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Poubelles connectées : un gain mesuré, des promesses

Poubelles connectées : un gain mesuré, des promesses

Par Lucas M.

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Lucas M.

Un capteur de remplissage qui annonce « plein » en permanence, c'est le bug le plus bête qu'on puisse livrer, et il a touché le démarrage des poubelles connectées de Colombes en 2019. Le responsable de la régie propreté l'a raconté au Parisien le 21 juillet 2019 : « En fait, le sac plastique remontait et se bloquait devant le capteur. » Le conteneur se signalait plein alors qu'il ne l'était pas. C'est le faux positif d'un détecteur de collision mal réglé, transposé sur un trottoir.

Ces équipements se vendent avec des pourcentages d'économie qui font rêver, et les capteurs de remplissage (les sondes qui signalent à la collectivité qu'un conteneur se remplit) en sont le cœur. Ce dossier sépare ce qui est mesuré de ce qui est promis. Dans les sources réunies ici, un seul gain repose sur un avant/après chiffré : les 31 % de Pays de Montbéliard Agglomération, sur le seul flux verre, rapportés par la Banque des Territoires. Les autres pourcentages viennent de fabricants, ou d'une projection de 2019. Suivent les technologies de capteur, les seuils de déclenchement, les contre-exemples, puis l'article R. 2224-24 du code général des collectivités territoriales tel que le décret du 27 juillet 2026 l'a réécrit.

Ce que mesurent les capteurs : une distance, envoyée par radio#

Les fiches des fabricants lues pour ce dossier ont un point commun : les plages de mesure s'expriment en centimètres ou en mètres, donc le capteur mesure une distance jusqu'au contenu et la renvoie par réseau radio. Ce qui change, c'est la technologie de mesure, le contenant visé et le réseau. Tout ce qui suit est déclaré par les fabricants sur leurs pages, relevées le 1er octobre 2026 : ce sont des fiches commerciales, à lire comme telles.

TechnologieFabricant et gammeCe que dit la page du fabricant
Laser temps de vol (ToF)Heywaste (BH Environnement)Pour les flux non salissants (emballages, papiers) ; un modèle de la gamme mesure en 3D ; réseaux LoRa (privé et public), Sigfox, LTE-M et Nb-IoT ; autonomie annoncée jusqu'à 7 ans
Radar « anti-salissant »Heywaste (BH Environnement)Pour le verre et les ordures ménagères ; réseaux LoRa (privé et public), Sigfox, LTE-M et Nb-IoT ; autonomie annoncée jusqu'à 7 ans
Ultrason, un faisceauSensoneo, Single Sensor 3.0 et 5.0Plage de 3 à 255 cm, boîtier IP69 ; LoRaWAN, Sigfox, NB-IoT et CAT-M1 (Single 5.0) ; piles remplaçables, autonomie non chiffrée sur la page
Ultrason, quatre faisceauxSensoneo, Quatro SensorPlage de 15 à 400 cm, boîtier IP67 ; GPRS, NB-IoT, LoRaWAN et Sigfox ; piles remplaçables, autonomie non chiffrée sur la page
Barrière infrarouge (BIR)Symes, SmartCleanPour les corbeilles à sac ; portée de 0 à 2,5 mètres, une mesure toutes les 10 minutes, autonomie de 3 ans, IP65, LoRa ou Sigfox
Capteur de distance temps de vol (TOF)Symes, SmartCleanPour les bacs à couvercle ; portée de 0 à 2,5 mètres, une mesure toutes les 10 minutes, autonomie de 3 ans, IP65, LoRa ou Sigfox

Le choix du laser n'est pas neutre. Pays de Montbéliard Agglomération a retenu cette technologie, jugée plus précise que les solutions à ultrasons : c'est le jugement de la collectivité, et aussi l'argument d'un fabricant.

La cadence compte autant que la technologie. Le capteur Heywaste d'origine, présenté en février 2022 par son cofondateur Cyril Pradel à Techniques de l'Ingénieur, mesurait une fois par heure et envoyait toutes les quatre heures, avec une pile annoncée pour quatre à cinq ans et un poids de 170 grammes. Symes affiche aujourd'hui une mesure toutes les 10 minutes. À Rennes Métropole, la Banque des Territoires compte 4 transmissions par jour. Mesurer souvent et parler rarement, c'est à mon sens l'arbitrage classique d'un objet sur pile entre fréquence d'échantillonnage et fréquence d'émission.

Les seuils de déclenchement : 70 % ou 80 %#

Un capteur ne vide rien. Il fait passer un conteneur au-dessus d'une ligne, et c'est la ligne que la collectivité règle.

