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Incorporation de matière recyclée : les primes IMPR 2026

Incorporation de matière recyclée : les primes IMPR 2026

Par Lucas M.

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Lucas M.

Quand on veut changer un comportement industriel, on a deux leviers : la contrainte ou l'incitation. La plupart des filières REP empilaient les deux sans cohérence, avec des primes négociées cahier des charges par cahier des charges, chaque éco-organisme inventant sa propre grille. Résultat pratique pour un plasturgiste : pour savoir combien valait une tonne de recyclé incorporé, il fallait un juriste, un tableur et un peu de chance. L'arrêté du 5 septembre 2025, entré en vigueur le 1er janvier 2026, remet tout le monde sur la même ligne avec un dispositif unique baptisé IMPR.

Une grille de primes lisible pour 8 filières d'un coup#

L'IMPR couvre huit filières à responsabilité élargie du producteur : emballages ménagers (le périmètre historique de Citeo), emballages industriels et commerciaux, équipements électriques et électroniques, contenants de produits chimiques, ameublement, jouets, articles de sport et de loisirs, bricolage et jardin. Le dispositif remplace purement et simplement toutes les rétributions existantes prévues par les cahiers des charges REP. Plus d'empilement, plus de doublon, une seule mécanique.

La grille tient en trois lignes. Un plasturgiste qui incorpore du plastique recyclé provenant d'une autre filière REP touche 450 €/t. S'il incorpore du recyclé issu de sa propre filière REP, la prime monte autour de 500 €/t, certaines sources évoquant jusqu'à 550 €/t selon les cas. Et pour les plastiques difficilement recyclables, en particulier les emballages au contact alimentaire qui imposent une qualité de régénération beaucoup plus exigeante, le dispositif prévoit une prime pouvant aller jusqu'à 1 000 €/t.

La mécanique d'incentive, vue de l'atelier#

Le design du dispositif est intéressant parce qu'il essaie de corriger deux travers classiques. Premier travers : subventionner ce qui serait fait de toute façon. L'IMPR ne verse la prime qu'au-delà des seuils réglementaires obligatoires. Un embouteilleur qui atteint juste les 25 % de recyclé dans ses bouteilles PET, obligation européenne déjà en place depuis janvier 2025, ne touche rien. La prime commence à la tonne au-dessus de ce qu'on lui impose déjà.

Deuxième travers : financer du recyclé qui a parcouru 6 000 kilomètres. L'arrêté conditionne l'éligibilité à une logistique locale. Collecte, tri, régénération et incorporation doivent se situer dans un rayon de 1 500 kilomètres autour du barycentre hexagonal. En pratique, cela couvre la France et ses voisins immédiats, mais exclut le recyclé asiatique ou le regranulé importé du lointain. L'objectif est de faire tenir la boucle côté industrie européenne, pas de financer des flux transcontinentaux.

Pour aller plus loin sur les boucles de valorisation, voir notre dossier sur les farines animales et le biogaz d'équarrissage dans l'Orne, qui illustre la même logique de périmètre local.

Le cadre européen qui pousse derrière#

L'IMPR n'arrive pas dans un désert réglementaire. Il s'inscrit dans la foulée du règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), le règlement UE 2025/40 qui structure toute la contrainte européenne sur les emballages. Parce qu'il s'agit d'un règlement et non d'une directive, le texte s'applique directement dans tous les États membres sans transposition nationale.

Le calendrier PPWR fixe des paliers concrets. Les 25 % de recyclé dans les bouteilles PET pour boissons sont en vigueur depuis janvier 2025. À partir de 2030, les emballages plastiques devront intégrer entre 10 et 35 % de contenu recyclé selon leur catégorie, les emballages PET visant au moins 30 %. Les bouteilles PET en boisson devront ensuite atteindre 65 % en 2040. Pour un plasturgiste, ces chiffres sont moins une projection qu'un rail. L'IMPR devient une rampe d'accélération pour atterrir sur ces paliers sans casser la marge.

Notre article sur le règlement PPWR et ses conséquences pratiques sur les emballages détaille ce calendrier, et celui dédié au taux d'incorporation obligatoire dans les bouteilles PET explique pourquoi le seuil 2025 est le point de départ de toute la négociation industrielle.

Pourquoi le déclic est nécessaire : les chiffres français#

La France ne part pas d'une situation confortable. Le Plan Plastique 2025-2030 chiffre à 23 % le taux de recyclage des déchets plastiques actuellement, loin des trajectoires européennes. Chaque année, 1,9 million de tonnes d'emballages plastiques ne sont pas recyclées et partent en valorisation énergétique ou en enfouissement. L'objectif gouvernemental antérieur visait 600 kt de matières plastiques recyclées incorporées d'ici 2025, cible déjà repoussée dans les faits.

Le gain environnemental de la substitution, lui, est solide : une tonne de plastique recyclé qui remplace une tonne de plastique vierge économise entre 1 300 et 2 200 kilogrammes de CO2eq, selon la résine considérée. Autrement dit, une prime de 450 à 1 000 €/t finance un abattement carbone dont le coût implicite tombe sous les seuils des mécanismes carbone de référence, ce qui justifie économiquement la dépense publique.

ORMAT et la partie amont de la boucle#

L'IMPR agit côté aval, sur l'incorporation. Mais une prime à l'incorporation n'a de sens que si la matière existe en quantité et en qualité suffisantes. C'est là qu'intervient l'appel à projets ORMAT, doté de 62 M€ dans le cadre du Plan Plastique 2025-2030, orienté spécifiquement sur la régénération de résines plastiques. La logique des deux outils est complémentaire : ORMAT finance les capacités de régénération françaises, l'IMPR finance leur débouché industriel. Sans le deuxième, le premier produirait des granulés qui peinent à trouver preneur à prix marché.

C'est le genre de boucle d'incentive qu'un game designer reconnaît immédiatement : une ressource produite en amont, un bonus à la consommation en aval, et une condition géographique qui force le joueur à rester sur la carte. L'intérêt, c'est que la mécanique commence à tourner toute seule dès que les premiers acteurs s'alignent. Dans le même esprit, voir aussi notre analyse du captage de CO2 sur les incinérateurs, autre brique de cohérence industrielle.

Ce qu'un plasturgiste doit vérifier dans son dossier 2026#

Concrètement, trois points sont à cadrer avant de déposer une demande. D'abord la traçabilité complète de la matière : origine filière REP, étapes collecte/tri/régénération, distances parcourues, tout doit être documenté pour prouver le respect du rayon de 1 500 km. Ensuite la démonstration du dépassement des seuils réglementaires : ce n'est pas le volume total incorporé qui est primé, c'est le delta au-dessus de l'obligation. Enfin la cohérence avec la filière REP d'origine, qui détermine si la prime est versée à 450 €/t (filière croisée) ou autour de 500 €/t (même filière).

Le dispositif change la nature de la conversation commerciale avec un donneur d'ordre. Jusqu'ici, incorporer du recyclé au-delà des minimums était un coût que le plasturgiste absorbait sur sa marge ou refacturait avec difficulté. Avec l'IMPR, chaque tonne supplémentaire a un prix public, lisible, opposable. On passe d'un argumentaire RSE à un calcul économique direct, et c'est probablement là que le dispositif va faire le plus de différence.

Sources#

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