Aller au contenu
Casque de vélo usagé : pourquoi il n'a pas de seconde main

Casque de vélo usagé : pourquoi il n'a pas de seconde main

Par Guillaume P.

12 min de lecture
Lien copié dans le presse-papiers
Guillaume P.

Sur les groupes de revente locaux, tout le matériel de vélo circule d'occasion. Pédalier, selle, cuissard, tout y passe. Le casque, jamais. La raison tient en une phrase de l'ADEME qui tranche le débat sans détour, sur une page que quasiment personne ne cite.

Un casque de vélo est un équipement de protection individuelle (EPI). L'ADEME l'écrit sans détour : « pour des raisons de sécurité, les équipements de protection individuelles ne peuvent pas être revendus d'occasion ou donnés ». Ce n'est pas une recommandation de prudence, c'est la règle du service public de tri. Le casque a même son propre code dans le barème Ecologic 2026.

Réponse directe : un casque de vélo usagé ne se revend pas et ne se donne pas, l'ADEME l'interdit pour raisons de sécurité, car un choc peut l'endommager sans trace visible. Il se dépose gratuitement chez un distributeur ou en déchèterie, dans la zone articles de sport et de loisirs, pour un traitement en recyclage matière puis valorisation énergétique.

Ce que dit vraiment l'ADEME sur le casque d'occasion#

La page officielle « Casque de vélo » de quefairedemesdechets.ademe.fr ne laisse pas de place à l'interprétation : les EPI « ne peuvent pas être revendus d'occasion ou donnés ». Aucun des blogs marchands qui trustent les premiers résultats de recherche sur « quand changer son casque de vélo » ne cite cette page ni cette phrase. Ils répètent tous la même consigne, « un choc, un casque », sans jamais dire ce que le casque devient une fois écarté.

La réponse existe, et elle est documentée par l'ADEME elle-même : un casque usagé se dépose gratuitement chez le distributeur ou en déchèterie, dans la zone dédiée aux articles de sport et de loisirs. Il y est ensuite traité par récupération et recyclage des matières premières recyclables, puis valorisation énergétique, avant élimination des déchets ultimes pour ce qui ne peut ni se recycler ni se valoriser.

Pourquoi un casque ne se revend pas, alors qu'un vélo entier se remet en circulation#

C'est la partie qui surprend le plus, y compris moi la première fois que je l'ai lue en entier. Le livret publié par Ecologic et ESS France sur la filière des articles de sport et de loisirs (ASL) exclut explicitement les EPI des déclarations de réemploi. Noir sur blanc : « exclus des déclarations de réemploi : les équipements de protection individuels (EPI) et les produits neufs invendus ».

Autrement dit, un casque qui entre dans la filière ASL y entre pour être collecté et traité, jamais pour être remis en vente. C'est l'inverse de ce qui se passe pour un vélo entier, dont le réemploi reste la voie privilégiée avant le recyclage. Le cadre est le même, la finalité est opposée, et c'est justement ce paradoxe que le SERP dominant ne relève jamais.

Pourquoi un choc, même invisible, condamne le casque#

La raison technique tient en une phrase du Bicycle Helmet Safety Institute (BHSI) : la mousse d'un casque est conçue pour un usage unique, et après un écrasement, elle n'offre plus la même protection, même si le casque paraît intact. Le BHSI va plus loin : les coques fines des casques actuels masquent souvent les enfoncements de la mousse, si bien que beaucoup de cyclistes croient sincèrement ne pas s'être cognés alors que la protection a déjà travaillé.

Ce mécanisme n'est pas un résultat d'étude scientifique publiée. C'est ce que rapportent trois acteurs qui vivent de la sécurité cycliste au quotidien : le BHSI, la marque Lazer et la marque Decathlon.

  • Lazer : « un impact compresse souvent la couche de mousse interne de façon imperceptible. Aucun dommage ni déformation visible, mais la structure du casque est désormais compromise. »
  • Decathlon : « une fois que le casque a été endommagé, il a fait son office, même si ce n'est pas toujours visible. »
  • Consigne du BHSI après une chute : remplacement immédiat.

