Dernier matin de camping, le réchaud est rangé, et il reste cette petite cartouche de gaz vide qui traîne au fond du sac. Le réflexe, pour beaucoup, c'est de la balancer avec les boîtes de conserve et les canettes dans le bac jaune. C'est exactement le geste à ne pas faire. Recycler une cartouche de gaz de camping, butane ou propane, ne commence jamais par la poubelle jaune. Ça commence par savoir quel type de cartouche vous tenez, et où la déposer sans risquer de faire exploser un camion de collecte.
Le sujet a l'air anodin. Il ne l'est pas : une cartouche est un contenant sous pression, et une pression, ça ne pardonne pas les erreurs de tri.
Pourquoi jamais le bac jaune#
Sur ce point, l'ADEME ne laisse aucune marge d'interprétation. Sa consigne officielle pour la cartouche de gaz vide non rechargeable tient en une phrase : « Ne pas jeter dans le bac jaune en raison des risques d'explosion ou d'incendie au centre de tri. » Le problème, c'est qu'une cartouche « vide » ne l'est presque jamais tout à fait. Un fond de gaz suffit à créer un mélange dangereux, et le butane, d'après les données de l'INRS, devient explosif dans l'air dès qu'il en représente entre 1,8 % et 8,4 % du volume. Une plage étroite, vite atteinte dans un espace confiné comme une benne.
D'où la règle absolue : ne percez jamais vous-même une cartouche qui pourrait encore contenir du gaz, et surtout pas avec un objet improvisé comme un tournevis, un couteau ou un clou. Le risque d'explosion ou d'incendie ne concerne pas que votre garage : il suit la cartouche jusque dans les camions de collecte et les centres de tri si elle n'a pas été correctement vidée. C'est la même logique de prudence que pour tous les contenants sous pression comme les bombes aérosol, qu'on n'écrase et ne perce jamais non plus.
Deux cartouches, deux gestes#
C'est là que ça se joue, et la plupart des guides passent à côté. Toutes les cartouches ne se traitent pas pareil, parce qu'il en existe deux familles techniques bien distinctes.
La première, c'est la cartouche perçable, type C206 ou Camping Gaz CV470. Elle n'a pas de valve anti-retour : une fois vissée sur l'appareil, elle est percée et ne peut plus être retirée tant qu'il reste du gaz. Il faut donc la vider totalement par l'usage avant de la détacher. Une fois percée par son propre appareil et parfaitement vide, cette petite cartouche métallique rejoint le conteneur des emballages en métal. Le mot important, c'est « vide » : tant qu'il reste du gaz, elle n'a rien à y faire.
La seconde famille, c'est la cartouche à valve, à la norme européenne EN 417 (valve filetée type Lindal B188). Elle possède une valve anti-retour, ce qui permet de la déconnecter de l'appareil même s'il reste du gaz à l'intérieur. Pratique à l'usage, piégeux au recyclage : puisqu'elle peut encore être pleine, elle ne va pas dans le bac à métaux. Direction la déchèterie ou le point de vente, où elle subira un inertage sécurisé (la suppression du risque d'explosion) avant d'être démantelée pour valorisation matière.
Et non, on ne recharge pas une cartouche jetable soi-même. La norme EN 417 interdit purement et simplement le remplissage de ces cartouches, pour des raisons de sécurité : risque d'endommager la valve, risque de surremplissage au-delà de 95 % de la capacité, avec l'explosion au bout. Le bidouillage maison sur ce genre d'objet, c'est le genre de fausse bonne idée qui finit aux urgences.
Ce que la loi impose depuis 2022#
Bonne nouvelle : vous n'êtes plus obligé de garder vos cartouches jusqu'à la prochaine déchèterie. Depuis le 1er janvier 2022, la loi AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2020) impose aux grandes surfaces de reprendre gratuitement les cartouches de gaz non rechargeables. La seule exception vise les commerces dont la surface de vente dédiée à ces produits est inférieure à 1 m². La base légale figure aux articles L. 541-10-8 et R. 541-160 du code de l'environnement.
Concrètement, les cartouches de gaz combustible à usage unique relèvent désormais d'une filière à responsabilité élargie du producteur (REP), portée par les distributeurs ou par leur éco-organisme, Citeo. En magasin, ça se traduit par des systèmes de reprise simples : Decathlon, par exemple, applique une reprise gratuite « 1 pour 1 » via des bacs de collecte, une cartouche usagée reprise à l'achat d'un produit neuf équivalent, avec Citeo comme partenaire de collecte.
