secteur évite soigneusement de pointer. La pénétration dans les foyers modestes reste également insuffisante. Une étude de l'UFC-Que Choisir de novembre 2025 montrait que les acheteurs de reconditionnés restent majoritairement des hommes de 25-45 ans, cadres ou professions intermédiaires, urbains. Le reconditionné n'a pas encore pleinement rempli sa promesse d'accès universel au numérique, même si les prix ont considérablement baissé (un iPhone 12 reconditionné grade B se trouve sous 250 euros en 2026). Enfin, la concentration du marché inquiète les régulateurs. Back Market est en position dominante sur le segment B2C en ligne. Si la plateforme devait resserrer ses critères d'agrément ou relever ses commissions, des centaines de petits ateliers de reconditionnement se retrouveraient en difficulté. La dépendance à une seule plateforme est un risque systémique peu évoqué dans les analyses sectorielles. ## Vers quoi le marché se dirige en 2026 et après Deux tendances structurent l'avenir proche. D'abord, la montée du leasing : SFR, Orange et des acteurs indépendants comme Commown proposent désormais des abonnements incluant un smartphone reconditionné, avec reprise garantie au bout de deux ans. Ce modèle découple la possession de l'usage et facilite le flux de collecte pour les reconditionneurs. Ensuite, la régulation européenne s'accélère. Le règlement Écoconception entré en vigueur en 2025 impose déjà de nouvelles exigences de réparabilité aux fabricants. En lien avec cela, la notion d'[upcycling et de surcyclage](/upcycling-surcyclage-creatif-exemples-tendances/) commence à irriguer le secteur électronique : transformer des composants en fin de vie en objets à valeur ajoutée, plutôt que de simplement les refondre. Le [marché de la seconde main en France](/seconde-main-france-chiffres-plateformes-2026/) dépasse désormais les 10 milliards d'euros, le reconditionné tech n'en est qu'une composante. Côté affichage, en revanche, l'indice de durabilité français ne viendra pas remodeler les choix de conception sur ce segment : il ne s'appliquera pas aux smartphones, et l'indice de réparabilité national a été abrogé pour eux. C'est l'indice de réparabilité européen, porté par l'étiquette énergie, qui joue ce rôle. Le calendrier complet est détaillé dans notre [décryptage des règles UE sur la réparabilité des smartphones](/ecoconception-smartphones-reglement-ue-2024-1781-batterie-demontable/). Pour le consommateur, la décision tient en trois vérifications faisables avant de payer, sans se fier au grade cosmétique annoncé, qui ne répond à aucune norme commune. Un : exiger la fiche de diagnostic détaillée, test par test, et refuser un simple « testé et fonctionnel ». Deux : lire la durée de garantie commerciale écrite sur la page produit, qui s'ajoute aux deux ans de garantie légale. Trois : vérifier sur le site du fabricant jusqu'à quand le modèle reçoit encore les mises à jour du système d'exploitation, le règlement européen ne les imposant qu'au moins cinq ans après la mise sur le marché. Si l'un des trois manque, passe ton chemin : l'offre est assez large pour ne pas prendre ce risque. Consulte [zéro déchet](/zero-dechet-guide-pratique-debuter/) pour les bases sur la consommation numérique durable. ## Sources - [Durée de vie des smartphones et tablettes : les nouvelles règles en vigueur, Direction générale des entreprises](https://www.entreprises.gouv.fr/la-dge/actualites/duree-de-vie-des-smartphones-et-tablettes-les-nouvelles-regles-en-vigueur) - [Indice de réparabilité, ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite) - [L'indice de durabilité abandonné pour les smartphones et tablettes, Novethic](https://www.novethic.fr/transformation-economie/indice-de-durabilite-abandonne-pour-les-smartphones-et-tablettes) - [Garantie légale de conformité, service-public.gouv.fr](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F11094) - [Acheter un smartphone reconditionné, quels avantages ?, ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/economiser/shopping-economies/bien-acheter-smartphone-reconditionne) - [Évaluation de l'impact environnemental d'un ensemble de produits reconditionnés, Librairie ADEME](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/5241-evaluation-de-l-impact-environnemental-d-un-ensemble-de-produits-reconditionnes.html) - [Réparer, réemployer, valoriser : offrir une seconde vie à nos appareils électriques, ADEME Infos (2025)](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/reparer-reemployer-valoriser-offrir-une-seconde-vie-a-nos-appareils-electriques/) - [Le succès de Back Market, symbole de l'évolution des modes de consommation, Novethic](https://www.novethic.fr/actualite/environnement/economie-circulaire/isr-rse/le-succes-de-back-market-symbole-de-l-evolution-des-modes-de-consommation-des-francais-150505.html) - [Smartphones reconditionnés : les entreprises font leur place, Novethic](https://www.novethic.fr/actualite/environnement/economie-circulaire/isr-rse/smartphones-face-a-la-course-au-renouvellement-les-entreprises-de-reconditionnement-font-leur-place-143598.html) --- ## Upcycling alimentaire : drêche, marc de café, pain invendu - URL: https://www.recy.net/upcycling-alimentaire-dreche-marc-cafe-valorisation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-08T05:00:00 - Categories: economie-circulaire Chaque année, les brasseries françaises produisent environ 400 000 tonnes de drêche, ce résidu solide issu du brassage de la bière. Le marc de café généré par les cafés et bureaux dépasse les 200 000 tonnes annuelles. Le pain invendu : 30 000 tonnes. Pendant longtemps ça partait en déchet. Depuis 2020 environ, une nouvelle génération d'entrepreneurs voit ces flux comme des matières premières. J'ai parlé avec trois de ces startups : deux sont viables, une a fermé boutique en 2024. L'une d'elles avait un problème de supply chain fou : la drêche pèse lourd, périssable en 48 heures, faut un réseau local pour que ça marche. Le secteur se construit en tâtonnant. ## La drêche de brasserie : du fourrage à l'ingrédient premium La drêche, c'est ce qui reste de l'orge malté après extraction des sucres fermentescibles. Riche en protéines (20 à 25 % de la matière sèche), en fibres et en acides aminés essentiels, elle a longtemps été vendue à bas prix à des éleveurs comme complément alimentaire pour les bovins. Rien d'illégal, mais une valorisation dérisoire au regard du potentiel nutritionnel du produit. Depuis 2020, une dizaine de startups françaises ont changé de paradigme. ReGrain, basée à Paris, transforme la drêche en farine substituant partiellement la farine de blé dans des biscuits, des pains et des pâtes. Son procédé : déshydratation à basse température pour préserver les nutriments, puis micronisation. La startup fournit aujourd'hui plusieurs boulangeries artisanales parisiennes et a signé un contrat-cadre avec une chaîne de restauration collective. Netzach, entreprise normande, suit une logique similaire mais cible les protéines à extraire pour le marché des compléments alimentaires sportifs. La question de la scalabilité reste ouverte. La drêche est un produit périssable : humide à 80 %, elle fermente en 48 heures si elle n'est pas traitée. Les brasseries produisent de la drêche de façon discontinue, par brassin, ce qui crée des pics d'approvisionnement difficiles à absorber pour des PME sans capacité de stockage industrielle. Les grandes brasseries (Kronenbourg, Heineken France) ont commencé à nouer des partenariats directs avec des valorisateurs, mais la logistique reste le nœud du problème. ## Le marc de café : une matière première sous-estimée Le marc de café cumule des propriétés physico-chimiques notables : riche en cellulose, en azote et en antioxydants, légèrement acide, il est un substrat idéal pour plusieurs applications. La plus connue est la culture de champignons : plusieurs producteurs franciliens et lyonnais cultivent des pleurotes directement sur blocs de marc, avec des rendements intéressants et un cycle court (trois semaines entre l'ensemencement et la récolte). Mais le marc offre d'autres débouchés. Kaïbio, startup bretonne fondée en 2022, en extrait la caféine résiduelle pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique. UpCoffee, à [Bordeaux](/scandale-bordeaux-espagne-trafic-dechets-proces-2026), le transforme en granulés combustibles pour les poêles à biomasse, avec un pouvoir calorifique comparable aux granulés de bois classiques. Coffee Grounds, entreprise parisienne créée par d'anciens consultants en stratégie, a développé une filière de collecte auprès des grandes chaînes de cafés (Columbus, Carte Noire espaces de vente) et revend la matière aux maraîchers bio comme amendement organique. Ce qui est frappant dans ces modèles, c'est la structure du business : la collecte est souvent gratuite pour le producteur de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) (la chaîne de café économise sur l'élimination), la matière première est donc quasiment à coût nul pour le valorisateur, et la marge se construit sur la transformation. C'est l'upcycling dans sa vraie définition : prendre du déchet gratuit et en faire un produit vendu. ## Le pain invendu : une filière ancienne qui se réinvente La valorisation du pain invendu a une histoire plus longue. Les boulangeries cèdent traditionnellement leurs invendus aux associations caritatives (Banques alimentaires, Resto du Cœur) ou aux éleveurs de porcs. Ces deux débouchés restent valides, mais la pression réglementaire et économique pousse vers des valorisations plus créatives. Bières du pain : la startup Toast Ale, d'origine britannique mais désormais présente en France via une licence, produit une bière dont 30 % du grain est remplacé par du pain rassis. L'assemblage fonctionne parce que le pain apporte des sucres fermentescibles compatibles avec le profil de la bière blonde ou rousse. En France, la brasserie Le Détour (Toulouse) et Les Brasseurs Savoyards expérimentent des recettes similaires. Le pain invendu sert aussi de substrat pour la production de levain industriel. Fermentis, filiale de Lesaffre (leader mondial de la levure), a lancé un programme de recherche en 2024 pour évaluer la faisabilité d'une fermentation sur pain rassis à grande échelle. Résultat attendu fin 2026. ## L'obligation biodéchets AGEC : accélérateur ou contrainte ? Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose à tous les producteurs de biodéchets (ménages, restaurants, cantines, industries alimentaires) de trier et valoriser leurs déchets organiques. Cette obligation a créé un électrochoc dans la filière agroalimentaire. Pour les brasseries, restaurateurs et boulangers, ne plus pouvoir jeter la drêche, le marc ou le pain en poubelle ordinaire sans pénalité a soudainement donné une valeur opérationnelle à la question de leur valorisation. Les retours terrain sont nuancés. Les grandes surfaces et la restauration collective s'organisent : elles ont les volumes et les moyens logistiques pour contracter avec des collecteurs spécialisés. Pour les petits producteurs (artisans boulangers ruraux, micro-brasseries), le coût de mise en conformité peut dépasser le bénéfice de la valorisation. Le constat sur le terrain est clair : sans accompagnement des collectivités, beaucoup d'artisans bricolent des solutions. La réglementation a aussi un effet positif indirect : elle oblige les acteurs à quantifier leurs flux. Des startups comme Orbisk ou Phenix ont développé des outils de pesée et de traçabilité qui permettent aux établissements de piloter leur conformité tout en identifiant les débouchés de valorisation. C'est utile, mais je suis prudent sur l'usage réel de ces outils. J'en ai vu beaucoup installés mais peu exploités vraiment. ## Les filières B2B : où se joue vraiment la valeur Le grand public voit surtout l'angle "produit fini inspirant" : la bière au pain, le biscuit à la drêche, le champignon au marc de café. Mais l'essentiel des volumes se valorise dans des filières B2B discrètes : alimentation animale premium, compostage industriel, méthanisation, extraction de molécules à haute valeur ajoutée. La méthanisation est souvent présentée comme l'option de dernier recours, la moins noble en termes d'économie circulaire. C'est vrai en théorie : brûler de la matière organique riche en protéines pour produire du gaz est moins efficient que la transformer en aliment. Mais c'est parfois la seule option réaliste pour des volumes importants de drêche ou de marc qui ne trouvent pas preneurs dans les filières alimentaires. La hiérarchie de valorisation (alimentation humaine en priorité, puis animale, puis énergie) reste un idéal que le marché atteint rarement dans sa totalité. L'extraction de protéines est le Graal économique du secteur. Des acteurs comme Ÿnsect ou Innovafeed (qui travaillent sur les insectes) ont démontré qu'il était possible de créer des chaînes de valeur à haute marge sur des flux de [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) organiques. Appliquer cette logique à la drêche ou au marc suppose des investissements en R&D et en équipements d'extraction (centrifugeuses, lyophilisateurs) qui restent hors de portée des PME sans financement externe. L'ADEME et Bpifrance ont ouvert des guichets spécifiques en 2025 pour financer ces projets, avec des taux de subvention allant jusqu'à 40 % pour les PME engagées dans la valorisation de biodéchets. ## Ce qui manque encore Trois freins structurels persistent. D'abord, la standardisation des contrats et des prix : il n'existe pas de marché organisé pour la drêche ou le marc de café. Les prix se négocient de gré à gré, souvent au détriment du valorisateur qui se trouve en position de faiblesse face à un grand groupe industriel. Ensuite, la réglementation sur les "sous-produits animaux et non animaux" reste complexe : selon l'usage final d'un sous-produit alimentaire, les exigences sanitaires varient considérablement, ce qui crée de l'incertitude juridique. Enfin, le manque de débouchés locaux est criant dans certaines régions. Une micro-brasserie en zone rurale peut produire 500 kg de drêche par semaine et ne trouver aucun valorisateur dans un rayon de 100 km. L'économie circulaire se construit sur des proximités géographiques : sans densité industrielle suffisante, les flux ne s'équilibrent pas. La démarche zéro déchet à l'échelle d'une filière ne peut pas reposer uniquement sur des startups innovantes. Elle nécessite une coordination territoriale, des outils de cartographie des flux et une volonté politique locale. Quelques pôles territoriaux d'économie circulaire (PTEC), labellisés par l'ADEME, commencent à jouer ce rôle. C'est une piste intéressante, encore très locale mais qui se structure. ## Sources - [Gaspillage alimentaire : éviter et valoriser, ADEME](https://economie-circulaire.ademe.fr/gaspillage-alimentaire) - [Valorisation des biodéchets, ADEME Agir pour la transition](https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/elus-mandat-agir/energie-dechets/valorisation-biodechets) - [Marcs de café : que faire de ce déchet ?, ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/marcs-de-cafe/) - [Valoriser le marc de café à grande échelle, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/valorisation-marc-cafe-10315.php4) - [Les biodéchets : une ressource à valoriser, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/tri-biodechets) --- ## Microplastiques cosmétiques : un an après l'interdiction - URL: https://www.recy.net/microplastiques-cosmetiques-interdiction-bilan-un-an/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-07T05:00:00 - Categories: dechets 17 octobre 2023. La Commission européenne activait le règlement (UE) 2023/2055, une restriction sur les microparticules de polymères synthétiques. Pour les cosmétiques, ça s'appliquait tout de suite sur un point : les microbilles dans les exfoliants. Annoncé comme une victoire. Sauf que le calendrier derrière c'est long, et le diable habite vraiment dans les détails. ## Ce que le règlement interdit vraiment, et quand Le règlement 2023/2055 porte sur les microparticules de polymères synthétiques ajoutées intentionnellement à des produits, définies comme des particules dont la taille est inférieure à 5 millimètres dans au moins une dimension. La restriction vise une concentration égale ou supérieure à 0,01 % en masse. Mais les délais d'application varient considérablement selon le type de cosmétique. Les microbilles dans les produits exfoliants rinçables étaient effectivement interdites dès le 17 octobre 2023. C'est la seule application immédiate. Pour le reste, le calendrier est progressif : **Octobre 2027** : produits cosmétiques rinçables contenant des microplastiques sous d'autres formes. **Octobre 2029** : produits cosmétiques non rinçables. **Octobre 2035** : maquillage, produits pour lèvres et ongles (avec une obligation d'étiquetage dès 2031). Traduction concrète : en 2026, la majorité des produits cosmétiques contenant des microplastiques intentionnels restent parfaitement légaux. Les fonds de teint, les rouges à lèvres, les crèmes non rincées, les eye-liners, tout ce segment est encore dans la zone grise jusqu'à la fin de la décennie. ## Les microbilles, arbre qui cache la forêt La "victoire" sur les microbilles, faut la relativiser. Ces particules sphériques étaient déjà interdites aux États-Unis depuis 2015. Les grandes marques (L'Oréal, Unilever, P&G) avaient déjà reformulé pour éviter de gérer des chaînes d'approvisionnement différentes par marché. L'interdiction 2023 a surtout éliminé les petits acteurs qui traînaient. Pas une vraie transformation de l'industrie cosmétique européenne. ## Les paillettes : le vrai problème caché Les paillettes illustrent les limites du règlement. Ces particules de polyester sont dans les interdictions 2035 pour les maquillages. L'industrie propose des "alternatives biodégradables" : cellulose, amidon de maïs, mica synthétique. Le hic : la biodégradabilité est conditionnelle. Une paillette "biodégradable" en laboratoire à 58 °C peut mettre des années à se dégrader dans une rivière à 15 °C. Et elle libère des fragments en chemin. Ce qui m'énerve vraiment : une paillette "biodégradable certifiée" se dégrade en 180 jours à 58°C en labo. En rivière à 12°C elle met 15 ans à partir, et elle libère des fragments de microplastiques pendant tout ce temps. On met un eco-label dessus et on la vend sans expliquer ça. Le consommateur croit que c'est vraiment biodégradable. C'est du greenwashing par omission. ## Les contournements industriels documentés Au-delà des paillettes, plusieurs vecteurs de contournement ont été identifiés par des chercheurs et associations. Le premier est le recours aux polymères liquides ou semi-liquides. Le règlement vise les microparticules solides. Certains fabricants ont reformulé leurs produits en substituant des polymères solubles ou des émulsions polymériques à des microparticules solides. Ces formes ne sont pas couvertes par le règlement actuel, mais leurs effets sur les écosystèmes aquatiques restent peu documentés. Le deuxième contournement concerne les dérogations techniques. Le règlement prévoit des exemptions pour certains usages professionnels, industriels ou agricoles. Des flux de produits contenant des microplastiques intentionnels continuent donc de circuler légalement dans des contextes para-cosmétiques. Le troisième point de vigilance est l'application aux petits fabricants. Le règlement s'impose à tous les acteurs mettant des produits sur le marché de l'Union européenne, y compris les importateurs de marques non européennes. Mais la capacité de contrôle des douanes et des autorités de surveillance du marché reste limitée. Les produits importés hors circuit des grandes enseignes, notamment via les marketplaces en ligne, échappent largement aux vérifications. ## Ce que les contrôles révèlent, ou plutôt ne révèlent pas La Commission ne publie pas de données consolidées sur les violations du règlement 2023/2055. La DGCCRF contrôle, mais les résultats sur les microplastiques cosmétiques ne sont pas isolés publiquement. Les ONG ont rempli le vide : des tests 2024-2025 trouvent des polymères synthétiques dans des produits qui affichent "sans microplastiques" ou "éco-formulé". Le marketing précède la réalité. ## Les 500 000 tonnes que la réglementation veut éviter La Commission européenne estimait qu'en l'absence de restriction, les microplastiques intentionnellement ajoutés aux produits représenteraient 500 000 tonnes libérées dans l'environnement sur vingt ans. C'est la justification quantitative de la réforme. Ce chiffre agrège toutes les applications couvertes par le règlement, pas seulement les cosmétiques. Dans la seule filière cosmétique, l'ECHA (Agence européenne des produits chimiques) estimait à 4 200 tonnes par an les émissions liées aux produits rincés, et à 12 700 tonnes celles des produits non rincés. Ramené au marché cosmétique européen évalué à 80 milliards d'euros annuels, cela signifiait que chaque consommateur français relâchait plusieurs centaines de grammes de microplastiques cosmétiques par an dans l'environnement aquatique, principalement via les produits non rincés (sérums, crèmes, maquillages). Le marché des alternatives biodégradables commence à se structurer. Les fabricants de paillettes à base de cellulose, d'amidon ou de cires naturelles ont vu leurs capacités de production tripler entre 2023 et 2025. Les prix restent 2 à 3 fois supérieurs aux microplastiques synthétiques (coût unitaire : 15 à 25 euros par kilogramme contre 5 à 8 euros), ce qui explique que seuls les produits haut de gamme ont amorcé la transition volontaire. Avec l'interdiction des seules microbilles en 2023, l'impact réel sur ces volumes reste marginal à court terme. La vraie rupture viendra en 2029, si les interdictions sont effectivement appliquées et si les alternatives proposées sont réellement moins impactantes. ## Ce que le consommateur doit surveiller La liste INCI reste le meilleur outil. Cherchez Polyethylene, Nylon-12, Nylon-6, Acrylates Copolymer, Carbomer, et tout ce qui commence par "Poly-" suivi d'un synthétique. Yuka et INCI Beauty aident mais leur base n'est pas exhaustive. En attendant 2029, les cosmétiques sans microplastiques dans les produits non rincés restent marginaux. Les fondations réglementaires sont posées. Le reste se construit lentement. --- Pour comprendre les enjeux plus larges de la pollution plastique et des PFAS dans les produits du quotidien : [Microplastiques dans les biodéchets et composts](/microplastiques-compost-biodechets-contamines), [PFAS dans les cosmétiques](/pfas-cosmetiques-interdiction-produits-rincage), [Plastiques biodégradables et compostables : quelle différence ?](/plastique-biodegradable-compostable-difference). ## Sources - [Règlement (UE) 2023/2055 - EUR-Lex](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32023R2055) - [Restriction des microplastiques dans l'UE - Access2Markets](https://trade.ec.europa.eu/access-to-markets/fr/news/restriction-des-microplastiques-dans-lue-partir-du-17-octobre-2023) - [Microplastiques dans les cosmétiques UE - Biorius](https://biorius.com/fr/cosmetic-news/microplastiques-dans-les-cosmetiques/) - [Microparticules de polymère synthétique dans les cosmétiques - ReguBeauty](https://www.regulbeauty.com/veille-reglementaire/detail-veille/19) --- ## REP bâtiment : le scandale silencieux des déchets PMCB - URL: https://www.recy.net/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-07T05:00:00 - Categories: recyclage 46 millions de tonnes. C'est le volume annuel de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) produits par le secteur du bâtiment en France, soit près de 70 % du total des déchets produits dans le pays. Face à cette masse colossale, la filière REP PMCB devait changer la donne. J'ai suivi ce dossier depuis 2023, et franchement, la réalité sur le terrain ressemble à rien aux documents Valobat. Deux ans après son lancement effectif, le bilan est à la hauteur de l'ambition initiale : nuancé en façade, préoccupant dans les détails. ## La REP PMCB : une réforme attendue depuis des années La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) du 10 février 2020 a posé le cadre. Elle a imposé la création d'une filière REP dédiée aux matériaux de construction, avec une entrée en vigueur prévue en 2022, puis repoussée à janvier 2023. L'objectif déclaré : mettre fin aux dépôts sauvages, responsabiliser les fabricants et distributeurs qui mettent sur le marché des produits dont la fin de vie était jusqu'alors à la charge des collectivités ou des artisans eux-mêmes. Quatre éco-organismes agréés ont été retenus pour gérer le dispositif : Valobat, Ecominéro, Ecomaison et Valdelia. Chacun couvre un spectre de matériaux différent. Valobat prend en charge les [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) diffus (plâtre, fenêtres, menuiseries, isolants…), Ecominéro les inertes (béton, tuiles, briques), Ecomaison les matériaux de déconstruction réutilisables, et Valdelia les produits de construction spécialisés. Sur le papier, une couverture quasi-totale du chantier type. Le mécanisme est simple : les fabricants, importateurs et distributeurs paient une éco-contribution sur chaque produit mis sur le marché. En contrepartie, les professionnels du bâtiment peuvent déposer leurs [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) gratuitement dans les points de reprise agréés. Une révolution pour un secteur où l'évacuation d'une benne de plâtras pouvait coûter plusieurs centaines d'euros à un artisan. ## Ce que les chiffres officiels cachent Les éco-organismes communiquent volontiers des résultats flatteurs. Ecominéro annonce pour 2024 un traitement de 9,8 millions de tonnes de déchets inertes, avec un taux de recyclage de 92 %, largement au-dessus de l'objectif de 35 % fixé dans le cahier des charges. Valobat, de son côté, affirme avoir multiplié par quatre les volumes pris en charge entre 2023 et 2024, franchissant le cap des 2 millions de tonnes. Ces chiffres sont réels. Mais ils demandent à être contextualisés avec rigueur. D'abord, les inertes ont toujours été largement recyclés, parce que la filière granulats est économiquement rentable sans subvention. Le taux de 92 % d'Ecominéro n'est donc pas une performance nouvelle créée par la REP : c'est largement la poursuite d'une dynamique préexistante. La REP lui a simplement donné un cadre administratif et financier supplémentaire. Ensuite, les déchets diffus, les plus problématiques (laine de verre, plâtre, isolants, menuiseries mixtes), sont une autre réalité. La loi AGEC avait identifié 46 millions de tonnes annuelles, dont une part significative se retrouve en dépôts sauvages faute de solution de proximité. Enfin, les volumes déclarés incluent une fraction de déchets qui seraient arrivés en installation de traitement avec ou sans la REP. Le bénéfice net du dispositif reste difficile à mesurer objectivement. ## Les artisans, grands oubliés du dispositif Sur le terrain, c'est une autre histoire. Interrogez un carreleur de Normandie ou un plombier-chauffagiste de Dordogne : la gratuité de la collecte promise reste, pour beaucoup, théorique. Notre guide sur le [recyclage des déchets BTP](/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction/) détaille les filières par matériau, mais la réalité terrain est tout autre. Le problème numéro un, c'est la densité du réseau. Chaque éco-organisme a déployé ses propres points de reprise, avec ses propres interfaces informatiques, ses propres conditions d'accès. Un artisan qui produit des déchets mixtes sur un chantier (plâtre, bois, isolation, carrelage) doit potentiellement s'inscrire sur plusieurs plateformes différentes, localiser des points de reprise distincts selon les flux, et planifier autant de déplacements. Un artisan me disait que ça lui coûtait plus cher en carburant d'aller déposer ses déchets aux trois bornes différentes que de payer un privé pour tout embarquer. Dans les zones rurales ou périurbaines, la borne Valobat la plus proche peut être à 40 kilomètres. Le problème numéro deux, encore plus grave : les collectes suspendues. Plusieurs éco-organismes ont été dépassés par les volumes dès 2023 et 2024. Les professionnels ont afflué dans les points de reprise au-delà des prévisions, entraînant des saturations et, dans certains cas documentés, la suspension temporaire des collectes. Des artisans se sont retrouvés avec des déchets sur les bras, sans solution immédiate, après avoir cotisé via l'éco-contribution. Ce paradoxe est emblématique des défaillances de pilotage. Je comprends pas comment on a pu prévoir 46 millions de tonnes et se laisser déborder par 2 millions en collecte. C'est une incompétence de projection de flux, pas une surprise. Les éco-organismes ont sous-dimensionné leurs capacités logistiques initiales, prenant le succès du déploiement comme un problème plutôt que comme une opportunité. ## La refondation en urgence Face aux tensions, le gouvernement a annoncé le 19 février 2025 une refondation de la REP PMCB. Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique, a reconnu implicitement les insuffisances du système en lançant une concertation approfondie dont les conclusions devaient déboucher sur un nouveau cahier des charges. Les points de friction identifiés sont nombreux : chevauchements entre éco-organismes sur certains flux, absence de guichet unique pour les artisans, financement insuffisant de certaines filières de traitement en bout de chaîne, et surtout, métriques de performance qui mesurent les volumes traités plutôt que la réduction effective des dépôts sauvages. Ce dernier point est majeur. Une REP qui ne mesure son succès qu'en tonnes collectées peut gonfler ses résultats sans pour autant résoudre le problème qu'elle était censée traiter. Le vrai indicateur serait la quantité de déchets bâtiment retrouvés en dépôts illicites, une donnée que personne ne collecte sérieusement à l'échelle nationale. ## Les décharges sauvages : une réalité persistante L'ADEME le documentait déjà en 2019 : les déchets du bâtiment sont l'une des principales sources de dépôts sauvages en France. Gravats, tuiles, plaques de plâtre, fenêtres : le bord des routes forestières et les friches industrielles connaissent leurs logiques implacables. Deux ans de REP PMCB n'ont pas mis fin au phénomène. Les communes rurales continuent de signaler des dépôts illicites de matériaux de construction. Les forces de l'ordre disposent de peu de moyens pour identifier et poursuivre les contrevenants, notamment quand il s'agit d'artisans indépendants ou de particuliers qui font leur propre maçonnerie. La CAPEB (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) l'a dit clairement : tant que le réseau de collecte n'est pas suffisamment maillé et simple d'accès, une fraction des acteurs continuera à prendre des raccourcis. La REP ne supprime pas les comportements déviants si elle ne propose pas une alternative suffisamment commode. ## Ce que la filière doit changer Plusieurs pistes font consensus parmi les acteurs sérieux du secteur. La première est la simplification radicale de l'accès. Un artisan doit pouvoir déposer tous ses déchets de chantier en un seul point, sans avoir à distinguer l'éco-organisme compétent selon la nature du matériau. Le guichet unique est techniquement faisable, il n'est qu'une question de volonté politique entre éco-organismes concurrents. La deuxième est l'augmentation de la maille territoriale. L'objectif d'un point de reprise tous les 10 kilomètres en zone dense est insuffisant pour les zones rurales. Le format « déchetterie professionnelle mobile » ou les collectes tournantes méritent d'être explorés pour les territoires peu denses. La troisième est la mesure des bons indicateurs. Sans données fiables sur les dépôts sauvages, il est impossible d'évaluer l'efficacité réelle du dispositif. L'ADEME et les collectivités locales doivent développer un observatoire des dépôts illicites corrélé aux données de collecte REP. En attendant, le bâtiment français continue de produire ses 46 millions de tonnes. Et une partie non négligeable de ces déchets finit encore là où elle n'aurait jamais dû atterrir. --- ## Sources - [Ecominéro dépasse ses objectifs en 2024 - Batiweb](https://www.batiweb.com/actualites/recyclage/ecominero-depasse-ses-objectifs-et-voit-encore-plus-grand-pour-2025-46164) - [Zoom sur la REP bâtiment un an et demi après son entrée en vigueur - Batirama](https://www.batirama.com/article/75586-zoom-sur-la-rep-batiment-un-an-et-demi-apres-son-entree-en-vigueur.html) - [REP PMCB : implications pour les artisans - MediaBat](https://www.mediabat.com/filiere-rep-pmcb-artisan-batiment/) - [Refondation PMCB : le ministère cherche des solutions - Déchets Infos](https://dechets-infos.com/refondation-pmcb-le-ministere-cherche-des-solutions-et-prend-son-temps-4933253.html) - [Filière REP PMCB - ADEME Filières REP](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PMCB) --- ## Vrac en GMS : la promesse zéro déchet trahie par les rayons - URL: https://www.recy.net/vrac-grande-distribution-promesse-trahie-zero-dechet/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-07T05:00:00 - Categories: economie-circulaire 795 millions d'euros. C'est le chiffre d'affaires du [marché](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026) du vrac en France en 2023, contre plus d'un milliard en 2021. En deux ans, le secteur a perdu 20 % de sa valeur. Et j'ai traversé cette trajectoire de près : beaucoup de promesses début 2020, puis progressivement les rayons vrac rétrécissent, parfois ferment. Ce qui s'est passé révèle quelque chose d'important : la grande distribution a adopté le vrac par calcul marketing, parce que c'était tendance et que ça faisait bonne presse. Mais sans jamais comprendre qu'il faut une intention vraie pour que ça marche, que le vrac demande un engagement de long terme, pas juste un rayon pour faire la photo. ## L'euphorie 2019-2022 : le vrac comme argument marketing Tout commence avec la vague "[zéro déchet](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece)" qui déferle sur la grande consommation à la fin des années 2010. Biocoop, La Vie Claire et les épiceries spécialisées pratiquent le vrac depuis longtemps. Mais les grandes enseignes, elles, découvrent subitement que les consommateurs sont sensibles à l'emballage et que les engagements RSE peuvent générer de la différenciation à moindre coût. Entre 2019 et 2022, Carrefour, Leclerc, Auchan, Monoprix et Intermarché déploient des rayons vrac dans leurs grandes surfaces. Les lancements sont accompagnés de campagnes de communication ambitieuses : contenants en verre, balance de pesée numérique, gamme de 50 à 200 produits selon les enseignes. La presse spécialisée célèbre une révolution. Le Réseau Vrac et Réemploi comptabilise ses adhérents. Ce qui n'était pas dit : les marges sur le vrac sont bien plus faibles que sur l'emballé. La logistique se complique (contenants, pesée, traçabilité, hygiène). Et honnêtement, le client moyen en supermarché n'a pas envie de gérer ses bocaux et ses sacs réutilisables. Il veut rentrer, prendre ce qu'il voit, sortir en quinze minutes. ## Le mur de la réalité logistique Exploiter un rayon vrac dans une grande surface, c'est un cauchemar opérationnel que les directions marketing n'avaient pas capté. La première galère : l'hygiène. La réglementation est stricte sur les vrac. Couverture des bacs, traçabilité des dates limites, nettoyage des colonnes dispensatrices. Les inspections sanitaires ont révélé un taux de non-conformité bien supérieur aux attentes. Plusieurs enseignes ont reçu des mises en demeure. Deuxième problème : la démarque. En vrac, tu perds beaucoup plus qu'en emballé classique. Vol, contamination, gaspillage. Des gens mangent directement devant les bacs, d'autres mélangent les produits, d'autres cassent la balance. Sur un rayon vrac en hypermarché, les pertes annuelles peuvent griller plusieurs points de marge. Troisième problème : la rotation. Le vrac [marche](/recyclage-matelas-filiere-collecte-france) pour les articles qui bougent vite (céréales, légumineuses, épices). Mais les grandes surfaces ont voulu couvrir tout un catalogue pour justifier l'investissement. Les articles lents s'empilent, génèrent des invendus, exigent des remises. Marge morte. ## Le consommateur qui ne joue pas le jeu Côté demande, le tableau n'est pas plus rose. L'adoption du vrac en grande distribution se heurte à un problème de comportement que les enseignes ont largement sous-estimé. Le consommateur de supermarché n'est pas le même que le client d'une épicerie en vrac spécialisée. Dans une épicerie vrac, il y a une intention, une préparation (on amène ses contenants), un rapport au temps différent. En grande surface, le client est en mode efficacité maximale : il prend ce qui est sur l'étagère, le met dans son caddie, et passe à la caisse le plus vite possible. Selon le baromètre Vrac et Réemploi publié en partenariat avec Deloitte, la grande distribution ne représentait plus que 37 % des ventes en vrac en France en 2024, contre 48 % pour les magasins bio et 15 % pour les épiceries spécialisées. Ce glissement dit tout : les consommateurs qui voulaient vraiment du vrac sont allés là où le vrac est une vocation, pas un gadget. La loi Climat et Résilience d'août 2021 (article 23) avait pourtant tenté de créer des conditions favorables, en fixant des objectifs de présence du vrac en grande surface. Mais les enseignes ont trouvé dans la réglementation des marges d'interprétation suffisantes pour réduire leur engagement sans enfreindre formellement la loi. ## Ce que cache la retraite ordonnée des enseignes Depuis 2023, les fermetures ou réductions de rayons vrac s'accumulent dans les grandes enseignes françaises. Carrefour a réduit ses emplacements dans plusieurs formats. Auchan, déjà fragilisé par la fermeture de 15 magasins en 2025, a recentré ses gammes sur le cœur de métier. Leclerc a maintenu une présence minimale dans certaines unités mais n'a pas déployé le vrac à l'échelle qu'annonçaient les ambitions de 2020. Les porte-parole des enseignes utilisent un vocabulaire prudent : "optimisation du linéaire", "adaptation à la demande locale", "montée en gamme des produits concernés". Personne ne dit "échec". Mais le recul est documenté par les données de marché. Ce recul n'est pas anodin sur le plan environnemental. Le vrac en grande distribution était une opportunité unique de massifier la réduction d'emballages sur un canal qui représente environ 70 % des achats alimentaires des Français. Sa marginalisation renvoie la question des emballages vers les seuls consommateurs déjà convaincus, qui fréquentent les épiceries spécialisées, soit une fraction minoritaire de la population. ## Ce que le Réseau Vrac et Réemploi dit vraiment Célia Rennesson, directrice générale du Réseau Vrac et Réemploi, a affiché en 2025 un discours volontariste : « 2025 sera vraiment l'année de la réaccélération pour l'ensemble du secteur. » Mais les chiffres qu'elle cite en parallèle racontent une histoire plus compliquée : 8 000 emplois dans le secteur, 13 millions d'unités d'emballages réutilisables en circulation, et un premier baromètre économique publié en 2024 avec Deloitte. Ce premier baromètre est révélateur. Avant 2024, il n'existait pas de données économiques consolidées sur la filière vrac et réemploi. Le secteur travaillait à vue. Ce n'est pas un signe de maturité industrielle. Le vrac ne manque pas d'avenir : là où il est pratiqué par des acteurs spécialisés avec un modèle économique adapté, il progresse. Les épiceries en vrac indépendantes qui ont survécu à la crise 2022-2024 ont souvent amélioré leur rentabilité en se concentrant sur des gammes à forte valeur perçue (épices, café, noix rares) et en développant la fidélisation client. Le problème est le modèle grande distribution, qui a importé le vrac sans en comprendre les prérequis culturels et logistiques. ## Les vraies conditions d'un vrac qui fonctionne Les acteurs qui maintiennent des rayons vrac performants en grande distribution partagent quelques caractéristiques communes. Une gamme restreinte et à forte rotation (20 à 40 références maximum). Un emplacement attractif et bien signalé. Une politique hygiène rigoureuse visible par le client. Et surtout, un personnel formé qui crée une relation avec l'acheteur. Ces conditions sont rarement réunies dans un hypermarché de 10 000 m² où le rayon vrac occupe 30 mètres linéaires dans un angle du rayon épicerie, entre les pâtes emballées et les conserves. La loi Climat et Résilience (article 23) imposait à terme que 20 % des références en grande surface puissent être achetées en vrac. Cet objectif est aujourd'hui largement compromis. Une révision du cadre réglementaire pour définir des formats adaptés aux différents types de points de vente aurait plus d'impact que des obligations uniformes impossibles à tenir dans les formats non préparés. En attendant, le vrac recule en grande distribution. Et les 795 millions d'euros de 2023 vont continuer à s'éroder si le secteur ne trouve pas un modèle réaliste pour les circuits de masse. C'est pas le vrac qui est mort, c'est le vrac en hypermarché qui n'a jamais eu les conditions pour vivre. ## Sources - [Baromètre Vrac et Réemploi - Réseau Vrac et Réemploi / Deloitte](https://reseauvracetreemploi.org/IMG/pdf/barometre_vrac_reemploi_rvr_deloitte.pdf) - [Vrac : vers une reprise du marché en 2024 - Circuits Bio](https://www.circuits-bio.com/chiffres-et-marches/vrac-vers-une-reprise-du-marche-en-2024) - [Le bilan de la loi AGEC par Réseau Vrac et Réemploi - La Grande Conversation](https://www.lagrandeconversation.com/ecologie/le-bilan-de-la-loi-agec-par-reseau-vrac-reemploi/) - [La filière du vrac et du réemploi : potentiel de 30 000 emplois - Banque des Territoires](https://www.banquedesterritoires.fr/la-filiere-du-vrac-et-du-reemploi-demballage-un-potentiel-de-30000-emplois) --- ## Caremag : la France recycle ses aimants terres rares à Lacq - URL: https://www.recy.net/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-06T09:00:00 - Categories: recyclage ## Le problème concret : des aimants partout, et rien pour les recycler Dans chaque voiture électrique, il y a entre 1 et 3 kg d'aimants permanents. Dans chaque éolienne de 3 MW, c'est 600 kg. Dans vos écouteurs sans fil, votre disque dur, votre machine à laver : des aimants. Des aimants à base de terres rares lourdes : néodyme, praséodyme, dysprosium, terbium. Le problème, c'est que 98 % de ces terres rares viennent de Chine. Et qu'en fin de vie, les aimants finissent pour la plupart broyés avec le reste sans récupération possible des terres rares. Je suis allé visiter un centre de démantèlement automobile : les moteurs de véhicules électriques arrivent avec leurs aimants NdFeB intacts, mais la filière n'a pas la capacité à les extraire en haute pureté. Ils finissent en ferraille mixte. Un gâchis stratégique autant qu'environnemental. C'est ce verrou que Caremag, filiale de la société lyonnaise Carester, s'est donné comme mission de casser, depuis le bassin de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques. --- ## Ce que Caremag va faire concrètement à Lacq La première pierre de l'usine a été posée le 17 mars 2025 sur la plateforme Induslacq. La mise en service est attendue fin 2026. Voici les chiffres qui comptent : - **2 000 tonnes d'aimants permanents recyclés par an** : moteurs électriques, générateurs d'éoliennes, disques durs, équipements électroniques en fin de vie - **5 000 tonnes de concentrés miniers raffinés par an** : pour compléter l'approvisionnement avec des matières premières tirées de l'extraction - **600 tonnes d'oxydes de dysprosium et terbium** produits annuellement, soit environ 15 % de la production mondiale de ces terres rares lourdes - **800 tonnes d'oxydes de néodyme et praséodyme** par an - **92 emplois directs** créés sur site Ce n'est pas un pilote de laboratoire. C'est une unité industrielle à pleine échelle, la première du genre en Europe pour le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) des terres rares lourdes. --- ## 216 millions d'euros : qui paie quoi Le financement de Caremag est un cas d'école de partenariat public-privé franco-japonais : - **106 millions d'euros de fonds publics français** : État, régions, collectivités locales, ADEME - **110 millions d'euros d'investisseurs japonais** : notamment des industriels de la filière automobile et électronique qui ont un intérêt direct à sécuriser un approvisionnement en terres rares hors de Chine Le Japon est le deuxième consommateur mondial de terres rares après la Chine. Depuis la crise diplomatique sino-japonaise de 2010 qui avait vu Pékin couper temporairement les exportations, Tokyo s'est engagé dans une stratégie de diversification agressive. Investir dans une usine française de [recyclage](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie), c'est une façon concrète de sécuriser une source d'approvisionnement alternative. Pour la France, c'est cohérent avec la stratégie de souveraineté industrielle : fabriquer une partie des terres rares dont on a besoin à partir des déchets qu'on génère déjà, sans dépendre d'une mine nouvelle. --- ## Le procédé : comment on recycle un aimant en terre rare Recycler un aimant NdFeB (néodyme-fer-bore) n'est pas trivial. La démarche de Carester combine plusieurs étapes : 1. **Collecte et tri** des gisements d'aimants usagés : moteurs de voitures électriques hors d'usage, générateurs d'éoliennes démantelées, disques durs, pompes industrielles 2. **Démagnétisation et démontage** : les aimants sont souvent noyés dans des assemblages complexes, soudés ou collés 3. **Hydrométallurgie** : dissolution sélective des terres rares dans des solutions acides, séparation des éléments par extraction liquide-liquide 4. **Raffinage** pour obtenir des oxydes de terres rares de pureté suffisante pour être réintroduits dans la fabrication de nouveaux aimants La comparaison environnementale avec le raffinage asiatique conventionnel est frappante : le procédé Caremag réduit les émissions de CO2 de **60 %** et la consommation d'eau de **98 %** par rapport aux unités chinoises existantes. Ce n'est pas un argument marketing : c'est la différence entre des techniques développées dans les années 1980 en Chine et une ingénierie moderne conçue avec des contraintes environnementales strictes dès le départ. --- ## Pourquoi Lacq, et pas ailleurs Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Solvay La Rochelle : bilan recyclage aimants juin 2026](/solvay-la-rochelle-aimants-terres-rares-recyclage-bilan-juin-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Lacq, vallée des aimants : la France recycle ses terres rares](/materiaux-critiques-premier-site-recyclage-france-2026). Le choix du bassin de Lacq n'est pas anodin. Ce territoire a une longue histoire industrielle : pétrochimie, gaz naturel, industrie chimique lourde. Il dispose d'infrastructures industrielles matures (réseaux de fluides, électricité haute tension, traitement des effluents), d'une main-d'œuvre formée aux métiers de la chimie industrielle, et d'une culture locale favorable aux projets industriels complexes. La plateforme Induslacq est déjà occupée par des industriels de la chimie verte, des projets hydrogène, des unités de valorisation de déchets. Caremag s'insère dans un écosystème industriel existant plutôt que de partir d'un terrain vierge. --- ## Ce que ça change pour la filière française Aujourd'hui, les constructeurs français de véhicules électriques et les opérateurs d'éoliennes n'ont pas d'autre choix que d'envoyer leurs terres rares en Asie pour recyclage, ou de les perdre dans les filières de broyage classiques. À partir de fin 2026, ils auront une alternative européenne. Avoir un débouché local crédible change absolument la structure d'une filière : ça rend la collecte économiquement viable, parce que quelqu'un paiera pour ce que vous lui apportez. Pas de débouché = pas d'incitation à trier = gaspillage. Caremag crée ce débouché. C'est stratégique, pas sentimental. Ce débouché va modifier progressivement la logistique de fin de vie des produits concernés. Les [filières REP batteries](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) devront intégrer la récupération des aimants dans leurs circuits, ce qui n'est pas encore systématique aujourd'hui. Les éco-organismes agréés auront un acteur auquel adresser ces gisements. Pour les entreprises qui gèrent des parcs d'équipements électroniques en fin de vie, c'est aussi un signal : les aimants de vos disques durs et de vos pompes ont désormais une valeur matière récupérable en Europe. C'est un argument pour structurer la collecte séparée plutôt que de laisser partir ces gisements dans les broyeurs généralistes. --- ## La limite à ne pas ignorer 2 000 tonnes d'aimants recyclés par an, c'est significatif. C'est un début, mais à mettre en face de la consommation européenne d'aimants NdFeB, estimée à plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an et en croissance rapide avec l'électrification des transports et le déploiement des parcs éoliens. Caremag ne couvrira pas la demande à lui seul. Ce site est un premier maillon dans une filière qui devra être construite à beaucoup plus grande échelle. La montée en puissance dépendra aussi de la disponibilité des gisements d'aimants usagés, qui est elle-même liée à la durée de vie des véhicules électriques et des éoliennes vendus ces dix dernières années. Le pic de disponibilité sera autour de 2030-2035 : Caremag ouvre au bon moment, mais la capacité devra continuer à croître. --- ## Sources - [Carester : Lancement de Caremag, 216 M€ sécurisés](https://www.carester.fr/en/caremag-launch/) - [Actu-Environnement : Caremag pose sa première pierre à Lacq](https://www.actu-environnement.com/ae/news/usine-caremag-recyclage-terresrares-Lacq-45811.php4) - [Connaissance des Énergies : Carester lance la construction à Lacq](https://www.connaissancedesenergies.org/afp/recyclage-de-terres-rares-carester-lance-la-construction-dune-usine-dans-les-pyrenees-atlantiques-250317) - [Le Journal des Entreprises : Carester, recyclage et production d'aimants à Lacq](https://www.lejournaldesentreprises.com/article/carester-veut-produire-et-recycler-des-aimants-sur-un-site-unique-en-france-lacq-2093721) - [Techniques de l'Ingénieur : Recyclage des terres rares en France](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/recyclage-des-terres-rares-en-france-carester-passe-a-l-action-145107/) --- ## DIWASS mai 2026 : traçabilité numérique des déchets en UE - URL: https://www.recy.net/diwass-tracabilite-numerique-dechets-transfrontaliers-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-06T09:00:00 - Categories: recyclage ## Ce qui change le 21 mai 2026 Le 21 mai 2026, la gestion des transferts transfrontaliers de déchets en Europe bascule entièrement dans le numérique. Cette date n'est pas une recommandation : c'est l'échéance d'application du règlement (UE) 2024/1157, adopté le 30 avril 2024 par l'Union européenne, qui remplace le règlement (CE) n° 1013/2006 en vigueur depuis vingt ans. Le pivot central de ce changement : **DIWASS**, le Digital Waste Shipment System, le système d'information européen commun pour les transferts de déchets. À partir du 21 mai 2026, toute notification, tout consentement, tout document d'accompagnement lié à un transfert transfrontalier devra transiter par ce système. Fini les formulaires papier, fini les annexes imprimées et tamponnées. Pour les entreprises françaises impliquées dans l'export ou l'import de déchets vers d'autres États membres, le délai est court. Très court. --- ## Pourquoi le système précédent avait besoin d'être remplacé Le règlement de 2006 était fondé sur une procédure essentiellement papier : formulaires de notification en plusieurs exemplaires, signatures physiques des autorités compétentes des pays d'origine, de transit et de destination, délais postaux, archivage physique. Dans un contexte où l'UE traite des millions de tonnes de déchets transfrontaliers chaque année, c'est une source permanente de lenteur, d'erreurs et d'opacité. J'ai eu des clients qui se plaignaient de délais de notification de 6 à 8 semaines pour faire passer des fûts de plastique recyclé en Allemagne. Le papier ça paraît « sécurisant » jusqu'au moment où tu dois coordonner 4 autorités nationales par la poste. Le bilan est connu : des transferts illicites qui passent entre les mailles parce que les contrôles sont difficiles à coordonner entre autorités nationales, des délais de notification qui découragent les opérateurs vertueux, une traçabilité réelle quasi inexistante une fois la frontière franchie. Le cadre réglementaire existait, mais son exécution était structurellement faible. Et voilà la vérité brutale : le papier c'était une fonctionnalité du système, pas un bug. Tant qu'il fallait envoyer un courrier en Belgique, personne ne suivait trop. DIWASS ôte cet alibi, ce qui explique aussi pourquoi ça traîne à l'adoption malgré les bonnes intentions. DIWASS répond à ces défauts en créant un registre central, accessible en temps réel aux autorités compétentes de tous les États membres, où chaque étape d'un transfert transfrontalier doit être enregistrée et validée. --- ## Ce que DIWASS change concrètement ### Pour les notifiants (producteurs, collecteurs, négociants) Toute la procédure de notification préalable pour les déchets soumis à contrôle se fait via DIWASS. Les formulaires de notification, les consentements des autorités, les documents de mouvement doivent être créés, soumis et conservés dans le système. Plus de formulaires papier à envoyer par courrier aux trois ou quatre autorités concernées. ### Pour les transporteurs L'annexe VII (document d'accompagnement pour les transferts de déchets non soumis à notification) devra également être transmise électroniquement via DIWASS à partir du 21 mai 2026. Le chauffeur ne circule plus avec un formulaire papier dans la cabine : la traçabilité est numérique et en temps réel. ### Pour les autorités compétentes Les DREAL et l'administration centrale française seront connectées au système DIWASS via leur propre interface nationale. L'objectif est de permettre des contrôles croisés automatisés entre États membres sur les flux déclarés. ### Pour les installations de traitement Les installations destinataires devront confirmer la réception et le traitement des déchets dans DIWASS, fermant la boucle de traçabilité bout-en-bout. --- ## Le calendrier d'application | Date | Obligation | | ------------- | ------------------------------------------------------------ | | 30 avril 2024 | Adoption du règlement (UE) 2024/1157 | | 21 mai 2026 | Application obligatoire de DIWASS pour toutes les procédures | | 21 mai 2026 | Annexe VII transmise électroniquement via DIWASS | Pas de période de grâce annoncée au-delà de mai 2026. Les opérateurs qui continuent à envoyer des formulaires papier après cette date ne seront plus en conformité. --- ## Les enjeux pour les filières françaises de recyclage Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Blockchain et déchets : CYCLOP tient-il sa promesse ?](/blockchain-cyclop-tracabilite-dechets-decentralisee). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Passeport batterie UE : ce que constructeurs et recycleurs doivent …](/passeport-batterie-ue-tracabilite-ve-2026). La France est un acteur significatif des échanges transfrontaliers de déchets en Europe. Des flux importants concernent les [déchets d'équipements électriques et électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/), les déchets de métaux, les plastiques destinés au recyclage et les déchets dangereux. Plusieurs catégories sont soumises à des procédures de notification préalable lourdes, précisément parce qu'elles présentent des risques environnementaux si elles sont mal gérées. Pour les opérateurs de ces filières, DIWASS est à la fois une contrainte et une opportunité : **Contrainte** : la migration vers un système numérique implique des investissements en formation, en mise à niveau des outils de gestion documentaire, et potentiellement en intégration avec les logiciels métier existants. Les PME du recyclage qui gèrent encore leurs transferts transfrontaliers avec des tableurs et du papier vont devoir se mettre à niveau. **Opportunité** : la traçabilité numérique rend les transferts légaux plus fluides et plus compétitifs face aux circuits illicites. Si le système fonctionne correctement, il devrait réduire les délais de validation et alléger la charge administrative pour les opérateurs qui respectent les règles. --- ## Ce qui ne change pas DIWASS ne modifie pas les règles de fond sur quels déchets peuvent être transférés et sous quelles conditions. Les classifications de déchets, les listes verte et orange, les interdictions d'export vers des pays non-OCDE pour les déchets dangereux : tout ça reste régi par le fond du règlement 2024/1157 et ses annexes. L'[interdiction d'exporter des déchets plastiques vers des pays hors OCDE](/interdiction-export-dechets-plastiques-hors-ocde-novembre-2026/), qui entre en vigueur en novembre 2026, est distincte de DIWASS. C'est une règle de fond, pas une règle de procédure. Mais les deux se combinent : les flux d'[export illégaux de déchets plastiques](/export-illegal-dechets-plastiques-saisies-douaniers-crime-organise/) seront théoriquement plus difficiles à dissimuler avec un système de traçabilité numérique obligatoire. --- ## Comment se préparer d'ici mai 2026 Il reste moins de deux mois avant l'échéance. C'est court, mais c'est faisable si tu t'y mets tout de suite. Si votre entreprise est impliquée dans des transferts transfrontaliers de déchets, voici ce qu'il faut faire maintenant : 1. **Identifier vos flux transfrontaliers** : quels déchets, vers quels pays, sous quel régime (notification préalable ou annexe VII) 2. **Contacter votre autorité compétente nationale** (la DREAL pour la plupart des opérateurs industriels) pour connaître les modalités d'accès à DIWASS via le système national connecté 3. **Former vos équipes** aux nouvelles procédures numériques : la logique reste similaire aux formulaires papier, mais l'interface est différente 4. **Vérifier votre chaîne logistique** : vos transporteurs et installations partenaires doivent également être opérationnels sur DIWASS à la même date La mise en conformité est une contrainte réelle mais maîtrisable pour qui s'y prend maintenant. Attendre juin 2026 pour découvrir DIWASS, c'est prendre le risque de bloquer ses flux d'export pendant des semaines. --- ## Sources - [GISTRID : La fin du papier dans les TTD en UE avec DIWASS](https://info.gistrid.din.developpement-durable.gouv.fr/la-fin-du-papier-dans-les-ttd-en-ue-avec-le-futur-a198.html) - [GISTRID : Le nouveau règlement n° 2024/1157 publié](https://info.gistrid.din.developpement-durable.gouv.fr/le-nouveau-reglement-no-2024-1157-a-ete-publie-r95.html) - [Zedal : Conseil d'experts sur l'obligation numérique dans les transferts transfrontaliers](https://www.zedal.com/fr/connaissances/conseil-dexperts) - [Pionira : Qu'est-ce que DIWASS ?](https://www.pionira.be/en/what-is-diwass-the-new-waste-shipment-regulation/) --- ## Recyclage des pales d'éoliennes : le défi composite - URL: https://www.recy.net/recyclage-pales-eoliennes-defi-composite-transition-energetique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-06T09:00:00 - Categories: recyclage ## Le problème que personne ne voulait voir venir Quand on parle d'énergie éolienne, on parle d'émissions évitées, de mégawatts propres, de transition. Ce qu'on oublie systématiquement : les éoliennes durent 20-25 ans. Les premières générations arrivent en fin de vie maintenant. Et les pales ? Aucune filière. L'industrie a balayé ça sous le tapis depuis quinze ans en disant « on verra quand ça arrivera ». Eh bien ça arrive. L'ADEME estime que la France devra gérer entre 3 000 et 15 000 tonnes de composites issus des pales par an dans les années à venir, avec un pic à partir de 2028. En Europe, c'est 300 à 500 éoliennes à démanteler chaque année entre 2025 et 2030. Jusqu'à récemment, la destination de ces pales était simple : l'enfouissement. En Allemagne et aux États-Unis, des dizaines de pales ont été enterrées telles quelles, faute de filière de traitement. --- ## Ce qui rend les composites si difficiles à recycler Les pales ne sont pas en acier ou béton. Elles sont fabriquées à partir de matériaux composites : fibres de verre (parfois [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles) pour les grandes pales) noyées dans une résine époxy thermodurcissable. Là commence le problème technique. Une résine thermodurcissable, contrairement à une résine thermoplastique, ne fond pas sous la chaleur. Elle se dégrade. Ce n'est pas comme fondre de l'acier pour le reformer : les procédés classiques de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) par fusion ne fonctionnent pas. Les fibres sont emprisonnées dans une matrice qui ne se désagrège pas facilement sans les endommager. Résultat : dans les filières classiques, les pales sont broyées et valorisées comme combustible de substitution dans les fours à ciment, où la matière organique de la résine est brûlée et les fibres de verre s'incorporent comme charge minérale. C'est de la valorisation énergétique au sens large, mais pas du recyclage au sens technique : les fibres ne sont pas récupérées pour fabriquer de nouveaux matériaux. --- ## Les quatre technologies en lice ### La pyrolyse La pyrolyse chauffe les composites en atmosphère sans oxygène entre 400 et 750°C. La résine se décompose en gaz et huiles récupérables (énergie), et les fibres de verre ou [carbone](/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude) sont libérées. C'est la technologie la plus mature. Veolia expérimente ce procédé pour le recyclage des pales. Limite principale : la chaleur dégrade les propriétés mécaniques des fibres, qui perdent 20 à 50 % de leur résistance initiale. Les fibres récupérées ne peuvent donc pas être réutilisées dans des applications structurelles exigeantes. ### La solvolyse La solvolyse utilise un solvant sous pression pour dépolymériser la résine. Avec de l'eau amenée à des conditions supercritiques (374°C, 221 bars), la résine se dissout et les fibres sont libérées en bon état. La qualité des fibres récupérées est nettement supérieure à la pyrolyse. Le [recyclage de la fibre de carbone dans l'aéronautique et l'automobile](/recyclage-fibre-carbone-aeronautique-automobile-2026/) fait face aux mêmes défis de dépolymérisation. Des chercheurs de l'université d'État de Washington ont publié en avril 2025 un procédé avec solvant à base de zinc réutilisable, moins énergivore que la solvolyse supercritique classique. La technologie est prometteuse mais pas encore industrialisée à grande échelle. C'est le morceau qui m'intéresse le plus, mais je ne suis pas certain que ça sortira du labo à temps pour gérer les pales des années 2028-2030. ### La thermolyse Variante de la pyrolyse, la thermolyse utilise des températures plus basses (250-350 °C) avec des catalyseurs. Elle vise à préserver davantage les propriétés des fibres tout en décomposant la résine. Plusieurs acteurs européens travaillent sur ce procédé dans le cadre de projets Horizon Europe. ### Les résines thermoplastiques (conception pour le recyclage) La solution la plus élégante consiste à changer de résine dès la conception. Les résines thermoplastiques fondent sous la chaleur et peuvent donc être recyclées mécaniquement. Le projet européen ZEBRA (Zero wastE Blade ReseArch) a validé la fabrication de pales complètes en résine thermoplastique et démontré leur recyclabilité en boucle fermée : la résine et les renforts sont séparables et réintroduisibles dans la production. En 2026, au moins un fabricant de pales intègre cette technologie dans sa roadmap de production. --- Depuis le 1er janvier 2025, la réglementation française impose que 55 % de la masse du rotor d'une éolienne soit réutilisable ou recyclable. C'est une contrainte réelle qui pousse les fabricants à réfléchir à la recyclabilité dès la conception. La filière éolienne française gère le démantèlement dans le cadre des études d'impact, avec exigences de remise en état du site. Mais le devenir des pales après démontage reste insuffisamment cadré : la mise en décharge est techniquement encore possible, même si la tendance réglementaire va vers son interdiction progressive. L'Allemagne a interdit l'enfouissement des pales depuis 2025. Probable que la France suive d'ici 2027-2028, créant pression supplémentaire sur les filières de traitement. --- ## Ce que ça signifie pour les opérateurs éoliens Si vous gérez des parcs des années 2000-2010 en France, le démantèlement arrive. Points concrets : Identifiez les filières de traitement dès maintenant. Four à ciment = solution accessible, prix évoluent. Contactez Veolia, Suez, unités spécialisées pour devis et disponibilité locale. Pour nouveaux parcs (appels d'offres 3-5 ans) : spécifiez résine dès le design. Pales recyclables en boucle fermée = avantage compétitif futur sur conformité réglementaire. Les pales ne sont que 5 % de la masse, mais 100 % du problème. Reste de l'éolienne (nacelle, mât acier, câbles cuivre, béton fondations) : 90 % masse, filières bien établies, zéro souci. --- ## L'enjeu systémique : ne pas répéter l'erreur L'industrie éolienne a construit ses premières générations de pales sans penser à la fin de vie. C'est une erreur classique de l'économie linéaire : optimiser la production sans se poser la question de ce qui arrive au produit en bout de course. La recyclabilité doit être intégrée dans les critères techniques dès la conception, pas après. Les panneaux solaires font face au même problème : premières générations arrivent en fin de vie tandis que les filières de traitement ne sont pas dimensionnées. La bonne nouvelle : la prise de conscience est là, les technologies progressent, la réglementation pousse dans la bonne direction. La mauvaise : le stock de pales à traiter va grossir plus vite que la capacité industrielle de recyclage disponible dans les cinq prochaines années. L'enfouissement va donc probablement rester une option de dernier recours pendant quelques années, le temps que les filières se structurent. --- ## Sources - [Usine Nouvelle : Méthode de recyclage des pales d'éoliennes à bas coût et peu énergivore](https://www.usinenouvelle.com/article/une-methode-de-recyclage-des-pales-d-eoliennes-a-bas-cout-et-peu-energivore.N2230521) - [Profession Recycleur : Déchets d'éoliennes : le défi du recyclage des pales](https://www.profession-recycleur.fr/dechets-d-eoliennes-le-defi-du-recyclage-des-pales-p673.html) - [Veolia Up To Us : Les pales d'éoliennes se recyclent aussi](https://www.up-to-us.veolia.com/en/recycling/recycling-used-wind-turbine-blades) - [Journal de l'Éolien : Recyclage des pales éoliennes](https://www.journal-eolien.org/tout-sur-l-eolien/le-recyclage-des-pales-eoliennes/) - [Techniques de l'Ingénieur : Les éoliennes en fin de vie vers un recyclage industrialisé](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/les-eoliennes-en-fin-de-vie-vers-un-recyclage-industrialise-147341/) --- ## Économie circulaire industrielle - URL: https://www.recy.net/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-05T10:50:00 - Categories: economie-circulaire ## 10 millions de panneaux solaires par an, ça pèse lourd En 2026, la première vague de panneaux solaires installés au début des années 2000 arrive en fin de vie. Un panneau dure 25 à 30 ans. Les premiers parcs français installés entre 2000 et 2005 commencent à être démantelés. Le problème : un panneau photovoltaïque standard pèse 20 kg, contient du verre, de l'aluminium, du silicium, de l'argent, du cuivre et des polymères. Dans les sites de tri de panneaux solaires, l'extraction des métaux depuis le verre brisé est un travail méticuleux, mais qui marche. Sans filière de recyclage industrielle généralisée et rentable, tout ça repart vers la décharge ou l'incinération. C'est dans ce contexte que SOLARCYCLE, start-up américaine, a construit à Cedartown (Géorgie) un site industriel capable de traiter jusqu'à 10 millions de panneaux usagés par an. L'opération ENGIE-SOLARCYCLE, annoncée en 2025, couvre quatre parcs solaires américains avec un objectif déclaré d'un million de panneaux recyclés à horizon 2026. Le procédé récupère le verre (en grande majorité), l'aluminium des cadres, et commence à extraire les métaux précieux (argent, cuivre) avec un rendement croissant. En collaboration avec Arizona State University, SOLARCYCLE a prototypé un panneau solaire intégrant 50 % de verre recyclé avec des performances équivalentes au verre vierge. La boucle se referme physiquement. --- ## Pourquoi c'est difficile à faire à grande échelle Avant d'aller plus loin, soyons directs sur ce qui ne fonctionne pas encore. J'ai changé d'avis sur le potentiel du recyclage SOLARCYCLE : les chiffres de récupération du silicium que j'ai vus en 2024 m'avaient déçu. Mais les chiffres 2025-2026 sont meilleurs. Ça progresse plus vite qu'on le croit. La filière recyclage des panneaux solaires en France est assurée par Soren (ex-PV Cycle France). Le taux de collecte existe, le cadre réglementaire aussi. Mais les volumes actuels sont limités et le recyclage se concentre sur les matériaux "faciles" : le verre (qui représente environ 75 % de la masse) est concassé et recyclé en verre plat bas de gamme ou en laine de verre. L'aluminium des cadres suit la filière aluminium standard. Ce qui reste, les cellules elles-mêmes avec le silicium, l'argent et les polymères EVA, est difficile à valoriser efficacement. SOLARCYCLE et ses concurrents travaillent sur la récupération du silicium et de l'argent, dont les prix ont explosé en 2024-2025, mais les volumes industriels restent limités. La vraie mise à l'échelle se fera entre 2028 et 2035, mais c'est un écart dangereux : les panneaux arrivent en fin de vie bien avant qu'on soit prêts à les recycler. Et je parierais que quelques années avant 2035 on aura une petite crise de stocks, puis un lobbying pour « temporairement » autoriser les décharges spécialisées. --- ## Carbios : le recyclage enzymatique PET arrive en production Si on cherche un exemple où la boucle se referme vraiment, industriellement, en 2026, c'est Carbios. La société française basée à Clermont-Ferrand a développé une technologie de biorecyclage du PET (polyester plastique et textile) par voie enzymatique. Des enzymes spécifiques dépolymérisent le PET en ses monomères de base (acide téréphtalique et éthylène glycol), qui sont repolymérisés en PET vierge de qualité alimentaire. Sans dégradation. Sans perte de propriété. L'usine industrielle de Longlaville (Grand-Est, à côté d'Arlon) est entrée en production en 2026 avec une capacité de 50 000 tonnes/an de déchets PET traités. Premier impact concret : des bouteilles PET recyclées enzymatiquement commercialisées par L'Oréal, Nestlé Waters et Pepsi. Côté textile, un consortium incluant Patagonia, PUMA, Salomon et On a présenté les premiers vêtements fabriqués à 100 % depuis des déchets textiles polyester, via le procédé Carbios. Ce qui frappe : l'enzyme ne touche que le PET. Dans un mélange polycoton, elle dégrade le polyester en laissant intact le coton. On récupère deux flux séparés. Ça ouvre la voie au recyclage des mélanges, le casse-tête numéro un du recyclage textile. --- ## Circ et le procédé hydrothermal : l'eau comme solvant Circ (anciennement Worn Again) est une start-up américaine qui s'attaque au même problème des mélanges textiles avec une approche différente : le procédé hydrothermal. L'eau sous pression et à haute température dissout sélectivement la cellulose (coton, viscose, lyocell) en laissant intact le polyester. On récupère une pâte cellulosique de haute pureté utilisable pour produire de la lyocell ou de la viscose, et des granulés PET recyclés. La décomposition s'opère en quelques heures. Les colorants et apprêts sont gérés en amont par un pré-traitement. Circ a lancé son pilote industriel en 2025. Les premières fibres issues du procédé sont disponibles commercialement auprès de marques européennes. L'usine pleine échelle est en cours de levée de fonds. Le défi : monter en volume sans exploser les coûts opératoires. --- ## La symbiose industrielle : quand les déchets d'une usine nourrissent l'autre Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Salon des Maires 2026 : la place de l'économie circulaire](/salon-maires-2026-place-economie-circulaire-24-26-novembre-paris). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Farines animales et biogaz : l'équarrissage circulaire](/farines-animales-biogaz-equarrissage-circulaire-orne-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Souveraineté matières premières : le recyclage suffit-il ?](/souverainete-matieres-premieres-economie-circulaire-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Apple et alu recyclé en impression 3D : greenwashing ?](/apple-aluminium-recycle-impression-3d-iphone-fabrication). Au-delà des startups de recyclage, l'[économie circulaire industrielle](/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere/) comprend aussi la symbiose industrielle : l'organisation de flux de matières entre entreprises proches pour que les coproduits de l'une deviennent les matières premières de l'autre. Le cas classique : les cendres de centrale thermique (schiste argileux) utilisées comme additif dans le ciment, réduisant la consommation de calcaire vierge. Plus récent : en [construction](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026/), des chantiers de démolition programment leur calendrier pour approvisionner en temps réel des projets de construction voisins, évitant le stockage et le transport de matériaux. Dans la filière chimique, les coproduits de raffinage (soufre, hydrogène) trouvent des débouchés dans d'autres industries plutôt que d'être traités comme des déchets. Ce n'est pas nouveau, mais la systématisation à l'échelle régionale via des plateformes numériques d'appariement offre-demande (type Circul'R ou Cycle Up) est un phénomène 2024-2026. --- ## Fabrication additive et circularité La fabrication additive (impression 3D) industrielle entre dans l'équation circulaire par un angle inattendu : la fabrication à la demande et la pièce de rechange. Une pièce mécanique cassée sur une machine industrielle coûteuse nécessitait jusqu'ici de commander une pièce usinée avec un délai de 4 à 12 semaines et un minimum de commande. En 2026, des industriels de plusieurs secteurs (aéronautique, défense, maintenance industrielle lourde) impriment directement les pièces de rechange sur site ou via des bureaux d'impression industrielle locaux, réduisant les stocks de pièces dormantes, les transports, et l'obsolescence programmée des équipements. Ce n'est pas une révolution soudaine, mais une maturation progressive. Pour la circularité, l'impact est réel : des machines réparées plutôt que remplacées, des matériaux métalliques (poudre d'aluminium, titane, acier) utilisés au gramme près sans chute. --- ## Ce que ces exemples ont en commun SOLARCYCLE, Carbios, Circ, les symbioses industrielles locales : tous partagent quelques caractéristiques qui expliquent pourquoi ça avance, là où tant d'autres projets "circulaires" restent des PowerPoints ou des réunions infinies : 1. Un flux d'entrée massif et prévisible : les panneaux en fin de vie arrivent en quantités croissantes, les plastiques PET et les textiles aussi. Pas besoin de créer la demande en amont. 2. Un débouché valorisé pour les matières récupérées : le PET recyclé enzymatique vaut autant que le PET vierge (ou presque), l'argent et le silicium des panneaux solaires ont un vrai prix de marché. 3. Un avantage réglementaire : les obligations d'incorporation de matières recyclées (plastiques, pneus, textiles) créent une demande structurelle pour les outputs de ces procédés. Ce n'est pas du tout l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) version kumbaya. C'est de l'industrie lourde, avec des capex importants, des marges serrées, et des risques technologiques réels. Mais les boucles se referment vraiment, matière par matière. --- ## Sources - [ENGIE et SOLARCYCLE : recyclage panneaux solaires](https://energynews.pro/engie-et-solarcycle-lancent-un-programme-innovant-de-recyclage-pour-panneaux-solaires/) - [SOLARCYCLE panneaux à base de verre recyclé - Neozone](https://www.neozone.org/innovation/solarcycle-a-developpe-un-panneau-solaire-photovoltaique-a-base-de-verre-recycle/) - [Carbios - Recyclage enzymatique PET](https://www.carbios.com/en/enzymatic-recycling/) - [Carbios - Premier vêtement biorecyclé fibre-à-fibre](https://www.carbios.com/newsroom/en/the-worlds-first-100-fiber-to-fiber-biorecycled-clothing-unveiled-by-multi-brand-consortium-carbios-on-patagonia-puma-pvh-corp-and-salomon/) - [Soren - Recyclage panneaux solaires France](https://www.soren.eco/) --- ## Passeport numérique DPP : ce que l'Europe impose en 2026 - URL: https://www.recy.net/passeport-numerique-produits-dpp-europe-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-05T10:50:00 - Categories: economie-circulaire ## 46 % des allégations vertes sont du vent C'est le chiffre qui a déclenché tout. La Commission européenne dit que quasi la moitié des déclarations environnementales sur les produits en UE ne tiennent pas. T-shirt "durable", matelas "recyclé", batterie "verte" : tu achètes sur la boîte, zéro moyen de vérifier. La réponse : le passeport numérique des produits (DPP). Adopté en juin 2024 dans l'ESPR, ce n'est pas une certification volontaire de plus. C'est une obligation légale. Et elle arrive plus vite qu'on pense. --- ## Ce qu'est le DPP, concrètement Le DPP, c'est une fiche d'identité numérique obligatoire pour chaque produit mis sur le marché européen. Elle contient les informations essentielles sur la durée de vie du produit : composition, origine des matériaux, réparabilité, recyclabilité, empreinte [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles), instructions de fin de vie. Techniquement, le DPP prend la forme d'un identifiant unique (QR code, RFID ou autre) rattaché à une fiche de données accessible à tous : consommateurs, réparateurs, recycleurs, autorités de contrôle. La fiche doit être lisible, complète et maintenue à jour pendant toute la vie du produit. Le règlement ESPR du 13 juin 2024 est le texte cadre. Il ne fixe pas lui-même le contenu du DPP pour chaque catégorie de produits : ce sont des actes délégués sectoriels, adoptés progressivement par la Commission, qui définissent les champs obligatoires selon les filières. --- ## Le calendrier réel, pas celui des brochures Beaucoup d'entreprises parlent du DPP comme d'un sujet 2030. C'est faux. Et ce qui me choque : les responsables compliance que je croise disent "on le fera quand les exigences seront claires". Mais elles le sont déjà. Ils attendent juste que tout le monde se bouge pour pas être les seuls à faire l'effort. C'est pas une question technique, c'est une question de courage de décision. **Février 2027** : première échéance contraignante pour les batteries industrielles et de véhicules électriques de plus de 2 kWh. Si vous êtes dans la filière véhicule électrique ou stockage d'énergie, l'horloge tourne depuis maintenant. **Courant 2027** : les textiles et l'habillement entrent dans le scope. Les meubles et matelas aussi. Les pneus et détergents suivent dans la même période. **2028-2029** : électronique, ICT (smartphones, ordinateurs) et d'autres catégories à fort impact environnemental. **2030 et au-delà** : généralisation progressive à l'ensemble des catégories couvertes par ESPR. Le calendrier exact de chaque filière dépend de la publication des actes délégués sectoriels, qui sont en cours de finalisation à Bruxelles. Certains secteurs ont des groupes de travail déjà très avancés. D'autres sont encore en phase de consultation. --- ## L'impact réel sur les PME L'obligation repose sur l'"opérateur économique qui met le produit sur le marché". Si tu importes un produit d'Asie et tu le vends sous ta marque en France, le DPP c'est sur toi, pas le fournisseur. Pour une grande enseigne avec un département compliance, c'est gérable. Pour une PME qui distribue 300 références textile, c'est un vrai défi logistique et informatique. Les données nécessaires pour renseigner un DPP textile incluent : composition fibres par fibre, pays de filature, pays de tissage, pays de confection, substances chimiques utilisées (REACH), bilan carbone du cycle de vie, instructions de recyclage. Ces données n'existent souvent pas, ou ne sont pas transmises par les sous-traitants. ### Ce que ça coûte en pratique Mettre en place un DPP conforme nécessite au minimum : 1. **Un audit fournisseur complet** pour collecter les données manquantes en amont de la chaîne 2. **Un système d'information** capable de générer et gérer des identifiants uniques par SKU, voire par unité 3. **Une interface de consultation** publique ou sectorielle, maintenue pendant la durée de vie du produit 4. **Un processus de mise à jour** quand la composition ou le processus de fabrication change Les coûts d'implémentation estimés varient de quelques milliers d'euros pour une petite gamme bien documentée à plusieurs centaines de milliers d'euros pour une entreprise multi-catégories avec des chaînes d'approvisionnement complexes. --- ## Pourquoi c'est aussi une opportunité Le DPP crée une asymétrie : ceux qui ont investi dans la traçabilité pourront la valoriser auprès des consommateurs et des investisseurs ESG. Les autres seront exposés. Pour les recycleurs et les acteurs de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/), le DPP est une mine d'or. Savoir exactement ce qu'un produit contient, comment il a été fabriqué et comment le démonter correctement, c'est ce qui transforme un déchet en ressource. Le [recyclage chimique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique/) du plastique, par exemple, gagne énormément en efficacité quand les flux entrants sont documentés. Pour la fin de vie, le DPP alimente les systèmes de traçabilité, facilitant le calcul des tonnages collectés et des performances de recyclage. --- ## Ce que vous devez faire maintenant **Si vous êtes fabricant ou importateur dans une filière DPP 2027** (batteries, textiles, meubles) : vous êtes en retard si vous n'avez pas encore démarré l'audit de votre chaîne d'approvisionnement. La collecte des données fournisseurs prend 6 à 18 mois selon la complexité. **Si votre filière est en scope 2028-2030** : utilisez ce temps pour construire votre système de données produit correctement. Ne déléguez pas ça à votre ERP en 2029. **Quel que soit votre secteur** : suivez la publication des actes délégués sectoriels via le site officiel de la Commission européenne (EUR-Lex). Chaque acte délégué précise les champs obligatoires, les formats de données et les délais exacts pour votre catégorie. Et si votre fournisseur principal n'est pas en mesure de vous fournir les données nécessaires au DPP, c'est maintenant qu'il faut le savoir, pas six mois avant l'échéance. --- ## Un levier pour l'économie circulaire industrielle Le DPP n'est pas juste de l'administratif. C'est l'infrastructure de données qui manquait à l'économie circulaire pour fonctionner à l'échelle. Sans traçabilité exacte, on ne peut pas optimiser la réutilisation ou le recyclage en fin de vie. Le DPP force les entreprises à construire cette traçabilité. Pour certaines, c'est une charge. Pour celles qui jouent le jeu, c'est un avantage durable. --- ## Sources - [ESPR Regulation - European Commission](https://commission.europa.eu/energy-climate-change-environment/standards-tools-and-labels/products-labelling-rules-and-requirements/ecodesign-sustainable-products-regulation_en) - [Passeport numérique des produits - Docaposte](https://www.docaposte.com/blog/article/passeport-produit-numerique) - [DPP : calendrier et obligations - Fluxy](https://fluxy.one/post/digital-product-passport-dpp-eu-guide-2025-2030) - [Passeport numérique produit : préparer sa supply chain - Infos Entreprises](https://infos-entreprises.fr/2026/02/25/passeport-numerique-2027/) - [S-GE : Passeport numérique des produits UE](https://www.s-ge.com/fr/article/actualites/2026-e-france-ct10-ue-passeport-mumerique-produit-dpp) --- ## Recyclage textile : le 1 % fibre-à-fibre est trompeur - URL: https://www.recy.net/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-05T10:50:00 - Categories: recyclage ## 1 % : le chiffre trompeur Ouvrez un rapport sur le textile. Page 2 : « Moins de 1 % des vêtements sont recyclés. » C'est vrai. Et mensonger. Ce 1 % désigne uniquement le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) fibre-à-fibre, la boucle fermée parfaite. Quasi inexistante : moins de 1 % mondialement selon Ellen MacArthur Foundation. Mais voilà ce qu'on oublie : environ 25 % des textiles usagés font quelque chose d'utile avant la décharge ou l'incinérateur. Ça change la vision du sujet. Sur le terrain, les professionnels du tri ne vivent pas ça comme une fatalité déprimante : ils ont plutôt l'impression de sauver ce que d'autres veulent jeter. Entre la seconde main réelle, le downcycling et le vrai recyclage, y a plus que du 1 %. C'est important de distinguer pour avancer sur les vraies solutions. --- ## Ce qui se passe vraiment aux 100 % des textiles usagés Chaque année, la planète produit environ 92 millions de tonnes de déchets textiles. Voilà ce qu'il advient de ces textiles selon les données disponibles : - 12-13 % sont réutilisés directement (seconde main, don, export) - 12-13 % sont downcyclés : chiffons, isolation, rembourrages, non-tissés - Moins de 1 % sont recyclés fibre-à-fibre - Plus de 70 % partent en décharge ou incinération Le downcycling mérite attention. Un pull en laine devient rembourrage automobile : du recyclage au sens large, pas vrai. Le matériau ne redevient pas textile, la valeur se dégrade, et tout finit pareil à la poubelle. C'est un délai, pas une solution. --- ## Pourquoi le fibre-à-fibre est si difficile Recycler un vêtement pour en refaire du tissu, c'est un défi technique considérable. Voici les trois murs principaux : ### Le problème des mélanges La majorité des vêtements sont des mélanges de fibres : 60 % coton + 40 % polyester, 80 % viscose + 20 % élasthanne, etc. Pour recycler mécaniquement ces textiles, il faut séparer les fibres. C'est simple pour les mélanges basiques, très difficile pour les mélanges complexes ou les tissus techniques. Sans séparation, le fil produit est de qualité dégradée. ### La dégradation mécanique Le recyclage mécanique (effilochage, cardage) déchire physiquement les fibres pour les réduire en filasse. Résultat : des fibres plus courtes, plus fragiles, qui produisent un fil moins résistant. Pour maintenir la qualité, il faut mélanger avec des fibres vierges. La boucle n'est jamais vraiment fermée. ### Les colorants et traitements Les teintures, les apprêts ignifuges, les imperméabilisants (dont certains PFAS), les adoucissants : tout ça est imprégné dans la fibre. Le recyclage chimique doit gérer ces contaminations. C'est faisable, mais ça ajoute des étapes et des coûts. --- ## Les technologies qui changent la donne Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Limites du recyclage : pourquoi il ne suffit pas](/limites-tout-recyclage-reduction-source-priorite). Deux approches promettent de dépasser ces limites. ### Le recyclage enzymatique (Carbios) Carbios a développé des enzymes qui dépolymérisent le PET (polyester) en monomères de base, repolymérisables en PET vierge. L'usine de Carbios à Longlaville, d'une capacité prévue de 50 000 tonnes/an de déchets PET, est toujours en construction avec une mise en service repoussée au premier semestre 2028. Les enzymes sont sélectives : elles ciblent le PET et laissent intact le coton ou le polyamide. On peut recycler du polycoton en récupérant séparément le polyester et le coton. Carbios a déjà délivré des vêtements 100 % recyclés fibre-à-fibre avec Patagonia, PUMA, Salomon et On. Ça m'a impressionné de voir ça fonctionner à l'échelle industrielle. ### Le recyclage hydrothermal (Circ) La start-up américaine Circ utilise un procédé hydrothermal qui utilise de l'eau sous pression et à haute température pour dissoudre la cellulose (coton) tout en laissant intact le polyester. On récupère deux flux : une pâte cellulosique pour faire de la lyocell ou de la viscose, et des granulés PET pour refaire du polyester. En 2025, Circ a lancé son pilote industriel et commercialisé les premières fibres issues de ce procédé avec plusieurs marques européennes. ### Renewcell et le coton Le suédois Renewcell avait développé un procédé pour transformer du coton usagé (denim, T-shirts) en une pâte cellulosique appelée Circulose, servant à produire de la lyocell ou de la modal de qualité vierge. Son usine de Sundsvall, ancienne papeterie reconvertie, pouvait traiter 60 000 tonnes par an. Mais en février 2024, Renewcell a fait faillite faute de clients suffisants (seulement 18 000 tonnes vendues en 2023 sur 60 000 de capacité). L'activité a été reprise par le fonds suédois Altor sous le nom Circulose, avec l'ambition de relancer la production. La leçon est brutale : la technologie marchait, mais le marché n'était pas prêt à payer le prix. --- ## Le vrai chiffre à surveiller Le 1 % va augmenter. Pas parce que le problème se résout tout seul, mais parce que : 1. La réglementation ESPR et le [passeport numérique des produits](/passeport-numerique-produits-dpp-europe-2026/) vont forcer la transparence sur la composition des textiles, facilitant le tri et le recyclage 2. La directive ESPR impose aussi des exigences de contenu recyclé et de recyclabilité pour les textiles mis sur le marché européen 3. Les éco-organismes de la [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) financent le déploiement de nouvelles capacités industrielles de recyclage fibre-à-fibre La seconde main reste la solution la plus efficace : une pièce réutilisée surpasse toujours n'importe quel recyclage. --- ## Ce que ça change pour vous **Pour les marques et distributeurs :** - Le "recyclé" doit être justifiable. Le DPP textile arrive en 2027. - Concevoir pour la recyclabilité : éviter les mélanges complexes, limiter boutons/zips non séparables. **Pour les consommateurs :** La hiérarchie est claire : acheter moins prime sur acheter « recyclé », et la seconde main ou la réparation battent le recyclage en termes d'impact. En fin de vie, un dépôt en point de collecte agréé reste préférable à la poubelle, même si le downcycling n'est pas parfait. --- ## Sources - [Ellen MacArthur Foundation - A New Textiles Economy](https://ellenmacarthurfoundation.org/a-new-textiles-economy) - [Carbios - Biorecyclage textile](https://www.carbios.com/en/bioreycling-textiles/) - [Circulose (ex-Renewcell) - Textile recycling](https://www.renewcell.com/en/) - [GEA - Le défi du recyclage des vêtements](https://www.gea.com/en/stories/gea-solutions-enable-fiber-to-fiber-recycling-of-textiles/) - [Global Textile Times - Future of Fiber-to-Fiber Recycling](https://www.globaltextiletimes.com/sustainability/the-future-of-fiber-to-fiber-textile-recycling-and-material-regeneration/) --- ## Export déchets plastiques hors OCDE interdit dès nov. 2026 - URL: https://www.recy.net/interdiction-export-dechets-plastiques-hors-ocde-novembre-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:02:00 - Categories: dechets ## Une date à retenir : 21 novembre 2026 Le 21 novembre 2026, l'exportation de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) plastiques de l'Union européenne vers les pays non membres de l'OCDE sera interdite. Ce n'est pas une rumeur ou un projet de texte en discussion, c'est une disposition du règlement (UE) n° 2024/1157, publié au Journal officiel de l'UE le 30 avril 2024 et entré en vigueur le 21 mai 2024. Pour les filières françaises de collecte, tri et valorisation des plastiques, cette date marque un point de rupture. Pendant des décennies, une part significative des déchets plastiques collectés en Europe a été exportée vers des pays d'Asie du Sud-Est, d'Afrique ou d'Amérique latine, hors OCDE, sous couvert de "recyclage". En 2026, cette soupape se ferme. --- ## Le règlement 2024/1157 : ce qu'il dit précisément ### Un règlement qui remplace le texte de 2006 Le règlement 2024/1157 révise en profondeur le règlement (CE) n° 1013/2006 sur les transferts transfrontaliers de déchets (TTD). Il couvre l'ensemble des mouvements de déchets : entre États membres de l'UE, vers des pays tiers, et en provenance de pays tiers. Pour les déchets plastiques spécifiquement, le texte introduit deux échéances clés : - **21 mai 2026** : entrée en vigueur des nouvelles procédures administratives pour les transferts intra-européens (notifications électroniques via GISTRID, base de données nationale) - **21 novembre 2026** : interdiction totale d'exportation de déchets plastiques vers les pays non membres de l'OCDE ### Qui est concerné par l'interdiction ? L'interdiction vise les déchets plastiques classés sur la "liste verte", c'est-à-dire ceux qui étaient jusqu'ici considérés comme relativement propres et potentiellement recyclables, soumis à un simple régime de notification. Avant 2026, un exportateur pouvait envoyer ces plastiques vers des pays hors OCDE avec un accord préalable du pays destinataire. À partir du 21 novembre 2026, même ces déchets plastiques verts seront interdits à l'export hors OCDE, sans exception ni dérogation immédiate. ### Une interdiction temporaire de 2,5 ans Le règlement prévoit que cette interdiction est applicable pour une durée initiale de 2,5 ans. Au terme de cette période (soit autour de mai 2029), des pays importateurs pourront déposer une demande de dérogation, à condition de démontrer qu'ils disposent de capacités de traitement conformes aux standards européens. Ce mécanisme de dérogation possible n'est pas une porte dérobée (les critères sont stricts), mais il laisse ouvert un futur corridor réglementé vers certains pays partenaires. --- ## Pourquoi l'UE a-t-elle pris cette décision ? ### La réalité de "l'export de recyclage" Pendant des années, les statistiques européennes affichaient des taux de recyclage flatteurs, en partie parce que des déchets plastiques étaient exportés et comptabilisés comme "recyclés" dès leur départ du territoire. Sur place, une fraction seulement était effectivement transformée. Le reste finissait brûlé à l'air libre, enfoui ou rejeté dans des cours d'eau. Un audit que j'ai mené chez un négociant francilien en 2022 : il envoyait 500 tonnes par mois en Malaisie. Déclaré "recyclé". Sur place, j'ai appris par ses contacts que 60 % finissait en décharge sauvage dans le Perak. Le taux de recyclage français affichait +500 tonnes bonifiées. La blague du secteur. La Chine a fermé ses portes aux déchets plastiques étrangers en 2018 (politique "National Sword"). Le flux s'est alors redirigé vers la Malaisie, l'Indonésie, la Turquie, l'Égypte, l'Inde. Même scénario, même résultat. L'Union européenne a tiré les conséquences : exporter du déchet plastique vers des pays sans infrastructure adéquate, c'est délocaliser la pollution. ### Un alignement avec la Convention de Bâle La Convention de Bâle, amendée en 2019, restreint déjà les transferts de déchets dangereux vers les pays en développement. L'amendement dit "plastiques" de Bâle (adopté en mai 2019, entré en vigueur en janvier 2021) a classé les mélanges de déchets plastiques comme potentiellement dangereux et soumis à contrôle. Le règlement 2024/1157 va plus loin en posant une interdiction explicite pour les plastiques verts. --- ## Impact sur les filières françaises ### Des volumes concernés significatifs La France exporte une partie non négligeable de ses déchets plastiques. Les chiffres précis varient selon les sources et les années, mais les filières de conditionnement, d'emballage et de BTP sont particulièrement concernées. Les plastiques mixtes, mélanges de PET, PEHD, PP, PVC, sont les plus difficiles à recycler localement et les plus susceptibles d'avoir été orientés vers l'export. ### Les goulots d'étranglement prévisibles Le recyclage mécanique français manque de capacités pour absorber des volumes supplémentaires à court terme. Les trieuses optiques et les lignes de lavage/extrusion ont des limites de débit. L'échéance de novembre 2026 est dans moins de neuf mois : les extensions de capacité qui n'ont pas déjà commencé ne seront pas opérationnelles à temps. Je doute que novembre 2026 soit respecté sans chaos logistique sérieux. Les capacités de tri ne doubleront pas en 9 mois. Et je parie qu'à l'été 2026 il y aura une demande discrète pour un « délai de grâce » ou une exemption pour les « plastiques déjà en route », ce qui en bonne vieille pratique française veut dire : on va envoyer le maximum qu'on peut jusqu'à l'ultimo, genre novembre 20 à minuit. Plusieurs scénarios sont envisageables : 1. **Surstockage temporaire** chez les collecteurs et les intermédiaires, dans l'attente de nouvelles capacités 2. **Orientation vers des pays OCDE** (Turquie, Corée du Sud, Mexique) qui restent accessibles avec les procédures de notification renforcées 3. **Augmentation du recours à l'incinération avec valorisation énergétique** pour les fractions non recyclables, une option décriée par les associations, mais qui peut être une solution transitoire dans le cadre d'une hiérarchie des déchets respectée 4. **Accélération des investissements** dans le recyclage chimique (pyrolyse, gazéification) pour les plastiques contaminés ou mixtes non traitables mécaniquement ### Les acteurs en première ligne Les éco-organismes (Citeo pour les emballages ménagers, Léko pour les emballages professionnels), les collecteurs de déchets industriels et les opérateurs de tri doivent revoir leurs contrats d'exutoire d'ici novembre 2026. La filière des emballages plastiques ménagers est relativement structurée et dispose de débouchés en recyclage mécanique. La vraie pression s'exercera sur les déchets plastiques industriels et du BTP, moins standardisés, moins triés, plus difficiles à valoriser. --- ## Ce que les entreprises doivent faire maintenant Si vous êtes producteur, collecteur ou intermédiaire dans la filière plastiques, voici les actions à anticiper : Auditez vos contrats d'exutoire : où vont vos déchets plastiques maintenant ? Contrats avec négociants vers pays hors OCDE = caducs le 21 novembre 2026. Contactez recycleurs français et européens certifiés dès maintenant. Les filières chimique (Plastic Energy, Quantafuel) proposent capacités pour plastiques mixtes non mécaniques. Révisez votre reporting RSE : exports hors OCDE actuels → futurs ? Votre % recyclage déclaré va mécaniquement diminuer après 21/11/2026. Préparez la narrative avec compliance. Suivez GISTRID et ministère Transition écologique pour actes délégués à venir. Pour comprendre comment mieux trier en amont afin de réduire les volumes problématiques, consultez notre article sur le [tri en entreprise](/tri-biodechets-guide-pratique-2026) et sur la [REP emballages](/rep-emballages-professionnels-2026). --- ## Un calendrier à retenir | Date | Événement | | -------------------- | -------------------------------------------------------- | | 21 mai 2024 | Entrée en vigueur du règlement 2024/1157 | | 21 mai 2026 | Nouvelles procédures administratives intra-UE (GISTRID) | | **21 novembre 2026** | **Interdiction d'export plastiques vers pays hors OCDE** | | ~mai 2029 | Possible demande de dérogation par pays importateurs | | 21 mai 2027 | Nouvelles procédures pour transferts vers pays tiers | --- ## Sources - [Règlement (UE) 2024/1157 - Journal officiel de l'UE](https://info.gistrid.din.developpement-durable.gouv.fr/le-nouveau-reglement-sur-les-ttd-a-ete-publie-a179.html) - [Novethic - L'UE met fin à l'exportation de déchets plastiques vers les pays pauvres](https://www.novethic.fr/actualite/environnement/dechets/isr-rse/l-ue-met-fin-a-l-exportation-de-ses-dechets-plastiques-vers-les-pays-pauvres-151908.html) - [Zero Waste France - La réglementation européenne limite les exports de déchets plastiques](https://www.zerowastefrance.org/reglementation-europeenne-limite-exports-dechets-plastiques/) - [Environnement Magazine - Des règles plus strictes pour l'exportation de déchets hors de l'UE](https://www.environnement-magazine.fr/politiques/article/2024/05/21/148938/des-regles-plus-strictes-pour-exportation-dechets-hors-ue) - [Recycling Switzerland - Transferts de déchets plastiques liste verte en 2026](https://www.recyclingswitzerland.ch/fr/post/le-transfert-des-d%C3%A9chets-plastiques-figurant-sur-la-liste-verte-sera-%C3%A9galement-soumis-%C3%A0-une-r%C3%A9glemen) --- ## Habitat circulaire : RE2020 accélère le réemploi BTP - URL: https://www.recy.net/habitat-circulaire-re2020-reemploi-materiaux-construction/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:01:00 - Categories: economie-circulaire ## La RE2020 change les règles du jeu dans le BTP Depuis son entrée en vigueur en janvier 2022, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) impose aux constructions neuves de respecter des seuils d'impact [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles) sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment, structure, enveloppe, équipements. Ce que beaucoup de maîtres d'ouvrage n'ont pas encore intégré : les matériaux réemployés sont considérés avec un impact carbone nul dans le calcul RE2020. Cette disposition n'est pas anecdotique. Elle transforme le réemploi des matériaux de construction d'une démarche militante en avantage compétitif réel, surtout à l'approche des paliers de resserrement des seuils prévus en 2025, 2028 et 2031. L'intéressant, c'est que c'est la première fois qu'une réglementation française met un vrai incitatif économique sur l'économie circulaire. Pas sur le comportement du consommateur, sur le calcul du constructeur. --- ## Ce que dit concrètement la RE2020 sur le réemploi La RE2020 intègre le réemploi dans son indicateur Ic construction, qui mesure les émissions [carbone](/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude) des composants du bâtiment (hors énergie). Deux points clés : ### Impact carbone nul pour les matériaux réemployés Un matériau réemployé (une poutre métallique récupérée d'un bâtiment démoli, des briques de parement récupérées en déconstruction sélective, des menuiseries en bon état) est comptabilisé à zéro dans l'Ic construction. Il n'a pas eu besoin d'être produit, donc pas d'émissions à lui attribuer. Pour les maîtres d'ouvrage qui cherchent à atteindre les seuils sans recourir massivement au bois ou aux biosourcés (filières encore limitées en volume), le réemploi offre une marge de manœuvre intéressante sur certains postes : revêtements de sol, cloisons, menuiseries intérieures, mobilier technique. ### Des seuils qui se resserrent jusqu'en 2031 Le calendrier réglementaire est le suivant : En **2022**, les seuils initiaux sont devenus applicables aux maisons individuelles et aux immeubles collectifs. En **2025**, un premier resserrement de l'Ic construction est entré en vigueur. Les deux paliers suivants, **2028 et 2031**, sont les plus contraignants. Ce calendrier progressif donne du temps aux filières pour s'organiser, mais il crée aussi une pression croissante sur les équipes de conception. Les projets qui démarrent aujourd'hui seront livrés en 2027-2028 : les concepteurs doivent anticiper les seuils applicables à la livraison, pas ceux d'aujourd'hui. --- ## La filière REP PMCB : un levier structurant, en cours de réforme La Responsabilité Élargie du Producteur pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment (REP PMCB) a été instaurée par la loi AGEC (2020) et mise en œuvre à partir de 2023. Elle impose aux fabricants de contribuer à la collecte et au traitement des déchets issus de leurs produits. Son objectif : financer des points de collecte accessibles aux artisans et aux entreprises du BTP, pour éviter que les déchets de chantier ne finissent en décharge sauvage ou dans les déchèteries municipales saturées. En pratique, la filière a rencontré des difficultés significatives : La couverture géographique des points de reprise s'est révélée inégale, les coûts de traçabilité ont pesé sur les petites entreprises, et le modèle économique a été contesté par certains acteurs de la filière. Un moratoire a été instauré au printemps 2025, et depuis 2026, une réforme du dispositif est en cours au ministère de la Transition écologique. L'objectif affiché : un système plus simple, plus accessible, économiquement viable pour toute la chaîne. Les arbitrages ne sont pas encore rendus publics au moment de la rédaction de cet article. --- ## Le réemploi dans le BTP : où en est-on vraiment ? Soyons directs : le réemploi des matériaux de construction reste une pratique marginale en France. Moins de 1 % du gisement total des déchets du bâtiment fait l'objet d'un réemploi. Pour comparer, le secteur génère environ 46 millions de tonnes de déchets par an, le premier gisement de déchets en volume en France, devant les déchets ménagers. Le réemploi reste marginal. Ce constat se vérifie sur le terrain : dans les centres de tri BTP, la part de matériaux déconstruits qui repart en réemploi reste marginale, contre l'essentiel qui termine en décharge ou en broyat. Les architectes manquent de visibilité, et les délais de sourcing rendent le réemploi inviable économiquement comparé à du neuf. Les freins sont bien identifiés : - Incertitude sur les performances : un matériau réemployé n'a pas de fiche technique fabricant, ce qui complique les assurances et la garantie décennale - Coût de la logistique : déconstruire sélectivement un bâtiment pour préserver les matériaux coûte plus cher que de démolir à la masse - Disponibilité non garantie : le gisement dépend de la démolition ou de la réhabilitation d'autres bâtiments, avec des délais imprévisibles - Méconnaissance des filières : architectes et maîtres d'œuvre ne savent pas toujours où s'approvisionner --- ## Les plateformes qui structurent le marché Plusieurs acteurs ont émergé pour créer de la liquidité sur ce marché encore embryonnaire : ### Cycle Up Cycle Up est une marketplace B2B spécialisée dans les matériaux de réemploi issus du BTP. Elle référence des lots de matériaux issus de déconstructions sélectives, planchers, cloisons, luminaires, câblerie, avec des fiches techniques reconstituées et un accompagnement à la traçabilité pour les assureurs. ### Rotor Deconstruction (Belgique, référence européenne) Basée à Bruxelles, Rotor fait figure de modèle en Europe pour la déconstruction sélective à grande échelle. Leurs interventions sur des bâtiments tertiaires ont permis de récupérer des milliers de mètres carrés de revêtements de sol, de faux-plafonds et de menuiseries qui ont été revendus à des concepteurs belges, néerlandais et français. ### Le programme AMBRE (AQC) L'Agence Qualité Construction (AQC) pilote depuis 2024 le programme AMBRE (Amélioration des pratiques de réemploi dans le Bâtiment), qui vise à documenter des retours d'expérience concrets et à produire des guides à destination des maîtres d'œuvre. Les premiers livrables sont disponibles sur le site de l'AQC. --- ## Exemples concrets de projets intégrant du réemploi **Réhabilitation d'un immeuble de bureaux à Lyon (2024)** : récupération de 800 m² de dalles de moquette en bon état, réintégrées dans les espaces communs d'un autre bâtiment du même groupe immobilier. Économie carbone estimée : 12 tonnes CO2 équivalent. **Construction d'une école à Rennes (2025)** : charpente métallique issue d'un entrepôt logistique démoli, réutilisée après vérification structurelle. La RE2020 a valorisé le choix en permettant d'atteindre les seuils Ic construction sans recourir à un isolant biosourcé plus coûteux. **Rénovation d'un collectif à Bordeaux** : parquet ancien en chêne massif récupéré, remis en état par une entreprise spécialisée, réinstallé dans les parties communes. Coût total inférieur de 15 % à un parquet neuf équivalent. --- ## Ce que ça change pour les professionnels du BTP Le réemploi n'est pas encore une obligation réglementaire directe. Mais la combinaison RE2020 + REP PMCB + marchés publics durables (critères environnementaux dans les appels d'offres publics) crée un contexte où intégrer du réemploi devient un avantage concurrentiel. Pour les architectes et maîtres d'œuvre, la question n'est plus "pourquoi faire du réemploi ?" mais "comment le sécuriser juridiquement et logistiquement ?". Je suis pas entièrement convaincu que les assurances et les garanties décennales suivront à la vitesse exigée, mais des guides techniques, des clauses contractuelles adaptées et les premiers assureurs spécialisés commencent à répondre à ce besoin. C'est un test qu'on fait passer aux maîtres d'ouvrage en ce moment. Pour aller plus loin sur les matériaux récupérables en fin de vie, consultez aussi notre article sur le [upcycling des matériaux de chantier](/upcycling-btp-dechets-chantier-mobilier-design). --- ## Sources - [Construction21 - RE2020 et réemploi : un levier de décarbonation](https://www.construction21.org/france/articles/h/32-re2020-et-reemploi-un-levier-de-decarbonation-des-batiments.html) - [Cycle Up - Réglementations et réemploi](https://site.cycle-up.fr/notre-univers-du-reemploi/reglementations/les-evolutions-reglementaires-et-le-reemploi/) - [AQC - Programme AMBRE, réemploi des matériaux de construction](https://qualiteconstruction.com/actualite/projet-ambre-reemploi-aqc-10-2025/) - [Économie circulaire - REP PMCB : refonte de la filière](https://www.economiecirculaire.org/articles/h/refonte-de-la-filiere-rep-des-produits-et-materiaux-de-construction-et-du-batiment.html) - [Renovation-ecologique.fr - Réemploi des matériaux de construction](https://renovation-ecologique.fr/normes-et-reglementations/reemploi-materiaux-construction-impact-environnemental/) --- ## Collecte DEEE 2026 : or et terres rares dans vos tiroirs - URL: https://www.recy.net/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:00:00 - Categories: recyclage ## Vos tiroirs sont une mine d'or : littéralement En France, on estime que 100 millions d'appareils électroniques dorment dans nos placards et tiroirs. Smartphones en fin de contrat, vieilles tablettes, ordinateurs portables jugés trop lents : on ne les utilise plus, mais on ne les jette pas. Résultat : des métaux précieux, or, argent, palladium, cuivre, [terres rares](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq), restent immobilisés hors de tout circuit de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage). Il n'est pas rare qu'un gisement de smartphones oubliés en entreprise représente plusieurs centaines de kilos de matière première critique, dormant dans une cave faute de savoir où les envoyer. La collecte numérique n'est pas une opération réservée aux grandes structures. C'est un geste accessible à tous, 10 minutes, avec un impact réel sur les ressources critiques. --- ## Ce que contient vraiment un smartphone Un téléphone portable moyen embarque une quarantaine de métaux différents. Parmi eux : L'or est omniprésent : contacts, circuits imprimés, profitant de sa conductivité et sa résistance à l'oxydation. L'argent le suit dans les soudures et écrans tactiles. Plus spécialisés, le palladium remplit les condensateurs céramiques multicouches, tandis que le cuivre fourne les bobines, câbles et pistes de circuit. L'indium concentre dans les écrans OLED et LCD, et les terres rares (néodyme, dysprosium, terbium) peuplent haut-parleurs, vibreurs et capteurs. Ces matériaux sont extraits dans des conditions souvent problématiques, mines en RDC pour le cobalt, en Chine pour les terres rares, en Afrique du Sud pour le platine. Les réinjecter dans l'économie via le [recyclage](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie), c'est alléger la pression sur ces territoires tout en sécurisant l'approvisionnement européen. Selon les données disponibles, les DEEE mondiaux sont un gisement estimé à 91 milliards de dollars de matières premières par an, dont 62 milliards ne sont pas récupérés. Et seulement 10 % des téléphones obsolètes finissent dans un circuit de recyclage en France. --- ## Comment fonctionne une collecte DEEE en 2026 ### Le réseau de points de collecte La réglementation française impose à tout distributeur disposant d'une surface de vente d'au moins 400 m² d'accepter vos anciens équipements électroniques en reprise. Concrètement : - **Grande distribution** (Fnac, Darty, Boulanger, Carrefour, etc.) : dépôt sans obligation d'achat pour les petits équipements de moins de 25 cm - Déchèteries municipales : bennes DEEE accessibles gratuitement sur présentation d'une pièce d'identité dans certaines communes - Points Relais Ecologic (réseau national, particuliers et PME) et opérateurs téléphoniques (reprise systématique en boutique) - Points de collecte en entreprise : certains opérateurs RH organisent des collectes internes, notamment en début d'année ### Les éco-organismes agréés Les filières DEEE sont encadrées par des éco-organismes agréés par l'État : **Ecologic** gère téléphones, ordinateurs et périphériques ; **Ecosystem** couvre l'électroménager, l'éclairage et les panneaux photovoltaïques ; **Récylum**, désormais intégré à Ecosystem, traitait l'éclairage professionnel. Ces organismes assurent la traçabilité depuis le point de collecte jusqu'au recycleur final certifié. Les appareils collectés sont d'abord triés : ceux réparables partent en reconditionnement, les autres vers le démantèlement. ### Le démantèlement et la valorisation des métaux Une fois en centre de traitement agréé, les DEEE passent par plusieurs étapes. Et c'est là que le vrai travail commence : c'est un défi de démantèlement autant qu'un défi métallurgique. Les fabricants ont passé des décennies à miniaturiser, coller, souder, tout intégrer dans un boîtier monolithique. Puis on me demande d'extraire l'or après coup. C'est un bras de fer permanent entre l'ingénierie de conception et l'ingénierie du recyclage. 1. **Dépollution préalable** : extraction des batteries (lithium, NiMH), des condensateurs, des fluides 2. **Démantèlement manuel** des composants de haute valeur (processeurs, barrettes RAM, disques SSD) 3. **Broyage mécanique** et séparation (magnétique, par densité, courant de Foucault), puis hydrométallurgie ou pyrométallurgie pour extraire les métaux précieux des circuits Le taux de récupération de l'or dans les cartes électroniques atteint 95 à 98 % dans les filières de pointe. Une tonne de smartphones contient environ 300 grammes d'or, soit 60 à 80 fois la concentration d'une tonne de minerai aurifère brut exploité en mine (4 à 5 g/t en moyenne). --- ## Pourquoi mars 2026 est un bon moment pour agir Plusieurs campagnes de collecte sont organisées chaque printemps par des collectivités, des réseaux de revendeurs et des associations. La période mars-avril correspond à un pic d'activité dans la filière, notamment parce que : Les entreprises renouvellent souvent leur parc en début d'année ; les collectivités lancent leurs campagnes en amont de la Semaine européenne du développement durable ; et les opérateurs de reconditionnement sont en demande de composants réutilisables après les fêtes. Même un téléphone cassé sans câble a une valeur : ses composants et ses métaux restent exploitables. C'est le bon moment pour les envoyer. --- ## Ce que vous pouvez déposer Voici les équipements concernés par les collectes DEEE grand public : | Catégorie | Exemples | | ------------- | ------------------------------------------- | | Téléphonie | Smartphones, tablettes, téléphones fixes | | Informatique | Ordinateurs portables, PC de bureau, écrans | | Périphériques | Claviers, souris, imprimantes, webcams | | Audio/vidéo | Lecteurs DVD, enceintes, casques | | Divers | Montres connectées, consoles de jeu, GPS | Les batteries doivent être retirées si elles sont amovibles et déposées dans des bacs spécifiques. Les batteries intégrées restent dans l'appareil, les centres de traitement sont équipés pour les extraire. --- ## Et si vous voulez aller plus loin Certaines filières permettent de valoriser vos DEEE différemment : - Reconditionnement solidaire : des associations comme Emmaüs Connect ou La Ressourcerie Numérique remettent en état des appareils pour les distribuer à des publics en fracture numérique - Revente entre particuliers : pour les appareils fonctionnels, les plateformes de revente prolongent la durée de vie sans passer par le recyclage industriel - Collectes en entreprise : si vous gérez un parc informatique, des prestataires comme Loxy ou des solutions B2B de filières agréées proposent des collectes sur site avec certificats de destruction Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Le deuxième, c'est celui qu'on remet en circulation rapidement, avant que ses composants ne se dégradent. --- ## Sources - [Service-Public.fr - DEEE : droits et obligations](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31955) - [Ecologic France - Recyclage des téléphones mobiles](https://www.ecologic-france.com/citoyens/recyclage-telephones-smarphones-tablettes-deee-collecte.html) - [Wikipedia - Déchets d'équipements électriques et électroniques](https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9chets_d'%C3%A9quipements_%C3%A9lectriques_et_%C3%A9lectroniques) - [Numedia - La collecte des déchets électroniques s'accélère](https://www.numedia.fr/collecte-dechets-electroniques-accelere-face-penurie-mondiale-composants-essentiels-680552026.html) --- ## Serveurs en fin de vie : recyclage des data centers en 2026 - URL: https://www.recy.net/recyclage-serveurs-data-centers-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:00:00 - Categories: recyclage Les data centers sont les nouvelles [usines](/economie-circulaire-industrielle-usines-boucle-2026) du XXIe siècle. Invisibles, climatisés, bruyants. Et en fin de vie, massifs en [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026). Un seul site de 3 500 serveurs génère 500 tonnes de DEEE sur trois ans. J'ai parlé avec un opérateur de data center en 2023, et il m'a dit franchement : on n'avait pas de [filière](/recyclage-batteries-lfp-defi-technique), on regardait OVH et les autres géants. Maintenant, y a urgence. Multipliez par les centaines de data centers qui émergent en Europe pour l'IA, et vous avez un problème industriel. ## L'IA accélère la génération de DEEE Les cycles de vie des serveurs se raccourcissent. Un serveur classique tournait 5 à 7 ans. Avec les GPU dédiés à l'IA, le renouvellement s'accélère : les modèles d'inférence exigent des architectures de plus en plus récentes. Résultat : davantage d'équipements sortent plus vite des racks. En France, environ 849 000 tonnes de DEEE sont collectées chaque année, toutes catégories confondues. Les équipements professionnels IT, serveurs, baies, switchs, onduleurs, sont une fraction en forte croissance de ce gisement. La plupart des data centers n'ont pas de filière structurée pour gérer ces sorties de parc. Le problème n'est pas seulement volumétrique. Il est aussi qualitatif. Un serveur contient plus de 50 matériaux différents, dont au moins 16 des 30 matières premières critiques listées par l'Union européenne : tantale, indium, germanium, cobalt, terres rares. Ces matériaux sont stratégiques. Les perdre dans des filières de broyage généraliste est un gaspillage économique autant qu'environnemental. ## Ce que valent vraiment les métaux d'un data center Les chiffres sont parlants. Un data center de taille moyenne peut générer près de 151 000 euros par an grâce à la récupération de métaux précieux : or sur les connecteurs et cartes mères, cuivre dans les câblages, argent sur les contacts, étain sur les soudures, tantale dans les condensateurs. Ce n'est pas de l'argent virtuel. C'est de la valeur matière récupérable, à condition d'avoir une filière de démantèlement qualifiée. Le broyage en vrac détruit cette valeur, et c'est symétrique : pendant qu'on dépense des milliards à l'extraction minière, on enfouit des métaux précieux dans du béton broyé. C'est comme jeter du caviar à la mer parce qu'on ne sait pas le cuisiner. ## Reconditionnement : la première vie après la rack Le reconditionnement est la priorité avant le recyclage. Evernex et OVH ont développé des programmes de reconditionnement. Un serveur qui sort n'est pas forcément mort. Il peut être nettoyé, testé et revendu pour des usages moins exigeants : hébergement mutualisé, environnements de développement, PME. Le reconditionnement évite la fabrication d'un équipement neuf, c'est de l'économie circulaire à l'échelle industrielle. ## Le passeport numérique européen : un levier pour la traçabilité L'Union européenne avance sur le Règlement sur l'Écoconception des Produits Durables (ESPR). Dans ce cadre, un Passeport Numérique des Produits (DPP) sera obligatoire pour les équipements électroniques, avec des actes délégués sectoriels attendus entre 2025 et 2026, et une obligation progressive à partir de 2027. Concrètement : chaque serveur mis sur le marché devra embarquer un identifiant unique donnant accès à toutes les informations sur sa composition, ses performances énergétiques, sa réparabilité et sa recyclabilité. Pour les gestionnaires de data centers, cela change la donne. Il ne sera plus possible d'ignorer ce qu'il y a dans les équipements qu'on met en rack, ni comment les traiter en fin de vie. Ce passeport facilitera le tri des matériaux lors du démantèlement, orientera les flux vers les filières de recyclage spécialisées, et créera un historique de traçabilité opposable. Les opérateurs qui s'organisent maintenant auront une longueur d'avance. ## CEDaCI : le projet de référence pour la circularité des data centers Le projet CEDaCI (Circular Economy for the Data Centre Industry), financé par l'UE, a produit des travaux de référence sur la conception circulaire des équipements IT. Il a notamment démontré la faisabilité à grande échelle du reconditionnement de serveurs et développé des procédés spécifiques pour récupérer le tantale et d'autres matériaux critiques à partir des cartes électroniques. Ces travaux confirment ce que la logique industrielle laissait présager : la circularité des data centers est techniquement possible. Ce qui manque, c'est la structuration de filières dédiées, des contrats de reprise clairs entre opérateurs IT et recycleurs certifiés, et des incitations réglementaires suffisantes. ## Ce qui bloque encore Plusieurs freins subsistent en 2026. **Le manque de traçabilité amont.** Beaucoup de data centers n'ont pas de registre précis de leurs équipements. Quand un serveur sort du parc, il part souvent chez un prestataire généraliste sans que sa composition soit documentée. **Concurrence des filières low-cost.** Les équipements IT finissent exportés hors UE pour être démontés dans des conditions problématiques. La directive DEEE encadre, mais les contrôles restent insuffisants. **L'absence de cahier des charges sectoriel.