Les 30 septembre et 1er octobre 2026, la Cité des Congrès de Nantes accueille la 19e édition des Assises Nationales des Déchets et de l'Économie Circulaire. Deux jours, trois plénières, 24 ateliers techniques, cinq parcours thématiques. Mais surtout : une fusion inédite avec le Carrefour des Déchets d'IdealCO, qui rassemblait à lui seul près de 6 000 participants en juin 2025 à Nancy. Le secteur déchets de la France industrielle, des collectivités, des éco-organismes et des startups se retrouve sur un seul rendez-vous fédérateur. C'est rare, et ça mérite qu'on regarde sérieusement ce qui s'y prépare.
Pourquoi ce rapprochement maintenant ? Quels sujets vont structurer les deux jours ? Et que dit ce format hybride sur l'état réel de la filière déchets française à mi-2026 ?
Une fusion qui change la donne#
Les Assises Nationales des Déchets existent depuis 1991. Tenues historiquement en année impaire à La Baule, elles avaient basculé en année paire en 2024 pour mieux coller au calendrier européen, avec une 18e édition condensée sur une journée le 3 octobre 2024 à Nantes, sous le thème "Plus loin que nos déchets". Quatre ateliers, une plénière, la ministre Agnès Pannier-Runacher en ouverture. Format ramassé, public ciblé : industriels, éco-organismes, services de l'État, chercheurs, collectivités.
Le Carrefour des Déchets, lui, est plus récent. Organisé par IdealCO, le réseau de référence des collectivités territoriales, il a tenu sa 3e édition les 17 et 18 juin 2025 au Centre Prouvé de Nancy avec près de 6 000 participants. Public plus opérationnel : agents de collectivités, techniciens, chefs de service propreté, élus locaux.
Les deux événements travaillaient le même secteur sur des angles différents. L'un côté débat national et réglementaire, l'autre côté terrain et collectivités. En 2026, ils unissent leurs forces. Pierre-Yves Burlot, président des Assises, et Philippe Boyer, président d'IdealCO, l'ont annoncé conjointement : un seul grand rendez-vous national, mêlant retours d'expérience territoriaux, débats prospectifs à horizon 2030, et salon professionnel. La logique est saine. Le secteur déchets n'est pas assez gros pour s'offrir deux événements concurrents en année paire, et la séparation entre stratégie nationale et exécution locale n'a plus de sens quand les politiques publiques se décident à Bruxelles et s'appliquent à Saint-Brieuc.
Cinq parcours pour structurer 24 ateliers#
L'édition 2026 organise son contenu autour de cinq parcours transversaux. Ce n'est pas un détail de comm : c'est une grille de lecture pour s'orienter dans la masse d'ateliers proposés.
Mieux Produire s'adresse aux industriels et aux éco-organismes. Écoconception, intégration de matières recyclées, transformation des modèles industriels. C'est le parcours qui parlera Circular Economy Act et obligations d'incorporation, le règlement européen qui pose les conditions de débouchés pour la matière secondaire.
Mieux Consommer vise les comportements et la prévention. Réemploi, réparation, nouveaux modèles de consommation. C'est le parcours qui va croiser les filières REP émergentes et les obligations de fonds réparation.
Mieux Anticiper l'Avenir affiche un angle prospectif. Évolutions réglementaires européennes, ruptures technologiques, modèles économiques. C'est ici que se logent les sessions sur les matières critiques, les stratégies plastiques à horizon 2040 et la décarbonation par la valorisation énergétique.
Mieux Accompagner les Territoires est le cœur de la contribution IdealCO. Rôle des collectivités dans la structuration des filières, mise en œuvre opérationnelle des politiques publiques. C'est le parcours qui va parler tarification incitative, collecte sélective, mutualisation intercommunale.
Mieux Gérer les Déchets au Quotidien boucle avec l'opérationnel pur. Retours d'expérience sur la collecte, le tri, le traitement. C'est l'angle praticien, celui qui parle aux directeurs de centres de tri et aux exploitants d'ISDND.
Trois sessions plénières structurent l'événement. La première porte sur l'évolution du cadre européen, avec un focus Circular Economy Act et Clean Industrial Deal. La deuxième, plus politique, s'intéresse à "2027 et au-delà" et a vocation à recevoir les candidats à la présidentielle. La troisième aborde l'accélération territoriale de la transformation circulaire.
Les sujets bouillants de 2026#
Plusieurs dossiers structurent l'agenda technique des ateliers, et chacun est un terrain miné.
