Aller au contenu

Emballages tech : qui fait vraiment de l'éco-conception ?

Par Guillaume P.

6 min de lecture
Lien copié dans le presse-papiers
Guillaume P.

La semaine dernière, j''ai ouvert le carton d''un Fairphone 5 commandé pour un client. Boîte en carton recyclé, calage en PaperFoam (amidon, fibres, eau), zéro plastique, encre végétale. J''ai posé le tout sur mon bureau, à côté du coffret d''un iPhone 16 Pro reçu le même jour. Philosophies d''emballage opposées, échelles de production incomparables. J''ai voulu savoir lequel tenait la route une fois qu''on gratte le vernis.

Apple : la machine à com zéro plastique#

Apple a annoncé fin 2024 avoir éliminé le plastique de 100 % de ses emballages. La boîte de l''iPhone 16 est 100 % fibre, y compris les films de protection et les languettes d''ouverture. Le communiqué officiel parle de "fiber-based packaging" et met en avant une réduction de 75 % du plastique d''emballage depuis 2015. Les chiffres sont dans l''Environmental Progress Report 2025.

En pratique, c''est du boulot. Apple a développé des fibres moulées sur mesure pour remplacer les coques plastiques qui maintenaient les accessoires. Le câble USB-C tient dans un logement en pulpe moulée. L''autocollant Apple est en papier. Même le film qui entoure la boîte, autrefois en polyéthylène, est passé en cellulose.

Le problème, c''est ce que la boîte ne dit pas.

D''abord, la taille. Apple a réduit ses emballages au point de supprimer le chargeur de la boîte depuis l''iPhone 12. Résultat : boîte plus petite, moins de matière, plus de palettes par conteneur. Gain logistique réel. Mais le chargeur, lui, est vendu séparément, dans son propre emballage. Le bilan global n''est pas aussi net que le communiqué le laisse croire quand on additionne les deux boîtes.

Ensuite, le volume. Apple vend environ 230 millions d''iPhone par an. Même avec un emballage exemplaire par unité, 230 millions de boîtes en fibre, ça reste 230 millions de boîtes. J''accompagne des PME sur la réduction de déchets depuis cinq ans, et la première question que je pose est toujours la même : "Avez-vous besoin de produire autant ?" Chez Apple, la réponse est dans le cours de bourse, pas dans le bilan carbone.

Un parallèle qui me revient souvent. On félicite les pétroliers quand ils plantent des arbres. On félicite Apple quand ses boîtes sont en carton. Dans les deux cas, personne ne questionne le volume de production. L''écoconception commence par la question "faut-il produire ce produit ?", pas par "dans quoi on l''emballe ?".

Fairphone : petit volume, vraie cohérence#

Fairphone joue dans une catégorie différente. On parle de quelques centaines de milliers d''unités par an, pas de centaines de millions. Ça change tout.

L''emballage du Fairphone 5 utilise du PaperFoam pour le calage intérieur : un matériau fabriqué à partir d''amidon de pomme de terre, de fibres naturelles et d''eau. Biodégradable, compostable industriellement, recyclable dans la filière papier-carton. La boîte extérieure est en carton recyclé certifié FSC, imprimée à l''encre végétale. Zéro plastique, là aussi.

Chez Fairphone, l''emballage est cohérent avec le produit. Un téléphone modulaire, réparable, conçu pour durer cinq ans minimum, dans une boîte qu''on peut réutiliser pour renvoyer un ancien appareil au programme de recyclage. Le packaging fait partie du cycle de vie du produit, pas juste de l''expérience de déballage.

Fairphone peut se permettre cette approche parce que ses volumes sont faibles. PaperFoam fonctionne à l''échelle de Fairphone. À l''échelle d''Apple, le dimensionnement industriel de la chaîne d''approvisionnement en PaperFoam n''existe tout simplement pas. C''est une limite structurelle, pas un choix.

Samsung : le géant qui rattrape (doucement)#

Samsung a annoncé en 2022 le remplacement des plateaux plastiques par de la pulpe moulée pour ses gammes Galaxy. La finition brillante des chargeurs a été remplacée par du mat pour supprimer les films de protection. Les sacs plastiques autour des accessoires ont cédé leur place à des pochettes en papier.

En 2025, Samsung revendique avoir réduit le plastique de 96,6 % dans ses emballages mobiles phares. Le Galaxy S25 Ultra est livré dans un packaging quasi intégralement en papier, similaire dans l''approche à ce que fait Apple.

Reste que Samsung produit encore plus de smartphones qu''Apple. Et que la gamme est plus large : entrée de gamme, milieu de gamme, montres, écouteurs, tablettes. Tout n''est pas au même niveau. Les Galaxy A d''entrée de gamme utilisent encore des emballages avec composants plastiques dans certains marchés. L''effort est réel sur le haut de gamme. Le reste suit, mais lentement.

Le vrai sujet : le PPWR#

Le règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) entre en application en 2026 au niveau européen. Les premières obligations concrètes arrivent : taux minimum de matière recyclée dans les emballages, interdiction progressive de certains emballages à usage unique, objectifs de réemploi par secteur.

Concrètement, ce ne sont plus les marques qui décident de faire un geste. C''est la loi qui impose des seuils. Et c''est là que ça se complique pour tout le monde, parce que le passeport numérique des produits va rendre traçable chaque composant d''emballage. Plus moyen de se cacher derrière un communiqué de presse.

Honnêtement, je m''attendais à une version molle de la directive existante. En pratique, les seuils sont contraignants et les sanctions financières prévues sont dissuasives. Les fabricants de tech qui n''ont pas anticipé vont avoir des surprises désagréables.

Le verdict#

Apple fait du bon travail sur l''emballage unitaire. Mais l''éco-conception d''emballage chez Apple, c''est optimiser la boîte d''un produit dont le modèle repose sur le renouvellement permanent. Nécessaire, insuffisant.

Fairphone est le seul acteur qui aligne produit, emballage et modèle économique. Mais à une échelle qui ne change rien au marché global.

Samsung suit le mouvement, poussé par Apple en haut de gamme et par le PPWR en réglementation. Le résultat est inégal.

La réalité du terrain : tant que l''indice de durabilité ne pèsera pas autant que le design dans la décision d''achat, et tant que le reconditionnement restera un marché de niche en France, l''emballage restera un pansement sur une fracture ouverte. Un pansement.

Sources#

Lien copié dans le presse-papiers

À lire aussi