Sur la durée de vie hors accident, les avis divergent, et je préfère le dire avec la fourchette plutôt qu'avec un chiffre unique qui ferait illusion. Lazer recommande un remplacement tous les un à trois ans. Le BHSI relève que la plupart des fabricants annoncent cinq ans, certains trois, avec une réserve explicite : une partie de cette recommandation relève du marketing plus que d'une nécessité technique démontrée. Ce sont des préconisations de fabricants, pas des obligations réglementaires.

Que dit la norme du casque, et depuis quand#

Un casque de vélo vendu en France répond à la norme NF EN 1078+A1, « Casques pour cyclistes et pour utilisateurs de planches à roulettes et de patins à roulettes », publiée par l'AFNOR le 9 février 2013. Cette norme française reprend la norme européenne EN 1078:2012+A1:2012, listée comme norme harmonisée au Journal officiel de l'Union européenne (JOUE C 113 du 27 mars 2018, référence publiée le 21 avril 2018), sous le règlement (UE) 2016/425 relatif aux équipements de protection individuelle. Un casque conforme à cette norme harmonisée bénéficie d'une présomption de conformité aux exigences essentielles de santé et de sécurité du règlement.

Une révision est en cours : un projet de norme, PR NF EN 1078, a fait l'objet d'une enquête publique close le 15 mars 2023, non publiée à ce jour.

Côté réglementation sportive, le casque de vélo figure parmi les EPI listés à l'annexe III-3 du code du sport, sous l'intitulé « articles de protection de la tête tels que les casques, couvre-chefs légers ». Ce texte encadre surtout la location et la mise à disposition réitérée d'un EPI-SL d'occasion par un professionnel : celui qui la propose doit s'assurer que l'équipement respecte les conditions fixées par le fabricant dans sa notice, sous peine d'une amende contraventionnelle de cinquième classe. Cette disposition vise le loueur professionnel, pas la vente entre particuliers, c'est l'ADEME qui pose l'interdiction générale de revente pour raisons de sécurité.

La filière ASL en chiffres#

Le casque porte sa propre ligne dans le barème d'éco-contribution Ecologic. Le casque de vélo relève de la filière REP des articles de sport et de loisirs (ASL), confiée à Ecologic, seul éco-organisme agréé pour cette filière depuis le 31 janvier 2022 et jusqu'au 31 décembre 2027. Le barème d'éco-contributions applicable à partir du 1er janvier 2026 porte une ligne nommée « Casque de vélo », code ASLSMA16, facturée 0,087 € HT par unité mise sur le marché.

DonnéeValeurSourceAnnée
Éco-contribution du casque de vélo (ASLSMA16)0,087 € HTBarème Ecologic ASL2026
Tonnage ASL mis sur le marché115 000 tADEME, portail filières REP2024
Tonnage ASL collecté15 000 tADEME, portail filières REP2024
Tonnage ASL réemployé3 700 tADEME, portail filières REP2024
Objectif de recyclage, catégorie cycles et EDPM non motorisés59 % en 2024, 62 % en 2027Cahier des charges ASL, Legifrance2021
Objectif de recyclage, catégorie pratique sportive et plein air35 % en 2024, 50 % en 2027Cahier des charges ASL, Legifrance2021

Ces objectifs de recyclage, calculés sur les quantités collectées non réemployées, comme les objectifs de réemploi qui les accompagnent dans le cahier des charges (9 % en 2024 puis 14 % en 2027 pour les cycles, 4 % puis 5 % pour la pratique sportive), s'appliquent aux catégories ASL dans leur ensemble. Le casque, exclu du réemploi par construction, pèse sur le volet recyclage de ces objectifs, jamais sur le volet réemploi.

Le rattachement du casque à cette filière n'est pas une déduction de ma part : il découle de l'article R543-330 du code de l'environnement, qui range les cycles et les engins de déplacement personnel non motorisés dans la famille 1° des articles ASL, la pratique sportive et les activités de plein air dans la famille 2°, et précise que « les accessoires sont rattachés aux familles des produits qu'ils complètent ». Le barème 2026 nomme ensuite le casque en toutes lettres, dans l'univers Mobilité active. C'est le même principe qui structure la filière DEEE pour les appareils électriques et électroniques : un éco-organisme agréé, un barème par produit, des objectifs chiffrés par catégorie.