Une précision honnête, parce que je n'aime pas les tableaux trop lisses. L'obligation légale est nationale depuis 2022, mais sa mise en œuvre opérationnelle par Citeo s'est d'abord testée en local : un pilote restreint au seul département de Seine-et-Marne, avec un appel d'offres dont les candidatures se clôturaient au 9 septembre 2022, avant un déploiement à l'échelle nationale selon les retours d'expérience. Sur l'ampleur réelle de cette reprise aujourd'hui, j'avoue rester prudent : aucun tonnage national de cartouches collectées n'est publié à ce jour, donc impossible de vous dire si le maillage est dense ou encore troué.
Un point à ne pas confondre, au passage : ces cartouches ne relèvent PAS de la filière des déchets diffus spécifiques. C'est un déchet dangereux sous pression géré par une filière REP dédiée (Citeo), distincte du circuit EcoDDS qui, lui, traite les produits chimiques ménagers comme les peintures, solvants et autres déchets chimiques. Deux mondes réglementaires séparés, souvent mélangés à tort.
Les bouteilles, c'est un autre circuit#
Attention à ne pas tout mettre dans le même sac. Une cartouche jetable et une bouteille rechargeable de 13 kg, ce n'est pas la même filière. Les bouteilles de gaz individuelles rechargeables sont couvertes par leur propre dispositif depuis le 1er janvier 2013 (décret n° 2012-1538), qui oblige les fournisseurs à reprendre les bouteilles. Un décret du 24 juin 2016 (n° 2016-836) est venu préciser les modalités de reprise gratuite en dehors des circuits de consigne.
Pour la plupart des marques, le principe reste celui de la consigne. Chez Antargaz, elle est de l'ordre de 35 € pour les formats courants (butane 5,5, 10 et 13 kg, propane 5 et 13 kg) et grimpe à 90 € pour la grande bouteille de 35 kg. Si vous avez perdu votre bulletin de consignation, le remboursement partiel tombe à 4 € par bouteille. Exception notable côté camping : selon Selectra, les bouteilles Campingaz grand format (R901, R904, R907) sont vendues et non consignées, l'acheteur en devient propriétaire pour une durée indéterminée, et à l'échange seul le prix de la recharge de gaz est facturé.
Bref, la bouteille se rapporte au fournisseur ou au point de vente, la cartouche jetable se rapporte en magasin ou en déchèterie. Ne les traitez pas comme des jumelles.
Le bon réflexe à retenir#
Tout tient à une question à se poser, cartouche en main : reste-t-il du gaz, oui ou non ? Perçable et totalement vidée par l'usage, elle rejoint le bac à métaux. À valve, ou avec le moindre doute sur un reste de gaz, elle part en magasin ou en déchèterie, jamais au bac jaune, jamais percée à la va-vite.
Ce que ce petit objet illustre bien, c'est la limite d'un système de tri qui repose sur la connaissance de l'utilisateur. Rien, sur la cartouche, ne vous dit à quelle famille elle appartient ni où la déposer. On a une loi, une filière, un éco-organisme, mais la décision finale repose encore sur un campeur qui range son sac et qui, faute d'info, tranchera au hasard. C'est le même angle mort que pour beaucoup d'erreurs qui plombent la poubelle jaune ou pour tout le matériel de camping en fin de vie : le geste juste existe, il est juste mal signalé. En attendant qu'il le soit mieux, retenez la cartouche vide, rapportez-la, et gardez le tournevis pour autre chose.
Sources#
- ADEME, Que faire de mes déchets : cartouche de gaz vide non rechargeable
- Citeo : reprise et traitement des cartouches de gaz combustible à usage unique
- Decathlon : reprise légale des produits
- Blog Mon Réchaud : comment recycler une cartouche de gaz
- Ours des Sentiers : les types de cartouches de gaz
- Campingaz : FAQ énergie et norme EN 417
- ORDECO : bouteilles de gaz
- Légifrance : décret n° 2016-836 du 24 juin 2016
- Antargaz : consigne des bouteilles de gaz
- Selectra : bouteilles Campingaz
- EcoDDS : périmètre des déchets diffus spécifiques