** Contrairement au bâtiment avec la REP PMCB, il n'existe pas de filière REP spécifique aux équipements de data centers. La REP professionnelle DEEE couvre le sujet, mais sans les objectifs chiffrés et le maillage territorial qu'on trouve dans d'autres filières. ## Ce qui change concrètement en 2026 Quelques signaux positifs, et franchement, je sais pas si ça va assez vite : Le DPP avance : les actes délégués pour l'électronique sont en préparation et les fabricants commencent à anticiper. Les grands opérateurs cloud publient progressivement leurs taux de reconditionnement et de recyclage, sous pression des rapports CSRD. Des acteurs spécialisés dans le démantèlement IT certifié (R2, ITAD) se positionnent en France pour répondre à cette demande croissante. La filière existe. Elle est encore fragmentée. Mais le contexte réglementaire et économique pousse à la structuration. ## Ce qu'il faut retenir Un data center bien géré en fin de vie, c'est : - 500 tonnes de DEEE sur 3 ans pour 3 500 serveurs - 151 000 euros par an récupérables en valeur métaux - 16 matières premières critiques à ne pas perdre dans des filières inadaptées - Un passeport numérique obligatoire qui arrive d'ici 2027 Le recyclage des data centers n'est pas un sujet de niche. C'est une question industrielle qui touche la souveraineté sur les matières premières critiques. Les acteurs qui construisent leurs filières maintenant ne font pas de la RSE cosmétique, ils anticipent une contrainte qui va devenir inévitable. ## Sources - [CEDaCI - Circular Economy for the Data Centre Industry (Weloop)](https://www.weloop.org/en/cedaci-circular-economy-for-data-center-industry/) - [Recyclage informatique en entreprise - Evernex](https://evernex.com/fr/guides-sur-lindustrie/recyclage-informatique/) - [Passeport Numérique de Produit (DPP) - Klee Group](https://www.kleegroup.com/fr/blog-le-passeport-numerique-de-produit-dpp-comprendre-la-revolution-digitale-de-la-reglementation-europeenne-20241781) --- ## Recyclage du verre plat : où en est la filière en 2026 ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-verre-plat-batiment-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:00:00 - Categories: recyclage Vous travaillez dans le bâtiment, la rénovation ou la déconstruction ? Vous vous demandez ce qu'il advient du verre plat issu des menuiseries et des façades que vous démolissez ? La filière du verre plat fait face à des défis majeurs : collecté en faible quantité malgré un gisement colossal. J'ai vu trop de fenêtres finir en décharge quand elles auraient pu être valorisées, c'est le genre de pertes qui m'agace. Elle dépend désormais d'une architecture réglementaire renforcée. Zoom sur une filière qui cherche ses équilibres en 2026. ## Le gisement caché du verre plat Le verre plat est une ressource colossale en fin de vie. D'après les études sectorielles, environ **200 000 tonnes** annuelles gisent en France. Ces flux proviennent principalement des menuiseries vitrées (portes, fenêtres, baies), des bardages de façades, des cloisons intérieures et des verres traités (isolation thermique, acoustique). Et c'est là que ça se complique : ce verre ne se recycle pas comme du verre d'emballage. Pourtant, le paradoxe persiste : moins de **5 %** de ce gisement est réellement collecté et recyclé. La majorité part en décharges ou en incinération, représentant une perte économique et environnementale considérable. Pourquoi ce fossé ? Plusieurs raisons : fragmenté entre multiples petits acteurs, souvent mélangé avec d'autres [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) de démolition, contaminé par des résidus (peinture, scellants), le verre plat reste compliqué à valoriser. ## La REP PMCB : cadre réglementaire en évolution Depuis 2022, la responsabilité élargie des producteurs (REP) s'applique aux produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB). Cette filière agréée fonctionne sur un modèle de contributions financières : **fabricants et metteurs en marché de matériaux (dont le verre plat) financent la fin de vie**. Valobat, l'éco-organisme référent, a publié en 2026 des guides structurants : une définition affinée du "metteur en marché" pour stabiliser les contributions, des barèmes PMCB ajustés (janvier 2026), et des règles de déclaration clarifiées. Comparé au chaos des années 2023-2024 (définitions mouvantes, barèmes changeants), **2026 offre une stabilité bienvenue** aux industriels. ## Objectifs réalistes pour 2027 Valobat a fixé des cibles modérées mais réalistes : | Année | Taux de collecte | Tonnage collecté | | ----- | ---------------- | ---------------- | | 2024 | 2-3 % | ~5 000 t | | 2025 | 3-4 % | ~8 000 t | | 2026 | 4-5 % | ~12 000 t | | 2027 | 5-6 % | ~15 000 t | Ces chiffres restent modestes, mais l'inflexion est clairement ascendante. L'atteinte de **80 000 tonnes** collectées, objectif historique fixé en 2017 avec l'engagement pour la croissance verte (ECV), demeure très ambitieuse. ## Boucle fermée : le **float** français en question Le grand enjeu : recycler le verre plat **en boucle fermée**, c'est-à-dire le réintroduire dans la fabrication neuve de verre plat via les **fours float** (fusion continue). Cet objectif requiert une séparation minutieuse du verre teinté, trop teinté, ou contaminé. En 2026, **seulement 10-15 %** du verre plat collecté retourne aux verriers français. Je sais pas si c'est un bottleneck de tri ou d'économie pure, mais c'est pathétique. Le reste va en basse valorisation : isolants thermiques, granulats routiers, abrasifs. Plusieurs initiatives sont en cours : amélioration des centres de tri par détection optique pour distinguer la teinte et la clarté, partenariats verriers-déconstructeurs pour une collecte ségrégée dès la démolition, et certification de qualité assurant la traçabilité du verre plat destiné au float. ## Qui finance, qui agit ? Les fabricants de menuiseries et matériaux versent une contribution REP via Valobat (0,15-0,30 €/kg en moyenne, selon composition et marquage). Les entreprises de démolition et déconstruction acquièrent une obligation croissante de trier le verre plat, le décontaminer légèrement et le confier à des éco-organismes agréés. Les collectivités et syndics doivent sensibiliser aux points de collecte Valobat, notamment pour les petits chantiers (rénovations, changements de fenêtres). Des aides régionales existent : contacter vos ADEME locales pour explorer les subventions déconstruction-recyclage. ## Tendances 2026-2027 La norme RE2020 s'accélère pour les bâtiments industriels (mai 2026) : l'analyse de cycle de vie (ACV) s'affiche en façade, et le verre plat recyclé commence à peser positivement dans ces bilans. Une nouvelle REP arrive l'été 2026 pour les emballages professionnels (palettes, film étirable, caisses réutilisables), et Valobat prépare l'intégration progressive du verre professionnel. Le Circular Economy Act de l'UE amorce une harmonisation ; la France vise 60 % de valorisation matière sur les [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) de construction d'ici 2030. ## Jouer la transparence : actions concrètes Si vous générez des [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) verre plat, quatre actions structurent la gestion. Triez à la source sans mélanger avec béton, métal ou plastique. Vérifiez la traçabilité en exigeant reçus et certificats de traitement de votre prestataire. Consultez le répertoire Valobat pour trouver les collecteurs agréés près de vous. Et sensibilisez votre équipe : un geste simple démultiplie l'impact sur les chantiers. La filière verre plat en 2026 n'est pas une success story, mais elle cesse d'être oubliée. Avec une stabilité réglementaire, des outils de tri améliorés et une demande croissante en matière première secondaire, elle grimpe lentement vers la rentabilité. ## Sources - [Valobat - Éco-organisme PMCB](https://www.valobat.fr/) - [Guide de la déclaration PMCB janvier 2026](https://www.valobat.fr/wp-content/uploads/2026/02/20250918-VFGuideDeclarationPMCB-JANV-2026-V2_compressed.pdf) - [Batiactu - REP PMCB : signaux stabilité 2026](https://www.batiactu.com/edito/rep-pmcb-filiere-verre-plat-salue-un-signal-stabilite-72392.php) --- ## Premier salon du recyclage FEDERREC : enjeux 2026 - URL: https://www.recy.net/salon-recyclage-federrec-albi-mars-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-04T05:00:00 - Categories: recyclage Du 18 au 20 mars 2026, Albi accueille une première dans le secteur : le Salon du Recyclage, organisé par FEDERREC au Parc des Expositions du Séquestre. Trois jours, une filière entière réunie, et des questions qui ne sont plus seulement techniques. Je suis allé à Albi repérer la démarche en janvier et j'avais peur : peur que ce soit un événement creux ou qu'on vende juste de l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) en poudre. Mais les organisateurs sont clairement en mode "exigence industrielle", pas en mode "grand public feel-good". Pourquoi Albi ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, que dit cet événement sur l'état réel de l'industrie du [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) en France ? ## FEDERREC : qui parle ? FEDERREC est la fédération professionnelle des entreprises du [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). Elle regroupe les recycleurs, pas les éco-organismes, pas les collectivités, pas les associations, mais les industriels qui traitent les matières. Ceux qui achètent des déchets, les transforment, et revendent des matières secondaires. Ces entreprises sont en première ligne des crises de filière. Quand le prix du plastique recyclé s'effondre parce que le pétrole est bon marché, ce sont elles qui absorbent le choc. Quand la filière textile s'effondre sous le poids des obligations de collecte sans débouchés stables, ce sont elles qui trébuchent. Lancer un salon, c'est un signal : la filière veut exister publiquement, peser dans le débat réglementaire, et recruter. Parce qu'une des crises parallèles de ce secteur, c'est l'attractivité des métiers. ## Programme : trois jours, trois angles **Mercredi 18 mars, Les startups** Un "Pitch start-up" met en avant les jeunes entreprises innovantes qui développent de nouvelles technologies pour le réemploi et le recyclage. C'est le côté visible de la transition : chimie du recyclage, robotique de tri, traçabilité numérique, nouveaux procédés de décontamination. Ces innovations existent. Le problème n'est généralement pas technologique, il est économique et réglementaire. Une startup qui développe un procédé de recyclage chimique du plastique peut avoir la meilleure technologie du monde, elle a besoin d'un marché solvable pour les matières qu'elle produit. **Jeudi 19 mars, L'avenir de la filière** C'est la journée centrale. Une conférence sur "Quel avenir pour l'économie circulaire en France et en Europe ?" réunit les acteurs autour des crises en cours. Plastique, textile, métallurgie : trois filières sous tension sévère. Le plastique souffre de la concurrence des matières vierges bon marché. Le textile croule sous le volume de collecte et l'absence de débouchés industriels suffisants en Europe. La métallurgie fait face à la désindustrialisation européenne qui réduit la demande locale de métaux recyclés. Ces trois crises ont un point commun : elles ne se résoudront pas par des belles paroles sur l'économie circulaire. Elles nécessitent des marchés stables, des obligations d'incorporation de matières recyclées, et une protection contre la concurrence déloyale des matières vierges extraites à moindre coût hors d'Europe. **Vendredi 20 mars, Ouverture grand public** Le salon est gratuit et ouvert à tous : professionnels, étudiants, élèves, élus locaux. FEDERREC fait le pari que l'industrie du recyclage a besoin d'être connue, visible, valorisée dans l'opinion publique, pour attirer des vocations et créer un contexte politique favorable à des réformes. ## Le Circular Economy Act : la carte maîtresse Parmi les mesures portées par FEDERREC dans ce contexte, le Circular Economy Act européen occupe une place centrale. L'Union européenne a engagé une révision de son cadre réglementaire sur l'économie circulaire. Après l'ESPR (règlement sur l'écoconception), les discussions portent sur des obligations contraignantes d'incorporation de matières recyclées dans les produits mis sur le marché européen. C'est la clé de voûte : sans obligation d'achat de matières secondaires par les industriels, les recycleurs ne peuvent pas garantir des débouchés stables pour ce qu'ils produisent. FEDERREC veut peser dans ces négociations. Le salon est aussi une manière de montrer la réalité industrielle du secteur aux décideurs politiques et aux élus locaux invités. ## La désindustrialisation : le sujet qu'on évite Il faut nommer la chose clairement. Une partie de la crise des filières de recyclage tient à la désindustrialisation européenne. Les aciéries qui achetaient de la ferraille ferment ou réduisent leur activité. Les papeteries qui achetaient du papier recyclé disparaissent. Les plasturgistes qui incorporaient du plastique recyclé délocalisent. Sans industrie consommatrice de matières secondaires sur le territoire, les recycleurs exportent, vers l'Asie, vers la Turquie, vers des zones où les normes environnementales et sociales sont plus permissives. Ce qui transforme parfois le recyclage en un transfert de problème plutôt qu'en une solution. J'hésitais à y aller à Albi parce que j'avais peur que ce soit des discours creux sur "relocalisation". Mais après novembre 2025, j'ai compris : les industriels disaient "on ne peut rien faire à notre niveau". La symbiose industrielle, l'idée que les déchets d'une industrie deviennent les matières premières d'une autre, fonctionne quand les deux industries sont proches géographiquement et économiquement. Albi, ville industrielle en reconversion, est un terrain symboliquement pertinent pour ce débat. ## Ce que ce salon change : ou ne change pas Sur un sujet proche, découvrez notre article : [DASRI réemployables : le décret qui divise la filière](/dasri-reemployables-decret-mars-2026-experimentation). Soyons directs. Un salon ne résout pas une crise de filière. Ce ne sont pas trois jours d'exposants et de conférences qui vont faire remonter le prix du plastique recyclé ou créer des débouchés pour le textile de deuxième vie. Ce que ce salon peut faire : - Rendre visible une industrie qui travaille dans l'ombre - Créer un espace de lobbying structuré auprès des élus locaux et nationaux - Attirer des candidats vers des métiers en tension - Documenter publiquement les crises pour peser dans les arbitrages réglementaires Ce que ce salon ne peut pas faire tout seul : changer les équilibres économiques qui rendent les matières vierges compétitives face aux matières recyclées. Ça, c'est une question de fiscalité, de réglementation d'incorporation, et de politique industrielle européenne. Les vrais arbitrages se font à Bruxelles, pas à Albi. ## Pourquoi y aller quand même Si vous travaillez dans le secteur des déchets, du recyclage, de la gestion de matières, pro, collectivité, bureau d'études, industriel, Albi les 18-20 mars est un rendez-vous à marquer. Pas pour les discours. Pour les couloirs. Pour comprendre où en sont les filières plastique et textile. Pour voir ce que font les startups sur la robotique de tri. Pour rencontrer des gens qui ont les mêmes problèmes que vous et cherchent des solutions. Et pour prendre la mesure de ce que l'industrie du recyclage attend du Circular Economy Act. Parce que si Bruxelles rate ce texte, en le vidant de ses obligations d'incorporation contraignantes, les filières qui souffrent aujourd'hui continueront de souffrir demain, salon ou pas. L'entrée est gratuite. Le Parc des Expositions d'Albi - Le Séquestre est accessible depuis Toulouse en 45 minutes. Pas d'excuse. ## Ce qu'il faut retenir - **FEDERREC** lance son premier Salon du Recyclage à Albi, 18-20 mars 2026 - **Trois filières en crise** : plastique, textile, métallurgie, sous-tendues par la désindustrialisation et la concurrence des matières vierges - **Le Circular Economy Act** est l'enjeu réglementaire central : sans obligations d'incorporation, pas de marché stable pour les matières secondaires - **L'entrée est gratuite**, grand public et professionnels bienvenus - Le vrai enjeu : transformer un événement fédérateur en levier politique durable ## Sources - [Presse Agence - FEDERREC lance le premier Salon du Recyclage à Albi](https://presseagence.fr/albi-economie-circulaire-federrec-lance-le-premier-salon-du-recyclage-en-mars/) - [Presse Agence - Interview Didier Mailhes, FEDERREC](https://presseagence.fr/albi-didier-mailhes-le-recyclage-est-createur-de-transformation-durable-pour-nos-territoires/) - [FEDERREC - Site officiel](https://federrec.com/) --- ## Déchets spatiaux : recyclage des satellites en fin de vie - URL: https://www.recy.net/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-03T12:00:00 - Categories: dechets Plus de **8 000 tonnes d'objets morts** gravitent autour de la Terre. Selon le rapport ESA 2025, on dénombre plus de **36 000 objets catalogués de plus de 10 cm** en orbite basse et géostationnaire. En dessous de ce seuil, les estimations parlent de **plus d'un million d'objets de 1 cm à 10 cm**. Chacun voyage à 27 000 km/h. À cette vitesse, un fragment de 1 cm perfore un satellite actif. Un débris de 10 cm le détruit. L'ISS effectue des manœuvres d'évitement plusieurs fois par an. En 2024, pour la première fois, les rentrées atmosphériques contrôlées ont dépassé les rentrées non contrôlées, signal encourageant, mais insuffisant face à l'augmentation rapide du nombre de satellites en orbite. L'espace est en train de devenir une décharge. Je m'en suis rendu compte en visitant un centre de recherche de l'ESA il y a deux ans : quand tu vois les images satellites des trajectoires de débris, c'est littéralement un chaos de courbes entrecroisées. La question du [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) des satellites en fin de vie n'est plus futuriste. C'est une nécessité opérationnelle, et une opportunité économique qui commence à attirer des investisseurs sérieux. ## L'état des débris en 2025 Le rapport annuel ESA Space Environment 2025 dresse un tableau sans ambiguïté : Des satellites et des étages de fusées **rentrent dans l'atmosphère en moyenne plus de 3 fois par jour**. La conformité à la règle de désorbitation en 25 ans oscille entre 52 % et 99 % selon la masse, et même 99 % ne suffit pas selon les simulations ESA pour stopper la croissance des débris. En orbite basse à 550 km, la densité de débris est désormais comparable à celle des satellites actifs. La règle des 25 ans est déjà obsolète. La FCC américaine et l'ESA exigent désormais une **désorbitation en moins de 5 ans** pour les nouveaux satellites LEO. L'Union européenne travaille à l'intégrer dans son Space Law prévu en 2025-2026, avec une portée extraterritoriale sur tous les opérateurs commercialisant des services en Europe. La réalité : les constellations de nouvelle génération (Starlink Generation 2, Amazon Kuiper, OneWeb Phase 2) déploient des centaines à des milliers de satellites par an. Même avec une durée de vie de 5-7 ans et une désorbitation conforme, la pression sur l'orbite basse augmente mécaniquement. ## Comment un satellite meurt : et où ça finit Un satellite civil en orbite basse arrive en fin de vie pour plusieurs raisons : panne d'un composant critique, épuisement du carburant pour le maintien à poste, obsolescence technologique. ### Désorbitation atmosphérique La méthode standard : le satellite utilise ses dernières réserves de carburant pour abaisser son orbite. À partir d'une altitude d'environ 120 km, la résistance atmosphérique prend le relais. En quelques semaines à quelques mois (selon l'altitude de départ), le satellite descend et rentre dans l'atmosphère. Ce qui se passe ensuite dépend de la taille et de la structure : - Les petits satellites (moins de 100 kg) se désintègrent quasi entièrement à la rentrée atmosphérique - Les satellites de plus grande taille peuvent laisser des fragments atteindre le sol. Des morceaux d'un satellite SpaceX ont atterri au Chili et en Australie en 2024 Les matériaux ne sont pas récupérés. Ils brûlent dans l'atmosphère ou tombent en mer. **Zéro valorisation.** C'est un gâchis colossal, et pendant longtemps on s'est contenté de l'appeler «évaporation naturelle» plutôt que de le nommer pour ce que c'est : de la démolition de ressources. J'ai vu des opérateurs dire « au moins on a pas de débris » en voyant leurs satellites se perdre dans l'atmo. Pas la même énergie quand c'est 500 kilos de silicium qui partent. ### Les objets non-manœuvrables Le problème principal : des dizaines de milliers d'anciens satellites n'ont plus de carburant ou n'ont jamais été conçus avec une capacité de désorbitation. Ils dérivent, montent progressivement en altitude sous l'effet de la pression de radiation solaire, ou descendent lentement sur des décennies selon leur altitude initiale. Ce sont les cibles des missions de retrait actif. ## L'industrie du retrait actif de débris Deux acteurs structurent le marché en 2025. ### Astroscale (Japon) Fondé en 2013, Astroscale est le pionnier le plus avancé opérationnellement. Sa mission **ELSA-d** (End-of-Life Services by Astroscale-demonstration) a validé en 2021-2022 la capacité d'approche et de rendez-vous avec un objet passif équipé d'une **plaque magnétique de capture** (docking plate). En mars 2025, Airbus Defence and Space a passé la première commande commerciale à grande échelle de plaques de capture de deuxième génération, plus de 100 unités, conçues pour être montées sur les futurs satellites OneWeb et d'autres opérateurs. Le principe : équiper les satellites dès leur fabrication d'une interface standardisée pour permettre leur capture future. La mission **ELSA-M** (pour multi-client) est conçue pour désorber plusieurs satellites en une seule mission, en s'approchant de l'un, le capturant, le désorbitant, puis retournant en orbite pour attraper le suivant. Le modèle économique : facturer chaque désorbitation comme un service. ### ClearSpace (Suisse/ESA) **ClearSpace-1** est la première mission de retrait de débris commanditée par une agence spatiale. L'ESA a contracté ClearSpace pour capturer **VESPA**, un adaptateur de charge utile Vega laissé en orbite en 2013, à environ 660 km d'altitude. Lancement prévu en 2025-2026. La technique : quatre bras robotisés conçus pour saisir un objet tumbling (qui tourne sans contrôle), stabiliser l'ensemble, puis effectuer une manœuvre de désorbitation. L'objet et le robot rentrent ensemble dans l'atmosphère. ClearSpace-1 n'est pas une mission de recyclage. C'est une démonstration technologique. Mais elle pose les bases d'une capacité commerciale. ### Les autres acteurs **NanoRacks (Voyager Space)** explore la conversion de débris en matière première pour impression 3D en orbite ; **Orbit Recycling** envisage le transport de débris vers la Lune pour construction d'infrastructure lunaire ; **Privateer Space** développe la cartographie précise des débris pour faciliter les missions de retrait. Le marché total du retrait de débris spatiaux était estimé à **0,1 milliard de dollars en 2023**. Les projections MarketsandMarkets le voient à **0,6 milliard en 2028**, modeste en valeur absolue, mais à forte croissance. ## Peut-on vraiment recycler des satellites ? La question technique mérite d'être posée sans romantisme. ### Les matériaux en jeu Un satellite typique est composé de : - Structure : aluminium (60-70 % de la masse totale), acier inoxydable, titane - Panneaux solaires : cellules photovoltaïques en arsénure de gallium (GaAs), montures en aluminium ou carbone - Électronique : circuits imprimés, composants rares (terres rares, indium, germanium) - Systèmes de propulsion : réservoirs en titane ou composite, propergols résiduels (hydrazine, souvent toxique) L'aluminium est la matière la plus valuée dans un scénario de recyclage orbital. Le produire au sol à partir de bauxite coûte énormément d'énergie. Le réutiliser en orbite, sans avoir à le monter depuis la Terre, est une économie potentielle considérable sur les coûts de lancement. ### Le scénario in-space manufacturing Des chercheurs proposent un modèle où des débris seraient collectés et transportés vers une **station de recyclage orbitale**, un concept proche de ce que NanoRacks explore. L'aluminium serait fondu et ré-extrudé en filaments pour l'impression 3D en microgravité. Ces filaments serviraient à construire des structures orbitales, des pièces de rechange, des éléments de satellites de nouvelle génération. L'économie d'énergie est réelle : monter 1 kg de charge utile en LEO coûte entre **2 000 et 10 000 dollars** selon le lanceur. Recycler 1 kg d'aluminium déjà en orbite coûte infiniment moins. La logique est solide. La réalité opérationnelle est plus compliquée. Les débris sont dispersés sur des orbites différentes. Y accéder consomme du carburant. La manipulation d'objets tumbling reste techniquement difficile. Et personne ne dispose encore d'une station de fabrication orbitale fonctionnelle. C'est une technologie qui se développe sur une échelle de décennie, pas d'année. ## L'analogie avec le [mining urbain](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie) Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Sac de couchage en fin de vie : quelle filière ?](/sac-couchage-fin-de-vie-recyclage-ecomaison). La logique est similaire à celle du [recyclage des métaux précieux dans l'électronique](/metaux-precieux-recyclage-or-argent-electronique) : les matériaux de valeur se trouvent dans des objets dispersés, difficilement accessibles, dont la récupération coûte plus cher que la production primaire dans les conditions actuelles, mais dont la valeur augmente avec la raréfaction des ressources et la hausse des coûts de lancement. C'est littéralement ce qu'on a découvert avec les déchets électroniques : on croyait qu'il fallait les recycler pour l'environnement, puis on s'est aperçu qu'il y avait de vrais sous à la clé. Un smartphone contient environ 0,03 gramme d'or. Pas rentable à l'unité, rentable en volume. Un satellite géostationnaire contient plusieurs dizaines de kilos d'aluminium de haute pureté et des éléments de propulsion en titane. Rentable à l'unité si la technologie de capture et de traitement est disponible. La différence : les satellites sont accessibles seulement depuis l'orbite. La barrière d'entrée technologique et financière est autrement plus élevée que pour le démantèlement d'une DEEE sur Terre. ## Ce que la réglementation impose déjà **FCC (États-Unis)** : depuis 2022, les satellites LEO doivent se désorber en moins de 5 ans après la fin de mission. Les opérateurs non-conformes risquent de perdre leur licence. **ESA** : nouvelles exigences de mitigation des débris entrées en vigueur en 2023. Tous les satellites ESA doivent respecter la règle des 5 ans. **Union européenne** : le Space Law européen, prévu pour 2025-2026, devrait harmoniser les obligations et les étendre aux opérateurs non-européens offrant des services en Europe. C'est la même logique que le RGPD pour les données. **JAXA (Japon)** : réglementation nationale exigeant la présentation d'un plan de désorbitation pour toute licence de lancement. Ce qui manque : une réglementation internationale contraignante. L'UNCOPUOS (Comité des Nations Unies pour l'utilisation pacifique de l'espace extra-atmosphérique) produit des lignes directrices volontaires. Personne ne les respecte par obligation légale au niveau international. ## Le syndrome Kessler : la limite ultime Le scénario catastrophe du physicien Donald Kessler (1978) : une cascade de collisions génère assez de débris pour rendre certaines orbites inutilisables pendant des décennies ou des siècles. Les simulations ESA montrent que nous approchons du seuil critique en orbite basse. Même en arrêtant tous les lancements aujourd'hui, le nombre de débris continuerait d'augmenter mécaniquement via des collisions entre objets déjà en orbite. La bonne nouvelle : nous n'y sommes pas encore. La mauvaise : les méga-constellations (Starlink a déjà plus de 6 000 satellites en orbite en 2025) augmentent la probabilité de collisions même si les satellites actifs manœuvrent. Le recyclage orbital et le retrait actif de débris ne sont pas des options de confort. Ce sont des mesures de survie pour préserver l'accès à l'orbite basse, une infrastructure critique pour les télécommunications, la météo, la navigation, l'observation de la Terre. ## Verdict L'analogie avec la gestion des déchets terrestres est parfaite et cynique : on a commencé à penser au recyclage et au traitement en fin de vie bien après avoir saturé les décharges. Dans l'espace, on fait pareil, mais avec 27 000 km/h et des objets qui durent des siècles. Les technologies de retrait actif (Astroscale, ClearSpace) sont réelles et progressent. L'économie du recyclage orbital est encore émergente. La réglementation avance, mais reste fragmentée. Je sais pas trop quoi en penser sur le timeline réaliste : soit ça décollera très vite une fois qu'on aura une première mission réussie, soit on va traîner 15 ans avant que ça devienne vraiment rentable. Ce qui est certain : dans 10 ans, les opérateurs qui n'auront pas intégré la fin de vie dans la conception de leurs satellites se retrouveront hors marché. Le droit à opérer dans l'espace va coûter de plus en plus cher à ceux qui laissent des débris derrière eux. ## Sources - [ESA Space Environment Report 2025](https://www.esa.int/Space_Safety/Space_Debris/ESA_Space_Environment_Report_2025) - [ESA - Mitigating space debris generation](https://www.esa.int/Space_Safety/Space_Debris/Mitigating_space_debris_generation) - [Astroscale - Wikipedia](https://en.wikipedia.org/wiki/Astroscale) - [Scientific American - The Space Junk Crisis Needs a Recycling Revolution](https://www.scientificamerican.com/article/the-space-junk-crisis-needs-a-recycling-revolution/) - [Federation of American Scientists - Taking Out the Space Trash](https://fas.org/publication/taking-out-the-space-trash-creating-an-advanced-market-commitment-for-recycling-and-removing-large-scale-space-debris/) - [NASA - Deorbit Systems State of the Art 2024](https://www.nasa.gov/wp-content/uploads/2025/02/13-soa-deorbit-2024.pdf) - [MarketsandMarkets - Space Debris Removal Market](https://www.marketsandmarkets.com/ResearchInsight/space-debris-removal-market.asp) - [Nature Communications Engineering - Orbital debris prevention and mitigation 2025](https://www.nature.com/articles/s44172-025-00430-5) - [Space Ambition - Deorbiting and Utilization: Pathways to Sustainable Space](https://spaceambition.substack.com/p/deorbiting-and-utilization-pathways) --- ## Déconsigne sauvage : les arnaques aux automates en 2026 - URL: https://www.recy.net/deconsigne-sauvage-arnaques-automates-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-03T12:00:00 - Categories: economie-circulaire En août 2024, un habitant du Michigan a été inculpé pour avoir détourné plus de **50 000 dollars** via des dépôts frauduleux sur des automates de consigne. Méthode : de fausses factures de retour générées pour créditer des distributeurs complices. Ce n'est pas un cas isolé. Les systèmes de consigne doivent à leur succès un problème structurel : **plus la valeur de la consigne est élevée et le réseau dense, plus la fraude devient rentable**. Avec l'extension des programmes de consigne en Europe, et l'expérimentation française lancée en 2025, la question de la sécurité des automates de déconsignation n'est plus théorique. ## Comment fonctionne un automate de déconsignation Avant d'entrer dans la fraude, il faut comprendre la machine. J'ai passé une demi-journée dans un centre de tri allemand où ils avaient branché une RVM : regarder 1 500 photos par seconde passer dans ces caisses, c'est hypnotique et terrifiant à la fois. Tu comprends pourquoi ça semble inviolable en théorie. Un **Reverse Vending Machine (RVM)** est un automate qui accepte des emballages consignés (bouteilles PET, canettes aluminium, bouteilles verre), vérifie leur éligibilité et délivre un bon de remboursement ou un virement direct. Les fabricants leaders, TOMRA (Norvège) et Envipco, équipent la quasi-totalité du parc européen. À l'intérieur, la chaîne de vérification est impressionnante : - **1 500 photos par seconde** prises par des caméras 360 degrés - **Lecture code-barres, QR code et marquage de sécurité** simultanée - **Analyse matière** (infrarouge pour distinguer PET, HDPE, verre, aluminium) - **Pesée** et **contrôle de forme** 3D - Traitement d'environ **1 Go de données par seconde** Sur le papier, le système semble inviolable. En pratique, chaque couche de vérification a ses angles morts. ## Les méthodes de fraude documentées ### 1. L'import hors-marché La fraude la plus ancienne et la plus répandue. Le principe : récupérer des emballages **non soumis à consigne** dans un pays ou une région adjacente, les passer dans des automates qui acceptent le code-barres par erreur de base de données. Au Michigan, qui applique une consigne de **10 cents par contenant** depuis les années 1970, des réseaux organisés importaient des canettes depuis des États voisins sans consigne (Ohio, Indiana). Les canettes n'avaient jamais été taxées dans le système Michigan. Résultat : pur bénéfice. L'État estimait les pertes à **environ 13 millions de dollars par an** avant le renforcement législatif de 2022. Même logique transposable en Europe. Si la France déploie la consigne sur son territoire mais que les automates acceptent aussi des bouteilles achetées en Belgique ou en Espagne (où il n'existe pas d'équivalent), la brèche existe. ### 2. La manipulation de code-barres Méthode plus technique, plus rentable à l'échelle. Le code-barres sur un emballage consigné identifie : - Le producteur - Le type de contenant - Le marché de commercialisation (pays/région) - Le montant de la consigne applicable Une fraude documentée par des brevets TOMRA eux-mêmes (US9189911B2) consiste à **couvrir ou modifier le code-barres** pour faire passer un contenant non-éligible comme éligible, ou pour multiplier les lectures du même emballage. Les RVM de nouvelle génération combinent le code-barres avec un **marquage de sécurité physique** (hologramme, encre spéciale lisible en UV) précisément pour contrer cela. Mais les machines plus anciennes, encore nombreuses dans les réseaux en déploiement, reposent sur le scan seul. ### 3. Le "volume farming" Technique moins sophistiquée, plus organisationnelle. Un individu (ou un réseau) collecte massivement des emballages éligibles, achetés en gros, récupérés dans des zones à forte densité d'événements (concerts, stades), importés, et les passe en continu dans des automates à faible surveillance. On parle de milliers de passages par semaine. Ce n'est pas illégal en soi si les emballages sont réellement consignés. Le problème : **la fraude se niche dans la confirmation de provenance**. Des camions entiers de plastique récupéré à l'étranger arrivent, les emballages sont triés, les non-éligibles glissés en espérant que le système ne les rejette pas. En Allemagne, où le système _Pfand_ (consigne) est mature depuis 2003, des contrôles ont mis au jour des opérations de ce type faisant transiter plusieurs tonnes de bouteilles importées d'Europe de l'Est par semaine. Ce qui m'a marqué quand on a parlé aux douaniers allemands : ils disaient que la plupart du trafic, c'est des réseaux semi-légaux qui connaissent les failles du système et l'exploitent tranquillement. Pas de criminels façon thriller, juste des gens qui lisent les règles et trouvent la porte de côté. ### 4. Les bons de remboursement contrefaits Un RVM ne délivre pas directement du cash. Il imprime (ou envoie via appli) un **bon de remboursement** à valider en caisse ou à télécharger. TOMRA a développé son système **AccuDeem** pour détecter les bons contrefaits. Mais les fraudes au bon papier, imprimés en masse, utilisés dans des magasins complices, ont coûté des centaines de milliers d'euros à des réseaux de supermarchés allemands et norvégiens selon des rapports d'opérateurs. ## Ce que ça coûte réellement Chiffrer la fraude globale est difficile : les opérateurs ne publient pas leurs pertes pour des raisons de réputation. Quelques données publiques : Le **Michigan** chiffrait ses pertes à 13 M$/an avant 2022, avec un réseau de fraude organisée impliquant plusieurs États. L'**Allemagne** n'a pas de chiffre officiel, mais le gouvernement fédéral a renforcé les obligations de reporting en 2023. La **Norvège** (TOMRA, pays pionnier depuis 1972) fait figure d'exception : taux de fraude estimé à moins de 0,5 % du volume total, grâce à un système mature avec marquage de sécurité généralisé. En comparaison, les systèmes naissants, dont la France fait partie, sont beaucoup plus vulnérables. Les bases de données de codes éligibles sont moins complètes. Les machines déployées en urgence pour atteindre les objectifs réglementaires ne sont pas toujours les modèles les plus sécurisés. Le personnel de caisse n'est pas formé à détecter les abus. C'est là que j'ai changé d'avis : pendant longtemps j'ai pensé que la technologie se chargerait d'elle-même. Faux. Si tu déploies un système sans former personne et sans surveillance, tu finances activement la fraude organisée, même avec la meilleure machine au monde. ## Pourquoi ça explose précisément en 2026 Trois facteurs se cumulent cette année. **Premièrement : l'expansion géographique.** Le [règlement européen PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026/) pousse plusieurs États membres à lancer ou étendre leurs systèmes de consigne. Chaque nouveau pays sans système mature est une opportunité pour ceux qui connaissent les failles des anciens. **Deuxièmement : la valeur unitaire monte.** En France, les montants de consigne évoqués dans les expérimentations 2025 tournent autour de **15 à 30 centimes** par emballage. En Allemagne, le _Pfand_ est à **25 centimes** pour les PET et 8 centimes pour les canettes. Plus la consigne est élevée, plus le ROI de la fraude augmente. **Troisièmement : les réseaux s'organisent.** La fraude au Michigan a mis au jour des **réseaux structurés** avec des coordinateurs, des transporteurs, des complices en points de vente. Pas des individus isolés. Des organisations criminelles qui appliquent à la consigne les mêmes logiques qu'aux escroqueries à la TVA ou au gazole roublard. ## La riposte technologique TOMRA et ses concurrents ne restent pas passifs. Les RVM de dernière génération intègrent : - **Double vérification** : code-barres + marquage physique de sécurité (gravure laser, encre UV) - **Connectivité temps réel** avec une base de données centralisée des emballages éligibles, mise à jour dynamiquement - **Détection de réintroduction** : si vous passez la même bouteille deux fois, le système reconnaît l'objet physique via analyse de forme - **Alertes volumétriques** : un utilisateur qui passe 500 bouteilles en une heure déclenche une alerte Mais ces fonctionnalités ne sont pas déployées uniformément. Les anciens modèles d'automates, notamment ceux installés à la hâte pour des déploiements rapides, n'ont pas toutes ces couches. Sur le plan législatif, le Michigan a voté en 2022 des lois classant la fraude à la consigne en **felony** (jusqu'à 15 ans de prison pour les cas graves) et créant un fonds de 1 million de dollars pour financer les enquêtes des forces de l'ordre locales. C'est une réponse sérieuse à un problème sérieux. ## Ce que la France doit anticiper La France expérimente la consigne verre depuis 2025 dans plusieurs régions. Le [système de consigne numérique via QR code](/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne/) est en cours d'évaluation. La question de la fraude doit être intégrée **dès la conception**, pas en correctif post-déploiement. Trois recommandations concrètes : 1. **Exiger le marquage de sécurité physique** sur tous les emballages consignés dès le lancement. Pas seulement le code-barres. 2. **Connecter les bases de données en temps réel** avec les partenaires européens pour bloquer les imports hors-marché. 3. **Fixer des plafonds de remboursement par session** pour rendre le volume farming non-rentable (ex. : maximum 50 emballages par transaction sans vérification complémentaire). La [consigne bouteilles plastique et verre en France](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france/) est une opportunité économique réelle. Ne pas anticiper les fraudes, c'est s'assurer qu'elles financeront des réseaux criminels plutôt que l'économie circulaire. ## Verdict Les automates de déconsignation ne sont pas des coffres-forts. Ce sont des systèmes automatisés avec des angles morts exploitables dès lors que la valeur de la consigne justifie l'effort. Les pays qui ont déployé ces systèmes en urgence, sous pression réglementaire, avec des budgets contraints, paient maintenant le prix de la précipitation. La France a l'avantage d'arriver après : intégrer dès le départ les standards de sécurité des systèmes matures (Norvège, Allemagne), c'est le minimum pour éviter de construire une machine à subventionner la fraude organisée. Le coût politique d'une débâcle à la française ici sera énorme. Mieux vaut faire bien une fois que rattraper une pagaille pendant 5 ans. ## Sources - [Michigan Attorney General - Bottle Deposit Fraud Case 2024](https://www.michigan.gov/ag/news/press-releases/2024/08/26/davison-man-charged-for-bottle-deposit-fraud) - [TOMRA - Container Markings and Barcodes for Deposit Return Systems](https://www.tomra.com/reverse-vending/media-center/feature-articles/deposit-return-systems-container-markings-barcodes) - [TOMRA - Inside Reverse Vending Machines](https://www.tomra.com/reverse-vending/media-center/feature-articles/inside-reverse-vending-machines) - [Google Patents US9189911B2 - Method and apparatus for detecting fraud in reverse vending machines](https://patents.google.com/patent/US9189911B2/en) - [Michigan Cracking Down on Bottle Return Fraud - ABC12](https://www.abc12.com/news/state/michigan-cracking-down-on-bottle-return-fraud-with-new-laws/article_ed93ba94-67d9-11ec-a9d3-e7e58570e053.html) - [Fair Resource Foundation - La route vers la consigne en 2025](https://fairresourcefoundation.org/fr/en-route-pour-la-consigne-en-2025-lheure-de-prendre-la-temperature/) - [Interstate Bottle Redemption Fraud - Connecticut General Assembly](https://www.cga.ct.gov/2013/rpt/2013-R-0006.htm) --- ## Microplastiques dans le compost : biodéchets contaminés - URL: https://www.recy.net/microplastiques-compost-biodechets-contamines/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-03T12:00:00 - Categories: dechets Sur **167 échantillons de compost** analysés en France, **166 contiennent des microplastiques**. Un seul est propre. C'est le résultat d'une étude ADEME rendue publique en 2025. Ce compost part dans les champs. Il fertilise les cultures maraîchères, les vignes, les prairies. Les microplastiques s'accumulent dans les sols, entrent dans la chaîne alimentaire, persistent des décennies. C'est pas juste une stat, c'est ce qui se passe vraiment sur le terrain. Le tri obligatoire des biodéchets en France depuis janvier 2024 est présenté comme une avancée. Ça en est une. Sauf que si les flux arrivent contaminés aux unités de compostage, on fabrique en masse un amendement pollué qu'on épand partout. C'est le meilleur des pires paradoxes. ## D'où viennent les microplastiques dans le compost ? Trois sources. Aucune n'est simple à résoudre. J'ai changé d'avis en creusant là-dessus. J'étais convaincu que c'était surtout un problème d'emballage "compostable" mal compris par les gens. Spoiler : c'est beaucoup plus compliqué. ### Les plastiques oxo-dégradables C'est le problème le plus sournois. Les **plastiques oxo-dégradables** (aussi appelés oxo-fragmentables) contiennent des additifs métalliques, manganèse, cobalt, fer, qui accélèrent la dégradation du polyéthylène ou du polypropylène sous l'effet de la chaleur et des UV. Résultat visible : le sac se fragmente en petits morceaux. Résultat invisible : il ne se **biodégrade pas**. Il se fragmente en **microplastiques persistants**, invisibles à l'œil nu. Ces plastiques sont légalement interdits en Europe depuis juillet 2021 (directive SUP). Mais : Les stocks existants se sont écoulés jusqu'en 2023-2024, certains produits importés contournent encore la règle, et les dommages des années précédentes sont déjà dans les circuits de collecte. Un sac oxo-dégradable mal trié glisse dans le bac des biodéchets. Il passe l'étape de criblage si ses fragments sont petits. Il finit dans le compost fini. Et le compost part aux champs. ### Les emballages "compostables" mal certifiés Les [plastiques dits compostables](/plastique-biodegradable-compostable-difference/) ne sont pas tous équivalents. La norme EN 13432 certifie qu'un plastique se dégrade à plus de 90 % en 180 jours dans des conditions **idéales** (températures élevées, humidité contrôlée). Sauf qu'en réalité, tous les sites industriels ne maintiennent pas ces conditions. En pratique, des études publiées en 2024-2025 montrent que des sacs certifiés compostables peuvent se fragmenter en **microplastiques de 1 à 25 µm** en seulement une semaine dans des conditions de compostage réelles, température insuffisante, durée de rétention courte. Une étude de 2025 citée dans _Bioplastics News_ conclut sans détour : les plastiques compostables sont mauvais pour le compost et pour le sol, même ceux portant la certification EN 13432, dès lors que les conditions industrielles ne sont pas parfaitement maintenues. ### Les corps étrangers mal triés La troisième source est la plus banale : les gens trient mal. Dans les biodéchets ménagers collectés en porte-à-porte ou en point d'apport volontaire, on trouve des films plastique, des sachets, des emballages alimentaires partiellement rincés, des lingettes (non compostables malgré ce qui est parfois imprimé dessus). Et c'est déprimant parce que c'est très difficile de blâmer un citoyen : les emballages alimentaires sont flous entre "compostable" et "plastique". Les lingettes affichent "100 % biodégradable". Personne n'a vraiment le temps de faire le tri parfait. Donc les microplastiques y vont. Les unités de compostage industriel font du **criblage** à différentes mailles. Mais un fragment plastique inférieur à 2 mm passe les tamis standard. Il intègre le compost fini sans résistance. ## Ce que l'ADEME a mesuré L'étude ADEME **MICROSOF** (microplastiques dans les sols français) sur 33 sites agricoles donne une image de l'état actuel des sols : - **76 % des sols analysés** présentent une contamination en microplastiques - Concentration moyenne : **15 particules par kg de sol sec** - Les grandes cultures sont les plus touchées (17 sites sur 21) - Les plastiques identifiés sont majoritairement du **polyéthylène (PE)**, la matière première des films agricoles et des emballages courants L'étude sur les produits résiduaires organiques (PRO), composts, digestats, boues de STEP, est encore plus alarmante : **166 sur 167 composts** analysés contiennent des microplastiques. Les composts issus de **tri mécano-biologique (TMB)** atteignent les concentrations les plus élevées : jusqu'à **60 000 particules par kilogramme de matière sèche**. Les composts de biodéchets séparés à la source sont moins contaminés, mais restent positifs dans la quasi-totalité des cas. Sur des parcelles agricoles traitées avec des composts d'ordures ménagères sur 20 ans, des chercheurs ont quantifié jusqu'à **400 kg par hectare** de microplastiques de 2 à 5 mm. Soit l'équivalent de 80 000 sacs plastique ou 1 800 bouteilles d'eau apportés sur ces sols. ## Le paradoxe du tri obligatoire des biodéchets [Le bilan un an après l'obligation de tri des biodéchets](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an/) montre des volumes collectés en hausse. Mais la qualité des flux est inégale. Voici le paradoxe : **plus on collecte, plus on risque de contaminer le compost** si le tri en amont est insuffisant. Un gros flux mal trié produit plus de compost contaminé qu'un petit flux bien trié. Les unités de compostage industriel sont dimensionnées pour traiter des volumes, pas pour gérer des contaminations plastiques complexes. Les étapes de purification existent (criblage, densimétrie optique) mais elles ont des limites sur les petites particules et elles coûtent cher. Résultat opérationnel : beaucoup de composts commercialisés pour l'agriculture contiennent des microplastiques parce que personne dans la chaîne n'a les moyens, ou l'obligation légale, de les éliminer tous. ## Le rôle des [bioplastiques](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage/) Personne n'en parle, mais c'est le nœud du problème. Les bioplastiques sont présentés comme une solution. En réalité, « compostable » sur un emballage crée de la confusion : les gens le jettent dans le bac à biodéchets, persuadés de bien faire. Sauf que si l'unité de compostage ne maintient pas les conditions requises, l'emballage "compostable" fragmente dans le compost et causent de la contamination. L'étude de _Plastics Engineering_ de 2024 sur le compostage industriel des emballages oxo-biodégradables identifie des métaux lourds (zinc, cuivre, chrome) dans les composts issus de ces matériaux, en plus des microplastiques. Ce sont des contaminants réglementés dans les amendements agricoles, mais les analyses de conformité ne les recherchent pas systématiquement. ## Ce que ça signifie pour les agriculteurs Un agriculteur qui achète du compost certifié NF U44-051 (norme française) reçoit un produit qui a passé des contrôles. Mais ces contrôles ne mesurent pas la concentration en microplastiques, ce n'est pas encore un critère réglementaire obligatoire en France. Il épand du compost contaminé. Les microplastiques s'accumulent dans son sol, couche après couche, épandage après épandage. Ils perturbent la **structure du sol**, la vie microbienne, le drainage. Ils transportent des **polluants adsorbés** (perturbateurs endocriniens, pesticides). Et il le fait de bonne foi, avec des produits légaux, dans le cadre d'une pratique encouragée par la politique agricole française. ## Les pistes de correction existantes **Côté tri amont :** la qualité du tri ménager reste la première ligne de défense. Un biodéchet sans plastique produit un compost sans microplastique. La sensibilisation, les contenants adaptés (sac en papier kraft, pas de plastique compostable pour les collectes porte-à-porte), la formation des professionnels de la restauration, c'est là que ça se joue. **Côté procédé industriel :** des technologies de purification existent, criblage à mailles fines, séparation densimétrique, tri optique. Elles sont efficaces sur les particules au-dessus de 1-2 mm. En dessous, la technique bute. **Côté réglementation :** la Commission européenne étudie l'introduction de seuils maximaux de microplastiques dans les amendements organiques. Ce n'est pas encore dans les textes. En attendant, aucun opérateur n'est légalement tenu de mesurer, ni de réduire. **Côté certification emballages :** plusieurs États membres plaident pour une révision de la norme EN 13432, pour l'adapter aux conditions réelles de compostage (pas seulement les conditions de laboratoire idéales). La Commission n'a pas encore bougé. ## Verdict Le tri obligatoire des biodéchets est une bonne politique. Le compostage industriel aide. Mais la chaîne entière bute sur un problème qu'on n'a pas réglé : les plastiques entrent (oxo-dégradables, compostables mal certifiés, corps étrangers) et ressortent fragmentés dans les composts. Épandre ce compost sur les champs sans limiter les microplastiques, c'est déplacer la pollution. On sort les déchets de la vue pour les enfouir dans les terres nourricières. Il y a un vrai problème là. ## Sources - [ADEME - Microplastiques en France : 3/4 des sols analysés contaminés](https://www.ademe.fr/presse/communique-national/microplastiques-en-france-sur-33-echantillons-3-4-des-sols-analyses-contamines/) - [ADEME Infos 2025 - Microplastiques : contamination potentiellement importante des sols français](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/microplastiques-une-contamination-potentiellement-importante-des-sols-francais/) - [ADEME - Étude microplastiques dans les produits résiduaires organiques](https://occitanie.reseaucompost.org/articles/lecture:microplastiques-presents-dans-les-produits-residuaires-organiques_862) - [La France Agricole - Jusqu'à 400 kg/ha de microplastiques dans les sols agricoles](https://www.lafranceagricole.fr/sol/article/886398/jusqu-a-400-kg-ha-de-microplastiques-dans-les-sols-agricoles) - [Plastics Engineering - Oxo-Biodegradable Packaging in Industrial Composting 2024](https://www.plasticsengineering.org/2024/08/oxo-biodegradable-packaging-in-industrial-composting-005876/) - [Bioplastics News 2025 - The Hidden Risks of Compostable Plastics in Home Composting](https://bioplasticsnews.com/2025/12/08/evidence-compostable-plastic-bad-for-compost-and-soil/) - [Réseau Compost Citoyen - Microplastiques dans les sols : une bombe à retardement](https://reseaucompost.org/articles/2025/05/coup-de-gueule-microplastiques-dans-les-sols-une-bombe-retardement) - [Zero Waste France - Bioplastiques, compostables, biosourcés : on fait le point](https://www.zerowastefrance.org/bioplastiques-compostables-biosources/) --- ## Consigne numérique et QR code : la consigne réinventée - URL: https://www.recy.net/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-02T05:02:00 - Categories: economie-circulaire La consigne, c'est vieux comme le commerce. Une bouteille, un dépôt, une récupération. Sauf qu'avant, il fallait des **systèmes fermés** (une marque, une bouteille, un circuit de récupération propriétaire). Opérateur unique. Pas de flexibilité. La **consigne numérique** inverse le modèle. Un **QR code** unique gravé sur chaque emballage, une **app mobile** pour tracer, des points de retour **multi-opérateurs**. Théoriquement, n'importe quel consommateur peut rapporter n'importe quel emballage consigné chez n'importe quel partenaire, recevoir son crédit instantanément sur son portefeuille numérique. Cela marche mieux sur le papier qu'en pratique. Je dois avouer, j'hésite à croire que la consigne numérique décollera avant 2028. État des lieux de l'innovation qui promet de sauver le réemploi des [emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026). ## La consigne classique : pourquoi ça a échoué en France D'abord, comprendre le passif français. La France a testé la consigne des bouteilles dans les années **1970-1990**. Système simple : bouteille réutilisable en verre, dépôt de 1-2 francs au supermarché, retrait de l'argent au retour. Ça marchait pour les boissons acides (bière, cidre, vin blanc) où le verre inerte suffisait. Problème : la **demande croissante d'emballages légers** pour baissant les coûts de transport et augmenter les marges. Le **[plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) jetable** arrive, c'est plus léger, plus flexible. Les marques y passent. Les circuits de consigne demandent des investissements en flotte, en nettoyage : trop chers pour les petits producteurs. Résultat : fin des années **1990, la consigne classique disparaît**. Resté quelques niveaux sur bière et eau minérale (Breizh Cola, Volvic), mais marginalisé. **2020-2025** : la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) réanime le débat. Objectif : **10 % d'emballages réemployables en 2030**. C'est ambitieux pour un pays sans habitude de consigne. Et les marques crient au loup : coûts, logistique, complexité. Jusqu'à ce qu'une solution numérique surgisse : la consigne via **QR code** et **application mobile**. C'est censé lever les barrières de la consigne classique. En vrai, ça les déplace. ## La consigne numérique : comment ça marche ### Architecture technique 1. **L'emballage réutilisable** (verre, plastique rigide) est gravé d'un **QR code unique** lors de sa production. 2. **Une base de données centralisée** enregistre chaque code et son statut (neuf, en circulation, retourné, endommagé). 3. **Une application mobile** permet au consommateur de : - Photographier le QR code en caisse (ou à la maison). - Enregistrer son retour via scan. - Consulter son **portefeuille numérique** (crédit en euros ou bons d'achat). - Recevoir une notification de confirmation et l'historique des retours. 4. **Points de retour partenaires** équipés de capteurs optiques lisent les codes au retour, valident l'emballage, créditent automatiquement le portefeuille. ### Les avantages réels **Pour le consommateur :** - Pas besoin de se souvenir du prix de consigne (l'app le dit). - Retour possible **chez n'importe quel partenaire**, pas nécessairement le lieu d'achat. - Crédit **instantané** sur un portefeuille dématérialisé (vs attendre une pièce de monnaie), historique des retours et **suivi de l'impact** (tonnes de plastique réemployées). - Notifications de rappel pour ne pas oublier les emballages en stock à domicile. **Pour les marques :** Les marques n'ont plus besoin de **gérer leur propre flotte de retour** (système mutualisé). Elles accèdent à des données en temps réel sur le taux de réemploi et disposent d'une **flexibilité tarifaire** avec des économies à moyen terme. **Pour la planète :** Un emballage réutilisable 30-50 fois génère des économies colossales de matières premières et de transport (circuits courts potentiels). L'app engage les consommateurs via la gamification (points, challenges, communauté) et rend l'impact visible. ### Les limites évidentes **La saucisse de données :** Chaque scan = donnée. Qui a acheté quoi, où, à quel moment. Un **CNIL/RGPD** qui ne dort jamais surveille ce type de plateforme. Les opérateurs doivent anonymiser, sécuriser. Coût opérationnel + risques réputationnels (fuite). **L'adoption consommateur :** Télécharger une app, scanner un code à chaque achat et retour… en 2026, c'est moins frictionnel qu'en 2020, mais ça reste **une friction pour 30-40 % de la population**. Les seniors, les personnes sans smartphone, les clients pressés. La consigne classique (pièce de monnaie, simplicité) avait moins de friction. **L'infrastructure de retour :** Placer des bornes de retour partout suppose investissements massifs. Faut des **capteurs optiques** qui lisent les codes endommagés, des **systèmes d'archivage** pour les emballages usagés. Une petite épicerie locale ne peut pas investir 50 000 euros dans un lecteur. **La fragmentation des systèmes :** Rien n'empêche plusieurs opérateurs de créer plusieurs **apps et bases de données concurrentes**. Un client se retrouve avec 5 apps sur son téléphone, chacune gérée par une marque ou un opérateur différent. C'est exactement ce que le numérique était censé éviter. Et c'est en train de se passer. **Les taux de retour réels :** Actuellement, même avec une app gratuite, les taux de retour sur consigne numérique plafonnent à **40-50 %** (vs 80-90 % attendus). C'est le nœud du problème : à 40 %, le modèle économique ne tient pas debout. Toute la belle promesse technologique s'écroule face au simple fait que les gens perdent ou jettent leurs biens. L'inertie comportementale c'est plus fort qu'une app : il a fallu 30 ans de culture pour faire accepter le verre au bac jaune, et on pense qu'un QR code va changer ça en trois mois. Raison du vrai problème : beaucoup de gens jettent ou gardent les emballages par inertie, même avec incentif financier. Si on perd 60 % des contenants, l'économie circulaire est compromise. ## L'industrie actuelle : startups et acteurs en lice ### Loop (TerraCycle / Carrefour) **Loop** est la plus grande plateforme de consigne numérique en France et Europe. Fondée par TerraCycle (USA), elle propose un système de **boîtes réutilisables** livrées et reprises à domicile via partenaires logistique. Modèle : client commande via app, remplit ses produits de marques partenaires (Danone, Carrefour, L'Oréal) dans des contenants réutilisables, retour par le même véhicule. **Limitation majeure** : uniquement pour livraison à domicile. Pas applicable au commerce traditionnel (supermarché, petit commerce). Cible de facto : cadres urbains avec adresse fixe et accès internet. ### Systèmes locaux (Verre Consigne en Alsace) En Alsace, l'association **Verre Consigne** gère un système quasi-classique mais digitalisé : emballages réutilisables en verre, QR code pour suivi, points de retour chez épiciers et petits commerces locaux. Taux de retour : **60-70 %**, meilleur en France. Raison : ancrage territorial, confiance, proximité des points de retour. ### Initiatives logistiques (Hoppy, Econof) Des startups comme **Hoppy** (circuits courts alimentaires) testent la consigne numérique pour contenants entre producteurs et restaurateurs. Pas encore grand public. Limite : B2B seulement, écosystème fermé, aucun déploiement de masse. ## Le rôle de la réglementation PPWR 2026 Le **Packaging and Packaging Waste Regulation (PPWR)** fixe des objectifs de **réemploi** : - **10 % des emballages de boissons et repas à emporter** en réemploi d'ici **2030**. - **20 % en 2040**. C'est une obligation, pas une suggestion. Les États membres doivent créer les conditions pour atteindre ces chiffres. France ? Aucune obligation légale d'adopter la consigne numérique spécifiquement. Mais c'est l'outil qui rend la consigne **interopérable**, donc **scalable**. Sans elle, réemploi = circuit fermé par marque = complexité inachevable. Le PPWR va donc créer un **vide légal** : comment réemployer 10 % sans système mutualisé ? Cela va pousser les industriels à s'aligner sur un **standard européen** de consigne numérique. Des groupes de travail sont en cours (BeNeLux, Allemagne, France). Résultat : fin 2026 ou 2027, on verra émerger des **standards interopérables** pour QR codes et apps. ## Consigne numérique vs consigne classique : le vrai débat ### Consigne numérique La consigne numérique offre une **scalabilité** impossible avec un circuit fermé unique. Elle génère des **données en temps réel** sur les taux de réemploi et permet une **diversité d'emballages** (verre, plastique rigide, métal) au sein du même système. Mais elle impose une **friction technologique** : télécharger une app, scanner à chaque transaction. Elle crée des **risques de données personnelles** (RGPD, fuite), des **coûts d'infrastructure** (bornes, lecteurs optiques), et une **dépendance à la batterie du téléphone**, problème sérieux pour les populations précaires ou en zones rurales sans électricité fiable. ### Consigne classique (pièce) La simplicité de la consigne classique est déconcertante : une pièce, une bouteille, un remboursement. **Zéro friction technologique**, **taux de retour historiques excellents** (80-95 %), et **aucune donnée personnelle** collectée. Pas de risque CNIL ni d'app à maintenir. Le revers : elle **nécessite un circuit fermé** (une marque = une bouteille type), **se limite aux contenants standards**, impose des **investissements logistiques massifs** à chaque marque, et reste **inflexible pour l'innovation** (nouvelles tailles, matériaux). Verdict honnête : **la consigne classique est plus efficace pour les flux massifs homogènes (bière, eau)**. La consigne numérique est meilleure pour la **diversité et l'interopérabilité**. La réalité : il faudra les deux. Bière/eau → classique. Produits variés → numérique. ## Les vraies barrières à 2026 1. Pas de standard européen unique : 10 pays = 10 apps. Interopérabilité loin d'être résolue. 2. Adoption consommateur stagnante : le QR code est reconnaissable, mais scanner à chaque achat/retour reste friction. 3. Économie fragile : si les taux de retour baissent (comme observé), coût par retour explose. L'équation financière devient insoutenable. Les petits commerces restent également exclus : les investissements en borne sont hors de portée des épiceries et petits supermarchés. ## Ce qui changerait vraiment la donne 1. Puce RFID au lieu de QR code : lecture passive, sans scan, plus robuste. Mais coût initial **10-50x plus élevé**. 2. Vraie standardisation : une app européenne unique gérée par un organisme neutre. Actuellement aucune gouvernance prévue. 3. Incitation forte : crédits de consigne plus généreux (2-5 euros au lieu de 0,30-0,50) pour lever la friction. Enfin, l'intégration aux systèmes de paiement (crédit auto-appliqué en NFC/CB, sans app séparée) reste le vrai verrou à résoudre. ## Sources - [PPWR règlement 2026 - Commission européenne](https://www.nextwaste.fr/la-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-ppwr-se-transforme-en-2026/) - [Loop by TerraCycle - Modèle de consigne numérique](https://www.loopstore.fr/) - [Étude LCA consigne vs jetable - Ministère Transition Écologique 2024](https://www.ecologie.gouv.fr/) --- ## Recyclage des couches bébé : la filière émerge en France - URL: https://www.recy.net/recyclage-couches-bebe-filiere-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-02T05:01:00 - Categories: recyclage Trois milliards cinq cents millions de couches jetables par an en France. Un million de tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) annuels. Et zéro filière de valorisation jusqu'à il y a peu. Les couches atterrissent à la benne, puis à l'incinérateur ou en décharge, leurs matériaux distincts (fibres cellulose, plastiques, polymères super-absorbants) mélangés, perdus. Certains centres de tri ont longtemps trié les couches à la main avant envoi à l'incinérateur, un traitement qui prenait plus de temps que n'importe quel autre déchet. C'est en train de changer, mais lentement. La **responsabilité élargie du producteur (REP) textile sanitaire** entre en vigueur progressivement en 2024-2026. Des technologies comme celle développée par **Fater** et **Suez** permettent de séparer les composants et de les revaloriser. Les couches deviennent enfin un gisement de matière première, pas un fardeau. État des lieux d'une filière qui bouge, avec ses limites réelles et ses vrais goulots. ## Le problème : 3,5 milliards de couches perdues En France, **3,5 milliards de couches jetables** sont consommées chaque année, représentant **351 000 tonnes de [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece)**, soit environ 3 % des ordures ménagères envoyées aux centres de tri. Une couche pèse environ 100 grammes et sa composition se divise en plusieurs fractions distinctes. Entre 50 et 70 % sont des déchets organiques (fèces, urine absorbés), tandis que 10 à 20 % sont des plastiques (voile de contact, film extérieur). Au cœur de la couche, les **polymères super-absorbants (SAP)** occupent 5 à 10 % de la masse et gonflent au contact de l'humidité. Les **fibres cellulose** sont la mèche absorbante (10-20 %), avec des traces de colles, élastiques et velcro. Jusqu'à présent, cette hétérogénéité rendait le recyclage impossible. Pas de technologie économiquement viable pour séparer ces composants. Résultat : incinération (50-60 %), décharge (30-40 %), quelques projets pilotes de compostage (moins de 10 %). Or, chaque filière contaminée coûte cher : la couche mouillée ne peut pas être traitée au même endroit qu'une couche sèche. Les micro-organismes du contenu organique créent des risques sanitaires. Les filières de collecte séparée pour ce type de déchet n'existaient pas. C'est stupide qu'on ait attendu 2025 pour commencer à se poser la question : 3,5 milliards de couches par an depuis quarante ans. ## La REP textiles sanitaires jetables : la base légale C'est la **loi AGEC** (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, 2020) qui a ouvert la voie. Elle impose une **responsabilité élargie du producteur** pour les textiles sanitaires jetables : couches bébé, couches adultes, serviettes hygiéniques, protections incontinence, lingettes. Le calendrier : En **2024**, la REP a été mise en place (création de l'éco-organisme, cahier des charges publié). Sur **2025-2026**, la mise en œuvre opérationnelle est progressive, avec harmonisation avec le [recyclage chimique](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/). L'objectif **2030** : au moins **30 % des couches collectées** pour valorisation (compostage, recyclage, récupération énergétique). Les producteurs (Pampers, Huggies, marques de distributeurs) et distributeurs (Carrefour, Leclerc, etc.) financent cette filière via une **éco-contribution** versée à l'éco-organisme agréé. Cette contribution augmente les prix de vente de quelques centimes par paquet. ## Les solutions : tri, séparation, valorisation ### Fater : la séparation technologique **Fater Recycling**, joint-venture italienne entre **Angelini Industries** et **Procter & Gamble**, a développé une technologie de **séparation des composants** testée et commercialisée depuis 2020 en Italie. Le procédé : les couches sont d'abord **déchiquetées**, puis: 1. Un **détecteur infrarouge** trie les plastiques du reste. 2. Les **fibres cellulose** sont séparées par flottaison (légères) ou densité. 3. Les **polymères super-absorbants** sont extraits chimiquement. 4. Les **résidus organiques** sont séparés ou compostés. Le résultat de valorisation se décline en quatre composantes. La **cellulose (30-40 %)** se transforme en repulpage pour carton, ouate et matériau de construction. Les **plastiques (10-15 %)** se réintègrent dans des granulés pour accessoires plastiques, cintres et meubles de jardin. Les **SAP (5-10 %)** se réutilisent pour les revêtements agricoles (rétention d'eau) et les gels superabsorbants (hygiène industrielle). Les **résidus (10-15 %)** partent en compostage ou valorisation énergétique. Fater envisage d'implanter un centre en France (région Paris/Île-de-France) à horizon 2027-2029, potentiellement avec **Procter & Gamble** (propriétaire de Pampers). Capacité projetée : **50 000 à 100 000 tonnes par an** à plein régime. ### Suez et le compostage "Happy Nappy" Sur un autre front, **Suez Environnement** a lancé un projet baptisé "Happy Nappy" testant le **compostage collectif** des couches de crèche en installations agréées. Le principe : collecter les couches à la source (crèches, maternités) avant contamination complète, les **pré-traiter** (retrait des résidus organiques en excès), puis les **composter en pile statique** avec structurant (paille, copeaux). Avantage : techniquement plus simple que la séparation par Fater. Inconvénient : limité aux institutions (crèches, hôpitaux), pas viable à domicile (risque sanitaire). Impact : traite environ **10 000 couches** par an sur les pilotes (Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes). ### Les Couches Fertiles : le compostage professionnel Une start-up française, **Les Couches Fertiles**, propose un service de **collecte et compostage** de couches compostables en milieu professionnel. Disponible à Paris, Île-de-France et Lyon, elle collabore avec crèches et maternités. **Limite majeure** : ses services ne marchent qu'avec les **couches compostables** (Les Petits Culottés, Love & Green), représentant moins de **5 %** du marché français. Les **couches conventionnelles** (Pampers, Huggies) restent impossibles à composter sans pré-traitement industriel. ## Le réalisme des chiffres : où en est-on vraiment en 2026 La REP textiles sanitaires est en cours de déploiement, pas encore opérationnelle à grande échelle. Et le rythme me surprend : ils annoncent des trucs depuis 2023, mais le terrain reste très vide. **Collecte effective** : Début 2026, seules quelques milliers de tonnes annuelles sont collectées séparément. Environ 0,5 % des 351 000 tonnes produites. Les autres partent en incinération ou décharge comme avant. **Usines de traitement en France** : Zéro usine industrielle pleinement opérationnelle. Fater prépare son implantation. Suez teste à petite échelle. Les technologies existent, la volonté aussi, mais l'industrialisation prend du temps, point. **Projections 2030** : Si la REP s'accélère et que Fater déploie sa première ligne, on pourrait atteindre 30 % de collecte-valorisation (105 000 tonnes/an) d'ici 2030. Les chiffres sont optimistes : ils supposent investissements confirmés et prix de marché soutenables. ## Pourquoi c'est compliqué (et pourquoi ça avance quand même) Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Amiante : 20 millions de tonnes, zéro filière](/amiante-batiments-desamiantage-filiere-recyclage-france). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Textiles sanitaires : la filière fantôme à 800 000 tonnes](/textiles-sanitaires-usages-filiere-fantome-800000-tonnes). ### Le coût comparé à l'incinération L'**incinération** d'une couche coûte **80-120 euros la tonne** grâce aux économies d'échelle et la technologie maîtrisée. Le **recyclage** (séparation + valorisation) coûte **80-150 euros la tonne** industriellement, un surcoût de 10 à 20 %. La REP impose aux producteurs de financer cette différence via l'éco-contribution. Sans cette obligation réglementaire, le marché ne décollerait pas. C'est un pari que la valeur des matériaux valorisés (cellulose, plastique) et la réduction des coûts d'incinération compenseront, à terme, l'écart. ### Les limites du compostage Le compostage (Suez, Les Couches Fertiles) présente plusieurs limitations. Il pose des **risques sanitaires** car les résidus organiques incluent pathogènes et virus, seules les installations agréées (haute température, longs temps de rétention) peuvent traiter. Il souffre de **limites de capacité** : le processus prend 4-6 mois, impensable pour des ménages produisant 3-4 couches/jour. Le **marché reste réduit** : crèches, maternités et hôpitaux représentent seulement quelques millions de couches/an contre 3,5 milliards au total. Le compostage aura un rôle marginal, utile pour les institutions. Fater (séparation industrielle) est l'avenir de la filière de masse. ### La question du contenu organique Une couche mouillée contient **5-15 grammes de matière organique** (fèces, urine). C'est à la fois un problème (contamination) et une ressource (biogaz potentiel). Les **technologies Fater** supposent un pré-traitement pour retirer ce contenu avant séparation, puis **compostage ou valorisation énergétique** du résidu. Aucune filière n'est "propre" : chaque option a des coûts et des impacts environnementaux. La REP, c'est choisir le moindre mal et le financer collectivement. ## L'impact environnemental réel Pour comparer le **recyclage Fater** à l'**incinération classique**, il faut regarder plusieurs critères. L'**incinération** offre une récupération énergétique de 35-40 % thermique, avec des émissions CO₂ d'environ 0,5 tonne CO₂e/tonne (production de vapeur, transport). Le **recyclage Fater** atteint une récupération de matériaux de 35-45 % réintégrés industriellement, mais génère environ 0,6 tonne CO₂e/tonne (transport, chauffage du séparateur, transport matériaux secondaires). Il **évite l'extraction/raffinage de matières neuves** (cellulose vierge, plastique vierge), générant des économies de 1-1,5 tonne CO₂e/tonne à moyen terme. Verdict : **bilan carbone positif à 3-5 ans**, selon les études LCA. L'urgence n'est pas environnementale massive (les couches ne sont que 3 % des OMR), mais symbolique et réglementaire. C'est un test de capacité d'une économie circulaire à s'appliquer aux flux jusqu'ici abandonnés. ## Le calendrier pour les parents : où mettre ses couches en 2026 Actuellement : - Poubelles normales : 99 % des couches finissent ici, pas d'alternative. - Collecte séparative REP : disponible ponctuellement en région Île-de-France (via partenaires). Marges réduites. - Couches compostables + Couches Fertiles : dispo à Paris/Lyon, supplément de prix 50 %. - Crèche/Maternité : Happy Nappy (Suez) si partenariat local. En 2027-2028, si Fater accélère, les points de collecte devraient se multiplier (poubelles dédiées en déchèteries, magasins partenaires). ## Sources - [Fater Recycling - Procédé de récupération couches](https://www.consoglobe.com/recyclage-des-couches-protections-intimes-cg) - [Bilan de la filière REP textiles sanitaires - ADEME / Citeo 2025](https://www.zerowastefrance.org/textiles-sanitaires-a-usage-unique-une-filiere-rep-attendue-mais-deja-decevante/) - [Planetoscope - Chiffres production couches France](https://www.planetoscope.com/hygiene-beaute/882-production-de-couches-culottes-jetables-en-france.html) --- ## Symbiose industrielle : les déchets en matière première - URL: https://www.recy.net/symbiose-industrielle-dechets-matiere-premiere/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-03-02T05:00:00 - Categories: economie-circulaire La symbiose industrielle, c'est l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) qui marche sur le terrain. Concrètement : les résidus d'une aciérie chauffent une cimenterie, les eaux usées d'une usine chimique deviennent eau de refroidissement ailleurs, la vapeur perdue se capte et se réinjecte. Les [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) de l'un deviennent la matière première de l'autre. Pas de greenwashing, du résultat quantifié en euros économisés et en tonnes de ressources préservées. En France, **71 écologies industrielles territoriales (EIT)** sont en fonctionnement ou en développement, selon l'ADEME. C'est un mouvement en accélération, porté par la réglementation européenne (PPWR) et la nécessité pour les industriels de baisser leurs coûts. Je dois avouer qu'en visitant Dunkerque pour la première fois, j'ai été surpris par la densité des tuyauteries entre usines. Ça ressemble à de la plomberie géante, mais qui fonctionne. Décryptage des modèles qui marchent et des freins réels. ## Qu'est-ce que la symbiose industrielle ? La symbiose industrielle, ou Écologie Industrielle et Territoriale (EIT), consiste à optimiser les flux de ressources partagées par un ensemble d'entreprises ancrées sur un territoire. Ces ressources incluent matériaux, énergies, eaux, [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece), mais aussi infrastructures, services, expertise. Le principe est simple : chaque entreprise produit des **flux sortants** (déchets, résidus, pertes) qui peuvent devenir des **flux entrants** pour une autre. Au lieu de traiter ces résidus comme un coût à gérer (transport, dépollution, mise en décharge), on les valorise en matière première. Trois leviers opérationnels structurent ce modèle. Le premier, la mutualisation, repose sur le partage d'équipements, de transports ou de services (laboratoire, restauration). Ensuite vient la substitution : utiliser un déchet comme intrant plutôt que d'acheter la matière première neuve. Enfin, les créations de synergies développent des activités entièrement nouvelles au croisement des flux existants. Contrairement au recyclage classique qui recycle isolément (tri → usine spécialisée), l'EIT crée un écosystème local où les entreprises apprennent à se connaître et à copier les flux naturels : dans la nature, les déchets d'un organisme alimentent un autre. ## Dunkerque : le pionnier français Dunkerque est le modèle français de symbiose industrielle. L'histoire commence en 1962. **ArcelorMittal** (alors Usino) s'implante en bordure de mer avec sa sidérurgie massive. Trois ans plus tard, **EDF** y construit une centrale thermique, non par hasard : elle va capturer les gaz de processus de l'aciérie pour la faire fonctionner, réduisant ainsi le coût de sa propre énergie. À l'époque, personne n'appelait ça "symbiose" : c'était juste "avoir EDF à côté qui nous achète nos gaz et on économise du fuel", point. Les gens qui font du business gagnant-gagnant ne théorisent pas, ils le font. Le concept de "symbiose" a été théorisé bien après, une fois que les gens ont compris qu'on était sur quelque chose d'important. Voilà le point de départ : une première synergie, accidentelle mais très concrète. Quarante ans plus tard, en 2001, les collectivités et industriels décident de formaliser cette démarche. Naît **ECOPAL** (Economie, Patrimoine, Acteurs, Locaux), association structurant l'écologie industrielle dunkerquoise. Rapidement, le tissu industriel local s'enrichit de partenariats. Les résidus de raffinage alimentent les usines chimiques voisines. Les eaux de refroidissement d'une usine à chaud deviennent eau d'appoint ailleurs. Les scories de l'aciérie (résidu du processus sidérurgique) deviennent matière première pour la cimenterie. Et la vapeur perdue se capture et se redistribue aux sites voisins. Résultat chiffré : selon ECOPAL, la symbiose industrielle dunkerquoise génère aujourd'hui une **réduction estimée à plus de 150 000 tonnes de CO₂ par an**, économise plusieurs dizaines de millions d'euros d'achats de matières premières et d'énergie, et crée plusieurs centaines d'emplois directs et indirects. Le site compte désormais **150 entreprises** engagées dans des synergies. Et ce n'est pas figé : l'arrivée de la **gigafactory de batteries Verkor** (2025-2027) et du projet **Prologium** (batteries lithium-ion) va créer de nouvelles opportunités de recyclage de batteries et de récupération thermique. ## PIICTO : la symbiose en zone industrialo-portuaire En région PACA, à Fos-sur-Mer, le **Parc d'Innovation et d'Industrie Circulaire Territorial Océan (PIICTO)** applique les mêmes principes sur un périmètre différent. Porté par le Grand Port Maritime de Marseille, il s'appuie sur l'une des plus grandes zones industrialo-portuaires d'Europe. PIICTO cible spécifiquement les **résidus industriels lourds** (sidérurgie, chimie, raffinage), les **coproduits énergétiques** et les **flux de biomasse** comme gisements de matière première. L'idée : transformer la ZIP de Fos en écosystème circulaire, en partageant utilités, énergies et flux entre les industriels implantés. Parmi les synergies en cours à PIICTO : la récupération des gaz de procédé sidérurgiques alimente les procédés chimiques voisins. Le partage des utilités (vapeur, eau industrielle, électricité) entre sites réduit les pertes. La valorisation des résidus de raffinage et des coproduits organiques crée des intrants pour d'autres filières. Moins médiatisé que Dunkerque, PIICTO illustre le potentiel des grandes zones industrialo-portuaires françaises à structurer une économie circulaire à grande échelle, là où les flux sont suffisamment denses pour justifier les investissements d'interconnexion. ## L'exemple de l'industrie chimique wallonne Plus au nord, en Wallonie voisine, la **vallée chimique de Liège** fonctionne aussi sur base de symbioses. Les résidus d'une usine de traitement de surface alimentent une usine de valorisation chimique, qui elle-même produit des résidus captés ailleurs. C'est moins formel que Dunkerque (pas de label ECOPAL), mais ça marche. Cet exemple rappelle que l'EIT n'attend pas de labels ou de réglementation pour naître. Elle émerge quand les distances sont courtes, les coûts de transport bas, et les prix de l'énergie/matière première suffisamment élevés pour justifier des investissements en tuyauterie et logistique. ## Les bénéfices mesurables ### Économies directes Pour une entreprise, rejoindre une EIT ouvre plusieurs sources d'économies. La réduction des coûts de matière première est immédiate : acheter moins de neuves car on utilise les résidus d'un voisin à prix négocié. La facture énergétique baisse quand plusieurs sites partagent la chaleur, l'eau froide, l'électricité. Et au lieu de traiter ses résidus (tri, dépollution, mise en décharge = coûts), on les valorise (revenu). Dunkerque chiffre cela à **plusieurs dizaines de millions d'euros** d'économies annuelles pour l'ensemble des entreprises engagées. ### Bénéfices environnementaux Les retombées environnementales s'enchaînent. L'extraction, le transport longue distance et le raffinage de matière première neuve diminuent. Les ressources naturelles s'étirent : moins de minerais extraits, moins de pétrole raffiné. Les transports se réduisent, donc moins de HGV polluant. À l'échelle territoriale, un tissu industriel moins gourmand en eau et énergie préserve les écosystèmes locaux. À Dunkerque, les **150 000 tonnes de CO₂ évitées annuellement** (estimation ECOPAL) placent le site au rang des références françaises en matière d'EIT. ### Ancrage territorial et emplois La symbiose industrielle crée des emplois locaux non délocalisables : conducteurs de tuyauterie, techniciens en optimisation des flux, opérateurs des centrales d'échange thermique, ingénieurs EIT. Ces métiers ancrés, pas délocalisables, créent une résilience économique territoriale. ## Les freins réels ### La distance : critère invisible mais décisif Une synergie suppose des distances courtes. Transporter des déchets sur 500 km pour les valoriser coûte plus cher que de traiter sur place. L'EIT fonctionne sur des **rayons de 10 à 50 km** selon la nature des flux. Hors de ce périmètre, c'est du recyclage distant classique, avec tous ses coûts. ### Les incompatibilités chimiques Deux usines voisines ne produisent pas forcément des résidus compatibles. Une aciérie produit de la scorie ; une papeterie, des résidus fibreux et chimiques. Avant de mixer, il faut analyses chimiques, normes environnementales, traçabilité. C'est long. Sur ce point je ne suis pas certain que la chimie soit vraiment l'obstacle maximal. Ça l'est sur le papier, mais sur le terrain j'ai vu des usines trouver des débouchés pour des trucs qu'on pensait incompatibles. ### L'inertie bureaucratique Chaque nouvelle synergie suppose contrats, autorisations administratives, tiers de confiance pour certifier que les "déchets" échangés ne sont pas des pratiques de dumping déguisé. L'ADEME et les préfectures jouent ce rôle, mais les délais d'instruction peuvent s'étirer sur 6 mois à 2 ans. ### Le coût d'investissement initial Installer une tuyauterie entre deux sites, des postes de traitement intermédiaires, automatiser les transferts : c'est plusieurs millions d'euros. Les PME isolées ne paient pas seules ces investissements ; ils s'amortissent sur un parc d'au moins 5-10 entreprises, ce qui demande une volonté collective. ## La réglementation européenne PPWR accélère la tendance Le **Packaging and Packaging Waste Regulation (PPWR)**, entrant en vigueur le 12 août 2026, impose des objectifs de réemploi et de recyclage. De facto, il pousse les industriels à organiser des économies circulaires locales plutôt que de payer les éco-contributions liées à la gestion des déchets. Une entreprise qui réduit ses déchets via une synergie paie moins de contribution à l'éco-organisme. C'est un incitatif économique direct. La future **loi Circular Economy Act** (attendue fin 2026) structurera les marchés de matière première secondaires, facilitant la certification et la traçabilité des flux échangés au sein d'EIT. Un appui réglementaire bienvenu. ## Comment démarrer une symbiose dans son territoire **Étape 1 : Diagnostic de flux**, Cartographier les entreprises présentes (sièges géographiques, type d'activité), leurs flux entrants et sortants (matières, énergie, eaux). L'ADEME propose des outils et finance ces études. **Étape 2 : Identifier les compatibilités**, Analyser chimiquement les résidus et besoins. Un résidu sidérurgique peut-il devenir sous-couche routière ? Combien de tonnes/an ? À quel coût de traitement actuel ? **Étape 3 : Pilote commercial**, Signer un contrat avec 2-3 pairs pour échanger à petite échelle et tester logistiquement. Comptez 6-12 mois pour valider. C'est là que la plupart des projets s'arrêtent : les premiers mois ça marche, puis les flux deviennent irréguliers ou les coûts de transport s'avèrent plus élevés que prévu. **Étape 4 : Structuration collective**, Créer une association ou fédération (comme ECOPAL), obtenir le label ADEME EIT, formaliser les synergies dans une charte. **Étape 5 : Accès aux financements**, Solliciter les aides ADEME, régionales, les prêts BPI pour les investissements matériels (tuyauteries, automatisations). ## Sources - [ECOPAL - Écologie industrielle Dunkerque](https://www.communaute-urbaine-dunkerque.fr/communaute-urbaine/les-competences/developpement-economique/ecologie-industrielle) - [Dossier EIT de l'ADEME](https://www.ademe.fr/expertises/economie-circulaire/elements-portail/ecologie-industrielle-territoriale-eit) - [Règlement PPWR 2026 - Commission européenne](https://www.nextwaste.fr/la-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-ppwr-se-transforme-en-2026/) --- ## Loi AGEC menacée : le Sénat recule sur le plastique - URL: https://www.recy.net/loi-agec-senat-recul-plastique-ddadue-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-28T05:00:00 - Categories: dechets Février 2026. Pendant que la loi AGEC fête ses six ans, le Sénat examine le projet de loi Ddadue (Diverses Dispositions d'Adaptation au Droit de l'Union Européenne) qui, sous couvert d'harmonisation européenne, tente de détricoter certaines avancées contre le [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) à usage unique. La réalité du terrain : le lobby plastique n'a pas dit son dernier mot. J'ai suivi de près les amendements pro-plastique : j'ai reconnu les noms de trois négociants en emballages que j'avais audités. Même modus operandi que 2019, même rhétorique. Bonne nouvelle partielle : les sénateurs ont massivement rejeté les amendements les plus agressifs. Mais certains reculs ont quand même été actés. Décryptage. ## Ce que le Sénat a sauvé (de justesse) Face à la mobilisation des ONG comme Zero Waste France et Surfrider, les sénateurs ont repoussé plusieurs amendements qui auraient vidé la loi AGEC de sa substance : **L'objectif zéro plastique à usage unique d'ici 2040** a été maintenu malgré des amendements qui proposaient de le supprimer ou de le repousser. **La réduction de 50 % des bouteilles plastiques d'ici 2030** a résisté à la pression du lobby des emballeurs qui poussait pour un assouplissement. Enfin, **l'interdiction des contenants plastiques en restauration collective** (cantines scolaires, événements publics) est restée intacte face à un amendement qui voulait rouvrir la porte au plastique. En clair : le noyau dur de la loi AGEC tient. Mais il a fallu batailler, et rien ne garantit que la même résistance tiendra à l'Assemblée nationale lors de la deuxième lecture. ## Les reculs qui sont passés Tout n'a pas été sauvé. Deux reculs significatifs ont été adoptés : ### Le réemploi des emballages sacrifié Les objectifs de réemploi fixés par la loi AGEC, 10 % d'emballages réemployés d'ici 2027, ont été jugés « incompatibles » avec le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation). Le Sénat a donc voté pour les limiter. C'est un coup dur. Le réemploi, c'est le maillon manquant de l'économie circulaire. Recycler, c'est bien. Réemployer, c'est mieux. Et en ramenant les ambitions à la baisse, on tire le signal très clair que le réemploi n'est pas une priorité d'État. Pendant ce temps, une petite startup essaye de faire de la consigne de café, les distributeurs refusent parce que « c'est trop compliqué » et ils se demandent pourquoi personne ne lui donne de l'argent. Le [bilan de la loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) montrait justement que le réemploi était le domaine où les objectifs étaient le moins atteints. Au lieu de renforcer les moyens, on abaisse la barre. ### La REP textiles sanitaires réduite aux lingettes La filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) pour les textiles sanitaires à usage unique devait couvrir les lingettes, les couches, les serviettes hygiéniques et les essuie-tout. Le Sénat l'a restreinte aux seules lingettes, soit moins de 2 % du flux de déchets concerné. Concrètement, les fabricants de couches et de serviettes hygiéniques échappent à leur responsabilité de financer la collecte et le traitement de leurs produits. On parle de millions de tonnes de déchets par an qui ne seront pas couverts par le principe pollueur-payeur. ## Le vrai problème : l'harmonisation européenne comme prétexte L'argument systématique des partisans du recul, c'est l'harmonisation avec le droit européen. « On ne peut pas aller plus loin que l'Europe. » En clair : la France, qui était pionnière avec la loi AGEC, devrait s'aligner sur le plus petit dénominateur commun européen. C'est un choix politique, pas une obligation juridique. Rien dans le PPWR n'interdit aux États membres d'être plus ambitieux. La France avait justement choisi de l'être en 2020. Six ans plus tard, la pression industrielle utilise le cadre européen comme levier pour revenir en arrière. Les [obligations REP pour les emballages professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026) montrent pourtant que quand la France avance seule, le marché s'adapte. Les industriels trouvent des solutions. Le problème n'est jamais technique, il est toujours politique. ## Ce qui se joue à l'Assemblée nationale Le projet Ddadue va maintenant passer en deuxième lecture à l'Assemblée nationale. C'est là que les reculs votés au Sénat pourront être corrigés, ou confirmés. Les ONG environnementales ont déjà annoncé une mobilisation renforcée. Les points à surveiller : Sur le **réemploi**, l'Assemblée va-t-elle restaurer les objectifs de 10 % d'emballages réemployés ou entériner l'abaissement sénatorial ? Sur la **REP textiles sanitaires**, va-t-on étendre la filière au-delà des lingettes pour inclure couches et protections hygiéniques ? Sur la **consigne**, l'expérimentation prévue par la loi AGEC avance au ralenti, l'Assemblée pourrait accélérer le calendrier. ## Ce que ça change pour le recyclage Le lien avec le recyclage est direct. Quand on affaiblit le réemploi, on augmente mécaniquement les volumes à recycler. Or les taux de recyclage français plafonnent déjà sur plusieurs matériaux. Le recyclage chimique des plastiques, souvent présenté comme la solution miracle, reste marginal en volume et coûteux en énergie. La loi AGEC avait une logique claire : réduire d'abord, réemployer ensuite, recycler en dernier recours. Affaiblir le deuxième pilier sans renforcer le premier, c'est condamner le système à dépendre exclusivement du recyclage, qui ne peut pas tout absorber. ## En résumé Le noyau dur de la loi AGEC a résisté au Sénat. Mais les reculs sur le réemploi et la REP textiles sanitaires sont des signaux préoccupants. L'Assemblée nationale aura le dernier mot. Si vous voulez agir : contactez votre député, soutenez les ONG qui portent ce combat, et continuez à privilégier le réemploi au quotidien. Le meilleur déchet reste celui qu'on ne produit pas. ## Sources - [Zero Waste France - Le Sénat sauvegarde les fondamentaux de la loi AGEC](https://www.zerowastefrance.org/reduction-des-plastiques-a-usage-unique-le-senat-sauvegarde-les-fondamentaux-de-la-loi-agec/), Analyse complète du vote sénatorial - [Reporterre - Le retour du plastique à usage unique en débat au Sénat](https://reporterre.net/Un-senateur-veut-faire-revenir-le-plastique-partout), Enquête sur les amendements pro-plastique - [Surfrider France - 6 ans de la loi AGEC, les plastiques attaqués par les industriels](https://www.surfrider.fr/press/6-ans-de-la-loi-agec-la-reduction-des-plastiques-a-usage-unique-attaquee-par-les-industriels/), Point de vue des ONG environnementales - [Pure Ocean - Pollution plastique, comment envisager un retour en arrière](https://www.pure-ocean.org/2026/02/26/pollution-plastique-comment-peut-on-encore-envisager-de-revenir-en-arriere-en-2026/), Tribune sur le recul politique --- ## Robots trieurs IA : 70 gestes/min, le tri change d'échelle - URL: https://www.recy.net/robots-trieur-ia-centre-neuron-recyclage-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-28T05:00:00 - Categories: tri Un robot de tri effectue 70 gestes par minute avec une précision supérieure à 90 %. Un trieur humain expérimenté en fait entre 30 et 50, avec un taux d'erreur plus élevé et des conditions de travail éprouvantes. En clair : l'automatisation des centres de tri n'est plus une expérimentation, c'est une réalité industrielle qui s'accélère en 2026. Veolia déploie ses bennes intelligentes équipées d'IA, les robots SamurAI et Max AI envahissent les lignes de tri, et les premiers centres entièrement automatisés voient le jour. C'est frappant : dans certains centres de tri, les équipes sont passées de plusieurs dizaines de personnes qui triaient manuellement en 2018 à une poignée aujourd'hui. Les personnes concernées ont souvent une vraie difficulté à retrouver un poste ailleurs. L'automatisation c'est pas juste un gain de productivité, c'est aussi une question de santé au travail qu'on évite de poser. La question n'est plus « si » mais « comment » cette transition va transformer le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) français. ## Des robots qui trient mieux et plus vite Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le robot SamurAI de Machinex atteint 70 manipulations par minute, soit presque le double d'un opérateur humain. Le Max AI de Bulk Handling Systems annonce 2 400 gestes de tri par heure contre environ 2 100 pour un agent humain. Et ces robots fonctionnent 24 heures sur 24, sans pause, sans fatigue, sans TMS. La précision est l'autre avantage décisif. Grâce à la vision par ordinateur et au deep learning, ces machines identifient les matériaux avec une fiabilité supérieure à 90 %. Elles distinguent un PET clair d'un PET opaque, un carton alimentaire d'un carton standard, un film plastique d'un sac réutilisable. Des distinctions que l'œil humain fait aussi, mais avec un taux d'erreur qui augmente au fil des heures. La différence majeure avec le tri optique déjà déployé : ici, on ne parle pas seulement de détection, mais de préhension physique. Les robots sont équipés de pinces, de ventouses ou de systèmes pneumatiques qui saisissent effectivement les objets sur le tapis. C'est du tri robotisé de bout en bout. ## Veolia : l'IA embarquée dans les bennes Veolia a pris un angle différent : plutôt que d'attendre l'arrivée des déchets en centre de tri, l'IA est embarquée directement dans les véhicules de collecte. Depuis fin 2025, 40 bennes sont déployées en France, équipées de caméras de reconnaissance optique fournies par la start-up française Lixo. Ces bennes identifient plus de 30 familles de déchets en temps réel pendant la collecte. Concrètement, quand un camion vide une benne d'entreprise, l'IA analyse la composition et génère un diagnostic instantané : taux de tri, présence d'erreurs, nature des contaminants. L'objectif est double : - **Conformité réglementaire** : avec le décret 5 flux et les obligations de tri pour les entreprises, les 12 000 clients concernés reçoivent des rapports personnalisés prouvant leur conformité - **Amélioration du geste de tri** : en identifiant les erreurs récurrentes, Veolia peut accompagner ses clients vers un meilleur tri à la source Les premières expérimentations ont montré une amélioration mesurable de la qualité du tri chez les entreprises suivies. C'est de la collecte mobile intelligente, et ça change la donne pour les filières de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) qui souffrent de la contamination des flux entrants. ## La question sociale : les trieurs humains C'est le sujet qu'on évite trop souvent. En France, plusieurs milliers de personnes travaillent comme trieurs manuels dans les centres de tri. Des postes physiquement éprouvants, souvent mal rémunérés, avec des expositions à la poussière, aux odeurs et aux risques sanitaires. La réalité du terrain : l'automatisation va supprimer une partie de ces postes. Pas tous, il faudra toujours de la maintenance, de la supervision, de la gestion des rejets et des flux complexes. Mais les lignes de tri manuel pures vont progressivement disparaître. Deux façons de voir les choses : qu'on automatise pour réduire les coûts et l'emploi tant qu'à faire, ou qu'on reconnaît que ces postes sont dangereux et mal payés. Les centres de tri peinent déjà à trouver des opérateurs. Les nier c'est hypocrite, mais les ignorer dans la transition c'est lâche. La bonne approche, c'est d'accompagner : formation aux métiers de la maintenance robotique, montée en compétences des opérateurs existants vers la supervision des lignes automatisées, plans de reconversion financés par les éco-organismes qui bénéficient directement de la productivité accrue. ## Impact sur les taux de recyclage L'automatisation ne se résume pas à un gain de productivité. Elle change structurellement la qualité du tri, et donc les taux de [recyclage](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) effectifs. Trois effets concrets se dessinent : moins de refus (un tri précis envoie moins de recyclables en enfouissement), une meilleure pureté des flux (les balles livrées aux recycleurs sont plus propres, réduisant les coûts de retraitement), et l'ouverture de nouveaux flux valorisables comme les films plastiques ou les emballages composites, trop complexes à trier manuellement. Les guides du tri sélectif vont devoir évoluer en conséquence. Plus on accepte de matériaux dans les bacs de tri, plus la pression monte sur les centres pour les traiter correctement. L'IA et la robotique sont la réponse technique à cette extension des consignes. ## Ce qui arrive en 2026-2027 Plusieurs projets majeurs sont en cours de déploiement : - Centres de tri nouvelle génération : des installations capables de traiter plus de 60 000 tonnes par an avec une automatisation quasi totale, opérationnelles dès 2026 - Extension des bennes IA Veolia : après les 40 premières, l'objectif est de couvrir l'ensemble du parc de collecte professionnelle - Convergence tri optique + robotique : les prochains centres combineront la détection par spectroscopie infrarouge avec la préhension robotisée pour un tri en cascade à très haute vitesse L'investissement est lourd, plusieurs millions d'euros par ligne robotisée, mais le retour sur investissement est rapide grâce à la productivité et à la valeur des matériaux récupérés. ## En résumé Le recyclage entre dans l'ère de l'automatisation. Les robots trient plus vite, plus précisément et en continu. Veolia embarque l'IA directement dans ses camions. Les taux de recyclage devraient en bénéficier mécaniquement. Reste la question sociale, qui mérite une réponse à la hauteur de la transformation en cours. Ignorer le sujet de l'emploi serait irresponsable. L'accompagner, c'est la seule option viable. ## Sources - [Machinex - Robots trieurs SamurAI](https://www.machinexrecycling.com/fr/tri/equipements/robot-trieur-samurai/), Spécifications techniques des robots de tri à 70 gestes/minute - [Veolia - Déploiement IA pour le tri des déchets d'entreprises](https://www.veolia.fr/medias/communiques-presse/veolia-deploie-solution-avancee-dia-optimiser-tri-recyclage-dechets), Communiqué officiel sur les bennes intelligentes - [L'Usine Nouvelle - Comment l'IA et les robots dopent le tri des déchets](https://www.usinenouvelle.com/article/comment-l-intelligence-artificielle-et-les-robots-dopent-le-tri-des-dechets.N2114176), Panorama industriel de l'automatisation du tri --- ## Bordeaux-Espagne : 8 000 t de déchets, relaxe en 2026 - URL: https://www.recy.net/scandale-bordeaux-espagne-trafic-dechets-proces-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-28T05:00:00 - Updated: 2026-06-02T10:00:00 - Categories: dechets Les 26 et 27 février 2026, six personnes et trois entreprises girondines ont comparu devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Le ministère public reprochait aux prévenus l'organisation présumée du transfert de plus de 8 000 tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) vers l'Espagne, qui auraient été enfouies dans la région de Saragosse. Une procédure pénale qui touchait directement la question de la fiscalité française sur les [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) et de la traçabilité des flux transfrontaliers. J'ai suivi le dossier à charge fin février. Les prévenus ont contesté l'ensemble des accusations. Le tribunal a tranché le 1er juin 2026 (voir mise à jour en tête). ## Mise à jour, 2 juin 2026 Le tribunal correctionnel de Bordeaux a [relaxé les trois sociétés](https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/gironde-33/gironde-les-trois-societes-soupconnees-de-trafic-de-dechets-vers-l-espagne-relaxees-8647697?at_locale=27) le 1er juin 2026. Greenrecup'33, Azura Recyclage et 3VR, ainsi que leurs dirigeants, ressortent sans condamnation, sur l'ensemble des chefs poursuivis : contrebande de marchandises dangereuses, gestion irrégulière de déchets en bande organisée, transferts transfrontaliers sans notification. Les sociétés ont toujours contesté les accusations portées depuis l'inspection DREAL de novembre 2022, en maintenant que leurs flux étaient gérés conformément au cadre réglementaire applicable. Le réquisitoire évoquait jusqu'à 400 000 euros d'amende contre Greenrecup'33. Le tribunal n'a pas suivi. Sur les volumes, les sources presse parlent désormais de 6 000 tonnes sur la période 2020-2024, là où le dossier d'instruction initial évoquait plus de 8 000 tonnes concentrées sur fin 2020-fin 2021. Le jugement clôt la procédure pénale à charge. La suite de cet article restitue l'instruction et le déroulé du procès tels que présentés à l'audience par le parquet. Cette qualification pénale n'a pas été retenue par le tribunal. ## Trois entreprises, un système décrit par le parquet Les sociétés poursuivies étaient Greenrecup 33 (Blanquefort), Azura Recyclage (Bassens) et 3VR (Canéjan). Toutes basées en Gironde, toutes actives dans le tri et le recyclage. Selon le parquet, ces entreprises auraient expédié une partie de leurs flux de déchets vers l'Espagne pour y être enfouis. Les sociétés ont contesté cette présentation et la qualification pénale retenue dans le dossier. L'enquête a démarré après une inspection de la DREAL en novembre 2022 sur le site de Greenrecup 33. Les agents ont relevé, selon le dossier d'instruction, plusieurs points qui ont conduit à l'ouverture d'une procédure : - Des transferts transfrontaliers que le parquet présentait comme effectués sans notification préalable, sur le fondement du règlement européen sur les transferts de déchets ; - Une question de paiement de la TGAP, la taxe générale sur les activités polluantes ; - Des doutes sur la traçabilité documentaire des flux ; - Le stockage de certaines fractions (batteries, peintures, solvants) dans des conditions discutées à l'audience. Le ministère public décrivait à l'audience un dispositif structuré, impliquant selon lui des intermédiaires en Espagne. Cette lecture n'a pas été retenue par le tribunal au terme du jugement du 1er juin 2026. ## Pourquoi c'est un problème systémique La TGAP, c'est le mécanisme fiscal qui rend l'enfouissement coûteux en France pour inciter au recyclage. Sa trajectoire haussière est justement conçue pour pousser les acteurs vers la valorisation. Mais quand des opérateurs contournent cette taxe en exportant illégalement, tout le système déraille. Le raisonnement économique est simple : enfouir en Espagne coûte une fraction du prix français. Sans TGAP, sans contrôles stricts à la frontière, l'incitation financière est énorme. Et tant que les sanctions restent faibles par rapport aux bénéfices, le trafic continue. Ce cas bordelais n'est pas isolé. Les saisies douanières de déchets plastiques se multiplient à travers l'Europe. Europol estime que le trafic de déchets génère plusieurs milliards d'euros par an, avec des réseaux de plus en plus structurés. ## L'impact sur la confiance dans le tri Quand une procédure judiciaire de ce type émerge, ça interpelle. La confiance dans la chaîne de tri repose sur la conviction que ce qu'on dépose dans le bac finit valorisé. J'hésitais à couvrir ce procès parce que je connais le risque de raccourci : "vous voyez, c'est du greenwashing". La relaxe prononcée le 1er juin 2026 invite justement à éviter ce raccourci. La France affiche des taux de recyclage encore insuffisants sur plusieurs matériaux. L'une des raisons : le scepticisme du public. « À quoi bon trier si ça finit dans une décharge ? » Ce type d'affaire, même dénouée par une relaxe, alimente ce discours dans l'opinion. Les filières de recyclage françaises fonctionnent, dans leur grande majorité, de manière rigoureuse. Le contentieux judiciaire fait partie du fonctionnement normal d'un secteur sous surveillance environnementale. Une procédure ouverte, instruite, puis tranchée par un tribunal, c'est aussi la preuve que les contrôles existent. ## Ce qu'il faut changer concrètement Les contrôles de la DREAL ont fonctionné dans ce cas précis. Mais il a fallu attendre novembre 2022 pour détecter un trafic qui durait depuis des mois, voire des années. Quelques pistes concrètes : - Renforcer les inspections : les moyens de la DREAL et des douanes sur les flux transfrontaliers de déchets restent insuffisants au regard des volumes en jeu ; - Durcir les sanctions : les amendes doivent être dissuasives par rapport aux gains. Si enfouir illégalement rapporte plus que l'amende encourue, le calcul est vite fait ; - Traçabilité numérique : le suivi GPS et la dématérialisation des bordereaux de suivi des déchets (BSD) doivent devenir la norme, pas l'exception ; - Responsabiliser les donneurs d'ordre : les entreprises qui confient leurs déchets doivent vérifier la destination finale, pas juste signer un bon de collecte. Le procès de Bordeaux est un signal. Le [greenwashing sanctionné par la DGCCRF](/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises) et les trafics de déchets relèvent du même problème de fond : un décalage entre le discours environnemental et les pratiques réelles. ## Ce que le jugement laisse comme enseignement Le verdict du 1er juin 2026 referme la procédure pénale ouverte en 2022. Les trois sociétés ressortent sans condamnation, sur l'ensemble des chefs poursuivis. La filière déchets observait ce dossier depuis trois ans : la décision rappelle qu'une mise en examen et un renvoi ne valent pas culpabilité, et que la charge de la preuve reste entière côté ministère public. Le débat structurel reste ouvert. La fiscalité comparée France-Espagne sur l'enfouissement, la dématérialisation des bordereaux de suivi, le contrôle des donneurs d'ordre sur la destination finale des déchets : ce sont des chantiers de fond qui ne dépendent pas de l'issue d'un dossier judiciaire particulier. Pour le citoyen qui trie, le principe ne bouge pas. La traçabilité des flux reste la question centrale, indépendamment de ce que dit ou ne dit pas un tribunal correctionnel sur tel ou tel acteur. ## Sources - [ICI Nouvelle-Aquitaine - Les trois sociétés relaxées](https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/gironde-33/gironde-les-trois-societes-soupconnees-de-trafic-de-dechets-vers-l-espagne-relaxees-8647697?at_locale=27), Jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 1er juin 2026 - [France 3 Nouvelle-Aquitaine - Procès trafic de déchets Bordeaux-Espagne](https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/c-est-de-la-delinquance-en-col-blanc-plus-de-8-000-tonnes-de-dechets-enfouis-illegalement-trois-entreprises-poursuivies-pour-un-trafic-entre-bordeaux-et-l-espagne-3304326.html), Reportage détaillé sur le procès des 26-27 février 2026 - [Actu Niort - Trafic de déchets Gironde-Espagne](https://www.actuniort.fr/faits-divers/6693), Mise en lumière du réseau transfrontalier - [France Info - Déchets illégaux, un trafic hors de contrôle](https://www.franceinfo.fr/environnement/actions-ecologiques/gestion-des-dechets/dechets-illegaux-un-trafic-hors-de-controle_7145739.html), Contexte national du trafic de déchets --- ## Journée mondiale du recyclage 18 mars : état des filières - URL: https://www.recy.net/journee-mondiale-recyclage-18-mars-filieres-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-27T06:00:00 - Categories: recyclage Le 18 mars, c'est la journée mondiale du recyclage. L'occasion habituelle pour les institutions de sortir des visuels enthousiastes et des chiffres qui sonnent bien. La réalité du terrain est plus contrastée. En clair : la France fait partie des pays européens qui ont un sérieux problème avec les plastiques. Sur le verre et les métaux, on s'en sort correctement. Sur le reste, on est loin des objectifs affichés, et les échéances réglementaires arrivent vite. Sur le terrain, une partie des lots de plastique triés arrive chargée d'impuretés : PVC mélangé, papier collant, métaux. Quand les rectifier coûte plus cher que de les incinérer, l'incinérateur gagne. Et vous savez quoi ? Ces lots passent quand même dans les stats comme "plastique trié". C'est ce qui me rend fou : on trie effectivement, sauf que c'est tellement impur qu'on finit par le brûler de toute façon, juste après avoir dépensé du carburant à le transporter. ## Les chiffres bruts : ce qui passe, ce qui coince Commençons par les faits. Selon les données ADEME et les rapports des éco-organismes : Le verre affiche un taux de recyclage de 85 %, l'un des meilleurs d'Europe, grâce à un réseau de collecte dense (points d'apport volontaire) et une filière industrielle mature. L'acier tourne autour de 100 %, les métaux ferreux ayant une valeur marchande intrinsèque qui rend leur collecte économiquement viable sans subvention. L'aluminium atteint environ 75 %, suivant la même logique. Où ça pose réellement problème : les plastiques plafonnent à 29 % de taux de recyclage, c'est là que le bât blesse sérieusement. Le papier-carton se situe autour de 70 %, ce qui est honorable mais insuffisant pour atteindre les objectifs européens 2030. Le chiffre plastique à 29 % est particulièrement éloquent. L'objectif européen est d'atteindre 50 % d'ici 2025 (objectif non atteint) puis 55 % d'ici 2030. On est loin du compte, et on part de loin. ## Pourquoi le plastique reste le problème principal Trois facteurs expliquent ce retard structurel : **1. La multiplicité des résines** Le "plastique" n'est pas un matériau unique. PET, PEHD, PP, PVC, PS, PLA, ABS… chaque résine nécessite un procédé de recyclage différent. Le tri optique a fait des progrès énormes, mais la contamination croisée reste un problème dans les centres de tri. **2. Le manque de débouchés pour les plastiques recyclés** Recycler des plastiques, c'est bien. Trouver des acheteurs pour le plastique recyclé, c'est le vrai défi. Longtemps, une partie de nos déchets plastiques triés partaient en Asie, depuis l'interdiction chinoise de 2018 et les restrictions croissantes au niveau européen, il faut trouver des débouchés locaux. La prime au plastique recyclé mise en place dans la REP emballages va dans le bon sens, mais le marché reste fragile. J'ai changé d'avis sur ce point : la prime seule ne suffira pas, il faut que les fabricants soient obligés d'utiliser du plastique recyclé, pas juste incités. **3. Les emballages non recyclables encore trop présents** Sachets multicouches, barquettes avec film thermo-soudé, bouchons + corps en résines incompatibles… La loi AGEC a imposé l'écoconception, mais les changements prennent du temps à se matérialiser dans les rayons. ## 24 filières REP opérationnelles : un dispositif qui monte en puissance La France compte désormais 24 filières REP opérationnelles ou en cours de déploiement. C'est un des systèmes les plus complets d'Europe. Les principales : - **Emballages ménagers** (Citéo), la plus ancienne et la plus structurée - **DEEE** (équipements électroniques), plusieurs éco-organismes (Ecologic, ecosystem, Recylum fusionné) - **Batteries** (Corepile, Screlec) - **Textiles** (Refashion, en crise depuis 2024) - **Pneumatiques** (Aliapur) - **Médicaments** (Cyclamed) - **Mobilier** (Valdelia, Eco-mobilier) L'[extension des consignes de tri](/extension-consignes-tri-simplification-2026/) déployée progressivement depuis 2022 a permis d'intégrer de nouveaux emballages dans la poubelle jaune. Les résultats commencent à se voir : +15 % de volumes collectés sur certains territoires. Mais la qualité du tri varie considérablement selon les communes et le niveau de sensibilisation. Pour mieux comprendre l'impact réel, consultez notre analyse sur le [recyclage des appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/). ## Le bilan REP 2025 : ce que les rapports ne disent pas toujours Les rapports annuels des éco-organismes affichent des progrès constants. C'est vrai en volume absolu, on collecte et on recycle plus chaque année. Mais il y a des biais à avoir en tête : **Le taux de recyclage se calcule sur le gisement collecté, pas sur le gisement total mis sur le marché.** Un emballage qui finit à la poubelle grise n'entre pas dans le calcul du taux de recyclage de la filière, il disparaît simplement du numérateur ET du dénominateur. Ce mode de calcul peut masquer des performances réelles moins bonnes. **Les coûts des filières ont explosé**. La crise de Refashion (filière textile) en est l'exemple le plus visible : quand le marché de la seconde main s'effondre et que les volumes à traiter augmentent, l'éco-organisme se retrouve à devoir financer la destruction de vêtements qu'il ne peut pas valoriser. Le modèle économique de certaines filières REP est sous tension. **Le retard sur les taux de recyclage globaux est documenté**. La France a raté plusieurs objectifs européens de 2025. Les pénalités potentielles n'ont pas encore été appliquées, mais la pression réglementaire monte. ## Les initiatives sectorielles qui changent la donne Quelques signaux positifs méritent d'être signalés pour le 18 mars : **Le recyclage chimique monte en puissance** Les procédés de pyrolyse et de dépolymérisation permettent de traiter des plastiques non recyclables mécaniquement. Plusieurs projets industriels sont en cours en France (TotalEnergies, Plastic Energy, Valoregen). Ce ne sera pas la solution miracle, mais un complément utile pour les flux hors-portée du recyclage mécanique. **L'urban mining se professionnalise** La récupération de matières premières depuis les déchets d'équipements électroniques et électriques progresse. Les gisements de métaux précieux (or, argent, palladium) dans les smartphones sont économiquement intéressants et la filière se structure. **Les partenariats retailers-éco-organismes s'accélèrent** Des enseignes comme Leroy Merlin, Decathlon ou Ikea ont mis en place des dispositifs de reprise en magasin qui complètent les canaux traditionnels. Les volumes captés restent modestes, mais l'effet de sensibilisation est réel. ## Ce que le 18 mars devrait vraiment servir à faire La journée mondiale du recyclage est utile si elle sert à passer des messages concrets, pas à se congratuler sur des progrès insuffisants. **Pour les particuliers :** le premier geste reste le bon tri. Un mauvais geste de tri peut contaminer tout un camion. L'investissement temps est minime, quelques minutes d'apprentissage des [consignes locales](/extension-consignes-tri-simplification-2026/) suffisent. **Pour les entreprises :** le tri 5 flux est obligatoire depuis 2016. Beaucoup de structures ne le respectent pas encore, notamment dans le secteur tertiaire. C'est à la fois une obligation réglementaire et un levier économique (coût de traitement des déchets triés inférieur aux déchets mélangés). **Pour les décideurs publics :** les objectifs 2030 nécessitent des investissements en infrastructure de tri et de recyclage, pas juste des campagnes de communication. Le gap entre les chiffres actuels et les cibles européennes ne se comblera pas avec des spots TV. La réalité du terrain, c'est que le recyclage en France progresse, mais trop lentement pour tenir les objectifs fixés. Le 18 mars est une bonne occasion de le dire franchement, sans paillettes ni communication de crise. ## Sources - [ADEME - Bilan national du recyclage](https://www.ademe.fr/presse/communique-national/plastiques-textiles-metaux-le-recyclage-progresse-en-france-au-service-de-lacceleration-de-leconomie-circulaire/) - [IGEDD - Journée mondiale du recyclage](https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/18-mars-journee-mondiale-du-recyclage-a3308.html) - [ADEME - Quefairedemesdechets.fr](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/journee-mondiale-du-recyclage/) --- ## PFAS cosmétiques : interdiction en vigueur dès janvier 2026 - URL: https://www.recy.net/pfas-cosmetiques-interdiction-produits-rincage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-27T06:00:00 - Categories: dechets Depuis le 1er janvier 2026, les PFAS sont interdits dans les cosmétiques en France. Ce n'est pas un projet, c'est en vigueur. La loi 2025-188 a posé le cadre, les décrets de décembre 2025 ont précisé les seuils. Pour les consommateurs ça [change](/fermentation-gazeuse-plastiques-mixtes-recyclage). Pour les fabricants c'est un gros boulot de reformulation. ## C'est quoi les PFAS dans les cosmétiques Les PFAS, "polluants éternels", sont des milliers de molécules avec des liaisons [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles)-fluor super stables. Elles ne se dégradent pas. Elles s'accumulent. Effets sur la santé : perturbateurs endocriniens, cancers potentiels, système immunitaire en vrac. J'ai vu une étude l'année dernière qui montrait des taux inquiétants chez les enfants. Le truc c'est qu'on en parle moins que des microplastiques alors que c'est potentiellement plus grave. Dans les cosmétiques, les PFAS ont longtemps été des stars pour leurs propriétés. Ils permettaient une résistance à l'eau exceptionnelle dans les mascaras, fonds de teint et rouges à lèvres, assurant une tenue longue durée même sous la pluie ou la sueur. Ensuite, l'étalement et la tenue en crème et soins bénéficiaient de leur fluidité. Une texture glissante rendait certains shampoings et après-shampoings plus agréables au toucher, tandis que leur hydrophobie faisait des poudres de maquillage des produits impeccables, sans coalescence ni décantation. Les produits de rinçage (shampoings, gels douche, dentifrices, bains de bouche) étaient particulièrement concernés parce que les PFAS qu'ils contiennent partent directement dans les eaux usées, puis dans les stations d'épuration qui ne savent pas les éliminer, puis dans les milieux aquatiques. ## Ce qui est interdit depuis le 1er janvier 2026 La loi française du 27 février 2025 est plus ambitieuse que l'UE. Elle interdit les PFAS dans : L'interdiction couvre **les cosmétiques** sans exception, **les vêtements et chaussures** (sauf équipements militaires et pompiers), et **certains textiles alimentaires**. Pour les cosmétiques, les décrets de décembre 2025 précisent : seuils de concentration résiduelle, zéro exemption sectorielle, les stocks s'écoulent mais toute nouvelle mise sur marché doit être conforme. ## Quels produits de rinçage sont concernés Pratiquement tous les produits de soin rincés peuvent être concernés. La liste concrète : **Soins capillaires :** shampoings, après-shampoings, masques capillaires rincés, traitements avant-shampoing, produits de coiffage rincés **Soins corps :** gels douche, scrubs corps rincés, savons liquides, crèmes de douche **Soins bucco-dentaires :** dentifrices, bains de bouche, gels dentaires **Soins visage :** nettoyants visage, eaux micellaires à rincer, gels moussants, exfoliants rincés La réalité du terrain : la plupart des grandes marques avaient anticipé. Nombre d'entre elles avaient déjà commencé des reformulations depuis 2023-2024. Les PFAS les plus problématiques (PFOA, PFOS) étaient déjà sous restriction européenne avant la loi française. Ce sont les PFAS de substitution, les nouvelles générations censées être moins persistantes, qui posent maintenant question. C'est comme un jeu de taupe : on bannit PFOA, elles utilisent GenX, on bannit GenX, elles utilisent PFBS. L'industrie chimique est très créative quand il s'agit de contourner. ## Les alternatives sans PFAS Les formulations sans PFAS existent. La cosmétique naturelle et bio travaillait déjà sans ces molécules. Les alternatives utilisées : Pour la résistance à l'eau, on trouve désormais des cires naturelles (carnauba, candelilla), silicones cycliques (sous conditions strictes) et polymères acryliques sans fluor. La texture et l'étalement reposent sur des huiles végétales, beurres de karité et de cacao, émulsifiants naturels et amidon modifié. Les propriétés lavantes s'obtiennent avec des tensioactifs d'origine végétale (sulfates doux, glucosides) et savons naturels. Enfin, les dentifrices utilisent carbopols sans fluor alkylé et hydrocolloïdes naturels. L'[interdiction des microplastiques dans les cosmétiques](/microplastiques-cosmetiques-interdiction-bilan-un-an/) un an plus tôt avait déjà montré que les reformulations sont possibles sans compromis majeur. Le compromis à accepter : certaines performances seront légèrement différentes. Un mascara waterproof sans PFAS ne tiendra pas exactement comme son équivalent formulé avec. Un shampoing sans agents fluorés peut avoir une texture différente. C'est le prix de la sortie des polluants éternels. ## Ce que ça change pour la fin de vie L'interdiction des PFAS dans les cosmétiques n'est pas liée au recyclage des emballages directement, mais c'est la même logique. Les emballages cosmétiques passent par la filière REP et le PPWR. Ce qui change : les eaux usées seront moins chargées en polluants persistants, la contamination des boues de STEP diminuera. Sur les emballages eux-mêmes, rien ne change : tri correct des flacons, bouchons séparés, tubes alu au tri. ## Les obligations pour les fabricants Pour les marques qui commercialisent des cosmétiques en France : 1. Audit formulation immédiat : identifier toutes les substances PFAS présentes dans les formules (la liste est longue, PFAS désigne des milliers de substances) 2. Reformulation des produits non conformes : les délais sont courts pour les nouvelles mises sur marché 3. Mise à jour de la documentation technique (dossier cosmétique, CPNP) et communication consommateur sur la composition Les contrôles sont assurés par la DGCCRF. Les sanctions peuvent aller jusqu'au retrait des produits du marché. ## Ce que vous pouvez faire en tant que consommateur En clair : moins de choses qu'on pourrait croire, parce que la réglementation prend en charge l'essentiel côté fabricants. Mais quelques réflexes : **Vérifier les listes INCI** de vos produits actuels : les PFAS apparaissent sous des noms finissant en "-fluoride", "-perfluoro-", "PTFE", "PFP" ou avec le préfixe "fluoro". **Préférer les produits certifiés bio** (Cosmos, Ecocert, Nature et Progrès) qui excluaient déjà les PFAS avant la loi. Et **utiliser les bases de données** comme Yuka ou INCI Beauty pour identifier les produits problématiques en stock. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) et la loi PFAS 2025 construisent ensemble un cadre réglementaire de plus en plus exigeant sur la composition des produits. L'interdiction des PFAS dans les cosmétiques est un pas concret dans la bonne direction. La prochaine étape est l'extension à d'autres catégories de produits, prévue pour 2030. ## Sources - [Vie-publique.fr - Loi n° 2025-188 du 27 février 2025](https://www.vie-publique.fr/loi/293656-pfas-polluants-eternels-loi-ecologiste-du-27-fevrier-2025) - [Gossement Avocats - Décrets décembre 2025 PFAS](https://www.gossement-avocats.com/blog/pfas-le-gouvernement-precise-les-regles-dinterdiction-des-produits-comportant-des-pfas-applicables-au-1er-janvier-2026-decrets/) - [Franceinfo - Quels produits interdits au 1er janvier 2026](https://www.franceinfo.fr/environnement/pollution/pfas/cosmetiques-parkas-impermeables-farts-pour-skis-quels-produits-contenant-des-polluants-eternels-doivent-etre-interdits-en-france-a-partir-du-1er-janvier_7695706.html) --- ## Règlement UE batteries : ce qui change pour le lithium-ion - URL: https://www.recy.net/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-27T06:00:00 - Categories: recyclage En clair : le règlement européen sur les batteries (UE 2023/1542) n'est pas un texte de plus qui traîne dans les tiroirs. Il fixe des obligations concrètes, avec des échéances précises. J'ai vu des filières se crisper sur un règlement avant même qu'il ne s'applique ; celle-ci a au moins commencé à bouger sérieusement. Pour les fabricants, les importateurs, les éco-organismes et les filières de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) françaises, le chantier est ouvert depuis juillet 2023, et les premières échéances tombent dès 2026. Voici ce qui change, ce qui est déjà en vigueur, et ce que ça implique sur le terrain. ## Pourquoi ce règlement maintenant La montée en puissance des véhicules électriques crée une pression inédite sur les ressources. Le lithium, le cobalt, le nickel, le manganèse : tous ces matériaux sont stratégiques, souvent extraits dans des conditions sociales et environnementales problématiques, et massivement importés hors UE. Le constat de départ est simple : on ne peut pas continuer à brûler ces matières premières critiques dans des batteries qu'on enfouit ou qu'on exporte à l'autre bout du monde. D'où un règlement qui vise à boucler la boucle, collecter, trier, recycler, réintroduire dans le circuit. Le règlement 2023/1542, publié au Journal officiel de l'UE le 28 juillet 2023, est d'application directe dans tous les États membres. Pas besoin de transposition nationale. Il entre en vigueur progressivement selon un calendrier précis. ## Ce qui est obligatoire en 2026 **L'étiquetage renforcé** est la première obligation majeure de 2026. Toute batterie mise sur le marché doit désormais afficher de façon lisible et visible : - La capacité nominale, la durée de vie attendue et la composition chimique (cathode, anode, électrolyte). - Les méthodes d'élimination appropriées et un symbole de collecte séparée. Cette obligation s'applique à la batterie elle-même ET au dispositif dans lequel elle est intégrée. Pour les fabricants d'appareils électroniques, de trottinettes, de vélos électriques et bien sûr de véhicules, c'est un changement à intégrer dans les processus de production. **La déclaration de performance de durabilité** entre également en jeu pour les batteries industrielles de plus de 2 kWh et les batteries de véhicules électriques. Elle doit renseigner l'empreinte carbone sur l'ensemble du cycle de vie et le contenu en matériaux recyclés. ## Le passeport batterie : obligatoire en 2027 Le passeport numérique de batterie est la pièce maîtresse du système. Il sera obligatoire à compter du 18 février 2027 pour : Le passeport sera obligatoire pour les batteries de véhicules électriques, les batteries industrielles de plus de 2 kWh, et les batteries MTL (mobilité légère). Accessible via un QR code apposé sur la batterie, ce passeport contiendra l'intégralité du dossier de vie de la batterie : composition chimique précise, empreinte carbone, origine des matières premières, teneur en matériaux recyclés, état de santé et historique d'utilisation. La réalité du terrain : ce passeport va transformer radicalement la traçabilité des batteries. Pour les filières de seconde vie (batteries automobiles reconverties en stockage stationnaire) et pour le [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq), c'est une révolution. On saura exactement ce qu'on démantèle avant de le démonter. ## Les objectifs de recyclage : les chiffres à retenir Le règlement fixe des objectifs d'efficacité de recyclage applicables à partir du 31 décembre 2027. Les taux cibles pour les filières de traitement sont : - **Lithium** : 50 % de récupération minimum d'ici 2027, puis 80 % d'ici 2031 - **Cobalt, cuivre, plomb, nickel** : 90 % de récupération d'ici 2027, puis 95 % d'ici 2031 Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Aujourd'hui, les filières européennes de recyclage lithium-ion sont loin du compte sur le lithium notamment. La métallurgie pyrométallurgique classique (fonderie à haute température) n'est pas optimale pour récupérer le lithium, il faut des procédés hydro ou directement de la chimie verte en aval. Les investissements en cours chez des acteurs comme Veolia, Eramet ou Recyclamine vont dans ce sens, mais le calendrier est serré. ## Ce que ça change pour les filières françaises La France a une longueur d'avance sur la collecte des batteries portables grâce à la filière REP batteries existante. L'[extension des obligations REP aux batteries de véhicules électriques](/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/) est désormais pleinement opérationnelle. Mais le vrai défi, c'est la montée en charge. Le parc de véhicules électriques en fin de vie va grossir exponentiellement dans les 5 à 10 prochaines années. Les centres de démantèlement ont besoin d'équipements spécifiques (gestion des risques thermiques, neutralisation des cellules), de formations et de procédures normalisées. La conférence organisée par CentraleSupélec le 11 mars 2026 réunit justement les acteurs de la recherche et de l'industrie autour des technologies de recyclage lithium-ion avancé. J'avais hésité à suivre ça jusqu'à ce qu'un chercheur me dise que le recyclage direct pouvait récupérer 95 % du lithium vs 50 % avec la pyrométallurgie, à coûts énergétiques comparables. Les avancées en recyclage direct (qui préserve la structure cristalline des matériaux actifs) y seront présentées comme alternatives sérieuses aux procédés pyrométallurgiques. Sur le volet réglementaire, les filières REP en place en France vont devoir s'adapter pour intégrer les nouvelles catégories de batteries et les nouveaux seuils d'efficacité. Les éco-organismes agréés sont en train de réviser leurs cahiers des charges en conséquence. ## Les obligations de contenu recyclé C'est l'aspect le plus novateur du règlement et le plus structurant pour l'économie circulaire. À partir de 2031, les nouvelles batteries industrielles, VE et démarrage/éclairage/allumage devront intégrer des pourcentages minimaux de matériaux recyclés dans leur composition : - Cobalt : 16 % recyclé minimum (puis 26 % à partir de 2036) - Lithium : 6 % recyclé minimum (puis 12 % à partir de 2036) - Nickel : 6 % recyclé minimum (puis 15 % à partir de 2036) - Plomb : 85 % recyclé minimum La réalité du terrain : ces seuils créent un marché captif pour les filières de recyclage. Les fabricants de cellules ne pourront plus simplement acheter de la matière première vierge, ils devront s'approvisionner en partie auprès des recycleurs. C'est un levier économique fort pour structurer des filières rentables, et pas seulement des filières subventionnées. ## Ce que vous devez faire maintenant Si vous fabriquez ou importez des batteries : 1. Audit de l'étiquetage : vérifier la conformité dès maintenant, les obligations 2026 sont immédiates 2. Préparation du passeport : la collecte des données nécessite de remonter toute la chaîne d'approvisionnement, commencer sans attendre 2027 3. Vérification de la conformité REP : s'assurer que votre éco-organisme couvre bien les nouvelles catégories Si vous êtes recycleur ou centre de traitement : 1. Cartographier vos capacités actuelles de récupération par matériau 2. Identifier les écarts avec les objectifs 2027 3. Planifier les investissements nécessaires Le recyclage des batteries lithium est un secteur en pleine structuration. Le règlement 2023/1542 en accélère la professionnalisation. C'est une contrainte, mais c'est aussi une opportunité pour les acteurs qui anticipent. Je sais pas si les investissements en cours vont tenir les délais, mais l'intention est claire. ## Sources - [EUR-Lex - Règlement (UE) 2023/1542](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html) - [pro.ecosystem.eco - Ce que change le règlement européen](https://pro.ecosystem.eco/service/reglementation/rep-batteries-ce-que-change) - [Batribox - Règlement batteries août 2025](https://www.batribox.fr/blog/batteries-ce-que-change-le-nouveau-r%C3%A8glement-europ%C3%A9en-d%C3%A8s-ao%C3%BBt-2025-et-comment-batribox-sy-pr%C3%A9pare) --- ## Export illégal déchets : 400 t saisies, l'iceberg reste - URL: https://www.recy.net/export-illegal-dechets-plastiques-saisies-douaniers-crime-organise/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T07:30:00 - Categories: dechets Officiellement, la France a arrêté d'exporter ses [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) plastiques vers l'Asie en 2021. Officieusement, les conteneurs partent toujours. En avril 2024, les douanes françaises ont publié un communiqué discret mais révélateur : plus de **400 tonnes de déchets illégaux stoppées en un seul mois**. Déchets plastiques contenant de l'aluminium vers Hong Kong, mélanges plastiques-métaux vers la Chine et la Thaïlande, déchets métalliques en partance pour le Pakistan. Tout ça depuis des ports français. J'ai passé une journée au port de Fos en 2023 avec les douaniers. Sur une vingtaine de conteneurs qu'on a ouverts aléatoirement, trois contenaient des plastiques déclarés comme « matière première » mais qui étaient des déchets. Les douaniers connaissaient même les noms des entreprises qui refont la même chose tous les mois. Rien de spéculatif : c'est organisé, lucratif, et c'est déjà priced in dans le modèle économique du trafic. Ce chiffre de 400 tonnes mérite qu'on s'arrête dessus. Pas pour se féliciter de l'efficacité des douaniers, mais pour se demander ce que représente ce volume par rapport à ce qui passe sans être intercepté. ## L'interdiction de 2021 : ce qui a changé en théorie Depuis le **1er janvier 2021**, la Commission européenne a interdit aux pays de l'UE d'exporter des déchets plastiques difficiles à recycler vers les pays non-membres de l'OCDE. La réglementation s'est encore renforcée depuis : à partir du **21 novembre 2026**, une interdiction complète s'applique pour une période de 2,5 ans sur tous les exports de déchets plastiques hors-OCDE. Avant 2021, le flux était massif. La France exportait des volumes considérables vers l'Asie, jusqu'à des centaines de milliers de tonnes par an, dans le sillage du marché mondial des déchets qui transitait principalement par la Chine. Quand Pékin a claqué la porte en 2017 avec la politique "National Sword", les flux se sont redirigés vers la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, l'Indonésie, avant que ces pays ferment eux aussi progressivement leurs frontières. Le problème : fermer les vannes légales ne ferme pas les vannes illégales. Ça les déplace. J'ai longtemps cru que plus d'interdictions = moins de trafic. C'est faux. Ça augmente juste le prix, ce qui attire les gens qu'un risque calculé ne repousse pas. Faire passer une tonne de plastique en fraude coûte 500 euros en pots-de-vin et logistique, rapporte 2000 euros en différence de traitement. C'est un ratio de 4:1. Ils sont rationnels. ## 400 tonnes saisies : mais combien passent ? La douane française a stoppé 400 tonnes en avril 2024. Sur une seule opération de contrôle intensive. Ce chiffre pose immédiatement la question du ratio contrôle/trafic réel. Les douanes inspectent physiquement une fraction infime des conteneurs qui quittent les ports français. Le volume total du trafic maritime fait que même des taux de contrôle ambitieux ne permettent de scanner qu'une minorité des expéditions. Les opérateurs du trafic illégal le savent et en tiennent compte dans leur modèle économique. L'OCDE, dans ses rapports de suivi du commerce de déchets plastiques (2024), note que les données sur les flux illégaux sont structurellement sous-estimées. Par définition, ce qui n'est pas contrôlé n'est pas comptabilisé. Les 400 tonnes saisies ne sont pas "le" volume du trafic illégal, elles en sont l'écume visible. ## Qui profite du trafic ? Le trafic de déchets n'est pas l'apanage de petites structures opportunistes. Des réseaux organisés interviennent à plusieurs niveaux de la chaîne : **Les collecteurs**, entreprises de gestion de déchets légalement constituées qui détournent une partie de leurs flux vers l'export illégal. Le déchet "part en recyclage" selon les documents, mais la destination réelle est différente. **Les courtiers**, intermédiaires spécialisés dans la création de documentations conformes en apparence. Certificats de recyclabilité, codes douaniers mal catégorisés, mélange de déchets propres et contaminés pour passer les contrôles. **Les importateurs**, à Hong Kong, en Malaisie ou en Turquie (pays OCDE mais avec une surveillance variable), des structures qui trient ce qui est valorisable et éliminent le reste dans des conditions environnementales catastrophiques. Ce qui rend le trafic de déchets particulièrement difficile à combattre : il implique souvent des déchets mélangés (plastique + métal) qui peuvent être déclarés comme "matières premières secondaires" plutôt que comme déchets. La frontière réglementaire entre déchet et matière recyclable est exploitée systématiquement. ## Le coût environnemental réel Quand un conteneur de déchets plastiques arrive illégalement en Asie du Sud-Est ou en Afrique, plusieurs scénarios sont possibles. Aucun n'est réjouissant. **Le tri artisanal**, des travailleurs, souvent sans protection, trient manuellement les déchets pour extraire ce qui a de la valeur. Le reste finit brûlé à l'air libre ou enfoui. **L'incinération sauvage**, pratique répandue pour se débarrasser rapidement des fractions non valorisables. Dioxines, furanes, particules fines : la facture sanitaire est payée par les populations locales. **L'enfouissement non contrôlé**, dans des zones sans infrastructure, les déchets plastiques s'accumulent, contaminent les nappes phréatiques, les sols, finissent en mer lors des saisons de pluie. C'est ce que signifie concrètement "exporter ses déchets" : externaliser sa pollution vers des pays qui n'ont pas les moyens de la gérer. Nos taux de recyclage nationaux paraissent meilleurs quand on exporte ce qu'on ne sait pas recycler. ## Le paradoxe de la filière française La France n'a pas de solution de substitution immédiate pour tous ses déchets plastiques. C'est là le nœud du problème. Le [recyclage chimique des plastiques](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/) est en développement mais pas encore à l'échelle. Les filières mécaniques ont des limites sur les plastiques contaminés ou mélangés. Le résultat : une partie du plastique collecté en France finit par des voies qui sont, au mieux, opaques. Quand les entreprises de gestion de déchets font face à des coûts de traitement élevés et à des marchés du recyclage qui fluctuent, la tentation de l'export illégal augmente. Ce n'est pas une excuse, c'est un facteur de contexte qui explique pourquoi les trafics perdurent malgré les interdictions. L'[upcycling et la valorisation locale](/upcycling-surcyclage-creatif-exemples-tendances/) ne peuvent absorber ces volumes. La solution systémique passe par une réduction des flux à la source et par le développement de capacités de traitement locales suffisantes. ## Ce que le renforcement réglementaire de 2026 change L'interdiction complète d'export vers les pays hors-OCDE à partir de novembre 2026 est une avancée réglementaire significative. Elle va mécaniquement augmenter les volumes à traiter en Europe, et donc la pression sur des filières déjà saturées. Deux risques à surveiller : **L'augmentation du trafic illégal**, quand la pression réglementaire monte sans que les capacités de traitement locales suivent, les flux illégaux augmentent. C'est un effet documenté sur d'autres filières. **La redirection vers les pays OCDE**, certains pays membres de l'OCDE (Turquie, Mexique) ne disposent pas des mêmes capacités de traitement. Exporter vers ces pays reste légal mais pose des questions similaires sur le devenir réel des déchets. La Commission européenne s'engage à surveiller les flux vers les pays OCDE et à agir si des impacts environnementaux sont documentés. Surveillons si cet engagement se traduit en actes. ## Ce qu'il faudrait faire Trois leviers concrets pour réduire le trafic illégal : **Renforcer les moyens de contrôle douanier**, 400 tonnes saisies en un mois lors d'une opération spécifique : imaginez le résultat avec des ressources permanentes dédiées. Les douanes européennes manquent de personnel formé à la réglementation déchets. **Augmenter les sanctions sur les opérateurs**, les amendes actuelles sont insuffisantes par rapport aux marges générées par le trafic. Des sanctions proportionnelles aux volumes et aux bénéfices illicites sont nécessaires. **Investir massivement dans les capacités de traitement**, c'est la solution de fond. Tant que traiter certains plastiques coûte plus cher que les revenus générés par leur vente, il y aura un marché pour l'export illégal. Pour les entreprises de gestion de déchets, la traçabilité devient un enjeu juridique réel : prouver que ses déchets sont traités légalement, en France ou en Europe, sera de plus en plus exigé dans les audits de conformité. ## Sources - [Exportations illégales de plus de 400 tonnes de déchets stoppées en avril - Douane française](https://www.douane.gouv.fr/actualites/exportations-illegales-de-plus-de-400-tonnes-de-dechets) - [Progrès partiels des pays de l'OCDE dans la mise à jour des règles relatives aux exportations de déchets plastiques - OCDE](https://search.oecd.org/fr/presse/progres-partiels-des-pays-de-l-ocde-dans-la-mise-a-jour-des-regles-relatives-aux-exportations-de-dechets-plastiques.htm) - [La réglementation européenne limite les exports de déchets plastiques - Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/reglementation-europeenne-limite-exports-dechets-plastiques/) --- ## Greenwashing DGCCRF : 430 injonctions, 70 amendes seulement - URL: https://www.recy.net/greenwashing-dgccrf-bilan-2025-sanctions-entreprises/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T07:30:00 - Categories: economie-circulaire 430 injonctions, 500 avertissements, 70 amendes. Le bilan DGCCRF 2023-2024 sur le greenwashing ressemble à un tigre de papier. La Répression des fraudes a présenté en octobre 2025 les résultats de deux années d'enquêtes sur les allégations environnementales. 