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Médicaments périmés : ce que la pharmacie reprend et refuse

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Rapporter ses médicaments périmés n'a rien d'une faveur : la pharmacie a l'obligation de les prendre, gratuitement. Le vrai sujet, c'est la boîte en carton. Deux consignes officielles se contredisent sur ce qu'on rapporte avec.

Oui, rapportez-les dans n'importe quelle pharmacie, périmés ou non, même si vous ne les y avez pas achetés. Ne les donnez à personne : c'est interdit. Compléments alimentaires, cosmétiques, thermomètres à mercure et appareils électriques n'ont rien à faire au comptoir. Sur la boîte en carton, les sources officielles ne s'accordent pas.

Ce que la pharmacie doit reprendre#

Je suis allé lire le texte plutôt que les résumés. L'article R. 4211-23 du code de la santé publique dit que les officines « collectent gratuitement les médicaments non utilisés, contenus le cas échéant dans leurs conditionnements, qui leur sont apportés par les particuliers ». Les médicaments visés sont « les médicaments à usage humain inutilisés ou périmés détenus par les particuliers ».

Cyclamed écrit que toutes les pharmacies sont tenues de les collecter gratuitement, périmés ou non. L'Assurance Maladie précise qu'ils « peuvent être rapportés pour recyclage dans n'importe quelle pharmacie, même si ce n'est pas la pharmacie où ils ont été délivrés ».

Une pharmacie qui refuse s'expose. L'article R. 4212-1 range le fait de ne pas collecter, ou de ne pas collecter gratuitement, parmi les contraventions de quatrième classe, stupéfiants compris, hors le cas où les faits sont intentionnels : ce sont alors les peines de l'article L. 541-46 du code de l'environnement qui s'appliquent. L'Ordre des pharmaciens parle de « contraventions de 4e classe (750 euros au plus) » : ce plafond est fixé par l'article 131-13 du Code pénal pour la quatrième classe, et l'article R. 4212-1 ne le reprend pas.

Ce qu'on rapporte est souvent périmé. L'ANSM et l'Assurance Maladie ont publié les résultats de l'étude PERIMED : « Environ 60 % des unités observées étaient périmées au moment de l'analyse, contre 40 % non périmées ». Le périmètre compte. Il s'agit d'un échantillon de 2 944 contenants, analysés entre avril et juillet 2025, pas d'un recensement national. Le communiqué de l'ANSM qui annonce ces résultats date du 24 juin 2026.

Ce qui va où#

Chaque ligne porte le nom de sa source.

ObjetOù il vaSource
Médicament à usage humain vendu avec une AMM, sur ordonnance ou nonÀ la pharmacie, quelle que soit la formeCyclamed
Blister contenant encore des comprimésÀ la pharmacie, en entierCyclamed
LiquideÀ la pharmacie, dans son flacon d'origineAssurance Maladie
StupéfiantÀ la pharmacie, qui le détruit elle-mêmeCode de la santé publique, étude PERIMED
Complément alimentaire, cosmétique, parapharmaciePoubelle des ordures ménagères, emballages triés séparémentADEME
Tensiomètre, lecteur de glycémieTri des équipements électriques et électroniques, pas la pharmacieADEME
Thermomètre à mercureDéchèterieADEME

Deux renvois. Le thermomètre à mercure part en déchèterie. Les seringues et les aiguilles ont leur propre filière : l'ADEME écrit que ces déchets « ne doivent pas être mélangés avec les médicaments », et l'article sur la boîte jaune DASTRI détaille le circuit.

Les sprays posent un cas que le tableau ne tranche pas. L'ADEME écrit : « Sprays et aérosols de médicaments vides : à rapporter en pharmacie. » Cyclamed renvoie les emballages vides au tri. Si vous ne savez pas si un spray est vide, rapportez-le.

L'Assurance Maladie range aussi hors de cette filière les lunettes, les lentilles de contact et les radiographies : voir lunettes et lentilles et radiographies.

Boîte et notice : deux textes, deux lectures, zéro recoupement#

Le ministère de la Santé, dans sa FAQ mise à jour le 6 août 2025, écrit que les médicaments non utilisés « doivent être rapportés, avec leur emballage, dans n'importe quelle pharmacie ».

Quatre autres sources demandent de séparer le carton et la notice :

  • Cyclamed : « Les emballages vides, étuis en carton et notices des médicaments doivent être séparés. »
  • ADEME : « Retirer les boîtes en carton, les notices, les blisters ou plaquettes de médicaments vides », puis les déposer dans le bac de tri.
  • Assurance Maladie : « il faut retirer les boîtes en carton et les notices quand il y en a, pour les recycler avec les papiers et cartons ».
  • Ministère de la Transition écologique : « La notice et l'emballage en carton vont directement dans la poubelle de tri de votre logement, pas besoin de les rapporter en pharmacie. »

Le code ne départage pas : il parle de médicaments « contenus le cas échéant dans leurs conditionnements ». L'Ordre des pharmaciens répond à une autre question. Sa réponse porte sur les emballages déjà vides, qui vont dans le « tri sélectif classique », pas sur la boîte d'un médicament encore plein. Le tri lui-même est détaillé dans l'article sur les poubelles jaune, verte et bleue.

