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Recycler les balles de padel et de tennis, vraiment ?

Recycler les balles de padel et de tennis, vraiment ?

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Une balle usée ne finit quasiment jamais recyclée. Le recyclage des balles de padel et de tennis bute sur un problème tout bête : la balle est conçue pour tenir sur le court, pas pour se démonter en fin de vie. Un noyau de caoutchouc, un feutre collé par-dessus, une pression interne qui la rend increvable au sens propre. Elle traverse un centre de tri classique sans que personne sache quoi en faire. Direction incinération ou décharge, la plupart du temps.

Pourtant, techniquement, on sait la recycler. Le blocage n'est pas là où on croit.

Une balle, deux matières soudées à vie#

Le noyau, c'est du caoutchouc naturel et synthétique. Deux demi-coques moulées, assemblées puis vulcanisées, selon les fabricants comme Extreme Tennis. Par-dessus vient le feutre : un mélange de laine et de fibres de nylon, collé au noyau. En padel, ce noyau est en plus pressurisé à l'aide d'un gaz inerte, de l'azote d'après les fabricants, autour de 11 psi tube fermé. Dès que le tube s'ouvre, la pression baisse et la balle perd en vivacité. C'est pour ça qu'on en change vite, et donc qu'on en jette beaucoup.

Le vrai point de blocage : cette colle spéciale rend le feutre et le caoutchouc quasi indissociables. Pas de séparation manuelle viable, pas de tri automatique classique qui tienne la route. Selon Badventure, arracher le feutre du noyau relève du bricolage, pas de l'industrie.

Alors on ne sépare pas d'abord, on broie. Le seul procédé qui marche à l'échelle : broyer la balle entière, puis isoler les granulats de caoutchouc des résidus de feutrine par soufflage et aspiration. Ecoco2 donne le rendement : environ 50 000 balles pour une tonne de granulat, de quoi couvrir 100 m² de sol sportif. La balle redevient le sol sur lequel on joue. C'est exactement la logique du granulat issu du recyclage des pneus usagés, transposée au caoutchouc des balles.

Dans le club où je tape le padel deux fois par semaine, le bac à balles mortes déborde en permanence. Quand je demande où elles partent, personne ne sait répondre. C'est ça, le vrai sujet : pas la technique, la collecte.

L'Opération Balle Jaune, du recyclage sans loi#

Voilà le détail qui change tout. Les pneus ont leur filière REP obligatoire, les articles de sport aussi. Les balles, non. Aucune source ne les place dans un périmètre réglementaire contraignant. Leur collecte repose sur un dispositif fédéral volontaire : l'Opération Balle Jaune, portée par la Fédération française de tennis.

La FFT a lancé la démarche en 2008, après une réflexion engagée dès 2007 avec le spécialiste des déchets COVED, pour un recyclage effectif à partir de 2009. Le bilan récent tient la route : 17 millions de balles collectées et 48 terrains créés, avec une 17e édition prévue en 2026. La tournée nationale ramasse environ 1,3 million de balles usagées par an.

En 2024, le dispositif s'est élargi. Avec le soutien d'Ecologic, l'éco-organisme agréé de la filière articles de sport et loisirs, la collecte s'étend désormais au matériel sportif : raquettes, cordage, grips, matériel pédagogique des enseignants. Une logique proche de ce qu'on voit sur le recyclage des équipements sportifs en fin de vie, sauf que là, ce qui peut être remis en état l'est par les clubs et les ligues avant tout recyclage.

Le hic, c'est justement ce mot : volontaire. Un dispositif sans obligation reste fragile. Si la fédération coupe le budget ou change de priorité demain, il n'existe aucune loi pour prendre le relais. J'aimerais être plus optimiste, mais sur ce point je reste prudent.

Le padel fait exploser le compteur#

Le padel a changé l'échelle du problème en quelques années. La FFT annonce en juin 2025 avoir franchi les 100 000 licenciés padel pour la première fois, en hausse de 42,7 %. Dans le même mouvement : 2 917 pistes, soit 40 % de plus qu'en 2024, et 959 clubs et structures privées, 25 % de plus. Plus de courts, plus de joueurs, plus de balles pressurisées qui rendent l'âme au bout de quelques parties. Un pratiquant régulier passe une vingtaine de tubes par an selon les estimations du secteur.

C'est ce gisement que vise Bounce, une start-up qui a monté son propre programme privé, Bounce Circular. Ses chiffres au 30 mai 2025 : 200 000 balles recyclées sur l'année précédente, une cinquantaine de clubs équipés de son système, et jusqu'à 95 % de taux de collecte dans les clubs partenaires. Côté traitement, quatre voies possibles : broyage, soufflage, micronisation, dévulcanisation. On sort du modèle « don aux structures solidaires » de la FFT pour entrer dans une logique d'entreprise, avec l'objectif d'équiper des milliers de clubs.

Deux modèles cohabitent donc : un dispositif fédéral gratuit et associatif d'un côté, un acteur privé qui industrialise de l'autre. Ils ne visent pas tout à fait le même terrain, et tant mieux.

Ce que j'en retiens#

Le recyclage des balles marche. Techniquement, c'est réglé depuis des années : on broie, on souffle, on récupère du caoutchouc, on en fait du sol sportif. Le problème n'a jamais été le procédé.

Le problème, c'est qu'on repose sur du bon vouloir. Pas de REP, pas d'obligation, deux acteurs qui portent l'essentiel à bout de bras pendant que le padel déverse des tubes par milliers. Ça tient tant que la FFT et Bounce y croient.

Concrètement, pour un club ou un joueur, la seule chose à faire tient en une phrase : ne jetez pas vos balles mortes à la poubelle. Rapportez-les à un point de collecte FFT ou à un club partenaire. Le bac qui déborde chez moi n'attend que ça.

Sources#

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