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Radiographies : où les déposer, personne n'est d'accord

Radiographies : où les déposer, personne n'est d'accord

Par Guillaume P.

11 min de lecture
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Guillaume P.

Tapez « où jeter mes radios » et vous tomberez partout sur la même phrase : en pharmacie ou en déchèterie. Deux mots, aucune procédure. Rien sur ce que devient le film, rien sur la différence entre le particulier qui a quelques clichés dans un tiroir et le cabinet dentaire qui en a des cartons entiers. Et surtout, rien sur la raison pour laquelle deux sources institutionnelles ne donnent pas le même statut à ce déchet.

En clair : un particulier avec quelques clichés passe par sa déchèterie ou par un repreneur qui accepte les petits volumes. Un cabinet dentaire ou un établissement de santé passe par un opérateur spécialisé qui vient collecter sur site. La pharmacie, elle, n'est pas un point de dépôt garanti : sa participation dépend d'initiatives locales, pas d'une filière nationale.

Le film est-il un déchet dangereux ? Ça dépend qui répond#

C'est là que le sujet devient intéressant, et c'est le point que le SERP escamote systématiquement.

La nomenclature des déchets française, celle de l'annexe II de l'article R.541-8 du code de l'environnement, range le film argentique au chapitre 09, l'industrie photographique. Le code est 09 01 07 : « Pellicules et papiers photographiques contenant de l'argent ou des composés de l'argent ». Dans cette liste, les déchets dangereux portent un astérisque. Le 09 01 07 n'en a pas.

Ce qui porte l'astérisque dans ce chapitre, ce sont les liquides : bains de développement, bains de fixation, solutions de récupération d'argent. Pas le support.

CodeLibellé de la nomenclatureStatut
09 01 07Pellicules et papiers photographiques contenant de l'argent ou des composés de l'argentNon dangereux
09 01 08Même type de support, sans argentNon dangereux
09 01 06*Déchets contenant de l'argent provenant du traitement in situ des déchets photographiquesDangereux
18 01 06*Produits chimiques à base de ou contenant des substances dangereuses, soins humainsDangereux
18 02 05*Même libellé, volet vétérinaireDangereux

Sauf que l'ORDECO, l'observatoire régional des déchets d'Occitanie, écrit exactement l'inverse : les « films radiologiques usagés sont classés comme déchets dangereux car ils présentent un risque toxique pour le milieu naturel, dû à la présence notamment de sels d'argent ». Et il les rattache aux codes 18 01 06* et 18 02 05*, ceux du chapitre des soins médicaux et vétérinaires.

Les deux positions se défendent. La nomenclature précise que le chapitre à retenir se détermine par la source du déchet, et un cliché sorti d'un cabinet dentaire vient bien d'un établissement de soins, pas d'un labo photo. Mais le libellé de ces codes 18 vise littéralement des « produits chimiques ». Ça colle sans discussion aux bains de développement du cabinet. Beaucoup moins au support film lui-même.

Sur ce point précis, je ne tranche pas. Je n'ai trouvé aucun texte qui dise noir sur blanc lequel des deux chapitres l'emporte pour un cliché. Ce que je constate, c'est que ce flou explique à lui seul pourquoi vous lirez une consigne différente sur chaque page. Ce n'est pas de la négligence rédactionnelle, c'est un désaccord réel.

Où déposer, selon qui vous êtes#

Le conseil « rapportez vos radios » ne veut rien dire tant qu'on ne précise pas de quel volume on parle. Les opérateurs de la filière, eux, le précisent très bien.

Le particulier avec quelques clichés#

Vous avez une enveloppe de radios dentaires ou deux clichés thoraciques dans un placard. Vous n'êtes le client de personne, et il faut l'assumer tout de suite.

Valorema, opérateur français spécialisé sur ce flux, l'écrit sans détour sur son propre site : « nous n'avons malheureusement pas la possibilité de récupérer les radiographies des particuliers ayant un stock inférieur à 100 kg de radios ». Cent kilos de film. Personne n'a cent kilos de film chez soi.