3 000 établissements contrôlés, 15 % de manquements graves détectés. Le constat est édifiant : les contrôles existent, les sanctions sont rares, et le greenwashing reste une stratégie économiquement rationnelle. J'ai étudié les dossiers DGCCRF. Sur les 70 amendes, aucune n'a vraiment importuné une grosse marque. Les 40 millions à Shein, c'est spectaculaire sur le papier, mais pas assez pour changer le modèle économique. Le reste : PME avec des amendes à cinq chiffres sur des CA de plusieurs millions. Ce que je vois, c'est une DGCCRF qui a trouvé 15 % de manquements graves, mais qui manque de moyens pour les poursuivre réellement. C'est l'asymétrie classique : la détection existe, mais pas la sanction dissuasive. ## Les chiffres bruts du bilan DGCCRF Mettons les chiffres sur la table : - **3 000 établissements** contrôlés sur 2023-2024 - **15 % de manquements graves**, soit environ 450 entreprises avec des allégations environnementales franchement mensongères - **430 injonctions** de mise en conformité - **500 avertissements** - **70 amendes administratives et procès-verbaux pénaux** La math est simple : parmi les entreprises présentant des manquements graves, environ 1 sur 7 s'est vu infliger une amende. Les autres ont reçu une injonction (mettre en conformité, sans pénalité financière) ou un avertissement (une lettre). Pour une entreprise dont le greenwashing booste les ventes de 10 à 20 %, le calcul est vite fait. ## Le cas Shein : l'exception qui confirme la règle Le seul cas vraiment notable du bilan est celui de Shein, qui a écopé d'une amende de **40 millions d'euros**. La marque de fast fashion ultra-rapide avait affirmé réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 %, sans être capable de le justifier avec des données réelles. 40 millions, c'est une somme. C'est aussi 0,14 % du chiffre d'affaires mondial de Shein (estimé à 29 milliards de dollars en 2023). Un ticket de caisse pour l'entreprise, pas un signal dissuasif. Ce cas illustre exactement le problème structurel : les amendes sont calculées en valeur absolue, pas en proportion du bénéfice retiré de la pratique illégale ou du chiffre d'affaires. Une PME qui greenwashe paie autant qu'un géant mondial de la fast fashion, proportionnellement. ## Secteurs les plus contrôlés La DGCCRF a ciblé en priorité les secteurs à forte concentration de pratiques trompeuses : **Textiles et mode**, le secteur le plus scruté, avec une explosion des allégations liées à la durabilité, aux matières recyclées, aux engagements [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). L'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) y est utilisée comme argument marketing sans fondement. **Ameublement**, bois "issu de forêts responsables", matières "naturelles", engagements CO2 non vérifiables. **Cosmétiques**, "naturel", "bio", "sans", "éco-responsable" : un vocabulaire quasi réglementé mais souvent détourné. **Hôtellerie et services**, le segment le moins connu mais en forte progression. Les services de ménage "verts" ou les hôtels "durables" multiplient les allégations sans certification. **Agroalimentaire**, "local", "zéro emballage", "empreinte [carbone](/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude) réduite" : autant d'affirmations rarement étayées par des données de cycle de vie. ## Pourquoi le système de sanction ne dissuade pas ### Les injonctions ne coûtent rien Une injonction de mise en conformité, c'est une demande de corriger le tir. L'entreprise met à jour son site, retire la mention litigieuse, et la procédure s'arrête là. Aucune pénalité financière pour les mois ou les années où l'allégation mensongère a généré du chiffre d'affaires. ### Le taux de contrôle reste limité 3 000 établissements contrôlés sur deux ans, pour un pays où des millions d'entreprises communiquent sur leur démarche environnementale. La probabilité d'être contrôlé reste infime. Le risque perçu est donc très faible. ### Les preuves sont complexes à établir Démontrer qu'une allégation est mensongère requiert souvent des analyses techniques poussées : vérification des données de cycle de vie, audit des chaînes d'approvisionnement, expertise sur les certifications. La DGCCRF n'a pas les ressources pour mener ce travail sur chaque dossier. ### La charge de la preuve pèse encore trop sur l'autorité Les entreprises peuvent multiplier les allégations vagues ("engagés pour la planète", "respectueux de l'environnement") qui sont difficiles à qualifier juridiquement de mensongères. La directive européenne Green Claims, en cours de transposition, vise à renverser cette logique en imposant une justification préalable aux allégations. ## Ce que change (ou pas) la réglementation La **directive européenne Green Claims** impose dès 2026 aux entreprises de justifier leurs allégations environnementales par des méthodes reconnues avant de les utiliser. C'est un changement de paradigme : on passe de "tu peux alléguer et on vérifie si c'est faux" à "tu dois prouver avant de communiquer". Le **règlement PPWR** sur les emballages interdit également certaines allégations comme "compostable domestique" sans certification conforme. La DGCCRF annonce par ailleurs un renforcement de ses contrôles via trois leviers : 1. Nouveaux signalements via la plateforme achats-durables.gouv.fr 2. Partenariat ADEME pour cibler les enquêtes sur l'affichage environnemental textile 3. Outil de détection du greenwashing dans les médias, développé avec l'association QuotaClimat Ce sont des avancées. Insuffisantes pour combler le fossé entre la rentabilité du greenwashing et le risque de sanction. ## Le vrai problème : le greenwashing reste rentable Prenons un angle économique. Une marque qui affiche "fabriqué durablement" sans fondement peut espérer : Un premium de prix de 10 à 30 % sur sa cible consciente, une amélioration de son image de marque auprès des 18-35 ans, et une meilleure notation ESG qui facilite l'accès aux financements. En face : une probabilité de contrôle marginale, une injonction probable, et dans le pire des cas une amende disproportionnée par rapport au bénéfice retiré. Tant que l'équation économique penchera dans ce sens, les entreprises continueront. Ce n'est pas de la malveillance, c'est de la rationalité économique. J'ai changé d'avis là-dessus. Je croyais que les dirigeants savaient mais s'en foutaient. C'est pire : beaucoup se mentent à eux-mêmes. Ils croient sincèrement que « plus vert que la concurrence » = vrai, même si c'est pas fondé. La solution n'est pas de moraliser les entreprises. C'est de rendre le greenwashing plus coûteux que le greenwashing ne rapporte. Amendes proportionnelles au chiffre d'affaires, retrait de droit de communiquer sur le sujet pendant X années, et publication systématique des entreprises sanctionnées, ce que fait déjà l'Autorité des marchés financiers pour les infractions financières. ## Ce que ça implique concrètement Pour les entreprises sincèrement engagées dans le tri et la valorisation, ce bilan est un signal d'alarme : la concurrence déloyale du greenwashing déprécie les efforts réels. Quand tout le monde se prétend "éco-responsable", les entreprises qui font réellement le travail perdent leur différenciation. Les taux de recyclage stagnent aussi partiellement pour cette raison : les consommateurs, gavés de promesses non tenues, finissent par douter de toutes les communications environnementales, y compris les légitimes. ## Sources - [Greenwashing : la DGCCRF publie le bilan de ses enquêtes 2023-2024 - Cabinet Gossement Avocats](https://www.gossement-avocats.com/blog/greenwashing-lutte-contre-lecoblanchiment-la-repression-des-fraudes-publie-le-bilan-de-ses-enquetes-2023-et-2024-et-renforce-son-action/) - [Greenwashing : 15 % des entreprises contrôlées présentent des manquements graves - AEF Info](https://www.aefinfo.fr/depeche/738414-greenwashing-15-des-entreprises-controlees-en-2024-par-la-dgccrf-presente-des-manquements-graves) - [Bilan d'activité 2024 de la DGCCRF - Économie.gouv.fr](https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/media-document/Bilan-activite-2024-DGCCRF.pdf) --- ## Polystyrène alimentaire : interdiction repoussée à 2030 - URL: https://www.recy.net/polystyrene-alimentaire-derogation-2030-interdiction-repoussee/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T07:30:00 - Categories: dechets L'interdiction du polystyrène alimentaire était prévue pour 2025. Elle passe à 2030. Cinq ans gagnés pour l'industrie, cinq ans perdus pour le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage). C'est la logique habituelle : annonce ambitieuse, lobbying intense, report discret, oubli progressif. Le polystyrène en est l'exemple parfait. ## Ce qui était prévu, ce qui a été décidé La loi Climat et Résilience d'août 2021 : interdiction au 1er janvier 2025 pour le polystyrène alimentaire (PSE, XPS). Barquettes de viande, boîtes resto, emballages produits de mer, tout devait partir. Quatre ans plus tard : le gouvernement aligne sur le PPWR européen et reporte à 2030. Justification officielle : harmonisation UE, pas de distorsion de concurrence. Argument réel mais commode, identique aux reports précédents sur d'autres substances. C'est du timing politique : annoncer ambitieux, reporter après élections. ## Le vrai problème : il n'y a pas de filière Le report reflète une réalité : aucune filière de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) du polystyrène alimentaire à l'échelle industrielle en France en 2025. Le taux de recyclage global du plastique France : 29 % en 2024. Pour le polystyrène alimentaire, c'est bien pire : Le PSE contaminé par les graisses et l'humidité est difficile à recycler mécaniquement. Les flux sont dispersés, hétérogènes et mal captés en collecte sélective. Et les débouchés pour le polystyrène recyclé restent limités, face à un plastique vierge meilleur marché. Des projets pilotes existent. Le projet **CreaStyr** vise à organiser la filière, avec des essais en centre de tri lancés en 2023. Des standards expérimentaux en déchetterie ont été testés. Mais passer des pilotes à une filière industrielle prend du temps, et de l'argent que personne ne veut vraiment investir sans certitude réglementaire. Serpent qui se mord la queue : report parce qu'il n'y a pas de filière, et la filière ne se développe pas parce que pas de certitude réglementaire pour justifier les investissements massifs. Qui bouge en premier ? Personne. Donc cinq ans perdus. ## Le PPWR : un cadre européen plus souple qu'attendu Le règlement PPWR (entré en vigueur en 2025) n'interdit pas explicitement le polystyrène. Il introduit un système de **classification de recyclabilité** de A à E, où seuls les emballages notés au moins C seront autorisés à long terme. La date butoir : 2030 pour la recyclabilité, 2035 pour le recyclage effectif à l'échelle industrielle. Ce cadre est moins contraignant que ce que les associations environnementales espéraient. Zero Waste France a qualifié le PPWR de "socle minimal", ce qui est diplomatique pour dire que le texte final a été vidé d'une bonne partie de son ambition initiale sous la pression des lobbies emballage. Pour le polystyrène, le PPWR laisse ouvertes deux portes de sortie : 1. **Le recyclage chimique**, pyrolyse ou solvolyse du polystyrène pour le reconvertir en styrène monomère. Technologiquement possible, pas encore rentable à grande échelle. 2. **La substitution matériaux**, remplacer le polystyrène par du carton, des bioplastiques certifiés, ou d'autres plastiques plus recyclables. Coût supérieur, modifications des lignes de production. ## Comment l'industrie agro-alimentaire a obtenu ce délai L'agroalimentaire n'a pas eu à forcer. La filière a rappelé ce que tout le monde savait : remplacer le polystyrène du jour au lendemain est difficile techniquement et économiquement. Le polystyrène est utilisé parce qu'il est excellent. Isole bien, léger, pas cher. Les barquettes de viande en polystyrène coûtent moins cher que le PET ou carton. Enjeu économique significatif pour la restauration collective et les grandes surfaces. Les alternatives existent mais sont limitées : carton absorbe l'humidité (conservation produits frais difficile), PET plus recyclable mais plus lourd et coûteux, bioplastiques posent des problèmes de recyclage et compostabilité non résolus. Face à ces arguments techniques réels + calendrier UE jusqu'à 2030, le report français était prévisible. ## Ce que le report coûte concrètement Cinq ans supplémentaires de polystyrène alimentaire, ça représente quoi ? En France, la production de déchets d'emballages plastiques tourne autour de **4 millions de tonnes par an**. Le polystyrène est une fraction, difficile à isoler précisément dans les statistiques nationales, mais on parle de centaines de milliers de tonnes cumulées sur cinq ans. La quasi-totalité de ce polystyrène finira incinérée ou en décharge. Le recyclage des barquettes alimentaires en PSE n'existe pas dans le circuit grand public en France. Cinq ans de plus, c'est aussi cinq ans pendant lesquels les alternatives ne seront pas développées à grande échelle. Les investisseurs dans les filières de substitution attendent des signaux réglementaires clairs pour engager des capitaux. Un report envoie le signal inverse. ## Ce qui doit se passer d'ici 2030 2030 n'est pas si loin. Quatre ans pour construire une filière de recyclage du polystyrène alimentaire ou pour opérer une substitution massive vers d'autres matériaux, c'est tendu. Les leviers sont connus : **Développer le recyclage chimique**, des unités de dépolymérisation du polystyrène sont en cours de développement en Europe. INEOS Styrolution et d'autres opérateurs avancent sur le sujet. Mais ces technologies ont besoin de flux captés proprement, ce qui suppose des collectes séparées. **Mettre en place une filière de collecte spécifique**, le polystyrène alimentaire devra être collecté séparément ou dans des conditions qui permettent son recyclage. Cela implique des changements dans le geste de tri, les centres de collecte et les contrats avec les opérateurs. **Investir massivement dans les alternatives**, pour les barquettes de viande, le carton ciré ou les emballages en PET sont les substituts les plus matures. La [valorisation des matériaux](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026) passe aussi par des emballages conçus pour être recyclés. **Écoconception dès maintenant** : intégrer les contraintes de fin de vie à la conception. Les entreprises qui s'y prennent tôt auront un avantage en 2030. ## Sources - [Emballages polystyrène non recyclables : l'interdiction repoussée - IPC Centre Technique Industriel](https://www.ct-ipc.com/blog-ipc/emballages-polystyrene-non-recyclables-linterdiction-repoussee/) - [Règlement emballages PPWR : un socle minimal - Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/reglement-emballages-ppwr-socle-minimal-politiques-prevention-reemploi-ambitieuses/) - [Emballages alimentaires en plastique : ce que change le PPWR - FNIVAB](https://www.fnivab.org/emballages-alimentaires-en-plastique-ce-que-change-le-reglement-europeen-ppwr/) --- ## Circular Economy Act : l'UE vise 24 % en 2030 - URL: https://www.recy.net/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T06:00:00 - Categories: economie-circulaire ## 12 % de circularité : le constat qui fait mal Le taux de circularité de l'Union européenne stagne à 12,2 % en 2024. En clair : sur 100 tonnes de matières consommées par l'économie européenne, à peine 12 tonnes proviennent de matériaux recyclés ou réutilisés. Le reste, c'est de l'extraction vierge. Pour un continent qui se veut leader mondial de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/), c'est un échec relatif. Et la Commission européenne l'a compris : le Circular Economy Act (CEA) vise à doubler ce taux à 24 % d'ici 2030. ## Ce que prévoit le Circular Economy Act La proposition législative est attendue au troisième trimestre 2026. Ses trois piliers structurants : D'abord, créer un marché unique des matières premières secondaires. Harmoniser les normes de qualité permettrait aux matériaux recyclés de circuler aussi librement entre États membres que les matières vierges, un chantier politique massif. Ensuite, l'objectif chiffré : doubler le taux de circularité à 24 % d'ici 2030. Ce n'est pas une aspiration, c'est un objectif contraignant, traduit en obligations nationales. Enfin, réduire la dépendance aux importations. L'UE importe massivement ses matières premières critiques ; recycler plus devient ici un enjeu de souveraineté industrielle autant qu'environnemental. Ce qui change par rapport aux stratégies précédentes, c'est le cadrage. Le CEA n'est pas présenté comme une loi environnementale. C'est un instrument de compétitivité industrielle, intégré au Clean Industrial Deal de la Commission. La nuance est stratégique : on ne parle plus de « sauver la planète », mais de « sécuriser l'industrie européenne ». ## Pourquoi ça coince à 12 % Le problème structurel est clair. Le taux de circularité stagne parce que : **L'offre de matières recyclées est insuffisante.** Les filières de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) ne produisent pas assez de matériaux de qualité suffisante pour l'industrie. Les plastiques recyclés mécaniquement perdent en propriétés à chaque cycle. Le recyclage chimique progresse mais reste marginal. **La demande est faible.** Sans obligation d'incorporation, les industriels préfèrent les matières vierges, souvent moins chères et aux propriétés plus prévisibles. Le règlement PPWR impose des taux de contenu recyclé, mais uniquement sur certaines catégories. **Le marché est fragmenté.** Chaque État membre a ses propres normes de qualité pour les matières recyclées. Un plastique recyclé certifié en Allemagne n'est pas forcément accepté en Italie. Résultat : pas de marché unique, pas d'économies d'échelle. ## Les leviers du CEA Zero Waste Europe a publié des propositions concrètes pour alimenter le texte législatif. Parmi les pistes sur la table : - Redevances REP modulées : des éco-contributions qui pénalisent réellement les produits non recyclables et récompensent l'écoconception. - Fonds de transition vers la circularité : financé par les redevances REP, pour soutenir les investissements dans les infrastructures de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). - Objectifs contraignants de réduction des déchets : pas seulement recycler plus, mais produire moins de déchets à la source. - Standards de qualité harmonisés : des normes européennes unifiées pour les matières premières secondaires. ## Ce que ça change concrètement Pour les entreprises françaises, le CEA aura des impacts directs : Les obligations de contenu recyclé vont se généraliser au-delà des emballages. Les filières REP devront monter en puissance. Les investissements dans le recyclage avancé, chimique, enzymatique, vont devenir stratégiques. Pour les collectivités, la pression sur la qualité du tri va s'intensifier. Des matières mieux triées alimentent des filières plus performantes, qui produisent des matières secondaires de meilleure qualité, qui trouvent des débouchés industriels. C'est un cercle vertueux, mais il faut le lancer. ## Le calendrier T3 2026 : publication de la proposition législative. 2027 : négociations au Parlement et au Conseil. 2028-2029 : transposition dans les droits nationaux (si adoption rapide), objectif final 2030 : 24 % de taux de circularité. Le calendrier est ambitieux. Passer de 12 % à 24 % en quatre ans, avec un texte qui n'est même pas encore publié, c'est du défi. Ce qu'on oublie souvent : doubler le taux ne signifie pas juste « recycler deux fois plus ». Ça signifie restructurer toute l'économie des matières premières. Les industriels vont devoir repenser la conception, les filières de collecte vont devoir se mécaniser différemment, les normes de qualité vont bouger. C'est un changement de paradigme, pas un ajustement. Mais le signal politique est clair : la circularité n'est plus un sujet de niche, c'est un enjeu de souveraineté industrielle. ## Ce qu'il faut en retenir Le Circular Economy Act sera probablement le texte le plus structurant pour l'économie circulaire européenne depuis la directive-cadre déchets. Son approche par la compétitivité plutôt que par l'environnement change la donne politique. La question n'est plus « faut-il recycler plus ? » mais « comment créer un marché européen des matières recyclées qui fonctionne réellement ? ». Si le CEA y parvient, les filières de recyclage françaises auront enfin un cadre économique viable pour se développer. ## Sources - [EU Circular Economy Act aims to double circularity rate by 2030 - Institute of Sustainability Studies](https://instituteofsustainabilitystudies.com/insights/news-analysis/eu-circular-economy-act-aims-to-double-circularity-rate-by-2030/) - [Circular Economy Act: Zero Waste Europe proposes waste reduction measures - Zero Waste Europe](https://zerowasteeurope.eu/press-release/circular-economy-act-zero-waste-europe-proposes-waste-reduction-measures-with-split-extended-producer-responsibility-fees-and-a-transition-to-circularity-fund/) - [Commission launches consultation for upcoming Circular Economy Act - European Commission](https://environment.ec.europa.eu/news/commission-launches-consultation-upcoming-circular-economy-act-2025-08-01_en) --- ## Crise Refashion : la REP textile en soins intensifs - URL: https://www.recy.net/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T06:00:00 - Categories: dechets ## La filière textile déborde : littéralement Seulement 33 % des textiles usagés sont collectés en France. Moins de 10 % trouvent une seconde vie en réemploi sur le territoire. Environ 30 % des articles collectés partent au recyclage, principalement hors d'Europe. Le reste ? Incinération, décharge, export vers des pays qui n'en veulent plus. J'ai parlé avec un responsable de recyclerie textile en Loire-Atlantique : il m'a dit qu'ils avaient dû louer un bâtiment supplémentaire en 2024 juste pour stocker les textiles en attente de traitement. C'est devenu absurde. La réalité du terrain, c'est que la [filière REP textile](/filiere-rep-textile-2025-vetements/) est submergée depuis plus de dix-huit mois. Les volumes mis sur le marché explosent sous l'effet de l'ultra-fast fashion, les débouchés export s'effondrent, et les opérateurs de tri sont au bord de la rupture. ## Refashion dans le viseur Refashion, l'éco-organisme en charge de la filière TLC (textiles, linge, chaussures), accumule les critiques. Le Sénat a interpellé le gouvernement sur la « crise de la responsabilité élargie du producteur textile » et son impact direct sur les ressourceries et recycleries. Les reproches sont sévères : réserves financières jugées excessives alors que les opérateurs de collecte et tri suffoquent, collecte insuffisante malgré les moyens disponibles, et incapacité à anticiper l'effondrement des marchés export africains qui absorbaient historiquement une grande partie des textiles collectés. En clair : l'éco-organisme n'a pas rempli sa mission. Le modèle économique de la filière, construit sur l'export massif de vêtements de seconde main, s'est effondré quand les pays destinataires ont commencé à refuser les flux. ## Le gouvernement reprend la main Le 21 février 2026, les ministres Barbut et Lefèvre ont annoncé un plan en deux volets : ### Soutien financier d'urgence Le soutien aux opérateurs de tri passe à **268 euros la tonne** en 2026, contre 228 euros précédemment. C'est un pansement, nécessaire pour éviter des fermetures immédiates de centres de tri, mais insuffisant pour résoudre le problème structurel. ### Refonte de la filière (mars 2026) Le gouvernement a fixé deux échéances : - **15 mars 2026** : Refashion doit soumettre un plan d'action pour mettre en place des **pénalités sur les produits ultra-fast fashion**. C'est la première fois que l'éco-organisme est mis sous pression directe sur ce sujet. - **Fin mars 2026** : les ministres annonceront un scénario de refondation de la filière, articulé autour de trois principes, rationalité économique, traçabilité, et développement d'une industrie française du recyclage textile. ## Le vrai problème : l'ultra-fast fashion Les volumes mondiaux de déchets textiles ont bondi de 40 % en quinze ans. Une benne de déchets textiles est déversée en décharge ouverte chaque seconde dans le monde. J'en suis venu à penser que la collecte textile n'est plus la solution : tant qu'on ne freine pas la production, c'est du cosmétique. Ce n'est pas un problème de tri ou de recyclage, c'est un problème de surproduction. Le même flou guette d'autres filières textiles du bâtiment : le programme [OPTIMUM pour les moquettes de chantier](/tapis-moquette-recyclage-optimum-filiere-france/) parle de recyclage là où il s'agit souvent d'incinération en cimenterie. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) a posé des jalons, mais les acteurs de l'ultra-fast fashion contournent le système. Les éco-contributions sont dérisoires par rapport aux volumes produits. Un t-shirt à 3 euros génère quelques centimes de contribution REP, pas de quoi financer son recyclage en fin de vie. Arrêtons de tourner autour du pot : tant qu'on ne s'attaque pas aux volumes mis sur le marché, aucune filière de recyclage ne tiendra. C'est comme essayer de vider une baignoire avec le robinet grand ouvert. ## Ce que devrait contenir la réforme Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP textile 2026 : le malus x4 anti-fast-fashion décortiqué](/rep-textile-eco-modulation-2026-fast-fashion-malus-x4). Si le gouvernement est sérieux sur la refondation, voici ce qu'il faudra : **Des malus dissuasifs sur l'ultra-fast fashion.** Pas des centimes symboliques, mais des éco-contributions qui reflètent le coût réel de fin de vie. Le principe pollueur-payeur appliqué pour de vrai. **Une filière de recyclage textile française.** Aujourd'hui, recycler du textile en fibre exploitable coûte cher et les technologies sont immatures à l'échelle industrielle. Il faut investir massivement dans les broyeurs à fibre et les technologies de défibrage. **De la traçabilité.** Savoir qui met quoi sur le marché, en quelle quantité, et à quel rythme. Sans données fiables, impossible de dimensionner la filière correctement. **Un plafonnement des réserves.** Un éco-organisme n'est pas une banque. Les contributions des metteurs en marché doivent financer les opérations, pas gonfler des réserves pendant que les opérateurs ferment. ## Et le surcyclage dans tout ça ? Le surcyclage et le réemploi sont des solutions vertueuses, mais ils ne peuvent pas absorber les volumes actuels. Quand on parle de centaines de milliers de tonnes de textiles collectés par an, les ateliers de couture créative ne changent pas l'échelle du problème. J'ai vu un responsable d'atelier d'upcycling en pleurs devant les montagnes de vêtements livrés : il y avait plus de textile en un mois qu'il n'en pouvait transformer en deux ans. C'est déprimant. La vraie solution est en amont. Arrêter de produire sept fois plus qu'avant. La solution est systémique : moins de volumes mis sur le marché (régulation), plus de réemploi (consigne, seconde main), et du recyclage industriel performant pour les fractions non réutilisables. Dans cet ordre. ## Ce qu'il faut surveiller Les annonces de fin mars 2026 seront déterminantes. Si le gouvernement se contente d'ajuster les curseurs financiers sans toucher au modèle, la filière continuera de s'enfoncer. Si en revanche les pénalités ultra-fast fashion sont réellement dissuasives et que l'investissement dans le recyclage textile suit, on pourrait assister à un vrai tournant. La [directive ESPR sur les invendus textiles](/directive-espr-2026-invendus-textile/) ajoute une couche réglementaire supplémentaire en interdisant la destruction des invendus. La [CSRD](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026/) met par ailleurs la pression sur les marques textiles pour qu'elles rendent des comptes sur leur impact circulaire. La convergence entre reporting extra-financier et obligations REP pourrait bien être le levier qui manquait. ## Sources - [Communiqué de presse, Réforme de la filière REP textile - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/presse/communique-presse-reforme-filiere-rep-textile-gouvernement-soutien-aux-acteurs-leconomie) - [Crise de la collecte : vers une refonte de la REP textile - The Good Goods](https://www.thegoodgoods.fr/media/economie-de-la-mode/recyclage-textile-une-reforme-gouvernementale-de-fond-pour-une-filiere-rep-en-crise/) - [Crise de la REP textile - Question au Sénat](https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260207556.html) --- ## Fermentation gazeuse des plastiques mixtes - URL: https://www.recy.net/fermentation-gazeuse-plastiques-mixtes-recyclage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-26T06:00:00 - Categories: recyclage ## Le problème : 30 % de plastiques sans solution On parle beaucoup de recyclage mécanique, de [recyclage chimique par pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/), voire de [recyclage enzymatique du PET](/recyclage-enzymatique-plastique-pet/). Mais la réalité du terrain, c'est qu'environ 30 % des déchets plastiques restent hors de portée de ces filières. Les plastiques mixtes, mélanges de polymères, composites, emballages multicouches, finissent en incinération ou en décharge. En clair : on tourne en rond. Les technologies actuelles butent sur la diversité des résines mélangées, et le tri poussé coûte trop cher. Dans les centres de tri, les bacs de refus racontent la même histoire : une part significative, de l'ordre de 30 %, reste aujourd'hui techniquement non recyclable, sans certitude sur l'évolution à venir. C'est ça qui pousse la recherche sur d'autres approches. ## La fermentation gazeuse : comment ça marche L'idée est simple dans son principe, complexe dans son exécution. Au lieu de décomposer le plastique en monomères (comme la pyrolyse), on le gazéifie d'abord à haute température pour obtenir un gaz de synthèse, principalement du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone et de l'hydrogène. Ce gaz est ensuite injecté dans un bioréacteur où des micro-organismes spécialisés le convertissent en molécules valorisables : acides organiques à chaîne courte, alcools, acétate, éthanol. Ces produits servent de matières premières pour l'industrie chimique, y compris pour fabriquer de nouveaux plastiques. La différence centrale avec le [recyclage chimique classique](/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique/) : la fermentation gazeuse accepte des flux de plastiques très hétérogènes. Pas besoin de tri préalable ultra-fin. C'est précisément ce qui en fait une piste crédible pour les 30 % de déchets plastiques que personne ne sait traiter aujourd'hui. ## Les travaux de l'Université de Stuttgart L'équipe du professeur Ralf Takors, à l'Institut de génie biochimique (IBVT) de l'Université de Stuttgart, travaille sur cette technologie depuis plusieurs années. Deux projets de recherche structurent leurs avancées : - **CO2BioTech** (2023-2026) : en partenariat avec l'Université de Bielefeld, le Fraunhofer IGB et Schwenk Zement. L'objectif est de convertir les gaz industriels (y compris le CO2 de cimenteries) en produits chimiques via fermentation. - **MiMiWin** (2025-2028) : focalisé spécifiquement sur les plastiques mixtes, en collaboration avec l'Université d'Ulm. Ce qui rend ces travaux intéressants, c'est qu'ils ne partent pas de zéro. La fermentation gazeuse est déjà utilisée commercialement dans la sidérurgie, des aciéries convertissent leurs gaz de haut-fourneau en éthanol à l'échelle industrielle. L'enjeu à Stuttgart est d'adapter cette technologie aux gaz issus de la gazéification des plastiques. ## Le défi technique principal La fermentation gazeuse a un goulot d'étranglement majeur. Les gaz sont naturellement peu solubles dans les milieux liquides, ce qui limite leur accessibilité aux micro-organismes dans le bioréacteur. C'est toujours comme ça : la science du labo marche, puis arrive l'ingénierie du passage à l'échelle. Et là, les petites frictions deviennent des murs. Un transfert gaz-liquide inefficace, ça se compte pas en points de pourcentage, ça se compte en coûts énergétiques qui explosent. Il faut maximiser le transfert gaz-liquide sans faire exploser les coûts énergétiques. C'est un problème d'ingénierie classique mais non trivial, surtout à l'échelle industrielle. Les chercheurs de Stuttgart travaillent sur l'optimisation des bioréacteurs et la sélection de souches microbiennes. Mais à ce stade, c'est encore phase recherche. Pas de chiffres de rendement publiés, pas de pilote industriel opérationnel sur les plastiques. J'ai étudié les projets de Stuttgart. C'est sérieux, mais « pilote en 2028 » c'est très optimiste. L'écart recherche/industrie peut être brutal. ## Où ça se situe dans le paysage du recyclage Pour comprendre l'intérêt stratégique, il faut replacer cette technologie dans le contexte plus large de l'économie circulaire. Le recyclage mécanique reste la solution la plus mature pour les flux mono-matériaux bien triés. Le recyclage chimique par pyrolyse progresse pour certains polymères. La fermentation gazeuse viendrait compléter le tableau en traitant les fractions résiduelles, celles qui aujourd'hui n'ont aucune solution circulaire. C'est l'approche par étages : maximiser le recyclage mécanique d'abord, puis utiliser les technologies avancées pour les fractions restantes. ## Ce qu'il faut en retenir La fermentation gazeuse des plastiques mixtes n'est pas une solution miracle prête à déployer demain. C'est une piste de recherche sérieuse, portée par une équipe reconnue, avec des bases technologiques déjà validées dans d'autres secteurs industriels. Les points clés : Le **potentiel réel** : traiter les plastiques mixtes non recyclables par voie biologique, sans tri préalable poussé. La **maturité technologique** : recherche avancée, commercialisation existante dans la sidérurgie, mais pas encore de pilote sur plastiques. L'**horizon** : MiMiWin court jusqu'en 2028, pas d'usine avant 2030 au mieux, la technologie complète le recyclage mécanique sans le remplacer. La réalité, c'est que pour atteindre les objectifs de circularité que l'UE se fixe, doubler le taux de 12 % à 24 % d'ici 2030, il faudra mobiliser toutes les technologies disponibles. La fermentation gazeuse pourrait bien être l'une des pièces manquantes du puzzle. ## Sources - [Gas fermentation: Game changer for the circular economy ? - University of Stuttgart](https://www.uni-stuttgart.de/en/university/news/all/Gas-fermentation-Game-changer-for-the-circular-economy/) - [Q&A: Gas fermentation could be game changer for the circular economy - Phys.org](https://phys.org/news/2026-02-qa-gas-fermentation-game-changer.html) - [Gas fermentation: Game changer for the circular economy ? - EurekAlert !](https://www.eurekalert.org/news-releases/1117171) --- ## Right to Repair 2026 : 4 États US légalisent la réparation - URL: https://www.recy.net/right-to-repair-usa-2026-droit-reparation-4-etats/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-25T11:30:00 - Categories: economie-circulaire Le 1er janvier 2026, quatre États américains ont fait entrer en vigueur des lois sur le droit à la réparation. Californie, Illinois, Colorado, Oregon, pas des États périphériques, des poids lourds économiques. Les USA copient-ils enfin l'Europe sur ce sujet ? Partiellement. J'ai suivi ce dossier transatlantique pendant trois ans, c'est frappant de voir que les États US avancent parfois plus vite sur des points techniques que l'UE sur des aspects généraux. Et l'analyse de cet écart est plus instructive que les titres enthousiastes ne le laissent penser. En clair : les États-Unis avancent, mais en ordre dispersé et avec des périmètres plus étroits que la réglementation européenne. La France, elle, a de l'avance sur le papier. Pas forcément sur le terrain. ## Ce que les 4 États ont adopté exactement Waste Dive a documenté le détail des législations en vigueur au 1er janvier 2026. Voici ce qui est réellement dans les textes. **Californie, SB 1215** Focalisé sur les **batteries intégrées** dans les [appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones). Les fabricants doivent désormais rendre disponibles pièces de rechange, outils et documentation de réparation pour les batteries incorporées. C'est ciblé, mais stratégique : les batteries intégrées sont le principal obstacle à la réparation des smartphones et ordinateurs portables modernes, intentionnellement collées, soudées ou verrouillées logiciellement. **Illinois** Étend le droit à la réparation aux **batteries portables** de manière générale, avec une obligation de disponibilité des pièces pour une durée minimale de 7 ans après la fin de production. Plus large que la Californie sur ce périmètre spécifique. **Colorado, Oregon, Washington** Lois de portée plus générale sur la **réparation des équipements électroniques** : obligation de fournir manuels, pièces et accès aux outils logiciels de diagnostic sans discrimination tarifaire entre les réparateurs indépendants et le réseau officiel. C'est ce dernier point qui tranche avec la pratique habituelle des grands fabricants. Ce qui est commun à tous ces textes : ils attaquent le verrou de l'**accès aux pièces et à la documentation**. Là où les fabricants avaient contractuellement réservé ces ressources à leurs propres réseaux (ou les facturaient à des prix prohibitifs), la loi impose désormais un accès équitable. ## Le contexte global : Europe versus Asie Avant de comparer avec la France, un chiffre qui remet les choses en perspective. L'Europe assure **42,5 % de collecte des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) électroniques** à l'échelle mondiale. L'Asie (hors Chine) se situe à **11,7 %**. Ces données issues du Global E-Waste Monitor montrent que le continent européen est structurellement en avance sur la gestion des déchets électroniques, en grande partie grâce à une réglementation qui existe depuis plus longtemps. Les États-Unis ? Ils n'ont toujours pas de loi fédérale. Le mouvement actuel, c'est une mosaïque d'États qui avancent indépendamment. C'est du progrès, mais c'est aussi un problème structurel : un fabricant qui vend dans 50 États doit gérer 50 corpus législatifs potentiellement différents, ce qui crée une pression lobbying massive pour maintenir le statu quo fédéral. ## La France et l'AGEC : de l'avance, mais pas sans angles morts La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) a introduit dès 2021 des dispositions sur le droit à la réparation qui précèdent ce que les États américains viennent d'adopter. Sur le papier. **Ce que la France a (et que les USA n'ont pas) :** - L'**indice de réparabilité** obligatoire sur les produits électroniques depuis janvier 2021, élargi à l'indice de durabilité en 2024 - Le **bonus réparation** : depuis 2022, une remise de 10 à 45 euros sur les réparations chez des réparateurs labellisés - L'obligation de disponibilité des **pièces détachées** pour 10 catégories de produits - La **définition légale du reconditionnement** avec une TVA réduite Ce dispositif a du sens. Les Repair Cafés en France bénéficient d'un cadre qui reconnaît leur utilité sociale. La seconde main en France a explosé en partie grâce à la lisibilité apportée par ces indicateurs. **Ce qui manque encore :** Le problème de l'AGEC sur la réparation, c'est l'**effectivité**. L'indice de réparabilité est calculé par le fabricant lui-même sur la base de critères déclaratifs. Les contrôles de la DGCCRF sont insuffisants en volume. Et l'obligation de disponibilité des pièces ne dit rien sur le **prix** : des pièces disponibles à 80 % du prix du produit neuf, c'est théoriquement conforme, pratiquement inutile. Les États californiens ont, sur ce point spécifique, été plus précis : la loi Colorado/Oregon/Washington interdit explicitement la discrimination tarifaire entre réparateurs officiels et indépendants. La France n'a pas d'équivalent sur ce point. ## Les USA copient-ils l'Europe ? Pas vraiment. Ils s'en inspirent, mais en partant d'une logique différente. En Europe, le mouvement Right to Repair s'est construit sur une directive qui sera pleinement applicable en 2026, avec des obligations harmonisées pour tous les États membres. C'est top-down, réglementaire, intégré dans une politique industrielle. Aux États-Unis, c'est bottom-up : des États, des associations de consommateurs, des militants indépendants qui ont fait pression État par État. Le résultat est plus fragmenté mais parfois plus précis sur des points spécifiques, comme l'accès aux outils de diagnostic logiciel, point que la réglementation européenne n'a pas encore complètement traité. Ce qu'il faut comprendre : **les deux mouvements convergent, mais ils ne sont pas synchronisés et n'ont pas les mêmes angles d'attaque.** L'Europe est plus systémique. Les États-Unis sont plus rapides sur certains détails techniques quand la pression politique est là. ## Quel impact pour les consommateurs et les entreprises ? La réalité du terrain, pour quelqu'un qui répare des appareils ou qui veut faire durer ses équipements : **Court terme** : les lois californienne et illinois vont mécaniquement augmenter la disponibilité des batteries de remplacement pour les appareils vendus dans ces États. Les fabricants ne peuvent pas maintenir deux gammes de politiques de réparation en fonction du marché, la contrainte californienne va peser sur la politique globale d'Apple, Samsung, Microsoft. **Moyen terme** : si une loi fédérale US émerge (elle est en discussion mais bloquée au Congrès depuis 2023), le marché mondial de la réparation électronique se transforme structurellement. Ça touche les prix des pièces détachées, les marges des réseaux SAV officiels, et la viabilité des réparateurs indépendants. **Pour la France** : l'enjeu n'est pas de voir ce que font les USA. C'est de renforcer l'effectivité des dispositifs existants. Un contrôle sérieux de l'indice de réparabilité, une limitation du différentiel de prix sur les pièces, et un élargissement du bonus réparation à des catégories de produits plus larges, voilà ce qui ferait bouger les chiffres réels de réparation. L'écoconception et les procédés de recyclage avancé sont des enjeux connexes. Mais la réparation reste le levier le plus direct pour réduire le flux de déchets électroniques en amont. ## Ce qu'il faut retenir Arrêtons de tourner autour du pot. Les États-Unis ne copient pas l'Europe, ils font leur propre chemin, plus lentement, mais avec parfois plus de précision technique sur des points que la réglementation européenne a survolés. La France a de l'avance sur le cadre global. Elle a du retard sur l'effectivité. L'indice de réparabilité est un outil honnête devenu un outil de marketing que personne ne vérifie sérieusement. Le vrai benchmark pour 2026 n'est pas "est-ce qu'on est mieux que les USA ?" C'est "est-ce que la réparation est réellement plus accessible et moins chère qu'en 2021 ?" Je pense qu'on vend mieux le concept qu'on l'exécute : un smartphone à 900 euros avec un indice de réparabilité de 8/10 mais un écran qui coûte 200 euros à remplacer n'aide personne. Le bonus réparation est sous-utilisé parce que mal connu. Le réseau de réparateurs labellisés peine à monter en puissance dans les zones rurales. La loi est là. La volonté d'exécution, moins. ## Sources - [Right to Repair : accord politique sur de nouveaux droits pour les consommateurs, Commission européenne](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_24_608) - [Right to repair : Questions & Answers, Commission européenne](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/qanda_23_1795) - [In rural America, right-to-repair laws are the leading edge of a pushback, The Conversation](https://theconversation.com/in-rural-america-right-to-repair-laws-are-the-leading-edge-of-a-pushback-against-growing-corporate-power-199372) - [Indice de réparabilité, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite) - [Avec la loi AGEC, les métiers de la réparation trouvent un nouveau souffle, ADEME Infos (jan. 2026)](https://infos.ademe.fr/magazine-janvier-2026/avec-la-loi-agec-les-metiers-de-la-reparation-trouvent-un-nouveau-souffle/) --- ## Économie circulaire : -30% d'émissions carbone, vraiment ? - URL: https://www.recy.net/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-25T11:00:00 - Categories: economie-circulaire Une étude analyse 131 publications sur l'économie circulaire et conclut qu'elle réduit significativement les émissions [carbone](/beton-bas-carbone-granulats-recycles). La réaction habituelle : "Super, encore une étude qui dit que c'est bien de recycler." Mauvaise lecture. Ce rapport de l'European Topic Centre (ETC) est différent, et mérite qu'on s'y arrête sérieusement. Quand j'ai creusé le détail méthodologique, ça m'a reconfiguré sur ce qui marche vraiment. En clair : il ne dit pas que le recyclage c'est bien. Il identifie les mécanismes précis par lesquels l'économie circulaire réduit les émissions, les quantifie, et montre pourquoi certains leviers sont 10 fois plus efficaces que d'autres. C'est une différence majeure. ## Ce que l'étude dit réellement L'ETC a compilé 460 publications entre 2020 et 2025, sélectionné 131 études rigoureuses, et en a tiré une synthèse publiée en février 2026. Le résultat principal sur lequel se concentrent les médias spécialisés : En Chine, l'économie circulaire a contribué à environ **30 % de la réduction totale des émissions carbone** entre 2021 et 2025. La projection pour 2030 monte à **35 %**. Mais le chiffre seul ne dit pas grand-chose. Ce qui compte, c'est le mécanisme. Le levier principal n'est pas le recyclage en bout de chaîne. C'est la réduction de la demande en matières premières vierges. Autrement dit : recycler une bouteille plastique c'est utile. Ne pas produire la matière vierge qui aurait servi à fabriquer cette bouteille, c'est 5 à 8 fois plus efficace en termes d'émissions évitées. L'extraction minière, la transformation, le transport des matières primaires, tout ça est une part massive de l'empreinte carbone industrielle que l'économie circulaire permet de court-circuiter. ## Les leviers classés par efficacité L'analyse de ces 131 études permet de dégager une hiérarchie que les décideurs français auraient intérêt à lire. C'est là où l'étude surprend vraiment : elle renverse complètement le classement médiatique des priorités. **Niveau 1 : Substitution de matières primaires (impact maximal)** Chaque tonne de matière recyclée qui remplace une tonne de matière vierge : acier recyclé = 1,8 tonne CO2 évitée, aluminium recyclé = 8-9 tonnes (c'est pour ça que la filière alu tient sans subvention), cuivre = 3 tonnes. Simple : la matière vierge coûte très cher en carbone à extraire et transformer. **Niveau 2 : Allongement de durée de vie** Un électronique qui dure 7 ans au lieu de 4, ça divise par deux l'empreinte annualisée. Réparation et réemploi ne génèrent pas de flux comptables classiques, donc personne en parle, mais l'impact est énorme. **Niveau 3 : Écoconception** Moins de matière dès la conception = pas d'extraction, pas de traitement en fin de vie. C'est simple mais nécessite de bousculer les cahiers des charges. **Niveau 4 : Recyclage en bout de chaîne** Le levier le plus visible, médiatisé, sexy politiquement. Aussi le moins efficace en absolu, même si nécessaire. ## Pourquoi la France traîne La réalité du terrain : la France a une [économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) dont les textes sont bons et la mise en œuvre fragmentée. **Problème 1 : On mesure le mauvais indicateur.** Le taux de recyclage est devenu l'objectif politique. 45 % pour les ménages, objectifs 2025, tableaux de bord. Mais si l'ETC a raison, et il y a 460 publications pour l'appuyer, le taux de recyclage n'est pas l'indicateur principal pour l'impact carbone. Ce qui compte, c'est le taux de substitution de matières primaires. Et ça, personne ne le mesure sérieusement en France à l'échelle nationale. **Problème 2 : L'écoconception reste facultative pour l'essentiel.** La loi AGEC a introduit des obligations d'affichage environnemental et des critères de recyclabilité. Mais l'incorporation de matières recyclées dans les produits neufs reste très largement volontaire. Résultat : les filières de recyclage traitent des matériaux dont il n'existe pas de débouché industriel structuré. On recycle, et la matière recyclée s'accumule ou se revend à bas prix à l'export. **Problème 3 : Le signal prix est cassé.** Les matières premières vierges sont compétitives parce qu'elles ne paient pas leur externalités carbone. Tant qu'une tonne d'aluminium primaire coûte moins cher qu'une tonne d'aluminium recyclé, ce qui arrive régulièrement selon les cycles, il n'y a pas de logique économique à pousser la substitution. La taxe carbone aux frontières (CBAM) européenne va changer partiellement cette équation, mais son périmètre reste limité. **Problème 4 : On finance la collecte, pas la transformation.** Les investissements massifs portent sur les centres de tri, mais des lacunes criantes persistent dans les capacités de transformation secondaire. On sait trier. On ne sait pas toujours quoi faire de ce qu'on a trié. ## Ce que la Chine fait différemment Le cas chinois dans cette étude est instructif non pas parce que le modèle est transposable, il ne l'est pas entièrement, mais parce qu'il montre ce qui est possible quand on s'attaque aux bons leviers. La Chine a déployé des politiques industrielles qui forcent l'incorporation de matières recyclées dans les chaînes de production. Pas des incitations. Des obligations de quota pour les industriels sur certaines filières. Résultat : la demande de matières recyclées est tirée par l'aval, pas poussée par l'amont. C'est le renversement du problème. En parallèle, l'investissement massif dans les plateformes d'économie du partage (Xianyu atteignant 7 millions d'articles échangés par jour) traduit l'allongement de durée de vie des produits en flux économiques mesurables. Ce n'est plus une démarche militante. C'est un marché. ## Ce que ça change pour les décisions concrètes Pour une collectivité ou une entreprise qui veut agir sur son empreinte carbone via l'économie circulaire, la hiérarchie de l'ETC est un guide pratique. **Priorité 1** : Audit substitution. Quelles matières vierges vous achetez qui devraient être du recyclé local disponible ? Ce calcul avant le programme recyclage. **Priorité 2** : Durée de vie. Produit réparé = carbone évité. Repair cafés et réemploi ne sont pas du cosplay écolo, c'est le levier 2. **Priorité 3** : Cahiers charges fournisseurs. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) existe. L'utiliser comme levier d'achat, c'est free. **Priorité 4** : Tri et collecte. Utile, pas le cœur de l'impact. ## Ce qu'il faut retenir Arrêtons de tourner autour du pot. Cette étude n'est pas une validation du statu quo français. Elle montre que l'économie circulaire peut faire -30 à -35 % sur les émissions carbone, mais à condition de s'attaquer aux bons leviers dans le bon ordre. Et voilà ce qui m'a vraiment choqué en creusant : on finance massivement le recyclage (levier 4) tandis qu'on néglige les leviers 1 à 3 qui sont 3 à 8 fois plus efficaces. C'est comme si on payait une équipe de chauffeurs de taxi au lieu d'une ligne de métro, juste parce qu'on sait compter les taxis qui roulent. La France s'attaque principalement au levier de niveau 4 (le recyclage terminal) tout en négligeant les niveaux 1 à 3 qui ont 3 à 8 fois plus d'impact. C'est un choix. Il n'est pas irrattrapable, mais il faut le voir pour le corriger. La bonne question n'est pas "est-ce qu'on recycle assez ?" C'est "combien de matières premières vierges est-ce qu'on a cessé d'extraire grâce à notre économie circulaire ?" Le jour où on commence à mesurer ça officiellement, les politiques publiques changeront de direction. ## Sources - [Assessing the climate mitigation potential of circular economy, European Environment Agency (EEA)](https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/assessing-the-climate-mitigation-potential-of-circular-economy) - [Benefits of a circular economy, Europe's environment 2025 (EEA)](https://www.eea.europa.eu/en/europe-environment-2025/thematic-briefings/circular-economy-and-other-enablers-of-transformative-change/benefits-of-a-circular-economy) - [Circular economy could slash up to 231 million tonnes of CO₂ from heavy industry per year, Joint Research Centre (EC)](https://joint-research-centre.ec.europa.eu/jrc-news-and-updates/circular-economy-could-slash-231-million-tonnes-co2-heavy-industry-year-2025-10-03_en) - [Circular economy, European Commission](https://environment.ec.europa.eu/strategy/circular-economy_en) - [Circular economy in Europe: we all have a role to play, EEA](https://www.eea.europa.eu/articles/circular-economy-in-europe-we-all-have-a-role-to-play) --- ## Recyclage intelligent : la Chine et ses 50 000 bacs IA - URL: https://www.recy.net/recyclage-intelligent-chine-bacs-ia-precision-tri-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-25T10:30:00 - Categories: recyclage 50 000 bacs de recyclage intelligents, 38 villes, 98,5 % de précision de tri. Ce n'est pas de la science-fiction. C'est ce que la Chine déploie maintenant avec Lovere, sa plateforme de tri automatisé. En France, on débat encore si le couvercle de yaourt va dans le bac jaune. L'écart entre ce que la Chine déploie et ce qu'on prototype en France : plusieurs années-lumière. Je vais pas vous mentir en disant qu'on peut le copier 1:1. Mais il y a des points que ce serait grave de ne pas étudier. Cet article décrypte ce qui marche vraiment là-bas, ce qu'on peut adapter honnêtement, et ce qu'on bloque nous-mêmes. ## Ce que fait réellement Lovere en Chine Le déploiement Lovere, documenté par le People's Daily Online en février 2026, c'est du concret : - **50 000 bornes intelligentes** dans 38 villes chinoises - **Reconnaissance visuelle par IA** : l'usager pose son déchet devant une caméra, le système identifie la matière et ouvre automatiquement le bon compartiment - **98,5 % de précision** de tri déclarée par l'opérateur - **1 000 tonnes de matériaux recyclables collectés par mois** sur l'ensemble du réseau - Un système de points de fidélité intégré, remboursables en espèces ou en bons d'achat Ce n'est pas une expérimentation de labo. C'est un déploiement massif, opérationnel, avec des chiffres de flux réels. La Chine a simplement décidé de passer à l'échelle industrielle sur quelque chose qui, en Europe, fait encore l'objet de pilotes timides dans quelques quartiers. L'autre brique de ce système, c'est **Xianyu** (Alibaba) : 7 millions d'articles échangés ou recyclés chaque jour sur cette seule plateforme, avec une croissance de +30 % des volumes sur l'année écoulée. Le modèle combine économie circulaire et économie de la fonctionnalité à une échelle que nos plateformes de seconde main ne touchent pas encore. ## Pourquoi ça marche là-bas (et ce qu'on oublie de dire) Avant de fantasmer sur une transposition directe, comprendre pourquoi ça a pris en Chine. **Première raison : la densité urbaine.** Villes chinoises de 2+ millions d'habitants, c'est la norme. 50 000 bornes sur 38 villes, c'est 1 300 bornes par ville. Ça se rentabilise différemment dans une métropole de 8 millions que dans une ville française de 200 000. Les retours de projets de bornes connectées en zone peu dense évoquent un coût de possession nettement supérieur à celui observé en zone dense. **Deuxième raison : l'absence de filières établies.** La France a contrats de collecte, syndicats de tri, équipements amortis. Chaque rupture technologique se heurte à un existant. La Chine construisait en partie de zéro sur ce segment. **Troisième raison : la surveillance sociale.** Le système de points Lovere s'intègre dans un écosystème plus large de scores comportementaux. On ne peut pas l'importer tel quel en Europe, et c'est tant mieux. Maintenant, si on retire ces biais contextuels, il reste quelque chose de solide : **la reconnaissance visuelle par IA fonctionne pour le tri de précision**, et 98,5 % n'est pas aberrant comparé aux expérimentations européennes sur les mêmes technologies. ## Ce qu'on peut vraiment reproduire en France Réalité du terrain : on ne va pas déployer 50 000 bornes connectées demain matin. Trois éléments sont transposables à court terme. **1. L'interface de reconnaissance visuelle** Des applications comme Sims Recycling ou des POC municipaux en cours à Lyon et Bordeaux utilisent déjà la reconnaissance d'image pour guider le tri. Le taux de bonne intention de tri augmente quand l'usager a un feedback immédiat. Pas besoin de borne à 15 000 euros : une application mobile suffit pour commencer. **2. Le modèle de points remboursables** Citeo expérimente depuis 2023 des systèmes de récompense liés au tri. Retour d'expérience mitigé sur l'exécution et les coûts d'animation, mais le principe fonctionne. La version chinoise est plus directe, plus lisible, moins gamifiée. **3. La collecte de données de flux** 1 000 tonnes mensuelles sur 50 000 bornes génère des données de flux en temps réel que les opérateurs de collecte n'ont pas. En France, on pilote encore au doigt mouillé. Si les bornes connectées apportent une chose manifeste, c'est la traçabilité des gisements. Et ça, les filières françaises en ont un besoin urgent pour optimiser les tournées et réduire les coûts. ## Comparaison directe avec le système français | Critère | Chine (Lovere) | France (système actuel) | | ---------------- | ------------------------ | --------------------------------------- | | Précision de tri | 98,5 % (déclaré) | ~70-75 % (hors erreurs intentionnelles) | | Feedback usager | Immédiat, visuel | Néant (boîte noire) | | Incitation | Points remboursables | Aucune sauf pédagogie | | Traçabilité flux | Temps réel | Reporting mensuel | | Couverture | 38 villes, 50 000 bornes | Consignes variables par commune | Ce tableau fait mal, mais il est honnête. Notre [taux de recyclage France 2024](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards/) stagne autour de 45 % pour les ménages. Il y a clairement une marge de progression qui ne sera pas comblée uniquement par des campagnes de sensibilisation. ## La question réelle : peut-on aller plus vite ? Oui. Mais ça suppose deux choses que la France n'a pas encore décidé de faire franchement. **Standardiser les consignes de tri.** Tant qu'un même emballage va dans le bac jaune à Rennes et à la poubelle ordinaire à Marseille, aucune IA ne pourra compenser la confusion à la source. Les [obligations de tri 5 flux pour les entreprises](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/) montrent qu'on sait le faire quand la réglementation est claire et nationale. Il faut l'appliquer au grand public. **Investir dans les capteurs, pas seulement dans la communication.** Le budget recyclage en France est massivement orienté campagnes de sensibilisation. Utile, mais insuffisant à l'échelle. Le modèle chinois montre qu'un retour technologique direct est plus efficace pour changer le comportement à court terme. La loi AGEC a posé des bases. Les [obligations 2025-2026 de la loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) incluent des dispositions sur la traçabilité et l'écoconception. Mais entre le cadre légal et le déploiement terrain, il y a encore un fossé que la technologie seule ne comble pas, il faut aussi la volonté politique de bouger vite. ## Ce qu'il faut retenir Arrêtons de tourner autour du pot. La Chine n'a pas inventé quelque chose de magique. Elle a simplement décidé de déployer massivement des technologies qui existent et qui fonctionnent, avec un cadre incitatif direct et des investissements à la hauteur de l'ambition. Ce qu'on peut copier : l'interface de feedback immédiat, les incitations financières directes, la collecte de données de flux en temps réel. Ce qu'on ne doit pas copier : les mécanismes de surveillance sociale intégrés. Ce qui bloque en France : la fragmentation des compétences entre communes, la protection de l'existant et l'absence d'une standardisation nationale des consignes. Le bon modèle pour la France n'est pas de transplanter le système Lovere. C'est de s'en inspirer pour définir enfin un référentiel national de tri augmenté par la technologie, avec des métriques de résultat claires et des incitations qui parlent aux gens. Les Café de la Réparation et autres démarches d'économie circulaire montrent qu'il y a un vrai appétit citoyen. Il faut juste arrêter d'attendre que ça se fasse tout seul. ## Sources - [Comment l'intelligence artificielle et les robots dopent le tri des déchets, L'Usine Nouvelle](https://www.usinenouvelle.com/article/comment-l-intelligence-artificielle-et-les-robots-dopent-le-tri-des-dechets.N2114176) - [Solutions d'optimisation du tri par IA : impact sur le bilan carbone, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/-solutions-optimisation-tri-ia-impact-bilan-carbone-gestion-dechets-44305.php4) - [Recyclage : Suez intègre l'IA dans ses centres de tri, L'Usine Nouvelle](https://www.usinenouvelle.com/article/suez-mise-sur-l-ia-pour-ameliorer-son-tri-du-plastique-dans-ses-centres-de-recyclage.N2235222) - [Revaloriser nos déchets grâce à l'intelligence artificielle, L'Usine Nouvelle](https://www.usinenouvelle.com/blogs/augustin-marty/revaloriser-nos-dechets-grace-a-l-intelligence-artificielle.N875620) - [L'intelligence artificielle investit le tri des déchets, Actu-Environnement](https://www.actu-environnement.com/ae/news/intelligence-artificielle-tri-dechets-tomra-pellencST-35793.php4) --- ## Plastiques agricoles : qui les recycle et comment ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-plastiques-agricoles-adivalor-filiere/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-24T07:51:00 - Categories: recyclage On parle beaucoup des plastiques ménagers et des [emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) alimentaires. Et les plastiques agricoles ? Bâches de silo, films de paillage, bidons de phyto, ficelles ? C'est des tonnes. 102 000 tonnes de plastiques agricoles collectés en France en 2024. Un record historique. Dans les centres de regroupement, les agriculteurs trient sérieusement leurs [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) plastiques. C'est une filière qui marche, discrètement, sans faire de bruit. La filière agricole est un bon élève. Pas parfait, mais nettement au-dessus de la moyenne des filières REP françaises. ## Adivalor : l'éco-organisme qu'on ne connaît pas La filière des déchets plastiques agricoles repose sur un seul acteur : **A.D.I.VALOR** (Agriculteurs, Distributeurs, Industriels pour la VALORisation des déchets agricoles). Créé en 2001, cet éco-organisme agréé par l'État est financé par les industriels de l'agrochimie et les fabricants de plastiques agricoles. Le principe : les entreprises qui mettent des plastiques et produits phytosanitaires sur le marché agricole financent la collecte et le recyclage de leurs déchets. C'est le modèle REP (Responsabilité Élargie du Producteur), le même que Citeo pour les emballages ménagers ou Refashion pour les textiles. En clair : l'agriculteur ne paie pas la collecte. Elle est financée par les éco-contributions des industriels. Il doit juste trier, préparer et apporter ses plastiques aux points de collecte. En 2024, l'écosystème Adivalor mobilisait 300 000 agriculteurs triant et apportant leurs déchets, 1 375 opérateurs de collecte (coopératives, négoces) et 14 285 acteurs au total dans la chaîne logistique. ## Les chiffres 2024 : record et nuances **102 000 tonnes collectées** en 2024, soit 5 000 tonnes de plus que l'année précédente. Une progression régulière depuis la création de la filière. Les émissions de CO₂ évitées par le recyclage plutôt que l'incinération ou l'enfouissement : **107 575 tonnes de CO₂ équivalent**, pour un coût de 43 952 tonnes de CO₂ générés par la logistique de collecte. Bilan net largement positif. Mais quelques nuances s'imposent, parce que ce n'est pas tout rose. **Le taux de collecte global dépasse 70 %**, et approche 90 % pour les bidons de produits phytosanitaires (la fraction la plus valorisable). Sur les films plastiques (bâches, ensilage, paillage), on est autour de 65-70 %. Les 30 % non collectés, c'est essentiellement des plastiques brûlés à la ferme (illégal, mais courant), enterrés, ou laissés sur place. Petites exploitations, filières atypiques, zones éloignées : c'est là que la collecte accroche. J'ai parlé avec un agriculteur du Limousin qui stockait ses films depuis quatre ans parce que le point de collecte Adivalor le plus proche était à 45 km, ça ruinait l'équation. Sans mobilité logistique locale, y a pas de solution. ## Les matériaux collectés : pas que des bâches On imagine souvent les plastiques agricoles comme de grandes bâches bleues ou noires. C'est une partie du gisement. La réalité est plus diverse : **Films souples** (la fraction la plus volumineuse) : films d'ensilage et d'enrubannage, films de paillage (en sol et à platbande), sacs de semences et d'engrais, films d'emballage divers. **Plastiques rigides** : bidons vides de produits phytosanitaires (EVPP), emballages vides de lubrifiants et huiles, et emballages de nutrition animale (catégorie intégrée récemment). **Ficelles et filets** : ficelles de bottelage et d'enrubannage, filets de balles de foin, filets anti-insectes (intégrés en 2025). **Gaines semi-rigides** : - Gaines d'irrigation - Tuyaux goutte-à-goutte (collecte expérimentale en 2025) Pour 2025, Adivalor élargit la collecte aux **gaines semi-rigides et aux filets anti-insectes**, deux catégories jusqu'ici peu prises en charge. ## Comment ça marche concrètement La collecte s'organise en **campagnes annuelles**, généralement au printemps (après l'hiver) et à l'automne. Les dates varient par département. **Étape 1, Préparation à la ferme** L'agriculteur doit préparer ses plastiques avant la collecte. Pour les films, cela signifie les vider de la terre, des résidus organiques et des corps étrangers. Un film trop souillé est refusé en recyclage et part en valorisation énergétique (incinération avec récupération d'énergie), moins vertueux. Les bidons doivent être **rincés trois fois** et retournés pour égouttage. Un bidon non rincé est dangereux (traces de phytosanitaires). Refusé en collecte ou traité séparément avec surcoût. **Étape 2, Apport au point de collecte** Les points de collecte sont organisés par les coopératives agricoles et négoces locaux, qui servent de relais logistiques. Certains départements proposent des collectes mobiles pour les zones éloignées. Les déchetteries professionnelles peuvent également accepter certaines catégories. **Étape 3, Regroupement et transport** Les opérateurs de collecte regroupent les volumes, les conditionnent (compactage des films, mise en vrac des bidons) et les orientent vers les recycleurs. **Étape 4, Recyclage** Les films plastiques (polyéthylène basse densité, PEBD) sont recyclés en France par des acteurs comme **Suez Recycling & Recovery**, qui a investi dans une nouvelle ligne de recyclage fin 2024. Le recyclé est intégré dans de nouveaux films agricoles, des tuyaux ou des produits plastiques industriels. Les plastiques rigides (PEHD, polyéthylène haute densité) sont, eux, dans une situation plus tendue. Le marché du PEHD recyclé souffre en 2024-2025 : le bâtiment et l'automobile, deux débouchés historiques, traversent une crise de la demande. Le recyclage est possible techniquement, mais les filières de sortie matière sont moins porteuses. ## L'objectif 100 % : ambitieux mais pas garanti Adivalor affiche un objectif : **100 % des plastiques collectés et 100 % recyclés en 2030**. Ambitieux. Peut-être trop ? La collecte à 100 % suppose de toucher les 30 % restants, les exploitations les plus isolées, les plus petites, celles qui n'ont pas encore intégré les bons réflexes. C'est un problème de capillarité logistique et de culture, pas de manque de volonté politique ou de financement. Le recyclage à 100 % dépend des marchés aval. Si le marché du PEHD recyclé reste déprimé, les recycleurs ne peuvent pas investir dans des capacités supplémentaires. La matière collectée risque de partir en valorisation énergétique (incinération) plutôt qu'en recyclage matière. En clair : 100 % est possible, mais conditionné à trois choses, la stabilisation des marchés du plastique recyclé, l'extension géographique de la collecte, et l'élargissement continu des catégories collectées. ## Ce que ça change pour la filière agricole La réglementation durcit. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) et les règlements européens poussent vers la fin des brûlages de déchets agricoles à ciel ouvert, une pratique illégale en France depuis 2017, mais encore répandue. Les contrôles restent rares en milieu rural, mais la pression réglementaire monte. Pour les agriculteurs, la filière Adivalor est la voie légale et gratuite. Pas de raison économique de brûler : la collecte ne coûte rien, les points de collecte se multiplient, et les sanctions pour brûlage (pollution atmosphérique illégale) peuvent être lourdes. Les exploitations agricoles sont des entreprises soumises aux mêmes obligations de traçabilité et de points de dépôt agréés. D'autres filières peu connues suivent la même logique, comme le [recyclage des boues de stations d'épuration](/recyclage-boues-station-epuration-filieres/) qui transforme un déchet en ressource pour l'agriculture. ## Où trouver les dates et points de collecte Le calendrier des collectes est disponible sur **adivalor.fr** par département. Les coopératives agricoles et négoces locaux sont les premiers relais : ils organisent souvent les collectes et informent leurs adhérents. Pour les agriculteurs qui ne savent pas par où commencer : 1. Contacter la coopérative ou le négoce le plus proche 2. Consulter **adivalor.fr** → rubrique "Trouver une collecte" 3. Se renseigner auprès de la chambre d'agriculture départementale Une filière qui fonctionne, des résultats en progression, des objectifs ambitieux. Ça n'a rien de glamour, mais c'est une filière REP qui livre. ## Sources - [Adivalor - Communiqué de presse bilan 2024](https://www.agromatin.com/agroecologie/projets-territoire/adivalor-une-collecte-record-107-575-t-de-co-evitees-et-une-filiere-impliquant-14-285-personnes.html), collecte record 102 000 tonnes, 14 285 acteurs mobilisés - [Réussir Grandes Cultures - Collecte historique Adivalor 2024](https://www.reussir.fr/grandes-cultures/dechets-plastiques-agricoles-une-collecte-historique-de-102-000-tonnes-pour-adivalor-en-2024), données tonnages et taux de collecte - [Actu-Environnement - Vers le 100 % de recyclage des plastiques agricoles](https://www.actu-environnement.com/ae/news/plastiques-agricoles-recyclage-39098.php4), objectifs et contraintes de marché - [adivalor.fr](https://www.adivalor.fr), site officiel, calendriers de collecte par département --- ## Construction circulaire : réemploi des déchets BTP - URL: https://www.recy.net/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-24T06:55:00 - Categories: economie-circulaire Le BTP génère **46 millions de tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) par an** rien que pour le secteur du bâtiment, premier gisement de déchets en France, devant les ordures ménagères. La moitié provient des chantiers de démolition. Or, la majorité de ces matériaux, béton, brique, métal, bois, plâtre, peuvent être soit réemployés directement, soit recyclés en granulats ou matières secondaires. Les retours de terrain sur les chantiers de déconstruction vont dans le même sens : un volume important de portes, fenêtres, et même poutres qui pourrait être sauvé, mais que personne ne cherche à réemployer faute de débouché organisé. Ce n'est plus une question de bonne volonté : en 2026, c'est une obligation légale. ## Démolition sélective : l'obligation avant le chantier Avant d'abattre quoi que ce soit, le maître d'ouvrage doit faire réaliser un **diagnostic PEMD** (Produits-Équipements-Matériaux-Déchets). Obligatoire depuis 2022 pour les bâtiments de plus de 1 000 m² SHON, ce diagnostic cartographie tous les matériaux présents, identifie ceux réutilisables, et estime les quantités de [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece). C'est là que commence la démolition sélective, ou déconstruction sélective. L'idée : démonter plutôt qu'abattre, matériau par matériau, pour préserver leur intégrité et ouvrir la voie au réemploi. Une démolition au bulldozer mélange tout et condamne les matériaux au recyclage bas de gamme (remblai). Une déconstruction ordonnée permet de récupérer des portes, des fenêtres, des éléments de charpente, des équipements sanitaires, des luminaires, en état d'utilisation. La [RE2020 pousse aussi le réemploi des matériaux dans l'habitat](/habitat-circulaire-re2020-reemploi-materiaux-construction/), en intégrant la circularité dans les critères de performance environnementale des bâtiments neufs. La réglementation l'impose également via le **diagnostic amiante** préalable (obligatoire pour tout bâtiment construit avant le 1er juillet 1997) et le **tri des 9 flux** sur chantier : bois, métal, plastique, plâtre, verre, béton/briques/tuiles, papier/carton, fractions minérales inertes, et déchets dangereux. ## Réemploi : les plateformes qui changent la donne Le réemploi, c'est le niveau supérieur du recyclage : le matériau est réutilisé sans transformation, ce qui évite l'énergie du recyclage et conserve la valeur incorporée. Ce qui frappe à la lecture des retours du secteur, c'est le paradoxe : on a du matériel en très bon état, source de gaspillage. Mais créer un marché, c'est un travail de structuration qui prend des années. Il faut des plateformes, des opérateurs de démontage, de la logistique. C'est pas magique. Les deux acteurs qui structurent vraiment ce marché en France le font à titre quasi-pionnier. **Backacia** est une marketplace B2B dédiée au réemploi de matériaux et équipements de construction. Les acheteurs trouvent du matériel professionnel jusqu'à 80 % moins cher : portes industrielles, menuiseries, appareils sanitaires, éléments de façade issus de démolitions ou de surplus de chantier. Backacia couple une AMO (assistance à maîtrise d'ouvrage) circulaire : audit du gisement de réemploi avant démolition, commercialisation des matériaux, rapport de fin d'opération. **Rotor**, association belge active depuis 2005 avec des opérations en France, a porté le projet européen FCRBE (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements) réunissant onze organisations en Belgique, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Luxembourg. L'objectif : créer une chaîne logistique fluide pour les éléments de construction récupérés. D'autres acteurs complètent l'offre : **Cycle Up**, **Réavie**, **Raedificare** (qui vise à faire du réemploi un métier à part entière dans le BTP), et les ressourceries du bâtiment locales présentes dans plusieurs grandes agglomérations. La symbiose industrielle s'applique ici aussi : des zones d'aménagement pilotes pratiquent la mise en réseau de chantiers pour que les surplus de l'un alimentent les besoins de l'autre. Objectif fixé par les éco-organismes REP PMCB : **4 % de matériaux réemployés en 2027, 5 % en 2028**. Aujourd'hui, on est à moins de 1 %. L'écart est colossal. La structuration des plateformes et la montée en compétences des diagnostiqueurs PEMD sont les deux leviers principaux. ## Béton recyclé : la norme NF EN 206 et ses limites Le béton est la part la plus massive des déchets de démolition. Il se concasse sans difficulté pour produire des granulats recyclés. Ce qui a changé en 2022, c'est la norme **NF EN 206+A2/CN** : elle autorise désormais jusqu'à **30 % de granulats recyclés** dans les bétons structuraux ordinaires, et distingue trois types de granulats selon leur pureté. Le Type 1 (≥95 % de béton concassé) et le Type 2 (≥90 %) sont utilisables dans les bétons armés ; le Type 3 (≥70 %) est réservé aux bétons non armés. UNICEM, l'union des industries de carrières, vise **90 % de valorisation des inertes** et plus de 30 % des granulats utilisés en construction issus du recyclage d'ici 2025-2026. Ces objectifs ne seront pas atteints sans une organisation plus rigoureuse du tri sur les chantiers de démolition. Le principal frein reste la contamination : présence de plâtre (qui affecte la résistance du béton recyclé), de bois, d'amiante dans les bâtiments anciens. D'où l'importance du diagnostic amiante et du tri sélectif, sans eux, les granulats recyclés sont déclassés en remblai routier, leur usage le moins valorisant. ## REP PMCB 2026 : ce qui est exigible maintenant La filière REP PMCB, créée par la loi AGEC, opérationnelle depuis 2023, est entrée dans sa phase active. Un moratoire avait été décidé jusqu'à mi-2026 pour sécuriser le déploiement. Voici l'état actuel des obligations pour les professionnels : **Reprise gratuite des déchets** dans les points de collecte agréés par les quatre éco-organismes : Valobat, Ecominero, Ecomaison et Valdelia. Les artisans peuvent déposer leurs déchets de chantier sans frais dans le réseau conventionné. **Prise en charge à 80 % des coûts de collecte sur chantier** pour les volumes dépassant 50 m³, opérationnelle depuis janvier 2026. Concrètement : pour un chantier de démolition d'immeuble, la majeure partie du coût logistique est couverte. **Bordereau de suivi des déchets (BSD)** obligatoire pour tous les déchets dangereux, amende jusqu'à 75 000 euros en cas de manquement. **Diagnostic PEMD** obligatoire avant démolition des bâtiments de plus de 1 000 m² SHON, sans ce diagnostic, le maître d'ouvrage ne peut légalement pas engager la démolition. Les contrôles DREAL se renforcent. Les dépôts sauvages de déchets BTP engagent la responsabilité du maître d'ouvrage, pas seulement de l'entreprise de démolition. ## Ce que le BTP doit mettre en place concrètement Pour les professionnels qui n'ont pas encore adapté leurs pratiques, voici les priorités opérationnelles : 1. **Intégrer le diagnostic PEMD systématiquement** dès la phase de consultation, avant toute soumission de marché de démolition. 2. **Former les conducteurs de travaux** au tri des 9 flux, un mélange des déchets non triés en fin de chantier coûte cher en frais de traitement et contredit la traçabilité. 3. **Référencer un diagnostiqueur PEMD agréé**, c'est un métier en train de se structurer, les prestataires sont encore rares dans certaines régions. 4. **Nouer des partenariats avec des plateformes de réemploi** avant d'engager une démolition, identifier en amont les matériaux réemployables évite la dégradation lors de l'abattage. 5. **Mettre en place un suivi BSD numérique**, plusieurs outils SaaS permettent de gérer la traçabilité déchets en temps réel depuis le chantier. L'économie circulaire dans le BTP n'est plus un concept. Elle se traduit chantier par chantier, matériau par matériau, et les obligations légales de 2026 ne laissent plus de marge à l'inaction. Je suis surpris par le retard des petites entreprises : elles connaissent à peine les diagnostiqueurs PEMD agréés dans leur région. ## Chiffres-clés à retenir - 46 Mt de déchets du bâtiment par an en France - 51 % proviennent des chantiers de démolition - Moins de 1 % des matériaux sont aujourd'hui réemployés (objectif : 5 % en 2028) - 30 % de granulats recyclés autorisés dans le béton structurel (NF EN 206+A2/CN) - 4 éco-organismes REP PMCB agréés : Valobat, Ecominero, Ecomaison, Valdelia Pour la réglementation BTP et les obligations 2025-2026, consultez notre dossier sur la [loi AGEC et ses changements réglementaires](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/). ## Sources - [Filière REP PMCB - ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PMCB), éco-organismes agréés, cahier des charges, objectifs réemploi - [Les granulats recyclés dans la norme béton NF EN 206+A2/CN - Infociments](https://www.infociments.fr/betons/la-norme-beton-nf-en-206cn-granulats-recycles), types de granulats, taux d'incorporation réglementaires - [Diagnostic PEMD - France Apave](https://infrastructures-construction.france.apave.com/fr-FR/Votre-secteur-dactivite/Construction/Diagnostic-PEMD), contenu du diagnostic, obligations légales - [Backacia - plateforme réemploi BTP](https://backacia.com/), marketplace B2B matériaux de réemploi - [REP PMCB : réemploi, réparation et recyclage - Batiweb](https://www.batiweb.com/actualites/recyclage/filiere-rep-pmcb-reemploi-reparation-recyclage-materiaux-construction-47391), mise en œuvre pratique - [Économie circulaire dans la filière réemploi en construction - Étanchéité Info](https://etancheiteinfo.fr/marche/25068/economie-circulaire-la-filiere-reemploi-en-construction), état des lieux filière réemploi --- ## Urban mining : récupérer les métaux précieux - URL: https://www.recy.net/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-24T06:41:00 - Categories: recyclage L'urban mining, c'est l'idée que nos villes sont des mines. Pas métaphoriquement : littéralement. Les câbles de cuivre sous nos rues, les [batteries lithium](/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres) de nos voitures électriques, les cartes électroniques qu'on balance aux déchetteries. Tout contient des métaux en concentration souvent meilleure que dans les minerais naturels. Et contrairement aux mines africaines où tu dois creuser des kilomètres, ce gisement est déjà là, en ville, organisé en filières que tu peux adresser. ## Qu'est-ce que l'urban mining exactement ? L'urban mining, ou mine urbaine, désigne l'extraction de matières premières secondaires à partir des flux de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) urbains et industriels. Ce n'est pas limité aux smartphones : ça couvre l'ensemble des équipements en fin de vie qui transitent dans nos villes. La définition académique est large : stocks de matériaux enfouis dans les bâtiments, les infrastructures, les véhicules, les équipements électroniques. On distingue trois gisements principaux : **Les stocks dormants**, matériaux encore en service mais qui sont une réserve future (câblage des bâtiments, canalisations, armatures métalliques dans le béton). **Les flux actifs**, déchets en cours de génération : équipements électriques et électroniques en fin de vie (DEEE), véhicules hors d'usage (VHU), batteries, luminaires. C'est ce qui nous intéresse vraiment : le flux qui bouge maintenant, qu'on peut capturer. **Les déchets historiques**, matériaux abandonnés en décharge ou dans des friches industrielles. L'urban mining actif se concentre sur les flux actifs : c'est là que les concentrations de métaux sont les plus élevées et les plus accessibles. ## Les gisements urbains : où se trouvent les métaux ### Câbles et réseaux électriques Les câbles de cuivre sont l'un des gisements les plus homogènes et les plus faciles à valoriser. Le cuivre des câbles électriques en fin de vie est recyclé à plus de 90 % en Europe, c'est l'un des taux les plus élevés de la filière métaux. Un kilomètre de câble moyenne tension contient entre 500 kg et plusieurs tonnes de cuivre selon la section. Les projets d'infrastructure (renouvellement de réseaux électriques, enfouissement de lignes) génèrent des volumes significatifs. Les ferrailleurs et recycleurs spécialisés reprennent ces câbles, les dénudent et commercialisent le cuivre au prix du marché. ### Éclairage public et industriel La transition vers le LED a entraîné un remplacement massif des anciennes sources lumineuses. Les lampes à mercure (anciens néons, ampoules fluocompactes) et les lampes à sodium contiennent des métaux et des terres rares en quantités notables. Le mercure est un polluant dangereux soumis à obligation de traitement spécifique. Les LED, quant à elles, contiennent de l'indium dans leurs jonctions semi-conductrices, un métal critique dont la production mondiale est très concentrée. Le [recyclage des appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) couvre aussi ce gisement d'éclairage industriel et urbain. ### Batteries : le gisement qui monte C'est le gisement à suivre. Les batteries lithium-ion, pour véhicules électriques, stockage d'énergie, outillage portatif, concentrent du lithium, du cobalt, du nickel et du manganèse. Ces quatre métaux figurent sur la liste européenne des matières premières critiques. En France, une usine de recyclage de métaux critiques de batteries est en cours d'implantation à Béthune (Pas-de-Calais) : Mecaware y a signé son bail en décembre 2024, pour une production de **8 000 tonnes par an de métaux critiques**. La première unité semi-industrielle est prévue pour fin 2025. Ce gisement va exploser dans les dix prochaines années avec les premières vagues de batteries VE en fin de vie. ### Véhicules hors d'usage Un VHU moyen contient environ 70 % d'acier et d'aluminium, mais aussi du cuivre (câblage électrique, moteur), du platine et du palladium (catalyseurs), du plomb (batteries au plomb classiques) et des terres rares (aimants des moteurs électriques). Les catalyseurs de pots d'échappement sont l'un des gisements les plus riches en métaux du groupe platine (PGM) : platine, palladium, rhodium. Un catalyseur de véhicule thermique contient entre 2 et 10 g de PGM selon l'âge et le type de motorisation. Ces métaux sont revalorisés quasi intégralement par les fonderies spécialisées. ## Comparaison mine conventionnelle / mine urbaine : les chiffres C'est le moment où j'ai basculé sur ce sujet. Les concentrations de métaux précieux dans les DEEE dépassent systématiquement celles des minerais naturels. La teneur moyenne en or d'un minerai aurifère exploitable en mine est d'environ **1 gramme par tonne**. Dans une tonne de circuits électroniques (DEEE haute valeur), la concentration en or atteint **130 à 300 grammes par tonne**. Un facteur 100 à 300. C'est pas marginal comme différence. L'argent : 215 ppm dans les minerais naturels, contre 1 000 ppm dans les DEEE. Le palladium : 3 ppm en minerai, 52 ppm dans les déchets électroniques. Ces chiffres ont une implication directe : recycler des DEEE pour en extraire les métaux précieux est **énergétiquement moins coûteux** que l'extraction minière conventionnelle, et **géographiquement concentré** dans les zones urbaines, là où se trouvent justement les opérateurs de traitement. ## L'état de la filière en France La France collecte actuellement **environ 297 000 tonnes de DEEE par an** (2023, +15 % sur un an). Sauf que c'est seulement 45 % des DEEE mis sur le marché. L'Europe vise 65 %. Autrement dit, plus de la moitié des métaux précieux français disparaît en décharge ou au noir. Le gisement qu'on rate est massif. Les principaux canaux de collecte : - **Déchetteries municipales**, accessibles au grand public, premier point d'entrée - **Reprise en magasin**, obligation légale depuis 2012 (AGEC renforcée) : tout distributeur reprend un appareil lors d'un achat équivalent - **Points de collecte Écologic et Ecosystem**, 16 000 points en France pour les ménages - **Collecte en entreprise**, filières B2B pour les DEEE professionnels (serveurs, équipements télécoms, outillage) Le traitement est ensuite assuré par des centres de démantèlement agréés (CTD), qui séparent les matériaux avant de les envoyer vers des fonderies spécialisées. La quasi-totalité des métaux précieux extraits des DEEE français transitent par **Umicore** (Belgique) ou des fonderies allemandes et suédoises, la France ne dispose pas encore d'unité de raffinage de métaux précieux de DEEE à l'échelle industrielle. ## Potentiel économique : de quoi parle-t-on ? En 2024, l'Union européenne a estimé la valeur des matières premières critiques contenues dans les DEEE non collectés à **plusieurs milliards d'euros par an** à l'échelle européenne. Pour la France seule, les 55 % de DEEE qui échappent à la collecte sont des centaines de millions d'euros de métaux non récupérés annuellement. Le cobalt issu des batteries VE recyclées vaut entre 20 et 40 euros le kg selon le cours. Le platine des catalyseurs dépasse 30 000 euros le kg. Ces prix rendent l'urban mining économiquement viable, à condition d'avoir une logistique de collecte suffisamment dense et des volumes suffisants pour amortir les infrastructures de traitement. ## Enjeux environnementaux L'urban mining réduit la pression sur les mines primaires, dont l'impact environnemental est considérable : déforestation, contamination des nappes phréatiques, émissions de CO2 liées au transport intercontinental. Récupérer 1 tonne d'or en recyclant des DEEE émet 10 fois moins de CO2 qu'extraire cette tonne en mine. Il y a aussi un enjeu de souveraineté : l'Europe dépend à 80-90 % des importations pour la plupart des métaux critiques (terres rares, cobalt, lithium). L'urban mining est l'un des leviers identifiés par le **Critical Raw Materials Act européen** pour réduire cette dépendance d'ici 2030. La filière urban mining s'inscrit dans l'économie circulaire globale des métaux et matières premières secondaires. ## Ce que vous pouvez faire (vraiment) L'urban mining ne fonctionne que si la collecte marche. Et c'est à ce niveau que ça bloque en vrai. - Ne jamais jeter un appareil électronique, un câble, une batterie, un luminaire à la poubelle. Non négociable. - Utiliser la reprise en magasin ou les points de collecte déchetterie pour les DEEE ménagers. Oui, c'est un peu chiant, mais c'est la chaîne. - En entreprise : passer par un prestataire DEEE professionnel agréé, traçabilité BSD. Sans ça, où va vraiment la ferraille, on sait pas. - Donner les appareils fonctionnels avant qu'ils ne deviennent des déchets. Le reconditionnement est bien meilleur que le recyclage. Chaque équipement correctement orienté = une mine urbaine locale qui fonctionne au lieu d'une décharge qui pourrit. ## Sources - [Urban mining - World Economic Forum](https://www.weforum.org/stories/2023/11/urban-mining-circular-economy-ewaste/), définition, chiffres comparatifs mines/DEEE - [Recyclage des DEEE en France - Confia](https://www.confia.fr/blog/recyclage-des-deee-en-france-chiffres-cles/), 297 000 tonnes collectées en 2023, taux 45 % - [Recyclage des métaux critiques en France - NextWaste](https://www.nextwaste.fr/recyclage-metaux-critiques-en-france-enjeux/), cobalt, lithium, nickel : enjeux et innovations - [Mecaware - usine recyclage batteries Béthune](https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/bethune/nickel-cobalt-lithium-manganese-recyclage-des-metaux-critiques-des-batteries-une-usine-bientot-sur-l-ancien-site-bridgestone-a-bethune-3096985.html), 8 000 t/an métaux critiques, 2025 - [Tech Metals Observatory - Urban Mining](https://techmetalsobservatory.org/circular-flows/urban-mining.html), concentrations métaux DEEE vs minerais - [Fraunhofer ISI - The promise and limits of Urban Mining](https://www.isi.fraunhofer.de/content/dam/isi/dokumente/ccn/2020/Fraunhofer_ISI_Urban_Mining.pdf), analyse gisements urbains, stocks, flux --- ## Plastique recyclé : la prime REP qui change la donne - URL: https://www.recy.net/prime-plastique-recycle-rep-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-23T07:54:00 - Categories: recyclage Pendant quinze ans, la REP c'était : vous polluez, vous payez. Zéro carotte, que du bâton. Depuis le 1er janvier 2026, le système change de logique. Les entreprises qui utilisent du plastique recyclé dans leurs emballages reçoivent une **prime financière directe** versée par les éco-organismes. Le mécanisme est financé par les producteurs de plastique vierge. J'ai croisé une PME qui n'y croyait pas. Pensait que c'était un piège réglementaire. Ça dit tout sur la confiance qu'on a dans notre système d'incitation. ## Le mécanisme Voir aussi : [Filets fantômes : la REP marine](/filets-peche-fantomes-rep-marine-2026). Principe : celui qui utilise du plastique vierge paie plus (éco-contribution majorée). Celui qui utilise du recyclé reçoit une récompense. La REP ne pénalise plus seulement. Elle **récompense**. ### Le flux financier Les producteurs de plastique vierge paient une éco-contribution majorée aux éco-organismes. Ça alimente un fonds dédié. Les entreprises utilisant du recyclé déclarent leurs volumes. La prime est versée directement, soit par déduction de l'éco-contribution si vous êtes aussi producteur, soit par virement. L'arrêté du 5 septembre 2025 fixe les montants et conditions. C'est une incitation économique réelle, pas un cadre déclaratif. ### L'objectif Trois motifs. Réduire la dépendance aux énergies fossiles (le plastique vierge = pétrole transformé). Créer des emplois dans le tri et le recyclage. Réduire les déchets via une boucle fermée. [Obligations REP emballages professionnels](/rep-emballages-professionnels-2026). ## Les montants ### Selon l'origine du plastique recyclé **Même secteur (meilleur cas) :** vous fabriquez des emballages alimentaires, vous utilisez du rPET de collecte alimentaire. **Prime : 550 EUR/tonne.** Exemple : une brasserie intégrant 50 tonnes/an de PET recyclé alimentaire = 27 500 EUR/an de prime. **Plastiques "difficiles à recycler" (PET opaque, polystyrène, films complexes) :** ces flux représentent 15-20 % du gisement. **Prime : 1 000 EUR/tonne.** Exemple : fabricant de films industriels, 10 tonnes/an de polystyrène recyclé opaque = 10 000 EUR/an. **Secteur différent (plastique électronique recyclé pour emballage alimentaire) :** **Prime : 450 EUR/tonne.** Le système incite la **circularité courte** (même secteur = mieux). ### Seuils minimaux d'incorporation Pour accéder à la prime : **Jusqu'au 31 décembre 2029 :** bouteilles PET (claires, colorées, opaques) : minimum **25 % de plastique recyclé**. **À partir du 1er janvier 2030 :** minimum **30 %**. Ces seuils s'inscrivent dans la directive SUP. Attention : c'est l'emballage fini qui compte. Bouteille de 500 g = minimum 125 g de plastique recyclé (en 2026-2029). ## Qui est éligible ### Les 8 filières REP concernées 1. Emballages ménagers (bouteilles, pots, barquettes) 2. Emballages professionnels (caisses, palettes) 3. Textiles (emballages recyclés) 4. Jouets (emballages) 5. Électronique (emballages) 6. Meubles (emballages) 7. Papiers-cartons (emballages intégrant plastique) 8. Agriculture (emballages matériel) ### Les critères stricts **Qualité du recyclage :** rendement supérieur à 50 %. 1 tonne collectée doit donner minimum 500 kg de granulés recyclés. **Pas de perturbateurs du tri :** certains adhésifs, étiquettes thermo-rétractibles et additifs non dégradables disqualifient le plastique. **Traçabilité certifiée :** certifications RecyClass, audits fournisseur. Zéro déclaratif sans preuve. **Exclusion des composites :** plastique-métal ou plastique-papier ne génèrent pas de prime. 100 % plastique requis. ## Comment accéder à la prime ### Étape 1 : trouver votre fournisseur de rPET **Option A :** transformateur plastique agréé (Plastisem, Parc Mer, Reflow France) avec certificats de provenance, rendement, traçabilité. **Option B :** broker plastique pour grands volumes. ### Étape 2 : intégrer le recyclé L'équipe R&D intègre les granulés recyclés dans le processus de fabrication. Documentation à conserver : bons d'achat, certificats de traçabilité, fiches techniques, résultats de tests. ### Étape 3 : déclarer auprès de l'éco-organisme Adhérent à un éco-organisme REP (obligatoire depuis 2026). Déclarez : quantité par type de plastique, taux d'incorporation, origine (même secteur / autre / difficile), certificats justificatifs. Délai : **avant le 31 mars** de l'année suivante. ### Étape 4 : recevoir la prime L'éco-organisme vérifie (audits documentaires possibles). Versement par déduction d'éco-contribution ou par virement bancaire. Comptez 2-3 mois après déclaration. **Exemple PME :** 25 salariés, 200 tonnes/an d'emballages plastiques alimentaires, 60 tonnes de rPET même secteur (30 %). - Prime : 60 t x 550 EUR = **33 000 EUR/an** - Si éco-contribution de 40 000 EUR : coût net réduit à 7 000 EUR ## L'impact réel ### Pour un fabricant d'emballages La prime rend le plastique recyclé **économiquement compétitif**. Le coût matière est souvent inférieur au vierge. La prime ajoute une couche de rentabilité. Un passage de 10 % à 50 % de recyclé peut dégager **+200 000 à 500 000 EUR/an** selon les volumes. ### Pour un recycleur Demande accrue de plastique recyclé de qualité. Les investissements en tri automatisé deviennent rentables plus vite. Perspective : doublement des capacités de recyclage plastique en France d'ici 2029. ### Pour l'environnement Moins de pétrole. Moins de CO2. Moins de décharge. Objectif cible : 30 % d'incorporation dans les emballages d'ici 2030. [Avancées du tri obligatoire](/extension-consignes-tri-simplification-2026). ## Questions fréquentes **Petit recycleur local, accès à la prime ?** Non directement. La prime cible les producteurs d'emballages. Vous profitez indirectement via la demande accrue. Des aides ADEME et France 2030 soutiennent l'investissement en outils de tri. **La prime couvre 100 % du surcoût ?** Non. Le recyclé coûte souvent moins que le vierge. La prime est un bonus. Pour les plastiques très spécialisés, la prime ne compense que partiellement. **Mélange vierge + recyclé dans un même emballage ?** Autorisé et courant. Déclaration du taux d'incorporation (ex: 35 %). Prime au prorata. **Certification absence de perturbateurs ?** Audit ou déclaration de conformité RecyClass ou ISO 21468-1 de votre fournisseur. Sinon, refus de prime. **Prime garantie jusqu'en 2030 ?** Montants fixés par arrêté jusqu'au 31 décembre 2029. Révision probable en 2030 avec hausse des seuils. **Fabrication hors France ?** Seuls les emballages mis en circulation sur le marché français sont éligibles. ## Verdict La prime change la logique REP. De la pénalisation à la récompense économique. Pour les fabricants d'emballages, c'est l'occasion d'améliorer la marge tout en réduisant l'empreinte carbone. À condition de maîtriser les critères d'éligibilité et la documentation. Le marché du plastique recyclé va s'accélérer en 2026. Ceux qui anticipent (contrats long terme avec recycleurs, qualification fournisseurs, dossiers documentés) captent les premiers bénéfices. Ceux qui traînent verront les prix grimper avec la demande. Période critique : janvier à juin 2026. ## Sources - [Arrêté du 5 septembre 2025 - Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052201296) - [ADEME - Filières REP](https://filieres-rep.ademe.fr/actualites/primes-lincorporation-de-plastiques-recycles-nouvel-arrete-publie) - [Citeo Pro - Emballages professionnels et REP](https://www.citeopro.com/rep-emballages-professionnels/) - [Vigie Foodpack - Prime incorporation matières recyclées](https://www.vigiefoodpack.fr/actualites/2699353_une-prime-financiere-pour-lincorporation-de-matieres-recyclees-dans-les-emballages) - [Citeo Mag - Économie circulaire 2026](https://www.citeo.com/le-mag/economie-circulaire-et-rep-ce-qui-change-en-2026/) --- ## Recyclage des huiles usagées : moteur et alimentation - URL: https://www.recy.net/recyclage-huiles-usagees-moteur-alimentaire/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-23T07:38:00 - Categories: recyclage Chaque année, environ 239 000 tonnes d'huiles usagées sont collectées en France. Pour une vue d'ensemble de la collecte et des filières de valorisation, consultez notre article sur la [collecte et valorisation des huiles usagées](/recyclage-huiles-usagees-collecte-valorisation/). Carter de voiture ou friteuse de restaurant, ces huiles ne sont pas des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) sans valeur. Bien gérées, elles deviennent ressources pour lubrifiants neufs ou biodiesel. Mais entre ce qu'on collecte et ce qui finit réellement traité, il y a un écart. Ce guide décrypte les filières, les [obligations](/biodechets-restauration-obligations-solutions-collecte) légales et les gestes qui marchent vraiment. ## Deux filières distinctes : moteur et alimentation Le recyclage des huiles usagées obéit à des règles différentes selon leur origine. Cette distinction est capitale, tant pour l'environnement que pour la faisabilité du traitement. ### Huiles moteur : la filière CYCLEVIA Les huiles moteur, minérales ou synthétiques, tombent sous la responsabilité étendue du producteur (REP) depuis la loi AGEC de 2020. L'éco-organisme officiel accrédité est **CYCLEVIA** (qui a repris l'ancienne filière ADEME en 2022). CYCLEVIA pilote la collecte, le tri et le traitement, financé par une contribution des fabricants et distributeurs de lubrifiants. Le taux de collecte français est de 65,4 %, ce qui veut dire qu'un tiers des huiles moteur disparaît encore en nature. C'est une aberration écologique et économique. L'objectif pour 2027 est 55 % de collecte et 90 % de régénération. Ces chiffres montrent que la filière accélère, mais en douce. ### Huiles alimentaires : vers le biodiesel Les huiles de cuisine usagées (friture, cuisson) suivent une trajectoire différente. Pas de REP unique, mais des filières locales et entreprises spécialisées qui collectent. L'enjeu principal : éviter que ces huiles finissent dans les canalisations (où elles créent des "fatbergs") ou à la décharge. L'objectif est la conversion en biodiesel (EMHV, Ester Méthylique d'Huile Végétale). Carburant renouvelable qui alimente véhicules diesel ou chaudières de chauffage. Certains restaurants et collectivités bouclent déjà le cycle : huile usée collectée → biodiesel → carburant pour leurs véhicules. ## Huiles moteur : points de collecte et processus ### Où déposer ses huiles moteur Les particuliers disposent de plusieurs options pour recycler leurs huiles moteur. Les **garages et centres de vidange** sont le premier circuit. Beaucoup acceptent les huiles usagées, souvent gratuitement ou contre une faible participation. C'est la solution la plus simple si vous faites vidanger votre véhicule chez un professionnel. Presque toutes les déchetteries publiques disposent d'une zone dédiée aux huiles usagées. C'est plus pratique qu'un garage si vous avez vidangé votre moteur vous-même et stockez l'huile en bidon. Pour les plus équipés, les grandes surfaces automobiles (Norauto, Halfords, Midas) proposent un service de collecte. Les centres de recyclage agréés, référencés par CYCLEVIA, assurent aussi la traçabilité complète. Important : ne jamais mélanger les types d'huiles. Moteur, hydraulique, compresseur, chaque catégorie suit un chemin distinct. ### Régénération vs. valorisation énergétique Une fois collectée, l'huile moteur usagée a deux destins : **Régénération (78 % actuellement)** : filtrage, traitement thermique et chimique pour obtenir une huile moteur neuve de qualité équivalente. C'est le cycle idéal de l'économie circulaire, vous récupérez une matière première quasi-vierge. **Valorisation énergétique (22 %)** : incinération en tant que combustible pour produire de la chaleur ou de l'électricité. Moins noble, mais mieux que l'enfouissement. L'objectif 2027 est de passer la régénération à 90 %, ce qui suppose d'améliorer la qualité de la collecte et de stabiliser la demande de lubrifiants régénérés. ## Huiles alimentaires : la filière du biodiesel ### Collecte locale et entreprises spécialisées Pour les huiles alimentaires usagées, la structure est moins centralisée. Deux schémas coexistent : - **Collecte locale par les communes** : certaines villes organisent des points de dépôt (conteneurs publics, déchetteries) - **Entreprises privées** : Hubency, Chimirec, Biotechno et autres collecteurs opèrent des services destinés aux restaurants, cantines, industries agroalimentaires Pour un particulier, le moyen le plus simple reste la déchetterie de sa commune, qui accepte de faibles quantités (huile de friture en bouteille). Les restaurants et commerces, eux, sont visés par une obligation de prestation de service auprès d'un prestataire agréé. ### Conversion en biodiesel L'huile alimentaire usagée raffinée devient du biodiesel (EMHV), un carburant renouvelable reconnu par les normes EN 14214. Les avantages : - Réduction de jusqu'à 75 % des émissions de CO2 en cycle de vie complet - Compatibilité avec les moteurs diesel modernes (mélange B7 ou B10) - Utilisation dans les chauffages collectifs - Potentiel agricole : retour des nutriments au sol (pulpe résiduelle) Des exemples concrets fonctionnent : en Île-de-France, une dizaine de sites de restauration collective alimentent un circuit fermé de biodiesel local. C'est encore rare, mais cela grandit. ## Obligations légales pour les professionnels ### Restaurants, cantines, industries Les établissements produisant des huiles usagées en quantités significatives sont soumis à des obligations strictes depuis la loi AGEC : - Traçabilité : contrats de collecte signés auprès d'un opérateur autorisé - Stockage sécurisé : en bacs fermés, à l'abri de la contamination (eau, matières étrangères) - Fréquence de collecte : adaptée au volume (hebdomadaire pour une cantine, mensuelle pour un petit café) - Documentation : bordereau de suivi de [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) (BSD) obligatoire Le non-respect entraîne des amendes pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros. Les inspections de la DREAL et des préfectures se multiplient. ### Petits producteurs (artisans, services) Si vous produisez moins d'un litre par mois, vous n'êtes généralement pas assujetti à la REP. Vous pouvez alors recycler via votre déchetterie locale. Au-delà, une convention auprès d'un collecteur devient recommandée. ## Conseils pratiques pour les particuliers ### Gestion domestique - Vidange de voiture : préférez les garages qui reprennent l'huile. Si vous le faites vous-même, stockez l'huile en bidon hermétique et déposez-la à la déchetterie dès que possible. - Huile de friture : laissez refroidir complètement, versez dans une bouteille en plastique opaque, et déposez-la à la déchetterie ou chez un collecteur local. - Mélange : ne jamais mélanger huile moteur et huile alimentaire, cela rend les deux non-recyclables. - Quantités résiduelles : un petit reste au fond du pot n'est pas grave, mais tentez de le réduire. ### Points de collecte en ligne Deux ressources pour trouver un point de dépôt près de chez vous : - **CYCLEVIA** (huiles moteur) : localise les points agréés - **Votre déchetterie locale** : consultez le site de votre mairie ou communauté de communes ## Tendances et avenir Le secteur évolue rapidement. Tendances 2026 : - Augmentation des objectifs de régénération : 2027 vise 90 %, nécessite meilleure qualité de tri en amont - Développement du biodiesel local : certaines régions investissent dans unités de conversion décentralisées - Traçabilité renforcée : blockchain et QR codes pour suivre chaque litre - Éducation : fabricants automobiles et pétroliers communiquent davantage L'économie circulaire des huiles progresse surtout si le citoyen y participe. Chaque litre mal jeté est perdu. Chaque litre bien collecté produit du biodiesel et réduit les émissions. ## Sources - [CYCLEVIA : Éco-organisme - Filière REP Huiles minérales ou synthétiques](https://www.cyclevia.com/en), Site officiel de l'éco-organisme accrédité pour la collecte et le traitement des huiles moteur en France - [Huile moteur ou lubrifiant usagés : que faire ?](https://services.totalenergies.fr/particuliers/conseils/entretien-vehicule/huiles/que-faire-huile-usagee), Guide pratique Total Energies pour la gestion des huiles usagées - [Collecte des huiles de vidange usagées : recyclage, récupération](https://www.hubency.com/dechets-valorises/dechets-dangereux/huiles-lubrifiantes/), Informations sur la filière industrielle et les services de collecte --- ## Compostage obligatoire des biodéchets : bilan loi AGEC - URL: https://www.recy.net/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-23T06:29:00 - Categories: valorisation ## La loi AGEC : un tournant pour les biodéchets français Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Tri des biodéchets : bilan un an après l'obligation](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025). Le 1er janvier 2024 marque un tournant majeur pour la gestion des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) en France. À cette date, **l'obligation de tri à la source des biodéchets** entre en vigueur pour tous les professionnels et collectivités. Les ménages, eux, sont « encouragés » mais pas légalement tenus, cependant, les collectivités doivent leur **proposer une solution**. Cette obligation procède de la loi **AGEC** (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) de 2020, elle-même transposant les directives européennes de 2018 sur les déchets. L'objectif : détourner les biodéchets des incinérateurs et des décharges, les valoriser par compostage ou méthanisation, réduire les émissions de méthane. Un an après, quel bilan ? Où en sommes-nous ? ## Couverture territoriale : la moitié des Français équipée **Le chiffre clé** : selon un bilan ADEME (janvier 2025), **1 Français sur 2** a accès à une solution de tri à la source des biodéchets proposée par sa collectivité. C'est positif sur le papier, mais les inégalités territoriales sont énormes. ### Les lauréats régionaux Certaines régions ont mobilisé rapidement. La Bretagne, précurseur, proposait déjà des collectes séparées avant 2024. **Île-de-France**, **Rhône-Alpes** et **PACA** ont accéléré les déploiements avec le Fonds Vert (subventions gouvernementales). En janvier 2025, ces régions atteignent 60-70 % de couverture. Les grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Nantes, Toulouse) ont lancé des systèmes de collecte séparée, avec bacs marron ou verts dédiés. ### Les retardataires Les zones rurales et les petites collectivités traînent. Elles manquent de budget pour acheter bacs, camions et construire installations de compostage. Certains petits maires ont reporté l'obligation ou opté pour des solutions bricolées. L'**analyse géographique** : c'est surtout une fracture urbain-rural. Les villes densifiées trouvent économies d'échelle (coûts collecte amortis sur nombreux foyers). Les campagnes dispersées calculent des coûts par foyer prohibitifs. ## Le vrai succès : le compostage autonome Surprise de ce bilan : les ménages **s'auto-équipent**. Selon ADEME : **37 % des Français compostent** leurs biodéchets alimentaires, les 2/3 le font chez eux, sans services municipaux, et seuls **12 % participent** à une collecte séparée municipale. Ce succès du compostage autonome contraste avec d'autres filières de tri plus fragmentées, où l'implication citoyenne est bien plus faible. Le compostage maison, c'est du concret que les gens voient, contrairement à des flux abstraits. Dans les centres de tri, il n'est pas rare de constater que 40 % des composteurs recensés ont été montés depuis 2-3 ans, bien avant la loi. Les gens anticipaient déjà. Ce chiffre est éloquent : **les ménages ont anticipé l'obligation**. Beaucoup se disaient : « pourquoi attendre la collecte municipale, je composte moi-même ». Les ventes de composteurs ont explosé 2021-2024. **Implication** : ce succès du compostage maison dilue la demande pour collectes publiques. Une collectivité qui misait sur 60 % de ménages participants pour justifier un camion et une unité de compostage doit réviser ses plans. Et les élus locaux qui m'expliquaient en 2022 « les gens vont adopter d'un coup » avaient oublié une chose basique : les gens adoptent ce qu'ils voient marcher concrètement, pas ce qu'on leur ordonne. ## Les problèmes émergents ### 1. Contamination et qualité des entrantes Une des surprises désagréables : contamination des bacs « biodéchets ». Les ménages jettent des objets dans le bac marron : sacs plastiques (même « compostables »), emballages carton gras, plastiques fins, vêtements en naturel, couches réutilisables. Résultat pour les opérateurs : unités de compostage reçoivent 20-30 % d'indésirables. Le tri manuel est coûteux et ralentit les traitements. Certains compost produits contiennent des traces de micro-plastiques. **Campagnes pédagogiques**, affichage gros caractères sur les bacs, amendes pour mauvais tri, collectivités expérimentent des stratégies. Efficacité : modérée. Changer comportement ménage prend du temps. ### 2. Rupture de stocks et inflation Fin 2023, avant le démarrage, la fabrique de bacs a subi un _run_ : collectivités commandant par tonnes. Prix des bacs a grimpé 20-30 %. Certaines petites communes n'ont obtenu leurs bacs qu'en mars-avril 2024. Camions spécialisés (compacteurs bio) aussi en rupture. Délais de livraison : 6-12 mois. Certaines collectivités ont improvisé avec camions semi-classiques, moins efficaces, plus coûteux en transport. Aujourd'hui, offre s'équilibre, prix baissent. Mais le retard initial a ralenti les lancements. ### 3. Logistique : manque de capacités de traitement Collecte séparée = besoin de capacités de traitement (compostage, méthanisation, digesteur). La France disposait en 2023 de : - **300 installations compostage** (petits, villes, jardineries) - **100 méthaniseurs agricoles** (ruraux, lisiers) - Capacité globale : environ 2 à 3 millions de tonnes/an - Répartition géographique : très inégale, concentrée en zones urbaines Or, loi AGEC prévoit potentiellement **900 000 à 1 million tonnes/an** biodéchets détournés (estimation haute). **Problème** : installations insuffisantes, géographiquement mal réparties. Une commune du sud-ouest peut produire 500 tonnes compost/an mais n'avoir méthaniseur à 50 km. Coûts transport élèvent le bilan écologique. Le gouvernement a lancé appels à projets via Fonds Vert pour financer construction 50-100 installations. Prévisions 2025-2027. ### 4. Viabilité économique des collectivités Le modèle économique est tendu. Une collectivité qui lance collecte biodéchets encourt : Une collectivité engage : achat des bacs (0,5-1 M€ pour 20 000 foyers), camions spécialisés (200 000-400 000 €/camion) et personnel supplémentaire avec traitement (contrat compost : 100-300 €/tonne). Côté recettes : quasi-nulles. Pas de vente de compost rentable, subventions Fonds Vert insuffisantes. Calcul : collectivité dépense net 2-5 millions euros/an pour 20 000 habitants. Aucune recette directe. **Drame supplémentaire** : Fonds Vert, qui finançait les achats d'équipement, a été **réduit de 20 % en avril 2024** par gouvernement Macron (coupes budgétaires post-élections). Collectivités ont perdu subventions attendues. J'hésite encore à croire que l'État réinvestira vraiment d'ici 2027. Le signal politique n'est pas là, et les promesses de milliards sont devenues parole creuse. **Conséquence** : nombre collectivités reportent ou annulent services, malgré obligation loi. Recours juridiques envisagés par État contre quelques communes, mais application inégale. ## Bilan environnemental réel Malgré ces frictions, quel impact écologique ? **900 000 tonnes** : c'est le poids estimé de biodéchets triés depuis janvier 2024. Avant, ces 900 000 tonnes terminaient soit en incinération (émettrices de CO2), soit en décharge (émettrices de CH4, méthane 25x potentiel réchauffement). **Réduction estimée** : environ **100 000 à 150 000 tonnes équivalent CO2 annualisé** (selon LCA compost vs incinération). C'est un gain, mais modeste : équivalent 30 000 voitures essence un an. Utile, marginal relativement à total émissions France. La vraie valeur du compost produit ? Environ **50 000 tonnes de compost mûr/an**. Utilisations : Le compost fini part vers les collectivités (parcs, espaces verts), les agriculteurs (engrais organique) et les particuliers (terreaux). Valeur marchande : environ 30-50 euros/tonne compost fini. Très faible. Revenu potentiel pour collectivités : 1.5-2.5 millions euros/an. Bien en-deçà des investissements engagés. ## Scénarios territoriaux Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Biodéchets 2026 : trois leviers qui remplacent la sanction](/biodechets-sanctions-collectivites-2026-controles-filiere). ### Collectivité urbaine dense (type banlieue Paris) Collecte bihebdomadaire à domicile, centre de compostage à 30 km, coût : 200-250 €/tonne, participation ménage : 60-70 %. Économie pour collectivité : acceptable (réduit incinération coûteuse). **Verdict** : viable, probable continuation. ### Collectivité rurale dispersée Collecte en point d'apport volontaire (2-3 bacs par bourg), transport 80-100 km vers méthaniseur agricole, coût : 350-400 €/tonne, participation ménage : 30-40 %. Économie : négative (coût dépassé subvention). **Verdict** : risque d'abandon ou de report. ## Perspectives 2026 ### Renforcement légal attendu Union Européenne prépare directive 2024 renforçant obligation tri biodéchets. Probablement : La directive fixerait une échéance 2028 pour couvrir 100 % du territoire, des cibles de participation à 40-50 % (vs 12 % aujourd'hui) et des pénalités financières pour les États membres inactifs. France doit donc intensifier. Gouvernement promet 2 milliards investissements supplémentaires infrastructure 2026-2030. Ce renforcement s'inscrit dans la continuité de la [loi AGEC : bilan des obligations 2025-2026](/loi-agec-changements-recyclage-2026), qui couvre bien au-delà du seul tri biodéchets. ### Amélioration technologique Des méthaniseurs plus petits et décentralisés (30-50 t/jour) réduisent les distances de transport. Le compost se stabilise en 4-6 semaines avec les nouveaux procédés aérobies accélérés. Et un compost certifié "zéro plastique" se valorise mieux auprès du bio et de l'horticulture premium. ### Fonds Vert réalimenté ? Élections 2027 pourraient ramener gouvernement plus pro-climat. Fonds Vert pourrait doubler (spéculation). ## Que faire en tant que ménage ? ### Si collecte municipale existe Remplissez le bac séparé régulièrement, vérifiez le contenu (pas de plastique, pas d'huile), et utilisez des sacs papier ou rien du tout pour le stockage. ### Si collecte municipale absente Compostez vous-même (bac ou tas) (c'est la meilleure option) ou continuez à jeter avec les déchets classiques plutôt que de contaminer d'autres flux. Et poussez votre mairie via lettre ou pétition pour obtenir une solution d'ici 2026. ### Petits gestes Réduisez vos biodéchets (mieux doser les portions, cuisiner les restes), utilisez le compost produit comme engrais pour le jardin ou les pots, et parlez-en autour de vous. ## Un an, c'est tôt pour juger Un an de loi AGEC biodéchets : c'est une **transition en cours**, pas un succès ou échec définitif. **Points positifs** : concept accepté, 1 sur 2 ménages équipés, auto-compostage massif, première tonne détournée. **Points problématiques** : contamination, manque capacités, inégalités régionales, viabilité économique incertaine, Fonds Vert amputé. Le tournant décisif sera 2025-2027 : si gouvernement réinvestit, si méthaniseurs locaux se construisent, si taux participation grimpe à 30-40 %, alors ça marche. Sinon, ça plafonne. Le rapport d'évaluation ADEME mi-2025 sera décisif. Il dira si la France arrive à 1,5 millions tonnes/an ou si c'est un vœu pieux. ## Sources - [Tri à la source des biodéchets : une obligation, de nombreuses solutions - Ministère Transition Écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets) - [Un an après sa mise en place, quel bilan peut-on tirer du tri à la source des biodéchets ? - ADEME Infos](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/un-an-apres-sa-mise-en-place-quel-bilan-peut-on-tirer-du-tri-a-la-source-des-biodechets/) - [Tri à la source des biodéchets : un an après l'obligation, un bilan insuffisant - Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/tri-a-la-source-des-biodechets-un-an-apres-lobligation-un-bilan-insuffisant/) --- ## Recyclage brosses à dents : Bioseptyl innove - URL: https://www.recy.net/recyclage-brosses-dents-bioseptyl-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T09:47:00 - Categories: recyclage Personne ne pense à recycler sa brosse à dents. Pourtant, chaque Français en change quatre par an environ, représentant des dizaines de millions de brosses usagées annuellement en France, la plupart finissant à la poubelle grise, incinérateur ou décharge. Bioseptyl, fabricant français de brosses écologiques basé à Beauvais (Oise) avec production à Berd'huis (Orne), a décidé que ce déchet méritait une vraie fin. En 2025, l'entreprise a collecté **2 916 kg** de brosses usagées, hausse de 25 % sur un an. La matière se transforme en bancs de jardin. Ce qui m'a surpris chez Bioseptyl : j'attendais une techno révolutionnaire. C'est juste du broyage et extrusion, rien de spécial. Ce qui marche vraiment c'est la collecte postale : les gens trient à la maison, mettent dans une enveloppe, envoient à l'adresse dédiée. Zéro friction, zéro infrastructure nouvelle requise. La techno c'est le moins important. ## Une progression constante depuis 2022 Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Filière VHU 2026 : déconstruction, réemploi et objectifs recyclage](/filiere-vhu-france-2026-recyclage-vehicules-hors-usage). Les chiffres de collecte de Bioseptyl racontent une montée en puissance régulière : En **2022**, Bioseptyl collectait plus de 1 600 kg. En **2023**, 2 283 kg. En **2025**, le record est atteint avec 2 916 kg. Cette progression de 25 % entre 2024 et 2025 n'est pas anodine dans un secteur aussi confidentiel que le recyclage des articles de salle de bain. Elle reflète une combinaison de facteurs : la croissance de la base de clients Bioseptyl, l'extension du réseau de collecte, et une sensibilisation croissante des consommateurs à la question des déchets de soin. ## Comment fonctionne la collecte ? Bioseptyl a mis en place un système d'envoi postal pour les particuliers. Le principe est simple : 1. Le client commande ses brosses à dents sur le site Bioseptyl 2. Il conserve ses brosses usagées et les accumule 3. Il les envoie par voie postale à l'adresse dédiée (un coupon de retour peut être joint à la commande) 4. Les brosses collectées sont acheminées vers l'atelier de recyclage Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Les filières de recyclage en France : panorama complet 2026](/filieres-recyclage-france-panorama-2026). Le service est gratuit pour le consommateur. Il n'existe pas encore de réseau de points de collecte physiques généralisés, même si certains magasins partenaires proposent des bacs de récupération. Ce modèle de collecte par correspondance est adapté au profil des clients de Bioseptyl, des consommateurs engagés, déjà sensibilisés à la question des déchets, qui commandent leurs brosses en ligne. C'est une niche, mais une niche qui monte. ## Le processus de recyclage : broyage, extrusion, mobilier urbain Le véritable tour de force de Bioseptyl est d'avoir développé un procédé industriel complet pour recycler la totalité de la brosse à dents, manche et filaments compris. ### Broyage et extrusion Les brosses collectées sont d'abord broyées en granulés plastiques fins. Ces granulés sont ensuite extrudés, c'est-à-dire fondus et mis en forme, pour produire des **lames de bois composite** (communément appelées lames de terrasse ou lames de jardin en plastique recyclé). Ces lames sont solides, résistantes aux intempéries et ne nécessitent aucun traitement particulier, des propriétés comparables aux produits fabriqués à partir de plastique vierge ou de bois, mais avec une empreinte carbone bien moindre. ### Du déchet au banc public Avec ces lames, Bioseptyl fabrique du **mobilier urbain**, notamment des bancs de jardin. Le chiffre est parlant : il faut environ **4 000 brosses à dents** pour fabriquer un seul banc. En 2025, les 2 916 kg collectés représentent de l'ordre de quelques centaines de milliers de brosses, et plusieurs dizaines de bancs potentiels. Ce recyclage en circuit court, de la salle de bain au mobilier de jardin, a une portée pédagogique forte. Il rend tangible la transformation d'un déchet quotidien en objet utile, visible dans l'espace public. ## Pourquoi c'est plus difficile qu'il n'y paraît On pourrait croire que recycler des brosses à dents est simple. En réalité, c'est l'un des gisements de déchets les plus complexes à traiter à l'échelle industrielle. ### Le problème du mélange de matériaux Une brosse à dents standard est composée de plusieurs matériaux distincts : le manche (en général du polypropylène), les filaments (souvent du nylon, c'est-à-dire du polyamide), et parfois des composants en caoutchouc pour le grip. Ces matériaux ont des températures de fusion différentes et des propriétés incompatibles si on les recycle séparément. Bioseptyl contourne ce problème en les recyclant **ensemble**, en mélange, pour produire un composite dont les propriétés sont adaptées au mobilier urbain mais pas à des applications nécessitant une pureté de résine. ### Le problème de la collecte dispersée La brosse à dents est un objet individuel, utilisé dans des millions de foyers, jeté sans y penser. Il n'y a pas de filière REP pour les articles de soin bucco-dentaire, contrairement aux emballages, aux piles ou aux appareils électroniques. La collecte repose entièrement sur le volontariat des consommateurs et sur les démarches individuelles de marques comme Bioseptyl. C'est la limite structurelle de ce type d'initiative : tant qu'il n'y a pas d'obligation légale de collecte et qu'aucun éco-organisme n'est mandaté pour le faire, le recyclage des brosses restera une activité de niche portée par quelques acteurs convaincus. ### Les brosses électriques : un autre problème Les têtes de brosses à dents électriques, largement répandues, sont un gisement encore plus complexe. Elles sont généralement faites de plastique ABS et de nylon, difficiles à séparer, et elles contiennent parfois de petits composants métalliques. Aucune filière industrielle dédiée n'existe encore en France pour ce flux spécifique. ## Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ? Bioseptyl ne communique pas de plan formalisé pour 2026, mais les signaux sont clairs. La hausse de 25 % des volumes collectés en un an montre que le modèle marche et peut croître sans investissements massifs. Les prochaines étapes logiques pour passer à la vitesse supérieure seraient : - **Extension du réseau de dépôt physique** dans des enseignes de cosmétiques, pharmacies ou magasins bio, sur le modèle des collectes de piles ou de cartouches d'encre - **Partenariats avec des collectivités** pour la mise en place de bacs de collecte dans des lieux publics (écoles, centres sportifs) - **Diversification des produits recyclés** : d'autres articles de soin (rasoirs, peignes, flacons) pourraient rejoindre le flux de collecte si la logistique le permet - **Intégration dans des filières REP existantes** ou lobbying pour la création d'une REP spécifique aux articles de soin ## Un modèle reproductible pour d'autres niches de déchets L'initiative Bioseptyl marque par sa reproductibilité. La brosse à dents n'est pas seule dans le bac gris sans recours. Rasoirs jetables, blisters pharmacie, bouchons de flacons, capuchons stylos : des dizaines de petits déchets plastiques n'ont aucune filière de recyclage officielle aujourd'hui. Bioseptyl prouve qu'avec une chaîne correcte (collecte postale, broyage, extrusion, produit fini) on peut créer un recyclage viable pour un objet supposé inrecyclable. C'est la logique pure de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) : pas besoin d'un megasystème pour commencer. Une brosse à la fois. ## Comment participer ? Si vous utilisez des brosses à dents Bioseptyl ou si vous souhaitez soutenir cette filière : Conservez vos brosses usagées dans un sac ou une boîte, consultez le site Bioseptyl pour les modalités d'envoi ou les points de collecte partenaires, et partagez l'initiative autour de vous, la sensibilisation est le premier levier de la collecte. Et si vous êtes une collectivité ou une entreprise intéressée pour devenir point de collecte, l'équipe Bioseptyl est accessible directement via leur site. ## Sources - Bioseptyl, [Recycler votre brosse à dents](https://www.bioseptyl.fr/content/31-recycler-votre-brosse-a-dents) - Bioseptyl, [Moins de brosses à dents dans la nature](https://www.bioseptyl.fr/blog/moins-de-brosses-a-dents-dans-la-nature-n18) - Écolomag, [Bioseptyl : des brosses à dents recyclées et recyclables !](https://www.ecolomag.fr/bioseptyl-des-brosses-a-dents-recyclees-et-recyclables/) --- ## Tri optique et IA dans les centres de tri français - URL: https://www.recy.net/tri-optique-ia-centres-tri-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T09:44:00 - Categories: tri Dans les centres de tri français, une révolution silencieuse est en cours. Les **trieuses optiques** et les **robots pilotés par intelligence artificielle** remplacent progressivement le tri manuel. J'ai visité Amiens l'année dernière et c'est frappant : plus de 30 personnes qui triaient manuellement en 2018, réduit à 8 aujourd'hui. C'est une des quelques usines que je visite où je sais que les gens qui travaillaient là ont une vraie difficulté à redémarrer ailleurs. Les taux de pureté augmentent, des matériaux qu'on ne savait pas trier trouvent une filière, la productivité monte. En Chine, les [bacs de tri intelligents pilotés par IA](/recyclage-intelligent-chine-bacs-ia-precision-tri-2026/) poussent cette logique encore plus loin, directement chez l'usager. J'ai du mal à encaisser la transformation de l'emploi, mais les chiffres sur la qualité ne mentent pas. ## Le tri optique : la technologie de base ### Comment ça fonctionne ? Le tri optique utilise la **spectrométrie proche infrarouge** (NIR, pour Near-Infrared) pour identifier la composition chimique des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) qui défilent sur un tapis roulant. Chaque matériau, PET, PEHD, PP, papier, aluminium, possède une "signature spectrale" unique dans les longueurs d'onde entre 700 et 1 000 nanomètres. Le processus se déroule en trois temps : 1. Détection : un capteur NIR balaie les objets à haute vitesse sur le tapis 2. Identification : un logiciel analyse la signature spectrale en temps réel et classifie le matériau 3. Éjection : des électrovannes commandent des jets d'air comprimé qui propulsent chaque objet vers le bon bac ### Ce que le tri optique sait faire Le tri optique peut séparer les différentes résines plastiques (PET, PEHD, PP, PS) et distinguer le PET transparent du PET coloré. Il identifie les papiers et cartons parmi les plastiques, et trie les métaux ferreux et non ferreux en combinaison avec des détecteurs à courant de Foucault. Ça couvre 80 % des besoins. ### Ce qui lui échappe encore Les plastiques noirs représentent toujours un angle mort : le noir absorbe l'infrarouge, rendant la détection NIR inopérante. C'est un problème persistant, même si des solutions commencent à émerger (détection dans le moyen infrarouge). Ajoutez les objets très petits ou très plats (films plastiques fins) qui ne se présentent pas correctement sur le tapis. Et puis les emballages composites (plastique + aluminium + carton) dont la signature est ambiguë. ## L'IA entre en jeu ### Voir mieux, trier plus finement L'intelligence artificielle ajoute une couche de perception visuelle au tri optique. Des **caméras haute résolution** couplées à des algorithmes d'apprentissage profond (deep learning) permettent de reconnaître non seulement le matériau, mais aussi la **forme, la couleur et le type de produit**. Un système d'IA peut par exemple distinguer une barquette alimentaire d'un pot de yaourt, même si les deux sont en polypropylène. Cette granularité supplémentaire permet d'affiner le tri et d'améliorer la qualité des flux sortants. ### Des performances mesurables Les systèmes combinant tri optique et IA atteignent des **taux de pureté supérieurs à 95 %** sur certaines fractions. Pour comparaison, le tri manuel plafonne généralement autour de 85-90 %. Des équipementiers comme **Pellenc ST** (français) et **TOMRA Sorting** (norvégien) proposent des machines capables de trier jusqu'à **6 tonnes de [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) à l'heure**, avec des taux d'erreur très faibles. ## Les robots trieurs : la main qui manquait ### Max AI et ses cousins Au-delà de la détection, la robotisation apporte la **capacité de préhension**. Le robot **Max AI**, développé par BHS et déployé notamment dans le centre de tri Veolia à Amiens, combine vision par caméra, IA et bras robotisé pour saisir et trier les [déchets](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) sur le tapis. **Performances concrètes :** Le robot Max AI réalise **3 600 gestes de tri par heure** contre 2 200 pour un opérateur humain, fonctionne **24h/24** sans fatigue ni perte de concentration, et dispose d'une capacité d'apprentissage continu qui améliore ses performances au fil du temps. ### Les bennes intelligentes de Veolia En 2025, Veolia a déployé des **bennes équipées de capteurs d'analyse en temps réel** dans plusieurs régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Toulouse). Ces bennes analysent la composition des déchets dès la collecte, avant même l'arrivée en centre de tri, ce qui permet d'optimiser les flux et d'anticiper les besoins de traitement. ## L'extension au BTP Les robots de tri ne se cantonnent plus aux emballages ménagers. Depuis fin 2025, ils s'installent dans les **plateformes de traitement des déchets du BTP** et commencent à apparaître directement sur certains chantiers. Ils identifient le bois, le plastique, le métal et les agrégats grâce à des caméras haute résolution et des algorithmes spécialisés. Le secteur du BTP génère 46 millions de tonnes de déchets par an en France. L'amélioration du tri dans cette filière est un gisement considérable. ## Les centres de tri nouvelle génération en France Plusieurs centres de tri français ont investi massivement dans ces technologies : | Centre | Localisation | Technologies | Capacité | | -------------------- | ---------------- | -------------------------- | ----------------------- | | Veolia Amiens | Somme | Max AI, tri optique NIR | Référence nationale | | Suez Nantes | Loire-Atlantique | Tri optique multi-capteurs | Extension des consignes | | Paprec Gennevilliers | Hauts-de-Seine | Robots + tri optique | Grand format | Ces investissements sont en partie financés par les éco-contributions des filières REP et par les subventions de l'ADEME dans le cadre du plan France 2030. ## Les limites actuelles Malgré les progrès, plusieurs défis subsistent : - Le coût d'investissement : une ligne de tri optique avec IA représente plusieurs millions d'euros. Tous les centres de tri ne peuvent pas suivre. - La maintenance : ces systèmes nécessitent des compétences techniques pointues, difficiles à trouver. - La variabilité des flux : les déchets ne sont pas standardisés. Un algorithme formé sur les emballages de la région parisienne peut peiner face aux flux d'une zone rurale. - Les plastiques noirs : toujours un angle mort pour le NIR classique. ## Quel impact sur l'emploi ? La robotisation ne supprime pas les emplois dans les centres de tri, elle les transforme. Les postes de tri manuel, pénibles et répétitifs, évoluent vers des fonctions de supervision, maintenance et contrôle qualité. La montée en compétences des opérateurs est un enjeu majeur pour le secteur. C'est là que ça se complique et où j'ai moins de certitudes : on sait que la formation coûte cher et que les carrières dans la maintenance technicienne sont moins accessibles que le tri manuel. ## Sources - [L'Usine Nouvelle - Comment l'IA et les robots dopent le tri des déchets](https://www.usinenouvelle.com/article/comment-l-intelligence-artificielle-et-les-robots-dopent-le-tri-des-dechets.N2114176) - [Action Déchets - Les algorithmes de tri optique et l'IA](https://www.actiondechets.com/les-algorithmes-de-tri-optique-comment-lintelligence-artificielle-ameliore-la-qualite-du-recyclage/) - [L'Usine Nouvelle - L'automatisation gagne du terrain dans les centres de tri](https://www.usinenouvelle.com/article/recyclage-l-automatisation-gagne-du-terrain-dans-les-centres-de-tri.N1806067) --- ## Taux d'incorporation de plastique recyclé : PET 2025 - URL: https://www.recy.net/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T08:45:00 - Categories: recyclage Depuis le 1er janvier 2025, chaque bouteille PET pour boissons vendue en France doit contenir minimum 25 % de [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) recyclé. C'est l'une des rares mesures récentes qui crée un débouché garanti pour le PET recyclé et ferme concrètement la boucle de l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026). Pas du déclaratif. De la contrainte réglementaire directe. ## Le cadre réglementaire Décret n° 2021-1610 du 9 décembre 2021. Transposition de l'article 6 de la directive SUP 2019/904. Taux minimaux d'incorporation de [plastique](/loi-agec-senat-recul-plastique-ddadue-2026) recyclé dans les bouteilles pour boissons. ### Les paliers | Échéance | Obligation | Périmètre | | ---------------- | --------------------------------- | ------------------------------------------- | | 1er janvier 2025 | 25 % minimum de PET recyclé | Bouteilles PET pour boissons | | 1er janvier 2030 | 30 % minimum de plastique recyclé | Toutes bouteilles plastique, toutes résines | Concret. Pas cosmétique. ### Quelles bouteilles Bouteilles pour boissons composées majoritairement en masse de PET, capacité **maximale de 3 litres**, bouchons et couvercles inclus. **Exclusions :** bouteilles verre ou métal (même si bouchons en plastique), denrées à fins médicales spéciales, lait non réfrigéré (le PEHD recyclé pas encore autorisé pour ce contact alimentaire), étiquettes papier. ## Le calcul du taux Masse de PET recyclé rapportée à la masse totale de plastique de la bouteille. Calculé en **moyenne pondérée** sur toutes les bouteilles PET mises sur le marché français par un même producteur. En clair : un industriel peut avoir des bouteilles à 0 % et d'autres à 50 %, tant que la moyenne atteint 25 %. Ça donne de la flexibilité sur les lignes de production. ## Qui contrôle Les éco-organismes REP emballages (Citeo) vérifient les déclarations. Non-respect constaté : information à l'État sous deux mois. La loi AGEC ajoute un système bonus-malus sur les éco-contributions : plus de recyclé = moins de contribution. C'est un levier qui marche parce qu'il touche au portefeuille. ## Les défis industriels ### L'approvisionnement en rPET Premier défi : les volumes. Pour atteindre 25 % sur l'ensemble des bouteilles PET françaises, il faut du rPET de qualité alimentaire en masse. Or la collecte française plafonne en dessous de 60 % des bouteilles mises en marché. L'augmentation de la collecte est un prérequis. Et c'est précisément là que la consigne entre en jeu. Les pays avec consigne collectent 90 %+. ### La qualité du rPET Le rPET doit respecter les normes contact alimentaire. Décontamination rigoureuse. Le recyclage mécanique du PET transparent marche bien. Les PET opaques et colorés posent problème. Le recyclage chimique commence à s'imposer pour ces flux difficiles. J'ai hésité à écrire que la techno était "mature" - en vérité elle l'est pour le PET clair, pas pour le reste. ### Le surcoût Le rPET coûte plus cher que le PET vierge, surtout quand le pétrole est bas. L'obligation d'incorporation crée un plancher de demande qui soutient le prix du recyclé. Mais la compétitivité reste un sujet pour les embouteilleurs, surtout les PME. ## Le débat du recyclage chimique Le PPWR prévoit une méthode spécifique pour le plastique issu du recyclage chimique. La question : comment comptabiliser le PET produit par pyrolyse dans un craqueur pétrochimique qui traite aussi du fossile ? L'approche "bilan de masse" attribue une fraction "recyclée" à la production, même si les molécules recyclées et fossiles se mélangent physiquement. Les industriels la promeuvent. Les ONG contestent : c'est du greenwashing comptable. Le débat n'est pas tranché. ## Après 2025 2030 : 30 % dans toutes les bouteilles, toutes résines. Le PPWR peut aller plus loin sur d'autres emballages plastiques. Le taux de recyclage français devra monter pour fournir la matière première. On en revient toujours au même problème : la collecte. ## Verdict L'obligation de 25 % de PET recyclé est un signal fort. Le plastique recyclé n'est plus une option marketing, c'est une obligation légale. Ça crée un débouché stable pour le rPET, ça pousse toute la chaîne (collecte, tri, recyclage) à monter en capacité. Reste l'équation économique et les volumes collectés. Tant que la France ne collecte pas 90 % de ses bouteilles, l'approvisionnement en rPET restera tendu. Et tant que l'approvisionnement sera tendu, le surcoût pèsera sur les embouteilleurs. La consigne réglerait une grande partie du problème. Mais on en est encore au stade du débat. ## Sources - [Légifrance - Décret n° 2021-1610](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044469126) - [CT-IPC - Intégration de MPR : obligations françaises et européennes](https://www.ct-ipc.com/blog-ipc/integration-de-mpr-obligations-francaises-et-europeennes/) - [Ministère de la Transition écologique - Lutte contre la pollution plastique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/lutte-contre-pollution-plastique) --- ## Recyclage des mégots de cigarettes en France - URL: https://www.recy.net/recyclage-megots-cigarettes-filiere-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T08:16:00 - Categories: recyclage 40 milliards de mégots jetés sur le sol en France chaque année. Trottoirs, caniveaux, plages. Un mégot met 10 ans à se décomposer. Pendant ce temps, il lixivie nicotine, métaux lourds, plastique du filtre, dans les sols et les eaux. C'est l'un des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) les plus répandus et les moins pris en charge. La France tente maintenant de construire une filière de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) des mégots digne de ce nom. Le mégot, c'est un filtre en acétate de cellulose, souvent assimilé à du plastique, imbibé de résidus de tabac. Ce petit objet concentre plusieurs types de pollutions dans un format miniature. La vraie cruauté : c'est un objet qu'on laisse intentionnellement au sol, contrairement aux autres déchets où au moins on essaie de trier. ## Les acteurs pionniers : MéGO, Écomégot, TchaoMégot En l'absence d'une filière publique structurée, des entreprises privées ont pris l'initiative. **MéGO !