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Recycler sa carte de fidélité en PVC : ça marche ?

Recycler sa carte de fidélité en PVC : ça marche ?

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Votre portefeuille déborde de cartes en plastique, et un jour vous en jetez une. Où va-t-elle ? Aux ordures ménagères. Point. Le recyclage des cartes de fidélité en PVC n'a pas de filière grand public en France. Pas de bac dédié ni de point de collecte en magasin, aucune consigne officielle. L'ADEME est claire : une carte à puce sans données personnelles part avec vos déchets classiques, direction incinération ou enfouissement.

Je suis parti chercher la filière propre qui recycle ces cartes. Je ne l'ai pas trouvée. Ce que j'ai trouvé, c'est un malentendu qui arrange à peu près tout le monde.

La réponse courte, avant tout le reste#

Une carte de fidélité classique, c'est du PVC. Ce plastique représente environ 98 % du poids du corps d'une carte, selon ADIMAS, un recycleur français spécialisé. Sur le principe, le PVC se recycle bien : il peut repasser en boucle jusqu'à huit fois sans perdre ses qualités. Donc côté matière, tout va bien.

Sauf que le PVC rigide n'entre pas dans votre bac de tri. L'ADEME le rappelle : ce n'est pas un emballage, il n'a rien à y faire. Une carte dans le bac jaune, c'est une erreur de tri, pas un geste écolo.

Et il n'existe aucune fiche « carte de fidélité » sur le site officiel de l'ADEME. Deux fiches seulement : « carte à puce » et « carte RFID ». La fidélité, elle, tombe dans un trou.

Pas de filière, et ce n'est pas un hasard#

Le problème est économique. Séparer la piste magnétique, l'antenne RFID et la puce d'un corps en PVC, c'est compliqué et coûteux. Les volumes français restent faibles. Résultat : les grands émetteurs de cartes n'ont jamais envisagé le recyclage généralisé, et personne ne s'est battu pour monter une filière que rien n'oblige à créer.

Aucune REP dédiée aux cartes plastiques non plus. La loi Lagarde parle bien de « cartes de fidélité plus responsables », mais elle encadre le crédit à la consommation associé, pas l'environnement. Rien à voir avec le recyclage. Le genre de raccourci qu'on lit souvent et qui envoie sur une fausse piste.

Pour comparer, le smartphone, lui, a sa filière organisée : voir comment recycler ses appareils électroniques via le circuit DEEE. La carte de fidélité, non.

La puce change tout (ou rien)#

Ici, une nuance que la plupart des articles oublient. Toutes les cartes de fidélité ne se valent pas.

  • Carte à puce ou RFID : elle contient un composant électronique. Elle est classée déchet DEEE, catégorie 6, et suit en théorie la filière DEEE (démantèlement, dépollution si besoin, tri des composants).
  • Carte à code-barres ou bande magnétique : pas d'électronique. Du plastique pur. Aucune filière DEEE ne s'applique, retour aux ordures ménagères.

Or une grande partie des cartes de fidélité de la grande distribution et des petits commerces sont dans le second cas : du PVC simple, un code-barres imprimé, rien d'autre. C'est justement cette absence de puce qui les exclut de tout circuit et les renvoie à la poubelle.

Donc quand on vous dit « les cartes se recyclent via la filière DEEE », c'est vrai pour une minorité de cartes à puce, faux pour la carte de supermarché lambda.

Les seuls qui recyclent vraiment ces cartes#

Des acteurs traitent bien les cartes à puce. ADIMAS, fondée en 1994, s'est spécialisée sur ce déchet depuis 2017-2018. Sa méthode : du mécanique bas carbone, détection et séparation des métaux et du plastique, broyage, tri en flux distincts, à la cadence d'une carte par seconde. ADIMAS accepte cartes bancaires, SIM, transport, Vitale, cadeaux, fidélité, carburant, badges d'accès.

Elise, acteur de l'économie sociale et solidaire, fait un travail proche : 50 sites en France, plus de 20 000 entreprises clientes, des machines qui séparent automatiquement plastiques, métaux et puces. Elise chiffre à environ 10 milliards le nombre de cartes à puce livrées chaque année dans le monde.

Le mot qui compte : entreprises. Ces solutions sont B2B. Elles collectent auprès de banques et d'émetteurs, pas auprès de vous avec votre tiroir de vieilles cartes de supermarché. Aucun point de collecte grand public équivalent aux bornes à piles n'existe pour la fidélité.

Sur le gain, ADIMAS annonce 94 % d'émissions de CO2 évitées avec son PVC recyclé face au PVC vierge (168 contre 2 820 gCO2eq/kg, calcul propre à ADIMAS, à prendre comme tel). Elise, de son côté, avance que 2 millions de cartes bancaires recyclées, c'est 500 kg de métaux récupérés.

Un chiffre traîne partout : 400 tonnes de déchets plastiques par an. Attention, il concerne les cartes bancaires françaises, pas les cartes de fidélité. Personne n'a de tonnage fiable pour la fidélité seule. Ne mélangez pas les deux.

Le vrai geste est en amont#

Recycler une carte qui n'a pas de filière, c'est courir après le problème. Le bon geste se situe avant : changer de matériau, ou ne pas produire la carte du tout.

Quelques commerçants passent au bois. WoodFid, produite par Gifts for Change, mise sur du bouleau finlandais certifié FSC, sans plastique, à partir d'environ 0,38 € l'unité. D'autres proposent du PLA mêlé de fibres de bois : Edikio annonce un impact inférieur de 42 % à une carte PVC (source commerciale, à vérifier avant d'y croire). Et il existe du PVC recyclé pour ceux qui ne veulent pas quitter le plastique.

Attention quand même au réflexe « bioplastique = propre ». Le sujet est plus tordu que ça, j'en ai parlé à propos des bioplastiques, cette fausse bonne idée. Un matériau compostable mal orienté ne vaut pas mieux qu'un PVC bien géré.

Le fond du problème reste la dématérialisation. La carte la plus écolo, c'est celle qu'on n'imprime pas : une appli, un QR code, un numéro de téléphone donné en caisse. Et pour le reste de vos déchets, savoir où les mettre au bon endroit, les applis de tri font le job mieux que la mémoire.

Mon verdict#

Pour une carte de fidélité en PVC aujourd'hui en France : pas de filière grand public ni de bac magique, aucune consigne. La poubelle classique pour la carte simple, le retour à l'agence pour la carte bancaire périmée, et c'est à peu près tout. Le reste est du marketing.

La seule vraie avancée ne viendra pas du recyclage. Elle viendra des enseignes qui arrêtent d'imprimer du plastique pour un programme de points. En attendant, ce que devient le plastique recyclé reste une meilleure question que « où je recycle ma carte », parce que la réponse à celle-là, c'est : nulle part.

Sources#

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