Et il n'y a pas de filet de sécurité derrière. Je n'ai identifié aucun éco-organisme ni aucune filière à responsabilité élargie du producteur dédiée à ce flux, rien qui ressemble à ce qui existe pour les appareils électroniques et les DEEE. Tout repose apparemment sur des opérateurs privés spécialisés, ce qui change complètement la donne : ils prennent ce qui les intéresse économiquement, et rien d'autre.

Restent deux voies praticables. La déchèterie de votre collectivité d'abord, en sachant que les flux acceptés varient d'une commune à l'autre : le guide des déchets acceptés et refusés en déchèterie vaut le coup d'œil avant de charger le coffre. Et le rachat par un repreneur ensuite. Metalcash, société active depuis 2012 et présente en France, en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, affiche 2,00 euros le kilo pour les radiographies argentiques antérieures à 2000, et environ la moitié pour les clichés numériques ou récents. Condition posée par l'opérateur : des « radiographies sèches, sans feuilles, enveloppes, cartons ni papiers, sans mélange avec d'autres déchets ». Autrement dit, vous sortez le film de sa pochette avant l'envoi.

Un détail de calendrier à vérifier avant de vous lancer : fin juillet 2026, l'opérateur indiquait des bureaux fermés jusqu'au 9 août, avec un contact par WhatsApp uniquement.

Le cabinet dentaire#

C'est le cas le plus mal servi par l'information disponible, et de loin.

Ce cas de figure est fréquent : un cabinet garde ses clichés empilés dans une réserve depuis des années. La question tourne en boucle entre le secrétariat et le prestataire DASRI, et personne ne sait la trancher. Normal : le film n'est pas un DASRI. Il n'est pas infectieux, il ne suit pas le bordereau Cerfa 11351 ou 11352 réservé aux déchets d'activités de soins à risques infectieux. C'est un flux à part, avec son propre circuit, et il n'a rien à voir avec les emballages DASRI réemployables dont on parle beaucoup en ce moment.

Valorema présente son service comme réservé aux professionnels et aux grandes quantités. Un cabinet a donc le statut, sans forcément avoir le volume, et il est de toute façon trop professionnel pour se contenter de la déchèterie municipale. Les sorties qui restent : appeler l'opérateur pour savoir à partir de quel stock il se déplace, stocker au sec en attendant, ou se regrouper avec d'autres praticiens du secteur. À défaut, l'envoi à un repreneur qui accepte les petits lots.

Sur la traçabilité, autant le dire tout de suite : je n'ai pas trouvé de texte imposant un bordereau de suivi spécifique au film radiographique argentique hors circuit DASRI. Ce qui est certain, c'est que Trackdechets, la plateforme d'État, trace les déchets dangereux, l'amiante, les fluides frigorigènes, les DASRI et les véhicules hors d'usage. Ce qui ne l'est pas, c'est le périmètre exact d'applicabilité à ce flux, qui dépend directement du désaccord de classification exposé plus haut. Si vous êtes praticien, posez la question à votre prestataire et gardez sa réponse écrite.

L'établissement de santé#

Là, tout devient simple, parce que le volume fait exister le marché. Valorema propose une collecte sous 48 heures et des conventions de partenariat pluriannuelles aux établissements de santé. Un hôpital qui vide ses archives ne cherche pas où déposer, il se fait collecter. Le sujet n'existe que pour les petits détenteurs.

Et la pharmacie ? La réponse honnête, c'est qu'on ne sait pas#

C'est le conseil le plus répété du web, et le moins étayé de tout ce dossier.

Une source secondaire décrit une démarche « de plus en plus encouragée », mais « soumise à certaines conditions », et précise que « certaines pharmacies participent à des campagnes ou partenariats organisés ». Participation variable, ponctuelle, locale. Pas une filière réglementaire.