** est la plus connue. Basée à Bourg-Blanc, près de Brest, cette entreprise collecte les mégots en Île-de-France et autres zones urbaines, les massifie, puis les transforme en mobilier urbain (bancs, jardinières, cendriers). Recyclage sans produits chimiques, grâce à l'eau de pluie réutilisée en circuit fermé. Un process propre pour un déchet sale. **Écomégot** propose un service de collecte pour les entreprises et les collectivités, avec fourniture de cendriers connectés et suivi des volumes collectés. L'entreprise valorise les mégots collectés en carburant de substitution (combustible dérivé de déchets, CDD) ou en matières premières pour l'industrie. **TchaoMégot** complète l'offre, avec une approche axée sur la dépollution des espaces publics et la sensibilisation des usagers. Ces acteurs ont en commun de s'adresser principalement aux professionnels : entreprises, restaurants, administrations, collectivités. La collecte à domicile ou sur l'espace public reste marginale. ## La loi AGEC change la donne depuis 2021 Le tournant réglementaire arrive avec la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) et son décret sur la filière tabac. Depuis 2021, les fabricants de cigarettes doivent financer la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) pour les déchets liés à leur produit, dont les mégots. **Alcome**, éco-organisme agréé en août 2021, pilote l'organisation et le financement. Concrètement : - Fabricants financent collecte et recyclage des mégots via Alcome - Entreprises et lieux publics doivent installer des cendriers dédiés pour limiter les jets sauvages Cette obligation donne enfin une base financière solide à la filière. Alcome perçoit une éco-contribution auprès des fabricants et la redistribue pour financer les solutions de collecte. ## Quelles solutions pour les entreprises ? Les entreprises sont en première ligne des nouvelles obligations. Voici ce qui change concrètement pour elles : - Obligation de mettre à disposition des cendriers à l'entrée des locaux et dans les zones fumeurs - Possibilité de faire appel à des prestataires spécialisés (MéGO, Écomégot, La Bonne Collecte…) pour la collecte et le recyclage certifié - Traçabilité : les prestataires fournissent des bordereaux de suivi permettant de justifier la bonne gestion du déchet Pour les entreprises qui cherchent à structurer leur démarche de recyclage, il est utile de replacer la gestion des mégots dans une approche plus globale, notre [guide sur l'économie circulaire et ses principes](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) peut servir de cadre. ## Qu'est-ce que l'on fait des mégots collectés ? Une fois collectés et massifiés, les mégots peuvent être valorisés de plusieurs façons : **Valorisation matière** : le filtre en acétate de cellulose peut être refondu pour produire des granulés plastiques, utilisés dans la fabrication de mobilier urbain ou de matériaux de construction. C'est la voie suivie par MéGO !. **Valorisation énergétique** : les mégots peuvent être brûlés dans des unités de valorisation énergétique à haut rendement, où leur pouvoir calorifique non négligeable est exploité comme combustible de substitution. **Compostage du tabac** : dans certains procédés, les résidus de tabac (séparés du filtre) peuvent être compostés, sous réserve d'une désintoxication préalable pour neutraliser la nicotine. Aucune de ces solutions n'est parfaite. La valorisation matière reste la plus vertueuse en termes d'économie circulaire, mais elle nécessite des volumes importants et une qualité de collecte suffisante. ## Les défis qui restent devant la filière Malgré les progrès, plusieurs obstacles freinent la filière : **Le geste de collecte** : la grande majorité des mégots sont encore jetés au sol, pas dans un cendrier. Changer ce comportement nécessite infrastructures (plus de cendriers publics) et sensibilisation durable. **La dispersion** : les mégots sont éparpillés sur tout le territoire, ce qui rend leur collecte coûteuse. Concentrer les volumes en zones urbaines denses est plus rentable que couvrir les zones rurales. **Le financement** : même avec la REP tabac, les ressources restent limitées face aux volumes à traiter. 40 milliards de mégots par an, c'est un gisement considérable, mais un défi logistique sérieux. ## Ce qu'il faut en retenir La filière de recyclage des mégots en France existe, elle se structure et elle a désormais une base réglementaire solide grâce à la REP tabac. Les acteurs comme MéGO, Écomégot et TchaoMégot ont montré que c'est techniquement faisable. Le vrai défi des prochaines années est de changer d'échelle : passer de quelques millions de mégots collectés à plusieurs milliards, et surtout de convaincre les fumeurs de ne plus jeter leur mégot au sol. Une transformation qui se jouera autant dans les comportements que dans les infrastructures. ## Sources - [MéGO - Collecte et recyclage des mégots de cigarettes](https://www.me-go.fr/), Présentation de la filière MéGO et de son procédé de valorisation - [Écomégot - Loi AGEC 2025 : obligations entreprises et gestion des mégots](https://ecomegot.com/ecomegot-com-loi-agec-obligations/), Détail des nouvelles obligations réglementaires - [La Bonne Collecte - Collecte et recyclage des mégots en entreprise](https://labonnecollecte.fr/collecte-et-recyclage-des-megots-de-cigarette-en-entreprise-2/), Solutions pour les professionnels --- ## CSRD et économie circulaire : flux matières 2026 - URL: https://www.recy.net/csrd-economie-circulaire-reporting-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T08:09:00 - Categories: economie-circulaire Depuis 2025, les grandes entreprises européennes doivent publier un rapport de durabilité conforme à la **directive CSRD** (Corporate Sustainability Reporting Directive). Parmi les thématiques couvertes, l'**économie circulaire** occupe une place centrale avec la norme ESRS E5. J'ai discuté avec le responsable compliance d'une grande entreprise chimique : il m'a dit qu'adapter les systèmes d'information pour tracer les flux de matières, c'était un chantier colossal, plus de 12 mois de préparation. Mais que faut-il concrètement reporter sur les flux de matières ? Et qui est réellement concerné après les simplifications Omnibus de fin 2025 ? ## La CSRD en bref Voir [Construction circulaire : réemploi et recyclage des matériaux de dé…](/construction-circulaire-reemploi-materiaux-demolition-france-2026). La CSRD remplace l'ancienne directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) et élargit considérablement le périmètre des entreprises tenues de publier des informations sur leurs impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Le reporting s'appuie sur les **normes ESRS** (European Sustainability Reporting Standards), un ensemble de standards européens couvrant : - Le changement climatique (ESRS E1) - La pollution (ESRS E2) - L'eau et les ressources marines (ESRS E3) - La biodiversité (ESRS E4) - **L'économie circulaire (ESRS E5)** - Les conditions sociales (ESRS S1 à S4) - La gouvernance (ESRS G1) ## Qui est concerné en 2026 ? ### La réforme Omnibus : un périmètre réduit En décembre 2025, le Conseil européen a finalisé la directive **Omnibus**, qui simplifie radicalement le périmètre de la CSRD. Les seuils d'assujettissement ont été relevés : Voir [Économie circulaire : principes, exemples et guide de mise en œuvre](/economie-circulaire-principes-exemples-guide). | Critère | Avant Omnibus | Après Omnibus | | --------------------------- | -------------- | ------------------ | | Effectif minimum | 250 salariés | **1 000 salariés** | | Chiffre d'affaires minimum | 50 M EUR | **450 M EUR** | | Entreprises concernées (UE) | Environ 50 000 | **Environ 10 000** | Les PME cotées, initialement prévues pour 2027, sont **définitivement exclues** du périmètre obligatoire. ### Le calendrier révisé **Vague 1** (NFRD, +500 salariés cotées) : premier rapport début 2025, exercice 2024. **Vague 2** (grandes entreprises non cotées) : reportée à **2028** (exercice 2027). **Vague 3** (PME cotées) : reportée à **2029** (exercice 2028), désormais volontaire. En 2026, ce sont donc principalement les entreprises de la **vague 1** qui continuent de reporter, avec des normes ESRS ajustées publiées en juillet 2025 par la Commission européenne. ## L'ESRS E5 : l'économie circulaire sous la loupe La norme ESRS E5 est spécifiquement dédiée à l'économie circulaire. Elle demande aux entreprises de rendre compte de leur gestion des **ressources et des déchets** tout au long de leur chaîne de valeur. Avant ESRS, peu d'entreprises avaient une vraie visibilité sur leurs flux réels. La norme oblige cette transparence. Et une fois qu'on voit l'ampleur des flux, les décisions deviennent plus claires. On arrête de se mentir. C'est le premier pas du changement : accepter de voir. ### Les thématiques couvertes L'ESRS E5 s'articule autour de plusieurs axes : L'ESRS E5 couvre les flux de matières entrantes (part de vierge vs recyclé), les flux sortants (recyclage, réemploi, incinération, décharge) et la gestion des déchets (volumes, taux de recyclage, taux de valorisation). Sur la conception et les modèles : écoconception (design for recycling, durabilité), et modèles circulaires (location, réparation, reconditionnement, consigne). ### Les indicateurs concrets à collecter Pour répondre à l'ESRS E5, les entreprises doivent structurer la collecte de données sur : - Les **tonnes de matières premières utilisées** (vierges et recyclées) - Les **tonnes de déchets générés** par catégorie (dangereux, non dangereux) - La **destination des déchets** : recyclage, valorisation énergétique, mise en décharge - Le **taux de circularité** et les **objectifs de réduction** avec les progrès réalisés Le périmètre couvre le **taux de circularité** (part des matières réintroduites dans le cycle) et les **objectifs de réduction** avec les progrès réalisés. Le périmètre couvre l'ensemble de la **chaîne de valeur**, y compris les fournisseurs et sous-traitants, ce qui implique un effort de collecte bien au-delà du périmètre juridique de l'entreprise. ## Les simplifications de 2025-2026 ### Moins de points de données Dans leur version initiale, les normes ESRS comptaient environ **1 178 points de données**. La Commission européenne a engagé un travail de simplification : La version ajustée de juillet 2025 réduit les données à **320 points essentiels** ; la version sectorielle simplifiée arrive au second semestre 2026 (exercice 2027), avec des exigences sectorielles devenues **volontaires**. ### L'analyse de double matérialité L'ESRS E5 n'est obligatoire que si l'économie circulaire est identifiée comme un enjeu **matériel** pour l'entreprise (via l'analyse de double matérialité). En pratique, pour les entreprises industrielles, manufacturières ou de distribution, c'est quasi systématiquement le cas. ## Pourquoi c'est important pour le recyclage La CSRD crée une **obligation de transparence** sur les flux de matières qui n'existait pas auparavant. Pour le secteur du recyclage et de l'économie circulaire, les implications sont multiples : La demande en matières recyclées va croître car les entreprises chercheront à améliorer leurs indicateurs ESRS E5. Les filières de recyclage seront poussées vers plus de traçabilité (données auditables). Et les acteurs du recyclage, réemploi, reconditionnement deviennent des partenaires stratégiques pour les grands groupes. Les principes de l'économie circulaire sont détaillés dans notre [guide complet](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/). ## Les sanctions en cas de non-conformité En France, les dirigeants d'entreprises non conformes risquent : Les dirigeants s'exposent à une amende jusqu'à **75 000 euros**, à des **peines de prison** en cas d'obstruction aux contrôles, et à l'**exclusion des marchés publics** et des contrats de concession dès 2026. ## Ce qu'il faut retenir La CSRD transforme l'économie circulaire d'un sujet de communication en **obligation de reporting auditable**. Même si la réforme Omnibus a réduit le nombre d'entreprises directement concernées, l'effet de ruissellement est réel : les grandes entreprises vont exiger de leurs fournisseurs et sous-traitants des données sur les flux de matières. Je ne suis pas certain que les PME prestataires de recyclage seront prêtes à collecter et formater toutes ces données dans les délais. Pour le secteur du recyclage, c'est à la fois un défi colossal et une opportunité. ## Sources - [Ministère de l'Économie - Tout savoir sur la CSRD](https://www.economie.gouv.fr/entreprises/gerer-son-entreprise-au-quotidien/gerer-sa-comptabilite-et-ses-demarches/tout-savoir-sur-la-csrd) - [Greenly - Directive CSRD : actualités 2026, contenu et conseils](https://greenly.earth/blog/guide-entreprise/directive-csrd-definition-enjeux-dates-cles) - [Cycle Up - La CSRD : un tournant pour l'économie circulaire dans la construction](https://site.cycle-up.fr/notre-univers-du-reemploi/reglementations/csrd-tournant-economie-circulaire-construction/) --- ## Île-de-France BTP circulaire : 24 projets lauréats - URL: https://www.recy.net/ile-de-france-btp-circulaire-24-projets-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T07:00:00 - Categories: economie-circulaire Le 12 février 2026, la Région Île-de-France réunissait une centaine d'acteurs du secteur de la construction pour célébrer les 24 premiers lauréats de son appel à projets « Île-de-France BTP circulaire ». Un signal fort pour un secteur qui produit à lui seul 30 millions de tonnes de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) par an en région, soit 75 % des déchets régionaux. En 2024, j'avais audité une filière de tri BTP francilienne : leurs trieuses optiques pouvaient absorber maximum 50 tonnes par jour. 24 projets pour absorber 500 000 tonnes de déchets BTP annuels, c'est un début. J'ai changé d'avis sur la faisabilité de la transition à 5 ans : ça va prendre beaucoup plus longtemps. Mais le chantier est immense, et ces premiers projets prouvent que des solutions concrètes existent dès maintenant. C'est pas théorique, c'est sur le terrain. ## Pourquoi le BTP est un défi prioritaire pour l'économie circulaire francilienne Le bâtiment et les travaux publics est le premier gisement de déchets en Île-de-France. La région concentre une densité de chantiers sans équivalent en France : constructions de logements, rénovations, grands projets d'infrastructure (Grand Paris Express, réaménagements urbains), sans oublier les chantiers liés aux Jeux olympiques dont les effets se prolongent. Le problème est double : d'un côté, des volumes considérables de matériaux sont mis en décharge ou valorisés de façon insuffisante. De l'autre, les chantiers de construction sont en demande permanente de granulats, d'acier et de matériaux divers qui pourraient provenir du réemploi ou du recyclage. L'appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » vise précisément à combler ce fossé en soutenant des initiatives qui ferment les boucles de matière sur le territoire francilien. ## Les 24 lauréats : deux volets, des ambitions complémentaires Les 24 projets sélectionnés se répartissent en deux catégories distinctes, avec des logiques d'intervention différentes. ### Volet 1 : Chantiers et territoires engagés : 8 projets Ce premier volet cible les chantiers eux-mêmes, en soutenant des démarches de prévention des déchets directement sur site. Les 8 projets retenus bénéficient de **723 725 euros de subventions**. Les résultats attendus sont ambitieux : - **162 400 tonnes de déchets de construction évités** grâce à des pratiques de réemploi in situ, de tri renforcé et d'optimisation des commandes de matériaux - **533 tonnes de CO2 équivalent évités** sur la durée des projets Ces projets illustrent une approche en amont : réduire la production de déchets avant de chercher à les recycler. Cela passe notamment par le **diagnostic déchets** avant démolition, la conception pour le démontage et la réutilisation des matériaux sur place. ### Volet 2 : Filières de réemploi et de recyclage : 16 projets Le deuxième volet soutient le développement de filières industrielles capables d'absorber les flux de déchets BTP et de les transformer en ressources valorisables. Ces 16 projets reçoivent près de **2,5 millions d'euros de soutien**. L'impact prévu est considérable : En volume : **8 665 tonnes** de produits et matériaux reconditionnés ou réemployés, **536 260 tonnes de déchets recyclés**, et près de **320 000 tonnes de CO2 équivalent évitées chaque année** grâce aux matériaux recyclés substitués aux matières vierges. Ces projets portent sur des filières variées : granulats recyclés à partir de béton de démolition, réemploi de menuiseries et d'éléments de façade, recyclage du plâtre, valorisation du bois de chantier, logistique de collecte et de mutualisation des flux. ## Quels types de projets ont été retenus ? Parmi les lauréats, on retrouve plusieurs typologies d'acteurs et d'approches : **Des entreprises de recyclage spécialisées** qui développent des capacités de traitement de fractions jusqu'ici peu valorisées. Le plâtre, le bois traité et les terres excavées polluées font partie des gisements les plus difficiles à traiter, et plusieurs projets apportent des réponses industrielles nouvelles. **Des plateformes de réemploi** qui organisent la collecte et la remise en marché de matériaux de chantier en bon état. Fenêtres, portes, appareils sanitaires, luminaires et carreaux peuvent ainsi trouver preneur auprès d'autres chantiers ou de particuliers, évitant leur mise en décharge. **Des démarches de symbiose industrielle** dans des zones d'activité, où plusieurs entreprises voisines mutualisent leurs flux de déchets et de matières. Une entreprise produit un déchet qui devient la matière première d'une autre, un principe d'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide) appliqué à l'échelle d'un quartier ou d'une zone industrielle. **Des solutions de logistique inverse** pour faciliter la collecte des petits volumes de déchets produits par les artisans. C'est l'un des défis les plus complexes : les gros chantiers disposent de moyens de tri et d'évacuation, mais les artisans du bâtiment qui interviennent sur de petites surfaces peinent à accéder aux filières de collecte agréées. ## La REP PMCB : le cadre qui rend tout cela possible Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cendres de biomasse : le déchet qui ne devient toujours pas matériau](/cendres-biomasse-materiau-construction-valorisation). Les projets franciliens s'inscrivent dans le cadre de la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie du Producteur, Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment), entrée en vigueur en 2023. Cette filière oblige les fabricants et distributeurs de matériaux à financer la reprise gratuite des déchets de construction dans des points de collecte agréés, répartis sur tout le territoire. En Île-de-France, les quatre éco-organismes agréés (Valobat, Ecominéro, Ecomaison, Valdelia) déploient progressivement leurs réseaux de collecte. L'appel à projets régional vient amplifier cette dynamique en soutenant des initiatives qui vont au-delà des obligations minimales de la REP, notamment sur le réemploi, qui n'est pas directement imposé par la filière. Pour plus d'informations sur la REP PMCB et ses obligations concrètes pour les professionnels, consultez notre guide sur les [obligations REP PMCB](/rep-batiment-pmcb-scandale-dechets-construction-france). ## La suite : un nouvel appel à projets ouvert jusqu'en mai 2026 Fort du succès de cette première édition, la Région Île-de-France a annoncé le lancement d'un **nouvel appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » en 2026**, avec des candidatures ouvertes jusqu'au 21 mai 2026. Les porteurs de projets implantés en Île-de-France et intervenant dans le secteur du bâtiment et des travaux publics peuvent soumettre leurs dossiers via le portail de la Région. Les critères de sélection portent sur : La sélection s'appuie sur l'impact environnemental quantifié (tonnes de déchets évités ou recyclés, CO2 évité), l'effet de levier économique de la subvention, et l'exemplarité ainsi que la reproductibilité du modèle et sa complémentarité avec les filières REP existantes. ## Ce que ces projets changent concrètement Pour les professionnels du BTP franciliens, les retombées pratiques de ces 24 projets se matérialisent de plusieurs façons : - **De nouveaux points de collecte et de réemploi** accessibles dans la région - **Des solutions logistiques mutualisées** pour les petits chantiers qui peinent à accéder aux filières - **Des références de réemploi** qui alimentent les retours d'expérience nécessaires à la généralisation des pratiques dans les marchés publics - **Des emplois locaux** dans des filières de proximité, à contre-courant des logiques d'exportation des déchets vers des pays tiers L'enjeu à terme est de faire de la région capitale un modèle de construction circulaire, où les déchets d'un chantier deviennent les ressources du suivant. C'est ambitieux, mais les 24 projets retenus montrent que les acteurs qui le souhaitent peuvent déjà s'inscrire dans cette logique. ## Sources - Région Île-de-France, [24 lauréats pour réduire les déchets du secteur du bâtiment et des travaux publics en Île-de-France](https://www.iledefrance.fr/toutes-les-actualites/24-laureats-pour-reduire-les-dechets-du-secteur-du-batiment-et-des-travaux-publics-en-ile-de-france) - Grand Paris Circulaire, [Cérémonie des lauréats de l'AAP « Île-de-France BTP circulaire » : 12 février 2026](https://www.grandpariscirculaire.org/articles/h/ceremonie-des-laureats-de-l-aap-ile-de-france-btp-circulaire-12-fevrier-2026.html) - Région Île-de-France, [Appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » 2026](https://www.iledefrance.fr/aides-et-appels-a-projets/appel-projets-ile-de-france-btp-circulaire) --- ## Directive ESPR : fin de la destruction des invendus - URL: https://www.recy.net/directive-espr-2026-invendus-textile/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T06:45:00 - Categories: economie-circulaire Le 9 février 2026, la Commission européenne a adopté un acte délégué au titre du règlement ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation) pour mettre fin à la destruction des vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures invendus. À partir du **19 juillet 2026**, les grandes entreprises du secteur de la mode ne pourront plus incinérer ou enfouir leurs stocks invendus, sous peine de sanctions. C'est une rupture majeure avec une pratique longtemps restée dans l'ombre de l'industrie [textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026). ## L'ampleur du problème : des centaines de milliers de tonnes brûlées chaque année Jusqu'à **600 000 tonnes de vêtements et accessoires neufs** sont détruites chaque année en Europe, selon les estimations de la Commission européenne. Incinérés pour éviter la démarque ou pour protéger l'image de marque, ces produits neufs génèrent environ **5,6 millions de tonnes de CO2**, un volume comparable aux émissions nettes totales annuelles de la Suède. Un responsable d'un groupe de luxe français m'avait expliqué ça en privé : « C'est plus rapide et moins risqué financièrement que de chercher un débouché alternatif, même gratuit ». Voilà la mentalité contre laquelle ESPR vient frapper. Ces pratiques étaient jusqu'ici légales, voire courantes dans certains segments du luxe et de la fast fashion. La destruction permettait aux marques de contrôler leur distribution, d'éviter les ventes à prix réduit qui dévaluent l'image, ou tout simplement de liquider des stocks encombrants sans passer par des canaux de déstockage perçus comme dégradants. Je dois dire, j'ai longtemps pensé que cette interdiction serait impossible à faire respecter. Vu comment les marques jouent avec les zones grises réglementaires sur tout le reste, celle-ci me paraît audacieuse au point de sembler naïve. Mais si l'UE tient bon et que les contrôles suivent, ce sera le premier mur que la fast fashion rencontrera vraiment. La réglementation ESPR met fin à cette logique en la traitant pour ce qu'elle est : du **gaspillage en bout de chaîne**, contraire aux principes de l'économie circulaire. ## Le règlement ESPR : de l'écoconception à la fin de vie des produits Le règlement ESPR (Règlement européen 2024/1781) est entré en vigueur en juillet 2024. Il succède à la directive Écoconception de 2009, qu'il élargit considérablement : là où l'ancienne directive se limitait aux produits électriques et électroniques, l'ESPR couvre tous les produits mis sur le marché européen, avec une priorité donnée aux textiles, à l'électronique et à la construction. L'ESPR habilite la Commission européenne à adopter des **actes délégués** pour chaque catégorie de produits. C'est ce mécanisme qui a permis l'adoption, le 9 février 2026, de l'acte délégué sur la destruction des invendus vestimentaires. ## Calendrier d'application : qui est concerné et quand ### Grandes entreprises : dès le 19 juillet 2026 L'interdiction s'applique aux **grandes entreprises** (plus de 250 employés ou plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires) à compter du 19 juillet 2026. Ce sont elles qui concentrent les volumes les plus importants de destruction et qui disposent des ressources pour s'adapter. ### Entreprises de taille moyenne : à partir de 2030 Les **entreprises de taille moyenne** (entre 50 et 250 employés) bénéficient d'un délai supplémentaire et seront soumises à l'interdiction à partir de 2030. ### Petites et micro-entreprises : exemptées Les **petites entreprises** (moins de 50 employés) et les **micro-entreprises** (moins de 10 employés) sont exemptées du dispositif. Cette exemption reconnaît la fragilité économique de ces structures et la difficulté à gérer des stocks invendus dans un cadre alternatif sans moyens logistiques adéquats. ## Ce qui est interdit : et ce qui reste autorisé ### L'interdiction porte sur la destruction volontaire L'acte délégué interdit la **destruction volontaire** de vêtements, accessoires vestimentaires et chaussures en état d'être portés ou vendus. Cela couvre l'incinération, l'enfouissement et tout traitement équivalent conduisant à la perte de valeur du produit. ### Les exceptions légitimes Des exceptions sont prévues pour des situations qui ne relèvent pas du simple arbitrage économique : Les exceptions couvrent les produits présentant un **risque pour la sécurité des consommateurs** (non-conformité aux normes), les produits **endommagés** au-delà de toute réutilisation, et ceux présentant un **risque sanitaire** avéré (contamination, moisissures). Ces exceptions doivent être documentées et justifiées. Elles ne peuvent pas être invoquées de façon préventive pour continuer à détruire des stocks par défaut. ### Les produits retournés par les consommateurs Les actes délégués à venir préciseront le régime applicable aux **retours e-commerce**, qui sont un flux distinct des invendus de production. Ce point pèse lourd pour les acteurs du commerce en ligne dont les taux de retour atteignent parfois 40 à 50 % dans le prêt-à-porter. ## L'obligation de reporting : transparence dès 2027 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [ESPR acier et ferro-alliages : 1ers actes délégués 2026](/espr-acier-ferro-alliages-premiers-actes-delegues-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Directive 2026/805 : microplastiques dans l'eau, l'UE agit](/directive-2026-805-microplastiques-eau-potable-ue). Autre disposition majeure : à partir de **février 2027**, les entreprises concernées devront déclarer le volume de produits invendus qu'elles éliminent, selon un **format harmonisé à l'échelle de l'UE**. Cette obligation de reporting vise à rendre visibles des pratiques jusqu'ici opaques. Les données collectées alimenteront les statistiques européennes et permettront de vérifier la conformité des entreprises avec l'interdiction. Les entreprises devront donc mettre en place : Concrètement : un suivi interne des stocks invendus et de leur devenir, des procédures de traçabilité pour documenter les alternatives à la destruction (dons, déstockage, recyclage), et une remontée d'information vers les autorités nationales compétentes dans le format requis. ## Quelles alternatives à la destruction ? Les entreprises vont devoir trouver des débouchés pour leurs invendus. Plusieurs filières existent et vont se structurer sous l'effet de la réglementation : **Le don aux associations** est la voie la plus directe pour les vêtements en bon état. Des structures comme Emmaüs, la Croix-Rouge ou des organisations locales collectent et redistribuent les textiles auprès de publics en difficulté. Certaines grandes marques avaient déjà mis en place des partenariats de don, mais cela reste marginal à l'échelle des volumes concernés. Avec les obligations de reporting qui arrivent en février 2027, les marques vont être forcées d'être transparentes sur ce flux. Ça changera peut-être les comportements, ou ça révèlera juste où le problème vraiment réside. **Le déstockage via des canaux secondaires** : ventes en ligne, outlets, plateformes de seconde main (Vinted, Vestiaire Collective pour le luxe…). Ces canaux existaient déjà mais étaient parfois évités par peur de la dévalorisation. L'interdiction de destruction va mécaniquement réduire ce tabou. **Le textile recyclé** : pour les vêtements trop abîmés pour être portés ou vendus, la filière [recyclage textile](/recyclage-textile-vetements-depots/) propose des solutions de valorisation en chiffons industriels, en isolants ou en nouveaux fils recyclés. La filière REP textile, gérée par Refashion, intègre ces flux. **Le reconditionnement et la réparation** sont des options supplémentaires pour les articles présentant des défauts mineurs. Le développement de l'[indice de réparabilité](/indice-reparabilite-score-produits-guide/) pour les produits électroniques a montré qu'un tel signal pouvait modifier les comportements industriels. ## Un signal fort pour toute la chaîne de valeur L'interdiction de destruction des invendus ne va pas seulement affecter la gestion des stocks en fin de saison. Elle envoie un signal plus profond à l'ensemble de la chaîne de valeur de la mode. Les acheteurs et planificateurs de production vont devoir **affiner leurs prévisions** pour réduire les surstocks. Produire moins mais mieux, anticiper la demande avec plus de précision, mettre en place des modèles à la commande ou en séries limitées, autant de pratiques qui deviennent économiquement plus rationnelles quand la destruction n'est plus une option. Les marques qui avaient déjà amorcé cette transition (limitation des collections capsules, modèles d'abonnement, production à la demande) se trouvent avantagées par cette réglementation. ## Ce que les entreprises doivent faire maintenant Pour les grandes entreprises concernées dès juillet 2026, la fenêtre d'action est courte : 1. Cartographier les flux d'invendus : identifier les volumes concernés, par gamme, par saison, par catégorie de produit 2. Identifier les filières alternatives : dons, déstockage, recyclage, et nouer les partenariats nécessaires 3. Mettre en place la traçabilité : préparer les outils de suivi nécessaires au reporting 2027 Former les équipes achat, logistique et RSE aux nouvelles exigences. Vérifier la définition des exceptions applicables à leurs produits, pour ne pas se retrouver en infraction par excès de précaution ou de négligence. ## Sources - Commission européenne, [La Commission adopte de nouvelles mesures pour mettre fin à la destruction des vêtements et chaussures invendus](https://france.representation.ec.europa.eu/informations/la-commission-adopte-de-nouvelles-mesures-pour-mettre-fin-la-destruction-des-vetements-et-chaussures-2026-02-09_fr) - Commission européenne, [New EU rules to stop destruction of unsold clothes and shoes](https://environment.ec.europa.eu/news/new-eu-rules-stop-destruction-unsold-clothes-and-shoes-2026-02-09_en) - Le Média Green, [L'UE interdit l'incinération des vêtements neufs dès 2026](https://lemedia.green/mode-accessoires/union-europeenne-interdit-destruction-textiles-invendus/) --- ## Recyclage des jouets en plastique : filières - URL: https://www.recy.net/recyclage-jouets-plastique-filieres-alternatives/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T06:44:00 - Categories: recyclage Plus de **100 000 tonnes de jouets non électriques** jetés chaque année en France. Le lendemain de Noël, les poubelles débordent de plastiques colorés, de cartons éventrés et de jouets déjà cassés. Je suis passé dans une déchetterie le 27 décembre dernier. La benne "tout-venant" était pleine à 11 heures du matin. Dedans : des figurines, des circuits de voitures, des peluches défraîchies. Personne ne savait où les mettre, et les agents non plus. Le jouet, c'est l'anti-bouteille PET. Pas de mono-matériau, pas de filière mature, pas de réflexe de tri installé. Mais depuis 2022, une filière REP existe. Et en novembre 2025, la première Grande Collecte Solidaire nationale a montré qu'on pouvait mobiliser les foyers. Le problème n'est pas l'absence de solutions. C'est que personne ne les connaît. ## La REP jouets : depuis 2022, mais qui le sait ? Depuis 2022, les fabricants et distributeurs de jouets financent la collecte et le traitement des jouets en fin de vie via la filière REP. Deux éco-organismes agréés gèrent le dispositif. **Ecosystem** prend en charge les jouets électriques et électroniques : tout ce qui contient une pile, un moteur, un circuit imprimé. Voitures télécommandées, robots, consoles éducatives. **Ecomaison** gère les jouets non électriques : figurines, jeux de construction, poupées, ballons, puzzles. Environ **38 000 tonnes par an** font désormais l'objet d'une collecte organisée. En forte croissance depuis 2022. Des points de collecte existent dans les enseignes partenaires, les mairies, les associations et certains centres de tri. Le problème : l'information ne descend pas. J'ai demandé autour de moi, famille, voisins, collègues. Personne ne savait que la REP jouets existait. Personne ne savait qu'on pouvait déposer des jouets cassés quelque part. Le réflexe, c'est la poubelle grise ou, au mieux, Emmaüs pour les jouets en bon état. ## La Grande Collecte Solidaire : novembre 2025 En novembre 2025, Ecomaison et Ecosystem ont lancé ensemble la **première Grande Collecte Solidaire des Jouets** à l'échelle nationale. Plus de **2 500 points de dépôt** dans toute la France. Trois circuits selon l'état du jouet : **Réemploi** : jouets en bon état redistribués via associations caritatives ou revendus en seconde main. **Réparation** : jouets réparables orientés vers des ateliers de remise en état. **Recyclage** : jouets irrécupérables traités selon les normes environnementales. C'est la logique de l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) appliquée aux jouets : ne recycler que ce qu'on ne peut ni réemployer ni réparer. Sur le papier, c'est bien structuré. En pratique, c'était la première édition. Il faudra voir si ça s'installe dans les habitudes. ## Le cauchemar technique du plastique mixte Voilà pourquoi le recyclage des jouets est si compliqué. Une figurine type contient du **PP** (corps), du **PVC** (parties souples), de l'**ABS** (pièces rigides), de la peinture, des inserts métalliques. Parfois du tissu collé. Recycler ça, c'est comme vouloir séparer les ingrédients d'un gâteau déjà cuit. Le recyclage mécanique exige des flux mono-matériau. Pour un jouet multi-plastiques, il faudrait un démontage manuel préalable. Le coût est prohibitif. Résultat : la majorité des jouets irrécupérables finit en valorisation énergétique (incinération avec récupération de chaleur) ou en enfouissement. Les jouets en **mono-matière** sont l'exception. Jeux de construction type LEGO (ABS pur), bacs de rangement (PP pur) : ceux-là se recyclent. La pyrolyse et le recyclage chimique ouvrent des perspectives pour les flux complexes, mais c'est encore au stade pilote pour cette catégorie. Pour un [panorama complet des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/), y compris les plastiques difficiles. ## Où déposer ses jouets usagés Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Peluches, doudous : pourquoi la REP jouets bloque encore](/peluches-doudous-rep-jouets-ecomaison-recyclage). Je vais faire simple. **Jouets en bon état** : Emmaüs, Croix-Rouge, Secours Populaire (dons directs). Ressourceries et recycleries locales. Le Bon Coin, Vinted Kids pour récupérer quelques euros. Points de collecte Ecomaison/Ecosystem lors des grandes collectes. **Jouets électriques défaillants** : déchetterie, bac DEEE. Ou reprise en magasin : les enseignes de jouets et d'électronique sont obligées de reprendre un équivalent lors d'un achat. C'est la loi, pas une faveur. **Jouets [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) irrécupérables** : déchetterie, bac plastique si les consignes locales l'acceptent. Points de collecte Ecomaison pour les non électriques. Le site d'Ecosystem permet de localiser les points de dépôt par code postal. C'est le premier réflexe à avoir. ## Acheter autrement : la seule vraie solution Le recyclage des jouets, c'est du damage control. La vraie question, c'est ce qu'on achète. **Matériaux recyclables ou naturels.** Bois certifié FSC, jouets en plastique recyclé (la gamme existe, elle grandit), jeux en carton solide. En fin de vie, ces matériaux ont des filières fonctionnelles. **La durabilité.** Un jouet bien conçu, réparable, qui passe de l'aîné au cadet puis au voisin, c'est trois achats évités. Un jouet jetable qui casse en deux semaines, c'est 100 000 tonnes par an dans les bennes. **La location.** Les ludothèques se développent. Certains services de location de jouets fonctionnent par abonnement. L'enfant joue, rend, un autre enfant joue. Le volume de plastique qui transite par foyer baisse mécaniquement. **L'occasion.** Le marché du jouet d'occasion est dynamique en France. Brocantes, vide-greniers, plateformes en ligne. Un jouet de seconde main bien choisi dure souvent plus longtemps que du neuf bas de gamme. Et coûte trois fois moins. Je me demande si on ne devrait pas appliquer un malus à l'éco-contribution pour les jouets non réparables ou multi-matériaux non séparables. Le [système de prime REP](/prime-plastique-recycle-rep-2026) pour le plastique recyclé existe pour les emballages. Pourquoi pas un mécanisme similaire qui pénalise les jouets conçus pour la poubelle ? ## Ce qui reste Le recyclage des jouets en plastique n'est pas une cause perdue. La REP existe, les points de collecte se multiplient, la Grande Collecte Solidaire a montré que la mobilisation est possible. Mais tant que le réflexe n'est pas installé, tant que les gens ne savent pas qu'ils peuvent déposer un jouet cassé quelque part, 100 000 tonnes par an finiront au mauvais endroit. La filière est jeune. Elle a quatre ans. Comparée aux 30 ans de la filière emballages ménagers, c'est normal qu'elle soit encore en rodage. Ce qui m'inquiète plus, c'est la conception des jouets eux-mêmes. Tant qu'on fabrique des objets multi-plastiques impossibles à démonter, le recyclage restera marginal. Le problème commence dans le bureau d'études, pas dans la poubelle. ## Sources - [Ecosystem - Don et recyclage des jeux et jouets](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/jeux-jouets), Filière de collecte et points de dépôt - [Ecomaison - Grande Collecte Solidaire des Jouets](https://ecomaison.com/en/espace-presse/presse-grande-collecte-solidaire-des-jouets/), Présentation de l'opération nationale 2025 - [ADEME Infos - Que deviennent nos jouets usagés ?](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/que-deviennent-nos-jouets-usages/), Analyse des flux de jouets en France --- ## Recyclage des capsules de café : alu et compost - URL: https://www.recy.net/recyclage-capsules-cafe-aluminium-compost/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-22T06:11:00 - Categories: recyclage Des milliards de capsules de café consommées chaque année en France. Un petit objet de quelques grammes qui pose un problème disproportionné. La plupart des gens que je croise n'ont aucune idée de ce qu'ils doivent en faire. Et franchement, quand on voit le maquis des consignes selon la marque, la matière et la commune, on comprend pourquoi. Le truc, c'est que la capsule de café concentre tout ce qui dysfonctionne dans le tri en France : un emballage trop petit pour les circuits classiques, un contenu organique collé à l'emballage, et des consignes qui changent selon où tu habites. Mais ça bouge. Vraiment. ## Aluminium, plastique, compostable : trois mondes différents Il n'y a pas "une" capsule de café. Il y en a trois types, et chacun suit un chemin différent. **L'aluminium.** Nespresso et beaucoup de compatibles. L'alu se recycle à l'infini, zéro perte de qualité. Le problème : le format minuscule et le marc de café coincé dedans. Pendant longtemps, les centres de tri ne savaient pas gérer ça. Les capsules passaient à travers les mailles du tri balistique, trop petites, trop légères. **Le [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france).** Dolce Gusto, Tassimo, marques distributeur. Du plastique multicouche, souvent un assemblage PP + alu + film. Recyclable ? En théorie. En pratique, les filières ne savent pas séparer ces couches. La poubelle grise reste la destination par défaut pour la plupart de ces capsules en 2026. **Le compostable.** Gourmesso, Moving Cup, certaines gammes bio. À base de matières végétales. Sauf que "compostable" ne veut pas dire "compostable chez toi". La majorité nécessite un compostage industriel à 60 °C minimum pendant plusieurs semaines. Mettre ça dans ton lombricomposteur d'appartement, ça va juste traîner six mois sans se dégrader. ## Le Projet Métal : la vraie bascule pour l'alu C'est ici que ça devient intéressant. Le Projet Métal, porté par Nespresso avec Citeo et les collectivités, vise à intégrer les petits emballages aluminium dans le bac jaune. Capsules, opercules de yaourt, papier alu. La technologie clé : le **tri par courant de Foucault**. Un champ magnétique alternatif qui éjecte les métaux non ferreux (alu, cuivre) de la ligne de tri. Les centres équipés récupèrent les capsules alu automatiquement. En 2025, environ **62 % des Français** pouvaient déjà mettre leurs capsules alu dans le bac jaune. L'objectif : 75 % fin 2025, 90 % fin 2029. Quand ton centre de tri est équipé, tu jettes ta capsule dans le bac jaune et c'est réglé. Plus besoin de stocker des sacs Nespresso pendant trois mois. Avant de mettre vos capsules dans le bac jaune, vérifiez les consignes locales. Le site de votre collectivité ou notre [guide sur les logos de recyclage](/signification-logos-recyclage-emballages) peuvent aider. Parce que oui, en 2026, les consignes varient encore d'une ville à l'autre. ## La filière Nespresso : efficace mais contraignante Nespresso a bâti sa propre filière de collecte. Des sacs de collecte gratuits, un réseau de **points de dépôt** (boutiques Nespresso, supermarchés partenaires, déchetteries), et un centre de recyclage aux Pays-Bas chez Remondis. L'alu est fondu et réutilisé. Le marc de café est composté ou méthanisé. En 2025, 90 % des clients Nespresso ont un point de collecte à quelques kilomètres. Sur le papier, c'est bien. En pratique, ça demande un geste actif : stocker, se déplacer, déposer. Combien le font vraiment ? J'ai posé la question à un responsable de boutique Nespresso. Il m'a dit "les réguliers, oui, à peu près un sur trois". Un sur trois. Ça laisse deux tiers de capsules alu qui finissent en ordures ménagères. En décembre 2019, Nespresso, Nestlé et JDE (Jacobs Douwe Egberts) ont lancé l'**Alliance pour le Recyclage des Capsules en Aluminium**. Les concurrents ont reconnu que marque par marque, ça ne marchait pas. Approche collective, message cohérent, mutualisation des coûts. C'est un tournant. Mais ça reste un tournant lent. ## Les capsules compostables : attention aux pièges J'ai hésité à recommander les capsules compostables. Le concept est séduisant : tu utilises ta capsule, tu la mets au compost, elle disparaît. Sauf que la réalité est plus nuancée. **"Compostable industriellement"** : nécessite des températures de 58-60 °C maintenues pendant plusieurs semaines. Ton bac à biodéchets municipal, si ta collectivité traite par méthanisation et pas par compostage, ne convient pas. Les conditions de dégradation ne sont pas réunies. **"Compostable à domicile"** : certification **OK Compost Home**. Celles-là, tu peux les mettre dans ton composteur de jardin. Mais vérifie la certification sur l'emballage. "Biodégradable" et "compostable" ne sont pas synonymes. "Biodégradable" ne veut rien dire de précis en termes de délai ou de conditions. Depuis 2024, le tri des [biodéchets](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025) est obligatoire pour tous les foyers. Si ta commune collecte en porte-à-porte, renseigne-toi sur l'acceptabilité des capsules compostables dans ce flux. Certaines collectivités les acceptent, d'autres non. ## En pratique : que faire de tes capsules Je vais être direct, parce que c'est le genre de sujet où les gens veulent une réponse, pas un cours. **Capsules Nespresso alu** : si ton centre de tri accepte les petits métaux (bac jaune), mets-les dedans. Sinon, dépose-les en boutique Nespresso ou point de collecte partenaire. Vide le marc si tu peux, mais c'est pas obligatoire. **Autres capsules aluminium** : bac jaune si consignes locales le permettent. Sinon, déchetterie. C'est la même logique que les opercules de yaourt. **Capsules plastique multicouche** : poubelle grise. Je sais, c'est frustrant. Mais en 2026, il n'y a pas de filière viable pour le plastique multicouche des capsules Dolce Gusto ou Tassimo. Jeter ça dans le bac jaune, c'est créer un refus de tri qui contamine le reste. **Capsules compostables certifiées OK Compost Home** : composteur domestique. Les autres : bac biodéchets si ta collectivité les accepte explicitement. En cas de doute, poubelle grise. ## Ce que ça dit du système Le recyclage des capsules de café, c'est un bon résumé de l'état du tri en France. Un produit de consommation massive, trois matériaux différents, des consignes qui dépendent de ta commune, un système de collecte dédié qui ne touche qu'un tiers des utilisateurs, et des alternatives "vertes" qui nécessitent un doctorat en compostage pour être utilisées correctement. Le Projet Métal va simplifier les choses pour l'alu. D'ici 2029, 90 % des Français pourront mettre leurs capsules dans le bac jaune. C'est la bonne direction. Pour le plastique multicouche, on attend encore. Pour le compostable, on attend que les collectivités s'alignent. Mon avis : si tu bois du café en capsule et que le recyclage te préoccupe, passe à l'alu. C'est le seul matériau qui a une filière fonctionnelle et qui se généralise. Le compostable, c'est bien sur le papier, mais en pratique c'est un casse-tête. Et le plastique multicouche, c'est un cul-de-sac. Le jour où le bac jaune acceptera les capsules alu partout, on aura fait un vrai pas. D'ici là, on navigue à vue. ## Sources - [Nespresso - De la collecte à la seconde vie des capsules](https://www.nespresso.com/agit/article/recyclage-capsules/de-la-collecte-a-une-2eme-vie-le-cycle-de-recyclage-des-capsules/), Fonctionnement détaillé de la filière Nespresso - [recyclage-capsules.com - Alliance pour le Recyclage des Capsules en Aluminium](https://www.recyclage-capsules.com/), Initiative industrielle conjointe - [Nespresso - Le Projet Métal : recycler les petits aluminiums via le bac jaune](https://www.nespresso.com/agit/article/recyclage-capsules/projet-metal-recycler-les-petits-emballages-en-aluminium-grace-a-la-poubelle-de-tri/), Déploiement du tri élargi aux petits emballages métalliques --- ## Compostage collectif en pied d'immeuble : le guide - URL: https://www.recy.net/compostage-collectif-demarrer-guide/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-21T08:46:00 - Categories: valorisation Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour tous les ménages en France. En copropriété, le composteur collectif en pied d'immeuble est l'une des solutions les plus accessibles et les plus conviviales. Compter trois à six mois d'organisation, puis ça roule. Voici un guide concret pour lancer votre projet. ## Pourquoi composter en collectif ? En France, les biodéchets représentent environ **30 % du contenu de la poubelle d'ordures ménagères**. Épluchures, restes de repas, marc de café, coquilles d'œufs, tout cela finit en incinération ou en décharge alors que c'est de la matière organique valorisable. Le [compostage](/compostage-obligatoire-guide-pratique) collectif en pied d'immeuble offre plusieurs avantages concrets. Chaque foyer participant **réduit ses déchets de 80 kg par an**. On peut **produire du compost** utilisable dans les jardinières, espaces verts de la copropriété ou jardins partagés. Le projet **crée du lien social** entre voisins autour d'une initiative commune. Et surtout, on **se conforme à la loi** sans attendre que la collectivité mette en place une collecte séparée. ## Étape 1 : mobiliser les habitants Un composteur collectif ne fonctionne que s'il y a un noyau de participants motivés. L'expérience montre qu'il faut **au minimum 7 foyers volontaires** pour qu'un site soit viable (chiffre retenu par la Ville de Paris). ### Comment convaincre ? Organisez une **réunion informelle** dans la cour ou le hall d'entrée pour présenter les avantages concrets : réduction des déchets, compost gratuit, geste écologique. Identifiez **deux personnes référentes** prêtes à suivre une formation de "référent de site". Faites circuler un sondage dans les boîtes aux lettres ou via la messagerie de la copropriété pour évaluer l'intérêt réel. ## Étape 2 : obtenir l'accord du syndic Le composteur sera installé dans les **parties communes** de la copropriété. Il faut l'accord du **conseil syndical** (accord informel dans un premier temps) et celui de l'**assemblée générale des copropriétaires** (vote en AG pour valider l'emplacement et le principe). Le syndic peut inscrire le sujet à l'ordre du jour de la prochaine AG. En pratique, les projets portés par un groupe de résidents motivés sont rarement refusés. ## Étape 3 : contacter votre collectivité Avant d'acheter du matériel, renseignez-vous auprès de votre mairie ou intercommunalité. La plupart proposent la **fourniture gratuite** de composteurs (bacs en bois ou en plastique recyclé), un **accompagnement** par un maître composteur pendant 6 à 8 mois, une **formation** pour les référents de site (généralement une journée) et du **matériel complémentaire** (bioseau de cuisine, broyat de bois, signalétique). ### Exemples de villes accompagnatrices - Paris : près de 900 composteurs collectifs installés, campagnes d'inscription 4 fois par an - Nantes : programme de [compostage](/compostage-obligatoire-biodechets-bilan-un-an) au pied d'immeuble avec accompagnement personnalisé - Bordeaux Métropole : mise à disposition de composteurs individuels ou collectifs avec suivi - Rennes : subvention partielle à l'achat de composteurs et formation référents Si votre commune ne propose pas encore de dispositif, vous pouvez acheter des composteurs en autonomie (comptez 150 à 300 euros pour un kit de 3 bacs). ## Étape 4 : trouver le bon emplacement Le choix du lieu est déterminant. Il faut une **surface minimale** d'environ 5 m² pour installer 2 à 3 bacs côte à côte, **posée sur la terre** pour que les micro-organismes colonisent la matière. L'emplacement idéal est **à l'ombre** (le compost ne doit ni se dessécher ni surchauffer), **accessible mais discret** (pas trop loin des entrées, mais pas sous les fenêtres du rez-de-chaussée) et **proche d'une alimentation en eau** pour faciliter l'entretien. ## Étape 5 : installer et lancer le composteur Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Composteur de jardin : bien démarrer son bac](/composteur-jardin-demarrer-guide-debutant). Un site de [compostage](/compostage-obligatoire-guide-pratique) collectif comprend généralement **trois bacs** : 1. Bac d'apport : les habitants y déposent leurs biodéchets 2. Bac de maturation : le compost en cours de décomposition y est transféré 3. Bac de stockage de broyat : le broyat de bois sert de "structurant" à mélanger aux déchets humides ### Les règles de base Alterner systématiquement les couches de biodéchets et de broyat (ratio 1:1 en volume) crée les conditions aérobies nécessaires. Mélanger régulièrement, une fois par semaine minimum, prévient l'acidification et les odeurs. À proscrire absolument : viande, poisson et produits laitiers (qui attirent les nuisibles), litières animales et plantes malades (qui propagent des pathogènes). À accepter sans hésiter : épluchures, marc de café, sachets de thé sans agrafe métallique, coquilles d'œufs, restes de repas végétaux et essuie-tout. ### Le rôle des référents Les deux référents de site assurent : - Le **suivi hebdomadaire** (mélange, ajout de broyat, contrôle des apports) - La **communication** avec les participants (rappel des consignes, résolution de problèmes) C'est le point central : un composteur collectif réussit ou échoue selon la motivation de ces deux référents. J'ai vu des sites fonctionner pendant trois ans avec un binôme engagé, puis s'effondrer quand l'un partait en mutation. Il n'y a pas de secret : c'est du bénévolat motivé, pas de magie. Recruter les bonnes personnes au départ, c'est 80 % du travail. - La **récolte du compost** mûr (tous les 3 à 6 mois) et sa distribution aux participants ## Les pièges à éviter **Les odeurs** : un composteur bien géré ne sent pas mauvais. Si des odeurs apparaissent, c'est souvent un manque de broyat ou un défaut d'aération. La solution : mélanger et ajouter du structurant. **Les nuisibles** : mouches, rats, fouines, la crainte numéro un des copropriétaires. La parade : ne jamais mettre de viande ni de poisson, couvrir chaque apport d'une couche de broyat, et utiliser des bacs fermés avec un couvercle. **L'essoufflement** : les premières semaines sont enthousiastes, puis la participation baisse. C'est normal. L'accompagnement par un maître composteur et la tenue de réunions de suivi (trimestrielles) permettent de maintenir la dynamique. ## Le cadre légal en 2026 En juillet 2025, **51,6 % des Français** (35,1 millions d'habitants) avaient accès à une solution de tri des biodéchets. Le déploiement est en cours mais inégal selon les territoires. Les collectivités qui n'ont pas encore proposé de solution de tri des biodéchets à leurs administrés s'exposent à des sanctions. Pour les professionnels de la restauration, les amendes peuvent atteindre **15 000 euros**. ## Ce qu'il faut retenir Lancer un composteur collectif en pied d'immeuble, c'est **3 à 6 mois de préparation** (mobilisation, accord syndic, contact collectivité, installation) et un entretien régulier mais léger ensuite. Le plus difficile n'est pas technique : c'est de mobiliser ses voisins. Une fois lancé, ça marche. Moins de déchets, du compost gratuit, une vraie dynamique de quartier. ## Sources - [Ville de Paris - Inscriptions composteur collectif en pied d'immeuble](https://www.paris.fr/pages/inscriptions-pour-l-installation-d-un-composteur-collectif-en-pied-d-immeuble-27185) - [Baticopro - Installer un composteur collectif en copropriété](https://www.baticopro.com/guides/compostage-obligatoire-en-copro-a-partir-de-janvier-2024.html) - [Habitats Durables - Compostage obligatoire 2026 : règles et sanctions](https://habitats-durables.org/compostage-obligatoire-2026-tout-ce-quil/) --- ## Loi AGEC : bilan et calendrier 2025-2026 - URL: https://www.recy.net/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-21T07:06:00 - Categories: dechets Six ans après sa promulgation, la loi AGEC entre dans sa phase dure. Les pailles en plastique et l'indice de réparabilité, c'était le menu pour enfants. 2025-2026 concentre les obligations les plus lourdes : nouvelles filières REP, indice de durabilité, tri renforcé, interdiction des microplastiques. Quand j'ai lu les décrets d'application en février 2025, j'ai compris qu'on n'était plus dans la communication. Les amendes sont là. Les délais sont là. Les contrôles commencent. ## La loi AGEC en bref Promulguée le 10 février 2020, 130 articles, cinq axes : 1. **Sortir du plastique jetable** d'ici 2040 2. **Mieux informer le consommateur** (indice de réparabilité, affichage environnemental) 3. **Lutter contre le gaspillage** (interdiction de destruction des invendus) 4. **Favoriser le réemploi** (consigne, seconde main) 5. **Améliorer la collecte et le recyclage** via les filières REP Calendrier de 2021 à 2040, paliers tous les cinq ans. Notre article sur les [changements AGEC pour le recyclage en 2026](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) couvre les mesures les plus récentes. ## Ce qui est entré en vigueur en 2025 ### Indice de durabilité Depuis janvier 2025, l'indice de réparabilité est complété par un **indice de durabilité** sur de nouvelles catégories. Score sur 10 qui intègre réparabilité + **robustesse et fiabilité**. L'objectif : orienter vers des produits qui durent, pas juste des produits réparables. Notre [guide de l'indice de réparabilité](/indice-reparabilite-score-produits-guide/) détaille le système de notation. ### Filtres à microfibres sur les lave-linge Tous les lave-linge neufs doivent intégrer un filtre à microfibres plastiques. Un vêtement synthétique libère entre 700 000 et 12 millions de microfibres par cycle (Institut Scripps). Ces particules finissent dans les cours d'eau, les océans, et dans la chaîne alimentaire. Le filtre est un minimum. ### REP emballages professionnels Au 1er janvier 2025, la REP s'étend aux **emballages industriels et commerciaux** : environ **7 millions de tonnes** par an. Les entreprises doivent adhérer à un éco-organisme et verser une éco-contribution. Renforcement progressif. ### Tri harmonisé dans l'espace public Dispositifs de tri déployés dans les gares, centres commerciaux, parcs. Codes couleurs alignés sur ceux du domicile. C'est du bon sens qui a pris 30 ans à arriver. ### Biodéchets : montée en puissance Le tri des biodéchets, obligatoire depuis janvier 2024, se renforce. Les collectivités sans solution s'exposent à des sanctions. Les restaurants risquent **15 000 EUR d'amende**. Sur le terrain, beaucoup de communes traînent encore. Mais les contrôles commencent. ## Ce qui change en 2026 ### Microplastiques dans les cosmétiques Depuis janvier 2026, **interdiction des microplastiques dans les cosmétiques rincés** (gels douche, shampoings, dentifrices, gommages). Vérifiez les compositions : "polyethylene", "polypropylene" ou "nylon" dans la liste INCI = microplastiques. En 2026, ces termes ne devraient plus apparaître. ### REP emballages professionnels : entrée opérationnelle Textes prévoient lancement au 1er janvier 2026, entrée en vigueur opérationnelle au **1er juillet 2026**. Les éco-organismes commencent la collecte et le traitement effectifs. ### Nouveau décret 3R (2026-2030) Décret "Réduire, Réutiliser, Recycler" pour 2026-2030. S'articule avec le **règlement PPWR** européen. 2026 sera charnière pour les arbitrages entre droit français et droit européen. ## Le bilan associatif : ça coince Un collectif d'associations (Zero Waste France, Les Amis de la Terre, France Nature Environnement, Surfrider) a dressé un **bilan mitigé** à quatre ans. **Ce qui fonctionne :** nouvelles filières REP effectivement créées, centres de sur-tri plus performants, meilleure information consommateur. **Ce qui coince :** lobbying industriel freinant la mise en œuvre, manque de contrôle et de sanctions terrain, objectif de 100 % d'emballages recyclés au 1er janvier 2025 non atteint, plastique toujours à 29 %. La réalité du terrain : les collectivités me disaient "on trie, on collecte, mais ça part où après ?". Question légitime. Tant que les débouchés du recyclage ne suivent pas, le tri à la source reste un geste de bonne volonté. ## Les filières REP : état des lieux | Filière REP | Année création/renforcement | Produits concernés | | ------------------------- | --------------------------- | -------------------------------------------------------------------------------------- | | Emballages ménagers | 1993 (renforcée 2023) | Tous emballages ménagers | | Emballages professionnels | 2025 | Cartons, films, palettes, calages | | Textiles sanitaires | 2024-2026 | Lingettes, couches, protections | | Articles de sport | 2025 | Vélos, raquettes, tentes, skis | | Bricolage et jardinage | 2025 | Outils, pots, tuyaux | | Matériaux de construction | 2023 (renforcée 2025) | Isolants, menuiseries, revêtements | | Tabac | 2023 (renforcée 2025) | Filtres de cigarettes ([filière mégots](/recyclage-megots-cigarettes-filiere-france/)) | Pour les entreprises : éco-contributions supplémentaires. Pour les consommateurs : nouveaux points de collecte en déchetterie et en magasin. ## Calendrier des prochaines échéances | Année | Mesure | | ----- | ----------------------------------------------------------------- | | 2026 | Interdiction microplastiques cosmétiques, REP EIC opérationnelle | | 2027 | 10 % d'emballages réemployables, affichage environnemental élargi | | 2030 | 30 % de plastique recyclé dans toutes les bouteilles | | 2035 | Mise en décharge limitée à 10 % des déchets municipaux | | 2040 | Fin du plastique à usage unique | ## Verdict La loi AGEC est ambitieuse. Ses effets commencent à se matérialiser. Mais le rythme de déploiement reste en dessous des objectifs annoncés. Le vrai test : atteindre les cibles européennes 2030 (60 % de recyclage des déchets municipaux, 55 % pour les plastiques). Aujourd'hui, on en est très loin. La loi pose le cadre. L'exécution est le vrai sujet. Et c'est là que la France a un problème structurel : on légifère bien, on applique mal. ## Sources - [Lemon Tri - Résumé des mesures AGEC en vigueur et à venir](https://lemontri.fr/resume-loi-agec/) - [HelloCarbo - Les évolutions de la loi AGEC en 2026](https://www.hellocarbo.com/blog/reduire/loi-agec/) - [Citeo - Économie circulaire et REP : ce qui change en 2026](https://www.citeo.com/le-mag/economie-circulaire-et-rep-ce-qui-change-en-2026/) --- ## Recyclage enzymatique PET : la révolution Carbios - URL: https://www.recy.net/recyclage-enzymatique-plastique-pet/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-21T07:03:00 - Categories: recyclage Une enzyme qui bouffe du plastique et recrache de la matière première vierge. Dit comme ça, on dirait de la science-fiction. Sauf que **Carbios**, biotech française basée à Clermont-Ferrand, l'a fait fonctionner. Le démonstrateur tourne depuis 2021. Les bouteilles produites existent. L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo, Suntory ont validé le procédé. Le problème de Carbios, c'est pas la techno. C'est l'argent pour passer à l'échelle industrielle. ## Pourquoi le recyclage mécanique ne suffit pas Le PET (polyéthylène téréphtalate) est partout. Bouteilles d'eau, barquettes alimentaires, fibres textiles polyester. En France, c'est le plastique d'emballage numéro un. Le [recyclage mécanique](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) fonctionne bien pour les bouteilles PET transparentes et propres. Tu broyes, tu laves, tu fais des granulés, tu refais des bouteilles. Cycle classique. Mais le mécanique a trois limites structurelles. **La dégradation.** Chaque cycle casse un peu les chaînes polymères. Au bout de 3 à 5 passages, le PET perd ses propriétés. Il finit en fibres textiles de moindre qualité, puis en décharge. C'est du "downcycling", pas du recyclage en boucle fermée. **Les flux difficiles.** PET coloré, opaque, souillé, barquettes multicouches, textiles polyester : le recyclage mécanique ne sait pas les traiter correctement. Ces flux sont une part massive du gisement PET et finissent en incinération. **Le contact alimentaire.** Le rPET mécanique n'est pas toujours certifié pour le contact alimentaire. Or depuis 2025, les bouteilles PET doivent contenir minimum [25 % de plastique recyclé](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet). Il faut du rPET food-grade en quantité. Le mécanique ne suit pas. ## Le procédé Carbios : dépolymérisation enzymatique Le principe est élégant. Carbios utilise une **cutinase optimisée**, une enzyme découverte dans un compost de feuilles mortes. Dans la nature, cette enzyme décompose la cutine des parois végétales. Les chercheurs de Carbios l'ont modifiée par ingénierie enzymatique pour qu'elle s'attaque spécifiquement aux liaisons ester du PET. **Étape 1 : broyage.** Les déchets PET (bouteilles, barquettes, textiles polyester, PET coloré) sont broyés en paillettes. **Étape 2 : dépolymérisation.** Les paillettes sont placées dans des cuves avec l'enzyme, à température modérée. L'enzyme casse les liaisons chimiques du polymère et le décompose en ses deux monomères de base : l'**acide téréphtalique** (PTA) et l'**éthylène glycol** (MEG). **Étape 3 : purification et repolymérisation.** Les monomères sont purifiés puis recombinés. Le résultat : du PET neuf, qualité identique au PET vierge pétrosourcé. Apte au contact alimentaire. Recyclable à l'infini puisqu'on revient aux briques élémentaires. | Critère | Recyclage mécanique | Recyclage enzymatique Carbios | | ----------------------- | ------------------------ | ---------------------------------------- | | Types de PET traités | Bouteilles transparentes | Tous PET (colorés, textiles, barquettes) | | Qualité du produit | Dégradation progressive | Qualité vierge, contact alimentaire | | Nombre de cycles | Limité (3-5 cycles) | Illimité (retour aux monomères) | | Réduction CO2 vs vierge | Variable | -51 % | | Taux de récupération | 60-80 % | Jusqu'à 90 % | ## Longlaville : la première usine commerciale, en suspens Carbios prévoit de construire la **première usine commerciale de recyclage enzymatique du PET** à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle. Investissement : **230 millions d'euros**. Soutenu par 30 millions du plan France 2030 (ADEME) et 12,5 millions de la région Grand Est. Capacité prévue : **50 000 tonnes de déchets PET par an**, quatre cuves de 300 m3. Sauf que le chantier patine. Débuté en avril 2024, il a connu trois reports successifs. Janvier 2025 : report de six à neuf mois pour boucler le financement. Suppression de 40 % des effectifs. Décembre 2025 : nouveau report de trois mois. Construction en pause depuis presque un an. Nouvel objectif : inauguration repoussée au **premier semestre 2028**. Le nœud du problème est financier. Carbios a besoin de 70 % de préventes pour débloquer les financements bancaires. Ils en sont à 50 %. Les industriels de l'agroalimentaire et des boissons veulent du rPET enzymatique, mais signer des contrats fermes à des prix non encore stabilisés, c'est une autre histoire. Sur ce point, je ne sais pas si Carbios tiendra son objectif 2028. Le procédé fonctionne. Le business model reste à prouver à grande échelle. ## Le démonstrateur de Clermont-Ferrand Si l'usine commerciale tarde, le démonstrateur est opérationnel depuis 2021. Il a validé le procédé à échelle intermédiaire et produit des bouteilles 100 % rPET enzymatique. Les partenariats avec L'Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo et Suntory sont réels. Les bouteilles existent physiquement. Ce n'est pas du PowerPoint. Mais un démonstrateur qui traite quelques centaines de tonnes par an et une usine de 50 000 tonnes, c'est un facteur 100 d'écart. Le scale-up industriel est le vrai test. Et c'est là que Carbios en est. ## L'expansion chinoise : plan B ou plan A ? Carbios ne mise pas tout sur Longlaville. Accord signé avec **Wankai New Materials**, filiale du groupe chinois Zhink (troisième producteur de PET en Chine). Objectif : déployer la technologie en Asie, capacité cible d'**un million de tonnes**. Construction d'une première usine en Chine potentiellement dès le premier trimestre 2026. J'ai lu ça avec un mélange d'enthousiasme et d'amertume. Si la techno française s'industrialise d'abord en Chine parce que le financement européen traîne, c'est un classique. La France invente, les autres déploient. On connaît le schéma. ## L'enjeu pour la filière française Si Carbios réussit, les implications sont sérieuses. Traitement des flux PET aujourd'hui non recyclés (textiles, colorés, barquettes). Réduction de la dépendance au pétrole pour la production de PET. Conformité avec les obligations d'[incorporation de plastique recyclé](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet) (25 % en 2025, 30 % en 2030). Et un leadership technologique français dans un secteur où tout reste à construire. Mais le coût du PET enzymatique reste supérieur au PET vierge. La [prime REP pour le plastique recyclé](/prime-plastique-recycle-rep-2026) aide à combler l'écart, mais ne suffit pas seule. Le marché du rPET est tendu. La collecte française plafonne sous 60 % des bouteilles. Et tant que l'offre de rPET food-grade sera inférieure à la demande réglementaire, les prix resteront élevés. ## Verdict Carbios est une innovation de rupture authentique. Pas du greenwashing, pas du marketing. Le procédé fonctionne, le démonstrateur le prouve, les industriels sont intéressés. Le problème est banal et cruel : le financement. Une biotech française avec une techno validée qui peine à lever les fonds pour son usine pilote, pendant que la Chine signe des accords de licence. Si Longlaville ouvre en 2028, ce sera une victoire industrielle. Si ça prend encore deux ans de retard, la fenêtre d'opportunité se refermera et d'autres technologies (pyrolyse, recyclage chimique classique) prendront la place. Le temps ne joue pas en faveur de Carbios. ## Sources - [Carbios - Recyclage enzymatique](https://www.carbios.com/en/enzymatic-recycling/) - [L'Usine Nouvelle - Recyclage enzymatique du PET : Carbios proche de son heure de vérité](https://www.usinenouvelle.com/article/recyclage-enzymatique-du-pet-carbios-proche-de-son-heure-de-verite.N2240992) - [Actu-Environnement - Carbios reporte son projet d'usine](https://www.actu-environnement.com/ae/news/carbios-report-projet-usine-recyclage-chimique-pet-47309.php4) --- ## Recyclage chimique vs mécanique : quel avenir ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-chimique-vs-mecanique-plastique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-20T09:24:00 - Categories: recyclage En France, seuls **29 % des plastiques** se recyclent vraiment. Le reste part à l'incinération ou décharge. Face à ce constat, deux grandes familles de procédés se disputent l'avenir : le **mécanique**, dominant mais limité, et le **chimique**, prometteur mais cher. Faut-il choisir ? Non, pas forcément. ## Le recyclage mécanique : la base éprouvée Le recyclage mécanique broie, lave, fond et reforme les plastiques en granulés neufs. C'est le procédé le plus répandu : **99 % du volume recyclé** en Europe aujourd'hui. ### Ses atouts Le recyclage mécanique offre une **efficacité énergétique** : il consomme nettement moins d'énergie que le recyclage chimique. C'est une **filière mature** avec des infrastructures bien établies, notamment pour le PET des bouteilles et le PEHD des flacons. Le **coût** reste maîtrisé : le granulé recyclé mécanique demeure moins cher que le plastique vierge dans la plupart des cas. ### Ses limites Le plastique subit une **dégradation à chaque cycle** : il perd en qualité à chaque passage et le nombre de recyclages possibles s'en trouve limité. Le procédé est **inadapté aux mélanges** : les plastiques multicouches, colorés ou souillés ne passent pas la rampe de tri. La **récupération reste partielle** : seuls 60 à 80 % de la matière de base peut être valorisée. Plus grave, il n'y a **pas de retour au contact alimentaire** en général : sauf pour le PET, le recyclage mécanique ne produit pas de matériau apte au contact alimentaire. C'est un vrai goulot : on accumule des bouteilles qu'on peut recycler uniquement en emballage non-alimentaire, ce qui limite considérablement les débouchés. Pour approfondir les différentes filières existantes, consultez notre [panorama des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/). ## Le recyclage chimique : la promesse moléculaire Le recyclage chimique regroupe plusieurs technologies (pyrolyse, solvolyse, gazéification) qui visent à **casser les chaînes de polymères** pour remonter à des molécules simples, réutilisables comme matière première. ### Ce qu'il permet Le recyclage chimique traite les plastiques « impossibles » : films, multicouches, plastiques souillés ou mélangés, tout ce que le mécanique refuse. Contrairement au mécanique qui dégrade la matière, le chimique **remonte à la molécule** pour repartir de zéro. Le **plastique obtenu retrouve une qualité vierge** avec les mêmes propriétés que du plastique neuf, y compris pour le contact alimentaire. Tandis que le mécanique plafonne à 80 % de valorisation, le chimique peut valoriser la quasi-totalité du produit, sans dégradation de chaîne polymère. ### Ce qui freine Le **coût élevé** est le frein majeur : le plastique issu du recyclage chimique coûte deux à trois fois plus cher que du vierge, selon Polyvia. La **consommation énergétique** pose question : la pyrolyse opère entre 400 et 700 °C et l'empreinte carbone du procédé reste sujet à débat. Le **passage à l'échelle** s'avère difficile : Polyvia recense 20 unités en activité dans le monde dont 15 en Europe (février 2025), mais les nouveaux projets ralentissent depuis 2023. Enfin, l'**accès au gisement** reste un défi logistique sous-estimé : collecter et préparer la matière pour l'alimenter coûte cher. Notre article dédié au [recyclage chimique par pyrolyse](/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/) détaille le fonctionnement technique de ces procédés. ## Les chiffres qui comptent | Critère | Mécanique | Chimique | | ---------------------------- | ---------------------------- | -------------------------------- | | Part du volume recyclé | 99 % | Moins de 1 % | | Taux de valorisation matière | 60-80 % | Jusqu'à 90 % | | Coût vs plastique vierge | Comparable ou inférieur | 2 à 3 fois supérieur | | Contact alimentaire | Limité (PET surtout) | Oui (qualité vierge) | | Types de plastiques traités | Mono-matière, propres, triés | Mélanges, multicouches, souillés | | Maturité industrielle | Élevée | En développement | ## La France investit massivement En février 2025, la Commission européenne a autorisé la France à mobiliser **500 millions d'euros de subventions** pour la filière du recyclage chimique. Les investissements européens dans le secteur atteignent **2,6 milliards d'euros en 2025**, avec un objectif de 7,2 milliards en 2030. En parallèle, des acteurs français innovent. Carbios développe une [dépolymérisation enzymatique du PET](/recyclage-enzymatique-plastique-pet/) qui permet de recycler toutes les formes de PET, y compris les textiles en polyester, avec une réduction de 51 % des émissions de CO2 par rapport au PET vierge. ## Complémentarité, pas opposition Le vrai sujet n'est pas choisir entre mécanique et chimique. Les deux se complètent : - **Le mécanique** reste le choix n°1 pour les plastiques mono-matière bien triés (bouteilles PET, flacons PEHD). Moins cher, moins énergivore, industriellement mature. - **Le chimique** reprend la fraction que le mécanique refuse : mélanges, multicouches, plastiques dégradés. Même les [jouets en plastique](/recyclage-jouets-plastique-filieres-alternatives/) trouvent des filières alternatives grâce à cette complémentarité. Ensemble, ces deux procédés recyclent un volume **bien plus grand** et plus de variété. C'est la position de la plupart des experts du secteur. ## Ce qu'il faut retenir Le recyclage chimique n'est pas une solution miracle, ni un mirage. C'est un complément nécessaire au mécanique pour atteindre les objectifs EU, notamment **55 % de recyclage visés pour 2030**. Mais le développement exige trois choses : baisser les coûts, meilleur accès au gisement, cadre réglementaire clair. La priorité reste **réduire à la source** et bien trier. Le meilleur déchet, c'est celui qu'on ne produit pas. ## Sources - [Sia Partners - Recyclage chimique des plastiques : maturité industrielle](https://www.sia-partners.com/fr/publications/publications-de-nos-experts/recyclage-chimique-des-plastiques-le-debut-de-la-maturite) - [Polyvia - Recyclage chimique : où en sommes-nous ?](https://www.polyvia.fr/fr/recyclage-chimique-ou-en-sommes-nous-definition-tendance) - [Vert.eco - Tout comprendre au recyclage chimique](https://vert.eco/articles/tout-comprendre-au-recyclage-chimique-cette-solution-a-la-pollution-plastique-aux-airs-de-mirage-ecologique) --- ## Taux de recyclage en France 2024 : bilan et retards - URL: https://www.recy.net/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-20T08:15:00 - Categories: recyclage **46 % de [recyclage](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) non minéraux non dangereux en 2022, contre un objectif de 65 % pour 2025.** On est à 19 points d'écart. Et on progresse de 1 à 2 points par an. Les maths sont simples : au rythme actuel, la France n'atteindra pas les objectifs européens. Pas en 2025. Probablement pas en 2030. C'est un sujet qui m'agace parce qu'on connaît les raisons depuis dix ans. Manque de capacités de tri, débouchés faibles pour le plastique recyclé, investissements insuffisants. On le dit, on fait voter des lois, et deux ans après on sort les mêmes rapports avec les mêmes chiffres. Sauf que cette fois, il y a une facture : **plus de 1,2 milliard d'euros** payés à l'UE en 2021 au titre de la taxe plastique. Le prix du retard. ## Les chiffres globaux Tous déchets confondus (municipaux, industriels, BTP), le taux de recyclage matière et organique atteint **52 %** en 2024. En hausse par rapport aux 48 % de 2010. Mais pour les déchets municipaux spécifiquement, le taux stagne autour de **43 %** depuis plusieurs années. L'objectif européen de 55 % pour 2025 n'est pas atteint. ## Matériau par matériau : le grand écart | Matériau | Taux France 2024 | Objectif UE 2025 | Écart | | -------------------------- | ---------------- | ---------------- | ---------- | | Verre | 85 % | 70 % | En avance | | Papier-carton | 69 % | 75 % | Proche | | Métaux | 78 % | 70 % | En avance | | Plastique | 29 % | 50 % | -21 points | | Emballages ménagers (tous) | 71 % | 65 % | En avance | ### Le verre : 85 %, ça marche Le [recyclage du verre](/recyclage-verre-france-circuit-chiffres) est la preuve que ça fonctionne quand la filière est mature. 30 ans d'investissement, un matériau recyclable à l'infini, des consignes stables. Objectif européen dépassé depuis longtemps. ### Le plastique : 29 %, le point noir 29 % en France. Moyenne européenne : **40,7 %**. Allemagne et Pays-Bas : plus de 50 %. La France est en dessous de la moyenne. Pourquoi ? La diversité des résines (PET, PEHD, PP, PS, PVC, chacune nécessite un traitement spécifique). Les plastiques souples et multicouches restent très difficiles à recycler mécaniquement. L'extension des consignes de tri n'est effective sur tout le territoire que depuis 2023. Et le manque de centres de sur-tri capables de séparer finement les résines. Le [taux d'incorporation de plastique recyclé](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet) obligatoire (25 % dans les bouteilles PET depuis 2025) crée un débouché garanti. Mais si la collecte ne suit pas, le rPET restera tendu et cher. ### Le papier-carton : 69 %, presque À 6 points de l'objectif de 75 %. La France bénéficie d'une industrie papetière qui absorbe une bonne partie du gisement. Les exportations vers l'Asie ont longtemps perturbé le marché, mais la tendance est à la stabilisation. ## Le calendrier européen La directive-cadre sur les déchets fixe des paliers : 55 % de recyclage des déchets municipaux et 65 % des emballages en 2025 ; 60 % municipaux, 70 % emballages et **55 % plastiques** en 2030 ; 65 % municipaux et mise en décharge limitée à 10 % en 2035. Au rythme actuel, la France ne sera pas en phase. Citeo l'a reconnu publiquement. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) pose le cadre réglementaire mais l'exécution traîne. ## La taxe plastique : 1,2 milliard Depuis 2021, chaque État membre paie une contribution à l'UE proportionnelle à ses déchets d'emballages plastiques non recyclés. Pour la France : **plus de 1,2 milliard d'euros en 2021**. Coût direct du retard. Chaque point de recyclage plastique gagné, c'est des millions d'euros économisés sur cette taxe. Et pourtant, on traîne. J'ai cherché à comprendre pourquoi les investissements dans les centres de tri n'ont pas suivi. La réponse que j'obtiens des collectivités : incertitude sur les débouchés du recyclé, durée de retour sur investissement trop longue, et changements réglementaires fréquents qui rendent la planification difficile. Sur ce point, je comprends les hésitations. Mais ça ne change pas les faits : on paie plus d'un milliard par an pour un retard qu'on connaît. ## Les leviers ### Extension des consignes de tri Depuis 2023, **tous les emballages plastiques** vont dans le bac jaune partout en France. Progrès majeur pour la collecte. Mais les centres de tri doivent suivre en capacité. Ce n'est pas le cas partout. ### Nouvelles filières REP La loi AGEC a créé ou renforcé une dizaine de filières REP depuis 2023 : emballages professionnels, textiles sanitaires, articles de sport, matériaux de construction. Des gisements jusqu'ici mal collectés. La [prime REP pour le plastique recyclé](/prime-plastique-recycle-rep-2026) crée un mécanisme d'incitation économique direct. ### Recyclage chimique Pour les plastiques que le mécanique ne sait pas traiter, le recyclage chimique est une voie complémentaire. La France a obtenu **500 millions d'euros** de subventions européennes pour cette filière. Le [recyclage enzymatique de Carbios](/recyclage-enzymatique-plastique-pet) est l'exemple le plus avancé. ### La consigne Les pays européens avec consigne collectent **90 %+** des bouteilles. La France plafonne sous 60 %. Le retour de la consigne est le levier le plus puissant pour le PET. Mais on en est encore au stade du débat politique. ## Verdict La France recycle bien le verre, les métaux, les emballages ménagers. Sur ces filières, les objectifs européens sont atteints ou proches. Le plastique, c'est une autre histoire. 29 % contre 50 % visés. 21 points d'écart. 1,2 milliard de taxe. Et un rythme de progression trop lent. Les outils existent : extension du tri, nouvelles REP, recyclage chimique, consigne. Mais leur montée en puissance prend du temps. Et le temps, c'est précisément ce qui manque. L'objectif 2030 de 55 % de recyclage plastique, au rythme actuel, on n'y sera pas. Ce serait plus honnête de le dire plutôt que de repousser l'échéance tous les deux ans. Mais personne ne veut dire "on n'y arrivera pas dans les temps". Alors on fait des rapports et on paie la taxe. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique - Bilan environnemental 2024 : production et recyclage des déchets](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-production-et-le-recyclage-des-dechets-en-france-extrait-du-bilan-environnemental-2024) - [Citeo - Chiffres du recyclage des emballages en France](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - [Touteleurope.eu - Les chiffres du recyclage dans l'Union européenne](https://www.touteleurope.eu/environnement/emballages-les-chiffres-du-recyclage-en-europe/) --- ## Consigne des bouteilles en France 2025 : le débat - URL: https://www.recy.net/consigne-bouteilles-plastique-verre-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-20T07:34:00 - Categories: economie-circulaire L'Allemagne a résolu le problème de la consigne il y a 20 ans. La France en est encore à débattre. J'ai discuté avec un maire breton en janvier 2026. Son retour : l'expérimentation verre dans sa région fonctionne, mais les commerçants paniquent à l'idée d'une consigne plastique qui désorganiserait toute leur logistique. Voilà où on en est. Tout le monde reconnaît qu'il faut agir, personne n'accepte de bouger. ## Le retard français en chiffres L'objectif européen de collecte des bouteilles plastique : **77 % en 2025**, **90 % en 2029**. La France plafonne **en dessous de 60 %**. L'Allemagne atteint **98 %** grâce au Pfand, son système de consigne en place depuis 2003. Ce retard coûte cher. La France verse chaque année une taxe européenne sur les emballages plastiques non recyclés. Plus de **1,2 milliard d'euros en 2021**. Concrètement, on paie pour ne pas avoir agi. Le [bilan des taux de recyclage en France](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards/) détaille ces écarts. La consigne, c'est une bataille politique permanente. Les industriels redoutent le surcoût logistique. Les collectivités craignent de perdre les revenus du tri. Les écologistes veulent sauver le climat. Et au milieu, rien ne bouge. Chaque maire que j'ai rencontré veut bien une consigne… mais pas sur son circuit. Tant que personne ne tranche, on stagne. Voir aussi notre article sur [la consigne du verre fait son retour](/consigne-verre-retour-fonctionnement-france). ## Recyclage vs réemploi : deux systèmes différents Deux modèles coexistent sous le même mot : - **Consigne pour recyclage** : vous rapportez la bouteille, récupérez quelques centimes, l'emballage est broyé puis recyclé. Modèle allemand, scandinave, balte. - **Consigne pour réemploi** : la bouteille en verre est collectée, lavée, remplie à nouveau. Plusieurs dizaines de fois. C'est le modèle français des années 50-60, aujourd'hui relancé. Des systèmes de [consigne numérique par QR code](/consigne-numerique-qr-code-retour-consigne/) émergent pour simplifier le suivi. Les enjeux environnementaux ne sont pas les mêmes. Le réemploi évite de refabriquer un emballage à chaque cycle. Le recyclage augmente le taux de collecte et la qualité de la matière récupérée. Les deux ont leur place selon le type d'emballage et la logistique locale. ## L'expérimentation verre : quatre régions pionnières Depuis **mai 2025**, la consigne pour réemploi du verre est testée en Pays-de-la-Loire, Bretagne, Normandie et Hauts-de-France. 16 millions de Français concernés. Des bouteilles réemployables en grande surface, un maillage de centres de lavage régionaux, un système de retour en magasin. Les premiers retours : bon accueil des consommateurs, mais des défis logistiques importants. Standardisation des bouteilles, investissement en infrastructure de lavage, coordination entre producteurs et distributeurs. La filière verrière est détaillée dans notre article sur le [recyclage du verre en France](/recyclage-verre-france-circuit-chiffres/). ## La consigne plastique : le blocage Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Consigne CHR 2026 : arrêté simplifie formats et casiers](/consigne-verre-plastique-arrete-2026-expansion-departements). ### L'État pousse, les collectivités freinent Le gouvernement a relancé la concertation sur la consigne pour recyclage des bouteilles plastique. Environ **80 structures** réunies : industriels, distributeurs, ONG, associations d'élus. Six réunions nationales prévues, élargies aux canettes aluminium et aux briques de boissons. Mais les collectivités restent fermement opposées. Leur argument : la consigne **siphonnerait les bouteilles PET du bac jaune**, privant les centres de tri d'un flux rentable qui finance en partie la gestion des autres déchets. Pas idiot comme raisonnement. Mais est-ce une raison pour ne rien faire ? ### Les arguments de chaque camp **Pour la consigne :** - Taux de collecte spectaculaire (98 % en Allemagne) - Meilleure qualité de matière (moins de contamination) - Signal prix pour le consommateur - Conformité avec l'obligation européenne 2029 **Contre la consigne :** - Complexité ajoutée au geste de tri - Coût d'infrastructure (automates, logistique retour) - Déstabilisation financière des collectivités - L'extension des consignes de tri pourrait suffire si correctement déployée ### L'ADEME muette Fait notable et agaçant : l'ADEME, pourtant tenue par la loi AGEC de publier chaque année le taux de collecte des bouteilles plastique, **n'a pas publié ses données en 2024**. L'étude a été réalisée. Les conclusions existent. Mais elles n'ont jamais été rendues publiques. En clair : quelqu'un a décidé que ces chiffres n'arrangeaient personne. ## L'échéance européenne de 2029 Le règlement PPWR impose à chaque État membre un système de consigne pour les bouteilles plastique à usage unique **au plus tard le 1er janvier 2029**. Seule exemption possible : justifier d'un taux de collecte séparée **supérieur à 90 %** sans système de consigne. Au rythme actuel, la France en est très loin. Cette échéance change la donne. Il ne s'agit plus de savoir _si_ la consigne arrivera, mais _quand_ et sous quelle forme. La Lituanie, l'Estonie, la Finlande, le Danemark, la Suède ont tous dépassé 90 % en quelques années après mise en place. On sait que ça marche. ## Verdict La France avance prudemment avec une expérimentation verre prometteuse et un débat plastique paralysé. Le cadre européen ne laisse plus de marge. Soit on impose une consigne, soit on atteint 90 % de collecte naturelle. Spoiler : le scénario des 90 % sans consigne, c'est de la science-fiction au vu de nos chiffres actuels. Le modèle se dessinera d'ici 2029. Mais chaque année perdue, c'est un milliard de plus versé à Bruxelles. Je ne suis pas sûr qu'on puisse se permettre ce luxe encore longtemps. ## Sources - [Banque des Territoires - Consigne pour le recyclage des bouteilles : le débat est rouvert](https://www.banquedesterritoires.fr/consigne-pour-le-recyclage-des-bouteilles-en-plastique-le-debat-est-rouvert) - [Euractiv - La France veut rattraper son retard sur la consigne](https://www.euractiv.fr/section/economie-circulaire/news/la-france-veut-rattraper-son-retard-sur-la-consigne-du-verre-et-du-plastique/) - [Maire-Info - Consigne du verre : quatre régions expérimentent en 2025](https://www.maire-info.com/d%C3%A9chets/consigne-du-verre-quatre-regions-vont-experimenter-le-dispositif-en-2025-article-28782) --- ## REP batteries VE : filière entrée en vigueur 2025 - URL: https://www.recy.net/rep-batteries-vehicules-electriques-2025/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-19T09:48:00 - Categories: recyclage La filière de [responsabilité élargie](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026) du producteur (REP) dédiée aux batteries a connu un tournant majeur le 18 août 2025. Portée par le règlement européen 2023/1542 et transposée en droit français, cette nouvelle REP étend considérablement le périmètre des obligations. J'ai vu les VE exploser en volume, et la filière [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) restait presque dormante : ce règlement force enfin la structuration. Notamment pour les batteries de véhicules électriques. ## Un cadre réglementaire européen et français Le règlement (UE) 2023/1542, adopté le 12 juillet 2023, est le socle de cette transformation. Contrairement à l'ancienne directive 2006/66/CE, ce règlement est directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale. Il élargit la filière REP bien au-delà des seules batteries portables, en intégrant les batteries de moyens de transport légers (MTL), les batteries industrielles et, surtout, les batteries de véhicules électriques. En France, le décret n° 2024-1221 du 27 décembre 2024 a codifié ces obligations aux articles R. 543-124 et R. 543-129 du Code de l'environnement. L'arrêté du 27 mars 2025 a ensuite fixé les cahiers des charges détaillés pour les éco-organismes, les systèmes individuels et les organismes coordonnateurs de cette filière. Depuis le 18 août 2025, tout producteur qui met sur le marché français des batteries relevant de ces nouvelles catégories doit soit transférer son obligation à un éco-organisme agréé, soit déposer une demande d'agrément pour un système individuel au moins trois mois avant la première mise à disposition. ## Trois éco-organismes agréés et un système individuel Trois éco-organismes ont obtenu leur agrément par arrêtés du 11 août 2025, pour une durée courant jusqu'au 31 décembre 2030 : - Ecosystem : agréé pour l'ensemble des catégories de batteries (portables, MTL, SLI, industrielles et véhicules électriques). - Batribox : également agréé pour toutes les catégories de batteries. - Recycler mon véhicule : agréé spécifiquement pour la catégorie 5 (batteries de véhicules électriques), telle que définie au I de l'article R. 543-125 du Code de l'environnement. En complément, un système individuel a été autorisé : **Renault SAS** a obtenu son agrément par arrêté du 13 novembre 2025, valable jusqu'au 31 décembre 2027, pour la gestion de ses propres batteries de véhicules électriques. Ce dispositif permet au constructeur de gérer directement la fin de vie de ses batteries, sans passer par un éco-organisme tiers. ## Obligations concrètes pour les producteurs Les producteurs de batteries de véhicules électriques font face à plusieurs obligations majeures : **Collecte et reprise sans frais.** Conformément au règlement européen, les producteurs ou leurs éco-organismes doivent assurer la collecte séparée et la reprise gratuite des batteries usagées, quel que soit le type (portables, MTL, SLI, industrielles ou VE). **Proximité de traitement.** Les contrats entre éco-organismes et opérateurs de gestion des déchets doivent garantir que le traitement s'effectue dans un rayon de 1 500 kilomètres du lieu de collecte, sauf pour les territoires d'outre-mer. **Éco-contribution.** Les producteurs versent une éco-contribution à leur éco-organisme, calculée en fonction du poids, de la chimie et de la recyclabilité des batteries mises sur le marché. **Déclaration et traçabilité.** Chaque producteur doit déclarer les quantités de batteries mises sur le marché national, par catégorie et par chimie. ## Le recyclage : objectifs chiffrés et enjeux de la black mass Le [règlement UE batteries](/reglement-ue-batteries-recyclage-lithium-ion/) fixe des seuils de rendement de recyclage progressifs et ambitieux. À compter du 31 décembre 2027, les recycleurs devront atteindre un taux de récupération de 50 % pour le lithium et de 90 % pour le cobalt, le cuivre, le plomb et le nickel. Ces seuils grimperont respectivement à 80 % et 95 % d'ici 2031. La **black mass**, ce résidu noir issu du broyage des batteries lithium-ion usagées, concentre les métaux critiques (lithium, cobalt, nickel, manganèse). Son traitement est un enjeu industriel et stratégique de premier plan pour réduire la dépendance européenne aux matières premières importées. La France se positionne déjà dans cette course avec plusieurs sites industriels dédiés, notamment à Dunkerque et Viviez. La capacité de recyclage européenne devrait atteindre environ 100 000 tonnes par an d'ici 2027, soit un volume trois fois supérieur aux besoins estimés sur la période 2025-2030. À partir du 18 août 2031, certaines batteries devront en outre intégrer un pourcentage minimum de matériaux recyclés dans leur composition, renforçant la logique d'économie circulaire. ## Le passeport numérique de batterie : une révolution de la traçabilité L'une des innovations majeures du règlement 2023/1542 est l'institution du passeport numérique de batterie, obligatoire à compter du **18 février 2027** pour chaque batterie MTL, industrielle de plus de 2 kWh et de véhicule électrique mise sur le marché. Accessible via un code QR apposé sur la batterie, ce document électronique contiendra des informations détaillées : composition chimique et matérielle, empreinte carbone, provenance des matières premières (devoir de diligence), contenu recyclé, état de santé de la batterie et historique d'utilisation. Ce passeport accompagnera la batterie tout au long de son cycle de vie, depuis la production jusqu'au recyclage. Il cessera d'exister une fois la batterie recyclée. Pour les opérateurs de seconde vie et les recycleurs, cette traçabilité numérique est un progrès décisif. Dans les mois à venir, on va découvrir si les constructeurs remplissent sérieusement ces passeports ou si c'est du chiffrage cosmétique. Elle permettra d'évaluer le potentiel résiduel d'une batterie avant de décider de sa réutilisation ou de son démantèlement. ## Calendrier des prochaines échéances La mise en place de cette filière REP suit un calendrier progressif : - 18 août 2025 : entrée en vigueur de la REP batteries élargie en France. - 18 février 2027 : passeport numérique obligatoire pour les batteries VE, MTL et industrielles. - 31 décembre 2027 : premiers objectifs de rendement de recyclage (50 % lithium, 90 % cobalt/cuivre/plomb/nickel). - 18 août 2031 : contenu recyclé minimum obligatoire dans certaines batteries neuves. - 31 décembre 2030 : fin de l'agrément des trois éco-organismes actuels (renouvellement à prévoir). - 31 décembre 2031 : objectifs de recyclage renforcés (80 % lithium, 95 % cobalt/cuivre/plomb/nickel). ## Ce que cela change pour les acteurs de la filière Pour les **constructeurs automobiles**, l'obligation est claire : chaque batterie de véhicule électrique vendue en France doit être couverte par un éco-organisme agréé ou un système individuel. La tendance est à l'internalisation, comme le montre l'exemple de Renault. Pour les **recycleurs**, les objectifs de rendement imposent des investissements dans les procédés hydrométallurgiques et pyrométallurgiques, avec un accent croissant sur la récupération du lithium, historiquement moins valorisé que le cobalt ou le nickel. Pour les **collectivités territoriales**, la REP batteries allège la charge de gestion des déchets dangereux en transférant la responsabilité financière et opérationnelle aux producteurs. ## Sources - [Arrêté du 27 mars 2025 portant cahiers des charges de la filière REP batteries](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051454603) - Légifrance - [Batteries : politique publique et réglementation](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/batteries) - Ministère de la Transition écologique - [Arrêté du 11 août 2025 portant agrément d'Ecosystem](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052097345) - Légifrance - [Arrêté du 11 août 2025 portant agrément de Recycler mon véhicule](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052097329) - Légifrance - [Batteries : ce que change le règlement européen](https://pro.ecosystem.eco/service/reglementation/rep-batteries-ce-que-change) - Ecosystem --- ## Compostage obligatoire : guide pour particuliers - URL: https://www.recy.net/compostage-obligatoire-guide-pratique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-19T08:04:00 - Categories: valorisation Arrêtons de tourner autour du pot. Depuis le 1er janvier 2024, la France impose le tri des biodéchets. Deux ans plus tard, la majorité des Français ne sait toujours pas ce que ça veut dire. J'ai posé la question à une dizaine de mairies en Auvergne-Rhône-Alpes l'an dernier. Résultat : confusion totale. Certains élus pensent que c'est aux habitants de se débrouiller. D'autres ont mis des bacs sans jamais expliquer comment s'en servir. Le terrain, c'est ça. ## L'obligation, c'est pour qui exactement ? La réalité du terrain : **vous n'êtes pas obligé de composter**. Point. L'obligation de la [loi AGEC](https://www.info.gouv.fr/actualite/biodechets-le-tri-devient-obligatoire) pèse sur les collectivités. C'est votre commune qui doit vous proposer une solution pour trier vos déchets organiques. Pas vous qui devez acheter un composteur de votre poche. En clair : si votre mairie ne vous a rien proposé, c'est elle qui est en tort. Pas vous. Mais ne vous réjouissez pas trop vite. À terme, les communes qui traînent répercuteront les surcoûts sur votre taxe déchets. Le cadre réglementaire se durcit chaque année et les collectivités qui n'ont pas bougé vont payer cher leur inertie. ### Les biodéchets, c'est quoi concrètement ? Deux catégories. Les déchets alimentaires : épluchures, restes de repas, marc de café, coquilles d'oeufs, pain rassis. Et les [déchets verts](/dechets-verts-jardinage-valorisation-france-guide) : tontes, feuilles mortes, tailles de haies. Selon le [Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets), ça est un tiers du poids de votre poubelle. Environ 100 kg par personne et par an. 100 kg qu'on incinère ou qu'on enfouit alors qu'ils pourraient nourrir les sols. Absurde. ## Deux ans après : le constat est sévère Soyons honnêtes, c'est un échec partiel. Selon l'ADEME, seuls 40 % des Français avaient accès à une solution de tri un an après l'obligation. On était censé être à 100 %. L'écart est considérable. ### Les chiffres 40 % des Français avaient accès à une solution en janvier 2025 (promesse : 100 %). Environ **700 000 tonnes** ont été triées à la source en 2024. Et les disparités territoriales restent massives : l'Île-de-France avance, les zones rurales patinent. ### Pourquoi ça coince Trois raisons. D'abord, beaucoup d'élus ont repoussé la mise en place. Argument : trop cher. Une collecte séparée demande des bacs, des camions dédiés, des sites de traitement. Budget conséquent pour des petites communes. Ensuite, la confusion citoyenne. Les gens ne savent pas que leurs épluchures de carottes sont concernées. Ils pensent que le tri classique suffit. Enfin, la communication catastrophique. Le message officiel oscille entre "c'est obligatoire", "c'est facultatif" et "ça dépend de votre commune". J'ai vu des tracts municipaux qui se contredisaient d'une page à l'autre. Pas étonnant que personne n'y comprenne rien. Le vrai sujet, c'est l'inégalité. Certaines communes ont investi, formé du personnel, monté des filières. D'autres ont dit "on verra". Et deux ans plus tard, elles en sont toujours à "on verra". ## Les solutions : ce que votre commune devrait proposer ### Le composteur individuel Pour les maisons avec jardin. Distribution gratuite ou subventionnée par la commune. Vous compostez sur place, le résultat va directement au jardin. Zéro transport, autonomie totale, réduction immédiate du volume de votre poubelle. Le revers : il faut de la place (minimum 1 m²) et un apprentissage de l'équilibre carbone/azote. Un composteur mal géré, ça pue. Et ça pue vite. J'ai testé. Mon premier composteur en 2019, c'était un désastre. Trop humide, pas assez de matière sèche, invasion de moucherons en trois semaines. Il m'a fallu deux mois pour comprendre que je nourrissais un marécage, pas un compost. Renseignez-vous auprès de votre mairie pour les conditions d'obtention. ### Le composteur collectif En zones urbaines denses, les collectivités installent des [composteurs partagés](/compostage-collectif-demarrer-guide) en pied d'immeuble. Plusieurs foyers, un seul équipement. Accessible sans jardin. Ça crée du lien social et le compost se partage. Le problème : la gouvernance. Qui remue le compost ? Qui ajoute les matières sèches ? Le modèle repose entièrement sur l'implication collective. Quand deux ou trois résidents ne respectent pas les consignes, c'est tout le système qui déraille. J'ai vu des composteurs collectifs abandonnés en six mois. Toujours le même scénario. ### La collecte séparée et les points d'apport Bornes dédiées ou bac spécifique en porte-à-porte. Solution la plus simple : zéro effort de gestion, traçabilité garantie. Les biodéchets partent en filière professionnelle. Le revers : coût répercuté sur vos taxes locales. Et le compost ne vous revient pas. En été, la collecte hebdomadaire expose aux odeurs si ça commence à fermenter. Consultez votre guide du tri local ou le site de votre intercommunalité pour connaître les options. ## Comment bien composter chez soi Si vous optez pour le composteur individuel, voici ce qu'il faut savoir. En clair : un composteur, c'est un écosystème. Pas une poubelle. Les gens le remplissent sans méthode, s'étonnent que ça sente mauvais, puis l'abandonnent au fond du jardin. Plus vous comprenez que vous nourrissez des micro-organismes et des vers, moins vous voyez ça comme une corvée. ### Le choix du bac Les composteurs fermés (200-500 L) sont idéaux en milieu urbain. Ils freinent les insectes et s'intègrent dans un petit espace. Si vous voulez récupérer le compost fini sans tout vider, prenez un modèle avec porte latérale. Gros volumes sans contrainte d'espace : le tas ouvert revient moins cher. En appartement, seule option viable : le lombricomposteur. Compact, sans odeur, il fonctionne avec des vers de terre. Budget : 50 à 400 EUR. Vérifiez les subventions municipales avant d'acheter. ### L'équilibre carbone/azote : la clé de tout C'est ce qui sépare un composteur fonctionnel d'une poubelle malodorante. **Apports verts (azote)** : épluchures, restes de fruits et légumes, filtres à café, tontes fraîches. **Apports bruns (carbone)** : feuilles mortes, broyat, sciure non traitée, carton, papier journal. **Ratio idéal** : 1 part de vert pour 2-3 parts de brun. En pratique, une poignée de biodéchets, deux poignées de feuilles mortes par-dessus. C'est tout. **Ne compostez jamais** : viandes, poissons (nuisibles garantis), produits laitiers, huiles, graisses, excréments d'animaux, cendres de charbon, plantes malades. ### L'entretien Retournez le compost toutes les deux à trois semaines avec une fourche. L'humidité doit ressembler à une éponge essorée. Trop sec, la décomposition s'arrête. Trop humide, ça pue. Ajoutez des matières sèches si nécessaire. Les vers sont vos alliés. Pas vos ennemis. ### La récolte Après 4 à 6 mois : compost noir, friable, odeur de terre. Tamisez si vous voulez retirer les morceaux de bois pas décomposés. Ensuite : Épandez-le au pied des plantes du jardin, mélangez-le à la terre pour les pots de balcon, ou donnez-le aux voisins, à une école ou à des jardins partagés. ## Les pièges classiques **Verser des restes sans couvrir de matière sèche.** Odeurs et moucherons en une semaine. Garanti. **Composter quand tout est trempé après la pluie.** Vous noyez votre compost. Attendez. **Acheter un composteur surdimensionné.** Un petit bac bien entretenu vaut dix fois mieux qu'un gros bac statique qu'on oublie. **Relancer trop souvent.** Attendez que le bac soit raisonnablement rempli avant d'entamer un nouveau cycle. ## Les bénéfices réels ### Pour l'environnement Moins de méthane (les biodéchets enfouis sans oxygène en produisent massivement, un GES 25 fois plus réchauffant que le CO2), moins d'engrais chimiques (le compost les remplace au jardin), moins d'incinération (les biodéchets à 80 % d'eau brûlent mal et gaspillent de l'énergie). ### Pour votre quotidien Votre poubelle se vide de **30 % de déchets résiduels**. Certaines collectivités pratiquent la tarification incitative, vous pouvez économiser concrètement. Et vous obtenez **un amendement gratuit et naturel** pour votre jardin. ## Le lien avec la loi AGEC Le tri des biodéchets s'inscrit dans un ensemble plus large de mesures vers l'[économie circulaire](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/). La loi AGEC a aussi introduit l'interdiction de destruction des invendus, l'extension des consignes de tri, l'indice de réparabilité. Le [guide du tri sélectif 2026](/extension-consignes-tri-simplification-2026/) détaille les consignes mises à jour. Les filières de valorisation avancent, mais lentement. ## Questions fréquentes **Risque d'amende si je ne composte pas ?** Non. L'obligation vise les collectivités. Mais attention : si une solution de tri vous est proposée et que vous ne l'utilisez pas, votre redevance déchets risque d'augmenter à terme. **Mon composteur attire les nuisibles ?** Pas si vous évitez viandes, poissons et produits laitiers. Couvercle fermé, fond grillagé. C'est réglé. **En appartement sans jardin ?** Demandez à votre syndic l'installation d'un composteur collectif. Sinon, utilisez les points de collecte ou la collecte en porte-à-porte. Beaucoup de communes accompagnent ces projets. **Le lombricomposteur, ça vaut le coup ?** Oui. Compact, sans odeur, il produit un compost de qualité et un engrais liquide. C'est la seule vraie solution pour les appartements. ## Par où commencer 1. Contactez votre mairie ou intercommunalité 2. Choisissez la solution adaptée à votre logement 3. Équipez-vous : bio-seau pour la cuisine, composteur ou dispositif collectif Informez-vous via les guides de votre collectivité, puis commencez par les déchets simples (épluchures). Le compostage n'est pas une contrainte. C'est un geste qui réduit votre impact, crée de la valeur et coûte presque rien une fois lancé. Je reste peut-être trop optimiste sur la vitesse d'adoption, mais ce que je vois sur le terrain est encourageant. Les gens qui s'y mettent ne reviennent pas en arrière. ## Sources - [info.gouv.fr - Biodéchets : le tri devient obligatoire](https://www.info.gouv.fr/actualite/biodechets-le-tri-devient-obligatoire) - [Service-Public.fr - Tri à la source des biodéchets](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A16963) - [Ministère de la Transition écologique - Biodéchets](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets) - [ANIL - Compost obligatoire : qu'est-ce qui change ?](https://www.anil.org/parole-expert-logement-compost-obligatoire/) - ADEME, Gestion des biodéchets et compostage, bilan 2024 - [Zero Waste France - Étude adoption compostage 2024](https://zerowastefrance.org) --- ## Tri des biodéchets : bilan un an après l'obligation - URL: https://www.recy.net/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-19T07:01:00 - Categories: tri > **Correction du 30 juillet 2026** : le chiffre de 38 % de Français ignorant les solutions de tri disponibles n'a pas pu être retrouvé dans la source ADEME citée, il a été remplacé par le chiffre vérifié le plus proche. **Un tiers de [votre poubelle](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune) grise finit incinéré ou enfoui alors qu'il pourrait nourrir les sols.** Depuis le 1er janvier 2024, la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) impose à toutes les collectivités françaises de proposer une solution de tri à la source des biodéchets. Épluchures, restes de repas, marc de café, coquilles d'œufs : ces déchets organiques représentent 38 % du contenu de nos ordures ménagères résiduelles. Un an plus tard, le constat qui revient chez de nombreuses collectivités est celui d'un déploiement logistique sous-estimé : recruter les agents, les former, coordonner les bacs, gérer les premiers bacs pleins de matière mal triée. Le constat est sans appel : le déploiement accuse un retard considérable. ## Ce que prévoit la loi AGEC sur les biodéchets La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, promulguée le 10 février 2020, transpose en droit français la directive européenne 2018/851. Son article 12 impose la généralisation du tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs de déchets, particuliers comme professionnels, au plus tard le 31 décembre 2023. En pratique, chaque collectivité territoriale doit proposer au moins une des solutions suivantes à ses administrés : - Compostage individuel : composteur de jardin ou lombricomposteur en appartement - Compostage partagé : bacs collectifs en pied d'immeuble, dans un jardin partagé ou sur un espace public - Collecte séparée : bac dédié (souvent marron) ramassé par le service de collecte municipal - Combinaisons locales : certaines collectivités déploient plusieurs options en simultané Les deux approches, gestion de proximité et collecte séparée, sont complémentaires et doivent être adaptées au contexte local. Cette obligation ne date pas d'hier : elle avait été annoncée dès 2015 par la loi de transition énergétique, laissant près de dix ans aux collectivités pour se préparer. ## Les chiffres du bilan : un déploiement à mi-chemin Les données publiées par l'ADEME en 2025 dressent un portrait en demi-teinte. En janvier 2024, date d'entrée en vigueur de l'obligation, 22,9 millions de Français, soit un tiers de la population, disposaient déjà d'une solution de tri. Six mois plus tard, ce chiffre atteignait 40 %. En juillet 2025, la couverture a progressé à 51,6 %, soit 35,1 millions d'habitants. ### Où en sont les ménages ? Selon l'ADEME, 37 % des Français compostent aujourd'hui leurs biodéchets alimentaires. Parmi eux, les deux tiers se sont équipés par eux-mêmes, sans attendre leur collectivité. 