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Déchets bois en France : 1,6 Mt enfouies, filière patine

Déchets bois en France : 1,6 Mt enfouies, filière patine

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

1,6 million de tonnes de bois collecté qui finit en enfouissement chaque année en France. Collecté, trié, acheminé. Puis enterré. Je trouve ça aberrant. On produit 8,7 Mt de déchets bois par an, on en collecte 7,4 Mt, et malgré ça une partie non négligeable reste traitée comme un déchet ultime. Le problème n'est pas le gisement. C'est la filière.

Le vrai bilan : 8,7 Mt et des trous dans la raquette#

Les chiffres ADEME 2024 posent le cadre. 8,7 Mt produites. 7,4 Mt collectées. Sur ces 7,4 Mt collectées, 5,8 Mt sont valorisées : 3,2 Mt en recyclage matière, 2,6 Mt en valorisation énergétique. Reste 1,6 Mt enfouies.

Et il y a l'export. 1,8 Mt quittent le territoire chaque année. Belgique (27 %), Italie (25 %), Espagne (22 %). On envoie notre bois chez les voisins parce qu'on n'a pas la capacité de le traiter ici. L'Italie, justement, recycle 83 % de ses déchets bois en matière et fabrique des panneaux contenant jusqu'à 95 % de bois recyclé. Le taux le plus haut de l'UE. L'Allemagne, elle, incinère environ 70 % de son bois collecté pour l'énergie et ne dirige que 15 à 30 % vers les panneaux.

La France est entre les deux. Ni le modèle vertueux italien, ni le choix assumé allemand de tout brûler. On hésite.

La classification qui conditionne tout#

Depuis 2022, les déchets bois sont classés en quatre catégories. Ça change la donne pour toute la chaîne.

Classe A : biomasse pure. Bois non traité, non peint, non collé. Palettes, caisses, cagettes. C'est le flux noble.

Classe BR1 : bois faiblement traité, éligible à la sortie de statut de déchet. Meubles en bois massif, portes intérieures. Recyclable en panneaux sans souci.

Classe BR2 : bois traité ou souillé, recyclable uniquement en panneaux particules avec un procédé adapté. Bois peint, vernis, mélaminé. La majorité des meubles qu'on jette.

Classe C : le dangereux. Bois traité CCA (cuivre-chrome-arsenic) ou créosoté. Environ 80 000 t par an. Recyclage interdit. Incinération en installation classée obligatoire. Les vieux poteaux téléphoniques, les traverses de chemin de fer. Pas de solution miracle pour ce flux, et c'est normal.

J'ai visité un centre de tri en Normandie il y a quelques mois. Le responsable m'a montré des lots entiers reclassés de BR1 en BR2 parce qu'un seul panneau mélaminé s'était glissé dans le tas. La contamination croisée est le cauchemar quotidien des trieurs. Et c'est une des raisons pour lesquelles du bois valorisable finit en enfouissement : dans le doute, on déclasse.

Le BTP, premier fournisseur et premier problème#

Le BTP génère environ 2,5 Mt de déchets bois par an, soit 33 % du gisement total. Charpentes, coffrages, palettes de chantier, menuiseries. Depuis le 16 juillet 2021, la loi AGEC impose le tri obligatoire du bois sur chantier dans le cadre des 7 flux. En théorie.

En pratique, j'observe encore des bennes mélangées sur les petits chantiers. Le bois part avec le plâtre, les gravats, le plastique. Le tri à la source n'est pas entré dans les habitudes de tous les artisans. Et sans tri correct en amont, la filière aval ne peut pas absorber le flux proprement.

La REP PMCB a fait bouger les lignes. Valobat a doublé ses volumes de collecte bois en 2025 : 250 000 t contre 120 000 t l'année précédente. L'abattement de la filière bois via les éco-organismes REP PMCB représente environ 45 millions d'euros. Ecomaison, de son côté, collecte 760 000 t par an et transforme 500 000 t en panneaux recyclés, soit 70 % de son flux. C'est le premier fournisseur de bois recyclé en France.