Les nouvelles filières REP. La REP jouets démarre sa montée en puissance avec Ecomaison comme éco-organisme agréé, dont le nouveau barème 2026 a été publié fin octobre 2025. La REP articles de bricolage et jardin (ABJ), opérationnelle depuis février 2022 avec Ecomaison et Ecologic agréés en parallèle, entre dans sa phase de consolidation. La REP articles de sport et loisirs avance plus lentement. Ces filières ont en commun un démarrage poussif, des contributeurs qui rechignent à déclarer, et des éco-organismes qui doivent prouver qu'ils savent capter les volumes annoncés.
La fiscalité environnementale et la TGAP. La Taxe Générale sur les Activités Polluantes continue sa montée en charge. La pression budgétaire sur les collectivités est réelle, et les opérateurs d'incinération comme d'enfouissement réclament un cadre stabilisé. Les ateliers TGAP des Assises ont une histoire d'oppositions frontales entre Bercy et le secteur.
Le Pacte de simplification. L'exécutif pousse depuis fin 2024 une décentralisation de l'action en matière de transition écologique vers les collectivités et les acteurs privés. Le secteur déchets, hyperréglementé, est en première ligne. Les industriels et les collectivités attendent une simplification réelle, pas un transfert de complexité. La discussion va être tendue, surtout dans un contexte où le budget 2026 de l'ADEME pour l'économie circulaire est tombé de plus de 300 millions d'euros à 95 millions, selon Halte à l'Obsolescence Programmée. Les arbitrages financiers sont serrés.
L'ESPR et les actes délégués. Le règlement européen sur l'écoconception des produits durables produit ses premiers actes délégués sectoriels, notamment sur l'acier et les ferro-alliages. Les ateliers vont creuser les conséquences industrielles pour la filière française du recyclage.
Les PFAS. Un atelier dédié aborde les polluants éternels. Le sujet est devenu central pour les exploitants d'incinération, les opérateurs de boues de step et les centres d'enfouissement. La filière n'a pas de solution technique consensuelle, le cadre réglementaire évolue vite, et les coûts de gestion explosent. C'est probablement l'un des ateliers où le débat sera le plus rude.
Les matières critiques. Vue internationale sur les matériaux stratégiques, en lien direct avec la souveraineté industrielle française et européenne en matières premières secondaires. Le sujet recoupe le Critical Raw Materials Act européen et les obligations à venir de traçabilité et de recyclage des terres rares, lithium, cobalt et autres métaux critiques.
Les partenaires : qui parle, qui paye#
La liste des partenaires officiels donne une bonne idée des forces présentes. L'ADEME reste le partenaire institutionnel central, avec le Ministère de la Transition Écologique et la DREAL Pays de la Loire pour le périmètre régional. Côté collectivités, Nantes Métropole et la Région Pays de la Loire portent l'ancrage territorial.
Les nouveaux partenaires 2026 reflètent l'élargissement du champ. Circulère, Ecosystem, MEDEF, Pellenc ST, SNCF Réseau, SNEFiD, SPHERE, Syctom Paris, TOMRA Systems, Union pour le Réemploi Solidaire et Valobat rejoignent l'événement. La présence du MEDEF acte la dimension transversale du sujet pour le patronage français. Celle du Syctom Paris ramène le plus gros syndicat de traitement de déchets ménagers d'Europe à la table.
Les partenaires fidèles confirment la profondeur historique : Citeo, DERICHEBOURG Environnement, EDF, Ecologic, Ecominéro, FEDEREC, FNADE, GRDF, NaTran, PAPREC Group, Séché Environnement, Cyclamed, Cyclevia, AFOCO. Notez qu'Amorce, le Cercle National du Recyclage, Suez et Veolia n'apparaissent pas sur la liste officielle des partenaires 2026 publiée par l'organisation. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne seront pas présents en tant qu'intervenants ou exposants, simplement qu'ils ne portent pas l'événement financièrement.
L'association elle-même a beaucoup grandi depuis l'édition 2024, passant d'une quinzaine à environ une quarantaine d'organisations membres. Signal d'un secteur qui veut peser collectivement dans les arbitrages réglementaires nationaux et européens.
Pourquoi y aller : ce que l'événement permet vraiment#
Soyons directs. Deux jours d'ateliers et de plénières ne transforment pas un secteur. La filière déchets française traverse une phase compliquée : prix des matières secondaires sous pression, débouchés industriels qui rétrécissent avec la désindustrialisation européenne, cadre réglementaire foisonnant, budget ADEME en chute libre. Aucun salon ne règle ces équations.
Ce que les Assises 2026 permettent vraiment :
- Lire les rapports de force. Qui parle, qui ne parle pas, qui finance quoi. Une plénière où Bercy et FEDEREC se croisent en 2026 dit plus sur la fiscalité environnementale 2027 que n'importe quel communiqué.