CollectivitéSeuil publiéDocument
Pays de l'Or (34)Colonnes collectées à partir de 70 % de leur capacité au minimumPage de l'Agglomération, non datée, lue le 1er octobre 2026
Grand Paris Sud Est AvenirNotification au prestataire à 70 % de remplissage, colonnes enterréesRapport annuel déchets 2022
Rennes MétropoleBornes remplies à plus de 80 % collectées en prioritéBanque des Territoires, 22 octobre 2024

Le Pays de l'Or équipe chaque colonne d'apport volontaire d'une sonde : plus de 943 bornes, selon la fiche réf. 012424 de l'ADEME Occitanie, édition de mars 2024. Versailles Grand Parc a notifié son marché de sondes en 2019 et débuté le déploiement en 2020 sur des bornes aériennes, enterrées et semi-enterrées, d'après son rapport annuel déchets 2020.

La façon de choisir les conteneurs à équiper se lit dans l'annexe 5 de l'enquête AMORCE/ADEME de 2015 : Cap Atlantique avait équipé 150 colonnes, réparties en trois tiers, les conteneurs les plus utilisés, les conteneurs « politiquement » sensibles (front de mer, centres urbains) et les conteneurs les plus isolés.

Ce que cherchaient les collectivités équipées en 2015#

L'enquête AMORCE/ADEME d'août 2015 (réf. AMORCE DT 67) est la dernière enquête nationale qu'AMORCE et l'ADEME aient publiée sur ces conteneurs, et elle date. Sur 265 réponses complètes, 4,3 % des collectivités, soit 11, déclaraient en 2015 que leurs colonnes étaient équipées d'un système de ce type. Parmi ces 11, près de 91 % voulaient limiter les débordements ; l'optimisation des tournées n'était citée que par 18,2 % d'entre elles. La location d'une sonde coûtait alors 10 à 13 euros HT par mois, tout compris. Deux modes de transmission étaient proposés : les ondes radio, ou une antenne GPS avec abonnement GPRS.

Entre limiter les débordements et raccourcir les tournées, je ne sais pas lequel des deux arguments justifie le mieux l'achat. L'enquête de 2015 penche vers le premier ; les promesses des fabricants que l'on verra plus bas portent sur le second.

Montbéliard, flux verre : l'avant/après rapporté par la Banque des Territoires#

Le retour d'expérience publié par la Banque des Territoires le 2 juin 2025 sur Pays de Montbéliard Agglomération donne un avant et un après, tels que publiés. « Avant les capteurs, 13,74 tonnes étaient collectées pour 100 km parcourus par les camions. » Après, la collecte du verre atteint 17,58 tonnes pour 100 km, et le gain annuel est de 4 200 litres de carburant. Le même texte écrit : « Par exemple, des économies de 31 % ont été réalisées dans la collecte du verre. »

Le périmètre compte. Ce 31 % porte sur le verre. Je le cite tel qu'il est publié, sans le recalculer à partir des tonnages, et je ne l'étends ni aux ordures ménagères ni aux emballages. Le même retour d'expérience décrit des camions remplis à 95-100 % en fin de tournée.

Le dispositif : 1 100 capteurs à technologie laser, reliés en LoRa, selon la Banque des Territoires en juin 2025. Smart City Mag comptait en mars 2023 un peu moins d'un millier de capteurs installés et 1 445 annoncés pour septembre 2023 ; les deux chiffres sont à lire ensemble. Le projet a coûté environ 300 000 euros, dont 70 % pris en charge par la Région Bourgogne-Franche-Comté selon les deux sources.

Une limite est publiée sans fard : « Mais nous avons constaté que le réseau LoRa n'était pas aussi étendu que l'indiquaient les cartes de couverture, ce qui est courant avec les réseaux radio. » La collectivité l'a remplacé par un réseau propre. Tout dev a déjà vécu ça : l'API documentée n'est pas l'API réelle, et la carte de couverture n'est pas le terrain.

Le périmètre a aussi bougé. En 2021, l'équipement des poubelles des particuliers a été écarté, la proposition ayant été « jugée prématurée » ; le projet porte sur les points d'apport volontaire et les poubelles de parc. Pour le circuit du flux concerné, le point sur le recyclage du verre en France donne le contexte en aval.

Ce que les fabricants annoncent#

Trois chiffres circulent. Aucun n'est une mesure publiée par une collectivité.

