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Gore-Tex : pourquoi votre veste ne se recyclera jamais

Gore-Tex : pourquoi votre veste ne se recyclera jamais

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Votre veste Gore-Tex ne finira pas recyclée. Ni cette année, ni en 2030. Pas par manque de bonne volonté ou de décret, mais parce qu'un vêtement outdoor imperméable est conçu pour ne jamais se défaire. Et ça, aucune loi ne le change. Le recyclage d'une membrane Gore-Tex, aujourd'hui, c'est du vent marketing. La seule chose qui marche vraiment, c'est de la réparer.

Reprenons calmement, parce que sur ce sujet on mélange tout : la membrane, les traitements chimiques, l'interdiction française, la restriction européenne. Ce ne sont pas les mêmes choses, ni le même calendrier.

La membrane, c'est un sandwich collé qu'on ne sépare pas#

Une membrane Gore-Tex classique, c'est de l'ePTFE, du polytétrafluoroéthylène expansé. Une feuille d'environ 0,01 mm d'épaisseur, percée de milliards de pores au centimètre carré. Seule, cette membrane ne sert à rien : elle est laminée, c'est-à-dire collée, entre un textile extérieur et une doublure intérieure. Trois couches, trois polymères différents, assemblés pour de bon.

Le problème est là, entier. Le recyclage textile mécanique exige un lot d'entrée d'un seul type de polymère. Un flux propre, homogène, qu'on broie et qu'on refile. Un laminé multicouche, c'est l'inverse absolu : des matières distinctes soudées ensemble qu'on ne resépare pas proprement. Résultat, la veste sort du circuit du recyclage matière avant même d'y entrer.

C'est exactement le même verrou que sur les composites collés des skis et raquettes ou sur les pales d'éoliennes en composite. Quand deux ou trois matériaux sont mariés sous presse, personne ne sait les divorcer à l'échelle industrielle et à un coût qui tient debout. Je n'ai trouvé aucun taux de recyclage chiffré pour ces membranes. Normal : il n'y a pas de filière à mesurer.

PTFE, PFC, PFAS : arrêtons de tout confondre#

Ici, un piège que même la presse répète. Le PTFE de la membrane, ce n'est pas le méchant qu'on pointe du doigt dans les PFAS. Gore le décrit comme inerte, insoluble dans l'eau, extrêmement stable et non biodégradable. C'est un fluoropolymère, et la marque le distingue nettement des PFC dits préoccupants, ceux qu'on retrouvait dans un tout autre endroit du vêtement : le traitement déperlant.

Le déperlant, le fameux effet qui fait perler les gouttes en surface, c'est le DWR. Et c'est lui qui concentrait les perfluorés problématiques. En 2016, un test Greenpeace trouvait des PFC dans 90 % des produits outdoor examinés. Depuis, l'industrie a bougé : Gore visait l'élimination des PFC préoccupants de ses déperlants d'ici 2023, avec déjà environ 85 % de ses unités converties en 2020. Bonne nouvelle sur la chimie. Aucun effet, en revanche, sur la recyclabilité du vêtement. Un déperlant plus propre reste collé à un laminé toujours aussi impossible à séparer.

Interdiction française actée, restriction européenne en sursis#

Côté loi, là aussi on entend n'importe quoi. Alors soyons précis.

La France a tranché avec la loi n°2025-188 du 27 février 2025. Depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l'importation et la mise sur le marché de vêtements, de chaussures et de leurs imperméabilisants contenant des PFAS sont interdites. Exceptions : les équipements de protection, comme ceux des militaires ou des pompiers. Les stocks fabriqués avant cette date peuvent être écoulés jusqu'au 1er janvier 2027. L'interdiction s'étendra à l'ensemble des textiles en 2030, avec des dérogations à préciser par décret pour certains usages industriels. C'est dans la même logique que l'interdiction des PFAS dans les cosmétiques rincés, entrée en vigueur au même moment.

Au niveau européen, en revanche, rien n'est acté. La restriction PFAS portée sous REACH par cinq États est encore au stade de l'évaluation scientifique. Le comité d'évaluation des risques a rendu son avis en mars 2026, l'avis final du comité socio-économique est attendu pour fin 2026. Ensuite seulement, la Commission devra rédiger puis adopter le texte, avec une application effective estimée autour de 2027-2029 selon les cabinets qui suivent le dossier. Donc non, l'Europe n'interdit pas encore les PFAS dans le textile. Quand vous lisez le contraire, c'est faux.

L'ePE change la chimie, pas la structure#

Gore a lancé en 2022 une nouvelle membrane, l'ePE, en polyéthylène expansé. Elle devient la membrane par défaut sur les collections 2026. Plus fine, plus légère, et surtout fabriquée sans PFAS intentionnellement ajouté. Attention à la formulation exacte : sans PFAS intentionnellement ajouté, ce qui autorise des traces résiduelles selon le fabricant. Ce n'est pas « zéro PFAS », c'est « pas de PFAS mis exprès ».

C'est un vrai progrès sur la toxicité. Mais ça ne règle strictement rien au recyclage. La membrane ePE reste collée à un textile extérieur d'une autre nature. Le vêtement fini demeure un laminé multicouche inséparable. Aucune source ne documente une meilleure recyclabilité de la veste. On a résolu un problème chimique, pas le problème structurel. C'est là que j'hésite honnêtement : difficile de savoir si Gore travaille sur une membrane mono-matière recyclable ou si l'ePE est simplement le meilleur compromis chimique du moment. Rien de public ne tranche.

Réparer, la seule case qui reste vraiment#

Puisqu'on ne sait pas défaire la veste, la seule stratégie sérieuse, c'est de la garder en vie. Et là, contrairement au recyclage, l'écosystème existe.

Gore anime un réseau de réparation en France, avec des centres agréés comme Cotenor, adossé à Au Vieux Campeur du côté de Vimoutiers, ou Green Wolf près d'Annecy. Millet, de son côté, revendique 5 000 produits réparés depuis 2004 dans son atelier normand, équipé pour souder, coller, coudre et réimperméabiliser. Ce sont des chiffres modestes, mais c'est du concret, contrairement au mirage du recyclage.

Un détail technique qui compte : une membrane imperméable ne se recoud pas à la machine. Chaque point d'aiguille crée un nouveau passage pour l'eau. On répare par patch collé ou soudé, pas à la surjeteuse. C'est un vrai savoir-faire, pas un geste de couture du dimanche.

Anecdote de terrain : ma propre veste de rando a une déchirure nette à l'épaule depuis deux hivers. Mon premier réflexe a été de la remplacer. Mauvais calcul. Un patch adhésif technique et elle a repris du service, alors qu'une veste neuve, c'est un laminé de plus qui partira un jour à l'incinérateur faute de filière. Pour amortir la note, il y a le Bonus Réparation textile, une aide de 6 à 25 euros selon le type d'intervention chez un réparateur labellisé. Ça ne paie pas tout, mais ça enlève l'excuse du « trop cher ».

En clair : oubliez l'idée qu'on recyclera un jour votre Gore-Tex en boucle fermée. Le vrai levier, c'est de repousser l'achat suivant, exactement comme pour le textile où le fameux 1 % fibre-à-fibre est trompeur. Une veste réparée dans un repair café ou chez un centre agréé, c'est le seul recyclage qui marche vraiment sur ce produit : celui qui n'a pas lieu, parce que l'objet dure.

Sources#

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