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REuse Economy Expo 2026 : le textile entre dans le système

REuse Economy Expo 2026 : le textile entre dans le système

Par Lucas M.

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Lucas M.

Les 19 et 20 mai 2026, le Hall 5.1 de Paris Expo Porte de Versailles devient le seul endroit en France où l'on peut, en deux jours, avoir une vue système du réemploi industriel. REuse Economy Expo attend plus de 4 000 professionnels autour de 500 solutions opérationnelles. Et pour la première fois depuis sa création, le textile y entre comme secteur officiel.

C'est le bon moment pour en parler. Pas pour faire de l'agenda culturel : pour comprendre comment une filière passe d'un patchwork d'initiatives à un cadre industrialisé, juste au moment où la REP textile entre en refondation jusqu'en 2027.

Un salon qui change d'échelle#

Le rendez-vous est organisé par Réseau Vrac & Réemploi, sous le haut patronage du Président de la République. L'édition 2025, encore baptisée Salon du Vrac et du Réemploi pour sa septième édition, avait réuni 3 150 participants au Parc Floral de Paris les 26 et 27 mai. Le passage à Porte de Versailles cette année n'est pas qu'un changement d'adresse : c'est un changement de catégorie d'événement.

Le programme parle pour lui. Plus de 80 prises de parole annoncées, soit 30 tables rondes et keynotes plus 50 masterclasses. Les solutions exposées passent de l'ordre de 350 en 2025 à 500 en 2026. La progression vient surtout de l'élargissement des secteurs représentés.

Six secteurs structurent le salon cette année : équipements électriques et batteries, emballages, mobilier et objets, textile, construction et bâtiment, conseil et accompagnement. La cohabitation de ces périmètres compte. C'est ce qui distingue REuse Economy Expo d'un salon mono-filière comme le salon Federrec à Albi sur le recyclage : ici, l'enjeu n'est pas de comparer des process internes à un secteur, c'est de regarder comment les architectures de réemploi se ressemblent ou divergent d'un secteur à l'autre.

Le textile rejoint l'architecture du salon#

Jusqu'en 2025, le textile vivait à côté du réemploi industriel structuré. Il avait ses salons mode, ses événements Refashion, ses initiatives upcycling. Pas de slot dédié dans un salon transverse réemploi. L'intégration du textile comme secteur officiel en 2026 acte une chose : le réemploi textile n'est plus une affaire de mode ou de geste consommateur, c'est devenu un sujet d'industrialisation.

Quatre noms reviennent dans les annonces : Losanje sur l'upcycling, WeTurn sur le recyclage fibre-à-fibre, Reekom et Tingit sur la réparation. Côté partenaires, la Fédération de la Mode Circulaire accompagne le secteur, aux côtés de Cirpass pour le passeport numérique de produits, Ecosystem et Ecologic pour les EEE, GS1 France pour les standards.

Pourquoi ça arrive maintenant ? Parce que le contexte réglementaire l'exige. Le 16 janvier 2026, l'État a annoncé le report du nouveau modèle REP textile à 2027, avec un audit ADEME des coûts de collecte et de tri demandé sous un mois. Le cadre saute, il faut le reconstruire. Pendant la refondation, les opérateurs ont besoin d'un endroit pour montrer ce qui marche déjà. Le salon prend ce rôle.

Sur les chiffres terrain : 886 000 tonnes de textiles ont été mises sur le marché français en 2024, 36,5 % seulement ont été collectées. Sur ce qui est trié, environ 58 % part en réemploi, 33 % en recyclage, 9 % en valorisation énergétique. Le réemploi domine. Mais le cahier des charges Refashion fixe un objectif local exigeant : 8 % des volumes réemployés à moins de 1 500 km du point de collecte en 2024, avec une cible de 15 % en 2027. La réparation, elle, doit progresser de 35 % par rapport au niveau de 2019 d'ici 2028.

