Aller au contenu
Compost bokashi en appartement : ce que dit l'étude ADEME

Compost bokashi en appartement : ce que dit l'étude ADEME

Par Guillaume P.

10 min de lecture
Lien copié dans le presse-papiers
Guillaume P.

Le seau bokashi ne fabrique pas de compost. Les guides qui vendent le « compost japonais qui digère la viande » oublient ce détail, et c'est pourtant ce que l'ADEME écrit noir sur blanc dans son étude SYSPROX de 2023 : le produit qui sort du seau doit être considéré comme des déchets de cuisine non transformés. Le compost bokashi, en appartement, reste une vraie solution. À condition de savoir ce qu'on a entre les mains.

Ce qu'il faut retenir. Le bokashi est une fermentation lactique sans oxygène qui stabilise les déchets de cuisine dans un seau fermé, sans odeur tant qu'on ne l'ouvre pas. Il produit un jus très acide et un pré-compost, pas du compost. Selon l'ADEME, ce pré-compost s'enfouit dans le sol plusieurs mois avant de planter quoi que ce soit.

La promesse commerciale contre la mesure de laboratoire#

Le discours des vendeurs tient en une phrase : on remplit, on attend, on obtient un engrais. L'étude SYSPROX, pilotée par l'ADEME, a pris le problème dans l'autre sens. Elle a mesuré en laboratoire le bokashi face à six autres procédés de traitement de proximité des biodéchets : composteur en bac, composteur rotatif, lombricomposteur, deux digesteurs et un déshydrateur. Les guides grand public en tête des recherches ne citent pas ces résultats.

Voici comment je l'ai vérifié : le rapport final complet se lit en PDF, et c'est lui que je cite, pas le résumé qui circule.

Côté définition, pas d'ambiguïté. Selon le rapport, « le système bokashi est un procédé de fermentation lactique qui permet la stabilisation des matières organiques ». Le procédé vise à abaisser le pH des déchets alimentaires en les plaçant en milieu anaérobie, souvent avec des micro-organismes inoculés dans du son de céréales, en vue d'un stockage de moyen terme. L'ADEME le rapproche de l'ensilage ou de la lacto-fermentation des aliments, comme la choucroute ou les pickles.

En clair : le bokashi conserve. Il ne décompose presque pas.

Qu'a mesuré l'ADEME sur le bokashi ?#

Les valeurs ci-dessous viennent toutes du rapport SYSPROX. Elles portent sur le bokashi testé dans le protocole de l'étude, avec et sans micro-organismes.

Paramètre mesuré ou observéRésultat pour le bokashiPosition face aux autres procédés
pH du produit en sortie4,8Les valeurs les plus basses de tous les procédés testés (moins de 5)
Teneur en matière sècheMoins de 20 %Produit très humide, dans la même catégorie que le lombricompost
Température pendant le procédéAucune montée en températureComme le lombricompost, procédé à température ambiante
Transformation de la matière organiqueMatière organique acide, peu transforméeLa moins transformée et la moins stabilisée de tous les procédés
Durée de stockage sans oxygène45 jours dans cette étudeStockage de longue durée rendu possible par l'absence d'oxygène
pH du jus (lixiviat)Moins de 5Jus très acide, déconseillé pur pour l'arrosage

Le pH à 4,8 explique le reste. Selon l'ADEME, la fermentation en absence d'oxygène produit des acides organiques qui font chuter le pH du substrat. Le produit reste humide, parce que les pertes en eau ne passent que par le jus. Et il ne chauffe pas, contrairement à un compost de jardin en pleine activité.

Le bokashi garde un vrai avantage, noté par l'étude : il conserve les déchets de cuisine et de table sans nuisances olfactives. L'odeur ne sort qu'à l'ouverture du seau. En appartement, c'est souvent l'argument qui décide.

Comment on s'en sert, concrètement ?#

Le rythme décrit par l'ADEME est quotidien : un remplissage par jour. Pour un foyer moyen, un seau de 16 litres se remplit généralement en un mois. La fermentation dure ensuite environ 15 jours, avant une étape de maturation ou de compostage.

Le geste de base, tel que l'étude le décrit :

  • alterner une couche de déchets et une couche de son de blé ensemencé de micro-organismes, fourni avec les seaux dans le protocole de l'étude ;
  • tasser pour chasser l'air entre les déchets ;
  • saupoudrer l'activateur avant de refermer le seau.

Pour le dosage, les fabricants ont leurs propres consignes. La Ferme du Moutta, qui vend des seaux, préconise deux cuillères à soupe d'activateur sur chaque couche, puis un couvercle fermé environ 15 jours une fois le seau plein, en vidant régulièrement le liquide par le robinet du bas. C'est une consigne de vendeur, à lire comme telle. Son modèle « seau unique » était affiché à 49 € au 27 septembre 2026.

Côté activateur, la base technique vient des « micro-organismes efficaces » (EM). Selon Bokashi Research and Education, il s'agit d'une combinaison de bactéries lactiques, de levures et de bactéries photosynthétiques, mise au point avant 1982 par Teruo Higa, professeur émérite à l'Université des Ryukyus, à Okinawa. D'où le surnom de méthode japonaise.

Ce qu'on met dedans ? Les sites spécialisés (planetezerodechet.fr, composteur-appart.fr, lecompost.com) s'accordent sur une liste large : épluchures, restes de repas, viande, poisson, produits laitiers, marc de café, sachets de thé, coquilles d'œufs écrasées. C'est la grande différence avec le lombricomposteur en appartement, qui refuse viande et laitages. Ce sont des sites de vendeurs et de passionnés : leur liste se lit comme une consigne d'usage, pas comme une mesure.