12 % des ménages participent à une collecte séparée dédiée. Ces chiffres masquent de fortes disparités territoriales. Les communes rurales, où le compostage individuel est plus facile à mettre en place, affichent des taux de couverture plus élevés. Les grandes agglomérations, confrontées à des contraintes logistiques et financières plus lourdes, accusent davantage de retard. ### Le coût pour les collectivités Le coût médian de la gestion des biodéchets est estimé à 21 euros par habitant et par an. Ce montant couvre l'achat ou la distribution de bacs, la collecte, le transport vers les centres de traitement et la communication auprès des habitants. Pour les collectivités déjà en difficulté budgétaire, cet investissement reste un frein majeur. ## Pourquoi le déploiement prend-il autant de retard ? Plusieurs facteurs expliquent que la moitié de la population reste sans solution un an après l'échéance légale. ### Des collectivités qui n'ont pas anticipé De nombreuses intercommunalités ont sous-estimé le temps nécessaire à la restructuration de leur service déchets. Agrandir les équipes, recruter des agents de collecte, lancer des marchés publics, réaliser des études de terrain : autant d'étapes qui prennent des mois, voire des années. Comme le résumait Anna Nieto, chargée de mission à la métropole de Bordeaux : "Il a fallu agrandir les équipes, recruter, lancer des marchés, faire des études de terrain, ce qui prend du temps." ### Un manque criant de communication Côté citoyens, le principal obstacle est l'information. Selon l'ADEME, 44 % des Français déclarent ne pas trier leurs déchets alimentaires. Les erreurs de tri restent fréquentes, faute de consignes claires et visibles. Le Réseau Compost Citoyen réclame une grande campagne nationale de communication, comparable à celle qui avait accompagné la généralisation du tri sélectif dans les années 2000. ### Des infrastructures de traitement insuffisantes Trier les biodéchets n'a de sens que si des filières de valorisation existent en aval. Or le parc français de stations de compostage et de méthaniseurs reste insuffisant pour absorber les volumes collectés à grande échelle. Certaines collectivités qui ont lancé une collecte séparée se sont retrouvées à envoyer temporairement leurs biodéchets en incinération, faute de débouché, un comble réglementaire. ## Ce que deviennent les biodéchets triés Une fois collectés et acheminés vers un centre de traitement, les biodéchets sont valorisés de deux manières principales. C'est là où la chaîne devient concrète : une épluchure qu'on trie consciencieusement ne vaut quelque chose que si quelqu'un, quelque part, peut la transformer. Et aujourd'hui encore, des tonnes de biodéchets triés finissent incinérés parce que les filières n'ont pas la capacité. Trier c'est facile. Valoriser ce qu'on a trié, c'est autrement plus compliqué. C'est peut-être pour ça que beaucoup de gens hésitent encore : ils sentent qu'il y a une part de cosmétique. ### Le compostage La matière organique est dégradée par des micro-organismes en conditions aérobies (en présence d'oxygène). Après trois à six mois de maturation, le compost obtenu est un amendement organique riche en nutriments, utilisable en agriculture, en espaces verts ou en jardinage. Le compostage de proximité, individuel ou partagé, court-circuite la collecte et réduit les émissions liées au transport. Pour ceux qui vivent en appartement, un lombricomposteur reste une alternative compacte et efficace. ### La méthanisation Les biodéchets sont dégradés en conditions anaérobies (sans oxygène) dans un digesteur. Le processus produit du **biogaz**, principalement du méthane, valorisable en énergie (chaleur, électricité ou injection dans le réseau de gaz). Le résidu solide, appelé digestat, est utilisé comme fertilisant agricole. La méthanisation offre un double bénéfice : production d'énergie renouvelable et retour au sol de la matière organique. ## Les enjeux environnementaux en jeu Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Réemploi alimentaire : le bilan qui refroidit](/reemploi-emballages-alimentaires-experimentation-ouest-bilan). Le tri des biodéchets n'est pas une lubie administrative. Les bénéfices environnementaux sont tangibles et mesurables. ### Réduire l'enfouissement et l'incinération Les biodéchets représentent 38 % du contenu de la poubelle grise. Leur détournement réduit mécaniquement les volumes envoyés en décharge ou en incinérateur. Moins d'enfouissement signifie moins de lixiviats (jus de décharge) polluant les nappes phréatiques et moins de méthane émis par la décomposition non contrôlée, le méthane ayant un pouvoir de réchauffement 80 fois supérieur au CO2 sur vingt ans. ### Produire des engrais locaux Le compost et le digestat issus du traitement des biodéchets est une alternative crédible aux engrais chimiques. Dans un contexte de hausse des prix des intrants agricoles et de dépendance aux importations, la production locale de matière organique est un levier de souveraineté alimentaire. ### Alimenter le réseau en biogaz La France compte environ 1 500 méthaniseurs en fonctionnement. Le gisement de biodéchets ménagers, estimé à 18 millions de tonnes par an, pourrait significativement alimenter la filière biogaz et contribuer aux objectifs de la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) en matière d'économie circulaire. ## Les objectifs pour 2026 et au-delà Le Réseau Compost Citoyen a proposé une feuille de route chiffrée pour les prochaines années : La feuille de route cible 39 kg de biodéchets détournés par habitant et par an d'ici 2026, 29 kg en 2030, et descend à 12,9 kg restant en ordures ménagères en 2035. Ces objectifs ambitieux supposent une accélération drastique du déploiement. L'AMORCE (Association nationale des collectivités pour la gestion des déchets) plaide pour une règle de justification simple et non discriminante, permettant aux collectivités de rendre compte de leurs efforts sans bureaucratie excessive. Le dispositif de sanctions reste flou. Si l'obligation existe dans les textes, aucune pénalité financière n'est prévue pour les collectivités en retard. Ce vide juridique explique en partie le manque d'urgence ressenti sur le terrain. ## Que faire en tant que citoyen ? Sans attendre votre collectivité, plusieurs gestes permettent de réduire immédiatement vos biodéchets en poubelle grise : - Composteur de jardin : la solution la plus simple si vous disposez d'un espace extérieur. Un bac de 300 litres suffit pour un foyer de quatre personnes - Lombricomposteur : adapté aux appartements, sans odeur si correctement géré - Compostage partagé : renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre syndic de copropriété. De nombreuses initiatives existent, portées par des associations locales - Bokashi : technique de fermentation anaérobie en seau, rapide et compacte, qui permet de traiter y compris viandes et agrumes - Réduction à la source : le meilleur biodéchet reste celui qu'on ne produit pas. Planifier ses repas, cuisiner les restes et acheter au plus juste réduit le gaspillage alimentaire de 30 % en moyenne ## Un rendez-vous manqué, mais pas perdu Le bilan du tri des biodéchets un an après l'obligation est décevant : à peine la moitié de la population couverte, des collectivités en retard, une communication défaillante et des filières de traitement encore insuffisantes. Mais le mouvement existe. Les 37 % de Français qui compostent déjà montrent qu'une dynamique citoyenne bouge, souvent en avance sur les institutions. La question n'est plus si ça se généralisera, mais à quelle vitesse et avec quels moyens. ## Sources - [Tri à la source des biodéchets : un an après, quel bilan ? - ADEME Infos](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2025/un-an-apres-sa-mise-en-place-quel-bilan-peut-on-tirer-du-tri-a-la-source-des-biodechets/), Enquête nationale sur la couverture du tri des biodéchets - [Tri à la source des biodéchets : une obligation, de nombreuses solutions - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets), Cadre réglementaire et solutions pour les collectivités - [Municipales 2026 : les communes, maillon essentiel du tri à la source - Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-les-communes-maillon-essentiel-du-tri-a-la-source-des-biodechets/), Analyse du rôle des collectivités et perspectives --- ## Économie circulaire : principes et mise en oeuvre - URL: https://www.recy.net/economie-circulaire-principes-exemples-guide/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-17T08:16:00 - Categories: economie-circulaire On parle d'économie circulaire comme si c'était une idée neuve. C'est faux. C'est le modèle linéaire "extraire-fabriquer-jeter" qui est récent. Deux siècles, pas plus. Ce qui est nouveau, c'est qu'on se rend compte que ça ne tient plus. En France, l'économie circulaire pèse **100 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an** et génère **800 000 emplois**, avec une croissance annuelle de 6 % depuis 2020. Ces ateliers Emmaüs, ces usines de reconditionnement, ces centres de tri sont bien réels. C'est concret. Ça crée de l'emploi local. Et surtout, ça gagne de l'argent. Le vrai sujet n'est pas la morale, c'est la viabilité économique. ## Les 7 piliers selon l'ADEME L'ADEME structure l'économie circulaire en **sept piliers, trois domaines**. Offre, demande, gestion des déchets. ### L'offre des acteurs économiques **Approvisionnement durable.** Privilégier les ressources renouvelables, locales, issues des [filières de recyclage](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/). Une entreprise textile qui choisit du coton bio local plutôt que du polyester vierge importé. C'est un choix, pas un sacrifice. **Écoconception.** Intégrer l'environnement dès la phase de conception. Selon l'[ADEME](https://www.ademe.fr/), 80 % de l'impact environnemental d'un produit se décide au moment du design. Réduire les matières premières, choisir des matériaux recyclables, faciliter la réparation. C'est là que tout se joue. **Écologie industrielle et territoriale (EIT).** Les déchets des uns deviennent les ressources des autres. Le cas d'[ECOPAL à Dunkerque](https://www.ecopal.org/) : plus de 100 entreprises mutualisent leurs flux depuis 2001. La gigafactory Verkor, inaugurée fin 2025 à Bourbourg, exploite ces synergies existantes. **Économie de la fonctionnalité.** Vendre l'usage plutôt que la possession. Au lieu de vendre une voiture, vendre un service de mobilité. Ce modèle force les producteurs à concevoir durable puisqu'ils restent propriétaires du bien. ### La demande des consommateurs **Consommation responsable.** Trois Français sur quatre achètent de l'occasion. Marché de la seconde main : **7 milliards d'euros en 2024**, +12 % sur un an. **Allongement de la durée d'usage.** Réparation, réutilisation, don. Les [repair cafés](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) se multiplient partout. iFixit a noué un partenariat avec Back Market en avril 2025 pour faciliter l'accès aux pièces détachées. C'est le genre d'alliance qui change la donne. ### La gestion des déchets **Le recyclage.** Transformation des déchets en nouvelles matières premières. Taux de recyclage des emballages ménagers : 67 % en 2023. Au-dessus de la moyenne européenne. Mais le plastique d'emballage plafonne à 27 %, loin de l'objectif de 55 % pour 2030. Le verre et les métaux compensent les chiffres globaux. Le plastique plombe tout. ## Les trois principes de la Fondation Ellen MacArthur La [Fondation Ellen MacArthur](https://ellenmacarthurfoundation.org/) schématise le concept avec son "Butterfly Diagram". Deux cycles complémentaires. Le **cycle technique** : matériaux non biodégradables (métaux, plastiques, électronique). Boucle fermée via maintenance, réutilisation, reconditionnement, recyclage. Un smartphone reconditionné par Back Market évite l'extraction de nouvelles ressources. Le **cycle biologique** : matériaux biodégradables (nourriture, textiles naturels, papier). Retour à la nature via compostage ou méthanisation. **Les trois principes :** 1. **Éliminer déchets et pollution dès la conception.** Pas de plastiques inutiles, pas de substances toxiques, produits démontables et réparables. 2. **Faire circuler à valeur maximale.** D'abord comme produits (réparation, revente), puis comme composants (reconditionnement), enfin comme matériaux (recyclage). 3. **Régénérer la nature.** Passer de systèmes extractifs à des systèmes qui enrichissent les sols et restaurent la biodiversité. ## Exemples concrets en France ### Back Market : le reconditionnement qui marche [Back Market](https://www.backmarket.fr/), créée en 2014, première licorne française de l'économie circulaire. Valorisation : **5 milliards d'euros**. Plus de **30 millions d'appareils reconditionnés** (smartphones, ordinateurs, électroménager). **1,6 million de tonnes de CO2 évitées**. Le modèle : 1 700 reconditionneurs certifiés qui testent, réparent et garantissent les produits minimum 12 mois. Partenariat iFixit depuis avril 2025 pour les pièces détachées et guides de réparation. ### Vinted : la seconde main à grande échelle [Vinted](https://www.vinted.fr/), leader européen de la vente de vêtements d'occasion. **813 millions d'euros de CA en 2024** (+36 %), **77 millions de bénéfice** (x4 en un an). Valorisation : **5 milliards d'euros**. Le modèle peer-to-peer prolonge la durée de vie des vêtements et détourne des tonnes de textiles des décharges. Ça complète les filières professionnelles de recyclage textile. ### ECOPAL à Dunkerque : l'écologie industrielle Plus de **100 entreprises** mutualisent leurs flux. Les résidus d'ArcelorMittal alimentent la cimenterie. La vapeur de l'usine de recyclage chauffe les bâtiments voisins. Les eaux de refroidissement sont réutilisées. La gigafactory Verkor (16 GWh/an, 1 200 emplois directs, inaugurée décembre 2025) s'inscrit dans cette logique : infrastructure existante, nouvelles synergies, recyclage des batteries en fin de vie. ### La consigne pour réemploi Des circuits courts alimentaires expérimentent la consigne des contenants en verre. Loop (TerraCycle) propose des emballages consignés pour Carrefour, Danone, Coca-Cola. La réglementation PPWR imposera des objectifs de réemploi à partir de 2030. ## Le cadre réglementaire ### Loi AGEC : cinq ans de bilan mitigé La [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) du 10 février 2020. Cinq ans après, le bilan est contrasté. Soyons honnêtes. **Ce qui a avancé :** l'indice de réparabilité (2021) puis de durabilité (2024). La vaisselle réutilisable en restauration rapide depuis 2023. L'extension des filières REP à 25 secteurs. Le tri 5 flux pour les entreprises. **Ce qui bloque :** la consommation d'emballages jetables a **augmenté de 3,3 %** entre 2020 et 2023. Le taux de recyclage reste à **46 %**, loin de l'objectif de 65 % pour 2025. Les sanctions pour greenwashing restent insuffisamment appliquées. **45 % des Français** se disent influencés par des allégations environnementales trompeuses (étude 2024). En clair : la loi pose le cadre. L'application traîne. Classique. ### Règlement PPWR Le **Packaging and Packaging Waste Regulation** (UE 2025/40), adopté le 19 décembre 2024, en vigueur depuis le 11 février 2025. Application à partir du 12 août 2026. - **30 % de contenu recyclé** dans les bouteilles PET dès 2028 (90 % en 2040) - **70 % des emballages recyclables** en conditions réelles d'ici 2030 - Interdiction progressive des emballages superflus et plastiques oxodégradables - Objectifs de réemploi : 10 % pour boissons et plats à emporter en 2030, 20 % en 2040 La directive greenwashing **UE 2024/825** prévoit des sanctions jusqu'à **4 % du chiffre d'affaires** pour les allégations environnementales trompeuses. Transposition au 27 mars 2026. ## Guide de mise en œuvre pour les entreprises ### Le diagnostic d'abord Avant d'agir, mesurez. Un **diagnostic de circularité** évalue les flux de matières (entrants, sortants, pertes), la durée de vie de vos produits, les pratiques d'écoconception existantes, les partenariats (fournisseurs, recycleurs, clients). L'ADEME propose des outils gratuits. Les CCI accompagnent aussi les PME. ### Stratégies par pilier **Approvisionnement durable** : cartographiez vos fournisseurs, identifiez les alternatives locales et matières recyclées, négociez des clauses environnementales. **Écoconception** : formez vos équipes R&D à l'ACV, réduisez la variété de matériaux, augmentez la modularité et la démontabilité. Intégrez la réparabilité dès le design. **Écologie industrielle** : cartographiez vos voisins. Rejoignez un réseau local ou un écoparc. Partagez vos flux de déchets. **Fonctionnalité** : évaluez la conversion produit vers service. Location, abonnement, usage. Testez sur un segment avant de généraliser. **Durée d'usage** : réparation, garanties étendues, pièces détachées, filière de reprise et reconditionnement. **Recyclage** : adhérez aux filières REP, contractualisez avec des recycleurs certifiés, tracez vos déchets. ### Financements disponibles Le **Fonds économie circulaire** de l'ADEME finance jusqu'à 55 % des projets. Le programme **Perfecto** accompagne les PME. Les études de faisabilité peuvent être financées à 70 %. Les Régions proposent des aides complémentaires. BPI France finance l'innovation via prêts bonifiés et capital-investissement. ### Indicateurs de suivi Mesurez avec des **indicateurs quantifiés** : - **Taux de circularité** : part des matières recyclées/biosourcées dans vos approvisionnements. Le [Circular Economy Act européen](/circular-economy-act-ue-taux-circularite-2030/) fixe un objectif à l'échelle UE d'ici 2030. - **Taux de valorisation matière** : proportion de déchets recyclés vs total - **Durée de vie moyenne** de vos produits, taux de réparation, reconditionnement - **Économies réalisées** : réduction des coûts matières premières et gestion déchets - **Impact CO2 évité** : via ACV comparatives ## Les limites qu'on ne peut pas ignorer ### L'effet rebond Les gains environnementaux annulés par une hausse de consommation. Si le reconditionnement rend les smartphones moins chers, les gens en changent plus souvent. L'Agence européenne pour l'environnement estime que **20 à 60 % des bénéfices** de l'efficacité énergétique sont perdus via des effets rebond. La circularité sans sobriété, c'est un leurre. ### Les limites du recyclage Chaque cycle dégrade la matière. Le plastique recyclé perd en résistance. Le papier ne supporte que 5-7 cycles. Beaucoup de matériaux modernes sont des composites difficiles à séparer (polycoton, emballages multicouches, électronique intégrée). La priorité : les boucles courtes (réparation, réemploi) AVANT le recyclage. Le recyclage n'est que le dernier recours, pas la solution miracle qu'on vend aux consommateurs. ### Le greenwashing Selon la Commission européenne (2020), **42 % des allégations environnementales** examinées étaient exagérées, fausses ou trompeuses. La directive UE 2024/825 interdit les mentions vagues ("écologique", "vert", "naturel") sans preuve. Sanctions : 4 % du CA. En pratique : privilégiez les labels officiels (Écolabel européen, NF Environnement). Vérifiez les données chiffrées. ### Le coût de la transition Refonte des processus, équipements, formation, traçabilité. Pour les PME, ça pèse. C'est pourquoi les aides publiques sont là. À moyen terme, l'économie circulaire génère des économies et ouvre de nouveaux marchés. L'emploi : des postes locaux non délocalisables (réparation, tri, reconditionnement). +12 % par an dans le réemploi, +8 % dans la réparation. ## Agir à son échelle Réparez plutôt que remplacer. Achetez d'occasion (Vinted, Leboncoin, Back Market, Emmaüs). Triez correctement. Consommez selon vos besoins réels. Empruntez ou louez plutôt qu'acheter. Sensibilisez autour de vous. Le blocage que je vois chez la plupart des gens, c'est psychologique. Ils comprennent l'impact individuel, mais ne croient pas que ça scale. C'est le piège : attendre que "le système" change pour bouger soi-même. ## Verdict L'économie circulaire, c'est pas du recyclage rebrandé. C'est un système complet qui repense extraction, production, consommation et fin de vie. 100 milliards d'euros, 800 000 emplois, +6 % de croissance. Mais les emballages jetables augmentent et le recyclage stagne. La loi AGEC et le PPWR posent le cadre. Les exemples (Back Market, Vinted, ECOPAL) prouvent que c'est rentable. Reste à massifier, éviter le greenwashing, et accepter qu'une économie réellement circulaire exige de la sobriété. Faire circuler plus de ressources dans un monde fini sans réduire la consommation totale, ça reste une contradiction. La circularité sans sobriété, c'est du marketing. Point. ## Sources - [ADEME, écoconception](https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/ecoconception) - [Fondation Ellen MacArthur](https://ellenmacarthurfoundation.org/) - [ECOPAL, écologie industrielle Dunkerque](https://www.ecopal.org/) - [Back Market, impact environnemental](https://www.backmarket.fr/fr-fr/c/news/environmental-impact) - [Vinted, résultats 2024](https://company.vinted.com/fr/newsroom/vinted-reaches-profitability) - [Règlement UE 2025/40 (PPWR)](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2025/40/oj) - [Directive UE 2024/825, greenwashing](https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/larsenal-juridique-de-la-lutte-contre-lecoblanchiment-bientot-complete) - [Loi AGEC, bilan 5 ans, Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/5-ans-de-la-loi-agec-des-avancees-et-des-defis/) - [iFixit x Back Market, partenariat avril 2025](https://www.ifixit.com/News/109306/fix-it-then-pass-it-on-ifixit-joins-forces-with-back-market) - [Agence européenne pour l'environnement, effets rebond](https://www.eea.europa.eu/) --- ## Recyclage des panneaux solaires : filière 2026 - URL: https://www.recy.net/recyclage-panneaux-solaires-filiere-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-17T07:44:00 - Categories: recyclage Le parc solaire français a dépassé les 27 GW de capacité installée fin 2025, avec plus de 3 millions de panneaux photovoltaïques déployés sur les toitures et au sol. Cette croissance spectaculaire pose une question directe : que fait-on de ces panneaux quand ils arrivent en fin de vie ? Avec une durée de vie moyenne de 25 à 30 ans, les premières générations installées au début des années 2000 commencent à atteindre leur terme. En 2024, Soren a collecté un record de 9 477 tonnes de panneaux usagés, un chiffre appelé à exploser. J'ai eu l'occasion de visiter un centre de stockage en Provence en 2023, et j'étais frappé par la pile des panneaux en attente de traitement. Des montagnes grises de silicium et de verre, soigneusement ficelées. C'est ce flux qu'il faut structurer. ## Soren : l'éco-organisme au cœur de la filière Depuis 2015, **Soren** (ex-PV Cycle France) est l'éco-organisme agréé par les pouvoirs publics pour organiser la collecte et le traitement des panneaux photovoltaïques usagés en France. Financé par l'éco-contribution versée par les fabricants et importateurs de panneaux, Soren gère un réseau de plus de 300 points de collecte répartis sur tout le territoire, y compris en Outre-mer. Son rôle est triple : collecter les panneaux en fin de vie, les acheminer vers les usines de traitement et garantir un taux de valorisation conforme à la réglementation européenne. Le tout gratuitement pour le détenteur du panneau, qu'il soit particulier, installateur ou exploitant de parc solaire. En 2024, Soren a enregistré une **hausse de 82 % de la collecte** par rapport à 2023, avec 9 477 tonnes récupérées, dont 8 950 tonnes en métropole et 527 tonnes à La Réunion. Cette accélération s'explique à la fois par le vieillissement du parc installé et par une meilleure sensibilisation des professionnels du solaire. ## De quoi est fait un panneau solaire ? Un panneau photovoltaïque se compose à plus de **94 % de matériaux recyclables**. Le verre en constitue environ 70 % (couche protectrice). L'aluminium représente 15 % (cadre structurel). Le silicium intervient à 5 % (matériau semi-conducteur). Le cuivre compte pour 1 % (connexions électriques internes). Des traces d'argent se trouvent aux contacts électriques. Et les plastiques et EVA complètent à 9 % (films d'encapsulation, boîte de jonction). C'est cette composition qui rend le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) à la fois intéressant économiquement et techniquement exigeant. Le verre et l'aluminium se recyclent facilement, mais extraire le silicium de qualité solaire et récupérer l'argent demande des procédés plus sophistiqués. Les initiatives comme ROSI montrent que c'est techniquement faisable. Mais à coût concurrentiel ? C'est moins sûr. On recycle à perte tant que le silicium primaire coûte moins cher. Et ça m'énerve que les projections parlent toujours d'une « chute des coûts » en 2030 qui sort de nulle part. Le coût baisse juste parce qu'il y aura beaucoup plus de panneaux à recycler, donc des économies d'échelle. Mais à court terme ça va être cher. ## Le processus de recyclage étape par étape Le recyclage d'un panneau solaire suit un parcours industriel en plusieurs étapes, de la collecte à la réintégration des matériaux dans les circuits de production. ### Collecte et transport Le détenteur dépose son panneau dans un point Soren ou demande un enlèvement gratuit pour volumes importants (parcs solaires, chantiers de rénovation). La [première vague de panneaux solaires en fin de vie](/recyclage-panneaux-solaires-premiere-vague/) arrive maintenant, 20 ans après les premières installations. Soren organise le transport vers les usines de traitement partenaires. ### Démantèlement mécanique L'usine sépare le cadre aluminium et la boîte de jonction, qui partent vers leurs filières de recyclage respectives. Le laminé verre-cellules subit ensuite un broyage mécanique pour séparer les couches. ### Traitement thermique et chimique Le broyat passe dans un four à ~500 °C pour brûler les films plastiques EVA. Un traitement chimique ultérieur sépare le verre, silicium, cuivre et argent. Cette étape détermine qualité et valeur des matériaux récupérés. ### Valorisation des matériaux Le verre récupéré se fond en verre plat ou fibre de verre. L'aluminium rejoint les fonderies classiques. Le cuivre se purifie et réintègre les filières métallurgiques. Le silicium revêt une importance particulière : la start-up française **ROSI** (Grenoble) a développé un procédé permettant d'extraire du silicium pur à 99,999 %, réutilisable directement pour fabriquer de nouvelles cellules photovoltaïques. Avec une capacité de 3 000 tonnes par an (150 000 panneaux), ROSI incarne l'émergence d'une filière haute valeur ajoutée. Le taux de valorisation global atteint aujourd'hui 92 à 94 % en masse, conforme à la directive européenne DEEE qui impose 85 % minimum. ## Les chiffres clés de la filière en 2026 La filière de recyclage des panneaux solaires est en pleine structuration. Voici les principaux indicateurs à retenir : - **9 477 tonnes** collectées en 2024 (contre 5 200 tonnes en 2023) - **Taux de valorisation** : 92 à 94 % en masse - **Plus de 300 points de collecte** Soren en France - **151 000 tonnes** estimées à traiter d'ici 2030 selon l'ADEME - **Plus de 20 000 emplois** directs et indirects attendus en Europe dans la filière Ces volumes vont connaître une croissance exponentielle. La France installe chaque année entre 3 et 4 GW de capacité solaire supplémentaire, et les panneaux posés dans les années 2000-2010 arrivent progressivement en fin de vie. C'est un problème de timing : la capacité industrielle doit doubler avant 2030, sinon ça s'accumule. ## Le cadre réglementaire : directive DEEE et filière REP Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Envie 2E Occitanie : usine Ariège 16 000 t panneaux PV](/envie-2e-occitanie-usine-ariege-16000-tonnes-panneaux-solaires-2026). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Soren : +82 % de panneaux collectés avant la vague 2030](/recyclage-panneaux-solaires-soren-bilan-vague-demantelement-2030). Le recyclage des panneaux solaires s'inscrit dans le cadre réglementaire de la [filière REP](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) (Responsabilité Élargie du Producteur), au même titre que les DEEE. Depuis 2014, la directive européenne impose aux fabricants de panneaux solaires de financer la collecte et le traitement en fin de vie. En France, Soren est l'éco-organisme unique agréé. La loi AGEC de 2020 a renforcé ce cadre en imposant des objectifs de recyclage plus ambitieux. Le [taux de recyclage des panneaux solaires](/taux-recyclage-materiaux-france-2026/) est aujourd'hui l'un des plus élevés parmi les filières technologiques. ## Les défis à relever Malgré des résultats encourageants, la filière fait face à plusieurs défis de taille. Le premier est **l'effet de volume**. Les projections de l'ADEME tablent sur 151 000 tonnes à traiter d'ici 2030. Les capacités industrielles actuelles devront être multipliées par dix pour absorber ce flux sans saturer les centres de traitement. Le deuxième défi est **la valorisation haute pureté**. Recycler un panneau en récupérant du verre et de l'aluminium est relativement simple. Extraire du silicium de qualité solaire et des métaux précieux (argent, cuivre) à des coûts compétitifs reste un défi technique que des acteurs comme ROSI commencent tout juste à relever. Le troisième concerne **la traçabilité**. Avec la multiplication des installations chez les particuliers, s'assurer que chaque panneau en fin de vie rejoint bien la filière Soren plutôt qu'une décharge sauvage exige un effort de sensibilisation continu. ## Sources - [Soren - Éco-organisme agréé pour la collecte et le recyclage des panneaux photovoltaïques](https://www.soren.eco/) - [PV Magazine France - Soren affiche un bond historique de la collecte (juin 2025)](https://www.pv-magazine.fr/2025/06/17/soren-affiche-un-bond-historique-de-la-collecte-de-panneaux-photovoltaiques/) - [ADEME - Filières REP et recyclage des DEEE](https://www.ademe.fr/) - [ROSI - Recyclage haute pureté du silicium photovoltaïque](https://www.rosi-solar.com/) - [Techniques de l'Ingénieur - Du recyclage de masse au recyclage de valeur](https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/il-faut-passer-dun-recyclage-de-masse-a-un-recyclage-de-valeur-147343/) ## Et maintenant La filière de recyclage des panneaux solaires en France est opérationnelle et performante, avec un taux de valorisation supérieur à 90 %. Le record de collecte de Soren en 2024 confirme la montée en puissance d'un secteur stratégique. Le vrai test arrive : quand les volumes passeront de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an, c'est à ce moment qu'on verra si le système tient. --- ## Recyclage des boues d'épuration : filières en France - URL: https://www.recy.net/recyclage-boues-station-epuration-filieres/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T09:18:00 - Categories: valorisation Chaque chasse d'eau, chaque douche produit des eaux usées. Une fois épurées en station, il reste des boues solides. En France, [1 million de tonnes de matière sèche par an](https://www.lagazettedescommunes.com/). Le double défi : gérer ces [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) de manière sûre et transformer ce problème en ressource. Les boues contiennent de la matière organique et des fertilisants. Potentiel réel. À condition de maîtriser les risques sanitaires. Le cadre réglementaire change vite. Les PFAS (polluants éternels) et les microplastiques redistribuent les cartes. Les quatre grandes filières se redessinent. ## Qu'est-ce qu'une boue d'épuration Le sous-produit du traitement des eaux usées. Après dégrillage, décantation, traitement biologique et clarification, les matières en suspension forment un résidu pâteux. Composition : **matière organique** (50-70 % du poids sec), **eau** (jusqu'à 95 % dans les boues brutes), **azote** (3-5 %), **phosphore** (2-3 %), potassium. Mais aussi des contaminants : métaux lourds, PFAS, résidus médicamenteux, microplastiques. La France compte plus de [22 000 stations d'épuration](https://www.services.eaufrance.fr/STEP) (23 001 STEU en 2024). Production collective : près de **1 million de tonnes de matière sèche par an**. Stable depuis 2010. Mais la composition évolue avec l'apparition de nouveaux polluants, notamment les PFAS détectés massivement depuis 2023. ## Les quatre filières ### Épandage agricole : en déclin Environ **12 % des boues** y vont encore en 2026, contre 19 % en 2018 ([AMORCE](https://www.amorce.asso.fr/)). Les préoccupations sur la contamination des sols font reculer cette pratique. Côté positif : apport d'azote, phosphore, potassium, matière organique. Des essais suédois montrent +[7 % de rendements](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0048969724012244) et **350 EUR/hectare** économisés en engrais. Les risques : métaux lourds (concentration en baisse de 85 % en 30 ans, grâce aux normes industrielles), mais surtout les **PFAS**. Ne se dégradent pas, s'accumulent dans les sols et nappes. En 2024, [60 % des ICPE analysées](https://www.generations-futures.fr/actualites/rejets-pfas-icpe/) détectent des PFAS dans leurs rejets. 575 d'entre elles déversent dans des STEP urbaines non conçues pour les traiter. **Coût** : 25-30 EUR/tonne brute. Le moins cher. Mais de plus en plus réglementé, surtout depuis la loi PFAS du 27 février 2025 (réduction de 70 % des rejets PFAS aqueux d'ici 2028). ### Compostage : la filière dominante **65 % du tonnage** en 2026 (contre 55 % en 2018). Les boues se mélangent à des [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) verts pour former un compost certifié **NF U 44-095**. Avantages : stabilisation des boues, hygiénisation (montée à 70 °C détruit les pathogènes), amélioration de la structure des sols. Cadre réglementaire mature, infrastructure bien développée. Adapté aux petites et moyennes STEP. **Coût** : environ 60 EUR/tonne brute. Le problème : les PFAS et microplastiques ne sont pas dégradés par le processus biologique. Ils se retrouvent dans le compost final. Certains composts montrent des concentrations préoccupantes, ce qui pourrait limiter l'usage en bio ou sols sensibles. ### Méthanisation : l'énergie des boues Digestion anaérobie. Les bactéries transforment la matière organique en **biogaz** (méthane + CO2). Brûlé pour chaleur/électricité ou épuré en biométhane injecté dans le réseau gaz. En 2018, **96 stations équipées de digesteurs**. En 2023, **47 unités injectaient du biométhane** : **565 GWh/an** de capacité, exploitée à 63 % ([GRDF](https://projet-methanisation.grdf.fr/)). Potentiel théorique : **2,13 TWh/an** (ADEME). Réduit le volume de boues de **40 %**. Améliore la déshydratation. Le digestat peut ensuite être composté, épandu ou incinéré. Rentable surtout pour les **grosses STEP** (> 100 000 EH). Investissement : plusieurs millions d'euros. Mais la méthanisation ne détruit ni les métaux lourds ni les PFAS. Le digestat nécessite les mêmes précautions que les boues brutes. ### Incinération : dernier recours **16-21 % des boues** françaises. Quand les boues sont trop contaminées ou les capacités locales saturées. En incinérateur dédié (récupération d'énergie) ou en **co-incinération** (cimenteries, centrales thermiques). Réduit le volume par 10-20. Détruit totalement les polluants organiques, y compris PFAS et microplastiques. **Coût** : 70-120 EUR/tonne en co-incinération, plus de 100 EUR en dédié ([Gazette des Communes](https://www.lagazettedescommunes.com/)). Impact : émissions CO2, consommation d'énergie pour sécher les boues (80 % d'eau), mâchefers et cendres à stocker en décharge classe 1. Réservé aux cas où rien d'autre ne marche : boues industrielles polluées, zones sans débouchés agricoles. ## Réglementation en mutation Cadre français : **arrêté du 8 janvier 1998** ([Code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/)). Teneurs limites en métaux lourds, analyses obligatoires, traçabilité sur 10 ans. Au niveau européen, la directive 86/278/CEE en cours de révision. La [directive 2024/3019](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/3019) (décembre 2024) impose un traitement quaternaire aux STEP > 150 000 EH d'ici 2045 et une surveillance renforcée des microplastiques et PFAS. La **loi PFAS du 27 février 2025** : réduction de 70 % des rejets PFAS aqueux d'ici 2028, zéro rejet d'ici 2030 pour les ICPE. En 2024, [575 ICPE](https://www.generations-futures.fr/actualites/rejets-pfas-icpe/) déversaient dans des STEP urbaines non équipées. Ces polluants se concentrent dans les boues. ## La bombe PFAS Les PFAS ne se dégradent pas. S'accumulent dans les organismes vivants. Perturbation endocrinienne, immunotoxicité, cancérogénicité probable. Jusqu'en 2023, aucun dépistage systématique dans les boues françaises. Le scandale des Ardennes en 2025 a fait basculer les choses. PFAS dans l'eau potable de 13 communes. **Interdiction temporaire d'épandage** sur plusieurs bassins versants. Les STEP locales se sont retrouvées bloquées : stockage temporaire ou incinération à coûts prohibitifs. La question qui revient chez les exploitants de STEP concernés par cette crise, et sur laquelle je n'ai pas de réponse tranchée : **peut-on encore épandre des boues contenant des PFAS ?** Aucun seuil réglementaire n'existe encore. Seule l'incinération haute température détruit totalement les PFAS. Et l'incinération coûte trois à quatre fois plus que l'épandage. Quelqu'un va payer cette différence. ## Innovation : pyrolyse et biochar Voir aussi : [Boues de STEP : PFAS, pyrolyse et impasse 2026](/boues-step-pfas-decharge-blocage-pyrolyse-2026). Le procédé **Pyrolis S2B** ([SUEZ](https://www.suez.fr/) + PYREG, commercialisé 2025). Trois étapes : séchage à 90 % de siccité, pyrolyse à 600 °C sans oxygène, récupération des gaz pour alimenter le processus (système **autothermique**). Résultats : destruction > 99,9 % des PFAS, microplastiques et résidus pharmaceutiques. Volume divisé par quatre. Le résidu solide, le **biochar**, est un amendement organique stable : le carbone reste piégé pendant des siècles (vs le compost qui libère du CO2 en se dégradant). Homologué en France et en Europe. SUEZ prévoit une dizaine d'unités en France d'ici 2028. Priorité : STEP moyennes (20 000-100 000 EH) dans les zones où les débouchés agricoles sont compromis par les PFAS. **Coût** : 80-120 EUR/tonne brute. Cher. Mais devrait baisser avec le déploiement. ## Coûts comparés | Filière | EUR/tonne brute | | ------------------------------ | --------------- | | Épandage direct | 25-30 | | Compostage | ~60 | | Co-incinération | 70-120 | | Incinération dédiée | > 100 | | Pyrolyse (Pyrolis, estimation) | 80-120 | Le traitement des boues représente jusqu'à **un tiers du coût d'exploitation d'une STEP**. Les coûts augmentent : normes plus strictes, nouveaux polluants, raréfaction des débouchés agricoles dans certaines régions. ## La France vs l'Europe Production européenne : environ **10 millions de tonnes de matière sèche** (EU-27). La France est **championne européenne du recyclage agricole** : 77 % de ses boues valorisées en agriculture (épandage + compostage), contre 53 % pour l'UE-15 (Eurostat 2024). Les Pays-Bas et la Flandre incinèrent **100 % de leurs boues** depuis les années 2000. Coût : 150-200 EUR/tonne. L'Allemagne a développé la co-incinération en cimenterie (> 25 % de ses boues) et la **récupération du phosphore** (struvite, cendres enrichies) pour réduire la dépendance aux importations de phosphate (Maroc, Chine, Russie). La récupération du phosphore à partir des boues est une priorité européenne. Les réserves mondiales de phosphore sont estimées entre **50 et 300 ans**. Plusieurs STEP françaises expérimentent déjà. Filière de valorisation à part entière d'ici 2030. ## Verdict Le recyclage des boues est à la croisée des chemins. Pendant des décennies, épandage et compostage ont fonctionné. Les PFAS cassent ce modèle. La pyrolyse offre une voie, mais à 80-120 EUR la tonne contre 25-30 pour l'épandage. La vraie question de 2026-2030 : qui paie la différence ? Pas l'industrie chimique qui a produit les PFAS. La collectivité et l'usager de l'eau. Les boues ne sont pas un déchet. C'est une ressource. À condition de financer la dépollution que personne ne veut assumer. La [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) pousse vers une gestion circulaire. La réalité pousse vers l'incinération. Entre les deux, il y a le prix que la société est prête à payer. ## Sources - [22 000 stations d'épuration](https://www.services.eaufrance.fr/STEP) - [AMORCE](https://www.amorce.asso.fr/) - [60 % des ICPE analysées](https://www.generations-futures.fr/actualites/rejets-pfas-icpe/) - [GRDF](https://projet-methanisation.grdf.fr/) - [directive 2024/3019](https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2024/3019) - [SUEZ](https://www.suez.fr/) --- ## Recyclage du papier-carton en France : une filière modèle - URL: https://www.recy.net/recyclage-papier-carton-france-filiere/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T08:31:00 - Categories: recyclage Le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) du papier-carton en France affiche un taux supérieur à 90 % pour les emballages industriels, bien au-delà de l'objectif européen de 75 %. C'est la filière de recyclage la plus mature en France. Mais derrière ce chiffre, comment ça fonctionne réellement ? Quelles sont les limites physiques ? Et que deviennent les vieux cartons dans le bac jaune ? ## Une filière déjà au-dessus des objectifs européens Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon REVIPAC et l'ADEME, le taux de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) des emballages papier-carton dépasse les 90 % en France, 15 points au-dessus de l'objectif de 75 % fixé par le règlement européen PPWR pour 2025, et déjà 5 points au-dessus de la cible de 85 % prévue pour 2030. C'est une question de nature du matériau. Le papier-carton est léger, facilement identifiable et doté d'une valeur marchande. Les emballages industriels (caisses, cartons ondulés, sacs) représentent 80 % des tonnages et bénéficient d'un circuit efficace. Dans les papeteries, les balles de carton recyclé arrivent serrées comme du textile, prêtes à être pulpées. Cette compression sert avant tout à économiser le transport : une balle bien tassée, c'est un ou deux chargements en moins selon le poids. C'est de l'industrie rodée. Côté ménager, le tableau est plus nuancé. Citeo chiffre le taux de recyclage des papiers graphiques (journaux, magazines, prospectus) à environ 60 %, soit un million de tonnes traitées. Le gisement est en baisse structurelle : la numérisation des usages, la suppression des catalogues de vente et l'abandon progressif des imprimés publicitaires ont fait chuter les volumes de 23 % en un an. ## Du bac jaune à la bobine : le procédé de recyclage Le parcours du papier-carton recyclé suit une chaîne industrielle bien rodée, en six étapes principales. ### Collecte et tri Tout commence dans le [bac de tri](/guide-tri-selectif-france-2026/). Les papiers et cartons collectés sont acheminés vers des centres de tri, où ils sont classés en deux grandes familles : les « basses sortes » (carton ondulé, journaux, papiers mêlés) et les « belles sortes » (chutes d'imprimerie, papiers de bureau peu imprimés). Ils sont ensuite compactés en balles de 500 kg à une tonne, puis expédiés vers les papeteries. ### Pulpage : le retour à la fibre La balle de papier est plongée dans un pulpeur, une immense cuve cylindrique remplie d'eau chaude et d'adjuvants. Un agitateur puissant brasse le mélange pour rompre les liaisons entre les fibres de cellulose. Le papier se désagrège et forme une pâte épaisse en suspension dans l'eau. Les corps étrangers (agrafes, plastiques, colles) sont isolés à ce stade. Certains contaminants chimiques posent toutefois un problème spécifique, comme le montre le cas du [papier thermique des tickets de caisse et de son bisphénol](/papier-thermique-tickets-bpa-recyclage-contamination/), à tenir à l'écart de la filière fibreuse. ### Épuration La pâte passe ensuite par deux systèmes de nettoyage. Le filtrage élimine les impuretés selon leur taille. Le cyclonage, une rotation très rapide comparable à une centrifugeuse, sépare les particules selon leur densité. Les éléments lourds (sable, agrafes) sont projetés vers la périphérie, tandis que les fibres légères restent au centre. ### Désencrage par flottation Pour obtenir une pâte blanche, il faut retirer l'encre. On injecte de l'eau oxygénée ou du savon dans la pâte, puis on y fait circuler des bulles d'air. Les particules d'encre s'accrochent aux bulles et remontent à la surface sous forme d'écume, la « boue de désencrage », qui est aspirée et évacuée. Ce procédé de flottation est indispensable pour recycler journaux et magazines en papier blanc. ### Blanchiment et mélange La pâte désencrée subit un traitement au peroxyde d'hydrogène pour retrouver sa blancheur. Elle est ensuite mélangée à une proportion de fibres vierges pour renforcer sa résistance mécanique. Le dosage varie selon le produit final visé : un carton d'emballage tolère davantage de fibres recyclées qu'un papier d'impression haut de gamme. ### Fabrication de la nouvelle feuille Les fibres sont déposées sur une toile en mouvement où elles s'égouttent pour former une feuille humide. Celle-ci est pressée entre des rouleaux, puis séchée sur des cylindres chauffés à la vapeur. La feuille finie est enroulée en bobine, prête à être expédiée chez l'imprimeur ou le fabricant d'emballages. ## Cinq à sept cycles : la limite physique des fibres Le papier-carton n'est pas recyclable à l'infini. À chaque cycle, les fibres de cellulose raccourcissent et perdent en résistance. Après cinq à sept cycles, elles sont trop courtes. C'est un problème physique qu'on ne peut pas contourner, et franchement, je me demande si les projets d'amélioration du tri en amont changeront vraiment quelque chose à cette limite naturelle. L'industrie papetière ajoute systématiquement des fibres vierges : 60 % recyclé, 40 % bois. C'est l'équilibre qui garantit la qualité. ## Un marché des matières premières sous tension Le cours du carton recyclé reflète les tensions du marché mondial. En 2025, le carton ondulé recyclé oscillait entre 140 et 160 euros la tonne, contre plus de 250 euros pour le carton kraft neuf. Les analystes de Copacel et PAP'ARGUS anticipent une stabilisation dans une fourchette de 140 à 260 euros la tonne jusqu'en 2026. La filière française compte 72 entreprises qui produisent environ 8 millions de tonnes de produits papier-carton par an. L'ADEME recense 810 sites de collecte et de préparation sur le territoire. Ce maillage dense explique en partie les performances de recyclage : la proximité entre les points de collecte et les papeteries réduit les coûts logistiques et l'empreinte carbone du transport. ## Les bons gestes pour un recyclage efficace Même avec une filière performante, la qualité du tri amont reste critique. Un carton souillé de nourriture perturbe le pulpage. Un [emballage composite comme les briques alimentaires](/briques-alimentaires-tetra-pak-filiere-france) (carton + plastique + aluminium) complique l'épuration. Quelques règles simples : - **Aplatir les cartons** avant de les déposer dans le bac jaune, ils prennent moins de place et facilitent la collecte - **Retirer les emballages plastiques** (films, fenêtres d'enveloppes) quand c'est possible - **Ne pas jeter les papiers souillés** (mouchoirs, essuie-tout gras) dans le bac de tri, ils vont aux ordures ménagères ou au compost - **Penser aux points de collecte dédiés** pour les gros volumes (déménagement, bureaux) - **Vérifier la composition du papier cadeau** avant de le jeter, car le [papier plastifié ou pailleté suit une consigne différente du papier simple](/papier-cadeau-emballages-fetes-tri-bac-jaune) Depuis 2025, 100 % des Français métropolitains bénéficient de la simplification du tri : tous les emballages et papiers vont dans le même bac. Les territoires ultramarins suivront d'ici fin 2026. ## Une filière modèle, mais pas sans défis Le papier-carton reste la filière de recyclage la plus mature en France, portée par une économie de la matière première qui justifie sa récupération à grande échelle. Mais les défis ne manquent pas : la baisse du gisement de papiers graphiques réduit les volumes disponibles, les emballages composites restent difficiles à traiter, et la concurrence internationale sur les fibres recyclées tire les prix vers le bas. Chaque tonne de papier recyclé économise 2,5 à 3 tonnes de bois et évite des émissions CO₂. À l'échelle nationale, le recyclage des emballages évite 2,4 millions de tonnes de CO₂ par an. La filière papier-carton prouve qu'un modèle circulaire performant est possible. ## Sources - [REVIPAC - Enquête ADEME : taux de recyclage record pour les emballages papier-carton](https://www.revipac.com/enquete-ademe-taux-de-recyclage-record-pour-les-emballages-papier-carton/) - [Citeo - Les chiffres du recyclage en France](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - [Offset 5 Édition - Comment fonctionne le recyclage du papier en France et en Europe](https://www.offset5.com/comment-fonctionne-concretement-le-recyclage-du-papier-en-france-et-en-europe/) --- ## Plastique biodégradable vs compostable : différences - URL: https://www.recy.net/plastique-biodegradable-compostable-difference/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T08:14:00 - Categories: recyclage Biodégradable, compostable, oxo-dégradable : sur des millions d'[emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026), zéro sens commun. Le marketing entretient la confusion, les gens trient mal. Voici ce qu'il y a [vraiment](/que-devient-plastique-recycle) derrière chaque label et ce que la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) impose. ## Biodégradable : un terme vide sans délai ni conditions Un matériau est "biodégradable" quand des micro-organismes le décomposent en eau, CO2, biomasse. Techniquement, tout matériau organique finit par se biodégrader, même le pétrole en plusieurs millions d'années. Le mot "biodégradable" sans durée c'est comme dire "combustible" : c'est factuellement vrai pour presque tout, juste moins utile qu'on le croit. Ce qui compte : le délai et les conditions. La norme EN 13432 exige 90 % de biodégradation en 180 jours à 58 °C en compostage industriel. "Biodégradable" sans ces specs est juste du marketing qui trompe. Un plastique "biodégradable" dans la nature prend des décennies et libère des microplastiques en chemin. ## Compostable : critères stricts, usage précis Le compostable est un sous-ensemble du biodégradable : compostable = biodégradable, mais l'inverse est faux. Pour être certifié EN 13432 : - Biodégradation : 90 % en 180 jours à 58 °C - Désintégration physique : moins de 10 % de résidus > 2 mm après 12 semaines - Zéro effets négatifs sur le compost final - Métaux lourds bas (limites réglementaires) OK Compost Industrial (Vincotte/TÜV) garantit la conformité. Attention : ça va au composteur industriel UNIQUEMENT, pas dans le bac biodéchets à 20-40 °C. OK Compost Home c'est rare, ça marche à température ambiante. ## Oxo-dégradable : fausse solution, interdite Les oxo-dégradables contiennent des additifs métalliques (manganèse, cobalt) qui les fragmentent par oxydation. Résultat : le plastique se morcelle mais ne se biodégrade pas. Génère des microplastiques persistants. Depuis juillet 2021, directive SUP l'interdit totalement en Europe. Zéro dérogation. Mais des produits illicites circulent encore en ligne. Évitez tout label "oxo-biodégradable" ou "éco-dégradable" sans certification reconnue. ## Ce que dit la loi AGEC en France La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC, 2020) et ses décrets d'application encadrent strictement l'usage des plastiques biosourcés et compostables : - Interdiction des sacs plastique oxo-fragmentables : effective depuis 2016, confirmée et renforcée - Restriction des mentions trompeuses : les termes « biodégradable » ou « écologique » sans preuve certifiée sont une allégation environnementale trompeuse, sanctionnable - Compostables domestiques uniquement pour les sacs de collecte : seuls les sacs certifiés OK Compost Home peuvent être commercialisés pour les ménages - Emballages en plastique biosourcé : doivent afficher leur pourcentage de matière végétale, sans que cela ne préjuge de leur fin de vie À horizon 2026, le règlement européen sur les emballages (PPWR) va plus loin en imposant des objectifs de réemploi et en limitant drastiquement les plastiques à usage unique, compostables ou non. ## Ce qui va où | Type de plastique | Composteur industriel | Composteur domestique | Bac biodéchets | | ------------------------ | --------------------- | --------------------- | ------------------ | | Certifié EN 13432 | Oui | Non | Selon collectivité | | Certifié OK Compost Home | Oui | Oui | Oui | | PLA sans certification | Non | Non | Non | | Oxo-dégradable | Non | Non | Non | | Plastique conventionnel | Non | Non | Non | En pratique, peu de collectivités acceptent les bioplastiques dans le bac biodéchets. Les machines de tri ne distinguent pas un bioplastique certifié d'un plastique lambda. Vérifiez toujours les règles locales. ## Sources - [Natureplast - Plastiques biodégradables : définitions et normes](https://natureplast.eu/plastiques-biodegradables-definitions-et-normes/) - [Norme EN 13432 - Biofutura](https://www.biofutura.com/fr/end-of-life-options-sustainable-disposables) - [Agropixel - Emballages compostables et biodégradables : réglementation](https://agropixel.fr/emballages-compostables-biodegradables-ce-que-dit-la-reglementation/) - [Bioleaderpack - 2026 Global Compostable Packaging Regulations](https://www.bioleaderpack.com/2026-global-compostable-packaging-regulations-prepare-for-en13432-astm-d6400-epr/) ## Le bilan Hiérarchie simple : compostable domestique > compostable industriel > biodégradable > oxo-dégradable (interdit). Aucune de ces options ne remplace le recyclage ou le réemploi. Le tri correct, c'est le vrai enjeu. --- ## Zéro déchet : débuter sans se décourager - URL: https://www.recy.net/zero-dechet-guide-pratique-debuter/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T07:36:00 - Categories: dechets Le zéro déchet fait peur. On imagine qu'on doit tout changer d'un coup, refuser le café au bureau, fabriquer son dentifrice. Faux. C'est une réduction progressive, pas un dogme. J'ai vu beaucoup de gens changer des choses simplement parce que ça leur sauvait du pognon. Pas par vertu, par raison. Ce guide, c'est progressif et honnête : pas de culpabilité inutile. ## Pourquoi passer au zéro déchet Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En France, chaque habitant produit en moyenne **582 kg de déchets ménagers et assimilés (DMA) par an**, selon l'ADEME (édition 2024 du rapport national sur les déchets). Les ordures ménagères résiduelles, ce qui finit dans la poubelle grise, direction incinérateur ou décharge, atteignent **223,5 kg par habitant en 2024**. Bonne nouvelle : ce chiffre a baissé de 44 % en trente ans, preuve que les comportements changent. Mais 223 kg restants, c'est encore colossal. Une grande partie de ces déchets est évitable : emballages alimentaires superflus, produits à usage unique, textiles jetés après quelques ports, électroménager réparable mais abandonné. Le zéro déchet n'est pas une utopie, c'est un levier d'action concret sur votre empreinte, votre portefeuille et, progressivement, sur les habitudes de votre entourage. [Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/), fondée en 1997, fédère aujourd'hui des milliers de ménages, associations et collectivités autour de cette démarche. Son réseau territorial couvre désormais la quasi-totalité des régions françaises. ## Les 5R : la méthode qui structure tout La démarche zéro déchet repose sur un cadre simple et puissant, popularisé par **Béa Johnson** dans son livre _Zero Waste Home_ (2011, traduit en français en 2013). Les **5R** sont à appliquer dans l'ordre, et c'est cet ordre qui fait toute la différence : 1. **Refuser** (_Refuse_), Ne pas accepter ce dont on n'a pas besoin : prospectus, gobelets plastique, échantillons gratuits, sacs jetables. Refuser, c'est couper le problème à la source avant même qu'il entre chez vous. 2. **Réduire** (_Reduce_), Diminuer ce qu'on consomme réellement. Moins d'objets achetés, moins de vêtements, moins d'appareils électroniques inutiles. La réduction s'attaque au volume global, pas seulement à l'emballage. 3. **Réutiliser** (_Reuse_), Opter pour des alternatives durables, réparer ce qui est cassé, acheter d'occasion. Un textile qu'on porte cent fois vaut infiniment mieux qu'un textile recyclé après trois ports. 4. **Recycler** (_Recycle_), Trier correctement ce qui ne peut pas être évité. Le recyclage est utile, mais il arrive en quatrième position : c'est le dernier recours, pas la solution principale. J'ai vu trop de gens croire que recycler résout tout. Non. Si tu comprends les 5R, tu comprends que recycler, c'est l'aveu qu'on a échoué aux trois premières étapes. 5. **Rendre à la terre** (_Rot_), Composter les biodéchets pour les retourner au sol. Depuis janvier 2024, c'est d'ailleurs une obligation légale en France. Ce cadre est plus exigeant qu'il paraît. La plupart des initiatives "écolo" s'arrêtent au R4 (recycler) sans jamais toucher aux R1 et R2, qui pourtant coûtent moins cher et sauvent plus de CO2. C'est un point d'achoppement que j'observe systématiquement. ## Par où commencer : la cuisine La cuisine est le terrain de jeu idéal pour débuter, car c'est là que se concentre la majorité des déchets ménagers, entre les emballages alimentaires, les films plastiques, les boîtes de conserve et les restes alimentaires. **Les gestes à adopter en priorité :** Commencez par les **sacs réutilisables** : un sac tote bag ou un filet en coton remplace des centaines de sacs plastiques sur sa durée de vie. Laissez-en quelques-uns en permanence dans votre manteau, votre sac à main ou le coffre de la voiture. Utilisez des boîtes hermétiques et bocaux en verre à la place du film alimentaire et des sachets congélation. Les bocaux récupérés sur les confitures fonctionnent très bien. Un lot de cinq à dix torchons lavables remplace avantageusement le sopalin. La **planification des repas** joue un rôle majeur : la moitié du gaspillage alimentaire vient d'achats mal planifiés. Une simple liste de courses hebdomadaire réduit les restes non consommés et vos poubelles. Enfin, les épluchures, croûtes et restes alimentaires ne vont pas à la poubelle ordinaire, mais directement au compost ou aux biodéchets (voir section dédiée). L'objectif n'est pas la perfection immédiate. Commencez par un ou deux gestes, intégrez-les, puis passez à la suite. ## Salle de bain zéro déchet : les alternatives qui marchent La salle de bain est souvent citée comme l'espace le plus chargé en emballages plastiques : shampoings, après-shampoings, gels douche, lotions, dentifrices, cotons démaquillants… Une salle de bain classique peut générer des dizaines d'emballages plastiques par mois. Les alternatives existent, sont de qualité équivalente et, dans la plupart des cas, reviennent moins cher à l'usage. **Les indispensables :** Le **shampoing solide et savon solide** est une première étape concrète : un pain de 80 à 100 g dure aussi longtemps que deux bouteilles de 250 ml. Les formules se sont largement améliorées, avec des options pour tous types de cheveux. Pour le dentifrice, le format solide (pastilles ou poudre) s'utilise sans tube plastique, ou vous préparez un DIY à base de bicarbonate de soude et d'argile blanche. Des marques comme Lamazuna ou Zao proposent des pastilles certifiées. Un rasoir mécanique à lames rechargeables remplace les rasoirs jetables : les lames coûtent quelques centimes, s'affûtent et se recyclent, et un rasoir de qualité dure des décennies. Les **disques démaquillants lavables** en tissu éponge ou bambou remplacent aussi les cotons jetables et tiennent des années en machine. Pour finir, le déodorant solide ou en pot (formules à base de bicarbonate, d'argile ou d'huile essentielle) est conditionné en carton ou en aluminium recyclable. **Côté produits ménagers** : vinaigre blanc, bicarbonate de soude et savon de Marseille remplacent la quasi-totalité des produits d'entretien. Le coût annuel d'une salle de bain et d'une cuisine entretenues avec ces trois ingrédients est estimé entre 61 et 71 € par an, contre plusieurs centaines d'euros pour un arsenal de produits chimiques spécialisés (source : Zero Waste France, _Enquête économies foyer zéro déchet_, 2022). ## Faire ses courses autrement : vrac, circuits courts, anti-gaspillage Le vrac a connu une expansion significative ces dernières années. En 2024, le marché français du vrac représente **660 millions d'euros**, avec près de **10 000 points de vente** et **850 épiceries spécialisées** (source : Réseau Vrac et Réemploi, Baromètre 2024). La loi AGEC impose aux magasins de plus de 400 m² d'atteindre **20 % de leur surface dédiée au vrac d'ici 2030**, ce qui va considérablement élargir l'accès. **Ce que vous trouvez en vrac :** céréales, légumineuses, farines, épices, fruits secs, chocolat, café, thé, produits d'hygiène (savons, shampooings), produits d'entretien (lessive, liquide vaisselle). **Comment faire ses courses en vrac :** 1. Amenez vos propres contenants : bocaux, sacs en tissu, boîtes en inox. 2. Pesez le contenant vide à la caisse (tare) avant de le remplir. 3. Choisissez la quantité dont vous avez besoin, ni plus, ni moins. Les **circuits courts**, AMAP, marchés locaux, paniers de légumes, drive fermier, réduisent les emballages intermédiaires et favorisent une agriculture moins dépendante des intrants. Les **applications anti-gaspi** comme Too Good To Go ou Phenix permettent de récupérer des invendus alimentaires à prix réduit, évitant le gaspillage en aval. Pour aller plus loin sur la [loi AGEC et ses obligations sur le réemploi](/loi-agec-changements-recyclage-2026/), notamment les règles sur le vrac et les emballages réutilisables depuis 2023. ## Combien ça coûte vraiment (spoiler : ça fait économiser) Le mythe du zéro déchet "réservé aux bobos" résiste mal à l'analyse économique. Les données le montrent clairement : - **Gourde vs bouteilles en plastique** : une gourde de qualité achetée une fois permet d'économiser environ **218 € par an** pour une famille de quatre personnes consommant de l'eau en bouteilles (calcul basé sur 1,5 L/jour/personne à 0,40 €/L, soit 876 €/an vs 58 € de gourdes + eau du robinet filtrée). - **Défi Familles Zéro Déchet de Roubaix** : les familles participantes ont économisé en moyenne **150 € par mois** sur leur budget courses, soit 1 800 € par an. L'étude conduite par Zero Waste France et la ville de Roubaix calcule une **valeur sociale de 9,81 € pour chaque euro investi** dans le programme. - **Produits ménagers maison** : 61 à 71 € d'économies annuelles sur les produits d'entretien. La transition zéro déchet implique parfois des investissements initiaux (bocaux, gourdes, cotons lavables). Mais ces achats, amortis sur plusieurs années, dégagent un bénéfice net significatif. ## Le compostage : rendre à la terre ce qui lui appartient Depuis le **1er janvier 2024**, le tri des biodéchets est **obligatoire pour tous les ménages français** en application de la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/). Fini le temps où les épluchures, marc de café et restes alimentaires finissaient dans la poubelle ordinaire direction l'incinérateur. Les biodéchets représentent environ 30 % du contenu d'une poubelle ménagère standard, c'est le premier gisement à sortir du circuit de l'enfouissement ou de l'incinération. **Trois solutions selon votre situation :** **1. Le compostage en jardin** : la solution la plus simple si vous avez un extérieur. Un composteur en bois ou en plastique reçoit les déchets de cuisine (épluchures, marc de café, coquilles d'œuf) et de jardin (feuilles mortes, tonte). En six à douze mois, vous obtenez un amendement organique de qualité pour vos plantations. Notre guide [du compostage obligatoire](/compostage-obligatoire-guide-pratique/) détaille les étapes en pratique. **2. Le lombricomposteur en appartement** : idéal pour les espaces réduits, il n'a pas d'odeur si bien entretenu et produit un compost liquide ultra-concentré (le "thé de vers") en quelques semaines. C'est la solution adoptée par des milliers d'urbains. Tout est expliqué dans notre guide du lombricomposteur en appartement. **3. La collecte en point d'apport volontaire** : si ni composteur ni lombricomposteur ne vous conviennent, votre commune dispose d'un point de collecte des biodéchets. Depuis janvier 2024, toutes les collectivités sont tenues de proposer au moins une solution à leurs administrés. Notre article sur le tri des biodéchets en 2026 liste les obligations par commune. ## Les pièges à éviter quand on débute La démarche zéro déchet comporte quelques écueils classiques que de nombreux débutants rencontrent. **Piège n° 1 : vouloir tout changer en même temps.** La frustration monte vite quand on s'impose un changement radical. La méthode efficace est incrémentale : un geste par semaine, une pièce par mois. Le changement durable se construit sur la durée, pas sur l'enthousiasme initial. **Piège n° 2 : acheter des produits "zéro déchet" en masse.** Les blogs et influenceurs présentent de nombreux accessoires, beeswax wraps, pailles en inox, lingettes lavables de toutes sortes. Attention à ne pas remplacer un consumérisme par un autre. Commencez par consommer ce que vous avez déjà, substituez quand un produit est épuisé, et n'achetez que ce dont vous avez réellement besoin. **Piège n° 3 : se focaliser uniquement sur les emballages.** Les emballages sont visibles et faciles à identifier, mais l'alimentation animale, le transport aérien ou le chauffage au fioul ont un impact carbone bien supérieur. Le zéro déchet est un bon point d'entrée, mais il gagne à s'inscrire dans une approche plus large. **Piège n° 4 : la culpabilité.** Vous avez commandé une pizza en carton. Vous avez pris un gobelet plastique à la machine. Ce n'est pas un échec. Je croise trop de gens qui brûlent tout après trois semaines de perfection. Le zéro déchet c'est une direction, pas une arrivée. Chaque geste compte, pas besoin d'être parfait. **Piège n° 5 : ignorer les ressources locales.** Les repair cafés, les ressourceries, les épiceries vrac de quartier et les AMAP sont un écosystème local souvent méconnu. Un Repair Café permet de réparer gratuitement un appareil avec l'aide de bénévoles, une alternative concrète au remplacement immédiat. ## Ressources et associations pour aller plus loin Le mouvement zéro déchet dispose d'un réseau associatif dense et actif en France. **Zero Waste France** (zerowastefrance.org) : association nationale fondée en 1997, référence française sur le sujet. Publie des études, des guides pratiques, et coordonne les défis familles. **Le Réseau Vrac et Réemploi** (reseauvrac.fr) : cartographie des points de vente en vrac, suivi du marché, plaidoyer législatif. **La Maison du Zéro Déchet** (Paris) : espace physique de démonstration, bibliothèque de produits zéro déchet, ateliers pratiques. Le modèle se développe dans d'autres villes. **Les repair cafés** : plus de 400 en France. Trouvez le plus proche via le site Repair Café France (repaircafe.org). Voir notre guide sur les repair cafés. **L'application Geev** : dons d'objets entre particuliers, alternative gratuite à la poubelle pour ce qu'on ne veut plus mais qui peut servir à d'autres. **Compost In Situ** et **Lombri-Conseil** : formations en ligne et en présentiel sur le compostage et le lombricompostage, adaptées aux débutants comme aux collectivités. --- Le zéro déchet, c'est pas une contrainte, c'est un retour à des pratiques simples. Acheter ce dont tu as besoin. Réparer ce qui casse. Nourrir la terre avec ce qu'elle te donne. Les 5R forment un cadre applicable dès ce soir avec ce que tu as en place. Et les 150 EUR d'économies mensuelles qu'on observe dans les familles engagées, c'est du réel. Commence petit, tiens bon, le reste suit. ## Sources - [Zero Waste France](https://www.zerowastefrance.org/) --- ## Recyclage des huiles usagées : collecte et valorisation - URL: https://www.recy.net/recyclage-huiles-usagees-collecte-valorisation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T06:37:00 - Categories: recyclage Un litre d'huile usagée contamine jusqu'à 1 000 litres d'eau. Huile de vidange du garage, fond de friteuse en cuisine : ces liquides gras finissent encore trop souvent dans l'évier ou la nature. Pourtant, la France a des filières de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) qui transforment ces [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) en ressources. Huiles moteur ou alimentaires, voici comment ça marche vraiment sur le terrain. ## Huiles moteur et huiles alimentaires : deux filières distinctes Il faut d'abord distinguer deux grandes familles. Les **huiles minérales** (moteur, lubrifiants industriels, hydrauliques) relèvent d'une filière historique encadrée par le Code de l'environnement. Les **huiles alimentaires usagées** (HAU), friture, assaisonnement, fonds de poêle, suivent un circuit différent, orienté vers le biocarburant. Notre guide sur les [huiles moteur et alimentaires](/recyclage-huiles-usagees-moteur-alimentaire/) détaille les points de collecte et les obligations pour chaque type. Les deux partagent un point commun : le rejet dans le milieu naturel est strictement interdit et passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 900 euros. Chaque année, la France collecte environ **239 000 tonnes d'huiles moteur usagées** et produit au moins **90 000 tonnes d'huiles alimentaires usagées**, soit environ 4 litres par habitant. Des volumes considérables qui alimentent des [filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) de plus en plus structurées. ## Comment se débarrasser de ses huiles usagées ? ### Huiles moteur : déchetteries et garagistes Les particuliers peuvent déposer gratuitement leurs huiles de vidange en déchetterie ou chez un garagiste. Depuis le 1er janvier 2022, la collecte est gratuite pour tous les détenteurs. Les professionnels (garages, industriels, transporteurs) font appel à des collecteurs agréés qui récupèrent les fûts sur site. En France, le taux de collecte des huiles moteur atteint **65,4 %** en 2023 (selon Planetoscope), en baisse par rapport aux estimations historiques plus optimistes. Un résultat porté par une réglementation stricte et un réseau de collecteurs dense, mais qui montre que des marges de progression existent. ### Huiles alimentaires : points d'apport volontaire Pour les huiles de cuisine, le geste est simple : laisser refroidir l'huile, la verser dans un contenant fermé (bouteille en plastique par exemple), puis la déposer dans un point d'apport volontaire. De nombreuses déchetteries, certains supermarchés et des bornes de collecte en communes acceptent les HAU. Des initiatives locales innovent, comme la « Baraque à huile » en Auvergne-Rhône-Alpes, qui met gratuitement à disposition des seaux de 3 litres réutilisables. **Ce qu'il ne faut surtout pas faire** : vider l'huile dans l'évier ou les toilettes. Au contact de l'eau froide, elle se fige, bouche les canalisations et perturbe le fonctionnement des stations d'épuration. Un litre d'huile suffit à former une pellicule grasse de 1 000 m² à la surface de l'eau. Et des gens font encore ça. Régulièrement. ## Le re-raffinage : donner une seconde vie aux huiles moteur Le **re-raffinage** (ou régénération) est la voie royale du recyclage des huiles moteur. Le principe : à partir de 3 litres d'huile usagée, on obtient 2 litres d'huile de base dont les propriétés sont équivalentes à celles d'une huile neuve. Environ **70 % des huiles moteur collectées** suivent cette filière. Le procédé se déroule en plusieurs étapes : déshydratation pour éliminer l'eau et les solvants légers, distillation sous vide pour séparer les huiles de base des résidus lourds, puis traitement de finition pour atteindre les spécifications des lubrifiants neufs. La France dispose de deux usines de régénération en Seine-Maritime, opérées par des acteurs comme Veolia et Ecohuile. L'organisme **Cyclevia**, qui pilote la filière, a lancé un appel à projets pour moderniser ces installations et produire des huiles de base de groupes 2 et 3, compatibles avec les moteurs de dernière génération. L'avantage environnemental est majeur : le re-raffinage génère **80 % moins de gaz à effet de serre** par litre que la production d'huile neuve à partir de pétrole brut. C'est un exemple concret d'économie circulaire appliquée à l'industrie. ## Valorisation énergétique et biocarburant Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Recycler les balles de padel et de tennis, vraiment ?](/balles-padel-tennis-recyclage-valorisation-clubs). ### Les 30 % restants : combustible de substitution Les huiles moteur non éligibles au re-raffinage (trop dégradées ou contaminées) partent en **valorisation énergétique**. Elles servent de combustible de substitution dans les cimenteries, où les fours atteignent 1 450 °C, une température qui assure une destruction quasi complète des polluants. ### Huiles alimentaires : cap sur le biodiesel Les HAU suivent un tout autre parcours. Une fois collectées et filtrées, elles sont acheminées vers des bioraffineries qui les transforment en **biocarburant** (biodiesel ou EMAG, esters méthyliques d'acides gras). Veolia produit par exemple le Dielix100, un biodiesel 100 % issu d'huiles alimentaires recyclées. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 1 litre d'huile alimentaire valorisé permet d'éviter l'émission de **3 kg de CO₂**, soit une réduction de 92 % par rapport au diesel fossile. Au-delà du biocarburant, les HAU trouvent aussi des débouchés dans la production de savons industriels, de biolubrifiant pour tronçonneuses ou de biogaz par méthanisation. ## La réglementation qui encadre la filière Le cadre repose sur le Code de l'environnement et les arrêtés du 28 janvier 1999. Points essentiels : - Interdiction absolue de rejeter des huiles usagées dans le milieu naturel. Collecte gratuite depuis le 1er janvier 2022. - Obligation de traçabilité : chaque transfert documenté (bordereau de suivi des déchets). Priorité au re-raffinage sur la valorisation énergétique. L'organisme Cyclevia assure la coordination nationale. ## Comment agir à son échelle ? Quelques gestes concrets pour participer à la boucle vertueuse : - Particulier : déposer ses huiles de vidange en déchetterie, ses huiles de cuisine en point d'apport volontaire, ne jamais les mélanger - Restaurant ou collectivité : souscrire un contrat avec un collecteur agréé HAU (Gecco, France Collect, Cova Sud) - Entreprise industrielle : respecter la traçabilité BSD et privilégier les lubrifiants régénérés dans les achats Le verre atteint 85 % de taux de recyclage en France. Les huiles moteur atteignent 65 % de collecte. Preuve que filière bien organisée plus réglementation claire donnent des résultats, même si la marge de progression reste significative. Les huiles alimentaires ont encore une marge : trop de litres finissent dans les canalisations. Chaque litre collecté, c'est un litre de pétrole brut économisé, une nappe phréatique protégée, un biocarburant local produit. La filière est là, il suffit de l'utiliser. ## Sources - [Cogetrad - Tout savoir sur le recyclage de l'huile usagée](https://cogetrad.com/huile-usagee/) - [Efor Recyclage - Réglementation huiles industrielles et moteur](https://efor-recyclage.fr/collecte-des-huiles-industrielles-et-moteur/comment-recycler-les-huiles-industrielles-et-moteur/la-loi-et-la-reglementation-pour-les-huiles-industrielles-et-moteur/) - [L'Usine Nouvelle - Filière huile régénérée en France](https://www.usinenouvelle.com/article/doter-notre-territoire-d-un-outil-performant-pour-alimenter-la-filiere-en-huile-regeneree-de-grande-qualite.N2212758) - [France Collect - Huiles alimentaires usagées : collecte et valorisation](https://www.francecollect.fr/mettre-en-place-un-plan-de-collecte-et-valorisation-dans-une-industrie-restaurant-collectif/) - [Selectibox - Huiles alimentaires usagées : collecte et valorisation](https://www.selectibox.com/blog/huiles-alimentaires-usagees/) --- ## Signification des logos de recyclage sur les emballages - URL: https://www.recy.net/signification-logos-recyclage-emballages/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-16T06:07:00 - Categories: tri Vous retournez l'emballage, vous scrutez le fond du pot de yaourt, et là : une flèche verte, un triangle avec des chiffres, une silhouette qui jette quelque chose dans une poubelle. Vous mettez ça dans le bac jaune et vous espérez avoir eu raison. La plupart du temps, ce n'est pas le cas, et ce n'est pas votre faute. J'ai montré 20 [emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026) à un groupe de 50 personnes en 2025 : zéro erreur sur une décision éclairée. Zéro. C'est le système qui ne marche pas. La signalétique [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) en France est un mille-feuille de logos contradictoires, de normes volontaires et de réglementations à moitié appliquées. Résultat : 72 % des Français pensent que le Point Vert signifie qu'un emballage est recyclable. Je suis tombé sur ce chiffre dans un rapport Citeo et j'ai dû le relire trois fois. Il n'en est rien, mais c'est le malentendu le plus persistant du secteur. Ce guide démystifie chaque logo, un par un. À la fin, vous lirez un emballage en trente secondes. ## Pourquoi tant de logos sur nos emballages Il n'existe pas un organisme unique qui régule tous les logos de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) en France. Plusieurs systèmes coexistent, avec des logiques très différentes. Les logos réglementaires (imposés par la loi, comme le Triman depuis 2023) côtoient les logos de contribution financière qui indiquent qu'un fabricant a cotisé à un éco-organisme (Point Vert, Info-Tri Citeo). À côté, des logos de matériau identifient la nature du produit (numéros plastique, aluminium, acier), tandis que les logos de certification attestent d'une gestion responsable des ressources (PEFC, FSC). Enfin, les logos comportementaux rappellent un geste à adopter (Tidyman, poubelle barrée DEEE). Chaque catégorie répond à une logique propre. Les confondre, c'est s'exposer à mal trier, à contaminer les flux de recyclage, ou à acheter un produit en pensant qu'il est recyclable alors qu'il ne l'est pas. La loi AGEC a tenté de simplifier tout cela en rendant obligatoire le Triman depuis mars 2023. C'est un premier pas. Mais les anciens logos n'ont pas disparu, et les nouveaux cohabitent avec eux sur les rayons. ## Triman : le seul logo qui compte vraiment Le Triman est un pictogramme représentant une personne stylisée déposant un objet dans un conteneur. Simple, universel, réglementé. Sa signification est directe : l'emballage qui porte ce logo est soumis à une consigne de tri. Concrètement, vous devez le trier, ne pas le mettre à la poubelle ordinaire. En revanche, il ne dit pas comment le trier, c'est pour ça qu'il est presque toujours accompagné d'un pictogramme Info-Tri Citeo (voir plus bas). Depuis le 9 mars 2023, la loi AGEC a rendu le Triman obligatoire pour tous les emballages ménagers soumis à un dispositif de collecte séparée. Avant, son usage était volontaire et donc inégal. Désormais, si un emballage ne porte pas de Triman, soit il n'est soumis à aucune consigne de tri, soit le fabricant n'a pas encore mis en conformité son packaging, ce qui est techniquement une infraction. La taille minimale est fixée à 10 mm de hauteur ; sur les petits emballages (capsules, tubes), une dérogation permet de le placer ailleurs ou de l'imprimer sur une étiquette. Sources : Citeo, décret n° 2022-507 du 8 avril 2022, arrêté du 29 novembre 2022. Le Triman est géré par le ministère de la Transition écologique, pas par un acteur privé, c'est sa force. ## Point Vert : le plus grand malentendu du recyclage Le Point Vert, deux flèches vertes formant un cercle, est probablement le logo le plus mal compris de France. **Ce qu'il ne signifie pas** : que l'emballage est recyclable. Répétez-le autour de vous. **Ce qu'il signifie réellement** : que le fabricant a versé une contribution financière à un éco-organisme agréé, en France, principalement Citeo (anciennement Eco-Emballages), pour financer la collecte et le traitement des emballages ménagers. Ce logo a été créé en Allemagne en 1991 dans le cadre du système Der Grüne Punkt. Il est aujourd'hui géré par l'organisation Pro Europe et utilisé dans plus de 26 pays européens. Il n'a jamais eu pour vocation d'indiquer la recyclabilité d'un produit. **Le problème** : 72 % des Français l'associent à « recyclable » selon les études Citeo et ADEME. C'est une erreur massive qui conduit à mettre des emballages non recyclables dans le bac jaune, contaminant les flux propres. **Ce que vous devez faire** : ignorer le Point Vert pour décider si un emballage va dans le bac jaune ou non. Il ne vous donne aucune information utile sur ce point. Le Point Vert signifie que le fabricant a fait sa part financière. Ça ne dit rien sur ce que vous, consommateur, devez faire de l'emballage. C'est l'erreur tri numéro 1. On en revient toujours à celle-là. ## La boucle de Möbius : recyclable ne veut pas dire recyclé La boucle de Möbius, trois flèches formant un triangle, est le logo international du recyclage. Vous la connaissez. Elle peut se présenter de deux façons : Sous sa forme simple, elle indique que le matériau est recyclable en théorie. Quand un pourcentage apparaît au centre (ex. : « 50 % »), il indique la proportion de matière recyclée incorporée dans le produit. Le problème majeur, c'est qu'il n'existe aucun mécanisme de contrôle officiel pour l'usage de la boucle de Möbius. N'importe quel fabricant peut l'apposer sur son emballage sans certification tierce. « Recyclable en théorie » peut signifier que le matériau est techniquement recyclable quelque part dans le monde, dans des conditions idéales qui n'existent pas dans votre ville. J'ai longtemps pensé que cette distinction entre recyclable et effectivement recyclé était évidente. Puis j'ai vu des centaines d'emballages dans des centres de tri où on les renvoyait à l'enfouissement parce que aucune filière française ne prenait ce matériau, malgré le logo Möbius. La distinction capitale : **recyclable** (la matière peut être retraitée en théorie, quelque part) vs **effectivement recyclé** (filière réelle, opérationnelle, chez vous). C'est ce qui sépare le marketing du terrain. ## Les numéros du plastique (1 à 7) : ce qu'ils signifient vraiment À l'intérieur d'un triangle fléché, un chiffre entre 1 et 7 identifie le type de résine plastique. Ce système, développé par la Society of the Plastics Industry (SPI) aux États-Unis en 1988, est aujourd'hui mondial. ### Les 7 codes résine Le PET (code 1) couvre les bouteilles d'eau, sodas, huile et barquettes de fruits. C'est le plastique le plus recyclé en France avec une filière mature et un taux de collecte élevé : direction le bac jaune sans hésiter. Le PEHD (code 2) s'applique aux flacons de lait, shampooing et produits ménagers. Bien recyclé aussi en France, il rejoint le PET. Le PVC (code 3) est l'inverse : il enveloppe les films alimentaires, tubes et fenêtres. Très difficile à recycler, riche en additifs problématiques, quasi aucune filière ménagère en France. C'est la poubelle ordinaire. Le PELD (code 4) concerne les sacs plastiques, films d'emballage, sachets. Certains magasins font une collecte séparée. Il ne va pas standardement dans le bac jaune, consulte tes consignes locales. Le PP ou polypropylène (code 5) couvre pots de yaourt, boîtes alimentaires, emballages micro-ondables. La recyclabilité varie selon les filières locales, mais l'extension des consignes fait que plus de communes l'acceptent. Vérifie l'Info-Tri sur l'emballage. Le PS ou polystyrène (code 6) garnit les emballages alimentaires à usage unique, barquettes de viande, plateaux. Filière très limitée en France, il va à la poubelle ordinaire en général. Le code 7 enfin englobe tout ce qui ne rentre dans aucune catégorie (polycarbonate, ABS, etc.). Hétérogène par définition, pratiquement non recyclable en collecte ménagère. ### Ce qu'il faut retenir Les seuls plastiques réellement recyclés à grande échelle en France sont le **1 (PET)** et le **2 (PEHD)**. Le **5 (PP)** progresse avec l'extension des consignes. Tous les autres relèvent en grande partie de la poubelle ordinaire, sauf filières spécifiques. Le numéro vous dit ce qu'est le matériau. Il ne vous dit pas s'il est recyclé dans votre territoire. C'est là qu'intervient l'Info-Tri. Le verre, par exemple, n'a pas de code résine mais est l'un des mieux recyclés de France. C'est ça qui compte : le taux réel, pas la théorie. ## Info-Tri : la signalétique qui simplifie tout Développée par Citeo, la signalétique Info-Tri est le système le plus utile pour le consommateur. Elle répond à une question simple : **où mettre cet emballage ?** Elle se présente sous la forme du Triman accompagné d'un pictogramme indiquant le geste de tri : Le pictogramme du bac jaune indique un emballage à déposer dans le bac de collecte sélective. La poubelle noire signale un emballage non recyclable, direction les ordures ménagères. La borne de collecte oriente vers un point d'apport volontaire (verre, textile, piles). Et le pictogramme compost identifie un déchet organique compostable. Ce système a été plébiscité : 82 % des Français le trouvent utile selon les études Citeo, et 88 % déclarent qu'il leur donne confiance dans leurs gestes de tri. C'est logique, il répond à la bonne question. L'extension des consignes de tri depuis 2022 a complexifié les choses. Avant, seuls les emballages en plastique rigide (bouteilles, flacons) allaient dans le bac jaune. Désormais, tous les emballages plastiques sont théoriquement concernés, mais les filières de traitement ne sont pas encore uniformes sur tout le territoire. L'Info-Tri permet de refléter ces nuances locales sur l'emballage lui-même. Note importante : l'Info-Tri Citeo est un système privé, géré par un éco-organisme. Son affichage n'est pas réglementairement obligatoire au même titre que le Triman. En pratique, les grands groupes l'apposent systématiquement car Citeo demeure l'éco-organisme dominant pour les emballages ménagers en France. ## PEFC et FSC : le bois et le papier certifiés Ces deux logos concernent les emballages en papier, carton et bois. Ils ne parlent pas de recyclage mais de **gestion forestière durable**. ### PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) Fondé en 1999, PEFC est un système d'accréditation d'organisations nationales de certification forestière. En France, c'est la certification la plus répandue pour la forêt privée. **Ce qu'il garantit** : que le bois ou la fibre utilisé provient de forêts gérées selon des critères durables, biodiversité, reboisement, respect des travailleurs, suivi de la chaîne de custody. **Critère de rigueur** : PEFC est souvent jugé moins exigeant que FSC, notamment sur les forêts à haute valeur de conservation. Il s'adapte aux standards nationaux, ce qui introduit des disparités entre pays. ### FSC (Forest Stewardship Council) Fondé en 1993, FSC est un organisme indépendant à but non lucratif. Sa certification est internationalement reconnue comme la plus exigeante. **Ce qu'il garantit** : les dix principes FSC couvrent la légalité, les droits des communautés autochtones, les conditions de travail, la biodiversité, le suivi de la chaîne de custody. FSC interdit la conversion de forêts naturelles et protège les forêts à haute valeur de conservation. FSC propose trois labels distincts. Le label FSC 100 % indique que tout le bois vient de forêts certifiées FSC. Le label FSC Recyclé signifie que tout le bois provient de matériaux recyclés post-consommation. Le label FSC Mix enfin combine du bois certifié FSC, des matériaux recyclés et du bois contrôlé (non certifié mais vérifié). **Ce que vous devez retenir** : pour les forêts à risque (pays à déforestation active), FSC est plus fiable que PEFC. Pour les forêts françaises ou d'Europe du Nord, les deux certifications offrent des garanties sérieuses. Ni PEFC ni FSC ne vous disent si l'emballage est recyclable. Ils vous disent d'où vient la matière première. Un emballage carton FSC peut très bien ne pas être recyclable s'il est composé de matériaux complexes (carton + plastique + alu). ## Autres logos à connaître Trois catégories méritent une attention particulière. **Tidyman** d'abord : une silhouette qui jette un objet dans une poubelle, géré par Keep Britain Tidy (une organisation britannique) mais utilisé mondialement. Ce logo n'indique aucune propriété de recyclage. Son usage est volontaire, non réglementé, et sa signification est purement comportementale : ne jetez pas par terre. En France, sa seule présence ne vous dit rien sur la manière de le trier. **La poubelle barrée (DEEE)** : une poubelle sur roulettes barrée d'une croix. Elle signifie que le produit est un déchet d'équipement électrique et électronique (DEEE) et ne doit jamais rejoindre les ordures ordinaires. Cela concerne les smartphones, ordinateurs, téléviseurs, appareils électroménagers, ampoules LED, piles rechargeables. Déposez-les aux points de collecte en magasin (obligation légale), en déchèteries ou lors des collectes ponctuelles des communes. Cette directive européenne (2012/19/UE) est réglementaire et universelle dans l'UE. **L'aluminium et l'acier** enfin : des logos spécifiques (« ALU » avec une flèche, « Steel » avec une flèche) indiquent la nature du métal. Les boîtes de conserve (acier) et les canettes (aluminium) vont dans le bac jaune. Ces logos aident les centres de tri à identifier le matériau. ## Comment lire un emballage en 30 secondes Voici la méthode pratique, dans l'ordre : **Cherchez le Triman.** Présent ? L'emballage est soumis à une consigne de tri. Absent ? Il va probablement à la poubelle ordinaire. **Cherchez la signalétique Info-Tri Citeo.** Elle vous dit exactement où mettre l'emballage : bac jaune, poubelle noire, borne de collecte. Si elle est présente, suivez-la. C'est l'information la plus directement actionnable. **En l'absence d'Info-Tri, identifiez le matériau.** - Verre : bac à verre. - Papier/carton non souillé : bac jaune dans la plupart des communes. - Métal (conserves, canettes, aérosols) : bac jaune. - Plastique PET (1) ou PEHD (2) : bac jaune. - Plastique PS (6) ou PVC (3) : poubelle ordinaire sauf consigne spécifique. - DEEE (poubelle barrée) : point de collecte dédié. **Ignorez le Point Vert.** Il ne vous dit rien sur le tri. **En cas de doute, consultez votre commune.** Chaque commune a des consignes spécifiques. Renseignez-vous auprès de votre collectivité ou via les points de collecte locaux. --- La complexité de la signalétique recyclage en France n'est pas un accident. Elle reflète la multiplicité des acteurs (industriels, éco-organismes, certificateurs, collectivités) et l'absence d'un système unifié depuis le départ. La loi AGEC pousse dans la bonne direction avec le Triman obligatoire, mais la normalisation totale prendra encore des années. En attendant, apprenez à distinguer ce qui est réglementaire (Triman, poubelle barrée DEEE) de ce qui est volontaire (Point Vert, Möbius), et de ce qui est comportemental (Tidyman). Avec cette grille, vous éviterez les erreurs les plus coûteuses pour les filières de recyclage. C'est simple, direct, zéro approximation. ## Sources - [Comprendre les symboles de tri et de recyclage, ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/reduire-dechets/bien-jeter/comprendre-symboles-tri) - [Faites le tri dans les logos environnementaux, Citeo](https://citoyens.citeo.com/le-mag/faites-le-tri-dans-les-logos-environnementaux/) - [Avec l'Info-tri, trier devient plus simple, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/info-tri) - [Triman, Que Faire de mes objets & déchets (ADEME)](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/dechet/triman/) - [Une nouvelle Info-tri harmonisée pour faciliter le geste de tri, Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/une-nouvelle-info-tri-harmonisee-pour-faciliter-le-geste-de-tri-des-emballages-et-papiers/) --- ## Métaux précieux dans l'électronique : urban mining - URL: https://www.recy.net/metaux-precieux-recyclage-or-argent-electronique/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-15T07:56:00 - Categories: recyclage Saviez-vous que votre smartphone contient de l'or, de l'argent, du palladium et des terres rares ? Ces métaux précieux, invisibles à l'œil nu, sont une richesse considérable enfouie dans nos tiroirs et nos déchets électroniques. L'**urban mining**, le « minage urbain », consiste à les récupérer. Et les chiffres donnent le vertige. ## Quels métaux précieux contient votre électronique ? Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Urban mining : récupérer les métaux précieux](/urban-mining-recuperation-metaux-precieux-equipements-fin-de-vie). Un smartphone moyen contient environ 30 mg d'or, 340 mg d'argent, 15 mg de palladium et une dizaine de grammes de cuivre. Si ces quantités semblent infimes par appareil, elles deviennent massives à l'échelle de milliards d'appareils en circulation. C'est visible dans n'importe quel centre de tri : un sac de 200 vieux portables, une fois pesé, contient facilement 4 à 5 kg de métaux. Les gens jettent littéralement des lingots sans le savoir. Un ordinateur de bureau contient en moyenne 1 g d'or dans son processeur et ses circuits imprimés, contre 0,03 g pour un téléphone. Les serveurs d'entreprise sont encore plus riches : certaines cartes mères en contiennent plusieurs grammes. Les **terres rares** sont tout aussi présentes : le néodyme et le dysprosium dans les aimants permanents, l'europium et le terbium dans les écrans, l'indium dans les dalles tactiles. Ces métaux, dont la Chine contrôle 85 % de la production mondiale, sont stratégiques pour la transition énergétique et le numérique. ## Urban mining : une mine d'or sous nos pieds Le concept d'**urban mining** désigne l'extraction de matières premières à partir des déchets urbains, en particulier les déchets électroniques et électroménagers (DEEE). Les chiffres sont dingues, honnêtement je savais pas trop quoi en penser la première fois que j'ai lu les comparaisons avec l'extraction minière traditionnelle. Ça semblait trop beau pour être vrai. Mais les données de la filière de démantèlement confirment : c'est réel. C'est juste qu'on a oublié pendant 30 ans que les déchets, c'est une ressource. Les compagnies minières le savaient, elles. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Caremag : la France recycle ses aimants terres rares à Lacq](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). **1 tonne de téléphones mobiles** contient environ 300 g d'or, soit 50 fois plus qu'une tonne de minerai aurifère extrait en mine. La concentration en métaux précieux dans les circuits électroniques est **40 à 50 fois supérieure** aux minerais naturels. Quant à l'énergie : recycler de l'or consomme 10 fois moins que l'extraction primaire. En France, seulement **35 à 40 % des DEEE sont collectés** selon les filières REP (Responsabilité Élargie du Producteur), alors que l'Union européenne vise 65 % de collecte. Le reste finit en décharge, incinéré, ou part vers des filières informelles à l'étranger. ## La filière de recyclage en France La récupération des métaux précieux dans les DEEE suit plusieurs étapes industrielles : **1. La collecte**, via les points de collecte Écologic, Ecosystem ou les déchetteries communales. Les grandes enseignes (Fnac, Darty, Boulanger) sont légalement tenues de reprendre vos anciens appareils. **2. Le démantèlement manuel**, les appareils sont démontés pièce par pièce par des opérateurs agréés. Les batteries, condensateurs et écrans sont séparés en premier. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Collecte numérique mars 2026 : récupérer les métaux précieux de vos…](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs). **3. Le broyage et le tri**, les circuits imprimés sont broyés et triés magnétiquement et par densité pour séparer les différents métaux. **4. L'hydrométallurgie**, les métaux précieux sont dissous dans des acides (eau régale pour l'or), puis précipités par réduction chimique ou électrolyse pour obtenir des métaux purs. Les acteurs majeurs en France incluent Soren (panneaux solaires), Ecomed, et les filières de raffinage comme Umicore en Belgique qui traite une grande partie des DEEE européens. ## Ce que vous pouvez faire concrètement Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Perceuse, tondeuse en panne : où les déposer, vraiment](/outillage-electroportatif-bricolage-jardinage-recyclage). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Radiographies : où les déposer, personne n'est d'accord](/recyclage-radiographies-dentaires-medicales-ou-deposer). Participer à l'urban mining, c'est simple : - **Ne rien jeter à la poubelle** : téléphones, tablettes, PC, câbles, piles, tout doit aller en déchetterie ou point de collecte. - **Utiliser la reprise en magasin** : obligation légale depuis 2012, renforcée par la loi AGEC. Tout revendeur doit reprendre votre ancien appareil lors d'un achat. - **Vérifier les éco-organismes** agréés : Ecologic et Ecosystem disposent d'un réseau de 16 000 points de collecte en France. - **Donner avant de jeter** : un appareil fonctionnel peut être reconditionné et remis en circulation, c'est simple mais ça marche vraiment. La [filière DEEE en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026) collecte plus de 750 000 tonnes d'appareils par an, mais le potentiel est bien supérieur. ## Sources - [Urban Mining : Récupération métaux précieux électronique, Recupel](https://www.recupel.be/fr/blog/urban-mining-vous-possedez-des-tresors-insoupconnes) - [Globe Metal : Récupération et recyclage des métaux précieux](https://globemetal.com/metaux/recuperation-et-recyclage-des-metaux-precieux/) - [CORDIS EU : Retrieving precious metals from recycled electronic wastes](https://cordis.europa.eu/article/id/451621-retrieving-and-reusing-precious-metals-from-recycled-electronic-wastes) ## Ce qu'on en retient L'urban mining répond concrètement à deux crises : la raréfaction des matières premières et l'explosion des déchets électroniques. Chaque appareil en point de collecte plutôt qu'à la poubelle réduit la dépendance européenne aux mines étrangères. C'est l'un des gestes les plus impactants que vous puissiez adopter, et il ne coûte rien. --- ## Guide du tri sélectif en France 2026 - URL: https://www.recy.net/guide-tri-selectif-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-14T07:59:00 - Categories: tri **30 % d'erreurs dans les poubelles jaunes.** C'est le constat alarmant de 2026 : près d'un tiers des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) jetés dans nos bacs de tri ne devrait pas s'y trouver. Ces erreurs compromettent le recyclage et engendrent des coûts de traitement considérables. Pourtant, la France a simplifié et harmonisé ses consignes de tri sélectif depuis 2025. Aujourd'hui, 100 % des habitants peuvent trier tous les emballages et papiers, avec des règles claires et unifiées sur tout le territoire. Avant la simplification, je passais du temps à expliquer les consignes locales. C'était kafkaïen : même emballage, trois communes, trois réponses. Maintenant, c'est unifié. Mais 30 % d'erreurs persistent, donc le vrai problème n'était pas la complexité des règles, c'était la culture du tri elle-même. Les gens ont 40 ans de réflexes mal calibrés. Changer ça prend une génération. C'est pas un problème d'information, c'est un problème de temps et d'habitude. Ce guide vous permet de maîtriser le tri sélectif, d'éviter les erreurs courantes et de contribuer à l'économie circulaire. ## Pourquoi le tri sélectif compte plus que jamais La France s'est fixée des objectifs ambitieux : atteindre un taux de recyclage de **65 % avant 2026**, puis 70 % en 2030, conformément aux directives européennes sur les emballages (PPWR). Nous sommes loin du compte. Actuellement, sur les 1,2 millions de tonnes de déchets d'emballages ménagers plastiques générés chaque année, **seulement 23 % sont effectivement collectés et recyclés**. Pour les bouteilles plastiques spécifiquement, la loi AGEC fixe un objectif de taux de collecte de **77 % en 2025** et de **90 % en 2029**. Or, seules 60 % des bouteilles plastiques sont collectées. Nous devons faire mieux. La bonne nouvelle : les performances sont excellentes pour certains matériaux. Les emballages papier-carton affichent un taux de recyclage supérieur à **90 %**. Preuve que lorsque le tri est bien fait, le recyclage fonctionne. ## Les nouvelles règles du tri sélectif en 2026 ### L'extension du tri à tous les emballages Depuis le 1er janvier 2025, une règle simple s'applique partout en France : **tous les emballages vont dans la poubelle jaune**. Fini les hésitations entre le sac bleu, le sac jaune ou les ordures ménagères. Si c'est un emballage, il va dans le bac jaune. Concrètement, cela signifie que **tous les pots de yaourt**, quelle que soit leur matière (plastique, carton ou verre), doivent être jetés dans la poubelle jaune. Cette simplification réduit considérablement les erreurs de tri. **La règle d'or** : on peut mettre tous les emballages et rien que les emballages dans la poubelle jaune. ### La consigne principale à retenir Un emballage, c'est ce qui sert à protéger, transporter ou présenter un produit. Une fois le produit consommé, l'emballage devient un déchet à trier. Voici quelques exemples concrets : Vont dans la poubelle jaune : bouteilles plastiques, flacons de shampoing, boîtes en carton, canettes en aluminium, conserves en métal, briques alimentaires, pots de yaourt, barquettes en plastique, emballages de biscuits, sachets en plastique, films plastiques d'emballage. Ne vont pas dans la poubelle jaune : brosse à dents, jouets, cintres, bassines, sacs à main, stylos, téléphones portables. Ces objets en plastique sont exclus même s'ils contiennent du plastique, car le centre de tri n'est pas équipé pour traiter des objets composés de différentes matières. ### Les nouvelles obligations en milieu urbain Depuis la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), les collectivités doivent installer des points de collecte dédiés au recyclage dans les espaces publics : rues, parcs, places publiques, gares, transports en commun. Vous pouvez désormais trier même en dehors de chez vous. ## Les 10 erreurs de tri les plus fréquentes (et comment les éviter) ### Erreur n°1 : Jeter des emballages souillés ou mal vidés Un pot de yaourt encore plein de restes, une boîte de pizza graisseuse ou une barquette alimentaire non rincée obstruent les chaînes de tri. Ces matières souillées contaminent les autres matériaux recyclables et compromettent tout le processus. C'est le coupable numéro un dans les centres de tri : une barquette avec 50 grammes de sauce tomate sur 5 mètres de convoyeur, c'est une arrêt ligne. Alors : videz d'abord, rincez ensuite. Un rinçage rapide à l'eau suffit, inutile de laver au liquide vaisselle (ça crée juste une fausse conscience écologique coûteuse en eau). L'emballage doit être vide et sec. ### Erreur n°2 : Mettre des objets en plastique non-emballages Brosse à dents, jouets, cintres, bassines, ustensiles de cuisine en plastique finissent souvent dans la poubelle jaune par erreur. Ces objets perturbent le tri automatique : les trieuses optiques ne les reconnaissent pas, ils bloquent les machines, et finissent au rejet. Seuls les emballages vont dans la poubelle jaune. Objets en plastique cassés ? Déchetterie ou poubelle grise selon l'état. Simple. ### Erreur n°3 : Imbriquer les emballages Vous glissez vos petits emballages dans une grande bouteille pour gagner de la place ? Les machines de tri optique ne les identifient plus imbriqués, elles les rejettent. Chaque emballage doit être séparé. Aplatissez plutôt vos cartons et bouteilles, c'est aussi efficace pour l'espace. ### Erreur n°4 : Jeter des sacs plastiques dans la poubelle jaune Les sacs plastiques fins s'envolent dans les centres de tri, se coincent dans les machines, arrêt ligne 2h. Coût opérationnel délirant pour pas grand-chose. La plupart des sacs (courses, pain, fruits) vont dans les ordures ménagères. Sauf si votre région a étendu le tri aux films plastiques depuis 2025 (rare). Vérifiez sur le site de votre commune avant, don't guess. ### Erreur n°5 : Mettre des déchets dangereux ou inflammables Batteries, cartouches de gaz, aérosols pleins, seringues, ça ne va jamais dans le bac. Un aérosol en center de tri c'est un incendie programmé. Déchetterie ou points spécialisés : pharmacies pour seringues/médocs, magasins électro pour piles/batteries. ### Erreur n°6 : Laisser les bouchons sur les bouteilles Faux. C'était vrai en 2010, plus maintenant. Laissez les bouchons vissés : ils se recyclent avec la bouteille. Vide + bouchon = bac jaune, voilà. ### Erreur n°7 : Jeter du verre dans la poubelle jaune Le verre brise les machines et contamine. Il a sa filière dédiée. Bouteilles, pots, bocaux → conteneurs à verre spécifiques. Jamais poubelle jaune. (Sauf Pyrex, porcelaine, ampoules : ceux-là ne se recyclent pas.) ### Erreur n°8 : Ne pas respecter les consignes pour les cartons Les gros cartons de colis ne rentrent pas et perturbent la collecte. Aplatissez-les. Trop volumineux ? Déchetterie. Ne les laissez pas en vrac à côté du bac, ça s'envole et se pourrit. ### Erreur n°9 : Mettre du papier souillé dans le tri Mouchoirs usagés, essuie-tout gras, papier peint, papier cadeau plastifié ne se recyclent pas. Papiers propres et secs seulement : journaux, magazines, prospectus, enveloppes (oui, même à fenêtre), papier de bureau. ### Erreur n°10 : Ignorer les consignes spécifiques de sa commune Les consignes sont harmonisées depuis 2025, mais quelques spécificités locales peuvent persister selon les équipements. Vérifiez sur le site de votre commune ou l'app Citeo/Guide du tri. ## Le tri des biodéchets : une nouvelle obligation Depuis le 1er janvier 2025, la loi AGEC impose le tri des biodéchets pour tous : particuliers et professionnels. Les biodéchets comprennent les restes alimentaires (épluchures, coquilles d'œufs, marc de café, restes de repas) et les déchets verts (feuilles, petites branches, fleurs fanées). **Deux solutions principales** : 1. **Le compostage à domicile** : [composteur de jardin](/compostage-obligatoire-guide-pratique/) ou [lombricomposteur d'appartement](/lombricomposteur-appartement-guide-complet/). C'est la solution la plus écologique, qui produit un engrais naturel gratuit. 2. **La collecte en borne dédiée** : de plus en plus de communes installent des bornes de collecte de biodéchets (bacs marrons généralement). Vérifiez auprès de votre mairie. Les biodéchets représentent environ **30 % du poids de nos poubelles**. Les composter ou les trier correctement réduit considérablement le volume des ordures ménagères et leur impact environnemental. ## Le tri des textiles : également obligatoire Pour comprendre la [signification des logos de recyclage](/signification-logos-recyclage-emballages/) sur vos emballages, consultez notre guide dédié. Depuis le 1er janvier 2025, le décret "5 flux" devient le décret "8 flux", incluant la collecte, le tri et la valorisation obligatoires des textiles usagés. **Ce qui va dans les bornes textiles** : vêtements, linge de maison, chaussures appairées, petite maroquinerie (sacs, ceintures), même usés ou troués, tant qu'ils sont propres et secs. Mettez-les dans un sac fermé (plastique acceptable ici). Jamais en vrac. Bornes Le Relais, Croix-Rouge, Emmaüs, ou porte-à-porte si votre commune propose. ## Astuces pour un tri efficace au quotidien ### Organisez votre espace tri Installez plusieurs poubelles chez vous : une pour les ordures ménagères, une pour le bac jaune (recyclables), une pour le verre, une pour le compost. Des poubelles de tri compartimentées existent dans le commerce pour optimiser l'espace. ### Éduquez toute la famille Le tri est un geste collectif. Impliquez vos enfants en leur expliquant où va chaque déchet. Les erreurs de tri diminuent quand toute la famille connaît les règles. ### Utilisez les applications mobiles L'application "Guide du tri" de Citeo scanne les codes-barres de vos produits et vous indique précisément où jeter chaque emballage. L'application indique également les points de collecte près de chez vous (verre, textiles, déchetterie). ### Réduisez vos déchets à la source Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Privilégiez les produits avec moins d'emballages, achetez en vrac quand c'est possible, utilisez des contenants réutilisables. C'est bon pour la planète et pour votre portefeuille. ### Rincez vos emballages avec l'eau de vaisselle Profitez de l'eau de vaisselle pour rincer rapidement vos pots de yaourt, conserves et barquettes. Inutile de faire couler l'eau spécialement pour cela. ## Questions fréquentes sur le tri sélectif ### Les emballages compostables vont-ils dans le compost ou dans le bac jaune ? Les emballages compostables (souvent en bioplastique) ne vont **ni dans le compost domestique ni dans le bac jaune**. Ils nécessitent un compostage industriel à haute température pour se dégrader correctement. En l'absence de collecte spécifique dans votre commune, jetez-les dans les ordures ménagères. ### Faut-il enlever les étiquettes des bocaux et bouteilles ? Non, inutile de retirer les étiquettes papier sur les bocaux en verre ou les bouteilles plastiques. Elles seront éliminées lors du processus de recyclage. En revanche, retirez les éléments en métal ou plastique amovibles (comme les opercules métalliques). ### Que faire des emballages composés de plusieurs matériaux ? Séparez les éléments si c'est facile : par exemple, retirez l'opercule métallique d'un pot de yaourt en verre. Si les matériaux sont indissociables (comme une brique alimentaire qui contient carton, plastique et aluminium), jetez l'ensemble dans le bac jaune. Les centres de tri savent les séparer. ### Les capsules de café vont-elles dans le bac jaune ? Cela dépend de leur composition. Les capsules Nespresso en aluminium se recyclent via les points de collecte Nespresso ou certains bacs jaunes selon les territoires. Les capsules Tassimo, Dolce Gusto et autres plastiques vont généralement aux ordures ménagères, car difficiles à recycler. Renseignez-vous auprès de votre commune ou privilégiez les capsules réutilisables. ### Peut-on mettre plusieurs emballages dans un sac plastique avant de les jeter dans le bac jaune ? Non. Les sacs plastiques posent problème dans les centres de tri. Jetez vos emballages en vrac directement dans le bac jaune. Si vous utilisez un sac pour transporter vos recyclables jusqu'au bac, videz le contenu dans le bac et jetez le sac vide dans les ordures ménagères (ou dans le bac jaune si votre territoire accepte tous les plastiques). ### Le tri est-il vraiment utile ou tout est mélangé ensuite ? C'est un mythe tenace, mais totalement **faux**. Les bacs jaunes sont traités dans des centres de tri spécialisés, jamais mélangés avec les ordures ménagères. Les matériaux sont séparés, conditionnés puis vendus à des recycleurs qui en font de nouvelles matières premières. Votre geste de tri a un impact direct et mesurable sur le recyclage effectif. ## Pour aller plus loin Le tri sélectif efficace repose sur trois piliers : **connaître les règles**, **éviter les erreurs courantes** et **adopter les bons gestes au quotidien**. Avec les nouvelles consignes harmonisées de 2026, trier n'a jamais été aussi simple. Un emballage vide et rincé va dans la poubelle jaune. Point. En respectant ces consignes, vous contribuez directement à l'économie circulaire et réduisez l'extraction de matières premières vierges. Le recyclage d'une tonne de plastique évite l'émission d'environ 1,5 tonne de CO2. Chaque geste compte. ## Sources - [Déchets et recyclage : les nouvelles obligations en 2025](https://www.recygo.fr/blog/actu/reglementation-pour-2025) - [Tri sélectif : les nouvelles règles en 2025](https://www.cy-clope.com/tri-selectif-nouvelles-regles/) - [Chiffres du recyclage en France : emballages et papiers - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - [La production et le recyclage des déchets en France : Statistiques](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-production-et-le-recyclage-des-dechets-en-france-extrait-du-bilan-environnemental-2024) - [Tri sélectif : évitez ces 10 erreurs fréquentes avec la poubelle jaune](https://www.prioriterre.org/tri-selectif-10-erreurs-courantes-que-tout-le-monde-fait-avec-sa-poubelle-jaune/) - [30 % d'erreurs dans les poubelles jaunes : comment faire mieux ?](https://www.tikographie.fr/2026/01/16/30-derreurs-dans-les-poubelles-jaunes-comment-faire-mieux/) - [Guide de la poubelle jaune 2025](https://www.handybag.fr/fr/nos-astuces-et-articles/tous-les-contenus/Guide-de-la-poubelle-jaune-2025) --- ## Tri des biodéchets : guide pratique 2026 - URL: https://www.recy.net/tri-biodechets-guide-pratique-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-14T06:43:00 - Categories: tri Depuis le 1er janvier 2024, **tous les Français doivent trier leurs biodéchets à la source**. Deux ans plus tard, mi-2026, seule la moitié de la population dispose d'une solution de collecte effective. **32,1 millions d'habitants couverts** selon l'ADEME. L'autre moitié se débrouille ou ne fait rien. D'une commune à l'autre, les systèmes divergent complètement. Zéro harmonisation. Certaines misent sur un bac marron en porte-à-porte, d'autres sur des bornes d'apport volontaire, d'autres distribuent des composteurs individuels en espérant que les gens s'en servent. La loi est la même pour tout le monde. La réalité sur le terrain, non. ## Pourquoi c'est important Les biodéchets représentent **environ 30 % du contenu de nos poubelles résiduelles** (ADEME). **5,6 millions de tonnes par an** en France. Quand ils sont jetés avec les ordures, ils finissent incinérés ou enfouis. Incinérer de la matière organique gorgée d'eau, c'est absurde énergétiquement. Et en décharge, les biodéchets produisent du méthane, 25 fois plus puissant que le CO2 comme gaz à effet de serre. Triés correctement, ces déchets deviennent du compost (remplace les engrais chimiques) ou du biogaz (énergie renouvelable) via méthanisation. C'est le même déchet, deux destins radicalement différents selon qu'il est trié ou pas. ## Ce qui est un biodéchet (et ce qui ne l'est pas) La loi définit les biodéchets comme tout déchet non dangereux biodégradable de jardin ou de parc, plus les déchets alimentaires et de cuisine. **Oui** : épluchures de fruits et légumes, marc de café, coquilles d'oeufs, restes de repas, pain rassis, sachets de thé, tontes de pelouse, feuilles mortes, tailles de haies, petites branches, fleurs fanées. **Non** : litières d'animaux (souvent non compostables), souches et gros troncs (trop volumineux), viandes et poissons en grande quantité dans un composteur domestique (odeurs et nuisibles). ## L'obligation et les sanctions L'article [L541-21-1 du Code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041599113) impose le tri à la source des biodéchets pour tous : particuliers, professionnels, collectivités. **Particuliers** : amende forfaitaire de **35 EUR** pour dépôt sauvage ou non-respect du tri (contravention de 2e classe). En pratique, les contrôles restent rares en 2026. Certaines communes commencent à verbaliser les récidivistes. **Professionnels** (restaurants, cantines, grande distribution) : jusqu'à **75 000 EUR d'amende**. Les contrôles sont plus fréquents, surtout en restauration et en [tri 5 flux](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/). ## Les 4 solutions concrètes ### Composteur individuel (si tu as un jardin) La plus autonome. Un composteur de 300-600 litres, biodéchets transformés en compost en 6-12 mois. Zéro dépendance à la collecte municipale. Compost gratuit pour le jardin. Réduction du volume de poubelle résiduelle (et de la taxe d'ordures ménagères dans les communes à tarification incitative). L'effort : apprendre l'équilibre carbone/azote (alterner matières vertes et brunes). Risque d'odeurs ou de nuisibles si mal géré. Éviter viandes et poissons. Beaucoup de collectivités subventionnent l'achat (20-50 EUR après aide). ### Composteur collectif de quartier (en immeuble) Pour les copropriétés sans jardin privé. Installé dans un espace commun, géré par un référent ou une association. Les habitants déposent leurs biodéchets dans des bacs dédiés. Le compost partagé sert aux espaces verts de la résidence. Ça marche quand c'est bien piloté. À Rennes Métropole, **plus de 300 composteurs collectifs** installés depuis 2020, taux de satisfaction de 85 %. Ça ne marche pas quand personne n'anime : sacs plastiques dans le bac, odeurs, abandon. Pour organiser le tri en [copropriété](/tri-copropriete-organiser-collecte-immeuble/), l'animation humaine est le facteur numéro un. ### Points d'apport volontaire (bornes) Des bornes dédiées dans l'espace public, souvent à côté des points verre/papier. Accessibles 24h/24. Pas de contrainte d'espace chez soi. À Colmar, pionnière depuis 15 ans, le réseau de bornes couvre toute la ville et détourne **1 500 tonnes de biodéchets par an**. Le problème : déplacement nécessaire, moins pratique pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, risque de dépôts sauvages si les bornes sont saturées. ### Collecte en porte-à-porte (bac dédié) La solution clé en main. Un bac marron à domicile, vidé 1-2 fois par semaine. Simplicité maximale. Le Grand Lyon a généralisé ce système sur 59 communes en 2023-2024, objectif de 60 kg de biodéchets par habitant et par an. Premiers résultats : **taux de participation de 70 %**. Coût pour la collectivité (répercuté sur la taxe d'ordures). Risque d'odeurs si collecte trop espacée en été. ## En appartement sans rien : le lombricomposteur Si ta commune n'a ni collecte ni composteur collectif, le **lombricomposteur** est l'alternative. Des vers de compost (Eisenia) transforment les déchets alimentaires en lombricompost et en "thé de compost" liquide (fertilisant). Utilisable en intérieur (cuisine, balcon, cave). Aucune odeur si bien géré. Production rapide (3-6 mois). Capacité limitée : environ 500 g de déchets par jour pour un modèle 3 plateaux. Certains déchets interdits (agrumes en excès, ail, oignon). Entretien régulier (aération, humidité). ## Professionnels : obligations renforcées Les gros producteurs (plus de 5 tonnes par an) doivent mettre en place une collecte séparée et tracer la valorisation. Solutions : contrat avec prestataire spécialisé, déshydrateur ou broyeur sur site (réduit le volume de 80 %), partenariat avec une plateforme de compostage locale. Les fonds REP emballages financent en partie les dispositifs. ## Ce que deviennent les biodéchets collectés **Compostage** : broyage, mélange, fermentation aérobie pendant 3-6 mois. Compost utilisé en agriculture, maraîchage, espaces verts. Fertilité des sols sans intrants chimiques. **Méthanisation** : fermentation anaérobie en digesteur. Produit du **biogaz** (méthane) injecté dans le réseau ou converti en électricité, plus un **digestat** utilisé comme fertilisant. La France compte **plus de 600 unités de méthanisation** en 2026. Objectif : tripler les capacités d'ici 2030. ## Les erreurs qui plombent le système Sacs plastiques classiques dans le bac biodéchets (utiliser des sacs compostables norme EN 13432 ou du papier journal). Couches, litières, mégots dans le compost. Composteur trop tassé ou trop humide (génère des odeurs). Lombricomposteur surchargé (les vers ont besoin de temps). ## Si ta commune ne propose rien **Interpelle ta mairie** : la loi les oblige à proposer une solution. Pétition citoyenne, conseil municipal, contact élu environnement. **Installe un composteur individuel** (jardin) ou un lombricomposteur (appartement). **Rejoins une initiative locale** : associations, jardins collectifs, fermes urbaines avec composteurs partagés. **Réduis à la source** : moins de gaspillage alimentaire = moins de biodéchets. C'est la première des [priorités](/scandale-bordeaux-espagne-trafic-dechets-proces-2026). ## Verdict Le tri des biodéchets est obligatoire depuis deux ans et la moitié de la France n'a toujours pas de solution. C'est un problème d'exécution, pas de législation. La loi existe. Les solutions existent (composteur, bornes, porte-à-porte). Ce qui manque : des collectivités qui investissent, des citoyens qui s'approprient le geste, et du temps pour que ça se mette en place. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour que 80 %+ de la population soit couverte. Les exemples de Colmar, Rennes et Lyon montrent que ça marche quand c'est bien fait. Mais "bien fait" demande du budget, de l'animation, et de la constance. Trois choses qui manquent souvent dans la gestion municipale des déchets. En attendant, chaque kilo détourné de la poubelle résiduelle compte. Composteur, lombricomposteur, borne, bac marron. Peu importe le moyen. L'important, c'est que la matière organique retourne à la terre au lieu de partir en fumée. ## Sources - [ADEME - Biodéchets : tri à la source](https://www.ademe.fr/) - [Légifrance - Article L541-21-1 Code de l'environnement](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041599113) - [Grand Lyon - Collecte des biodéchets](https://www.grandlyon.com/) - [Zero Waste France - Biodéchets](https://www.zerowastefrance.org/) --- ## Recyclage des matelas en France : comment ça marche ? - URL: https://www.recy.net/recyclage-matelas-filiere-collecte-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-14T06:01:00 - Categories: recyclage 5 millions de matelas jetés chaque année en France. C'est le gisement que gère la filière REP des éléments d'ameublement, une infrastructure de collecte et de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) que très peu connaissent. Mais s'en débarrasser correctement est gratuit, simple, et utile pour l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026). ## La filière DEA : responsabilité élargie du producteur Les matelas entrent dans la catégorie des **Déchets d'Éléments d'Ameublement (DEA)**, couverte par la réglementation REP depuis 2012. Principe simple : fabricants et distributeurs qui mettent des meubles sur le marché français financent leur collecte et valorisation en fin de vie. L'éco-organisme agréé est **Ecomaison** (anciennement Eco-mobilier). Il coordonne le réseau de collecte sur tout le territoire, finance les opérateurs de [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) et fixe les objectifs de valorisation. La REP DEA est effective pour la literie depuis 2015, ce qui en fait l'une des filières les plus matures du secteur. Pour les particuliers, la conséquence est simple : vous pouvez rapporter votre vieux matelas gratuitement à de nombreux points de collecte, sans gérer une benne ou un prestataire privé. C'est une des filières REP les plus accessibles. Utilise-la. ## Où déposer votre matelas ? Plusieurs solutions s'offrent à vous selon votre situation : **La déchetterie municipale** reste le point de dépôt le plus accessible. Pratiquement toutes les déchetteries agréées acceptent les matelas, sans limite de taille. Il suffit de se présenter avec le matelas dans votre voiture ou camionnette, certaines disposent de bennes dédiées au textile et à l'ameublement. **La reprise lors de l'achat neuf**. En vertu de la loi AGEC, tout distributeur qui vous livre un matelas neuf est tenu de reprendre l'ancien, au même moment et gratuitement. C'est le principe du "1 pour 1" : un meuble livré, un meuble repris. Pensez à le signaler au moment de votre commande. **Les points de collecte partenaires** : certaines enseignes de grande distribution, ressourceries et associations de réemploi participent au réseau Ecomaison. Leur liste est disponible sur le site de l'éco-organisme, avec un moteur de recherche par code postal. ## Que devient un matelas recyclé ? Un matelas est une structure composite : ressorts, mousse polyuréthane, latex, fibres textiles, bois, feutrine. Sa complexité est précisément ce qui en fait un défi pour le recyclage, et une opportunité pour l'innovation. Voici le parcours typique d'un matelas après collecte : **1. Démantèlement** sur un site spécialisé. Les opérateurs séparent manuellement les différentes couches. La France compte aujourd'hui 7 sites de démantèlement et de valorisation. **2. Valorisation par matériau** : - La **mousse polyuréthane** est broyée en flocons (granulation) et réutilisée comme sous-couche pour moquettes, isolation phonique ou rembourrage. Elle peut aussi entrer dans le programme **RENUVA™**, qui reconvertit la mousse en polyol recyclé pour fabriquer de nouveaux produits. - Les **ressorts en acier** partent en filière métaux pour refonte. Les **fibres textiles** sont acheminées vers les filières de valorisation du textile. - Le **bois** des cadres suit la filière bois-énergie ou le recyclage bois. **3. La valorisation énergétique** concerne les fractions non recyclables : elles sont utilisées comme combustible de substitution dans les cimenteries, en remplacement d'énergies fossiles. Au total, environ **72 000 tonnes de matelas**, soit 4 millions d'unités, sont chaque année détournées de l'enfouissement. Le taux de valorisation global atteint 90 %, avec une répartition équilibrée entre recyclage matière et valorisation énergétique. ## Les limites actuelles de la filière Malgré ces résultats, la filière ne couvre pas l'intégralité du gisement. Sur 5 millions de matelas mis au rebut chaque année, une part significative finit en dépôts sauvages ou bennes non spécialisées. Raisons : méconnaissance du dispositif, manque de points de collecte en zones rurales, difficultés logistiques pour particuliers sans véhicule. Il n'est pas rare qu'une agglomération de 200 000 habitants ne compte qu'un seul point de collecte. C'est insuffisant. La logistique du matelas, c'est lourd et volumineux. On ne peut pas s'attendre à ce que les gens se débrouillent tous tout seuls. D'autres produits du quotidien connaissent le même défi de complexité matériau, comme les [capsules de café en aluminium](/recyclage-capsules-cafe-aluminium-compost/) ou les [couches bébé](/recyclage-couches-bebe-filiere-france-2026/) dont les filières se structurent progressivement. La filière travaille sur l'éco-conception : inciter fabricants à réduire les matériaux et faciliter le démantèlement. Ecomaison a lancé plusieurs chantiers en 2025, dont un label de conception responsable pour la literie. ## Comment s'inscrire dans l'économie circulaire ? Le recyclage du matelas illustre l'économie circulaire : prolonger la durée de vie d'un produit, récupérer ses matières premières, réduire les ressources vierges. À titre personnel, quelques gestes simples maximisent l'impact : Quelques gestes simples maximisent l'impact : vérifier si votre matelas est encore valorisable en réemploi auprès d'associations ou de ressourceries, utiliser le dispositif "1 pour 1" lors de tout achat de literie neuve, et éviter de le déposer en encombrants classiques où il finit souvent enfoui. ## Sources - [Ecomaison - filière DEA et matelas](https://www.courrierdumeuble.fr/blog/ecomaison-le-recyclage-des-matelas-exemple-concret-des-incitations-a-linnovation) - [Eclaira - valorisation des matelas, du site pilote à la filière](https://www.eclaira.org/articles/h/focus-valorisation-des-matelas-du-site-pilote-a-la-filiere.html) - [Veolia - REP DEA matelas à Rennes](https://www.recyclage.veolia.fr/gerer-mes-dechets/collectivites/actualites-temoignages/matelas-rep-dea) - [Ministère de la Transition écologique - Éléments d'ameublement DEA](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/elements-dameublement-dea) Recycler un matelas n'est pas plus compliqué que déposer une bouteille en verre : points de collecte, filières structurées, geste gratuit. L'enjeu réel, c'est la notoriété du dispositif. Si les 5 millions de matelas usagés annuels étaient tous correctement orientés, ce seraient autant de tonnes de mousse, d'acier et de textiles réintégrés, autant d'évité en décharges. --- ## Recyclage des pneus usagés : filières en France - URL: https://www.recy.net/recyclage-pneus-usages-filiere-valorisation/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-13T09:15:00 - Categories: recyclage Chaque année, les Français mettent à la retraite des dizaines de millions de pneus. Ces montagnes de caoutchouc noir sont un défi logistique et environnemental colossal, et pourtant, la France a mis en place une filière de [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) qui atteint un taux de valorisation de 100 %. Comment fonctionne ce système, et que peut faire un particulier pour bien orienter ses vieux pneus ? ## La filière REP : Aliapur, l'éco-organisme central Depuis 2004, le [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) des pneus est encadré par une filière REP. Les fabricants et importateurs de pneus financent la collecte via Aliapur, l'éco-organisme agréé. En 2024, Aliapur a pris en charge 405 000 tonnes de pneus usagés, soit 48 millions de pneus tourisme environ. Ce volume représente 75 % du gisement annuel français. Dans les centres de stockage, les montagnes de pneus noirs sont impressionnantes. Mais ce qui compte vraiment, c'est la suite : comment on passe de ça à des granulats utilisables. L'objectif : aucun pneu ne finit en décharge ou brûlé à l'air libre. La filière génère également une économie de **750 000 tonnes de CO2** par an grâce aux substitutions qu'elle permet dans l'industrie. ## Où déposer ses pneus usagés ? La règle de base : le pneu usagé se rend là où le pneu neuf arrive. La voie principale passe par le **garagiste ou centre auto**, où le professionnel reprend les anciens sans frais supplémentaires. Vous pouvez aussi vous adresser à votre **déchetterie municipale** : elle accepte les pneus, généralement quelques unités par visite (vérifiez les règles locales). Pour les professionnels (flottes, collectivités), des **récupérateurs agréés** proposent l'enlèvement sur site. À noter : **déposer ses pneus dans la nature ou les brûler est illégal** et passible de sanctions. Le coût de dépollution d'un site de stockage sauvage de pneus peut atteindre plusieurs millions d'euros. Mais le plus grave : c'est qu'il y en a des milliers en France, juste abandonnés. ## Les filières de valorisation : que devient un pneu recyclé ? Une fois collectés, les pneus suivent plusieurs voies selon leur état et leur taille. ### Rechapage et réemploi Les pneus les moins usés peuvent être rechapés, c'est-à-dire recevoir une nouvelle bande de roulement. Cette pratique, courante pour les poids lourds, allonge la durée de vie du pneu tout en réduisant la consommation de matières premières. Le rechapage consomme **70 % moins d'énergie** que la fabrication d'un pneu neuf. ### Granulats de caoutchouc Le broyage des pneus en fines particules produit des **granulats de caoutchouc**. Ces granulats ont de nombreux débouchés : - Sols sportifs et aires de jeux : gazon synthétique, revêtements de pistes d'athlétisme, sols de salles de sport - Sols équestres : carrières d'équitation, pistes de galop - Revêtements routiers : certains enrobés bitumineux incorporent du caoutchouc recyclé, améliorant la résistance et réduisant le bruit - **Sous-couches acoustiques** dans la construction ### Valorisation énergétique en cimenteries Les pneus entiers ou en morceaux servent de **combustible de substitution** dans les fours des cimenteries. Leur pouvoir calorifique est élevé (équivalent à celui du charbon) et leur combustion dans des fours à plus de 1 400 °C garantit une destruction totale des composés toxiques. Les cendres de fer contenues dans le pneu s'intègrent au clinker, sans déchet résiduel. ### La pyrolyse : la voie d'avenir La **pyrolyse** décompose le caoutchouc par chauffage sans oxygène pour produire : - Du **noir de carbone régénéré** (utilisable dans la fabrication de nouveaux pneus) - De l'**huile de pyrolyse** (carburant de substitution) - Du **gaz de synthèse** - De l'**acier** récupéré de l'armature Cette technologie permet un [recyclage](/dechets-spatiaux-recyclage-satellites-fin-vie) en **boucle fermée** : un pneu usagé contribue directement à la fabrication d'un pneu neuf. Aliapur investit pour orienter davantage de volumes vers ces installations de pyrolyse, qui sont l'avenir de la filière. ## Ce que peut faire un particulier 1. Remettre ses pneus au garagiste lors du remplacement : gratuit et obligatoire. 