Sur la dimension export, j'ai un doute persistant. Selon les analyses de Zero Waste France, environ 90 % des produits triés pour réemploi seraient revendus en seconde main à l'étranger. Le chiffre circule, je ne le manie qu'avec précaution. Si vous opérez dans la collecte, vous savez que le maillage local est précisément le levier où Refashion met sa pression réglementaire.

L'argent suit : 228 euros la tonne et un AAP à boucler avant le 24 mai#

Refashion finance le tri textile à 228 euros par tonne pour 2026, dans une enveloppe minimale de 57 millions d'euros. L'année 2025 était à 223 €/t pour 49 M€. La hausse est modeste mais elle existe, dans un contexte où les opérateurs de tri réclament structurellement plus, comme l'avait montré la crise de la REP textile début 2026.

L'autre dispositif à connaître pendant le salon : la 4e édition de l'Appel à projets Seconde main de Refashion, ouverte du 14 avril au 24 mai 2026. Trois tranches : Starter 20 000 à 50 000 €, Développement 50 000 à 200 000 €, Industrialisation 200 000 à 1 000 000 €. Le cofinancement va jusqu'à 50 %, les résultats sont annoncés le 1er juillet 2026.

Le calendrier est cohérent avec le salon. Vous passez aux 19-20 mai, vous voyez les solutions, vous bouclez le dossier avant la clôture du 24. Pour qui hésite encore sur sa candidature, c'est plus simple d'arbitrer après avoir vu trois ou quatre process en démo. Quand j'étais sur Unity 4 à mes débuts, on parlait déjà de bibliothèques de modules réutilisables. Le réemploi industriel, c'est exactement le même problème : une bibliothèque d'assets qui ne sert que si quelqu'un sait l'indexer, l'appeler et la maintenir.

Le sujet qui structure tout : la traçabilité#

Le mot qui revient le plus dans le programme n'est ni "réemploi" ni "réparation". C'est "traçabilité". Le salon ouvre un Village DPP animé par Cirpass, dédié au passeport numérique de produits, à la collecte de données et à l'interopérabilité.

Trois sessions à pointer dans l'agenda :

  • 19 mai 14h30 : "Multi-Life Products: DPP as Circularity Driver", animée par Diana de Bernardy (GS1 France), focus construction.
  • 19 mai 17h : masterclass "EPCIS Standard for Reuse Development" par Nicolas Pauvre (GS1 France).
  • 20 mai 14h45 : "Reusable Cases: Standardizing Reuse Scale-Up", modérée par Sabine Haltebourg (CITEO PRO), avec Stéphane Cren (GS1 France), Julien Dubourg (CITEO PRO) et Christine Bourge (PERIFEM).

Le déploiement opérationnel du DPP côté emballages réutilisables est précisément ce qui se joue dans la bataille Leko-Twiice-CITEO PRO de juillet 2026 sur la REP emballages professionnels. Les standards de traçabilité, ce ne sont pas des sujets de keynote. C'est ce qui décide quelle entreprise pourra ou non opérer dans le cadre 2027.

Comment lire ce salon si vous êtes opérateur#

Si vous êtes producteur ou opérateur de tri textile, la valeur du salon est dans deux choses : voir comment d'autres secteurs (notamment EEE et emballages) ont déjà industrialisé des process que le textile commence à structurer, et rencontrer les acteurs DPP avant que le standard se fige. Le textile arrive en bout de chaîne sur la traçabilité, il a un train de retard à rattraper.

Si vous êtes collectivité, le salon est un terrain pour comparer ce que proposent les éco-organismes en termes d'accompagnement, alors que la REP textile rentre dans une période d'incertitude jusqu'en 2027.

Si vous êtes industriel hors textile (mobilier, EEE, construction), le mélange est intéressant : c'est rare d'avoir 6 secteurs réemploi sous un même toit, avec des thématiques transversales (DPP, normalisation, scale-up) qui parlent à tous.

Une dernière chose à garder en tête : un salon qui passe de 350 à 500 solutions en un an, ce n'est pas la même densité d'attention par stand. Il vaut mieux arriver avec une liste de 8 à 10 acteurs ciblés qu'avec l'idée de tout balayer.

Sources#

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