Ce que devient concrètement un casque une fois déposé#

L'ADEME décrit une chaîne de traitement en trois temps : récupération et recyclage des matières premières recyclables, puis valorisation énergétique par incinération avec récupération de chaleur, puis élimination des déchets ultimes pour ce qui ne rentre dans aucune des deux étapes précédentes. Un casque combine plusieurs matériaux, une coque en plastique (PET, polycarbonate, fibre de verre ou ABS selon les modèles), une doublure en mousse EPS, des sangles en nylon ou en polyéthylène, ce qui explique qu'il faille le désassembler plutôt que le recycler d'un seul bloc.

Aux États-Unis, le BHSI est catégorique sur ce point : il ne connaît aucun programme de recyclage dédié aux casques de vélo. En France, la situation diffère un peu : l'ADEME décrit un traitement organisé avec une étape de récupération matière avant valorisation énergétique, ce qui n'équivaut pas à un recyclage intégral du casque, mais reste un traitement structuré, très loin du sac poubelle. La filière est jeune, opérationnelle depuis le 31 janvier 2022 seulement, ce qui explique en partie pourquoi la granularité publique s'arrête, à ce jour, aux catégories ASL et ne descend pas jusqu'au tonnage de casques traités individuellement.

Sur ce point, j'hésite encore à trancher si cette REP, si récente, ira au bout de sa promesse de traitement matière ou si elle finira comme d'autres filières jeunes, à privilégier la valorisation énergétique parce que c'est la voie la plus simple à massifier. Ce n'est pas propre au casque : la filière REP textile connaît le même genre de tensions entre ambition affichée et réalité des tonnages traités.

Le casque n'est pas le seul EPI sportif concerné#

Cette logique dépasse largement le vélo. D'autres équipements de sport et de loisirs suivent le même sort : conçus pour protéger une seule fois, exclus du réemploi, orientés vers le recyclage matière. C'est le cas des skis et des raquettes en fin de vie, où la REP existe mais où le recyclage matière coince encore. Et hors du sport, la même logique de sécurité prime sur le réemploi pour les vêtements de travail et les EPI professionnels, où la protection individuelle prime toujours sur la seconde main.

Ce que je retiens de ce dossier : la France a mis en place un cadre réglementaire précis, une norme harmonisée européenne, une filière REP dédiée, un barème qui nomme le produit ligne par ligne, pour un objet que la plupart des cyclistes jettent encore avec leurs ordures ménagères faute de savoir qu'une déchèterie a une zone dédiée. Le problème n'est pas l'absence de règles, c'est leur invisibilité.

FAQ#

Peut-on vendre un casque de vélo d'occasion ?#

Non. L'ADEME l'indique explicitement sur sa page officielle : les équipements de protection individuelle, dont le casque de vélo, ne peuvent pas être revendus d'occasion ni donnés, pour des raisons de sécurité. Un choc antérieur, même invisible, peut avoir compromis la protection.

Où déposer un casque de vélo usagé ?#

Gratuitement chez un distributeur ou en déchèterie, dans la zone dédiée aux articles de sport et de loisirs. Il y est ensuite traité par récupération des matières recyclables, puis valorisation énergétique, avant élimination des déchets ultimes pour le reste.

Un casque de vélo se recycle-t-il vraiment ?#

En France, l'ADEME décrit un traitement avec récupération des matières premières recyclables suivie d'une valorisation énergétique, un processus structuré même s'il n'équivaut pas à un recyclage intégral du casque. Aux États-Unis, le BHSI affirme ne connaître aucun programme de recyclage dédié aux casques de vélo.

Pourquoi un casque de vélo ne dure-t-il qu'un seul choc ?#

Selon le BHSI, la mousse d'un casque est conçue pour un usage unique : après un écrasement, elle n'offre plus la même protection, même si le casque semble intact. Lazer et Decathlon confirment ce principe : un choc peut compresser la mousse sans laisser de trace visible.

Le casque de vélo est-il concerné par une filière REP ?#

Oui. Il relève de la filière REP des articles de sport et de loisirs, confiée à Ecologic depuis le 31 janvier 2022. Le barème 2026 de l'éco-organisme porte une ligne nommée « Casque de vélo », code ASLSMA16, à 0,087 € HT par unité.

Sources#

Lien copié dans le presse-papiers

À lire aussi