Reste le blister. S'il contient encore des comprimés, Cyclamed écrit : « c'est le tout qui est repris par la pharmacie. Il ne faut pas les déconditionner. »

Je pose les deux consignes côte à côte, sans en écarter aucune. En cas de doute, demandez à votre pharmacien.

Stupéfiants, vétérinaires, patchs#

Les stupéfiants se rapportent aussi à la pharmacie : l'article R. 4212-1 les cite expressément, « y compris ceux classés comme stupéfiants ». Mais l'étude PERIMED précise : « les stupéfiants ne peuvent pas être éliminés via Cyclamed, ils font l'objet d'une procédure de destruction par les pharmaciens eux-mêmes ».

Pour un médicament vétérinaire, deux positions. Cyclamed écrit que ceux « fournis ou vendus par la clinique vétérinaire, doivent être rapportés chez le vétérinaire ». L'Ordre des pharmaciens décrit une « démarche volontaire » du vétérinaire, qui « peut éventuellement les reprendre » ; sinon, il reste le service environnement de la collectivité gestionnaire de déchets.

Pour un patch, Cyclamed le range parmi les formes de médicaments collectées : sa liste cite « patch ». Pour un patch usagé, demandez au pharmacien ou lisez la notice avant de le rapporter.

Que deviennent les médicaments rapportés ?#

Incinération, partout dans les textes. Le code : « Les médicaments non utilisés sont détruits par incinération avec valorisation énergétique dans le respect de la réglementation en vigueur » (article R. 4211-27). Cyclamed : « Conformément à la réglementation, les MNU [médicaments non utilisés] sont intégralement incinérés dans des Unités de Valorisation Énergétique ». Les tonnages ont leur propre article sur le bilan Cyclamed.

Le mot qui coince, c'est « recyclage ». L'Assurance Maladie le dit elle-même : « Le recyclage des médicaments ne consiste pas à les réutiliser pour de nouveaux patients ou à les expédier dans d'autres pays. » Que Choisir, dans son enquête du 9 décembre 2024, va plus loin : « le nom Cyclamed, donné au dispositif de récupération, prête à confusion : il n'y a aucun recyclage dans ce secteur ! » J'hésite entre tromperie et raccourci commode. Ce qui est écrit noir sur blanc, c'est que la filière incinère.

Les donner à un proche : non#

L'ADEME est nette : « Ne pas donner les médicaments à des proches ou à des associations : c'est interdit en France (article L4211-2 du Code de la santé publique) ». La sanction, elle, vise l'autre bout de la chaîne. L'article L. 4212-7 punit de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende le fait de distribuer ou de mettre à disposition du public des médicaments collectés auprès du public. Le particulier qui rapporte ses boîtes n'est pas visé.

Une expérimentation déroge pourtant à la règle, à l'article 86 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025. Pour trois ans au plus, à compter d'une date fixée par décret, la nouvelle dispensation de certains médicaments non utilisés est autorisée, par dérogation aux articles L. 4211-2 et L. 4212-7. Seuls des établissements de santé désignés par arrêté du ministre chargé de la santé peuvent y participer, par leurs pharmacies à usage intérieur. Il s'en déduit que votre officine n'en fait pas partie.

Questions fréquentes#

Ma pharmacie peut-elle refuser mes médicaments périmés ?#

Non. Refuser de les collecter, ou de les collecter gratuitement, est une contravention de quatrième classe (article R. 4212-1), stupéfiants compris, sauf faits intentionnels, punis des peines de l'article L. 541-46 du code de l'environnement. Le plafond est de 750 euros pour la quatrième classe (article 131-13 du Code pénal), chiffre que l'Ordre des pharmaciens reprend : « 750 euros au plus ».

Dois-je retirer la boîte et la notice ?#

Les consignes divergent. Le ministère de la Santé écrit de rapporter les médicaments « avec leur emballage ». Cyclamed, l'ADEME, l'Assurance Maladie et le ministère de la Transition écologique demandent de séparer boîtes et notices pour le tri. En cas de doute, demandez à votre pharmacien.

Puis-je donner mes médicaments à un proche ou à une association ?#

Non. L'ADEME rappelle que c'est interdit en France, au titre de l'article L. 4211-2 du code de la santé publique. Les sanctions de l'article L. 4212-7 visent la distribution ou la mise à disposition du public de médicaments collectés, pas le particulier qui rapporte les siens.

Les médicaments rapportés sont-ils recyclés ?#

Non, ils sont incinérés. Le code prévoit une incinération avec valorisation énergétique (article R. 4211-27), et Cyclamed écrit que les médicaments non utilisés sont intégralement incinérés. L'Assurance Maladie précise que le recyclage ne consiste pas à les réutiliser pour de nouveaux patients.

Sources#

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