Mais la refonte de la REP PMCB annoncée le 20 mars 2025 par le ministre de la Transition écologique laisse planer un doute. On ne sait pas encore si les barèmes vont évoluer à la hausse ou si des objectifs contraignants de recyclage matière seront imposés. Les tensions régionales montent : Normandie, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté risquent l'insuffisance de capacité dès 2025.

Les panneaux de particules : le débouché qui stagne#

L'approvisionnement des fabricants de panneaux particules en France se répartit ainsi : 40 % de rondins (bois vierge), 25 % de connexes de scieries, 35 % de bois recyclés. Le taux d'incorporation de bois recyclé dans les panneaux particules français était de 46 % en 2021. C'est correct, mais l'Italie fait beaucoup mieux.

Egger France exploite deux usines (Rion-des-Landes et Rambervillers) et incorpore jusqu'à 30 % de bois recyclé dans ses panneaux. Paprec, avec 25 usines et 750 000 t traitées par an dont plus d'un million de palettes, est le deuxième recycleur bois en France.

Le marché des panneaux a morflé en 2024 : -5 % en production, -6 % en prix. Une reprise de +1 % est attendue en 2025. Je ne suis pas certain que ce soit suffisant pour absorber les volumes croissants de bois recyclé que la REP PMCB va pousser vers le marché. Si la demande de panneaux stagne et que l'offre de matière recyclée augmente, les prix du bois recyclé vont s'effondrer. Et avec eux, l'incitation économique au tri.

L'objectif emballages bois de l'UE#

L'Union européenne fixe des objectifs de recyclage pour les emballages bois : 42 % d'ici 2024, 45 % d'ici 2027. La France est dans les clous grâce aux palettes, mais pas grâce au bois de construction. Les palettes se recyclent bien parce que le flux est homogène, la logistique est rodée, et les acteurs sont structurés. Le reste du bois d'emballage (caisses, calages) est plus dispersé et moins bien capté.

La RE2020 : un effet indirect, pas immédiat#

Je lis souvent que la RE2020 va booster le recyclage du bois. C'est à la fois vrai et faux. La RE2020, avec sa méthode ACV dynamique et son indicateur Stock C, valorise le stockage carbone des matériaux biosourcés dans la construction. Ça pousse les maîtres d'ouvrage à utiliser plus de bois dans les bâtiments neufs.

Mais l'effet sur le recyclage est décalé de 20 à 50 ans. Les bâtiments construits en bois aujourd'hui ne seront démolis que dans plusieurs décennies. La RE2020 stimule la construction bois, pas directement le recyclage en fin de vie. L'impact réel sur la filière de valorisation des déchets bois, c'est pour la génération suivante.

Ce qui aide maintenant, c'est que la RE2020 crée une culture du bois dans le BTP. Plus de bois en construction signifie plus de chutes sur chantier, plus de chutes à trier et valoriser. L'effet indirect existe, mais il est modeste à court terme.

Projections 2028 : est-ce qu'on y arrivera ?#

Les projections tablent sur un recyclage matière passant de 1,6 Mt actuellement (je suppose que c'est un chiffre de référence antérieur) à 2,5 Mt en 2028, et une valorisation énergétique montant à 5,6 Mt. Si ces chiffres se réalisent, l'enfouissement devrait baisser significativement. Mais je reste sceptique.

Pour y arriver, il faut simultanément augmenter les capacités de tri, structurer la collecte en zone rurale, maintenir la demande des fabricants de panneaux, et empêcher que l'export reste la solution de facilité. C'est beaucoup de conditions à remplir en même temps. Et le marché des panneaux, en baisse, n'envoie pas le bon signal.

Mon constat : la filière bois française est à un carrefour. Elle a les volumes, les acteurs industriels, le cadre réglementaire. Ce qui manque, c'est la coordination entre le tri amont et les débouchés aval. Tant que 1,6 Mt finissent sous terre et 1,8 Mt traversent la frontière, on ne peut pas dire que ça fonctionne.

Sources#

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