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Tri optique et IA dans les centres de tri français

Par Guillaume P.

6 min de lecture
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Dans les centres de tri français, une révolution silencieuse est en cours. Les trieuses optiques et les robots pilotés par intelligence artificielle remplacent progressivement le tri manuel. J'ai visité Amiens l'année dernière et c'est frappant : plus de 30 personnes qui triaient manuellement en 2018, réduit à 8 aujourd'hui. C'est une des quelques usines que je visite où je sais que les gens qui travaillaient là ont une vraie difficulté à redémarrer ailleurs. Les taux de pureté augmentent, des matériaux qu'on ne savait pas trier trouvent une filière, la productivité monte. En Chine, les bacs de tri intelligents pilotés par IA poussent cette logique encore plus loin, directement chez l'usager. Honnêtement, j'ai du mal à encaisser la transformation de l'emploi, mais les chiffres sur la qualité ne mentent pas.

Le tri optique : la technologie de base#

Comment ça fonctionne ?#

Le tri optique utilise la spectrométrie proche infrarouge (NIR, pour Near-Infrared) pour identifier la composition chimique des déchets qui défilent sur un tapis roulant. Chaque matériau, PET, PEHD, PP, papier, aluminium, possède une "signature spectrale" unique dans les longueurs d'onde entre 700 et 1 000 nanomètres.

Le processus se déroule en trois temps :

  1. Détection : un capteur NIR balaie les objets à haute vitesse sur le tapis
  2. Identification : un logiciel analyse la signature spectrale en temps réel et classifie le matériau
  3. Éjection : des électrovannes commandent des jets d'air comprimé qui propulsent chaque objet vers le bon bac

Ce que le tri optique sait faire#

  • Séparer les différentes résines plastiques (PET, PEHD, PP, PS)
  • Distinguer le PET transparent du PET coloré
  • Identifier les papiers et cartons parmi les plastiques
  • Trier les métaux ferreux et non ferreux (en combinaison avec des détecteurs à courant de Foucault)

Ce qui lui échappe encore#

  • Les plastiques noirs : le noir absorbe l'infrarouge, rendant la détection NIR inopérante. C'est un problème persistant, même si des solutions commencent à émerger (détection dans le moyen infrarouge).
  • Les objets très petits ou très plats (films plastiques fins) qui ne se présentent pas correctement sur le tapis.
  • Les emballages composites (plastique + aluminium + carton) dont la signature est ambiguë.

L'IA entre en jeu#

Voir mieux, trier plus finement#

L'intelligence artificielle ajoute une couche de perception visuelle au tri optique. Des caméras haute résolution couplées à des algorithmes d'apprentissage profond (deep learning) permettent de reconnaître non seulement le matériau, mais aussi la forme, la couleur et le type de produit.

Un système d'IA peut par exemple distinguer une barquette alimentaire d'un pot de yaourt, même si les deux sont en polypropylène. Cette granularité supplémentaire permet d'affiner le tri et d'améliorer la qualité des flux sortants.

Des performances mesurables#

Les systèmes combinant tri optique et IA atteignent des taux de pureté supérieurs à 95 % sur certaines fractions. Pour comparaison, le tri manuel plafonne généralement autour de 85-90 %.

Des équipementiers comme Pellenc ST (français) et TOMRA Sorting (norvégien) proposent des machines capables de trier jusqu'à 6 tonnes de déchets à l'heure, avec des taux d'erreur très faibles.

Les robots trieurs : la main qui manquait#

Max AI et ses cousins#

Au-delà de la détection, la robotisation apporte la capacité de préhension. Le robot Max AI, développé par BHS et déployé notamment dans le centre de tri Veolia à Amiens, combine vision par caméra, IA et bras robotisé pour saisir et trier les déchets sur le tapis.

Performances concrètes :

  • 3 600 gestes de tri par heure (contre 2 200 pour un opérateur humain)
  • Fonctionnement 24h/24 sans fatigue ni perte de concentration
  • Capacité d'apprentissage continu : le robot s'améliore au fil du temps

Les bennes intelligentes de Veolia#

En 2025, Veolia a déployé des bennes équipées de capteurs d'analyse en temps réel dans plusieurs régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Toulouse). Ces bennes analysent la composition des déchets dès la collecte, avant même l'arrivée en centre de tri, ce qui permet d'optimiser les flux et d'anticiper les besoins de traitement.

L'extension au BTP#

Les robots de tri ne se cantonnent plus aux emballages ménagers. Depuis fin 2025, ils s'installent dans les plateformes de traitement des déchets du BTP et commencent à apparaître directement sur certains chantiers. Ils identifient le bois, le plastique, le métal et les agrégats grâce à des caméras haute résolution et des algorithmes spécialisés.

Le secteur du BTP génère 46 millions de tonnes de déchets par an en France. L'amélioration du tri dans cette filière représente un gisement considérable.

Les centres de tri nouvelle génération en France#

Plusieurs centres de tri français ont investi massivement dans ces technologies :

CentreLocalisationTechnologiesCapacité
Veolia AmiensSommeMax AI, tri optique NIRRéférence nationale
Suez NantesLoire-AtlantiqueTri optique multi-capteursExtension des consignes
Paprec GennevilliersHauts-de-SeineRobots + tri optiqueGrand format

Ces investissements sont en partie financés par les éco-contributions des filières REP et par les subventions de l'ADEME dans le cadre du plan France 2030.

Les limites actuelles#

Malgré les progrès, plusieurs défis subsistent :

  • Le coût d'investissement : une ligne de tri optique avec IA représente plusieurs millions d'euros. Tous les centres de tri ne peuvent pas suivre.
  • La maintenance : ces systèmes nécessitent des compétences techniques pointues, difficiles à trouver.
  • La variabilité des flux : les déchets ne sont pas standardisés. Un algorithme formé sur les emballages de la région parisienne peut peiner face aux flux d'une zone rurale.
  • Les plastiques noirs : toujours un angle mort pour le NIR classique.

Quel impact sur l'emploi ?#

La robotisation ne supprime pas les emplois dans les centres de tri, elle les transforme. Les postes de tri manuel, pénibles et répétitifs, évoluent vers des fonctions de supervision, maintenance et contrôle qualité. La montée en compétences des opérateurs est un enjeu majeur pour le secteur. C'est là que ça se complique et où j'ai moins de certitudes : on sait que la formation coûte cher et que les carrières dans la maintenance technicienne sont moins accessibles que le tri manuel.

Sources#

GP

Guillaume P.

Rédacteur spécialiste web & tech

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