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ReUse Citeo : où en est la consigne verre en mai 2026

ReUse Citeo : où en est la consigne verre en mai 2026

Par Lucas M.

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Lucas M.

Pourquoi un système de consigne verre lancé presque onze mois plus tôt n'a-t-il toujours pas publié de taux de retour vérifié ? Parce que la boucle de réemploi, vue depuis un dev qui a passé du temps sur des feedback loops dans des jeux, c'est exactement le genre de système où la métrique critique n'apparaît qu'après plusieurs cycles complets. ReUse Citeo a démarré le 12 juin 2025 dans quatre régions de l'ouest. En mai 2026, on a les volumes mis en rayon, on a la cible visée, on n'a pas encore le score effectif.

Ce que ReUse Citeo a réellement déployé#

Le dispositif piloté par Citeo couvre la Bretagne, la Normandie, les Pays-de-la-Loire et les Hauts-de-France. Plus de 350 magasins participent au lancement, six enseignes embarquées (Carrefour, Coopérative U, Intermarché, Monoprix, E. Leclerc, La Brasserie du Bout du Monde), et un bassin de 16 millions de consommateurs potentiels. La logistique est confiée à GO ! Réemploi sur un contrat de deux ans (février 2025 à février 2027), et deux centres de lavage opèrent : Bout'à Bout' près de Carquefou et Haut la Consigne près de Lille.

Le périmètre volumique annoncé est de 30 millions d'unités sur 18 mois pour la phase pilote, jusqu'à 55 millions d'unités à terme. La consigne payée par le consommateur s'élève à 10 centimes pour les petits formats et 20 centimes pour les grands formats. Pour un game designer qui regarde ça, c'est une boucle classique : friction d'entrée (la consigne payée), récompense au retour (la consigne rendue), incentive à completer le cycle. Le tuning des deux montants est conservateur, comparable aux systèmes étrangers matures.

Citeo vise au moins 50 % de taux de retour pendant la phase pilote, et 80 à 85 % voire plus à maturité. Voilà pour la cible. La métrique réelle après dix mois de fonctionnement n'a pas été publiée. C'est un point qu'il faut nommer, pas masquer derrière des projections.

La référence Alsace : ce que Meteor démontre, et ses limites#

Pour comprendre pourquoi le 50 % visé par Citeo est ambitieux mais pas absurde, il suffit de regarder le seul système CHR français mature : la brasserie Meteor en Alsace. Selon GoodPlanet (mai 2025), Meteor produit 7 millions de bouteilles consignées par an avec un taux de récupération d'environ 97 %. Chaque bouteille peut être réemployée plus de 20 fois avant retrait, ce qui permet d'amortir massivement l'empreinte de fabrication initiale.

L'étude ADEME 2009 sur ce périmètre Meteor donne les chiffres clés : 79 % de gaz à effet de serre évités et 75 % d'énergie économisée par rapport à une bouteille à usage unique recyclée. Côté CHR généralisé, l'ADEME 2010 estime que le verre consigné est en moyenne 50 % moins impactant sur l'indicateur effet de serre que le verre jeté. La nuance importe : ces chiffres dépendent du nombre de rotations effectives (minimum 2 à 4 pour générer un avantage net) et de la distance de transport entre lavage et embouteillage.

Donc le 97 % de Meteor ne se transpose pas directement à toute la France. C'est un système régional historique, jamais interrompu, avec des consommateurs habitués depuis des décennies. ReUse Citeo, lui, doit reconstruire le geste à zéro chez des clients qui ont oublié à quoi sert un point de retour en GMS.

La filière CHR : 550 millions de bouteilles, 30 à 40 % consignées#

Le secteur cafés-hôtels-restaurants occupe une place à part dans cette histoire. Selon la Fédération Nationale des Boissons, 550 millions de bouteilles en verre circulent annuellement en France via des systèmes de consigne CHR, et 30 à 40 % des bouteilles sont encore consignées dans ce circuit. Le Plan National de Prévention des Déchets 2014-2020 estimait qu'au global, la consigne permet d'éviter 500 000 tonnes de déchets d'emballages par an.

Côté infrastructure, Citeo Pro évoque environ 17 millions de fûts inox réemployés en CHR chaque année, avec une durée de vie de 30 ans. Et Recy.net recense environ 60 laveurs professionnels actifs en France (information à confiance moyenne, à confirmer par décompte plus récent). C'est ce socle qui permet à Citeo d'imaginer un déploiement national en 2027, en s'appuyant sur des opérateurs déjà rodés plutôt que de tout reconstruire.

Pour un restaurateur qui hésite, le calcul économique reste lisible : selon Recy.net, l'investissement initial pour un système consigne tourne entre 2 000 et 5 000 euros selon la taille de l'établissement, le coût d'un cycle de lavage par bouteille entre 0,05 et 0,15 euro, et le ROI entre 2 et 3 ans. C'est un investissement qui se justifie sans subvention, ce qui change la nature politique du dispositif. La logique de fonctionnement détaillée couvre cette partie pratique.

