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Recyclage du vélo : pourquoi c'est le dernier recours

Recyclage du vélo : pourquoi c'est le dernier recours

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

On recycle un vélo comme on recycle un smartphone : quand tout le reste a échoué. Le recyclage de vélos usagés, la vraie version, celle où on broie le cadre pour récupérer l'acier et l'aluminium, c'est le dernier maillon de la chaîne, pas le premier. Et pourtant c'est le mot qu'on entend partout.

Les chiffres disent l'inverse du bon sens. Selon le ministère de la Transition écologique, 90 % des cycles jetés pourraient repartir sur la route, mais on n'en réemploie que 4 000 tonnes par an. Pendant ce temps, 30 000 tonnes de cycles et de trottinettes finissent à la benne chaque année en France, sur les 40 000 tonnes mises sur le marché. Faites le calcul de tête : on jette presque autant qu'on vend. Reprenons dans l'ordre, parce que sur ce sujet on empile trois gestes qui n'ont rien à voir.

Recycler la matière, c'est déjà avoir perdu#

Quand un cadre arrive vraiment en fin de vie, il rejoint la filière REP des articles de sport et de loisirs, pilotée par l'éco-organisme Ecologic. Le vélo est démantelé en centre de traitement, l'acier et l'aluminium partent au recyclage, les plastiques sont triés, et ce qui n'est pas récupérable finit incinéré ou enfoui. Sur le papier, c'est propre.

Sauf que récupérer le métal d'un vélo, ça veut dire qu'on a détruit un objet qui roulait encore neuf fois sur dix. L'acier et l'aluminium se recyclent très bien, personne ne dit le contraire : près de 47 % de l'aluminium consommé en France vient déjà du recyclage, et 40 % de la production d'acier sort de ferrailles. Mais broyer un cadre pour en tirer quelques kilos de ferraille, c'est l'aveu qu'on a raté toutes les étapes d'avant. C'est le même verrou que sur les skis et raquettes en fin de vie, rattachés à cette même filière : le recyclage matière n'est valorisant que quand il n'y a plus rien d'autre à faire.

Le cas du vélo électrique est à part. Sa batterie le fait basculer dans la filière des équipements électriques, gérée par Ecosystem et Ecologic. Là, le démantèlement et la dépollution sont obligatoires, comme pour n'importe quelle batterie lithium. Mais un VAE en bon état n'a rien à y faire : il se donne, il se revend, il se répare.

Réparation, réemploi, recyclage : trois étages qu'on confond#

Voilà le nœud. On met tout dans le même sac alors que ce sont trois gestes distincts, dans un ordre précis.

  • Réparer, c'est garder le même vélo en vie chez la même personne.
  • Réemployer, c'est le remettre en circulation chez quelqu'un d'autre : occasion, don, reconditionné.
  • Recycler la matière, c'est le broyer.

Le cadre légal existe depuis un moment. La loi anti-gaspillage de février 2020 a créé la filière REP des articles de sport et de loisirs, un décret de septembre 2021 y a rangé les cycles, et le dispositif est entré en application le 1er janvier 2022. Ecologic a été agréé pour la piloter jusqu'à fin 2027. En clair : l'argent et l'organisation sont là. Le problème n'est pas la loi, c'est qu'on active le mauvais étage.

Le vrai levier : empêcher le vélo de mourir#

Là où ça devient concret, c'est sur la réparation. Depuis juillet 2024, le Bonus Répar Cycles prend en charge une partie de la facture chez un réparateur labellisé : 15 euros de réduction pour une réparation d'au moins 65 euros TTC, 30 euros à partir de 120 euros TTC. Financé par Ecologic, pérenne, avec près de 4 700 points de réparation référencés en 2025 et une enveloppe d'environ 175 millions d'euros à distribuer d'ici fin 2027.

Rien à voir avec l'ancien Coup de pouce vélo de 2020, plafonné à 50 euros et coupé après moins d'un an. Ce dispositif d'urgence post-confinement avait quand même financé 1,9 million de réparations. Le Bonus Répar, lui, ne s'arrête pas. Et le marché suit : l'Observatoire du Cycle chiffre la réparation à 128 millions d'euros de main-d'œuvre en 2025, en hausse de 10,5 %, pour 6,3 millions d'interventions en atelier. Une activité multipliée par 2,5 depuis 2019.

À côté du circuit marchand, il y a l'autoréparation. D'après l'ADEME, 10 % des réparations de vélos en France passent par les 500 ateliers d'autoréparation actifs recensés. Ces ateliers, où on remet les mains dans le cambouis avec un bénévole qui vous montre, sont dans la lignée des repair cafés et des ressourceries municipales. Le réseau L'Heureux Cyclage, fondé à Dijon en octobre 2008, a signé un accord avec Ecologic en octobre 2022. Selon les chiffres communiqués, environ 150 ateliers membres remettent 400 tonnes de cycles en circulation chaque année. C'est modeste, mais c'est du réemploi réel, pas une promesse.

Le réemploi marchand grimpe aussi. En 2025, les plateformes ont écoulé entre 176 000 et 178 000 vélos reconditionnés, autour de 11 % du marché. Un vélo d'occasion vendu par un commerçant doit d'ailleurs être marqué depuis juillet 2021, une identification qui aide à retrouver un cycle volé et à sécuriser la revente.

J'ai failli jeter un vélo de ville il y a deux ans, roue voilée et dérailleur mort. Le réparateur du coin m'a redressé la roue sur place, sans commander la moindre pièce. La chose roule encore. Mauvais calcul évité de justesse. Là où j'hésite encore, c'est sur la trottinette électrique premier prix : je ne vois pas quel atelier voudra s'embêter avec une batterie noyée dans le châssis. Sur cet objet-là, le réemploi est un vœu pieux.

L'aide à l'achat, elle, est morte#

Un point à corriger, parce qu'on me pose souvent la question. Le bonus vélo national à l'achat n'existe plus. Il a été supprimé le 14 février 2025 par décret. Ne subsistent que des aides locales, très variables d'une collectivité à l'autre : l'Île-de-France, Nantes, Lyon ou Montpellier maintiennent la leur, avec chacune ses règles. Ne confondez pas ça avec le Bonus Répar Cycles, qui, lui, tient toujours. L'un finançait l'achat de neuf, l'autre paie la réparation de ce que vous avez déjà. Le second est le seul qui va dans le bon sens.

Le vélo est sans doute l'objet le plus réemployable qu'on possède : mécanique simple, pièces standard, savoir-faire partout. Qu'on en broie 30 000 tonnes par an en dit long sur notre réflexe de remplacer plutôt que d'entretenir. Le recyclage matière restera toujours utile en bout de course, pour le cadre vraiment fichu. Mais en faire le premier mot du sujet, c'est se tromper d'étage. Réparez, revendez, donnez. Broyer, c'est pour la fin.

Sources#

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