- Calibrer ses arguments. Pour une collectivité, un industriel ou un éco-organisme, c'est l'occasion d'affiner sa lecture des dossiers réglementaires en cours et d'identifier les angles de plaidoyer qui peuvent gagner.
- Recruter ou se faire recruter. Les métiers du déchet souffrent d'un déficit d'attractivité chronique. Un salon de cette ampleur draine des candidats et des recruteurs en quantité.
- Tester des solutions. L'espace startup et innovation, avec un angle data, IA et outils numériques pour la gestion des déchets, expose des technologies qu'on ne voit pas ailleurs en France.
- Préparer 2027. La plénière "2027 et au-delà" prévoit l'intervention des candidats à la présidentielle. Les arbitrages politiques de l'après-élection vont décider du futur de l'économie circulaire française pour cinq ans.
L'événement parle aussi à ceux qui ne viennent pas pour les ateliers mais pour les couloirs. Les Assises restent l'un des rares moments où vous croisez le DG d'un éco-organisme, le préfet en charge d'une DREAL, le directeur d'un centre de tri et un élu local sur les mêmes deux jours, dans le même bâtiment.
Ce que je vais surveiller particulièrement#
Trois points méritent une vigilance particulière, à mon sens.
D'abord, la plénière sur le cadre européen et le Circular Economy Act. C'est le sujet structurant. Sans obligations contraignantes d'incorporation de matières recyclées au niveau européen, les recycleurs français ne pourront pas garantir de débouchés stables. Les industriels qui produisent de la matière vierge bon marché continueront à tuer économiquement les filières de recyclage. Tout le reste découle de ce dossier. Si l'événement échoue à porter ce message clairement, on aura encore une fois discuté des conséquences sans toucher aux causes.
Ensuite, le traitement des PFAS. Le secteur n'a pas de solution technique consensuelle, et les coûts de gestion menacent l'équilibre économique de plusieurs filières (incinération, boues de step, ISDND). Voir comment l'événement positionne ce dossier dira beaucoup sur la maturité du secteur à porter une réponse industrielle structurée.
Enfin, la place réelle accordée aux collectivités dans la nouvelle architecture fusionnée. L'apport d'IdealCO est censé densifier le contenu territorial. Si les Assises retombent en mode "national descendant", l'alliance n'aura été qu'un coup de communication. Si au contraire les retours d'expérience locaux structurent les arbitrages réglementaires discutés, la fusion aura du sens. C'est un test grandeur nature pour la gouvernance partagée du secteur.
Pour un autre rendez-vous de la filière en 2026, voir aussi notre couverture du Salon du Recyclage FEDERREC organisé à Albi en mars, qui jouait un registre différent (filière recycleurs, format trois jours) mais avec des préoccupations parallèles.
Infos pratiques#
Dates : mercredi 30 septembre et jeudi 1er octobre 2026.
Lieu : Cité des Congrès de Nantes, 5 rue de Valmy, 44000 Nantes.
Format : trois plénières, 24 ateliers techniques, cinq parcours thématiques transversaux, espace exposants, sessions startups et innovation.
Public : industriels, éco-organismes, collectivités, services de l'État, chercheurs, organismes de formation, médias spécialisés, associations.
Inscriptions : ouvertes sur le site officiel assises-dechets.org. Programme complet annoncé courant printemps 2026.
Accréditations presse : carmen.jeremie@akkamo.fr.
C'est probablement le rendez-vous le plus structurant du secteur déchets en France pour 2026. La fusion avec IdealCO en fait un événement à part : ni salon technique pur, ni colloque réglementaire pur. Un point de convergence entre stratégie nationale et exécution territoriale, à un moment où l'économie circulaire française joue beaucoup de ses arbitrages futurs.
Sources#
- Site officiel des Assises Nationales des Déchets
- Annonce alliance Assises et IdealCO
- Programme enrichi et parcours thématiques 19e Assises
- Édition enrichie et nouveaux partenaires 19e Assises
- Avec IdealCO, les Assises renforcent leur ancrage auprès des collectivités
- Nouvelle identité et alliance stratégique
- Carrefour des Déchets IdealCO Nantes 2026
- FNCCR : agenda 19e Assises 2026
- Presse Agence : Assises 2026 et souveraineté industrielle
- Actu Environnement : Assises Nationales des Déchets 2026
- Programme 18e Assises 2024
- Ministère Transition Écologique : déplacement ministre 18e Assises 2024
- IdealCO : 3e Carrefour des Déchets Nancy 2025
- Ecomaison : nouveau barème filière jouets 2026
- ADEME : filière REP articles de bricolage et de jardin
- HOP : budget ADEME 2026 économie circulaire