REP restauration : ce qui a vraiment été légiféré#

C'est un point où la communication politique a brouillé les pistes. Le décret pertinent pour le secteur CHR est le décret n° 2023-162 du 7 mars 2023, qui crée la REP emballages restauration. Depuis le 1er janvier 2024, cette REP est entrée en vigueur, et les entreprises mettant plus de 10 000 unités sur le marché doivent déclarer leurs données d'emballages.

Et ce dispositif vit déjà sa première mue. Selon Restauration21 (décembre 2025), un décret du 17 novembre 2025 acte la fusion : la REP emballages restauration sera absorbée dans la REP emballages professionnels au 1er juillet 2026. Pour les opérateurs CHR, ça veut dire un changement d'éco-organisme et de barème en plein milieu de l'année, alors même que la phase pilote Citeo n'aura pas encore livré son bilan complet.

Sur ce point, j'ai moins de certitudes que je voudrais sur la coordination entre les deux calendriers. La fusion REP intervient deux semaines après le premier anniversaire de ReUse, et personne n'a publiquement expliqué comment les indicateurs de réemploi seront consolidés dans le nouveau cahier des charges. Ce sera un des marqueurs à surveiller au second semestre 2026.

L'horizon UE : le PPWR et les objectifs 2030-2040#

Au-dessus de tout ça, le règlement UE 2025/40 (PPWR) publié le 22 janvier 2025 fixe les objectifs européens : 10 % de réemploi pour les emballages boissons en 2030, 25 % en 2040. Le règlement devient applicable le 12 août 2026, et il définit le cadre dans lequel les éco-organismes nationaux devront s'inscrire.

À comparer avec le bilan AGEC français : la loi du 10 février 2020 visait 5 % de réemploi en 2023 et 10 % en 2027. L'objectif 2023 n'a pas été atteint. Le taux effectif actuel des emballages ménagers réemployables est de 1 % selon Citeo et l'Observatoire du Réemploi. Donc on est loin de la trajectoire, et c'est précisément pour rattraper ce retard que Citeo a accéléré le déploiement ReUse.

Pour faire passer la barre de 1 à 10 % en moins de deux ans, il faudrait une croissance d'un ordre de grandeur. La phase pilote actuelle, à 30 millions d'unités sur 18 mois, est calibrée pour démontrer la faisabilité technique et la friction utilisateur. Pas pour atteindre 10 % à elle seule. Le déploiement national prévu en 2027 devra ensuite s'appuyer sur les retours d'expérience de l'Ouest pour passer à l'échelle.

Ce que le système doit prouver dans les six mois#

Trois marqueurs sont attendus pour valider ou invalider l'architecture de ReUse Citeo. Le premier, c'est le taux de retour réel après 12 mois complets, donc autour de juin 2026. Si la boucle tient à 50 %, le système est viable. En dessous, la friction utilisateur sera identifiée comme principale cause à corriger.

Le deuxième, c'est l'intégration dans la REP EPRO au 1er juillet 2026. Le nouveau cahier des charges doit définir comment les indicateurs de réemploi remontent dans la métrique globale, et quels acteurs financent quoi. La consultation publique en cours sur le périmètre REP est l'occasion pour les opérateurs de filière d'influencer ces paramètres avant qu'ils soient figés.

Le troisième, c'est la décision de déploiement national en 2027. Citeo a déjà annoncé l'objectif (Vert.eco), mais le périmètre exact (régions ajoutées, enseignes mobilisées, volume cible) dépendra des résultats de la phase pilote. Pour les enseignes qui hésitent à embarquer, voir aussi l'expérimentation réemploi emballages alimentaires Ouest qui partage le même périmètre régional, et les signaux croisés sur l'expansion des consignes côté arrêté 2026.

L'enjeu d'opinion publique semble au rendez-vous : selon un sondage Citeo, 93 % des Français se déclarent prêts à rapporter leurs emballages consignés. C'est cohérent avec ce qu'on observe dans les pays voisins : l'Allemagne tourne à plus de 99 % de retour sur son système DRS plastique et verre, et les 17 pays européens dotés d'un système atteignent 94 % en moyenne. La France peut donc viser haut. Reste à le vérifier en conditions réelles, sur un système naissant, dans un contexte où les habitudes de tri ont massivement remplacé les habitudes de retour.

À vous de jouer si vous êtes dans une des quatre régions pilotes. Le seul moyen de pousser la métrique au-dessus de 50 %, c'est de ramener les bouteilles. Le système, lui, ne peut pas tester sa propre boucle sans utilisateurs.

Sources#

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