Votre oreiller usagé n'est pas du textile. C'est de l'ameublement, aux yeux de la loi. C'est ce qui sépare Ecomaison de Refashion dans votre chambre, et c'est ce que personne ne vous dit. Les fiches courtes s'arrêtent à « éco-organisme » et ne donnent jamais le texte qui tranche. J'ai lu le code de l'environnement sur Légifrance. La frontière tient en un article, et elle est nette une fois lue.
Votre oreiller et votre couette usagés relèvent de la filière ameublement, pas de la filière textile. L'article L. 541-10-1 du code de l'environnement range les « produits rembourrés d'assise ou de couchage » dans l'ameublement, et exclut du textile « ceux qui sont des éléments d'ameublement ». C'est Ecomaison qui reprend, gratuitement, en magasin ou en point de collecte. Pas la borne Refashion.
Quel texte tranche ?#
Le problème : on croit que c'est du textile, parce qu'un oreiller c'est du tissu et de la garniture. La loi ne raisonne pas comme ça. L'article L. 541-10-1 du code de l'environnement, version en vigueur depuis le 24/04/2024, met dans la filière ameublement, au 10°, « les éléments d'ameublement ainsi que les produits rembourrés d'assise ou de couchage et, à compter du 1er janvier 2022, les éléments de décoration textile ». Trois périmètres, un même article.
Le 11° du même texte est la vraie frontière. Il définit la filière textile et y exclut « ceux qui sont des éléments d'ameublement ou destinés à protéger ou à décorer des éléments d'ameublement ». Je l'ai lu sur Légifrance : l'exclusion est dans la même phrase que le périmètre. Pas en note, pas dans une FAQ. Dans la loi. C'est ce qui sort votre couette du périmètre Refashion.
Pour la version détaillée, l'article R. 543-240 liste douze catégories d'éléments d'ameublement, dont le 4° « Literie » et le 11° « Produits rembourrés d'assise ou de couchage ». Le règlement définit l'élément d'ameublement comme un bien meuble dont la fonction principale est de contribuer à l'aménagement d'un lieu en offrant une assise, un couchage, du rangement, un plan de pose ou de travail. Un oreiller, sa fonction c'est de dormir.
Une chose sur laquelle je m'attarde, parce qu'on voit le contraire écrit sur des sites publics : les mots oreiller et couette ne figurent pas dans la loi. Une seule fois, même pas. La loi vise des catégories, « Literie » et « produits rembourrés d'assise ou de couchage ». C'est Ecomaison qui nomme les produits, dans sa famille « La literie et le couchage » : « cadre à lattes, lit parapluie, berceau, sommier, matelas… surmatelas, couette, oreiller, duvet, sac de couchage ». Le sac de couchage y est listé à côté de la couette, et sa fin de vie suit le même circuit. Méfiez-vous donc de « la loi cite les oreillers ». La loi cite une catégorie. Ecomaison cite le produit. C'est cohérent, ce n'est pas la même chose.
Le périmètre a grandi par étapes. En 2018, les produits rembourrés d'assise et de couchage sont entrés dans la filière ameublement, Ecomaison et l'ADEME s'accordent sur la date. Au 1er janvier 2022, les éléments de décoration textile sont entrés au 10° ; Ecomaison les a déployés depuis 2023. La filière elle-même est sous REP depuis décembre 2012, selon l'ADEME. Et selon Ecomaison, elle a été instituée par la loi Grenelle II, désormais régie par la loi AGEC.
Verdict : la frontière n'est pas une interprétation. C'est le texte, l'article L. 541-10-1, 11°. Les fiches courtes sur le sujet ne le citent pas. C'est l'information que personne ne donne.
Pourquoi tout le monde croit que c'est du textile ?#
Sur l'origine de la confusion, j'ai ma théorie, pas une preuve. Personne n'a écrit noir sur blanc pourquoi on range spontanément une vieille couette avec les textiles. Ma lecture : l'oreiller ressemble au linge de maison, et le linge de maison, lui, appartient bel et bien au périmètre Refashion. Le regard confond les deux parce que la texture est la même. C'est une hypothèse, je la pose comme telle, pas comme un fait établi.
Ce qui est documenté, c'est le périmètre. L'ADEME le donne : « l'ensemble des textiles d'habillement, linges de maison et chaussures des ménages ». L'oreiller et la couette n'y figurent pas. La filière textile a été introduite en 2007, selon l'ADEME, et Refashion en est l'éco-organisme agréé, anciennement ECO-TLC, pour la période du 01/01/2023 au 31/12/2028. Selon le rapport d'activité 2025 de Refashion, 272 479 tonnes de textiles et chaussures ont été collectées cette année-là, en recul de 6 % sur 2024. Un volume énorme, mais zéro oreiller dedans.
C'est comme une limite de propriété que personne n'a jamais portée au sol tant que le voisin n'a pas planté de clôture. La clôture, c'est le 11°. Le voisin, c'est la borne textile devant le supermarché. Le fonctionnement des bornes est limpide pour les vêtements. Pour l'oreiller, c'est une mauvaise porte. Point.
