Corepile a cessé d'exister le 31 juillet 2025. Vingt-six ans d'activité, absorbés par Ecosystem en une seule opération. Et le premier vrai signe que la filière REP batteries a changé d'échelle vient de tomber : trois appels d'offres ouverts le 1er avril 2026 pour la collecte, la consolidation, le tri et le traitement des batteries usagées. Prestations prévues au 1er janvier 2027.
Pas une annonce cosmétique. Un signal opérationnel.
Le contexte : une filière qui s'est restructurée en six mois#
Corepile, créé en avril 1999 sous le nom Fibat S.A. puis renommé en juillet 2003, collectait les batteries portables depuis plus de vingt ans. La fusion avec Ecosystem, effective au 31 juillet 2025, a concentré la filière. Ecosystem, premier éco-organisme européen avec 876 000 tonnes de DEEE collectées en 2025, hérite du réseau batteries et de ses obligations.
Le règlement UE 2023/1542 est entré en vigueur en France le 18 août 2025. Le même jour, Ecosystem a obtenu son agrément, valable jusqu'au 31 décembre 2030. Deux autres éco-organismes sont agréés sur la même filière : Batribox et Recycler mon véhicule. Les arrêtés datent du 11 août 2025. Renault SAS dispose d'un système individuel agréé depuis le 13 novembre 2025, jusqu'au 31 décembre 2027.
En clair : le paysage français des batteries usagées repose sur trois éco-organismes collectifs et un système individuel. Pas un monopole, mais une concentration forte autour d'Ecosystem qui porte l'essentiel du volume.
Trois appels d'offres, trois maillons distincts#
Les trois lots ouverts le 1er avril 2026 couvrent l'intégralité de la chaîne :
Collecte et consolidation. Le ramassage physique des batteries dans les points de collecte, leur regroupement dans des centres de consolidation, le conditionnement pour le transport. C'est la logistique amont.
Tri. La séparation par chimie (lithium-ion, nickel-cadmium, zinc-carbone, alcalines) et par catégorie réglementaire. Indispensable pour orienter vers le bon procédé de traitement. Un tri mal fait, c'est un traitement dégradé en aval.
Traitement. La valorisation matière proprement dite. Seize opérateurs de traitement sont actifs en France. Les objectifs fixés par le règlement européen sont précis : une efficacité de recyclage de 65 % pour les batteries lithium fin 2025, puis 50 % de récupération du lithium métal et 90 % pour le cobalt, le cuivre, le nickel et le plomb d'ici fin 2027.
Les réponses doivent être déposées avant le 30 avril 2026 à 18 heures via la plateforme GEP. L'inscription était requise avant le 31 mars 2026. Démarrage des prestations au 1er janvier 2027.
Les catégories couvertes#
La REP batteries distingue cinq catégories. Les appels d'offres d'Ecosystem couvrent quatre d'entre elles :
- Batteries portables (inférieures à 5 kg)
- Batteries de mobilité légère (MTL), inférieures ou égales à 25 kg
- Batteries industrielles, inférieures ou égales à 25 kg
- Batteries SLI lithium (démarrage)
La cinquième catégorie, les batteries de véhicules électriques (VEH, supérieures à 25 kg), relève d'un circuit distinct. C'est là qu'interviennent Recycler mon véhicule et le système individuel de Renault SAS.
Les chiffres du terrain#
Les discours sur la filière REP, c'est bien. Les chiffres réels, c'est mieux.
Ecosystem déclare 33 452 points de collecte pour les batteries portables en 2024. C'est un maillage dense. En volume, 10 963 tonnes de batteries portables collectées la même année, soit environ 500 millions d'unités. Le taux de recyclage des batteries portables atteint 79,9 %.
Pour la mobilité légère, le réseau est plus récent : 2 080 points de collecte et 192 tonnes collectées en 2024, soit environ 50 000 unités. La montée en puissance est en cours. Trottinettes, vélos à assistance électrique, hoverboards : le gisement explose, la collecte suit de loin.
La réalité du terrain : les objectifs réglementaires de collecte des portables fixent 45 % fin 2026, 63 % en 2027 et 73 % en 2030. Ces chiffres paraissent accessibles vu le réseau existant. Mais pour les MTL, le retard est structurel. Les consommateurs ne savent pas où déposer leur batterie de trottinette, et les enseignes ne communiquent pas dessus.
Ce qui manque dans ce tableau#
Arrêtons de tourner autour du pot. Trois angles morts subsistent.
Le tonnage global de batteries portables mis sur le marché en France n'est pas consolidé publiquement pour 2024. On ne peut donc pas calculer un taux de collecte fiable au centime près. L'ADEME publie des données périmètre ancien (367 kt mises sur le marché, 214 kt collectées, 82 % recyclées en 2024), mais ce périmètre ne couvrait pas encore les cinq catégories du nouveau règlement.
Batribox, deuxième éco-organisme agréé, ne publie pas ses tonnages 2024. Impossible de consolider le bilan national. Quand un tiers du panorama est invisible, le panorama est incomplet.
La valeur économique du marché REP batteries n'est documentée nulle part. Les éco-contributions existent, les barèmes sont publiés, mais le chiffre d'affaires agrégé de la filière reste une boîte noire. Pour un secteur qui prétend à la transparence, c'est gênant.
Ce que ça change pour les opérateurs#
Si vous êtes prestataire de collecte, trieur ou recycleur, ces appels d'offres sont votre fenêtre. Le volume garanti par Ecosystem et l'horizon de l'agrément (jusqu'à fin 2030) offrent une visibilité rare dans ce secteur.
Pour les collectivités et les distributeurs, la structuration de la filière par Ecosystem post-fusion Corepile signifie un interlocuteur unique sur la majorité du flux. C'est plus simple en termes de convention, mais ça pose la question de la dépendance à un seul opérateur dominant.
Pour les producteurs et importateurs, le règlement européen impose des obligations de reprise et de financement. Les éco-contributions vont mécaniquement augmenter avec les objectifs de collecte. Le signal prix est clair : intégrer le coût de fin de vie dès la conception.
Le fond du problème#
La REP batteries version 2026, c'est un chantier massif déguisé en appels d'offres administratifs. Ecosystem pilote la transition depuis la fusion Corepile, le cadre réglementaire européen fixe des objectifs ambitieux, et le terrain n'est pas encore au niveau partout.
Le réseau de collecte des portables tourne. Celui des batteries de mobilité légère doit tripler pour tenir les objectifs. Et la transparence de la filière, entre données manquantes et éco-organismes muets, reste le maillon faible.
Ces trois appels d'offres ne sont pas une formalité. C'est le moment où la filière de recyclage française des batteries décide si elle suit le rythme européen ou si elle décroche. Pour ceux qui bossent dans le tri et la valorisation, c'est maintenant que ça se joue.