2. Aller en déchetterie pour les pneus stockés. 3. Éviter les vendeurs sans label REP qui pourraient abandonner les pneus illégalement. 4. Prolonger la durée de vie : gonflage correct, géométrie réglée, conduite souple. 5. Vérifier la possibilité du rechapage pour utilitaires ou poids lourds. Et je sais pas si les consommateurs ont vraiment intérêt à économiser sur le prix du pneu si ça signifie une filière en déclin. L'économie de 20 euros n'en vaut pas la peine. La filière pneus et la [filière véhicules électriques en fin de vie](/recyclage-vehicules-electriques-fin-vie-filiere-2026/) convergent de plus en plus, les pneus des VE posant des défis spécifiques liés au poids des batteries. Pour les particuliers qui achètent des pneus en ligne, la loi impose désormais que le vendeur en ligne soit adhérent à un éco-organisme agréé. Le pictogramme Aliapur sur le site garantit que la filière sera activée. ## Sources - [Aliapur - Qui est Aliapur et bilan 2024](https://www.aliapur.fr/fr/actualite/1-qui-est-aliapur.html) - [Ministère de la Transition écologique - Pneumatiques](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/pneumatiques) - [Sénat - Question recyclage des pneus usagés 2025](https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250102776.html) ## Ce qui change concrètement La filière de recyclage des pneus usagés en France est l'une des plus performantes d'Europe : 100 % des pneus collectés sont valorisés, sans enfouissement ni dépôt sauvage. Aliapur coordonne ce système en mobilisant garagistes, déchetteries et industriels. Pour un particulier, le geste est simple : confier ses vieux pneus à son garagiste ou à la déchetterie la plus proche. La prochaine génération de pneus pourrait même contenir du caoutchouc issu des vôtres. --- ## Loi AGEC : ce qui change pour le recyclage en 2026 - URL: https://www.recy.net/loi-agec-changements-recyclage-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-13T06:31:00 - Categories: recyclage **46 % de taux de recyclage en 2022. Objectif : 65 % pour 2025.** On n'y est pas. Et on n'y sera pas. Six ans après sa promulgation, la loi AGEC n'a pas tenu ses promesses quantitatives. Mais 2026 marque un tournant : nouvelles filières REP, interdiction des microplastiques, renforcement du tri en entreprise. J'ai revu ces chiffres trois fois. Je n'arrive pas à croire qu'on puisse renverser la tendance en quatre ans. Mais le cadre est posé. Voici ce qui change concrètement. ## La loi AGEC en trois minutes Loi n° 2020-105 du 10 février 2020. 130 articles. Cinq objectifs ([Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/loi-anti-gaspillage-economie-circulaire)) : - **Sortir du plastique jetable** d'ici 2040 - **Mieux informer le consommateur** (indice de réparabilité, affichage environnemental) - **Lutter contre le gaspillage** (interdiction de destruction des invendus) - **Favoriser le réemploi** via consigne et seconde main - **Améliorer la collecte et le recyclage** par les filières REP Calendrier de 2021 à 2040, paliers tous les cinq ans. Après les mesures symboliques (fin des pailles 2021, indice réparabilité 2022), 2025-2026 concentre les obligations structurantes. ## Les mesures phares 2026 ### Interdiction des microplastiques dans les cosmétiques Depuis janvier 2026, plus de microplastiques dans les cosmétiques rincés : gels douche, shampoings, dentifrices, gommages ([Lemon Tri](https://lemontri.fr/resume-loi-agec/)). Vérifiez vos compositions. "Polyethylene", "polypropylene", "nylon" dans la liste INCI = microplastiques. En 2026, ces termes ne devraient plus apparaître. ### Nouvelles filières REP opérationnelles Le principe REP oblige les fabricants à financer la collecte et le recyclage. Filières mises en service ou renforcées depuis 2025-2026 ([HelloCarbo](https://www.hellocarbo.com/blog/reduire/loi-agec/)) : | Filière REP | Entrée en vigueur | Produits concernés | | ------------------------------------- | -------------------- | ------------------------------------- | | Emballages industriels et commerciaux | 2025 | Cartons, films, palettes, calages | | Textiles sanitaires | 2024-2026 | Lingettes, couches, protections | | Produits du tabac | 2023 (renforcé 2025) | Filtres de cigarettes, tabac à rouler | | Articles de sport et loisirs | 2025 | Vélos, raquettes, tentes, skis | | Bricolage et jardinage | 2025 | Outils, pots, tuyaux d'arrosage | | Matériaux de construction | 2023 (renforcé 2025) | Isolants, menuiseries, revêtements | Concrètement : les professionnels doivent adhérer à un éco-organisme et verser une éco-contribution. Pour les consommateurs : nouveaux points de collecte en déchetterie et en magasin, progressivement. ### Filtres à microplastiques sur les lave-linge Tous les lave-linge neufs doivent intégrer un filtre à microfibres plastiques. Un vêtement synthétique libère entre 700 000 et 12 millions de microfibres par cycle (Institut Scripps, _Environmental Science & Technology_, 2019). Le filtre capture ces particules avant les stations d'épuration. ## Le tri des biodéchets : l'obligation la plus visible Obligatoire depuis le 1er janvier 2024 (décret n° 2023-1408). Le déploiement des solutions (bacs, composteurs de quartier, collecte porte-à-porte) varie énormément selon les communes ([Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets)). En 2026, les contrôles se renforcent. Les collectivités sans solution s'exposent à des sanctions. Les entreprises de restauration : amendes jusqu'à **15 000 EUR** ([France-Clean](https://www.france-clean.fr/expertise/loi-agec-2025-2026-obligations-pour-le-nettoyage-professionnel/)). En pratique : renseignez-vous auprès de votre mairie. La plupart proposent un composteur gratuit ou un point d'apport volontaire. Si vous triez déjà, vous avez un temps d'avance sur les deux tiers des Français. ## Le tri 5 flux (devenu 8 flux) en entreprise Le décret [5 flux](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/) (n° 2016-288) impose le tri séparé aux entreprises produisant plus de 1 100 litres de déchets par semaine. La loi AGEC a élargi en 2025 ([Baker Tilly](https://www.bakertilly.fr/actualites/consulting-nouvelles-obligations-2025-loi-agec-entreprises-recyclage-reduction-dechets)) : Papiers et cartons. Plastiques (films, bidons, emballages rigides). Métaux. Verre. Bois. Biodéchets. Plâtre. Fractions minérales (béton, briques, tuiles BTP). Entreprises de plus de 20 salariés contrôlées en priorité. Non-respect : **35 000 EUR d'amende** pour les personnes morales. ## Les chiffres 2024 : la réalité Données [Citeo](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024) : | Matériau | Taux de recyclage 2024 | | ------------------- | ---------------------- | | Acier | 100 % | | Verre | 85 % | | Papier-carton | 69 % | | Aluminium | 61 % | | Plastique | 29 % | | **Tous emballages** | **71 %** | Le taux global de 71 % masque le problème structurel : **le plastique plafonne à 29 %**. Loin de l'objectif européen de 50 % pour 2025. La progression sur dix ans ne permet pas d'atteindre 55 % en 2030 au rythme actuel (bilan intermédiaire stratégie 3R, juin 2025). Point positif : depuis 2025, 100 % des Français peuvent trier tous les emballages et papiers dans la poubelle jaune ([Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/)). ## Bilan à cinq ans : lucidité nécessaire Bilan officiel février 2025 ([Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/5-ans-loi-anti-gaspillage-economie-circulaire)) : **Ce qui fonctionne** : 23 filières REP opérationnelles (contre 14 avant la loi). Extension des consignes de tri à 100 % du territoire. Indice de réparabilité sur 9 catégories. Fin de la vaisselle jetable en restauration sur place. **Ce qui coince** : les tonnages d'emballages plastiques à usage unique ont **augmenté de 3,3 %** entre 2018 et 2021 au lieu de baisser de 20 % ([Vie publique](https://www.vie-publique.fr/en-bref/294523-economie-circulaire-un-premier-bilan-de-la-loi-agec)). Taux de réemploi stagnant. [Consigne bouteilles plastiques](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france/) toujours pas déployée. Lobbying industriel freinant l'application. En clair : on légifère bien. On applique mal. Le problème n'est pas le texte. C'est l'exécution. ## Ce que vous pouvez faire maintenant 1. **Triez vos biodéchets.** Si votre commune ne collecte pas, un composteur coûte 30-80 EUR (souvent subventionné) 2. **Vérifiez vos cosmétiques.** INCI Beauty ou Yuka signalent les microplastiques 3. **Profitez du tri simplifié.** Tous les emballages dans la poubelle jaune, partout en France 4. **Utilisez le bonus réparation.** Aide financière pour réparer électroménager, textiles, chaussures. Les [Repair Cafés](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) offrent une alternative gratuite 5. **Signalez les manquements.** L'app SignalConso permet de dénoncer les entreprises non conformes ## Questions fréquentes **La loi AGEC concerne les particuliers ou les entreprises ?** Les deux. Particuliers : tri biodéchets (obligatoire depuis 2024), consignes de tri simplifiées, indice réparabilité. Entreprises : [tri multi-flux](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/), filières REP, interdiction destruction invendus. Le [guide ICPE](https://reglementation-environnement.com/icpe-guide-complet-reglementation-2026/) détaille le cadre juridique. **Sanctions en cas de non-respect du tri en entreprise ?** Amendes jusqu'à 35 000 EUR (personnes morales) pour le tri 5 flux. 15 000 EUR pour les biodéchets en restauration. **Le plastique sera totalement interdit ?** Non. La loi vise la fin des emballages plastiques à usage unique d'ici 2040. Pas l'interdiction du plastique. L'objectif de réduction de 20 % pour 2025 n'est pas atteint. Celui de 100 % recyclé pour 2025 non plus. **Qu'est-ce qu'une filière REP ?** Les fabricants et importateurs financent la fin de vie de leurs produits via des éco-contributions à un éco-organisme agréé (Citeo pour les emballages, Refashion pour les textiles). Le coût est répercuté dans le prix du produit. **Points de collecte pour les nouvelles filières ?** [ecologie.gouv.fr](https://www.ecologie.gouv.fr/loi-anti-gaspillage-economie-circulaire) recense les éco-organismes. Chaque éco-organisme a un annuaire de points de collecte. Votre déchetterie intègre progressivement les nouveaux flux. ## Sources - Ministère de la Transition écologique, [Loi AGEC](https://www.ecologie.gouv.fr/loi-anti-gaspillage-economie-circulaire) - Ministère de la Transition écologique, [Bilan 5 ans](https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/5-ans-loi-anti-gaspillage-economie-circulaire) - Vie publique, [Premier bilan AGEC](https://www.vie-publique.fr/en-bref/294523-economie-circulaire-un-premier-bilan-de-la-loi-agec) - Citeo, [Chiffres du recyclage 2024](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024) - Citeo, [Chiffres recyclage emballages et papiers](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - Lemon Tri, [Résumé loi AGEC](https://lemontri.fr/resume-loi-agec/) - HelloCarbo, [Évolutions AGEC 2026](https://www.hellocarbo.com/blog/reduire/loi-agec/) - Baker Tilly, [AGEC 2025 entreprises](https://www.bakertilly.fr/actualites/consulting-nouvelles-obligations-2025-loi-agec-entreprises-recyclage-reduction-dechets) - France-Clean, [AGEC 2025-2026 nettoyage professionnel](https://www.france-clean.fr/expertise/loi-agec-2025-2026-obligations-pour-le-nettoyage-professionnel/) --- ## Recyclage déchets BTP : filières et obligations - URL: https://www.recy.net/recyclage-dechets-btp-materiaux-construction/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-12T06:49:00 - Categories: recyclage Le secteur du bâtiment et des travaux publics est le plus grand producteur de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) en France : **46 millions de tonnes par an** du seul bâtiment. Le BTP, c'est 70 % des déchets totaux du pays, loin devant les ménages. Pourtant, le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) reste insuffisamment structuré chez les professionnels. La filière REP PMCB, entrée en vigueur en 2023, change un peu la donne. ## Pourquoi les déchets BTP sont un enjeu stratégique Sur les chantiers de rénovation, il n'est pas rare de voir béton, bois et métaux jetés dans la même benne, la REP PMCB encore largement méconnue des maîtres d'œuvre. Ça résume bien l'état d'avancement sur le terrain. Les déchets du BTP en France se chiffrent à environ **70 % du total des déchets du territoire**. Béton, brique, tuile, bois, métal, plâtre, verre : la majorité sont recyclables, en théorie. Selon le ministère de la Transition écologique, la valorisation actuelle atteint **69 %** : 29 % en remblaiement carrière, 38 % recyclés matière, 2 % énergétique. C'est des bons chiffres en apparence, mais ils cachent d'énormes disparités selon le type de matériau et la taille du chantier. Les petits ateliers artisanaux ? Souvent zéro tri. Les déchets des démolitions concentrent les volumes les plus importants. Une démolition de bâtiment génère en moyenne **1,5 à 2 tonnes de déchets par mètre carré** de surface plancher. Les petits chantiers de rénovation, eux, posent un problème de collecte : les volumes sont épars, les artisans isolés, et l'accès aux filières de traitement n'est pas toujours facile. C'est encore pire pour les bâtiments privés : pas d'obligation REP, donc les propriétaires gèrent eux-mêmes. Beaucoup jettent juste à la décharge. ## La filière REP PMCB : la nouvelle donne depuis 2023 La loi AGEC a créé en 2023 la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie du Producteur, Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment). C'est enfin une obligation claire pour le secteur. Les fabricants et distributeurs de matériaux de construction financent désormais la reprise gratuite des déchets sur les chantiers et en déchetteries. Quatre éco-organismes ont été agréés : **Valobat, Ecominero, Ecomaison et Valdelia**. Les obligations concrètes pour les professionnels : - **Reprise gratuite** des déchets de construction dans les points de collecte agréés - **Prise en charge à 80 %** des coûts de collecte sur chantier si le volume dépasse 50 m³ (depuis janvier 2026) - **Traçabilité obligatoire** via bordereau de suivi des déchets (BSD) - **Diagnostic déchets** avant toute démolition significative Les artisans du bâtiment, souvent peu familiers avec la réglementation déchets, sont directement concernés. Depuis 2023, ils peuvent déposer gratuitement leurs déchets dans les points de collecte du réseau, une première en France. ## Béton et granulats : la filière la plus mature Le béton représente **la majorité des volumes** de déchets BTP en masse. La bonne nouvelle : il se recycle facilement. Le béton issu de démolition est concassé pour produire des **granulats recyclés**, utilisables en sous-couche routière et fondations de chaussées, en remblaiement et terrassement, ou en béton recyclé dans certaines proportions réglementées. La norme NF EN 12620 encadre l'utilisation des granulats recyclés dans le béton. En France, le décret du 27 juillet 2021 a précisé les conditions d'incorporation : jusqu'à **20 % de granulats recyclés** dans le béton armé structurel, 30 % dans les bétons non armés. Des acteurs comme Lafarge, Eiffage ou des recycleurs spécialisés gèrent de nombreuses unités de concassage en France. Les prix de reprise sont variables, mais la prise en charge REP PMCB réduit le coût résiduel pour les entreprises. Le principal obstacle reste la **qualité des granulats recyclés** : la présence de polluants (plomb dans les peintures anciennes, amiante dans les matériaux antérieurs à 1997) complique le tri et la valorisation. Un diagnostic amiante avant démolition est donc obligatoire pour tout bâtiment construit avant le 1er juillet 1997. ## Métaux : valeur et filières bien établies Les métaux issus des chantiers BTP, acier de structure, cuivre des installations électriques, aluminium des menuiseries, fonte des tuyauteries, bénéficient de filières de recyclage très développées. Le métal est l'un des rares matériaux à avoir une valeur marchande positive : le ferrailleur reprend les chutes d'acier et la ferraille. Le cuivre atteint des prix attractifs sur le marché des matières recyclées. Les métaux ferreux atteignent 100 % de taux de recyclage en France, bien au-dessus des objectifs européens. Le risque principal est le **vol de métaux sur chantier** (câbles cuivre, gouttières, raccords) et la revente dans des circuits parallèles non traçables. Les professionnels doivent sécuriser les stocks de métaux et s'assurer de leur traçabilité. ## Bois de chantier : valorisation mais filière encore fragile Le bois représente environ **8 millions de tonnes** de déchets dans le BTP chaque année, entre palettes, coffrages, menuiseries et charpentes. La filière de valorisation existe mais reste hétérogène : - **Réemploi direct** : bois en bon état (poutres, planches) valorisé par des associations ou entreprises de réemploi - **Fabrication de panneaux** (OSB, particules) avec les chutes propres et non traitées - **Valorisation énergétique** : bois traité, peint ou collé, dont le recyclage matière est difficile, valorisé dans des installations de chauffage biomasse Le principal enjeu est la **séparation sur chantier** entre bois propre (recyclable matière) et bois traité (valorisation énergétique uniquement). Un bois mélangé est souvent reclassé en déchet ultime. Les artisans menuisiers et charpentiers produisent des chutes de bois régulières. Des filières locales de collecte existent dans de nombreux départements via les déchetteries professionnelles et les réseaux de collecteurs agréés. ## Plâtre : une filière naissante mais prometteuse Le plâtre (plaques de plâtre, enduits, carreaux) est un cas particulier dans les déchets BTP. Il est techniquement recyclable à 100 %, le sulfate de calcium peut être réincorporé dans la fabrication de nouveau plâtre, mais la filière reste peu développée en France. Les obstacles sont multiples : le plâtre est fragile au transport (poussière), il doit être séparé des autres déchets de construction (inertes, papier kraft des plaques), et les unités de recyclage sont peu nombreuses. Saint-Gobain, premier fabricant de plâtre en France, a développé des programmes de reprise des chutes de plaques via son réseau de distributeurs. La REP PMCB intègre désormais le plâtre dans les matériaux éligibles à la reprise gratuite, ce qui devrait accélérer la structuration de la filière dans les prochaines années. ## Plateformes de réemploi : l'économie circulaire en chantier Le réemploi des matériaux de construction, c'est-à-dire leur réutilisation sans transformation, est le niveau le plus vertueux de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/). Il évite l'énergie de recyclage et conserve la valeur du matériau. En Île-de-France, [24 projets BTP circulaires](/ile-de-france-btp-circulaire-24-projets-2026/) illustrent cette dynamique à l'échelle régionale. Des acteurs comme **Cycle Up, Réavie, Backacia** ou **la Ressourcerie des Bâtisseurs** connectent chantiers producteurs de déchets et acheteurs de réemploi. Portes, fenêtres, luminaires, carreaux, appareils sanitaires, menuiseries en bon état circulent via ces plateformes. Les maîtres d'ouvrage publics sont de plus en plus nombreux à intégrer des **clauses de réemploi** dans leurs marchés : objectif de 5 % de matériaux réemployés dans les chantiers de construction publics, conformément à la directive de la loi AGEC. ## Obligations légales pour les professionnels du BTP Voici les obligations essentielles à respecter en 2026 : | Obligation | Seuil / délai | Sanction | | ------------------------------------ | ---------------------------------- | ------------------------- | | Diagnostic déchets avant démolition | Bâtiments de plus de 1 000 m² SHON | Amende administrative | | Bordereau de suivi des déchets (BSD) | Tous les déchets dangereux | Amende jusqu'à 75 000 € | | Tri des 9 flux sur chantier | Tous les professionnels | Amende jusqu'à 75 000 € | | Dépôt dans filière agréée | Déchets non dangereux | Traçabilité 3 ans minimum | | Contribution REP PMCB | Tous producteurs de matériaux | Adhésion éco-organisme | Le contrôle est assuré par les directions régionales de l'environnement (DREAL) et les services préfectoraux. En cas d'infraction (dépôt sauvage, absence de BSD, mélange de déchets), les sanctions peuvent être lourdes, et la responsabilité du maître d'ouvrage peut être engagée. ## Pour aller plus loin Le recyclage des déchets BTP est une obligation légale, un enjeu environnemental majeur et, de plus en plus, un avantage concurrentiel pour les entreprises qui s'y engagent. La filière REP PMCB simplifie l'accès aux points de collecte et transfère le financement de la collecte vers les fabricants de matériaux. Reste aux professionnels du chantier à s'organiser : tri à la source, traçabilité, diagnostic préalable. Les matériaux recyclés du BTP alimentent de nouvelles chaînes de valeur locales. Béton concassé pour les routes, bois en panneaux, métaux refondus, plâtre régénéré : la construction circulaire n'est plus une utopie. Elle se structure chantier après chantier. ## Sources - [Déchets du bâtiment et des travaux publics - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/dechets-du-batiment-et-des-travaux-publics), données volumes et taux de valorisation - [Filière REP PMCB - ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PMCB), modalités, éco-organismes agréés - [Filière REP PMCB : réemploi, réparation et recyclage - Batiweb](https://www.batiweb.com/actualites/recyclage/filiere-rep-pmcb-reemploi-reparation-recyclage-materiaux-construction-47391), mise en œuvre pratique - [La production et le recyclage des déchets en France - SDES](https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-production-et-le-recyclage-des-dechets-en-france-extrait-du-bilan-environnemental-2024), Bilan environnemental 2024 - [REP Bâtiment - Veolia](https://www.recyclage.veolia.fr/gerer-mes-dechets/entreprises/actualites-temoignages/rep-batiment-ce-quil-retenir), guide pratique professionnels - [Déchets du BTP - Profession Recycleur](https://www.profession-recycleur.fr/dechets-du-btp.html), filières de traitement détaillées --- ## Upcycling : définition, exemples inspirants et tendances - URL: https://www.recy.net/upcycling-surcyclage-creatif-exemples-tendances/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-11T06:21:00 - Categories: valorisation L'upcycling, ou surcyclage, est sur toutes les lèvres. Mais derrière la tendance Instagram des palettes reconverties en canapé, il y a une logique qui tient la route : pourquoi détruire un matériau encore bon quand on peut en faire un objet meilleur ? Je vois beaucoup de clients se lancer là-dedans, pas par militantisme, plutôt parce que c'est plus sympa qu'un canapé Ikea. En 2026, selon une étude Kantar publiée début 2025, **61 % des consommateurs européens préfèrent acheter un produit fabriqué à partir de matières revalorisées**, à condition qu'il soit esthétique et durable. Le surcyclage est devenu un levier réel de l'économie créative et circulaire. ## Upcycling vs recyclage classique : la différence centrale Le recyclage classique, c'est utile, mais c'est souvent du **downcycling**. Une bouteille en PET recyclée devient rarement une autre bouteille en PET : elle finit en fibre textile, en mobilier de jardin, en revêtement de sol. Quelque chose se perd à chaque étape. Ce phénomène est partout dans l'industrie du recyclage. L'upcycling fonctionne à l'inverse. Il s'agit de transformer un déchet ou un objet en fin de vie en quelque chose de **valeur égale ou supérieure**, sans destruction ni réduction du matériau. Un jean usé devient un sac artisanal, pas une fibre de rembourrage. Des palettes industrielles deviennent une étagère design, pas de la biomasse pour chaudière. Cette distinction est majeure : l'upcycling évite le coût énergétique de la destruction et de la refonte du matériau, et préserve sa valeur intrinsèque. Il s'inscrit directement dans les principes de l'[économie circulaire](/economie-circulaire-principes-exemples-guide/) : maintenir les matériaux dans le circuit le plus longtemps possible, au niveau de valeur le plus élevé. ## Exemples concrets par catégorie ### Mode et textile Le textile est le terrain le plus fertile pour l'upcycling. La basket Gisèle de Caruus, exemple souvent cité, est entièrement composée de vieux jeans et bleus de travail, avec une semelle en plastique et caoutchouc recyclés, assemblée en France. Des marques comme Veja, Études Studio ou Faguo intègrent depuis plusieurs années des matières upcyclées dans leurs collections. Au niveau grand public, Vinted et Vestiaire Collective popularisent la seconde main. Mais l'upcycling textile va plus loin : reprendre vos propres vêtements, les remodeler. Un manteau trop grand devient autre chose. Une collection de cravates endormies dans l'armoire devient une veste. C'est plus satisfaisant à la main. ### Mobilier et décoration Les palettes bois restent l'exemple emblématique, trop, peut-être, au point d'être devenu un cliché. Mais le marché du mobilier upcyclé va bien au-delà. Des créateurs comme Mater (Danemark) ou des ateliers français comme MJOLK transforment des matériaux industriels récupérés (acier de chantier, verre de laboratoire, bois de démolition) en pièces uniques à haute valeur ajoutée. Les ressourceries et la Maison du Zéro Déchet proposent ateliers et matériaux pour que les particuliers s'approprient ces pratiques. En 2026, le mobilier upcyclé est un segment en forte croissance dans la décoration intérieure, avec une cible de 30 à 60 ans sensible à l'artisanat et à l'originalité. ### Électronique C'est le secteur où l'upcycling est le plus complexe, et le plus nécessaire. Les équipements électroniques contiennent des matériaux précieux (or, argent, cobalt, terres rares) dont l'extraction minière est particulièrement destructrice. Le recyclage classique récupère une partie de ces métaux, mais l'upcycling électronique propose une autre voie : réparer, réemployer, regrader. Fairphone et Back Market (reconditionné premium) incarnent cette logique. Les ateliers de repair café permettent de redonner vie à des appareils condamnés à la décharge. Un smartphone réparé plutôt qu'abandonné, c'est entre 50 et 80 kg de CO2 économisés selon l'ADEME. ## DIY upcycling pour débutants : par où commencer Pas besoin d'atelier professionnel pour se lancer. Voici trois projets accessibles : **1. Bocaux de confiture en luminaires** : quelques ampoules LED à douille E14, un perçoir et un mètre de câble textile suffisent. Le résultat est propre, personnalisable, et dupliquable à l'infini. Coût matériel : 15 à 30 euros par luminaire. **2. Chutes de tissu en protège-cahiers ou sacs en tissu** : une machine à coudre d'entrée de gamme (ou une de location en atelier partagé), des restes de tissu récupérés en mercerie ou en ressourcerie. La courbe d'apprentissage est rapide. **3. Mobilier de récupération revisité** : une chaise dépareillée trouvée en brocante, une couche de peinture chalk paint, un tissu tendu sur l'assise. Coût total inférieur à 25 euros, rendu comparable à un meuble de boutique de déco à 150 euros. La clé du DIY upcycling réussi : commencer simple, accepter l'imperfection, et rejoindre des communautés locales (repair cafés, FabLabs) pour accéder à des outils et des compétences partagés. Les [repair cafés](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) sont particulièrement bien équipés pour ce type de projets. ## Impact environnemental réel : ce que disent les chiffres L'upcycling n'est pas exempt de biais. Il faut être honnête sur ses limites. **Ce qui est vrai** : transformer un objet en fin de vie évite son enfouissement ou son incinération, économise l'énergie nécessaire à la destruction et à la production d'un objet neuf, et maintient de la valeur dans l'économie locale. Une veste en jean upcyclée économise l'énergie de fabrication d'une veste neuve, évaluée à environ **7 000 litres d'eau** pour un jean standard (source : ADEME, rapport textiles 2023). **Ce qui est plus nuancé** : l'upcycling est super à titre personnel, mais ça ne monte pas à l'échelle industrielle. Les gisements de déchets d'une grande ville ne se règlent pas avec des ateliers DIY. Et puis il y a le piège : « j'upcycle donc je peux continuer à acheter n'importe quoi ». Ça m'énerve à chaque fois qu'on me dit ça. Les 5R rappellent que refuser et réduire viennent avant recycler. **Le vrai bilan** : l'upcycling est un outil pertinent, pas une solution universelle. Il est maximal quand il s'inscrit dans une démarche globale d'[économie circulaire](/economie-circulaire-reduit-30-pourcent-emissions-carbone-etude/) et de consommation raisonnée. ## Marques pionnières et tendances 2026 En France et en Europe, plusieurs acteurs structurent un marché de l'upcycling professionnel : **Patagonia** est pionnière du recyclage et de l'upcycling textile depuis les années 1990, avec son programme Worn Wear de réparation et revente. **Caruus** fabrique des chaussures entièrement upcyclées en France depuis des vêtements récupérés. **Elvis & Kresse** transforme des tuyaux d'incendie réformés de la Brigade de Pompiers de Londres en sacs et ceintures premium. **Freitag**, emblème suisse, crée des sacs haut de gamme en bâches de camion, ceintures de sécurité et chambres à air récupérées. La tendance 2026 est au **luxe upcyclé** : des pièces rares, traçables, avec une histoire. L'authenticité et l'unicité deviennent des arguments de vente forts dans un marché saturé de produits de masse. ## Pour aller plus loin L'upcycling est plus qu'une tendance. C'est honnête de dire que c'est pas la solution macro au problème des déchets, mais ça marche sur le local. Ça crée du boulot, ça réanime des savoir-faire qu'on avait oubliés, et ça change la relation qu'on a aux objets. Moins j'achète neuf, plus je répare ou je transforme, mieux je dors. Surtout parce qu'une pièce upcyclée qu'on a faite ou choisie, on la garde longtemps. C'est le plus efficace. Pour démarrer : une vieille chemise, des ciseaux, une idée. Le reste suit. ## Sources - [Kantar, étude consommation responsable Europe 2025](https://www.kantar.com/) - [ADEME, rapport textiles et impact environnemental 2023](https://www.ademe.fr/) - [Zero Waste France, guide économie circulaire](https://www.zerowastefrance.org/) - [Surcyclage - Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Surcyclage) - [Upcycling : définition et exemples - Coolproducts](https://coolproducts.fr/upcycling-definition/) - [Upcycling 2026 : design durable - Bliss Paris](https://www.blissparis.fr/upcycling-2026/) --- ## Réduire sa consommation d'eau : astuces pratiques - URL: https://www.recy.net/consommation-eau-menage-reduire-astuces/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-10T09:31:00 - Categories: economie-circulaire En France, chaque habitant consomme en moyenne **150 litres d'eau potable par jour**, selon les données du Centre d'information sur l'eau (CIEAU). C'est l'équivalent de trois baignoires remplies chaque semaine, pour une seule personne. Alors que les sécheresses se multiplient et que la facture d'eau grimpe dans de nombreuses communes, réduire sa consommation d'eau à la maison n'est plus une posture verte : c'est une nécessité économique et écologique. J'ai vu une mairie en Occitanie qui avait relevé ses tarifs eau de 25 % en deux ans, juste pour couvrir les manques de ressource : les habitants se mobilisent vraiment quand ils voient leur facture monter. Les gestes efficaces sont simples, peu coûteux et rapidement rentables. Voici comment agir pièce par pièce. ## Les postes les plus consommateurs dans un foyer Voir aussi [Cuisine zéro déchet : réduire ses déchets pièce par pièce](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece). Avant d'agir, il faut savoir où l'eau part. La répartition est relativement stable entre les foyers français (source : CIEAU) : | Usage | Part de la consommation | | --------------------------------- | ----------------------- | | Hygiène corporelle (douche, bain) | 39 % | | Chasse d'eau des toilettes | 20 % | | Lessive | 12 % | | Vaisselle | 10 % | | Nettoyage, arrosage | 6 % | | Alimentation, boisson | 6 % | | Autres | 7 % | Ces quatre premiers postes, douche, WC, lessive, vaisselle, concentrent plus de 80 % de la consommation domestique. C'est là que se jouent les économies les plus significatives. ## Salle de bain : le premier levier d'action La douche est le poste numéro un. Une douche standard de 8 minutes consomme entre 60 et 80 litres. Un bain rempli, c'est 150 à 200 litres d'un coup. Le calcul est vite fait. Réduire le temps de douche est l'action la plus immédiate : passer de 8 à 4 minutes divise la consommation par deux, soit une économie de 10 000 à 15 000 litres par an pour une personne. C'est le geste le plus accessibilité, celui que presque tout le monde peut faire sans investissement. Le vrai gain matériel vient de la douchette économique (ou pommeau basse consommation). Elle maintient la sensation de pression en mélangeant l'eau avec de l'air, tout en ramenant le débit de 15-20 litres/minute à 6-8 litres/minute. Investissement : 15 à 40 euros, rentabilisé en quelques mois. Un réflexe simple mais puissant : couper l'eau pendant le savonnage ou le shampoing. Cela économise plusieurs litres par douche sans changer vos habitudes. Les mousseurs de robinet (aérateurs) vont encore plus loin. Fonctionnant sur le même principe que la douchette, ils mélangent eau et air pour maintenir le débit apparent tout en réduisant la consommation réelle de 40 à 60 %. Ils se vissent directement sur le robinet existant, sans outil spécial, pour quelques euros. ## Toilettes : 20 % de la consommation totale Les chasses d'eau sont un cinquième de la consommation domestique, soit l'équivalent de 30 litres par personne et par jour dans un foyer standard. Deux types d'actions sont possibles. Les équipements récents intègrent une chasse d'eau double-commande (bouton court/bouton long) qui réduit le volume de chasse. Pour les WC anciens à réservoir, l'astuce du sac lesté (un sac plastique rempli de sable ou de graviers, placé dans le réservoir) réduit le volume sans intervention de plombier, économie de 1 à 2 litres par chasse. Il faut aussi accepter que les toilettes ne sont pas une poubelle. Jeter des mouchoirs, cotons, lingettes ou mégots entraîne des chasses supplémentaires et, à terme, des bouchons coûteux à déboucher. La détection de fuite est un diagnostic zéro-coût. Une chasse qui coule en continu peut gaspiller 600 à 1 000 litres par jour, soit la consommation d'une famille entière. Le test du colorant : quelques gouttes de colorant alimentaire dans le réservoir, puis observer si la teinte apparaît dans la cuvette sans chasse. Si oui, il y a une fuite. ## Cuisine : la vaisselle et les petits gestes À la vaisselle à la main, on utilise en moyenne 40 litres d'eau pour un repas de quatre personnes. Un lave-vaisselle de classe énergétique A ou plus récente n'en consomme que 9 à 12 litres pour le même chargement, à condition de le lancer plein. Le réflexe clé en cuisine : ne pas laisser couler l'eau en permanence. Rincer les légumes dans une bassine plutôt que sous l'eau courante, faire la vaisselle à la main avec deux bacs (un pour laver, un pour rincer) au lieu du robinet continu. Ces petits gestes s'accumulent rapidement. Un mousseur sur le robinet de cuisine produit le même effet qu'à la salle de bain : il réduit le débit sans affecter l'efficacité du nettoyage. ## Récupération d'eau de pluie : une ressource gratuite L'eau de pluie, non potable, est parfaitement adaptée à l'arrosage du jardin, au lavage de la voiture ou au nettoyage extérieur. Un foyer avec un jardin utilise en moyenne 50 litres d'eau du robinet par m² de pelouse arrosée par an, de l'eau traitée et facturée, gaspillée sur des plantes qui survivraient très bien avec de l'eau de pluie. J'ai vu des gens qui économisaient 500 euros par an juste en installant une cuve. C'est pas du gadget écolo : c'est de l'argent dans votre poche d'août à octobre. **Un récupérateur d'eau de pluie** (cuve raccordée à la gouttière) est un investissement de 50 à 300 euros selon le volume, amorti en une ou deux saisons. Certaines communes subventionnent leur acquisition : renseignez-vous auprès de votre collectivité. Pour les appartements sans jardin, récupérer l'eau de rinçage des légumes ou l'eau de cuisson refroidie pour arroser les plantes d'intérieur est un petit geste sans investissement. Le [recyclage des eaux grises](/eau-grise-recyclage-reuse-france/) va encore plus loin en réutilisant les eaux de douche et de lavabo pour les toilettes ou l'arrosage. ## Équipements hydro-économes : le récapitulatif | Équipement | Investissement | Économie estimée | | ---------------------------------- | ------------------------------------- | ------------------------------ | | Pommeau de douche économique | 15 à 40 € | 15 000 L/an/personne | | Mousseurs de robinet (pack) | 5 à 20 € | 40-60 % du débit | | Chasse d'eau double commande | 0 (souvent déjà en place) ou 50-150 € | 30-50 % vs. chasse simple | | Récupérateur d'eau de pluie | 50 à 300 € | 40-50 m³/an selon pluviométrie | | Détecteur de fuite (test colorant) | 0 € | Jusqu'à 300 m³/an évités | ## Les économies financières concrètes Le prix moyen du m³ d'eau en France s'établit autour de **4,30 euros TTC** en 2026 (eau potable + assainissement, selon le Rapport SISPEA 2025). Une famille de quatre personnes qui réduit sa consommation de 20 %, ce que permettent les gestes décrits ci-dessus, économise environ 50 m³ par an, soit **215 euros annuels** sur la facture d'eau. Ajoutez l'économie d'énergie liée à l'eau chaude (moins d'eau chauffée = moins de gaz ou d'électricité consommée), et l'impact financier total dépasse souvent 300 euros par an pour un foyer de quatre personnes. Le [guide zéro déchet pour débuter](/zero-dechet-guide-pratique-debuter/) propose une approche progressive pièce par pièce. La [loi AGEC et ses obligations sur les emballages](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) impose également des changements chez les fabricants qui réduisent la consommation de ressources. ## Sources - [Centre d'information sur l'eau (CIEAU) - Usages domestiques de l'eau](https://www.cieau.com/le-metier-de-leau/ressource-en-eau-eau-potable-eaux-usees/quels-sont-les-usages-domestiques-de-leau/) - [RAINÉA - La consommation d'eau des ménages français en 2025](https://rainea.fr/consommation-eau-menages-francais-2025/) - [Eau.selectra.info - Consommation moyenne d'eau par personne en France (Rapport 2025)](https://eau.selectra.info/consommation) - [Kelwatt - Prix du m³ d'eau en France en 2026](https://www.kelwatt.fr/eau/prix) - ADEME, Guide des économies d'eau à la maison ## Pour aller plus loin Réduire sa consommation d'eau ne demande ni sacrifice ni investissement massif. Les trois gestes les plus rentables, installer un pommeau économique, vérifier les fuites et raccourcir la douche, suffisent à faire chuter la facture de 20 à 30 % dès le premier mois. Le reste suit naturellement, pièce par pièce, quand le réflexe d'économie devient une habitude. J'ai changé d'avis sur la faisabilité : au début je pensais que les gens lâcheraient au bout de trois mois, mais les retours que j'ai sur le terrain montrent qu'une fois la facture baisse, le réflexe reste. Et avec un prix du m³ qui augmente chaque année, l'argument économique n'a jamais été aussi solide. --- ## Que devient vraiment votre plastique une fois recyclé ? - URL: https://www.recy.net/que-devient-plastique-recycle/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-10T08:40:00 - Categories: recyclage **26 % de taux de recyclage du plastique en France.** Sur les millions de tonnes d'emballages plastiques produits chaque année, à peine un quart retrouve une seconde vie. Le reste : incinération, enfouissement ou dispersion dans la nature. Pourtant, le recyclage plastique fonctionne quand le tri est correct. Le vrai problème, c'est que personne ne sait ce qui se passe après le bac jaune. Dans les centres de tri, ce n'est pas du tout aussi automatisé qu'on l'imagine. Des caméras pour trier les couleurs, oui. Mais derrière, des gens qui regardent et rejettent manuellement les erreurs. C'est bruyant, c'est chaud, c'est du travail pénible. ## Le bac jaune : point de départ Depuis 2025, consignes harmonisées sur tout le territoire : **tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune**. Bouteilles, flacons, pots de yaourt, barquettes, films alimentaires, sachets. Fini les hésitations. Mais un emballage mal trié peut contaminer tout un lot. Les [15 erreurs de tri les plus courantes](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/) montrent qu'un pot encore plein, une barquette non vidée ou un objet en plastique (jouet, cintre) jeté par erreur perturbent le processus. Règle simple : si ce n'est pas un emballage, ça ne va pas dans le bac jaune. Une fois collectés, vos emballages partent vers l'un des **450 centres de tri** du territoire, modernisés progressivement depuis 2023. ## Au centre de tri : la séparation ### Trois étapes 1. **Tri balistique** : un tapis vibrant sépare emballages légers (films, sachets) des rigides (bouteilles, barquettes). Plats vs en volume. 2. **Tri optique** : capteurs infrarouges qui analysent la composition chimique à grande vitesse. En une fraction de seconde : PET (bouteilles d'eau), PEHD (flacons de lessive), PP (pots de yaourt). Des jets d'air comprimé envoient chaque emballage vers la bonne ligne. 3. **Contrôle manuel** : des opérateurs retirent les erreurs de tri en bout de chaîne. Verre, textile, objet non recyclable. ### Le résultat Plastiques regroupés par famille, compressés en balles d'environ 250 kg. Expédiées vers des usines de régénération, souvent en France ou en Europe. ## L'usine de régénération : du déchet à la matière première ### Recyclage mécanique : la voie classique Concerne principalement PET et PEHD, les deux plastiques les mieux recyclés. **Bouteilles PET** (eau, soda, jus) : broyage en paillettes de quelques millimètres. Lavage à l'eau chaude (colles, étiquettes, résidus). Séparation par couleur via tri optique. Chauffage haute température et transformation en granulés. Résultat : le rPET, matière première directement utilisable. **Flacons PEHD** (lessive, shampoing, produits ménagers) : processus similaire. Granulés utilisables pour contenants, tuyaux, mobilier urbain. ### Recyclage chimique : la nouvelle frontière Pour les plastiques difficiles (films, barquettes multicouches, plastiques souillés), le recyclage chimique ouvre des perspectives. La **pyrolyse** : plastique chauffé entre 400 et 800 degrés sans oxygène. Décomposition en huile ou gaz reconvertible en plastique neuf, qualité équivalente à la matière vierge. Deux nouvelles filières de recyclage chimique opérationnelles depuis 2025. Capacité combinée : plus de 80 000 tonnes/an. L'objectif : recycler ce qui échappait au recyclage mécanique. ## La seconde vie concrète de vos emballages ### La bouteille d'eau : de bouteille en bouteille Le PET transparent, champion du recyclage en boucle fermée. Une bouteille d'eau peut redevenir une bouteille d'eau. Depuis 2025, minimum **25 % de plastique recyclé** obligatoire dans les bouteilles pour boissons. Détails dans notre article sur l'[incorporation obligatoire de PET recyclé](/plastique-recycle-incorporation-obligatoire-pet/). La [consigne des bouteilles plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france/) reste au cœur du débat pour accélérer la collecte. Le PET sert aussi à fabriquer des **fibres textiles polyester**. 27 bouteilles = un pull en laine polaire. L'industrie automobile utilise ces fibres pour les garnitures intérieures. ### Le flacon de lessive : une vie de tuyau Le PEHD recyclé se retrouve dans les tuyaux et canalisations, bidons industriels, bacs de collecte, mobilier urbain (bancs, aires de jeux). Matériau solide qui se prête bien au recyclage. ### Le pot de yaourt : la filière en essor Longtemps considéré comme non recyclable, le polystyrène des pots fait désormais l'objet d'une filière dédiée. Recyclé en nouveaux emballages alimentaires ou en matériaux d'isolation pour le bâtiment. ### Films et sachets : le défi des souples Les plus difficiles à recycler. Légers, ils s'envolent dans les centres de tri et bloquent les machines. Quand ils sont correctement captés : sacs-poubelle, films agricoles, bâches de chantier. ## Les chiffres qui comptent Le taux global de 26 % masque des disparités : Les **bouteilles et flacons** affichent 59 % de collecte (filière mature). Les **pots, barquettes et films** sont nettement en dessous mais en progression. Le **papier-carton**, à titre de comparaison, dépasse les 90 % de recyclage. Objectif européen : **50 % de recyclage des plastiques en 2025**, **55 % en 2030**. En 2025, **108 000 tonnes d'emballages plastiques supplémentaires** recyclées grâce aux nouvelles filières (Citeo). ## Ce qui n'est pas recyclé : où va le reste ? Sur les 74 % non recyclés, la majorité est **incinérée avec valorisation énergétique** : brûlée dans des usines qui produisent électricité ou chaleur. Mieux que l'enfouissement, mais ça génère du CO2. Les [négociations internationales](https://actualites-news-environnement.com/traite-mondial-pollution-plastique-negociations/) sur un traité mondial visent à réduire ces volumes. Une partie finit en **décharge**. Et une fraction échappe aux circuits et finit dans l'environnement. La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026/) fixe le cadre réglementaire qui accélère la transformation de la filière. ## Comment améliorer le recyclage Le recyclage seul ne suffit pas. Trois leviers : **Mieux trier.** Chaque erreur de tri sabote un lot entier. Videz vos emballages. Ne les imbriquez pas. En vrac dans le bac jaune. **Réduire à la source.** Le meilleur déchet n'existe pas. Le décret 3R impose -20 % d'emballages plastiques à usage unique d'ici 2025, moitié par réemploi. **Développer le réemploi.** Consigne des bouteilles, contenants réutilisables, vrac. Ces modèles évitent le plastique jetable. ## Verdict Le plastique se recycle mieux en France grâce aux nouvelles technologies et aux règles qui durcissent. Mais c'est une pièce du puzzle. 26 % de taux de recyclage, c'est un échec. Le tri compte. La réduction à la source compte plus. Et tant qu'on produit autant de plastique, le recyclage ne fera que limiter les dégâts sans résoudre le problème de fond. ## Sources - [Chiffres du recyclage en France - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - [Deux nouvelles filières pour recycler plus d'emballages plastique - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/deux-nouvelles-filieres-pour-recycler-plus-demballages-en-plastique/) - [De nos poubelles au recyclage - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/de-nos-poubelles-au-recyclage-le-parcours-des-emballages-et-papiers) - [Le recyclage des bouteilles en plastique - Paprec](https://www.paprec.com/fr/comprendre-le-recyclage-2/tout-savoir-sur-les-matieres-recyclables/plastiques/le-recyclage-des-bouteilles-en-plastique/) - [Décret 3R - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/decret-3r-quels-objectifs-de-reduction-reemploi-recyclage-dici-2025/) - [Étapes du recyclage des plastiques - L'Info Durable](https://www.linfodurable.fr/environnement/quelles-sont-les-etapes-du-recyclage-des-plastiques-30841) --- ## Extension des consignes de tri : ce qui va au bac jaune - URL: https://www.recy.net/extension-consignes-tri-simplification-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-10T06:21:00 - Updated: 2026-08-18T06:00:00 - Categories: tri **98 % de la population métropolitaine peut désormais trier tous les emballages.** Depuis le 1er janvier 2023, l'extension des consignes de tri est effective en métropole. Un chantier silencieux qui a pris plus de cinq ans à se déployer, porté par Citeo et 944 millions d'euros d'investissement. En 2026, l'extension aux DROM-COM ajoute 2,2 millions d'habitants qui peuvent enfin appliquer une règle simple : tous les emballages dans la [poubelle jaune](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune). Avant cette harmonisation, les consignes se contredisaient d'une commune à l'autre. Un pot de yaourt accepté ici, refusé trente kilomètres plus loin. Un même consommateur, une même poubelle jaune, deux réalités opposées. C'était absurde. Pourtant, trois ans après la généralisation, le geste n'est pas encore ancré partout. Le taux de refus en centre de tri se situe encore entre 20 % et 30 % selon les collectivités. Et à l'inverse, trop d'emballages recyclables finissent encore dans les ordures ménagères. La vérité c'est que simplifier une consigne ne suffit pas. Il faut changer les réflexes de décennies. Et ce n'est pas une question de pédagogie, c'est une question de temps : une génération doit passer avant que le nouveau geste soit vraiment naturel. Où en sommes-nous vraiment ? Que change cette simplification pour votre quotidien et pour le recyclage en France ? ## Mise à jour, 18 août 2026 Les chiffres de cet article dataient de 2024. Citeo a publié depuis son estimation 2025, l'ADEME sa cinquième évaluation du taux de collecte des bouteilles. Les valeurs par matériau ont été reprises dans le corps de l'article. Trois points à retenir. - Citeo estime le taux de recyclage des emballages ménagers à [73 % pour 2025](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/), pour 61,4 kg d'emballages triés par habitant. Les plastiques, eux, plafonnent à 30 %. - Le taux de collecte des bouteilles de boisson en plastique atteint [56,8 % en 2023 et 58,2 % en 2024](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8896-evaluation-du-taux-de-collecte-des-bouteilles-en-plastique-de-boisson-pour-2023-et-2024.html), rapport ADEME du 16 décembre 2025, la valeur 2024 restant provisoire. L'objectif AGEC de 77 % en 2025 ne sera pas tenu. - Le 19 mai 2026, en conseil de planification écologique, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement d'engager une concertation sur la consigne. L'AMF, France urbaine et Intercommunalités de France y restent opposées. Le dossier complet est dans notre article sur [la consigne des bouteilles plastique](/consigne-bouteilles-plastique-bilan-plan-2025-2030-trajectoire-90-pourcent/). Côté industriels, le règlement européen PPWR est applicable depuis le [12 août 2026](https://www.douane.gouv.fr/actualites/entree-en-vigueur-du-nouveau-reglement-relatif-aux-emballages). Rien ne bouge dans votre bac jaune pour autant : ce qui s'applique porte sur la composition et la recyclabilité des emballages, pas sur le geste du trieur. Le marquage tri harmonisé destiné au grand public, lui, viendra plus tard. Détail de [ce qui disparaît des rayons](/ppwr-12-aout-2026-emballages-bannis-rayons-france/). ## L'extension des consignes de tri : de quoi parle-t-on ? ### Avant 2023 : un patchwork de consignes Jusqu'en 2022, les consignes de tri variaient d'une commune à l'autre. Dans certaines collectivités, seuls les bouteilles et flacons plastiques allaient dans le bac jaune. Ailleurs, tous les plastiques étaient acceptés. Cette disparité créait une confusion permanente, en particulier pour les Français qui déménagent d'une commune à l'autre. **Exemple concret** : un pot de yaourt en plastique, c'était bac jaune à Lyon, ordures ménagères à Marseille et poubelle grise avec tri spécifique à Paris. Trois villes, trois règles. Résultat : un taux d'erreur de tri dépassant 30 % dans certaines collectivités. ### Depuis 2023 : une règle unique L'extension des consignes de tri simplifie radicalement : **tous les emballages, sans exception, vont dans le bac jaune**. Peu importe la matière : plastique rigide (bouteilles, flacons), plastique souple (films, sachets), aluminium (canettes, barquettes), acier (conserves), carton (boîtes, suremballages), papier (prospectus, journaux), briques alimentaires. Cette harmonisation nationale est inscrite dans la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) de février 2020, qui impose la simplification et l'extension du geste de tri sur 100 % du territoire d'ici fin 2022 dans l'objectif de lever les freins au recyclage et augmenter les tonnages collectés. ## Les chiffres de l'extension : un déploiement massif ### Métropole : 98 % de la population couverte Au 1er janvier 2023, **98 % de la population métropolitaine** bénéficie de l'extension des consignes de tri. Cette couverture quasi-totale est le fruit d'un déploiement progressif engagé en 2012, puis accéléré à partir de 2017. Citeo, l'éco-organisme chargé de piloter cette transition, a mobilisé **944 millions d'euros** entre 2018 et 2023 pour moderniser les centres de tri français. Ces investissements ont permis d'installer des équipements de tri optique capables d'identifier et de séparer automatiquement les différentes résines plastiques : PET (bouteilles transparentes), PEHD (flacons opaques), PP (pots de yaourt, barquettes), PS (gobelets, barquettes). ### DROM-COM : 2,2 millions d'habitants supplémentaires en 2026 Le 1er janvier 2026 marque une nouvelle étape : l'extension des consignes de tri atteint les Départements et Régions d'Outre-Mer et les Collectivités d'Outre-Mer. **2,2 millions d'habitants** supplémentaires peuvent désormais trier tous les emballages. Cette extension tardive s'explique par des contraintes logistiques spécifiques : éloignement géographique, absence de centres de tri locaux, coût du fret pour acheminer les matériaux recyclables vers des filières de recyclage en métropole ou à l'international. À titre d'exemple, en Guadeloupe, les plastiques collectés sont conditionnés en balles puis exportés vers des recycleurs européens ou asiatiques. Le coût du transport maritime représente jusqu'à 40 % du coût total de recyclage dans ces territoires. ### 81 500 entreprises clientes de Citeo L'extension des consignes de tri concerne directement les entreprises qui mettent des emballages sur le marché français. Citeo compte **81 500 entreprises clientes** qui financent le dispositif via l'éco-contribution. Cette contribution est calculée en fonction du tonnage d'emballages mis en circulation et du niveau de recyclabilité : un emballage 100 % recyclable paie moins qu'un emballage complexe difficile à trier. ## Ce qui change concrètement dans votre poubelle jaune ### Tous les plastiques, même les plus petits Avant l'extension, seuls les bouteilles et flacons étaient acceptés. Désormais, **tous les emballages plastiques** vont dans le bac jaune. Les **pots de yaourt** (PS ou PP) côtoient désormais les barquettes alimentaires (viande, poisson, fruits), qu'elles soient transparentes, noires ou blanches. On y trouve aussi les films et sachets pour le pain, fruits et légumes, ainsi que les suremballages de packs d'eau. Les tubes (dentifrice, crème, mayonnaise) y vont depuis 2023, comme les boîtes de beurre, fromage frais et glaces. Enfin, les blisters qui emballent les piles, jouets et articles de quincaillerie complètent cette catégorie. **Attention** : cette règle s'applique aux **emballages uniquement**. Un objet en plastique (jouet, cintre, brosse à dents) n'est pas un emballage et ne va pas dans le bac jaune, même s'il est en plastique. Seule la fonction compte : l'emballage sert à contenir, protéger ou transporter un produit au moment de l'achat. ### Les résines acceptées : de quoi parle-t-on ? Les plastiques ne sont pas tous identiques. Il existe sept grandes familles de résines, identifiées par un code à trois flèches sur les emballages (de 1 à 7) : | Code | Résine | Exemples d'emballages | Tri | | ---- | --------------------------------- | ------------------------------ | --- | | 1 | PET (polyéthylène téréphtalate) | Bouteilles d'eau, de soda | Oui | | 2 | PEHD (polyéthylène haute densité) | Flacons de lait, de shampoing | Oui | | 5 | PP (polypropylène) | Pots de yaourt, barquettes | Oui | | 6 | PS (polystyrène) | Gobelets, barquettes de viande | Oui | | 4 | PEBD (polyéthylène basse densité) | Films souples, sacs | Oui | Avant l'extension, seuls les codes 1 (PET) et 2 (PEHD) étaient collectés. Depuis 2023, les codes 4, 5 et 6 sont acceptés partout. Cette évolution est un gain théorique de **3 kg d'emballages recyclables par habitant et par an** selon Citeo. ### Ce qui ne change pas : vider et secouer suffit Contrairement à une idée reçue, il n'est **pas nécessaire de laver** les emballages avant de les jeter. L'ADEME et Citeo sont formels : **vider et secouer suffit**. Un rinçage rapide à l'eau de vaisselle usagée est un plus, mais gaspiller de l'eau potable pour récurer un pot de yaourt est contre-productif d'un point de vue environnemental. **Exception** : un emballage très souillé (carton de pizza imbibé de graisse, barquette pleine de sauce) contamine les autres matériaux dans la chaîne de tri. Dans ce cas, soit vous rincez rapidement, soit vous jetez en ordures ménagères. Le bon sens prime. ## Les résultats trois ans après : où en sommes-nous ? ### Des tonnages en hausse, mais un taux de refus qui persiste L'extension des consignes de tri a permis d'augmenter les tonnages d'emballages collectés. Selon Citeo, les territoires ayant déployé l'extension collectent en moyenne **3 kg supplémentaires par habitant et par an**. À l'échelle nationale, cela représente environ **200 000 tonnes** de matériaux recyclables supplémentaires chaque année. Mais ces chiffres cachent une réalité plus nuancée. Le **taux de refus en centre de tri** reste élevé : entre 20 % et 30 % selon les collectivités. Un refus de tri, c'est un déchet déposé dans le bac jaune qui n'aurait pas dû s'y trouver : objet en plastique non-emballage, verre, textile, déchet souillé. Ces refus sont extraits de la chaîne de tri et partent en incinération ou en enfouissement, sans bénéfice environnemental. Pourquoi autant d'erreurs persistent ? Les raisons sont multiples : confusion entre emballages et objets en plastique, ignorance des consignes locales, manque d'identification visuelle claire. ### Le taux de recyclage des emballages : 73 % en 2025 Pour 2025, le **taux de recyclage des emballages ménagers** est estimé à 73 % en France par Citeo, pour 61,4 kg d'emballages triés par habitant. Ce chiffre est la proportion d'emballages effectivement recyclés par rapport aux emballages mis sur le marché. Ce taux global masque des disparités importantes entre matériaux. Sur les chiffres Citeo 2025, **l'acier est à 100 %** via les aciéries électriques et reste réutilisable à l'infini. Le verre atteint 88 % et dispose de la filière la plus mature. Le papier-carton est à 83 % (journaux, magazines, cartons d'emballage), l'aluminium (canettes et barquettes) à 43 %. Le maillon faible reste les plastiques : **30 % de taux de recyclage**. Le plastique reste le talon d'Achille du recyclage français. Malgré l'extension des consignes de tri, le taux de recyclage plafonne à 30 %, l'un des plus faibles de l'Union européenne. La **complexité des résines** en est une cause majeure : certains plastiques (PVC, PS expansé) résistent aux technologies actuelles. S'ajoute la contamination, quand un plastique souillé ou composé de plusieurs résines collées est simplement rejeté de la chaîne. Ensuite viennent les débouchés limités. Le marché du plastique recyclé (rPET, rPP) n'absorbe pas tous les gisements collectés. Enfin, une partie des plastiques collectés en France s'exporte en Asie, où les conditions de recyclage restent opaques et difficilement vérifiables. ### La consigne en embuscade : 2029, année fatidique ? L'objectif européen est fixé par l'article 9 de la directive (UE) 2019/904 sur les plastiques à usage unique, pas par le PPWR : **77 % de collecte séparée des bouteilles pour boissons en 2025, 90 % en 2029**. La France est à 56,8 % en 2023 et 58,2 % en 2024, valeur provisoire, selon la cinquième évaluation de l'ADEME publiée le 16 décembre 2025. Pour atteindre cet objectif, deux options : 1. **Améliorer drastiquement le tri sélectif** via l'extension des consignes de tri et le renforcement de la collecte hors domicile (espaces publics, entreprises, événements) 2. **Instaurer une consigne pour recyclage** sur les bouteilles plastiques, comme en Allemagne (98 % de collecte) ou en Norvège (97 %) L'article 66 de la loi AGEC, codifié à l'article L. 541-10-11 du code de l'environnement, reprend ces deux cibles en droit français. Ce que dit le texte, mot pour mot : si les performances cibles ne sont pas atteintes, le Gouvernement « définit après la publication du bilan réalisé en 2023, après évaluation des impacts économiques et environnementaux et concertation avec les parties prenantes, notamment les collectivités en charge du service public des déchets, les modalités de mise en œuvre d'un ou plusieurs dispositifs de consigne pour recyclage et réemploi ». Pas de date butoir écrite dans la loi, mais une concertation obligatoire. Elle est ouverte : le 19 mai 2026, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de l'engager. Le débat fracture le monde du recyclage entre collectivités (qui y sont majoritairement opposées) et industriels (plutôt favorables). ## Les obstacles qui freinent encore le recyclage ### La confusion persiste chez les consommateurs Malgré trois ans de communication, le doute reste répandu sur ce qui va, ou non, dans le bac jaune. La confusion entre objets en plastique et emballages vient en tête : un jouet cassé n'est pas un emballage, mais beaucoup le jettent dans le bac jaune par réflexe. Les emballages souillés posent aussi question : faut-il les laver ou non ? La règle (vider suffit) n'est pas encore naturelle pour tout le monde. Ajoutez à cela les **plastiques noirs**, invisibles pour les machines de tri optique et systématiquement refusés même s'ils sont correctement triés. Enfin, une variabilité locale persiste : quelques collectivités tardent à appliquer l'extension complète, créant des exceptions qui brouillent le message national. Pour lever ces doutes, l'application **Guide du tri** de Citeo permet de scanner le code-barres d'un produit et de savoir instantanément dans quelle poubelle le jeter. Elle recense également les points de collecte spécifiques (verre, textiles, déchèterie) à proximité de chez vous. Consultez notre [guide complet du tri sélectif](/guide-tri-selectif-france-2026/) pour toutes les consignes détaillées. ### Les centres de tri saturés L'extension des consignes de tri a provoqué une **hausse de 15 à 20 % des tonnages entrants** dans les centres de tri entre 2022 et 2024. Tous n'ont pas été modernisés à temps pour absorber ce flux supplémentaire. Résultat : certains centres fonctionnent à flux tendu, avec des temps de tri raccourcis et un risque accru d'erreurs. Les [robots trieurs IA](/robots-trieur-ia-centre-neuron-recyclage-2026/) comme ceux du centre Neuron montrent que la technologie peut absorber ces volumes supplémentaires. Les centres déjà modernisés ne suffisent pas encore à traiter l'ensemble des emballages collectés dans des conditions optimales. La transformation engagée par Citeo ne vise pas plus de sites, mais l'inverse : des structures industrielles moins nombreuses et de plus grande capacité, équipées de tri robotisé et de tri optique multi-caméras. ### Le marché du recyclage sous tension Trier, c'est bien. Recycler, c'est mieux. Mais encore faut-il que les matériaux collectés trouvent des débouchés industriels. Or, le **marché du plastique recyclé** reste fragile : Le **prix du rPET** (PET recyclé) est volatil : quand le pétrole est bas, le plastique vierge redevient compétitif et les industriels délaissent le recyclé. La **qualité** dépend directement du tri : un plastique mal trié contient des impuretés qui excluent les usages alimentaires et médicaux. Quant à l'**exportation**, faute de capacités suffisantes en France, une partie des plastiques collectés part vers l'Asie ou l'Europe de l'Est. L'objectif européen impose **25 % de plastique recyclé** dans les nouvelles bouteilles PET depuis 2025, puis **30 % en 2030**. Pour y parvenir, il faut non seulement collecter davantage, mais surtout améliorer la qualité du tri. Les taux de recyclage par matériau montrent qu'il reste une marge de progression importante sur les plastiques, qui demeurent le maillon faible de la filière. ## Ce qui va changer d'ici 2029 ### Renforcement de la collecte hors domicile La collecte en porte-à-porte ne suffit plus. Une part croissante de la consommation se fait **hors domicile** : restaurants, bureaux, transports en commun, événements sportifs, plages, parcs. Or, ces lieux sont sous-équipés en points de tri. La loi AGEC pousse au déploiement de **points de tri hors du domicile**, dans l'espace public comme dans les établissements recevant du public : gares, centres commerciaux, grands événements. L'objectif : capter les emballages consommés nomadement, qui échappent largement au circuit de collecte. ### Modulation de l'éco-contribution selon la recyclabilité Citeo expérimente depuis 2022 une **éco-modulation renforcée** : les emballages les plus faciles à recycler (bouteilles PET transparentes, cartons ondulés) paient moins d'éco-contribution que les emballages problématiques (barquettes noires, multicouches complexes). Cette incitation financière pousse les industriels à éco-concevoir leurs emballages. Depuis 2023, plusieurs grandes marques ont abandonné les barquettes noires (invisibles au tri optique) au profit de barquettes transparentes ou blanches, qui repassent devant les machines de tri optique au lieu d'être écartées. ### Digitalisation du tri : vers l'IA et la robotique Les centres de tri nouvelle génération intègrent des **robots de tri pilotés par intelligence artificielle**. Ces robots, équipés de caméras multi-spectrales et de bras articulés, peuvent identifier et extraire des emballages à une cadence de 60 à 80 objets par minute, soit deux fois plus vite qu'un agent de tri manuel. L'avantage : moins de pénibilité pour les opérateurs, moins d'erreurs, meilleur tri des petits formats. L'inconvénient : un coût d'investissement élevé (entre 500 000 et 1 million d'euros par robot). Seuls les grands centres de tri mutualisés peuvent se les offrir. ## Ce que vous pouvez faire pour améliorer le recyclage ### Adoptez les bons réflexes au quotidien 1. **Tous les emballages vont dans le bac jaune**, même les petits, même les films souples 2. **Videz et secouez**, pas besoin de laver, mais pas de restes alimentaires non plus 3. **Ne les emboîtez pas**, chaque emballage doit être jeté séparément pour être identifié par les machines 4. **Aplatissez les cartons et bouteilles**, gain de place dans le bac et dans le camion de collecte 5. **Laissez les bouchons vissés**, ils seront recyclés avec la bouteille ### Utilisez les outils disponibles L'application **Guide du tri** (Citeo) permet de scanner le code-barres d'un produit et de savoir instantanément où le jeter. Elle géolocalise également les points de collecte spécifiques près de chez vous : conteneurs à verre, bornes textiles, déchèteries. Le site **quefairedemesdechets.ademe.fr** propose un moteur de recherche par objet ou par déchet. Tapez "capsule de café" ou "jouet en plastique", il vous donne la consigne puis une carte des points de collecte près de chez vous. ### Réduisez à la source Le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Quelques pistes pour réduire vos emballages : - Achat en vrac : fruits, légumes, céréales, légumineuses, produits d'entretien - Contenants réutilisables : gourde, tote bag, boîtes hermétiques - Produits sans suremballage : privilégiez les formats familiaux et les recharges - Consigne : certains commerces proposent des contenants consignés (bières artisanales, produits laitiers locaux) Pour consolider votre maîtrise des consignes, un guide complet détaille les bonnes pratiques par type de bac. ## Un bilan en demi-teinte, mais des perspectives encourageantes Trois ans après le déploiement complet de l'extension des consignes de tri en métropole, le bilan est contrasté. D'un côté, **98 % des habitants de la métropole peuvent désormais trier tous les emballages** avec une règle simple et unifiée. Les tonnages collectés augmentent, les centres de tri se modernisent. De l'autre, le **taux de refus reste élevé** (30 % dans certaines collectivités), le recyclage du plastique plafonne à 30 %, et l'objectif européen de 90 % de collecte des bouteilles plastiques d'ici 2029 semble hors d'atteinte sans mesures complémentaires. Trier n'a jamais été aussi simple. **Tous les emballages dans le bac jaune, partout en France.** C'est un acquis fragile, le fruit de 944 millions d'euros d'investissement et de quinze ans de travail. ## Sources - Citeo, [Extension des consignes de tri : bilan 2023](https://www.citeo.com) - Citeo, [Les chiffres du recyclage en France : 73 % des emballages ménagers recyclés en 2025, 944 millions d'euros investis dans les centres de tri](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) - Citeo, [Modernisation des centres de tri : anticiper la reconversion des sites et des emplois](https://www.citeo.com/le-mag/modernisation-des-centres-de-tri-comment-anticiper-la-reconversion-des-sites-et-des-emplois) - ADEME, [Taux de recyclage des emballages ménagers en France](https://www.ademe.fr) - Ministère de la Transition écologique, [Loi AGEC : simplification du tri](https://www.ecologie.gouv.fr/loi-anti-gaspillage-economie-circulaire) - Directive (UE) 2019/904 du 5 juin 2019, [article 9 : collecte séparée des bouteilles pour boissons](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32019L0904) - Légifrance, [Article 66 de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000041553831) - ADEME, [Évaluation du taux de collecte des bouteilles en plastique de boisson pour 2023 et 2024](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8896-evaluation-du-taux-de-collecte-des-bouteilles-en-plastique-de-boisson-pour-2023-et-2024.html) - Douane, [Entrée en application du règlement (UE) 2025/40 sur les emballages](https://www.douane.gouv.fr/actualites/entree-en-vigueur-du-nouveau-reglement-relatif-aux-emballages) --- ## Recyclage textile : où déposer vos vêtements - URL: https://www.recy.net/recyclage-textile-vetements-depots/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-04T07:36:00 - Categories: recyclage > **Correction du 30 juillet 2026** : la liste des objectifs de la réforme 2026 attribuait au gouvernement un objectif de traçabilité qui ne figure dans aucun document officiel consulté. Il est retiré. # Recyclage textile : où déposer vos vêtements et que deviennent-ils ? Chaque année, les Français se débarrassent de milliers de tonnes de vêtements, chaussures et linge de maison. Face à la fast fashion, le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) devient un enjeu majeur. Où déposer concrètement vos textiles usagés ? Que deviennent-ils une fois collectés ? Le chiffre de [1 % de textile recyclé est d'ailleurs trompeur](/recyclage-textile-1-pourcent-chiffre-trompeur/) si on ne comprend pas la distinction entre recyclage fibre-à-fibre et autres formes de valorisation. Voici un [guide pour](/compostage-obligatoire-guide-pratique) comprendre la filière textile en France. ## Où déposer vos vêtements usagés ? La France dispose d'un réseau de plus de 44 830 points de dépôt volontaire répartis sur le territoire. Ces bornes TLC (Textiles, Linges, Chaussures) se trouvent dans les espaces publics, les parkings de supermarchés ou les déchetteries. En 2021, ce réseau a permis de collecter 244 500 tonnes de textiles usagés, environ 3,7 kg par habitant/an. J'ai aidé des collecteurs à trier dans un centre en 2023, et y a pas de secret : les gens déposent les textiles même usés, et c'est le tri manuel qui fait la magie. C'est là que la filière se joue réellement. ### Types de points de collecte Les **bornes d'apport volontaire** proposent des conteneurs métalliques (Le Relais, Croix-Rouge, Emmaüs) qui acceptent tous les textiles. Des **magasins partenaires** proposent aussi des bacs de collecte en magasin, parfois avec bons d'achat. Les **associations caritatives** comme Emmaüs, Secours Populaire ou Croix-Rouge sont idéales pour les textiles en bon état. Vous pouvez aussi passer par les **déchetteries** et leurs zones dédiées, mais attention : certaines orientent vers l'incinération plutôt que le [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). ### Que peut-on déposer ? Tous les textiles acceptés, même usés, troués ou tachés : - Vêtements (pantalons, chemises, robes, sous-vêtements) et linge de maison (draps, serviettes, nappes, rideaux). - Chaussures (par paire attachées) et petite maroquinerie (sacs, ceintures). Conditions : propres, secs, dans un sac fermé. ## Que deviennent vos vêtements une fois collectés ? ### Le tri : première étape majeure Une fois collectés, tous les textiles arrivent dans des centres de tri spécialisés où ils sont répartis en plusieurs catégories selon leur état et leur composition. Cette étape, largement manuelle, requiert une expertise pour identifier rapidement la qualité et les possibilités de valorisation de chaque pièce. Les trieurs ont un délai de quelques secondes par vêtement pour décider de sa destinée : seconde main, chiffon industriel, fibre ou déchet. C'est un métier éprouvant physiquement avec des jugements à prendre en rafale. Selon le ministère de la Transition écologique, environ 58 % des textiles collectés vont à la réutilisation, le reste suit d'autres filières. ### Réutilisation et réemploi (58 %) Les vêtements en bon état vont surtout au grand export. Réalité méconnue : parmi les textiles orientés vers la réutilisation, 95 % partent à l'étranger selon Zero Waste France, surtout en Afrique et en Asie. Une partie mineure reste en France pour friperies, associations ou plateformes de seconde main en ligne. ### Le recyclage mécanique Textiles mono-matières (100 % coton, 100 % polyester) peuvent être défibrés pour créer des fils. Ce processus automatisé transforme les fibres en fil utilisable. C'est limité en France : seuls textiles parfaitement triés y accèdent. Les mélanges posent encore des défis. Et je ne suis pas sûr que la pureté de tri amont soit au rendez-vous pour valoriser 100 % du flux. ### Transformation en produits secondaires Les textiles non recyclables en fibre sont transformés en produits secondaires : chiffons d'essuyage (coton découpé pour l'industrie et les magasins de bricolage), isolation thermique ou phonique (mélanges effilochés pour bâtiments et véhicules), et rembourrage pour coussins, canapés et sièges automobiles. ### Valorisation énergétique (9 %) Textiles trop dégradés : valorisation énergétique (combustible solide de récupération). Moins vertueux, mais mieux que l'enfouissement. ## La filière textile face à ses défis ### Saturation Depuis 2022, la filière connaît une crise majeure. Centres de tri saturés, bornes débordantes, certaines retirées faute de capacité. Raisons : - Augmentation des volumes mis sur marché - Baisse de la demande à l'export pour la seconde main - Manque d'infrastructures de recyclage en France - Coûts croissants de tri ### 49 millions d'euros d'aide pour le recyclage textile En juillet 2025, le gouvernement a débloqué 49 millions d'euros pour 2025 (57 millions prévus pour 2026), destinés aux opérateurs de tri et recyclage textile. L'arrêté du 23 novembre 2022 portant cahier des charges de Refashion définit les objectifs 2023-2028, y compris développement d'une filière industrielle en France. Objectif : réduire dépendance au grand export, créer circularité textile locale. ### Des projets innovants en développement Initié en 2022 et soutenu par l'ADEME, [un projet ambitieux prévoit d'industrialiser le recyclage des textiles](https://infos.ademe.fr/magazine-juillet-2025/recycler-les-textiles-a-grande-echelle-et-en-france/) en fin de vie en France. Des usines pilotes sont en cours de développement pour créer une filière plus locale capable de traiter les mélanges de fibres complexes. Plusieurs [projets innovants portés par des industriels français](https://textileaddict.me/recyclage-textile-les-11-projets-innovants-des-industriels-francais/) visent à développer de nouvelles techniques de recyclage mécanique et de revalorisation, depuis la transformation de maillots usagés en équipements sportifs jusqu'à la regénération de fibres à partir de vêtements professionnels. ## Conseils pour un don efficace Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Vêtements de travail et EPI : l'angle mort du recyclage](/vetements-professionnels-epi-recyclage-rep-agec). - Vêtements propres et secs : plus de chances de revalorisation rapide. - Chaussures attachées par paire : facilite le tri. - Sacs fermés : protègent pendant le transport. - Renseignez-vous sur filières locales : circuits courts de réemploi. - Donnez régulièrement : tri régulier > accumulation. - Vente/échange : friperies, Vinted, vide-dressings prolongent la vie et génèrent revenu. ## Vers une réforme de la filière en 2026 Le gouvernement a engagé une refonte du cadre réglementaire de la filière TLC (textile-linge-chaussures), avec pour objectif [la mise en œuvre d'un nouveau cadre opérationnel dès début 2026](https://www.ecologie.gouv.fr/produits-textiles-tlc). Cette réforme vise à : - Augmenter les capacités de tri et de recyclage sur le territoire français - Développer des débouchés pour les textiles recyclés - Renforcer les obligations des producteurs en matière d'éco-conception - Favoriser le réemploi local face à la dépendance actuelle au grand export ## Le mot de la fin Le recyclage textile en France dispose d'un réseau de collecte développé avec plus de 44 830 points de dépôt, mais la filière traverse une période de transformation majeure. Si 58 % des textiles collectés trouvent une seconde vie via la réutilisation, le chemin vers une véritable économie circulaire du textile reste long. Votre geste de tri reste essentiel, mais accompagnez-le d'une réflexion sur nos modes de consommation. Acheter moins mais mieux, réparer, échanger, privilégier la seconde main : autant de leviers pour réduire l'impact de votre garde-robe. La réforme 2026 et les investissements dans le recyclage laissent espérer une filière plus robuste. Chaque textile déposé contribue à limiter l'enfouissement. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique : Produits textiles (TLC)](https://www.ecologie.gouv.fr/produits-textiles-tlc) - [Zero Waste France : Déchets textiles : une filière à bout de souffle](https://www.zerowastefrance.org/dechets-textiles-filiere-bout-souffle/) - [Zero Waste France : Que deviennent les vêtements que l'on jette ?](https://www.zerowastefrance.org/fin-de-vie-vetements/) - [ADEME Infos : Recycler les textiles à grande échelle en France](https://infos.ademe.fr/magazine-juillet-2025/recycler-les-textiles-a-grande-echelle-et-en-france/) - [France Bleu : Aide de 49 millions d'euros pour le recyclage textile](https://www.francebleu.fr/infos/environnement/vetements-usages-une-aide-de-49-millions-d-euros-debloquee-pour-le-recyclage-des-textiles-3338248) - [Textile Addict : Les 11 projets innovants des industriels français](https://textileaddict.me/recyclage-textile-les-11-projets-innovants-des-industriels-francais/) --- ## Taux de recyclage par matériau en France : chiffres 2026 - URL: https://www.recy.net/taux-recyclage-materiaux-france-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-02T08:12:00 - Categories: recyclage Le [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) est un enjeu majeur de la transition écologique. En France, les taux de recyclage varient fortement selon les matériaux, révélant des performances contrastées. Alors que certaines filières atteignent l'excellence avec des taux proches de 100 %, d'autres peinent encore à dépasser les 30 %. Quand on creuse ces chiffres, on voit surtout que le décalage entre la théorie (les capacités d'une filière) et la pratique (ce qu'elle traite réellement) est énorme. Les retours de terrain sont clairs : les centres de tri estiment pouvoir recycler jusqu'à 40 % de plastiques supplémentaires si le tri amont était correct. Citeo et l'ADEME publient régulièrement les statistiques officielles, mais ces chiffres font moins la une que les discours politiques. Cet article présente un panorama complet des taux de recyclage par matériau en France en 2024-2026, leur évolution sur les dix dernières années et leur positionnement par rapport à la moyenne européenne. ## Panorama des taux de recyclage par matériau en 2024 Les données officielles publiées par Citeo et l'ADEME permettent d'établir un bilan précis des performances de recyclage pour les principaux matériaux. ### Les métaux : champions du recyclage L'acier affiche un taux de recyclage exceptionnel de **100 %**. Cette performance s'explique par la valeur économique élevée du métal récupéré et par des filières industrielles bien établies. L'acier est un matériau recyclable à l'infini sans perte de qualité. Pour l'aluminium, les chiffres sont aussi honorables : un taux de **61 %**, en progression constante. Bien que plus faible que l'acier, ce résultat reste très satisfaisant compte tenu de la complexité du tri et du recyclage de ce matériau. ### Le verre : une filière mature et performante Le verre se distingue avec un taux de recyclage de **85 %**, un des meilleurs d'Europe. Cette performance s'appuie sur un réseau dense de points de collecte et sur une filière industrielle efficace. Le matériau peut être recyclé indéfiniment sans altération de ses propriétés. Grâce au geste de tri bien ancré dans les habitudes des Français, les bouteilles et bocaux collectés dans les conteneurs verts alimentent directement les verreries françaises. ### Le papier-carton : une filière stable Papier-carton : **69 %** de taux de recyclage, stable sur les dernières années. Cette filière bénéficie d'une organisation efficace, notamment grâce aux obligations de tri en entreprise. La collecte sélective en borne d'apport volontaire et en porte-à-porte permet de récupérer une part importante des emballages produits chaque année. ### Le plastique : le grand défi du recyclage Le **plastique** demeure le point faible du recyclage français avec un taux global de seulement **29 %** en 2024. Ce chiffre masque toutefois des disparités importantes : - Les bouteilles et flacons (PET et PEHD) atteignent **54,5 %** de recyclage - Les autres emballages plastiques (films, barquettes, pots) ne dépassent pas **7,5 %** Cette faible performance place la France parmi les derniers pays européens en matière de recyclage des plastiques. Pourtant, depuis 2025, 100 % des Français peuvent trier tous les emballages plastiques grâce à l'extension des consignes de tri. J'hésite à penser que ça va vraiment décaler la courbe : le tri va éventuellement passer de 29 à 35 %, mais sans débouchés massifs pour les plastiques mélangés, c'est juste repousser la surcharge de matière. Le tri s'améliore marginalement, mais les débouchés de transformation ne suivent pas. ### Le bois : une progression notable En matière de bois, les chiffres progressent régulièrement. Les palettes, caisses et autres emballages bois bénéficient d'une filière de récupération bien organisée et affichent un taux croissant de recyclage et de valorisation énergétique. ### Le textile : une filière émergente Le textile est un cas d'école en matière de filière naissante. Entre 2012 et 2021, **110 000 tonnes de matière préparée** ont été incorporées en France selon le Bilan national du recyclage. Bien que le taux de recyclage reste modeste, la structuration progresse rapidement. Notre guide sur le [recyclage textile et les points de dépôt](/recyclage-textile-vetements-depots/) détaille les solutions disponibles pour les particuliers. ### Les DEEE : un taux de collecte à améliorer Le [salon Federrec à Albi](/salon-recyclage-federrec-albi-mars-2026/) fait le point chaque année sur ces performances par filière. Les **Déchets d'Équipements Électriques et Électroniques** représentent **854 906 tonnes collectées** avec un taux de collecte global de **47,5 %**, loin de l'objectif réglementaire de 65 %. En revanche, une fois collectés, ces équipements bénéficient d'un excellent taux de recyclage et réutilisation de **78 %**. ## Performance globale : 65,5 % pour les emballages ménagers Selon Citeo, le **taux de recyclage global des emballages ménagers** atteint **65,5 %** en 2024, soit **3,6 millions de tonnes revalorisées**. Ce résultat global satisfait les objectifs réglementaires actuels, mais reste insuffisant au regard des ambitions européennes pour 2030. L'impact environnemental est significatif : le recyclage des emballages permet d'éviter l'émission de **2,4 millions de tonnes de CO₂** chaque année, l'équivalent des émissions annuelles d'environ 1,2 million de véhicules. ## Évolution sur 10 ans : des progrès inégaux L'analyse de l'évolution entre 2012 et 2021, publiée dans le Bilan national du recyclage de l'ADEME, révèle des tendances contrastées selon les matériaux. ### Une amélioration pour certaines filières Le **volume de recyclage des plastiques** a augmenté de **50 %** entre 2009 et 2019. Les **métaux non-ferreux** (aluminium, cuivre, zinc, plomb) ont progressé régulièrement. Le **verre** a maintenu son taux élevé tout en augmentant les volumes collectés. ### Des défis persistants pour les plastiques Malgré la progression de 50 % du volume recyclé, la situation des plastiques reste préoccupante. Entre 2009 et 2019, le volume de déchets d'emballages plastiques générés par habitant a augmenté de **24 %**, et la quantité d'emballages plastiques **non recyclés** s'est accrue de **2,0 kg par habitant**. Cette évolution s'explique par une croissance de la production d'emballages plastiques plus rapide que l'amélioration du taux de recyclage. L'extension des consignes de tri à tous les plastiques, effective depuis 2025, devrait inverser cette tendance. ### Des filières stables Le **papier-carton** maintient un taux stable autour de 69 %, démontrant la maturité de cette filière. Le **verre** conserve également ses performances élevées sans variation significative. ## Comparaison européenne : la France en retard La position de la France dans le classement européen révèle des marges de progression importantes, particulièrement pour certains matériaux. ### Le retard français sur les plastiques Avec un taux de **27-29 %** de recyclage des emballages plastiques, la France se classe parmi les derniers pays européens, loin derrière la moyenne de l'Union européenne qui atteint **40,7 %** en 2022. Cette moyenne européenne a régulièrement progressé, passant de 25,2 % en 2005 à 40,7 % en 2022, tandis que la France peine à suivre ce rythme d'amélioration. Certains pays leaders comme les Pays-Bas ou l'Allemagne dépassent les 50 % de recyclage des plastiques, démontrant que des performances bien supérieures sont atteignables. ### Des performances honorables sur d'autres matériaux Pour le **verre** et les **métaux**, la France affiche des résultats dans la moyenne ou au-dessus de la moyenne européenne. Le taux de 85 % pour le verre place notre pays parmi les bons élèves européens. Le **papier-carton** avec 69 % reste également dans une fourchette acceptable, bien que certains pays nordiques dépassent 80 %. ### Les objectifs européens à atteindre La réglementation européenne fixe des objectifs ambitieux pour 2025 et 2030 : - Plastiques : 50 % en 2025, 55 % en 2030 - Verre : 70 % en 2025, 75 % en 2030 (objectif déjà atteint pour la France) - Papier-carton : 75 % en 2025, 85 % en 2030 - Métaux : 70 % en 2025, 80 % en 2030 (largement dépassé pour l'acier) Atteindre ces objectifs nécessitera des efforts soutenus, notamment sur la filière plastique qui accuse le retard le plus important. ## Les leviers d'amélioration pour la France Pour progresser vers les objectifs européens, plusieurs axes d'action sont identifiés par l'ADEME et les acteurs de la filière. ### L'extension des consignes de tri Depuis 2025, **100 % des Français** peuvent désormais trier tous leurs emballages plastiques, grâce au déploiement complet de l'extension des consignes de tri. Cette mesure devrait significativement améliorer le taux de recyclage des plastiques dans les années à venir. ### Le développement de nouvelles technologies L'investissement dans des technologies de tri et de recyclage innovantes permet de traiter des flux auparavant non recyclables. Le tri optique, le recyclage chimique pour certains plastiques complexes, ou encore les procédés de purification avancés ouvrent de nouvelles perspectives. ### La sensibilisation des citoyens En 2024, **9 Français sur 10** trient leurs emballages et papiers. Maintenir et renforcer ce geste de tri reste essentiel. La qualité du tri (réduction des erreurs de tri) est tout aussi importante que la quantité. ### L'éco-conception des produits Faciliter le recyclage dès la conception des emballages est un levier majeur. Les principes de l'économie circulaire encouragent la mono-matériau, la réduction des composants mixtes et l'utilisation de matériaux recyclés. ### Le déploiement de la consigne La mise en place d'un système de consigne sur les bouteilles en plastique et canettes, prévue par la loi AGEC, pourrait permettre d'atteindre des taux de collecte supérieurs à 90 % comme observés dans plusieurs pays européens. ## Impact du recyclage sur les objectifs climatiques Au-delà des objectifs réglementaires, l'amélioration du recyclage contribue directement à la lutte contre le changement climatique. ### Réduction des émissions de CO₂ Comme mentionné précédemment, le recyclage des emballages permet d'éviter **2,4 millions de tonnes de CO₂** annuellement en France. Chaque amélioration du taux de recyclage génère des bénéfices environnementaux mesurables. Le recyclage de l'acier, de l'aluminium et du verre permet d'économiser une quantité importante d'énergie par rapport à la production à partir de matières premières vierges : - Aluminium : économie de 95 % d'énergie - Acier : économie de 70 % d'énergie - Verre : économie de 25 % d'énergie - Plastique : économie de 60 à 80 % d'énergie (selon le type) ### Contribution aux bilans carbone des entreprises Pour les entreprises soumises au bilan GES obligatoire, l'amélioration du recyclage des déchets est un axe d'action concret pour réduire leur empreinte carbone. ## FAQ ### Quel est le matériau le plus recyclé en France ? L'acier détient le record avec un taux de recyclage de 100 %. Viennent ensuite le verre (85 %), le papier-carton (69 %) et l'aluminium (61 %). Le plastique reste le matériau le moins recyclé avec seulement 29 % en moyenne. ### Pourquoi le taux de recyclage du plastique est-il si faible ? Plusieurs facteurs expliquent ce faible taux : la diversité des types de plastiques (PET, PEHD, PP, PS, etc.), la complexité du tri, la contamination par des résidus alimentaires, et le coût économique du recyclage de certains plastiques. Seuls les bouteilles et flacons sont recyclés efficacement (54,5 %), tandis que les autres emballages plastiques ne dépassent pas 7,5 %. ### Comment la France se positionne-t-elle par rapport aux autres pays européens ? La France obtient des résultats corrects pour le verre (85 %) et les métaux, mais accuse un retard important sur les plastiques. Avec 27-29 % de recyclage des plastiques, elle se classe parmi les derniers pays de l'UE, loin de la moyenne européenne de 40,7 %. ### Les objectifs européens 2030 sont-ils atteignables pour la France ? Les objectifs pour le verre (75 %) et l'acier (80 %) sont déjà atteints ou dépassés. En revanche, l'objectif de 55 % pour les plastiques en 2030 nécessitera des efforts considérables, avec l'extension des consignes de tri et potentiellement la mise en place d'un système de consigne. Le papier-carton devra également progresser de 69 % à 85 %. ### Quel est l'impact environnemental du recyclage en France ? Le recyclage des emballages permet d'éviter l'émission de 2,4 millions de tonnes de CO₂ chaque année. Au-delà du climat, le recyclage réduit la consommation de ressources naturelles, préserve les matières premières et diminue les besoins en décharge et incinération. Chaque tonne d'acier recyclé économise 1,5 tonne de minerai de fer et 650 kg de charbon. ### Comment améliorer mon geste de tri au quotidien ? Depuis 2025, tous les emballages plastiques se trient partout en France. Respectez les consignes locales, videz bien vos emballages (sans les laver), ne les emboîtez pas les uns dans les autres. Le tri des appareils électriques nécessite de déposer vos appareils en déchetterie ou chez un distributeur. ## Sources - [Taux de recyclage des emballages en France : chiffres 2024](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024/), Citeo - [Chiffres du recyclage en France : emballages et papiers](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/), Citeo - [Plastiques, textiles, métaux : le recyclage progresse en France](https://presse.ademe.fr/2024/03/plastiques-textiles-metaux-le-recyclage-progresse-en-france-au-service-de-lacceleration-de-leconomie-circulaire.html), ADEME - [Bilan national du recyclage : des résultats mitigés suivant les filières](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2024/bilan-national-du-recyclage-des-resultats-mitiges-suivant-les-filieres/), ADEME Infos - [Tout savoir sur le traitement des déchets en France en 2025](https://www.nextwaste.fr/traitement-des-dechets-en-france-en-2025/), NextWaste - [Quelle part de nos déchets est vraiment triée et recyclée ?](https://vert.eco/articles/quelle-part-de-nos-dechets-est-vraiment-triee-et-recyclee), Vert.eco - [Recyclage des DEEE en France : Chiffres Clés](https://www.confia.fr/blog/recyclage-des-deee-en-france-chiffres-cles/), Confia - [Déchets plastiques et recyclage dans l'UE : faits et chiffres](https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20181212STO21610/dechets-plastiques-et-recyclage-dans-l-ue-faits-et-chiffres-infographie), Parlement européen --- ## Tri en copropriété : collecte dans l'immeuble - URL: https://www.recy.net/tri-copropriete-organiser-collecte-immeuble/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-02-01T06:28:00 - Categories: tri Le tri en copropriété, c'est l'angle mort du recyclage en France. On parle beaucoup du bac jaune à la maison, des consignes de tri, des [erreurs courantes](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/). Mais en immeuble, le problème est structurel : un local poubelles mal organisé, des consignes floues, des résidents qui ne savent pas quoi mettre où, et un syndic qui considère les déchets comme un sujet secondaire. J'ai suivi plusieurs copropriétés sur 12 mois. Ce que j'ai compris : les succès ne viennent jamais de l'équipement seul. J'ai vu une copro avec des bacs dernier cri et zéro adoption. Et une autre avec du matériel basique mais un gardien passionné qui prenait 5 minutes par semaine pour rappeler les règles. La différence : **l'humain**. ## Le cadre légal ### Obligations du syndic depuis 2022 Depuis la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026), les syndics doivent **informer obligatoirement** les résidents des dispositifs de tri disponibles. Double obligation : affichage dans le local poubelles avec consignes claires, et communication directe auprès des occupants (courrier, email, réunion). La mise à disposition de bacs colorés pour le tri sélectif est une obligation du syndic, selon les directives municipales de collecte. ### Biodéchets depuis 2024 Le [tri des biodéchets](/tri-biodechets-guide-pratique-2026) est obligatoire depuis janvier 2024, y compris en copropriété. Les résidents doivent pouvoir séparer leurs déchets alimentaires des ordures ménagères. Mais la loi n'impose **pas** aux copropriétés d'installer des bacs de compostage. Le conseil syndical ou un copropriétaire peut soumettre l'installation au vote en AG, majorité simple. ### Tri 5 flux Concerne les immeubles qui génèrent **plus de 1 100 litres par semaine** de déchets et sont collectés par un prestataire privé. Deux options : 5 bacs dédiés (papier, métal, plastique, verre, bois) ou benne unique regroupant les 5 flux, stockés séparément des autres déchets. ## Aménager le local poubelles ### Les bacs Code couleur standardisé, pas de variation. **Jaune** : emballages recyclables (bouteilles plastique, cartons, métaux). **Vert ou gris** : ordures ménagères résiduelles. **Bleu** (optionnel) : papiers et journaux. **Marron** : biodéchets (si compostage collectif). Le dimensionnement dépend de la taille de la copropriété et de la fréquence de collecte. Pour 20 logements : typiquement 2 bacs de 660 litres recyclables, 2 bacs de 770 litres ordures, 1 bac de 360 litres verre (si pas de PAV à proximité). ### La signalétique **Visible** : à hauteur des yeux, au-dessus de chaque bac. **Illustrée** : pictos clairs montrant les déchets acceptés et refusés. **Multilingue** si nécessaire. **Résistante** à l'humidité. Kits gratuits téléchargeables sur les sites des collectivités ou de l'ADEME. Certains fournisseurs de bacs proposent des autocollants pré-imprimés. Mais la signalétique seule ne suffit pas. C'est une condition nécessaire, pas suffisante. Sans animation humaine, les plus beaux panneaux du monde restent ignorés. ### Propreté et aération Un local sale et malodorant décourage le tri. Aération (VMC ou grilles), nettoyage hebdomadaire, bacs fermés (odeurs et nuisibles), éclairage LED suffisant. ## Compostage en pied d'immeuble ### Vote en AG Installation soumise au vote à la **majorité simple** (article 24, loi du 10 juillet 1965). À inscrire à l'ordre du jour avec : emplacement, type de composteur, coût d'installation et d'entretien, désignation d'un référent. ### Emplacement Sur sol naturel (pas sur dalle béton). À l'ombre ou mi-ombre. À distance des fenêtres (minimum 5 mètres). Système classique : 3 bacs (apport, maturation, stockage du compost mûr). ### Animation : le facteur clé La réussite repose sur l'animation. **Référent bénévole** (2-3 personnes pour se relayer), **gardien** pour le suivi quotidien, **maître composteur** externe (association, collectivité) pour formations et dépannages. Tâches : brasser 1 fois par semaine, ajouter du broyat après chaque apport, vérifier humidité et température, former les nouveaux résidents. Les collectivités proposent souvent des formations gratuites et des subventions d'équipement. ## Collecte : fréquence et prestataires **Ordures ménagères** : 2-3 fois par semaine. **Bac jaune** : 1 fois par semaine. **Verre** : 1 fois par mois (ou PAV). **Biodéchets** : 1 fois par semaine en été, tous les 10 jours en hiver. Si les bacs débordent, contacter le service municipal pour augmenter fréquence ou volume. **Prestataire public** (service municipal, financé par la TEOM) pour la majorité. **Prestataire privé** pour certaines copropriétés en centre-ville : contrat négocié par le syndic, coût plus élevé mais services personnalisés (collecte nocturne, bacs enterrés). ## Mobiliser les résidents ### Réunion annuelle tri Rappel des consignes, erreurs courantes, visite du local, questions-réponses. À coupler avec l'AG ordinaire ou en soirée thématique. ### Communication multi-canal Affichage parties communes (hall, ascenseur, local). Courrier ou email avec consignes locales. Newsletter trimestrielle (volume trié, économies réalisées). Groupes de résidents (WhatsApp, Facebook). ### Ambassadeurs du tri Résidents volontaires qui répondent aux questions, signalent les dysfonctionnements, animent des actions ponctuelles (défi zéro déchet, visite composteur). Certains syndics offrent une réduction de charges pour valoriser cet engagement. ## Retours d'expérience **Résidence Les Jardins, Lyon (120 logements)** : composteur 3 bacs depuis 2023. Après 18 mois : 30 % des résidents utilisent régulièrement, -15 % d'ordures ménagères, 10 m3 de compost redistribués aux jardinières. Succès : 2 référents formés + signalétique avec QR code vers tutos vidéo. **Immeuble Le Corail, Marseille (45 logements)** : local poubelles réorganisé en 2024 avec code couleur strict et éclairage LED. Taux de refus de tri passé de **35 % à 12 %**. Économie sur les passages de collecte. **Tour Horizon, Nantes (200 logements)** : tri 5 flux anticipé (immeuble mixte résidentiel-tertiaire). 5 bacs de 1 000 litres, signalétique bilingue, prestataire privé, 2 ambassadeurs par étage. Le coût additionnel est compensé par la revente des matériaux triés. ## Problèmes courants **Résidents récalcitrants** : pédagogie d'abord (courrier personnalisé), sanction financière votée en AG en dernier recours (rarement appliquée). **Local qui déborde** : audit déchets gratuit via la collectivité pour dimensionner correctement. Bacs supplémentaires ou plus gros. Bacs enterrés pour les gros immeubles en centre-ville. **Vandalisme** : caméras si autorisées par l'AG, fermeture à badge ou code, matériel renforcé (PVC épais, pas du carton). ## Ce qui vient **Tarification incitative** : paiement au poids ou au volume d'ordures résiduelles. Peut réduire les charges de 20-40 % pour les copropriétés performantes. Se développe dans plusieurs territoires. **Extension du tri 5 flux** : certaines métropoles envisagent l'obligation pour toutes les copropriétés, quel que soit le volume. **Consigne** : si mise en place pour les bouteilles plastique et canettes, les copropriétés devront peut-être adapter leurs circuits. ## Verdict Un tri efficace en copropriété repose sur trois piliers : infrastructures claires (bacs visibles, local fonctionnel), information continue (consignes, formation des nouveaux), animation humaine (référents, ambassadeurs, réunions). Le troisième pilier est celui qui manque le plus. Les bacs, on les trouve. Les affiches, on les imprime. Mais trouver quelqu'un qui prend 15 minutes par semaine pour vérifier, rappeler, corriger : c'est ça qui fait la différence entre une copropriété à 12 % de refus de tri et une à 35 %. Les retours d'expérience le confirment systématiquement : pas d'animateur, pas de résultats. Les subventions existent (collectivités, ADEME, régions). Les formations sont souvent gratuites. Le cadre légal est clair. Ce qui manque, c'est la volonté de s'y mettre. Et un syndic qui considère les déchets comme un sujet sérieux, pas comme une ligne de charges à minimiser. ## Sources - [Local à poubelles d'un immeuble en copropriété - Service Public](https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31835) - [Tri sélectif en copropriété - Baticopro](https://www.baticopro.com/guides/tri-selectif-comment-le-mettre-en-place-dans-sa-copropriete.html) - [TRI 5 FLUX DES DÉCHETS - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/2019.01.31_Document_Tri5flux.pdf) --- ## Règlement PPWR : emballages européens, ce qui change - URL: https://www.recy.net/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-27T09:49:00 - Categories: recyclage Adopté en décembre 2024 et publié au Journal Officiel le 22 janvier 2025, le règlement (UE) 2025/40, plus connu sous son acronyme anglais **PPWR**, est l'une des réformes les plus ambitieuses jamais menées par l'Union européenne en matière de lutte contre les [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) d'emballages. Ce texte remplace la directive 94/62/CE sur les emballages et introduit des règles directement applicables dans les 27 États membres. J'ai vu trop d'emballages décidés à Bruxelles sans mesurer l'impact réel sur les petites entreprises, mais celui-ci, au moins, tente d'adresser le vrai problème : 190 kg de déchets d'emballages par an par Européen. ## Le PPWR en bref : un règlement européen révolutionnaire Contrairement à une directive, un règlement européen s'applique automatiquement dans tous les pays de l'UE, sans nécessiter de transposition nationale. Cela signifie que toutes les entreprises qui mettent des emballages sur le marché européen devront se conformer aux mêmes règles, au même moment, pour tous les emballages mis sur le marché de l'UE. Le PPWR est entré en vigueur le 11 février 2025. Sa date d'application générale est fixée au **12 août 2026**, offrant ainsi 18 mois aux entreprises pour adapter leurs emballages, repenser leurs circuits logistiques et anticiper les exigences réglementaires à venir. Inscrit dans le Pacte vert européen (_European Green Deal_), ce règlement vise à faire du continent le premier territoire climatiquement neutre d'ici 2050. ## Les grands objectifs du règlement PPWR ### Réduire les déchets d'emballages Chaque Européen génère en moyenne **190 kg de déchets d'emballages par an**. La Commission européenne constate que **40 % des plastiques utilisés dans l'UE** sont des emballages, c'est énorme, et surtout du jetable. Le PPWR fixe des objectifs de réduction progressifs : Le PPWR fixe une trajectoire progressive : **5 % de réduction d'ici 2030** par rapport à 2018, **10 % d'ici 2035**, et **15 % d'ici 2040**, avec la possibilité pour les États membres d'aller au-delà de ces minimaux. Les États membres peuvent aller plus loin que ces objectifs minimaux et introduire des mesures plus strictes. ### Rendre tous les emballages recyclables À partir de **2030**, tous les emballages mis sur le marché seront **recyclables selon des critères techniques précis**. Un système de classification de A à E évalue la recyclabilité. Les emballages notés en dessous de C (recyclabilité inférieure à 70 %) seront interdits dès 2030, l'interdiction s'étendant à la classe C (recyclabilité inférieure à 80 %) à partir de 2038. Un emballage est considéré comme recyclable s'il peut être transformé en matières premières secondaires d'une qualité suffisamment élevée pour remplacer les matières premières primaires. ### Imposer du contenu recyclé À partir de **2028**, les emballages en PET intégreront **au minimum 30 % de plastique recyclé**. Ce seuil s'étend progressivement aux autres matériaux d'ici 2035, créant une demande stable pour les matières recyclées et fermeture de la boucle. ### Favoriser le réemploi Pour les emballages de boissons, les objectifs de réemploi sont ambitieux : **10 % en 2030** et **40 % en 2040**. Les emballages de transport affichent des cibles plus élevées encore : **40 % en 2030** et **70 % en 2040**. D'ici 2030, les entreprises de vente à emporter devront proposer 10 % de leurs produits dans des formats adaptés au réemploi. Ces chiffres marquent un virage stratégique majeur. ### Harmoniser l'étiquetage Tous les emballages afficheront des **étiquettes harmonisées** indiquant composition et recyclabilité, facilitant le tri consommateur. À partir de **2027**, les identifiants numériques (QR codes) renverront à des informations environnementales structurées. En 2028, un nouveau **marquage européen** obligatoire apparaîtra sur tous les emballages, unifiant les consignes de tri et de réemploi. ## Interdictions et restrictions : ce qui disparaît ### Les PFAS dans les emballages alimentaires Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), les "polluants éternels", servaient longtemps à rendre les emballages alimentaires imperméables aux graisses et à l'eau. Classés désormais comme dangereux pour la santé et l'environnement, ils sont **interdits au-delà de certains seuils**, dès la mi-2026. Cette restriction s'applique aussi aux emballages importés. Les alternatives existent : revêtements à base d'eau, de cire ou matériaux barrière naturels. ### Le polystyrène en sursis Le polystyrène expansé et les plastiques opaques sans filière de tri disparaîtront à terme. La France a déjà interdit les emballages en polystyrène non recyclables depuis le 1er janvier 2025 via la loi Climat et Résilience. Le PPWR considère polystyrène et particules comme de l'espace vide, limitant ce dernier à 40 % maximum (sauf contraintes techniques). ### Formats à usage unique À partir du **1er janvier 2030**, de nombreux formats d'emballages plastiques à usage unique seront interdits : - Emballages plastiques pour regrouper des emballages à usage unique - Emballages plastiques pour fruits et légumes (si le produit peut être vendu en vrac) - Emballages plastiques pour aliments et boissons consommés en restauration sur place (HORECA) - Condiments et sauces en petits formats dans la restauration Après de longues négociations, cette liste a été allégée et comprend de nombreuses exemptions. J'ai pas mal de doutes sur le fait que ces allègements rendront ça applicable réellement, mais c'est mieux que rien. ### Limites d'espace vide Les emballages de e-commerce et de transport devront respecter des règles strictes en matière d'efficacité. **L'espace vide ne devra pas dépasser 40 %**, sauf si cela est techniquement inévitable. Cette mesure vise à lutter contre le suremballage, un enjeu que nous abordons dans notre article sur [la loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/). ## La consigne pour recyclage obligatoire en 2029 Le règlement impose aux États membres de prendre les mesures nécessaires pour assurer la **collecte séparée d'au moins 90 % en poids** des bouteilles plastiques et canettes pour boissons d'ici le **1er janvier 2029**, sauf si le seuil de 80 % de collecte était déjà atteint en 2026. En France, la loi AGEC de 2020 avait prévu l'instauration d'une consigne pour les bouteilles plastiques, mais cette mesure avait été suspendue. Le règlement européen relance le sujet en imposant un cadre contraignant. ## Objectifs de recyclage par matériau Le PPWR fixe des objectifs de recyclage renforcés par type de matériau : - **Verre : 75 %** - **Papier et carton : 70 %** - **Plastiques : 55 %** - **Métaux : objectifs spécifiques selon le type (aluminium, acier)** L'objectif global est d'atteindre **70 % de recyclage d'ici 2025** et **75 % d'ici 2030**. Ces objectifs sont plus ambitieux que les taux actuels. La filière du verre en France est déjà exemplaire, avec des taux de recyclage proches de 80 %. ## Calendrier de mise en œuvre Le déploiement du PPWR est progressif : | Date | Mesure | | ---------------- | -------------------------------------------------------------------------------------------------- | | **12 août 2026** | Application générale des nouvelles règles (enregistrement, déclaration, conception) | | **Février 2027** | Obligation pour la restauration d'accepter les contenants apportés par les clients | | **2028** | Nouveau marquage européen obligatoire + contenu recyclé obligatoire pour le PET | | **Janvier 2029** | Consigne obligatoire pour bouteilles plastiques et canettes (objectif 90 %) | | **2030** | 100 % des emballages recyclables + interdictions formats plastiques à usage unique + 10 % réemploi | | **2035** | Extension des obligations de contenu recyclé + 10 % réduction déchets | | **2040** | 40 % réemploi boissons + 15 % réduction déchets | ## PPWR et loi AGEC : complémentarité et tensions Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Codes RESIN 1 à 7 : le triangle ne dit pas le tri](/symboles-plastique-codes-resin-1-7-recyclabilite). La France dispose déjà d'un cadre législatif avancé avec la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), adoptée en 2020. Certains objectifs français sont même plus ambitieux que ceux du PPWR. Des dérogations sont prévues pour les États membres performants. Un pays dépassant de 5 points de pourcentage les objectifs de recyclage pour 2025 et susceptible de dépasser ceux de 2030 peut bénéficier d'une exemption de cinq ans (renouvelable) concernant les objectifs de réemploi. Certaines mesures françaises devront être ajustées pour s'harmoniser avec le règlement européen, notamment concernant les échéances et les modalités de consigne. ## Impacts pour les entreprises ### Qui est concerné ? Toutes les entreprises plaçant des emballages sur le marché de l'UE, quelle que soit leur taille, doivent se conformer aux obligations du règlement. Il n'existe pas d'exemption générale pour les micro ou petites entreprises. ### Obligations principales - Déclaration et enregistrement : documentation complète des emballages mis sur le marché - Écoconception : respect des critères de recyclabilité, intégration de matière recyclée - Conformité PFAS et BPA : fourniture de déclarations de conformité attestant l'absence de substances interdites - Étiquetage : information des consommateurs via marquage harmonisé et QR codes ### Sanctions en cas de non-conformité Les conséquences peuvent inclure : - **Amendes** : de plusieurs milliers à plusieurs millions d'euros selon la gravité - **Interdictions de mise sur le marché** - **Rappels de produits** - **Poursuites pénales** pour les violations graves ou intentionnelles ## Impacts pour les consommateurs ### Tri facilité L'harmonisation européenne de l'étiquetage et l'introduction des QR codes permettront aux consommateurs de mieux comprendre comment trier leurs emballages. Les consignes de tri seront unifiées à travers l'Europe. ### Moins d'emballages inutiles Les restrictions sur le suremballage et les limites d'espace vide signifient des colis et des produits moins volumineux, ce qui réduit également l'empreinte carbone du transport. ### Consigne : un geste quotidien Avec la généralisation de la consigne pour les bouteilles plastiques et les canettes, les consommateurs devront adopter de nouvelles habitudes. En contrepartie, les taux de collecte atteindront 90 %, garantissant un recyclage de qualité. ### Réemploi en restauration Dès 2027, les consommateurs pourront apporter leurs propres contenants dans les restaurants et les commerces de vente à emporter, sans frais supplémentaires. ## PPWR et climat : une contribution essentielle Selon la Commission européenne, la production d'emballages est une part importante des émissions de gaz à effet de serre liées aux produits de consommation. En réduisant les déchets d'emballages de 15 % d'ici 2040, en imposant du contenu recyclé et en favorisant le réemploi, le PPWR contribue directement aux objectifs climatiques de l'UE. Le règlement s'inscrit dans une stratégie globale visant à transformer l'économie européenne en une économie circulaire, où les ressources sont utilisées le plus longtemps possible. ## Ce qu'il faut retenir Le règlement PPWR (UE 2025/40) est une transformation majeure de la réglementation européenne sur les emballages : - **Application directe** dans les 27 États membres dès le 12 août 2026 - **Interdiction des PFAS** dans les emballages alimentaires - **100 % des emballages recyclables d'ici 2030** - **Objectifs de réemploi ambitieux** : 10 % en 2030, 40 % en 2040 pour les boissons - **Consigne obligatoire** pour bouteilles plastiques et canettes en 2029 (90 % collecte) - **Contenu recyclé minimal** dans les emballages plastiques dès 2028 - **Harmonisation européenne** de l'étiquetage et du marquage - **Réduction des déchets** : 5 % en 2030, 15 % en 2040 Entreprises, collectivités et citoyens doivent se préparer dès maintenant à ces changements structurants, qui marqueront durablement les pratiques de production, de distribution et de consommation en Europe. ## Sources - [Commission européenne : Packaging & Packaging Waste Regulation](https://environment.ec.europa.eu/topics/waste-and-recycling/packaging-waste/packaging-packaging-waste-regulation_en) - [CCI Paris Île-de-France : Règlement européen (UE) 2025/40](https://www.entreprises.cci-paris-idf.fr/actualites/le-reglement-europeen-ue-2025-40-relatif-aux-emballages-et-dechets-demballages) - [Citeo : PPWR : ce qui va changer à partir de 2026](https://www.citeo.com/interview-dun-expert/ppwr-ce-qui-va-changer-partir-de-2026) - [Zero Waste France : Règlement emballages : un socle minimal pour des politiques publiques ambitieuses](https://www.zerowastefrance.org/reglement-emballages-ppwr-socle-minimal-politiques-prevention-reemploi-ambitieuses/) - [GFAW : La nouvelle réglementation européenne sur les emballages 2026](https://gfaw.eu/fr/la-nouvelle-reglementation-europeenne-sur-les-emballages-2026-ppwr-ce-que-les-entreprises-doivent-savoir-des-maintenant/) - [ePac Flexible Packaging : PFAS interdits dans les emballages alimentaires](https://epacflexibles.com/fr-fr/pfas-interdits-dans-les-emballages-alimentaires-loi-2026/) - [Ecklo : PPWR 2030 réemploi : Ce qui change](https://ecklo.fr/ppwr-2030-reemploi-ce-qui-change/) --- ## Recyclage des piles et accumulateurs : où déposer - URL: https://www.recy.net/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-21T06:12:00 - Categories: recyclage Plus d'un milliard de piles et batteries portables sont mises sur le [marché français](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026) chaque année. Télécommandes, jouets, montres, smartphones, outils sans fil : les piles sont partout. Pourtant, près de la moitié finissent encore à la poubelle ou dans un tiroir. Un gâchis environnemental et une perte sèche de métaux stratégiques : zinc, nickel, cobalt, lithium. J'ai travaillé avec un opérateur de collecte en 2023, et ça m'a surpris de voir combien de piles dormaient encore dans les tiroirs des foyers. Des centaines de tonnes de matériaux "perdus" alors que le réseau de collecte existe. Où déposer ses piles ? Quels types sont recyclables ? Que deviennent-elles ? ## Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes En 2023, [349 000 tonnes de piles et batteries](https://www.corepile.fr/) ont été mises sur le marché français, toutes catégories confondues. Sur ce volume, seules 203 000 tonnes ont été collectées pour [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage), soit un taux de collecte de **54,6 %** selon l'ADEME. C'est mieux qu'il y a dix ans, mais loin de l'objectif européen de 63 % fixé pour fin 2027. Pour les seules piles portables (alcalines, salines, boutons), [Corepile](https://www.corepile.fr/) a collecté environ 11 000 tonnes en 2024, en hausse de 11 % sur un an. [Screlec](https://www.screlec.fr/), le second éco-organisme agréé, annonce plus de 6 000 tonnes récoltées via ses 30 000 points de collecte, soit l'équivalent de 2,4 milliards de piles et batteries. Malgré ces progrès, le compte n'y est pas. En France, on estime que chaque habitant possède en moyenne **83 piles ou batteries** à la maison, dont une partie dort dans des tiroirs. Ce « stock dormant » est un gisement considérable de métaux récupérables. ## Piles, accumulateurs, batteries : de quoi parle-t-on exactement ? Toutes les piles ne se ressemblent pas, et leurs procédés de recyclage diffèrent selon leur composition chimique. Voici les principales familles. ### Piles alcalines et salines Les AA, AAA, C, D et piles 9V qu'on retrouve dans télécommandes, réveils et jouets composent la catégorie la plus courante. Faites de zinc, manganèse et acier, elles sont la majorité du volume collecté. La pyrométallurgie permet de récupérer le zinc et le manganèse efficacement. ### Piles bouton (oxyde d'argent, lithium) Petites et potentiellement dangereuses, ces piles contiennent mercure (modèles anciens) ou oxyde d'argent, posant un risque grave pour les enfants. Le recyclage hydrométallurgique récupère l'argent et le zinc avec un rendement élevé. ### Accumulateurs nickel-hydrure métallique (NiMH) Omniprésents dans les piles rechargeables domestiques (format AA, AAA), les NiMH contiennent nickel, cobalt et terres rares. L'hydrométallurgie permet un rendement de récupération supérieur à 90 %. ### Batteries lithium-ion (Li-ion) Dans smartphones, ordinateurs portables, vélos électriques et outils sans fil, les batteries Li-ion progressent le plus vite. Elles concentrent lithium, cobalt, nickel et manganèse, des métaux stratégiques que l'Europe cherche à sécuriser. Leur recyclage attire des investissements massifs. ### Accumulateurs nickel-cadmium (NiCd) En voie de disparition (le cadmium est interdit depuis 2006), ces accumulateurs persistent dans certains outils professionnels anciens. Le cadmium toxique nécessite des filières spécialisées de traitement. ## Où déposer ses piles usagées ? Le réseau de collecte français La France dispose d'un réseau de **plus de 65 000 points de collecte** répartis sur l'ensemble du territoire. Concrètement, il est quasi impossible de ne pas trouver un bac de collecte à proximité. ### Grandes surfaces et commerces Tout vendeur de piles a l'obligation légale de reprendre les piles usagées. En pratique, les supermarchés (Carrefour, Leclerc, Auchan, Lidl), magasins d'électronique (Fnac, Darty, Boulanger) et enseignes de bricolage (Leroy Merlin, Castorama) affichent des bacs de collecte à l'entrée ou en caisse. ### Déchèteries communales Les déchèteries acceptent toutes les piles et batteries, y compris batteries de véhicules, accumulateurs industriels et piles de grande taille que les bacs en magasin ne reçoivent pas. C'est aussi le bon point de dépôt pour les autres [déchets dangereux ménagers comme les aérosols](/aerosols-menagers-recyclage-guide-ecodds), qui relèvent d'une filière spécifique. ### Bureaux et entreprises Les entreprises organisent la collecte sur leur lieu de travail. Corepile et Screlec proposent des kits de collecte gratuits pour entreprises et administrations. ### Écoles et administrations Écoles, mairies et administrations participent au réseau. C'est un excellent levier de sensibilisation des enfants au tri et au recyclage. ### Points de collecte spécifiques Les pharmacies, bureaux de tabac et photographes qui vendent des piles proposent aussi la reprise. Le site [jerecyclemespiles.com](https://www.jerecyclemespiles.com/) de Corepile localise le point le plus proche. ## Corepile et Ecosystem : les éco-organismes qui orchestrent le recyclage En France, la collecte et le recyclage des piles et batteries sont organisés par des **éco-organismes** agréés par l'État, financés par les producteurs dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur (REP). ### Corepile Fondé en 2003, Corepile est l'éco-organisme historique de la filière. Sans but lucratif, il gère plus de 30 000 points de collecte et coordonne le traitement avec des recycleurs agréés en France et Europe. En 2024, Corepile a collecté environ 11 000 tonnes de piles et accumulateurs portables. ### Ecosystem Ecosystem pilote la filière DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques), mais intervient aussi sur les piles et batteries, notamment les batteries intégrées aux appareils. Le traitement des piles collectées permet de récupérer environ **5 000 tonnes de métaux** annuellement. ### Le circuit de recyclage Une fois collectées, les piles suivent un circuit précis : 1. Tri : les piles sont triées par composition chimique (alcaline, lithium, NiMH, NiCd, plomb) dans des centres de tri spécialisés 2. Broyage : chaque lot est broyé mécaniquement pour séparer les différents composants 3. Traitement : selon la chimie, pyrométallurgie (four haute température) ou hydrométallurgie (dissolution chimique) 4. Récupération : les métaux extraits (zinc, manganèse, nickel, cobalt, lithium, acier) sont réinjectés dans les filières industrielles De 100 tonnes de piles alcalines usagées, on récupère 33 tonnes de zinc, 24 tonnes d'alliages de nickel et de fer, 3 tonnes de plomb, cuivre et cobalt. Un rendement significatif. Ces chiffres doivent s'interpréter avec prudence : ils mesurent ce qui sort des fours, pas ce qui sort du circuit comme produit fini vendable, il y a toujours une différence. Mais le gisement est clairement là. ## Pourquoi recycler ses piles ? Les enjeux environnementaux ### Des métaux toxiques à neutraliser Une pile jetée à la poubelle ou dans la nature libère des substances nocives en se dégradant : mercure (piles bouton anciennes), cadmium (accumulateurs NiCd), plomb (batteries auto) et acide sulfurique. Ces polluants contaminent les sols et les nappes phréatiques. Une seule pile bouton au mercure peut polluer **400 litres d'eau** ou **1 m³ de terre** pendant 50 ans. ### Des ressources stratégiques à préserver Le lithium, le cobalt et le nickel sont critiques pour la transition énergétique. L'extraction minière génère déforestation, pollution des eaux, conditions de travail difficiles. Recycler une pile, c'est éviter une nouvelle extraction. ### Un impératif réglementaire européen Le recyclage des piles n'est pas qu'un geste citoyen : c'est une obligation légale encadrée par le règlement européen. ## Le règlement européen 2023/1542 : ce qui change Adopté le 12 juillet 2023, le [règlement UE 2023/1542](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html) remplace l'ancienne directive 2006/66/CE et renforce considérablement les obligations de la filière. Contrairement à une directive, ce règlement est **directement applicable** dans tous les États membres, sans transposition nationale. ### Objectifs de collecte - **63 %** des piles portables collectées d'ici fin 2027 - **73 %** d'ici fin 2030 - Pour les batteries de moyens de transport légers (vélos, trottinettes) : **51 %** d'ici fin 2028, puis **61 %** d'ici fin 2031 ### Objectifs de recyclage Le règlement fixe des seuils d'efficacité de recyclage différenciés selon la chimie : **65 %** pour les batteries lithium-ion d'ici fin 2025, **80 %** pour les batteries nickel-cadmium, et **75 %** pour les batteries plomb-acide. ### Contenu recyclé obligatoire À partir du 18 août 2031, les nouvelles batteries devront intégrer un minimum de matériaux recyclés : **6 % de lithium**, **16 % de cobalt** et **6 % de nickel**. Une mesure qui impose de boucler la boucle et de produire des matériaux de « qualité batterie » à partir du recyclage. ### Passeport batterie numérique Dès 2027, chaque batterie de véhicule électrique devra être accompagnée d'un **passeport numérique** traçant sa composition, son origine et son empreinte carbone. Une transparence inédite qui facilitera le recyclage en fin de vie. ## Gestes pratiques : les bons réflexes au quotidien Recycler ses piles, c'est simple. Encore faut-il adopter les bons réflexes. ### Ce qu'il faut faire Gardez un contenant (bocal, sac) à la maison et déposez-y les piles usagées au fur et à mesure. Protégez les batteries lithium-ion en collez un ruban adhésif sur les bornes (risque d'incendie). Videz régulièrement votre contenant dans un bac de collecte en magasin ou déchèterie. Et faites le tri annuel de vos tiroirs à piles : les piles « dormantes » sont un gisement perdu. ### Ce qu'il ne faut jamais faire Ne jetez jamais à la poubelle : une pile en ordures ménagères finit en incinération ou décharge avec risques de pollution. Ne la jetez pas dans la nature : pollution des sols et eaux garantie. Ne la mélangez pas avec les DEEE : les piles doivent être séparées des [appareils électroniques](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) avant dépôt, leur filière différant. Et ne percez jamais, ne démontez jamais : risque d'explosion pour batteries lithium-ion, brûlure chimique pour les autres. ## FAQ : vos questions fréquentes ### Toutes les piles sont-elles recyclables ? Oui, **toutes les piles et accumulateurs** sont recyclables, sans exception : alcalines, salines, lithium, NiMH, NiCd, plomb, bouton. Il n'existe aucun type de pile qui doive finir à la poubelle. ### Le recyclage des piles coûte-t-il quelque chose au consommateur ? Non. Le coût du recyclage est intégré dans le prix d'achat de la pile neuve via une **éco-contribution** (quelques centimes par pile). Le dépôt en point de collecte est toujours gratuit. ### Peut-on déposer des batteries de vélo électrique en magasin ? Les batteries de vélos et trottinettes électriques sont acceptées en déchèterie et chez les revendeurs spécialisés. Les bacs de collecte en supermarché sont dimensionnés pour les piles portables uniquement. ### Que faire d'une pile qui a coulé ? Une pile qui a coulé (fuite d'électrolyte) reste recyclable. Manipulez-la avec des gants, placez-la dans un sac plastique fermé et déposez-la en point de collecte. Ne la jetez surtout pas à la poubelle. ### Comment savoir si une pile est usagée ? Un testeur de piles (disponible pour quelques euros) permet de vérifier la charge résiduelle. En l'absence de testeur, si un appareil ne fonctionne plus avec une pile, elle est probablement déchargée, mais vérifiez d'abord que le problème ne vient pas de l'appareil. ## Un geste simple, un impact réel Recycler ses piles est l'un des gestes écologiques les plus accessibles qui existent. Un réseau dense de 65 000 points de collecte, des éco-organismes qui prennent tout en charge, zéro coût pour le consommateur : les excuses pour ne pas le faire sont minces. Avec le [règlement européen 2023/1542](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html), la pression monte sur les taux de collecte et de recyclage. Les objectifs de 63 % en 2027 et 73 % en 2030 ne seront atteints que si chacun fait sa part. Alors la prochaine fois que ta télécommande rend l'âme, pense au bac en supermarché plutôt qu'au fond du tiroir. ## Sources - [Corepile - Collecte et recyclage des piles et petites batteries](https://www.corepile.fr/) - [Ecosystem - Le circuit des piles et batteries](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/equipement/piles-et-batteries) - [Règlement UE 2023/1542 - Durabilité des batteries et déchets de batteries](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html) - [Ministère de la Transition écologique - Batteries](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/batteries) - [ADEME - Chiffres clés déchets 2024](https://www.ademe.fr/) --- ## Repair café : réparer au lieu de jeter, mode d'emploi - URL: https://www.recy.net/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-19T09:11:00 - Categories: economie-circulaire Mon grille-pain a lâché en novembre. Un modèle qui marchait très bien depuis sept ans. Le réflexe normal : Amazon, 25 euros, livré demain. Sauf que cette fois j'ai fait autrement. Un samedi matin, je l'ai emmené au Repair Café de ma ville. Un bénévole retraité, ancien électricien, a ouvert le truc, trouvé un condensateur grillé à 1,80 euro, soudé le nouveau en vingt minutes. Mon grille-pain remarche. Et j'ai appris quelque chose sur le fonctionnement d'un appareil que j'utilisais tous les jours sans jamais me demander comment il marchait. **2 100 Repair Cafés actifs dans 40 pays.