Paris Est Marne et Bois, qui a installé des corbeilles Big Belly au Perreux-sur-Marne, écrit sur sa page que la corbeille permet d'« économiser jusqu'à 80 % sur la gestion des déchets », sans mesure à l'appui. La promesse rejoint celle du fabricant : Bigbelly annonce sur son site des collectes réduites de plus de 80 % (« reduce collections by over 80 % »). La page de la collectivité donne aussi une capacité de 600 litres, cinq fois celle d'une corbeille traditionnelle. Cyril Pradel, cofondateur de Heyliot, affirmait dans Smart City Mag le 23 mars 2023 que les collectivités déjà équipées économisaient 20 à 30 %, sans nommer de collectivité. Sigrenea, filiale de SUEZ, affiche sur sa page « - 30 % d'émissions et de consommation de CO₂ », sans source ni périmètre indiqués.

Heyliot est aujourd'hui passé sous pavillon BH Technologies, annoncé le 4 juillet 2025. Bretagne Économique écrit le 7 juillet 2025 que la solution Heywaste est déployée auprès de 45 collectivités, en France et à l'international : c'est un nombre de déploiements, qui ne dit rien des économies obtenues.

Côté prix, des trois fiches de fabricants du tableau, seule celle de Symes affiche un tarif : à partir de 110 euros le capteur et à partir de 3 euros par mois et par capteur avec réseau, selon la page du vendeur au 1er octobre 2026. Les autres montants sont des archives. En février 2022, le cofondateur de Heyliot déclarait un tarif d'entrée de 129 euros par capteur et 5 euros par mois, avant le rachat. En 2015, la location d'une sonde coûtait 10 à 13 euros HT par mois selon l'enquête AMORCE/ADEME.

Colombes, Bruxelles, Montréal, Angers : les contre-exemples#

Colombes d'abord. Le Parisien du 21 juillet 2019 annonçait 15 corbeilles compactrices connectées déployées au début d'août, d'une capacité de 600 litres contre 120 litres pour une corbeille classique, la première étant posée sur le parvis de la mairie depuis la mi-juin 2019. L'objectif tenait en une phrase de la mairie : « À terme, cela nous permettra de diviser par cinq les fréquences de collecte ». Le journal en tire : « Soit une baisse de 65 % des coûts de ramassage des déchets. » C'est une projection d'avant le déploiement, pas un résultat. Elle circule ailleurs présentée comme un résultat ; la source d'origine en fait un objectif.

Deux couples de valeurs existent pour le coût. Grand Paris Durable écrit le 24 mars 2020 : 100 000 euros pour l'achat de 15 Bigbelly. La page de la Ville de Colombes, dans sa version archivée du 24 février 2024, parle de 130 000 euros pour 19 corbeilles connectées, alors que son chapeau évoque quinze conteneurs.

Bruxelles Propreté a testé six corbeilles Bigbelly en 2014, retirées depuis. La DH rapporte le 12 mars 2020 la réponse du ministre bruxellois Alain Maron au Parlement : « le coût prohibitif d'environ 6 000 euros hors TVA par poubelles et hors maintenance a été considéré comme un frein majeur à la généralisation du système ». À Genève, selon Connaissance des Énergies (mise à jour du 6 août 2013), six BigBelly Solar testées trois mois étaient chiffrées de 8 000 à 9 000 francs suisses, soit 6 500 à 7 300 euros, « presque dix fois plus qu'une poubelle traditionnelle ».

À Montréal, La Presse écrit le 4 avril 2024 que le premier arrondissement à avoir adopté des poubelles intelligentes y renonce, le coût cité étant de 10 000 à 15 000 dollars la paire.

À Angers, le rapport annuel déchets 2023 d'Angers Loire Métropole fait état de 200 sondes testées dans 6 communes entre 2022 et 2023, puis d'un déploiement de 1 000 sondes sur les conteneurs à verre acté à partir de 2025. L'essai a porté sur les ordures ménagères, le plastique et le verre. Selon Oxygène Radio le 22 avril 2025 : « Seule l'expérimentation sur le verre s'est avérée concluante. » Le seul flux retenu à Angers est donc le même qu'à Montbéliard.

Rennes : des capteurs depuis 2010, des dépenses publiées#

Rennes Métropole a le parc le plus ancien du dossier. La Banque des Territoires, le 22 octobre 2024 : « Dès 2010, un premier dispositif de télérelève a été mis en place sur le territoire. » Les capteurs communiquaient alors en GSM, avec un abonnement annuel par capteur. Les 3 000 capteurs existants ont ensuite été remplacés et reliés par un réseau LoRa étendu à la Métropole, avec un déploiement de 2019 à 2021. Le parc comptait 5 000 capteurs en octobre 2024, dont 3 500 pour le suivi des points d'apport volontaire, selon la même source. Le seuil de priorité est de plus de 80 % de remplissage.