J'ai cherché une confirmation officielle. Sur le site de l'Ordre national des pharmaciens, aucune page dédiée. Sur celui de l'ARS, rien non plus par le chemin que j'ai suivi. Le portail du ministère de la Santé, lui, m'a renvoyé un écran de vérification et je n'ai rien pu y lire du tout, donc je ne peux même pas dire ce qu'il contient. Ce qui ne prouve pas qu'un dispositif n'existe pas. Ça prouve qu'il n'est pas documenté là où un particulier irait naturellement le chercher.

Conséquence pratique, la seule qui compte : appelez votre pharmacie avant d'y aller. Si elle participe, tant mieux. Si elle ne participe pas, vous ne lui reprochez rien, elle n'a aucune obligation de le faire.

Ce que devient le film après la collecte#

L'argent du film part à l'affinage. Selon Valorema, « après affinage les sels d'argent sont réutilisés dans l'industrie en tant que matière première secondaire », avec deux débouchés cités : les alliages métalliques étain-argent pour la soudure électronique, et la bijouterie.

La boucle est amusante quand on y pense. L'argent qui a servi à photographier une molaire en 1997 finit peut-être dans une brasure de carte électronique, laquelle repartira un jour vers une filière de récupération des métaux précieux de l'électronique. Le même métal, deux vies, deux industries qui s'ignorent poliment. C'est exactement la logique de l'urban mining : les gisements ne sont plus sous terre, ils sont dans nos tiroirs et nos réserves d'archives.

Une nuance technique, en confiance moyenne celle-là. Metalcash rachète aussi des radiographies dites numériques, à un tarif moitié moindre. Ce qui laisse penser qu'il existe des films imprimés à partir d'images numériques, à faible teneur en argent, distincts à la fois du film argentique développé chimiquement et du capteur numérique sans aucun support physique. Je n'ai pas trouvé de source technique indépendante confirmant cette distinction, donc prenez-la comme une hypothèse cohérente avec la grille tarifaire, pas comme un fait établi.

Questions fréquentes#

Une radiographie est-elle un déchet dangereux ?#

Ça dépend de la source consultée. La nomenclature de l'annexe II de l'article R.541-8 classe le film argentique en 09 01 07, sans astérisque, donc non dangereux dans cette rubrique. L'observatoire régional ORDECO le classe à l'inverse comme dangereux, via les codes 18 01 06* et 18 02 05*. Les deux lectures coexistent.

Puis-je déposer mes radiographies en pharmacie ?#

Peut-être, et seulement peut-être. Certaines officines participent à des campagnes ou à des partenariats organisés, mais aucun organisme officiel n'a confirmé de dispositif national. Aucune pharmacie n'est tenue de les reprendre. Appelez avant de vous déplacer, c'est le seul conseil solide.

Combien vaut un kilo de radiographies ?#

Metalcash affiche 2,00 euros le kilo pour les radiographies argentiques antérieures à 2000, et environ la moitié pour les clichés numériques ou récents. Le film doit être sec, sorti de ses enveloppes et cartons, et non mélangé à d'autres déchets. Valorema, lui, ne reprend pas les stocks de particuliers en dessous de 100 kg.

Une radiographie est-elle un DASRI ?#

Non. Le film n'est pas infectieux et ne relève pas du circuit des déchets d'activités de soins à risques infectieux, ni de ses bordereaux Cerfa 11351 et 11352. C'est un flux distinct, à ne pas confier au prestataire DASRI par défaut sans lui poser la question.

Un cabinet dentaire doit-il un bordereau de suivi pour ses films ?#

Aucun texte imposant un bordereau de suivi spécifique au film radiographique argentique n'a pu être identifié. Trackdechets, la plateforme d'État, trace bien les déchets dangereux, mais son applicabilité à ce flux dépend de la classification retenue, qui reste discutée. Faites confirmer par votre prestataire.

Sources#

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