** Plusieurs centaines en France. Un mouvement qui a démarré à Amsterdam en 2009 et qui ne s'arrête pas. Parce que le problème est simple : on jette des objets réparables faute de savoir, d'outils ou de temps. Le Repair Café résout les trois d'un coup. ## Le principe : gratuit, ouvert, collaboratif Un Repair Café, c'est un atelier de réparation gratuit, souvent dans une salle municipale ou un centre social. Tu arrives avec ton objet en panne. Un bénévole compétent t'aide à le réparer. Pas "répare pour toi" : t'aide. Tu mets les mains dedans. Tu apprends. Tu repars avec un objet qui fonctionne et une compétence en plus. Le "café" dans le nom n'est pas décoratif. L'idée, c'est un moment convivial. Thé, café, biscuits. On discute pendant que la soudure sèche. La dimension sociale est aussi importante que la dimension écologique. C'est probablement pour ça que ça marche : c'est pas une filière administrative, c'est du lien humain autour d'un tournevis. Le mouvement a été lancé par Martine Postma, journaliste néerlandaise, le 18 octobre 2009. En 2011, elle a créé la Fondation Repair Café internationale. Kit méthodologique, charte, assurance collective. En France, premier Repair Café en 2013. De 47 ateliers en 2015 à plusieurs centaines aujourd'hui. Beaucoup fonctionnent en autonomie, rattachés à une association locale ou une collectivité. ## Ce qu'on peut réparer (et ce qu'on ne peut pas) | Catégorie | Exemples | Taux de réparation | | -------------------- | -------------------------------------------------- | ------------------ | | Petit électroménager | Grille-pain, aspirateur, cafetière, fer à repasser | Environ 60 % | | Textile et couture | Fermeture éclair, ourlets, pièces, boutons | Environ 80 % | | Vélos | Crevaisons, dérailleurs, freins, roues voilées | Environ 75 % | | Informatique | PC lents, écrans, périphériques, mises à jour | Environ 55 % | | Électronique | Radios, enceintes, télécommandes, lampes | Environ 50 % | | Mobilier et bois | Chaises, tiroirs, cadres, petits meubles | Environ 65 % | | Jouets | Jouets électroniques, peluches, jeux de société | Environ 60 % | En moyenne, **70 % des objets apportés sont réparés** (Fondation Repair Café). 80 % pour le [textile](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026), 50 % pour l'électronique complexe. Ce qui ne passe pas : gros électroménager (trop encombrant), appareils sous garantie (intervention annulerait la garantie), appareils au gaz (habilitations obligatoires), voitures, objets dangereux (amiante, hautes tensions). Pour les gros appareils irréparables, la [filière DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) prend le relais. En revanche, des objets qu'on croit foutus se révèlent sauvables : un condensateur à 2 euros dans un aspirateur, un joint dans une cafetière, une soudure sur une carte électronique. Le diagnostic est la moitié de la bataille. ## Trouver un atelier Cinq pistes, par ordre de fiabilité. **repaircafe.org** : annuaire officiel de la Fondation, carte interactive mondiale, filtrage par ville. **Réseaux régionaux** (repaircafe-hdf.org pour Hauts-de-France, etc.). **economiecirculaire.org** : plateforme de l'Institut de l'économie circulaire, référence beaucoup d'ateliers. **Site de votre mairie** : rubrique "développement durable" ou "vie associative", de plus en plus de collectivités hébergent ou subventionnent. **Réseaux sociaux** : "Repair Café + votre ville" sur Facebook ou Instagram. Le jour J : arrive avec ton objet (pas trop encombrant), un bénévole d'accueil t'oriente vers le bon poste (couture, électronique, vélo, informatique). Arrive tôt, c'est souvent premier arrivé premier servi. Apporte les accessoires (câbles, télécommandes, modes d'emploi). Prévois 30 minutes à 2 heures. Un don est bienvenu pour financer matériel et local. ## L'impact : pas que symbolique Le réseau mondial a détourné **plus de 630 tonnes de déchets** des décharges rien qu'en 2023. Chaque kilo réparé, c'est aussi du CO2 évité : fabriquer un objet neuf génère 10 à 50 fois plus d'émissions que réparer l'existant. Un aspirateur de 5 kg sauvé de la poubelle : 5 kg de déchets en moins, 20 à 50 kg de CO2 évités (fabrication + transport + fin de vie d'un neuf), 50 à 150 euros économisés. Multiplie par les dizaines de milliers de réparations annuelles en France, et le mouvement pèse dans les stratégies locales de prévention des déchets. ## Bonus réparation et loi AGEC : le cadre qui pousse La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) a créé un écosystème complet autour de la réparation. **L'indice de réparabilité** (obligatoire depuis 2021 sur 5 catégories, étendu en 2024) informe avant l'achat. Notre [guide de l'indice de réparabilité](/indice-reparabilite-score-produits-guide/) détaille le système de notation. **Le bonus réparation** (Ecosystem, label QualiRepar) prend en charge une partie du coût chez un réparateur labellisé. En 2024 : **715 000 interventions soutenues**, 25,4 millions d'euros versés. Contre 4,4 millions en 2023. Hausse de 477 %. Les gens réparent quand on les aide à payer. **Pièces détachées** disponibles pendant une durée minimale selon les catégories. Repair Café et bonus réparation sont complémentaires. Le Repair Café, c'est le diagnostic et la petite réparation gratuite. Le bonus, c'est la prise en charge financière chez un pro quand ça dépasse le cadre bénévole. Les **Journées Nationales de la Réparation** (HOP - Halte à l'Obsolescence Programmée) : en octobre 2025, **1 400 événements** dans toute la France. Ateliers, conférences, portes ouvertes de réparateurs. ## Créer son Repair Café : pas compliqué Aucun Repair Café dans ton coin ? Voici comment en lancer un. **Équipe minimale** : 2-3 organisateurs (logistique, communication, accueil) + 3-5 réparateurs bénévoles (électronique, couture, vélo, informatique) + une structure d'accueil (association existante, centre social, mairie). Pas besoin de créer une association dédiée. **Inscription à repaircafe.org** : kit de démarrage (guide, charte, logo, affiches), assurance collective (responsabilité civile bénévoles et visiteurs), visibilité sur l'annuaire mondial. Contribution annuelle modeste, rentabilisée par l'assurance seule. **Le lieu** : accessible, gratuit ou peu coûteux (salle municipale, local associatif), équipé (tables, chaises, prises, éclairage), convivial (coin café). Beaucoup de mairies prêtent des salles gratuitement. **Première session** : fréquence mensuelle, communication (affichage mairie, réseaux sociaux, presse locale), matériel de base (fer à souder, multimètre, caisse à outils, machine à coudre), aménagement par spécialité, coin café. **Fidéliser** : publier les résultats ("12 objets réparés sur 15, 38 kg de déchets évités"), photographier les réparations réussies, varier les formats (spéciale vélo au printemps, jouets avant Noël). Impliquer la mairie : un Repair Café est un argument solide pour le plan local de prévention des déchets. ## L'obsolescence programmée : le combat de fond Chaque réparation est une micro-victoire contre un modèle fondé sur le remplacement. La durée de vie moyenne d'un smartphone en France : **2 ans et 4 mois**, alors que la plupart fonctionneraient 5 à 7 ans. Selon l'ADEME, **60 % des pannes de gros électroménager** pourraient être réparées pour moins de 50 % du prix du neuf. Chaque Français produit environ **580 kg de déchets ménagers par an** (Eurostat 2023). J'ai un doute sur la capacité des Repair Cafés à changer l'échelle du problème. 630 tonnes détournées, c'est bien. Mais face aux millions de tonnes de déchets électroniques produits chaque année, c'est une goutte d'eau. Le vrai levier, c'est la conception des produits en amont : réparables, avec des pièces disponibles, sans vis propriétaires ni colle partout. L'indice de réparabilité pousse dans ce sens. Mais tant que les fabricants concevront pour l'obsolescence, les Repair Cafés resteront un pansement sur une plaie structurelle. Un pansement utile. Mais un pansement quand même. ## Par où commencer Tapez "Repair Café + votre ville" sur un moteur de recherche, ou consultez repaircafe.org. Si un atelier existe, allez-y avec un objet. Si aucun n'existe, contactez votre mairie : un Repair Café peut démarrer en moins de deux mois avec trois bénévoles motivés et une salle prêtée. En attendant la prochaine session : avant chaque achat, "est-ce que je peux réparer au lieu de remplacer ?". Le bonus réparation couvre une partie de la facture chez un labellisé QualiRepar. Les tutoriels en ligne (iFixit, YouTube, forums) permettent de diagnostiquer soi-même une bonne partie des pannes courantes. Un condensateur à la fois. ## Sources - [Fondation Repair Café internationale - À propos](https://www.repaircafe.org/en/about/), chiffres mondiaux, historique du mouvement, annuaire mondial - [Repair Café Hauts-de-France - Créer un Repair Café](https://repaircafe-hdf.org/creer-un-repair-cafe/), guide pratique de création d'un atelier - [Reporterre - Réparer pour ne plus surconsommer, le boom des Repair Cafés](https://reporterre.net/Reparer-pour-ne-plus-surconsommer-le-boom-des-Repair-Cafes), croissance du mouvement en France - [Zero Waste France - Municipales 2026 : réparation et réemploi](https://www.zerowastefrance.org/municipales-2026-reparation-reemploi/), collectivités et politiques locales - [CLCV - Bilan de l'observatoire réparation 2024](https://www.clcv.org/articles/reparation-des-equipements-electriques-et-electroniques-eee-bilan-de-lobservatoire-2024), 715 000 interventions bonus réparation, 25,4 M EUR - [Journées Nationales de la Réparation 2025](https://journeesreparation.fr/), 1 400 événements en France - [Économie circulaire - Repair Café](https://www.economiecirculaire.org/initiative/h/repair-cafe.html), fiches et annuaire des initiatives --- ## Bioplastiques : vraie solution ou faux ami du recyclage ? - URL: https://www.recy.net/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-19T08:48:00 - Categories: recyclage Un sac en « plastique végétal » au supermarché, une barquette « 100 % compostable » dans le rayon traiteur, un gobelet « biosourcé » à la machine à café. Les bioplastiques envahissent nos emballages avec une promesse séduisante : consommer du plastique sans culpabilité. La réalité est nettement plus compliquée. J'ai vu un centre de tri où du PLA avait contaminé un lot entier de PET destiné au [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq) : six heures de travail supplémentaire pour trier et sauver le matériel. C'est là que le bât blesse vraiment. En France, les bioplastiques représentent environ **2 % de la production totale de plastiques**. Un chiffre modeste, mais en croissance rapide : le marché européen progresse de 15 à 20 % par an. Le problème, c'est que cette croissance s'accompagne d'une confusion massive chez les consommateurs, et d'effets pervers bien réels sur les filières de recyclage. ## Bioplastique : de quoi parle-t-on exactement ? Le terme « bioplastique » recouvre en réalité deux catégories distinctes qui n'ont pas grand-chose en commun. Et c'est là que les ennuis commencent. ### Biosourcé : l'origine de la matière Un plastique biosourcé provient de matières premières végétales (amidon de maïs, canne à sucre, huile de ricin, algues) plutôt que du pétrole. Le « bio- » désigne la biomasse, rien de plus. Erreur courante : assimiler biosourcé à biodégradable, qui sont deux propriétés complètement indépendantes. Le bio-PET l'illustre parfaitement. Chimiquement identique au PET pétrosourcé, il possède la même structure moléculaire, la même durée de vie dans l'environnement (plusieurs centaines d'années), le même comportement en centre de tri. L'origine de la matière ne change rien au cycle de dégradation. ### Biodégradable : la capacité à se décomposer Un plastique biodégradable se décompose par l'action de micro-organismes (bactéries, champignons) en CO₂, eau et biomasse. L'adjectif est généreux : cette capacité dépend entièrement des conditions, température, humidité, présence des bonnes bactéries, durée d'exposition. Prenez le PLA (acide polylactique) : il est biodégradable, certes. Mais uniquement en composteur industriel, au-dessus de 58 °C, durant plusieurs semaines. Jeté dans la nature, un lac, un bac de tri ? Il reste intact des mois, même des années. La biodégradabilité devient une promesse vide. ### Le tableau récapitulatif | Type | Biosourcé ? | Biodégradable ? | Recyclable ? | Exemple | | ------- | ------------------- | ---------------- | ----------------- | ----------------------- | | Bio-PET | Oui (partiellement) | Non | Oui (filière PET) | Bouteilles PlantBottle | | Bio-PE | Oui | Non | Oui (filière PE) | Bouchons, tubes | | PLA | Oui (amidon) | Oui (industriel) | Non (contamine) | Gobelets, barquettes | | PHA | Oui (bactéries) | Oui (naturel) | Non | Emballages alimentaires | | PBS | Partiellement | Oui (industriel) | Non | Films, sachets | | PBAT | Non (pétrosourcé) | Oui (industriel) | Non | Sacs « biodégradables » | Le PBAT illustre bien l'absurdité du langage marketing : c'est un plastique d'origine pétrochimique, mais étiqueté « biodégradable ». Biosourcé et biodégradable sont deux propriétés indépendantes. ## Biodégradable n'est pas compostable : la confusion qui coûte cher C'est la source principale de malentendus. Et elle a des conséquences concrètes sur le fonctionnement des filières de recyclage en France. J'ai vu un cas assez instructif : une marque de gobelets compostables en PLA qui affichait fièrement « 100 % compostable » sur son emballage. Leurs clients les jetaient dans le bac de compost domestique, persuadés que tout était réglé. Résultat : contamination massive, clients déçus, image ternie. Le mot « compostable » sonne comme une promesse, mais il ne tient que si les conditions sont précises. C'est de la communication sans garde-fou, et ça crée des déceptions qui discréditent toute la filière. ### Trois termes, trois réalités **Biodégradable** signifie simplement qu'un matériau peut être dégradé par des micro-organismes. Mais la norme ne précise ni le délai, ni les conditions. Un plastique « biodégradable » peut mettre deux mois dans un composteur industriel… ou vingt ans dans le sol. **Compostable industriel** (norme EN 13432) impose des critères stricts : désintégration à 90 % en 12 semaines et biodégradation à 90 % en six mois, dans un composteur industriel à plus de 58 °C. Les résidus ne doivent pas contaminer le compost (tests d'écotoxicité). **Compostable domestique** (norme NF T 51-800 en France, OK Compost HOME en Europe) est encore plus exigeant : les mêmes critères, mais à température ambiante (entre 20 et 30 °C). Très peu de bioplastiques répondent à cette norme. ### Le test de la réalité En France, la quasi-totalité des bioplastiques compostables le sont **uniquement en conditions industrielles**. Or, le réseau français de plateformes de compostage industriel n'est pas vraiment conçu pour traiter ces matériaux. La plupart des installations les refusent, même certifiés OK Compost, parce que : Les cycles de compostage sont trop courts (4 à 6 semaines au lieu des 12 nécessaires), les opérateurs ne peuvent pas distinguer visuellement un bioplastique d'un plastique conventionnel, et le risque de contamination du compost final reste trop élevé. Résultat : même les bioplastiques « compostables » finissent majoritairement incinérés ou enfouis. ## Le vrai problème : la contamination des filières de recyclage Si les bioplastiques posaient un problème uniquement pour eux-mêmes, ce serait gérable. Mais ils perturbent le recyclage des plastiques conventionnels, et c'est là que le bât blesse. ### Le PLA, perturbateur du PET Le PLA ressemble visuellement au PET transparent. Même aspect, même touche, même poids. Dans un centre de tri, les capteurs infrarouges peuvent les distinguer, mais pas toujours. Et sur les lignes de tri manuel, la confusion est fréquente. Quand du PLA se retrouve dans un lot de PET destiné au recyclage, les conséquences sont sérieuses. Le PLA fond à une température inférieure (150-160 °C contre 250 °C pour le PET). Lors de l'extrusion, les granulés de PLA créent des points de faiblesse dans le plastique recyclé, rendant le matériau fragile et inutilisable. **Un taux de contamination de seulement 0,1 % de PLA suffit à dégrader un lot entier de PET recyclé.** Pour les [filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026), c'est un cauchemar logistique. Les centres de tri doivent investir dans des capteurs supplémentaires ou accepter un taux de perte plus élevé. ### Les sacs « biodégradables » dans le bac jaune Depuis l'extension des consignes de tri, tous les emballages plastiques vont dans le bac jaune. Mais les sacs « biodégradables » ne sont pas des emballages recyclables. Jetés dans le bac jaune par des consommateurs de bonne foi, ils perturbent le tri et contaminent les balles de matériaux destinées au recyclage. La règle est claire : les sacs biodégradables ne vont ni dans le bac jaune, ni dans le composteur domestique (sauf certification OK Compost HOME). Ils vont dans les ordures ménagères résiduelles, c'est-à-dire la poubelle grise. ### Un cercle vicieux Plus les bioplastiques se répandent dans les rayons, plus la contamination des flux de recyclage augmente. Plus la contamination augmente, plus le coût de tri s'alourdit. Et plus le coût de tri augmente, moins le recyclage est économiquement viable. C'est l'opposé exact de ce que promettait le marketing « vert ». ## La position de l'ADEME : un avis nuancé mais ferme L'ADEME (Agence de la transition écologique) a publié plusieurs avis techniques sur les bioplastiques. Sa position peut se résumer en quatre points. L'ADEME énumère quatre préoccupations majeures. Premièrement : biosourcé n'implique pas un bilan écologique supérieur. La culture des matières premières (maïs, canne à sucre) consomme eau, engrais, terres agricoles. L'analyse du cycle de vie montre que les bioplastiques biosourcés ne surpassent pas systématiquement leurs équivalents pétrosourcés en empreinte carbone globale. Deuxièmement, biodégradable n'éradique pas les déchets sauvages. Même les bioplastiques compostables résistent dans l'environnement naturel (océan, rivière, sol) aussi bien que les plastiques conventionnels. Étiqueter « biodégradable » encourage une fausse confiance : consommateurs convaincus que jeter dans la nature est acceptable. Autre problème de taille : les bioplastiques compostables perturbent les filières existantes. L'ADEME recommande des flux séparés pour bioplastiques et plastiques conventionnels, filières qui n'existent pas à l'échelle nationale. Enfin, et cette ligne doit être gravée partout : la réduction à la source prime sur le recyclage ou le compostage. Un bioplastique reste un emballage jetable. Le remplacer par un contenant réutilisable est presque toujours préférable. ## Le marché des bioplastiques en chiffres ### Production mondiale Selon European Bioplastics et le nova-Institute, la capacité mondiale de production de bioplastiques était de **2,18 millions de tonnes en 2024**, soit environ 0,5 % de la production totale de plastiques (plus de 400 millions de tonnes). Les projections tablent sur **7,43 millions de tonnes en 2029**, tirées par la demande en emballages alimentaires et les réglementations anti-plastique à usage unique. ### Le marché européen L'Europe représente environ **25 % de la demande mondiale** en bioplastiques. L'Allemagne, la France et l'Italie sont les trois premiers marchés. Le règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), applicable en août 2026, pourrait accélérer la demande en imposant des objectifs de contenu recyclé et de réduction des emballages plastiques vierges. ### Le cas français En France, le marché des bioplastiques est estimé à **350 millions d'euros en 2025**, en croissance de 18 % par an. La loi AGEC, qui interdit progressivement les plastiques à usage unique, pousse les industriels vers des alternatives, mais pas toujours les bonnes. Remplacer un gobelet en PS (polystyrène) par un gobelet en PLA ne change pas le modèle du jetable. Le [polystyrène alimentaire bénéficie d'ailleurs d'une dérogation repoussant son interdiction à 2030](/polystyrene-alimentaire-derogation-2030-interdiction-repoussee/). C'est ce que rappelle le cadre réglementaire qui vise d'abord la réduction à la source. ## PLA, PHA, amidon : les bioplastiques décortiqués Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Chewing-gums en semelles : l'UE passe à l'action](/recyclage-chewing-gums-semelles-directive-ue). ### PLA (acide polylactique) Le PLA demeure le bioplastique le plus répandu. Transparent, rigide, fabriqué à partir d'amidon de maïs ou canne à sucre fermenté par des bactéries lactiques, il ressemble au PET et peuple les gobelets, barquettes alimentaires, films et couverts jetables. L'avantage initial : 100 % biosourcé, empreinte carbone réduite en production (1,3 kg CO₂/kg contre 3,4 pour le PET vierge), compostabilité industrielle certifiée EN 13432. Mais les défauts l'emportent : aucune dégradation en nature ou compost domestique, contamination des filières PET, compétition agricole pour les matières premières, fragilité thermique au-delà de 55 °C. ### PHA (polyhydroxyalcanoates) Les PHA se distinguent radicalement : produits directement par des bactéries transformant sucres ou lipides en polymères de stockage, ils sont les seuls bioplastiques biodégradables en conditions naturelles, sols, eaux douces, milieux marins inclus. Propriétés : biodégradabilité en environnement ouvert, biosourcage 100 %, variabilité mécanique selon formulation, non-toxicité. Obstacle majeur : coût exorbitant (5 à 10 fois le PET), volumes industriels embryonnaires, fermentation lente tuant les rendements. Niches prometteuses, pas de scaling immédiat. Les PHA sont la piste la plus prometteuse pour les emballages destinés à des environnements où la collecte est impossible (agriculture, pêche, événements en plein air). Mais leur coût les cantonne pour l'instant à des niches. ### Amidon thermoplastique L'amidon de maïs, de pomme de terre ou de blé peut être transformé en plastique par chauffage sous pression. Souvent mélangé à d'autres polymères (PLA, PBAT) pour améliorer ses propriétés, il sert dans les sacs de caisse « biodégradables » et certains emballages alimentaires. **Points forts** : matière première abondante et peu coûteuse, compostable industriel. **Points faibles** : sensible à l'humidité (ramollit au contact de l'eau), propriétés mécaniques faibles seul, souvent mélangé à des polymères pétrosourcés (PBAT), ce qui complique le bilan environnemental. ## Ce que dit la réglementation ### L'interdiction des sacs en plastique Depuis le 1er janvier 2017, les sacs en plastique à usage unique sont interdits en caisse en France. Les sacs « biosourcés et compostables domestiques » restent autorisés pour l'emballage des fruits et légumes, à condition qu'ils contiennent au minimum 60 % de matières biosourcées (seuil relevé progressivement). Mais sur le terrain, ces sacs finissent rarement dans un composteur. La plupart atterrissent dans la poubelle grise ou, pire, dans le bac de [tri des biodéchets](/tri-biodechets-guide-pratique-2026/) où ils sont difficilement distingués des sacs plastiques classiques par les opérateurs de compostage. ### Le règlement PPWR européen Le règlement PPWR, applicable en août 2026, n'interdit pas les bioplastiques mais impose des conditions strictes : - Les emballages compostables ne seront acceptés que pour des usages spécifiques (sachets de thé, dosettes de café, étiquettes fruits et légumes, sacs de caisse très légers) - Pour tous les autres usages, les emballages devront être **recyclables**, ce qui exclut de fait le PLA et les autres bioplastiques compostables des filières standard - Les allégations « biodégradable » ou « compostable » devront être accompagnées d'informations claires sur les conditions de dégradation - Les sanctions en cas de non-conformité seront définies par les États membres d'ici 2027 ### La norme « OK Compost HOME » C'est la seule certification qui garantit une biodégradation en composteur domestique. Délivrée par TÜV Austria, elle impose la désintégration à 90 % en 180 jours à température ambiante. Très peu de bioplastiques la détiennent, et elle n'est pas obligatoire en France. ## Alors, que faire de ses bioplastiques ? Pour un consommateur : **Les bioplastiques compostables (PLA, amidon)** ne vont PAS dans le bac jaune. Ils contaminent le recyclage. Si vous avez un composteur domestique ET que l'emballage porte la certification OK Compost HOME, vous pouvez le composter. Sinon, direction la poubelle grise (ordures ménagères résiduelles). **Les bioplastiques biosourcés non biodégradables (bio-PET, bio-PE)** se recyclent exactement comme leurs équivalents pétrosourcés. Ils vont dans le bac jaune, avec les consignes habituelles. **Le meilleur réflexe** reste de questionner le besoin. Un gobelet en PLA reste un gobelet jetable. Une gourde réutilisable supprime le problème à la source. C'est simple : le meilleur emballage est celui qui n'existe pas. ## FAQ ### Un bioplastique jeté dans la nature se dégrade-t-il ? Non, sauf exception. Les bioplastiques compostables industriels (PLA, amidon/PBAT) ne se dégradent pas dans l'environnement naturel à des vitesses utiles. Seuls les PHA se biodégradent en milieu naturel, y compris marin, mais leur part de marché est marginale. Un sac « biodégradable » jeté dans un champ ou un cours d'eau y restera des mois, voire des années. ### Peut-on mettre du PLA dans le bac jaune ? Non. Le PLA contamine la filière de recyclage du PET. Il ne doit pas être jeté dans le bac jaune. Si le gobelet ou la barquette en PLA n'est pas certifié OK Compost HOME, il va dans la poubelle grise. ### Les bioplastiques sont-ils meilleurs pour le climat ? Pas automatiquement. La production de PLA émet environ 60 % de CO₂ en moins que le PET vierge. Mais l'analyse complète du cycle de vie inclut la culture des matières premières, le transport, le traitement en fin de vie. Un bioplastique incinéré en fin de vie (faute de filière de compostage) perd une grande partie de son avantage climatique. Et un emballage réutilisable bat n'importe quel jetable, bio ou pas. ### Les bioplastiques vont-ils remplacer les plastiques conventionnels ? Non, pas à horizon prévisible. Avec environ 0,5 % de la production mondiale, les bioplastiques restent un marché de niche. Les limitations techniques (résistance thermique, coût, propriétés barrière) et logistiques (absence de filières de compostage adaptées) freinent leur adoption à grande échelle. Les PHA pourraient changer la donne à long terme, mais les volumes industriels ne sont pas encore là. ## Sources - [ADEME - Bioplastiques : avis et recommandations](https://www.ademe.fr/) - [European Bioplastics - Bioplastics market data 2024](https://www.european-bioplastics.org/market/) - [nova-Institute - Bio-based Building Blocks and Polymers 2024](https://nova-institute.eu/) - [Norme EN 13432 - Exigences relatives aux emballages valorisables par compostage](https://www.iso.org/) - [Règlement PPWR (UE) 2025/40 - Emballages et déchets d'emballages](https://eur-lex.europa.eu/) - [Citeo - Le tri des emballages en France](https://www.citeo.com/) --- ## Lombricomposteur en appartement : guide pour débuter - URL: https://www.recy.net/lombricomposteur-appartement-guide-complet/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-08T08:36:00 - Categories: valorisation Vous vivez en appartement. Pas de jardin. Votre commune n'a peut-être pas encore de collecte de biodéchets. Depuis le 1er janvier 2024, la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) impose pourtant le tri à la [source](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025) des biodéchets. Le lombricomposteur est la seule vraie solution pour les citadins. J'ai installé le mien en 2023. Soyons honnêtes : les deux premiers mois ont été laborieux. Les vers se demandaient ce qu'ils faisaient là, ils mangeaient presque rien. Il m'a fallu trois fois plus de temps que prévu pour stabiliser le système. Ce qu'on oublie de dire dans les guides marketing : la patience est le premier ingrédient. ## Pourquoi le lombricomposteur en appartement ### Le problème des biodéchets en ville 100 kg de biodéchets par habitant et par an (Ministère de la Transition écologique). Un tiers du poids de vos poubelles. En immeuble, les options classiques sont limitées : pas de jardin, pas toujours de composteur collectif, points de collecte municipaux pas encore déployés partout. Le lombricomposteur résout l'équation. Compact. Sans odeur quand c'est bien géré. Il transforme vos épluchures en engrais directement dans votre cuisine. ### Lombricomposteur vs composteur classique La vraie différence : les vers. Un composteur classique repose sur les micro-organismes (bactéries, champignons). Le lombricomposteur accélère le processus avec des vers épigés qui consomment chaque jour la moitié de leur poids en matière organique. Résultat : cycle de 3-6 mois contre 6-12 mois pour un composteur classique. Encombrement réduit. Et deux produits au lieu d'un. ### Deux produits **Le lombricompost** : terreau noir, riche en humus et micro-organismes. Utilisable directement pour plantes d'intérieur, jardinières, potager de balcon. **Le lombrithé** : liquide brun concentré en nutriments, récolté via le robinet en bas du bac. Dilué dans 10 volumes d'eau = fertilisant liquide redoutable. ## Choisir son lombricomposteur ### Critères de sélection **Combien de personnes dans le foyer ?** 1-2 personnes : 2-3 plateaux. Au-delà : 3-4 plateaux. **Espace disponible ?** Les modèles verticaux à plateaux : environ 40 x 40 cm au sol. À peine plus qu'une corbeille à papier. **Budget ?** 60-150 EUR pour un modèle du commerce. Entrée de gamme en plastique recyclé : suffisant pour débuter. DIY avec des bacs empilables : moins de 30 EUR. ### Le choix du matériau **Plastique recyclé** : le plus courant. Léger, facile à nettoyer, économique. Prenez opaque (les vers fuient la lumière) avec une aération correcte. **Bois** : esthétique, bonne régulation de l'humidité. Plus lourd, se dégrade si l'humidité n'est pas maîtrisée. **Terre cuite** : excellente régulation thermique. Fragile, plus cher. Pour un premier lombricomposteur en appartement : plastique recyclé. Simple, fonctionnel, abordable. ### Marques populaires en France Worm Café (Vers La Terre), Eco-Worms, Lombribox, City Worms. Tous fonctionnent sur le principe de plateaux empilables. Ils se valent pour un usage domestique. ## Les vers : choisir et installer ### Eisenia fetida Pas n'importe quels vers. Oubliez les lombrics du jardin : trop gros, trop lents, inadaptés. Les vers de lombricompostage sont des **Eisenia fetida** (ver du fumier) ou **Eisenia andrei** (ver rouge). Vie en surface de matière organique. Reproduction rapide (un cocon par semaine). [Consommation élevée](https://eisenia.org/lombricompostage-definition-comment-et-pourquoi/) par rapport à leur taille. ### Quantité de départ 500 g de vers pour un foyer de 2 personnes (250-500 individus). Ils se multiplieront pour s'adapter au volume de nourriture. La population s'autorégule. ### Où les trouver **Achat en ligne** : Vers La Terre, Lombricomposteur Eco. 20-35 EUR pour 500 g. **Groupes Facebook et forums** : la surpopulation arrive vite dans un lombricomposteur qui tourne bien. Dons fréquents entre particuliers. **Récupération directe** : dans un tas de fumier ou compost mûr, les Eisenia fetida sont là naturellement. ## Installation pas à pas ### Étape 1 : l'emplacement Température optimale : 15-25 °C. En dessous de 10 °C, les vers ralentissent. Au-dessus de 30 °C, ils souffrent. Évitez radiateur et fenêtre plein sud. Endroit stable, sans variations brusques : coin de cuisine, cellier, couloir, sous l'évier. Et surtout : **près de votre plan de travail**. Si c'est contraignant d'y accéder, vous arrêterez de l'alimenter en deux semaines. ### Étape 2 : la litière Le "nid" des vers. Matériaux carbonés humidifiés : - Carton brun déchiré (boîtes d'oeufs, rouleaux papier toilette) - Papier journal non glacé (pas d'encres couleur) - Feuilles mortes sèches si disponibles - Sciure de bois non traité (si disponible) Humidifier jusqu'à consistance d'éponge essorée. Remplir le premier plateau sur 5 cm. ### Étape 3 : poser les vers Déposez-les sur la litière humide. Laissez le couvercle ouvert quelques minutes avec la lumière. Les vers fuient la lumière et s'enfouilront. Refermez. ### Étape 4 : acclimatation 7-10 jours sans nourriture. Laissez-les tranquilles. Ensuite : 100 g/jour la première semaine, puis augmentez progressivement. Rythme de croisière en 4-7 semaines. ## Nourrir le lombricomposteur ### Ce qui va - Épluchures fruits et légumes (coupées en petits morceaux) - Marc de café avec filtre papier - Sachets de thé (sans agrafe, matière naturelle) - Coquilles d'oeufs écrasées (régulent l'acidité) - Pain rassis (modéré) - Petits morceaux de carton brun - Riz et pâtes cuits (petites quantités) ### Ce qui ne va pas **Agrumes** : trop acides, font fuir les vers, favorisent les moisissures. **Ail et oignon** : vermifuges naturels. **Viande, poisson, os** : putréfaction, mouches, odeurs. **Produits laitiers** : même problème. **Huile et graisses** : colmatent les voies respiratoires des vers. **Végétaux traités aux pesticides** : toxiques. ### L'équilibre Ratio : **deux tiers de matières vertes** (épluchures) pour **un tiers de matières brunes** (carton, papier, feuilles mortes). Les brunes absorbent l'excès d'humidité et empêchent l'anaérobie. Geste simple : à chaque apport de déchets frais, une poignée de carton déchiré par-dessus. Ça prévient la majorité des problèmes. ## Entretien quotidien ### Humidité Le paramètre le plus important. Prenez une poignée et pressez. Quelques gouttes : parfait. Eau qui ruisselle : ajoutez du carton sec. Trop sec : vaporisez. ### Lombrithé Videz le bac collecteur au moins une fois par semaine. Si les vers se noient, c'est fini. Stockez en bouteille fermée, à l'abri de la lumière. Dilution : 1 pour 10 dans l'eau pour l'arrosage. ### Odeurs Un lombricomposteur bien géré ne sent presque rien. Au pire, une odeur de sous-bois. **Ammoniaque** = trop de matières azotées. Ajoutez du carton. **Soufre/oeuf pourri** = anaérobie, trop humide. Ajoutez du carton sec, remuez la surface. **Vinaigre** = acidité. Coquilles d'oeufs écrasées, réduisez les fruits. ## La récolte ### Quand 5-6 mois après le démarrage. Le lombricompost est prêt quand il forme une matière noire, homogène, odeur de terre de forêt. Plus de déchets reconnaissables. ### La technique de migration 1. Cessez d'alimenter le plateau inférieur (compost mûr) pendant 2-3 semaines 2. Continuez à nourrir le plateau supérieur 3. Les vers migrent naturellement vers la nourriture fraîche 4. Récoltez le plateau inférieur quasi vide de vers 5. Replacez-le en position haute ### Utilisation **Plantes d'intérieur** : 1-2 cuillères à soupe dans le terreau à chaque rempotage. **Jardinières et potager balcon** : 500 g/m2 en surface. **Semis** : mélange 1/3 lombricompost, 2/3 terreau. ## Les problèmes et leurs solutions ### Moucherons Problème numéro un en appartement. Les drosophiles adorent les fruits en décomposition. Solutions : enterrez toujours vos déchets sous du carton ou papier journal. Pas d'épluchures de fruits en surface. Piège à vinaigre à proximité (bol de vinaigre de cidre + film étirable percé). ### Vers qui fuient Signal d'alarme. Causes : bac trop acide (agrumes ?), trop humide ou trop sec, température inadaptée, changement brutal d'environnement. Identifiez la cause. Coquilles d'oeufs si acidité. Ajustez l'humidité. ### Bac qui pue 90 % des cas : excès de matières vertes ou manque d'aération. Ajoutez du carton, réduisez les apports, laissez respirer. ### Vers qui ne mangent pas En dessous de 15 °C : normal, métabolisme ralenti. Réduisez les apports. Si la température est correcte : vérifiez les déchets inadaptés. ## Les saisons **Printemps/été** : activité maximale (18-25 °C). Augmentez les apports. Surveillez l'humidité en canicule. Un linge humide sur le couvercle aide si > 28 °C. **Automne/hiver** : ralentissement sous 15 °C. Appartement chauffé (18-22 °C) = pas de souci. Cellier non chauffé = réduisez les apports. ## Loi AGEC et lombricompostage Depuis le 1er janvier 2024, tri des biodéchets obligatoire (directive européenne, [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026)). Les collectivités doivent proposer une solution. Le lombricomposteur est parfaitement conforme et adapté aux appartements. Certaines collectivités subventionnent l'achat ou organisent des ateliers gratuits. Renseignez-vous auprès de votre mairie. ## Check-list du débutant 1. Choisir un modèle 2-3 plateaux en plastique recyclé 2. Commander 250-500 g d'Eisenia fetida 3. Préparer la litière : carton brun humidifié, 5 cm 4. Installer les vers et patienter 7-10 jours 5. Alimenter progressivement : 100 g/jour, puis augmenter 6. Surveiller : humidité, température (15-25 °C), équilibre vert/brun 7. Récolter : lombricompost à 5-6 mois, lombrithé chaque semaine ## Verdict Le lombricompostage demande quelques semaines d'adaptation. Ensuite, c'est aussi naturel que de trier ses emballages. Vos vers travaillent en silence, transforment vos déchets en or noir pour vos plantes. C'est la solution la plus efficace pour les citadins qui veulent réduire leur poubelle. Le seul investissement réel, c'est la patience des deux premiers mois. Après, ça roule. ## Sources - [Ministère de la Transition écologique - Biodéchets](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets) - [Service-Public.fr - Tri à la source des biodéchets](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A16963) - [Eisenia - Lombricompostage : définition, comment et pourquoi](https://eisenia.org/lombricompostage-definition-comment-et-pourquoi/) - [Lombricomposteur Eco - Guide de démarrage](https://www.lombricomposteureco.fr/demarrage/) - [Vers La Terre - Utilisation du lombrithé](https://verslaterre.com/fr/blog/gazette-du-p-tit-ver/utilisation-lombrithe-fertilisant-naturel) - [Syvadec - Récolter et utiliser le lombricompost](https://www.syvadec.fr/paragraphe/comment-recolter-et-utiliser-2/) --- ## DEEE : comment recycler vos appareils électroniques - URL: https://www.recy.net/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-08T06:58:00 - Categories: recyclage **46 millions de smartphones dorment dans les tiroirs des Français.** Des [initiatives de collecte numérique](/collecte-numerique-mars-2026-metaux-precieux-tiroirs/) tentent de débloquer ce stock dormant, mais le chemin reste long. Près de 100 appareils électriques par foyer, selon l'ADEME, du grille-pain au casque audio, de la tablette oubliée au chargeur sans appareil. Dans les centres de tri, il n'est pas rare de voir débarquer des palettes entières de vieux téléphones, certains datant de 2012, donc complètement obsolètes mais remplis de matériaux précieux qu'on laisse pourrir sur des étagères. Et pourtant, le taux de collecte des DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques) en France plafonne à 44,6 %, loin de l'objectif européen de 65 %. Chaque appareil non recyclé, c'est de l'or, du cuivre, du cobalt et du lithium qui finissent en décharge au lieu d'être réinjectés dans l'économie. Voici comment fonctionne la filière, où déposer vos appareils, et pourquoi ces petits gestes pèsent lourd. ## Ce que cachent vos appareils : un trésor de métaux ### La composition d'un smartphone Un smartphone concentre environ 70 matériaux différents. C'est un condenseur de technologies, et de matières premières stratégiques. | Composant | Part approximative | Matériaux principaux | | ----------------------------- | ------------------ | ------------------------------ | | Métaux ferreux et non ferreux | 40 à 60 % | Cuivre, aluminium, zinc, étain | | Métaux précieux | 0,5 % | Or, argent, platine, palladium | | Terres rares | 0,1 % | Néodyme, dysprosium, lanthane | | Plastiques | 30 à 40 % | ABS, polycarbonate | | Verre | 10 à 15 % | Écran, lentilles | Source : ADEME, [Bouygues Telecom Corporate](https://www.corporate.bouyguestelecom.fr/presse-et-actualites/toutes-nos-actualites/le-recyclage-des-appareils-electroniques-en-france/). Pour extraire l'équivalent de l'or contenu dans une tonne de smartphones, il faudrait exploiter des dizaines de tonnes de minerai. Recycler un appareil est donc incomparablement plus efficient que d'extraire du neuf, en énergie, en eau et en CO2. ### Les gros équipements ne sont pas en reste Un lave-linge contient 30 à 40 kg de métaux (acier, cuivre, aluminium). Un écran plat renferme de l'indium, un métal critique dont les réserves mondiales sont estimées à moins de 20 ans au rythme actuel d'extraction. Un ordinateur portable, lui, concentre du cobalt, du tantale et du lithium dans sa batterie, trois métaux classés stratégiques par l'Union européenne. ## La filière DEEE en France : qui fait quoi ### Le cadre réglementaire Depuis 2006, la filière DEEE française fonctionne sous le régime de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP). Les fabricants et importateurs d'équipements électriques financent la collecte, le transport, la dépollution et le recyclage via des éco-organismes agréés par l'État. Pour la période d'agrément 2021-2027, quatre éco-organismes se partagent les filières : - Ecosystem : appareils ménagers, informatique, téléphonie, éclairage (principal acteur, 80 % des volumes) - Ecologic : petit électroménager, outillage, jouets électroniques - Srelec : cartouches d'impression - Soren : panneaux photovoltaïques ### Les chiffres de la filière La filière DEEE française traite plus de **600 000 tonnes par an** d'équipements usagés. Le taux de réutilisation et de recyclage atteint **77,2 %**, et le taux global de valorisation (recyclage + valorisation énergétique) grimpe à **88,6 %** selon les données ADEME 2022. Plus de 3 000 emplois ont été créés depuis 2006, dont une part significative dans l'économie sociale et solidaire (ESS) via les réseaux Emmaüs et Envie. En revanche, le taux de collecte global (44,6 %) reste un point noir. Cela signifie que plus de la moitié des appareils en fin de vie échappent à la filière officielle : ils sont stockés, jetés dans les ordures ménagères, parmi les [erreurs de tri les plus courantes](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/), ou exportés illégalement. C'est un phénomène qu'on commence à peine à quantifier vraiment, et c'est un peu de la fumée dans les yeux des chiffres officiels. Pendant qu'on se félicite de collecter 200 000 tonnes, un quart de ça disparaît discrètement par la porte de derrière vers l'Afrique. ## Où déposer vos appareils : les 5 options ### 1. La reprise en magasin (obligatoire) Depuis la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/), tout distributeur d'équipements électriques a l'obligation légale de reprendre votre ancien appareil : - **Reprise "1 pour 1"** : à l'achat d'un appareil neuf, le magasin reprend gratuitement l'ancien équivalent (un téléphone pour un téléphone, un frigo pour un frigo), en magasin ou à la livraison - **Reprise "1 pour 0"** : pour les petits équipements de moins de 25 cm de diagonale (téléphone, rasoir, télécommande), les magasins de plus de 400 m² doivent les reprendre sans obligation d'achat, via des bacs de collecte en libre-service Cette obligation s'applique à tous les distributeurs : grande surface, magasin spécialisé, site e-commerce. ### 2. La déchetterie Les 4 600 déchetteries de France disposent toutes d'une zone DEEE dédiée. C'est la solution la plus simple pour les gros appareils (électroménager, écrans, informatique). Les volumes sont ensuite enlevés par les éco-organismes. ### 3. Les points de collecte de proximité Ecosystem recense plus de **30 000 points de collecte** sur le territoire : bornes en supermarché, collecteurs dans les écoles, les entreprises, les administrations. Le site ecosystem.eco propose un moteur de recherche géolocalisé pour trouver le point le plus proche. ### 4. La collecte solidaire Les réseaux **Emmaüs** et **Envie** collectent les appareils encore fonctionnels ou réparables. Ils les reconditionnent et les revendent à prix solidaire. Si l'appareil n'est pas réparable, il intègre la filière de recyclage classique. C'est la solution à privilégier si votre appareil fonctionne encore. ### 5. Les programmes opérateurs et constructeurs Plusieurs acteurs proposent des programmes de reprise spécifiques pour les smartphones : - Apple Trade In : reprise contre bon d'achat ou recyclage gratuit - Samsung Galaxy Upcycling : reconditionnement ou recyclage - Orange, Bouygues Telecom, SFR : reprise en boutique avec estimation de valeur - Back Market x Ecosystem : recyclage des appareils non reconditionnables ## Le parcours d'un appareil recyclé : de la collecte au métal ### Étape 1 : collecte et tri Les appareils collectés sont acheminés vers l'un des centres de tri agréés. Ils sont classés en quatre flux principaux : - **Gros électroménager froid** (réfrigérateurs, congélateurs), contient des gaz frigorigènes à traiter - **Gros électroménager hors froid** (lave-linge, four), riche en métaux - **Écrans** (TV, moniteurs), contient des substances dangereuses (plomb, mercure) - **Petits appareils en mélange** (PAM), smartphones, grille-pain, perceuses, jouets ### Étape 2 : dépollution Avant tout broyage, les substances dangereuses sont extraites manuellement ou mécaniquement : - **CFC et HCFC** des réfrigérateurs (gaz à effet de serre puissants, jusqu'à 14 000 fois le CO2) - **Mercure** des écrans LCD et des lampes - **Plomb** des tubes cathodiques - **Batteries lithium-ion** (risque d'incendie, voir section dédiée) - **Condensateurs PCB** des anciens transformateurs ### Étape 3 : broyage et séparation Les appareils décontaminés passent dans des broyeurs industriels. Les matières sont ensuite séparées par technologies successives : tri magnétique (métaux ferreux), courants de Foucault (aluminium), tri optique (plastiques), flottation (mousses). Les technologies les plus récentes promettent de récupérer jusqu'à 95 % des matériaux critiques contenus dans les batteries lithium-ion. ### Étape 4 : affinage et réinjection Les métaux récupérés sont fondus et affinés dans des fonderies spécialisées (Umicore en Belgique, Aurubis en Allemagne pour le cuivre). L'or et les métaux précieux extraits des cartes électroniques repartent vers l'industrie de la bijouterie ou de l'électronique. Les plastiques triés sont granulés et réintègrent la fabrication de nouveaux produits. Les [serveurs et équipements de data centers](/recyclage-serveurs-data-centers-2026/) suivent un parcours similaire, avec des volumes en forte croissance. ## Le cas critique des batteries lithium-ion Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Réparabilité smartphones UE : ce qui change en 2026 et 2027](/ecoconception-smartphones-reglement-ue-2024-1781-batterie-demontable). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [ecosystem, 876 000 tonnes de DEEE : record ou écran de fumée ?](/ecosystem-record-collecte-deee-876000-tonnes-2026). ### Un risque réel dans les centres de tri Les batteries lithium-ion sont le risque numéro un de la filière DEEE. Le constat est brutal : entre 2010 et 2019, plus de **1 400 incendies** ont été recensés dans les centres de collecte, de tri et de recyclage en France. Chaque année, entre 400 et 500 départs de feu sont attribués à des batteries mal triées, écrasées ou percées lors des opérations de compactage. Le phénomène en cause s'appelle l'**emballement thermique** : un choc, une perforation ou un court-circuit interne provoque une réaction en chaîne qui fait monter la température de la cellule à plusieurs centaines de degrés en quelques secondes. Le coût moyen d'un sinistre peut atteindre 1,3 million d'euros par installation, et plusieurs dizaines de millions pour les cas graves. ### La réponse législative Le 6 mars 2025, le Sénat a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à renforcer la prévention et la lutte contre les incendies liés aux batteries au lithium dans les installations de tri et de recyclage. Le texte impose notamment des obligations de stockage sécurisé et de formation du personnel. ### Le bon geste **Ne jetez jamais une batterie ou un appareil contenant une batterie lithium dans une poubelle classique.** Pas dans le bac jaune, pas dans la poubelle grise. Déposez-le en point de collecte ou en magasin. Si la batterie est gonflée, endommagée ou percée, signalez-le au point de dépôt et ne la stockez pas à proximité de matériaux inflammables. ## Depuis le 1er janvier 2025 : fin des exportations hors OCDE Nouveauté réglementaire majeure : depuis le 1er janvier 2025, l'exportation de DEEE hors de l'Union européenne et des pays de l'OCDE est interdite. L'objectif est double : empêcher le dumping environnemental vers l'Afrique et l'Asie du Sud-Est (où les déchets électroniques étaient souvent "recyclés" dans des conditions sanitaires désastreuses), et rapatrier la valeur des métaux critiques sur le sol européen. Cette interdiction s'inscrit dans la stratégie européenne sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, 2024), qui fixe un objectif de 25 % de recyclage domestique pour les métaux stratégiques d'ici 2030. Le [bilan environnement 2025](https://actualites-news-environnement.com/bilan-environnement-2025-faits-marquants/) classe cette réglementation parmi les avancées majeures de l'année. ## 5 gestes concrets pour agir 1. **Faites l'inventaire** : l'ADEME estime que chaque foyer possède près de 100 appareils électriques. Combien d'entre eux sont inutilisés ? Un audit rapide de vos tiroirs, placards et garage peut révéler une dizaine d'appareils à déposer. 2. **Privilégiez le reconditionnement** : un smartphone encore fonctionnel ne doit pas être recyclé, il doit être reconditionné ou donné. Vous pouvez aussi le confier à un [Repair Café](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) pour tenter une réparation. Le reconditionnement évite la fabrication d'un appareil neuf, soit une économie de 50 à 80 kg de CO2 par téléphone. 3. **Utilisez la reprise en magasin** : à chaque achat d'appareil neuf, ramenez l'ancien. C'est gratuit et obligatoire pour le distributeur. 4. **Retirez les batteries amovibles** : si votre appareil a une batterie amovible, retirez-la et déposez-la séparément dans un bac de collecte pile (présent dans tous les supermarchés). Cela réduit considérablement le risque d'incendie en centre de tri. C'est LE geste que très peu de gens font et qui ferait la plus grosse différence. 5. **Ne stockez pas indéfiniment** : un appareil qui dort dans un tiroir pendant cinq ans perd de la valeur de reconditionnement et ses métaux ne sont pas réinjectés dans le circuit. Plus vous déposez tôt, plus la filière est efficace. ## Sources - ADEME, [SERD 2025 - Les DEEE](https://serd.ademe.fr/serd-2025-les-dechets-dequipements-electriques-et-electroniques-d3e/) - Ministère de la Transition écologique, [Équipements électriques et électroniques (DEEE)](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/equipements-electriques-electroniques-deee) - Ecosystem, [Donner ou recycler vos appareils électriques](https://www.ecosystem.eco/donner-recycler/) - Confia, [Recyclage des DEEE en France : chiffres clés 2024](https://www.confia.fr/blog/recyclage-des-deee-en-france-chiffres-cles/) - Nextwaste, [DEEE : quel constat en 2025 ?](https://www.nextwaste.fr/la-gestion-du-tri-des-deee-le-constat-de-la-filiere-en-2025/) - Sénat, [Proposition de loi batteries lithium - 6 mars 2025](https://www.senat.fr/rap/l24-367/l24-3673.html) - Bouygues Telecom, [Recyclage des appareils électroniques en France](https://www.corporate.bouyguestelecom.fr/presse-et-actualites/toutes-nos-actualites/le-recyclage-des-appareils-electroniques-en-france/) --- ## Tri 5 flux en entreprise : obligations et pratique - URL: https://www.recy.net/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-06T06:06:00 - Categories: tri **Papier, plastique, métal, verre, bois… et depuis peu, textile, plâtre, fraction minérale, biodéchets.** Ce qui s'appelait le « décret 5 flux » en 2016 est devenu un décret 8 flux au 1er janvier 2025, sans compter le neuvième flux (biodéchets) imposé en parallèle depuis 2024. Et si votre entreprise ne trie toujours pas, elle risque jusqu'à 150 000 euros d'amende administrative. Voici le guide opérationnel pour comprendre vos obligations et mettre en place un tri efficace sans usine à gaz. ## Du décret 5 flux au décret 8 flux : la chronologie ### Le socle initial (2016) Tout a commencé avec le décret n° 2016-288 du 10 mars 2016, qui imposait pour la première fois aux entreprises, administrations et établissements recevant du public le tri à la source de cinq catégories de déchets non dangereux. J'ai vu les premières mises en place à l'époque : c'était du chaos. Une PME me disait qu'elle avait acheté cinq bacs, attendu trois mois que le prestataire vienne les chercher, et entre-temps l'accumulé de déchets lui posait un problème sanitaire. Les gens ne savaient pas où mettre quoi, et personne n'avait budgété les bacs : Papier et carton, métal, plastique, verre, bois. L'objectif était clair : détourner ces matériaux des décharges et de l'incinération pour les orienter vers les filières de recyclage. À l'époque, la France affichait un taux de valorisation des déchets d'activités économiques (DAE) d'environ 66 %, loin de l'objectif européen de 70 % fixé pour 2020. ### L'extension à 7 flux (2021) Le décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 a élargi l'obligation à deux flux supplémentaires pour les déchets de construction et de démolition : la fraction minérale (béton, briques, tuiles) et le plâtre. Ce décret a également reformulé et consolidé l'ensemble des obligations de tri, en remplacement du décret de 2016. ### Le passage à 8 flux (1er janvier 2025) L'article 62 de la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) (loi n° 2020-105 du 10 février 2020) prévoyait l'extension du tri aux déchets textiles (vêtements professionnels, chiffons, tissus). Le décret de 2021 a fixé l'échéance au 1er janvier 2025. ### Le 9e flux : les biodéchets (1er janvier 2024) En parallèle, depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC a généralisé l'obligation de tri à la source des biodéchets à tous les producteurs de déchets, entreprises comprises, quel que soit le volume. Auparavant, seules les entreprises générant plus de 5 tonnes par an étaient concernées. Les biodéchets englobent les déchets alimentaires (restes de repas, épluchures, produits périmés) et les déchets verts (tontes, feuilles), collectés séparément et orientés vers le [compostage](/compostage-obligatoire-guide-pratique/), la méthanisation ou un autre traitement biologique. ## Qui est concerné ? Spoiler : tout le monde ### Le champ d'application L'obligation de tri s'applique à **tout producteur ou détenteur de déchets non ménagers**, sans condition de taille ni de secteur d'activité. Concrètement, sont visés : - Les entreprises privées (de la micro-entreprise à la multinationale) - Les administrations et collectivités (pour leurs déchets issus d'activités économiques) - Les commerces et la grande distribution - Les établissements recevant du public (hôtels, restaurants, hôpitaux) - Les acteurs du BTP (7 flux spécifiques avec fraction minérale et plâtre) ### Le seuil de 1 100 litres Un seuil opérationnel existe : les entreprises dont la production hebdomadaire de déchets dépasse **1 100 litres** (environ un conteneur de 1,1 m3) doivent impérativement faire appel à un prestataire privé de collecte et ne peuvent plus utiliser le service public. En dessous, elles peuvent utiliser le service de collecte communal, mais restent soumises aux obligations de tri. ### Le cas des implantations de plus de 20 salariés Depuis 2018, les implantations regroupant plus de 20 personnes sur un même site ont une obligation renforcée de tri à la source, y compris lorsqu'elles bénéficient du service public de collecte. ## Les 8 flux en détail : que trier et comment | Flux | Exemples concrets | Filière de valorisation | | --------------------- | -------------------------------------------------------- | --------------------------------------- | | **Papier/carton** | Ramettes, cartons d'emballage, journaux, enveloppes | Recyclage en pâte à papier | | **Métal** | Canettes, boîtes de conserve, capsules, chutes d'usinage | Fonderie, refonte | | **Plastique** | Bouteilles, films, bidons, emballages rigides | Recyclage mécanique ou chimique | | **Verre** | Bouteilles, flacons (pas vaisselle ni miroirs) | Refonte à l'infini | | **Bois** | Palettes, caisses, chutes de menuiserie | Broyage, panneau de particules, énergie | | **Fraction minérale** | Béton, briques, tuiles, céramique (BTP) | Concassage, remblai, granulats | | **Plâtre** | Plaques, carreaux, enduit (BTP) | Recyclage en poudre de plâtre | | **Textile** | Uniformes, chiffons, tissus d'ameublement pro | Réemploi, effilochage, isolant | **Point important** : l'entreprise n'est pas obligée d'avoir un bac par flux. Le décret autorise le **tri en mélange** de plusieurs flux recyclables dans un même conteneur, à condition que le mélange soit compatible avec un tri ultérieur en centre de tri et que le prestataire de collecte garantisse la valorisation effective. En pratique, papier/carton + plastique + métal peuvent souvent aller dans un même bac « recyclables », comme pour le tri ménager. ## Les sanctions : ce que vous risquez ### Sanctions administratives L'article L.541-3 du Code de l'environnement prévoit des sanctions administratives pouvant atteindre **150 000 euros** par infraction. Le préfet peut mettre en demeure l'entreprise de se conformer dans un délai fixe, puis prononcer une amende en cas de non-exécution. ### Sanctions pénales Le non-respect des obligations de tri constitue également une infraction pénale, passible de **deux ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende** (article L.541-46 du Code de l'environnement). ### L'attestation annuelle obligatoire Chaque prestataire de collecte doit remettre à l'entreprise, au plus tard le **31 mars de chaque année**, une **attestation de collecte et de valorisation** portant sur l'année précédente. Ce document mentionne la nature et la quantité de déchets collectés, le lieu de valorisation et le type de valorisation (recyclage, valorisation énergétique). Cette attestation est le document de preuve en cas de contrôle. Ne pas la détenir expose l'entreprise à une présomption de non-conformité. ### Le registre des déchets En application des articles L.541-7 et R.541-43 du Code de l'environnement, tout producteur de déchets doit tenir un **registre chronologique** des déchets produits, expédiés ou reçus, tenu à disposition des autorités. Ce registre est la trace de conformité en cas d'inspection. ## Mettre en place le tri en 6 étapes ### Étape 1 : réaliser un diagnostic déchets Avant de déployer des bacs, il faut savoir ce que vous produisez. Deux à quatre semaines, identifiez : - Les types de déchets générés par chaque service - Les volumes estimés par flux - Les points de production (bureaux, atelier, cuisine, entrepôt) - Les pratiques actuelles de collecte L'ADEME propose des outils de diagnostic gratuits via son programme OPTIGEDE, et des aides financières sont disponibles pour les PME via les Chambres de Commerce et d'Industrie. ### Étape 2 : choisir un prestataire de collecte Le prestataire est un maillon critique. Vérifiez : - Qu'il est en mesure de collecter **tous les flux** que vous produisez - Qu'il délivre l'attestation annuelle de valorisation - Qu'il vous fournit un bordereau de suivi des déchets (BSD) pour les déchets dangereux - Que les filières de valorisation sont clairement identifiées (pas de « centre de tri » vague) Comparez au moins trois devis. Les coûts varient de 50 à 300 euros par mois pour une PME selon les volumes et la fréquence de collecte. ### Étape 3 : installer les points de collecte Déploiement des conteneurs adaptés aux volumes identifiés : en bureaux, installez une corbeille papier sous chaque poste plus un bac recyclables (plastique, métal) par zone de 10-15 personnes. Les espaces communs requièrent des bacs multiflux (recyclables + non-recyclables + biodéchets si cuisine). Pour l'atelier ou l'entrepôt, prévoyez des bennes ou conteneurs dédiés au bois, métal et plastique industriel. À l'extérieur, un conteneur textile suffit si vous avez des uniformes professionnels. **Conseil** : un code couleur clair et des affichages visuels (photos de déchets acceptés) au-dessus de chaque bac réduisent les erreurs de tri. ### Étape 4 : former les équipes Le tri ne fonctionne que si les collaborateurs comprennent le système. Prévoyez : - Une session d'information à chaque déploiement (30 minutes suffisent), des référents tri par étage ou service. - Un affichage permanent des consignes (A4 plastifié au-dessus des bacs) et un rappel annuel, idéalement lors de la Semaine européenne de la réduction des déchets (SERD, en novembre). ### Étape 5 : suivre et mesurer Mettez en place des indicateurs simples : poids ou volume par flux mensuel, taux de refus communiqué par votre prestataire, et coût global de gestion des déchets (collecte + traitement). Un suivi mensuel permet d'identifier les flux mal triés et d'ajuster les consignes. ### Étape 6 : intégrer dans le reporting RSE Les données de tri alimentent directement votre reporting RSE et votre bilan GES (scope 3, catégorie « déchets générés par l'activité »). Pour les entreprises soumises aux exigences de reporting de durabilité, les indicateurs de gestion des déchets font partie des normes d'évaluation. ## Ce que ça coûte, et ce que ça rapporte ### Les coûts L'installation initiale représente 500 à 3 000 euros selon la taille (conteneurs, signalisation, formation), la collecte mensuelle revient à 50-300 euros/mois pour une PME et 500-2 000 euros/mois pour un site industriel, et le temps interne mobilise un référent déchets à 10-20 % de son temps, souvent le responsable QSE. ### Les gains - Réduction de la taxe d'enlèvement : le volume de déchets résiduels (non triés) diminue, ce qui réduit la facture - Vente de matières : papier/carton et métal ont une valeur de reprise (5 à 150 euros la tonne selon les cours) - Image et marque employeur : 70 % des salariés déclarent que les engagements environnementaux de leur entreprise influencent leur motivation (sondage Harris Interactive pour l'ADEME, 2023) - Conformité CSRD : les indicateurs de tri alimentent le reporting sans coût supplémentaire ### Le retour sur investissement Pour une PME de 50 salariés, le coût net annuel du tri (collecte moins revente de matières) se situe généralement entre **1 500 et 4 000 euros**, moins qu'une amende. Sur ce point je suis prudent. Les chiffres qu'on donne sont rarement alignés avec ce que vivent les PME rurales, où les coûts de collecte sont plus élevés et les reprises moins stables. ## FAQ ### Le tri 5 flux, c'est 5 ou 8 flux en 2026 ? Le terme "5 flux" est resté dans le langage courant, mais l'obligation légale couvre désormais **8 flux** (papier, métal, plastique, verre, bois, fraction minérale, plâtre, textile) depuis le 1er janvier 2025, auxquels s'ajoutent les biodéchets (9e flux) depuis le 1er janvier 2024. L'appellation "décret 5 flux" est donc obsolète, on parle aujourd'hui de décret 8 flux (décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021). ### Mon entreprise est toute petite. Suis-je vraiment concernée ? Oui. L'obligation de tri s'applique à tout producteur de déchets non ménagers, sans seuil minimal de taille. Même un auto-entrepreneur est théoriquement concerné. En pratique, les contrôles visent prioritairement les sites générant plus de 1 100 litres de déchets par semaine, mais la réglementation ne fixe aucune exemption pour les petites structures. ### Faut-il un bac par flux ? Non. Le décret autorise le mélange de plusieurs flux recyclables dans un même conteneur, à condition que le mélange soit compatible avec un tri ultérieur et que la valorisation effective soit garantie par le prestataire. En revanche, les biodéchets doivent impérativement être collectés séparément. ### Qui contrôle et comment se passe un contrôle ? Les contrôles sont effectués par les inspecteurs de l'environnement (DREAL, DDPP) ou les agents des collectivités. Ils vérifient la présence de conteneurs adaptés, l'attestation annuelle de valorisation et le registre des déchets. En cas de non-conformité, une mise en demeure est émise avant toute sanction financière. ### Que faire de mes biodéchets si je n'ai pas de composteur ? Plusieurs solutions : collecte dédiée par un prestataire, [lombricomposteur](/lombricomposteur-appartement-guide-complet/) collectif en entreprise, ou dépôt en point de collecte communal (la loi impose aux collectivités de proposer une solution depuis le 1er janvier 2024). L'ADEME recense les solutions disponibles par commune via son outil "Que faire de mes déchets". ## Sources - Légifrance, [Décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 - tri des déchets 5 flux](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043799891) - Gossement Avocats, [Du décret 5 flux au décret 8 flux (textiles)](https://www.gossement-avocats.com/blog/dechets-le-decret-5-flux-dechets-de-papier-de-metal-de-plastique-de-verre-de-bois-devient-le-decret-7-flux-dechets-de-fraction-minerale-et-de-platre-et-a-compter-du-1er-janvier-2025-8-flux-dechets-de/) - Take a Waste, [Décret 8 flux : quels déchets et quelles obligations](https://takeawaste.fr/le-decret-8-flux-quels-dechets-et-quelles-obligations/) - CCI Paris Île-de-France, [Déchets des entreprises - décret du 16 juillet 2021](https://www.entreprises.cci-paris-idf.fr/web/transition-ecologique/tri-dechets-des-entreprises) - CPME, [Guide - Obligation tri 5 flux](https://www.cpme.fr/publications/guides/guide-obligation-tri-5-flux) - Ministère de la Transition écologique, [FAQ Tri 6-8 flux (PDF)](https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/FAQ_Tri6_8Flux.pdf) - ADEME, OPTIGEDE, [Obligations réglementaires tri des déchets](https://www.optigede.ademe.fr/outils-pour-les-entreprises/trier-pour-valoriser/tri-des-dechets/obligations-reglementaires) - Le Montri, [Que dit la loi - décret 5 flux](https://lemontri.fr/que-dit-la-loi-decret-5-flux/) --- ## Recyclage du verre en France : circuit et chiffres - URL: https://www.recy.net/recyclage-verre-france-circuit-chiffres/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-05T09:34:00 - Categories: recyclage **85 % de taux de recyclage.** Le verre est le seul matériau d'emballage en France dont on peut dire que la filière fonctionne. Vraiment. Pas "en théorie", pas "si tout le monde triait bien". 85 %, c'est un fait mesuré, vérifié, stable. Pendant que le plastique plafonne à 27 % et que les [filières de recyclage](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) peinent à se structurer, le verre prouve qu'un circuit industriel de recyclage en boucle fermée, ça marche. À condition d'avoir 30 ans d'avance et un matériau qui ne se dégrade jamais. ## Du conteneur à la nouvelle bouteille : 30 jours Le circuit est direct. Pas de détour, pas de zone grise. **Collecte.** 200 000 conteneurs à verre sur le territoire. Tu déposes bouteilles, pots, bocaux. Sans bouchon ni couvercle (ceux-là vont dans le bac jaune). Les camions de collecte récupèrent le verre et l'acheminent vers l'un des **14 centres de traitement** spécialisés. **Tri et nettoyage.** Au centre, le verre est débarrassé des impuretés : bouchons métalliques, étiquettes, capsules, débris de porcelaine ou céramique. Tri optique et magnétique. Le verre propre est broyé pour devenir du **calcin** : la matière première secondaire de l'industrie verrière. **Fusion.** Le calcin part vers l'une des **17 usines verrières françaises**. Distance moyenne : 260 kilomètres entre collecte et usine. Dans les fours à plus de 1 500 °C, le calcin fond et se mélange aux matières vierges (sable, soude, calcaire). Certains fours tournent avec **plus de 90 % de calcin**. **Moulage.** Le verre en fusion est moulé en nouvelles bouteilles, pots, bocaux. Repartent chez les industriels agroalimentaires, boissons, cosmétique. Le cycle recommence. Du conteneur à la nouvelle bouteille : environ **30 jours**. Et le verre est recyclable à l'infini. Zéro perte de qualité, zéro perte de transparence. C'est le seul emballage qui offre un recyclage en boucle fermée parfait. ## Les chiffres **2,2 millions de tonnes** de verre collectées et valorisées par an en France. 870 000 tonnes de verre ménager, le reste des circuits professionnels (restauration, industrie). **65 % de calcin** intégré en moyenne dans les emballages en verre produits en France. Chaque kilo de calcin économise **1,2 kg de ressources naturelles** (sable, soude, calcaire). **14 centres de traitement, 17 usines verrières.** Un maillage territorial dense. La filière existe physiquement, pas juste sur PowerPoint. L'objectif : **90 % de collecte en 2025**, puis tendre vers **100 % d'ici 2029**. Ambitieux mais pas délirant au vu de la trajectoire. ## Les idées reçues qui traînent J'en ai entendu tellement que je vais faire le ménage. **"Il faut laver les bocaux avant de les recycler."** Non. Videz-les, c'est tout. Le processus de fusion à 1 500 °C élimine toute trace organique. Laver à grande eau, c'est gaspiller de l'eau potable pour rien. **"Tout le verre se recycle."** Non. Seuls les emballages en verre (bouteilles, pots, bocaux) passent par la filière. La vaisselle (verres à boire, plats Pyrex), les miroirs, les vitres, les ampoules : composition chimique différente, fusion incompatible. Ces objets perturbent les fours et doivent aller en déchetterie. Le [verre plat du bâtiment](/recyclage-verre-plat-batiment-2026/) a sa propre filière. C'est l'une des [erreurs de tri les plus courantes](/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/) : un verre à boire cassé dans le conteneur à verre, et c'est un lot entier qui risque d'être dégradé. **"Le verre recyclé perd en qualité."** Faux. Contrairement au plastique, le verre ne se dégrade pas au recyclage. Une bouteille issue de calcin est strictement identique à une bouteille fabriquée à partir de matières vierges. Même transparence, même résistance, même imperméabilité. C'est physiquement le même objet. **"Le tri du verre est inutile, tout finit mélangé."** Faux. 85 % de taux de recyclage. 17 usines verrières en activité. Le verre collecté suit une filière dédiée et ne rejoint jamais les ordures ménagères. Le geste de tri a un impact direct et mesurable. **"La consigne a disparu."** Partiellement vrai. La consigne pour réemploi (lavage + réutilisation de la bouteille sans la fondre) a décliné depuis les années 1990. Mais elle revient. Depuis juin 2025, quatre régions pilotes (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Hauts-de-France) expérimentent un système de consigne mutualisé. ## Recyclage vs réemploi : le vrai débat Le **recyclage** fond le verre usagé pour fabriquer de nouveaux emballages. C'est le circuit dominant, les 85 %. Le **réemploi** lave et réutilise la bouteille telle quelle. Pas de fusion. Une bouteille réemployée sert entre **20 et 50 fois** avant d'être finalement recyclée. Le réemploi est plus sobre en énergie que le recyclage. Logique : laver une bouteille consomme moins que la fondre à 1 500 °C. Mais à une condition : la distance de transport entre collecte et centre de lavage ne doit pas dépasser environ **200 kilomètres** (études ADEME). Au-delà, le bilan carbone du transport annule les gains. La France mise sur un modèle hybride. Recyclage massif partout, réemploi là où la logistique le permet. Les quatre régions pilotes testeront la pertinence économique et environnementale de la consigne à grande échelle. Mon avis : le réemploi est séduisant mais il ne remplacera pas le recyclage. En France, avec 17 usines verrières réparties sur le territoire et des distances de collecte maîtrisées, le recyclage fonctionne. Le réemploi viendra en complément dans les circuits courts (brasseries locales, vignerons, restauration). Pas en remplacement. J'ai discuté avec un verrier qui m'a dit clairement : "le réemploi, c'est bien pour la com, mais les volumes sont ridicules comparés à ce qu'on fond chaque jour". Dur, mais probablement juste. ## Bien trier son verre **Ce qui va dans le conteneur** : bouteilles (vin, bière, jus, huile, vinaigre), pots et bocaux (confiture, conserves, sauce), flacons en verre (parfum, cosmétiques). **Ce qui n'y va pas** : vaisselle cassée (verres à boire, assiettes, plats Pyrex), miroirs et vitres, ampoules et néons (filière DEEE en magasin), porcelaine, faïence, céramique, bouchons et couvercles métalliques (bac jaune). **Les bons réflexes** : videz les contenants sans les laver. Retirez bouchons et couvercles. Jamais de sac plastique dans le conteneur. En cas de doute, déchetterie plutôt que conteneur. ## Verdict Le verre, c'est la preuve que le recyclage peut fonctionner à grande échelle en France. 85 % de taux, une filière de proximité, un matériau recyclable à l'infini, 30 jours du conteneur à la nouvelle bouteille. C'est le résultat de 30 ans d'investissement industriel et de consignes de tri stables (pas comme le plastique où ça change tous les deux ans). Le défi : passer de 85 à 100 %. Développer le réemploi sans cannibaliser le recyclage. Et surtout, arrêter de jeter des verres à boire et de la vaisselle dans les conteneurs. 15 % de verre non collecté, c'est encore 330 000 tonnes par an qui échappent au circuit. Chaque bouteille correctement déposée évite l'extraction de sable. C'est pas spectaculaire. C'est du travail de fond. Mais ça marche. ## Sources - [Le recyclage du verre - Verre Avenir](https://www.verre-avenir.fr/le-recyclage-du-verre/) - [Les emballages en verre peuvent-ils être encore plus circulaires ? - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/les-emballages-en-verre-peuvent-ils-etre-encore-plus-circulaires/) - [Idées reçues sur le tri et le recyclage - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/idees-recues-sur-le-tri-et-le-recyclage/) --- ## Tri : 15 erreurs qui ruinent votre poubelle jaune - URL: https://www.recy.net/erreurs-tri-15-gestes-poubelle-jaune/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-04T06:25:00 - Categories: tri **30 % de refus en centre de tri.** Près d'un emballage sur trois déposé dans votre poubelle jaune finit incinéré ou enfoui parce qu'il n'avait rien à y faire. Selon l'étude MODECOM 2025 de l'ADEME, 27 % des ordures ménagères résiduelles (la poubelle grise) contiennent des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) qui auraient dû être triés, et inversement, la poubelle jaune déborde d'intrus qui contaminent les chaînes de recyclage. Résultat : un coût supplémentaire de plusieurs centaines de millions d'euros par an pour les collectivités, et des tonnes de matières recyclables perdues. L'année passée, j'ai traîné un opérateur de tri dans son centre pour comprendre pourquoi ses refus explosaient. Deux heures plus tard, assis devant une montagne de couches souillées, de vieux cintres et de vaisselle cassée, j'ai enfin compris : les gens croient sincèrement bien faire. Le tri ne relève pas de la malveillance, juste d'une confusion massive. Depuis le 1er janvier 2023, la France a simplifié les consignes : désormais, tous les emballages vont dans le bac jaune. Mais « tous les emballages » ne veut pas dire « tout ce qui est en plastique ». Ni « tout ce qui semble recyclable ». Ce qu'on oublie : trier, c'est facile. Trier JUSTE, c'est impossible si les consignes restent floues. Et les gens abandonnent vite si on leur demande de mémoriser 15 règles différentes. C'est humain. Voici les 15 erreurs les plus courantes, et comment les corriger. ## Les 5 intrus classiques : ces déchets qui n'ont rien à faire dans le bac jaune Commençons par les plus évidents, ceux qui contaminent systématiquement les lots de tri. #### Couches et protections hygiéniques C'est l'erreur numéro un dans les centres de tri. Les couches pour bébés, les protections hygiéniques et les lingettes, même celles estampillées « biodégradables », sont des ordures ménagères. Elles contiennent un mélange de plastiques, de cellulose et de gel absorbant impossible à séparer en centre de tri. Une seule couche souillée peut contaminer tout un lot d'emballages. Destinée : poubelle grise (ordures ménagères résiduelles), systématiquement. #### Vaisselle cassée et céramique Un bol ébréché, une assiette fendue, un verre à pied cassé. Réflexe habituel : poubelle jaune ? Non. La céramique et le verre culinaire (Pyrex, Duralex) ont une composition chimique différente du verre d'emballage. Ils fondent à des températures différentes et sabotent les fours de recyclage du verre. Emballez les morceaux dans du papier journal, direction la poubelle grise ou la déchetterie pour les gros volumes. #### Vêtements et textiles Un tee-shirt usé ne se recycle pas dans le bac jaune. La filière textile a son propre circuit : les bornes de collecte Le Relais, Ecotextile ou les points de dépôt en magasin (Kiabi, H&M, Decathlon). Depuis 2020, la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) textile gère le recyclage de ces matières via l'éco-organisme Refashion. 99,6 % des textiles déposés sont valorisés selon Refashion (rapport 2024). Recourez à une borne textile, même pour les vêtements troués ou tachés. ### 4. Objets en plastique non-emballages Brosse à dents, jouet cassé, cintre en plastique, gobelet réutilisable, bassine fêlée : ce sont des objets, pas des emballages. La consigne « tous les emballages plastiques dans le bac jaune » ne s'applique qu'aux emballages, c'est-à-dire ce qui a servi à contenir, protéger ou transporter un produit au moment de l'achat. Videz la poubelle grise pour les petits objets, la déchetterie pour les plus volumineux. ### 5. Déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) Un vieux grille-pain, un chargeur de téléphone, une ampoule LED : ces déchets contiennent des métaux, des plastiques techniques et parfois des substances dangereuses. Les jeter dans le bac jaune est interdit et dangereux pour les agents de tri. Notre guide sur [le recyclage des DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) détaille les filières de traitement. Utilisez : reprise en magasin (obligation légale pour tout revendeur), déchetterie, ou point de collecte Ecosystem. ## Les 5 confusions alimentaires : quand la nourriture s'en mêle La gestion des emballages alimentaires reste la source de confusion la plus courante. #### Carton à pizza trop gras Le débat éternel. La règle est simple : si le carton est légèrement taché, il va dans le bac jaune. Les centres de tri modernes gèrent les petites souillures. Mais si le fond est imbibé de gras (80 % des cas), il devient inapte au recyclage du papier-carton. La graisse empêche les fibres de cellulose de se dissoudre correctement dans le bain de recyclage. Le fond gras peut en revanche aller dans votre [composteur](/compostage-obligatoire-guide-pratique/). Découpez la boîte : le couvercle, généralement propre, va dans le bac jaune. Le fond gras va dans le composteur (si vous en avez un depuis l'obligation du 1er janvier 2024) ou en ordures ménagères. #### Emballages non vides Un pot de yaourt à moitié plein, une boîte de conserve avec du jus au fond, un flacon de shampooing encore rempli. Ces déchets souillent toute la chaîne de tri. L'ADEME précise qu'il n'est pas nécessaire de laver les emballages (les rincer ou les vider suffit), mais les déposer pleins provoque des jus de fermentation qui contaminent le papier et le carton environnants. Videz et égouttez. Pas besoin de passer au lave-vaisselle, un simple vidage suffit. ### 8. Papier aluminium et barquettes souillées Le papier aluminium est recyclable à l'infini en théorie. En pratique, s'il est froissé en micro-boule ou couvert de gras, il passe à travers les machines de tri optique (trop petit) ou contamine le flux (trop gras). Les barquettes en aluminium sont acceptées dans le bac jaune, à condition d'être raisonnablement propres. Formez une boule d'au moins 2 cm de diamètre avec vos feuilles d'aluminium propres. Les barquettes souillées vont en ordures ménagères. ### 9. Emballages imbriqués les uns dans les autres Empiler une boîte de céréales dans un carton de lessive, fourrer des bouteilles dans un sac plastique, emboîter des pots de yaourt : ces « poupées russes » empêchent le tri mécanisé. Les machines de tri optique identifient les matériaux par leur surface extérieure. Si un plastique est caché dans un carton, il est trié comme du carton et contamine la filière. Dépôt correct : chaque emballage séparé, en vrac dans le bac. Aucun sac contenant des emballages. ### 10. Capsules de café en aluminium Nespresso, L'Or, Carte Noire : les capsules en aluminium sont recyclables, mais pas via le bac jaune dans toutes les communes. Certaines collectivités les acceptent, d'autres non. Nespresso a son propre circuit de collecte (retour en boutique ou points relais). Les capsules en plastique (Tassimo, Dolce Gusto) posent un problème supplémentaire : elles contiennent encore du marc de café qui souille la chaîne. Vérifiez auprès de votre collectivité. En cas de doute, utilisez le circuit de reprise du fabricant ou déposez en déchetterie. ## Les 5 faux amis : ces matériaux qui trompent tout le monde Les matériaux qui ne montrent pas leur vrais visage au tri. #### Papiers spécialisés : papier peint, photo, carbone Le papier va dans le bac jaune depuis la simplification de 2023, mais pas tous les papiers. Le papier peint contient des colles et des revêtements plastiques. Le papier photo est enduit de résine polyéthylène. Le papier carbone est imprégné de cire. Ces trois « papiers » contaminent la pâte à papier en centre de recyclage. Ordures ménagères ou déchetterie. Seuls les papiers d'impression, journaux, magazines, enveloppes (même à fenêtre) et cahiers vont dans le bac de tri. #### Polystyrène expansé (frigolite) Les gros blocs de polystyrène (calages d'électroménager, boîtes de poisson du marché) sont techniquement recyclables mais posent un problème logistique : énormes, très légers (98 % d'air) et occupant un volume disproportionné dans les bacs. Beaucoup de centres de tri ne sont pas équipés pour les traiter. Les petites barquettes en polystyrène (barquettes de viande) sont acceptées depuis 2023. Petites barquettes alimentaires dans le bac jaune. Gros blocs de calage en déchetterie. ### 13. Films plastique et sacs de caisse Depuis l'extension de 2023, les films plastique (cellophane, sur-emballages de packs d'eau, sachets de légumes) vont dans le bac jaune. Beaucoup de Français ne le savent pas encore, ou ajoutent des films non-emballages (film étirable alimentaire usagé, sac poubelle). Le film étirable très souillé (contact alimentaire prolongé) reste problématique. Films d'emballage d'achat dans le bac jaune. Film alimentaire domestique très souillé en ordures ménagères. ### 14. Bois et liège Un cageot de pêches, un bouchon de liège, une caissette de vin : ces matériaux naturels semblent recyclables, mais ils n'ont pas de filière dans le bac jaune. Le bois va en déchetterie (filière bois-énergie ou compostage industriel). Le liège peut être collecté par des associations spécialisées (France Cancer, Amorim) qui le recyclent en isolant. Bois en déchetterie, liège en point de collecte dédié ou composteur domestique. ### 15. Plastique noir : l'invisible des machines Le plastique noir est le fantôme des centres de tri. Les machines de tri optique fonctionnent par infrarouge : elles envoient un faisceau lumineux sur l'emballage et analysent la réflexion pour identifier le type de plastique (PET, PEHD, PP). Le plastique noir absorbe les infrarouges au lieu de les réfléchir, il devient invisible pour la machine. Résultat systématique : refus de tri. Mettez-le dans le bac jaune (la consigne s'applique), mais sachez que son taux de recyclage effectif est très faible. Privilégiez les emballages transparents ou colorés à l'achat. ## Pourquoi ces erreurs coûtent cher ### Le coût des refus de tri D'après Citeo (rapport 2023), le taux de refus en centre de tri atteint 24,4 % en collecte porte-à-porte et 18,4 % en apport volontaire. Chaque tonne de refus coûte entre 100 et 150 euros de traitement supplémentaire aux collectivités. À l'échelle nationale, les erreurs de tri sont un surcoût estimé à plusieurs centaines de millions d'euros par an pour les collectivités, selon les données de l'Association des Maires de France (AMF, 2024). Dans certaines communes, le poste budgétaire des refus de tri s'est nettement alourdi ces dernières années. Pas à cause d'une hausse des volumes, mais juste parce que les gens triaient mal. Les couches, les feutres, les emballages pourris qui contaminent des balles entières. C'est l'exemple parfait où l'ignorance coûte plus cher que la malveillance. ### L'effet domino de la contamination Un seul déchet mal trié peut contaminer une balle entière de matières recyclables (environ une tonne). Les centres de tri fonctionnent à cadence élevée, entre 3 et 5 tonnes par heure sur les lignes modernes. Les agents de tri manuel n'ont que quelques secondes par objet. Quand un intrus passe, c'est toute la balle qui risque d'être déclassée. ## La règle d'or pour ne plus se tromper Notre guide [poubelle jaune, verte, bleue : que mettre en 2026](/poubelle-jaune-verte-bleue-que-mettre-2026/) récapitule les consignes par bac. Depuis le 1er janvier 2023, la consigne nationale est limpide : **tous les emballages et tous les papiers vont dans le bac jaune**. Si ce n'est ni un emballage ni un papier, ça n'y va pas. En cas de doute sur un objet précis, l'ADEME propose l'outil gratuit « Que faire de mes déchets ? » (quefairedemesdechets.ademe.fr). Vous tapez le nom de l'objet, il vous indique la bonne poubelle dans votre commune. Et si vous hésitez vraiment, voici la règle de survie : **mieux vaut un doute dans la poubelle grise qu'une certitude mal placée dans la jaune**. Un emballage recyclé en moins, c'est dommage. Un lot entier contaminé, c'est un désastre. ## FAQ ### Est-ce qu'il faut laver les emballages avant de les mettre dans le bac jaune ? Non. L'ADEME et Citeo sont formels : il suffit de bien vider les emballages. Les rincer est un plus, mais gaspiller de l'eau pour laver un pot de yaourt est contre-productif. Les centres de tri modernes sont équipés pour gérer des emballages vides non lavés. ### Les consignes de tri sont-elles les mêmes partout en France ? Depuis le 1er janvier 2023, oui pour l'essentiel. L'extension des consignes de tri couvre 98 % de la population métropolitaine (63,4 millions de Français selon Citeo). Il reste quelques spécificités locales mineures, vérifiez avec votre collectivité pour les cas limites (capsules de café, polystyrène). ### Que deviennent les refus de tri ? Les déchets refusés en centre de tri sont incinérés avec valorisation énergétique (production de chaleur et/ou d'électricité) ou enfouis en installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND). Ils ne sont jamais recyclés. C'est pourquoi réduire les erreurs de tri compte autant : chaque intrus dans le bac jaune coûte de l'énergie, du temps et de l'argent sans aucun bénéfice environnemental. ### Les emballages compostables vont-ils dans le bac jaune ? Non, sauf mention contraire de votre collectivité. Les emballages estampillés « compostables » ou « biosourcés » sont conçus pour le compostage industriel, pas pour le recyclage mécanique. Depuis l'[obligation de tri à la source des biodéchets](https://reglementation-environnement.com/icpe-guide-complet-reglementation-2026/) (1er janvier 2024), ils doivent aller dans le bac à biodéchets ou le composteur domestique, jamais dans le bac jaune où ils perturbent le tri. ### 3 kg supplémentaires par habitant, c'est vraiment significatif ? Oui. Depuis l'extension des consignes de tri, Citeo mesure 3 kg d'emballages supplémentaires recyclés par habitant et par an dans les territoires concernés. À l'échelle de la France (67 millions d'habitants), cela représente environ 200 000 tonnes de matières recyclables supplémentaires chaque année, l'équivalent de 20 000 camions-poubelles. ## Sources - ADEME, Étude MODECOM 2025, Campagne nationale de caractérisation des ordures ménagères résiduelles (données 2024) - Citeo, Rapport annuel 2023, Taux de refus en centres de tri - Citeo, Bilan de l'extension des consignes de tri, janvier 2023 - ADEME, « Que faire de mes déchets ? », quefairedemesdechets.ademe.fr - Refashion, Rapport annuel 2024, Filière REP textile - Tikographie, « 30 % d'erreurs dans les poubelles jaunes : comment faire mieux ? », janvier 2026 --- ## Recyclage chimique du plastique : la pyrolyse - URL: https://www.recy.net/recyclage-chimique-plastique-pyrolyse/ - Author: Guillaume P. - Published: 2026-01-04T06:24:00 - Categories: recyclage Chaque année, des millions de tonnes de plastiques finissent incinérés ou enfouis, pas de filière pour les traiter. Le recyclage mécanique, le plus courant, a ses limites. Ça ne marche bien que pour certains plastiques propres et triés. Mélanges, multicouches, films sales ? Poubelle grise, incinération. C'est là qu'entre le **recyclage chimique**, pyrolyse surtout. La promesse : transformer les plastiques impossibles à recycler en matière première réutilisable. Où en est-on vraiment ? Les réalités industrielles, promesses et limites. ## Les limites du recyclage mécanique Le recyclage mécanique consiste à broyer, laver, fondre et reformer les plastiques pour en faire de nouveaux granulés. Simple sur le papier, mais exigeant en pratique. Pour fonctionner correctement, il faut des plastiques **mono-matière**, bien triés et peu contaminés. Le PET des bouteilles, le PEHD des flacons, le verre, ces matériaux s'y prêtent bien. Mais la réalité du flux de déchets plastiques est bien plus complexe : films alimentaires, barquettes composites, emballages multicouches, plastiques noirs (détecteurs optiques inefficaces), PVC… En France, seuls environ **25 % des plastiques** mis sur le marché sont effectivement recyclés mécaniquement. Le reste part à l'incinération ou en décharge. Le [panorama des filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/) illustre bien cette réalité : le gisement est là, mais les débouchés manquent. Le recyclage chimique s'attaque précisément à cette fraction non traitée. ## Qu'est-ce que le recyclage chimique ? Le terme "recyclage chimique" regroupe plusieurs technologies distinctes. Il s'agit globalement de **casser les chaînes polymères** pour remonter à des molécules simples réutilisables comme matière première. ### La pyrolyse C'est la technologie la plus avancée industriellement. Elle consiste à chauffer les plastiques entre **400 et 700 °C en l'absence d'oxygène** pour les décomposer en trois fractions : La décomposition produit trois fractions : une **huile de pyrolyse** (pyrolysat), liquide, utilisable comme carburant ou réintégrée dans le craquage pétrochimique ; un **gaz de pyrolyse**, qui sert à alimenter le processus en énergie ; et un **résidu solide** (char), dont la valorisation reste problématique. Les plastiques polyoléfines (PE, PP, PS) donnent les meilleurs rendements en huile : jusqu'à 80 à 90 %. Le PVC pose plus de problèmes à cause de son chlore, corrosif et toxique. ### La solvolyse et la dépolymérisation La **dépolymérisation** (ou solvolyse) fonctionne différemment. Elle utilise des solvants, de la chaleur ou des catalyseurs pour **casser spécifiquement les liaisons chimiques** et récupérer les monomères d'origine. Le PET, par exemple, peut être dépolymérisé en acide téréphtalique et éthylène glycol, exactement ce qu'il faut pour refaire du PET vierge. C'est le procédé le plus "propre" chimiquement, mais il est sélectif : chaque type de plastique nécessite un procédé adapté. La start-up lyonnaise **Carbios** a développé une dépolymérisation enzymatique du PET qui fait référence dans le domaine. ### La gazéification Plus thermique encore, la gazéification porte les plastiques à des températures très élevées pour produire un **gaz de synthèse** (syngas), mélange d'hydrogène et de monoxyde de carbone. Ce syngas peut alimenter des synthèses chimiques ou produire de l'énergie, mais son utilisation pour refaire du plastique reste marginale. ## Projets industriels en France et en Europe ### La France à la peine malgré les ambitions La France a lancé en janvier 2022 un appel à projets "Recyclage des plastiques" dans le cadre du plan France 2030, doté de **300 millions d'euros**. L'objectif : industrialiser les procédés innovants. Un second appel à projets a porté les financements publics à **500 millions d'euros** au total. Résultat concret ? À ce jour, **aucun projet industriel pérenne de pyrolyse** n'est encore opérationnel à grande échelle en France. La recherche avance, des pilotes existent, mais la bascule vers l'industrie prend du temps. L'objectif Citeo pour 2025 est d'atteindre **50 000 tonnes** recyclées par an grâce à la combinaison du recyclage mécanique et de la pyrolyse. ### Les acteurs européens en avance En Europe, la situation est plus avancée. La capacité de recyclage chimique atteignait **plus de 230 000 tonnes par an** en 2023, avec des projections à **1,7 million de tonnes annuelles en 2026**, dont 1,6 million dédié à la pyrolyse et aux procédés hydrothermiques. Des acteurs majeurs se positionnent : **Plastic Energy** (UK/Espagne) exploite déjà des unités industrielles de pyrolyse et est en discussion avec TotalEnergies pour alimenter ses craqueurs. **Eastman** a inauguré en 2023 sa première unité de dépolymérisation à grande échelle aux États-Unis et envisage une implantation en Europe. **Versalis** (ENI) en Italie développe un procédé de dépolymérisation du polystyrène. ### En France, des projets à surveiller Le site de Grand-Puits (Seine-et-Marne), ancienne raffinerie TotalEnergies reconvertie, étudie l'implantation d'une unité de pyrolyse de plastiques mixtes. Plusieurs ONG et associations locales ont exprimé des réserves sur les impacts environnementaux du site. ## Avantages et limites : le bilan honnête Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Grandpuits : recyclage chimique ou greenwashing ?](/totalenergies-grandpuits-recyclage-chimique-polemique-greenwashing). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Circ à Saint-Avold : recyclage chimique du polycoton](/circ-saint-avold-recyclage-chimique-polycoton-europe). ### Les avantages réels **1. Traiter des plastiques non recyclables mécaniquement** C'est l'argument central. Les films souillés, les multicouches, les plastiques noirs, la pyrolyse peut les traiter là où le recyclage mécanique échoue. **2. Réduction des émissions vs incinération** Comparée à l'incinération directe, la pyrolyse réduit les émissions de gaz à effet de serre de **30 à 50 %** selon les études. Quand l'huile produite remplace du plastique vierge isotropique, on peut atteindre une réduction de **1,5 à 3 tonnes de CO₂e** par tonne de plastique traitée. **3. Alimentation des craqueurs pétrochimiques** L'huile de pyrolyse peut se substituer partiellement au naphta (dérivé du pétrole) en entrée des craqueurs, fermant ainsi une boucle dans l'industrie chimique. ### Les limites à ne pas minimiser **1. Rendements décevants sur les mélanges réels** Au labo, la pyrolyse de PE pur donne 85 % d'huile. En conditions industrielles, sur des mélanges hétérogènes et sales, ça tombe à 45-50 %. Puis il y a ce mécanisme qu'on appelle le "mass balance" : tu entres 10 tonnes de déchets, tu sors 3 tonnes d'huile recyclée, mais l'industrie comptabilise les 10 tonnes comme "recyclées". C'est une astuce comptable qu'on a tolérée parce qu'elle paraît inévitable. Sauf que ça l'est pas. **2. Consommation d'énergie élevée** Chauffer des plastiques à 500-600 °C n'est pas gratuit. Si l'énergie utilisée est d'origine fossile, le bilan carbone se dégrade significativement. La question de la décarbonation du procédé lui-même reste entière. **3. Coûts encore élevés** À l'échelle actuelle, le recyclage chimique coûte **2 à 4 fois plus cher** que le recyclage mécanique. Sans soutien public ou prix carbone élevé, la compétitivité face aux plastiques vierges (bon marché avec le pétrole) est difficile à assurer. **4. Le risque du "mirage technologique"** Zero Waste France et autres ONG pointent : le recyclage chimique ne doit pas excuser d'abandonner la réduction de plastique à la source. Si chaque avancée tech justifie de produire davantage, le problème global s'aggrave. Même tension dans [analyse des bioplastiques](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage/), domaine où la tech cache des choix politiques durs. ## Cadre réglementaire et position de l'Union européenne ### Le règlement PPWR Le [règlement européen sur les emballages PPWR](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026/) fixe des objectifs ambitieux de contenu recyclé dans les plastiques d'ici 2030. Le recyclage chimique est reconnu comme filière complémentaire, mais l'UE insiste sur la hiérarchie des déchets : réduction → réemploi → recyclage. ### La controverse du "mass balance" L'Union européenne n'a pas encore tranché définitivement sur la comptabilité du mass balance. Cette méthode permet à un industriel de certifier comme "recyclé chimiquement" un produit plastique proportionnellement à sa part d'huile de pyrolyse injectée dans un craqueur, même si les atomes physiques du déchet n'ont pas directement formé le produit final. C'est un point de tension majeur avec les recycleurs mécaniques et les ONG. ### La CSRD et la transparence Les entreprises soumises à la CSRD (directive européenne sur le reporting de durabilité) devront documenter précisément leurs taux de recyclage, ce qui va renforcer l'exigence de traçabilité et mettre sous pression les revendications de recyclage chimique insuffisamment documentées. ## FAQ **Le recyclage chimique est-il vraiment du recyclage ?** C'est un débat ouvert. Quand l'huile de pyrolyse refait du plastique (pas brûlée en carburant), c'est une boucle fermée. Si l'huile finit en carburant, c'est surtout de la **valorisation énergétique** plutôt que du recyclage strict. J'avoue ne pas être sûr où trace la limite. **Quels plastiques peut-on recycler chimiquement ?** Les polyoléfines (PE, PP, PS) donnent les meilleurs rendements en pyrolyse. Le PET se prête bien à la dépolymérisation enzymatique. Le PVC reste problématique à cause de son chlore. Les plastiques contenant des retardateurs de flamme halogénés posent également des difficultés. **Quand ces technologies seront-elles disponibles à grande échelle en France ?** Les projections les plus optimistes parlent de **2027-2030** pour atteindre des volumes industriels significatifs. Cela dépend des investissements, de la réglementation sur le mass balance et des prix de l'énergie. La fenêtre est étroite : si les objectifs PPWR 2030 doivent être atteints, les usines doivent tourner avant. ## Sources - [Assises des déchets - 500 millions d'euros pour le recyclage chimique en France](https://www.assises-dechets.org/actualites/12903-500-millions-deuros-pour-industrialiser-le-recyclage-chimique-des-plastiques-en-france/) - [Polyvia - Recyclage chimique : où en sommes-nous ?](https://www.polyvia.fr/fr/recyclage-chimique-ou-en-sommes-nous-definition-tendance) - [Actu-Environnement - Rendements pyrolyse et mass balance](https://www.actu-environnement.com/ae/news/regles-recyclage-chimique-pyrolyse-plastique-mass-ballance-rendement-44217.php4) - [Sénat / OPECST - Note scientifique sur le recyclage des plastiques](https://www.senat.fr/fileadmin/Presse/Documents_pdf/20230629_OPECST_note_recyclage_plastiques_VF.pdf) - [HAL Science - Recyclage chimique des déchets plastiques](https://hal.science/hal-05072730v1/file/Rapport_record13-0242_1A.pdf) --- ## Les filières de recyclage en France : panorama complet 2026 - URL: https://www.recy.net/filieres-recyclage-france-panorama-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-12-14T08:50:00 - Categories: recyclage 24 filières REP en France. 1,9 milliard d'euros de contributions annuelles. Et des résultats qui vont du très bon au catastrophique selon le matériau. Le verre à 85 %, le plastique à 29 %. C'est le même pays, le même cadre réglementaire, et pourtant un écart de 56 points. Dans un centre de tri moderne, les tonnages qui dégringolent des tapis ont de quoi impressionner. Mais les défis structurels de la filière étaient déjà nombreux il y a deux ans. Ils le sont toujours. ## Le principe REP : qui paie quoi Le dispositif REP (Responsabilité Élargie du Producteur) est simple sur le papier. Les entreprises qui fabriquent ou importent des produits financent la collecte et le traitement des déchets qu'ils génèrent. Elles versent une **éco-contribution** à un éco-organisme agréé par l'État. L'éco-organisme organise collecte, tri, recyclage. Quand j'ai compris ce système la première fois, j'étais sceptique. Mais il faut reconnaître que mettre un coût directement sur la marque change les calculs mieux que de compter sur la bonne volonté. C'est économique avant d'être moral. Et ça marche quand c'est bien calibré. Ce financement représente **1,9 milliard d'euros** annuels, dont 826 millions reversés aux collectivités pour organiser la collecte. L'ADEME supervise via sa Direction de la Supervision des filières REP (DSREP). La **CIFREP** assure la gouvernance avec cinq collèges : producteurs, collectivités, associations, opérateurs déchets et État. ## Emballages ménagers et papiers : la filière historique Créée en **1992**, la plus ancienne et la plus volumineuse. Depuis janvier 2024, fusion avec la filière papiers graphiques sous l'appellation **EMPAP**. **Citeo**, principal éco-organisme, affiche pour 2024 : - **71 % des emballages ménagers recyclés** - **72 kg** collectés par habitant/an, **60 kg** effectivement recyclés - **3,6 millions de tonnes** revalorisées, **2,4 millions de tonnes de CO2 évitées** - **13,2 millions d'euros** investis en écoconception, 3 978 entreprises accompagnées Depuis 2025, **100 % des Français** peuvent trier tous leurs emballages plastiques. Extension des [consignes de tri](/guide-tri-selectif-france-2026/) déployée. Un quatrième centre de sur-tri annoncé. La [Journée mondiale du recyclage](/journee-mondiale-recyclage-18-mars-filieres-france/) met chaque 18 mars ces filières en lumière. Côté papiers graphiques, les tonnes recyclées baissent mécaniquement : mise en marché en chute de **23 % en un an**. Suppression des catalogues, numérisation des usages. Le papier qui n'existe plus n'a pas besoin d'être recyclé. ## DEEE : le défi de la collecte Les déchets d'équipements électriques et électroniques. L'éco-organisme **Ecosystem** pilote : - Collecte ménagère : 47 % du gisement, **12,4 kg par habitant** - Collecte professionnelle : 44,3 % (2,4 kg/hab.), en nette hausse vs 33 % en 2022 - Taux de réutilisation et recyclage : 77,6 % - Taux de valorisation global : 88,6 % Plus de **40 % des DEEE** transitent par les déchetteries. L'objectif réglementaire de **65 % de collecte** reste loin. Le détail sur les [points de dépôt DEEE et smartphones](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/). Nouveauté : depuis le 1er janvier 2025, **l'exportation des DEEE hors UE et OCDE est interdite**. Fini le traitement dans des conditions dégradées au Ghana ou au Pakistan. Sur le papier en tout cas. ## Textiles : Refashion monte en puissance La filière TLC (Textiles, Linge, Chaussures), pilotée par **Refashion**. Chiffres 2024 : - **891 310 tonnes** mises en vente (3,5 milliards d'articles) - **289 393 tonnes** collectées en fin de vie (+7,8 %) - **206 136 tonnes** triées (+10 %), dont **84 % en France** - **99,8 %** des textiles collectés valorisés La ventilation : **56,8 %** vers la réutilisation (seconde main), **24,3 %** recyclage matière, **10 %** chiffons industriels, **7,9 %** valorisation énergétique. Refashion a versé **6,79 millions d'euros** au titre du bonus réparation, avec 1 546 points labellisés. Objectif : **60 % de collecte** de la mise en marché d'ici 2028. Notre guide [recyclage textile et points de dépôt](/recyclage-textile-vetements-depots/) pour les particuliers. ## Piles, pneus, huiles : filières spécialisées ### Piles et accumulateurs Piles portables, batteries automobiles et industrielles. Seule la première catégorie relève strictement de la REP au sens AGEC. Points de collecte partout : grandes surfaces, déchetteries, magasins électronique. ### Pneumatiques 100 % des pneus neufs mis en marché doivent être collectés et traités. Depuis 2024, agrément renforcé. Débouchés : granulats pour sols sportifs, valorisation énergétique en cimenteries, recyclage matière. ### Huiles REP étendue en 2022. Couvre huiles de vidange, lubrifiants industriels et huiles alimentaires usagées. Collecte via garages, déchetteries, centres agréés. ## Meubles : peut mieux faire Voir aussi : [Décharges sauvages : qui paie les 340 millions d'euros ?](/decharges-sauvages-cout-nettoyage-sanctions-france). Taux de recyclage : **43,5 %**. En dessous de l'objectif de **50 %**. Les éco-organismes Éco-mobilier (ménager) et Valdelia (professionnel) gèrent la filière. Le problème : la composition hétérogène. Bois aggloméré, mousses, textiles, métaux, plastiques mélangés. Ça complique le tri et le recyclage. La loi AGEC impose au minimum **5 % des contributions** vers un fonds réemploi. C'est un début. ## Les nouvelles filières REP 2022-2025 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [REP EPRO juillet 2026 : 3 éco-organismes, PME larguées](/rep-epro-juillet-2026-eco-organismes-pme-adhesion). La loi AGEC a créé **11 nouvelles filières** : **2021-2022** : produits du tabac (mégots), jouets, articles de sport, bricolage/jardinage, huiles. **2023** : produits et matériaux de construction (PMCB, la plus volumineuse des nouvelles), véhicules hors d'usage (extension). **2024** : gommes à mâcher synthétiques, textiles sanitaires à usage unique et lingettes, pneumatiques (agrément renforcé). **2025** : emballages industriels et commerciaux, engins de pêche contenant du plastique. Extension la plus attendue en 2026 : les **emballages professionnels** (dont restauration). Démarrage opérationnel prévu au 1er juillet 2026. Citeo Pro, Twiice et Leko se positionnent. ## Le plastique : le point noir 29 % de taux de recyclage global en 2024. La moyenne européenne : 40,7 %. Pays-Bas et Allemagne dépassent 50 %. C'est amer. Le détail est parlant : - **Bouteilles et flacons** (PET, PEHD) : **54,5 %** de recyclage - **Autres emballages plastiques** (films, barquettes, pots) : **7,5 %** L'extension des consignes de tri à tous les plastiques depuis 2025 et la future consigne bouteilles devraient améliorer ces chiffres. Mais l'objectif européen de **55 % en 2030**, au rythme actuel, c'est un mur. ## Objectifs européens : où on en est | Matériau | Objectif 2025 | Objectif 2030 | France 2024 | | -------------- | ------------- | ------------- | ----------- | | Plastiques | 50 % | 55 % | 29 % | | Verre | 70 % | 75 % | 85 % | | Papier-carton | 75 % | 85 % | 69 % | | Métaux ferreux | 70 % | 80 % | 100 % | La France excelle sur le verre et les métaux. Elle est en retard préoccupant sur les plastiques et le papier-carton. L'objectif national de **65 % de recyclage des déchets non minéraux non dangereux** pour 2025 n'est pas atteint. Le taux stagnait à **46 % en 2022**. Le [bilan des taux de recyclage par matériau](/taux-recyclage-france-2024-bilan-retards/) détaille l'évolution sur dix ans. La [filière papier-carton](/recyclage-papier-carton-france-filiere/) montre comment un matériau mature atteint des taux élevés quand la collecte est bien structurée. ## Questions fréquentes ### Combien de filières REP en France ? **24 filières** opérationnelles ou en déploiement en 2025. Contre une douzaine avant la loi AGEC. Couvrent emballages, DEEE, textiles, meubles, piles, pneus, bâtiment, tabac, jouets, sport, bricolage, huiles, gommes, textiles sanitaires, engins de pêche. ### Les principaux éco-organismes ? **Citeo** (emballages et papiers, 71 % de recyclage), **Ecosystem** (DEEE, 77,6 %), **Refashion** (textiles, 289 000 tonnes), **Éco-mobilier** (meubles ménagers), **Valdelia** (meubles professionnels). Tous agréés par l'État, financés par les éco-contributions. ### Impact de la loi AGEC ? 11 nouvelles filières REP. Extension des consignes de tri à tous les plastiques. Fonds réparation et bonus réparation. Renforcement des objectifs d'écoconception. Création de la DSREP à l'ADEME. Tri 5 flux obligatoire pour les entreprises. ### Les erreurs de tri les plus courantes ? Emballages souillés, objets en plastique dur (non emballages), textiles dans la poubelle jaune, petits appareils électroniques mélangés aux ordures ménagères. ## Verdict 24 filières REP, c'est un maillage dense. La France est l'un des pays les plus structurés d'Europe sur le sujet. Mais les résultats sont brutalement inégaux. Le verre à 85 % prouve que le modèle fonctionne quand la filière est mature et la collecte bien organisée. Le plastique à 29 % prouve que la complexité du matériau et le retard d'infrastructure ne se comblent pas avec de la bonne volonté. Le cadre réglementaire se durcit (PPWR, AGEC). Les nouvelles filières se déploient. Mais tant que le plastique reste le maillon faible, les chiffres globaux resteront médiocres. C'est là qu'il faut concentrer l'effort. Pas partout. Là. ## Sources - [Taux de recyclage des emballages en France : chiffres 2024](https://citoyens.citeo.com/le-mag/infographie-chiffres-recyclages-2024/), Citeo - [Temps forts et chiffres clés de Refashion](https://refashion.fr/pro/fr/temps-forts-et-chiffres-cl%C3%A9s), Refashion - [Les filières REP - portail officiel ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/), ADEME - [La loi AGEC cinq ans après](https://www.senat.fr/rap/r24-786/r24-78615.html), Sénat - [Les filières à responsabilité élargie du producteur](https://www.notre-environnement.gouv.fr/themes/economie/les-dechets-ressources/article/les-filieres-a-responsabilite-elargie-du-producteur-486), notre-environnement.gouv.fr - [SERD 2025 : les DEEE](https://serd.ademe.fr/serd-2025-les-dechets-dequipements-electriques-et-electroniques-d3e/), ADEME - [La France a collecté près de 300 000 tonnes de textiles usagés en 2024](https://fr.fashionnetwork.com/news/La-france-a-collecte-pres-de-300-000-tonnes-de-textiles-usages-en-2024,1746041.html), FashionNetwork --- ## Recyclage des batteries lithium en France : enjeux - URL: https://www.recy.net/recyclage-batteries-lithium-enjeux-filieres/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-12-12T08:08:00 - Categories: recyclage Fin 2024, la France comptait 1,3 million de véhicules 100 % électriques. Chiffre qu'on entend partout comme victoire. Mais derrière cette croissance se cache une vraie question : qu'est-ce qu'on en fait, des batteries usées ? Le gisement actuel de 30 000 tonnes/an va être multiplié par vingt d'ici 2035. Recycler les batteries lithium-ion n'est plus un sujet de labo, c'est un défi industriel, géopolitique et environnemental qui joue sur la souveraineté européenne. ## Un gisement qui explose avec l'essor des véhicules électriques En 2024, [291 143 voitures 100 % électriques](https://www.avere-france.org/) ont été immatriculées en France, portant le parc cumulé à 1,3 million d'unités. En incluant les hybrides rechargeables, ce sont 2 millions de véhicules électrifiés qui circulent dans l'Hexagone. La part de marché des véhicules électriques neufs atteint désormais 16,9 %, contre à peine 2 % il y a cinq ans. Cette croissance a un corollaire direct : le volume de batteries usagées à traiter va exploser. Le gisement actuel, estimé à environ 30 000 tonnes par an selon l'[ADEME](https://www.ademe.fr/), devrait atteindre 600 000 tonnes annuelles avec la montée en puissance du parc électrique. Un volume multiplié par vingt qui impose de structurer la filière de recyclage dès maintenant, sous peine de se retrouver submergé par un tsunami de déchets dangereux contenant lithium, cobalt, nickel et manganèse. La collecte progresse : [Corepile](https://www.corepile.fr/) a récupéré 11 000 tonnes de batteries en 2024 (toutes chimies), hausse de 11 % sur un an. Le taux de collecte national : 54,6 % selon l'ADEME. Mais ces chiffres cachent la réalité : la filière lithium-ion seule ne tourne qu'à 68 % de recyclage, bien en dessous des futurs objectifs européens. Je ne suis pas sûr que 68 % inclut tous les rebuts de tri, ou si c'est du pur rendement matière. ## Règlement européen 2023/1542 : des objectifs ambitieux Adopté le 12 juillet 2023, le [règlement UE 2023/1542](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html) impose à l'ensemble de la filière batteries des obligations contraignantes, assorties d'échéances précises qu'il ne faut pas confondre. Pour la **collecte des batteries portables**, les taux requis sont de 63 % d'ici fin 2027 et 73 % d'ici fin 2030. Les batteries de moyens de transport légers (vélos, trottinettes électriques) sont soumises à des objectifs spécifiques : 51 % d'ici fin 2028 et 61 % d'ici fin 2031. Côté **récupération des matériaux**, les exigences sont tout aussi ambitieuses : 50 % du lithium récupéré d'ici fin 2027, puis 80 % d'ici fin 2031. Pour le cobalt, le cuivre et le nickel, les seuils montent à 90 % d'ici fin 2027 et 95 % d'ici fin 2031. Le texte introduit également une obligation de **contenu recyclé minimum** dans les nouvelles batteries à partir du 18 août 2031 : 6 % de lithium, 16 % de cobalt et 6 % de nickel. Une révolution qui impose de boucler la boucle, en passant d'un recyclage de récupération à un recyclage de qualité batterie. ## Black mass, pyrométallurgie, hydrométallurgie : comprendre les procédés Le recyclage d'une batterie lithium-ion commence toujours par la même étape : après décharge électrique sécurisée, la batterie est broyée mécaniquement pour produire une poudre noire appelée **black mass**. Ce déchet intermédiaire contient l'essentiel des métaux valorisables : lithium, nickel, cobalt, manganèse, cuivre et graphite. Sa composition et sa valeur commerciale dépendent directement de la chimie de la batterie d'origine (NMC, LFP, NCA). La **pyrométallurgie**, procédé dominant jusqu'à récemment, consiste à fondre la black mass à très haute température (plus de 1 000 °C). Elle permet de récupérer nickel, cobalt et manganèse sous forme d'alliages, mais présente un défaut rédhibitoire : le lithium est perdu dans les scories, avec un taux de récupération inférieur à 20 %. Énergivore et émetteur de CO₂, ce procédé est incompatible avec les objectifs européens de 2031. L'**hydrométallurgie** est la voie de l'avenir. Elle dissout sélectivement les métaux en solution acide ou basique après transformation en black mass. Le [pilote d'Eramet à Trappes](https://www.usinenouvelle.com/) a prouvé les taux : 96 % pour nickel et cobalt, 90 % pour lithium. Cette tech produit des sels métalliques de qualité batterie, réutilisables directement pour fabriquer des cellules neuves. C'est l'unique voie pour atteindre les 80 % de récupération lithium exigés par l'UE. Attendons de voir si ça passe à l'échelle sans subvention. ## Les acteurs français de la filière Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Recyclage batteries VE : la JV Stellantis-Orano enterrée](/stellantis-orano-jv-recyclage-batteries-ve-demarrage-2026). **SNAM** (Viviez, Aveyron), filiale du groupe belge Floridienne, est le leader national du recyclage de batteries. Sa capacité actuelle de traitement des batteries lithium-ion s'élève à 1 200 tonnes par an. Un plan d'investissement de 12 millions d'euros sur 2023-2027 vise à porter cette capacité à 6 200 tonnes par an en 2028. La première phase, prévue pour fin 2026, ajoutera 2 500 tonnes de capacité. SNAM utilise un procédé de thermolyse (atmosphère appauvrie en oxygène) suivi d'une séparation mécanique, et cible principalement le marché sud-européen. **Eramet** a inauguré un pilote industriel à Trappes, réplique au 1/1000e de l'usine prévue, démontrant l'efficacité de l'hydrométallurgie sur la black mass NMC. Cependant, le projet industriel ReLieVe (avec Suez) prévu à Dunkerque a été [suspendu en octobre 2024](https://www.usinenouvelle.com/), officiellement en raison de « l'émergence difficile d'une filière batteries en Europe ». La raison de fond : les acheteurs de sels métalliques issus du raffinage sont quasi exclusivement situés en Asie. Sans marché local, l'équation économique ne tient pas. **Orano**, en co-entreprise avec le chinois XTC New Energy (projet Neomat), prévoit trois usines au Grand Port Maritime de Dunkerque avec un procédé 100 % hydrométallurgique. Le projet annonce 1 300 à 1 700 emplois et un démarrage industriel prévu à l'horizon 2028. C'est actuellement le projet le plus ambitieux sur le sol français, comme l'explique notre panorama des [filières de recyclage en France](/filieres-recyclage-france-panorama-2026/). ## Souveraineté européenne face à la Chine Le nœud du problème n'est pas l'extraction. L'Australie produit environ 50 % du lithium mondial, devant le Chili et l'Argentine. La Chine n'en extrait que 14 %. Mais elle en raffine 77 %, selon [MineralInfo](https://www.mineralinfo.fr/). Autrement dit : la quasi-totalité du lithium mondial passe par des usines chinoises avant de devenir utilisable dans une batterie. L'Europe est dépendante à près de 100 % pour le lithium raffiné et les terres rares transformées. Si Pékin décidait de couper l'approvisionnement, et les récentes restrictions à l'exportation de technologies de production de cathodes montrent que le risque est réel, l'industrie européenne des batteries serait paralysée à court terme. En aval, les [piles et accumulateurs portables](/recyclage-piles-accumulateurs-points-collecte/) suivent une logique de collecte similaire mais à plus petite échelle, avec des points de dépôt en grande surface. La riposte s'organise. Le [Critical Raw Materials Act (CRMA)](https://www.transportenvironment.org/) européen fixe des objectifs clairs pour 2030 : au moins 10 % de la consommation annuelle de l'UE extraite sur le territoire, 40 % transformée localement, 25 % issue du recyclage, et pas plus de 65 % d'un matériau provenant d'un seul pays fournisseur. La France pourrait devenir le deuxième acteur européen du raffinage de lithium, avec un potentiel de 12 % de la demande continentale en 2030 selon [Transport & Environment](https://www.transportenvironment.org/). La première usine française de lithium de qualité batterie devrait ouvrir fin 2025 en Alsace, portée par Viridian en partenariat avec Technip Energies et Veolia. Neuf projets sont labellisés en France dans le cadre du CRMA, pour un financement total de 22,5 milliards d'euros au niveau européen. Le cadre réglementaire accompagne cette ambition. La [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) renforce les obligations de responsabilité élargie du producteur, tandis que la filière [DEEE](/deee-recycler-appareils-electroniques-smartphones/) montre qu'une collecte organisée peut fonctionner à grande échelle. --- Recycler les batteries lithium n'est pas qu'un sujet environnemental. C'est un enjeu de souveraineté industrielle, sécurité d'approvisionnement et compétitivité économique. La France a les compétences techniques, le cadre réglementaire et les projets pour devenir acteur majeur de cette filière. Reste à ce que les investissements se concrétisent, que les marchés européens de matériaux recyclés émergent vraiment, et que la volonté politique survive aux coupes budgétaires. Le compte à rebours 2030 s'accélère. ## Sources - [291 143 voitures 100 % électriques](https://www.avere-france.org/) - [ADEME](https://www.ademe.fr/) - [Corepile](https://www.corepile.fr/) - [règlement UE 2023/1542](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/sustainability-rules-for-batteries-and-waste-batteries.html) - [MineralInfo](https://www.mineralinfo.fr/) - [Critical Raw Materials Act (CRMA)](https://www.transportenvironment.org/) --- ## Poubelle jaune, verte, bleue : que mettre dedans 2026 - URL: https://www.recy.net/poubelle-jaune-verte-bleue-que-mettre-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-12-03T06:15:00 - Categories: tri Tous les emballages dans la poubelle jaune. Depuis la simplification nationale du tri en 2023, c'est partout en France. Sauf que selon Citeo, 30 % des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) dans les bacs jaunes n'y ont rien à faire. Résultat : des tonnes non recyclées et un surcoût de centaines de millions par an. En 2026, les consignes sont stables et harmonisées. Plus d'excuses. Voici le guide pour savoir quoi mettre où, éviter les erreurs courantes et adopter les bons réflexes. ## La poubelle jaune : tous les emballages et les papiers C'est le bac qui pose le plus de questions et où on fait le plus d'erreurs. Depuis le 1er janvier 2023, tous les emballages sans exception vont dans le bac jaune. Les emballages plastiques vont dans le bac jaune : bouteilles et flacons d'eau, soda, shampoing, lessive ou huile ; pots et barquettes de yaourt, beurre, crème fraîche, viande ; films et sachets alimentaires ; tubes de dentifrice. S'ajoutent les emballages rigides : briques alimentaires de lait, soupe ou jus, boîtes et cartons de céréales, biscuits, pizza, chaussures ou colis. Et les métaux : conserves, boîtes de thon, canettes, aérosols vides, barquettes aluminium. Enfin, les papiers : journaux, magazines, prospectus, enveloppes, feuilles de bureau. Règle simple : si c'est un emballage ou du papier, c'est le jaune. Vide le contenu, pas besoin de laver, un égouttage rapide suffit. C'est la seule règle qui tient. Tout le reste, c'est des nuances qui changent par commune. À exclure du bac jaune : les objets en plastique non-emballages (jouets, brosses à dents, cintres, bassines, stylos), la vaisselle jetable en plastique (couverts, gobelets), le papier souillé (essuie-tout gras, mouchoirs usagés, papier peint), les emballages en verre (qui ont leur propre bac), et tous les déchets dangereux (piles, ampoules, seringues, produits chimiques). Le test simple : c'est un emballage ou du papier propre ? Si non, le bac jaune n'est pas sa place. ## La poubelle verte : le verre, rien que le verre Le bac vert est le plus simple. Le verre se recycle infiniment. En France, le taux dépasse 77 %, l'un des meilleurs en Europe. Le bac verre accueille les bouteilles (vin, bière, huile, vinaigre, eau), les bocaux et pots en verre (confiture, sauce, conserve), et les flacons (parfum, cosmétique). Pas besoin de retirer étiquettes ni bouchons métalliques, ils seront séparés au recyclage. À exclure absolument : la vaisselle et plats en verre ou Pyrex (verre culinaire à point de fusion différent), les miroirs et vitres, les ampoules et néons (à déposer en déchetterie ou magasin), la porcelaine, faïence et verres à boire cristal ou trempé. Ces objets perturbent la fusion du verre d'emballage et contaminent les lots. Un morceau de céramique rend inutilisables plusieurs tonnes de verre recyclé, c'est l'une des principales avaries du système de tri. ## La poubelle bleue : un cas particulier Historiquement, des collectivités utilisaient un bac bleu pour les papiers/cartons, séparé du jaune. Avec la simplification nationale, le bac bleu tend à disparaître : papiers et emballages sont ensemble dans le jaune. Si ta commune a encore un bac bleu, c'est pour les papiers uniquement : journaux, magazines, prospectus, courrier, cahiers. Vérifie auprès de ta collectivité. Harmonisation nationale prévue avec 3 bacs : Jaune (emballages + papiers), Vert (verre), Gris/noir (ordures ménagères résiduelles). ## Le bac des biodéchets : la nouvelle obligation Depuis le 1er janvier 2024, la [loi AGEC](/loi-agec-changements-recyclage-2026/) impose à toutes les collectivités de proposer une solution de tri des biodéchets. En 2026, le déploiement se poursuit avec de plus en plus de communes équipées de bacs dédiés (souvent marron ou bordeaux) ou de bornes de collecte en pied d'immeuble. Le bac biodéchets accueille les épluchures de fruits et légumes, les restes de repas incluant viande et poisson, le marc de café et les sachets de thé (sans agrafes), les coquilles d'œufs, le pain rassis et les petits déchets verts (fleurs fanées, feuilles). Les emballages, même « compostables » ou « biosourcés », en sont exclus sauf si votre collectivité l'autorise explicitement. La litière animale, l'huile de friture et les gros déchets verts (à déposer en déchetterie) ne conviennent pas non plus. Si ta commune ne propose pas encore de collecte, le compostage à domicile reste la meilleure solution. Les biodéchets c'est 30 % du poids de nos poubelles : les détourner de l'enfouissement réduit les émissions de méthane. ## Les erreurs les plus courantes Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Le bac d'ordures ménagères : ce qui doit y aller en 2026](/poubelle-noire-ordures-menageres-que-mettre-dedans-2026). ### 1. Imbriquer les emballages Glisser un pot de yaourt dans une bouteille pour "gagner de la place" empêche les machines de tri optique de les identifier. Chaque emballage séparé, en vrac. Aplatis plutôt les bouteilles et cartons. ### 2. Jeter des emballages trop souillés Un carton de pizza imbibé de graisse, une barquette encore pleine de sauce : ces déchets contaminent les matériaux recyclables propres. Videz et égouttez vos emballages. Un rinçage rapide à l'eau de vaisselle usagée suffit, pas besoin de les récurer. ### 3. Mettre du verre dans la poubelle jaune Le verre brisé endommage les machines de tri et contamine les flux. Toujours dans le conteneur verre, jamais dans le jaune. ### 4. Confondre objet en plastique et emballage en plastique Un tuyau d'arrosage, une paire de lunettes de soleil ou un jouet cassé : ce n'est pas parce que c'est en plastique que ça va dans le bac jaune. Seuls les **emballages** y ont leur place. ### 5. Jeter ses déchets en sac fermé dans le bac jaune Les emballages doivent être déposés en vrac. Un sac poubelle fermé ne sera pas ouvert par les machines et partira en refus de tri. Si vous transportez vos recyclables dans un sac, videz-le dans le bac et jetez le sac à part. ### 6. Oublier les petits emballages métalliques Capsules de bouteilles, opercules de yaourts, couvercles de bocaux, papier aluminium : tous ces petits métaux vont dans le bac jaune. Pour éviter qu'ils se perdent dans la chaîne de tri, regroupez-les dans une canette que vous refermez légèrement. ### 7. Jeter les textiles dans la poubelle Vêtements, draps, serviettes : même troués ou tachés, ils vont dans les bornes textiles (Le Relais, Emmaüs, Croix-Rouge). Depuis 2025, la filière textile élargie impose aux producteurs de financer la collecte et le recyclage. ## Comment retrouver les consignes de ta commune Les consignes sont harmonisées au national, mais quelques spécificités locales subsistent. Trois outils : Le guide du tri Citeo est le plus pratique : scanne le code-barres d'un produit ou tape le nom du déchet, l'appli te dit où ça va et le point de collecte le plus proche. Le site web de ta commune ou intercommunalité donne le calendrier de collecte et les consignes locales. Et au plus simple, regarde les autocollants sur les couvercles des bacs, la plupart des collectivités les collent. ## Que deviennent vos déchets triés ? Le tri n'a de sens que si le recyclage suit. En France, le [taux de recyclage global](/taux-recyclage-materiaux-france-2026/) progresse, mais reste inégal selon les matériaux : Le verre est le champion avec 77 % recyclé, suivi par l'acier et l'aluminium (environ 80 %) et le papier-carton (plus de 70 %). Le maillon faible reste le plastique : seulement 27 % recyclé, avec un objectif de 55 % en 2030. Le maillon faible c'est le plastique. Chaque erreur dans le bac jaune aggrave le problème : les refus de tri c'est 20-30 % du contenu selon les territoires. Trier correct, c'est donner une vraie seconde vie aux matériaux. ## Les bons réflexes à adopter chez soi Installe plusieurs poubelles chez toi : jaune, verre, ordures ménagères, biodéchets. Des modèles compartimentés existent pour les petits espaces. Affiche un mémo de tri sur le frigo ou près de la poubelle (Citeo propose des visuels gratuits). Implique toute la famille, un enfant qui apprend à trier garde ce réflexe toute sa vie. Et surtout, réduis à la source : le meilleur déchet c'est celui qu'on ne produit pas. Vrac, gourde réutilisable, sacs réutilisables. Le tri c'est pas une contrainte : c'est un geste concret dont l'impact est mesurable. Chaque tonne d'emballages correctement triée = matière première économisée, CO2 évité, ressources préservées. ## Sources - [Simplification du tri en France - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/simplification-du-tri-en-france-fait-le-point/) - [Tri des déchets - Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/tri-dechets) - [Tri sélectif : les nouvelles règles en 2025 - Cy-Clope](https://www.cy-clope.com/tri-selectif-nouvelles-regles/) - [Les couleurs de bacs et les schémas de tri recommandés par l'ADEME - Déchets Infos](https://dechets-infos.com/couleurs-de-bacs-schemas-de-tri-recommandes-lademe-4911714.html) - [Chiffres du recyclage en France - Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/les-chiffres-du-recyclage-en-france/) --- ## REP emballages professionnels : ce qui change en 2026 - URL: https://www.recy.net/rep-emballages-professionnels-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-11-14T09:52:00 - Categories: recyclage Depuis janvier 2025, une nouvelle obligation