Le jus de bokashi : 1/10 ou 1/100 ?#

C'est le point où les sources se séparent.

L'ADEME a mesuré un jus très acide, sous le pH 5. Le rapport conseille de ne pas l'utiliser pour arroser des plantes, sauf s'il est dilué au moins dans des proportions de 1/10 avec de l'eau.

Les sites de vente et guides pratiques (Gamm Vert, lecompost.com, Ferme de Balon, France Compost) recommandent de leur côté une dilution à 1/100, soit 10 ml pour 1 litre d'eau, pour un arrosage hebdomadaire, voire 1/200 pour un usage plus fréquent.

Les deux consignes ne se contredisent pas autant qu'il y paraît : 1/10 est un minimum, 1/100 est plus dilué. Reste à choisir. Sur des plantes d'intérieur en pot, je penche pour le 1/100 des vendeurs. Pour un potager en pleine terre, je ne vais pas trancher à votre place : l'ADEME est la seule des deux à avoir mesuré le pH, et son 1/10 garde du poids.

Pourquoi le pré-compost bokashi s'enterre plusieurs mois avant de planter ?#

Parce que l'ADEME écrit que « le produit final doit être considéré comme des DCT non transformés ». DCT, ce sont les déchets de cuisine et de table. Ce produit peut retourner au sol à une condition : l'apporter plusieurs mois avant l'implantation des cultures, et l'enfouir. Il fournit alors une matière organique rapidement minéralisée, qui stimule l'activité biologique du sol. Dans le protocole de l'étude, l'enfouissement s'est fait à 10 cm de profondeur.

La Ferme du Moutta propose de vider le seau dans un trou ou une tranchée du jardin, ou dans un composteur classique, puis de recouvrir de terre. Les deux consignes vont dans le même sens : pas d'épandage en surface au pied des tomates. Pour l'option composteur, le guide pour démarrer un composteur de jardin couvre la suite. Sans jardin, le compostage collectif reste la piste à étudier avec sa copropriété ou sa commune.

Le statut juridique que les guides ne mentionnent pas#

Le mot « compost » n'y est pas, et ça change la réponse.

Selon le rapport SYSPROX, tous les déchets de cuisine et de table sont classés sous-produits animaux de catégorie 3 (SPAn3) au titre du règlement européen CE 1069/2009, quelle que soit leur composition. Pour le bokashi, l'étude précise que le produit en sortie conserve ce statut de SPAn3.

L'ADEME cite aussi l'annexe technique de l'arrêté du 9 avril 2018 : les dispositifs de bokashi ne sont pas des installations de « compostage de proximité », car ils ne procèdent pas à une « conversion biologique aérobie ». Le bokashi n'entre donc pas dans le compostage de proximité au sens de ce texte.

Pour un particulier, la limite est posée par le Réseau Compost Occitanie, qui résume l'étude : l'enfouissement de produits issus du bokashi n'est pas autorisé s'ils sont traités hors du foyer qui les a produits, et ce mode de gestion est strictement limité aux particuliers, pour un usage domestique. Ses propres déchets, dans son propre sol : oui. Collecter ceux des voisins pour les enterrer ailleurs : non.

Ça me rappelle les forums phpBB du milieu des années 2000, où une astuce recopiée de post en post finissait par passer pour une règle. Le « compost bokashi » a suivi le même chemin.

Pour replacer tout ça dans l'obligation de tri à la source, le guide du tri des biodéchets et celui du compostage obligatoire posent le cadre national.

FAQ#

Le bokashi produit-il du compost ?#

Non, pas directement. Selon l'étude ADEME SYSPROX de 2023, le produit qui sort du seau est une matière organique acide, peu transformée, la moins stabilisée de tous les procédés testés. L'ADEME demande de le considérer comme des déchets de cuisine non transformés. Il devient utile au sol après un enfouissement plusieurs mois avant les cultures, ou après un passage en composteur.

Le seau bokashi sent-il mauvais ?#

Pas tant qu'il reste fermé. L'ADEME note que la conservation sans oxygène permet de garder les déchets de cuisine sans nuisances olfactives. L'inconvénient relevé par l'étude se limite à l'odeur qui s'échappe à l'ouverture du seau, au moment d'ajouter une couche ou de vider le contenu.

Comment diluer le jus de bokashi ?#

L'ADEME conseille une dilution d'au moins 1/10 avec de l'eau, car le jus mesuré est très acide, avec un pH inférieur à 5. Les sites de vente et guides pratiques recommandent plutôt 1/100, soit 10 ml pour 1 litre d'eau, pour un arrosage hebdomadaire, ou 1/200 pour un usage plus fréquent. Non dilué, le jus ne sert pas à arroser.

Combien de temps dure la fermentation ?#

Selon l'ADEME, un seau de 16 litres se remplit généralement en un mois pour un foyer moyen, puis la fermentation dure environ 15 jours. Une étape de maturation ou de compostage suit, avant tout retour au sol. Dans l'étude, les déchets ont été stockés 45 jours sans oxygène.

Peut-on mettre de la viande dans un bokashi ?#

Les sites spécialisés l'acceptent, comme le poisson et les produits laitiers, contrairement au lombricompostage. Cette liste vient de sites spécialisés concordants. Quel que soit le contenu, le produit sortant reste classé SPAn3 selon l'ADEME, et son usage est limité au foyer qui l'a produit.

Sources#

Lien copié dans le presse-papiers

À lire aussi