Le rapport 2023 sur le prix et la qualité du service déchets fixe un plancher pour les bornes d'ordures ménagères : « Pour des raisons d'hygiène, la collecte des bornes ordures ménagères a lieu au moins une fois par semaine. » La ligne d'investissement « Collectes : télérelève » passe de 69 497 euros en 2020 à 44 310 en 2021, 25 791 en 2022 puis 47 520 en 2023. Ces montants sont des dépenses. Dans le tableau des prestataires du même rapport, la ligne « SIGRENEA, Télérelève fonctionnement » porte 142 573 euros en 2020, 155 884 en 2021, 107 457 en 2022 et 140 093 en 2023.

Pour une autre mesure à la source, la tarification incitative qui pèse les déchets suit une logique voisine, côté facture plutôt que côté tournée, et le contrôle d'accès par QR code ou badge en déchèterie relève du même réflexe de comptage. En aval, les robots trieurs des centres de tri mesurent le flux autrement.

Le texte : l'article R. 2224-24 réécrit le 27 juillet 2026#

Dans sa version en vigueur du 13 mars 2016 au 29 juillet 2026, l'article R. 2224-24 du code général des collectivités territoriales prévoyait une collecte des ordures ménagères résiduelles au moins une fois par semaine en porte à porte dans les zones agglomérées de plus de 2 000 habitants permanents, et au moins une fois toutes les deux semaines dans les autres zones. L'exception pour l'apport volontaire de niveau équivalent existait déjà.

Le décret n° 2026-674 du 27 juillet 2026, article 3 (JORF du 28 juillet 2026), réécrit l'article. Depuis le 29 juillet 2026, la fréquence est fixée par arrêté du maire ou du président du groupement, et le I ne s'applique pas aux zones en apport volontaire offrant un niveau de salubrité et de service équivalents. Le texte s'ouvre ainsi : « Les communes ou leurs groupements assurent la collecte des ordures ménagères résiduelles en porte à porte. »

Ce qui suit est mon analyse, pas une position de l'administration. Pour une collecte déclenchée par un seuil de remplissage, c'est désormais l'arrêté local, et non le décret, qu'il faut ouvrir pour savoir quelle fréquence la collectivité s'est fixée. Le plancher hebdomadaire de Rennes cité plus haut vient de son rapport 2023, rédigé sous l'ancienne rédaction de l'article.

Questions fréquentes#

Que mesure un capteur de remplissage de poubelle ?#

Une distance. Les fiches des fabricants donnent des plages de mesure en centimètres ou en mètres (3 à 255 cm pour un Single Sensor de Sensoneo, 0 à 2,5 mètres pour le SmartClean de Symes), et le capteur renvoie sa mesure par réseau radio : LoRa, Sigfox, LTE-M, NB-IoT. Ces caractéristiques sont déclarées par les fabricants.

À quel taux de remplissage la collecte se déclenche-t-elle ?#

Cela dépend de la collectivité. Pays de l'Or collecte ses colonnes à partir de 70 % de leur capacité au minimum, Grand Paris Sud Est Avenir notifie son prestataire à 70 % (rapport 2022), et Rennes Métropole cible en priorité les bornes remplies à plus de 80 %, selon la Banque des Territoires.

Quel gain une collectivité a-t-elle publié ?#

Dans ce dossier, Pays de Montbéliard Agglomération : la collecte du verre passe de 13,74 à 17,58 tonnes pour 100 km, avec 4 200 litres de carburant gagnés par an et « des économies de 31 % », selon la Banque des Territoires (2 juin 2025). Le 65 % de Colombes est une projection du Parisien datée du 21 juillet 2019.

Combien coûte un capteur de remplissage ?#

Symes affiche à partir de 110 euros le capteur et à partir de 3 euros par mois avec réseau, relevé le 1er octobre 2026 sur la page du vendeur. Les autres montants sont anciens : 129 euros et 5 euros par mois chez Heyliot en février 2022, location de 10 à 13 euros HT par mois selon l'enquête de 2015.

Que change le décret du 27 juillet 2026 pour la collecte ?#

Le décret n° 2026-674 réécrit l'article R. 2224-24 du CGCT : depuis le 29 juillet 2026, la fréquence de collecte des ordures ménagères résiduelles est fixée par arrêté du maire ou du président du groupement, et le I ne s'applique pas aux zones en apport volontaire offrant un niveau de salubrité et de service équivalents.

Sources#

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