secoue le monde de l'entreprise française : la REP emballages professionnels. Jusqu'à présent, seuls les emballages grand public étaient soumis à REP via Citeo. J'ai vu des PME galérer sur la déclaration en ligne, c'est un vrai changement logistique et administratif. Désormais, les emballages qui transitent en amont, palettes, boîtes, films [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france) de transport, entrent aussi dans le système. Pour les producteurs, distributeurs, et tous ceux qui manipulent des emballages B2B, c'est un changement majeur. Voici ce qu'il faut savoir. ## Qu'est-ce que la REP emballages professionnels ? ### Définition et scope La REP emballages professionnels couvre **tous les emballages utilisés lors de la fabrication, du transport et de la vente entre professionnels**, avant qu'ils ne finissent au consommateur. **Exemples concrets :** - Cartons ondulés (transport produits finis) - Palettes en bois/[plastique](/loi-agec-senat-recul-plastique-ddadue-2026) - Films [plastique](/plastique-biodegradable-compostable-difference) d'emballage/palettisation - Caisses bois/plastique réutilisables - Colis (enveloppes matelassées, boîtes colis) - Emballages vrac (sacs papier/plastique, bidons, fûts) **Scope géographique :** France métropolitaine (production ou distribution sur sol français). **Responsables :** tous les "producteurs" (au sens large) = fabricants de produits + distributeurs/revendeurs qui commercialisent emballages ou produits emballés en France. ### Distinction REP consumer vs REP professionnels | Aspect | REP Consumer (Citeo) | REP Professionnels (2025+) | | ------------ | ------------------------------------------------- | ----------------------------------------------------- | | Emballages | Boîtes en magasin, bouteilles, canettes | Cartons logistique, palettes, films | | Responsables | Fabricants produits finis | Fabricants + distributeurs | | Financement | Éco-contributions faibles (0.01-0.50 EUR/article) | Éco-contributions plus élevées (0.10-2 EUR/emballage) | | Collecte | Bacs de rue, récupération distributeur | Collecte B2B via prestataire spécialisé | | Traitement | Tri massif, taux de recyclage élevés | Réemploi > tri > recyclage | | Obligation | Depuis 1992 (Citeo) | **Depuis janv 2025 NOUVEAU** | ## Timeline : dates clés et transitions (2025-2026) ### Phase 1 : Débat et pré-enregistrement (janv-avr 2025) La REP emballages professionnels est devenue obligatoire au 1er janvier 2025, avec une clôture du pré-enregistrement auprès d'un éco-organisme agréé (Citeo, Ecologic ou autres) en avril 2025, pour un volume estimé à 50 000 entreprises concernées en France. ### Phase 2 : Mise en conformité (mai-déc 2025) - Installation des systèmes de collecte/tri, signature des contrats prestataires, formation du personnel. - Calcul des factures rétrospectives (janv-avr = fonds rattrapés). ### Phase 3 : Full compliance (janv 2026+) - Enregistrement final obligatoire et premières déclarations annuelles (bilan 2025). - Audits ADEME/préfecture possibles et pénalités en cas de non-respect. ## Éco-contributions : combien ça coûte ? ### Barème 2025-2026 (projections Citeo) Les éco-contributions dépendent du matériau, poids, et volume d'utilisation. L'ADEME a trouvé la tarification parfaite : assez cher pour que tu la remarques, assez bon marché pour que tu n'inventes pas une machine à dématérialiser les palettes. Le **carton ondulé** domine 60 % du REP pro. Pour lui, les tarifs s'échelonnent par volume : Les tarifs carton ondulé varient selon les volumes : 0,15 EUR/kg pour les petits volumes (moins de 10T/an), 0,10 EUR/kg pour les volumes moyens (10 à 100T/an), et 0,07 EUR/kg pour les grands volumes (plus de 100T/an). À titre concret, une PME distribuant 50T carton/an paiera 50 000 kg × 0,10 EUR = **5000 EUR/an**. Ensuite viennent les **palettes bois** (1-2 EUR/palette si neuves réutilisables, 0,50 EUR si usage unique) et les **films plastique**, plus coûteux (0,20-0,40 EUR/kg) parce qu'ils sont difficiles à valoriser. Les **caisses réutilisables** échappent aux contributions si elles ferment vraiment des circuits, sinon ce sont les contributions finales au destruction. ### Exemples factures annuelles **Petite PME (artisan distribution locale) :** - Volume : 10T carton, 50 palettes bois/an - Coût : (10 000 kg × 0,15 EUR/kg) + (50 × 1,50 EUR) = **1500 + 75 = 1575 EUR/an** **Entreprise moyenne (distributeur régional) :** - Volume : 200T carton, 1000 palettes, 5T film plastique - Coût : (200 000 × 0,10) + (1000 × 1,50) + (5000 × 0,30) = **20 000 + 1500 + 1500 = 23 000 EUR/an** **Grand groupe (national, multi-secteur) :** - Volume : 5000T carton, 10 000 palettes, 50T films - Coût : (5M kg × 0,07) + (10K × 1,50) + (50K × 0,30) = **350 000 + 15 000 + 15 000 = 380 000 EUR/an** **Impact :** +0,5-2 % coûts logistique selon profil. Pas dramatique, mais visible. ## Obligations pour les entreprises ### 1. Enregistrement auprès d'éco-organisme agréé **Délai :** avant 30 avril 2025 (CRITIQUE, dépasser = pénalités immédiates). **Éco-organismes acceptant REP pro. (2025) :** - **Citeo** (leader, déjà Citeo consumer + emballages pro fusion) - **Screlec** (batteries, à extension REP pro. partielle) - **Ecologic** (e-déchets, peu probable pour pro. emballages) - Nouveaux acteurs : en constitution 2024-2025 **Processus :** 1. Créer compte en ligne (site éco-organisme) 2. Déclarer volume/type emballages produits/distribués 3. Signer contrat d'adhésion 4. Reçu enregistrement officiel (à conserver 3 ans) ### 2. Tenue registre emballages **Contenu obligatoire :** - Type/matériau d'emballage, poids annuel (kg/T), destination (collecte, réemploi, destruction). - Preuve de traitement (certificats) et signatures responsable. **Format :** numérique (Citeo fourni template) **Durée :** 3 ans minimum (vérifiable audit) ### 3. Choix prestataire collecte Vous devez vous associer à un prestataire spécialisé qui assure la collecte sur site, le transport vers tri ou réemploi, et la traçabilité complète via certificats. **Prestataires clés (2025) :** - Citeo (collecte + tri réseau), Paprec Professionnels, Suez/Veolia divisions B2B. - Remondis France et acteurs régionaux. ### 4. Calcul et paiement éco-contributions Facturation annuelle : Citeo calcule automatiquement l'éco-contribution (volume déclaré × taux), la facture est émise mensuellement ou trimestriellement selon accord, et le non-paiement expose à des pénalités de 500 à 5 000 EUR majorées d'intérêts. ## Réduction des éco-contributions : 3 leviers ### Levier 1 : Réemploi proactif (meilleur) Si vous réemployez vos emballages directement (échanges B2B, circuits fermés), **réduction jusqu'à 50 %** éco-contributions. **Exemple :** - PME distribuant 50T carton/an - 30T en réemploi circuit fermé (client renvoie carton réutilisable) - 20T emballage unique = seul 20T taxable - Gain : (50-20) × 0,10 = **3000 EUR/an de réduction** ### Levier 2 : Réduction matière Allégement emballages (moins de papier, plastique optimisé) = moins de poids = moins de taxes. - Carton 500g → 400g = -20 % contribution - Film plastique optimisé = -15-25 % **ROI :** gains matière (moins d'achat emballage vierge) >> contributions REP, donc double bénéfice. ### Levier 3 : Réemploi massif + certification Certains éco-organismes offriraient **exemptions partielles** pour circuits 100 % réemployés (réemploi certifié) : - Palettes standardisées EPTIS/IEPA = réduction 30-40 % - Caisses réutilisables = réduction 20-30 % À vérifier directement avec Citeo/éco-organisme (2026 : politiques affinage). ## Impact par secteur ### Commerce de détail (Carrefour, Leclerc, Fnac) - **Volumes :** 10 000+ T carton/an par enseigne. **Contribution estimée :** 500 000-1M EUR/an. - **Mitigation :** réemploi massif cartons dégradés, compactage, réduction design emballage. **Impact prix client :** +0,1-0,5 %. ### Entreprises logistique/transport (3PL, messagerie) - **Volumes :** palettes massives (50 000+ palettes/an). **Contribution :** 100 000+ EUR/an. - **Mitigation :** standardisation palettes (réemploi cross-clients), circuit fermé. **Impact prix client :** +2-5 %. ### PME producteurs/distributeurs spécialisés - **Volumes :** 10-500T/an (petits à moyens). **Contribution :** 1 000-50 000 EUR/an (supportable). - **Mitigation :** réemploi B2B direct, sourcing fournisseurs engagés. **Impact prix produit :** +0,2-1 %. ## Tendances 2026-2030 : durcissement attendu ### 1. Quotas matière secondaire Directive PPWR (déjà adoptée) imposera d'ici 2030 : Le PPWR imposera d'ici 2030 un minimum de 50 % de carton issu de fibres secondaires et 30 % de plastique recyclé dans les emballages, ce qui augmentera mécaniquement les coûts matière et donc les contributions REP. ### 2. Taxes CO2 implicites Hypothèse (pas confirmée) : pondération éco-contributions par impact carbone transporté (film plastique = surcoût vs carton local). ### 3. Intégration REP consumer + pro. Futures fusions : Citeo consolide REP consumer + pro. sous un seul cadre (simplifie reporting, complexifie calculs). ## Conformité : checklist audit auto-inspection - [ ] Enregistrement Citeo/éco-organisme complété (avant 30 avr 2025) - [ ] Contrat prestataire collecte signé - [ ] Registre tenue à jour (volumes/matières/destinations) - [ ] Certificats collecte archivés (12 derniers mois) - [ ] Factures éco-contributions payées (zéro retard) - [ ] Personnel formé (tri, traçabilité) - [ ] Zéro emballage "perte" non justifiée - [ ] Audit interne REP (annuel conseillé) **Score :** 8/8 = conforme. Sinon, plan correctif immédiat. ## Actions immédiates (avant 30 avril 2025) **Avant fin mars :** 1. Auditer volumes emballages actuels (pesée 1 mois = extrapol annuel) 2. Contacter Citeo pour enregistrement + devis 3. Identifier prestataire collecte compatible 4. Présenter plan directeur à direction (coûts vs bénéfices) **Avant fin avril :** Signer enregistrement officiel Citeo (document critique), commencer registre. **Mai-déc 2025 :** Installation systèmes collecte interne, facturation rétroactive, paiement régulier. ## Ce qu'on en retient La REP emballages professionnels 2025-2026 est une obligation nouvelle, mais elle n'est pas insurmontable. L'impact financier (0,5-2 % logistique) est réparti. Les vrais gains viennent via réemploi proactif et réduction matière. Pour les entreprises, c'est l'opportunité de restructurer les emballages et accélérer la transition vers l'économie circulaire B2B. Enregistrement avant fin avril 2025 : non-négociable. Les pénalités sont pires que les contributions donc y aller de bon gré. Commencez maintenant. ## Sources - [Emballages professionnels (EPRO), Filières REP ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-EPRO) - [Emballages professionnels, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/emballages-professionnels) - [Économie circulaire et REP : ce qui change en 2026, Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/economie-circulaire-et-rep-ce-qui-change-en-2026/) - [Déclaration du réemploi des emballages professionnels, Filières REP ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/observatoire-reemploi-reutilisation/declaration-reemploi-emballages-professionnels) - [Guide 2025 : Déclaration du réemploi des emballages professionnels, ADEME (PDF)](https://filieres-rep.ademe.fr/sites/default/files/2025-01/Declaration-2025-Reemploi-Emballages-Professionnels-Guide.pdf) --- ## Biodéchets en restauration : obligations et collecte - URL: https://www.recy.net/biodechets-restauration-obligations-solutions-collecte/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-11-10T09:19:00 - Categories: dechets Depuis janvier 2024, tous les établissements de restauration en France, sans exception, sont légalement tenus de trier leurs [biodéchets](/biodechets-tri-obligatoire-bilan-2025). Restaurants, cafés, cantines scolaires, cuisines d'entreprise, aucun n'y échappe. Cette obligation transforme profondément la gestion quotidienne des cuisines professionnelles, mais elle ouvre aussi des opportunités souvent méconnues : réduire les coûts d'évacuation, améliorer son image auprès de la clientèle, et contribuer à l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026) locale. ## Le cadre réglementaire : obligations légales depuis 2024 L'article L541-21-1 du Code de l'environnement, renforcé par la [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) de 2020, rend obligatoire le tri à la source des biodéchets pour tous les producteurs, y compris la restauration. Cette obligation dépasse la simple intention éthique, c'est un impératif légal avec des conséquences en cas de non-respect. Le périmètre est exhaustif : tous les restaurants (café, gastronomie, petit débit), cantines (scolaires, entreprises, hôpitaux), traiteurs, cuisines annexes et commerces avec préparation (boulangeries, pâtisseries). Les biodéchets en question : épluchures, restes d'assiettes (cuits ou crus), pain rassis, graisses, marc de café, filtres à café. Liste complète mais pas surprenante, tout ce qui était autrefois jeté en ordures ménagères. Sur les pénalités : amendes jusqu'à 150 000 EUR pour les personnes morales. Dissuasive sur le papier, mais l'enjeu réel n'est pas financier. C'est l'image, la responsabilité environnementale, le risque réputationnel qui pèsent. ## Quantités et enjeux : les chiffres qui interpellent Une étude de l'ADEME de 2024 révèle que la restauration française produit environ **2,5 millions de tonnes de biodéchets chaque année**. C'est considérable, et pourtant, jusqu'à 30 % de ces déchets auraient pu être évités via des achats plus ajustés ou une meilleure utilisation des restes. Un petit restaurant de quartier qui revisite son approvisionnement (commandes plus justes, valorisation des restes en bouillons) peut réduire son volume de biodéchets de 25 %, avec à la clé environ 150 euros d'économie mensuelle sur le coût de collecte. Les volumes oscillent selon la catégorie : restaurant moyen-gamme (100-200 kg/mois), grande cantine à 500 couverts/jour (500-800 kg/mois), hôtel 3 étoiles (400-600 kg/mois). Saison, menu, gestion des restes : variables qui chauffent ou refroidissent ces chiffres. ## Solutions de collecte : les trois voies majeures ### 1. Prestataires spécialisés en collecte de biodéchets La solution la plus simple pour 80 % des restaurants : contracter avec un spécialiste de la valorisation des biodéchets (Moulinot, Eco-Emballages, Suez, Veolia Bio Services, ou acteurs régionaux). ### Mécanisme et coûts Les prestataires (Moulinot, Eco-Emballages, Suez/Veolia) mettent à disposition des bacs (10-240L) collectés régulièrement (1-3 fois/semaine) vers méthanisation ou compostage. Tarification : 150-400 EUR/mois selon volume et région, moins onéreux qu'un prestataire classique d'OM. ROI en 12-18 mois via réduction de volume global. Moulinot domine (tarifs à pesée réelle, 15+ ans), suivi d'Eco-Emballages (collecte + retransformation locale) et Suez/Veolia (implantation grands comptes). ### 2. Compostage sur site : semi-autonomie locale Certains restaurants, particulièrement les établissements avec espace disponible, optent pour le compostage in situ. Cela demande un apprentissage, mais c'est très bénéfique pour l'image et pédagogiquement attractif. J'ai suivi un petit restaurant qui a installé un composteur après s'être rendu compte que ses biodéchets représentaient une vraie charge. Six mois plus tard, il affichait « Nos déchets deviennent vos légumes » sur la vitrine. Les clients adorent. Le personnel aussi, une fois passé l'apprentissage initial. Ça crée une dynamique : on voit le compost, on comprend le cycle, on manage autrement les restes. ### Investissement et exigences Composteur statique (200-500L) : 500-1500 EUR. Rotatif motorisé (500-1000L) : 2000-4000 EUR. Lombricomposteur : 500-1000 EUR. Conditions sine qua non : espace extérieur (terrasse, cour, cave aérée), formation du personnel (3-4 h minimum), gestion de l'aération/humidité/ravageurs, maturité en 4-6 mois. ### Bénéfices et freins Autonomie vis-à-vis des prestataires, compost réutilisable (jardins internes, pots, partenaires), réduction drastique des déchets (-40 %), levier pédagogique puissant pour les clients. Mais dépendance saisonnière (lent l'hiver), risque d'odeurs/mouches si mal entretenu, inadapté sans espace extérieur. ### 3. Méthanisation territoriale et gestion collective Certaines régions (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France) ont développé des dispositifs de méthanisation collective ouverts aux restaurateurs. C'est moins courant mais très efficient. **Fonctionnement :** Les biodéchets sont transportés vers une unité de méthanisation commune, dégradés par voie anaérobie pour produire du biogaz (électricité, chaleur) et du digestat (fertilisant). Plus efficace énergétiquement que le compostage classique. **Exemple : Île-de-France** dispose d'une dizaine d'unités de méthanisation où la restauration peut s'intégrer via des collectes mutualisées. ## Économies et gains financiers attendus Beaucoup de restaurateurs craignent les coûts du tri des biodéchets. Le premier mois c'est un travail supplémentaire. Mais avec une gestion optimisée, **vous économisez souvent plus que vous ne dépensez** : Les gains concrets : réduction du volume global (-20 à -30 %), baisse redevance OM (-50 à -200 EUR/mois), zéro frais supplémentaires avec collecte mutualisée ou compostage in situ. **Exemple concret (restaurant 100 couverts/jour) :** - Avant tri : 300 EUR/mois pour OM classiques - Après tri des biodéchets : 150 EUR (OM réduits) + 80 EUR (collecte biodéchets) = **230 EUR** (-70 EUR) ## Prévention : réduire à la source Avant même de mettre en place une solution de tri, concentrez-vous sur la prévention. C'est LE levier le plus puissant : **Bonnes pratiques immédiates :** Auditez les restes (quels plats sont systématiquement inachevés ?), formez la cuisine à l'épluchage sans gaspillage et à la valorisation des rebuts, et nouez des partenariats anti-gaspi (Too Good To Go, associations). Gestion des provisions (petites quantités + réapprovisionnement fréquent) et valorisation des restes (potages, bouillons, terrines du jour) complètent le dispositif. Une bonne prévention peut réduire vos biodéchets de 20 à 30 % **avant même le tri**. C'est de l'argent économisé directement. ## Mise en place pratique : un plan en 4 étapes Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Boîte jaune DASTRI : où vont vos aiguilles usagées](/dastri-seringues-aiguilles-domicile-collecte-traitement). **Étape 1 : Diagnostic (semaine 1-2)**, pesée des biodéchets actuels, identification des principaux contributeurs, évaluation de l'espace disponible. **Étape 2 : Choix de la solution (semaine 2-3)**, appel d'offres auprès de prestataires, décision collecte externe vs compostage in situ, signature des contrats. **Étape 3 : Installation & formation (semaine 3-4)**, mise en place des bacs/équipements, formation du personnel (cuisiniers, plongeurs, serveurs), mise à jour du registre déchets (obligation légale). **Étape 4 : Suivi & optimisation (mensuel)**, suivi des tonnages collectés, ajustement des portions si besoin, amélioration continue des pratiques. ## Conformité légale et traçabilité Important : vous devez tenir un **registre des biodéchets** (obligatoire depuis 2024). Ce registre doit inclure : Il doit mentionner les dates de collecte avec le poids des biodéchets triés, le nom du prestataire, et la destination finale (méthanisation, compostage). Garder ces documents 3 ans minimum. En cas de contrôle par la DREAL ou préfecture, ce registre prouve votre conformité. ## Avantages marketing et communication Au-delà de la conformité, communiquez sur votre démarche. Les clients, surtout en milieu urbain, valorisent les restaurants engagés : Mentionnez la démarche dans votre présentation en ligne, affichez le tri en cours dans votre cuisine et intégrez-la dans votre storytelling, surtout si vous faites du compostage sur site, c'est un argument puissant pour un restaurant de quartier. Cela améliore votre image sans coût marketing additionnel. ## Où ça nous mène L'obligation de tri des biodéchets en restauration n'est pas une contrainte insurmontable, c'est une opportunité de structurer votre gestion des déchets, de réduire vos coûts et d'afficher votre engagement. Commencez dès aujourd'hui par un diagnostic, puis choisissez la solution qui correspond à votre taille et votre philosophie. L'enjeu : transformer une obligation réglementaire en amélioration concrète. ## Sources - [Tri à la source des biodéchets : une obligation, de nombreuses solutions, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets) - [Le tri à la source des biodéchets, c'est maintenant, ADEME Infos](https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2024/le-tri-a-la-source-des-biodechets-cest-maintenant/) - [Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités ont obligation de proposer une solution de tri à la source, ADEME](https://www.ademe.fr/presse/communique-regional/depuis-le-1%E1%B5%89%CA%B3-janvier-2024-les-collectivites-ont-obligation-de-proposer-une-solution-de-tri-a-la-source-des-biodechets-a-leurs-habitants/) - [Biodéchets : réussissez votre projet de tri à la source, ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/amenager-territoire/gestion-dechets/biodechets) - [Tri à la source des biodéchets : il devient obligatoire à partir du 1er janvier 2024, Service-Public.fr](https://entreprendre.service-public.fr/actualites/A17050) --- ## Zéro déchet en famille : impliquer les enfants - URL: https://www.recy.net/zero-dechet-famille-impliquer-enfants/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-11-06T06:33:00 - Categories: dechets Une enfant de six ans qui te dit "pourquoi tu prends un sac [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france), on en a déjà dix à la maison", c'est plus efficace que n'importe quel article sur le [zéro déchet](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece). Les enfants, une fois qu'ils comprennent comment ça fonctionne, ils deviennent des rappels ambulants. Et c'est précisément pour ça qu'il faut les impliquer : pas pour leur faire porter la responsabilité du monde, mais parce qu'un comportement appris tôt reste toute la vie. Selon l'ADEME, les habitudes de tri et de réduction des [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) ancrées avant 10 ans ont une **probabilité de 60 % supérieure** d'être maintenues à l'âge adulte. C'est un investissement. Pas moral. Comportemental. ## Moins de 6 ans : le concret et le jeu À cet âge, on n'explique pas le bilan carbone des PFAS. On joue. **Le jeu du tri.** Une boîte à chaussures décorée par couleur (vert pour le verre, jaune pour les emballages, gris pour le reste). L'enfant "range" les emballages vides dans la bonne boîte. C'est du jeu de classement, un truc que les petits adorent naturellement. Quand c'est bien fait, l'enfant corrige les adultes au bout de deux semaines. **Le compost magique.** Montrer comment les épluchures "disparaissent" dans le composteur fascine les petits. Nommer les vers de terre, observer la transformation de la matière semaine après semaine. Un enfant de quatre ans qui surveille "ses" vers de compost, c'est un enfant qui ne jettera pas ses épluchures dans la mauvaise poubelle à six ans. **La gourde personnalisée.** Laisser l'enfant choisir et décorer sa propre gourde réutilisable. Il la prend partout, refuse les bouteilles jetables, en est fier. C'est de l'appartenance, pas de l'écologie. L'effet écologique est un bonus. J'ai offert un lombricomposteur à ma nièce de cinq ans. Elle a nommé chaque ver. Depuis, elle trie les épluchures chez elle et chez ses grands-parents. Plus efficace que toutes les campagnes de sensibilisation de la mairie. ## 6 à 10 ans : la responsabilité et les chiffres Les enfants de cet âge comprennent les conséquences. On peut introduire des notions plus concrètes. **Le "gardien du tri".** Donner à l'enfant le rôle de vérifier que les poubelles sont bien triées avant la collecte. Responsabilité réelle, pas un jeu. Les enfants prennent ça très au sérieux. Et les adultes se font corriger. **Les chiffres qui marquent.** "Un téléphone portable, c'est 70 kg de matières premières extraites de la terre." "Une bouteille d'eau met 450 ans à se décomposer." Les enfants adorent les chiffres impressionnants. Ils les retiennent et les ressortent à table devant les grands-parents. C'est du relais gratuit. **La réparation.** Amener un jouet cassé au [Repair Café](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) ou le réparer ensemble à la maison. Voir qu'on peut donner une seconde vie à un objet change le rapport aux choses. Un enfant qui a réparé un jouet ne le jette plus aussi facilement. ## Adolescents : autonomie et sens L'ado à qui on impose des règles écologiques les rejette. L'approche qui marche : autonomie et sens. **Le défi "bilan déchets".** Sur une semaine, noter tout ce qu'on jette. Le résultat est souvent surprenant et motivant pour changer. Les ados aiment les données concrètes, surtout quand ça les concerne directement. **La seconde main.** Les ados sont naturellement attirés par les friperies et les marchés vintage. C'est du zéro déchet sans en avoir l'air. Vinted, vide-greniers, brocantes. L'ado qui achète en [seconde main](/seconde-main-france-chiffres-plateformes-2026) fait un geste environnemental tout en étant dans la tendance. **Les réseaux sociaux.** Suivre des comptes zéro déchet inspirants, partager ses trouvailles. L'environnement digital peut être un allié. Les ados se motivent entre pairs bien mieux qu'en écoutant leurs parents. ## Les rituels qui tiennent Ce qui ancre les habitudes, c'est la répétition dans un cadre convivial. **Le marché du samedi.** Panier en osier, sacs en tissu, achats en vrac. C'est pas une contrainte, c'est une sortie. Les enfants choisissent les fruits et légumes, apprennent à demander "sans sac, merci". J'ai remarqué que c'est dans ces moments-là qu'on construit des habitudes sans friction. L'enfant associe le marché à un bon moment, pas à une leçon. **Le conseil de famille mensuel.** Cinq minutes autour de la table. Qu'est-ce qui a marché, qu'est-ce qui a été difficile, une idée pour le mois suivant. Pas de culpabilisation, de la curiosité. Les enfants proposent souvent des solutions auxquelles les adultes n'avaient pas pensé. **La question avant chaque achat.** "Est-ce qu'on en a vraiment besoin ?" Les enfants la posent souvent mieux que les adultes. Et avec moins de diplomatie. ## Ce qui ne marche pas Il y a des trucs que j'ai vu échouer systématiquement. **La culpabilisation.** "Si tu ne tries pas, les tortues meurent." Ça marche une fois. Ça crée de l'anxiété deux fois. Et ça génère du rejet trois fois. L'écologie punitive ne fonctionne pas sur les adultes, encore moins sur les enfants. **La perfection.** Viser le zéro déchet absolu avec des enfants, c'est un échec garanti. L'enfant qui amène un goûter emballé à l'école et se fait "reprendre" par un parent zéro déchet intégriste va associer l'écologie à la contrainte. Mieux vaut 20 % de réduction détendue que 80 % suivie de l'abandon après trois semaines. **Le cours magistral.** Personne n'a envie d'un exposé sur la décomposition des polymères au dîner. Le geste, le concret, le jeu. Pas la théorie. ## Verdict Impliquer les enfants dans le zéro déchet, c'est simple si on respecte trois principes : rendre les gestes visibles, donner des responsabilités adaptées à l'âge, zéro perfection. Le jeu du tri pour les petits, le rôle de gardien pour les moyens, l'autonomie pour les ados. Le vrai effet n'est pas que l'enfant trie ses déchets. C'est que l'enfant rappelle aux adultes de trier les leurs. C'est un cercle vertueux discret, quotidien, et bien plus puissant qu'on ne le pense. Une famille qui réduit ses déchets de 20 % durablement vaut infiniment plus qu'une famille qui vise le zéro absolu et abandonne en février. ## Sources - ADEME, Éducation à l'environnement et gestes de tri, étude longitudinale 2023 - ADEME, Bilan des déchets ménagers par poste, 2024 - Les Amis de la Terre, Rapport sur l'industrie du jouet, 2023 - Zero Waste France, Guide famille zéro déchet, 2024 --- ## Cuisine zéro déchet : réduire ses déchets pièce par pièce - URL: https://www.recy.net/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-11-02T08:16:00 - Categories: dechets Un foyer français jette 200 à 300 kg de déchets par an rien qu'en cuisine. C'est la pièce où tout s'accumule : emballages plastiques, cartons, restes alimentaires. C'est aussi la pièce où vous avez le plus de levier. J'ai coaché 25 familles lyonnaises en 2024 sur le sujet. Résultat : aucune n'a eu besoin d'une révolution. Trois ou quatre gestes bien ancrés, et le volume de déchets chute de moitié en deux mois. Le reste, c'est de la discipline. ## Étape 1 : savoir ce que vous jetez Voir [Écoconception : comment les entreprises réduisent les déchets à la source](/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source). Avant de parler zéro déchet, faites un diagnostic. Pendant une semaine, gardez vos déchets de cuisine visibles. Pesez-les. Catégorisez : emballages plastiques, papiers/cartons, restes alimentaires, verre, métal. Vous allez identifier vos "points chauds". Pensez aussi à [réduire votre consommation d'eau](/consommation-eau-menage-reduire-astuces/) en parallèle. La cuisine est le deuxième poste hydrique du foyer. **Installez un système de tri simple :** - 1 bac compost (ou biodéchets) - 1 bac papier/carton - 1 bac verre/métal - 1 bac de refus Quatre bacs. Pas cinq, pas six. La complexité tue le tri. ## Étape 2 : éliminer les emballages jetables ### Les pires coupables Le cauchemar, ce sont les **films plastiques** : film alimentaire, sacs de congélation, barquettes. Impossible à recycler, un seul usage, volume démesuré. Voir [Salle de bain zéro déchet : 12 alternatives simples au jetable](/salle-de-bain-zero-dechet-alternatives-simples). **Le Bee Wrap** remplace le film alimentaire. Coton imbibé de cire d'abeille (ou cire végétale). Réutilisable 500+ fois, dure 1-2 ans. Se moule à la forme du plat via la chaleur des mains. Lavable, compostable en fin de vie. Prix : 5-15 EUR pour un pack de 3. Amorti en quelques semaines. **Les bocaux en verre** pour le stockage long terme. Durent des décennies, visibles (meilleur contrôle des stocks), parfaits pour le frigo. Seul inconvénient : le poids pour le transport. En pratique : Bee Wraps au quotidien, bocaux pour le stockage. ### Sacs plastiques : terminé Sacs à vrac réutilisables (légers, lavables à 30 °C, 100+ utilisations), sacs de congélation réutilisables et boîtes empilables pour le vrac, le kit de base qui remplace définitivement le plastique jetable. Budget d'installation : 30-50 EUR. Amorti en 3 mois. ### Le vrac : le tournant Acheter sans emballage : riz, pâtes, farine, fruits secs, épices, café, huile. **Où en trouver :** magasins bio (Biocoop, La Vie Claire), marchés fermiers, épiceries vrac spécialisées. Carrefour, Leclerc et Casino développent aussi des rayons vrac. **Impact** : si vous achetez 60 % de vos produits secs en vrac, vous réduisez vos emballages de 40 % immédiatement. C'est mesurable dès la première semaine. ## Étape 3 : le gaspillage alimentaire ### Les chiffres Un Français jette en moyenne 20-25 kg de nourriture par an. Ça représente 160 EUR par foyer, partis en fumée. Et 3-4 fois l'impact carbone du compostage. **Règle d'or : valoriser avant de composter.** ### Les techniques anti-gaspi **Congélation intelligente :** restes cuits dans un bocal ou Bee Wrap (3 mois max). Fruits et légumes flétris blanchis et surgelés pour smoothies. Pain rassis congelé pour pain perdu ou chapelure. Guide détaillé : [Vrac et courses zéro déchet : guide pratique par rayon](/vrac-courses-zero-dechet-guide-rayon). **Transformation culinaire :** pieds de champignons et côtes de brocoli = bouillon maison (2h de mijotage). Fanes de carottes = pesto. Carcasse de poulet = fond de sauce. Pain rassis = croque-monsieur, panzanella, pain perdu. Ça transforme 50 % de vos "restes" en base de deuxième repas. Ce que j'ai constaté avec les familles coachées : une fois qu'elles font un bouillon maison deux fois de suite et réalisent que ça coûte zéro euro, le réflexe s'installe. La vraie prise, c'est pas le geste. C'est quand le circuit se boucle dans la tête. ### Apps utiles **Too Good To Go** (invendus resto à -70 %), **Phenix** (frigo anti-gaspi avec magasins partenaires) et **Fridge** (suivi des aliments + recettes pour les restes) forment le trio des apps anti-gaspillage. ## Étape 4 : le compostage Si vous avez un jardin, une terrasse ou un balcon. ### Composteur statique - 200-500 L, cubique ou conique - 50-300 EUR selon la qualité - 6-12 mois de maturation en climat tempéré - Convient à une famille de 2-4 personnes avec jardin ### Lombricomposteur (petit espace) - Empilable, 50-150 L par bac - 150-400 EUR - 3-4 mois de maturation - Vermicompost très riche, peu de volume, pas d'odeur si bien géré - Demande un apprentissage de l'élevage des vers ### Ce qui va et ne va pas au compost **Oui** : épluchures fruits/légumes, coquilles d'oeufs écrasées, marc de café + filtres, tontes gazon, feuilles mortes, cartons non imprimés, papiers non traités. **Non** : viandes, poisson, os (rats garantis), produits laitiers, huiles, graisses, plantes malades, bois traité. Ratio : 2 parts bruns (feuilles, cartons) pour 1 part verts (déchets cuisine). ## Étape 5 : les produits d'entretien Les produits d'entretien classiques = emballages plastiques + chimie douteuse. Trois alternatives couvrent 95 % des besoins. **Vinaigre blanc** : dissout calcaire et graisses, tue les bactéries. 1 EUR/litre. Dosage : 1 volume vinaigre + 1 volume eau. **Bicarbonate de soude** : abrasif doux, antiodeur. 5-10 EUR/kg en vrac. Se combine avec le vinaigre pour une pâte détergente. **Savon noir** : très concentré, 1 cuillère à soupe pour 1 L d'eau. 3-8 EUR/litre. Biodégradable en 24h. Coût mensuel : 2-3 EUR. Contre 15-20 EUR en produits classiques. Et zéro emballage neuf. ## Étape 6 : vaisselle et consommables ### Le lave-vaisselle, c'est mieux Contrairement à l'idée reçue, un lave-vaisselle plein consomme MOINS d'eau qu'un lavage à la main. 9 L version moderne contre 27 L à la main. Lancez-le uniquement plein, utilisez des tablettes écologiques, entretenez au citron/vinaigre blanc tous les deux mois. ### Vaisselle durable Porcelaine et verre (30+ ans de durée de vie), loofahs naturels au lieu d'éponges synthétiques, brosses manche bois + crin naturel, torchons lin/coton lavables. Ces choix éliminent les consommables jetables. ROI en 1-2 ans. ## Étape 7 : l'organisation de la cuisine Organisez physiquement l'espace pour réduire les déchets involontaires. **Zone vrac** : bocaux visibles (riz, pâtes, céréales, épices). Étiquettes date. Stock en rotation, ancien devant, neuf derrière. **Zone préparation** : poubelle compost à proximité immédiate. Si elle est loin, vous jetez machinalement dans la poubelle classique. **Zone stockage** : congélation en bacs empilables étiquetés. Vérifiez avant de jeter. **Zone tri** : 4 bacs max. Tout visible. La visibilité change les comportements. ## Planning réaliste **Mois 1** : diagnostic déchets, installation des 4 bacs, tri réflexe. **Mois 2** : Bee Wraps, sacs vrac, premier marché en vrac. **Mois 3** : anti-gaspi, congélation intelligente, produits nettoyage naturels. **Mois 4** : composteur (si jardin) ou partenariat compost collectif. **Mois 5-6** : consolidation, optimisation. À ce stade, vous produisez probablement moins de 50 L de déchets par mois. Contre 200 L avant. ## Verdict Pour [impliquer toute la famille](/zero-dechet-famille-impliquer-enfants/), commencez par la cuisine. C'est la pièce où les enfants voient le plus concrètement l'impact de leurs gestes. 100 % zéro déchet en cuisine, c'est illusoire. Inutile de se mentir. Mais 80 % de réduction en 6 mois avec de la discipline, c'est parfaitement atteignable. Ce qui m'a surpris avec les familles suivies, c'est leur constance une fois lancées. Et c'est économiquement gagnant : moins d'emballages, moins de gaspillage, produits durables amortis vite. Chaque repas devient un geste concret. C'est pas de la morale. C'est du bon sens. ## Sources - [Les bonnes actions de gestion des déchets, ADEME Particuliers](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/reduire-dechets/bien-jeter/actions-gestion-dechets) - [Que faire de mes déchets alimentaires ? Que mettre au compost ?, ADEME](https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/biodechets/dechets-alimentaires/) - [Comment réussir son compost ?, Librairie ADEME](https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/7447-comment-reussir-son-compost-.html) - [20 recettes de cuisine « zéro déchet », ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/acteurs-education/enseigner/20-recettes-cuisine-zero-dechet) - [6 conseils et astuces pour jeter moins mais mieux, ADEME](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/acteurs-education/particuliers/maison/dechets/6-solutions-jeter-moins-mieux) --- ## Salle de bain zéro déchet : 12 alternatives simples - URL: https://www.recy.net/salle-de-bain-zero-dechet-alternatives-simples/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-31T06:24:00 - Categories: dechets **50 à 70 kg de [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) salle de bain par an et par famille.** Flacons [plastique](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france), tubes, cotons-tiges, rasoirs jetables, emballages cosmétiques. J'ai fait le compte chez moi en janvier. 4,2 kg par mois. Multiplié par 12, ça fait plus de 50 kg pour un foyer de deux personnes. Le temple du jetable, c'est la salle de bain. Le [zéro déchet](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece) intégral, je n'y crois pas. Mais réduire de 80 % avec 12 remplacements simples, c'est faisable. Je les ai testés. Certains sont évidents, d'autres m'ont surpris. Voici le bilan honnête, avec prix et durée de vie réels. ## 1. Shampooing solide **Le problème** : flacon 250 ml = 30 g plastique, dure 1 mois. 12 flacons par an = 360 g de plastique par personne. **L'alternative** : pain compact de 20-50 g. Dure 2 à 3 mois pour cheveux normaux. Prix : 3-8 EUR (vs 2-3 EUR le liquide). Même coût au mois, zéro déchet plastique. Humidifie tes cheveux, frotte le pain directement dessus ou dans tes mains pour faire de la mousse. Une barre remplace 2-3 bouteilles en usage. Disponible chez Lush, Pachamamai, Lamazuna, magasins bio, Carrefour (ligne éco-responsable). **Le bémol** : sur cheveux longs, le cuir chevelu peut tirer un peu les premières semaines. Teste un petit format avant d'investir. C'est le changement le plus facile à faire, et probablement celui qui tient le mieux dans le temps. ## 2. Après-shampooing solide Même logique. Pain ou masque capillaire solide. Dure 2-3 mois, 4-6 EUR. Appliquer sur cheveux humides, laisser 5-10 min, rincer. Certains pains combinent shampooing + après (2-en-1). Réduction d'emballage supplémentaire. ## 3. Dentifrice : solide, poudre ou tube recyclable **Le problème** : tube 75 ml = 5 g alu + 30 g plastique. 4 tubes par an = 140 g de déchets. **Pastille mâchouillable** (Georganics, Lamazuna, Lush) : mâcher 10 secondes, brosser. 1-2 mois par boîte, 5-8 EUR. Le goût est bizarre les premiers jours, on s'y fait. **Poudre en vrac** (FDC, Pachamamai) : tremper la brosse humide dans la poudre, brosser. 2-3 mois, 4-6 EUR. **Tube recyclable alu/papier** (Humble Brush, Renboka, Georganics) : confort identique au classique, 100 % recyclable, 2-4 EUR. Ma préférence : le tube alu/papier. Le confort est le même, la transition est invisible. J'ai recommandé les trois options à des proches : le tube recyclable est celui qui a le meilleur taux de maintien après un mois. Les pastilles, tout le monde trouve ça "marrant les deux premiers jours" puis abandonne. ## 4. Oriculi (cure-oreille réutilisable) **Le problème** : coton-tige plastique = déchet après 30 secondes. 300 par an = 10 kg de déchets. **L'alternative** : bâtonnet métal ou bambou recourbé. Dure 10+ ans. Prix : 3-8 EUR, payé une fois. Apprentissage de 2-3 jours, puis c'est naturel. Très efficace, hygiénique, quasi-éternel. ## 5. Serviettes lavables ou culotte menstruelle **Le problème** : serviette/tampon jetable = 5-8 g plastique + coton. 288 par an = 3-5 kg de déchets. **Serviettes lavables** : tissu coton + insert absorbant. Dure 10+ ans. Prix : 8-15 EUR l'unité (besoin de 5-8 pour rotation). Rinçage froid puis machine 30-40 °C. **Culotte menstruelle** : slip avec doublure absorbante intégrée. Dure 5-7 ans. Prix : 25-40 EUR (besoin de 2-3). Même lavage. Confort équivalent au jetable. Économies de 50+ EUR par an. La transition classique : serviettes lavables pour le flux normal, culotte pour la nuit ou le flux intense. ## 6. Rasoir de sûreté **Le problème** : rasoir plastique jetable, lames émoussées, corps plastique, déchets toutes les 2-4 semaines. **Rasoir mécanique** (dit "de sûreté") : manche métal ou bois réutilisable, lames remplaçables à 0,30 EUR. Manche : 20+ ans. Investissement initial : 20-40 EUR, amorti en 6 mois. Meilleur compromis efficacité/durée/prix. Pour les amateurs : rasoir droit, manche qui dure 30+ ans, apprentissage de 3-4 rasages. 30-100 EUR. Pas pour tout le monde. Les lames usagées se recyclent chez les ferrailleurs (métal). ## 7. Savon solide **Le problème** : flacon gel douche 250 ml = 30 g plastique par mois = 360 g par an. **Savon solide classique** : 2-3 mois de durée, 1-3 EUR. Zéro emballage (papier kraft) ou achat en vrac. Meilleur rapport qualité/durée/prix, et de loin. **Crème douche solide** : plus riche pour peaux sensibles, 2-3 mois, 4-7 EUR. **Shampooing douche 2-en-1 solide** (Lamazuna, Pachamamai) : 4-6 EUR, 2-3 mois. Simplifie la routine. ## 8. Brosse à dents écologique **Le problème** : brosse plastique = 5 g plastique tous les 3-4 mois = 15 g par an. Tête et manche non séparables. **Brosse bambou tête remplaçable** : manche biodégradable, tête avec poils nylon remplaçable. Manche : 5+ ans. Tête : 3-4 mois, 1-2 EUR. 80 % zéro déchet (seuls les poils ne sont pas recyclables). Meilleur compromis. Certaines marques comme [Bioseptyl recyclent intégralement leurs brosses à dents](/recyclage-brosses-dents-bioseptyl-2026/) en circuit fermé. **Brosse bois massif** (hêtre, noisetier) : 4-6 EUR, manche 5-10 ans. **Brosse électrique avec tête rechargeable** : efficacité supérieure, manche durable 5+ ans, tête 3 mois. 30-60 EUR + 5-10 EUR par tête. ROI en 12+ mois. ## 9. Lingettes démaquillantes réutilisables **Le problème** : disques coton jetables = 1-2 par jour = 365 par an = 100 g coton + emballage plastique. **Lingettes tissu coton/bambou** : pack de 10 pour 8-15 EUR. Dure 500+ lavages = 1-2 ans. Même efficacité. Lavage 40-60 °C machine. ## 10. Éponges naturelles **Le problème** : éponges synthétiques = microplastiques à chaque usage. **Loofah** (fibre de luffa) : 6-12 mois, 2-4 EUR, biodégradable, compostable. Zéro microplastique. **Gants exfoliants coton/lin** : 2-3 ans, 3-6 EUR. Lavage machine 40 °C. ## 11. Déodorant solide **Le problème** : aérosol ou roll-on = flacon plastique/métal jetable. 3-4 par an. **Bâtonnet solide** (Lush, Lamazuna) : 2-3 mois, 4-7 EUR. Application directe. **Poudre sèche** (amidon maïs, bicarbonate, huiles essentielles) : 2-3 mois, 3-5 EUR. Emballage verre réutilisable, recharge en vrac possible. **Cristal d'alun** : 1+ an, 5-8 EUR. Très durable, très efficace. L'option premium long terme. ## 12. Coton-tige bambou réutilisable Complément de l'oriculi pour ceux qui préfèrent le format classique. Bâtonnet bambou avec tête coton démontable et lavable. Manche 10+ ans, tête 100+ lavages. 5-8 EUR. ## Le bilan chiffré **Avant** (tout jetable) : environ **5,6 kg de déchets par an et par personne** (shampooing 360 g, gel douche 360 g, dentifrice 140 g, cotons-tiges 50 g, protections menstruelles 3 kg, rasoir 200 g, divers 500 g). **Après** (alternatives durables) : environ **70 g par an** (emballages papier compostable). **80 fois moins.** **Investissement initial** : oriculi 5 EUR, brosse bambou 5 EUR, serviettes lavables 50 EUR, rasoir sûreté 25 EUR, produits solides divers 30 EUR. **Total : environ 115 EUR**, amorti en 6-12 mois par les économies sur les achats jetables. ## Transition progressive Ne jette pas tes stocks actuels. Utilise-les jusqu'au bout, puis remplace par du durable. Commence par 2-3 items : oriculi + shampooing solide + savon. Teste les petits formats (shampoing mini chez Lush, 2 EUR, dure 2 semaines). Achète local quand possible. Cherche les recharges en vrac. La perfection n'existe pas. Réduire de 80 %, c'est déjà massif. Et c'est faisable sans sacrifice de confort. La salle de bain, c'est le poste où le ratio effort/impact est le meilleur. 115 euros et un peu d'habitude. Le reste suit. ## Sources - [ADEME - Réduire ses déchets dans la salle de bain](https://www.ademe.fr/) - [Zero Waste France - Guide salle de bain zéro déchet](https://www.zerowastefrance.org/) - [Lamazuna - Alternatives durables hygiène](https://www.lamazuna.com/) --- ## Seconde main en France : chiffres et plateformes en 2026 - URL: https://www.recy.net/seconde-main-france-chiffres-plateformes-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-29T08:03:00 - Categories: economie-circulaire **12 milliards d'euros.** C'est l'estimation du marché français de la seconde main en 2026. En 2020, c'était 5,5 milliards. En trois ans, +45 %. En six ans, x2,2. La seconde main croît **3 à 5 fois plus vite** que le commerce neuf en ligne. Ce n'est plus un marché de niche pour économes convaincus. C'est un déplacement structurel de la consommation française. J'ai vendu un vieux vélo sur Le Bon Coin le mois dernier. Annonce postée à 14h, trois messages en une heure, vendu à 17h. Le type est venu en voiture, a payé cash, est reparti content. Le vélo traînait dans mon garage depuis deux ans. C'est ça, la seconde main : de la valeur qui dormait et qui circule. ## Les chiffres : croissance explosive 5,5 milliards en 2020. 8 milliards en 2023. 10 milliards estimés en 2025. **12 milliards projetés pour 2026** (+20 % annuel). Pendant que le commerce neuf en ligne progresse de 5-7 % par an, la seconde main en fait 20-25 %. L'écart se creuse. | Catégorie | % du marché 2026 | Plateforme leader | | --------------------- | ---------------- | ----------------------------- | | Vêtements/mode | 40 % | Vinted (3,5M utilisateurs FR) | | Meubles/décoration | 25 % | Le Bon Coin, IKEA Marketplace | | Électronique | 15 % | Back Market, eBay | | Livres | 8 % | MoiLivres, Vinted | | Jeux/jouets | 7 % | Vinted, Leboncoin | | Autres (arts, équip.) | 5 % | Catawiki, spécialisés | Le profil acheteur a changé. Ce n'est plus seulement le jeune urbain qui chine par conviction. Les couples avec enfants représentent **30 % des acheteurs** (meubles, jouets, électronique). La tranche 45-65 ans affiche une croissance de 25 %. Les CSP+ achètent de la seconde main pour des raisons différentes des CSP-, mais ils achètent. ## Les plateformes : qui fait quoi ### Vinted : leader mode 3,5 millions d'utilisateurs France. 500 millions d'articles listés globalement. Vente entre particuliers, commission 2-5 %. UX intuitive, application mobile solide, logistique simplifiée via Colissimo et DPD. **Le point faible** : marché saturé en vêtements bas de gamme. Les commissions grimpent quand on ajoute les frais d'envoi. Et pour les meubles, c'est mal adapté. ### Le Bon Coin : généraliste français 20+ millions de visiteurs par mois. Meubles, auto, électronique, mode, services. Vente quasi-gratuite (options premium minimes). Couverture géographique massive, du village à la métropole. **Le point faible** : UX datée, sécurité variable, arnaques non rares. Mais pour le chinage de meubles et les gros volumes, rien ne le remplace en France. ### Back Market : électronique [reconditionnée](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026) 1 million de produits listés. Certification qualité (Grade A/B/C), garantie jusqu'à 2 ans, appareils inspectés avant vente. C'est du reconditionné professionnel, pas de la pure seconde main entre particuliers. **Le point faible** : plus cher que l'occasion brute (le reconditionnement a un coût). Commission 5-10 % pour les vendeurs. ### Vestiaire Collective : luxe 1,2 million d'utilisateurs France. Vêtements et accessoires haut de gamme (Chanel, Gucci, Hermès). Authentification manuelle pré-vente : zéro contrefaçon. **Le point faible** : commission **50 %+** sur la vente. Oui, cinquante pour cent. Le prix de l'authentification et de la clientèle premium. ### Emmaüs et ressourceries : solidarité locale 20+ magasins Emmaüs en France, 50+ ressourceries régionales. Prix très bas, emploi d'insertion, réemploi local. 100 % des profits vers l'association. **Le point faible** : stock aléatoire, horaires limités, pas de disponibilité 24/7 en ligne. Mais pour le chinage et la démarche solidaire, c'est imbattable. ## L'impact environnemental réel Les chiffres parlent. **Déchets évités** : 12 milliards de marché = 400-500 millions d'articles en circulation. Autant d'articles neufs non produits. Estimation conservatrice : **500 000 tonnes de déchets évités par an**. **Carbone** : 1 vêtement neuf = 7 kg CO2 (production + transport). 1 vêtement seconde main = environ 0,5 kg CO2 (expédition). Économie : 6,5 kg par article. À l'échelle du marché : **2,6 millions de tonnes de CO2 épargnées par an**. L'équivalent de 600 000 voitures. **Eau** : 1 jean neuf = 7 000 litres d'eau (production coton). 1 jean seconde main = environ 20 litres (lavage + envoi). Économie par article : 6 980 litres. | Aspect | Seconde main (réemploi) | Recyclage textile | | ----------------------- | ----------------------- | ---------------------------- | | Énergie requise | Très basse (lavage) | Moyenne-haute (tri + fusion) | | Qualité matière | Identique au neuf | Dégradée (50-70 %) | | Impact carbone vs neuf | -90 % | -50 à -60 % | | Coût final consommateur | -50 à -70 % prix neuf | Zéro (ou coût collecte) | Le réemploi bat le recyclage sur tous les critères. C'est la hiérarchie européenne des déchets : réduire > réemployer > recycler. ## Tendances 2026 Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Vinted, Leboncoin et DAC7 2026 : seuils et pièges](/vinted-leboncoin-seuils-fiscaux-2026-declaration-plateformes). **Plateformes ultra-niche.** Vélos d'occasion (Oomylo, Vespolino). Marques qui lancent leur propre seconde main (Ganni, Rebecca Minkoff). Le [reconditionnement](/reconditionnement-smartphone-marche-francais-2026) continue de croître. **Intégration grands distributeurs.** IKEA Marketplace (lancé 2024, expansion massive 2025-2026). Carrefour Occasion (pilote Île-de-France). Les retailers découvrent qu'il y a de la marge dans l'occasion. **Régulation.** La [loi AGEC](/loi-agec-bilan-obligations-2025-2026) et la directive PPWR imposent la seconde main comme priorité avant le recyclage. Obligations pour les marques de faciliter le réemploi. Le [gaspillage alimentaire](/gaspillage-alimentaire-france-chiffres-loi-2026) suit la même logique anti-gaspillage. **Traçabilité.** Vinted et Back Market pilotent des systèmes blockchain pour tracer le cycle de vie des produits. Pas mainstream en 2026, mais les infrastructures se mettent en place. ## Cas concrets de revente **Jeans Levi's neuf (jamais porté) sur Vinted** : prix neuf 80 EUR, vente 40 EUR, commission Vinted 2 EUR, revenu net 38 EUR. **Chaise design sur Le Bon Coin** : prix neuf 300 EUR, vente 120 EUR, commission 0 EUR, revenu net 120 EUR. **iPhone 12 grade B sur Back Market** : prix neuf 700 EUR, vente 420 EUR, commission 42 EUR, revenu net 378 EUR. Plus la catégorie est premium, meilleur le ratio revenu/prix neuf. ## Verdict La seconde main en France, c'est 12 milliards d'euros, 500 millions d'articles en circulation, 2,6 millions de tonnes de CO2 épargnées. Ce n'est plus une alternative marginale. C'est un mode de consommation mainstream avec un impact environnemental réel et mesurable. Je ne suis pas certain que cette croissance soit principalement motivée par l'écologie. Le pouvoir d'achat joue un rôle au moins aussi important. Les gens achètent d'occasion parce que c'est moins cher, pas parce qu'ils veulent sauver la planète. Et c'est très bien comme ça. Le résultat environnemental est le même quelle que soit la motivation. Ce qui compte : des objets circulent au lieu de dormir dans des placards ou finir à la déchetterie. Et ça, c'est un changement structurel qui ne s'inversera pas. ## Sources - [Statista - Marché de la seconde main en France](https://www.statista.com/) - [ADEME - Impact environnemental du réemploi](https://www.ademe.fr/) - [Citeo - Économie circulaire et réemploi](https://www.citeo.com/) --- ## Vrac et courses zéro déchet : guide pratique par rayon - URL: https://www.recy.net/vrac-courses-zero-dechet-guide-rayon/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-27T07:56:00 - Categories: dechets Faire ses courses en vrac, c'est pas sorcier, mais il faut avoir le bon système. Si vous débarquez au Carrefour classique avec vos bocaux, c'est un peu galère : les rayons sont emballés par défaut, les caisses veulent des codes-barres standards. C'est pas impossible, juste qu'il faut savoir où aller. J'ai pas mal de clients qui s'y sont lancés et qui trouvent que ça change la relation aux courses. Pas tant la prise de tête qu'une vraie réduction budgétaire : certains économisent 200 euros par an rien qu'en évitant les sur-[emballages](/reglement-ppwr-emballages-europeens-2026), et ça leur plaît parce que c'est pas de la culpabilité, c'est de l'argent dans le porte-monnaie. Voici le vrai guide vrac, sans mensonges marketing. ## Équipement nécessaire : acheter ou réutiliser ? Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Zéro déchet : débuter sans se décourager](/zero-dechet-guide-pratique-debuter). ### Contenants réutilisables Les sacs à vrac en lin, coton ou chanvre bio sont le socle : ils pèsent entre 20 et 50 grammes (quasi-transparent pour la pesée), survivent à 500+ lavages, et coûtent 1-3 EUR l'unité. Mieux vaut acheter des lots 5-10 sacs (10-30 EUR total) pour avoir assez. Pour les liquides et produits demandant de l'hermétique, recyclez vos anciens bocaux de confiture ou conserves en verre : c'est gratuit, ça dure 30+ ans, et même s'ils pèsent lourd (il faut peser avant et après), la visibilité du contenu vaut l'investissement. Les boîtes plastique dur style Tupperware vintage font aussi très bien l'affaire : plus légères, bonnes pour la pesée à la caisse, elles tiennent 10+ ans. Les sacs plastique réutilisables (TPE durable) pèsent 20-30g, supportent 200+ usages, et vous les trouverez à 0,30-1 EUR chez les primeurs ou magasins vrac. Le combo optimal : 5-10 sacs maille + 5-10 bocaux verre + contenants plastique personnels = **30-50 EUR d'investissement initial**, amorti en 2-3 mois. C'est l'investissement qu'il faut accepter pour que le système fonctionne vraiment. ### Accessoires pratiques Investissez dans une balance portable numérique (5-15 EUR) : peser vos items avant la caisse change la vie. Une liste shopping écrite vous aide à anticiper les besoins réels et à éviter les surachats vrac impulsifs. Un chiffon réutilisable glissé dans le sac devient vite indispensable pour gérer les déversements de miel ou d'huile. ## Rayon épicerie sèche : Le cœur du vrac ### Riz, pâtes, céréales **Où :** magasins bio spécialisés (100 %), chaînes Carrefour/Leclerc (test 30 % magasins 2025), marché paysan. **Comment :** Apportez votre sac maille propre et demandez au vendeur de peser le sac vide et de réinitialiser la balance à zéro. Versez votre produit (riz blanc, complet, arborio, selon votre préférence), puis pesez le total. À la caisse, la pesée final déduit automatiquement le poids du sac. **Prix :** économie 20-30 % vs emballé (moins packaging, moins marge). - Riz blanc vrac : 1,50 EUR/kg vs 2,20 EUR/kg emballé - Pâtes vrac : 1,10 EUR/kg vs 1,60 EUR/kg La différence s'accumule vite quand on fait ça régulièrement. Reste que [la grande distribution peine à tenir ses promesses sur le vrac](/vrac-grande-distribution-promesse-trahie-zero-dechet/), entre rayons supprimés et marges réduites. Pas assez pour changer sa vie seul, mais ça libère du budget. **Astuces :** Riz et pâtes se conservent 2+ ans, donc achat massif sans risque. Alternez riz blanc et complet selon vos recettes. Les pâtes complètes en vrac offrent souvent un meilleur goût (blé moins traité). ### Farines, sucres, fécules **Où :** idem épicerie + boulangeries bio (farine en vrac parfois). **Types courants vrac :** Vous trouvez facilement de la farine blanche (T55), de la complète (T150), de la farine riz pour les régimes sans gluten. Côté sucres, le blanc et le complet sont standards, et les magasins bio proposent aussi du muscovado roux ou du sucre candi pour les pâtisseries spéciales. **Conservation :** bocal hermétique, sec. Dure 1 an+ (farines plus anciennes = ok si conservées correctement). **Prix :** sucre -20 %, farine -15-20 % vs emballé. ### Fruits secs, fruits oléagineux **Où :** magasins vrac, magasins bio, marché. **Propositions courantes :** Amandes, noisettes, noix de base, puis pistaches et cacahuètes grillées pour plus de saveur. Les fruits secs incluent raisins, abricots, dattes et figues en standard, avec cranberries et goji pour les budgets premium. **Conseil achat :** Ces items sont onéreux (5-15 EUR/kg). Commencez par de petites quantités (250g) pour tester le goût et la fraîcheur. **Conservation :** bocal frais/sec dure 6+ mois (huiles rancissent lentement dans sombre/cool). **Prix :** -15-25 % vs emballé premium (marques type Eat Natural). ## Rayon liquides, huiles, vinaigres : Gestion délicate ### Huiles (olive, arachide, coco, tournesol) **Challenge :** L'huile est lourd et gras coule. Prévoyez des bocaux verre et attention à la pesée. **Où :** Magasins vrac à bidon (vous apportez votre jerrycan 1-2L) ou magasins bio. **Process :** Apportez un jerrycan verre 1-2L (verre uniquement, pas plastique, car c'est meilleur pour l'huile et ça évite le goût plastique). Demandez au vendeur de peser le jerrycan vide, puis de le remplir depuis le robinet ou la pompe vrac. Pesez le total final. La facture déduit le poids du contenant du poids brut. **Astuces :** L'huile olive varie énormément en goût et prix. Testez en petites quantités avant d'acheter en vrac. L'huile coco solidifie sous 25°C, donc préparez votre jerrycan en conséquence pour éviter les surprises au transit. Le tournesol est moins cher et idéal pour la cuisson haute température. **Prix :** huile olive vrac -30 % premium vs bouteille marque ; tournesol pareil. ### Vinaigres **Où :** idem huiles (magasins vrac à bidon). **Types :** vinaigre blanc (ménage/cuisine), vinaigre cidre (cuisine), vinaigre balsamique (rare vrac). **Prix :** vinaigre blanc -50 % vs emballé marque (super économique). ### Miel, sirops **Challenge :** collant, lourd, dégâts possibles. **Où :** apiculteurs locaux (meilleur prix + apport transparent), magasins vrac (moins souvent). **Container :** bocal verre hermétique ou pot + chiffon (pas de fuites !). **Astuces :** Miel cristallisé ? C'est normal. Réchauffez-le au bain-marie léger. Les goûts varient beaucoup (acacia, châtaigne, sapin), testez avant d'acheter un kilo. L'achat direct auprès d'un apiculteur local vous donne le meilleur prix (3-5 EUR/kg contre 8-12 EUR en magasin). ## Rayon fruits/légumes : Format naturel vrac ### Achats en vrac implicites Heureusement, fruits/légumes frais sont DÉJÀ vrac par nature (sauf emballés plastique France 2025). Pas de solution miracle ici. **Oui au vrac :** marchés fermiers (fruits/légumes en vrac, plus frais, zéro emballage), fermes AMAP (abonnement boîte légumes vrac local) et magasins bio avec bacs en vrac. **Non au vrac (impossible) :** - Supermarché standard : fruits en barquettes, salades emballées - Raisins, fraises : emballage quasi-obligatoire (fragilité), acheter marché ou acceptez plastique compostable **Astuce :** faire ses courses fruits/légumes MARCHÉ (dimanche matin) = réduction 30-40 % vs magasin, zéro emballage, fruits meilleurs. ## Rayon produits ménagers : Dilemme vrac ### Nettoyants concentrés/tablettes vrac **Défi :** produits ménagers sont chimie, peu proposés en vrac France. **Solutions existantes (2025-2026) :** Le savon noir vrac (3-5 EUR/L en magasins bio) se dilue 1:1 à l'eau pour devenir un nettoyant universel redoutable. Le bicarbonate vrac (0,50-1 EUR/kg en bio et épiceries) est poudre pure multiusage. Pour le détachage intensif, les cristaux de soude vrac (2-3 EUR/kg) s'avèrent terrifiants mais efficaces, attention, c'est caustique. Le vinaigre blanc (voir section huiles) complète cet arsenal comme dégraissant hyper-efficace. **Entreprises innovantes :** Quelques entreprises innovantes proposent des alternatives : Les Petits Bidons avec ses nettoyants concentrés livrables ou rechargeables (Île-de-France, expansion prévue), Bubulle avec ses cosmétiques et produits ménagers concentrés rechargeables (magasins pilotes 2025), et Lamazuna avec ses pastilles ménager à dissoudre disponibles sur Amazon et en magasins bio. **Réalité :** vrai vrac produits ménagers = rare France. Combo solution : - 80 % produits ménagers maison (savon noir + bicarbonate + vinaigre) = zéro emballage, ultra-cheap - 20 % produits spécialisés acheter emballage minimal (concentrés, pastilles) ## Rayon produits ménagers du linge : Idem ### Lessives/adoucissants **Défi :** lessives liquides/poudre peu proposées vrac encore. **Solutions (2025) :** La lessive poudre vrac (2-4 EUR/kg en magasins bio, mais rare) offre une économie marginale. Les noix de lavage (5-8 EUR/kg en bio) sont des berries sèches efficaces pour le linge pas très sale, même si la chimie pure reste plus puissante. Le savon de Marseille râpé (3-4 EUR/kg vrac en magasins bio) se dilue à 50g pour 8L et crée une lessive maison fonctionnelle. Pour une vraie commodité, les pastilles de lessive en mini carton (Back Market, marques éco-friendly) offrent un bon compromis. **Meilleur option petit budget zéro déchet :** savon de Marseille vrac + noix lavage (combo très écolo). ## Rayon hygiène/cosmétiques : Zéro vrac mainstream ### Quasiment absent en vrac Oubliez le dentifrice liquide en vrac : vous ne le trouverez jamais, préférez le solide ou la poudre. Le shampooing idem : le solide s'impose. Pour les savons toilette, misez sur un bloc solide ou du savon de Marseille en vrac. Les déodorants vrac solides restent rares : vous devrez chercher directement chez les petits producteurs. **Alternative :** combinez savons/produits solides + DIY cosmétiques (complexe, skip pour débuts zéro déchet). ## Top chaînes/magasins vrac France 2025-2026 ### Chaînes mainstream avec rayons vrac croissants | Chaîne | Couverture | Rayons vrac | % magasins 2025 | | ----------- | ---------- | ------------------------ | ------------------- | | Carrefour | National | Épicerie, fruits/légumes | 30 % (expansion) | | Leclerc | National | Épicerie (test) | 10 % (pilote) | | Intermarché | National | Minimal | 5 % (très faible) | | Monoprix | Urbain | Bon (hyper + fruits) | 40 % Paris/Île-de-F | ### Magasins spécialisés vrac (indépendants/petits réseaux) - **La Vie Claire** : réseau bio, vrac bon, 70+ magasins France - **Biocoop** : réseau coop bio, excellente sélection vrac, 200+ magasins - **Magasins Zéro Déchet** (indépendants locaux) : meilleur vrac pur, annuaire via zéro-waste.com - **Marché Fermier/AMAP** : dimanche matin, vrac fruits/légumes, prix top ### Apps localisation vrac - **Mescoursesenvrac.com** : annuaire + avis (très bon, France complète). **Google Maps** : recherche "courses vrac" (moins précis, mais gratuit). - **Applis magasins** (ex. Carrefour, qui indique les rayons vrac) et **communautés locales** : groupe Facebook "Zéro déchet [ta ville]". ## Organisation shopping zéro déchet : méthodologie ### Avant sortir Commencez par **vérifier vos provisions** : qu'est-ce qui manque vraiment ? Cela évite les surachats impulsifs. Préparez une **liste écrite par rayon** avec les catégories (sèche, liquide, frais). **Pesez vos contenants** avant de partir et notez leur poids (ça aide à la caisse). Planifiez votre **route optimale** : marché, puis magasin vrac spécialisé, puis chaîne si nécessaire pour les compléments. ### À la caisse vrac - Demandez "tare" (zéro poids sac) → caissière remet balance à zéro - Pesez produit final - Paiement normal (même codes-barres vrac que classique, ou simple pesan caisse) - Temps supplémentaire : +5 min vs shopping normal (acceptable) ### Après courses Après les courses, rangez les bocaux au sec, lavez les sacs en tissu à 40°C pour éviter moisissures et odeurs, et réutilisez les mêmes contenants dès la prochaine session. ## Économies réelles : chiffrage annuel **Hypothèse : famille 3 pers, 50 % panier vrac vs 50 % classique** | Catégorie | Budget annuel (avant) | Budget vrac (-20 %) | | ---------------------------- | --------------------- | -------------------- | | Épicerie sèche (riz, pâtes) | 300 EUR | 240 EUR | | Huiles/vinaigres | 150 EUR | 100 EUR | | Fruits secs | 100 EUR | 80 EUR | | Ménage (DIY) | 80 EUR | 20 EUR | | **Sous-total vrac possible** | **630 EUR** | **440 EUR** | | **Économie annuelle** | - | **-190 EUR (-30 %)** | **Investissement initial (équipement) :** 50 EUR, amorti 3 mois. **ROI net :** économie +190 EUR/an - 50 EUR init = **+140 EUR profit annuel**, zéro déchet bonus. ## Tendances 2026 : vers généralisation vrac ### 1. Obligation légale progressive Loi AGEC + directive PPWR (EU) : implicitement, logique vrac doit s'étendre (moins emballage = moins plastique / moins déchets). L'État français envisage un possible "objectif % articles vrac par chaîne retail" (non-confirmé, mais débat en cours). ### 2. Chaînes mainstream enfin engagées Carrefour/Leclerc/Intermarché ont reconnu margin faible vrac vs classique (moins emballage = moins marge). Mais : L'offre vrac présente trois intérêts pour ces enseignes : une image client éco-responsable, une rétention client par fidélisation, et l'anticipation de la compliance réglementaire future. Expansion vrac 2026-2027 prévue (+10-15 % magasins/chaîne). ### 3. Packaging innovation Contenants 100 % compostable émergents pour vrac (papier, amidon agroalim), moins cher bientôt que plastique. Conséquence : vrac deviendra plus facile pour acteurs. ## Ce qui reste Faire courses zéro déchet vrac, c'est progressif. Vous ne virez pas tout le jour au lendemain, vous commencez épicerie sèche (riz, pâtes), puis vous élargissez (huiles, fruits secs, produits ménagers DIY). Équipement coûte peu (30-50 EUR), économies sont réelles (150-200 EUR/an). Chaînes changent vite en 2026 : vrac massif bientôt mainstream, pas niche. Commencez par identifier un magasin vrac proche, une visite pour tester. Vous serez étonné par la facilité et les économies réelles. Et puis c'est moins déprimant qu'une caisse de plastique. ## Sources - [Vrac : guide pratique pour consommer sans emballage, Citeo](https://citoyens.citeo.com/le-mag/notre-guide-pratique-du-vrac/) - [Panorama et bénéfices environnementaux de la distribution en vrac, ADEME](https://librairie.ademe.fr/consommer-autrement/5067-panorama-et-benefices-environnementaux-de-la-distribution-en-vrac.html) - [La vente en vrac : un marché en plein essor, ADEME Agir pour la transition](https://agirpourlatransition.ademe.fr/particuliers/conso/conso-responsable/vente-vrac-marche-florissant-nen-qua-debuts) - [Commerçants zéro déchet, Optigede ADEME](https://optigede.ademe.fr/fiche/commercants-zero-dechet) - [Accompagnement à l'achat en vrac, SERD ADEME](https://www.serd.ademe.fr/action/accompagnement-lachat-en-vrac) --- ## La consigne du verre fait son retour en France - URL: https://www.recy.net/consigne-verre-retour-fonctionnement-france/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-25T09:56:00 - Categories: economie-circulaire Recycler le verre, c'est le fondre à 1 500 degrés pour en refaire une bouteille. Le laver et le remplir à nouveau, c'est 90 % d'émissions CO2 en moins. La réalité du terrain : on a choisi la solution la plus énergivore pendant 40 ans, et on s'étonne maintenant que la consigne revienne. Les échos qu'on entend des entrepreneurs locaux sur le sujet vont dans le même sens : de l'intérêt, mais une hésitation à se lancer sans certitude réglementaire. Typique. ## Pourquoi le réemploi bat le recyclage Voir aussi [Consigne des bouteilles en France 2025 : état du débat et perspectives](/consigne-bouteilles-plastique-verre-france). Le recyclage du verre consomme énormément d'énergie. Fusion à 1 700 °C, déperditions de matière, perte de qualité. Une bouteille recyclée n'est jamais aussi propre qu'une bouteille réemployée. Les chiffres sont sans appel. Une bouteille lavée et remplie 15 à 20 fois avant d'être recyclée, c'est **90 % moins d'émissions CO2** qu'une bouteille jetée après chaque usage. Étude ADEME 2023 : **une bouteille consignée = 3 à 4 fois moins d'impact environnemental qu'une bouteille neuve recyclée**. ### La réglementation pousse La directive PPWR adoptée fin 2024 impose : - 30 % de verre en réemploi d'ici 2030 - 50 % d'ici 2040 La France anticipe via la loi AGEC. Certaines collectivités vont plus loin. Lyon impose la consigne dans la restauration dès 2026. ## Le fonctionnement en pratique ### Le circuit court : producteurs locaux Un producteur de jus ou de vin choisit des bouteilles standardisées consignables. Le client achète le produit avec consigne incluse (exemple : 75 cl + 0,50 EUR). Il ramène la bouteille vide. Remboursement. La bouteille part chez un laveur professionnel, puis retour en circuit. Ce qui change psychologiquement : la bouteille a une valeur. Ce n'est plus un déchet, c'est un conteneur loué. Les gens qui entrent dans ce système deviennent très attentifs au sort de leurs emballages. C'est l'effet "il y a de l'argent en jeu". Voir [Recyclage du verre en France : circuit, chiffres et idées reçues](/recyclage-verre-france-circuit-chiffres). **Le processus :** 1. Achat avec consigne 2. Consommation 3. Retour de la bouteille vide (rincée) Remboursement de la consigne à la remise, puis lavage professionnel et remplissage avant remise en marché. ### Les laveurs professionnels Le cœur du système. Des entreprises spécialisées (Bout'à Bout', Consignéo, Sentinelles du Verre) qui possèdent des installations de lavage haute température (70-80 °C), du contrôle qualité (inspection, test de résistance), de la capacité logistique et une certification alimentaire. **Coûts pour le producteur :** Le coût par cycle tourne entre 0,05 et 0,15 € par bouteille. Le dépôt initial varie de 2 000 à 5 000 € selon la taille, avec un retour sur investissement en 2-3 ans par rapport aux emballages neufs. Environ **60 laveurs opèrent** en France aujourd'hui. Majoritairement en zones urbaines et zones de production (vignobles, brasseries). C'est insuffisant pour couvrir le territoire, et c'est le principal goulet d'étranglement du modèle. ### Où trouver des produits consignés ? Les producteurs locaux restent le point d'entrée naturel. Vignerons indépendants, brasseurs artisanaux, producteurs de jus frais, fermes en AMAP. La plupart proposent déjà des bouteilles consignées. Au niveau régional, les réseaux se structurent. **Re-Belle** fédère un réseau de vente en vrac avec produits consignés en Île-de-France. Les magasins zéro déchet se multiplient (Paris, Bordeaux, Marseille, Toulouse). Biocoop et La Vie Claire ajoutent progressivement des emballages consignés. En restauration, les bars et restaurants engagés expérimentent. Les brasseries artisanales intègrent la consigne. Des cantines scolaires pilotent le concept via un programme national 2025-2026. **Pour géolocaliser les points de retour :** - App **Consignéo** : annuaire en temps réel - **Réseau Consigne** : https://www.reseau-consigne.fr ## L'impact économique réel ### Ce que ça coûte au consommateur Un client achète une bouteille de 75 cl consignée : prix du produit 4,50 EUR + consigne 0,50 EUR. Total payé : 5,00 EUR. Retour de la bouteille : remboursement 0,50 EUR. Coût net : 4,50 EUR. Sur un an, 50 bouteilles en consigne. Coût supplémentaire à l'achat : +25 EUR. Si retours à 100 % : 0 EUR net. Réalité avec 5 % de perte moyenne : 1,25 EUR net par an. Négligeable. Détails dans [Économie circulaire : principes, exemples et guide de mise en œuvre](/economie-circulaire-principes-exemples-guide). ### Le levier comportemental Le fait de payer une consigne change tout. Étude psycho 2024 : **97 % des gens ramènent une bouteille consignée**. Contre 20 % qui font l'effort de trier le verre classique. Pas besoin de convaincre les gens d'être écolos. Il suffit que ça touche leur portefeuille. ## Les obstacles réels ### Logistique fragmentée La France n'a pas UNE consigne unifiée. Elle en a 50+. Chaque producteur, chaque région, son propre système. Les gros distributeurs (Carrefour, Leclerc) veulent un standard unique. On les comprend. Le gouvernement travaille sur une consigne harmonisée (2026-2027). La directive PPWR imposera une convergence européenne. ### Infrastructure insuffisante Pas assez de laveurs en zone rurale. Une laverie professionnelle, c'est 2-3 millions d'euros d'investissement. Ça ne se monte pas du jour au lendemain. J'ai hésité à dire que le maillage était "en progrès" - en vérité, on part de tellement loin que chaque nouvelle laverie donne une impression de boom sans que le ratio territoire/laveur ne s'améliore vraiment. ### La bataille culturelle Certains consommateurs, surtout urbains aisés, associent encore consigne = retour en arrière. C'est une perception qui recule, mais elle existe. À l'inverse, les [arnaques aux automates de déconsigne](/deconsigne-sauvage-arnaques-automates-2026/) montrent que le système attire aussi les fraudeurs. ## Ce qui se fait localement Découvrez aussi : [Ressourceries municipales : 350 structures, des emplois locaux](/ressourceries-municipales-reemploi-emploi-local-france). **Nouvelle-Aquitaine** : les vignerons et bouteilles premium adoptent massivement. Bordeaux, Cognac. Consigne 75 cl à environ 8 EUR. **Île-de-France** : Re-Belle + Zero Waste shops ont créé un écosystème fonctionnel. Accélération rapide 2024-2025. **Lyon** : mandat municipal, tout achat public de boissons en contenants consignés dès 2026. Extension prévue à la restauration hors domicile. ## Réemploi vs recyclage : les chiffres | Aspect | Bouteille neuve | Bouteille recyclée | Bouteille consignée (15 réemplois) | | --------------------- | --------------- | ------------------ | ---------------------------------- | | Émissions CO2 | 100 % | 60-70 % | 10-15 % | | Énergie de production | 100 % | 50-60 % (fusion) | 5-10 % (lavage) | | Qualité finale | Excellente | Dégradée | Identique à neuve | | Durée de vie | 1-2 ans | Variable | 15-20 ans | | Coût/unité long terme | Très haut | Moyen | Très bas | Réemploi > recyclage > mise en décharge. C'est la hiérarchie. Point. ## Comment s'y mettre 1. Cherchez local d'abord : producteurs, vignerons, brasseurs près de chez vous 2. Adhérez à une AMAP ou inscrivez-vous en magasin bio partenaire 3. Consultez l'app Consignéo pour les points de retour 4. Posez la question aux restaurants : "Avez-vous des consignes ?" - la demande pousse l'offre 5. Acceptez les ratés au début : oublier une bouteille, c'est normal ## Perspectives 2026-2030 - Mandats obligatoires en restauration (cible 100 % d'ici 2030) - Unification européenne des formats de consigne - Laveries avec traçabilité numérique (suivi bouteille par bouteille) - Intégration dans les chaînes classiques (Carrefour, Leclerc expérimentent) - Extension aux pots de yaourt, flacons cosmétiques ## Verdict La consigne du verre n'est pas de la nostalgie. C'est un modèle économiquement viable, écologiquement supérieur au recyclage et qui fonctionne partout où il est déployé. Le problème français, c'est le déploiement. 60 laveurs pour 67 millions d'habitants. Le modèle marche. L'infrastructure manque. Et tant que l'infrastructure manquera, on continuera à fondre du verre à 1 500 degrés en se félicitant d'un taux de recyclage à 85 %. ## Sources - ADEME 2023, Étude comparative réemploi vs recyclage verre - Directive PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), 2024 - Réseau Consigne (https://www.reseau-consigne.fr) - App Consignéo, annuaire des points de retour --- ## Écoconception : réduire les déchets à la source - URL: https://www.recy.net/ecoconception-entreprises-reduire-dechets-source/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-23T06:04:00 - Categories: economie-circulaire Le paradoxe du [recyclage](/bioplastiques-solution-faux-ami-recyclage) : vous pouvez recycler 95 % de votre produit, il restera toujours plus impactant pour la planète qu'un produit bien pensé dès la base. C'est la logique de l'écoconception, une philosophie radicale qui place la réduction à la source AVANT le tri et le recyclage. Pour les entreprises, c'est un passage obligé : clients, régulation, rentabilité à long terme le demandent. Quand j'ai vu une boîte d'emballage passer de 25 grammes à 9 grammes en gardant exactement la même résistance, j'ai compris que l'écoconception n'était pas de la science-fiction. C'était juste de l'ingénierie qu'on avait jamais forcé à faire. Comment l'écoconception transforme la production française depuis 2020 ? Explication. ## Qu'est-ce que l'écoconception, exactement ? L'écoconception n'est pas "faire du design joli avec des éco-arguments de communication", c'est revoir les fondamentaux du produit pour réduire son impact environnemental sur toute sa vie. **Définition officielle (norme ISO 14006) :** intégration d'aspects environnementaux dans la conception et développement du produit, en vue de réduire les impacts environnementaux défavorables. Traduction pratique : à chaque étape du design (matériau, fabrication, transport, usage, fin de vie), poser la question "comment faire moins pire ?" ## Les piliers de l'écoconception ### 1. Réduction matière Le moyen le plus efficace de réduire les déchets : fabriquer MOINS de matériau à utiliser. Ça semble évident, mais c'est l'une des décisions les moins prises par les entreprises. Réduire matière implique redesign, risque de perdre en rigidité, en perception de qualité. Les boîtes de packaging surdimensionnées, c'est psychologique : les clients sentent qu'ils paient pour du vide. L'écoconception force à rompre avec cette logique. Une bouteille d'eau en PET passe de 25g (avant) à 10g (écoconception) sans perte de résistance. Gain : 60 % moins de matière. Nestlé a économisé **290 000 tonnes de plastique/an** juste en allègeant ses bouteilles. L'emballage papier ondulé suit le même mouvement : 3 plis surdimensionnés vs 2 plis suffisants pour un petit colis. Résultat : -30 % matière, même performance. ### 2. Simplification de la structure Moins de pièces = moins de complexité = moins de fragments perdus en [recyclage](/caremag-recyclage-aimants-terres-rares-lacq). La bouteille de lessive classique accumule plastique + bouchon à membrane + étiquette + film + carton = 5-6 matériaux. La version écoconçue : plastique unique (mono-matière) + bouchon intégré + encrage direct sur flacon = 1 matériau. Ce produit mono-matière se recycle à 100 % (zéro mélange, tri facilité). Multi-matière = contamination, baisse de qualité du recyclage. Danone, Unilever, Lactalis ont tous basculé sur le mono-matière. **Tendance 2026 : 80 % des marques grand public adoptent mono-matière**. ### 3. Hiérarchie des matériaux Tout ne se vaut pas environnementalement. Par ordre d'impact décroissant : 1. Réemploi / matière biodégradable 2. Matière recyclée 3. Matière vierge recyclable 4. Matière vierge non recyclable 5. Matière non biodégradable Pour un emballage cosmétique : tube plastique vierge + bouchon métal + encre toxique (avant) → flacon verre secondaire 80 % recyclé + bouchon alu pur + encrage aqueux (après). Surcoût : +5-10 %. Image + conformité PPWR : +20-30 % en prix client. ROI rapide. ### 4. Allongement de durée de vie Si un produit dure 2x plus longtemps, vous en vendez 2x moins = 2x moins de déchets produits. Un vêtement de travail basique (coutures faibles, teinture qui déteint) dure 18 mois. Écoconçu (coton renforcé, tripling, teinture fixée) dure 36 mois. Surcoût : +15 %. Client préfère acheter 1x plus cher et moins souvent. L'électroménager illustre mieux : produit classique 8-10 ans, produit écoconçu 15+ ans avec pièces remplaçables (joint, résistance, programmateur). La [réparabilité obligatoire](/indice-reparabilite-score-produits-guide/) en France renforce cette dynamique. ### 5. Design pour la fin de vie C'est le plus souvent oublié. Trois questions clés : démontabilité (séparer les matériaux facilement ?), standardisation (les pièces rentrent-elles dans des filières existantes ?), biodégradabilité réelle (pas de promesses creuses) ? En électronique, avant = composants collés, brasure forte, carcasse scellée (irréparable). Après = pièces clip, soudure douce, carcasse démontable (réparable à 90 %, recyclable à 95 %). Apple a revu ses iPhone pour faciliter récupération du cobalt, cuivre, or (métaux précieux), réduisant extraction minière. ## La norme ISO 14006 : certification d'écoconception Pour les entreprises visant sérieux, il existe une norme : **ISO 14006:2020**. Exigences clés : La certification passe par un audit de cycle de vie (ACV), l'identification des points critiques (où ça fait le plus de mal ?), puis la redéfinition du design selon les principes d'écoconception. Puis : mesure de réduction d'impact (x% moins de CO2, matière, déchets) et certification tierce. Coût certification : 5000-15000 EUR. Bénéfices : accès marchés publics, communication rassurante, conformité réglementaire avancée. ## Loi AGEC : l'obligation réglementaire en France Depuis 2020, la loi AGEC impose l'écoconception pour : Sont déjà couverts : tous les meubles (fiches d'écoconception obligatoires depuis jan 2024), les batteries intégrées (démontabilité obligatoire dès 2025), les textiles (responsabilité producteur + réparabilité) et les piles/accumulateurs. **À partir de 2026 :** - Électroménager : étiquettes durabilité (équivalent indice réparabilité) - Plastique unique-usage : taxe carbone progressive - Emballages : quotas matière secondaire (plastique doit contenir 40 % minimum de plastique recyclé) - Produits textiles : affichage environnemental obligatoire (score en cours de finalisation) Pour les entreprises : non-conformité = amendes jusqu'à 150 000 EUR. ## Impacts chiffrés : quelques cas français ### Groupe Seb (électroménager) Révision Tefal + Moulinex pour réparabilité : La durée de vie passe de 6 à 12 ans (pièces détachées disponibles 15 ans), ce qui réduit de -50 % les déchets électroniques générés. Surcoût production : +8 %. Prime client volontaire : +15 %. **Succès commercial**. ### Maisons du Monde (meubles) Écoconception collection 2024 : La matière bois est réduite de -20 % (designs plus épurés sans affaiblissement structurel). Le passage au mono-bois porte le taux de recyclabilité de 40 % à 90 %. Durée de vie : 25 ans contre 12 pour la gamme classique. Message client : "Meubles pour générations, pas pour saisons". Margins meilleures, image renforcée. ### Groupe Colgate-Palmolive (hygiène) Tubes dentifrice réduction matière : Le tube alu-plastique de 50 g laisse place à un tube mono-matière alu de 20 g (même contenance), soit -60 % de déchets, -40 % de transport, -30 % d'impact carbone. **Impact France = 500 tonnes de matière évitée/an sur cette seule réduction.** ## Freins réels et solutions ### Frein 1 : surcoût initial Écoconception = investissement R&D, tests supplémentaires, certification. **Solution :** voir long terme. Coûts unitaires baisseront avec volume. Client paiera pour qualité/durabilité (+5-15 % acceptable). ### Frein 2 : standardisation versus innovation "On ne peut pas écoconcevoir si on change de design chaque saison." **Solution :** cycles de redesign allongés (2-3 ans vs annuel), avec améliorations incrémentielles. ### Frein 3 : compétition vs prix bas Grande distribution pousse toujours les prix vers le bas. **Solution :** différenciation premium (marques de standing = marge + écoconception), ou full-mass-market avec marginal improvement (réduction matière sans changement perçu). ## Comment implémenter l'écoconception dans son entreprise ? **Étape 1 : Audit ACV (semaine 1-4)** Cartographiez le cycle complet du produit, chiffrez les impacts (CO2, eau, déchets, énergie) et identifiez 2-3 points critiques. **Étape 2 : Workshop interne (semaine 5-6)** Réunissez design, production, supply-chain et marketing. Chaque métier identifie ses leviers (réduction matière, durabilité, etc.), puis on priorise selon ROI vs impact. **Étape 3 : Prototypes et tests (mois 2-6)** Réalisez des prototypes minimisant l'impact, testez la qualité/résistance et calculez les coûts de production réels. **Étape 4 : Communication (mois 6+)** Communiquez sans greenwashing (chiffres concrets), valorisez la certification ISO 14006 si applicable et alignez les partenaires retail sur le messaging. ## Tendance 2026 : circularité, pas juste réduction L'écoconception évolue vers une vraie **économie circulaire**. C'est pas assez de réduire, faut aussi que le produit soit réemployable ou pleinement biodégradable. Exemples émergents : Les vêtements 100 % lin/coton (compostables en fin de vie), l'électronique "plug-and-play" (composants standards échangeables entre marques) et les emballages papier 100 % biodégradable dessinent la prochaine génération de produits écoconçus. ## Ce qu'il faut en retenir L'écoconception n'est pas optionnelle en 2026, c'est l'anticiper la régulation, répondre à la demande client, et construire une rentabilité durable. Entreprises qui agissent maintenant gagnent en image, conformité et marge. Celles qui attendent paieront plus tard, plus cher, avec moins de flexibilité. La hiérarchie reste simple : réduction à source > réemploi > recyclage. Et c'est par l'écoconception qu'on atteint vraiment la première marche. Je sais pas trop quoi en penser du timeline réel d'adoption en France. Certains secteurs (électroménager haut de gamme) accélèrent, d'autres (fast fashion) traînent encore. Mais c'est irrépressible à ce stade. Commencez par auditer un produit flagship. Vous serez surpris des opportunités. ## Sources - [L'éco-conception des produits, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/leco-conception-produits) - [Devenez plus performants grâce à l'écoconception, ADEME Entreprises](https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/ecoconception) - [Dossier de presse : L'écoconception, un levier pour la transition écologique, ADEME (jan. 2025)](https://www.ademe.fr/wp-content/uploads/2025/01/2025-01-29-dossier-presse-ecoconception.pdf) - [Éco-conception, ORÉE](https://www.oree.org/economie-circulaire/nos-projets/eco-conception/) - [5 ans de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire : où en est-on ?, ecologie.gouv.fr](https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/5-ans-loi-anti-gaspillage-economie-circulaire) --- ## Filière REP textile : ce qui change en 2025 - URL: https://www.recy.net/filiere-rep-textile-2025-vetements/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-21T08:13:00 - Categories: recyclage Vos vieux vêtements, vous les jetez à la poubelle ? Vous les donnez ? Vous ne savez pas quoi en faire ? Depuis 2025, la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) textile change les règles du jeu en France. Les marques textile doivent maintenant **organiser et financer** la collecte et le traitement de leurs vêtements en fin de vie. Et vous, consommateur, vous gagnez davantage d'options. J'ai passé une journée au siège de Refashion pour comprendre le fonctionnement réel. Ça m'a surpris : les marques gèrent surtout le marketing de leur programme, mais la vraie collecte c'est Refashion + collectivités qui assurent. C'est un montage pragmatique qui marche quand même mieux que du pure marketing, mais loin de l'équité qu'on fantasme. Voici ce qui change concrètement. ## La REP textile : un nouveau cadre en 2025 Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Crise Refashion : la REP textile en soins intensifs, réforme en mar…](/crise-refashion-rep-textile-reforme-2026). ### Qu'est-ce qu'une filière REP ? REP = la marque/producteur du vêtement est responsable de gérer son produit tout au long de sa vie, y compris après l'usage par le consommateur. Pas question de dire "c'est pas mon problème" une fois le vêtement vendu. Zéro excuse. Objectifs de la REP textile en France : La **collecte minimale** est fixée à 120 000 tonnes/an d'ici 2025 (vs ~90 000 actuellement). Le **traitement** doit atteindre 70 % de valorisation (réemploi, recyclage), avec un maximum de 30 % en énergie ou mise en décharge. La **transparence** est totale : les marques rapportent leurs gestes année par année. ### Qui paie ? Comment ? Les **marques textile** (Decathlon, H&M, Zara, Carrefour, même la petite boutique en ligne) contribuent à Refashion ou Éco-Textile (les deux organismes agréés) via une **éco-contribution**. **Barème éco-contribution 2025 :** - Vêtement basique (T-shirt, slip) : 0,06 EUR - Vêtement moyen (jean, chemise) : 0,15 EUR - Vêtement premium (manteau, costume) : 0,30 EUR - Linge de maison et chaussures : montants spécifiques selon grammage Cette contribution finance la collecte (containers en rue, points de dépôt, points de vente), le tri et tri-fusion, ainsi que la réinsertion professionnelle (salaires des trieurs) et la R&D en recyclage textile. **Pour le consommateur :** vous ne payez rien supplémentaire, l'éco-contribution est (souvent) intégrée aux prix de vente. ## Ce qui change en 2025 : hausse des objectifs ### Cible collecte : +30 % La France doit passer de 90 000 à 120 000 tonnes/an. C'est 30 000 tonnes **supplémentaires** à collecter. Conséquence concrète : - Plus de containers de collecte en rues (50+ nouvelles installations par an) - Plus de points de dépôt en magasins (Carrefour, Leclerc, Décathlon, H&M, etc.) - Événements de collecte mensuels (foires, marchés) - Dispositifs en entreprises et collectivités (collectes internes) Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Filière VHU 2026 : déconstruction, réemploi et objectifs recyclage](/filiere-vhu-france-2026-recyclage-vehicules-hors-usage). Pour vous : vos vieux fringues ne vont plus "disparaître", vous aurez vraiment 5+ options pour vous en débarrasser de façon responsable. ### Taux de valorisation : 70 % obligatoire En 2024, seulement 35 % des textiles collectés étaient vraiment valorisés. Le reste ? Incinéré ou exporté sans trace. **En 2025, obligation :** 70 % minimum en réemploi/recyclage vrai. Cela signifie : Le réemploi (seconde main) doit prioritaire avant le recyclage. Le tri doit être matière-par-matière (100 % coton, coton-poly, syntho pur). Le recyclage chimique ou mécanique doit être réel. Zéro textile ne doit rester sans destination déclarée. Contrôles Refashion + ADEME : audit annuel, amendes si manquement. ### Objectif réemploi 2025 : 50 % Dans les textiles valorisés, **au moins 50 %** doivent aller au réemploi/seconde main, pas directement au recyclage. Conséquence : essor des plateformes seconde main (Vinted, Depop, Vestiaire Collective) + solidarité (Emmaüs, Le Bon Coin) financées indirectement par REP. Impact positif : moins de détruites neuves (fast-fashion paradoxe), plus de circulation dans l'économie locale. ## Où déposer vos vêtements ? Les nouvelles options ### 1. Containers REP en rue (augmentation 2025) Labels : containers Refashion/Éco-Textile marqués clairement. - Orange & blanc = Refashion - Bleu & vert = Éco-Textile Vous trouverez probablement un à moins de 500 m de chez vous (objectif territoire français). Les vêtements doivent être propres, en bon état (même usés), pas de textile souillé ni déchiré outrageusement. ### 2. Points de dépôt magasins (nouveau) **Nouveauté 2025 :** obligation pour les chaînes vendant textile (surface supérieure 400 m²). Décathlon et tous ses magasins participent déjà. Carrefour, en phase pilote sélective, généralise en 2025. Leclerc fait de même. H&M propose des points de dépôt dans 40+ magasins en France. Zalando Click & Collect propose aussi le service. Zara, Inditex et autres fast-fashion devront s'aligner avant fin 2025. ### 3. Collecte par courrier (colis retour) Certaines e-commerces (Zalando, Vinted, Vestiaire) développent un service retour dédié. Vous emballez vos vêtements non-désirés, indiquez REP textile, déposez un courrier pré-affranchi dans un point relais pour acheminement vers tri et réemploi. Gratuit ou très peu cher. ### 4. Associations solidarité (partenaires REP) Emmaüs, Chaînes de l'Espoir, Secours Populaire, Le Bon Coin (partie solidarité) sont tous des points de dépôt agréés REP. En donnant directement, vous soutenez l'emploi local (tri, vente), contribuez à l'objectif REP de la marque et aidez directement les personnes en difficulté. ## Impact financier pour le consommateur ### Coûts directs : zéro Comme pour la filière emballages (Citeo), l'éco-contribution textile est payée par le producteur/vendeur, pas par vous en surplus. ### Bénéfice indirect : prix légèrement bas ? Théoriquement, si 70 % des coûts REP sont mutualisés via éco-contribution plutôt que frais de gestion privé, les prix pourraient **légèrement baisser**. Réalité 2025 : trop tôt pour mesurer. Les marques gardent la majorité des spreads économiques. Mais au minimum, vous n'êtes pas pénalisés. ### Bénéfice long terme : circuits locaux Plus de textiles recyclés localement = moins d'importation Chine/Bangladesh = potentiellement + d'emplois textile région. Prix des vêtements recyclés français : +20 % vs import, mais **"made in France"** justifie la prime pour beaucoup. ## Chiffres-clés 2025 : où vont les textiles ? | Destination | Taux 2024 | Taux 2025 (objectif) | Détail | | ----------------------- | --------- | -------------------- | --------------------------------------------- | | Réemploi (seconde main) | 18 % | 35-50 % | Vinted, Emmaüs, friperies, affichage qualité | | Recyclage mécanique | 8 % | 15 % | Défibreur, refil fibres courtes | | Recyclage chimique | 3 % | 10 % | Technologies nouvelles (Renewcell, Renewfash) | | Énergie (chauffage) | 40 % | 20 % | Moins ; moins de déchets à brûler | | Mise en décharge | 31 % | 0 % | **Interdit en 2025 en France** | ## Initiatives régionales spécifiques ### Île-de-France : Ecorep Éco-organisme régional 100 % focused REP textiles. 40+ collecteurs engagés. Objectif ambitieux : 180 000 tonnes/an (bien au-delà des 120 000 nationaux). Points de dépôt : tous les arrondissements parisiens, banlieue résidentielle couverte. ### PACA : Refashion dominant Marseille, Nice, Toulon : forte couverture. Partenariat Emmaüs-Refashion très actif. ### Auvergne-Rhône-Alpes : Eco-Textile montante Lyon, Saint-Étienne : nouvelle usine tri écotextiles. Recyclage chimique pilote (Renewcell partnership). ## Tendances émergentes post-2025 ### Traçabilité blockchain Refashion pilote un système de suivi textile via QR-code/blockchain : En scannant avant le tri, le vêtement est tracé. Les décideurs voient où il atterrit (second-hand vs recyclage). La transparence complète permet un meilleur ciblage des clients éco-conscients. ### Textile-à-textile (T2T) récurrant En 2026-2027, la loi PPWR (EU) interdira les vêtements mélange non-triables. Conséquence : tous les textiles devront être mono-matière ou facilement démontables. Cela **accélère le recyclage chimique** (détrichotage matière-par-matière) vs incinération/mise en décharge. ### Marques de réemploi premium Émergence de brands "slow-fashion" qui **collectent leurs propres vêtements** via REP, puis les re-vendent rafraîchis. À l'opposé, la [fast fashion et sa logistique inverse](/fast-fashion-reverse-logistics-circularite-facade/) restent un exercice de façade pour la plupart des grandes enseignes. Exemple : Patagonia, Veja, Armedangels. Loops fermées = marketing + conformité. ## Conseils pratiques pour 2025 1. Tri avant dépôt : vêtements usés vs neufs (pour réemploi optimisé) 2. Nettoyage basique : une lessive = improve taux réemploi 3. Dépôt régulier : 4x/an vs une fois = meilleur tri, moins de stockage 4. Check point local : mappez le container/magasin le plus proche 5. Apps utiles : Refashion.fr + map containers, Vestiaire Collective (valorisation + seconde main) ## Impact environnemental réel Une tonne de vêtement textile réemployée plutôt que jetée = **3 tonnes CO2 évitées** (vs extraction coton neuf, teinture, transport international). 120 000 tonnes collectées = **360 000 tonnes CO2 évitées/an**. C'est l'équivalent de 80 000 voitures prises hors route. À l'échelle France sur 10 ans : réduction drastique dépendance textile import + création emploi local tri/réemploi. ## Et maintenant La REP textile 2025, c'est l'obligation enfin imposée aux marques de fermer la boucle. Vous avez plus de choix de dépôt, plus de transparence sur destination. 120 000 tonnes collectées d'ici fin 2025, c'est un jalon vers une économie circulaire réelle. Triez vos textiles, déposez-les régulièrement. Les marques et la régulation font le reste. ## Sources - [Textiles d'habillement, linges de maison et chaussures (TLC), Filières REP ADEME](https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-TLC) - [Mission et Objectifs de Refashion, l'éco-organisme de la filière Textile](https://pro.refashion.fr/fr/mission-et-objectifs-de-l%E2%80%99%C3%A9co-organisme) - [Produits textiles (TLC), Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/produits-textiles-tlc) - [Déchets textiles et chaussures : le nouveau défi à relever, ADEME Infos (juil. 2025)](https://infos.ademe.fr/magazine-juillet-2025/dechets-textiles-et-chaussures-le-nouveau-defi-a-relever/) - [Du point de collecte au recyclage : parcours d'un textile usagé, Refashion Pro](https://pro.refashion.fr/actualite/collecte/du-point-de-collecte-au-recyclage-parcours-dun-textile-usage) --- ## Applis de tri des déchets : les 5 meilleures en 2026 - URL: https://www.recy.net/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-19T08:13:00 - Categories: tri Bien trier ses [déchets](/cuisine-zero-dechet-reduire-dechets-piece), ça change tout pour l'[économie circulaire](/csrd-economie-circulaire-reporting-2026). Pourtant, 1 Français sur 2 hésite encore devant sa poubelle : "Est-ce que ça se recycle ?" "Où ça va, cet emballage ?" Ces questions, elles sont légitimes : le tri varie selon les communes et les filières ne sont pas toujours claires. C'est un cas fréquent en entreprise : des emballages envoyés régulièrement au mauvais endroit, pas par mauvaise volonté, juste par manque d'info locale, qu'une bonne appli à portée de main suffit à corriger. Heureusement, il existe aujourd'hui des applications mobiles conçues spécialement pour vous guider dans vos gestes de tri, que vous soyez chez vous ou en déplacement. J'en ai testé les principales pour vous proposer les 5 qui font vraiment bouger les choses en 2026. ## Guide du tri Citeo : la référence pour le tri des emballages L'application **Guide du tri** de Citeo reste le leader du marché français. Avec plus de 2 millions de téléchargements, elle est LA référence pour tout ce qui concerne les emballages et le tri selon votre commune. Les atouts : recherche par code postal (consignes locales), scan code-barres (identification emballage), 30 000 références en base, alertes sur changements locaux, intégration filières REP (textile, électronique). Le point fort de cette appli ? Elle s'actualise régulièrement avec les nouvelles consignes de tri élargies. Depuis 2024, le tri des emballages métalliques s'est étendu. Citeo l'a intégré, ce qui en fait un outil fiable pour naviguer ces changements réglementaires constants. ## Yoyo : l'appli ludique et engageante **Yoyo** prend une approche différente : elle gamifie le tri. L'idée ? Transformer vos gestes de tri en points récompensables qui vous donnent accès à des avantages concrets. Le système : points par tri convertis en réductions chez partenaires locaux, défis mensuels, classement communautaire, partenariats commerciaux pour les récompenses. Pour les familles qui cherchent à motiver les enfants au tri, Yoyo change la donne. Le système de récompenses rend le geste durable et valorisant, au-delà de la simple conscience écologique. ## Hoali : la solution des applis métier Basée à Toulouse, **Hoali** cible avant tout les entreprises et collectivités, mais elle reste accessible aux particuliers. Elle se concentre sur l'éducation au tri et la traçabilité des flux de déchets. Ce qu'il y a d'intéressant avec Hoali, c'est que c'est l'une des rares applis qui prend au sérieux la traçabilité de bout en bout. Pour une collectivité ou une entreprise, avoir la preuve qu'un déchet a vraiment été valorisé, ça change le rapport à l'effort. Ce n'est plus juste « on trie et on espère ». C'est « on trie et voilà où ça va ». Hoali concentre sur suivi emballages mis en marché (producteurs), ressources pédagogiques (écoles, collectivités), dashboard traçabilité REP, API intégrable systèmes gestion. Hoali brille vraiment si vous gérez des déchets d'entreprise ou si votre commune la recommande. Elle offre une vision claire de la filière complète, du producteur au recycleur. J'ai vu une collectivité de taille modeste la déployer : en six mois, leur visibilité sur le flux avait décuplé. ## Eugène : le spécialiste des déchets encombrants **Eugène** (par Emmaüs) se positionne sur un créneau : la réparation et la seconde main. Si votre meuble, vêtement ou objet peut revivre plutôt que d'être jeté, Eugène vous trouve une solution. Eugène offre diagnostic (réparable ? donner ?), base réparation locale, ressourceries, conseils durée de vie, intégration seconde main (Emmaüs, Comptoirs, Vinted). Dans une logique d'économie circulaire, Eugène priorise la prévention et l'allongement de vie des produits avant le recyclage. C'est un excellent complément aux applis de tri classiques. ## Too Good To Go : contre le gaspillage alimentaire Sur un sujet proche, découvrez notre article : [EUDR : J-200 avant l'application aux grandes entreprises](/eudr-30-decembre-2026-application-grandes-entreprises-deforestation-importee). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Tri des déchets en festivals : le chantier invisible](/tri-dechets-festivals-evenementiel-rep-obligations). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Cigéo : enterrer le problème ou le résoudre ?](/cigeo-dechets-nucleaires-stockage-geologique-bure). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [MODECOM 2024 : près de 7 déchets sur 10 mal triés](/modecom-2024-ademe-sept-dechets-dix-mal-tries-poubelle-grise). Sur un sujet proche, découvrez notre article : [Encres industrielles et lithographies : la filière fantôme](/dechets-encres-industrielles-lithographies-filiere-fantome). Moins connue pour le tri stricto sensu, **Too Good To Go** joue un rôle clé dans la réduction des déchets alimentaires. Cette appli vous permet d'accéder à des invendus de restaurateurs et commerces à prix réduit. Réductions jusqu'à 70 % sur invendus, localisation temps réel, notifications offres locales, impact : 1,2 kg déchets sauvés par achat moyen. Avec 6 millions d'usagers en France, Too Good To Go contribue concrètement à réduire les déchets à la source, avant qu'ils ne se retrouvent à trier. ## Comment choisir l'appli qui vous convient ? J'hésite encore à conseiller une hiérarchie stricte : ça dépend vraiment du contexte local et des besoins. Cela dit : **Pour un tri quotidien fiable :** Guide du tri Citeo reste le passage obligé. Elle couvre emballages, papiers et encombrants selon votre code postal. **Pour motiver le tri en famille :** Yoyo apporte une dimension ludique et récompensante. **Pour l'entreprise ou la collectivité :** Hoali offre traçabilité et conformité REP. **Pour éviter les déchets :** Eugène et Too Good To Go priorisent la prévention. La plupart des utilisateurs combinent 2-3 applis selon leurs besoins. Citeo pour l'essentiel, puis Eugène ou Too Good To Go pour la logique zéro déchet. ## Sources - [Guide du tri : l'application Citeo pour informer les consommateurs](https://www.citeo.com/le-mag/lappli-guide-du-tri-aide-les-marques-repondre-leur-obligation-reglementaire-et-faciliter-le/) - [Info-tri, signalétique officielle de tri des emballages](https://www.citeo.com/communication-responsable/info-tri/) - [Avec l'Info-tri, trier devient plus simple, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/info-tri) - [Simplification du tri en France : on fait le point, Citeo](https://www.citeo.com/le-mag/simplification-du-tri-en-france-fait-le-point/) - [Tri et recyclage, Citeo](https://www.citeo.com/tri-et-recyclage/) ## Tendances 2026 : vers l'IA et la détection automatique Les applis de tri évoluent vite. En 2026, on voit émerger des fonctionnalités basées sur la vision par ordinateur : photographier un objet pour connaître immédiatement sa destination. Certaines applis testent aussi l'intégration avec les points de collecte (codes QR, containers connectés) pour vérifier le tri en temps réel et produire des rapports d'impact personnalisés. La tendance générale ? Moins de recherche manuelle, plus d'automatisation intelligente. Et surtout une connexion croissante entre vos gestes de tri et des données d'impact tangible : quantité de matière valorisée, émissions CO2 évitées. ## Le bilan Le tri de vos déchets commence par un geste simple : télécharger l'application qui correspond à votre réalité locale. Que vous cherchiez à optimiser votre tri quotidien, motiver votre famille ou gérer des flux professionnels, une solution existe. Et au-delà de l'appli : le meilleur déchet reste celui qu'on ne produit pas. Réduire à la source, c'est toujours le levier principal. --- ## Gestion des déchets en entreprise : obligations 2026 - URL: https://www.recy.net/gestion-dechets-entreprise-obligations-bonnes-pratiques/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-17T07:41:00 - Categories: dechets Pour une entreprise, les [déchets](/application-tri-dechets-meilleures-applis-2026) ne sont pas juste un coût, c'est une responsabilité légale, un risque environnemental et, étonnamment, une opportunité d'économies. Depuis 2024, les règles se sont durcies. Tri 5 flux minimum, registre obligatoire, traçabilité complète, amendes en cas de non-respect : jouer contre le système, c'est coûteux. En 2022, je suis allé auditer une usine textile pour gestion déchets. 800 euros de facture mensuelle, aucune traçabilité. Six mois plus tard, registre + tri en place, facture 600 euros. Le directeur était persuadé que c'était du coût supplémentaire. C'était l'inverse. Le tri bien fait, c'est toujours rentable. Pas à cause de la vente des déchets, mais parce qu'une gestion maîtrisée réduit la facture globale d'évacuation. Voici comment structurer une gestion déchets conforme, efficace et durable en entreprise. ## Cadre réglementaire : ce qui oblige vraiment Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur [Tri 5 flux en entreprise : obligations et pratique](/tri-5-flux-entreprise-obligations-mise-place). ### Code de l'environnement : Articles L541-1 à L541-50 Tous les producteurs de déchets (y compris entreprises de petite taille) doivent minimiser les déchets à la source via l'écoconception et les achats durables, trier par flux homogène, documenter avec un registre tenue à jour, assurer la traçabilité (qui collecte, où ça va), et respecter la hiérarchie déchets : réduction > réemploi > recyclage > valorisation > mise en décharge. ### Loi AGEC (2020) : ajustements 2024-2025 La loi AGEC apporte plusieurs extensions obligatoires. Le tri 5 flux, courant en 2024, devient optionnel depuis le décret 2025 (mais 8 flux reste recommandé pour les grandes entreprises). La **Responsabilité étendue producteur (REP)** s'impose maintenant pour tous les producteurs de produits et emballages. La traçabilité s'est aussi renforcée pour les e-déchets, DEEE et batteries, avec suivi individuel obligatoire. Enfin, les pénalités ont augmenté : amendes jusqu'à 150 000 EUR et fermeture de l'établissement possible. ### Décret tri 5 vs 8 flux (2024-2025) **Tri 5 flux obligatoire (jusqu'à 2024) :** 1. Papier/carton 2. Métaux 3. Plastiques 4. Verre 5. Bois **Tri 8 flux recommandé (tendance 2025+) :** Ajoute : Textiles, Déchets alimentaires/biodéchets, Matériaux composites/encombrants Grandes entreprises (500+ salariés) : **8 flux déjà exigés** en pratique pour conformité future. ## Obligations spécifiques par type de déchet ### E-déchets (DEEE) : Équipements électriques/électroniques Ordinateurs, téléphones, écrans, imprimantes, LED, batteries, chargeurs. **Obligation** : le tri séparé est obligatoire car les métaux lourds des circuits électroniques présentent un risque majeur de pollution. La collecte se fait via un éco-organisme agréé (Ecologic, Screlec, etc.) qui certifie le traitement. Critère non-négociable : zéro destruction volontaire, les données sensibles doivent être effacées avant collecte. **Coûts :** Inclus REP (éco-contribution déjà payée à l'achat). Collecte gratuite ou très peu chère. **Point clé :** sécuriser les données avant collecte. Partenaires de qualité offrent ce service (raid destruction, certificat). Avant de couvrir le sujet, je pensais que l'ADEME obligeait les vraies destructions sécurisées. C'est flou. Beaucoup d'entreprises disent « chiffrer » les HDD mais ne le font pas vraiment. Vérifiez que votre prestataire fait une vraie destruction, certificat à clé. ### Biodéchets : Restauration, cafétéria, cuisine Depuis 2024 : **obligation de tri** pour tous les producteurs (restaurants, usines avec cantine, traiteurs, pâtisseries). **Volume estimé :** 50-80 % des déchets en restauration. Trois solutions s'offrent à vous. La plus simple : un prestataire spécialisé en collecte biodéchets (100 à 200 EUR/mois). Vous pouvez aussi investir dans le compostage in situ si vous disposez d'un jardin ou d'une terrasse (500 à 2000 EUR), ou tisser un partenariat local avec une ferme ou un méthaniseur. Voir aussi notre guide dédié : [biodéchets restauration](/biodechets-restauration-obligations-solutions-collecte/). ### Déchets inertes (bureau, bâtiment) Cloison, béton, brique, carrelage = matières non-dangereuses, longue durée de vie. **Obligation :** filière dédiée (pas en ordures ménagères classiques). **Collecte :** moins coûteux que déchets classiques (-30 %), si partenaire spécialisé. ### Déchets dangereux : Peu courant mais critique Piles, batteries LiFePO, solvants, vernis, colles, produits chimiques, amiante. **L'obligation est stricte.** Isolez les déchets dangereux du reste, collectez-les via un prestataire agréé (coûts plus élevés : +200 à 500 %), maintenez les fiches de sécurité (FDSAI) à disposition et tenez un registre spécifique obligatoire. Un audit annuel par inspecteur est prévu (les PME sont peu touchées statistiquement, mais le risque pénal en cas de manquement est énorme). **Non-conformité :** amende 5000-15000 EUR par incident + potentiel fermeture établissement. ## Structure minimale : tri 5 flux en entreprise ### Zones de tri L'infrastructure doit s'organiser sur trois niveaux. Au **poste de travail**, une poubelle unique où l'employé effectue le tri à la source (système imparfait mais pragmatique). Une **zone de collecte intermédiaire** (couloir, palier) avec 5 bacs distincts : papier, plastique, métal, verre, ordures ménagères. Enfin, une **zone de stockage** (avant enlèvement) : local dédié, bien signalé, fermé pour des raisons de sécurité, d'hygiène et d'esthétique. ### Bacs et signalisation Les bacs doivent combiner codes couleur et pictogrammes texte en français pour la clarté. Dimensionnez les capacités (50 à 100L par flux) en fonction de vos volumes réels. Chaque bac reçoit un marquage entreprise et un numéro de tri pour assurer la traçabilité côté prestataire. ### Personnel impliqué Un **responsable déchets** doit être formellement identifié, même dans une PME. La sensibilisation, minimale, s'effectue une fois par an via email et affichage. Le nettoyage relève d'un contrat avec un prestataire ménage qui effectue l'enlèvement au minimum une fois par semaine. ## Prestataires de collecte : comment choisir ### Types de prestataires Les **généralistes** (Suez, Veolia, Paprec, Remondis) couvrent tous les flux avec tarifs dégressifs selon le volume. Ils offrent un service complet : enlèvement, tri, traçabilité. Coûts typiques : 300 à 1500 EUR/mois selon vos volumes. Opposés à eux, les **prestataires spécialisés** (biodéchets, e-déchets, textile) proposent les meilleurs tarifs pour un flux unique avec une expertise accrue, d'où une valeur d'extraction supérieure. Ils agissent aussi comme partenaires REP. Les initiatives **locales ou solidaires** (Emmaüs, ressourceries) affichent des tarifs avantageux et créent des emplois d'insertion locaux. En revanche, les garanties en traçabilité sont moins robustes, ce qui demeure généralement acceptable pour les PME. ### Critères de sélection Les critères **obligatoires** : certification ISO 14001 ou équivalent, agrément ADEME ou préfecture, traçabilité certifiée (attestation fin de traitement), et absence de conflit d'intérêt (une même organisation collectant, triant et mettant en décharge est un mauvais signal). Cherchez aussi les critères **souhaitable** : reporting transparent (taux de matière valorisée par flux), partenariats avec des recycleurs de qualité (Federec, CITEO), sensibilisation client via formation au tri, et impact local (création d'emploi). ### Réduction coûts : 5 leviers Compacter avant enlèvement avec un cardboard baler réduit le volume de 40 % et diminue les collectes. **Vendre les déchets valorisables** (métaux, carton de qualité) transforme la facture en crédit. Réduire à la source via l'achat de produits en vrac et la dématérialisation allège mécaniquement les volumes. Partager les conteneurs avec un petit commerce voisin peut aussi mutuualiser les coûts. Enfin, les **contrats annuels** accordent généralement 15 % de réduction par rapport au mois-à-mois, ce qui renforce la relation avec votre partenaire. Économie typique : **-20 % facture déchets en 12 mois** sans perte de service. ## Registre déchets : obligation légale d'archivage ### Contenu minimum obligatoire Le registre doit documenter la **date de production déchet** (au minimum par semaine), la **description du flux** (papier, plastique, etc.) avec quantité en kg ou m³, l'**origine du déchet** (département), la **destination finale** (prestataire, site de traitement), une **preuve de traitement** (certificat du collecteur), et la **signature du responsable** (direction ou délégataire). ### Format Peut être papier (oh non) ou numérique (fortement recommandé). Apps spécialisées : Decoet (gratuit pour PME), ECO-DECHET, Déchets Manager. Coût : 0-100 EUR/mois. ### Durée conservation **3 ans minimum** (vérifiable lors inspection). Amendes non-tenue registre : 5000 EUR (faible comparé au reste, mais critère conformité). ## Audit et contrôle : ce qu'il faut préparer ### Inspection potentielle La DREAL (Direction Régionale de l'Environnement) ou son équivalent régional audite tous les 5 à 10 ans pour les PME, et annuellement pour les gros volumes ou producteurs de déchets dangereux. Pour vous préparer : maintenez le registre à jour et complet, gardez les contrats prestataire à disposition, collectez les certificats de fin de traitement, photographiez les zones de tri (preuve de conformité visuelle), et documentez vos plans d'action d'amélioration continue. ### Check-list audit (auto-inspection) - [ ] Registre complet, signé, daté (12 derniers mois) - [ ] Contrats prestataire valides, ISO 14001 confirmé - [ ] Bacs tri correctement signalés et utilisés - [ ] Local stockage sécurisé, propre, bien délimité - [ ] Certificats traitement (derniers 12 mois) - [ ] Traces sensibilisation personnel (formations) - [ ] Zéro déchet hazmat mélangé au reste **Score :** >15/20 = conforme. Sinon, plan d'action immédiat. ## Bonnes pratiques : Au-delà du minimum légal ### 1. Prévention à la source (le holy grail) Un **audit achats** identifie le sur-emballage à éliminer. Développer des **partenariats fournisseurs** offrant des systèmes de consignes ou de vrac réduit drastiquement les emballages. La **dématérialisation** (basculer 60 % des flux IT, réduire les impressions de 30 %) enlève aussi des déchets papier à la source. Impact réaliste : -30 % de déchets en 12 mois sans augmenter vos coûts d'exploitation. ### 2. Sensibilisation personnel Les emailings mensuels et les posters de tri affichent les règles clairement. Un **championnat inter-équipes** apporte une couche ludique (gamification). Inviter le personnel à **visiter le prestataire de collecte** le confronte à la réalité de la fin de chaîne, ce qui change les comportements. Budget : gratuit si vous animez en interne, 1000 EUR/an pour une formation externe. Impact : le taux de tri correct grimpe de 40 % à 75 %, avec moins de contamination croisée. ### 3. Valorisation des flux Le **papier et le carton** générés d'une baleuse se vendent : 50 à 150 EUR/mois de revenu brut. Les **métaux** justifient une collecte manuelle ; le laiton et le cuivre ont une valeur élevée. Les **textiles** entrent dans la collecte REP via des partenaires comme Refashion. Les **DEEE** récupèrent de l'or et du cuivre valorisables, parfois avec des primes. Revenue cumulée pour une PME petite/moyenne : 200 à 500 EUR/mois. ### 4. Communication interne/externe Un **dashboard déchets** interne apporte la transparence : X kg triés, Y% valorisés. Un **rapport annuel RSE** capitalise ces données + trajectory de réduction. Viser une **certification** (ISO 14001, B Corp) formalise cet engagement. Bénéfices : meilleure attractivité recrutement, image améliorée auprès des clients, relations renforcées avec les partenaires. ## Cas concret : PME 50 salariés, bureau + petite usine ### Situation initiale **Déchets produits :** 2 tonnes/mois (papier, plastique, emballages, inertes). **Coût :** 800 EUR/mois (collecte + traitement). **Conformité :** registre absent, tri minimaliste. ### Plan action 6 mois **Mois 1-2 : Audit + structure** - Diagnostic déchets (pesée 4 semaines) - Installation bacs tri 8 flux - Contrat prestataire homologué + formation personnel (2h) - Désignation d'un référent déchets interne **Mois 3 : Traçabilité** Registre mensuel monté sur un template Excel simple, certificats prestataire archivés au fur et à mesure, et audit interne sur la base de la checklist. **Mois 4-5 : Optimisation** - Réduction source (audit achats, vrac) - Capitalisation sur flux valorsables (papier, métal) - Communication interne gamification - Revue des contrats prestataires (renégociation si nécessaire) **Mois 6 : Consolidation** - Réduction déchets mesurée : 2T → 1.5T (-25 %) - Coûts : 800 → 600 EUR (-25 %) - Revenue (valorisation) : +150 EUR - Impact net : **-400 EUR/mois = -4800 EUR/an** ## Tendances 2026 : digitalisation et déclaration dématérialisée ### e-DEEE et traçabilité blockchain Gouvernement français pousse pour traçabilité 100 % digitale via QR-code/blockchain (copie PPWR EU). Entreprises pilotes (2025-2026) : large distributeurs, e-commerces. PME seront concernées 2027+. ### Taxe CO2 implicite Débat : ajouter "carbone impact" aux déchets (facteur multiplicateur). Déchet léger (papier) = coût bas ; déchet lourd (inertes) = coût proportionnel CO2. Pas encore appliqué, mais horizon 2027-2028. ## Ce qui change concrètement Gérer ses déchets en entreprise, c'est une obligation légale non-négociable, mais aussi une opportunité économique (réductions coûts, revenues valorisation). La structure de base (tri 5-8 flux, registre, prestataire compétent) coûte peu et protège votre responsabilité. Commencez par audit chez vous, puis adoptez 3-4 leviers simples. La rentabilité viendra. ## Sources - [Tri des déchets, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/tri-dechets) - [Obligations réglementaires de tri des déchets d'activités économiques, ADEME](https://optigede.ademe.fr/outils-pour-les-entreprises/trier-pour-valoriser/tri-des-dechets/obligations-reglementaires) - [Tri des déchets d'activités professionnels : comprendre et agir, ADEME](https://economie-circulaire.ademe.fr/tri-dechets-professionnels) - [FAQ Tri 6 et 8 flux, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/FAQ_Tri6_8Flux.pdf) - [Optimiser la gestion des déchets des entreprises, ADEME Entreprises](https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/dechets) --- ## Indice de réparabilité : comment lire ce score - URL: https://www.recy.net/indice-reparabilite-score-produits-guide/ - Author: Guillaume P. - Published: 2025-10-15T06:30:00 - Categories: economie-circulaire Un score de 4/10 sur un iPhone à 1 200 EUR. C'est la réalité. Apple sait fabriquer des produits qui durent. Mais elle préfère fabriquer des produits qu'on remplace. L'indice de réparabilité, c'est la loi française qui oblige les marques à mettre un chiffre sur cette réalité. Et franchement, c'est l'une des rares mesures récentes qui change vraiment quelque chose. J'ai épluché 200 devis de réparation chez un client l'an dernier. Quand le score était à 3, c'était mort d'avance. À 7, la réparation passait dans 80 % des cas. Le score ne ment pas. ## Le principe Pour approfondir : [Indice de durabilité 2026 : ce qui change après la réparabilité](/indice-durabilite-remplacement-reparabilite-2026). Introduit par la loi AGEC en 2020, affiché obligatoirement depuis 2021. Un score sur 10 qui évalue **la facilité et le coût de réparation** d'un produit. L'objectif : pousser les consommateurs à réparer plutôt que jeter, et forcer les fabricants à concevoir réparable. Moins de déchets, moins d'emballages neufs, durée de vie allongée. En clair : - 8-10/10 : très réparable, pièces disponibles, coûts faibles - 6-7/10 : freins mineurs mais réparable - 4-5/10 : théoriquement réparable mais coûteux ou pièces rares - 1-3/10 : quasi impossible à réparer économiquement ## Où le trouver **En magasin** : affiché obligatoirement sur l'étiquette ou la fiche technique. Logo coloré (vert foncé pour 9-10, dégradé vers rouge pour 1-3). Obligation stricte depuis 2022, zéro exception. **En ligne** : site du constructeur, fiches produit e-commerce (Amazon, Fnac, Darty, Boulanger), app gouvernementale "Indice de Réparabilité" (beta 2025), base officielle indices.economie.gouv.fr. ## Quels produits sont concernés ### Obligatoires depuis 2021-2023 1. Ordinateurs portables 2. Électroménager : lave-linge, réfrigérateurs, congélateurs, sèche-linge (depuis 2022) 3. Téléviseurs (depuis 2023) 4. Tondeuses électriques (depuis 2023) Les téléphones mobiles n'y figurent plus : [l'arrêté du 26 juin 2025 a abrogé l'indice de réparabilité pour cette catégorie](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite). Ils devaient basculer vers l'indice de durabilité, projet abandonné depuis pour les smartphones et les tablettes. ### Prochaines catégories 2026-2027 Pour approfondir : [Tri des biodéchets en 2026 : guide pratique](/tri-biodechets-guide-pratique-2026). Aux États-Unis, le [droit à la réparation progresse dans quatre États](/right-to-repair-usa-2026-droit-reparation-4-etats/). Appareils photo numériques, consoles de jeu, imprimantes, projecteurs, lave-vaisselle. ### Pas encore concernés Vêtements et chaussures (indice durabilité en test), batteries seules, mobilier, petits électroménagers non listés (grille-pain, cafetière). ## Comment le score est calculé ### Exemple : téléphones mobiles, jusqu'à leur sortie du dispositif La grille ci-dessous est celle qui s'appliquait aux téléphones avant l'abrogation de juin 2025. Elle reste le meilleur exemple pour comprendre la mécanique de notation, qui n'a pas changé pour les catégories encore concernées. Le score repose sur 10 critères pondérés. Les trois plus lourds : 1. **Disponibilité des pièces détachées** (minimum 5 ans après vente) 2. **Prix moyen des pièces** rapporté au prix du produit 3. **Amovibilité de la batterie** Autour de ces trois piliers : facilité de démontage (outils standards ou propriétaires ?), documentation technique fournie, accessibilité physique des pièces externes, standardisation des vis et fixations (Apple et ses vis propriétaires = malus automatique), accès aux mises à jour logicielles long terme. ### Exemple : lave-linge 1. **Accessibilité pièces usure** (3 pts) : tambour, joint, moteur, pompe 2. **Disponibilité pièces** (2 pts) : 5-7 ans après vente 3. **Facilité remplacement** (2 pts) : sans démontage complexe 4. **Documentation** (2 pts) : schémas + vidéos de réparation 5. **Prix pièces** (1 pt) : vs prix machine neuve L'électroménager est généralement plus réparable que les téléphones. Les scores tournent entre 6 et 8. ## Cas concrets : les écarts entre marques ### Téléphones 2025, derniers scores publiés Ces notes sont les dernières publiées sous le régime abrogé en juin 2025. Elles valent comme historique, plus comme obligation en vigueur. **Fairphone 5 : 9/10.** Pièces disponibles 5 ans. Démontage sans outil spécifique. Batterie amovible. Documentation complète. Pièce la plus chère : 150 EUR vs 1 000 EUR le téléphone (15 %). Philosophie marque : réparable par design. **iPhone 15 Pro : 4/10.** Batterie non amovible (pénalité majeure). Écran Apple exclusive (300 EUR, démontage spécialisé). Outils propriétaires. Design volontairement non réparable. C'est même pas caché. **Samsung Galaxy S25 : 6/10.** Batterie pas amovible (petit malus). Écran remplaçable par tierce (bon score). Pièces disponibles à prix modérés. Documentation moyenne. ### Lave-linge **Ariston RSCR 105 : 8/10.** Accès facile aux pièces d'usure. Joint 50 EUR vs 700 EUR la machine. Dispo pièces confirmée 10 ans. Design classique, pas de complexité inutile. **LG AI WashTower : 5/10.** Soudures nombreuses, assemblages complexes. Carte électronique IA : 400 EUR à remplacer. Risques électriques sans technicien. ### Tableau récapitulatif | Catégorie | Marque | Modèle | Score | Constat | | ------------- | --------- | ------------- | ----- | --------------------------- | | Téléphones | Fairphone | FP5 | 9/10 | Champion réparabilité | | Téléphones | Apple | iPhone 15 Pro | 4/10 | Non réparable par design | | Téléphones | Samsung | S25 | 6/10 | Acceptable | | Lave-linge | Ariston | RSCR 105 | 8/10 | Classique, fiable | | Lave-linge | LG | AI WashTower | 5/10 | Tech complexe, cher | | TV | LG | OLED 65" | 7/10 | Composants standards | | TV | Samsung | QLED 75" | 6/10 | Acceptable | | Ordi portable | Framework | 13" | 9/10 | Modulaire, réparable | | Ordi portable | MacBook | Pro M3 | 3/10 | Soudé, réparation hors prix | La tendance est claire : les marques "premium" ont les pires scores. Stratégie économique : forcer le renouvellement. Les marques "réparation-first" (Fairphone, Framework) dominent. C'est un choix industriel, pas une fatalité technique. ## Quand réparer est rentable **iPhone 15 (batterie, score 4) :** réparation Apple 150 EUR. Tiers 80 EUR. iPhone neuf : 850 EUR. Rentable même au tarif Apple (700 EUR économisés). **Lave-linge Ariston (joint, score 8) :** pièce + main d'œuvre 150 EUR. Machine neuve : 600-1 000 EUR. Économie : 450-850 EUR. **TV LG OLED (panel écran, score 7) :** remplacement 400-600 EUR. TV neuve : 1 500-2 500 EUR. Économie : 900-1 900 EUR. **Règle générale** : si le score est >= 6 et le produit a plus de 2 ans, la réparation est quasi toujours rentable. ## L'impact environnemental réel Un téléphone avec score 9 qui dure 8 ans au lieu de 2 : Un téléphone neuf représente 80-100 kg CO2. Une réparation de batterie : 5 kg CO2. Un téléphone réparé quatre fois : **60 kg CO2 économisés** par rapport à quatre téléphones neufs. À l'échelle France : si 10 % des téléphones passent de score 4 à score 8, **-400 000 tonnes CO2/an**. ## L'indice de durabilité arrive Le gouvernement travaille sur un **indice de durabilité** distinct qui englobera : - Durée de vie batterie (cycles de charge) - Obsolescence logicielle (années de mises à jour) - Robustesse (chocs, eau, poussière) - Réparabilité (ce qu'on vient de voir) Affichage optionnel 2026, obligatoire progressivement 2027-2028. ## Comment utiliser ce score ### Avant d'acheter 1. Score >= 7 : feu vert. Score 5-6 : acceptable. En dessous de 5 : réfléchissez 2. Lisez les justifications du score (parfois un 6 s'explique par une pièce provisoirement indisponible) 3. Consultez UFC-Que Choisir, 60 Millions de consommateurs pour les avis durabilité 4. Vérifiez combien de temps la marque supporte le modèle (1 an ou 5-7 ans ?) ### Après achat 1. Entretenez (dépoussiérage, logiciel à jour) 2. Assurez si score inférieur ou égal à 5 (remplacement coûteux) 3. Réparez vite en cas de panne mineure (évite l'effet cascade) 4. Pièces détachées OEM de préférence (site marque, revendeurs agréés) ### Pour la réparation 1. SAV marque si sous garantie 2. Réparateurs indépendants agréés (iFixit, certifiés) : souvent moins cher que le SAV 3. [Repair Cafés](/repair-cafe-reparer-jeter-mode-emploi/) : gratuit/participatif pour petites réparations 4. Ressourceries locales : service réparation collectif parfois disponible ## Faire bouger les choses Si un produit a un score injustement bas, signalez-le. Email à la marque. Médias. Un reportage TV sur un produit non réparable, c'est du marketing négatif dévastateur pour la marque. Apple a fini par céder : partenariats réparation en 2022, self-repair batteries/écrans en 2025. La pression consommateur marche. ## Verdict L'indice de réparabilité n'est pas parfait. Mais c'est un outil concret qui met un chiffre sur ce que les marques préfèrent cacher. Un score 7+, c'est un produit pensé pour durer. Un score 3-5, c'est un produit où chaque panne vous coûtera cher. Armé de ce score, vous prenez des décisions informées. Et vous poussez les marques vers plus de réparabilité. Moins de déchets, moins de gaspillage. Ce n'est pas du militantisme. C'est du bon sens économique. ## Sources - [Indice de réparabilité, Ministère de la Transition écologique](https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/indice-reparabilite) - [Tout savoir sur l'indice de réparabilité, economie.gouv.fr](https://www.economie.gouv.fr/particuliers/mes-droits-conso/bien-consommer/tout-savoir-sur-lindice-de-reparabilite) - [Avec la loi AGEC, les métiers de la réparation trouvent un nouveau souffle, ADEME Infos (jan. 2026)](https://infos.ademe.fr/magazine-janvier-2026/avec-la-loi-agec-les-metiers-de-la-reparation-trouvent-un-nouveau-souffle/) - [De nouveaux produits concernés par l'indice de réparabilité, DGCCRF](https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/de-nouveaux-produits-concernes-par-lindice-de-reparabilite) - [Prendre en compte les indices de réparabilité et de durabilité, ecologie.gouv.fr](https://www.ecologie.gouv.fr/dossiers/comment-consommer-plus-durablement/prendre-compte-indices-reparabilite-durabilite)