Les deux filières, côte à côte#
| Ameublement (Ecomaison) | Textile (Refashion) | |
|---|---|---|
| Périmètre | Éléments d'ameublement, produits rembourrés d'assise ou de couchage, décoration textile depuis le 01/01/2022 | Textiles d'habillement, linges de maison et chaussures |
| Opérateur | Ecomaison, avec Valdelia et Valobat selon l'ADEME | Refashion, anciennement ECO-TLC |
| Agrément | 01/01/2024-31/12/2029 | 01/01/2023-31/12/2028 |
| Origine | Décembre 2012, selon l'ADEME | 2007, selon l'ADEME |
| Chiffres | 2,8 Mt mises sur le marché en 2024, 40 000 t réemployées, selon l'ADEME | 272 479 t collectées en 2025, selon Refashion |
| Objectifs | Collecte 45 % en 2024, 51 % en 2028, selon l'ADEME | Collecte 60 % en 2028, selon l'ADEME |
Deux filières, deux opérateurs, deux chronologies. L'ameublement est plus jeune qu'on ne le croit (2012), le textile plus vieux (2007). La confusion vient peut-être de ce renversement : la borne qui semble naturelle pour un oreiller appartient à la filière la plus ancienne, qui est précisément la mauvaise pour lui.
Que faire d'un oreiller ou d'une couette usagés ?#
La solution, dans l'ordre :
- Bon état ? Réemploi, don à une association. Ecomaison le dit sans détour : ne donnez matelas, couettes et oreillers à des associations que s'ils sont en bon état.
- Reprise en magasin. Gratuite, et sans obligation d'achat dans certains cas, dans une enseigne qui vend des produits équivalents.
- Point de collecte Ecomaison. Selon Ecomaison, 6 700 points, un à moins de 15 km de chez vous. Le matelas suit la même logique, avec sa logistique à lui.
- Déchèterie, en dernier recours. Ecomaison la met elle-même en fin de liste : « En dernier recours, déposez-les à la déchèterie ». Mieux vaut vérifier ce que votre déchèterie accepte avant de charger la voiture.
- La borne textile : non. L'exclusion légale est là, on l'a lue.
Verdict : gratuit, local, quatre gestes. La seule mauvaise case, c'est celle que vous connaissez déjà.
FAQ#
Où déposer un oreiller usagé ?#
Si c'est en bon état, don à une association. Sinon, reprise en magasin gratuite, même sans obligation d'achat dans certains cas, ou point de collecte Ecomaison. La déchèterie reste en dernier recours. La borne textile, non : l'article L. 541-10-1, 11°, exclut les éléments d'ameublement de la filière textile.
Peut-on mettre une couette dans la borne textile ?#
Non. La filière textile couvre « l'ensemble des textiles d'habillement, linges de maison et chaussures des ménages », selon l'ADEME. Le code de l'environnement y exclut « ceux qui sont des éléments d'ameublement ou destinés à protéger ou à décorer des éléments d'ameublement ». La couette relève de la filière ameublement, Ecomaison.
La loi cite-t-elle les oreillers et les couettes ?#
Non. Le texte vise les catégories « produits rembourrés d'assise ou de couchage » (L. 541-10-1, 10°) et « Literie » (R. 543-240, 4°). C'est Ecomaison, l'éco-organisme, qui liste « couettes et oreillers » nommément dans son champ de filière. La loi et l'opérateur sont cohérents, mais la loi n'emploie pas ces mots.
La reprise en magasin est-elle vraiment gratuite ?#
Oui. Selon Ecomaison, vous pouvez déposer un produit équivalent dans une boutique, sans frais, et sans obligation d'achat dans certains cas. Le même organisme conseille de ne donner matelas, couettes et oreillers à des associations que s'ils sont en bon état.
Depuis quand la filière ameublement couvre-t-elle les couettes et les oreillers ?#
Depuis 2018, date à laquelle les produits rembourrés d'assise et de couchage sont entrés dans le périmètre, Ecomaison et l'ADEME s'accordent. Les éléments de décoration textile (tapis, rideaux) sont entrés au 1er janvier 2022, et Ecomaison les a déployés depuis 2023.
Sources#
- Article L. 541-10-1 du code de l'environnement, Légifrance, version en vigueur depuis le 24 avril 2024
- Article R. 543-240 du code de l'environnement, Légifrance, consulté le 27 août 2026
- Filière Ameublement, Ecomaison, consulté le 27 août 2026
- Filière Éléments d'ameublement (EA), ADEME, consulté le 27 août 2026
- Filière Textiles d'habillement, linges de maison et chaussures (TLC), ADEME, consulté le 27 août 2026
- Rapport d'activité 2025, section « Collecter », Refashion, 2026
- Focus matelas, Ecomaison, consulté le 27 août 2026
- Reprise mode d'emploi, Ecomaison, consulté le 27 août 2026
- Ecomaison, éco-organisme de la maison, Ecomaison, consulté le 27 août 2026





